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« Der Freischütz » au TCE… et autres promesses du lyrique

L’opéra de Carl Maria von Weber était donné au Théâtre des Champs-Elysées, ce 30 avril. Un véritable « must », mais une distribution malheureusement inégale, rapporte notre chroniqueur.


Pour situer, Fidelio, l’unique et génial opéra de Beethoven, a été composé en 1804. Puis achevé dix ans plus tard dans sa version définitive. Der Freischutz – littéralement « Le franc-tireur », de Weber, autre chef d’œuvre lyrique fondateur du premier romantisme allemand, est quant à lui créé à Berlin en 1821. Sur un livret signé d’un poète alors fort renommé, Johann Friedrich Kind, à partir d’un vieux conte populaire germanique, les trois actes de cette fantasmagorie édifiante, dans la tradition du Singspiel, combinent balles magiques qui ne ratent jamais leur cible, pacte diabolique, fiancée sacrificielle protégée par le ciel, voix de la providence, rémission, exaucement par l’amour… L’opéra triomphe immédiatement dans l’Europe entière, et jusqu’à Paris où il est donné, en 1824, en français, sous le titre prometteur de… Robin-des-Bois.

Antonello Manacorda : gestique impeccable

Ce pur joyau mélodique traversé de chœurs sublimes et d’arias à fendre l’âme, ne perd rien, comme souvent, à se voir donné en version de concert, comme le Théâtre des Champs-Elysées s’en fait une spécialité – bientôt ce sera Mithridate, magnifique opera seria d’un Wolfgang encore adolescent. Concert unique, cette fois sous la direction de Christophe Rousset, à la tête de l’orchestre Les Talents lyriques, avec le ténor russe Sergey Romanovsky dans le rôle-titre.

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Pour en revenir à Der Freischutz, il convient de saluer comme il se doit la gestique suprêmement élégante, à la fois nette, implacable, suggestive, du chef turinois (et ancien premier violon) Antonello Manacorda, lequel dirige depuis dix ans cette fabuleuse Kammerakademie Postdam (qu’accompagne le RIAS Kammerchor, très ancienne institution berlinoise de haute tenue). Le maestro doit « rendre son tablier » en fin de saison 2025… On aura le bonheur néanmoins de le retrouver au pupitre de cette même salle, en septembre prochain, pour Le Sacre du printemps, chorégraphié par Pina Bausch. Puis en novembre pour un concert à l’enseigne de Berlioz et de Beethoven.  

Inégal

Un mot, pour finir, sur la distribution inégale, avouons-le, de cet incomparable must weberien : tout comme on avait déploré le manque de coffre de Charles Castronovo récemment sur la scène de l’Opéra-Bastille dans le rôle-titre de Don Carlos, de même ici le ténor américain de 49 ans a tendance à « barytonner » dans un emploi qui exigerait parfaite clarté dans le phrasé, et puissance de projection dans les aigus. Faiblesse passagère ? L’Opéra de Paris l’accueillera de nouveau en septembre prochain, pour la reprise de La Bohême (rôle puccinien repris ensuite par Joshua Guerrero jusqu’à la dernière représentation, le 14 octobre).

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On regrettera également qu’en lieu et place des récitatifs (en allemand, comme il se devrait), parti ait été pris de confier les « textes de Samiel » (le démon) – à une comédienne, Johanna Wokalek, laquelle de surcroît ne cesse pas de buter sur sa lecture…  Par contraste, si l’on peut dire, le cast vocal n’appelle ici que les plus vibrants éloges : tant Kaspar, chanté par le baryton basse Kyle Ketelsen, que Kilian, par Milan Siljanov, ou Ottokar, par le baryton hongrois Levente Pall. Ou encore le Coréen Jongmin Park, voix de basse appropriée à Kunot et à l’Ermite ! La palme revenant aux voix féminines :  Nikola Hillebrand magnifie le rôle de Annchen ; mais surtout, sa consoeur sud-africaine Golda Schultz campe une Agathe d’anthologie. Ainsi la généreuse soprano change-t-elle en or la sublime cavatine par quoi s’ouvre le troisième acte : « Und ab die Wolke sie verhülle, / Die Sonne bleibt am Himmerlszelt ; / Es Walter dort ein heil’ger Wille/ Nicht blinderm Zufall dient die Welt ! ». Traduction : « Et même lorsque les nuages le cachent, le soleil demeure dans le ciel. Une volonté sainte régit le monde ; il n’est pas esclave d’un hasard aveugle ». Foi de mélomane !


Der Freischutz, opéra de Carl Maria von Weber.
Donné en version de concert au Théâtre des Champs-Elysées le 30 avril.

Prochain opéra en version concert au TCE : Mithridate, de Mozart, dimanche 25 mai, à 17h. Durée : 3h30

Lyrique: « Il trittico » à l’Opéra-Bastille

La soprano Asmik Grigorian au sommet, dans les trois rôles principaux du célèbre triptyque de Puccini, transfiguré par la mise en scène de Christof Loy. Inoubliable, selon notre chroniqueur.


Une immense clameur monte du parterre ; la salle entière de l’Opéra-Bastille se dresse comme un seul homme, debout, égosillant ses « bravooooo ! » jusqu’à l’extinction de voix – on ne compte plus les rappels. Au tomber de rideau du fameux triptyque puccinien, dans cette production du Festival de Salzbourg millésimée 2022, que signait le metteur en scène allemand Christof Loy et qu’accueille l’Opéra de Paris pour cette fin de saison, c’est peu dire que triomphent Gianni Schicchi, Il Tabarro et Suor Angelica, ces trois chefs d’œuvre tardifs de Giacomo Puccini (1858-1924) ici montrés dans cet ordre, qui n’était pas celui prévu par le compositeur transalpin lors de la création de Il Trittico au Metropolitan Opera de New-York en 1918.

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Ce parti pris « fait sens », comme on dit : aux trois pièces composites (qui n’en formaient pas moins un ensemble cohérent dans l’esprit du compositeur), cette permutation imprime une claire et intelligible gradation dramaturgique, inaugurée par la farce burlesque (Gianni Schicchi) pour s’achever dans la tragédie mystique (Suor Angelica), en passant par le mélodrame passionnel (Il Tabarro). Assumant l’unité organique de la partition, Christof Loy enserre les trois décors successifs dans un espace parallélépipédique dont les hauts murs, d’une sobre couleur unique, se transforment, s’ajourent, se rétrécissent : « tableaux » où tour à tour s’insèrent les éléments propres à chacun des opéras – chambre mortuaire du défunt dont la famille s’arrache l’héritage ; péniche parisienne en bord de Seine ; couvent expiatoire de la fille-mère révoltée. Raccordés à un entre-deux guerres insituable exactement, les costumes habillent d’abord la tribu pathétique (et désopilante) des cupides petits-bourgeois florentins, puis la bohème parisienne, enfin la féroce aridité du cloître siennois où Angelica jardine ses plantes en pot avant de se suicider…

La soprano lituanienne Grigorian Asmik © Photo: Olivia Kahler

Mais c’est, au premier chef, par la stupéfiante présence dramatique d’Asmik Grigorian que le triptyque trouve son unité intérieure : la soprano lituanienne native de Vilnius incarnant d’abord la fraîche Lauretta, puis l’éplorée Giorgetta prise en étau entre sa passion amoureuse et la jalousie de son mari marinier, et enfin la morbidité tragique d’ Angelica : soit, tour à tour brune, blonde, voilée de noir, écorchée vive, les trois héroïnes – figures réunies sous le chromatisme contrasté de Il Trittico. Eblouissante, incomparable de bout en bout, le feu intérieur d’Asmik Grigorian embrase la fin sublime de Suor Angelica – « cuando potro morire ? Dillo alla mamma, creatura bella, con un leggero scintillar di stella… Parlami, amore… », portant le chant lyrique au sommet.

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L’ensemble de la distribution participe de la même impeccable réussite. A commencer par le baryton Misha Kiria, qu’on découvre sur la scène parisienne dans le rôle de l’escroc Gianni Schicchi, jusqu’à Roman Burdenko, également baryton, campant Michele, le marinier jaloux dans Il Tabarro, jusqu’à Luigi, l’amant de Giorgetta, sous les traits du ténor Joshua Guerrero… Autre ténor fabuleux dans le costume de Rinuccio, le neveu du clan Buoso Donati, Alexey Neklyudov ! Mentionnons aussi le séduisant baryton Iurii Samoilov, qui campe Marco, le cadet de la famille, dans Gianni Schicchi… La qualité des seconds rôles n’a rien à leur envier : la mezzo originaire de Tirana, Enkelejda Shkoza pour ne citer qu’elle, endosse avec le même brio les rôles de Zita, de la Frugola et de la Suora Zelatrice…

Coiffant ce casting hors pair dominé par l’immense talent d’Asmik Grigorian, l’orchestre maison, sous la baguette de Carlo Rizzi, rutile de toutes les nuances, de toutes les suavités, de toutes les ardeurs de l’écriture puccinienne. Spectacle inoubliable. 

Il Tittrico (Gianni Schicchi, Il Tabarro, Suor Angelica), triptyque de Giacomo Puccini. Direction : Carlo Rizzi. Mise en scène : Christof Loy. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Durée : 3h40 Opéra-Bastille, les 6, 9, 13, 16, 19, 22, 28 mai à 19h. Le 25 mai à 14h.

Darmanin: des excuses très réfléchies…

Gérald Darmanin aimerait beaucoup que Marine Le Pen ou Éric Zemmour (ou tout autre affreux) ne puissent pas lui reparler de la finale Real Madrid / Liverpool, au Stade de France en 2022, lors d’un prochain débat de campagne électorale. Il fait donc son mea-culpa, sur Internet, sur la chaîne YouTube de Guillaume Pley.


Trois années de réflexion. Une réflexion qu’on imagine intense, peut-être même douloureuse (mais si, mais si…), voilà ce qu’il aura fallu à Gérald Darmanin, aujourd’hui garde des Sceaux, ministre de la Justice, ministre de l’Intérieur au moment des faits, pour consentir enfin à articuler des excuses à l’adresse des supporters de Liverpool.

Les faits, justement. Le ratage grand format de l’organisation de la finale de la coupe d’Europe, le 28 mai 2022, au stade de France entre le Real Madrid et les Reds de Liverpool. La rencontre aurait dû avoir lieu à Saint-Pétersbourg, mais pour cause d’invasion russe en Ukraine, Paris avait hérité de l’évènement, décision prise en février, soit trois bons mois plus tôt. On se souvient des scènes d’émeute, une foule en rouge agglutinée contre les clôtures de l’enceinte du stade. Des policiers et des stadiers, complètement à la rue, débordés, impuissants. Le coup d’envoi reporté de quart d’heure en quart d’heure. Pendant ce temps, des « sauvageons » à la fête, en grappes agiles, rapides, qui mènent leur petite guérilla contre les supporters, leur piquent ce qu’il y a à leur piquer. Ils sont venus en voisins, n’est-ce pas. Un voisinage que, manifestement, les autorités en charge du maintien de l’ordre de ce grand rendez-vous n’avaient pas réellement pris en compte. En tout cas, elles n’avaient rien vu venir. « On s’est trompé de dispositif, confesse aujourd’hui le ministre au terme donc de cette intense cogitation. On s’attendait à une guerre de hooligans et on a eu des gens qui sont venus faire des rackets. » Bref, on voyait le bordel importé d’Angleterre, alors qu’on l’avait en local. Ballot de n’y avoir pas pensé. On s’est donc trompé de menace, et, conséquemment de godasses, avoue en substance le ministre. Il fallait des trucs légers pour courir vite, on avait des brodequins à clous. Pas terrible pour cavaler. On confirme. Auraient dû s’imposer les tennis « des mecs de la bac, précise-t-il, et non les grosses bottes et les boucliers des gendarmes mobiles. » Ca aussi, à la réflexion c’est plutôt ballot…

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Là-dessus – on a beau dire, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ! – le RER vers quoi on avait trouvé judicieux de diriger en masse les supporters anglais tombe en panne, supporters qui se sont retrouvés bloqués sous un tunnel avant, une fois sortis de là, de se voir entassés comme des harengs en boîte devant la seule entrée qui leur était proposée. Pour faire bonne mesure, il y a eu aussi la fameuse affaire des faux billets, ce qui « cassait le rythme » des contrôles, dixit encore le ministre.

Les faux billets ! Voilà la cause de tout ! Voilà le bouc émissaire idéal que le ministre va s’empresser d’enfourcher devant les médias. « 70% de faux billets, déplore-t-il. Une fraude massive, industrielle de faux billets ! » Industrielle, vous dis-je ! Tous, doit-on comprendre, exclusivement made in England, sortis des presses clandestines des faubourgs les plus interlopes. Il tient son explication, M. Darmanin. Il tient le coupable. L’Anglais ! L’exécuteur de Jeanne d’Arc, l’arrogant triomphateur d’Azincourt ! Décidément, rien ne changera jamais ! Sus à l’Anglois, le refrain est assez usé, mais qui marchera encore cette fois-ci, s’imagine l’ex-premier flic de France.

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Au terme de trois années d’incubation il aura probablement fini par se convaincre que la ficelle était un peu grosse et le pudding par trop indigeste. D’où le mea culpa. « À l’époque, je m’étais peut-être endormi sur mes acquis (…) J’étais peut-être un peu prétentieux… » On ne le dira jamais assez : l’humilité, même à contre-temps, quoi de plus édifiant, de plus beau ! « J’ai dit ce qu’on m’a dit : les Anglais foutent le bordel » plaide le repentant dans la foulée… Mais là où l’on a véritablement le bonheur de vérifier encore – si besoin était – combien la réflexion a été profonde, c’est lorsqu’on se penche sur la formulation de la tentative de justification de la pitoyable communication qui a suivi. Je ne résiste pas au plaisir de citer mot pour mot : « Une fois que vous êtes sortis médiatiquement sur une information qui n’est pas fausse littéralement mais qui apparaît comme fausse pour le commentaire classique, on dit : « il ment »… » On comprend dès lors que, pour accoucher d’un tel pathos, trois années de maturation aient été nécessaires.



LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Féministe, j’ai été « cancellée »

Quand l’universalisme féministe devient hérétique


Je fais partie des nombreux écrivains féministes et militants de gauche (femmes et hommes) qui sont « cancellés » pour pensée non conforme aux diktats « woke ».

Mon péché est triple. M’être exprimée publiquement contre le mariage (qu’il soit hétéro ou homo) alors qu’il était devenu un indicateur de gauche. M’être opposée à la médicalisation de la PMA pour les lesbiennes non stériles parce que je pense qu’il n’est pas nécessaire d’aller en clinique pour se faire inséminer du sperme congelé quand on peut le faire à la maison. Et aujourd’hui parce que j’ai osé écrire un livre sur les filles qui deviennent des garçons en proposant à la transition de genre une alternative dite « butch », comme disent les Américaines. « Butch », désignant des filles « masculines » qui « passent » pour un homme », c’est-à-dire qui « passent » d’un sexe à l’autre en s’habillant en pantalon et en assumant ouvertement leurs désirs pour des femmes pour mener une vie libre et indépendante. Quand 75% des personnes qui « transitionnent » d’un sexe à un genre sont des filles, cela pose des questions sur le statut des filles dans notre société. Et quand on leur propose comme solution à leur malaise des hormones et de la chirurgie, cela mérite examen. Et cela devrait susciter des débats dans la gauche progressiste. Mais les « woke » ne veulent pas en entendre parler. L’homosexualité n’est plus émancipatrice. C’est la transition de genre qui devient la solution aux amours non conformes aux stéréotypes hétérosexuels.

Alors, on boycotte les livres, on les cache dans les librairies, on fait pression sur les journalistes pour qu’ils ne les chroniquent pas, on sabote les lieux ouverts, comme à Rennes, le bar « La part des Anges » qui a dû fermer après une attaque néoféministe-trans. La violence du refus de toute parole critique a pris des proportions inimaginables dans notre démocratie, signe que notre société va vraiment mal.

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Mais ce n’est pas tout. Aujourd’hui, on vole notre travail en toute impunité morale comme cela m’est arrivé récemment avec deux documentaires sur Violette Morris, alors que je suis sa biographe. J’ai été exclue du premier après avoir fait un entretien de trois heures avec la réalisatrice car l’équipe ne tolérait pas la présence d’une historienne auteur d’un livre prétendument anti trans qu’elles n’avaient pas lu, évidemment. L’autre documentariste m’a censurée car ma présence la gênait dans son projet de faire de Violette Morris une icône du transactivisme. Falsifier l’histoire en faisant taire toute argumentation contraire aux présupposés idéologiques est là-encore une pratique devenue convenable. Car l’idéologie a remplacé l’histoire. Et côté politique, l’idéologie a supplanté tout sens de la justice. Ainsi, les lesbiennes sont purement et simplement mises à la porte des Centres LGBT financés par les pouvoirs publics pour défendre les « droits LGBT ». Colonisés par les transactivistes, ces centres ne veulent plus des féministes universalistes dans leur territoire. L’idéologie trans fait la loi, parlant haut et fort à la place des femmes sous prétexte qu’ils se « sentent femme » et pour certaines trans, se « sentent lesbiennes », ce qui est un comble.

Mais peut-on vraiment qualifier de « woke » la cohorte des censeurs qui sévit un peu partout pour restaurer les normes et les interdits ? En fait, c’est tout un système idéologique de contrôle de la pensée, de révisionnisme de l’histoire et de la science qui s’est mis en place ces dernières années, s’inscrivant dans une longue histoire de la répression. Des inquisiteurs de la Renaissance pourchassant les Sorcières aux censeurs royaux étouffant toute contestation de la monarchie absolue de Droit Divin, en passant par le stalinisme, le nazisme, et tous les pouvoirs dictatoriaux, les moyens de faire taire la critique n’ont pas manqué. La nouveauté aujourd’hui vient de ce que les censeurs se réclament de minorités opprimées. Ils exigent justice en s’appuyant sur la puissance de la techno science, sur celle des industries pharmaceutiques et last but not the least en actionnant le ressort tout aussi puissant de la culpabilisation de l’Occident face à l’esclavage et la colonisation.

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C’est leur faire beaucoup d’honneur de les qualifier de woke. Qu’ont-ils d’éveillés ces persécuteurs d’hérétiques qui ignorent la bisexualité psychique et croient que le sexe est « assigné » à la naissance, que l’Autre n’existe pas, que l’égalité est l’identité et que la restauration des stéréotypes de genre est une démarche identitaire.

La liberté de penser a été un long combat mené par de vrais éveillés qui avaient pris leurs distances avec le mainstream et les croyances dominantes.

Chez les bouddhistes, l’éveil spirituel est synonyme de réalisation de soi et de « libération ». Nos censeurs ressemblent plutôt à des illuminés aveuglés par la certitude d’avoir trouvé LA réponse à leurs problèmes existentiels. Le fait qu’ils cancellisent violemment ceux et celles qui ne rentrent pas le rang montre bien qu’au fond d’eux-mêmes gît le doute sur le bien fondé de leurs croyances. N’est-ce pas le psychanalyste Jung qui disait : « Le fanatisme est la surcompensation du doute » ?

Quand les filles deviennent des garçons

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Roumanie: leçon française d’une insurrection électorale

Le nationaliste George Simion est arrivé largement en tête du premier tour en Roumanie, hier (40.5%). Même s’il est favori, cet admirateur du mouvement MAGA de Donald Trump disposera en revanche d’un réservoir de voix limité au second tour.


Dans son obsession à faire taire le peuple, l’oligarchie européiste creuse sa tombe. Les Roumains, en portant hier soir George Simion spectaculairement en tête du premier tour de la présidentielle (plus de 40% des voix), ont refusé les intimidations morales d’une Union européenne supranationale. Sous son influence la Cour constitutionnelle roumaine avait invalidé discrétionnairement, le 6 décembre, la victoire au premier tour (23%) du souverainiste Călin Georgescu, qualifié d’extrême droite et de pro-Poutine par les censeurs.

Panique dans l’establishment

Simion a fait campagne en refusant de participer aux débats du système médiatique. Cette insurrection électorale reste à confirmer le 18 mai. Cependant, elle intervient alors qu’en Allemagne le renseignement intérieur a, vendredi, qualifié Atlernative für Deutschland (afD), deuxième parti politique du pays, de mouvement « extrémiste de droite confirmé ». Il lui est reproché son opposition à l’immigration musulmane. La qualification le met sous surveillance et possible couperet étatique. Commentaire indigné de J.D. Vance, vice-président des États-Unis : « L’Occident a démoli le mur de Berlin ensemble. Et il a été reconstruit – non pas par les Soviétiques ou les Russes, mais par l’establishment allemand ».

En Grande-Bretagne, le parti souverainiste de Nigel Farage a pour sa part remporté, vendredi, une législative partielle. Ces exemples disent le désir des peuples, méprisés des élites, de reprendre leur destin en main. Seul le Canada contredit apparemment cette évolution avec, le 28 avril, la fragile victoire des libéraux revigorés après les absurdes menaces d’annexion de Donald Trump.

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La France n’échappe pas à cette réhabilitation du sentiment national. Emmanuel Macron croit pouvoir faire obstacle à la vague antimondialiste en vantant son progressisme éclairé. Ce lundi, avec Ursula von der Layen, le chef de l’État va lancer à la Sorbonne l’opération « Choose Europe for science » pour offrir l’asile aux « réfugiés scientifiques » (François Hollande) prétendument chassés par le trumpisme. Mais l’université française, délabrée, est déjà victime du terrorisme de la pensée woke et du scientisme militant que Macron veut importer davantage. Ces dérives totalitaires poussent à la chasse aux dissidents et aux cooptations clonées. En réalité, le rejet du système est la norme : 78% des sondés souhaiteraient un prochain président en rupture avec la politique menée (Le Figaro, ce week-end). Au Vatican, le conclave s’ouvrira mercredi avec cette même idée sous-jacente. Les simulacres de Macron pour feindre la démocratie à travers une convention citoyenne sur « le temps de l’enfance » sont aussi voyants que ceux de François Bayrou qui envisage (JDD) un référendum sur « la réforme de l’État et de ses dépenses ». Le pouvoir s’agite pour ne pas questionner le peuple sur ce qui le taraude : l’immigration invasive, la libanisation de la société, la guerre civile qui vient. Comme ailleurs en Europe, ces sujets existentiels sont vus par les élites déracinées comme un racisme antimusulman. L’extrême gauche antisémite partage avec la macronie ce même interdit idéologique. Tous deux voient le fascisme venir à droite. Ils oublient juste de se regarder.

Trump: Habemus Papam

Donald Trump publie sur les réseaux sociaux une photo de lui en Pape, générée par l’intelligence artificielle. Surprenant !


Le président américain Donald Trump publie une photo de lui en Pape. D’abord sur son compte personnel sur Social Truth, puis sur le compte officiel de la Maison Blanche. Le président américain prend un air recueilli plutôt inhabituel. Il avait déjà lancé aux journalistes qu’il serait son choix numéro un pour être pape – en réalité, il soutient depuis un évêque américain.

Bref, un running gag qui n’a pas beaucoup amusé les évêques américains, en tout cas ceux de l’Etat de New York : « Il n’y a rien d’intelligent ou d’amusant dans cette image » ont-ils réagi. « Nous venons d’enterrer notre bien-aimé Pape François. Ne vous moquez pas de nous ». Pour la gouverneure de l’Etat de New York, «c’est une offense profonde, pour moi et mes concitoyens catholiques dans le monde, alors que nous pleurons notre pape François bien-aimé». Kathy Hochul est démocrate. Je ne sais pas si les catholiques américains dont 60 % ont voté Trump se sentent si offensés. Si c’est le cas, ils ont tort.

Tout de même, il tourne le pape en ridicule, me dit-on. Il n’est même pas sûr que ce soit l’intention de Trump. Ce qui serait offensant et réellement blasphématoire du point de vue d’un catholique serait de se représenter en Jésus sur la croix. Bon, rien n’est perdu me direz-vous, il nous reste trois ans !

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Mais, cette image a en réalité le mérite de répondre à la question qui taraude tous les commentateurs : faut-il prendre Donald Trump au sérieux ? En tout cas, pas au pied de la lettre. Même si je ne suis pas dans sa tête, je crois pouvoir vous dire que le président américain ne croit pas qu’il va être élu pape. On peut donc penser qu’il n’est pas plus sérieux quand il annonce l’annexion du Groenland et du Canada, ou 150% de droits de douane sur notre pauvre cognac. Bonne nouvelle.

Le problème n’est pas qu’il soit offensant, mais qu’il fasse des blagues de comique-troupier, comme il en circule des centaines sur internet. On murmure qu’en privé, Emmanuel Macron fait la même. Il ne manque en réalité à cette photo qu’une petite pointe salace et ça pourrait être une une de Charlie Hebdo.

Je ne suis donc pas sûre qu’il y ait un message sinon le fait que le président américain est content de lui, content de s’exprimer comme un comique ou un stand-upper. Et qu’il adore faire scandale. De ce point de vue, c’est réussi : la photo affiche des millions de vues et elle est commentée dans le monde entier. Bien sûr, nous Européens qui sommes un peu plus respectueux des formes et avons un certain respect des institutions, nous pensons qu’un président américain ne devrait pas faire ça. Il va falloir faire avec celui-là. La leçon à tirer, pour nous, c’est qu’il faut peut-être arrêter de commenter toutes ses sorties saugrenues.

Imposons-nous un peu plus de sobriété dans le commentaire des déclarations de Trump. Parce que si on les commente toutes, nous allons vraiment finir par avoir le tournis.


Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio

Finances publiques: un référendum sinon rien!

Dans un contexte difficile où 40 milliards d’euros doivent encore être trouvés d’urgence pour respecter les objectifs budgétaires de 2026, François Bayrou a évoqué la tenue d’un référendum pour faire adopter un plan global de réduction des déficits et de la dette, soulignant la nécessité du soutien populaire face à l’ampleur des efforts demandés. Emmanuel Macron, informé de cette initiative, resterait réservé tant que les détails du plan n’ont pas été présentés. « Le peuple piaffe aux portes de la démocratie authentique ! » estime notre chroniqueur, qui rappelle que c’est le président lui-même qui avait promis un référendum lors des vœux.


Le Premier ministre a raison de vouloir un référendum sur les finances publiques, le budget, la dette et les impôts en considérant que « la question est suffisamment grave pour qu’elle s’adresse aux citoyens[1] ».

Je ne sais pas s’il obtiendra satisfaction parce que tout ne dépend pas de lui et qu’à l’évidence il y aura des résistances (le président attendrait le « plan d’ensemble »). Emmanuel Macron lui-même pourtant nous avait promis un référendum mais sans doute estime-t-il que c’est suffisant puisqu’on attend désespérément le thème qu’il nous proposera. Il doit être partagé entre le crédit démocratique qu’il tirerait de la consultation du peuple et le désir profond qu’elle n’ait aucune conséquence négative pour lui.

Macron n’attend plus de plébiscite depuis longtemps…

Je voudrais prolonger la réflexion de François Bayrou. On ne peut plus, en effet, laisser l’ensemble des citoyens à l’écart sur des problématiques capitales comme l’immigration, la Justice, la santé.

Qu’on ne m’oppose pas des arguments juridiques qui, s’ils ont leur importance, pourraient être aisément levés au regard de la gravité qu’on attacherait aux enjeux républicains et à l’écoute bienvenue du peuple. Au demeurant, compte tenu de ce qui reste à présider pour Emmanuel Macron, la crainte d’une tonalité plébiscitaire serait évidemment vaine.

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Je n’insisterais pas sur ce recours nécessaire au référendum si on ne sentait pas notre monarchie présidentielle tenaillée à intervalles réguliers par la mauvaise conscience de savoir les citoyens là, en plénitude et en attente, prêts à répondre massivement à des questions, et de ne jamais oser les interroger dans leur totalité.

Palais Bourbon divisé

Le paradoxe en effet est qu’on multiplie les sondages compulsifs, les ersatz de référendum, les conventions partielles, les consultations régionales, les grands débats, les délibérations réduites, les commissions commodes, les apparentes sollicitations populaires. Pour donner l’impression d’un pouvoir respectueux des tréfonds de la France alors qu’en réalité il fait ce qu’il peut avec une Assemblée nationale rétive et divisée et qu’il cherche désespérément à continuer la politique mais par d’autres moyens.

La dernière initiative du président est un parfait exemple de ce qui représente à la fois la volonté de se débarrasser d’une difficulté et l’envie de recueillir les fruits d’une Convention citoyenne, sur « les temps de l’enfance » (rythmes scolaires et durée des vacances). Ce serait ridicule si cela ne concernait pas notre pays et l’inaptitude à penser, à délibérer et à trancher. Et il paraît que le président oserait reprocher au Premier ministre son indécision, son « inertie » !

Le citoyen en a plus qu’assez d’être consulté par petits bouts, à mi-temps, à la portion congrue, du bout de la démocratie, avec des pincettes. Il veut pouvoir sortir la politique de son marasme parlementaire pour la conduire dans les vastes espaces de la République et du suffrage populaire. Pour que ce dernier casse les blocages, les pudeurs inutiles, les bienséances convenues et ainsi déverrouille les portes de l’audace.

Le peuple piaffe aux portes de la démocratie authentique. Qu’on les lui ouvre vite pour qu’il ne les enfonce pas !

MeTooMuch ?

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[1] https://www.lejdd.fr/politique/exclusif-budget-dette-impots-francois-bayrou-veut-un-referendum-157685

Autisme: ne plus en faire toute une maladie?

Florence Henry, mère de famille, affirme avoir trouvé une solution pour les enfants autistes, et rêve d’en faire profiter le plus grand nombre. Mais, sa méthode est cependant difficilement généralisable.


Le livre L’Enfermement[1] de Florence Henry raconte l’histoire d’une mère de famille française qui, sans formation médicale, a mis toute son intuition maternelle et son sens de l’observation au service de sa fille Océane, atteinte d’autisme grave. Après des années de lutte, elle a conçu une méthode qui a changé la vie de milliers de familles et est maintenant reconnue à l’échelle internationale : son livre sera bientôt publié en Chine. Le combat de Florence Henry est de libérer tous les enfants autistes de l’isolement et d’offrir à leurs familles un message d’espoir : l’autisme n’est plus, aujourd’hui, une fatalité.

Le combat d’une mère pour sa fille Océane

L’histoire d’Océane reflète celle de nombreux enfants autistes graves, un parcours jalonné d’obstacles dans un système scolaire défaillant. Diagnostiquée autiste grave à l’âge de trois ans, incapable de parler ou de comprendre son environnement, sa différence fait d’elle une cible privilégiée de maltraitances de la part de ses camarades de classe. En maternelle, Océane se retrouve nue car déshabillée de force par d’autres enfants. Après un changement d’école, la petite fille revient avec des bleus. Face à cette situation, Florence, qui était dans une ancienne vie commerciale au journal La Montagne, prend une décision radicale : celle de se consacrer entièrement à l’éducation de sa fille, qu’elle décide de scolariser à domicile. Pendant dix ans, Florence se consacre entièrement à Océane (« Je devais même savoir pour elle quand elle devait boire, car elle ne sentait pas la soif ») et met en place des exercices quotidiens à la maison, soutenus par un programme structuré et un emploi du temps rigoureux. La routine devient essentielle : lever à 8h, répétitions jusqu’à midi, avec des horaires similaires à ceux d’une journée de bureau. Ce travail constant finit par porter ses fruits : après des années de silence, Océane prononce son premier son.

C’est le déclic pour Florence, qui développe une méthode de stimulation active fondée sur des exercices simples mais efficaces. Cette méthode repose sur l’utilisation d’un système d’organisation ultra-performant avec des cahiers à double page comme outil central pour renforcer les associations de sons et de lettres ainsi qu’une répétition systématique pour ancrer les acquis, « resserrer la pensée, contourner le handicap et réparer les connexions ». « Il faut y aller doucement, mais avec constance », explique Florence. Le système qu’elle a mis en place se nourrit sur la pédagogie, la bienveillance mais aussi sur la stimulation cognitive pour aider les enfants autistes à s’exprimer et à comprendre leur environnement. Grâce à cette approche, Océane reprend progressivement sa place dans la société. Adolescente, elle intègre une classe de cinquième en ayant rattrapé l’intégralité de son retard scolaire. Un immense soulagement pour sa mère : « Quand elle était à la maison, l’inspecteur venait à chaque fin d’année. J’éprouvais une pression énorme et la peur constante qu’on puisse me retirer mon enfant ». Le collège propose des aides à Océane, mais elle les refuse et insiste pour poursuivre seule sa scolarité. Elle décroche un baccalauréat S, spécialité mathématiques. Aujourd’hui, à 23 ans, Océane est titulaire de deux licences et termine un Master 2 en informatique. Et ses camarades de classe ? « Océane a des amies, beaucoup d’amies. Je ne savais pas qu’on pouvait en avoir autant. Elle est apaisante, et c’est elle que ses amies contactent lorsqu’elles ont des soucis » raconte Florence, émue. Un parcours que les médecins jugeaient alors impossible.

Une méthode au service des familles d’autistes

Forte des succès obtenus avec sa fille, Florence décide de formaliser sa méthode, qu’elle nomme la méthode API (« A, le premier son, et PI, le chiffre de l’infini, car les possibilités de sortir les enfants de l’autisme sont infinies »). Pendant deux ans, elle consigne par écrit son expérience. Peintre avant le diagnostic de sa fille, elle reprend son pinceau et crée près de mille illustrations pour accompagner son livre, « Méthode API : ma méthode pour vaincre l’autisme »[2], publié en 2021. Composé de 320 pages, l’ouvrage est relu par des professionnels de l’autisme, stupéfaits par l’intelligence intuitive de cette mère qui, sans le savoir, a intégré des techniques déjà existantes aux États-Unis tout en en développant de nouvelles. Le Dr Jean-Pierre Laboureau, ancien chef du service pédiatrie de l’hôpital d’Auxerre, rédige la préface et souligne « les résultats spectaculaires de la méthode API ».  Son livre, réédité en 2025, rend cette méthode accessible à un public toujours plus large. Parallèlement, Florence a étendu son action à l’international. Sa méthode, déjà traduite en anglais, est en cours de traduction en chinois et en néerlandais, et reçoit des demandes de diffusion en Afrique. À ce jour, des milliers de familles, tant en France qu’à l’étranger, ont pu bénéficier de l’expérience de cette mère française totalement autodidacte. « Nous avons vu des progrès même chez les adultes », raconte Florence. « Cela prouve que l’on peut toujours améliorer la qualité de vie des personnes, même lorsque l’autisme est sévère. Je ne promets pas la guérison pour tous mais je peux garantir une véritable amélioration ».

Grâce au bouche-à-oreille, Florence est de plus en plus sollicitée pour intervenir dans des situations jugées extrêmes. Un jour, des parents suisses la contactent pour leur enfant de sept ans, atteint d’autisme sévère. Il s’agit de l’un des cas les plus graves en Suisse : l’enfant est extrêmement violent, mord ses proches et mange ses excréments. La gravité de ses troubles a conduit à son abandon par les services publics. Désespérés, les parents ont même cherché une solution en Russie, où des traitements radicaux comme l’enfermement dans un caisson hyperbare et des transfusions de cellules souches ont été proposés, mais en vain. Florence se rend alors en Suisse pour rencontrer l’enfant. « En seulement deux périodes de quinze jours de mon accompagnement, toute manifestation de violence avait disparu », raconte-t-elle. Elle continue de se rendre régulièrement auprès de l’enfant, à la demande des parents. « À chaque fois que je reviens, il faut deux jours pour qu’il se réadapte. C’est comme s’il fallait aller chercher son âme et la ramener dans son corps, le réancrer dans le monde. Mais une fois les progrès acquis, ils restent définitifs. »

« Chaque année, nous perdons des Océane »

Florence souligne l’importance de travailler la neuroplasticité dès le plus jeune âge. Pour elle, l’avenir de l’autisme grave réside dans des méthodes adaptées aux besoins spécifiques des enfants. « Il faut comprendre que chaque enfant est unique, et les méthodes doivent être ajustées. Mais l’adaptation doit se faire le plus tôt possible », explique-t-elle. « Car, chaque année, nous perdons des Océane. » La méthode API développée par Florence Henry représente une approche atypique mais profondément humaine dans l’accompagnement des personnes autistes. Elle témoigne d’une volonté rare de replacer l’individu – et non le protocole – au centre de la démarche éducative et thérapeutique. Inspirée par une expérience personnelle intense, cette méthode propose des outils concrets, un cadre structuré et une relation fondée sur une bienveillance constante, dans le but de favoriser la progression et l’autonomisation des enfants autistes.

Ce qui distingue fondamentalement l’API, au-delà de ses outils techniques, c’est la radicalité de son engagement. Il s’agit d’une méthode qui exige un investissement de tous les instants : un engagement émotionnel, cognitif et temporel total de la part du parent ou de l’éducateur. Florence Henry elle-même le reconnaît : l’API est un combat de chaque jour, une immersion complète dans le monde de l’enfant autiste, avec pour seule boussole sa progression, aussi lente ou atypique soit-elle.

Ce niveau d’investissement, s’il est admirable, soulève aussi une question essentielle : celle de la transférabilité de la méthode. Peut-on raisonnablement attendre d’un parent ou d’un professionnel, dans des contextes ordinaires – souvent marqués par le manque de moyens, de temps ou de soutien institutionnel – un tel niveau d’implication ? L’API, telle que pratiquée par Florence Henry, semble moins un protocole généralisable qu’une démarche d’exception, forgée dans une situation elle-même exceptionnelle : celle d’une mère prête à tout, jusqu’au sacrifice personnel, pour sortir sa fille du silence.

Par ailleurs, l’absence de validation scientifique rigoureuse, si elle ne discrédite pas l’API en tant que démarche personnelle, empêche pour l’instant son intégration dans le cadre des politiques publiques de santé ou d’éducation. Il reste donc à espérer que cette méthode, source de témoignages positifs, puisse être étudiée de manière objective, pour en identifier les ressorts efficaces, les limites, et les conditions de reproductibilité.

En somme, l’API mérite d’être saluée comme une initiative audacieuse, portée par une force affective hors norme. Elle est le fruit d’un amour transfiguré en méthode, d’une mère devenue éducatrice, thérapeute et militante. Mais cette intensité même, qui fait sa beauté et sa puissance, en marque aussi les limites : l’API, aujourd’hui, est avant tout une méthode de vie, plus qu’un modèle universel.

256 pages

L'Enfermement

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[1] Florence Henry L’Enfermement, Éditions XO, 2018.

[2] Méthode API : ma méthode pour vaincre l’autisme, Auto-édition, 2021.

« Wallah, tu vas pas tirer, t’es filmé! »

Ensauvagement. Les autorités font face à de terribles dilemmes. Les motocross faisant des rodéos urbains continuent de pétarader, tant qu’elles savent qu’elles ne risquent rien. Et les délinquants refusent d’obtempérer, tant qu’ils savent que les policiers n’oseront jamais riposter. De son côté, la gauche continue d’être complaisante avec la délinquance, et obnubilée par les « violences policières »


À Drancy (Seine-Saint-Denis), le clip de rap tourne mal et le rodéo urbain termine à l’hôpital1. Dans la classe politique, on soutient la police du bout des lèvres et on redoute avec la chaleur le retour des émeutes urbaines.

Les événements survenus vendredi soir à Drancy ont déclenché une série de réactions passionnées sur Internet. Dans le petit monde politico-médiatique, c’était en revanche beaucoup plus timide – la chaleur et le weekend prolongé, sans doute.

Si, du côté de la gauche, la question centrale reste celle de la légitimité de la riposte policière, d’autres interrogations bien plus cruciales taraudent une majorité silencieuse de citoyens, et la droite en particulier : pourquoi les jeunes délinquants ne craignent-ils plus la police ? Et, à peine deux ans après la mort de Nahel Merzouk, l’Île-de-France pourrait-elle se retrouver à nouveau dans la tourmente d’émeutes urbaines ?

Boulevard des clips

« Wallah, tu vas pas tirer, t’es filmé ! » La scène se déroule à Drancy, vendredi soir. Malgré la propagande quotidienne des militants de gauche et des médias progressistes, qui dépeignent la population des quartiers « populaires » comme terrifiée par les violences policières, le délinquant qui se tient face aux policiers n’a visiblement pas peur. Il tutoie les agents, les nargue avec son téléphone, et surtout, semble totalement maître de la situation.

La vidéo de 30 secondes (voir ci-dessous), tournée vers 19h30, a vite fait le tour des réseaux sociaux. On y voit deux policiers tentant de contrôler une moto au sol, alors qu’ils sont pris à partie par plusieurs jeunes. L’un des policiers braque son arme de service sur un individu en pull rouge, tire deux balles en l’air, tandis que son collègue brandit un pistolet à impulsion électrique. La situation dégénère rapidement : un troisième délinquant surgit et déséquilibre le policier qui est à cheval sur la moto, provoquant sa chute. Des coups de feu retentissent. Le jeune au pull rouge, touché à la cuisse, est ensuite transporté à l’hôpital en urgence.

http://twitter.com/DestinationTele/status/1918409842437570563

L’incident a lieu dans le quartier de l’Avenir, à deux pas de la cité Gagarine. Les jeunes semblent avoir été surpris en plein rodéo urbain, dans le cadre du tournage d’un clip de rap (!) Sur place, la tension est palpable, comme le rapporte Le Parisien dans son édition de dimanche. Des projectiles fusent, des cris éclatent, et la situation devient de plus en plus chaotique. Selon le parquet de Bobigny, les policiers se retrouvent encerclés, visés par une foule déchaînée. Trois suspects sont interpellés et placés en garde à vue pour « violences en réunion, avec arme, sur personne dépositaire de l’autorité publique ». L’un d’eux est déjà connu des services de police. Le jeune homme blessé par balle, en revanche, n’a aucun antécédent judiciaire, révèle le quotidien francilien.

Remous judiciaires

Au moment où nous écrivons ces lignes, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau n’a pas encore commenté l’incident, bien qu’il ait régulièrement pris position sur le fléau des rodéos urbains. Le 21 février, il soulignait une augmentation de 44 % des saisies d’engins en 2025 par rapport à 2024.

Le délinquant blessé, toujours hospitalisé, devait être entendu samedi après-midi. Les policiers, eux aussi, ont été invités à livrer leur version des faits : l’un souffre de douleurs aux vertèbres et aux cervicales, l’autre est psychologiquement marqué. Deux enquêtes sont ouvertes : l’une, menée par le SDPJ 93, se concentre sur les violences subies par les forces de l’ordre ; l’autre, confiée à l’IGPN, examinera l’usage de l’arme par le policier.

Réactions politiques : un climat de division

Le préfet de police a immédiatement exprimé son soutien aux policiers agressés. « Rien ne justifie que l’on s’oppose par la violence à un contrôle de police », a réagi Laurent Nuñez, assurant que la justice ferait toute la lumière sur cet incident. De son côté, la maire de Drancy, Aude Lagarde (l’épouse de Jean-Christophe), a appelé au calme, exprimant sa compréhension de l’émotion suscitée par les faits tout en exhortant les parents à éviter toute escalade de violence. Voilà qui n’est que guère rassurant. Il est à noter par ailleurs que l’édile s’était rendue voilée à la mosquée de la ville, l’après-midi, pour rendre hommage à Aboubakar Cissé, le Malien tué dans le Gard la semaine précédente…

Le député LFI de la circonscription, Aly Diouara, a également diffusé un communiqué appelant au calme. L’élu d’extrême gauche a jugé cet incident « profondément choquant » et a estimé qu’il s’inscrivait dans une dynamique de « tensions persistantes » et de « défiance croissante » entre la population et les forces de l’ordre. L’élu assure par ailleurs, dans une autre affaire, avoir été lui-même menacé par des policiers lors d’un contrôle le 26 février. Clémentine Autain, également élue de Seine-Saint-Denis, a appelé sur Twitter à une révision « en profondeur des méthodes de maintien de l’ordre » et a plaidé pour un « changement radical des relations entre la police et la population », sans jamais mentionner le danger des rodéos urbains ni la violence dont a fait preuve le délinquant blessé. Non : l’élue d’extrême gauche estime « urgent » de créer les conditions politiques d’un « changement dans les relations entre la police et la population ». Mais cela n’a rien de surprenant : l’élue de la France Insoumise (ou à peu près) préfère axer son discours sur la répression policière et l’impunité, plutôt que sur les racines du problème. Mais depuis combien de temps l’envoie-t-on à l’Assemblée pour finalement voir les conditions sécuritaires de Seine-Saint-Denis continuer de se détériorer ? N’est-il pas « urgent » aussi d’envoyer quelqu’un d’autre, peuvent légitimement se demander les électeurs séquano-dionysiens ?

À droite, Marion Maréchal a exprimé son soutien total aux policiers : « Soutien aux policiers motocyclistes de Drancy, violemment attaqués par une horde de racailles pour avoir simplement fait leur métier. Les Français sont avec vous ! » a-t-elle écrit sur Twitter. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrant les policiers britanniques allant au contact avec les délinquants, en percutant leurs motocross, circulent largement. Et donnent des idées aux militants de droite. En France, une telle méthode reste interdite, mais face à l’augmentation des rodéos urbains, le législateur comme le ministère de l’Intérieur pourraient bientôt devoir s’interroger sur l’opportunité d’une évolution législative.

Quant à l’extrême gauche, une nouvelle fois, on observe son inclination habituelle à prendre sans tarder le parti des jeunes délinquants contre les forces de l’ordre – voire son désir de souffler sur les braises pour susciter l’émeute. Ce soutien aveugle, qui frôle l’irresponsabilité, paraît d’autant plus problématique que la question des rodéos urbains est devenue un véritable fléau2 dans de trop nombreux quartiers en France. En Angleterre, les policiers pratiquent donc le « contact tactique », une méthode qui permet d’arrêter les délinquants sans que des victimes innocentes ne soient prises dans la violence. La question est désormais de savoir si la France adoptera cette approche, ou si le climat de rébellion contre les forces de l’ordre continuera de s’intensifier. Les citoyens ont pourtant le droit à la sécurité, quand bien même leurs élus locaux sont de gauche, UDI ou LFI ! Des élus politiques dignes de ce nom – et donc, raisonnables – devraient sans cesse rappeler à notre jeunesse que la police est en droit d’utiliser son arme lorsqu’elle se trouve en situation de légitime défense. Il est essentiel de souligner l’obligation de respecter les ordres des forces de l’ordre en toute circonstance, plutôt que de favoriser une attitude de défiance et de rébellion systématique. La vidéo choquante de Drancy est une nouvelle illustration de cette dérive. Il convient de se souvenir aussi de ce qui est arrivé au malheureux Nahel, qui a payé de sa vie son refus d’obtempérer.

Et par ailleurs, alors que le « contact tactique » pourrait bientôt être autorisé, de plus en plus de voix s’élèvent de temps à autre pour appeler à ce que le mouvement politique de Jean-Luc Mélenchon, la LFI, ne le soit plus, lui, autorisé (!) ; accusé qu’il est de nourrir des alliances douteuses, tant avec des forces extérieures — comme en témoigne l’affaire de l’écrivain emprisonné Boualem Sansal, où l’élue Rima Hassan avait pris parti pour l’Algérie — qu’avec certains éléments intérieurs, en cultivant une très déplaisante complaisance envers toute une jeunesse en perdition et en proie au séparatisme grandissant des banlieues.


  1. https://www.leparisien.fr/faits-divers/tirs-de-policier-et-rodeo-urbain-a-drancy-les-trois-gardes-a-vue-pour-violences-prolongees-03-05-2025-MHRZWP5Z5RFZLMQVX2PXDOBHHA.php ↩︎
  2. https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/rodeos-urbains-comment-letat-tente-dendiguer-le-phenomene-84111297.html ↩︎

Qui se souvient de l’affaire Fualdès?

Frédéric Vitoux revient, pas à pas, procès après procès, sur l’une des plus célèbres affaires criminelles du XIXème siècle: l’assassinat de l’ex-procureur impérial Fualdès dans l’Aveyron. Avec le don du portrait qu’on lui connaît, l’académicien nous replonge en 1817-1818 dans la bonne ville de Rodez et les prémices d’une presse judiciaire en continu…


Frédéric Vitoux a l’art du suspense et de la formule. Car il n’est pas facile de mettre de l’ordre et un peu de cohérence dans cette affaire judiciaire qui affecta la moralité de Rodez durant plusieurs décennies, voire durant deux siècles. Cet assassinat, plus précisément l’égorgement, dans la nuit du 19 au 20 mars 1817, d’un bourgeois modéré, ancien procureur impérial, n’ayant semble-t-il, aucun conflit apparent avec sa communauté va déclencher un torrent d’articles et une onde quasi-mondiale. 

Le premier procès surmédiatisé

Nous sommes habitués aujourd’hui aux procès-spectacles, à l’essaim des micros tendus dans les prétoires, aux joutes oratoires des avocats, à la quête du « mot qui tue » et à l’emballement médiatique préjudiciable pour l’avènement de la vérité ; nous avons oublié que cette ruche trouve son origine historique dans ladite affaire Fualdès. La mort du procureur impérial aux éditions Grasset est au croisement de la contre-enquête, de l’étude de mœurs et de la folie des Hommes. Frédéric Vitoux s’est appuyé sur le travail de Jacques Miquel, spécialiste incontesté de l’imbroglio ruthénois, pour y voir plus clair mais surtout pour dessiner une parabole sur la fragilité des témoignages. Dans une époque chahutée, entre la fin de l’Empire et les débuts de la Restauration, la France n’a pas oublié les sinistres tribunaux révolutionnaires, une mère n’y retrouverait pas ses petits tant les pistes multiples et bouffonnes, crapuleuses, graveleuses, maçonniques ou éminemment politiques ont été évoquées dans cette course-poursuite aux scoops ou au lynchage.

À lire aussi, Jacques Aboucaya : «Les Vigiles», de Tahar Djaout. Un roman prémonitoire?

Au-delà d’une instruction bâclée et de l’exécution des trois principaux inculpés, Frédéric Vitoux, s’attache à décrire la personnalité des protagonistes-clés de cette histoire sordide et le poids grandissant de l’opinion publique. La rumeur a fait son lit dans des cerveaux malléables, laissant place à une curiosité malsaine et à des haines recuites. Qui peut stopper ce déballage quotidien qui fit la fortune des imprimeurs et des patrons de presse ? L’admirable Rodez, province extatique et enchanteresse par essence, ne méritait pas un tel sort touristique. Heureusement, depuis, la cité a repris son cours tranquille. En leur temps, Hugo, Flaubert, Barrès ou Leroux ont écrit sur Fualdès, c’est dire son impact sur les mémoires collectives. Il y aura eu un avant et un après Fualdès dans le traitement journalistique et le venin du sensationnalisme.

Fil d’Ariane

On a projeté sur la dépouille du procureur des fantasmes complotistes et fait miroiter, chaque jour, un épisode toujours plus retentissant et croustillant. Louis XVIII se passionna pour ce fait-divers aveyronnais comme n’importe quel autre lecteur populaire, avide de détails et de tension dramatique. Vitoux l’explique très bien ; à partir de Fualdès, la chronique judiciaire a pris une tournure évènementielle. Pourquoi a-t-on tué Fualdès et qui l’a tué ? Le mystère s’épaissit. Qu’y a-t-il sous le tapis Fualdès: des relents monarchistes, des vengeances de loges, des croquants de foires, de l’incompétence ou de la crédulité assassine ?

Le romancier aborde tous ces aspects et déroule son fil d’Ariane dans une pelote occitane qui ravira les amateurs d’énigmes. Parlons aussi de littérature, car il s’agit avant tout de cela, Vitoux excelle dans le portrait psychologique, il a la phrase taquine et fureteuse, il a beau être un académicien recommandable, il distille dans ses saillies un humour à la Sherlock. Il y a du « british » en lui. Il croque avec gourmandise Clarisse Manzon, jeune femme de la bonne société, témoin fantasque et inconséquente de cette affaire qui espère décrocher son quart d’heure de célébrité. « Clarisse, de son côté, vit seule, séparée de son mari. On peut la comprendre. Elle rêvait de briller, et elle s’est encombrée d’un époux fort peu reluisant ou incapable de l’éclairer par le prestige de sa position ».

« Seul son prénom, Marc Antoine, a quelque éclat » écrit-il, facétieux. Elle signera même des Mémoires qui eurent un succès à travers toute l’Europe grâce à sa rencontre avec l’un des autres acteurs de cette affaire, l’auteur et dramaturge Henri de Latouche, oublié aujourd’hui. « Une révolution médiatique s’est jouée à ce moment-là. Le procès Fualdès par Latouche, ce sera déjà la retransmission, presque en direct et en quasi-intégralité, du déroulement de ses séances par une chaîne d’information en continu » avertit le romancier. Alors, nous irons tous ce printemps à Rodez avec le récit de Vitoux sous le bras !


La mort du procureur impérial – Frédéric Vitoux – Grasset, 320 pages

« Der Freischütz » au TCE… et autres promesses du lyrique

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Le ténor Charles Castronovo ne convainc pas complètement "Causeur" © Katerina Goode

L’opéra de Carl Maria von Weber était donné au Théâtre des Champs-Elysées, ce 30 avril. Un véritable « must », mais une distribution malheureusement inégale, rapporte notre chroniqueur.


Pour situer, Fidelio, l’unique et génial opéra de Beethoven, a été composé en 1804. Puis achevé dix ans plus tard dans sa version définitive. Der Freischutz – littéralement « Le franc-tireur », de Weber, autre chef d’œuvre lyrique fondateur du premier romantisme allemand, est quant à lui créé à Berlin en 1821. Sur un livret signé d’un poète alors fort renommé, Johann Friedrich Kind, à partir d’un vieux conte populaire germanique, les trois actes de cette fantasmagorie édifiante, dans la tradition du Singspiel, combinent balles magiques qui ne ratent jamais leur cible, pacte diabolique, fiancée sacrificielle protégée par le ciel, voix de la providence, rémission, exaucement par l’amour… L’opéra triomphe immédiatement dans l’Europe entière, et jusqu’à Paris où il est donné, en 1824, en français, sous le titre prometteur de… Robin-des-Bois.

Antonello Manacorda : gestique impeccable

Ce pur joyau mélodique traversé de chœurs sublimes et d’arias à fendre l’âme, ne perd rien, comme souvent, à se voir donné en version de concert, comme le Théâtre des Champs-Elysées s’en fait une spécialité – bientôt ce sera Mithridate, magnifique opera seria d’un Wolfgang encore adolescent. Concert unique, cette fois sous la direction de Christophe Rousset, à la tête de l’orchestre Les Talents lyriques, avec le ténor russe Sergey Romanovsky dans le rôle-titre.

À lire aussi, du même auteur: Lyrique: « Il trittico » à l’Opéra-Bastille

Pour en revenir à Der Freischutz, il convient de saluer comme il se doit la gestique suprêmement élégante, à la fois nette, implacable, suggestive, du chef turinois (et ancien premier violon) Antonello Manacorda, lequel dirige depuis dix ans cette fabuleuse Kammerakademie Postdam (qu’accompagne le RIAS Kammerchor, très ancienne institution berlinoise de haute tenue). Le maestro doit « rendre son tablier » en fin de saison 2025… On aura le bonheur néanmoins de le retrouver au pupitre de cette même salle, en septembre prochain, pour Le Sacre du printemps, chorégraphié par Pina Bausch. Puis en novembre pour un concert à l’enseigne de Berlioz et de Beethoven.  

Inégal

Un mot, pour finir, sur la distribution inégale, avouons-le, de cet incomparable must weberien : tout comme on avait déploré le manque de coffre de Charles Castronovo récemment sur la scène de l’Opéra-Bastille dans le rôle-titre de Don Carlos, de même ici le ténor américain de 49 ans a tendance à « barytonner » dans un emploi qui exigerait parfaite clarté dans le phrasé, et puissance de projection dans les aigus. Faiblesse passagère ? L’Opéra de Paris l’accueillera de nouveau en septembre prochain, pour la reprise de La Bohême (rôle puccinien repris ensuite par Joshua Guerrero jusqu’à la dernière représentation, le 14 octobre).

À lire ensuite: C’était le Quartier Latin

On regrettera également qu’en lieu et place des récitatifs (en allemand, comme il se devrait), parti ait été pris de confier les « textes de Samiel » (le démon) – à une comédienne, Johanna Wokalek, laquelle de surcroît ne cesse pas de buter sur sa lecture…  Par contraste, si l’on peut dire, le cast vocal n’appelle ici que les plus vibrants éloges : tant Kaspar, chanté par le baryton basse Kyle Ketelsen, que Kilian, par Milan Siljanov, ou Ottokar, par le baryton hongrois Levente Pall. Ou encore le Coréen Jongmin Park, voix de basse appropriée à Kunot et à l’Ermite ! La palme revenant aux voix féminines :  Nikola Hillebrand magnifie le rôle de Annchen ; mais surtout, sa consoeur sud-africaine Golda Schultz campe une Agathe d’anthologie. Ainsi la généreuse soprano change-t-elle en or la sublime cavatine par quoi s’ouvre le troisième acte : « Und ab die Wolke sie verhülle, / Die Sonne bleibt am Himmerlszelt ; / Es Walter dort ein heil’ger Wille/ Nicht blinderm Zufall dient die Welt ! ». Traduction : « Et même lorsque les nuages le cachent, le soleil demeure dans le ciel. Une volonté sainte régit le monde ; il n’est pas esclave d’un hasard aveugle ». Foi de mélomane !


Der Freischutz, opéra de Carl Maria von Weber.
Donné en version de concert au Théâtre des Champs-Elysées le 30 avril.

Prochain opéra en version concert au TCE : Mithridate, de Mozart, dimanche 25 mai, à 17h. Durée : 3h30

Lyrique: « Il trittico » à l’Opéra-Bastille

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Il Trittico 24-25 - Il Tabarro © Guergana Damianova / OnP

La soprano Asmik Grigorian au sommet, dans les trois rôles principaux du célèbre triptyque de Puccini, transfiguré par la mise en scène de Christof Loy. Inoubliable, selon notre chroniqueur.


Une immense clameur monte du parterre ; la salle entière de l’Opéra-Bastille se dresse comme un seul homme, debout, égosillant ses « bravooooo ! » jusqu’à l’extinction de voix – on ne compte plus les rappels. Au tomber de rideau du fameux triptyque puccinien, dans cette production du Festival de Salzbourg millésimée 2022, que signait le metteur en scène allemand Christof Loy et qu’accueille l’Opéra de Paris pour cette fin de saison, c’est peu dire que triomphent Gianni Schicchi, Il Tabarro et Suor Angelica, ces trois chefs d’œuvre tardifs de Giacomo Puccini (1858-1924) ici montrés dans cet ordre, qui n’était pas celui prévu par le compositeur transalpin lors de la création de Il Trittico au Metropolitan Opera de New-York en 1918.

A lire aussi: Qui se souvient de l’affaire Fualdès?

Ce parti pris « fait sens », comme on dit : aux trois pièces composites (qui n’en formaient pas moins un ensemble cohérent dans l’esprit du compositeur), cette permutation imprime une claire et intelligible gradation dramaturgique, inaugurée par la farce burlesque (Gianni Schicchi) pour s’achever dans la tragédie mystique (Suor Angelica), en passant par le mélodrame passionnel (Il Tabarro). Assumant l’unité organique de la partition, Christof Loy enserre les trois décors successifs dans un espace parallélépipédique dont les hauts murs, d’une sobre couleur unique, se transforment, s’ajourent, se rétrécissent : « tableaux » où tour à tour s’insèrent les éléments propres à chacun des opéras – chambre mortuaire du défunt dont la famille s’arrache l’héritage ; péniche parisienne en bord de Seine ; couvent expiatoire de la fille-mère révoltée. Raccordés à un entre-deux guerres insituable exactement, les costumes habillent d’abord la tribu pathétique (et désopilante) des cupides petits-bourgeois florentins, puis la bohème parisienne, enfin la féroce aridité du cloître siennois où Angelica jardine ses plantes en pot avant de se suicider…

La soprano lituanienne Grigorian Asmik © Photo: Olivia Kahler

Mais c’est, au premier chef, par la stupéfiante présence dramatique d’Asmik Grigorian que le triptyque trouve son unité intérieure : la soprano lituanienne native de Vilnius incarnant d’abord la fraîche Lauretta, puis l’éplorée Giorgetta prise en étau entre sa passion amoureuse et la jalousie de son mari marinier, et enfin la morbidité tragique d’ Angelica : soit, tour à tour brune, blonde, voilée de noir, écorchée vive, les trois héroïnes – figures réunies sous le chromatisme contrasté de Il Trittico. Eblouissante, incomparable de bout en bout, le feu intérieur d’Asmik Grigorian embrase la fin sublime de Suor Angelica – « cuando potro morire ? Dillo alla mamma, creatura bella, con un leggero scintillar di stella… Parlami, amore… », portant le chant lyrique au sommet.

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L’ensemble de la distribution participe de la même impeccable réussite. A commencer par le baryton Misha Kiria, qu’on découvre sur la scène parisienne dans le rôle de l’escroc Gianni Schicchi, jusqu’à Roman Burdenko, également baryton, campant Michele, le marinier jaloux dans Il Tabarro, jusqu’à Luigi, l’amant de Giorgetta, sous les traits du ténor Joshua Guerrero… Autre ténor fabuleux dans le costume de Rinuccio, le neveu du clan Buoso Donati, Alexey Neklyudov ! Mentionnons aussi le séduisant baryton Iurii Samoilov, qui campe Marco, le cadet de la famille, dans Gianni Schicchi… La qualité des seconds rôles n’a rien à leur envier : la mezzo originaire de Tirana, Enkelejda Shkoza pour ne citer qu’elle, endosse avec le même brio les rôles de Zita, de la Frugola et de la Suora Zelatrice…

Coiffant ce casting hors pair dominé par l’immense talent d’Asmik Grigorian, l’orchestre maison, sous la baguette de Carlo Rizzi, rutile de toutes les nuances, de toutes les suavités, de toutes les ardeurs de l’écriture puccinienne. Spectacle inoubliable. 

Il Tittrico (Gianni Schicchi, Il Tabarro, Suor Angelica), triptyque de Giacomo Puccini. Direction : Carlo Rizzi. Mise en scène : Christof Loy. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Durée : 3h40 Opéra-Bastille, les 6, 9, 13, 16, 19, 22, 28 mai à 19h. Le 25 mai à 14h.

Darmanin: des excuses très réfléchies…

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© D.R. - Capture d'écran de Legend

Gérald Darmanin aimerait beaucoup que Marine Le Pen ou Éric Zemmour (ou tout autre affreux) ne puissent pas lui reparler de la finale Real Madrid / Liverpool, au Stade de France en 2022, lors d’un prochain débat de campagne électorale. Il fait donc son mea-culpa, sur Internet, sur la chaîne YouTube de Guillaume Pley.


Trois années de réflexion. Une réflexion qu’on imagine intense, peut-être même douloureuse (mais si, mais si…), voilà ce qu’il aura fallu à Gérald Darmanin, aujourd’hui garde des Sceaux, ministre de la Justice, ministre de l’Intérieur au moment des faits, pour consentir enfin à articuler des excuses à l’adresse des supporters de Liverpool.

Les faits, justement. Le ratage grand format de l’organisation de la finale de la coupe d’Europe, le 28 mai 2022, au stade de France entre le Real Madrid et les Reds de Liverpool. La rencontre aurait dû avoir lieu à Saint-Pétersbourg, mais pour cause d’invasion russe en Ukraine, Paris avait hérité de l’évènement, décision prise en février, soit trois bons mois plus tôt. On se souvient des scènes d’émeute, une foule en rouge agglutinée contre les clôtures de l’enceinte du stade. Des policiers et des stadiers, complètement à la rue, débordés, impuissants. Le coup d’envoi reporté de quart d’heure en quart d’heure. Pendant ce temps, des « sauvageons » à la fête, en grappes agiles, rapides, qui mènent leur petite guérilla contre les supporters, leur piquent ce qu’il y a à leur piquer. Ils sont venus en voisins, n’est-ce pas. Un voisinage que, manifestement, les autorités en charge du maintien de l’ordre de ce grand rendez-vous n’avaient pas réellement pris en compte. En tout cas, elles n’avaient rien vu venir. « On s’est trompé de dispositif, confesse aujourd’hui le ministre au terme donc de cette intense cogitation. On s’attendait à une guerre de hooligans et on a eu des gens qui sont venus faire des rackets. » Bref, on voyait le bordel importé d’Angleterre, alors qu’on l’avait en local. Ballot de n’y avoir pas pensé. On s’est donc trompé de menace, et, conséquemment de godasses, avoue en substance le ministre. Il fallait des trucs légers pour courir vite, on avait des brodequins à clous. Pas terrible pour cavaler. On confirme. Auraient dû s’imposer les tennis « des mecs de la bac, précise-t-il, et non les grosses bottes et les boucliers des gendarmes mobiles. » Ca aussi, à la réflexion c’est plutôt ballot…

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Là-dessus – on a beau dire, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ! – le RER vers quoi on avait trouvé judicieux de diriger en masse les supporters anglais tombe en panne, supporters qui se sont retrouvés bloqués sous un tunnel avant, une fois sortis de là, de se voir entassés comme des harengs en boîte devant la seule entrée qui leur était proposée. Pour faire bonne mesure, il y a eu aussi la fameuse affaire des faux billets, ce qui « cassait le rythme » des contrôles, dixit encore le ministre.

Les faux billets ! Voilà la cause de tout ! Voilà le bouc émissaire idéal que le ministre va s’empresser d’enfourcher devant les médias. « 70% de faux billets, déplore-t-il. Une fraude massive, industrielle de faux billets ! » Industrielle, vous dis-je ! Tous, doit-on comprendre, exclusivement made in England, sortis des presses clandestines des faubourgs les plus interlopes. Il tient son explication, M. Darmanin. Il tient le coupable. L’Anglais ! L’exécuteur de Jeanne d’Arc, l’arrogant triomphateur d’Azincourt ! Décidément, rien ne changera jamais ! Sus à l’Anglois, le refrain est assez usé, mais qui marchera encore cette fois-ci, s’imagine l’ex-premier flic de France.

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Au terme de trois années d’incubation il aura probablement fini par se convaincre que la ficelle était un peu grosse et le pudding par trop indigeste. D’où le mea culpa. « À l’époque, je m’étais peut-être endormi sur mes acquis (…) J’étais peut-être un peu prétentieux… » On ne le dira jamais assez : l’humilité, même à contre-temps, quoi de plus édifiant, de plus beau ! « J’ai dit ce qu’on m’a dit : les Anglais foutent le bordel » plaide le repentant dans la foulée… Mais là où l’on a véritablement le bonheur de vérifier encore – si besoin était – combien la réflexion a été profonde, c’est lorsqu’on se penche sur la formulation de la tentative de justification de la pitoyable communication qui a suivi. Je ne résiste pas au plaisir de citer mot pour mot : « Une fois que vous êtes sortis médiatiquement sur une information qui n’est pas fausse littéralement mais qui apparaît comme fausse pour le commentaire classique, on dit : « il ment »… » On comprend dès lors que, pour accoucher d’un tel pathos, trois années de maturation aient été nécessaires.



LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Féministe, j’ai été « cancellée »

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Marie-Jo Bonnet © Lou Camino

Quand l’universalisme féministe devient hérétique


Je fais partie des nombreux écrivains féministes et militants de gauche (femmes et hommes) qui sont « cancellés » pour pensée non conforme aux diktats « woke ».

Mon péché est triple. M’être exprimée publiquement contre le mariage (qu’il soit hétéro ou homo) alors qu’il était devenu un indicateur de gauche. M’être opposée à la médicalisation de la PMA pour les lesbiennes non stériles parce que je pense qu’il n’est pas nécessaire d’aller en clinique pour se faire inséminer du sperme congelé quand on peut le faire à la maison. Et aujourd’hui parce que j’ai osé écrire un livre sur les filles qui deviennent des garçons en proposant à la transition de genre une alternative dite « butch », comme disent les Américaines. « Butch », désignant des filles « masculines » qui « passent » pour un homme », c’est-à-dire qui « passent » d’un sexe à l’autre en s’habillant en pantalon et en assumant ouvertement leurs désirs pour des femmes pour mener une vie libre et indépendante. Quand 75% des personnes qui « transitionnent » d’un sexe à un genre sont des filles, cela pose des questions sur le statut des filles dans notre société. Et quand on leur propose comme solution à leur malaise des hormones et de la chirurgie, cela mérite examen. Et cela devrait susciter des débats dans la gauche progressiste. Mais les « woke » ne veulent pas en entendre parler. L’homosexualité n’est plus émancipatrice. C’est la transition de genre qui devient la solution aux amours non conformes aux stéréotypes hétérosexuels.

Alors, on boycotte les livres, on les cache dans les librairies, on fait pression sur les journalistes pour qu’ils ne les chroniquent pas, on sabote les lieux ouverts, comme à Rennes, le bar « La part des Anges » qui a dû fermer après une attaque néoféministe-trans. La violence du refus de toute parole critique a pris des proportions inimaginables dans notre démocratie, signe que notre société va vraiment mal.

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Mais ce n’est pas tout. Aujourd’hui, on vole notre travail en toute impunité morale comme cela m’est arrivé récemment avec deux documentaires sur Violette Morris, alors que je suis sa biographe. J’ai été exclue du premier après avoir fait un entretien de trois heures avec la réalisatrice car l’équipe ne tolérait pas la présence d’une historienne auteur d’un livre prétendument anti trans qu’elles n’avaient pas lu, évidemment. L’autre documentariste m’a censurée car ma présence la gênait dans son projet de faire de Violette Morris une icône du transactivisme. Falsifier l’histoire en faisant taire toute argumentation contraire aux présupposés idéologiques est là-encore une pratique devenue convenable. Car l’idéologie a remplacé l’histoire. Et côté politique, l’idéologie a supplanté tout sens de la justice. Ainsi, les lesbiennes sont purement et simplement mises à la porte des Centres LGBT financés par les pouvoirs publics pour défendre les « droits LGBT ». Colonisés par les transactivistes, ces centres ne veulent plus des féministes universalistes dans leur territoire. L’idéologie trans fait la loi, parlant haut et fort à la place des femmes sous prétexte qu’ils se « sentent femme » et pour certaines trans, se « sentent lesbiennes », ce qui est un comble.

Mais peut-on vraiment qualifier de « woke » la cohorte des censeurs qui sévit un peu partout pour restaurer les normes et les interdits ? En fait, c’est tout un système idéologique de contrôle de la pensée, de révisionnisme de l’histoire et de la science qui s’est mis en place ces dernières années, s’inscrivant dans une longue histoire de la répression. Des inquisiteurs de la Renaissance pourchassant les Sorcières aux censeurs royaux étouffant toute contestation de la monarchie absolue de Droit Divin, en passant par le stalinisme, le nazisme, et tous les pouvoirs dictatoriaux, les moyens de faire taire la critique n’ont pas manqué. La nouveauté aujourd’hui vient de ce que les censeurs se réclament de minorités opprimées. Ils exigent justice en s’appuyant sur la puissance de la techno science, sur celle des industries pharmaceutiques et last but not the least en actionnant le ressort tout aussi puissant de la culpabilisation de l’Occident face à l’esclavage et la colonisation.

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C’est leur faire beaucoup d’honneur de les qualifier de woke. Qu’ont-ils d’éveillés ces persécuteurs d’hérétiques qui ignorent la bisexualité psychique et croient que le sexe est « assigné » à la naissance, que l’Autre n’existe pas, que l’égalité est l’identité et que la restauration des stéréotypes de genre est une démarche identitaire.

La liberté de penser a été un long combat mené par de vrais éveillés qui avaient pris leurs distances avec le mainstream et les croyances dominantes.

Chez les bouddhistes, l’éveil spirituel est synonyme de réalisation de soi et de « libération ». Nos censeurs ressemblent plutôt à des illuminés aveuglés par la certitude d’avoir trouvé LA réponse à leurs problèmes existentiels. Le fait qu’ils cancellisent violemment ceux et celles qui ne rentrent pas le rang montre bien qu’au fond d’eux-mêmes gît le doute sur le bien fondé de leurs croyances. N’est-ce pas le psychanalyste Jung qui disait : « Le fanatisme est la surcompensation du doute » ?

Quand les filles deviennent des garçons

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Roumanie: leçon française d’une insurrection électorale

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George Simion entre dans le bureau de vote lors du premier tour de l'élection présidentielle à Bucarest, en Roumanie, le dimanche 4 mai 2025 © Alex Nicodim/SIPA

Le nationaliste George Simion est arrivé largement en tête du premier tour en Roumanie, hier (40.5%). Même s’il est favori, cet admirateur du mouvement MAGA de Donald Trump disposera en revanche d’un réservoir de voix limité au second tour.


Dans son obsession à faire taire le peuple, l’oligarchie européiste creuse sa tombe. Les Roumains, en portant hier soir George Simion spectaculairement en tête du premier tour de la présidentielle (plus de 40% des voix), ont refusé les intimidations morales d’une Union européenne supranationale. Sous son influence la Cour constitutionnelle roumaine avait invalidé discrétionnairement, le 6 décembre, la victoire au premier tour (23%) du souverainiste Călin Georgescu, qualifié d’extrême droite et de pro-Poutine par les censeurs.

Panique dans l’establishment

Simion a fait campagne en refusant de participer aux débats du système médiatique. Cette insurrection électorale reste à confirmer le 18 mai. Cependant, elle intervient alors qu’en Allemagne le renseignement intérieur a, vendredi, qualifié Atlernative für Deutschland (afD), deuxième parti politique du pays, de mouvement « extrémiste de droite confirmé ». Il lui est reproché son opposition à l’immigration musulmane. La qualification le met sous surveillance et possible couperet étatique. Commentaire indigné de J.D. Vance, vice-président des États-Unis : « L’Occident a démoli le mur de Berlin ensemble. Et il a été reconstruit – non pas par les Soviétiques ou les Russes, mais par l’establishment allemand ».

En Grande-Bretagne, le parti souverainiste de Nigel Farage a pour sa part remporté, vendredi, une législative partielle. Ces exemples disent le désir des peuples, méprisés des élites, de reprendre leur destin en main. Seul le Canada contredit apparemment cette évolution avec, le 28 avril, la fragile victoire des libéraux revigorés après les absurdes menaces d’annexion de Donald Trump.

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La France n’échappe pas à cette réhabilitation du sentiment national. Emmanuel Macron croit pouvoir faire obstacle à la vague antimondialiste en vantant son progressisme éclairé. Ce lundi, avec Ursula von der Layen, le chef de l’État va lancer à la Sorbonne l’opération « Choose Europe for science » pour offrir l’asile aux « réfugiés scientifiques » (François Hollande) prétendument chassés par le trumpisme. Mais l’université française, délabrée, est déjà victime du terrorisme de la pensée woke et du scientisme militant que Macron veut importer davantage. Ces dérives totalitaires poussent à la chasse aux dissidents et aux cooptations clonées. En réalité, le rejet du système est la norme : 78% des sondés souhaiteraient un prochain président en rupture avec la politique menée (Le Figaro, ce week-end). Au Vatican, le conclave s’ouvrira mercredi avec cette même idée sous-jacente. Les simulacres de Macron pour feindre la démocratie à travers une convention citoyenne sur « le temps de l’enfance » sont aussi voyants que ceux de François Bayrou qui envisage (JDD) un référendum sur « la réforme de l’État et de ses dépenses ». Le pouvoir s’agite pour ne pas questionner le peuple sur ce qui le taraude : l’immigration invasive, la libanisation de la société, la guerre civile qui vient. Comme ailleurs en Europe, ces sujets existentiels sont vus par les élites déracinées comme un racisme antimusulman. L’extrême gauche antisémite partage avec la macronie ce même interdit idéologique. Tous deux voient le fascisme venir à droite. Ils oublient juste de se regarder.

Trump: Habemus Papam

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DR.

Donald Trump publie sur les réseaux sociaux une photo de lui en Pape, générée par l’intelligence artificielle. Surprenant !


Le président américain Donald Trump publie une photo de lui en Pape. D’abord sur son compte personnel sur Social Truth, puis sur le compte officiel de la Maison Blanche. Le président américain prend un air recueilli plutôt inhabituel. Il avait déjà lancé aux journalistes qu’il serait son choix numéro un pour être pape – en réalité, il soutient depuis un évêque américain.

Bref, un running gag qui n’a pas beaucoup amusé les évêques américains, en tout cas ceux de l’Etat de New York : « Il n’y a rien d’intelligent ou d’amusant dans cette image » ont-ils réagi. « Nous venons d’enterrer notre bien-aimé Pape François. Ne vous moquez pas de nous ». Pour la gouverneure de l’Etat de New York, «c’est une offense profonde, pour moi et mes concitoyens catholiques dans le monde, alors que nous pleurons notre pape François bien-aimé». Kathy Hochul est démocrate. Je ne sais pas si les catholiques américains dont 60 % ont voté Trump se sentent si offensés. Si c’est le cas, ils ont tort.

Tout de même, il tourne le pape en ridicule, me dit-on. Il n’est même pas sûr que ce soit l’intention de Trump. Ce qui serait offensant et réellement blasphématoire du point de vue d’un catholique serait de se représenter en Jésus sur la croix. Bon, rien n’est perdu me direz-vous, il nous reste trois ans !

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Mais, cette image a en réalité le mérite de répondre à la question qui taraude tous les commentateurs : faut-il prendre Donald Trump au sérieux ? En tout cas, pas au pied de la lettre. Même si je ne suis pas dans sa tête, je crois pouvoir vous dire que le président américain ne croit pas qu’il va être élu pape. On peut donc penser qu’il n’est pas plus sérieux quand il annonce l’annexion du Groenland et du Canada, ou 150% de droits de douane sur notre pauvre cognac. Bonne nouvelle.

Le problème n’est pas qu’il soit offensant, mais qu’il fasse des blagues de comique-troupier, comme il en circule des centaines sur internet. On murmure qu’en privé, Emmanuel Macron fait la même. Il ne manque en réalité à cette photo qu’une petite pointe salace et ça pourrait être une une de Charlie Hebdo.

Je ne suis donc pas sûre qu’il y ait un message sinon le fait que le président américain est content de lui, content de s’exprimer comme un comique ou un stand-upper. Et qu’il adore faire scandale. De ce point de vue, c’est réussi : la photo affiche des millions de vues et elle est commentée dans le monde entier. Bien sûr, nous Européens qui sommes un peu plus respectueux des formes et avons un certain respect des institutions, nous pensons qu’un président américain ne devrait pas faire ça. Il va falloir faire avec celui-là. La leçon à tirer, pour nous, c’est qu’il faut peut-être arrêter de commenter toutes ses sorties saugrenues.

Imposons-nous un peu plus de sobriété dans le commentaire des déclarations de Trump. Parce que si on les commente toutes, nous allons vraiment finir par avoir le tournis.


Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio

Finances publiques: un référendum sinon rien!

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Le Premier ministre François Bayrou photographié à Paris le 24 avril 2025 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Dans un contexte difficile où 40 milliards d’euros doivent encore être trouvés d’urgence pour respecter les objectifs budgétaires de 2026, François Bayrou a évoqué la tenue d’un référendum pour faire adopter un plan global de réduction des déficits et de la dette, soulignant la nécessité du soutien populaire face à l’ampleur des efforts demandés. Emmanuel Macron, informé de cette initiative, resterait réservé tant que les détails du plan n’ont pas été présentés. « Le peuple piaffe aux portes de la démocratie authentique ! » estime notre chroniqueur, qui rappelle que c’est le président lui-même qui avait promis un référendum lors des vœux.


Le Premier ministre a raison de vouloir un référendum sur les finances publiques, le budget, la dette et les impôts en considérant que « la question est suffisamment grave pour qu’elle s’adresse aux citoyens[1] ».

Je ne sais pas s’il obtiendra satisfaction parce que tout ne dépend pas de lui et qu’à l’évidence il y aura des résistances (le président attendrait le « plan d’ensemble »). Emmanuel Macron lui-même pourtant nous avait promis un référendum mais sans doute estime-t-il que c’est suffisant puisqu’on attend désespérément le thème qu’il nous proposera. Il doit être partagé entre le crédit démocratique qu’il tirerait de la consultation du peuple et le désir profond qu’elle n’ait aucune conséquence négative pour lui.

Macron n’attend plus de plébiscite depuis longtemps…

Je voudrais prolonger la réflexion de François Bayrou. On ne peut plus, en effet, laisser l’ensemble des citoyens à l’écart sur des problématiques capitales comme l’immigration, la Justice, la santé.

Qu’on ne m’oppose pas des arguments juridiques qui, s’ils ont leur importance, pourraient être aisément levés au regard de la gravité qu’on attacherait aux enjeux républicains et à l’écoute bienvenue du peuple. Au demeurant, compte tenu de ce qui reste à présider pour Emmanuel Macron, la crainte d’une tonalité plébiscitaire serait évidemment vaine.

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Je n’insisterais pas sur ce recours nécessaire au référendum si on ne sentait pas notre monarchie présidentielle tenaillée à intervalles réguliers par la mauvaise conscience de savoir les citoyens là, en plénitude et en attente, prêts à répondre massivement à des questions, et de ne jamais oser les interroger dans leur totalité.

Palais Bourbon divisé

Le paradoxe en effet est qu’on multiplie les sondages compulsifs, les ersatz de référendum, les conventions partielles, les consultations régionales, les grands débats, les délibérations réduites, les commissions commodes, les apparentes sollicitations populaires. Pour donner l’impression d’un pouvoir respectueux des tréfonds de la France alors qu’en réalité il fait ce qu’il peut avec une Assemblée nationale rétive et divisée et qu’il cherche désespérément à continuer la politique mais par d’autres moyens.

La dernière initiative du président est un parfait exemple de ce qui représente à la fois la volonté de se débarrasser d’une difficulté et l’envie de recueillir les fruits d’une Convention citoyenne, sur « les temps de l’enfance » (rythmes scolaires et durée des vacances). Ce serait ridicule si cela ne concernait pas notre pays et l’inaptitude à penser, à délibérer et à trancher. Et il paraît que le président oserait reprocher au Premier ministre son indécision, son « inertie » !

Le citoyen en a plus qu’assez d’être consulté par petits bouts, à mi-temps, à la portion congrue, du bout de la démocratie, avec des pincettes. Il veut pouvoir sortir la politique de son marasme parlementaire pour la conduire dans les vastes espaces de la République et du suffrage populaire. Pour que ce dernier casse les blocages, les pudeurs inutiles, les bienséances convenues et ainsi déverrouille les portes de l’audace.

Le peuple piaffe aux portes de la démocratie authentique. Qu’on les lui ouvre vite pour qu’il ne les enfonce pas !

MeTooMuch ?

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[1] https://www.lejdd.fr/politique/exclusif-budget-dette-impots-francois-bayrou-veut-un-referendum-157685

Autisme: ne plus en faire toute une maladie?

Image d'illustration. IA.

Florence Henry, mère de famille, affirme avoir trouvé une solution pour les enfants autistes, et rêve d’en faire profiter le plus grand nombre. Mais, sa méthode est cependant difficilement généralisable.


Le livre L’Enfermement[1] de Florence Henry raconte l’histoire d’une mère de famille française qui, sans formation médicale, a mis toute son intuition maternelle et son sens de l’observation au service de sa fille Océane, atteinte d’autisme grave. Après des années de lutte, elle a conçu une méthode qui a changé la vie de milliers de familles et est maintenant reconnue à l’échelle internationale : son livre sera bientôt publié en Chine. Le combat de Florence Henry est de libérer tous les enfants autistes de l’isolement et d’offrir à leurs familles un message d’espoir : l’autisme n’est plus, aujourd’hui, une fatalité.

Le combat d’une mère pour sa fille Océane

L’histoire d’Océane reflète celle de nombreux enfants autistes graves, un parcours jalonné d’obstacles dans un système scolaire défaillant. Diagnostiquée autiste grave à l’âge de trois ans, incapable de parler ou de comprendre son environnement, sa différence fait d’elle une cible privilégiée de maltraitances de la part de ses camarades de classe. En maternelle, Océane se retrouve nue car déshabillée de force par d’autres enfants. Après un changement d’école, la petite fille revient avec des bleus. Face à cette situation, Florence, qui était dans une ancienne vie commerciale au journal La Montagne, prend une décision radicale : celle de se consacrer entièrement à l’éducation de sa fille, qu’elle décide de scolariser à domicile. Pendant dix ans, Florence se consacre entièrement à Océane (« Je devais même savoir pour elle quand elle devait boire, car elle ne sentait pas la soif ») et met en place des exercices quotidiens à la maison, soutenus par un programme structuré et un emploi du temps rigoureux. La routine devient essentielle : lever à 8h, répétitions jusqu’à midi, avec des horaires similaires à ceux d’une journée de bureau. Ce travail constant finit par porter ses fruits : après des années de silence, Océane prononce son premier son.

C’est le déclic pour Florence, qui développe une méthode de stimulation active fondée sur des exercices simples mais efficaces. Cette méthode repose sur l’utilisation d’un système d’organisation ultra-performant avec des cahiers à double page comme outil central pour renforcer les associations de sons et de lettres ainsi qu’une répétition systématique pour ancrer les acquis, « resserrer la pensée, contourner le handicap et réparer les connexions ». « Il faut y aller doucement, mais avec constance », explique Florence. Le système qu’elle a mis en place se nourrit sur la pédagogie, la bienveillance mais aussi sur la stimulation cognitive pour aider les enfants autistes à s’exprimer et à comprendre leur environnement. Grâce à cette approche, Océane reprend progressivement sa place dans la société. Adolescente, elle intègre une classe de cinquième en ayant rattrapé l’intégralité de son retard scolaire. Un immense soulagement pour sa mère : « Quand elle était à la maison, l’inspecteur venait à chaque fin d’année. J’éprouvais une pression énorme et la peur constante qu’on puisse me retirer mon enfant ». Le collège propose des aides à Océane, mais elle les refuse et insiste pour poursuivre seule sa scolarité. Elle décroche un baccalauréat S, spécialité mathématiques. Aujourd’hui, à 23 ans, Océane est titulaire de deux licences et termine un Master 2 en informatique. Et ses camarades de classe ? « Océane a des amies, beaucoup d’amies. Je ne savais pas qu’on pouvait en avoir autant. Elle est apaisante, et c’est elle que ses amies contactent lorsqu’elles ont des soucis » raconte Florence, émue. Un parcours que les médecins jugeaient alors impossible.

Une méthode au service des familles d’autistes

Forte des succès obtenus avec sa fille, Florence décide de formaliser sa méthode, qu’elle nomme la méthode API (« A, le premier son, et PI, le chiffre de l’infini, car les possibilités de sortir les enfants de l’autisme sont infinies »). Pendant deux ans, elle consigne par écrit son expérience. Peintre avant le diagnostic de sa fille, elle reprend son pinceau et crée près de mille illustrations pour accompagner son livre, « Méthode API : ma méthode pour vaincre l’autisme »[2], publié en 2021. Composé de 320 pages, l’ouvrage est relu par des professionnels de l’autisme, stupéfaits par l’intelligence intuitive de cette mère qui, sans le savoir, a intégré des techniques déjà existantes aux États-Unis tout en en développant de nouvelles. Le Dr Jean-Pierre Laboureau, ancien chef du service pédiatrie de l’hôpital d’Auxerre, rédige la préface et souligne « les résultats spectaculaires de la méthode API ».  Son livre, réédité en 2025, rend cette méthode accessible à un public toujours plus large. Parallèlement, Florence a étendu son action à l’international. Sa méthode, déjà traduite en anglais, est en cours de traduction en chinois et en néerlandais, et reçoit des demandes de diffusion en Afrique. À ce jour, des milliers de familles, tant en France qu’à l’étranger, ont pu bénéficier de l’expérience de cette mère française totalement autodidacte. « Nous avons vu des progrès même chez les adultes », raconte Florence. « Cela prouve que l’on peut toujours améliorer la qualité de vie des personnes, même lorsque l’autisme est sévère. Je ne promets pas la guérison pour tous mais je peux garantir une véritable amélioration ».

Grâce au bouche-à-oreille, Florence est de plus en plus sollicitée pour intervenir dans des situations jugées extrêmes. Un jour, des parents suisses la contactent pour leur enfant de sept ans, atteint d’autisme sévère. Il s’agit de l’un des cas les plus graves en Suisse : l’enfant est extrêmement violent, mord ses proches et mange ses excréments. La gravité de ses troubles a conduit à son abandon par les services publics. Désespérés, les parents ont même cherché une solution en Russie, où des traitements radicaux comme l’enfermement dans un caisson hyperbare et des transfusions de cellules souches ont été proposés, mais en vain. Florence se rend alors en Suisse pour rencontrer l’enfant. « En seulement deux périodes de quinze jours de mon accompagnement, toute manifestation de violence avait disparu », raconte-t-elle. Elle continue de se rendre régulièrement auprès de l’enfant, à la demande des parents. « À chaque fois que je reviens, il faut deux jours pour qu’il se réadapte. C’est comme s’il fallait aller chercher son âme et la ramener dans son corps, le réancrer dans le monde. Mais une fois les progrès acquis, ils restent définitifs. »

« Chaque année, nous perdons des Océane »

Florence souligne l’importance de travailler la neuroplasticité dès le plus jeune âge. Pour elle, l’avenir de l’autisme grave réside dans des méthodes adaptées aux besoins spécifiques des enfants. « Il faut comprendre que chaque enfant est unique, et les méthodes doivent être ajustées. Mais l’adaptation doit se faire le plus tôt possible », explique-t-elle. « Car, chaque année, nous perdons des Océane. » La méthode API développée par Florence Henry représente une approche atypique mais profondément humaine dans l’accompagnement des personnes autistes. Elle témoigne d’une volonté rare de replacer l’individu – et non le protocole – au centre de la démarche éducative et thérapeutique. Inspirée par une expérience personnelle intense, cette méthode propose des outils concrets, un cadre structuré et une relation fondée sur une bienveillance constante, dans le but de favoriser la progression et l’autonomisation des enfants autistes.

Ce qui distingue fondamentalement l’API, au-delà de ses outils techniques, c’est la radicalité de son engagement. Il s’agit d’une méthode qui exige un investissement de tous les instants : un engagement émotionnel, cognitif et temporel total de la part du parent ou de l’éducateur. Florence Henry elle-même le reconnaît : l’API est un combat de chaque jour, une immersion complète dans le monde de l’enfant autiste, avec pour seule boussole sa progression, aussi lente ou atypique soit-elle.

Ce niveau d’investissement, s’il est admirable, soulève aussi une question essentielle : celle de la transférabilité de la méthode. Peut-on raisonnablement attendre d’un parent ou d’un professionnel, dans des contextes ordinaires – souvent marqués par le manque de moyens, de temps ou de soutien institutionnel – un tel niveau d’implication ? L’API, telle que pratiquée par Florence Henry, semble moins un protocole généralisable qu’une démarche d’exception, forgée dans une situation elle-même exceptionnelle : celle d’une mère prête à tout, jusqu’au sacrifice personnel, pour sortir sa fille du silence.

Par ailleurs, l’absence de validation scientifique rigoureuse, si elle ne discrédite pas l’API en tant que démarche personnelle, empêche pour l’instant son intégration dans le cadre des politiques publiques de santé ou d’éducation. Il reste donc à espérer que cette méthode, source de témoignages positifs, puisse être étudiée de manière objective, pour en identifier les ressorts efficaces, les limites, et les conditions de reproductibilité.

En somme, l’API mérite d’être saluée comme une initiative audacieuse, portée par une force affective hors norme. Elle est le fruit d’un amour transfiguré en méthode, d’une mère devenue éducatrice, thérapeute et militante. Mais cette intensité même, qui fait sa beauté et sa puissance, en marque aussi les limites : l’API, aujourd’hui, est avant tout une méthode de vie, plus qu’un modèle universel.

256 pages

L'Enfermement

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[1] Florence Henry L’Enfermement, Éditions XO, 2018.

[2] Méthode API : ma méthode pour vaincre l’autisme, Auto-édition, 2021.

« Wallah, tu vas pas tirer, t’es filmé! »

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Drancy, 2 mai 2025. DR.

Ensauvagement. Les autorités font face à de terribles dilemmes. Les motocross faisant des rodéos urbains continuent de pétarader, tant qu’elles savent qu’elles ne risquent rien. Et les délinquants refusent d’obtempérer, tant qu’ils savent que les policiers n’oseront jamais riposter. De son côté, la gauche continue d’être complaisante avec la délinquance, et obnubilée par les « violences policières »


À Drancy (Seine-Saint-Denis), le clip de rap tourne mal et le rodéo urbain termine à l’hôpital1. Dans la classe politique, on soutient la police du bout des lèvres et on redoute avec la chaleur le retour des émeutes urbaines.

Les événements survenus vendredi soir à Drancy ont déclenché une série de réactions passionnées sur Internet. Dans le petit monde politico-médiatique, c’était en revanche beaucoup plus timide – la chaleur et le weekend prolongé, sans doute.

Si, du côté de la gauche, la question centrale reste celle de la légitimité de la riposte policière, d’autres interrogations bien plus cruciales taraudent une majorité silencieuse de citoyens, et la droite en particulier : pourquoi les jeunes délinquants ne craignent-ils plus la police ? Et, à peine deux ans après la mort de Nahel Merzouk, l’Île-de-France pourrait-elle se retrouver à nouveau dans la tourmente d’émeutes urbaines ?

Boulevard des clips

« Wallah, tu vas pas tirer, t’es filmé ! » La scène se déroule à Drancy, vendredi soir. Malgré la propagande quotidienne des militants de gauche et des médias progressistes, qui dépeignent la population des quartiers « populaires » comme terrifiée par les violences policières, le délinquant qui se tient face aux policiers n’a visiblement pas peur. Il tutoie les agents, les nargue avec son téléphone, et surtout, semble totalement maître de la situation.

La vidéo de 30 secondes (voir ci-dessous), tournée vers 19h30, a vite fait le tour des réseaux sociaux. On y voit deux policiers tentant de contrôler une moto au sol, alors qu’ils sont pris à partie par plusieurs jeunes. L’un des policiers braque son arme de service sur un individu en pull rouge, tire deux balles en l’air, tandis que son collègue brandit un pistolet à impulsion électrique. La situation dégénère rapidement : un troisième délinquant surgit et déséquilibre le policier qui est à cheval sur la moto, provoquant sa chute. Des coups de feu retentissent. Le jeune au pull rouge, touché à la cuisse, est ensuite transporté à l’hôpital en urgence.

http://twitter.com/DestinationTele/status/1918409842437570563

L’incident a lieu dans le quartier de l’Avenir, à deux pas de la cité Gagarine. Les jeunes semblent avoir été surpris en plein rodéo urbain, dans le cadre du tournage d’un clip de rap (!) Sur place, la tension est palpable, comme le rapporte Le Parisien dans son édition de dimanche. Des projectiles fusent, des cris éclatent, et la situation devient de plus en plus chaotique. Selon le parquet de Bobigny, les policiers se retrouvent encerclés, visés par une foule déchaînée. Trois suspects sont interpellés et placés en garde à vue pour « violences en réunion, avec arme, sur personne dépositaire de l’autorité publique ». L’un d’eux est déjà connu des services de police. Le jeune homme blessé par balle, en revanche, n’a aucun antécédent judiciaire, révèle le quotidien francilien.

Remous judiciaires

Au moment où nous écrivons ces lignes, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau n’a pas encore commenté l’incident, bien qu’il ait régulièrement pris position sur le fléau des rodéos urbains. Le 21 février, il soulignait une augmentation de 44 % des saisies d’engins en 2025 par rapport à 2024.

Le délinquant blessé, toujours hospitalisé, devait être entendu samedi après-midi. Les policiers, eux aussi, ont été invités à livrer leur version des faits : l’un souffre de douleurs aux vertèbres et aux cervicales, l’autre est psychologiquement marqué. Deux enquêtes sont ouvertes : l’une, menée par le SDPJ 93, se concentre sur les violences subies par les forces de l’ordre ; l’autre, confiée à l’IGPN, examinera l’usage de l’arme par le policier.

Réactions politiques : un climat de division

Le préfet de police a immédiatement exprimé son soutien aux policiers agressés. « Rien ne justifie que l’on s’oppose par la violence à un contrôle de police », a réagi Laurent Nuñez, assurant que la justice ferait toute la lumière sur cet incident. De son côté, la maire de Drancy, Aude Lagarde (l’épouse de Jean-Christophe), a appelé au calme, exprimant sa compréhension de l’émotion suscitée par les faits tout en exhortant les parents à éviter toute escalade de violence. Voilà qui n’est que guère rassurant. Il est à noter par ailleurs que l’édile s’était rendue voilée à la mosquée de la ville, l’après-midi, pour rendre hommage à Aboubakar Cissé, le Malien tué dans le Gard la semaine précédente…

Le député LFI de la circonscription, Aly Diouara, a également diffusé un communiqué appelant au calme. L’élu d’extrême gauche a jugé cet incident « profondément choquant » et a estimé qu’il s’inscrivait dans une dynamique de « tensions persistantes » et de « défiance croissante » entre la population et les forces de l’ordre. L’élu assure par ailleurs, dans une autre affaire, avoir été lui-même menacé par des policiers lors d’un contrôle le 26 février. Clémentine Autain, également élue de Seine-Saint-Denis, a appelé sur Twitter à une révision « en profondeur des méthodes de maintien de l’ordre » et a plaidé pour un « changement radical des relations entre la police et la population », sans jamais mentionner le danger des rodéos urbains ni la violence dont a fait preuve le délinquant blessé. Non : l’élue d’extrême gauche estime « urgent » de créer les conditions politiques d’un « changement dans les relations entre la police et la population ». Mais cela n’a rien de surprenant : l’élue de la France Insoumise (ou à peu près) préfère axer son discours sur la répression policière et l’impunité, plutôt que sur les racines du problème. Mais depuis combien de temps l’envoie-t-on à l’Assemblée pour finalement voir les conditions sécuritaires de Seine-Saint-Denis continuer de se détériorer ? N’est-il pas « urgent » aussi d’envoyer quelqu’un d’autre, peuvent légitimement se demander les électeurs séquano-dionysiens ?

À droite, Marion Maréchal a exprimé son soutien total aux policiers : « Soutien aux policiers motocyclistes de Drancy, violemment attaqués par une horde de racailles pour avoir simplement fait leur métier. Les Français sont avec vous ! » a-t-elle écrit sur Twitter. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrant les policiers britanniques allant au contact avec les délinquants, en percutant leurs motocross, circulent largement. Et donnent des idées aux militants de droite. En France, une telle méthode reste interdite, mais face à l’augmentation des rodéos urbains, le législateur comme le ministère de l’Intérieur pourraient bientôt devoir s’interroger sur l’opportunité d’une évolution législative.

Quant à l’extrême gauche, une nouvelle fois, on observe son inclination habituelle à prendre sans tarder le parti des jeunes délinquants contre les forces de l’ordre – voire son désir de souffler sur les braises pour susciter l’émeute. Ce soutien aveugle, qui frôle l’irresponsabilité, paraît d’autant plus problématique que la question des rodéos urbains est devenue un véritable fléau2 dans de trop nombreux quartiers en France. En Angleterre, les policiers pratiquent donc le « contact tactique », une méthode qui permet d’arrêter les délinquants sans que des victimes innocentes ne soient prises dans la violence. La question est désormais de savoir si la France adoptera cette approche, ou si le climat de rébellion contre les forces de l’ordre continuera de s’intensifier. Les citoyens ont pourtant le droit à la sécurité, quand bien même leurs élus locaux sont de gauche, UDI ou LFI ! Des élus politiques dignes de ce nom – et donc, raisonnables – devraient sans cesse rappeler à notre jeunesse que la police est en droit d’utiliser son arme lorsqu’elle se trouve en situation de légitime défense. Il est essentiel de souligner l’obligation de respecter les ordres des forces de l’ordre en toute circonstance, plutôt que de favoriser une attitude de défiance et de rébellion systématique. La vidéo choquante de Drancy est une nouvelle illustration de cette dérive. Il convient de se souvenir aussi de ce qui est arrivé au malheureux Nahel, qui a payé de sa vie son refus d’obtempérer.

Et par ailleurs, alors que le « contact tactique » pourrait bientôt être autorisé, de plus en plus de voix s’élèvent de temps à autre pour appeler à ce que le mouvement politique de Jean-Luc Mélenchon, la LFI, ne le soit plus, lui, autorisé (!) ; accusé qu’il est de nourrir des alliances douteuses, tant avec des forces extérieures — comme en témoigne l’affaire de l’écrivain emprisonné Boualem Sansal, où l’élue Rima Hassan avait pris parti pour l’Algérie — qu’avec certains éléments intérieurs, en cultivant une très déplaisante complaisance envers toute une jeunesse en perdition et en proie au séparatisme grandissant des banlieues.


  1. https://www.leparisien.fr/faits-divers/tirs-de-policier-et-rodeo-urbain-a-drancy-les-trois-gardes-a-vue-pour-violences-prolongees-03-05-2025-MHRZWP5Z5RFZLMQVX2PXDOBHHA.php ↩︎
  2. https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/rodeos-urbains-comment-letat-tente-dendiguer-le-phenomene-84111297.html ↩︎

Qui se souvient de l’affaire Fualdès?

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Frédéric Vitoux © JF PAGA

Frédéric Vitoux revient, pas à pas, procès après procès, sur l’une des plus célèbres affaires criminelles du XIXème siècle: l’assassinat de l’ex-procureur impérial Fualdès dans l’Aveyron. Avec le don du portrait qu’on lui connaît, l’académicien nous replonge en 1817-1818 dans la bonne ville de Rodez et les prémices d’une presse judiciaire en continu…


Frédéric Vitoux a l’art du suspense et de la formule. Car il n’est pas facile de mettre de l’ordre et un peu de cohérence dans cette affaire judiciaire qui affecta la moralité de Rodez durant plusieurs décennies, voire durant deux siècles. Cet assassinat, plus précisément l’égorgement, dans la nuit du 19 au 20 mars 1817, d’un bourgeois modéré, ancien procureur impérial, n’ayant semble-t-il, aucun conflit apparent avec sa communauté va déclencher un torrent d’articles et une onde quasi-mondiale. 

Le premier procès surmédiatisé

Nous sommes habitués aujourd’hui aux procès-spectacles, à l’essaim des micros tendus dans les prétoires, aux joutes oratoires des avocats, à la quête du « mot qui tue » et à l’emballement médiatique préjudiciable pour l’avènement de la vérité ; nous avons oublié que cette ruche trouve son origine historique dans ladite affaire Fualdès. La mort du procureur impérial aux éditions Grasset est au croisement de la contre-enquête, de l’étude de mœurs et de la folie des Hommes. Frédéric Vitoux s’est appuyé sur le travail de Jacques Miquel, spécialiste incontesté de l’imbroglio ruthénois, pour y voir plus clair mais surtout pour dessiner une parabole sur la fragilité des témoignages. Dans une époque chahutée, entre la fin de l’Empire et les débuts de la Restauration, la France n’a pas oublié les sinistres tribunaux révolutionnaires, une mère n’y retrouverait pas ses petits tant les pistes multiples et bouffonnes, crapuleuses, graveleuses, maçonniques ou éminemment politiques ont été évoquées dans cette course-poursuite aux scoops ou au lynchage.

À lire aussi, Jacques Aboucaya : «Les Vigiles», de Tahar Djaout. Un roman prémonitoire?

Au-delà d’une instruction bâclée et de l’exécution des trois principaux inculpés, Frédéric Vitoux, s’attache à décrire la personnalité des protagonistes-clés de cette histoire sordide et le poids grandissant de l’opinion publique. La rumeur a fait son lit dans des cerveaux malléables, laissant place à une curiosité malsaine et à des haines recuites. Qui peut stopper ce déballage quotidien qui fit la fortune des imprimeurs et des patrons de presse ? L’admirable Rodez, province extatique et enchanteresse par essence, ne méritait pas un tel sort touristique. Heureusement, depuis, la cité a repris son cours tranquille. En leur temps, Hugo, Flaubert, Barrès ou Leroux ont écrit sur Fualdès, c’est dire son impact sur les mémoires collectives. Il y aura eu un avant et un après Fualdès dans le traitement journalistique et le venin du sensationnalisme.

Fil d’Ariane

On a projeté sur la dépouille du procureur des fantasmes complotistes et fait miroiter, chaque jour, un épisode toujours plus retentissant et croustillant. Louis XVIII se passionna pour ce fait-divers aveyronnais comme n’importe quel autre lecteur populaire, avide de détails et de tension dramatique. Vitoux l’explique très bien ; à partir de Fualdès, la chronique judiciaire a pris une tournure évènementielle. Pourquoi a-t-on tué Fualdès et qui l’a tué ? Le mystère s’épaissit. Qu’y a-t-il sous le tapis Fualdès: des relents monarchistes, des vengeances de loges, des croquants de foires, de l’incompétence ou de la crédulité assassine ?

Le romancier aborde tous ces aspects et déroule son fil d’Ariane dans une pelote occitane qui ravira les amateurs d’énigmes. Parlons aussi de littérature, car il s’agit avant tout de cela, Vitoux excelle dans le portrait psychologique, il a la phrase taquine et fureteuse, il a beau être un académicien recommandable, il distille dans ses saillies un humour à la Sherlock. Il y a du « british » en lui. Il croque avec gourmandise Clarisse Manzon, jeune femme de la bonne société, témoin fantasque et inconséquente de cette affaire qui espère décrocher son quart d’heure de célébrité. « Clarisse, de son côté, vit seule, séparée de son mari. On peut la comprendre. Elle rêvait de briller, et elle s’est encombrée d’un époux fort peu reluisant ou incapable de l’éclairer par le prestige de sa position ».

« Seul son prénom, Marc Antoine, a quelque éclat » écrit-il, facétieux. Elle signera même des Mémoires qui eurent un succès à travers toute l’Europe grâce à sa rencontre avec l’un des autres acteurs de cette affaire, l’auteur et dramaturge Henri de Latouche, oublié aujourd’hui. « Une révolution médiatique s’est jouée à ce moment-là. Le procès Fualdès par Latouche, ce sera déjà la retransmission, presque en direct et en quasi-intégralité, du déroulement de ses séances par une chaîne d’information en continu » avertit le romancier. Alors, nous irons tous ce printemps à Rodez avec le récit de Vitoux sous le bras !


La mort du procureur impérial – Frédéric Vitoux – Grasset, 320 pages