Il n’aura échappé à personne que la fin du monde est programmée pour aujourd’hui selon la datation établie par le calendrier maya. Outre le caractère plus ou moins fantaisiste de cette prédiction, le motif de la fin du monde est beaucoup plus intéressant puisqu’il touche désormais tous les continents. Il est en quelque sorte devenu le premier événement mondial qui, à défaut de se réaliser dans le cours de l’histoire, a déjà eu lieu dans l’imaginaire culturel du globe. À chacun son apocalypse, pourrait-on dire, jusqu’à la déflagration finale que les physiciens ont programmée dans une centaine de milliers d’années. En attendant, l’urgence est bien là, car les hommes, eux, ne vivent qu’une petite centaine d’années, et prévoient déjà de s’en aller vers d’autres cieux.

Or, il existe autant de nouveaux cieux que de fins du monde. Aussi voudrions-nous explorer quelques-uns de ces récits apocalyptiques pour que chacun ait le loisir de retenir la formule qui lui sied le mieux et puisse ainsi entrevoir sa propre mort au travers de l’humanité entière. Partons du plus connu, le calendrier maya, en commençant par le réinscrire dans son creuset original : la mexicanité. En effet, les Mexicains n’ont pas attendu le film 2012 pour se pencher sur un patrimoine aussi glorieux que mystérieux. Et ils en ont tiré une lecture tout à fait singulière puisque la mexicanité renvoie à une « race primordiale et supérieure » qui doit resurgir, sous la forme d’illustres ancêtres (Aztèques, Toltèques, Incas, etc.), à la fin de ce cycle. Très loin de l’acculturation qu’a subi le calendrier maya, cette interprétation s’inscrit dans un revivalisme identitaire qui se mêle très souvent à des syncrétismes locaux.

Notons que cette première fin du monde ne se traduit pas par une catastrophe générale, mais par l’effusion progressive d’un nouvel esprit, comme un saut de conscience, qui s’apparenterait au retour glorieux de l’harmonie précolombienne. Pour ceux qui se sentiraient perdus dans l’archéohistoire de la Mésoamérique, il est toujours possible de se reporter sur la variante scientiste de l’apocalypse maya, à savoir la croyance dans un « alignement galactique » de la terre, du soleil et de l’univers. Ce qui reviendrait à modifier l’axe de rotation de la terre dans son mouvement universel, phénomène qui se produirait tous les 25 000 ans selon certains astronomes et qui tomberaient justement dans la période de notre solstice d’hiver. Rappelez-vous, la disparition des dinosaures, l’engloutissement de l’Atlantide, la fin de la civilisation aztèque, etc. Pour ceux qui choisiraient cette option, ne pas hésiter à se passer en boucle Mélancholia de Lars von Trier.

En revanche, à ceux qui se sentent un peu plus franchouillards, nous conseillerons la version « Illuminés de Bugarach ». Ce petit village de l’Aude peuplé de 400 âmes, dont plus de la moitié sont aujourd’hui des néo-ruraux en quête de la fin du monde, est situé dans le territoire des anciens Cathares, du trésor de Rennes-le-Château et autres mystères irrésolus. Dans ce contexte, le col de Bugarach (1200 mètres) se présente comme une montagne renversée dont le sous-sol géologique (très riche) est appelé à remonter à la surface terrestre à l’approche du 21 décembre. En plus de profiter de la richesse énergétique du lieu, il appartient à chacun de choisir son canal préféré – en fonction des nombreuses spécialités de Bugarach : médecine chinoise, astrologie, spiritisme, néo-hippisme, etc. – pour entrer en contact avec le monde qui vient.

Pour ceux qui se piquent de géopolitique et qui veulent absolument entrevoir la fin du monde sous la lumière des révélations, il vaut mieux se tourner du côté des apocalypses iranienne et américaine. La première a entrepris de réinterpréter le mythe de l’imam caché (mahdisme) pour en faire l’objet d’un endoctrinement systématique. Ainsi, le Mahdi (le « bien guidé ») est convié à un retour précipité afin de prendre en main le gouvernement spirituel du monde et de préparer le Jugement dernier. Notons que cette version marketing de l’imam caché a fait l’objet d’une telle publicité intensive qu’une majorité d’iraniens se prépare à son retour imminent. Le phénomène est identique aux États-Unis, quoique dans des proportions moins importantes, avec les chrétiens sionistes qui s’inscrivent dans la filiation de John Nelson Darby. Selon une interprétation littérale des prophéties bibliques, nous sommes entrés dans la dernière phase, dite de « dispensation », qui doit se clôturer avec la retour du peuple d’Israël en Terre Sainte, et la descente du Christ pour le Jugement dernier. La fin de l’année 2012 marque, aussi bien pour les Mahdistes que pour les Dispensationalistes, le terme d’une lutte universel entre le Bien et le Mal. A chacun, donc, de choisir son camp.

Enfin, pour ceux qui se sentent bien dans la modernité conquérante, il est toujours possible de choisir l’apocalypse digitale que nous promet le projet WebBot. Il en coûtera un peu d’argent, mais les multiples catastrophes annoncées – dont la crise bancaire ! – finiront de nous persuader que non seulement nous sommes dans la dernière ligne droite, mais que nous appartenons aussi à ces « élus » qui  voient bien plus loin que les autres. Tout du moins jusqu’au 21 décembre… L’avantage avec le numérique, c’est que les concepteurs du WebBot ont réussi à programmer tout le répertoire lexical de la fin du monde pour en proposer une version définitive : les Mayas, l’Atlantide, les Supérieurs Inconnus, les religions orientales, l’énergie cosmique, l’alignement galactique, etc. Rassurez-vous : tout y est. Autrement dit, on en a pour son argent.

Enfin, pour ceux qui craignent d’être encore là après le 21 décembre, nous leur conseillerons juste de se préparer un café bien fort, éventuellement une ou deux aspirines, et de reprendre la route jusqu’au 24 au soir, où nous attend une autre fin du monde : la venue du père Noël.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*Photo : Nomadic Lass.

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