On ne raisonne pas une patelle, ce gastéropode marin plus connu sous le nom de « chapeau chinois » et qui, au moindre signe de présence extérieure, se colle à son rocher. Gosse, ça m’amusait beaucoup, cette grosse ventouse réduite à ses fonctions d’autoprotection. J’essayais d’en décoller une quand l’un de mes moniteurs de colonie de vacances, étudiant en biologie, me conseilla plutôt de l’observer – avant le choc et après le choc. Avec France Inter, dont la maison est agrippée aux rives de la Seine, j’ai fait de même.

Pour cela, je me suis concentré sur la période qui va du 12 au 28 novembre 2015, afin d’observer, avec le recul du temps, l’impact des attentats sur le contenu éditorial de la chaîne. J’ai choisi une émission, une seule, ni particulièrement emblématique ni tout à fait marginale, dans la grille des programmes : le 5/7 de France Inter, animé par le tandem Éric Delvaux/Catherine Boullay. Chaque matin, le 5/7 distille à la France qui se lève tôt l’esprit d’Inter. C’est rythmé, bien fichu, varié. À travers une pléiade de séquences et de chroniques aux noms divers, on retrouve les fondamentaux idéologiques de la station – quelques ennemis récurrents : Assad, Poutine, Le Pen –, quelques dadas – le vivre ensemble, l’initiative citoyenne, l’Europe. Mais l’ensemble est plutôt léger et évite d’assommer le prolo.

Le matin du 13 novembre, l’émission fut conforme à ce qu’elle était les autres jours : ni plus ni moins militante que la veille. Un peu d’Europe, un peu de bonne volonté (le recyclage des chaussettes orphelines – si, si), une évocation du prince Albert de Monaco, etc. Évidemment, rien ne laissait présager la tragédie qui aurait lieu le soir même.

Le lendemain étant un samedi, on ne retrouvera l’émission que le lundi 16 novembre. La France est encore sous le choc, et le tandem Delvaux/Boullay a le bon sens de se mettre à l’unisson du pays : reportages sur les manifestations de solidarité du monde entier, invités très sérieux (François Géré, de l’Institut français d’analyse stratégique, le lendemain ce sera Claude Moniquet, un ancien de la DGSE). Pourtant, en étant très attentif, on peut déjà observer les premiers signes du raidissement idéologique. On va coller aux fondamentaux menacés par le réel. Ainsi, dans la chronique « Ailleurs », Franck Mathevon évoque, depuis Londres, les conséquences des attentats qui seraient « un excellent prétexte pour fermer les frontières ».

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