« L’Egypte doit choisir » : c’est le message, limpide, envoyé par le porte-parole du gouvernement du Hamas en direction du Caire. Quelques heures après le déclenchement de l’opération « Pilier de défense » (en hébreu « Colonne de nuée ») à Gaza, le rappel de l’ambassadeur égyptien à Israël, une mesure habituelle dans ce genre de circonstances, qu’avait déjà prise Moubarak par le passé, n’est qu’un acte symbolique. Le Hamas, mouvement affilié aux Frères musulmans égyptiens, espère en fait beaucoup plus de ses parrains idéologiques. Ainsi, pour acculer Mohamed Morsi à un choix douloureux, des roquettes ont été tirées vers Israël à partir de la partie égyptienne de la ville palestinienne de Rafah. Habituellement, les Egyptiens nient l’occurrence de ce genre d’événements pour gagner du temps et préserver les apparences mais cette fois Le Caire a accepté, en à peine quelques heures, l’établissement d’une commission militaire israélo-égyptienne pour enquêter sur cet incident. Une telle décision n’est certainement pas l’initiative isolée d’un sous-lieutenant.

Pour résumer, l’Egypte rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv, les Frères musulmans s’engagent dans une surenchère rhétorique anti-israélienne tandis que sur le terrain, avec l’accord évident du pouvoir politique, officiers égyptiens et israéliens travaillent ensemble à empêcher des attaques palestiniennes contre Israël. Entre gestes de défiance symboliques et application de l’accord de paix militaire avec l’Etat hébreu, les nouvelles autorités égyptiennes ne sont donc pas à une contradiction près…

Il était facile, en étant dans l’opposition, de traiter le président Moubarak de collabo et de corrompu. Or, depuis son arrivée au pouvoir, Mohamed Morsi découvre qu’indépendamment de sa corruption, le raïs déchu n’avait fait qu’analyser froidement les intérêts géopolitiques vitaux de son pays en poursuivant l’alliance américaine et la paix froide avec Israël. Et si l’Egypte a changé de régime, sa démographie, sa géographie et son économie n’ont pas bougé d’un iota.
Pire, les nouveaux maîtres du Caire découvrent que la création d’un Etat palestinien nuirait aux intérêts nationaux égyptiens. D’ailleurs, pour l’Egypte, la cause palestinienne est-elle autre chose que la variable d’ajustement de sa politique étrangère ? Pendant l’occupation égyptienne de la bande de Gaza (1949-1967), rien n’avait été fait pour promouvoir le sacrosaint droit à l‘autodétermination… Et si, dans les années 1970, le président Sadate avait lutté bec et ongles pour récupérer l’enclave microscopique de Taba au sud d’Eilat, il avait lâché Gaza et ses environs sans barguigner.

Aujourd’hui, Morsi est sommé de choisir entre surenchère verbale et sauvegarde de ses intérêts nationaux…
Mais le président égyptien, qui a démontré son habilité politique ces derniers mois, va probablement ménager la chèvre et le chou, son opinion publique et sa crédibilité ainsi que celle de sa confrérie, âprement concurrencée par des salafistes et des nassériens à l’anti-israélisme encore plus radical. Autrement dit, bien que le conflit militaire se déploie entre Gaza le Sud d’Israël, c’est vers Le Caire que tous les regards se tournent.

*Photo : Jonathan Rashad.

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