Pour l’UMP, les beaux jours sont terminés. La rigolade, les amusettes, la guerre des boutons, ça n’a qu’un temps.
Parce que, l’air de rien, une bonne petite guerre civile de plusieurs semaines, ça permet de procrastiner en paix : on amuse le tapis médiatique avec des rebondissements shakespeariens, c’est-à-dire à la fois tragique et bouffons,  une guerre des chefs, des conjurations de couloirs, des déjeuners secrets, des anciens premiers ministres et même un ex président de la république qui y perd la moitié de son crédit au passage, des berlines aux vitres fumées, des mâchoires crispées, de vraies-fausses scissions.

Et puis voilà, il faut bien que ça s’arrête.
On sentait bien, comme dans ces séries américaines genre Dexter ou Six Pieds sous terre que le concept avait beau être intéressant, nouveau, fascinant (tueur en série gentil, vie familiale d’une entreprise de pompes funèbres ou deux groupes parlementaires pour un même parti), au bout de trois ou quatre saisons, l’attention du spectateur faiblit, il a compris le procédé, l’effet de surprise est passé, l’audience baisse.

Alors quoi ? Alors maintenant il faut faire face, qu’on s’appelle Copé, Fillon pour les plus abîmés. Ou NKM, Bertrand, Le Maire pour les jeunes pleins d’espoir et de crainte mêlés. Faire face à la sinistre réalité pour un parti de droite : être dans l’opposition à un gouvernement de droite.

Aussi à droite que lui, voire plus. On peut essayer de trouver des dérivatifs, des biais, des pseudos marqueurs droite-gauche, mais ça ne prend pas vraiment. Tiens, si on attaquait les socialistes qui veulent marier les gays et qui n’aiment pas le talent, le courage, le génie, la délicatesse des entrepreneurs en général et de Gérard Depardieu en particulier ? Oui, mais tout le monde voit bien que c’est un peu court. Les sondages sur Depardieu semblent indiquer que les Français, plus souvent soumis au RSA qu’à la tranche à 75%, trouvent eux aussi, majoritairement, qu’il s’agit d’un comportement minable un peu, beaucoup, à la folie.

Alors, hélas, il faut se résoudre désormais pour l’UMP bicéphale comme la défunte monarchie austro-hongroise, à s’opposer sur l’essentiel. Sur le lourd. Sur l’économique, le politique, le social. Et là, problème : c’est que l’UMP ne sait pas trop sur quel front attaquer sans paraître ridicule, façon « Je dirais même plus ».

La compétitivité et la flexibilité ? Ayrault a accepté 80% du rapport Gallois et le PS parle de flexisécurité comme si ça allait de soi. Et puis on donne vingt milliards pour baisser les charges afin de favoriser l’embauche, politique que la droite a toujours menée et recommandée.

L’embauche de fonctionnaires et de politiques publiques qui aggraveraient les déficits ?  Matignon vient de lancer la MAP, la modernisation de l’action publique, qui ressemble à s’y méprendre à une bonne vieille RGPP des familles. Et qui dit à demi mot qu’il va falloir quand même tailler au hachoir austéritaire dans les politiques du logement, de la famille et de la formation professionnelle.

Le Smic ? La courbe de sa revalorisation horaire suit celle de l’inflation comme un danseur de Merengue suit celle de sa partenaire. Sauf que c’est moins dansant  de travailler avec 9, 43 euros de l’heure, à temps partiel imposé. Surtout quand aucun blocage n’est opposé aux augmentations de « rattrapage » du gaz et de l’électricité.

Le livret A, le placement des locdus qui veulent  une petite poire pour la soif ? On va voir, si on peut pas baisser un peu le taux d’intérêt pour qu’ils consomment malgré eux, ces salauds de pauvres.

Tiens, puisqu’on parle des banques, le gouvernement renonce finalement en rase campagne à séparer les activités de dépôt des activités spéculatives. On fait juste semblant de les obliger à créer des filiales quand elles veulent jouer au casino, ce qui d’après l’organisation Finance Watch, est un filet de sécurité  dérisoire pour le client de base.

Il n’y a pas jusqu’à Peillon qui ne parle pas des profs comme en parlait jadis Sarkozy : « J’ai envie de vous augmenter mais en échange, votre statut de glandeur, il va falloir vous asseoir dessus. Vos missions ont changé, et patati et patata. »

Pauvre UMP ! La schizophrénie la guette ! La droite est aux affaires et il lui faut s’opposer à cette droite-là. En faisant croire que c’est la gauche… Bon courage, les amis !

*Photo : Partis socialiste.

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Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.Dernier roman publié: Un peu tard dans la saison (La Table Ronde, 2017). Prix Rive Gauche