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Mariage gay : la fin de toutes les contradictions existantes

Au risque de choquer mes confrères mal-pensants, j’applaudis des deux mains la pétition lancée par Harlem Désir en faveur du mariage et de l’adoption pour tous. Puisqu’il n’y a plus ni cause ni peuple, à quoi bon faire semblant ? À la différence de son frère ennemi Cambadélis, le Premier Secrétaire du PS n’a plus rien à prouver pour se tailler une parfaite conscience morale de gauche. Comme Jacques Brel dans L’Aventure c’est l’aventure, à qui l’on doit la formule mémorable : « de Marx nous avons surtout retenu la notion de capital », Désir souhaite hâter la chute de la société libérale en accélérant son développement. Du marxisme, le fondateur de SOS Racisme a surtout retenu la fin de toutes les contradictions existantes, tel un Badiou détournant le message de Saint Paul à des fins totalitaires.

Ainsi, bientôt,  il n’y aura plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme. Nous serons tous des transgenres cosmopolites au vote universel. Lorsque le mot race aura été supprimé de la Constitution, la Procréation médicalement assistée ajoutée aux droits fondamentaux du citoyen, le bonheur pourra enfin advenir ici-bas.

Mais ne riez pas. Si la Gestation Pour Autrui fait encore débat à gauche, il n’y a guère qu’une petite trentaine de députés réactionnaires encartés au PS pour refuser de voter la PMA , au prétexte qu’on ne badine pas avec le vivant et la parentalité.

En attendant les jours où PMA et GPA assureront l’égalité de tous – vite, un ventre, je veux un enfant ! – vous pouvez vous créer une identité sexuelle transitoire avec les accessoires disponibles sur le marché. Voilà ce qu’avaient imaginé il y a quelques années les scénaristes de la série Le Bureau, adaptation française de The Office, sur Canal + :

J’aperçois votre regard consterné. Oui, c’est fin et ça se mange sans faim. Comme l’innocence perdue d’un enfant sans père, ni mère…

Mon curé chez les Rmistes

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montfermeil eglise banlieues

Tous les catholiques ne sont pas des sosies des Le Quesnoy, la famille bourgeoise et coincée du film La Vie est un long fleuve tranquille. Et on sait ce que les Évangiles disent des riches, des chameaux, des aiguilles et du royaume des cieux. Pourtant, certains continuent à faire un usage abondant du rassurant cliché qui assimile le (méchant) catho au (méchant) riche.

Ces préjugés bien ancrés font oublier qu’il y aussi des catholiques dans les milieux populaires – y compris dans les banlieues dites « sensibles ». Au demeurant, d’après un sondage IFOP/JDD datant d’avril 2011, les prolétaires sont aussi pratiquants que les bourgeois. Selon cette étude, 10% des cadres et professions libérales se disent catholiques pratiquants, proportion que l’on retrouve chez les employés et qui faiblit à peine chez les ouvriers cathos, dont 8 % se disent cathos pratiquants. Sans surprise, c’est parmi les retraités que le niveau de pratique est le plus élevé (25 %).

Reste à savoir s’il est facile d’être un catho de banlieue, en particulier dans ces villes où l’islam est devenu la première religion. En première ligne, on trouve évidemment les prêtres.[access capability= »lire_inedits »] Le père Thomas Binet, 48 ans, ordonné en 1997, est le curé de Montfermeil depuis 2007. Il est membre de la Fraternité missionnaire pour les villes, qui organise des groupes de prêtres pour prêter main forte aux paroisses de banlieue parisienne. Pour lui, être catholique à Neuilly ou à Montfermeil, ça ne fait pas une grande différence : « Les problèmes que rencontre l’être humain sont les mêmes partout. » Admettons.  Le père Gilles de Raucourt, 51 ans, ordonné en 1997, est, lui, curé de la paroisse Sainte-Claire, dans le 19e arrondissement de Paris, du côté de la porte de Pantin. Il est également membre du mouvement Résurrection de la communauté Aïn Karem et s’occupe depuis quinze ans d’un groupe d’évangélisation à Sarcelles. Installés à un point fixe en ville, des bénévoles discutent religion avec les passants.

Ce groupe sarcellois est « né d’une rencontre, il y a vingt ans, entre le père Gitton, fondateur d’Aïn Karem, et des jeunes à la dérive », raconte le prêtre. Porter le message religieux dans une ville multiculturelle comme Sarcelles, est-ce mission impossible ? « Il est plus facile d’évangéliser à Sarcelles qu’au Quartier latin », répond le père de Raucourt.

On attribue souvent la force politique des mouvements religieux à leur activisme social et à leur capacité de constituer des réseaux d’entraide où on se donne un coup de main pour obtenir un emploi ou un quelconque avantage. Ce n’est pas l’avis du prêtre : « L’intérêt matériel n’est pas la première motivation. Il y a une aspiration plus mystérieuse, plus profonde. » Il observe même que les milieux bourgeois adoptent plus souvent, face à l’Église, une attitude de consommateurs : « Du coup, ils sont plus facilement critiques sur l’Église et ses positions morales. »

Évidemment, il est plus facile de recueillir des dons à Versailles que dans le « 9-3 ». Plus facile aussi d’y recruter des cadres laïcs. Pour permettre une certaine péréquation, les diocèses de Nanterre ou Paris aident les diocèses plus pauvres d’Île-de-France. Le père Binet préfère se situer « dans une autre échelle de valeurs que celle de la rentabilité : peu importe la précarité des moyens, on y gagne en richesse humaine. » Originaire de Vaucresson et issu d’un milieu « très aisé », il était auparavant curé de Garches et, lorsque l’évêque de Saint-Denis a demandé de l’aide, il a répondu présent. Pour « comprendre de l’intérieur ». Ce n’est pas toujours simple. Le catholicisme de banlieue est un catholicisme de pauvres. Et d’émigrés, venus d’anciennes colonies françaises où les chrétiens demeurent majoritaires (Congo, Cameroun, Bénin…). Comment faire prier ensemble des gens d’origines aussi différentes ? Le père Thomas Binet se dit « très soucieux de penser l’Église de façon universelle ».

Mais le sujet sensible, c’est le rapport avec les autres religions, en particulier – mais pas seulement –  avec l’islam. À Montfermeil, le père Binet note que le dialogue interreligieux « fonctionne très bien entre responsables religieux qui veulent que ça fonctionne ». Entre hommes d’Église, on se comprend. Les difficultés surviennent plutôt sur le terrain, où les appartenances communautaires priment sur tout le reste. Quand les chrétiens d’Égypte ou d’Irak sont persécutés, les relations se tendent entre musulmans et orthodoxes. Par ailleurs, le maire Xavier Lemoine (PCD) qui est connu pour tenir un langage de fermeté à l’égard de l’islam militant, est en conflit avec une partie des musulmans de sa ville. Du côté de la porte de Pantin, le père de Raucourt déplore qu’il soit « extrêmement difficile d’avoir un interlocuteur musulman » du fait des divisions de la communauté entre Marocains, Algériens, Africains… et pointe aussi les Loubavitch juifs « qui ne cherchent pas le contact ». Ici ou là, on raconte que des familles chrétiennes sont « travaillées » pour se convertir à l’islam, mais dans l’ensemble les deux « curés de banlieue » ne notent pas de graves problèmes entre communautés. À Sarcelles, les bénévoles qui font de  l’évangélisation de rue n’ont jamais eu de problèmes. En tout cas, les églises de banlieue ont toujours leurs fidèles. Question de foi.[/access]

*Photo : Uolir.

La fin du monde, c’est maintenant

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apocalypse fin monde

À l’heure où vous lisez cette chronique, nous sommes le vendredi 21 décembre et la fin du monde a eu lieu ou est en cours si on en croit les Mayas. En même temps, les Mayas n’ont même pas été fichus d’inventer la roue, les moules-frites et le marxisme, alors, bon, leurs prévisions, hein…

Mais admettons qu’ils aient raison. Que faire ? comme disait Lénine en 1902 et ma mère devant un rôti resté trop longtemps au four.

Il semble indispensable d’éteindre le gaz. D’abord parce qu’il a terriblement augmenté et qu’il est inutile d’alourdir la facture.

Vous pouvez également annuler vos rendez-vous que vous avez eu tellement de mal à obtenir avec vos dentistes, vos ophtalmos, vos rhumatologues : vous éviterez ainsi leurs dépassements d’honoraires, ils seront bien eus. Quant à vous, rassurez-vous, on oublie vite qu’on a mal aux dents quand les zombies cernent votre maison.

Pensez également à préparer une liste des personnes que vous aimeriez bien éliminer vous-même avant que l’apocalypse ne s’en charge. Vous me  direz, à quoi ça sert, on va tous y passer ? Mais si, je vous assure, survivre de quelques heures aux affreux, aux méchants et aux salauds qui vous ont pourri la vie sera un plaisir incomparable.

Les caissières à temps partiel imposé payées au smic horaire et qui viennent d’être augmentée de 3 centimes par heure pourront ainsi étrangler elles-mêmes le patron, pardon le manager, du magasin avec des rouleaux de tickets de caisse avant de se servir dans les rayons d’épicerie fine et de rapporter de quoi faire enfin une vraie bonne bouffe de Noël dans leur quartier.

N’écoutez surtout pas la télé pendant la fin du monde. Vous risqueriez de tomber sur les mêmes journalistes, un peu plus pâles, qui ne vous informeront pas mais passeront les mêmes images en boucle que vous aurez déjà vues dans les films catastrophes car rien ne ressemble plus à une fin du monde qu’une autre fin du monde. Quand aux éditorialistes économiques, ils vous expliqueront que la fin du monde, c’est la faute aux déficits, que nous avons été trop dépensiers, que les Français n’ont jamais bien compris les nécessité de la rigueur et que si le travail avait été flexibilisé, on n’en serait pas là. Que maintenant, avec les chutes de météorites géantes, ça va favoriser l’évasion fiscale et dissuader les investisseurs. Arnaud Montebourg passera pour dire qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il suffit de nationaliser lesdites météorites en attendant de retrouver des repreneurs avant que Jean-Marc Ayrault ne le démente en annonçant qu’il est préférable de demander aux météorites de reconsidérer leur position et d’envisager un plan social où elles s’écraseront équitablement sur les pauvres, les classes moyennes et les riches. François Hollande commencera un discours solennel depuis l’Elysée en annonçant « la fin du monde, c’est maintenant » avant que les programmes ne cessent définitivement.

Donc, vous voyez bien, la télé, oubliez-là.

J’en reviens à l’attaque de zombies.

C’est l’hypothèse la plus probable car une bonne partie de la population est déjà zombifiée.

Si, si.

Peuvent être ainsi classés dans la catégorie des zombies, par exemple, les jeunes qui restent derrière leurs consoles de jeux pendant plus de dix-huit heures d’affilée, (pire qu’un travailleur chinois) ou encore cette partie des pauvres qui approuvent l’exil fiscal de Depardieu parce qu’après tout « il fait ce qu’il veut avec son argent ».

D’après les films que j’ai vus sur la question, les zombies, il faut leur tirer des balles dans la tête pour les stopper ou alors se sauver. Mais comme vous êtes en France, vous n’avez pas forcément d’armes sous la main, ce qui vous évite de tuer vingt six personnes dont vingt mômes en bas âge et que même après ça, on vous explique que légiférer sur les flingues, c’est atteindre à la liberté individuelle.

Donc, il vous reste une solution, vous sauver.

Pour ma part, c’est ce que je ferai. Du côté de Tarnac ou Notre Dame des Landes. Par-là, il y a des chances qu’ils survivent car ça fait un bout de temps qu’ils pensent à la fin du monde capitaliste, (ou plutôt à son suicide) et comment s’auto-organiser sur des bases différentes où la coopération prime sur la compétition.

Comme ça, dans les ruines fumantes de l’ancien monde, j’aurai peut-être enfin la chance de voir se construire une société enfin réellement communiste.

*Photo : Chad Palomino.

Commencer par la fin du monde

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fin du monde

À la question « craignez-vous la fin du monde le 21 décembre ? », j’ai répondu  « oui ». Il fallait que je réponde « oui ». D’abord parce que par une glorieuse pente masochiste, je tiens démesurément à rembourser mon prêt étudiant avant que le ciel se déchire et que le craquement du sol commence son vrombissement. Ensuite, parce que les 13% des sondés qui ont répondu « oui » m’étonnent plus encore que la fin du monde elle-même. Non pas que leur méprise sur le jour et l’heure ait une quelconque importance, mais la signification même de leur crainte recèle des fonds métaphysiques.

De fait, craindre la fin du monde,  alors que le monde lui-même n’est plus qu’une vaste ruine où le chiendent même se refuse à percer, voilà qui est étonnant. S’accrocher à la Terre, ce cul-de-sac, rompue de désillusions, fendue d’impasses, et surtout grosse du vide de son époque, voici qui est surprenant.

L’étonnant est là : continuer de chanter la beauté du monde face contre terre. Accueillir la fleur et son fumier avec. Alors bien sûr, dans le lot, il y a celle qui regrette ses cours de tai-chi. Le véreux spéculateur qui ne se remet pas de la vanité de son flouze, peau de balle désormais ; et le philanthrope, s’écriant volontiers que le monde est beau mais qui, avant l’obscurcissement du ciel, aurait bien abattu les gars du camion poubelle …Ceux-là craignent la fin du monde, certes, mais comme l’heure qui va les déposséder d’eux-mêmes, insidieuse minute minant les certitudes, voleur fameux dans la nuit épaisse. Ils ont réussi, sans nul doute, et c’est pour cela même que la fin leur arrive atroce en plein cœur.

Mais que dire de ceux qui, en revanche, ayant goûté du Sauternes, simplement, et trouvé dans la robe d’or une échancrure par laquelle passe une autre lumière,  ont estimé que c’était assez pour voter « oui » ?  Que penser de ceux qui, blessés par la beauté d’une fleur, ne voulant pas perdre l’éclair de cette rencontre, ont craint la fin ? Enfin l’homme qui, déstabilisé par la course d’un enfant, la couleur qu’après la pluie le ciel jette contre les murs, ou bien l’inflexion de voix d’un passant, a la gorge nouée et veut continuer de vivre ?

Et tout d’un coup, la fin du monde n’est plus une hypothèse qui fleure bon le marronnier, mais cette évidence qui précipite nos conversions. Elle est une imminence non datée, la seule vérité du jour, puisque elle est seule capable de rehausser chaque chose en la cerclant d’un mystère unique. Aussi nous est-il toujours permis d’y aller de notre confortable snobisme, raillant l’obscur illuminé claustré dans son abri antiatomique. Et sans doute n’avons-nous pas tout à fait tort. Mais notre ironie peut nourrir l’erreur contraire, vider le réel de son urgence et de sa pesanteur. L’illuminé se leurre grossièrement, prête au réel un spectaculaire niais, mais son persifleur se préserve de vivre à hauteur de mort, camoufle sa peur en assurance. Gustave Thibon  résume cette dernière posture en une phrase sublime de son et de sens : « Nous voyons poindre l’aurore douteuse et bâtarde d’une civilisation où le souci stérilisant d’échapper à la mort conduira les hommes à l’oubli de la vie ».

Et le sondage, avec tout ce qu’il contient d’incrédulité et de dédain, recouvre sa vocation première. Le mot vient frapper l’oreille et s’enferrer en nous de tout son sens. C’est autre chose, tout d’un coup, que la purée Mousseline, le saucisson ou le thé aux fruits rouges des habituels sondeurs. « Craignez-vous la fin du monde ? » relève d’une mystique autrement plus concrète : « Aimez-vous voir passer les nuages dans le ciel, et si « oui », cela vous déchire-t-il l’âme en deux ? », ou bien encore « Votre parquet retient les pas singuliers de votre mère, de votre sœur, de votre chien, et cela vous atteint au ventre comme un coup de lame ? ».

À la fin du monde,  c’est une vraie partie de chair : les yeux scrutent pour la dernière fois le réel, et pour la première fois peut-être les couleurs leur adviennent dans leur simplicité violente. Voilà que je me surprends à regarder plus longuement l’étrangeté d’une flaque d’eau. L’esthète peut s’émerveiller d’un monochrome sans que cela soit une pose. Les narines se gonflent et l’odeur d’un moteur froid peut nous faire pleurer. Mozart est frappé de vanité, mais il vient habiter les silences autrement. Et que dire de nos mains, rideaux ridés qu’ouvrent sur le monde l’ordure comme la soie, la barre moite d’une rame de métro ou la joue de ma fiancée. Avant de reprendre une hiérarchie que le mépris ne saurait ravir, toutes choses se valent ; mais c’est pour apparaître l’instant d’après, en une aveuglante mesure, à leur juste place.

Vers la fin du Voyage au bout de la nuit, Bardamu discute avec l’abbé Protiste, le curé de la Garenne-Rancy : « il faudra mourir […] plus copieusement qu’un chien et on mettra mille minutes à crever et chaque minute sera neuve, quand même […]. » C’est le problème avec la fin. Les choses se dilatent et commencent, et par leur source nous débordent du dedans, surtout quand il faut crever. Oh ! je voudrais si bien me draper d’indifférence devant la fin du monde, et pourtant, la merveille de ces banalités, le timbre unique d’une voix, l’éclair sombre et fugitif de ton regard, la fraîcheur des mains sur un front brûlant, et même, enfin, l’heure élue où par un dur labeur je suis né; tout cela de me faire trembler devant leur possible fin. Et cette fin vient nous frapper de vanité, certes, mais pourvu que nous commencions quelque chose !

*Photo : PhotoGraham.

Du syncrétisme au crétinisme…

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valsaintes new age

Les lieux respirent la majesté des plus beaux sites cisterciens ; au bout d’une route du bout du monde, au cœur d’une vaste vallée où alternent oliveraies et champs de lavande, à quelques kilomètres de Simiane-la-Rotonde, remarquable village perché médiéval aux confins des Alpes-de-Haute-Provence et du Vaucluse, se dresse le magnifique « oppidum de Boulinette ». Ce coin perdu dans une région où les citadins fortunés aiment prendre leurs quartiers d’été présente l’avantage non négligeable d’être quasiment désert. Rien ne rebute plus le touriste que les autres touristes.

Le vacancier catho qui refuse de bronzer idiot s’attend à découvrir un véritable trésor spirituel. Si les guides ne parlent guère de l’abbaye de Valsaintes, l’office de tourisme du coin la présente comme une abbaye cistercienne, « depuis 1180 » : aux portes du Luberon, « la sœur provençale oubliée du Thoronet, de Silvacane et de Sénanque ». Rien que ça. On a hâte d’y être.

Malheureusement, une fois à l’intérieur du site, le plus naïf des convertis perd vite ses illusions. Après avoir été délesté de 6 euros, qu’il donne cependant d’un cœur encore léger à l’idée − saugrenue − qu’ils contribueront à maintenir une vie monastique authentique au cœur de ce désert, il est en effet accueilli par une curieuse colonne rocheuse, qui aurait plus sa place à Carnac qu’au cœur d’une abbaye romane.[access capability= »lire_inedits »] C’est une sculpture en « granit de Mauritanie » en forme d’aiguille, de plusieurs mètres de haut, vers laquelle, d’après la brochure gracieusement vendue 5 autres euros dans la boutique du site, sont censés converger tous les soleils des quatre saisons, au moment des équinoxes et des solstices, mais aussi au moment des Imbolc, et autres Samhain, sans oublier les Beltaine et les Lugnasad, fêtes celtiques d’un catholicisme qui paraîtra douteux au plus ignare des baptisés. Plus loin, une statue vaguement christique mais d’un kitsch achevé, avec gourdin de pèlerin et brebis égarable sur l’épaule, est platement intitulée « Le Berger ». Étrange. Plus bizarre encore, le chemin serpente jusqu’à un vaste rocher, dont on nous apprend qu’il s’agit d’un « dragon de pierre », posé à l’endroit même − les choses sont bien faites − où « le dragon du ciel et le dragon de la terre s’unissent ». Sans blague ? J’ai l’impression d’entendre saint Bernard tonner dans sa tombe. Mais ce ne sont que quelques badauds qui ricanent grassement devant un panneau : ils ont découvert l’ « espace de fertilité », une zone herbeuse délimitée par des espèces de dents de pierre, à l’intérieur de laquelle pousse un chêne, souverainement indifférent aux élucubrations des propriétaires du lieu. « C’est sans doute là que les curés tripotent les petits garçons », persifle derrière moi un quidam en tongs.

Je me tourne en hâte vers l’église : on m’a promis un portail roman du XIIe siècle. Il est là, sobre et magnifique, transporté ici au XVIIe. C’est un « monument historique » depuis 1979. Mais à l’intérieur, le cauchemar reprend. Les vitraux figurent les quatre éléments symboliques « dont toute la création matérielle et immatérielle est composée » − la terre, l’air, l’eau et le feu. J’apprends, toujours dans ma brochure,  encore, que « nombre des premiers cisterciens  » étaient en fait des disciples d’Arius, ce prêtre qui « mit en cause la divinité de la personne de Jésus-Christ ». Saint Bernard, pardonne-leur, même si j’ai peur qu’ils sachent parfaitement ce qu’ils font. Je relève la tête pour constater que pas une seule fois, le nom ou la figure du Christ n’apparaît dans cette « église » où la cérémonie la plus sacrée ne célèbre pas Noël ou Pâques, mais le solstice d’hiver. À 12 euros l’entrée, elle affiche complet longtemps à l’avance. Il semble qu’aucune cérémonie catholique n’ait jamais eu lieu dans l’« église » restaurée. Un ou deux prêtres sont, paraît-il, venus, sans doute pour constater l’ampleur des dégâts, et sont repartis pour ne jamais revenir. Le 21 décembre, on y fêtera, au son d’une harpe celtique, « la lumière solaire [qui] passant par l’oculus adombre le centre de l’autel, tel l’Esprit-Saint couvrant de sa divine bonté tout être de bonne volonté ». Une affiche dans un coin sombre de la nef nous apprend en passant que « la naissance de l’enfant Jésus, au soir du 24 décembre à minuit, découle de cette mythologie solaire issue de la nuit des temps »… L’« enfant Jésus » qui découle d’une « mythologie solaire », voilà donc ce qu’ils avaient fait de mon Dieu…

Faut-il vraiment s’émouvoir de la profanation sacralisante d’un tel lieu ? Après tout, l’abbaye était abandonnée depuis près de deux siècles lorsque les propriétaires actuels se sont installés pour restaurer un bâtiment en ruine. En outre, le New Age, sous une forme ou sous une autre, est un mouvement parareligieux qui jouit d’une certaine influence dans la France contemporaine et, à ce simple et seul titre, ne mérite-t-il pas d’être respecté, comme méritent d’être respectés ses adeptes ? Enfin, si les occupants font vivre à leur façon un lieu depuis longtemps abandonné, à la fois par l’Église et par l’État, où est le problème?

Le problème, c’est que ces gens s’appuient sans vergogne sur une histoire religieuse vieille de huit siècles pour nous vendre leur galimatias paganisant. Le problème, c’est aussi que tout ce petit monde qui trône à Valsaintes entre « géométrie sacrée » et « guérison holistique » fait de moins en moins figure d’excentrique et de plus en plus figure de notable. Le jardinier de la roseraie du lieu tient sa chronique hebdomadaire de jardinage sur la station France Bleue Provence. Le « directeur et fondateur de l’abbaye de Valsaintes » (sic) a reçu, le 14 juillet 2005, des mains de Léon Bertrand, ministre délégué au Tourisme, et en présence de Jean-Louis Bianco, président du Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence, la médaille d’argent du tourisme. Et, last but not least, la communauté touche au total et au bas mot, outre les subventions liées à la restauration du site dont je ne connais pas les montants, des dizaines de milliers d’euros de subventions de la région PACA et, surtout, de l’Union européenne, au titre d’une faraude « innovation en milieu rural : partage de vie à l’abbaye », dans le cadre du « Fonds européen de développement régional ».

Je me demande ce qu’en pensent les vénérables moines de Notre-Dame de Sénanque, à l’autre bout du Luberon, qui, en tant que congrégation religieuse, ne peuvent recevoir aucune subvention mais qui, en partageant leur existence à l’abbaye selon une règle presque intangible, innovent néanmoins en milieu rural, chaque jour que Dieu fait, depuis seulement huit siècles et demi.[/access]

*Photo : Jardin de l’Abbaye de Valsaintes (FlickrDelusions).

Euthanasie : un Homme, combien d’éléphants ?

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euthanasie hollande ps

Mardi matin, la commission présidée par le Professeur Didier Sicard remettait au Président Hollande ses conclusions concernant le traitement de la fin de vie. Curieux rapport que celui-là, qui écarte l’euthanasie dite active car elle franchirait « la barrière d’un interdit » mais qui propose qu’une sédation terminale puisse être administrée par les médecins aux patients qui l’auraient demandé de façon réitérée. On se demande où est la différence. La mission Sicard propose en outre une réflexion sur le suicide assisté, soit la possibilité laissée à un malade incurable d’absorber un produit létal.

Puisque le législateur de cette mandature semble avoir fondé la toute puissance de la loi sur la suprématie de la volonté individuelle, il semble malheureusement bien vain d’aller expliquer aux partisans de l’euthanasie que le socle du contrat social repose sur la protection de l’homme contre les autres mais aussi contre lui-même. En légiférant contre ce qui fait son objet, la société signe elle aussi son arrêt de mort. On peut bien prétendre au nom de la doctrine existentialiste que personne ne peut décider à la place de l’autre et que par conséquent il revient à chacun de faire ce choix en âme et conscience. Mais on sait bien que la fonction de la loi, c’est de normaliser, voire d’universaliser. Or en posant le droit à l’euthanasie, on fait du choix de certains une norme générale et impersonnelle, valable non seulement pour soi-même mais pour tout le monde. Comme le passage à le mort est bien un des seuls états où chacun se retrouve seul avec soi-même, il faudrait plutôt le préserver de toute structure imposée et laisser chacun faire le choix de sa propre existence.

Osons avancer une hypothèse dérangeante : et si l’euthanasie était à notre société moderne ce que furent les machines à la société industrielle ? Acceptée comme un outil d’apaisement aux souffrances, elle deviendrait un outil de régulation des populations inutiles ou coûteuses ? L’utilité économique comme passe-droit à la transgression la plus ultime, c’est ce que défendaient le juriste Karl Binding et le médecin Alfred Hoche dans l’Allemagne nazie, soucieux de tuer les coûts d’une médecine impuissante devant   les « vies sans valeur », les « existences superflues », les « esprits morts», les « enveloppes humaines vides » et utilisant une sémantique qui rappelle curieusement celle d’aujourd’hui : « aide aux mourants », « libération par la mort », « euthanasie », « action caritative ». En octobre 1939, Adolf Hitler  enjoindra ainsi aux médecins « d’accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible ».

Mardi matin, au moment même où le Professeur Sicard remettait son rapport, on apprenait que la décision d’euthanasier deux éléphantes tuberculeuses appartenant au cirque Pinder était suspendue. L’annonce de leur abattage avait provoqué un tollé  et la grâce présidentielle avait même été sollicitée tandis qu’une pétition rassemblait plus de 15 000 signatures. Qui ne s’est jamais vu proposer au Maghreb d’échanger sa dulcinée contre des milliers de chameaux ? En France, toute une population ne vaut même pas deux éléphants.

*Photo : Sanofi Pasteur.

L’Apocalypse, c’est pas la fin du monde !

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apocalypse maya

Il n’aura échappé à personne que la fin du monde est programmée pour aujourd’hui selon la datation établie par le calendrier maya. Outre le caractère plus ou moins fantaisiste de cette prédiction, le motif de la fin du monde est beaucoup plus intéressant puisqu’il touche désormais tous les continents. Il est en quelque sorte devenu le premier événement mondial qui, à défaut de se réaliser dans le cours de l’histoire, a déjà eu lieu dans l’imaginaire culturel du globe. À chacun son apocalypse, pourrait-on dire, jusqu’à la déflagration finale que les physiciens ont programmée dans une centaine de milliers d’années. En attendant, l’urgence est bien là, car les hommes, eux, ne vivent qu’une petite centaine d’années, et prévoient déjà de s’en aller vers d’autres cieux.

Or, il existe autant de nouveaux cieux que de fins du monde. Aussi voudrions-nous explorer quelques-uns de ces récits apocalyptiques pour que chacun ait le loisir de retenir la formule qui lui sied le mieux et puisse ainsi entrevoir sa propre mort au travers de l’humanité entière. Partons du plus connu, le calendrier maya, en commençant par le réinscrire dans son creuset original : la mexicanité. En effet, les Mexicains n’ont pas attendu le film 2012 pour se pencher sur un patrimoine aussi glorieux que mystérieux. Et ils en ont tiré une lecture tout à fait singulière puisque la mexicanité renvoie à une « race primordiale et supérieure » qui doit resurgir, sous la forme d’illustres ancêtres (Aztèques, Toltèques, Incas, etc.), à la fin de ce cycle. Très loin de l’acculturation qu’a subi le calendrier maya, cette interprétation s’inscrit dans un revivalisme identitaire qui se mêle très souvent à des syncrétismes locaux.

Notons que cette première fin du monde ne se traduit pas par une catastrophe générale, mais par l’effusion progressive d’un nouvel esprit, comme un saut de conscience, qui s’apparenterait au retour glorieux de l’harmonie précolombienne. Pour ceux qui se sentiraient perdus dans l’archéohistoire de la Mésoamérique, il est toujours possible de se reporter sur la variante scientiste de l’apocalypse maya, à savoir la croyance dans un « alignement galactique » de la terre, du soleil et de l’univers. Ce qui reviendrait à modifier l’axe de rotation de la terre dans son mouvement universel, phénomène qui se produirait tous les 25 000 ans selon certains astronomes et qui tomberaient justement dans la période de notre solstice d’hiver. Rappelez-vous, la disparition des dinosaures, l’engloutissement de l’Atlantide, la fin de la civilisation aztèque, etc. Pour ceux qui choisiraient cette option, ne pas hésiter à se passer en boucle Mélancholia de Lars von Trier.

En revanche, à ceux qui se sentent un peu plus franchouillards, nous conseillerons la version « Illuminés de Bugarach ». Ce petit village de l’Aude peuplé de 400 âmes, dont plus de la moitié sont aujourd’hui des néo-ruraux en quête de la fin du monde, est situé dans le territoire des anciens Cathares, du trésor de Rennes-le-Château et autres mystères irrésolus. Dans ce contexte, le col de Bugarach (1200 mètres) se présente comme une montagne renversée dont le sous-sol géologique (très riche) est appelé à remonter à la surface terrestre à l’approche du 21 décembre. En plus de profiter de la richesse énergétique du lieu, il appartient à chacun de choisir son canal préféré – en fonction des nombreuses spécialités de Bugarach : médecine chinoise, astrologie, spiritisme, néo-hippisme, etc. – pour entrer en contact avec le monde qui vient.

Pour ceux qui se piquent de géopolitique et qui veulent absolument entrevoir la fin du monde sous la lumière des révélations, il vaut mieux se tourner du côté des apocalypses iranienne et américaine. La première a entrepris de réinterpréter le mythe de l’imam caché (mahdisme) pour en faire l’objet d’un endoctrinement systématique. Ainsi, le Mahdi (le « bien guidé ») est convié à un retour précipité afin de prendre en main le gouvernement spirituel du monde et de préparer le Jugement dernier. Notons que cette version marketing de l’imam caché a fait l’objet d’une telle publicité intensive qu’une majorité d’iraniens se prépare à son retour imminent. Le phénomène est identique aux États-Unis, quoique dans des proportions moins importantes, avec les chrétiens sionistes qui s’inscrivent dans la filiation de John Nelson Darby. Selon une interprétation littérale des prophéties bibliques, nous sommes entrés dans la dernière phase, dite de « dispensation », qui doit se clôturer avec la retour du peuple d’Israël en Terre Sainte, et la descente du Christ pour le Jugement dernier. La fin de l’année 2012 marque, aussi bien pour les Mahdistes que pour les Dispensationalistes, le terme d’une lutte universel entre le Bien et le Mal. A chacun, donc, de choisir son camp.

Enfin, pour ceux qui se sentent bien dans la modernité conquérante, il est toujours possible de choisir l’apocalypse digitale que nous promet le projet WebBot. Il en coûtera un peu d’argent, mais les multiples catastrophes annoncées – dont la crise bancaire ! – finiront de nous persuader que non seulement nous sommes dans la dernière ligne droite, mais que nous appartenons aussi à ces « élus » qui  voient bien plus loin que les autres. Tout du moins jusqu’au 21 décembre… L’avantage avec le numérique, c’est que les concepteurs du WebBot ont réussi à programmer tout le répertoire lexical de la fin du monde pour en proposer une version définitive : les Mayas, l’Atlantide, les Supérieurs Inconnus, les religions orientales, l’énergie cosmique, l’alignement galactique, etc. Rassurez-vous : tout y est. Autrement dit, on en a pour son argent.

Enfin, pour ceux qui craignent d’être encore là après le 21 décembre, nous leur conseillerons juste de se préparer un café bien fort, éventuellement une ou deux aspirines, et de reprendre la route jusqu’au 24 au soir, où nous attend une autre fin du monde : la venue du père Noël.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*Photo : Nomadic Lass.

UMP : « Et maintenant que vais-je faire ? »

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ayrault ump cope

Pour l’UMP, les beaux jours sont terminés. La rigolade, les amusettes, la guerre des boutons, ça n’a qu’un temps.
Parce que, l’air de rien, une bonne petite guerre civile de plusieurs semaines, ça permet de procrastiner en paix : on amuse le tapis médiatique avec des rebondissements shakespeariens, c’est-à-dire à la fois tragique et bouffons,  une guerre des chefs, des conjurations de couloirs, des déjeuners secrets, des anciens premiers ministres et même un ex président de la république qui y perd la moitié de son crédit au passage, des berlines aux vitres fumées, des mâchoires crispées, de vraies-fausses scissions.

Et puis voilà, il faut bien que ça s’arrête.
On sentait bien, comme dans ces séries américaines genre Dexter ou Six Pieds sous terre que le concept avait beau être intéressant, nouveau, fascinant (tueur en série gentil, vie familiale d’une entreprise de pompes funèbres ou deux groupes parlementaires pour un même parti), au bout de trois ou quatre saisons, l’attention du spectateur faiblit, il a compris le procédé, l’effet de surprise est passé, l’audience baisse.

Alors quoi ? Alors maintenant il faut faire face, qu’on s’appelle Copé, Fillon pour les plus abîmés. Ou NKM, Bertrand, Le Maire pour les jeunes pleins d’espoir et de crainte mêlés. Faire face à la sinistre réalité pour un parti de droite : être dans l’opposition à un gouvernement de droite.

Aussi à droite que lui, voire plus. On peut essayer de trouver des dérivatifs, des biais, des pseudos marqueurs droite-gauche, mais ça ne prend pas vraiment. Tiens, si on attaquait les socialistes qui veulent marier les gays et qui n’aiment pas le talent, le courage, le génie, la délicatesse des entrepreneurs en général et de Gérard Depardieu en particulier ? Oui, mais tout le monde voit bien que c’est un peu court. Les sondages sur Depardieu semblent indiquer que les Français, plus souvent soumis au RSA qu’à la tranche à 75%, trouvent eux aussi, majoritairement, qu’il s’agit d’un comportement minable un peu, beaucoup, à la folie.

Alors, hélas, il faut se résoudre désormais pour l’UMP bicéphale comme la défunte monarchie austro-hongroise, à s’opposer sur l’essentiel. Sur le lourd. Sur l’économique, le politique, le social. Et là, problème : c’est que l’UMP ne sait pas trop sur quel front attaquer sans paraître ridicule, façon « Je dirais même plus ».

La compétitivité et la flexibilité ? Ayrault a accepté 80% du rapport Gallois et le PS parle de flexisécurité comme si ça allait de soi. Et puis on donne vingt milliards pour baisser les charges afin de favoriser l’embauche, politique que la droite a toujours menée et recommandée.

L’embauche de fonctionnaires et de politiques publiques qui aggraveraient les déficits ?  Matignon vient de lancer la MAP, la modernisation de l’action publique, qui ressemble à s’y méprendre à une bonne vieille RGPP des familles. Et qui dit à demi mot qu’il va falloir quand même tailler au hachoir austéritaire dans les politiques du logement, de la famille et de la formation professionnelle.

Le Smic ? La courbe de sa revalorisation horaire suit celle de l’inflation comme un danseur de Merengue suit celle de sa partenaire. Sauf que c’est moins dansant  de travailler avec 9, 43 euros de l’heure, à temps partiel imposé. Surtout quand aucun blocage n’est opposé aux augmentations de « rattrapage » du gaz et de l’électricité.

Le livret A, le placement des locdus qui veulent  une petite poire pour la soif ? On va voir, si on peut pas baisser un peu le taux d’intérêt pour qu’ils consomment malgré eux, ces salauds de pauvres.

Tiens, puisqu’on parle des banques, le gouvernement renonce finalement en rase campagne à séparer les activités de dépôt des activités spéculatives. On fait juste semblant de les obliger à créer des filiales quand elles veulent jouer au casino, ce qui d’après l’organisation Finance Watch, est un filet de sécurité  dérisoire pour le client de base.

Il n’y a pas jusqu’à Peillon qui ne parle pas des profs comme en parlait jadis Sarkozy : « J’ai envie de vous augmenter mais en échange, votre statut de glandeur, il va falloir vous asseoir dessus. Vos missions ont changé, et patati et patata. »

Pauvre UMP ! La schizophrénie la guette ! La droite est aux affaires et il lui faut s’opposer à cette droite-là. En faisant croire que c’est la gauche… Bon courage, les amis !

*Photo : Partis socialiste.

Prie et tais-toi !

eglise roms peguy

« Ensemble, et d’un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel des lumières qu’on ne rallumera plus ! » Cette déclaration grandiloquente fut prononcée le 8 novembre 1906 par René Viviani, ministre du Travail et de la Prévoyance sociale sous Clémenceau, dans un discours à la Chambre des députés célébrant l’œuvre de la campagne anticléricale du Bloc des gauches. Le cofondateur de L’Humanité imaginait-il un seul instant que, plus d’un siècle plus tard, ce discours apparaîtrait comme une prophétie ?

Deux mille ans après la naissance du Christ, et alors que le christianisme fut pendant une majeure partie de ces années à la tête de l’hégémonie culturelle, il ne fait plus bon revendiquer son christianisme ou sa catholicité pour prétendre participer au débat intellectuel.[access capability= »lire_inedits »] Pis encore, toute accointance ou sympathie éprouvée à l’égard de cette religion constitue le meilleur bâillon pour faire taire ceux qui édifient le « tombeau de l’intelligence, de la pensée, du cerveau », selon la formule du socialiste révolutionnaire Louis-Auguste Blanqui.

Sur tous les sujets qui offensent aujourd’hui la pensée dominante − bioéthique, valeurs sociétales − , les catholiques sont exclus du débat au prétexte qu’ils sont catholiques. Il n’est qu’à voir la façon dont se font fréquemment rembarrer évêques et consorts, scientifiques, professeurs et philosophes du « camp » chrétien dès lors qu’ils osent donner leur avis, s’ils ne sont pas tout simplement superbement méprisés, voire écartés volontairement de telle tribune, de telle émission ou de telle commission chargée de réfléchir et d’interroger les spécialistes.

Mais, plus zélés que les censeurs, il y a désormais les auto-censeurs et autres Ponce-Pilate, comme si, dans une forme d’extrême sagesse socratique, il valait mieux s’administrer de la ciguë plutôt que d’offenser la Cité. Ainsi voit-on régulièrement défiler des mines triomphantes, trop heureuses d’expliquer qu’après s’être enfermées dans une Église obscurantiste, elles recouvrent enfin l’intelligence et la liberté de penser, et de se conformer immédiatement à la bien-pensance du moment. Et c’est ainsi qu’on entend le coq chanter trois fois.

Cette obstination des censeurs à refuser à la catholicité la moindre forme d’autonomie intellectuelle, ou même la moindre parcelle de raison, trahit une véritable malhonnêteté. Oubliés Saint Thomas d’Aquin et Saint Augustin ? Sombres abrutis, Paul Ricœur, Teilhard de Chardin, Simone Weil ou Joseph Ratzinger ? Imbéciles, ces chefs-d’œuvre architecturaux qui quadrillent la France et l’Europe et rendent hommage au Christ ? On aimerait confronter le culot d’un Blanqui au génie d’un Saint Augustin et voir si, pour une fois, le ridicule ne tue pas, au moins un tout petit peu.

Plus sérieusement, l’Église catholique a toujours construit le développement du mystère de la foi sur le fondement de la raison, laquelle ne se gagne pas à la ferveur d’oraisons, mais constitue le propre de l’Homme. Rien de plus logique que cela, puisque le catholicisme considère que l’Homme a été créé à l’image de Dieu, et qu’il serait difficile de nier à ce dernier la raison, même s’il existe ici un rapport dimensionnel tout à fait différent. Là où elle s’aventure bien plus loin, c’est lorsqu’elle observe la dépendance de la foi à la raison, ainsi que l’indique le titre l’encyclique de Jean Paul II, Fides et ratio, publiée en 1998 : « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité»

La raison, ce par quoi l’homme cherche à comprendre le sens du monde et de la vie, ce par quoi l’homme cherche à expliquer ce qui se heurte à la compréhension instinctive, doit-elle subitement s’annihiler devant les grands mystères de l’humanité ? D’où vient-on ? Où va-t-on après la mort ? Peut-on se contenter de croire que l’essence de notre existence réside dans nos actes mais accepter, dans le même temps, le déterminisme qui signe notre apparition et notre disparition ? Là où la raison s’arrête parfois, la foi prend le relais.

Alors oui, on est libre de ne pas y croire, à toutes ces histoires : au prologue de Saint Jean, à la Sainte Trinité, à la Résurrection et à tant d’autres choses. Mais elles ont le mérite de proposer des réponses à des questions auxquelles jamais personne n’a su répondre autrement qu’en émettant des hypothèses tout aussi peu rationnelles, et qui d’ailleurs répondent plus sur le moyen que sur le sens.

Alors oui, un catholique qui s’exprime est d’abord un être doué de raison et, si on l’écoutait au lieu de lui prêter un fidéisme aveugle, on entendrait des arguments qui tiennent à la raison et seulement à elle. On l’entend d’ailleurs parfois, mais uniquement lorsque cela est conforme à l’air du temps. Le cardinal André Vingt-Trois est célébré lorsqu’il prend la défense des Roms, conspué lorsqu’il explique que tout enfant a le droit à un père et une mère. Un coup, c’est la raison, une autre la foi ?

Dans un monde qui nous vante sans cesse les mérites de la diversité et de la diversité des vérités, dans un monde qui jure égalité parfaite et relativité absolue, comment ne pas se révolter du musèlement des catholiques au nom de ce qu’ils sont, du déni de leur raison, parce qu’ils proposent, grâce à elle, un certain déchiffrement des mystères qui nous entourent ?

« C’est la première fois depuis que le monde existe qu’un romantique nous présente comme magnifique un geste qui consiste à éteindre les lumières », disait Charles Péguy en réponse à l’envolée de René Viviani. Péguy, encore un abruti…[/access]

*Photo : gmcmullen.

Le réquisitoire du cofondateur du Parti de Gauche contre Jean-Luc Mélenchon

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Après l’avoir cofondé avec Jean-Luc Mélenchon, le député du Nord, Marc Dolez, issu lui aussi du PS, vient de quitter, assez brutalement , le Parti de Gauche.

Un départ que Marc Dolez a longuement explicité hier dans les colonnes de Libé, tout en réaffirmant son attachement au Front de Gauche (la coalition qui réunit le PCF, le PG, et une myriade de plus petites formations) .

Pour aller vite, Dolez reproche surtout à Mélenchon un antisocialisme primaire et improductif : « Le Front de gauche stagne. La baisse du PS ne nous profite pas. »

Et il enfonce le clou en allant dans le détail, disant tout haut ce que de nombreux militants de base, voire certains responsables du PCF reprochent tout bas à Mélenchon. Ainsi Dolez n’a pas peur de dire que « l’acquis de la belle campagne présidentielle a été dilapidé dès les législatives, avec la catastrophique campagne d’Hénin-Beaumont » ou d’expliquer que «nos propositions sont rendues souvent inaudibles à cause de l’outrance du verbe. »

Tout cela est marqué au sceau du bon sens, mais à titre personnel, j’avoue avoir été particulièrement réjoui que Marc Dolez avoue ressentir une grande perplexité quant à la surenchère écologique issue des assises pour « l’écosocialisme ».  Surenchère écolo qui d’après Dolez « se fait au détriment de la question sociale. »

Les esprits taquins remarqueront que la gauche du PS dit exactement la même chose à propos de la surenchère d’Harlem Désir sur le mariage gay…

 

Mariage gay : la fin de toutes les contradictions existantes

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Au risque de choquer mes confrères mal-pensants, j’applaudis des deux mains la pétition lancée par Harlem Désir en faveur du mariage et de l’adoption pour tous. Puisqu’il n’y a plus ni cause ni peuple, à quoi bon faire semblant ? À la différence de son frère ennemi Cambadélis, le Premier Secrétaire du PS n’a plus rien à prouver pour se tailler une parfaite conscience morale de gauche. Comme Jacques Brel dans L’Aventure c’est l’aventure, à qui l’on doit la formule mémorable : « de Marx nous avons surtout retenu la notion de capital », Désir souhaite hâter la chute de la société libérale en accélérant son développement. Du marxisme, le fondateur de SOS Racisme a surtout retenu la fin de toutes les contradictions existantes, tel un Badiou détournant le message de Saint Paul à des fins totalitaires.

Ainsi, bientôt,  il n’y aura plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme. Nous serons tous des transgenres cosmopolites au vote universel. Lorsque le mot race aura été supprimé de la Constitution, la Procréation médicalement assistée ajoutée aux droits fondamentaux du citoyen, le bonheur pourra enfin advenir ici-bas.

Mais ne riez pas. Si la Gestation Pour Autrui fait encore débat à gauche, il n’y a guère qu’une petite trentaine de députés réactionnaires encartés au PS pour refuser de voter la PMA , au prétexte qu’on ne badine pas avec le vivant et la parentalité.

En attendant les jours où PMA et GPA assureront l’égalité de tous – vite, un ventre, je veux un enfant ! – vous pouvez vous créer une identité sexuelle transitoire avec les accessoires disponibles sur le marché. Voilà ce qu’avaient imaginé il y a quelques années les scénaristes de la série Le Bureau, adaptation française de The Office, sur Canal + :

J’aperçois votre regard consterné. Oui, c’est fin et ça se mange sans faim. Comme l’innocence perdue d’un enfant sans père, ni mère…

Mon curé chez les Rmistes

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montfermeil eglise banlieues

montfermeil eglise banlieues

Tous les catholiques ne sont pas des sosies des Le Quesnoy, la famille bourgeoise et coincée du film La Vie est un long fleuve tranquille. Et on sait ce que les Évangiles disent des riches, des chameaux, des aiguilles et du royaume des cieux. Pourtant, certains continuent à faire un usage abondant du rassurant cliché qui assimile le (méchant) catho au (méchant) riche.

Ces préjugés bien ancrés font oublier qu’il y aussi des catholiques dans les milieux populaires – y compris dans les banlieues dites « sensibles ». Au demeurant, d’après un sondage IFOP/JDD datant d’avril 2011, les prolétaires sont aussi pratiquants que les bourgeois. Selon cette étude, 10% des cadres et professions libérales se disent catholiques pratiquants, proportion que l’on retrouve chez les employés et qui faiblit à peine chez les ouvriers cathos, dont 8 % se disent cathos pratiquants. Sans surprise, c’est parmi les retraités que le niveau de pratique est le plus élevé (25 %).

Reste à savoir s’il est facile d’être un catho de banlieue, en particulier dans ces villes où l’islam est devenu la première religion. En première ligne, on trouve évidemment les prêtres.[access capability= »lire_inedits »] Le père Thomas Binet, 48 ans, ordonné en 1997, est le curé de Montfermeil depuis 2007. Il est membre de la Fraternité missionnaire pour les villes, qui organise des groupes de prêtres pour prêter main forte aux paroisses de banlieue parisienne. Pour lui, être catholique à Neuilly ou à Montfermeil, ça ne fait pas une grande différence : « Les problèmes que rencontre l’être humain sont les mêmes partout. » Admettons.  Le père Gilles de Raucourt, 51 ans, ordonné en 1997, est, lui, curé de la paroisse Sainte-Claire, dans le 19e arrondissement de Paris, du côté de la porte de Pantin. Il est également membre du mouvement Résurrection de la communauté Aïn Karem et s’occupe depuis quinze ans d’un groupe d’évangélisation à Sarcelles. Installés à un point fixe en ville, des bénévoles discutent religion avec les passants.

Ce groupe sarcellois est « né d’une rencontre, il y a vingt ans, entre le père Gitton, fondateur d’Aïn Karem, et des jeunes à la dérive », raconte le prêtre. Porter le message religieux dans une ville multiculturelle comme Sarcelles, est-ce mission impossible ? « Il est plus facile d’évangéliser à Sarcelles qu’au Quartier latin », répond le père de Raucourt.

On attribue souvent la force politique des mouvements religieux à leur activisme social et à leur capacité de constituer des réseaux d’entraide où on se donne un coup de main pour obtenir un emploi ou un quelconque avantage. Ce n’est pas l’avis du prêtre : « L’intérêt matériel n’est pas la première motivation. Il y a une aspiration plus mystérieuse, plus profonde. » Il observe même que les milieux bourgeois adoptent plus souvent, face à l’Église, une attitude de consommateurs : « Du coup, ils sont plus facilement critiques sur l’Église et ses positions morales. »

Évidemment, il est plus facile de recueillir des dons à Versailles que dans le « 9-3 ». Plus facile aussi d’y recruter des cadres laïcs. Pour permettre une certaine péréquation, les diocèses de Nanterre ou Paris aident les diocèses plus pauvres d’Île-de-France. Le père Binet préfère se situer « dans une autre échelle de valeurs que celle de la rentabilité : peu importe la précarité des moyens, on y gagne en richesse humaine. » Originaire de Vaucresson et issu d’un milieu « très aisé », il était auparavant curé de Garches et, lorsque l’évêque de Saint-Denis a demandé de l’aide, il a répondu présent. Pour « comprendre de l’intérieur ». Ce n’est pas toujours simple. Le catholicisme de banlieue est un catholicisme de pauvres. Et d’émigrés, venus d’anciennes colonies françaises où les chrétiens demeurent majoritaires (Congo, Cameroun, Bénin…). Comment faire prier ensemble des gens d’origines aussi différentes ? Le père Thomas Binet se dit « très soucieux de penser l’Église de façon universelle ».

Mais le sujet sensible, c’est le rapport avec les autres religions, en particulier – mais pas seulement –  avec l’islam. À Montfermeil, le père Binet note que le dialogue interreligieux « fonctionne très bien entre responsables religieux qui veulent que ça fonctionne ». Entre hommes d’Église, on se comprend. Les difficultés surviennent plutôt sur le terrain, où les appartenances communautaires priment sur tout le reste. Quand les chrétiens d’Égypte ou d’Irak sont persécutés, les relations se tendent entre musulmans et orthodoxes. Par ailleurs, le maire Xavier Lemoine (PCD) qui est connu pour tenir un langage de fermeté à l’égard de l’islam militant, est en conflit avec une partie des musulmans de sa ville. Du côté de la porte de Pantin, le père de Raucourt déplore qu’il soit « extrêmement difficile d’avoir un interlocuteur musulman » du fait des divisions de la communauté entre Marocains, Algériens, Africains… et pointe aussi les Loubavitch juifs « qui ne cherchent pas le contact ». Ici ou là, on raconte que des familles chrétiennes sont « travaillées » pour se convertir à l’islam, mais dans l’ensemble les deux « curés de banlieue » ne notent pas de graves problèmes entre communautés. À Sarcelles, les bénévoles qui font de  l’évangélisation de rue n’ont jamais eu de problèmes. En tout cas, les églises de banlieue ont toujours leurs fidèles. Question de foi.[/access]

*Photo : Uolir.

La fin du monde, c’est maintenant

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apocalypse fin monde

apocalypse fin monde

À l’heure où vous lisez cette chronique, nous sommes le vendredi 21 décembre et la fin du monde a eu lieu ou est en cours si on en croit les Mayas. En même temps, les Mayas n’ont même pas été fichus d’inventer la roue, les moules-frites et le marxisme, alors, bon, leurs prévisions, hein…

Mais admettons qu’ils aient raison. Que faire ? comme disait Lénine en 1902 et ma mère devant un rôti resté trop longtemps au four.

Il semble indispensable d’éteindre le gaz. D’abord parce qu’il a terriblement augmenté et qu’il est inutile d’alourdir la facture.

Vous pouvez également annuler vos rendez-vous que vous avez eu tellement de mal à obtenir avec vos dentistes, vos ophtalmos, vos rhumatologues : vous éviterez ainsi leurs dépassements d’honoraires, ils seront bien eus. Quant à vous, rassurez-vous, on oublie vite qu’on a mal aux dents quand les zombies cernent votre maison.

Pensez également à préparer une liste des personnes que vous aimeriez bien éliminer vous-même avant que l’apocalypse ne s’en charge. Vous me  direz, à quoi ça sert, on va tous y passer ? Mais si, je vous assure, survivre de quelques heures aux affreux, aux méchants et aux salauds qui vous ont pourri la vie sera un plaisir incomparable.

Les caissières à temps partiel imposé payées au smic horaire et qui viennent d’être augmentée de 3 centimes par heure pourront ainsi étrangler elles-mêmes le patron, pardon le manager, du magasin avec des rouleaux de tickets de caisse avant de se servir dans les rayons d’épicerie fine et de rapporter de quoi faire enfin une vraie bonne bouffe de Noël dans leur quartier.

N’écoutez surtout pas la télé pendant la fin du monde. Vous risqueriez de tomber sur les mêmes journalistes, un peu plus pâles, qui ne vous informeront pas mais passeront les mêmes images en boucle que vous aurez déjà vues dans les films catastrophes car rien ne ressemble plus à une fin du monde qu’une autre fin du monde. Quand aux éditorialistes économiques, ils vous expliqueront que la fin du monde, c’est la faute aux déficits, que nous avons été trop dépensiers, que les Français n’ont jamais bien compris les nécessité de la rigueur et que si le travail avait été flexibilisé, on n’en serait pas là. Que maintenant, avec les chutes de météorites géantes, ça va favoriser l’évasion fiscale et dissuader les investisseurs. Arnaud Montebourg passera pour dire qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il suffit de nationaliser lesdites météorites en attendant de retrouver des repreneurs avant que Jean-Marc Ayrault ne le démente en annonçant qu’il est préférable de demander aux météorites de reconsidérer leur position et d’envisager un plan social où elles s’écraseront équitablement sur les pauvres, les classes moyennes et les riches. François Hollande commencera un discours solennel depuis l’Elysée en annonçant « la fin du monde, c’est maintenant » avant que les programmes ne cessent définitivement.

Donc, vous voyez bien, la télé, oubliez-là.

J’en reviens à l’attaque de zombies.

C’est l’hypothèse la plus probable car une bonne partie de la population est déjà zombifiée.

Si, si.

Peuvent être ainsi classés dans la catégorie des zombies, par exemple, les jeunes qui restent derrière leurs consoles de jeux pendant plus de dix-huit heures d’affilée, (pire qu’un travailleur chinois) ou encore cette partie des pauvres qui approuvent l’exil fiscal de Depardieu parce qu’après tout « il fait ce qu’il veut avec son argent ».

D’après les films que j’ai vus sur la question, les zombies, il faut leur tirer des balles dans la tête pour les stopper ou alors se sauver. Mais comme vous êtes en France, vous n’avez pas forcément d’armes sous la main, ce qui vous évite de tuer vingt six personnes dont vingt mômes en bas âge et que même après ça, on vous explique que légiférer sur les flingues, c’est atteindre à la liberté individuelle.

Donc, il vous reste une solution, vous sauver.

Pour ma part, c’est ce que je ferai. Du côté de Tarnac ou Notre Dame des Landes. Par-là, il y a des chances qu’ils survivent car ça fait un bout de temps qu’ils pensent à la fin du monde capitaliste, (ou plutôt à son suicide) et comment s’auto-organiser sur des bases différentes où la coopération prime sur la compétition.

Comme ça, dans les ruines fumantes de l’ancien monde, j’aurai peut-être enfin la chance de voir se construire une société enfin réellement communiste.

*Photo : Chad Palomino.

Commencer par la fin du monde

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fin du monde

fin du monde

À la question « craignez-vous la fin du monde le 21 décembre ? », j’ai répondu  « oui ». Il fallait que je réponde « oui ». D’abord parce que par une glorieuse pente masochiste, je tiens démesurément à rembourser mon prêt étudiant avant que le ciel se déchire et que le craquement du sol commence son vrombissement. Ensuite, parce que les 13% des sondés qui ont répondu « oui » m’étonnent plus encore que la fin du monde elle-même. Non pas que leur méprise sur le jour et l’heure ait une quelconque importance, mais la signification même de leur crainte recèle des fonds métaphysiques.

De fait, craindre la fin du monde,  alors que le monde lui-même n’est plus qu’une vaste ruine où le chiendent même se refuse à percer, voilà qui est étonnant. S’accrocher à la Terre, ce cul-de-sac, rompue de désillusions, fendue d’impasses, et surtout grosse du vide de son époque, voici qui est surprenant.

L’étonnant est là : continuer de chanter la beauté du monde face contre terre. Accueillir la fleur et son fumier avec. Alors bien sûr, dans le lot, il y a celle qui regrette ses cours de tai-chi. Le véreux spéculateur qui ne se remet pas de la vanité de son flouze, peau de balle désormais ; et le philanthrope, s’écriant volontiers que le monde est beau mais qui, avant l’obscurcissement du ciel, aurait bien abattu les gars du camion poubelle …Ceux-là craignent la fin du monde, certes, mais comme l’heure qui va les déposséder d’eux-mêmes, insidieuse minute minant les certitudes, voleur fameux dans la nuit épaisse. Ils ont réussi, sans nul doute, et c’est pour cela même que la fin leur arrive atroce en plein cœur.

Mais que dire de ceux qui, en revanche, ayant goûté du Sauternes, simplement, et trouvé dans la robe d’or une échancrure par laquelle passe une autre lumière,  ont estimé que c’était assez pour voter « oui » ?  Que penser de ceux qui, blessés par la beauté d’une fleur, ne voulant pas perdre l’éclair de cette rencontre, ont craint la fin ? Enfin l’homme qui, déstabilisé par la course d’un enfant, la couleur qu’après la pluie le ciel jette contre les murs, ou bien l’inflexion de voix d’un passant, a la gorge nouée et veut continuer de vivre ?

Et tout d’un coup, la fin du monde n’est plus une hypothèse qui fleure bon le marronnier, mais cette évidence qui précipite nos conversions. Elle est une imminence non datée, la seule vérité du jour, puisque elle est seule capable de rehausser chaque chose en la cerclant d’un mystère unique. Aussi nous est-il toujours permis d’y aller de notre confortable snobisme, raillant l’obscur illuminé claustré dans son abri antiatomique. Et sans doute n’avons-nous pas tout à fait tort. Mais notre ironie peut nourrir l’erreur contraire, vider le réel de son urgence et de sa pesanteur. L’illuminé se leurre grossièrement, prête au réel un spectaculaire niais, mais son persifleur se préserve de vivre à hauteur de mort, camoufle sa peur en assurance. Gustave Thibon  résume cette dernière posture en une phrase sublime de son et de sens : « Nous voyons poindre l’aurore douteuse et bâtarde d’une civilisation où le souci stérilisant d’échapper à la mort conduira les hommes à l’oubli de la vie ».

Et le sondage, avec tout ce qu’il contient d’incrédulité et de dédain, recouvre sa vocation première. Le mot vient frapper l’oreille et s’enferrer en nous de tout son sens. C’est autre chose, tout d’un coup, que la purée Mousseline, le saucisson ou le thé aux fruits rouges des habituels sondeurs. « Craignez-vous la fin du monde ? » relève d’une mystique autrement plus concrète : « Aimez-vous voir passer les nuages dans le ciel, et si « oui », cela vous déchire-t-il l’âme en deux ? », ou bien encore « Votre parquet retient les pas singuliers de votre mère, de votre sœur, de votre chien, et cela vous atteint au ventre comme un coup de lame ? ».

À la fin du monde,  c’est une vraie partie de chair : les yeux scrutent pour la dernière fois le réel, et pour la première fois peut-être les couleurs leur adviennent dans leur simplicité violente. Voilà que je me surprends à regarder plus longuement l’étrangeté d’une flaque d’eau. L’esthète peut s’émerveiller d’un monochrome sans que cela soit une pose. Les narines se gonflent et l’odeur d’un moteur froid peut nous faire pleurer. Mozart est frappé de vanité, mais il vient habiter les silences autrement. Et que dire de nos mains, rideaux ridés qu’ouvrent sur le monde l’ordure comme la soie, la barre moite d’une rame de métro ou la joue de ma fiancée. Avant de reprendre une hiérarchie que le mépris ne saurait ravir, toutes choses se valent ; mais c’est pour apparaître l’instant d’après, en une aveuglante mesure, à leur juste place.

Vers la fin du Voyage au bout de la nuit, Bardamu discute avec l’abbé Protiste, le curé de la Garenne-Rancy : « il faudra mourir […] plus copieusement qu’un chien et on mettra mille minutes à crever et chaque minute sera neuve, quand même […]. » C’est le problème avec la fin. Les choses se dilatent et commencent, et par leur source nous débordent du dedans, surtout quand il faut crever. Oh ! je voudrais si bien me draper d’indifférence devant la fin du monde, et pourtant, la merveille de ces banalités, le timbre unique d’une voix, l’éclair sombre et fugitif de ton regard, la fraîcheur des mains sur un front brûlant, et même, enfin, l’heure élue où par un dur labeur je suis né; tout cela de me faire trembler devant leur possible fin. Et cette fin vient nous frapper de vanité, certes, mais pourvu que nous commencions quelque chose !

*Photo : PhotoGraham.

Du syncrétisme au crétinisme…

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valsaintes new age

valsaintes new age

Les lieux respirent la majesté des plus beaux sites cisterciens ; au bout d’une route du bout du monde, au cœur d’une vaste vallée où alternent oliveraies et champs de lavande, à quelques kilomètres de Simiane-la-Rotonde, remarquable village perché médiéval aux confins des Alpes-de-Haute-Provence et du Vaucluse, se dresse le magnifique « oppidum de Boulinette ». Ce coin perdu dans une région où les citadins fortunés aiment prendre leurs quartiers d’été présente l’avantage non négligeable d’être quasiment désert. Rien ne rebute plus le touriste que les autres touristes.

Le vacancier catho qui refuse de bronzer idiot s’attend à découvrir un véritable trésor spirituel. Si les guides ne parlent guère de l’abbaye de Valsaintes, l’office de tourisme du coin la présente comme une abbaye cistercienne, « depuis 1180 » : aux portes du Luberon, « la sœur provençale oubliée du Thoronet, de Silvacane et de Sénanque ». Rien que ça. On a hâte d’y être.

Malheureusement, une fois à l’intérieur du site, le plus naïf des convertis perd vite ses illusions. Après avoir été délesté de 6 euros, qu’il donne cependant d’un cœur encore léger à l’idée − saugrenue − qu’ils contribueront à maintenir une vie monastique authentique au cœur de ce désert, il est en effet accueilli par une curieuse colonne rocheuse, qui aurait plus sa place à Carnac qu’au cœur d’une abbaye romane.[access capability= »lire_inedits »] C’est une sculpture en « granit de Mauritanie » en forme d’aiguille, de plusieurs mètres de haut, vers laquelle, d’après la brochure gracieusement vendue 5 autres euros dans la boutique du site, sont censés converger tous les soleils des quatre saisons, au moment des équinoxes et des solstices, mais aussi au moment des Imbolc, et autres Samhain, sans oublier les Beltaine et les Lugnasad, fêtes celtiques d’un catholicisme qui paraîtra douteux au plus ignare des baptisés. Plus loin, une statue vaguement christique mais d’un kitsch achevé, avec gourdin de pèlerin et brebis égarable sur l’épaule, est platement intitulée « Le Berger ». Étrange. Plus bizarre encore, le chemin serpente jusqu’à un vaste rocher, dont on nous apprend qu’il s’agit d’un « dragon de pierre », posé à l’endroit même − les choses sont bien faites − où « le dragon du ciel et le dragon de la terre s’unissent ». Sans blague ? J’ai l’impression d’entendre saint Bernard tonner dans sa tombe. Mais ce ne sont que quelques badauds qui ricanent grassement devant un panneau : ils ont découvert l’ « espace de fertilité », une zone herbeuse délimitée par des espèces de dents de pierre, à l’intérieur de laquelle pousse un chêne, souverainement indifférent aux élucubrations des propriétaires du lieu. « C’est sans doute là que les curés tripotent les petits garçons », persifle derrière moi un quidam en tongs.

Je me tourne en hâte vers l’église : on m’a promis un portail roman du XIIe siècle. Il est là, sobre et magnifique, transporté ici au XVIIe. C’est un « monument historique » depuis 1979. Mais à l’intérieur, le cauchemar reprend. Les vitraux figurent les quatre éléments symboliques « dont toute la création matérielle et immatérielle est composée » − la terre, l’air, l’eau et le feu. J’apprends, toujours dans ma brochure,  encore, que « nombre des premiers cisterciens  » étaient en fait des disciples d’Arius, ce prêtre qui « mit en cause la divinité de la personne de Jésus-Christ ». Saint Bernard, pardonne-leur, même si j’ai peur qu’ils sachent parfaitement ce qu’ils font. Je relève la tête pour constater que pas une seule fois, le nom ou la figure du Christ n’apparaît dans cette « église » où la cérémonie la plus sacrée ne célèbre pas Noël ou Pâques, mais le solstice d’hiver. À 12 euros l’entrée, elle affiche complet longtemps à l’avance. Il semble qu’aucune cérémonie catholique n’ait jamais eu lieu dans l’« église » restaurée. Un ou deux prêtres sont, paraît-il, venus, sans doute pour constater l’ampleur des dégâts, et sont repartis pour ne jamais revenir. Le 21 décembre, on y fêtera, au son d’une harpe celtique, « la lumière solaire [qui] passant par l’oculus adombre le centre de l’autel, tel l’Esprit-Saint couvrant de sa divine bonté tout être de bonne volonté ». Une affiche dans un coin sombre de la nef nous apprend en passant que « la naissance de l’enfant Jésus, au soir du 24 décembre à minuit, découle de cette mythologie solaire issue de la nuit des temps »… L’« enfant Jésus » qui découle d’une « mythologie solaire », voilà donc ce qu’ils avaient fait de mon Dieu…

Faut-il vraiment s’émouvoir de la profanation sacralisante d’un tel lieu ? Après tout, l’abbaye était abandonnée depuis près de deux siècles lorsque les propriétaires actuels se sont installés pour restaurer un bâtiment en ruine. En outre, le New Age, sous une forme ou sous une autre, est un mouvement parareligieux qui jouit d’une certaine influence dans la France contemporaine et, à ce simple et seul titre, ne mérite-t-il pas d’être respecté, comme méritent d’être respectés ses adeptes ? Enfin, si les occupants font vivre à leur façon un lieu depuis longtemps abandonné, à la fois par l’Église et par l’État, où est le problème?

Le problème, c’est que ces gens s’appuient sans vergogne sur une histoire religieuse vieille de huit siècles pour nous vendre leur galimatias paganisant. Le problème, c’est aussi que tout ce petit monde qui trône à Valsaintes entre « géométrie sacrée » et « guérison holistique » fait de moins en moins figure d’excentrique et de plus en plus figure de notable. Le jardinier de la roseraie du lieu tient sa chronique hebdomadaire de jardinage sur la station France Bleue Provence. Le « directeur et fondateur de l’abbaye de Valsaintes » (sic) a reçu, le 14 juillet 2005, des mains de Léon Bertrand, ministre délégué au Tourisme, et en présence de Jean-Louis Bianco, président du Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence, la médaille d’argent du tourisme. Et, last but not least, la communauté touche au total et au bas mot, outre les subventions liées à la restauration du site dont je ne connais pas les montants, des dizaines de milliers d’euros de subventions de la région PACA et, surtout, de l’Union européenne, au titre d’une faraude « innovation en milieu rural : partage de vie à l’abbaye », dans le cadre du « Fonds européen de développement régional ».

Je me demande ce qu’en pensent les vénérables moines de Notre-Dame de Sénanque, à l’autre bout du Luberon, qui, en tant que congrégation religieuse, ne peuvent recevoir aucune subvention mais qui, en partageant leur existence à l’abbaye selon une règle presque intangible, innovent néanmoins en milieu rural, chaque jour que Dieu fait, depuis seulement huit siècles et demi.[/access]

*Photo : Jardin de l’Abbaye de Valsaintes (FlickrDelusions).

Euthanasie : un Homme, combien d’éléphants ?

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euthanasie hollande ps

euthanasie hollande ps

Mardi matin, la commission présidée par le Professeur Didier Sicard remettait au Président Hollande ses conclusions concernant le traitement de la fin de vie. Curieux rapport que celui-là, qui écarte l’euthanasie dite active car elle franchirait « la barrière d’un interdit » mais qui propose qu’une sédation terminale puisse être administrée par les médecins aux patients qui l’auraient demandé de façon réitérée. On se demande où est la différence. La mission Sicard propose en outre une réflexion sur le suicide assisté, soit la possibilité laissée à un malade incurable d’absorber un produit létal.

Puisque le législateur de cette mandature semble avoir fondé la toute puissance de la loi sur la suprématie de la volonté individuelle, il semble malheureusement bien vain d’aller expliquer aux partisans de l’euthanasie que le socle du contrat social repose sur la protection de l’homme contre les autres mais aussi contre lui-même. En légiférant contre ce qui fait son objet, la société signe elle aussi son arrêt de mort. On peut bien prétendre au nom de la doctrine existentialiste que personne ne peut décider à la place de l’autre et que par conséquent il revient à chacun de faire ce choix en âme et conscience. Mais on sait bien que la fonction de la loi, c’est de normaliser, voire d’universaliser. Or en posant le droit à l’euthanasie, on fait du choix de certains une norme générale et impersonnelle, valable non seulement pour soi-même mais pour tout le monde. Comme le passage à le mort est bien un des seuls états où chacun se retrouve seul avec soi-même, il faudrait plutôt le préserver de toute structure imposée et laisser chacun faire le choix de sa propre existence.

Osons avancer une hypothèse dérangeante : et si l’euthanasie était à notre société moderne ce que furent les machines à la société industrielle ? Acceptée comme un outil d’apaisement aux souffrances, elle deviendrait un outil de régulation des populations inutiles ou coûteuses ? L’utilité économique comme passe-droit à la transgression la plus ultime, c’est ce que défendaient le juriste Karl Binding et le médecin Alfred Hoche dans l’Allemagne nazie, soucieux de tuer les coûts d’une médecine impuissante devant   les « vies sans valeur », les « existences superflues », les « esprits morts», les « enveloppes humaines vides » et utilisant une sémantique qui rappelle curieusement celle d’aujourd’hui : « aide aux mourants », « libération par la mort », « euthanasie », « action caritative ». En octobre 1939, Adolf Hitler  enjoindra ainsi aux médecins « d’accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible ».

Mardi matin, au moment même où le Professeur Sicard remettait son rapport, on apprenait que la décision d’euthanasier deux éléphantes tuberculeuses appartenant au cirque Pinder était suspendue. L’annonce de leur abattage avait provoqué un tollé  et la grâce présidentielle avait même été sollicitée tandis qu’une pétition rassemblait plus de 15 000 signatures. Qui ne s’est jamais vu proposer au Maghreb d’échanger sa dulcinée contre des milliers de chameaux ? En France, toute une population ne vaut même pas deux éléphants.

*Photo : Sanofi Pasteur.

L’Apocalypse, c’est pas la fin du monde !

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apocalypse maya

apocalypse maya

Il n’aura échappé à personne que la fin du monde est programmée pour aujourd’hui selon la datation établie par le calendrier maya. Outre le caractère plus ou moins fantaisiste de cette prédiction, le motif de la fin du monde est beaucoup plus intéressant puisqu’il touche désormais tous les continents. Il est en quelque sorte devenu le premier événement mondial qui, à défaut de se réaliser dans le cours de l’histoire, a déjà eu lieu dans l’imaginaire culturel du globe. À chacun son apocalypse, pourrait-on dire, jusqu’à la déflagration finale que les physiciens ont programmée dans une centaine de milliers d’années. En attendant, l’urgence est bien là, car les hommes, eux, ne vivent qu’une petite centaine d’années, et prévoient déjà de s’en aller vers d’autres cieux.

Or, il existe autant de nouveaux cieux que de fins du monde. Aussi voudrions-nous explorer quelques-uns de ces récits apocalyptiques pour que chacun ait le loisir de retenir la formule qui lui sied le mieux et puisse ainsi entrevoir sa propre mort au travers de l’humanité entière. Partons du plus connu, le calendrier maya, en commençant par le réinscrire dans son creuset original : la mexicanité. En effet, les Mexicains n’ont pas attendu le film 2012 pour se pencher sur un patrimoine aussi glorieux que mystérieux. Et ils en ont tiré une lecture tout à fait singulière puisque la mexicanité renvoie à une « race primordiale et supérieure » qui doit resurgir, sous la forme d’illustres ancêtres (Aztèques, Toltèques, Incas, etc.), à la fin de ce cycle. Très loin de l’acculturation qu’a subi le calendrier maya, cette interprétation s’inscrit dans un revivalisme identitaire qui se mêle très souvent à des syncrétismes locaux.

Notons que cette première fin du monde ne se traduit pas par une catastrophe générale, mais par l’effusion progressive d’un nouvel esprit, comme un saut de conscience, qui s’apparenterait au retour glorieux de l’harmonie précolombienne. Pour ceux qui se sentiraient perdus dans l’archéohistoire de la Mésoamérique, il est toujours possible de se reporter sur la variante scientiste de l’apocalypse maya, à savoir la croyance dans un « alignement galactique » de la terre, du soleil et de l’univers. Ce qui reviendrait à modifier l’axe de rotation de la terre dans son mouvement universel, phénomène qui se produirait tous les 25 000 ans selon certains astronomes et qui tomberaient justement dans la période de notre solstice d’hiver. Rappelez-vous, la disparition des dinosaures, l’engloutissement de l’Atlantide, la fin de la civilisation aztèque, etc. Pour ceux qui choisiraient cette option, ne pas hésiter à se passer en boucle Mélancholia de Lars von Trier.

En revanche, à ceux qui se sentent un peu plus franchouillards, nous conseillerons la version « Illuminés de Bugarach ». Ce petit village de l’Aude peuplé de 400 âmes, dont plus de la moitié sont aujourd’hui des néo-ruraux en quête de la fin du monde, est situé dans le territoire des anciens Cathares, du trésor de Rennes-le-Château et autres mystères irrésolus. Dans ce contexte, le col de Bugarach (1200 mètres) se présente comme une montagne renversée dont le sous-sol géologique (très riche) est appelé à remonter à la surface terrestre à l’approche du 21 décembre. En plus de profiter de la richesse énergétique du lieu, il appartient à chacun de choisir son canal préféré – en fonction des nombreuses spécialités de Bugarach : médecine chinoise, astrologie, spiritisme, néo-hippisme, etc. – pour entrer en contact avec le monde qui vient.

Pour ceux qui se piquent de géopolitique et qui veulent absolument entrevoir la fin du monde sous la lumière des révélations, il vaut mieux se tourner du côté des apocalypses iranienne et américaine. La première a entrepris de réinterpréter le mythe de l’imam caché (mahdisme) pour en faire l’objet d’un endoctrinement systématique. Ainsi, le Mahdi (le « bien guidé ») est convié à un retour précipité afin de prendre en main le gouvernement spirituel du monde et de préparer le Jugement dernier. Notons que cette version marketing de l’imam caché a fait l’objet d’une telle publicité intensive qu’une majorité d’iraniens se prépare à son retour imminent. Le phénomène est identique aux États-Unis, quoique dans des proportions moins importantes, avec les chrétiens sionistes qui s’inscrivent dans la filiation de John Nelson Darby. Selon une interprétation littérale des prophéties bibliques, nous sommes entrés dans la dernière phase, dite de « dispensation », qui doit se clôturer avec la retour du peuple d’Israël en Terre Sainte, et la descente du Christ pour le Jugement dernier. La fin de l’année 2012 marque, aussi bien pour les Mahdistes que pour les Dispensationalistes, le terme d’une lutte universel entre le Bien et le Mal. A chacun, donc, de choisir son camp.

Enfin, pour ceux qui se sentent bien dans la modernité conquérante, il est toujours possible de choisir l’apocalypse digitale que nous promet le projet WebBot. Il en coûtera un peu d’argent, mais les multiples catastrophes annoncées – dont la crise bancaire ! – finiront de nous persuader que non seulement nous sommes dans la dernière ligne droite, mais que nous appartenons aussi à ces « élus » qui  voient bien plus loin que les autres. Tout du moins jusqu’au 21 décembre… L’avantage avec le numérique, c’est que les concepteurs du WebBot ont réussi à programmer tout le répertoire lexical de la fin du monde pour en proposer une version définitive : les Mayas, l’Atlantide, les Supérieurs Inconnus, les religions orientales, l’énergie cosmique, l’alignement galactique, etc. Rassurez-vous : tout y est. Autrement dit, on en a pour son argent.

Enfin, pour ceux qui craignent d’être encore là après le 21 décembre, nous leur conseillerons juste de se préparer un café bien fort, éventuellement une ou deux aspirines, et de reprendre la route jusqu’au 24 au soir, où nous attend une autre fin du monde : la venue du père Noël.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*Photo : Nomadic Lass.

UMP : « Et maintenant que vais-je faire ? »

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ayrault ump cope

ayrault ump cope

Pour l’UMP, les beaux jours sont terminés. La rigolade, les amusettes, la guerre des boutons, ça n’a qu’un temps.
Parce que, l’air de rien, une bonne petite guerre civile de plusieurs semaines, ça permet de procrastiner en paix : on amuse le tapis médiatique avec des rebondissements shakespeariens, c’est-à-dire à la fois tragique et bouffons,  une guerre des chefs, des conjurations de couloirs, des déjeuners secrets, des anciens premiers ministres et même un ex président de la république qui y perd la moitié de son crédit au passage, des berlines aux vitres fumées, des mâchoires crispées, de vraies-fausses scissions.

Et puis voilà, il faut bien que ça s’arrête.
On sentait bien, comme dans ces séries américaines genre Dexter ou Six Pieds sous terre que le concept avait beau être intéressant, nouveau, fascinant (tueur en série gentil, vie familiale d’une entreprise de pompes funèbres ou deux groupes parlementaires pour un même parti), au bout de trois ou quatre saisons, l’attention du spectateur faiblit, il a compris le procédé, l’effet de surprise est passé, l’audience baisse.

Alors quoi ? Alors maintenant il faut faire face, qu’on s’appelle Copé, Fillon pour les plus abîmés. Ou NKM, Bertrand, Le Maire pour les jeunes pleins d’espoir et de crainte mêlés. Faire face à la sinistre réalité pour un parti de droite : être dans l’opposition à un gouvernement de droite.

Aussi à droite que lui, voire plus. On peut essayer de trouver des dérivatifs, des biais, des pseudos marqueurs droite-gauche, mais ça ne prend pas vraiment. Tiens, si on attaquait les socialistes qui veulent marier les gays et qui n’aiment pas le talent, le courage, le génie, la délicatesse des entrepreneurs en général et de Gérard Depardieu en particulier ? Oui, mais tout le monde voit bien que c’est un peu court. Les sondages sur Depardieu semblent indiquer que les Français, plus souvent soumis au RSA qu’à la tranche à 75%, trouvent eux aussi, majoritairement, qu’il s’agit d’un comportement minable un peu, beaucoup, à la folie.

Alors, hélas, il faut se résoudre désormais pour l’UMP bicéphale comme la défunte monarchie austro-hongroise, à s’opposer sur l’essentiel. Sur le lourd. Sur l’économique, le politique, le social. Et là, problème : c’est que l’UMP ne sait pas trop sur quel front attaquer sans paraître ridicule, façon « Je dirais même plus ».

La compétitivité et la flexibilité ? Ayrault a accepté 80% du rapport Gallois et le PS parle de flexisécurité comme si ça allait de soi. Et puis on donne vingt milliards pour baisser les charges afin de favoriser l’embauche, politique que la droite a toujours menée et recommandée.

L’embauche de fonctionnaires et de politiques publiques qui aggraveraient les déficits ?  Matignon vient de lancer la MAP, la modernisation de l’action publique, qui ressemble à s’y méprendre à une bonne vieille RGPP des familles. Et qui dit à demi mot qu’il va falloir quand même tailler au hachoir austéritaire dans les politiques du logement, de la famille et de la formation professionnelle.

Le Smic ? La courbe de sa revalorisation horaire suit celle de l’inflation comme un danseur de Merengue suit celle de sa partenaire. Sauf que c’est moins dansant  de travailler avec 9, 43 euros de l’heure, à temps partiel imposé. Surtout quand aucun blocage n’est opposé aux augmentations de « rattrapage » du gaz et de l’électricité.

Le livret A, le placement des locdus qui veulent  une petite poire pour la soif ? On va voir, si on peut pas baisser un peu le taux d’intérêt pour qu’ils consomment malgré eux, ces salauds de pauvres.

Tiens, puisqu’on parle des banques, le gouvernement renonce finalement en rase campagne à séparer les activités de dépôt des activités spéculatives. On fait juste semblant de les obliger à créer des filiales quand elles veulent jouer au casino, ce qui d’après l’organisation Finance Watch, est un filet de sécurité  dérisoire pour le client de base.

Il n’y a pas jusqu’à Peillon qui ne parle pas des profs comme en parlait jadis Sarkozy : « J’ai envie de vous augmenter mais en échange, votre statut de glandeur, il va falloir vous asseoir dessus. Vos missions ont changé, et patati et patata. »

Pauvre UMP ! La schizophrénie la guette ! La droite est aux affaires et il lui faut s’opposer à cette droite-là. En faisant croire que c’est la gauche… Bon courage, les amis !

*Photo : Partis socialiste.

Prie et tais-toi !

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eglise roms peguy

eglise roms peguy

« Ensemble, et d’un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel des lumières qu’on ne rallumera plus ! » Cette déclaration grandiloquente fut prononcée le 8 novembre 1906 par René Viviani, ministre du Travail et de la Prévoyance sociale sous Clémenceau, dans un discours à la Chambre des députés célébrant l’œuvre de la campagne anticléricale du Bloc des gauches. Le cofondateur de L’Humanité imaginait-il un seul instant que, plus d’un siècle plus tard, ce discours apparaîtrait comme une prophétie ?

Deux mille ans après la naissance du Christ, et alors que le christianisme fut pendant une majeure partie de ces années à la tête de l’hégémonie culturelle, il ne fait plus bon revendiquer son christianisme ou sa catholicité pour prétendre participer au débat intellectuel.[access capability= »lire_inedits »] Pis encore, toute accointance ou sympathie éprouvée à l’égard de cette religion constitue le meilleur bâillon pour faire taire ceux qui édifient le « tombeau de l’intelligence, de la pensée, du cerveau », selon la formule du socialiste révolutionnaire Louis-Auguste Blanqui.

Sur tous les sujets qui offensent aujourd’hui la pensée dominante − bioéthique, valeurs sociétales − , les catholiques sont exclus du débat au prétexte qu’ils sont catholiques. Il n’est qu’à voir la façon dont se font fréquemment rembarrer évêques et consorts, scientifiques, professeurs et philosophes du « camp » chrétien dès lors qu’ils osent donner leur avis, s’ils ne sont pas tout simplement superbement méprisés, voire écartés volontairement de telle tribune, de telle émission ou de telle commission chargée de réfléchir et d’interroger les spécialistes.

Mais, plus zélés que les censeurs, il y a désormais les auto-censeurs et autres Ponce-Pilate, comme si, dans une forme d’extrême sagesse socratique, il valait mieux s’administrer de la ciguë plutôt que d’offenser la Cité. Ainsi voit-on régulièrement défiler des mines triomphantes, trop heureuses d’expliquer qu’après s’être enfermées dans une Église obscurantiste, elles recouvrent enfin l’intelligence et la liberté de penser, et de se conformer immédiatement à la bien-pensance du moment. Et c’est ainsi qu’on entend le coq chanter trois fois.

Cette obstination des censeurs à refuser à la catholicité la moindre forme d’autonomie intellectuelle, ou même la moindre parcelle de raison, trahit une véritable malhonnêteté. Oubliés Saint Thomas d’Aquin et Saint Augustin ? Sombres abrutis, Paul Ricœur, Teilhard de Chardin, Simone Weil ou Joseph Ratzinger ? Imbéciles, ces chefs-d’œuvre architecturaux qui quadrillent la France et l’Europe et rendent hommage au Christ ? On aimerait confronter le culot d’un Blanqui au génie d’un Saint Augustin et voir si, pour une fois, le ridicule ne tue pas, au moins un tout petit peu.

Plus sérieusement, l’Église catholique a toujours construit le développement du mystère de la foi sur le fondement de la raison, laquelle ne se gagne pas à la ferveur d’oraisons, mais constitue le propre de l’Homme. Rien de plus logique que cela, puisque le catholicisme considère que l’Homme a été créé à l’image de Dieu, et qu’il serait difficile de nier à ce dernier la raison, même s’il existe ici un rapport dimensionnel tout à fait différent. Là où elle s’aventure bien plus loin, c’est lorsqu’elle observe la dépendance de la foi à la raison, ainsi que l’indique le titre l’encyclique de Jean Paul II, Fides et ratio, publiée en 1998 : « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité»

La raison, ce par quoi l’homme cherche à comprendre le sens du monde et de la vie, ce par quoi l’homme cherche à expliquer ce qui se heurte à la compréhension instinctive, doit-elle subitement s’annihiler devant les grands mystères de l’humanité ? D’où vient-on ? Où va-t-on après la mort ? Peut-on se contenter de croire que l’essence de notre existence réside dans nos actes mais accepter, dans le même temps, le déterminisme qui signe notre apparition et notre disparition ? Là où la raison s’arrête parfois, la foi prend le relais.

Alors oui, on est libre de ne pas y croire, à toutes ces histoires : au prologue de Saint Jean, à la Sainte Trinité, à la Résurrection et à tant d’autres choses. Mais elles ont le mérite de proposer des réponses à des questions auxquelles jamais personne n’a su répondre autrement qu’en émettant des hypothèses tout aussi peu rationnelles, et qui d’ailleurs répondent plus sur le moyen que sur le sens.

Alors oui, un catholique qui s’exprime est d’abord un être doué de raison et, si on l’écoutait au lieu de lui prêter un fidéisme aveugle, on entendrait des arguments qui tiennent à la raison et seulement à elle. On l’entend d’ailleurs parfois, mais uniquement lorsque cela est conforme à l’air du temps. Le cardinal André Vingt-Trois est célébré lorsqu’il prend la défense des Roms, conspué lorsqu’il explique que tout enfant a le droit à un père et une mère. Un coup, c’est la raison, une autre la foi ?

Dans un monde qui nous vante sans cesse les mérites de la diversité et de la diversité des vérités, dans un monde qui jure égalité parfaite et relativité absolue, comment ne pas se révolter du musèlement des catholiques au nom de ce qu’ils sont, du déni de leur raison, parce qu’ils proposent, grâce à elle, un certain déchiffrement des mystères qui nous entourent ?

« C’est la première fois depuis que le monde existe qu’un romantique nous présente comme magnifique un geste qui consiste à éteindre les lumières », disait Charles Péguy en réponse à l’envolée de René Viviani. Péguy, encore un abruti…[/access]

*Photo : gmcmullen.

Le réquisitoire du cofondateur du Parti de Gauche contre Jean-Luc Mélenchon

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Après l’avoir cofondé avec Jean-Luc Mélenchon, le député du Nord, Marc Dolez, issu lui aussi du PS, vient de quitter, assez brutalement , le Parti de Gauche.

Un départ que Marc Dolez a longuement explicité hier dans les colonnes de Libé, tout en réaffirmant son attachement au Front de Gauche (la coalition qui réunit le PCF, le PG, et une myriade de plus petites formations) .

Pour aller vite, Dolez reproche surtout à Mélenchon un antisocialisme primaire et improductif : « Le Front de gauche stagne. La baisse du PS ne nous profite pas. »

Et il enfonce le clou en allant dans le détail, disant tout haut ce que de nombreux militants de base, voire certains responsables du PCF reprochent tout bas à Mélenchon. Ainsi Dolez n’a pas peur de dire que « l’acquis de la belle campagne présidentielle a été dilapidé dès les législatives, avec la catastrophique campagne d’Hénin-Beaumont » ou d’expliquer que «nos propositions sont rendues souvent inaudibles à cause de l’outrance du verbe. »

Tout cela est marqué au sceau du bon sens, mais à titre personnel, j’avoue avoir été particulièrement réjoui que Marc Dolez avoue ressentir une grande perplexité quant à la surenchère écologique issue des assises pour « l’écosocialisme ».  Surenchère écolo qui d’après Dolez « se fait au détriment de la question sociale. »

Les esprits taquins remarqueront que la gauche du PS dit exactement la même chose à propos de la surenchère d’Harlem Désir sur le mariage gay…