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Obama-Romney : Yes, we can’t !

Obama-Romney : Yes, we can’t !

Romney Obama USA

Barack Obama a gagné mais, derrière les sourires et le soulagement − le vote a été serré et le suspense réel −, se cache une vérité troublante : ces quatre dernières années, et tout particulièrement ces derniers mois de campagne, n’ont pas fait de bien à la démocratie en Amérique. Des hommes providentiels triomphalement élus, des opportunistes qui auraient fait passer une girouette pour un symbole de constance, l’histoire américaine en a connus. Mais la campagne qui vient de s’achever a opposé deux figures extrêmes : Romney, le parfait « produit » politique et Barack « Hope » Obama. Or, les reniements du premier tout autant que les attentes irréalistes et inévitablement déçues suscitées par le second ont asséné des coups durs à ce qu’il y a de plus précieux dans une société démocratique : la confiance dans la classe politique et dans la possibilité du changement à travers l’action politique.[access capability=”lire_inedits”]

Côté républicain, la campagne de Mitt Romney a été tout simplement hallucinante. Il faut reconnaître que tout prétendant à l’investiture républicaine est confronté à une véritable quadrature du cercle : pour gagner les primaires, il faut séduire la frange extrémiste Tea Party et, pour avoir une chance d’accéder à la fonction suprême, le candidat doit ensuite virer vers le centre. Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts, a résolu l’équation en se livrant purement et simplement à une volte-face idéologique.
Ainsi, le partisan du droit à l’avortement (« pro-choice ») est devenu, pour les besoins de la cause présidentielle, un farouche militant « pro-life » et, alors qu’il avait été l’artisan d’une réforme de l’assurance santé − le « Romney Care » −, il s’est vu obligé de reprendre les arguments les plus farfelus de ses alliés républicains pour dénigrer l’« ObamaCare », une réforme largement inspirée par la sienne.
En clair, pour rester dans la course, Mitt Romney a renié sa plus grande réussite politique. Alors certes, se faire élire suppose de porter un message suffisamment ambigu qui plaise à plus de la moitié de l’électorat. Mais Mitt Romney est allé si loin que son propre camp ne sait même plus ce qu’il pense vraiment.

En face, avant même que Romney porte un coup sévère à la crédibilité des responsables politiques, Barack Obama avait déjà dilapidé un énorme capital d’espoir. Bien que son mandat ait été, dès le départ, hypothéqué par des attentes insensées, donc impossibles à satisfaire, la transformation de l’inévitable désillusion en amère déception relève entièrement de sa responsabilité. Elle est en effet imputable à son choix politique : la stratégie du « grand compromis national ». Ceux qui attendaient une séquence de « cent jours » dignes de Roosevelt ont assisté à d’interminables marchandages avec l’opposition républicaine. Alors que, dans un premier temps, Obama disposait d’une majorité dans les deux assemblées et jouissait d’une légitimité dont peu de présidents, avant lui, avaient pu se prévaloir, il a laissé ce formidable élan se briser en évitant la confrontation idéologique tant attendue.

Ce choix a suscité consternation et incompréhension chez les électeurs démocrates, dont une certaine Velma Hart. En septembre 2010, lors d’une émission télévisée, cette femme noire qui avait soutenu Obama en 2008 a directement pris à partie le Président par ces mots : « Je suis fatiguée de vous défendre, je suis profondément déçue. » Et il y a des millions de Velma Hart, en particulier dans cette classe moyenne noire qui s’est identifiée avec Obama et espérait que le changement,ce serait maintenant. Alors certes, Barack Obama, contrairement à Nicolas Sarkozy, a politiquement survécu à la crise. Mais peut-être devrait-il observer ce qui se passe en France pour éviter de connaître la chute brutale de François Hollande dans les sondages et dans les coeurs. En attendant, des millions d’Américains qui ont assisté à la campagne la plus chère de leur histoire pensent que, pour changer leur vie, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes.[/access]

Novembre 2012 . N°53

Article extrait du Magazine Causeur


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est historien et directeur de la publication de Causeur.

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