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Vote des étrangers: promesse toujours oubliée

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droit vote etrangers Hollande

François Hollande est tenté de repousser l’examen de sa promesse après les municipales de 2014. Mais les intéressés veulent-ils vraiment ce qu’ils réclament ?
C’est fou ce qu’on peut se mentir. À qui croyez-vous que s’adressait la promesse faite il y a trente ans par François Mitterrand d’accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales ? À des Afghans, des Chiliens, des Tchécoslovaques ? Bien sûr que non. Elle s’adressait, principalement, pour ne pas dire exclusivement, à des ressortissants d’Afrique du Nord vivant en France.[access capability= »lire_inedits »] Ils n’étaient déjà plus très jeunes à l’époque, ils seront peut-être tous morts le jour où ce droit leur sera reconnu – si ce jour arrive, François Hollande ayant semble-t-il décidé de reporter après les municipales de 2014 l’examen de cette promesse de campagne[1. Libération, 20 et 21 octobre, « Droit de vote des étrangers : le recul »] à haute teneur en souffre.

En 1981, ces Africains du Nord avaient des enfants, aujourd’hui ils ont des petits-enfants, quand ce ne sont pas des arrière-petits-enfants. Tous français, sauf exceptions qu’on suppose rares et difficilement explicables. Parmi les anciens qui ne sont pas devenus français, il y a des chibanis, ces travailleurs des foyers Sonacotra[2. Merci à Gil Mihaely qui m’a mis sur la piste des foyers ex-Sonacotra, aujourd’hui foyers Adoma.] à la retraite, par tous temps manteaux de laine sur les épaules et chèche sur la tête, figures de l’exil solitaire. Ils n’ont pas vraiment choisi entre ici et là-bas, ont refait, pour certains, leur vie en France sans défaire ce qu’ils avaient fondé « au pays ».

Quel sens pouvait donc avoir la promesse de Mitterrand, destinée, dans les faits, à la première génération d’immigrés maghrébins, les générations descendantes étant appelées à devenir françaises conformément au droit du sol ? Cette promesse avait valeur compensatoire, elle était d’une certaine façon une mesure d’accompagnement de fin de vie civique. On se comprenait sans se parler. Le France qui avait colonisé plus ou moins profondément l’Afrique du Nord, pouvait bien accorder le droit de vote aux municipales à des quinquagénaires, pour les plus jeunes de la première génération, dont on savait qu’ils ne demanderaient jamais la nationalité française. Sans doute par fierté, ce nif insistant, probablement aussi pour garder intact, sans chevauchement d’aucune sorte, le lien avec la patrie d’origine. Les socialistes français, du moins ceux de la deuxième gauche (Rocard, Mendès…), qui s’étaient prononcés pour les indépendances, comprenaient cela, et c’est pour cela qu’ils s’apprêtaient à faire ce cadeau aux « vieux » immigrés.

Nous voilà trente ans plus tard, et dans le fond, rien n’a changé. Il est toujours question de cette antique promesse non tenue, qui a probablement motivé le vote d’une partie de l’électorat de banlieue en faveur de François Hollande – gageons toutefois qu’elle a été pour peu dans son rejet massif de Nicolas Sarkozy au second tour[3. Quelque 90% des Français se disant musulmans ont voté François Hollande au second tour de la présidentielle, le 6 mai 2012.]. Il en va du droit de vote des étrangers aux élections locales comme des pensions perçues par les anciens combattants d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne. Jacques Chirac les avaient « alignées » sur celles de leurs coreligionnaires de France métropolitaine, suite à l’émotion suscitée par le film Indigènes, présenté à Cannes la même année et récompensé d’un prix collectif d’interprétation masculine.
La symbolique mobilisée, de nature réparatrice, est la même, mais les portées légales et politiques du droit de vote des étrangers et des pensions d’anciens combattants, elles, diffèrent sensiblement. On ne meurt qu’une fois, et après la mort, la pension s’éteint, tandis qu’on vote, en principe, plusieurs fois aux municipales dans une vie.

Est-on bien sûr de vouloir de ce nouveau droit ? L’assouplissement des conditions d’acquisition de la nationalité française, promu par Manuel Valls, indique le contraire : derrière la manœuvre politicienne consistant à détourner l’attention portée au vote des étrangers, apparaît une doctrine plus conforme à l’idéologie républicaine. Il n’est pas certain, ensuite, que les « associations de banlieue », qui condamneront (mais peut-être pas, ou pas trop fort) le reniement de François Hollande, n’estiment pas qu’il en est mieux ainsi. Leur action de terrain, quel que soit l’avis qu’on peut avoir sur les méthodes, vise à inscrire les jeunes dans le « droit commun » de la citoyenneté ; or le droit de vote des étrangers aux élections municipales introduit un biais dans cette approche de pure égalité, entérine un maintien de la différence là où tout est proclamation contre les discriminations.

Trente ans après Mitterrand, l’adoption de cette mesure constitutionnelle ne s’appliquerait, au temps « t », nous l’avons vu, qu’à quelques parents, grands-parents ou arrière-grands-parents. Dans l’esprit de ses primo-géniteurs, elle serait transitionnelle, sans réelles répercussions sur la doxa républicaine « faiseuse de Français ». Mais l’immigration continuant, ce droit influerait sur la perception que les futures premières générations d’immigrés, et leurs descendants, auraient de la citoyenneté française, dont la nature, objectivement, changerait. Nous avons donc là deux visions : l’une, plutôt jacobine et égalitariste, opposée au vote des étrangers aux élections locales ; l’autre, favorable, de tradition sociale-chrétienne et fédéraliste. Et un chien de garde, le Front national, qui jamais ne dort.[/access]

*Photo : Michel Gasarian/Signatures.

Un dernier clou dans le cercueil de David Petraeus

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Comme le souligne spirituellement la presse américaine, la chute du « roi David » ( il portait déjà ce surnom avant même de succomber à sa Bethsabée) n’a certainement pas fait que des affligés à la Maison Blanche. Avec sa démission de la CIA, le plus illustre successeur d’Allen Dulles (connu pour sa vie sexuelle dissipée) tourne définitivement la page de l’ère Bush. On imagine la satisfaction d’Obama et la jubilation de ses partisans.

Et pourtant, David Petraeus , surnommé « le professeur de guerre » par Vanity Fair, avait l’étoffe d’un Patton ou d’un Eisenhower. Ce qu’il a réussi en Irak, personne ne le croyait possible. Et son manuel sur la Contre-Insurrection (sa lecture est un régal) demeurera un des grands classiques de la stratégie militaire.

Par ailleurs, David Petreaus, très populaire aux États-Unis, ne cachait ni son ambition présidentielle, ni ses affinités avec les Républicains. Sa fin est d’autant plus pitoyable : « J’ai fait preuve d’un manque de jugement et d’un comportement inacceptable à la fois comme époux et comme patron de la CIA « . Exit le roi David.

Une question taraude cependant les Américains …. tout au moins les plus réservés à l’égard d’Obama : le général Petreaus ne serait-il pas tombé dans un piège tendu par le Président avec l’aide du FBI – tout comme Herman Cain, le sympathique candidat républicain, avant lui ? Mêmes méthodes, mêmes résultats. La plus petite entorse à ce qu’on appellera par dérision « la morale sexuelle » est immédiatement portée sur la place publique, gobée par les gogos et sanctionnée.

On évoque souvent l’Amérique des années cinquante (celle de Dulles précisément) comme une Amérique ultra-puritaine. Que dire alors de celle d’Obama ? Une décontraction affichée se révèle souvent plus impitoyable qu’un respect apparent des principes.

Le Hamas espère-t-il trop des Frères égyptiens ?

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Morsi Egypte Hamas Gaza

« L’Egypte doit choisir » : c’est le message, limpide, envoyé par le porte-parole du gouvernement du Hamas en direction du Caire. Quelques heures après le déclenchement de l’opération « Pilier de défense » (en hébreu « Colonne de nuée ») à Gaza, le rappel de l’ambassadeur égyptien à Israël, une mesure habituelle dans ce genre de circonstances, qu’avait déjà prise Moubarak par le passé, n’est qu’un acte symbolique. Le Hamas, mouvement affilié aux Frères musulmans égyptiens, espère en fait beaucoup plus de ses parrains idéologiques. Ainsi, pour acculer Mohamed Morsi à un choix douloureux, des roquettes ont été tirées vers Israël à partir de la partie égyptienne de la ville palestinienne de Rafah. Habituellement, les Egyptiens nient l’occurrence de ce genre d’événements pour gagner du temps et préserver les apparences mais cette fois Le Caire a accepté, en à peine quelques heures, l’établissement d’une commission militaire israélo-égyptienne pour enquêter sur cet incident. Une telle décision n’est certainement pas l’initiative isolée d’un sous-lieutenant.

Pour résumer, l’Egypte rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv, les Frères musulmans s’engagent dans une surenchère rhétorique anti-israélienne tandis que sur le terrain, avec l’accord évident du pouvoir politique, officiers égyptiens et israéliens travaillent ensemble à empêcher des attaques palestiniennes contre Israël. Entre gestes de défiance symboliques et application de l’accord de paix militaire avec l’Etat hébreu, les nouvelles autorités égyptiennes ne sont donc pas à une contradiction près…

Il était facile, en étant dans l’opposition, de traiter le président Moubarak de collabo et de corrompu. Or, depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Morsi découvre qu’indépendamment de sa corruption, le raïs déchu n’avait fait qu’analyser froidement les intérêts géopolitiques vitaux de son pays en poursuivant l’alliance américaine et la paix froide avec Israël. Et si l’Egypte a changé de régime, sa démographie, sa géographie et son économie n’ont pas bougé d’un iota.
Pire, les nouveaux maîtres du Caire découvrent que la création d’un Etat palestinien nuirait aux intérêts nationaux égyptiens. D’ailleurs, pour l’Egypte, la cause palestinienne est-elle autre chose que la variable d’ajustement de sa politique étrangère ? Pendant l’occupation égyptienne de la bande de Gaza (1949-1967), rien n’avait été fait pour promouvoir le sacrosaint droit à l‘autodétermination… Et si, dans les années 1970, le président Sadate avait lutté bec et ongles pour récupérer l’enclave microscopique de Taba au sud d’Eilat, il avait lâché Gaza et ses environs sans barguigner.

Aujourd’hui, Morsi est sommé de choisir entre surenchère verbale et sauvegarde de ses intérêts nationaux…
Mais le président égyptien, qui a démontré son habilité politique ces derniers mois, va probablement ménager la chèvre et le chou, son opinion publique et sa crédibilité ainsi que celle de sa confrérie, âprement concurrencée par des salafistes et des nassériens à l’anti-israélisme encore plus radical. Autrement dit, bien que le conflit militaire se déploie entre Gaza le Sud d’Israël, c’est vers Le Caire que tous les regards se tournent.

*Photo : Jonathan Rashad.

Israël-USA : « Bibi » sauve les meubles

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Romney Netanyahou Israel Obama

La nouvelle de la réélection de Barack Obama est tombée, mercredi 7 novembre, en Israël, à l’heure où les gens effectuent leur trajet quotidien vers leur lieu de travail. Elle n’a pas augmenté d’un décibel l’intensité du concert d’avertisseurs qui retentit chaque jour en début de matinée sur le périph’ de Tel Aviv, constamment au bord de l’apoplexie. En cet automne exceptionnellement chaud − 30 degrés à l’ombre, mais il n’y a pas d’ombre ! −, l’élection présidentielle d’outre-Atlantique n’a suscité que des passions tièdes. Une fois établi l’accord de principe des deux candidats sur le renforcement de l’alliance stratégique des États-Unis avec l’État juif, le peuple d’Israël est retourné à ses affaires.[access capability= »lire_inedits »] La majorité aurait, certes, préféré voir Mitt Romney l’emporter, car son discours était perçu comme plus ferme que celui du Président sortant, en particulier sur la question du nucléaire iranien. Mais il y a belle lurette que les Israéliens ont compris qu’un candidat, même républicain, a tendance à oublier les belles paroles de campagne une fois installé dans le Bureau ovale.

Les soucis des gens ordinaires concernent principalement, à Tel Aviv comme à Paris ou New York, le prix des loyers, celui du Caddie au supermarché, et les potions amères fiscales qui se mijotent dans les cuisines gouvernementales… Pour le reste, c’est-à- dire savoir si l’on va faire la paix ou la guerre, la société civile, naguère polarisée sur le sujet, s’en remet à ses dirigeants politiques et militaires pour faire au mieux, ou au moins mal dans une situation jugée « moyenne » par les humoristes locaux : moins bonne qu’hier, mais meilleure que demain ! Une seule épreuve de vérité : le nucléaire iranien.

Néanmoins, la réélection de Barack Obama n’est pas une bonne nouvelle pour le premier ministre Benyamin Nétanyahou : sa préférence affichée pour Mitt Romney et le feuilleton de ses heurts avec l’administration Obama I donnent des munitions à ses principaux adversaires : dans la campagne électorale en cours pour le renouvellement de la Knesset, qui aura lieu le 22 janvier 2013, ces derniers ne manquent pas de faire valoir qu’il serait plus judicieux de porter au pouvoir des dirigeants n’ayant pas ouvertement oeuvré à la défaite du Président des États-Unis. Ces arguments ne devraient pas, cependant, provoquer le départ de Benyamin Nétanyahou. Israël, d’abord, connaît encore une croissance insolemment positive au regard de celle des pays de l’UE (4,7% en 2011). D’autre part, tacticien chevronné, « Bibi » a décidé de faire liste commune pour les législatives avec Israël Beitenou, le parti de la droite nationaliste du ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, ce qui assure de plus au bloc de droite la certitude d’être le premier parti dans la future Knesset. Enfin, la grande majorité de l’opinion fait confiance à Nétanyahou pour défendre les intérêts sécuritaires du pays dans cette phase périlleuse : il est le seul qui dispose d’une longue pratique de la vie internationale et d’un réseau d’influence aux États-Unis. Il ne faut pas oublier que, même réélu, Barack Obama se trouve face à un Congrès pratiquement inchangé depuis sa cuisante défaite de 2010, un levier sur lequel Nétanyahou sait appuyer quand il faut lorsque le Président a des velléités de lui imposer une ligne qui lui déplaît.

Enfin, l’heure est plutôt à tenter de préserver les accords conclus avec l’Égypte et la Jordanie, menacés par la montée en puissance des islamistes radicaux dans ces deux pays, qu’à forcer un accord israélo-palestinien rendu impossible par la persistante querelle entre le Fatah et le Hamas… Cela, Barack Obama le sait tout autant que Nétanyahou. Mais l’épreuve de vérité se jouera autour de la question du nucléaire iranien, aussi bien pour Obama que pour Nétanyahou : le premier doit prouver au second que sa stratégie fondée sur les sanctions économiques et diplomatiques s’est révélée juste et le second, qui ne croit pas une seconde que les mollahs se laisseront détourner de leur objectif, doit persuader une partie de l’establishment militaire israélien que l’arsenal nucléaire iranien doit être détruit, avec ou sans l’aval des États-Unis. C’est la stratégie du hérisson : en boule et tous piquants dehors, jusqu’à ce que l’on y voie plus clair.[/access]

*Photo : AJstream.

Guerre à Gaza acte II

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Israel gaza hamas

De toute évidence, une opération militaire israélienne de grande envergure a lieu en ce moment dans la bande de Gaza. Après plusieurs semaines d’escalade, l’assassinat ciblé d’Ahmad Jaabari, important chef militaire du Hamas, montre que le Rubicon a été franchi et qu’Israël a décidé d’accepter le défi lancé par le gouvernement de Gaza.

Il y a un air de déjà vu : fin 2008, à la veille de ce qui allait devenir l’opération Plomb durci, un certain Barack Obama venait d’être élu président des Etats Unis et le parlement israélien avait été dissous pour provoquer des élections anticipées. Mais, entre temps, beaucoup d’éléments ont changé. L’équation politique, géopolitique et internationale s’est en effet considérablement compliquée depuis : en Egypte, Mohamed Morsi, soutenu par les Frères musulmans, a été élu président à la place de Hosni Moubarak, le Sinaï est devenu la base arrière du Hamas et une vague de révoltes déstabilise la Syrie, la Libye et le Yémen, non sans en fragiliser d’autres, comme la Jordanie.

Malgré ces évolutions, pour Israël, le problème se pose dans des termes à peu près identiques : comment maintenir l’équilibre de la terreur avec le Hamas, jusqu’ici maître – de plus en plus contesté – de la bande de Gaza ? Le Hamas refusant tout compromis avec Israël afin de préserver sa légitimité face à une Autorité palestinienne usée par dix-neuf ans de négociations avec Israël, l’option diplomatique était inenvisageable. Restait donc à trouver un savant dosage de pressions politiques (via l’Egypte qui ne souhaite pas l’embrasement de la zone, le Qatar qui se soucie en priorité de la menace iranienne et de l’avenir de la Syrie…), économiques et militaires pour contenir le conflit entre Israël et le Hamas.

Le gouvernement israélien était prêt à tolérer un certain niveau de provocation de la part du Hamas ou du Jihad Islamique. Ainsi, les tirs sporadiques de roquettes à courte portée et d’obus de mortier à partir de la bande de Gaza n’entraînent qu’une riposte rhétorique lorsque la vie des citoyens israéliens ne s’en trouve pas menacée ou paralysée. Ce pragmatisme des autorités israéliennes permet au Hamas de pouvoir bomber le torse devant la population gazaouie sans subir de dures représailles militaires. Le mouvement créé par cheikh Yassine peut ainsi affronter dans de meilleures conditions la concurrence croissante des mouvements salafistes à Gaza.
Cet accord tacite entre la faction terroriste et l’Etat hébreu prévalait avant la guerre de décembre 2008- janvier 2009 et pendant les quatre ans qui se sont écoulés depuis. Pour autant, le Hamas et les mouvements palestiniens radicaux n’ont de cesse de tester les limites d’Israël afin d’inverser ou- tout au moins -modifier les rapports de force.

C’est ce qui s’est passé ces dernières semaines. Au demeurant, le calcul du Hamas est assez simple : un affrontement à l’heure actuelle pourra porter un coup fatal aux relations déjà extrêmement tendues entre Jérusalem et Le Caire. Les images des victimes gazaouies des bombardements israéliens enflammeront l’opinion publique arabe et contraindra (ou, diront certains, fournira le prétexte) de rompre définitivement avec Israël. En somme, si le Hamas a laissé faire ses hommes, c’est qu’il attend de ce conflit une issue semblable à l’opération de 2009 : la Turquie avait alors brutalement rompu avec Israël malgré les accords militaires et politiques qui unissaient les deux pays. Bis repetita ?

*Photo : marsmet543.

La droite, ou les malheurs de l’évidence naturelle

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droite gauche maistre

S’interroger sur les fondements d’un groupe politique et/ou intellectuel qui n’a jamais cherché lui-même à se définir est un exercice bien difficile. La droite française a certes une origine historique précise, la fameuse question du veto royal, posée devant l’Assemblée nationale le 28 août 1789. On se souvient que, selon qu’ils y étaient favorables ou non, les députés vinrent se placer à droite ou à gauche du président, et que naquirent ainsi les deux hémisphères de notre cerveau politique national.

Pour autant, cette référence historique ne saurait permettre de cerner un groupe qui a toujours été largement hétéro-défini par ses opposants – et ce bien souvent dans le seul but de le stigmatiser. La droite, en France, reste avant tout le groupe politique qui refuse les « idées nouvelles » avancées par la gauche, et la question se pose alors de sa large incapacité à présenter un corpus propre et à agir autrement qu’en réaction. Pour tenter une explication de cette malédiction qui traverse les siècles, il faut sortir de l’analyse politicienne, des interrogations récurrentes sur les divisions et les chapelles, s’abstraire des classements entomologiques des divers spécimens de droite, pour s’interroger sur ce que pourrait être la vision du monde de droite.

Force est de constater que les référents de la droite lui semblent être le produit naturel de la société humaine, le fruit de son organisation spontanée. Qu’il s’agisse de la hiérarchie sociale nécessaire à tous, de la famille à l’empire, de la différence de capacités et de valeurs entre individus – ce qui n’implique pas, bien au contraire, la dévalorisation des plus faibles -, ou de la nécessité de constituer pour survivre un groupe cohérent dont l’identité repose sur une histoire commune, un groupe se ressourçant dans les mêmes mythes et communiant dans les mêmes cultes, tout cela semble à l’homme – et à la femme ! – de droite aussi évident que le lever du soleil à l’Est ou la distinction des sexes. Bref, la droite trouve dans son berceau les éléments majeurs de son corpus et se contente de regarder l’ordre du monde pour simplement y placer la Cité.

Parce que sa vision du monde repose sur cette évidence naturelle qui lui semble éternelle, la droite, du monarchisme au gaullisme pourrait-on dire pour s’amuser, n’a pas plus de projet réel que de programme précis : elle pense n’avoir rien à prouver ni rien à détruire, et qu’elle doit se contenter d’incarner et de maintenir. C’est sa force… tant du moins que l’évidence et la raison tiennent lieu de règles aux hommes, c’est-à-dire tant que les sociétés ne sont pas assez riches – ni assez suicidaires – pour pouvoir donner corps à un projet social a-naturel.

Face à la situation acquise de l’homme de droite, les revendications des boursiers de gauche se présentent dans notre histoire politique sous l’aspect de luttes légitimes entreprises contre les excès – réels ou supposés – de la politique de droite : contre l’autoritarisme, avec l’impossibilité corrélative dans laquelle seraient tenus les citoyens d’exprimer une opinion différente de celle du titulaire du pouvoir, quel qu’il soit ; contre l’inégalité, réduisant les êtres à une appartenance qu’ils n’ont pas choisie ; contre ses excès de stabilité enfin, dans société immobile où l’individu ne pourrait parvenir au statut élevé auquel ses capacités seraient censées lui donner droit.

Que derrière cet admirable discours revendiquant tous les affranchissements et toutes les libertés se cache souvent la faiblesse de l’homme et la force irrépressible de l’envie, Joseph de Maistre l’avait bien vu. « L’œil pour qui tous les cœurs sont diaphanes, écrivait-il des révolutionnaires qui se prévalaient de la noblesse de leurs sentiments, voit la fibre coupable ; il découvre, dans une brouillerie ridicule, dans un petit froissement de l’orgueil, dans une passion basse ou criminelle, le premier mobile de ces résolutions qu’on voudrait illustrer aux yeux des hommes ». Certes, la pureté existe, même à gauche, mais comme le fait dire Michel Audiard à Jean Gabin dans Le Président : « il y a aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre »

Pas plus qu’elles n’appartiennent au même cosmos, les visions du monde de la droite et la gauche ne s’inscrivent dans le même temps. L’homme de droite lutte contre le temps, l’homme de gauche lutte pour l’instant. Un homme de droite ne se sent en effet exister que dans une lignée qu’il incarne temporairement, et son but est avant tout de transmettre : une morale, des connaissances, des biens, qu’il doit transmettre à ses enfants. Un homme de gauche n’est qu’un individu qui passe. Il doit frénétiquement jouir de tout avantage matériel avant de retourner au néant. On devine que droite et gauche ne peuvent pas faire la même politique et que leurs programmes économiques par exemple, qui vont, pour leurs extrêmes, du respect intangible de la propriété à la prise au tas, sont peu conciliables.

Reste que la lutte politique entre visions du monde de droite et de gauche a totalement changé d’aspect, car l’évidence naturelle sur laquelle reposait le pouvoir de la droite n’est plus audible. Quant à l’éducation , pensée tout entière comme une déconstruction, elle est avant tout une rééducation.
Face à cette offensive, la vraie droite, n’a pu résister. Entre ce qui lui paraissait trop ridicule pour être débattu ou trop bas pour qu’elle s’abaisse à y répondre, entre la sidération idéologique ressentie devant l’aberration des revendications et sa volonté de garder jusqu’au bout une tenue, pas plus en 2012 qu’en 1789, elle n’a pu mener de lutte victorieuse. Elle a longtemps cru, ou voulu croire, que pour la très grande majorité du peuple l’évidence naturelle de ses règles était encore une réalité. C’est la légende chouanne des paysans restés profondément royalistes et qui vont tous se soulever pour rétablir la monarchie. Cent ans plus tard, c’est le mythe maurrassien du pays réel opposé au pays légal, trompé et manipulé par lui, mais encore sain, et dont le vote, puisqu’il faut utiliser les armes modernes, sauvera la France éternelle. Il est aujourd’hui permis de se demander s’il ne faut pas tirer un trait définitif sur cette perspective et si, rurbain ou bobo, le moderne a la moindre chance de dépasser les fausses évidences dont on l’abreuve depuis l’enfance et de sortir d’où il croupit pour le plus grand bonheur de ses nouveaux maîtres.

La droite politique serait donc devenue ce qu’elle a peut-être toujours été : un club restreint où se croisent quelques individus sans illusions – ce qui ne veut pas dire sans projets car « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer » -, des individus voulant raison garder dans un monde où tout est inversé et se retrouver entre eux pour en rire. Car une chose est certaine en écoutant la gauche : on ne peut avoir à la fois pour soi le sens de l’histoire et le sens de l’humour.

*Photo : philippe leroyer

Mariage gay : le nouvel ordre moral

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Les yeux humides de bons sentiments, le gouvernement veut faire passer pour un progrès le mariage sans distinction de sexe, reléguant dans les oubliettes les notions forcément réactionnaires de père et de mère au profit du « parent ».

Il se trouve que je suis homosexuel et totalement opposé à réforme. J’aurai bientôt cinquante ans. Un âge canonique aux yeux du jeunisme triomphant, qui me fera jeter dans les rebuts de la modernité par les nervis du militantisme gay. Je ne participe pas aux Gay Prides, par aversion envers leur communautarisme moutonnier et exhibitionniste. Je trouve fasciste l’intimidation communautariste selon laquelle « puisque je suis homo, je devrais penser ceci et voter cela ». Ce type de catégorisation nie ma spécificité d’être humain autonome et complexe, et utilise les mêmes méthodes que, mettons, les salafistes envers les musulmans respectueux de la laïcité.

Ce dont je suis fier, ce n’est pas d’être égal aux autres, c’est précisément de ma singularité, au sein de laquelle j’ai appris à grandir, à devenir adulte. Comment peut-on à la fois être fier de sa différence tout en la niant l’instant d’après par passion de l’égalité ? En me forçant à entrer dans un cadre ontologique indifférencié, la loi sur le mariage homosexuel me fait violence. Je me sens floué, volé dans ma différence, violé dans mon histoire, nié dans mon combat pour l’assumer et pour imposer le respect.

Et puis, je trouve suspecte cette sacralisation du couple comme l’horizon ultime de la modernité et du bonheur sur terre. N’y aurait-il pas là une forme de mythologie de substitution, notre société ayant aboli toute transcendance religieuse ? À notre époque, le couple est devenu l’ultime dépassement, dans la mesure où le seul horizon pour l’homme est désormais le bonheur ici et maintenant. Mais puisque le mariage sera bientôt ouvert à tous, une injonction pèsera sur les épaules des célibataires, comme au bon vieux dix-neuvième siècle. S’ils ne se casent pas, ils feront partie des castes inférieures, en tant que losers du bonheur obligatoire. Que deviendront les figures réfractaires à ce bonheur conformiste et petit-bourgeois ? Seront-elles les nouveaux parias ? Quel progrès, vraiment ! Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que le mariage change de nature aux yeux des progressistes autoproclamés. Depuis mon enfance, ils crachent sur cette institution, au nom de la liberté sexuelle et du combat contre les structures sociales traditionnelles. Au fond, ils n’ont pas changé : plutôt que d’abolir le mariage, ils le tuent en le dénaturant.

Derrière cette passion égalitaire et indifférenciatrice, in fine, se dessine une idéologie qui me paraît bien plus sinistre. Celle qui organise la mort des repères structurants de notre société, au profit d’un Etat-nounou, ordonnateur de notre intimité, « parent » au-dessus de tous les parents. Mais un parent pervers, qui au lieu de faire de nous des citoyens libres, infantilise la société tout entière et s’institue alpha et omega de nos désirs, de nos vies.

Obama-Romney : Yes, we can’t !

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Romney Obama USA

Barack Obama a gagné mais, derrière les sourires et le soulagement − le vote a été serré et le suspense réel −, se cache une vérité troublante : ces quatre dernières années, et tout particulièrement ces derniers mois de campagne, n’ont pas fait de bien à la démocratie en Amérique. Des hommes providentiels triomphalement élus, des opportunistes qui auraient fait passer une girouette pour un symbole de constance, l’histoire américaine en a connus. Mais la campagne qui vient de s’achever a opposé deux figures extrêmes : Romney, le parfait « produit » politique et Barack « Hope » Obama. Or, les reniements du premier tout autant que les attentes irréalistes et inévitablement déçues suscitées par le second ont asséné des coups durs à ce qu’il y a de plus précieux dans une société démocratique : la confiance dans la classe politique et dans la possibilité du changement à travers l’action politique.[access capability= »lire_inedits »]

Côté républicain, la campagne de Mitt Romney a été tout simplement hallucinante. Il faut reconnaître que tout prétendant à l’investiture républicaine est confronté à une véritable quadrature du cercle : pour gagner les primaires, il faut séduire la frange extrémiste Tea Party et, pour avoir une chance d’accéder à la fonction suprême, le candidat doit ensuite virer vers le centre. Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts, a résolu l’équation en se livrant purement et simplement à une volte-face idéologique.
Ainsi, le partisan du droit à l’avortement (« pro-choice ») est devenu, pour les besoins de la cause présidentielle, un farouche militant « pro-life » et, alors qu’il avait été l’artisan d’une réforme de l’assurance santé − le « Romney Care » −, il s’est vu obligé de reprendre les arguments les plus farfelus de ses alliés républicains pour dénigrer l’« ObamaCare », une réforme largement inspirée par la sienne.
En clair, pour rester dans la course, Mitt Romney a renié sa plus grande réussite politique. Alors certes, se faire élire suppose de porter un message suffisamment ambigu qui plaise à plus de la moitié de l’électorat. Mais Mitt Romney est allé si loin que son propre camp ne sait même plus ce qu’il pense vraiment.

En face, avant même que Romney porte un coup sévère à la crédibilité des responsables politiques, Barack Obama avait déjà dilapidé un énorme capital d’espoir. Bien que son mandat ait été, dès le départ, hypothéqué par des attentes insensées, donc impossibles à satisfaire, la transformation de l’inévitable désillusion en amère déception relève entièrement de sa responsabilité. Elle est en effet imputable à son choix politique : la stratégie du « grand compromis national ». Ceux qui attendaient une séquence de « cent jours » dignes de Roosevelt ont assisté à d’interminables marchandages avec l’opposition républicaine. Alors que, dans un premier temps, Obama disposait d’une majorité dans les deux assemblées et jouissait d’une légitimité dont peu de présidents, avant lui, avaient pu se prévaloir, il a laissé ce formidable élan se briser en évitant la confrontation idéologique tant attendue.

Ce choix a suscité consternation et incompréhension chez les électeurs démocrates, dont une certaine Velma Hart. En septembre 2010, lors d’une émission télévisée, cette femme noire qui avait soutenu Obama en 2008 a directement pris à partie le Président par ces mots : « Je suis fatiguée de vous défendre, je suis profondément déçue. » Et il y a des millions de Velma Hart, en particulier dans cette classe moyenne noire qui s’est identifiée avec Obama et espérait que le changement,ce serait maintenant. Alors certes, Barack Obama, contrairement à Nicolas Sarkozy, a politiquement survécu à la crise. Mais peut-être devrait-il observer ce qui se passe en France pour éviter de connaître la chute brutale de François Hollande dans les sondages et dans les coeurs. En attendant, des millions d’Américains qui ont assisté à la campagne la plus chère de leur histoire pensent que, pour changer leur vie, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes.[/access]

Souad Merah : Toulouse ! Ô Toulouse…

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Les propos tenus par Souad Merah, la sœur du tueur de Montauban et Toulouse, sont effroyables : elle répète trois fois sur un ton exalté qu’elle est fière, fière, fière des crimes de son frère Mohamed. Elle avoue sans la moindre honte avoir menti aux enquêteurs sur les voyages de son frère, et déclare détester les Juifs.

Ce ne sont pas là des paroles dictées par la douleur d’une sœur ravagée par la disparition de son frère. C’est le cri de haine d’une femme qui se réclame d’Oussama Ben Laden et du courant salafiste le plus extrémiste.

Le plus inquiétant, c’est qu’elle est loin d’être isolée : à Toulouse, des enseignants tirent la sonnette d’alarme. Mohamed Merah est devenu un mythe pour les jeunes musulmans des quartiers dit sensibles.
Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que certains chefs d’établissement donnent des gages à ces exaltés, par exemple en fermant les yeux sur les voiles portés par des collégiennes et des lycéennes au mépris de la loi.

A Toulouse encore, le groupe de rock Zebda, issu des mêmes quartiers et ayant atteint une notoriété nationale, fait le buzz sur internet avec une chanson, Une vie de moins, qui accuse l’armée israélienne de tirer aveuglément sur des enfants à Gaza. Zebda, qui était resté totalement silencieux lorsque des enfants juifs étaient assassinés par Merah dans leur ville, délivre ainsi un message d’approbation à tout ceux qui, aujourd’hui, en ont fait un martyr héroïque. En effet, Merah avait justifié son massacre d’enfants juifs innocents comme une vengeance de la mort d’enfants palestiniens à Gaza. Un universitaire renommé, Jean Pierre Filiu, professeur à Sciences Po, s’est rendu complice de cette ignominie en écrivant les paroles de cette chanson pousse au crime.

Mais c’est le président du CRIF, Richard Prasquier, que les médias bien pensants traitent de censeur lorsqu’il s’émeut, auprès du président de France Télévisions de la diffusion de cette chanson sur France 3.

Hollande inaugure l’université populaire de l’Elysée

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Hollande presse allemagne

On peut raisonnablement parier que la « grande conférence de presse » version François Hollande aura une longévité supérieure à ce même exercice sous Nicolas Sarkozy, modèle unique inscrit dans les mémoires sous la rubrique « avec Carla, c’est du sérieux ! ».
Attendu au tournant par la meute journalistique qui s’était délectée, durant l’été et le début de l’automne, à pratiquer le « Hollande bashing » de droite ou de gauche, le président de la République s’est, de l’avis général, assez bien tiré de cette redoutable épreuve, où le locataire de l’Elysée doit éviter deux écueils : croire que l’esprit des lieux vous confère automatiquement le charisme d’un de Gaulle, ou l’habileté rhétorique d’un Mitterrand, ou penser que l’on peut se comporter dans le grand salon de l’Elysée de la même manière qu’au Fouquet’s.

C’est dans sa nature, François Hollande a préféré rechercher une voie médiane, une altitude inférieure à celle des aigles, mais plus surplombante que le rez-de-chaussée de la basse-cour politique et médiatique. Il a donc adopté la posture du prof, pas celle du « pédago » qui s’efforce d’inciter son auditoire à « construire son savoir », mais celle du bon prof d’hypokhâgne de province initiant les jeunes fraîchement émoulus d’un bac dévalorisé au raisonnement en trois parties (au lieu du modèle binaire de Sciences Po), et essayant de tempérer la gravité de son propos par des clins d’œil souriants à la méthode gaullienne consistant à répondre à des questions qui ne lui ont pas été posées.

Les quelques trois cent cinquante journalistes présents ont été mis dans la position d’élèves prêts à chahuter dès le début du cours, mais qui s’aperçoivent bientôt que le prof n’est pas du genre à se laisser faire, et cela d’autant plus qu’on ne saurait le prendre en défaut sur sa connaissance des dossiers. Contrairement à Sarkozy, qui entretenait avec les journalistes une relation passionnelle, Hollande donne l’impression, mais peut-être n’est ce qu’une feinte, que ces gens là sont des hommes et des femmes ordinaires, donc susceptibles de s’améliorer. Aucun, d’ailleurs, ne lui a posé de question vraiment gênante, même pas Alain Barluet, du Figaro qui lui a demandé bien poliment où il en était avec l’Allemagne…

Où étaient les fédéralistes qui clament à longueur d’éditoriaux que Hollande ne va pas assez loin dans l’intégration européenne ? Pourtant là, le discours du président était loin d’être limpide : cette union politique qu’il appelle de ses vœux se fera-t-elle selon le modèle intergouvernemental, ou bien déléguera-t-on des pans entiers de souveraineté à des institutions communautaires ? On en saura peut-être plus dans six mois, à la prochaine séance de l’Université Populaire de l’Elysée.
Où étaient les partisans de l’exploitation du gaz de schiste, qui viennent de recevoir le soutien de Louis Gallois et Michel Rocard ? La presse serait-elle entièrement hostile à ce que leur idole Obama met en œuvre avec détermination ?

Il a fallu attendre qu’un confrère étranger, Steve Erlanger du New York Times, mette, dans son français du Harris Bar après quelques tournées, le doigt sur la vraie question du jour : les divergences entre Hollande et Merkel sur l’urgence à débloquer les fonds promis à la Grèce par l’UE et le FMI…
Peut être qu’à la fin du quinquennat les étudiants de l’UP du Faubourg Saint Honoré auront suffisamment progressé pour que la phase des questions de la salle soit aussi intéressante que celle de l’exposé liminaire.

*Photo : François Hollande.

Vote des étrangers: promesse toujours oubliée

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droit vote etrangers Hollande

droit vote etrangers Hollande

François Hollande est tenté de repousser l’examen de sa promesse après les municipales de 2014. Mais les intéressés veulent-ils vraiment ce qu’ils réclament ?
C’est fou ce qu’on peut se mentir. À qui croyez-vous que s’adressait la promesse faite il y a trente ans par François Mitterrand d’accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales ? À des Afghans, des Chiliens, des Tchécoslovaques ? Bien sûr que non. Elle s’adressait, principalement, pour ne pas dire exclusivement, à des ressortissants d’Afrique du Nord vivant en France.[access capability= »lire_inedits »] Ils n’étaient déjà plus très jeunes à l’époque, ils seront peut-être tous morts le jour où ce droit leur sera reconnu – si ce jour arrive, François Hollande ayant semble-t-il décidé de reporter après les municipales de 2014 l’examen de cette promesse de campagne[1. Libération, 20 et 21 octobre, « Droit de vote des étrangers : le recul »] à haute teneur en souffre.

En 1981, ces Africains du Nord avaient des enfants, aujourd’hui ils ont des petits-enfants, quand ce ne sont pas des arrière-petits-enfants. Tous français, sauf exceptions qu’on suppose rares et difficilement explicables. Parmi les anciens qui ne sont pas devenus français, il y a des chibanis, ces travailleurs des foyers Sonacotra[2. Merci à Gil Mihaely qui m’a mis sur la piste des foyers ex-Sonacotra, aujourd’hui foyers Adoma.] à la retraite, par tous temps manteaux de laine sur les épaules et chèche sur la tête, figures de l’exil solitaire. Ils n’ont pas vraiment choisi entre ici et là-bas, ont refait, pour certains, leur vie en France sans défaire ce qu’ils avaient fondé « au pays ».

Quel sens pouvait donc avoir la promesse de Mitterrand, destinée, dans les faits, à la première génération d’immigrés maghrébins, les générations descendantes étant appelées à devenir françaises conformément au droit du sol ? Cette promesse avait valeur compensatoire, elle était d’une certaine façon une mesure d’accompagnement de fin de vie civique. On se comprenait sans se parler. Le France qui avait colonisé plus ou moins profondément l’Afrique du Nord, pouvait bien accorder le droit de vote aux municipales à des quinquagénaires, pour les plus jeunes de la première génération, dont on savait qu’ils ne demanderaient jamais la nationalité française. Sans doute par fierté, ce nif insistant, probablement aussi pour garder intact, sans chevauchement d’aucune sorte, le lien avec la patrie d’origine. Les socialistes français, du moins ceux de la deuxième gauche (Rocard, Mendès…), qui s’étaient prononcés pour les indépendances, comprenaient cela, et c’est pour cela qu’ils s’apprêtaient à faire ce cadeau aux « vieux » immigrés.

Nous voilà trente ans plus tard, et dans le fond, rien n’a changé. Il est toujours question de cette antique promesse non tenue, qui a probablement motivé le vote d’une partie de l’électorat de banlieue en faveur de François Hollande – gageons toutefois qu’elle a été pour peu dans son rejet massif de Nicolas Sarkozy au second tour[3. Quelque 90% des Français se disant musulmans ont voté François Hollande au second tour de la présidentielle, le 6 mai 2012.]. Il en va du droit de vote des étrangers aux élections locales comme des pensions perçues par les anciens combattants d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne. Jacques Chirac les avaient « alignées » sur celles de leurs coreligionnaires de France métropolitaine, suite à l’émotion suscitée par le film Indigènes, présenté à Cannes la même année et récompensé d’un prix collectif d’interprétation masculine.
La symbolique mobilisée, de nature réparatrice, est la même, mais les portées légales et politiques du droit de vote des étrangers et des pensions d’anciens combattants, elles, diffèrent sensiblement. On ne meurt qu’une fois, et après la mort, la pension s’éteint, tandis qu’on vote, en principe, plusieurs fois aux municipales dans une vie.

Est-on bien sûr de vouloir de ce nouveau droit ? L’assouplissement des conditions d’acquisition de la nationalité française, promu par Manuel Valls, indique le contraire : derrière la manœuvre politicienne consistant à détourner l’attention portée au vote des étrangers, apparaît une doctrine plus conforme à l’idéologie républicaine. Il n’est pas certain, ensuite, que les « associations de banlieue », qui condamneront (mais peut-être pas, ou pas trop fort) le reniement de François Hollande, n’estiment pas qu’il en est mieux ainsi. Leur action de terrain, quel que soit l’avis qu’on peut avoir sur les méthodes, vise à inscrire les jeunes dans le « droit commun » de la citoyenneté ; or le droit de vote des étrangers aux élections municipales introduit un biais dans cette approche de pure égalité, entérine un maintien de la différence là où tout est proclamation contre les discriminations.

Trente ans après Mitterrand, l’adoption de cette mesure constitutionnelle ne s’appliquerait, au temps « t », nous l’avons vu, qu’à quelques parents, grands-parents ou arrière-grands-parents. Dans l’esprit de ses primo-géniteurs, elle serait transitionnelle, sans réelles répercussions sur la doxa républicaine « faiseuse de Français ». Mais l’immigration continuant, ce droit influerait sur la perception que les futures premières générations d’immigrés, et leurs descendants, auraient de la citoyenneté française, dont la nature, objectivement, changerait. Nous avons donc là deux visions : l’une, plutôt jacobine et égalitariste, opposée au vote des étrangers aux élections locales ; l’autre, favorable, de tradition sociale-chrétienne et fédéraliste. Et un chien de garde, le Front national, qui jamais ne dort.[/access]

*Photo : Michel Gasarian/Signatures.

Un dernier clou dans le cercueil de David Petraeus

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Comme le souligne spirituellement la presse américaine, la chute du « roi David » ( il portait déjà ce surnom avant même de succomber à sa Bethsabée) n’a certainement pas fait que des affligés à la Maison Blanche. Avec sa démission de la CIA, le plus illustre successeur d’Allen Dulles (connu pour sa vie sexuelle dissipée) tourne définitivement la page de l’ère Bush. On imagine la satisfaction d’Obama et la jubilation de ses partisans.

Et pourtant, David Petraeus , surnommé « le professeur de guerre » par Vanity Fair, avait l’étoffe d’un Patton ou d’un Eisenhower. Ce qu’il a réussi en Irak, personne ne le croyait possible. Et son manuel sur la Contre-Insurrection (sa lecture est un régal) demeurera un des grands classiques de la stratégie militaire.

Par ailleurs, David Petreaus, très populaire aux États-Unis, ne cachait ni son ambition présidentielle, ni ses affinités avec les Républicains. Sa fin est d’autant plus pitoyable : « J’ai fait preuve d’un manque de jugement et d’un comportement inacceptable à la fois comme époux et comme patron de la CIA « . Exit le roi David.

Une question taraude cependant les Américains …. tout au moins les plus réservés à l’égard d’Obama : le général Petreaus ne serait-il pas tombé dans un piège tendu par le Président avec l’aide du FBI – tout comme Herman Cain, le sympathique candidat républicain, avant lui ? Mêmes méthodes, mêmes résultats. La plus petite entorse à ce qu’on appellera par dérision « la morale sexuelle » est immédiatement portée sur la place publique, gobée par les gogos et sanctionnée.

On évoque souvent l’Amérique des années cinquante (celle de Dulles précisément) comme une Amérique ultra-puritaine. Que dire alors de celle d’Obama ? Une décontraction affichée se révèle souvent plus impitoyable qu’un respect apparent des principes.

Le Hamas espère-t-il trop des Frères égyptiens ?

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Morsi Egypte Hamas Gaza

Morsi Egypte Hamas Gaza

« L’Egypte doit choisir » : c’est le message, limpide, envoyé par le porte-parole du gouvernement du Hamas en direction du Caire. Quelques heures après le déclenchement de l’opération « Pilier de défense » (en hébreu « Colonne de nuée ») à Gaza, le rappel de l’ambassadeur égyptien à Israël, une mesure habituelle dans ce genre de circonstances, qu’avait déjà prise Moubarak par le passé, n’est qu’un acte symbolique. Le Hamas, mouvement affilié aux Frères musulmans égyptiens, espère en fait beaucoup plus de ses parrains idéologiques. Ainsi, pour acculer Mohamed Morsi à un choix douloureux, des roquettes ont été tirées vers Israël à partir de la partie égyptienne de la ville palestinienne de Rafah. Habituellement, les Egyptiens nient l’occurrence de ce genre d’événements pour gagner du temps et préserver les apparences mais cette fois Le Caire a accepté, en à peine quelques heures, l’établissement d’une commission militaire israélo-égyptienne pour enquêter sur cet incident. Une telle décision n’est certainement pas l’initiative isolée d’un sous-lieutenant.

Pour résumer, l’Egypte rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv, les Frères musulmans s’engagent dans une surenchère rhétorique anti-israélienne tandis que sur le terrain, avec l’accord évident du pouvoir politique, officiers égyptiens et israéliens travaillent ensemble à empêcher des attaques palestiniennes contre Israël. Entre gestes de défiance symboliques et application de l’accord de paix militaire avec l’Etat hébreu, les nouvelles autorités égyptiennes ne sont donc pas à une contradiction près…

Il était facile, en étant dans l’opposition, de traiter le président Moubarak de collabo et de corrompu. Or, depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Morsi découvre qu’indépendamment de sa corruption, le raïs déchu n’avait fait qu’analyser froidement les intérêts géopolitiques vitaux de son pays en poursuivant l’alliance américaine et la paix froide avec Israël. Et si l’Egypte a changé de régime, sa démographie, sa géographie et son économie n’ont pas bougé d’un iota.
Pire, les nouveaux maîtres du Caire découvrent que la création d’un Etat palestinien nuirait aux intérêts nationaux égyptiens. D’ailleurs, pour l’Egypte, la cause palestinienne est-elle autre chose que la variable d’ajustement de sa politique étrangère ? Pendant l’occupation égyptienne de la bande de Gaza (1949-1967), rien n’avait été fait pour promouvoir le sacrosaint droit à l‘autodétermination… Et si, dans les années 1970, le président Sadate avait lutté bec et ongles pour récupérer l’enclave microscopique de Taba au sud d’Eilat, il avait lâché Gaza et ses environs sans barguigner.

Aujourd’hui, Morsi est sommé de choisir entre surenchère verbale et sauvegarde de ses intérêts nationaux…
Mais le président égyptien, qui a démontré son habilité politique ces derniers mois, va probablement ménager la chèvre et le chou, son opinion publique et sa crédibilité ainsi que celle de sa confrérie, âprement concurrencée par des salafistes et des nassériens à l’anti-israélisme encore plus radical. Autrement dit, bien que le conflit militaire se déploie entre Gaza le Sud d’Israël, c’est vers Le Caire que tous les regards se tournent.

*Photo : Jonathan Rashad.

Israël-USA : « Bibi » sauve les meubles

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Romney Netanyahou Israel Obama

Romney Netanyahou Israel Obama

La nouvelle de la réélection de Barack Obama est tombée, mercredi 7 novembre, en Israël, à l’heure où les gens effectuent leur trajet quotidien vers leur lieu de travail. Elle n’a pas augmenté d’un décibel l’intensité du concert d’avertisseurs qui retentit chaque jour en début de matinée sur le périph’ de Tel Aviv, constamment au bord de l’apoplexie. En cet automne exceptionnellement chaud − 30 degrés à l’ombre, mais il n’y a pas d’ombre ! −, l’élection présidentielle d’outre-Atlantique n’a suscité que des passions tièdes. Une fois établi l’accord de principe des deux candidats sur le renforcement de l’alliance stratégique des États-Unis avec l’État juif, le peuple d’Israël est retourné à ses affaires.[access capability= »lire_inedits »] La majorité aurait, certes, préféré voir Mitt Romney l’emporter, car son discours était perçu comme plus ferme que celui du Président sortant, en particulier sur la question du nucléaire iranien. Mais il y a belle lurette que les Israéliens ont compris qu’un candidat, même républicain, a tendance à oublier les belles paroles de campagne une fois installé dans le Bureau ovale.

Les soucis des gens ordinaires concernent principalement, à Tel Aviv comme à Paris ou New York, le prix des loyers, celui du Caddie au supermarché, et les potions amères fiscales qui se mijotent dans les cuisines gouvernementales… Pour le reste, c’est-à- dire savoir si l’on va faire la paix ou la guerre, la société civile, naguère polarisée sur le sujet, s’en remet à ses dirigeants politiques et militaires pour faire au mieux, ou au moins mal dans une situation jugée « moyenne » par les humoristes locaux : moins bonne qu’hier, mais meilleure que demain ! Une seule épreuve de vérité : le nucléaire iranien.

Néanmoins, la réélection de Barack Obama n’est pas une bonne nouvelle pour le premier ministre Benyamin Nétanyahou : sa préférence affichée pour Mitt Romney et le feuilleton de ses heurts avec l’administration Obama I donnent des munitions à ses principaux adversaires : dans la campagne électorale en cours pour le renouvellement de la Knesset, qui aura lieu le 22 janvier 2013, ces derniers ne manquent pas de faire valoir qu’il serait plus judicieux de porter au pouvoir des dirigeants n’ayant pas ouvertement oeuvré à la défaite du Président des États-Unis. Ces arguments ne devraient pas, cependant, provoquer le départ de Benyamin Nétanyahou. Israël, d’abord, connaît encore une croissance insolemment positive au regard de celle des pays de l’UE (4,7% en 2011). D’autre part, tacticien chevronné, « Bibi » a décidé de faire liste commune pour les législatives avec Israël Beitenou, le parti de la droite nationaliste du ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, ce qui assure de plus au bloc de droite la certitude d’être le premier parti dans la future Knesset. Enfin, la grande majorité de l’opinion fait confiance à Nétanyahou pour défendre les intérêts sécuritaires du pays dans cette phase périlleuse : il est le seul qui dispose d’une longue pratique de la vie internationale et d’un réseau d’influence aux États-Unis. Il ne faut pas oublier que, même réélu, Barack Obama se trouve face à un Congrès pratiquement inchangé depuis sa cuisante défaite de 2010, un levier sur lequel Nétanyahou sait appuyer quand il faut lorsque le Président a des velléités de lui imposer une ligne qui lui déplaît.

Enfin, l’heure est plutôt à tenter de préserver les accords conclus avec l’Égypte et la Jordanie, menacés par la montée en puissance des islamistes radicaux dans ces deux pays, qu’à forcer un accord israélo-palestinien rendu impossible par la persistante querelle entre le Fatah et le Hamas… Cela, Barack Obama le sait tout autant que Nétanyahou. Mais l’épreuve de vérité se jouera autour de la question du nucléaire iranien, aussi bien pour Obama que pour Nétanyahou : le premier doit prouver au second que sa stratégie fondée sur les sanctions économiques et diplomatiques s’est révélée juste et le second, qui ne croit pas une seconde que les mollahs se laisseront détourner de leur objectif, doit persuader une partie de l’establishment militaire israélien que l’arsenal nucléaire iranien doit être détruit, avec ou sans l’aval des États-Unis. C’est la stratégie du hérisson : en boule et tous piquants dehors, jusqu’à ce que l’on y voie plus clair.[/access]

*Photo : AJstream.

Guerre à Gaza acte II

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Israel gaza hamas

Israel gaza hamas

De toute évidence, une opération militaire israélienne de grande envergure a lieu en ce moment dans la bande de Gaza. Après plusieurs semaines d’escalade, l’assassinat ciblé d’Ahmad Jaabari, important chef militaire du Hamas, montre que le Rubicon a été franchi et qu’Israël a décidé d’accepter le défi lancé par le gouvernement de Gaza.

Il y a un air de déjà vu : fin 2008, à la veille de ce qui allait devenir l’opération Plomb durci, un certain Barack Obama venait d’être élu président des Etats Unis et le parlement israélien avait été dissous pour provoquer des élections anticipées. Mais, entre temps, beaucoup d’éléments ont changé. L’équation politique, géopolitique et internationale s’est en effet considérablement compliquée depuis : en Egypte, Mohamed Morsi, soutenu par les Frères musulmans, a été élu président à la place de Hosni Moubarak, le Sinaï est devenu la base arrière du Hamas et une vague de révoltes déstabilise la Syrie, la Libye et le Yémen, non sans en fragiliser d’autres, comme la Jordanie.

Malgré ces évolutions, pour Israël, le problème se pose dans des termes à peu près identiques : comment maintenir l’équilibre de la terreur avec le Hamas, jusqu’ici maître – de plus en plus contesté – de la bande de Gaza ? Le Hamas refusant tout compromis avec Israël afin de préserver sa légitimité face à une Autorité palestinienne usée par dix-neuf ans de négociations avec Israël, l’option diplomatique était inenvisageable. Restait donc à trouver un savant dosage de pressions politiques (via l’Egypte qui ne souhaite pas l’embrasement de la zone, le Qatar qui se soucie en priorité de la menace iranienne et de l’avenir de la Syrie…), économiques et militaires pour contenir le conflit entre Israël et le Hamas.

Le gouvernement israélien était prêt à tolérer un certain niveau de provocation de la part du Hamas ou du Jihad Islamique. Ainsi, les tirs sporadiques de roquettes à courte portée et d’obus de mortier à partir de la bande de Gaza n’entraînent qu’une riposte rhétorique lorsque la vie des citoyens israéliens ne s’en trouve pas menacée ou paralysée. Ce pragmatisme des autorités israéliennes permet au Hamas de pouvoir bomber le torse devant la population gazaouie sans subir de dures représailles militaires. Le mouvement créé par cheikh Yassine peut ainsi affronter dans de meilleures conditions la concurrence croissante des mouvements salafistes à Gaza.
Cet accord tacite entre la faction terroriste et l’Etat hébreu prévalait avant la guerre de décembre 2008- janvier 2009 et pendant les quatre ans qui se sont écoulés depuis. Pour autant, le Hamas et les mouvements palestiniens radicaux n’ont de cesse de tester les limites d’Israël afin d’inverser ou- tout au moins -modifier les rapports de force.

C’est ce qui s’est passé ces dernières semaines. Au demeurant, le calcul du Hamas est assez simple : un affrontement à l’heure actuelle pourra porter un coup fatal aux relations déjà extrêmement tendues entre Jérusalem et Le Caire. Les images des victimes gazaouies des bombardements israéliens enflammeront l’opinion publique arabe et contraindra (ou, diront certains, fournira le prétexte) de rompre définitivement avec Israël. En somme, si le Hamas a laissé faire ses hommes, c’est qu’il attend de ce conflit une issue semblable à l’opération de 2009 : la Turquie avait alors brutalement rompu avec Israël malgré les accords militaires et politiques qui unissaient les deux pays. Bis repetita ?

*Photo : marsmet543.

La droite, ou les malheurs de l’évidence naturelle

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droite gauche maistre

droite gauche maistre

S’interroger sur les fondements d’un groupe politique et/ou intellectuel qui n’a jamais cherché lui-même à se définir est un exercice bien difficile. La droite française a certes une origine historique précise, la fameuse question du veto royal, posée devant l’Assemblée nationale le 28 août 1789. On se souvient que, selon qu’ils y étaient favorables ou non, les députés vinrent se placer à droite ou à gauche du président, et que naquirent ainsi les deux hémisphères de notre cerveau politique national.

Pour autant, cette référence historique ne saurait permettre de cerner un groupe qui a toujours été largement hétéro-défini par ses opposants – et ce bien souvent dans le seul but de le stigmatiser. La droite, en France, reste avant tout le groupe politique qui refuse les « idées nouvelles » avancées par la gauche, et la question se pose alors de sa large incapacité à présenter un corpus propre et à agir autrement qu’en réaction. Pour tenter une explication de cette malédiction qui traverse les siècles, il faut sortir de l’analyse politicienne, des interrogations récurrentes sur les divisions et les chapelles, s’abstraire des classements entomologiques des divers spécimens de droite, pour s’interroger sur ce que pourrait être la vision du monde de droite.

Force est de constater que les référents de la droite lui semblent être le produit naturel de la société humaine, le fruit de son organisation spontanée. Qu’il s’agisse de la hiérarchie sociale nécessaire à tous, de la famille à l’empire, de la différence de capacités et de valeurs entre individus – ce qui n’implique pas, bien au contraire, la dévalorisation des plus faibles -, ou de la nécessité de constituer pour survivre un groupe cohérent dont l’identité repose sur une histoire commune, un groupe se ressourçant dans les mêmes mythes et communiant dans les mêmes cultes, tout cela semble à l’homme – et à la femme ! – de droite aussi évident que le lever du soleil à l’Est ou la distinction des sexes. Bref, la droite trouve dans son berceau les éléments majeurs de son corpus et se contente de regarder l’ordre du monde pour simplement y placer la Cité.

Parce que sa vision du monde repose sur cette évidence naturelle qui lui semble éternelle, la droite, du monarchisme au gaullisme pourrait-on dire pour s’amuser, n’a pas plus de projet réel que de programme précis : elle pense n’avoir rien à prouver ni rien à détruire, et qu’elle doit se contenter d’incarner et de maintenir. C’est sa force… tant du moins que l’évidence et la raison tiennent lieu de règles aux hommes, c’est-à-dire tant que les sociétés ne sont pas assez riches – ni assez suicidaires – pour pouvoir donner corps à un projet social a-naturel.

Face à la situation acquise de l’homme de droite, les revendications des boursiers de gauche se présentent dans notre histoire politique sous l’aspect de luttes légitimes entreprises contre les excès – réels ou supposés – de la politique de droite : contre l’autoritarisme, avec l’impossibilité corrélative dans laquelle seraient tenus les citoyens d’exprimer une opinion différente de celle du titulaire du pouvoir, quel qu’il soit ; contre l’inégalité, réduisant les êtres à une appartenance qu’ils n’ont pas choisie ; contre ses excès de stabilité enfin, dans société immobile où l’individu ne pourrait parvenir au statut élevé auquel ses capacités seraient censées lui donner droit.

Que derrière cet admirable discours revendiquant tous les affranchissements et toutes les libertés se cache souvent la faiblesse de l’homme et la force irrépressible de l’envie, Joseph de Maistre l’avait bien vu. « L’œil pour qui tous les cœurs sont diaphanes, écrivait-il des révolutionnaires qui se prévalaient de la noblesse de leurs sentiments, voit la fibre coupable ; il découvre, dans une brouillerie ridicule, dans un petit froissement de l’orgueil, dans une passion basse ou criminelle, le premier mobile de ces résolutions qu’on voudrait illustrer aux yeux des hommes ». Certes, la pureté existe, même à gauche, mais comme le fait dire Michel Audiard à Jean Gabin dans Le Président : « il y a aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre »

Pas plus qu’elles n’appartiennent au même cosmos, les visions du monde de la droite et la gauche ne s’inscrivent dans le même temps. L’homme de droite lutte contre le temps, l’homme de gauche lutte pour l’instant. Un homme de droite ne se sent en effet exister que dans une lignée qu’il incarne temporairement, et son but est avant tout de transmettre : une morale, des connaissances, des biens, qu’il doit transmettre à ses enfants. Un homme de gauche n’est qu’un individu qui passe. Il doit frénétiquement jouir de tout avantage matériel avant de retourner au néant. On devine que droite et gauche ne peuvent pas faire la même politique et que leurs programmes économiques par exemple, qui vont, pour leurs extrêmes, du respect intangible de la propriété à la prise au tas, sont peu conciliables.

Reste que la lutte politique entre visions du monde de droite et de gauche a totalement changé d’aspect, car l’évidence naturelle sur laquelle reposait le pouvoir de la droite n’est plus audible. Quant à l’éducation , pensée tout entière comme une déconstruction, elle est avant tout une rééducation.
Face à cette offensive, la vraie droite, n’a pu résister. Entre ce qui lui paraissait trop ridicule pour être débattu ou trop bas pour qu’elle s’abaisse à y répondre, entre la sidération idéologique ressentie devant l’aberration des revendications et sa volonté de garder jusqu’au bout une tenue, pas plus en 2012 qu’en 1789, elle n’a pu mener de lutte victorieuse. Elle a longtemps cru, ou voulu croire, que pour la très grande majorité du peuple l’évidence naturelle de ses règles était encore une réalité. C’est la légende chouanne des paysans restés profondément royalistes et qui vont tous se soulever pour rétablir la monarchie. Cent ans plus tard, c’est le mythe maurrassien du pays réel opposé au pays légal, trompé et manipulé par lui, mais encore sain, et dont le vote, puisqu’il faut utiliser les armes modernes, sauvera la France éternelle. Il est aujourd’hui permis de se demander s’il ne faut pas tirer un trait définitif sur cette perspective et si, rurbain ou bobo, le moderne a la moindre chance de dépasser les fausses évidences dont on l’abreuve depuis l’enfance et de sortir d’où il croupit pour le plus grand bonheur de ses nouveaux maîtres.

La droite politique serait donc devenue ce qu’elle a peut-être toujours été : un club restreint où se croisent quelques individus sans illusions – ce qui ne veut pas dire sans projets car « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer » -, des individus voulant raison garder dans un monde où tout est inversé et se retrouver entre eux pour en rire. Car une chose est certaine en écoutant la gauche : on ne peut avoir à la fois pour soi le sens de l’histoire et le sens de l’humour.

*Photo : philippe leroyer

Mariage gay : le nouvel ordre moral

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Les yeux humides de bons sentiments, le gouvernement veut faire passer pour un progrès le mariage sans distinction de sexe, reléguant dans les oubliettes les notions forcément réactionnaires de père et de mère au profit du « parent ».

Il se trouve que je suis homosexuel et totalement opposé à réforme. J’aurai bientôt cinquante ans. Un âge canonique aux yeux du jeunisme triomphant, qui me fera jeter dans les rebuts de la modernité par les nervis du militantisme gay. Je ne participe pas aux Gay Prides, par aversion envers leur communautarisme moutonnier et exhibitionniste. Je trouve fasciste l’intimidation communautariste selon laquelle « puisque je suis homo, je devrais penser ceci et voter cela ». Ce type de catégorisation nie ma spécificité d’être humain autonome et complexe, et utilise les mêmes méthodes que, mettons, les salafistes envers les musulmans respectueux de la laïcité.

Ce dont je suis fier, ce n’est pas d’être égal aux autres, c’est précisément de ma singularité, au sein de laquelle j’ai appris à grandir, à devenir adulte. Comment peut-on à la fois être fier de sa différence tout en la niant l’instant d’après par passion de l’égalité ? En me forçant à entrer dans un cadre ontologique indifférencié, la loi sur le mariage homosexuel me fait violence. Je me sens floué, volé dans ma différence, violé dans mon histoire, nié dans mon combat pour l’assumer et pour imposer le respect.

Et puis, je trouve suspecte cette sacralisation du couple comme l’horizon ultime de la modernité et du bonheur sur terre. N’y aurait-il pas là une forme de mythologie de substitution, notre société ayant aboli toute transcendance religieuse ? À notre époque, le couple est devenu l’ultime dépassement, dans la mesure où le seul horizon pour l’homme est désormais le bonheur ici et maintenant. Mais puisque le mariage sera bientôt ouvert à tous, une injonction pèsera sur les épaules des célibataires, comme au bon vieux dix-neuvième siècle. S’ils ne se casent pas, ils feront partie des castes inférieures, en tant que losers du bonheur obligatoire. Que deviendront les figures réfractaires à ce bonheur conformiste et petit-bourgeois ? Seront-elles les nouveaux parias ? Quel progrès, vraiment ! Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que le mariage change de nature aux yeux des progressistes autoproclamés. Depuis mon enfance, ils crachent sur cette institution, au nom de la liberté sexuelle et du combat contre les structures sociales traditionnelles. Au fond, ils n’ont pas changé : plutôt que d’abolir le mariage, ils le tuent en le dénaturant.

Derrière cette passion égalitaire et indifférenciatrice, in fine, se dessine une idéologie qui me paraît bien plus sinistre. Celle qui organise la mort des repères structurants de notre société, au profit d’un Etat-nounou, ordonnateur de notre intimité, « parent » au-dessus de tous les parents. Mais un parent pervers, qui au lieu de faire de nous des citoyens libres, infantilise la société tout entière et s’institue alpha et omega de nos désirs, de nos vies.

Obama-Romney : Yes, we can’t !

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Romney Obama USA

Romney Obama USA

Barack Obama a gagné mais, derrière les sourires et le soulagement − le vote a été serré et le suspense réel −, se cache une vérité troublante : ces quatre dernières années, et tout particulièrement ces derniers mois de campagne, n’ont pas fait de bien à la démocratie en Amérique. Des hommes providentiels triomphalement élus, des opportunistes qui auraient fait passer une girouette pour un symbole de constance, l’histoire américaine en a connus. Mais la campagne qui vient de s’achever a opposé deux figures extrêmes : Romney, le parfait « produit » politique et Barack « Hope » Obama. Or, les reniements du premier tout autant que les attentes irréalistes et inévitablement déçues suscitées par le second ont asséné des coups durs à ce qu’il y a de plus précieux dans une société démocratique : la confiance dans la classe politique et dans la possibilité du changement à travers l’action politique.[access capability= »lire_inedits »]

Côté républicain, la campagne de Mitt Romney a été tout simplement hallucinante. Il faut reconnaître que tout prétendant à l’investiture républicaine est confronté à une véritable quadrature du cercle : pour gagner les primaires, il faut séduire la frange extrémiste Tea Party et, pour avoir une chance d’accéder à la fonction suprême, le candidat doit ensuite virer vers le centre. Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts, a résolu l’équation en se livrant purement et simplement à une volte-face idéologique.
Ainsi, le partisan du droit à l’avortement (« pro-choice ») est devenu, pour les besoins de la cause présidentielle, un farouche militant « pro-life » et, alors qu’il avait été l’artisan d’une réforme de l’assurance santé − le « Romney Care » −, il s’est vu obligé de reprendre les arguments les plus farfelus de ses alliés républicains pour dénigrer l’« ObamaCare », une réforme largement inspirée par la sienne.
En clair, pour rester dans la course, Mitt Romney a renié sa plus grande réussite politique. Alors certes, se faire élire suppose de porter un message suffisamment ambigu qui plaise à plus de la moitié de l’électorat. Mais Mitt Romney est allé si loin que son propre camp ne sait même plus ce qu’il pense vraiment.

En face, avant même que Romney porte un coup sévère à la crédibilité des responsables politiques, Barack Obama avait déjà dilapidé un énorme capital d’espoir. Bien que son mandat ait été, dès le départ, hypothéqué par des attentes insensées, donc impossibles à satisfaire, la transformation de l’inévitable désillusion en amère déception relève entièrement de sa responsabilité. Elle est en effet imputable à son choix politique : la stratégie du « grand compromis national ». Ceux qui attendaient une séquence de « cent jours » dignes de Roosevelt ont assisté à d’interminables marchandages avec l’opposition républicaine. Alors que, dans un premier temps, Obama disposait d’une majorité dans les deux assemblées et jouissait d’une légitimité dont peu de présidents, avant lui, avaient pu se prévaloir, il a laissé ce formidable élan se briser en évitant la confrontation idéologique tant attendue.

Ce choix a suscité consternation et incompréhension chez les électeurs démocrates, dont une certaine Velma Hart. En septembre 2010, lors d’une émission télévisée, cette femme noire qui avait soutenu Obama en 2008 a directement pris à partie le Président par ces mots : « Je suis fatiguée de vous défendre, je suis profondément déçue. » Et il y a des millions de Velma Hart, en particulier dans cette classe moyenne noire qui s’est identifiée avec Obama et espérait que le changement,ce serait maintenant. Alors certes, Barack Obama, contrairement à Nicolas Sarkozy, a politiquement survécu à la crise. Mais peut-être devrait-il observer ce qui se passe en France pour éviter de connaître la chute brutale de François Hollande dans les sondages et dans les coeurs. En attendant, des millions d’Américains qui ont assisté à la campagne la plus chère de leur histoire pensent que, pour changer leur vie, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes.[/access]

Souad Merah : Toulouse ! Ô Toulouse…

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Les propos tenus par Souad Merah, la sœur du tueur de Montauban et Toulouse, sont effroyables : elle répète trois fois sur un ton exalté qu’elle est fière, fière, fière des crimes de son frère Mohamed. Elle avoue sans la moindre honte avoir menti aux enquêteurs sur les voyages de son frère, et déclare détester les Juifs.

Ce ne sont pas là des paroles dictées par la douleur d’une sœur ravagée par la disparition de son frère. C’est le cri de haine d’une femme qui se réclame d’Oussama Ben Laden et du courant salafiste le plus extrémiste.

Le plus inquiétant, c’est qu’elle est loin d’être isolée : à Toulouse, des enseignants tirent la sonnette d’alarme. Mohamed Merah est devenu un mythe pour les jeunes musulmans des quartiers dit sensibles.
Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que certains chefs d’établissement donnent des gages à ces exaltés, par exemple en fermant les yeux sur les voiles portés par des collégiennes et des lycéennes au mépris de la loi.

A Toulouse encore, le groupe de rock Zebda, issu des mêmes quartiers et ayant atteint une notoriété nationale, fait le buzz sur internet avec une chanson, Une vie de moins, qui accuse l’armée israélienne de tirer aveuglément sur des enfants à Gaza. Zebda, qui était resté totalement silencieux lorsque des enfants juifs étaient assassinés par Merah dans leur ville, délivre ainsi un message d’approbation à tout ceux qui, aujourd’hui, en ont fait un martyr héroïque. En effet, Merah avait justifié son massacre d’enfants juifs innocents comme une vengeance de la mort d’enfants palestiniens à Gaza. Un universitaire renommé, Jean Pierre Filiu, professeur à Sciences Po, s’est rendu complice de cette ignominie en écrivant les paroles de cette chanson pousse au crime.

Mais c’est le président du CRIF, Richard Prasquier, que les médias bien pensants traitent de censeur lorsqu’il s’émeut, auprès du président de France Télévisions de la diffusion de cette chanson sur France 3.

Hollande inaugure l’université populaire de l’Elysée

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Hollande presse allemagne

Hollande presse allemagne

On peut raisonnablement parier que la « grande conférence de presse » version François Hollande aura une longévité supérieure à ce même exercice sous Nicolas Sarkozy, modèle unique inscrit dans les mémoires sous la rubrique « avec Carla, c’est du sérieux ! ».
Attendu au tournant par la meute journalistique qui s’était délectée, durant l’été et le début de l’automne, à pratiquer le « Hollande bashing » de droite ou de gauche, le président de la République s’est, de l’avis général, assez bien tiré de cette redoutable épreuve, où le locataire de l’Elysée doit éviter deux écueils : croire que l’esprit des lieux vous confère automatiquement le charisme d’un de Gaulle, ou l’habileté rhétorique d’un Mitterrand, ou penser que l’on peut se comporter dans le grand salon de l’Elysée de la même manière qu’au Fouquet’s.

C’est dans sa nature, François Hollande a préféré rechercher une voie médiane, une altitude inférieure à celle des aigles, mais plus surplombante que le rez-de-chaussée de la basse-cour politique et médiatique. Il a donc adopté la posture du prof, pas celle du « pédago » qui s’efforce d’inciter son auditoire à « construire son savoir », mais celle du bon prof d’hypokhâgne de province initiant les jeunes fraîchement émoulus d’un bac dévalorisé au raisonnement en trois parties (au lieu du modèle binaire de Sciences Po), et essayant de tempérer la gravité de son propos par des clins d’œil souriants à la méthode gaullienne consistant à répondre à des questions qui ne lui ont pas été posées.

Les quelques trois cent cinquante journalistes présents ont été mis dans la position d’élèves prêts à chahuter dès le début du cours, mais qui s’aperçoivent bientôt que le prof n’est pas du genre à se laisser faire, et cela d’autant plus qu’on ne saurait le prendre en défaut sur sa connaissance des dossiers. Contrairement à Sarkozy, qui entretenait avec les journalistes une relation passionnelle, Hollande donne l’impression, mais peut-être n’est ce qu’une feinte, que ces gens là sont des hommes et des femmes ordinaires, donc susceptibles de s’améliorer. Aucun, d’ailleurs, ne lui a posé de question vraiment gênante, même pas Alain Barluet, du Figaro qui lui a demandé bien poliment où il en était avec l’Allemagne…

Où étaient les fédéralistes qui clament à longueur d’éditoriaux que Hollande ne va pas assez loin dans l’intégration européenne ? Pourtant là, le discours du président était loin d’être limpide : cette union politique qu’il appelle de ses vœux se fera-t-elle selon le modèle intergouvernemental, ou bien déléguera-t-on des pans entiers de souveraineté à des institutions communautaires ? On en saura peut-être plus dans six mois, à la prochaine séance de l’Université Populaire de l’Elysée.
Où étaient les partisans de l’exploitation du gaz de schiste, qui viennent de recevoir le soutien de Louis Gallois et Michel Rocard ? La presse serait-elle entièrement hostile à ce que leur idole Obama met en œuvre avec détermination ?

Il a fallu attendre qu’un confrère étranger, Steve Erlanger du New York Times, mette, dans son français du Harris Bar après quelques tournées, le doigt sur la vraie question du jour : les divergences entre Hollande et Merkel sur l’urgence à débloquer les fonds promis à la Grèce par l’UE et le FMI…
Peut être qu’à la fin du quinquennat les étudiants de l’UP du Faubourg Saint Honoré auront suffisamment progressé pour que la phase des questions de la salle soit aussi intéressante que celle de l’exposé liminaire.

*Photo : François Hollande.