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Vote des étrangers: promesse toujours oubliée

Vote des étrangers: promesse toujours oubliée

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François Hollande est tenté de repousser l’examen de sa promesse après les municipales de 2014. Mais les intéressés veulent-ils vraiment ce qu’ils réclament ?
C’est fou ce qu’on peut se mentir. À qui croyez-vous que s’adressait la promesse faite il y a trente ans par François Mitterrand d’accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales ? À des Afghans, des Chiliens, des Tchécoslovaques ? Bien sûr que non. Elle s’adressait, principalement, pour ne pas dire exclusivement, à des ressortissants d’Afrique du Nord vivant en France.[access capability=”lire_inedits”] Ils n’étaient déjà plus très jeunes à l’époque, ils seront peut-être tous morts le jour où ce droit leur sera reconnu – si ce jour arrive, François Hollande ayant semble-t-il décidé de reporter après les municipales de 2014 l’examen de cette promesse de campagne[1. Libération, 20 et 21 octobre, « Droit de vote des étrangers : le recul »] à haute teneur en souffre.

En 1981, ces Africains du Nord avaient des enfants, aujourd’hui ils ont des petits-enfants, quand ce ne sont pas des arrière-petits-enfants. Tous français, sauf exceptions qu’on suppose rares et difficilement explicables. Parmi les anciens qui ne sont pas devenus français, il y a des chibanis, ces travailleurs des foyers Sonacotra[2. Merci à Gil Mihaely qui m’a mis sur la piste des foyers ex-Sonacotra, aujourd’hui foyers Adoma.] à la retraite, par tous temps manteaux de laine sur les épaules et chèche sur la tête, figures de l’exil solitaire. Ils n’ont pas vraiment choisi entre ici et là-bas, ont refait, pour certains, leur vie en France sans défaire ce qu’ils avaient fondé « au pays ».

Quel sens pouvait donc avoir la promesse de Mitterrand, destinée, dans les faits, à la première génération d’immigrés maghrébins, les générations descendantes étant appelées à devenir françaises conformément au droit du sol ? Cette promesse avait valeur compensatoire, elle était d’une certaine façon une mesure d’accompagnement de fin de vie civique. On se comprenait sans se parler. Le France qui avait colonisé plus ou moins profondément l’Afrique du Nord, pouvait bien accorder le droit de vote aux municipales à des quinquagénaires, pour les plus jeunes de la première génération, dont on savait qu’ils ne demanderaient jamais la nationalité française. Sans doute par fierté, ce nif insistant, probablement aussi pour garder intact, sans chevauchement d’aucune sorte, le lien avec la patrie d’origine. Les socialistes français, du moins ceux de la deuxième gauche (Rocard, Mendès…), qui s’étaient prononcés pour les indépendances, comprenaient cela, et c’est pour cela qu’ils s’apprêtaient à faire ce cadeau aux « vieux » immigrés.

Nous voilà trente ans plus tard, et dans le fond, rien n’a changé. Il est toujours question de cette antique promesse non tenue, qui a probablement motivé le vote d’une partie de l’électorat de banlieue en faveur de François Hollande – gageons toutefois qu’elle a été pour peu dans son rejet massif de Nicolas Sarkozy au second tour[3. Quelque 90% des Français se disant musulmans ont voté François Hollande au second tour de la présidentielle, le 6 mai 2012.]. Il en va du droit de vote des étrangers aux élections locales comme des pensions perçues par les anciens combattants d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne. Jacques Chirac les avaient « alignées » sur celles de leurs coreligionnaires de France métropolitaine, suite à l’émotion suscitée par le film Indigènes, présenté à Cannes la même année et récompensé d’un prix collectif d’interprétation masculine.
La symbolique mobilisée, de nature réparatrice, est la même, mais les portées légales et politiques du droit de vote des étrangers et des pensions d’anciens combattants, elles, diffèrent sensiblement. On ne meurt qu’une fois, et après la mort, la pension s’éteint, tandis qu’on vote, en principe, plusieurs fois aux municipales dans une vie.

Est-on bien sûr de vouloir de ce nouveau droit ? L’assouplissement des conditions d’acquisition de la nationalité française, promu par Manuel Valls, indique le contraire : derrière la manœuvre politicienne consistant à détourner l’attention portée au vote des étrangers, apparaît une doctrine plus conforme à l’idéologie républicaine. Il n’est pas certain, ensuite, que les « associations de banlieue », qui condamneront (mais peut-être pas, ou pas trop fort) le reniement de François Hollande, n’estiment pas qu’il en est mieux ainsi. Leur action de terrain, quel que soit l’avis qu’on peut avoir sur les méthodes, vise à inscrire les jeunes dans le « droit commun » de la citoyenneté ; or le droit de vote des étrangers aux élections municipales introduit un biais dans cette approche de pure égalité, entérine un maintien de la différence là où tout est proclamation contre les discriminations.

Trente ans après Mitterrand, l’adoption de cette mesure constitutionnelle ne s’appliquerait, au temps « t », nous l’avons vu, qu’à quelques parents, grands-parents ou arrière-grands-parents. Dans l’esprit de ses primo-géniteurs, elle serait transitionnelle, sans réelles répercussions sur la doxa républicaine « faiseuse de Français ». Mais l’immigration continuant, ce droit influerait sur la perception que les futures premières générations d’immigrés, et leurs descendants, auraient de la citoyenneté française, dont la nature, objectivement, changerait. Nous avons donc là deux visions : l’une, plutôt jacobine et égalitariste, opposée au vote des étrangers aux élections locales ; l’autre, favorable, de tradition sociale-chrétienne et fédéraliste. Et un chien de garde, le Front national, qui jamais ne dort.[/access]

*Photo : Michel Gasarian/Signatures.

Novembre 2012 . N°53

Article extrait du Magazine Causeur


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est journaliste.

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