De toute évidence, une opération militaire israélienne de grande envergure a lieu en ce moment dans la bande de Gaza. Après plusieurs semaines d’escalade, l’assassinat ciblé d’Ahmad Jaabari, important chef militaire du Hamas, montre que le Rubicon a été franchi et qu’Israël a décidé d’accepter le défi lancé par le gouvernement de Gaza.

Il y a un air de déjà vu : fin 2008, à la veille de ce qui allait devenir l’opération Plomb durci, un certain Barack Obama venait d’être élu président des Etats Unis et le parlement israélien avait été dissous pour provoquer des élections anticipées. Mais, entre temps, beaucoup d’éléments ont changé. L’équation politique, géopolitique et internationale s’est en effet considérablement compliquée depuis : en Egypte, Mohamed Morsi, soutenu par les Frères musulmans, a été élu président à la place de Hosni Moubarak, le Sinaï est devenu la base arrière du Hamas et une vague de révoltes déstabilise la Syrie, la Libye et le Yémen, non sans en fragiliser d’autres, comme la Jordanie.

Malgré ces évolutions, pour Israël, le problème se pose dans des termes à peu près identiques : comment maintenir l’équilibre de la terreur avec le Hamas, jusqu’ici maître – de plus en plus contesté – de la bande de Gaza ? Le Hamas refusant tout compromis avec Israël afin de préserver sa légitimité face à une Autorité palestinienne usée par dix-neuf ans de négociations avec Israël, l’option diplomatique était inenvisageable. Restait donc à trouver un savant dosage de pressions politiques (via l’Egypte qui ne souhaite pas l’embrasement de la zone, le Qatar qui se soucie en priorité de la menace iranienne et de l’avenir de la Syrie…), économiques et militaires pour contenir le conflit entre Israël et le Hamas.

Le gouvernement israélien était prêt à tolérer un certain niveau de provocation de la part du Hamas ou du Jihad Islamique. Ainsi, les tirs sporadiques de roquettes à courte portée et d’obus de mortier à partir de la bande de Gaza n’entraînent qu’une riposte rhétorique lorsque la vie des citoyens israéliens ne s’en trouve pas menacée ou paralysée. Ce pragmatisme des autorités israéliennes permet au Hamas de pouvoir bomber le torse devant la population gazaouie sans subir de dures représailles militaires. Le mouvement créé par cheikh Yassine peut ainsi affronter dans de meilleures conditions la concurrence croissante des mouvements salafistes à Gaza.
Cet accord tacite entre la faction terroriste et l’Etat hébreu prévalait avant la guerre de décembre 2008- janvier 2009 et pendant les quatre ans qui se sont écoulés depuis. Pour autant, le Hamas et les mouvements palestiniens radicaux n’ont de cesse de tester les limites d’Israël afin d’inverser ou- tout au moins -modifier les rapports de force.

C’est ce qui s’est passé ces dernières semaines. Au demeurant, le calcul du Hamas est assez simple : un affrontement à l’heure actuelle pourra porter un coup fatal aux relations déjà extrêmement tendues entre Jérusalem et Le Caire. Les images des victimes gazaouies des bombardements israéliens enflammeront l’opinion publique arabe et contraindra (ou, diront certains, fournira le prétexte) de rompre définitivement avec Israël. En somme, si le Hamas a laissé faire ses hommes, c’est qu’il attend de ce conflit une issue semblable à l’opération de 2009 : la Turquie avait alors brutalement rompu avec Israël malgré les accords militaires et politiques qui unissaient les deux pays. Bis repetita ?

*Photo : marsmet543.

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