Annoncé comme un film fort du cinéma d’auteur, Je le jure, avec Marina Foïs à l’affiche (notre photo) a vu sa sortie éclipsée par une affaire judiciaire visant son réalisateur, Samuel Theis, accusé de viol en cours de tournage. Bien qu’aucune mise en examen n’ait été prononcée, un protocole exceptionnel avait été mis en place pour isoler le cinéaste durant le tournage, reléguant le septième art au second plan.
Des têtes d’affiche glamour (Marina Foïs, Louise Bourgoin), un sujet fort et humaniste (la responsabilité pénale d’un jeune pyromane confronté à un jury de cour d’assises) : le film Je le jure cochait toutes les cases pour être un des succès du cinéma d’auteur français de ce début d’année.
C’était sans compter avec la plainte pour viol déposée, en cours de tournage, par un technicien à l’endroit de son scénariste-réalisateur, Samuel Theis. Armée du livre blanc du collectif féministe 50/50, la productrice Caroline Bonmarchand met alors illico un « protocole », aussi inédit qu’effarant, en place : confiner le metteur en scène dans une pièce isolée du reste de l’équipe, qu’il doit désormais diriger… à distance.
Le cordon sanitaire est renforcé au moment de la sortie du long-métrage, le 26 mars. Pas de télé, de radio ou de communication sur les réseaux sociaux pour le présumé violeur. Conditions drastiques que l’intéressé accepte, même si, comme l’admet cocassement la distributrice Alexandra Henochsberg dans les colonnes de Télérama,« défendre un film d’auteur sans auteur, c’est évidemment problématique ». Une sortie en catimini (moins de cent copies distribuées) qui embarrasse les critiques de cinéma gênés aux entournures par un film qu’il convient (paraît-il) de qualifier d’« abîmé » – « entaché » aurait plutôt écrit feu Philip Roth. Avec 3 456 entrées le premier jour de son exploitation, le fiasco est effectivement sans appel.
« Il ne faut pas comprendre les faits, il faut comprendre les gens », explique la procureur (Marina Foïs) dans Je le jure, dont le propos est précisément d’interroger la juste mesure de la sanction pénale. Le milieu du cinéma français post-MeToo, lui, expédie les affaires de mœurs qui l’agitent sans autre forme de procès. Sous l’étendard conjoint du principe de précaution et de la transparence absolue, il cancel par anticipation. Rappelons tout de même que Samuel Theis n’a finalement pas été mis en examen, mais placé sous le statut de témoin assisté. Pour l’acteur d’Anatomie d’une chute, plus dur sera l’atterrissage.
En mars 2024, à Brest, une jeune femme perdait la vie, fauchée en pleine nuit par un conducteur sous l’emprise de stupéfiants et sans permis, au volant d’une moto lors d’un rodéo urbain. Déjà condamné pour des faits similaires, l’homme a été sanctionné le 5 mai par le tribunal correctionnel à dix ans de prison ferme. Une décision saluée par notre chroniqueur comme un exemple de fermeté enfin retrouvée, à l’heure où la justice est accusée d’impuissance face à une violence endémique.
L’alternative que je propose dans mon titre va faire, je n’en doute pas, hurler les belles âmes. Pourtant il faut savoir ce qu’on veut.
Laxisme et ensauvagement
On ne peut pas à la fois s’indigner face à l’ensauvagement d’une société – du fait de majeurs souvent multicondamnés et de mineurs de plus en plus précocement engagés dans la violence – et refuser de mettre en œuvre la dureté pénale qui au moins permettrait de le réduire. J’avoue que j’ai pu moi-même, à mon époque d’accusateur public, être coupable de cette inconséquence quand je tentais de concilier ma volonté de réprimer avec un humanisme qui, quoique sincère, faisait pencher la balance probablement vers une sorte de faiblesse.
Parce que, contrairement à ce que croit le commun des citoyens persuadé qu’il est facile d’être infiniment sévère, que ce mouvement est naturel qui devrait conduire les magistrats de la constatation de l’infraction à la rigueur la plus extrême, le processus est beaucoup plus complexe. Il y a parfois même, j’en suis sûr, une mauvaise conscience à l’idée de châtier le crime ou le délit à la hauteur de ce que l’un ou l’autre mérite.
Pourtant, si l’on a ces états d’âme, il faut choisir un autre métier, une mission moins éprouvante. En matière pénale en tout cas. C’est pour cela que sous la forme d’une provocation, j’avais suggéré que deux fonctions étaient inutiles dans l’univers pénal : les juges des enfants et les juges de l’application des peines.
L’insécurité, plus qu’un « sentiment »
Ce qui était déjà difficilement admissible quand l’insécurité semblait encore freinée dans son développement est devenu franchement insupportable avec le dépassement de ce qu’une société est capable de tolérer. Il est bien fini le temps où un garde des Sceaux aveugle pouvait évoquer seulement « un sentiment d’insécurité » quand aujourd’hui, grandes cités, périphéries et provinces sont touchées par la gangrène d’une malfaisance prenant mille formes, et d’abord celle effroyable du narcotrafic mêlant le lucre, les meurtres, les assassinats comme s’il en pleuvait !
Il est d’autant plus nécessaire de changer radicalement son logiciel, comme le souligne souvent Pascal Praud sur CNews, que malgré cette dérive qui incite même les citoyens les plus équilibrés à juger prioritaire l’ensauvagement national, la vision de la police et de la Justice n’a pas radicalement changé. Y compris à droite, puisque la gauche et l’extrême gauche s’obstinent dans une antienne qui ressasse que la société est coupable et le délinquant victime.
Ce qui a été décisif dans ma réflexion, outre la nausée devant ce que la quotidienneté fait surgir avec un pire toujours plus indigne, est la profonde lucidité d’un Maurice Berger, pédopsychiatre et psychiatre d’adultes qui un jour, questionné par Sonia Mabrouk, a énoncé cette évidence toute simple, au sujet de l’enfermement : qu’il devrait être plus inconfortable, plus douloureux que la vie d’avant.
Revenir sur la « crainte de la sanction »
On peut bien sûr continuer à applaudir des deux mains tout ce qui adoucit, infléchit, assouplit, fragilise, relativise cette règle d’or. En se félicitant aussi que la crainte de la sanction, en définitive, pèse peu face à la volupté immédiate de la transgression. Mais qu’on ne s’étonne pas alors que le choix soit vite fait pour la plupart des délinquants qui, incapables d’ailleurs de se projeter, optent pour la drogue de l’interdit plus que pour une honnêteté que la rigueur de la Justice devrait imposer.
Et il n’est même pas nécessaire de faire référence au Salvador en se moquant absurdement de ce qu’a très bien dit son président : « Combien de millions de personnes ont ainsi été sauvées par cette sévérité ? »
Ce billet m’a été directement inspiré par le jugement selon mes vœux du tribunal correctionnel de Brest ayant condamné à dix ans d’emprisonnement (le parquet en avait requis douze) l’auteur d’un rodéo urbain qui, sous l’emprise de stupéfiants et sans permis, avait fauché une jeune femme au cours d’une nuit de mars 2024. Le prévenu était déjà connu pour des infractions similaires sur le plan de la drogue et de la conduite. Si l’exécution de cette peine n’est, pour une fois, pas totalement dénaturée, nous aurons là l’illustration de ce que ce post cherche à démontrer.
Pour espérer une France moins dégradée, attaquée et meurtrie au quotidien, il faut que la douleur de la sanction relègue au second plan la volupté de la transgression. Ce serait cruel ?
Emmanuel Macron a renoué avec le président Tebboune, mais ce n’est pas Tebboune qui décide du sort de Boualem Sansal. Dictature sans dictateur, l’Algérie est en proie aux luttes de clans arbitrées par l’armée. Certains veulent clore ce dossier rapidement et d’autres poursuivre le bras de fer avec la France. Ces divisions ne présagent pas d’une libération rapide de notre ami.
Dernière minute ! « Kamel Daoud vient d’être informé, sans autre précision, que deux mandats d’arrêt auraient été livrés à son encontre par la justice algérienne », a indiqué hier l’avocate Jacqueline Laffont. L’écrivain franco-algérien récemment couronné du prix Goncourt 2024 pour son roman Houris est donc également victime d’une persécution politique, liée aux sujets sensibles abordés dans son œuvre, notamment les massacres de la décennie noire en Algérie.
Depuis le 16 novembre 2024 Boualem Sansal est emprisonné en Algérie. Il paye le prix de sa liberté, de ses critiques contre un régime policier, mais il est aussi au fur et à mesure que sa détention se prolonge, une variable d’ajustement tenant à d’autres paramètres, moins visibles mais qui rendent encore plus complexe sa libération exigée sans relâche par son comité de soutien.
Otage d’une brouille
Après son procès de type soviétique, on a pu croire en mars à une issue rapide et heureuse. Au Salon du livre, le président de la République allait jusqu’à laisser entendre que la libération de l’écrivain était imminente. Après sa condamnation à cinq ans de prison ferme s’est installé un narratif postulant qu’à Alger une grâce présidentielle interviendrait rapidement. La visite du ministre des Affaires étrangères français rendait cette hypothèse plausible. Certes, sur place, il était peu disert sur le cas Sansal, mais le retour de la diplomatie était censé clore des mois de tensions franco-algériennes.
Las ! Aujourd’hui, une autre lecture de la situation a largement douché cet espoir. Otage des hiérarques algérois, otage de la brouille entre les deux rives de la Méditerranée, Boualem Sansal est aussi otage des luttes de factions travaillant le pouvoir algérien. Les informations parvenant au comité pour sa libération nuancent les propos officiels encourageants, abondamment relayés par nombre de médias. Les bons connaisseurs de la réalité algérienne sont sceptiques quant aux chances d’une issue rapide. A minima, parmi les dignitaires du régime, deux lignes semblent s’affronter : certains veulent clore le dossier Boualem Sansal au plus vite, sans cependant perdre la face, les autres ne veulent rien céder. Il est à craindre que le conflit entre ces deux tendances réduise fortement la possibilité d’une proche libération…
L’Algérie n’est pas une démocratie
L’Algérie n’est pas une démocratie, comme feignent de le penser les autorités françaises. Elle n’est pas non plus une autocratie classique indexée sur le pouvoir d’un chef. C’est une dictature sans dictateur. Le « système », comme disent les Algériens est polyarchique : tyrannique à n’en pas douter, mais d’une tyrannie qui se nourrit des luttes de clans, et au sein de laquelle l’armée joue depuis l’indépendance un rôle cardinal, celui d’arbitre entre les différentes factions.
L’erreur d’Emmanuel Macron a été de croire qu’en se concentrant sur sa relation avec le seul président algérien, notamment le successeur de Bouteflika, Abdelmadjid Tebboune, il s’assurait la bienveillance de la totalité du régime. Ayant renoué le contact avec son homologue d’Alger, il a cru à la liberté de Boualem Sansal. C’était compter sans la complexité inhérente au tissu politico-militaire algérien, sorte de « tapis d’Orient aux motifs compliqués », pour reprendre une formule d’Henry James. Mouvante, tributaire d’équilibres précaires et de déséquilibres constants, la politique algérienne n’est pas univoque mais équivoque par nature tout autant que par construction. Ce qui est vrai le jour peut être démenti la nuit.
Cette fluctuation constante, propre à ce système hybride, soviétoïde d’un côté, oriental de l’autre, explique pour une part les derniers rebondissements du face-à-face franco-algérien, qui grèvent encore les espoirs de libération de notre ami. L’arrestation d’un agent consulaire algérien soupçonné d’être impliqué dans la tentative d’enlèvement d’un opposant algérien sur le territoire français illustre les ambivalences permanentes des autorités d’Alger. En tout cas, les expulsions réciproques ont effacé en quelques heures le prétendu réchauffement diplomatique annoncé par Jean-Noël Barrot. Le ressentiment antifrançais reste le sempiternel alibi d’une nomenklatura qui redoute plus que tout la contestation d’une jeunesse bouillonnante, en raison tant d’une économie en berne que d’un manque de libertés. À ce bilan s’ajoute l’affaiblissement géopolitique, comme en attestent les difficultés de la diplomatie algérienne au Sahel, y compris avec l’allié russe.
Cynisme algérien et faiblesse française
C’est dans ce contexte que la ligne dure mâtinée d’islamisme semble à nouveau imposer ses vues à l’intérieur du « système ». Pour ses partisans, Sansal est une monnaie d’échange qui doit leur permettre d’obtenir le maximum de concessions des Français. En particulier en matière de politique de visas, instrument indispensable à la survie des hiérarques qui tiennent les manettes de l’État. C’est le cœur de leur politique française, par ailleurs toujours gagée sur l’autoculpabilisation de leurs interlocuteurs dont ils mesurent l’ignorance et la faible compréhension de leur culture politique.
La retenue de Paris depuis l’arrestation de l’écrivain n’est pas perçue à Alger comme un signe de bonne volonté, mais comme une preuve de faiblesse. Face à cette faiblesse, les dirigeants algériens déploient toute la palette du rapport de forces, de la ruse à la menace en passant par la provocation.
Aux prises avec un roman tragique qu’il aurait pu écrire, Boualem est le prophète de son propre malheur, la métaphore vivante de tous les maux qu’il n’a eu de cesse de dénoncer : le cynisme des responsables algériens, la faiblesse des Français, les ressorts islamisants des premiers, les fragilités post-modernes des seconds, toute une dialectique de la malédiction qui n’en finit pas de nécroser la relation entre les deux pays.
Nous ne cesserons pas de dénoncer l’intolérable enfermement de l’écrivain, nous ne nous résignerons pas et nous nous battrons jusqu’à ce que cet homme libre le redevienne effectivement. Plus qu’un devoir, c’est une nécessité absolue.
Outre-Manche, Reform UK est devenu incontournable. Le trublion eurosceptique et anti-immigration s’impose comme le nouveau visage d’une colère anglaise qui ne veut décidément pas passer. Le parti vient de remporter 10 municipalités, et il a conquis trois conseils locaux majeurs (dont Kent, Doncaster et Staffordshire), marquant une percée historique sur le terrain local. Le parti a également arraché un siège de député aux travaillistes dans une élection partielle ultra-serrée, confirmant sa montée comme force d’opposition nationale. Nigel Farage n’est pas seulement de retour: il fait main basse sur les ruines du vieux système britannique, raconte Jeremy Stubbs.
A la fin de la semaine dernière, une série de victoires électorales éclatantes remportées par Reform UK, le parti du toujours bouillonnant Nigel Farage, a provoqué un tremblement de terre politique outre-Manche.
Les répercussions ultimes de ce séisme restent difficiles à évaluer, mais ce qui est certain, c’est que le système traditionnel en Grande Bretagne, fondé sur l’alternance entre les deux Partis conservateur et travailliste, a encaissé un sacré choc.
Au Royaume Uni, contrairement à ce qui se passe en France, les élections locales n’ont pas nécessairement lieu toutes en même temps. C’est ainsi qu’il y a eu des scrutins dans 23 municipalités dans le nord, le centre et l’ouest de l’Angleterre, ainsi que des scrutins pour choisir six mandats de maires directement élus. Pour compléter le tableau, le hasard a voulu qu’il y ait en même temps une élection partielle pour un siège de député à la Chambre des Communes, provoquée par la démission d’un député travailliste qui avait été condamné par la justice pour avoir violemment agressé un de ses électeurs.
De Ukip à Reform UK
Le parti Reform UK avait été fondé par Farage en novembre 2018 afin de faire pression sur le gouvernement conservateur de l’époque qui semblait incapable, ou réticent, à mener à bien la sortie de l’Union européenne décidée par le referendum de 2016. Cet objectif ayant été atteint, Farage a rebaptisé son parti Reform UK en janvier 2021 afin de mener campagne contre l’immigration de masse et les dérives des politiques écologiques et en faveur d’une économie plus libérale avec moins d’impôts. En décembre 2018, M. Farage avait quitté le parti précédent dont il avait été le leader, UKIP, parce que la ligne de ce dernier était devenue trop extrémiste à ses yeux.
Reform n’a explosé sur la scène politique nationale que lors des élections générales de juillet 2024, obtenant 14,3% du vote populaire (mais seulement cinq sièges à la Chambre des Communes à cause du système électoral britannique, un scrutin uninominal majoritaire à un tour). Cette victoire a permis à Farage lui-même d’obtenir son premier siège au parlement national. Or, les résultats de la semaine dernière ont démontré que le succès de 2024 n’était pas qu’un feu de paille. Sur les 23 municipalités, Reform en a gagné 10. Les travaillistes en ont perdu une, mais les conservateurs 16 ! Les Libéraux-Démocrates ont gagné trois municipalités, tandis que quatre autres n’ont pas trouvé de majorité.
La déconfiture des travaillistes, qui ont perdu 187 sièges de conseillers municipaux, était normale, dans une certaine mesure, pour un parti au gouvernement qui, après sa victoire aux élections générales, avait vite perdu en crédibilité auprès de l’électorat. Ses mesures économiques, notamment la suppression d’une subvention pour le chauffage en hiver, se sont révélées extrêmement impopulaires. Pourtant, la conséquence la plus frappante du succès de M. Farage, c’est l’effondrement du Parti conservateur, qui a perdu 674 sièges de conseillers municipaux. C’est presque le même nombre que celui des sièges obtenus par Reform, 677, bien qu’en réalité un certain nombre des sièges jusqu’alors conservateurs sont passés entre les mains des Libéraux-Démocrates. Concurrencés sur leur droite par Reform, les Conservateurs avaient déjà été sérieusement mis à mal lors des élections parlementaires de l’année dernière. Cette nouvelle confirmation de l’importance prise par Reform sur la scène politique a permis à Farage de déclarer que son parti avait désormais remplacé les Conservateurs comme principal parti d’opposition au gouvernement travailliste.
Prises de guerre
Les nouveaux exploits de Reform ne se sont pas limités aux conseils municipaux. Sur les six mairies directement élues, il en a gagné deux. Cerise sur le gâteau, il a remporté aussi le siège de député qui jusqu’alors avait été un fief travailliste. La circonscription en question est celle de Runcorn et Helsby, située dans le Cheshire, au sud de Liverpool. La marge de victoire de Reform – six votes – est la plus petite jamais connue outre-Manche, mais cette prise de guerre apparait comme le symbole du dynamisme irrépressible du parti faragiste. La victoire a permis à Reform de reporter le nombre de ses députés parlementaires à cinq, car un des élus de juillet dernier, Rupert Lowe a été expulsé du parti en mars de cette année. Le succès de Reform est d’autant plus impressionnant que certains commentateurs avaient prédit l’implosion du parti à la suite d’une dispute acrimonieuse entre Lowe et Farage. Des différends personnels opposant deux hommes très charismatiques se sont transformés en un conflit idéologique en janvier quand Elon Musk, au milieu de cette phase assez paroxystique où il publiait sur X des jugements très tranchés sur la vie politique britannique et allemande, a dit préférer Lowe à Farage qui, à ses yeux, était devenu trop mou et trop mainstream. Aujourd’hui, non seulement Lowe a été expulsé du parti, mais il est aussi accusé d’avoir menacé de violence le président de Reform, Zia Yusuf, ainsi que d’avoir tyrannisé deux salariées.
Si Reform a obtenu un aussi grand succès en dépit de ces remous, c’est sûrement parce que la désillusion de l’électorat vis-à-vis des deux partis traditionnels est si grand. C’est aussi parce que, dans les régions où les scrutins ont eu lieu, il y a une forte opposition à l’immigration de masse et une insatisfaction profonde vis-à-vis du maintien de l’ordre qui est perçu comme étant au service uniquement du multiculturalisme. Cette même colère a éclaté au grand jour l’été dernier lors des émeutes violentes qui ont secoué surtout les régions périphériques de l’Angleterre et qui, dans certains quartiers, a pris pour cible les hôtels où étaient logés des migrants illégaux. Or, les questions de l’immigration et du logement des migrants ne relèvent pas des autorités locales mais du gouvernement central, mais elles constituaient l’arrière-plan de ces élections. Reform a juré que ses élus locaux feront le maximum sur le plan juridique pour empêcher le gouvernement de louer de nouveaux hôtels dans les municipalités sous le contrôle du parti. Une nouvelle maire, Andrea Jenkyns, une ancienne ministre conservatrice, a déjà déclaré que les clandestins devraient être logés dans des tentes. Il est vrai que la facture d’hôtel payée par le gouvernement pour l’année 2023-2024 était de 3,6 milliards d’euros !
Reform sera-t-il à même d’exaucer les vœux des électeurs ? Prenant modèle sur Trump et Musk, Farage a annoncé que dans chacune de leurs municipalités, leurs élus allaient lancer une grande opération « DOGE » pour faire des économies, tout en mettant fin aux programmes DEI ou visant la neutralité carbone. Pourtant, les budgets des municipalités sont déjà très réduits et les deux tiers de leurs revenus sont consacrés aux programmes d’assistance sociale, que les électeurs ne veulent pas voir réduits. C’est maintenant que commence le vrai test du parti de Nigel Farage, ainsi que du leader politique lui-même : se montreront-ils capables, non seulement de faire de beaux discours et de belles promesses, mais aussi de gérer des budgets et d’administrer des localités ?
C’est cela qui nous permettra de dire si le vieux système bipartite au Royaume Uni est fini ou juste en proie à une turbulence passagère.
Le séparatisme musulman qui alarme les autorités, en revanche, ça n’a jamais vraiment été l’affaire de Mme Vallaud-Belkacem… En 2023, 78 % des musulmans considéraient que la laïcité française est islamophobe. Ne nous dites pas qu’elle partage cet avis ? La chronique médias de Didier Desrimais
Le 28 avril, sur France 5, le journaliste Karim Rissouli recevait dans son émission C ce soir des intervenants triés sur le volet pour parler du meurtre d’Aboubakar Cissé à La Grand-Combe (30) et de l’islamophobie qui règnerait en France et aurait conduit à ce drame. Les Frères musulmans, qui ne ratent jamais une occasion de vérifier si leur stratégie porte ses fruits ou non, ont certainement regardé cette émission avec beaucoup d’intérêt. Et beaucoup de plaisir…
Islam : la socialiste sur la ligne radicale de LFI
Ils ont dû particulièrement apprécier la prestation de Najat Vallaud-Belkacem. La présidente de l’association France terre d’asile n’a eu de cesse en effet d’accuser la France de tous les maux islamophobes. Selon elle, notre pays a laissé s’installer une « islamophobie et une haine anti-musulman d’atmosphère », les musulmans ont été « déshumanisés petit à petit » et sont « présentés systématiquement sous un jour de danger, de menace ». Bien entendu, la faute en incomberait essentiellement à certains partis politiques et à certains médias racistes et islamophobes. Devinez lesquels. L’ex-désastreuse ministre de l’Éducation nationale accuse par ailleurs Bruno Retailleau d’avoir « utilisé la population musulmane, comme on ferait une omelette en cassant des œufs, pour grappiller quelques voix, grappiller quelques points dans les sondages », et d’avoir, « lui et les médias dans lesquels il aime se rendre à flux continu », jeté les musulmans en pâture à l’opinion publique. Point d’orgue de ce discours accusatoire, copié-collé de celui des Insoumis, la laïcité serait instrumentalisée depuis des années contre une seule religion, l’islam, ce qui empêcherait sa sécularisation. Les « personnes d’apparence musulmane » sont stigmatisées, affirme-t-elle avant d’ajouter qu’elles « étaient épiées et regardées de travers » lors des dernières élections législatives. Cette « espèce de menace sourde » se serait concrétisée dans le meurtre d’Aboubakar Cissé. À l’instar des Insoumis, Mme Vallaud-Belkacem déroule l’argumentaire des Frères musulmans et martèle le mot islamophobie, mot-piège pour tenter d’empêcher toute critique de l’islam et de l’islamisation en cours en France et en Europe.
Après le meurtre d’Aboubakar Cissé, elle s’est empressée d’écrire sur son compte X: « Hier, dans une mosquée du Gard, Aboubakar, 22 ans, a été sauvagement assassiné parce que musulman ». Dieu merci, en France, les meurtres de musulmans en raison de leur religion sont inexistants, et il semblerait bien que celui d’Aboubakar Cissé n’en soit peut-être pas forcément un : le meurtrier a déclaré à la police avoir tué « la première personne qu’il avait trouvée », et Cécile Gensac, procureure de la République, confirme que « les ressorts pour agir de l’agresseur sont très vite apparus comme profondément personnels : envie de tuer, quelle que soit la cible. » Najat Vallaud-Belkacem, Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure et Marine Tondelier se sont livrés à une véritable, misérable et cynique récupération politique. M. Faure et Mme Tondelier, toute honte bue, sont allés jusqu’à s’afficher avec Assa Traoré, laquelle a prétendu parler « au nom de tous les musulmans ». Sur CNews, Amine El Khatmi, co-fondateur du Printemps républicain, a remis à sa place cette « femme dont la famille est le contre-exemple absolu d’une intégration réussie », en lui déniant le droit de parler en son nom et en celui des musulmans qui, comme lui, savent ce qu’ils doivent à la France, en termes d’éducation, de culture, de liberté. On aurait apprécié que, sur le plateau de C ce soir, Mme Vallaud-Belkacem tienne ne serait-ce que le dixième de la moitié du discours de vérité d’Amine El Khatmi – ce ne fut pas le cas, bien au contraire.
Tolérance zéro avec les intolérants
Malgré le terrorisme islamiste, malgré l’entrisme islamique dans des sphères de plus en plus nombreuses de la société française, malgré l’antisémitisme et le racisme anti-blanc et anti-français croissant dans notre pays, malgré l’insécurité augmentant conjointement à une immigration toujours plus importante, les Français restent dans leur grande majorité ce qu’ils ont toujours été, des individus tolérants, prêts à accueillir quiconque ne les menace pas physiquement ou culturellement et a le désir de s’intégrer dans la société. Cependant, la réalité oblige à dire qu’ils sont aujourd’hui confrontés à d’énormes problèmes dus à une immigration extra-européenne massive, venant principalement du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne : insécurité physique et culturelle, perte d’identité, effets sur les services publics et sur les dépenses de l’État, etc. Mme Vallaud-Belkacem ne voit pourtant que des aspects positifs à cette immigration incontrôlée et reproche aux « partis progressistes » de ne plus suffisamment défendre « la diversitéet l’inclusion ». Derrière ce mantra diversitaire se cache le désir d’une société multi-culturelle où, en réalité, la diversité, autrement dit le multi-tout (ethnique, religieux, culturel, linguistique, etc.), ne peut conduire qu’à l’exclusion – le plus souvent du peuple autochtone – et à des conflits intercommunautaires. Les sociétés multiculturelles et pluriethniques sont des sociétés fracturées, instables et violentes – il n’existe pas de contre-exemple.
Blasphème : ce combat que l’oumma a quasiment gagné
Les Frères musulmans ont pour objectif de réunir les musulmans européens sous une seule bannière, celle de l’oumma et du califat européen qu’ils appellent de leurs vœux. Si les attentats terroristes ont servi leur cause en apeurant la population et en interdisant, de fait, les caricatures de Mahomet et les analyses critiques sur l’islam, ils privilégient toutefois, en Europe, l’infiltration idéologique partout où cela est possible, jusque dans les plus hautes sphères politiques, en particulier celles de l’UE, et la da’wah, c’est-à-dire l’invitation à la conversion : « L’islam va retourner en Europe comme un conquérant et un vainqueur après avoir été expulsé à deux reprises. […] Cette fois-ci, je maintiens que la conquête ne se fera pas par l’épée mais grâce au prosélytisme et à l’idéologie », prédisait le théoricien frériste Youssef al-Qardaoui en 2002. L’islam salafo-frériste s’appuie sur une orthopraxie rigoureuse et une doctrine politico-juridique implacable, autrement dit un système total réfutant toute idée de sécularisation et conçu pour administrer entièrement la vie des croyants comme celle des kouffars. Le travail de sape des Frères et des idiots utiles qui croient les manipuler consiste avant tout à véhiculer l’idée que les musulmans vivant en France sont les victimes d’une société foncièrement islamophobe – les musulmans sont appelés à rejeter ce monde qui leur serait hostile et à se rassembler autour d’une religion ayant le pouvoir d’influer efficacement sur la société et d’imposer un mode de vie à leurs yeux idéal via l’application de la charia. Ce travail de sape a malheureusement été efficace : de récentes enquêtes de l’IFOP montrent que de plus de plus de musulmans vivant en France mettent les préceptes de la charia au-dessus des lois de la République, en particulier chez les plus jeunes : 57 % des 18-25 ans en 2020, 65 % des lycéens musulmans en 2021. En 2023, 78 % des musulmans considéraient que la laïcité française est islamophobe et 66 % des musulmans de moins de 25 ans souhaitaient l’autorisation du voile intégral dans l’espace public – ce qui faisait dire à l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler : « L’hégémonie du frérisme dans le champ religieux se voit à présent dans les sondages auprès des musulmans de France. Un demi-siècle de pression islamiste a porté ses fruits. » En Belgique, en France, en Grande-Bretagne, dans certains quartiers à forte population musulmane, de plus en plus de jeunes gens non-croyants se plient aux règles religieuses – par exemple lors du ramadan – imposées par des islamistes en herbe, voire se convertissent à l’islam, pour « ne pas avoir d’ennuis ». Dans ces mêmes quartiers, les jeunes femmes adoptent des « tenues pudiques » pour échapper aux remontrances, aux insultes ou, pire, aux coups. Marquage du corps des femmes, marquage des territoires conquis par une religion faisant la loi, halalisation des comportements, modification des mœurs, des rapports entre les hommes et les femmes, des rapports entre les croyants musulmans et les kouffars – Mme Vallaud-Belkacem ne voit pas où est le problème. Pour elle, mentionner ces phénomènes participe à une « islamophobie d’atmosphère » qui rend la vie de ses compatriotes musulmans insupportable. Les Frères musulmans applaudissent des deux mains.
La « proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête portant sur l’islamophobie » des députés qui se prétendent insoumis les réjouit également. Quant à la récente déclaration du socialiste et maire de Marseille Benoît Payan, elle les comble. Après un débat houleux entre conseillers municipaux au sujet d’un projet d’agrandissement de la mosquée des Cèdres, M. Payan a en effet décidé d’avoir dorénavant recours à un avocat pour « observer, regarder à la loupe » tous les propos concernant l’islam ou les musulmans lors des prochaines réunions du conseil municipal marseillais et de « faire condamner » les élus tenant des « propos racistes et anti-musulmans » – quand on sait que critiquer la charia constitue déjà à ses yeux un délit… Rappelons qu’il y a un an, en visite à Alger, Benoît Payan déclarait à des journalistes algériens, sur la terrasse de l’hôtel El Aurassi : « Quand je me suis réveillé ce matin, j’ai cru que j’étais chez moi, à Marseille. » De plus, c’est dans la mosquée des Cèdres que Benoît Payan s’est rendu cette année pour souhaiter un « excellent ramadan, ramadan Mubarak » aux (électeurs) musulmans : « Sans les musulmans, Marseille ne serait pas Marseille. Notre identité est multiple. Sans vous, nous ne sommes pas Marseillais. » Quant à ceux qui osent critiquer l’islam, M. Payan leur conseille de se plonger dans le Coran: « Beaucoup devraient apprendre de ce qui est écrit dans les sourates qui peuvent nous éclairer sur le monde. » Les Frères sont ravis. Ils ont inventé un nouveau petit nom pour ce genre d’individus : Super-dhimmi !
Divagations du soir
Revenons, pour conclure, à l’émission C ce soir. Après que Laure Adler a une fois de plus divagué sur une « fragmentation de la société entretenue par l’extrême droite et la droite dure » et que Najat Vallaud-Belkacem a dénoncé une fois encore « l’islamophobie d’atmosphère » qui règnerait en France à cause de… l’extrême droite, la ministre déléguée chargée de la Ville, Juliette Méadel, désire souligner, elle aussi, le rôle délétère de… l’extrême droite – jusque-là, tout va bien, on la laisse parler – mais également celui des Insoumis et de Jean-Luc Mélenchon. Stop ! Karim Rissouli met fin à cette diatribe au prétexte que « Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis ne sont pas là pour se défendre » et laisse le dernier mot à la psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve qui tient à saluer… Jean-Luc Mélenchon : « Ses propos, place de la république, étaient particulièrement réconfortants. » Devant leurs écrans, les Frères musulmans, enchantés, soupirent d’aise…
Le gouvernement des juges est une réalité – n’en déplaise aux progressistes que l’expression enrage – et le traitement infligé par la Justice à Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen le prouve. Selon Élisabeth Lévy, qui présente notre dossier du mois, des magistrats, s’appuyant sur une interprétation extensive de la loi, prétendent mieux savoir que nous pour qui il ne faut pas voter. Désormais, il faut craindre pour notre démocratie, car « on voit mal pourquoi les juges s’autolimiteraient dès lors que leurs sorties de route ne suscitent que de vagues protestations ». Quant à Éric Zemmour, il a été condamné à 10 000 euros d’amende mais, comme le souligne Jean-Baptiste Roques, la Justice ne lui reproche pas d’avoir réécrit l’histoire de la Shoah mais de l’avoir mal racontée. Pour Alain Finkielkraut, se confiant à Jonathan Siksou, le pouvoir judiciaire bafoue l’État de droit afin d’assouvir ses pulsions justicières. Tous les moyens lui semblent bons pour écarter les responsables politiques considérés comme déviants et pour punir ceux qui osent contester ses pratiques et son corporatisme. Jean-Baptiste Roques soutient que les jugements portés sur les personnalités politiques par les juges – ces pères-la-morale – ne s’appuient sur aucun texte de loi ni aucune jurisprudence mais reflètent une part d’idéologie et un certain désir de revanche sociale. Pour le philosophe Pierre-Henri Tavoillot, la sévérité excessive de la peine prononcée contre Marine Le Pen marque un certain effacement de la politique en France, qui risque de basculer d’une démocratie à une « nomocratie », le pouvoir des normes.
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L’avocat de Marine Le Pen (qui s’est lui aussi confié à Elisabeth Lévy et à Jean-Baptiste Roques) estime que le procès des attachés parlementaires du FN est purement politique : les motivations écrites des juges en témoignent. Rodolphe Bosselut dénonce aussi le non-respect du droit de la défense, son interprétation des faits reprochés ayant été retenue comme une circonstance aggravante. Enfin, l’avocat de Gérard Depardieu, Jérémie Assous, nous parle des attaques des féministes et des reproches de ses confrères (et consœurs) qu’il subit depuis sa prestation remarquée dans le procès de l’acteur pour agressions sexuelles. Accusé notamment de machisme et de misogynie, le jeune ténor du barreau explique pourquoi il refuse de faire profil bas.
Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente la sollicitude publique pour la maladie mentale, décrétée grande cause nationale tous les quatre matins. On ne compte plus les célébrités, de Pamela Anderson à Lady Gaga, qui ont cru devoir annoncer au monde qu’elles souffraient de dépression, pensées suicidaires ou anorexie. L’exemple de Nicolas Demorand, qui raconte sa condition bipolaire dans Intérieur nuit,a suscité une salve de vocations, de nombreux people ayant annoncé qu’eux aussi souffraient de troubles psychiatriques. Reste le danger que la société du soin et du câlinage narcissique soit en train de fabriquer des générations de faibles, englués dans une perpétuelle demande d’attention et de reconnaissance, ignorant la force et répugnant à la violence, même pour se défendre.
Parmi nos chroniqueurs réguliers, Olivier Dartigolles analyse les tenants et aboutissants de l’affaire Bétharram ; Emmanuelle Ménard commente la lutte contre le narcotrafic, le nouvel engouement pour le vin chez les jeunes, et l’inéligibilité de Marine Le Pen ; et Jean-Jacques Netter inspecte les comptes publics de l’UE pour conclure que la réindustrialisation de la France et de l’UE n’est pas proche. Ivan Rioufol et Gilles-William Goldnadel se penchent sur le racisme antiblanc dont l’existence et de plus en plus reconnue.
Le 1er avril à Lyon-II, le cours d’un géographe mondialement reconnu est brutalement interrompu par des militants pro-palestiniens masqués. Le professeur Balanche est soutenu très mollement par la présidente de son université qui l’accuse ensuite de propos complotistes. Pierre Vermeren (qui vient de publier aux Presses universitaires de France Face à l’obscurantisme woke, avec Emmanuelle Hénin et Xavier-Laurent Salvador) montre comment cet incident illustre la soumission aux islamistes d’une partie du monde académique. Arnaud Benedetti, professeur et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, explique pourquoi les luttes de clan au sein des classes politiques algériennes ne présagent pas d’une libération rapide de Boualem Sansal.
Aujourd’hui en France, le trafic – sur internet ou dans la rue – des dérivés morphiniques (antalgiques, somnifères, neuroleptiques et autres opioïdes) est en pleine expansion et se révèle bien plus juteux que celui des stupéfiants « tradi ». Patrick Eudeline nous fait découvrir ce nouveau commerce qui fait des ravages. Avec Les #Gueux, Alexandre Jardin a lancé la fronde contre les zones à faibles émissions. Selon lui, ces ZFE visent à purifier l’air des riches en chassant les pauvres des centres-villes. Dans un entretien avec Vincent Roy, il explique combien cette ségrégation au nom de l’écologie trahit le cynisme d’une partie de nos élites.
Gil Mihaely raconte comment les tarifs douaniers ont souvent joué un rôle central dans l’économie des États-Unis, tandis que j’explique pourquoi la nouvelle guerre tarifaire lancée par Donald Trump vise surtout la Chine. Cette dernière contourne les règles du commerce international pour dominer des secteurs-clefs. Nina Pravda, rédactrice en chef du média numérique Contre-Poison, nous emmène au Canada dont le précédent Premier ministre, Justin Trudeau, qui a ouvert les portes à une immigration massive, a fait le « premier État postnational ».
Nos pages culture s’ouvrent sur une icône transsexuelle, Stella Rocha. Celle qui a commencé sa transition dans son Brésil natal et n’a jamais adhéré à un militantisme hargneux, se livre sans tabou et avec humour, dans un entretien avec Yannis Ezziadi, sur son passé et sa nouvelle vie de comédienne. Seuls les artistes peuvent mettre la violence en majesté. Deux expositions en témoignent : Artemisia Gentileschi fait du crime un théâtre baroque et Guillaume Bresson chorégraphie les bastons contemporaines. Pour Georgia Ray, 400 ans les séparent mais ils drapent la brutalité d’une même virtuosité. Le musée Picasso explore la tristement célèbre exposition d’« art dégénéré » de 1937. Malheureusement, selon Pierre Lamalattie, une présentation binaire et des omissions critiquables occultent les accointances que certaines figures de l’art moderne ont pu entretenir avec le régime nazi. L’histoire est complexe.
Philippe Lacoche apprécie le foisonnement d’anecdotes et de rencontres insolites dans la réédition augmentée de Rock en Vrac du romancier et critique musical Michel Embareck. Vincent Roy trouve une leçon d’Histoire dans le nouveau polar de Joseph Macé-Scaron qui est une plongée macabre dans le Maine-et-Loire. La prestigieuse collection La Pléiade vient de sortir un volume consacré aux œuvres de Virginia Woolf dont Alexandra Lemasson salue le chef-d’œuvre, Mrs Dalloway, un des premiers romans à intégrer le « flux de conscience ». Pour Jean Chauvet, l’échec d’une nouvelle comédie française est compensé par un film décapant sur l’histoire politique roumaine et la ressortie en salle de deux Cocteau. Emmanuel Tresmontant a bu un vin qui provient de la plus petite appellation du Beaujolais, celle de Chénas, le village le plus élevé et montagnard de la région. Il nous recommande ce nectar car les lecteurs de Causeur ne peuvent que viser haut.
Un reportage diffusé sur France 2 sur la destruction des tours Matisse, dans le quartier Pissevin, à Nîmes, interroge quant au changement radical de la zone depuis son apparition en 1967. Un demi-siècle de mutations urbaines et sociales se laisse entrevoir, sans jamais nommer un des changements les plus importants.
6 avril 2025 ; journal de 20 heures de France 2 ; reportage sur les destructions des tours Matisse de la cité Pissevin, quartier « populaire » nîmois difficile dont les habitants assistent avec nostalgie au dynamitage des bâtiments.
Un p’tit truc en plus
Un classique de la pyrotechnie télévisuelle avec un petit truc en plus : des images d’archives de 1967, date d’érection du quartier avant son appropriation par la bande de voyous qui le contrôle désormais. On y voit défiler, en noir et blanc, une population caucasienne, parfois cravatée (mais oui !) qui se réjouit de pouvoir faire ses courses sur place dans le centre commercial situé au cœur des bâtiments. Retour à la couleur en 2025, les magasins ont le rideau métallique baissé, le centre commercial est devenu un point de deal assurant un service continu, un type en djellaba marche devant des échoppes closes, des habitants issus de la diversité déplorent l’insécurité des lieux, notamment un Monsieur Fouzy Deba. Le commentaire qui accompagne le reportage dénonce ainsi la situation : « Les magasins ont fermé. Le chômage, la pauvreté, la violence. (…) Le trafic de drogue a tout gangréné. (…) Des tirs ont tué par erreur un enfant de 10 ans, Fayed. » Cherchons ensemble les mots manquants dans ce reportage – immigration, islam par exemple – et essayons d’y trouver une raison autre que l’idéologie – pas facile. Celle-ci interdit à cette rédaction financée par nos impôts d’établir un lien quelconque entre le grand remplacement de la population de 1967 et la situation déplorable des résidents de Pissevin (qui n’en boivent plus depuis longtemps). Elle l’empêche même de l’évoquer. Il ne s’est RIEN passé depuis 1967. Les fanatiques de l’État de droit, les intégristes de l’impartialité des Juges, tous ces Saints d’esprits devraient se pencher sur le cas des médias publics.
Avec l’argent du contribuable, France TV a visiblement le droit de faire de la politique, pas Marine Le Pen (!) Si l’État de droit est devenu l’État de gauche, c’est aussi parce que le service public s’est mué en service comique.
ReArm Europe. Et si la France parvenait à tirer son épingle du jeu de la reconfiguration des cartes géostratégiques?
Ça y est ! Les Européens ont décidé de prendre en main leur sécurité. Face à la Russie qui mène la guerre sur le continent et les États-Unis qui recentrent leurs priorités sur la Chine, la Commission de Bruxelles lance son plan « ReArm Europe » : Huit cents milliards d’euros doivent être mobilisés d’ici 2030 pour renforcer les capacités militaires des 27 Etats-membres. La France, avec son industrie de défense encore performante, pourrait s’imposer comme chef de file de cette stratégie. À condition d’en avoir les moyens.
Petit rappel : en août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. En septembre, un premier plan de mobilisation industrielle est défini par le ministère Viviani et dès le printemps 1915, le pays produit 100 000 obus par jour. On peut alors parler d’une « économie de guerre ». Tout l’appareil économique national est mobilisé pour satisfaire les besoins militaires.
La situation est aujourd’hui bien différente. En 2024, la France atteignait une production de 100 000 obus… par an, et tandis que l’ensemble des pays européens prévoient de produire 2 millions d’obus cette année, la Russie, elle, pourtant trois fois moins peuplée, en produisait déjà deux fois davantage l’an dernier, à un coût unitaire en moyenne quatre fois inférieur. Derrière la formule, une réalité économique s’impose : une « économie de guerre » suppose de flécher les capacités industrielles vers les besoins militaires. Or, comment réorienter un outil productif qui n’existe plus à l’échelle nécessaire ?
Courir avant de savoir marcher
Produire des blindés, des missiles ou des munitions exige de l’acier, du titane, des terres rares. Autant de ressources dont la France ne maîtrise pas l’approvisionnement. Le tungstène, par exemple, essentiel aux obus perforants et aux alliages de l’aéronautique, est chinois. Même l’acier européen, concurrencé par les productions asiatiques, est menacé de disparition, faute de soutien politique. Et lorsque les matières premières sont disponibles, encore faut-il que l’énergie soit accessible à un prix compétitif. À cet égard, EDF, bien que nationalisée, ne joue pas pleinement son rôle de soutien à l’industrie, comme l’a récemment dénoncé l’ancien ministre de l’Industrie, Roland Lescure. De plus, l’armement moderne repose sur des semi-conducteurs avancés, or la France ne maîtrise plus leur production et dépend des États-Unis et de l’Asie.
En parallèle, la capacité industrielle reste insuffisante. Pour produire plus d’obus, il ne suffit pas d’augmenter les cadences, il faut ouvrir d’autres usines, former, recruter. Aujourd’hui, le principal goulot d’étranglement réside dans le manque de sites de production spécialisés. De même, sans main-d’œuvre qualifiée, impossible d’accélérer la production. Or, la France manque d’ouvriers spécialisés et d’ingénieurs et les former demande plusieurs années.
La réalité d’une « économie de guerre » en 2025
Trois modèles se dégagent pour poursuivre l’analyse :
Depuis 2022, la Russie n’a pas changé la structure de son économie, elle a simplement priorisé la production militaire. Des usines de wagons assemblent désormais des chars, tandis que d’autres ont été agrandies pour accroître la production. Les chaînes tournent en 24/7, avec un renforcement massif des effectifs. Contrairement aux idées reçues, la Russie n’a pas sacrifié son économie, elle a simplement réorienté ses capacités industrielles civiles.
La Chine, elle, n’est pas en guerre, mais son économie est déjà structurée pour pouvoir basculer en quelques semaines. Les grandes entreprises manufacturières du pays conservent des capacités de production duales pour passer du civil au militaire à tout moment. Les fabricants de semi-conducteurs sont contraints de produire une part de leur stock pour l’armée, garantissant un accès immédiat aux composants critiques. Le gouvernement a également mis en place une loi de mobilisation nationale qui oblige toutes les entreprises manufacturières à être prêtes à répondre aux besoins militaires en cas de crise. Contrairement à la France qui commence à réfléchir une fois la guerre commencée, la Chine a déjà intégré cette logique dans son organisation économique.
Les États-Unis préparent, eux aussi, leur industrie à un éventuel conflit prolongé. Ils relocalisent la production d’acier et de semi-conducteurs, tandis que la Bipartisan Infrastructure Law de 2021 modernise les grands axes routiers stratégiques reliant les bases militaires et que l’administration prévoit des coupes dans le budget de la Défense, en réduisant les pensions et les retraites, pour libérer des fonds qui servent à subventionner la réindustrialisation nationale.
Devenir le capitaine du complexe militaro-industriel de l’Europe
La France est la seule nation européenne à avoir préservé un semblant d’indépendance stratégique en matière de défense. Il est temps d’en récolter les fruits, mais cela va demander des efforts.
Il faut une vraie volonté politique. Mettre par exemple la pression sur la Bourse de Paris, qui voudrait exclure de son indice « CAC 40 ESG » les sociétés Airbus, Thales et Safran sous prétexte qu’elles ne seraient pas « socialement responsables ». Il n’y aura pas de puissance militaire sans industrie, et pas d’industrie sans financements massifs. Or, les entreprises du secteur ont besoin de visibilité pour ces investissements de long terme.
Le réarmement ne peut être une variable d’ajustement budgétaire. Avec un système de retraite qui creuse chaque année la dette, la question du financement public est aussi centrale. Qui va payer ? Emmanuel Macron lui-même a déclaré que notre génération ne toucherait plus les dividendes de la paix. Mais qui en a profité depuis des décennies, au point de laisser notre industrie disparaître ? Les générations qui ont sabré dans les intérêts vitaux du pays pour financer leur confort pourrait, a minima, faire pénitence en mettant la main à la poche.
Enfin, la France doit s’imposer comme le centre de gravité du réarmement européen. Une première bataille vient d’être remportée avec l’adoption d’une préférence européenne pour les fonds européens. Ce n’est qu’un point de départ. Désormais, il faut être proactif pour capter un maximum de fonds, sécuriser des contrats et multiplier les partenariats. L’UE ne doit pas être une contrainte, mais un levier pour renforcer notre souveraineté industrielle et imposer la France comme l’arsenal de l’Europe. Cela implique une présence active à Bruxelles, un lobbying offensif et une capacité à fédérer des alliances industrielles avec nos voisins. Si la France ne prend pas l’initiative, d’autres pays occuperont l’espace. L’heure n’est plus à l’attentisme, mais à la conquête.
Accusé d’avoir assassiné le PDG de UnitedHealthcare dans ce que le gouvernement Trump qualifie d’acte terroriste, Luigi Mangione, 27 ans, risque aujourd’hui la peine de mort. Tandis que la justice suit son cours, une partie de la gauche radicale érige ce jeune homme privilégié en symbole de lutte contre les abus du capitalisme, faisant de la violence politique un objet de fascination. Portrait.
Poursuivi par le gouvernement fédéral des États-Unis pour le meurtre à caractère terroriste de Brian Thompson, PDG de la compagnie d’assurance maladie UnitedHealthcare, le 4 décembre 2024, Luigi Mangione encourt aujourd’hui la peine de mort.
Car le 1 avril, Pam Bondi, procureur général des États-Unis, a donné aux procureurs de la Cour fédérale du district Sud de l’état de New York la consigne de demander la peine capitale au nom de la campagne du président Trump visant à « Make America Safe Again ».
Pourtant, si cet « acte de violence politique » a choqué la majorité des Américains, cela n’a pas empêché la création, autour de la personne de cet homme aujourd’hui âgé de 27 ans, d’un véritable culte entretenu par des internautes de gauche qui voient en lui un héros folklorique dans la lutte contre le capitalisme. Pour une certaine partie du public progressiste, la violence se justifie quand elle sert la cause de la justice sociale.
Non, Luigi Mangione n’est pas un « bon mec »
Invitée sur le plateau de CNN le 13 avril, la journaliste indépendante Taylor Lorenz, passée notamment par le Washington Post, a décrit l’accusé en ces termes: « Il s’agit d’un homme révolutionnaire, célèbre, mignon, jeune, intelligent, il a l’air d’un bon mec moralement, ce qui est dur à trouver ». Connue pour avoir qualifié Joe Biden de criminel de guerre dans le contexte du conflit à Gaza, ce qui aura poussé le Post à mettre fin à leur collaboration, Taylor Lorenz a continué, hilare : « Comme si on n’avait pas l’habitude d’aduler les meurtriers ». Ces propos ont provoqué des réactions scandalisées en ligne, mais ils reflètent une certaine tendance à glorifier l’acte criminel de quelqu’un dont le profil ressemble plutôt à celui d’un enfant gâté que d’un défenseur des pauvres. Issu d’une famille du Maryland à la tête d’un patrimoine immobilier conséquent incluant notamment plusieurs country clubs et diverses sociétés immobilières, Luigi Mangione a bénéficié d’une éducation privilégiée à l’issue de laquelle il a obtenu un diplôme de science informatique à l’Université de Pennsylvanie. Il a ensuite brièvement travaillé pour l’entreprise de location de voitures TrueCar avant de s’isoler et de mettre le cap sur Hawaï. C’est dans cet archipel paradisiaque que le jeune homme, qui se plaint de maux de dos persistants, manifestera son appétence pour la violence d’extrême gauche. À la tête d’un club de lecture, il avait choqué en proposant l’étude de La société industrielle et son avenir, un livre écrit par le terroriste Theodore Kaczynski surnommé « Unabomber » dont les colis piégés avaient fait trois morts et 23 blessés.
La prochaine fois que le jeune homme fera parler de lui, on le verra tirer dans le dos de Brian Thompson. Sur les douilles retrouvées sur la scène de crime étaient gravés trois mots, « Delay, Deny, Depose », similaires au slogan « Delay, Deny, Defend » souvent utilisé par les compagnies d’assurance pour refuser une indemnisation. M. Mangione est présenté par ses soutiens comme un Robin des bois de l’assurance. En effet, il a prétendu souffrir de spondylolisthésis (un problème de vertèbres) et aurait subi une procédure de fusion vertébrale en juillet 2023. Pourtant, cette intervention se serait bien passée et il ne semble pas avoir été client de UnitedHealthcare.
L’absence de lien direct entre l’assassin et sa victime ou l’entreprise de cette dernière n’a pas découragé ses admirateurs anticapitalistes. Des t-shirts à son effigie sur lesquels on peut lire « Patron Saint of Capitalism’s Victims » ou encore « Luigi Mangione Our Patriot Saint of Healthcare » sont disponibles à la vente. Une campagne de levée de fonds sur la plateforme GiveSendGo, destinée à aider le suspect à financer sa défense, a permis de réunir plus de 951 000 dollars.
La mansuétude des démocrates face à la violence d’extrême gauche
L’idée que l’assassinat commis par Mangione puisse être justifiée dans une certaine mesure a semblé recevoir la caution d’une personnalité politique démocrate de premier plan en décembre 2024. Dans une interview sur la chaîne MSNBC, la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren a affirmé que « la violence n’est jamais la réponse, mais les gens peuvent être poussés à bout » avant de continuer : « C’est un avertissement : si on pousse les gens trop loin, ils perdent confiance dans la capacité de leur gouvernement à apporter des changements, perdent confiance dans la capacité des gens qui fournissent les soins de santé à apporter des changements, et ils commencent à prendre les choses en main d’une manière qui finira par constituer une menace pour tout le monde ». Accusée par la suite de faire l’apologie de la violence, la sénatrice a tenté de rétropédaler, mais sans pouvoir dissiper l’idée que la gauche américaine ne désapprouvait la violence que quand celle-ci venait de la droite. Le 11 avril, le journaliste Donie O’Sullivan, qui avait accueilli Taylor Lorenz lors de l’entretien susmentionné, a ainsi esquivé la question de la violence des « fans » de Mangione en expliquant que la violence est un phénomène « d’extrême droite ».
Ces différentes postures politico-médiatiques conduisent à contextualiser la violence d’extrême gauche et donc à l’excuser voire à la justifier. Il s’agit d’une tendance globale et transnationale qui s’est dangereusement accrue avec les violences antisémites post 7-Octobre ou encore les dégradations de véhicules Tesla censées signifier l’opposition de leurs auteurs à la personne d’Elon Musk et à son supposé « projet fasciste, patriarcal, écocide et colonialiste ». Le déni et la culture de l’excuse prêchés par la gauche contribuent à sanctifier des assassins comme Luigi Mangione et à considérer que tuer un père de famille est un acte politique. Un jeu dangereux sous forme de blanc-seing qui risque de faire des émules. En décembre 2024, Briana Boston, une femme de 42 ans, a ainsi été inculpée pour avoir prononcé la menace suivante à l’encontre de son assureur lors d’une conversation téléphonique : « Delay, deny, depose. Vous êtes les prochains ».
On peine à imaginer ce que serait l’épopée humaine s’il n’y avait pas des gens fêlés, des esprits tourmentés, des âmes égarées. Sans cette humanité claudiquante, personne n’aurait jamais écrit un roman ou tourné un film – ni, sans doute, fait la guerre. Achille était certainement bipolaire, dépressif, autiste ou schizophrène. L’Histoire n’a pas été écrite par des gens raisonnables et équilibrés, mais par une sacrée collection de cinglés en tout genre. Pour le dire vulgairement, sans les fous on s’emmerderait ferme. Il paraît que « fou » et « cinglé », c’est stigmatisant, mais ce qui l’est encore plus, c’est de prendre des pincettes, comme s’ils étaient incapables de supporter la moquerie ou le langage commun, qui peut être cruel même quand il est innocent. Le prix de l’appartenance à la communauté humaine, c’est d’accepter qu’on se paye votre tête.
Malade mental, c’est ainsi que Nicolas Demorand se définit dans Intérieur nuit, le livre où il raconte l’enfer du trouble bipolaire. Loin de moi l’idée de minimiser sa souffrance dont il tire d’ailleurs un bel objet littéraire. D’origine souvent mystérieuse, la souffrance psychique agit comme un acide qui ronge l’intériorité. Je me garderai donc de dire au matinalier de France Inter : « Bouge-toi, va à la piscine, ça va aller ! » Je suis sûre, après l’avoir lu, que ça n’ira jamais complètement. Il devra toujours vivre avec son erreur-système, qui lui donne le privilège d’explorer les marges sombres de la condition humaine. Sans elle, l’existence de Demorand serait certes moins douloureuse mais peut-être beaucoup moins riche. Souffrir de la même maladie que Churchill, ce n’est pas rien.
Qu’on ne se méprenne pas, j’éprouve la plus grande compassion pour les psychotiques, les névrotiques, les colériques, les alcooliques, les apathiques, les mélancoliques, les boulimiques – sans oublier les éjaculateurs précoces et les femmes fontaines. Je trouve détestable, en revanche, la mode contemporaine du coming-out. Et j’en veux personnellement au premier matinalier de France. Jusque-là, je le tenais pour un animateur brillant et énervant, dont j’aimais bien le côté bougon, mal dégrossi. Maintenant, à chaque fois qu’il bute sur un mot j’ai peur qu’il s’effondre, je me dis qu’il a passé une sale nuit et j’oublie de m’énerver contre ses lubies idéologiques (plus subtiles d’ailleurs que celles de nombre de ses collègues).
Demorand n’est pas le premier à sacrifier à l’affligeante injonction de l’exhibition. Pour vivre heureux, vivons montrés ! On ne compte plus les célébrités qui, comme Pamela Anderson, Catherine Zeta-Jones ou Lady Gaga, ont cru devoir annoncer au monde qu’elles souffraient de dépression, pensées suicidaires ou anorexie. On notera que personne ne va à la télévision parler de ses pulsions pédophiles – les dérèglements sexuels, bien que relevant aussi de pathologies répertoriées, ne bénéficient pas de la sollicitude publique pour la maladie mentale, décrétée grande cause nationale tous les quatre matins.
À défaut d’améliorer la prise en charge d’un seul patient, cet engouement bruyant semble rendre la maladie mentale tendance – et conduit à la voir partout, tout enfant agité étant susceptible d’être diagnostiqué hyperactif. L’exemple de Demorand a suscité une salve de vocations, Florent Manaudou, Valérie Lemercier, Yannick Noah et Bertrand Chameroy ayant annoncé qu’eux aussi souffraient de troubles psychiatriques. On annonce un documentaire dans lequel des célébrités parleront de leurs araignées au plafond, présage, peut-être, au MeToo de la maladie mentale que Demorand appelle de ses vœux : « Tous ceux qui souffrent en silence et dans la honte verraient leur vie sacrément améliorée, confie-t-il au Point, car crever en silence n’est pas un destin. » Crever en public est-il plus enviable ? Il s’agit toujours de « briser les tabous », de se délivrer de la honte et du secret, comme si on ne cachait que ce dont on a honte. Il y a des tas de choses dont je n’ai nullement honte mais que je n’ai pas la moindre envie de dévoiler. Si ça se trouve, on soigne mieux certaines blessures en les conservant par-devers soi.
Si des people choisissent de se mettre à nu, c’est toujours pour aider les autres, les anonymes qui découvriront ainsi qu’ils ne sont pas seuls – comme s’il fallait être célèbre pour s’informer. Il est évidemment louable de se soucier des malades. Reste que la société du soin et du câlinage narcissique est peut-être en train de fabriquer des générations de faibles, englués dans une perpétuelle demande d’attention et de reconnaissance, ignorant la force et répugnant à la violence, même pour se défendre. D’aucuns penseront que je suis insensible, incapable d’empathie – ce qui me vaudrait une place dans la grande famille des cerveaux malades : je leur recommande le reportage diffusé le 29 avril sur France Inter, en ouverture du journal de 6 h 30. Il y est question d’une étude sur l’impact des transports en commun sur la santé mentale, révélant que 40 % des usagers estiment qu’ils sont l’un des facteurs majeurs de leur souffrance psychique. On apprend donc que le métro génère stress, anxiété, incertitude et même « des ressentis de colère violente » – ça, je vous le confirme. Il faudra en parler aux habitants de Périgueux ou de Karachi qui doivent ignorer la chance qu’ils ont de devoir prendre leur voiture pour tout déplacement. « Caroline, explique le journaliste, le prend tous les jours, le trafic l’angoisse beaucoup mais elle ne s’en était pas rendu compte. » Merci France Inter, maintenant, Caroline sait qu’elle va mal et ça lui fait un bien fou. En attendant, un pays dont la jeunesse se plaint de la souffrance dans le métro est déjà en deuxième division de l’Histoire.
Annoncé comme un film fort du cinéma d’auteur, Je le jure, avec Marina Foïs à l’affiche (notre photo) a vu sa sortie éclipsée par une affaire judiciaire visant son réalisateur, Samuel Theis, accusé de viol en cours de tournage. Bien qu’aucune mise en examen n’ait été prononcée, un protocole exceptionnel avait été mis en place pour isoler le cinéaste durant le tournage, reléguant le septième art au second plan.
Des têtes d’affiche glamour (Marina Foïs, Louise Bourgoin), un sujet fort et humaniste (la responsabilité pénale d’un jeune pyromane confronté à un jury de cour d’assises) : le film Je le jure cochait toutes les cases pour être un des succès du cinéma d’auteur français de ce début d’année.
C’était sans compter avec la plainte pour viol déposée, en cours de tournage, par un technicien à l’endroit de son scénariste-réalisateur, Samuel Theis. Armée du livre blanc du collectif féministe 50/50, la productrice Caroline Bonmarchand met alors illico un « protocole », aussi inédit qu’effarant, en place : confiner le metteur en scène dans une pièce isolée du reste de l’équipe, qu’il doit désormais diriger… à distance.
Le cordon sanitaire est renforcé au moment de la sortie du long-métrage, le 26 mars. Pas de télé, de radio ou de communication sur les réseaux sociaux pour le présumé violeur. Conditions drastiques que l’intéressé accepte, même si, comme l’admet cocassement la distributrice Alexandra Henochsberg dans les colonnes de Télérama,« défendre un film d’auteur sans auteur, c’est évidemment problématique ». Une sortie en catimini (moins de cent copies distribuées) qui embarrasse les critiques de cinéma gênés aux entournures par un film qu’il convient (paraît-il) de qualifier d’« abîmé » – « entaché » aurait plutôt écrit feu Philip Roth. Avec 3 456 entrées le premier jour de son exploitation, le fiasco est effectivement sans appel.
« Il ne faut pas comprendre les faits, il faut comprendre les gens », explique la procureur (Marina Foïs) dans Je le jure, dont le propos est précisément d’interroger la juste mesure de la sanction pénale. Le milieu du cinéma français post-MeToo, lui, expédie les affaires de mœurs qui l’agitent sans autre forme de procès. Sous l’étendard conjoint du principe de précaution et de la transparence absolue, il cancel par anticipation. Rappelons tout de même que Samuel Theis n’a finalement pas été mis en examen, mais placé sous le statut de témoin assisté. Pour l’acteur d’Anatomie d’une chute, plus dur sera l’atterrissage.
En mars 2024, à Brest, une jeune femme perdait la vie, fauchée en pleine nuit par un conducteur sous l’emprise de stupéfiants et sans permis, au volant d’une moto lors d’un rodéo urbain. Déjà condamné pour des faits similaires, l’homme a été sanctionné le 5 mai par le tribunal correctionnel à dix ans de prison ferme. Une décision saluée par notre chroniqueur comme un exemple de fermeté enfin retrouvée, à l’heure où la justice est accusée d’impuissance face à une violence endémique.
L’alternative que je propose dans mon titre va faire, je n’en doute pas, hurler les belles âmes. Pourtant il faut savoir ce qu’on veut.
Laxisme et ensauvagement
On ne peut pas à la fois s’indigner face à l’ensauvagement d’une société – du fait de majeurs souvent multicondamnés et de mineurs de plus en plus précocement engagés dans la violence – et refuser de mettre en œuvre la dureté pénale qui au moins permettrait de le réduire. J’avoue que j’ai pu moi-même, à mon époque d’accusateur public, être coupable de cette inconséquence quand je tentais de concilier ma volonté de réprimer avec un humanisme qui, quoique sincère, faisait pencher la balance probablement vers une sorte de faiblesse.
Parce que, contrairement à ce que croit le commun des citoyens persuadé qu’il est facile d’être infiniment sévère, que ce mouvement est naturel qui devrait conduire les magistrats de la constatation de l’infraction à la rigueur la plus extrême, le processus est beaucoup plus complexe. Il y a parfois même, j’en suis sûr, une mauvaise conscience à l’idée de châtier le crime ou le délit à la hauteur de ce que l’un ou l’autre mérite.
Pourtant, si l’on a ces états d’âme, il faut choisir un autre métier, une mission moins éprouvante. En matière pénale en tout cas. C’est pour cela que sous la forme d’une provocation, j’avais suggéré que deux fonctions étaient inutiles dans l’univers pénal : les juges des enfants et les juges de l’application des peines.
L’insécurité, plus qu’un « sentiment »
Ce qui était déjà difficilement admissible quand l’insécurité semblait encore freinée dans son développement est devenu franchement insupportable avec le dépassement de ce qu’une société est capable de tolérer. Il est bien fini le temps où un garde des Sceaux aveugle pouvait évoquer seulement « un sentiment d’insécurité » quand aujourd’hui, grandes cités, périphéries et provinces sont touchées par la gangrène d’une malfaisance prenant mille formes, et d’abord celle effroyable du narcotrafic mêlant le lucre, les meurtres, les assassinats comme s’il en pleuvait !
Il est d’autant plus nécessaire de changer radicalement son logiciel, comme le souligne souvent Pascal Praud sur CNews, que malgré cette dérive qui incite même les citoyens les plus équilibrés à juger prioritaire l’ensauvagement national, la vision de la police et de la Justice n’a pas radicalement changé. Y compris à droite, puisque la gauche et l’extrême gauche s’obstinent dans une antienne qui ressasse que la société est coupable et le délinquant victime.
Ce qui a été décisif dans ma réflexion, outre la nausée devant ce que la quotidienneté fait surgir avec un pire toujours plus indigne, est la profonde lucidité d’un Maurice Berger, pédopsychiatre et psychiatre d’adultes qui un jour, questionné par Sonia Mabrouk, a énoncé cette évidence toute simple, au sujet de l’enfermement : qu’il devrait être plus inconfortable, plus douloureux que la vie d’avant.
Revenir sur la « crainte de la sanction »
On peut bien sûr continuer à applaudir des deux mains tout ce qui adoucit, infléchit, assouplit, fragilise, relativise cette règle d’or. En se félicitant aussi que la crainte de la sanction, en définitive, pèse peu face à la volupté immédiate de la transgression. Mais qu’on ne s’étonne pas alors que le choix soit vite fait pour la plupart des délinquants qui, incapables d’ailleurs de se projeter, optent pour la drogue de l’interdit plus que pour une honnêteté que la rigueur de la Justice devrait imposer.
Et il n’est même pas nécessaire de faire référence au Salvador en se moquant absurdement de ce qu’a très bien dit son président : « Combien de millions de personnes ont ainsi été sauvées par cette sévérité ? »
Ce billet m’a été directement inspiré par le jugement selon mes vœux du tribunal correctionnel de Brest ayant condamné à dix ans d’emprisonnement (le parquet en avait requis douze) l’auteur d’un rodéo urbain qui, sous l’emprise de stupéfiants et sans permis, avait fauché une jeune femme au cours d’une nuit de mars 2024. Le prévenu était déjà connu pour des infractions similaires sur le plan de la drogue et de la conduite. Si l’exécution de cette peine n’est, pour une fois, pas totalement dénaturée, nous aurons là l’illustration de ce que ce post cherche à démontrer.
Pour espérer une France moins dégradée, attaquée et meurtrie au quotidien, il faut que la douleur de la sanction relègue au second plan la volupté de la transgression. Ce serait cruel ?
Emmanuel Macron a renoué avec le président Tebboune, mais ce n’est pas Tebboune qui décide du sort de Boualem Sansal. Dictature sans dictateur, l’Algérie est en proie aux luttes de clans arbitrées par l’armée. Certains veulent clore ce dossier rapidement et d’autres poursuivre le bras de fer avec la France. Ces divisions ne présagent pas d’une libération rapide de notre ami.
Dernière minute ! « Kamel Daoud vient d’être informé, sans autre précision, que deux mandats d’arrêt auraient été livrés à son encontre par la justice algérienne », a indiqué hier l’avocate Jacqueline Laffont. L’écrivain franco-algérien récemment couronné du prix Goncourt 2024 pour son roman Houris est donc également victime d’une persécution politique, liée aux sujets sensibles abordés dans son œuvre, notamment les massacres de la décennie noire en Algérie.
Depuis le 16 novembre 2024 Boualem Sansal est emprisonné en Algérie. Il paye le prix de sa liberté, de ses critiques contre un régime policier, mais il est aussi au fur et à mesure que sa détention se prolonge, une variable d’ajustement tenant à d’autres paramètres, moins visibles mais qui rendent encore plus complexe sa libération exigée sans relâche par son comité de soutien.
Otage d’une brouille
Après son procès de type soviétique, on a pu croire en mars à une issue rapide et heureuse. Au Salon du livre, le président de la République allait jusqu’à laisser entendre que la libération de l’écrivain était imminente. Après sa condamnation à cinq ans de prison ferme s’est installé un narratif postulant qu’à Alger une grâce présidentielle interviendrait rapidement. La visite du ministre des Affaires étrangères français rendait cette hypothèse plausible. Certes, sur place, il était peu disert sur le cas Sansal, mais le retour de la diplomatie était censé clore des mois de tensions franco-algériennes.
Las ! Aujourd’hui, une autre lecture de la situation a largement douché cet espoir. Otage des hiérarques algérois, otage de la brouille entre les deux rives de la Méditerranée, Boualem Sansal est aussi otage des luttes de factions travaillant le pouvoir algérien. Les informations parvenant au comité pour sa libération nuancent les propos officiels encourageants, abondamment relayés par nombre de médias. Les bons connaisseurs de la réalité algérienne sont sceptiques quant aux chances d’une issue rapide. A minima, parmi les dignitaires du régime, deux lignes semblent s’affronter : certains veulent clore le dossier Boualem Sansal au plus vite, sans cependant perdre la face, les autres ne veulent rien céder. Il est à craindre que le conflit entre ces deux tendances réduise fortement la possibilité d’une proche libération…
L’Algérie n’est pas une démocratie
L’Algérie n’est pas une démocratie, comme feignent de le penser les autorités françaises. Elle n’est pas non plus une autocratie classique indexée sur le pouvoir d’un chef. C’est une dictature sans dictateur. Le « système », comme disent les Algériens est polyarchique : tyrannique à n’en pas douter, mais d’une tyrannie qui se nourrit des luttes de clans, et au sein de laquelle l’armée joue depuis l’indépendance un rôle cardinal, celui d’arbitre entre les différentes factions.
L’erreur d’Emmanuel Macron a été de croire qu’en se concentrant sur sa relation avec le seul président algérien, notamment le successeur de Bouteflika, Abdelmadjid Tebboune, il s’assurait la bienveillance de la totalité du régime. Ayant renoué le contact avec son homologue d’Alger, il a cru à la liberté de Boualem Sansal. C’était compter sans la complexité inhérente au tissu politico-militaire algérien, sorte de « tapis d’Orient aux motifs compliqués », pour reprendre une formule d’Henry James. Mouvante, tributaire d’équilibres précaires et de déséquilibres constants, la politique algérienne n’est pas univoque mais équivoque par nature tout autant que par construction. Ce qui est vrai le jour peut être démenti la nuit.
Cette fluctuation constante, propre à ce système hybride, soviétoïde d’un côté, oriental de l’autre, explique pour une part les derniers rebondissements du face-à-face franco-algérien, qui grèvent encore les espoirs de libération de notre ami. L’arrestation d’un agent consulaire algérien soupçonné d’être impliqué dans la tentative d’enlèvement d’un opposant algérien sur le territoire français illustre les ambivalences permanentes des autorités d’Alger. En tout cas, les expulsions réciproques ont effacé en quelques heures le prétendu réchauffement diplomatique annoncé par Jean-Noël Barrot. Le ressentiment antifrançais reste le sempiternel alibi d’une nomenklatura qui redoute plus que tout la contestation d’une jeunesse bouillonnante, en raison tant d’une économie en berne que d’un manque de libertés. À ce bilan s’ajoute l’affaiblissement géopolitique, comme en attestent les difficultés de la diplomatie algérienne au Sahel, y compris avec l’allié russe.
Cynisme algérien et faiblesse française
C’est dans ce contexte que la ligne dure mâtinée d’islamisme semble à nouveau imposer ses vues à l’intérieur du « système ». Pour ses partisans, Sansal est une monnaie d’échange qui doit leur permettre d’obtenir le maximum de concessions des Français. En particulier en matière de politique de visas, instrument indispensable à la survie des hiérarques qui tiennent les manettes de l’État. C’est le cœur de leur politique française, par ailleurs toujours gagée sur l’autoculpabilisation de leurs interlocuteurs dont ils mesurent l’ignorance et la faible compréhension de leur culture politique.
La retenue de Paris depuis l’arrestation de l’écrivain n’est pas perçue à Alger comme un signe de bonne volonté, mais comme une preuve de faiblesse. Face à cette faiblesse, les dirigeants algériens déploient toute la palette du rapport de forces, de la ruse à la menace en passant par la provocation.
Aux prises avec un roman tragique qu’il aurait pu écrire, Boualem est le prophète de son propre malheur, la métaphore vivante de tous les maux qu’il n’a eu de cesse de dénoncer : le cynisme des responsables algériens, la faiblesse des Français, les ressorts islamisants des premiers, les fragilités post-modernes des seconds, toute une dialectique de la malédiction qui n’en finit pas de nécroser la relation entre les deux pays.
Nous ne cesserons pas de dénoncer l’intolérable enfermement de l’écrivain, nous ne nous résignerons pas et nous nous battrons jusqu’à ce que cet homme libre le redevienne effectivement. Plus qu’un devoir, c’est une nécessité absolue.
Outre-Manche, Reform UK est devenu incontournable. Le trublion eurosceptique et anti-immigration s’impose comme le nouveau visage d’une colère anglaise qui ne veut décidément pas passer. Le parti vient de remporter 10 municipalités, et il a conquis trois conseils locaux majeurs (dont Kent, Doncaster et Staffordshire), marquant une percée historique sur le terrain local. Le parti a également arraché un siège de député aux travaillistes dans une élection partielle ultra-serrée, confirmant sa montée comme force d’opposition nationale. Nigel Farage n’est pas seulement de retour: il fait main basse sur les ruines du vieux système britannique, raconte Jeremy Stubbs.
A la fin de la semaine dernière, une série de victoires électorales éclatantes remportées par Reform UK, le parti du toujours bouillonnant Nigel Farage, a provoqué un tremblement de terre politique outre-Manche.
Les répercussions ultimes de ce séisme restent difficiles à évaluer, mais ce qui est certain, c’est que le système traditionnel en Grande Bretagne, fondé sur l’alternance entre les deux Partis conservateur et travailliste, a encaissé un sacré choc.
Au Royaume Uni, contrairement à ce qui se passe en France, les élections locales n’ont pas nécessairement lieu toutes en même temps. C’est ainsi qu’il y a eu des scrutins dans 23 municipalités dans le nord, le centre et l’ouest de l’Angleterre, ainsi que des scrutins pour choisir six mandats de maires directement élus. Pour compléter le tableau, le hasard a voulu qu’il y ait en même temps une élection partielle pour un siège de député à la Chambre des Communes, provoquée par la démission d’un député travailliste qui avait été condamné par la justice pour avoir violemment agressé un de ses électeurs.
De Ukip à Reform UK
Le parti Reform UK avait été fondé par Farage en novembre 2018 afin de faire pression sur le gouvernement conservateur de l’époque qui semblait incapable, ou réticent, à mener à bien la sortie de l’Union européenne décidée par le referendum de 2016. Cet objectif ayant été atteint, Farage a rebaptisé son parti Reform UK en janvier 2021 afin de mener campagne contre l’immigration de masse et les dérives des politiques écologiques et en faveur d’une économie plus libérale avec moins d’impôts. En décembre 2018, M. Farage avait quitté le parti précédent dont il avait été le leader, UKIP, parce que la ligne de ce dernier était devenue trop extrémiste à ses yeux.
Reform n’a explosé sur la scène politique nationale que lors des élections générales de juillet 2024, obtenant 14,3% du vote populaire (mais seulement cinq sièges à la Chambre des Communes à cause du système électoral britannique, un scrutin uninominal majoritaire à un tour). Cette victoire a permis à Farage lui-même d’obtenir son premier siège au parlement national. Or, les résultats de la semaine dernière ont démontré que le succès de 2024 n’était pas qu’un feu de paille. Sur les 23 municipalités, Reform en a gagné 10. Les travaillistes en ont perdu une, mais les conservateurs 16 ! Les Libéraux-Démocrates ont gagné trois municipalités, tandis que quatre autres n’ont pas trouvé de majorité.
La déconfiture des travaillistes, qui ont perdu 187 sièges de conseillers municipaux, était normale, dans une certaine mesure, pour un parti au gouvernement qui, après sa victoire aux élections générales, avait vite perdu en crédibilité auprès de l’électorat. Ses mesures économiques, notamment la suppression d’une subvention pour le chauffage en hiver, se sont révélées extrêmement impopulaires. Pourtant, la conséquence la plus frappante du succès de M. Farage, c’est l’effondrement du Parti conservateur, qui a perdu 674 sièges de conseillers municipaux. C’est presque le même nombre que celui des sièges obtenus par Reform, 677, bien qu’en réalité un certain nombre des sièges jusqu’alors conservateurs sont passés entre les mains des Libéraux-Démocrates. Concurrencés sur leur droite par Reform, les Conservateurs avaient déjà été sérieusement mis à mal lors des élections parlementaires de l’année dernière. Cette nouvelle confirmation de l’importance prise par Reform sur la scène politique a permis à Farage de déclarer que son parti avait désormais remplacé les Conservateurs comme principal parti d’opposition au gouvernement travailliste.
Prises de guerre
Les nouveaux exploits de Reform ne se sont pas limités aux conseils municipaux. Sur les six mairies directement élues, il en a gagné deux. Cerise sur le gâteau, il a remporté aussi le siège de député qui jusqu’alors avait été un fief travailliste. La circonscription en question est celle de Runcorn et Helsby, située dans le Cheshire, au sud de Liverpool. La marge de victoire de Reform – six votes – est la plus petite jamais connue outre-Manche, mais cette prise de guerre apparait comme le symbole du dynamisme irrépressible du parti faragiste. La victoire a permis à Reform de reporter le nombre de ses députés parlementaires à cinq, car un des élus de juillet dernier, Rupert Lowe a été expulsé du parti en mars de cette année. Le succès de Reform est d’autant plus impressionnant que certains commentateurs avaient prédit l’implosion du parti à la suite d’une dispute acrimonieuse entre Lowe et Farage. Des différends personnels opposant deux hommes très charismatiques se sont transformés en un conflit idéologique en janvier quand Elon Musk, au milieu de cette phase assez paroxystique où il publiait sur X des jugements très tranchés sur la vie politique britannique et allemande, a dit préférer Lowe à Farage qui, à ses yeux, était devenu trop mou et trop mainstream. Aujourd’hui, non seulement Lowe a été expulsé du parti, mais il est aussi accusé d’avoir menacé de violence le président de Reform, Zia Yusuf, ainsi que d’avoir tyrannisé deux salariées.
Si Reform a obtenu un aussi grand succès en dépit de ces remous, c’est sûrement parce que la désillusion de l’électorat vis-à-vis des deux partis traditionnels est si grand. C’est aussi parce que, dans les régions où les scrutins ont eu lieu, il y a une forte opposition à l’immigration de masse et une insatisfaction profonde vis-à-vis du maintien de l’ordre qui est perçu comme étant au service uniquement du multiculturalisme. Cette même colère a éclaté au grand jour l’été dernier lors des émeutes violentes qui ont secoué surtout les régions périphériques de l’Angleterre et qui, dans certains quartiers, a pris pour cible les hôtels où étaient logés des migrants illégaux. Or, les questions de l’immigration et du logement des migrants ne relèvent pas des autorités locales mais du gouvernement central, mais elles constituaient l’arrière-plan de ces élections. Reform a juré que ses élus locaux feront le maximum sur le plan juridique pour empêcher le gouvernement de louer de nouveaux hôtels dans les municipalités sous le contrôle du parti. Une nouvelle maire, Andrea Jenkyns, une ancienne ministre conservatrice, a déjà déclaré que les clandestins devraient être logés dans des tentes. Il est vrai que la facture d’hôtel payée par le gouvernement pour l’année 2023-2024 était de 3,6 milliards d’euros !
Reform sera-t-il à même d’exaucer les vœux des électeurs ? Prenant modèle sur Trump et Musk, Farage a annoncé que dans chacune de leurs municipalités, leurs élus allaient lancer une grande opération « DOGE » pour faire des économies, tout en mettant fin aux programmes DEI ou visant la neutralité carbone. Pourtant, les budgets des municipalités sont déjà très réduits et les deux tiers de leurs revenus sont consacrés aux programmes d’assistance sociale, que les électeurs ne veulent pas voir réduits. C’est maintenant que commence le vrai test du parti de Nigel Farage, ainsi que du leader politique lui-même : se montreront-ils capables, non seulement de faire de beaux discours et de belles promesses, mais aussi de gérer des budgets et d’administrer des localités ?
C’est cela qui nous permettra de dire si le vieux système bipartite au Royaume Uni est fini ou juste en proie à une turbulence passagère.
Le séparatisme musulman qui alarme les autorités, en revanche, ça n’a jamais vraiment été l’affaire de Mme Vallaud-Belkacem… En 2023, 78 % des musulmans considéraient que la laïcité française est islamophobe. Ne nous dites pas qu’elle partage cet avis ? La chronique médias de Didier Desrimais
Le 28 avril, sur France 5, le journaliste Karim Rissouli recevait dans son émission C ce soir des intervenants triés sur le volet pour parler du meurtre d’Aboubakar Cissé à La Grand-Combe (30) et de l’islamophobie qui règnerait en France et aurait conduit à ce drame. Les Frères musulmans, qui ne ratent jamais une occasion de vérifier si leur stratégie porte ses fruits ou non, ont certainement regardé cette émission avec beaucoup d’intérêt. Et beaucoup de plaisir…
Islam : la socialiste sur la ligne radicale de LFI
Ils ont dû particulièrement apprécier la prestation de Najat Vallaud-Belkacem. La présidente de l’association France terre d’asile n’a eu de cesse en effet d’accuser la France de tous les maux islamophobes. Selon elle, notre pays a laissé s’installer une « islamophobie et une haine anti-musulman d’atmosphère », les musulmans ont été « déshumanisés petit à petit » et sont « présentés systématiquement sous un jour de danger, de menace ». Bien entendu, la faute en incomberait essentiellement à certains partis politiques et à certains médias racistes et islamophobes. Devinez lesquels. L’ex-désastreuse ministre de l’Éducation nationale accuse par ailleurs Bruno Retailleau d’avoir « utilisé la population musulmane, comme on ferait une omelette en cassant des œufs, pour grappiller quelques voix, grappiller quelques points dans les sondages », et d’avoir, « lui et les médias dans lesquels il aime se rendre à flux continu », jeté les musulmans en pâture à l’opinion publique. Point d’orgue de ce discours accusatoire, copié-collé de celui des Insoumis, la laïcité serait instrumentalisée depuis des années contre une seule religion, l’islam, ce qui empêcherait sa sécularisation. Les « personnes d’apparence musulmane » sont stigmatisées, affirme-t-elle avant d’ajouter qu’elles « étaient épiées et regardées de travers » lors des dernières élections législatives. Cette « espèce de menace sourde » se serait concrétisée dans le meurtre d’Aboubakar Cissé. À l’instar des Insoumis, Mme Vallaud-Belkacem déroule l’argumentaire des Frères musulmans et martèle le mot islamophobie, mot-piège pour tenter d’empêcher toute critique de l’islam et de l’islamisation en cours en France et en Europe.
Après le meurtre d’Aboubakar Cissé, elle s’est empressée d’écrire sur son compte X: « Hier, dans une mosquée du Gard, Aboubakar, 22 ans, a été sauvagement assassiné parce que musulman ». Dieu merci, en France, les meurtres de musulmans en raison de leur religion sont inexistants, et il semblerait bien que celui d’Aboubakar Cissé n’en soit peut-être pas forcément un : le meurtrier a déclaré à la police avoir tué « la première personne qu’il avait trouvée », et Cécile Gensac, procureure de la République, confirme que « les ressorts pour agir de l’agresseur sont très vite apparus comme profondément personnels : envie de tuer, quelle que soit la cible. » Najat Vallaud-Belkacem, Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure et Marine Tondelier se sont livrés à une véritable, misérable et cynique récupération politique. M. Faure et Mme Tondelier, toute honte bue, sont allés jusqu’à s’afficher avec Assa Traoré, laquelle a prétendu parler « au nom de tous les musulmans ». Sur CNews, Amine El Khatmi, co-fondateur du Printemps républicain, a remis à sa place cette « femme dont la famille est le contre-exemple absolu d’une intégration réussie », en lui déniant le droit de parler en son nom et en celui des musulmans qui, comme lui, savent ce qu’ils doivent à la France, en termes d’éducation, de culture, de liberté. On aurait apprécié que, sur le plateau de C ce soir, Mme Vallaud-Belkacem tienne ne serait-ce que le dixième de la moitié du discours de vérité d’Amine El Khatmi – ce ne fut pas le cas, bien au contraire.
Tolérance zéro avec les intolérants
Malgré le terrorisme islamiste, malgré l’entrisme islamique dans des sphères de plus en plus nombreuses de la société française, malgré l’antisémitisme et le racisme anti-blanc et anti-français croissant dans notre pays, malgré l’insécurité augmentant conjointement à une immigration toujours plus importante, les Français restent dans leur grande majorité ce qu’ils ont toujours été, des individus tolérants, prêts à accueillir quiconque ne les menace pas physiquement ou culturellement et a le désir de s’intégrer dans la société. Cependant, la réalité oblige à dire qu’ils sont aujourd’hui confrontés à d’énormes problèmes dus à une immigration extra-européenne massive, venant principalement du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne : insécurité physique et culturelle, perte d’identité, effets sur les services publics et sur les dépenses de l’État, etc. Mme Vallaud-Belkacem ne voit pourtant que des aspects positifs à cette immigration incontrôlée et reproche aux « partis progressistes » de ne plus suffisamment défendre « la diversitéet l’inclusion ». Derrière ce mantra diversitaire se cache le désir d’une société multi-culturelle où, en réalité, la diversité, autrement dit le multi-tout (ethnique, religieux, culturel, linguistique, etc.), ne peut conduire qu’à l’exclusion – le plus souvent du peuple autochtone – et à des conflits intercommunautaires. Les sociétés multiculturelles et pluriethniques sont des sociétés fracturées, instables et violentes – il n’existe pas de contre-exemple.
Blasphème : ce combat que l’oumma a quasiment gagné
Les Frères musulmans ont pour objectif de réunir les musulmans européens sous une seule bannière, celle de l’oumma et du califat européen qu’ils appellent de leurs vœux. Si les attentats terroristes ont servi leur cause en apeurant la population et en interdisant, de fait, les caricatures de Mahomet et les analyses critiques sur l’islam, ils privilégient toutefois, en Europe, l’infiltration idéologique partout où cela est possible, jusque dans les plus hautes sphères politiques, en particulier celles de l’UE, et la da’wah, c’est-à-dire l’invitation à la conversion : « L’islam va retourner en Europe comme un conquérant et un vainqueur après avoir été expulsé à deux reprises. […] Cette fois-ci, je maintiens que la conquête ne se fera pas par l’épée mais grâce au prosélytisme et à l’idéologie », prédisait le théoricien frériste Youssef al-Qardaoui en 2002. L’islam salafo-frériste s’appuie sur une orthopraxie rigoureuse et une doctrine politico-juridique implacable, autrement dit un système total réfutant toute idée de sécularisation et conçu pour administrer entièrement la vie des croyants comme celle des kouffars. Le travail de sape des Frères et des idiots utiles qui croient les manipuler consiste avant tout à véhiculer l’idée que les musulmans vivant en France sont les victimes d’une société foncièrement islamophobe – les musulmans sont appelés à rejeter ce monde qui leur serait hostile et à se rassembler autour d’une religion ayant le pouvoir d’influer efficacement sur la société et d’imposer un mode de vie à leurs yeux idéal via l’application de la charia. Ce travail de sape a malheureusement été efficace : de récentes enquêtes de l’IFOP montrent que de plus de plus de musulmans vivant en France mettent les préceptes de la charia au-dessus des lois de la République, en particulier chez les plus jeunes : 57 % des 18-25 ans en 2020, 65 % des lycéens musulmans en 2021. En 2023, 78 % des musulmans considéraient que la laïcité française est islamophobe et 66 % des musulmans de moins de 25 ans souhaitaient l’autorisation du voile intégral dans l’espace public – ce qui faisait dire à l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler : « L’hégémonie du frérisme dans le champ religieux se voit à présent dans les sondages auprès des musulmans de France. Un demi-siècle de pression islamiste a porté ses fruits. » En Belgique, en France, en Grande-Bretagne, dans certains quartiers à forte population musulmane, de plus en plus de jeunes gens non-croyants se plient aux règles religieuses – par exemple lors du ramadan – imposées par des islamistes en herbe, voire se convertissent à l’islam, pour « ne pas avoir d’ennuis ». Dans ces mêmes quartiers, les jeunes femmes adoptent des « tenues pudiques » pour échapper aux remontrances, aux insultes ou, pire, aux coups. Marquage du corps des femmes, marquage des territoires conquis par une religion faisant la loi, halalisation des comportements, modification des mœurs, des rapports entre les hommes et les femmes, des rapports entre les croyants musulmans et les kouffars – Mme Vallaud-Belkacem ne voit pas où est le problème. Pour elle, mentionner ces phénomènes participe à une « islamophobie d’atmosphère » qui rend la vie de ses compatriotes musulmans insupportable. Les Frères musulmans applaudissent des deux mains.
La « proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête portant sur l’islamophobie » des députés qui se prétendent insoumis les réjouit également. Quant à la récente déclaration du socialiste et maire de Marseille Benoît Payan, elle les comble. Après un débat houleux entre conseillers municipaux au sujet d’un projet d’agrandissement de la mosquée des Cèdres, M. Payan a en effet décidé d’avoir dorénavant recours à un avocat pour « observer, regarder à la loupe » tous les propos concernant l’islam ou les musulmans lors des prochaines réunions du conseil municipal marseillais et de « faire condamner » les élus tenant des « propos racistes et anti-musulmans » – quand on sait que critiquer la charia constitue déjà à ses yeux un délit… Rappelons qu’il y a un an, en visite à Alger, Benoît Payan déclarait à des journalistes algériens, sur la terrasse de l’hôtel El Aurassi : « Quand je me suis réveillé ce matin, j’ai cru que j’étais chez moi, à Marseille. » De plus, c’est dans la mosquée des Cèdres que Benoît Payan s’est rendu cette année pour souhaiter un « excellent ramadan, ramadan Mubarak » aux (électeurs) musulmans : « Sans les musulmans, Marseille ne serait pas Marseille. Notre identité est multiple. Sans vous, nous ne sommes pas Marseillais. » Quant à ceux qui osent critiquer l’islam, M. Payan leur conseille de se plonger dans le Coran: « Beaucoup devraient apprendre de ce qui est écrit dans les sourates qui peuvent nous éclairer sur le monde. » Les Frères sont ravis. Ils ont inventé un nouveau petit nom pour ce genre d’individus : Super-dhimmi !
Divagations du soir
Revenons, pour conclure, à l’émission C ce soir. Après que Laure Adler a une fois de plus divagué sur une « fragmentation de la société entretenue par l’extrême droite et la droite dure » et que Najat Vallaud-Belkacem a dénoncé une fois encore « l’islamophobie d’atmosphère » qui règnerait en France à cause de… l’extrême droite, la ministre déléguée chargée de la Ville, Juliette Méadel, désire souligner, elle aussi, le rôle délétère de… l’extrême droite – jusque-là, tout va bien, on la laisse parler – mais également celui des Insoumis et de Jean-Luc Mélenchon. Stop ! Karim Rissouli met fin à cette diatribe au prétexte que « Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis ne sont pas là pour se défendre » et laisse le dernier mot à la psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve qui tient à saluer… Jean-Luc Mélenchon : « Ses propos, place de la république, étaient particulièrement réconfortants. » Devant leurs écrans, les Frères musulmans, enchantés, soupirent d’aise…
Le gouvernement des juges est une réalité – n’en déplaise aux progressistes que l’expression enrage – et le traitement infligé par la Justice à Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen le prouve. Selon Élisabeth Lévy, qui présente notre dossier du mois, des magistrats, s’appuyant sur une interprétation extensive de la loi, prétendent mieux savoir que nous pour qui il ne faut pas voter. Désormais, il faut craindre pour notre démocratie, car « on voit mal pourquoi les juges s’autolimiteraient dès lors que leurs sorties de route ne suscitent que de vagues protestations ». Quant à Éric Zemmour, il a été condamné à 10 000 euros d’amende mais, comme le souligne Jean-Baptiste Roques, la Justice ne lui reproche pas d’avoir réécrit l’histoire de la Shoah mais de l’avoir mal racontée. Pour Alain Finkielkraut, se confiant à Jonathan Siksou, le pouvoir judiciaire bafoue l’État de droit afin d’assouvir ses pulsions justicières. Tous les moyens lui semblent bons pour écarter les responsables politiques considérés comme déviants et pour punir ceux qui osent contester ses pratiques et son corporatisme. Jean-Baptiste Roques soutient que les jugements portés sur les personnalités politiques par les juges – ces pères-la-morale – ne s’appuient sur aucun texte de loi ni aucune jurisprudence mais reflètent une part d’idéologie et un certain désir de revanche sociale. Pour le philosophe Pierre-Henri Tavoillot, la sévérité excessive de la peine prononcée contre Marine Le Pen marque un certain effacement de la politique en France, qui risque de basculer d’une démocratie à une « nomocratie », le pouvoir des normes.
Le numéro de mai est disponible aujourd’hui sur la boutique en ligne, et demain chez votre marchand de journaux !
L’avocat de Marine Le Pen (qui s’est lui aussi confié à Elisabeth Lévy et à Jean-Baptiste Roques) estime que le procès des attachés parlementaires du FN est purement politique : les motivations écrites des juges en témoignent. Rodolphe Bosselut dénonce aussi le non-respect du droit de la défense, son interprétation des faits reprochés ayant été retenue comme une circonstance aggravante. Enfin, l’avocat de Gérard Depardieu, Jérémie Assous, nous parle des attaques des féministes et des reproches de ses confrères (et consœurs) qu’il subit depuis sa prestation remarquée dans le procès de l’acteur pour agressions sexuelles. Accusé notamment de machisme et de misogynie, le jeune ténor du barreau explique pourquoi il refuse de faire profil bas.
Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy commente la sollicitude publique pour la maladie mentale, décrétée grande cause nationale tous les quatre matins. On ne compte plus les célébrités, de Pamela Anderson à Lady Gaga, qui ont cru devoir annoncer au monde qu’elles souffraient de dépression, pensées suicidaires ou anorexie. L’exemple de Nicolas Demorand, qui raconte sa condition bipolaire dans Intérieur nuit,a suscité une salve de vocations, de nombreux people ayant annoncé qu’eux aussi souffraient de troubles psychiatriques. Reste le danger que la société du soin et du câlinage narcissique soit en train de fabriquer des générations de faibles, englués dans une perpétuelle demande d’attention et de reconnaissance, ignorant la force et répugnant à la violence, même pour se défendre.
Parmi nos chroniqueurs réguliers, Olivier Dartigolles analyse les tenants et aboutissants de l’affaire Bétharram ; Emmanuelle Ménard commente la lutte contre le narcotrafic, le nouvel engouement pour le vin chez les jeunes, et l’inéligibilité de Marine Le Pen ; et Jean-Jacques Netter inspecte les comptes publics de l’UE pour conclure que la réindustrialisation de la France et de l’UE n’est pas proche. Ivan Rioufol et Gilles-William Goldnadel se penchent sur le racisme antiblanc dont l’existence et de plus en plus reconnue.
Le 1er avril à Lyon-II, le cours d’un géographe mondialement reconnu est brutalement interrompu par des militants pro-palestiniens masqués. Le professeur Balanche est soutenu très mollement par la présidente de son université qui l’accuse ensuite de propos complotistes. Pierre Vermeren (qui vient de publier aux Presses universitaires de France Face à l’obscurantisme woke, avec Emmanuelle Hénin et Xavier-Laurent Salvador) montre comment cet incident illustre la soumission aux islamistes d’une partie du monde académique. Arnaud Benedetti, professeur et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, explique pourquoi les luttes de clan au sein des classes politiques algériennes ne présagent pas d’une libération rapide de Boualem Sansal.
Aujourd’hui en France, le trafic – sur internet ou dans la rue – des dérivés morphiniques (antalgiques, somnifères, neuroleptiques et autres opioïdes) est en pleine expansion et se révèle bien plus juteux que celui des stupéfiants « tradi ». Patrick Eudeline nous fait découvrir ce nouveau commerce qui fait des ravages. Avec Les #Gueux, Alexandre Jardin a lancé la fronde contre les zones à faibles émissions. Selon lui, ces ZFE visent à purifier l’air des riches en chassant les pauvres des centres-villes. Dans un entretien avec Vincent Roy, il explique combien cette ségrégation au nom de l’écologie trahit le cynisme d’une partie de nos élites.
Gil Mihaely raconte comment les tarifs douaniers ont souvent joué un rôle central dans l’économie des États-Unis, tandis que j’explique pourquoi la nouvelle guerre tarifaire lancée par Donald Trump vise surtout la Chine. Cette dernière contourne les règles du commerce international pour dominer des secteurs-clefs. Nina Pravda, rédactrice en chef du média numérique Contre-Poison, nous emmène au Canada dont le précédent Premier ministre, Justin Trudeau, qui a ouvert les portes à une immigration massive, a fait le « premier État postnational ».
Nos pages culture s’ouvrent sur une icône transsexuelle, Stella Rocha. Celle qui a commencé sa transition dans son Brésil natal et n’a jamais adhéré à un militantisme hargneux, se livre sans tabou et avec humour, dans un entretien avec Yannis Ezziadi, sur son passé et sa nouvelle vie de comédienne. Seuls les artistes peuvent mettre la violence en majesté. Deux expositions en témoignent : Artemisia Gentileschi fait du crime un théâtre baroque et Guillaume Bresson chorégraphie les bastons contemporaines. Pour Georgia Ray, 400 ans les séparent mais ils drapent la brutalité d’une même virtuosité. Le musée Picasso explore la tristement célèbre exposition d’« art dégénéré » de 1937. Malheureusement, selon Pierre Lamalattie, une présentation binaire et des omissions critiquables occultent les accointances que certaines figures de l’art moderne ont pu entretenir avec le régime nazi. L’histoire est complexe.
Philippe Lacoche apprécie le foisonnement d’anecdotes et de rencontres insolites dans la réédition augmentée de Rock en Vrac du romancier et critique musical Michel Embareck. Vincent Roy trouve une leçon d’Histoire dans le nouveau polar de Joseph Macé-Scaron qui est une plongée macabre dans le Maine-et-Loire. La prestigieuse collection La Pléiade vient de sortir un volume consacré aux œuvres de Virginia Woolf dont Alexandra Lemasson salue le chef-d’œuvre, Mrs Dalloway, un des premiers romans à intégrer le « flux de conscience ». Pour Jean Chauvet, l’échec d’une nouvelle comédie française est compensé par un film décapant sur l’histoire politique roumaine et la ressortie en salle de deux Cocteau. Emmanuel Tresmontant a bu un vin qui provient de la plus petite appellation du Beaujolais, celle de Chénas, le village le plus élevé et montagnard de la région. Il nous recommande ce nectar car les lecteurs de Causeur ne peuvent que viser haut.
Un reportage diffusé sur France 2 sur la destruction des tours Matisse, dans le quartier Pissevin, à Nîmes, interroge quant au changement radical de la zone depuis son apparition en 1967. Un demi-siècle de mutations urbaines et sociales se laisse entrevoir, sans jamais nommer un des changements les plus importants.
6 avril 2025 ; journal de 20 heures de France 2 ; reportage sur les destructions des tours Matisse de la cité Pissevin, quartier « populaire » nîmois difficile dont les habitants assistent avec nostalgie au dynamitage des bâtiments.
Un p’tit truc en plus
Un classique de la pyrotechnie télévisuelle avec un petit truc en plus : des images d’archives de 1967, date d’érection du quartier avant son appropriation par la bande de voyous qui le contrôle désormais. On y voit défiler, en noir et blanc, une population caucasienne, parfois cravatée (mais oui !) qui se réjouit de pouvoir faire ses courses sur place dans le centre commercial situé au cœur des bâtiments. Retour à la couleur en 2025, les magasins ont le rideau métallique baissé, le centre commercial est devenu un point de deal assurant un service continu, un type en djellaba marche devant des échoppes closes, des habitants issus de la diversité déplorent l’insécurité des lieux, notamment un Monsieur Fouzy Deba. Le commentaire qui accompagne le reportage dénonce ainsi la situation : « Les magasins ont fermé. Le chômage, la pauvreté, la violence. (…) Le trafic de drogue a tout gangréné. (…) Des tirs ont tué par erreur un enfant de 10 ans, Fayed. » Cherchons ensemble les mots manquants dans ce reportage – immigration, islam par exemple – et essayons d’y trouver une raison autre que l’idéologie – pas facile. Celle-ci interdit à cette rédaction financée par nos impôts d’établir un lien quelconque entre le grand remplacement de la population de 1967 et la situation déplorable des résidents de Pissevin (qui n’en boivent plus depuis longtemps). Elle l’empêche même de l’évoquer. Il ne s’est RIEN passé depuis 1967. Les fanatiques de l’État de droit, les intégristes de l’impartialité des Juges, tous ces Saints d’esprits devraient se pencher sur le cas des médias publics.
Avec l’argent du contribuable, France TV a visiblement le droit de faire de la politique, pas Marine Le Pen (!) Si l’État de droit est devenu l’État de gauche, c’est aussi parce que le service public s’est mué en service comique.
ReArm Europe. Et si la France parvenait à tirer son épingle du jeu de la reconfiguration des cartes géostratégiques?
Ça y est ! Les Européens ont décidé de prendre en main leur sécurité. Face à la Russie qui mène la guerre sur le continent et les États-Unis qui recentrent leurs priorités sur la Chine, la Commission de Bruxelles lance son plan « ReArm Europe » : Huit cents milliards d’euros doivent être mobilisés d’ici 2030 pour renforcer les capacités militaires des 27 Etats-membres. La France, avec son industrie de défense encore performante, pourrait s’imposer comme chef de file de cette stratégie. À condition d’en avoir les moyens.
Petit rappel : en août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. En septembre, un premier plan de mobilisation industrielle est défini par le ministère Viviani et dès le printemps 1915, le pays produit 100 000 obus par jour. On peut alors parler d’une « économie de guerre ». Tout l’appareil économique national est mobilisé pour satisfaire les besoins militaires.
La situation est aujourd’hui bien différente. En 2024, la France atteignait une production de 100 000 obus… par an, et tandis que l’ensemble des pays européens prévoient de produire 2 millions d’obus cette année, la Russie, elle, pourtant trois fois moins peuplée, en produisait déjà deux fois davantage l’an dernier, à un coût unitaire en moyenne quatre fois inférieur. Derrière la formule, une réalité économique s’impose : une « économie de guerre » suppose de flécher les capacités industrielles vers les besoins militaires. Or, comment réorienter un outil productif qui n’existe plus à l’échelle nécessaire ?
Courir avant de savoir marcher
Produire des blindés, des missiles ou des munitions exige de l’acier, du titane, des terres rares. Autant de ressources dont la France ne maîtrise pas l’approvisionnement. Le tungstène, par exemple, essentiel aux obus perforants et aux alliages de l’aéronautique, est chinois. Même l’acier européen, concurrencé par les productions asiatiques, est menacé de disparition, faute de soutien politique. Et lorsque les matières premières sont disponibles, encore faut-il que l’énergie soit accessible à un prix compétitif. À cet égard, EDF, bien que nationalisée, ne joue pas pleinement son rôle de soutien à l’industrie, comme l’a récemment dénoncé l’ancien ministre de l’Industrie, Roland Lescure. De plus, l’armement moderne repose sur des semi-conducteurs avancés, or la France ne maîtrise plus leur production et dépend des États-Unis et de l’Asie.
En parallèle, la capacité industrielle reste insuffisante. Pour produire plus d’obus, il ne suffit pas d’augmenter les cadences, il faut ouvrir d’autres usines, former, recruter. Aujourd’hui, le principal goulot d’étranglement réside dans le manque de sites de production spécialisés. De même, sans main-d’œuvre qualifiée, impossible d’accélérer la production. Or, la France manque d’ouvriers spécialisés et d’ingénieurs et les former demande plusieurs années.
La réalité d’une « économie de guerre » en 2025
Trois modèles se dégagent pour poursuivre l’analyse :
Depuis 2022, la Russie n’a pas changé la structure de son économie, elle a simplement priorisé la production militaire. Des usines de wagons assemblent désormais des chars, tandis que d’autres ont été agrandies pour accroître la production. Les chaînes tournent en 24/7, avec un renforcement massif des effectifs. Contrairement aux idées reçues, la Russie n’a pas sacrifié son économie, elle a simplement réorienté ses capacités industrielles civiles.
La Chine, elle, n’est pas en guerre, mais son économie est déjà structurée pour pouvoir basculer en quelques semaines. Les grandes entreprises manufacturières du pays conservent des capacités de production duales pour passer du civil au militaire à tout moment. Les fabricants de semi-conducteurs sont contraints de produire une part de leur stock pour l’armée, garantissant un accès immédiat aux composants critiques. Le gouvernement a également mis en place une loi de mobilisation nationale qui oblige toutes les entreprises manufacturières à être prêtes à répondre aux besoins militaires en cas de crise. Contrairement à la France qui commence à réfléchir une fois la guerre commencée, la Chine a déjà intégré cette logique dans son organisation économique.
Les États-Unis préparent, eux aussi, leur industrie à un éventuel conflit prolongé. Ils relocalisent la production d’acier et de semi-conducteurs, tandis que la Bipartisan Infrastructure Law de 2021 modernise les grands axes routiers stratégiques reliant les bases militaires et que l’administration prévoit des coupes dans le budget de la Défense, en réduisant les pensions et les retraites, pour libérer des fonds qui servent à subventionner la réindustrialisation nationale.
Devenir le capitaine du complexe militaro-industriel de l’Europe
La France est la seule nation européenne à avoir préservé un semblant d’indépendance stratégique en matière de défense. Il est temps d’en récolter les fruits, mais cela va demander des efforts.
Il faut une vraie volonté politique. Mettre par exemple la pression sur la Bourse de Paris, qui voudrait exclure de son indice « CAC 40 ESG » les sociétés Airbus, Thales et Safran sous prétexte qu’elles ne seraient pas « socialement responsables ». Il n’y aura pas de puissance militaire sans industrie, et pas d’industrie sans financements massifs. Or, les entreprises du secteur ont besoin de visibilité pour ces investissements de long terme.
Le réarmement ne peut être une variable d’ajustement budgétaire. Avec un système de retraite qui creuse chaque année la dette, la question du financement public est aussi centrale. Qui va payer ? Emmanuel Macron lui-même a déclaré que notre génération ne toucherait plus les dividendes de la paix. Mais qui en a profité depuis des décennies, au point de laisser notre industrie disparaître ? Les générations qui ont sabré dans les intérêts vitaux du pays pour financer leur confort pourrait, a minima, faire pénitence en mettant la main à la poche.
Enfin, la France doit s’imposer comme le centre de gravité du réarmement européen. Une première bataille vient d’être remportée avec l’adoption d’une préférence européenne pour les fonds européens. Ce n’est qu’un point de départ. Désormais, il faut être proactif pour capter un maximum de fonds, sécuriser des contrats et multiplier les partenariats. L’UE ne doit pas être une contrainte, mais un levier pour renforcer notre souveraineté industrielle et imposer la France comme l’arsenal de l’Europe. Cela implique une présence active à Bruxelles, un lobbying offensif et une capacité à fédérer des alliances industrielles avec nos voisins. Si la France ne prend pas l’initiative, d’autres pays occuperont l’espace. L’heure n’est plus à l’attentisme, mais à la conquête.
Accusé d’avoir assassiné le PDG de UnitedHealthcare dans ce que le gouvernement Trump qualifie d’acte terroriste, Luigi Mangione, 27 ans, risque aujourd’hui la peine de mort. Tandis que la justice suit son cours, une partie de la gauche radicale érige ce jeune homme privilégié en symbole de lutte contre les abus du capitalisme, faisant de la violence politique un objet de fascination. Portrait.
Poursuivi par le gouvernement fédéral des États-Unis pour le meurtre à caractère terroriste de Brian Thompson, PDG de la compagnie d’assurance maladie UnitedHealthcare, le 4 décembre 2024, Luigi Mangione encourt aujourd’hui la peine de mort.
Car le 1 avril, Pam Bondi, procureur général des États-Unis, a donné aux procureurs de la Cour fédérale du district Sud de l’état de New York la consigne de demander la peine capitale au nom de la campagne du président Trump visant à « Make America Safe Again ».
Pourtant, si cet « acte de violence politique » a choqué la majorité des Américains, cela n’a pas empêché la création, autour de la personne de cet homme aujourd’hui âgé de 27 ans, d’un véritable culte entretenu par des internautes de gauche qui voient en lui un héros folklorique dans la lutte contre le capitalisme. Pour une certaine partie du public progressiste, la violence se justifie quand elle sert la cause de la justice sociale.
Non, Luigi Mangione n’est pas un « bon mec »
Invitée sur le plateau de CNN le 13 avril, la journaliste indépendante Taylor Lorenz, passée notamment par le Washington Post, a décrit l’accusé en ces termes: « Il s’agit d’un homme révolutionnaire, célèbre, mignon, jeune, intelligent, il a l’air d’un bon mec moralement, ce qui est dur à trouver ». Connue pour avoir qualifié Joe Biden de criminel de guerre dans le contexte du conflit à Gaza, ce qui aura poussé le Post à mettre fin à leur collaboration, Taylor Lorenz a continué, hilare : « Comme si on n’avait pas l’habitude d’aduler les meurtriers ». Ces propos ont provoqué des réactions scandalisées en ligne, mais ils reflètent une certaine tendance à glorifier l’acte criminel de quelqu’un dont le profil ressemble plutôt à celui d’un enfant gâté que d’un défenseur des pauvres. Issu d’une famille du Maryland à la tête d’un patrimoine immobilier conséquent incluant notamment plusieurs country clubs et diverses sociétés immobilières, Luigi Mangione a bénéficié d’une éducation privilégiée à l’issue de laquelle il a obtenu un diplôme de science informatique à l’Université de Pennsylvanie. Il a ensuite brièvement travaillé pour l’entreprise de location de voitures TrueCar avant de s’isoler et de mettre le cap sur Hawaï. C’est dans cet archipel paradisiaque que le jeune homme, qui se plaint de maux de dos persistants, manifestera son appétence pour la violence d’extrême gauche. À la tête d’un club de lecture, il avait choqué en proposant l’étude de La société industrielle et son avenir, un livre écrit par le terroriste Theodore Kaczynski surnommé « Unabomber » dont les colis piégés avaient fait trois morts et 23 blessés.
La prochaine fois que le jeune homme fera parler de lui, on le verra tirer dans le dos de Brian Thompson. Sur les douilles retrouvées sur la scène de crime étaient gravés trois mots, « Delay, Deny, Depose », similaires au slogan « Delay, Deny, Defend » souvent utilisé par les compagnies d’assurance pour refuser une indemnisation. M. Mangione est présenté par ses soutiens comme un Robin des bois de l’assurance. En effet, il a prétendu souffrir de spondylolisthésis (un problème de vertèbres) et aurait subi une procédure de fusion vertébrale en juillet 2023. Pourtant, cette intervention se serait bien passée et il ne semble pas avoir été client de UnitedHealthcare.
L’absence de lien direct entre l’assassin et sa victime ou l’entreprise de cette dernière n’a pas découragé ses admirateurs anticapitalistes. Des t-shirts à son effigie sur lesquels on peut lire « Patron Saint of Capitalism’s Victims » ou encore « Luigi Mangione Our Patriot Saint of Healthcare » sont disponibles à la vente. Une campagne de levée de fonds sur la plateforme GiveSendGo, destinée à aider le suspect à financer sa défense, a permis de réunir plus de 951 000 dollars.
La mansuétude des démocrates face à la violence d’extrême gauche
L’idée que l’assassinat commis par Mangione puisse être justifiée dans une certaine mesure a semblé recevoir la caution d’une personnalité politique démocrate de premier plan en décembre 2024. Dans une interview sur la chaîne MSNBC, la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren a affirmé que « la violence n’est jamais la réponse, mais les gens peuvent être poussés à bout » avant de continuer : « C’est un avertissement : si on pousse les gens trop loin, ils perdent confiance dans la capacité de leur gouvernement à apporter des changements, perdent confiance dans la capacité des gens qui fournissent les soins de santé à apporter des changements, et ils commencent à prendre les choses en main d’une manière qui finira par constituer une menace pour tout le monde ». Accusée par la suite de faire l’apologie de la violence, la sénatrice a tenté de rétropédaler, mais sans pouvoir dissiper l’idée que la gauche américaine ne désapprouvait la violence que quand celle-ci venait de la droite. Le 11 avril, le journaliste Donie O’Sullivan, qui avait accueilli Taylor Lorenz lors de l’entretien susmentionné, a ainsi esquivé la question de la violence des « fans » de Mangione en expliquant que la violence est un phénomène « d’extrême droite ».
Ces différentes postures politico-médiatiques conduisent à contextualiser la violence d’extrême gauche et donc à l’excuser voire à la justifier. Il s’agit d’une tendance globale et transnationale qui s’est dangereusement accrue avec les violences antisémites post 7-Octobre ou encore les dégradations de véhicules Tesla censées signifier l’opposition de leurs auteurs à la personne d’Elon Musk et à son supposé « projet fasciste, patriarcal, écocide et colonialiste ». Le déni et la culture de l’excuse prêchés par la gauche contribuent à sanctifier des assassins comme Luigi Mangione et à considérer que tuer un père de famille est un acte politique. Un jeu dangereux sous forme de blanc-seing qui risque de faire des émules. En décembre 2024, Briana Boston, une femme de 42 ans, a ainsi été inculpée pour avoir prononcé la menace suivante à l’encontre de son assureur lors d’une conversation téléphonique : « Delay, deny, depose. Vous êtes les prochains ».
On peine à imaginer ce que serait l’épopée humaine s’il n’y avait pas des gens fêlés, des esprits tourmentés, des âmes égarées. Sans cette humanité claudiquante, personne n’aurait jamais écrit un roman ou tourné un film – ni, sans doute, fait la guerre. Achille était certainement bipolaire, dépressif, autiste ou schizophrène. L’Histoire n’a pas été écrite par des gens raisonnables et équilibrés, mais par une sacrée collection de cinglés en tout genre. Pour le dire vulgairement, sans les fous on s’emmerderait ferme. Il paraît que « fou » et « cinglé », c’est stigmatisant, mais ce qui l’est encore plus, c’est de prendre des pincettes, comme s’ils étaient incapables de supporter la moquerie ou le langage commun, qui peut être cruel même quand il est innocent. Le prix de l’appartenance à la communauté humaine, c’est d’accepter qu’on se paye votre tête.
Malade mental, c’est ainsi que Nicolas Demorand se définit dans Intérieur nuit, le livre où il raconte l’enfer du trouble bipolaire. Loin de moi l’idée de minimiser sa souffrance dont il tire d’ailleurs un bel objet littéraire. D’origine souvent mystérieuse, la souffrance psychique agit comme un acide qui ronge l’intériorité. Je me garderai donc de dire au matinalier de France Inter : « Bouge-toi, va à la piscine, ça va aller ! » Je suis sûre, après l’avoir lu, que ça n’ira jamais complètement. Il devra toujours vivre avec son erreur-système, qui lui donne le privilège d’explorer les marges sombres de la condition humaine. Sans elle, l’existence de Demorand serait certes moins douloureuse mais peut-être beaucoup moins riche. Souffrir de la même maladie que Churchill, ce n’est pas rien.
Qu’on ne se méprenne pas, j’éprouve la plus grande compassion pour les psychotiques, les névrotiques, les colériques, les alcooliques, les apathiques, les mélancoliques, les boulimiques – sans oublier les éjaculateurs précoces et les femmes fontaines. Je trouve détestable, en revanche, la mode contemporaine du coming-out. Et j’en veux personnellement au premier matinalier de France. Jusque-là, je le tenais pour un animateur brillant et énervant, dont j’aimais bien le côté bougon, mal dégrossi. Maintenant, à chaque fois qu’il bute sur un mot j’ai peur qu’il s’effondre, je me dis qu’il a passé une sale nuit et j’oublie de m’énerver contre ses lubies idéologiques (plus subtiles d’ailleurs que celles de nombre de ses collègues).
Demorand n’est pas le premier à sacrifier à l’affligeante injonction de l’exhibition. Pour vivre heureux, vivons montrés ! On ne compte plus les célébrités qui, comme Pamela Anderson, Catherine Zeta-Jones ou Lady Gaga, ont cru devoir annoncer au monde qu’elles souffraient de dépression, pensées suicidaires ou anorexie. On notera que personne ne va à la télévision parler de ses pulsions pédophiles – les dérèglements sexuels, bien que relevant aussi de pathologies répertoriées, ne bénéficient pas de la sollicitude publique pour la maladie mentale, décrétée grande cause nationale tous les quatre matins.
À défaut d’améliorer la prise en charge d’un seul patient, cet engouement bruyant semble rendre la maladie mentale tendance – et conduit à la voir partout, tout enfant agité étant susceptible d’être diagnostiqué hyperactif. L’exemple de Demorand a suscité une salve de vocations, Florent Manaudou, Valérie Lemercier, Yannick Noah et Bertrand Chameroy ayant annoncé qu’eux aussi souffraient de troubles psychiatriques. On annonce un documentaire dans lequel des célébrités parleront de leurs araignées au plafond, présage, peut-être, au MeToo de la maladie mentale que Demorand appelle de ses vœux : « Tous ceux qui souffrent en silence et dans la honte verraient leur vie sacrément améliorée, confie-t-il au Point, car crever en silence n’est pas un destin. » Crever en public est-il plus enviable ? Il s’agit toujours de « briser les tabous », de se délivrer de la honte et du secret, comme si on ne cachait que ce dont on a honte. Il y a des tas de choses dont je n’ai nullement honte mais que je n’ai pas la moindre envie de dévoiler. Si ça se trouve, on soigne mieux certaines blessures en les conservant par-devers soi.
Si des people choisissent de se mettre à nu, c’est toujours pour aider les autres, les anonymes qui découvriront ainsi qu’ils ne sont pas seuls – comme s’il fallait être célèbre pour s’informer. Il est évidemment louable de se soucier des malades. Reste que la société du soin et du câlinage narcissique est peut-être en train de fabriquer des générations de faibles, englués dans une perpétuelle demande d’attention et de reconnaissance, ignorant la force et répugnant à la violence, même pour se défendre. D’aucuns penseront que je suis insensible, incapable d’empathie – ce qui me vaudrait une place dans la grande famille des cerveaux malades : je leur recommande le reportage diffusé le 29 avril sur France Inter, en ouverture du journal de 6 h 30. Il y est question d’une étude sur l’impact des transports en commun sur la santé mentale, révélant que 40 % des usagers estiment qu’ils sont l’un des facteurs majeurs de leur souffrance psychique. On apprend donc que le métro génère stress, anxiété, incertitude et même « des ressentis de colère violente » – ça, je vous le confirme. Il faudra en parler aux habitants de Périgueux ou de Karachi qui doivent ignorer la chance qu’ils ont de devoir prendre leur voiture pour tout déplacement. « Caroline, explique le journaliste, le prend tous les jours, le trafic l’angoisse beaucoup mais elle ne s’en était pas rendu compte. » Merci France Inter, maintenant, Caroline sait qu’elle va mal et ça lui fait un bien fou. En attendant, un pays dont la jeunesse se plaint de la souffrance dans le métro est déjà en deuxième division de l’Histoire.