Paul Morand (SIPA_00274899_000002)

Quand j’en vois un dans le poste, j’ai des envies de meurtre. Cette mine satisfaite de bon élève content de sa pitoyable rédaction, de son petit pâté scriptural, je rêve de le coincer dans la cour de récréation et de le rouer de coups, juste par défoulement, juste par plaisir. La correction comme rééquilibrage des rapports de domination. L’uppercut en forme de parabole. Le coup de tête, franc et net, pour stopper ce conformisme gluant. Dernier moyen de (légitime) défense face aux sévices impunis du stylo que les écrivains manient avec toujours plus d’inconséquence.

Une société débarrassée d’archimandrites de la pensée

La puissance de l’écrit supplante aujourd’hui celle de l’argent car elle a vocation à nous soumettre totalement et durablement. Alors, militons pour un nouveau monde sans littérature, sans injonction culturelle, sans bibliothécaire apothicaire et sans artiste vomitif. Une société débarrassée d’archimandrites de la pensée. Il est temps de faire taire tous ces usurpateurs ! Les contraindre par la force s’il le faut à cesser cette ignoble activité et leur interdire de déverser un torrent d’âneries glaçantes chaque mois de septembre. En finir aussi avec les rentrées d’automne et les Prix afférents, ce folklore d’internat sent la sueur et l’encre rance. Ces sinistres individus jouent contre la Nation. Il en va de notre cohésion. Si nous voulons continuer à vivre ensemble, les écrivains doivent changer de métier. Souhaitons-nous transmettre à nos enfants une société gangrenée par l’acte d’écrire, pervertie par l’égo de quelques-uns ? L’essai en tubes de moraline à prendre matin et soir, ça suffit !

Le roman, échappatoire dérisoire, au panier ! De quel droit, tous ces hommes de lettres, instructeurs et procureurs cyniques, s’autorisent-ils à piétiner notre vie quotidienne ? Pourquoi notre organisme aurait-il besoin de littérature comme d’une béquille psychologique ? Nous abhorrons vos rêves, vos fantasmes, vos histoires, vos divagations ! Gardez-les à l’usage de votre cercle familial pour les longues soirées d’hiver. Ne partagez plus votre désarroi, votre acrimonie, votre pusillanimité, nous ne sommes pas une déchetterie à ciel ouvert, nous ne recyclerons plus vos troubles intérieurs. Si votre vie vous dérange, vous insupporte, changez-en, sans pour autant vous répandre sur du papier imprimé, sans souiller ces milliers de feuilles inutiles.

Les écrivains poussent à la paresse

Libérez vos machines à écrire, laissez voler vos caractères ! La revanche de la page immaculée a sonné. Vous vous êtes volontairement extraits de la communauté et, de votre piédestal, vous continuez pourtant à nous juger, à nous ordonner de marcher au pas cadencé. Cette assommante musique militaire nous fait saigner des oreilles. Et puis, arrêtez d’élever la lecture en agent actif de la Démocratie comme si elle était indispensable au bon fonctionnement de nos institutions. Le livre, gardien de nos libertés fondamentales, la bonne blague. Une hérésie. Ecrire, lire et élire, vous n’avez que ces verbes à la bouche. Rien que des injonctions de régiments ou de conseils de classe. Des ordres qui veulent contraindre notre réalité à épouser votre imaginaire.

Cette soumission n’a que trop duré. Si lire émancipait les peuples, ça se saurait. Il n’y a que les attardés pour imaginer qu’un texte puisse changer les mentalités. Divertir serait déjà d’une prétention crasse, faire réfléchir une honteuse imposture, quant à agir, de la pure divagation. Les mots publiés ne sont qu’un écran de fumée. Les écrivains, agents serviles du système, poussent à la paresse, au ressentiment et à la prétention intellectuelle. Ils font croire à la jeunesse qu’écrire serait une profession respectable, un don du ciel, alors qu’elle n’est qu’un ramassis d’oisifs, vaniteux et dangereux. Un pays où tous les gens se mettraient à écrire, courrait à sa perte en moins d’une génération. Il disparaîtrait de la carte alors que tant de peuples illettrés prospéreraient. Et puis, cette suffisance à vouloir notre bien-être, cet irrépressible besoin de s’exprimer comme si le silence était l’apanage des faibles. Les écrivains insultent notre intelligence et salissent notre sensibilité en saturant l’atmosphère de leur prose nocive. Le temps de la rédemption et de la page blanche est donc venu !

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Thomas Morales
Journaliste et écrivain.Spécialiste reconnu du cinéma et de l’automobile, il collabore à des revues parmi lesquelles Valeurs Actuelles, Service Littéraire, Schnock, Technikart, etc... Il écrit dans la presse automobile depuis près de 20 ans et nourrit depuis son enfance une passion pour les voitures anciennes, les Hussards ...