© AFP/Archives Kenzo TRIBOUILLARD, Lionel BONAVENTURE, Martin BUREAU, Joël SAGET

Après la sortie de mon premier livre Des Lions menés par des Ânes, j’avais été invité à un débat sur le plateau de LCI. Étaient présents, Pascal Salin, pour qui j’ai le plus profond respect, votre serviteur et l’un des 10 hommes politiques qui aujourd’hui sollicite les suffrages de la droite lors des primaires.

A un moment, cet éminent personnage, quelque peu agacé par les conseils que Pascal Salin et moi lui prodiguions, nous dit « Mais laissez-nous faire ! Contentez vous de rester dans la théorie, pendant que nous, nous gérons la France ».

En clair, il utilisait l’argument d’autorité, le seul inacceptable dans un débat d’après Saint Thomas d’Aquin.

Je vis rouge et je lui fis savoir en termes très précis que j’avais créé plusieurs entreprises dans quatre ou cinq pays, que j’avais géré des portefeuilles totalisant plus de 10 milliards de dollars, employant des dizaines de gens et que mes services étaient retenus par toutes les plus grandes sociétés financières du monde ou presque tandis que lui n’était qu’un petit jean-foutre qui vivait sans travailler en tondant les électeurs et avec les résultats désastreux que chacun pouvait constater.

Bref, j’ai attrapé une grosse colère. Pourquoi vous raconter cette vieille histoire ?

Parce que nous rentrons à nouveau dans une période électorale et que nous allons donc avoir droit à des tirades sans fin sur la façon dont les uns et les autres vont lutter contre le chômage, le déclin tragique de l’école en France ou l’immigration.

Le lait de la tendresse humaine va couler à flots, les discours vont être entrecoupés de gémissements accompagnant les statistiques de l’emploi ou de la criminalité, de fiers mentons mussoliniens vont se redresser après les prochains attentats, mais dans le fond, je crois que beaucoup suivent l’exemple du regrettable Président Mitterrand, cynique entre tous les cyniques. Ils constatent avec satisfaction que cela va plutôt bien pour eux, comme l’a si bien montré le dernier livre d’entretiens avec des journalistes de notre Président normal.

Voici une petite typologie de l’offre politique qui nous attend.

Premier tacot : La voiture a une belle carrosserie mais pas de moteur. On s’assoit au volant et on fait « vroom vroom ». L’homme qui cherche à vous vendre cette voiture veut simplement se faire réélire, tout en sachant qu’il sera parfaitement inutile. Nous sommes donc en face d’un cas assez courant de parasitisme social. Le pauvre (?) élu veut simplement conserver ou améliorer sa « rente » et pour cela débite d’une voie sucrée des banalités. A exclure absolument. On a déjà essayé ce type de voiture qui n’est bonne qu’à faire du surplace.

Deuxième épave : La voiture dont la direction va lâcher à la première embardée, tout le monde finissant dans le décor, sauf le vendeur qui a sauté avant. Notre homme sait parfaitement ce qui devrait être fait pour réparer la voiture, mais n’a strictement aucune envie de le faire tant cela risquerait de lui « coûter cher ». Et donc il remplace les réparations par un fracas ininterrompu de paroles pour enfumer les acheteurs. Nous avons donc affaire à un escroc quelque peu corrompu et qui n’a même pas l’excuse de l’ignorance, car il sait ce qu’il devrait faire mais ne le fait pas. De ces hommes là, il faut s’attendre à toutes les trahisons. A exclure aussi donc, car nous avons déjà fait de la route avec lui, et nous nous sommes retrouvés dans le fossé.

Troisième carcasse : De loin la plus vieille bagnole, toujours très demandée et qui cependant n’a jamais réussi à rouler sans exterminer tout le monde autour d’elle. Elle a tué en fait plus de gens que la seconde guerre mondiale, mais curieusement elle a toujours de nombreux partisans. Ce vendeur là n’a aucune idée de la façon dont une voiture marche dans la pratique, mais a une explication théorique pour expliquer tous les accidents du passé, l’exploitation de l’homme par l’homme et deux solutions pour traiter tous nos problèmes, taxer les riches et empêcher les produits étrangers de rentrer chez nous. Dans ce cas, nous sommes à l’évidence en face d’un chauffard récidiviste et criminel qui n’aurait jamais dû être sur la route si l’Education nationale avait fait son devoir mais c’est de loin le plus dangereux. A éviter soigneusement.

Quatrième engin : Je l’appelle engin parce que je ne suis pas tout à fait sur qu’il s’agisse d’une voiture. Il s’agit plutôt d’un objet non identifié, ressemblant plus à un char a bœuf qu’à une voiture, dont l’aérodynamisme apparaît douteux mais dont le vendeur nous assure que si on le mettait sur la route, il ferait des merveilles. Pour l’instant, l’électorat n’a jamais pris le risque de monter dans l’engin. Sympathique, mais parait ignorer les lois de la thermodynamique. Sa voiture mériterait plutôt d’être au concours Lépine que sur le parking. On aurait envie de l’aider mais notre vendeur a des idées très arrêtées sur sa voiture qui marche non pas avec de l’essence mais avec de l’eau et donc j’ai des doutes sur la fiabilité. En plus, certaines pièces détachées proviennent des usines qui fabriquent la carcasse précédente, ce qui m’inquiète passablement.

Cinquième guimbarde : La voiture a beaucoup roulé, a souffert d’un grave accident dans un passé récent, est passée au marbre et donc n’inspire que peu de confiance. Mais le vendeur ne nous cache rien des défauts de sa bagnole. Il semble avoir compris ce qu’il fallait faire théoriquement et pratiquement, il a compris aussi qu’il avait manqué de courage dans ses fonctions précédentes où il avait choisi de ne pas prendre de risques pour ne pas briser sa carrière et a le courage de le dire, ce qui peut être une merveilleuse astuce pour nous faire monter à bord, ou peut être pas.  Celui là m’intrigue parce que je me dis que même si l’on ne change pas les taches d’un léopard, à tout péché miséricorde, à condition de demander pardon bien sur. Et donc, dans l’ensemble, je ne vois pas très bien pour qui d’autre je pourrais voter.

A ce point du raisonnement le lecteur va me demander : mais qu’est que chacun d’entre eux aurait dû comprendre ?

Et la réponse est ici toute simple. Voici ce que les Français attendent à mon avis.

Le prochain élu ne doit pas parler de PIB, de taux de croissance, de chômage dont la courbe devrait s’inverser d’un moment à l’autre car il aura compris que les Français ne veulent plus entendre parler d’économie, ni de chiffres, ni de promesses qu’il ne tiendra pas parce qu’il ne peut pas les tenir.

Il doit leur promettre littéralement du sang, de la sueur et des larmes, comme Churchill aux Anglais en Juin 1940.

Il doit leur dire aussi qu’il va gouverner avec eux et donc faire appel au référendum fréquemment, mais que comme c’est en eux et en seuls que réside la Souveraineté, le premier de ces référendums sera lancé pour leur donner à eux le droit d’initiative pour proposer des référendums. Cet homme aura donc compris que les Français veulent entendre parler de la France. Et voilà tout.

Retrouvez la version initiale de cet article sur le site de l’Institut des libertés.

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