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Mélenchon ou l’abandon programmé de la France

Destruction de la France : Mélenchon et ses limites


Dans sa destruction de la France française, Jean-Luc Mélenchon est clair, méthodique, cohérent. Depuis sa conversion à l’islamophilie, le leader LFI illustre la réflexion de Chesterton : « Le fou n’est pas celui qui a perdu la raison. Le fou est celui qui a tout perdu excepté la raison ». Lui qui, en 2010, qualifiait le voile islamique de « pratique répugnante et obscène », s’est fait, depuis, le théoricien rigoureux de la conquête musulmane. Tout à son projet électoraliste d’une « nouvelle France » métissée, également rêvée par Dominique de Villepin, Mélenchon banalise le voilement des petites filles, dénonce l’islamophobie derrière la critique de la charia, nazifie le sionisme qui résiste à ses ennemis, invite les clandestins qui traversent la Méditerranée à « épouser nos filles et nos gars ». Il propose même de brader la langue française : « Je préférerai que l’on dise que nous parlons tous le créole », a-t-il dit l’autre jour à l’Assemblée nationale, lors d’un colloque sur la francophonie. Le candidat de l’extrême gauche à la présidentielle a choisi de promouvoir le basculement identitaire de la nation – son grand remplacement en somme – en l’ouvrant sans cesse à une immigration maghrébine et africaine dont il sait, par l’effet du nombre, qu’elle ne modifiera pas ses mœurs en foulant le sol français. Qu’est-ce que coloniser un pays sinon s’y installer en refusant de changer sa propre histoire ? Non content d’être le parti de l’étranger, LFI est celui de l’islamisation et de l’africanisation de la nation. Si rien ne vient faire obstacle à cette disparition espérée d’un peuple enraciné, coupable de vouloir se protéger de ses envahisseurs et de leurs complices à prénoms français, l’histoire donnera raison, au mitan de ce siècle, à Mélenchon. Mais tout est encore réversible.

A lire aussi: «La Chute de la maison Sciences-Po», de Caroline Beyer: la fabrique des élites auto-proclamées

Car il reste une lacune, dans la logique glaciale de l’idéologue : son raisonnement ne tient que si le peuple indigène demeure tenu à l’écart de son destin. Or il ne suffit pas de décréter, comme Sandrine Rousseau jeudi, que « les Français de souche, ça n’existe pas » pour les faire disparaître tels des mouches agaçantes. Ces Français-là sont encore, aux trois-quarts, largement majoritaires. C’est pourquoi il est devenu urgent que l’immigration de peuplement, qui accélère le naufrage du pays, apparaisse enfin comme le sujet prioritaire d’un référendum. Au-delà du militant pro-islam qu’est Mélenchon, c’est tout un monde politique qui, depuis cinquante ans, a avalisé le projet d’une société ouverte, multiculturelle, indifférenciée. Jamais aucun peuple d’Europe n’a été invité, hormis le référendum français de 2005 passé à la trappe et le Brexit britannique, à se prononcer sur son avenir.

Pourtant tous les sondages montrent l’attachement des gens ordinaires à leur patrie, leur mode de vie, leurs traditions. Le mérite du chef de LFI est de confirmer, dans son objectif de la table rase, que la première des menaces pour le pays vient de l’intérieur, c’est-à-dire de ces traîtres qui veulent enterrer la France et que j’avais dénoncés en 20201.

Dans son discours de Munich du 14 février, le vice-président américain, J. D. Vance, a rappelé qu’il était encore loisible de « changer de cap, de donner une nouvelle direction à notre civilisation commune », en écoutant simplement la voix des citoyens oubliés. Les bâillonner encore serait criminel.

Les Traîtres

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  1. Les Traîtres, Edition Pierre-Guillaume de Roux ↩︎

Comment écrire un roman historique — et pourquoi

Lassé d’écrire des essais sur l’Ecole que bien des gens approuvent mais que personne n’applique, notre rédacteur, depuis l’année dernière, est revenu à ses premières amours — le roman. Et plus précisément le roman historique. « Mais pourquoi diable ne pas parler de la France d’aujourd’hui, avec une jolie fiction pleine de LGBT++ et de « racisés » de toutes les couleurs ? Le présent vous dégoûte à ce point que vous alliez vous réfugier au XVIIe siècle ? » Réponse circonstanciée.


Il n’y a que deux façons d’écrire un roman historique.
– Soit vous choisissez une période indéterminée, sur laquelle personne ne sait trop rien — par exemple les « dark ages » qui sévirent en Grèce entre le XIe et le VIIIème siècle av. JC, ou les temps de désordre qui suivirent, en Angleterre, la chute de l’empire romain – toute la légende arthurienne est sortie d’un tel choix. « Entre le temps où les océans engloutirent l’Atlantide, et l’avènement des fils d’Arius, il y eut une époque inouïe, où s’avança Conan, destiné à poser la couronne d’Aquilonia sur un front troublé… » Ainsi commence la légende de Conan le Barbare, de Robert E. Howard (1906-1936), l’inventeur de l’heroic fantasy. Ou La Guerre du feu, de Rosny Aîné : en 1911, année de sa publication, on ne savait rien de bien certain sur les « âges farouches »…
– Soit vous prenez au contraire une période que vous connaissez à fond, et pour laquelle vous avez une attirance irrésistible. Pour moi, les XVIIe et XVIIIe siècles. Et là, historique et le décor.
(Il y a bien sûr le cas de Dumas, qui connaissait toute l’Histoire de France et a écrit des romans qui couvrent un champ considérable, du XVIe au XIXe siècle. Mais qui oserait se comparer à un tel géant ?)

Évidemment, le problème est d’informer assez le lecteur inculte d’aujourd’hui sans trop avoir l’air de lui faire un cours. Et d’entremêler à l’Histoire une fiction crédible — sans pour autant s’astreindre à n’user que du vocabulaire du temps, mais en évitant les anachronismes.

L’Histoire — la grande, celle que l’on étudiait jadis à l’école — est le tissu de votre livre. La fiction, c’est la coupe, et le style, ce sont les coutures. En pratique, 90% de votre livre est écrit par l’Histoire, mais ne fonctionne qu’après adjonction d’un fil fictionnel. Tout comme les personnages historiques ne reprennent vie que lorsqu’on les confronte à des êtres de fiction. Dans Soleil noir, paru l’année dernière, Louis XIV ou le Grand Condé étaient les interlocuteurs de Balthazar Herrero, descendant (imaginaire) de Maures espagnols réfugiés en France (ça, c’est un fait vrai, une partie de ma famille en est issue), médecin rompu à tout ce que l’art médical faisait de mieux vers 1685, non seulement à Montpellier, son alma mater originelle, mais à Pise ou en Orient. Pézenas, Versailles ou le château d’Enghien forment le décor « historique », les contrées demi-sauvages qui séparent les Cévennes de l’Île-de-France également.

A relire, du même auteur: Mousquetaires et misérables : Dumas ou Hugo ?

Dans Les Nuits de Topkapi, qui vient de sortir, j’ai déplacé ce héros-médecin dans le décor tourmenté de la Constantinople turque, puis dans les déserts de Syrie et de Judée — ou de Palestine, comme disaient les Romains. Ça tombe bien, j’y suis allé.
Et le troisième tome sur lequel je travaille se passera, pour l’essentiel dans les collines des Cévennes pendant la guerre des Camisards.

Quant au reproche selon lequel je serais la première victime (ou le premier bénéficiaire) de cette littérature d’évasion, il tombe à plat lorsqu’on se souvient que Georg Lukács a analysé la « double historicité » des romans -historiques. Ils ne se contentent pas, explique le grand critique hongrois des années 1950-1960, de raconter les siècles passés, ils parlent, de biais, du siècle de leur rédacteur. Dumas, déçu par le côté « bourgeois » de Louis-Philippe, est allé chercher au XVIIe siècle les figures héroïques qui lui manquaient pour se satisfaire de la réalité — et au passage il a ressuscité son père, réincarné en quatre mousquetaires incarnant l’habileté aux armes, la séduction, la force pure et la noblesse d’âme, qualités reconnues du général Dumas. Quand mes héros traversent la Palestine, ils rencontrent fort peu d’Arabes et force Juifs et Chrétiens — les voyageurs d’époque, comme Hadrian Reland, en attestent. De quoi disqualifier les imprudents d’aujourd’hui qui prétendent que c’était une terre arabe depuis le début des temps.
Et si les intrigues de sérail de Topkapi, le château des pachas turcs, les trahisons et règlements de comptes, les révolutions de palais, les alliances étrangères inattendues mais mûrement pesées, ont un écho dans l’actualité, c’est que nos hommes politiques — de bien petit niveau, convenons-en — devraient de temps en temps se retourner vers l’histoire pour éviter de faire et de dire de grosses bêtises.
Quant à l’amour, c’est le piment intemporel et universel — ou parfois une nostalgie assez forte pour faire revivre vos fantômes personnels, qu’il s’agisse de créatures rencontrées jadis ou d’héroïnes de papier qui alimentèrent vos songes humides.

L’intention pédagogique n’est pas tout à fait absente. Dans Soleil noir j’expliquais comment on rouait vif. Et dans Topkapi, vous apprendrez le processus exact d’un empalement — qui contrairement à ce que croit la multitude, ne passait pas par voie anale…

Reste le plaisir que l’on a à l’écrire, qui doit procurer un plaisir analogue au lecteur. Si vous suez sang et haut à rédiger, le lecteur aura fort à faire pour vous lire. En toutes choses, soyez légers — et enthousiastes.

Soleil noir

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Gay Pride: cherchez l’intrus

Comme ils déclenchent déjà des tempêtes à chaque pas, les militants du collectif Eros n’ont vraiment pas besoin de confettis à la gay pride… De droite, ils préfèrent le drapeau tricolore aux slogans woke ou pour Gaza. Tenu à distance du cortège principal, où les autres manifestants menaçaient de tout boycotter si on le laissait participer samedi, le collectif nationaliste a finalement pu défiler à l’abri des CRS. Notre contributrice a suivi ces militants identitaires.


Le 28 juin à Paris, comme chaque année, les trottoirs ont tremblé sous les chars bariolés de la Marche des fiertés. DJ, slogans bien-pensants (« ACAB : All Cops Are Barbecue »), drapeaux multicolores et nuée de collectifs militants : un rituel bien huilé, devenu passage obligé pour élus en mal de hashtags et étudiants en sciences molles. Le thème de cette année ? « Contre l’internationale réactionnaire ». Une formule digne d’un congrès trotskiste, censée englober pêle-mêle Trump, Orban, Le Pen et tout ce qui ne pense pas comme les rédactions militantes.

Les collectifs présents – demandeurs d’asile, pro-légalisation du cannabis, soutien à Gaza, transactivisme radical – donnaient l’impression que la cause homosexuelle n’était plus qu’un prétexte parmi d’autres pour dérouler l’agenda woke.

On est très loin des combats des années 80, quand les militants gays se battaient pour la survie face au Sida, pour le droit d’aimer sans honte, pour ne pas être licenciés, tabassés ou ignorés par la médecine. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’obtenir des droits, mais de les conditionner à l’appartenance à une tribu idéologique. Être homosexuel ne suffit plus : il faut être du bon bord.

Mais cette édition 2025 a connu un accroc. Un intrus a troublé la fête. Non, pas un groupuscule homophobe ou un évêque perdu. Pire que ça: un groupe d’homosexuels patriotes. Le Collectif Éros.  

Ces homos qui ne votent pas Mélenchon

Né en juin 2024, dans la foulée d’une Gay Pride parisienne plus hystérique que festive, le collectif Éros est apparu comme une gifle dans la mare tiède du militantisme LGBT mainstream. Il faut dire que le climat était déjà électrique : Yohan Pawer, ex-militant homosexuel de Reconquête!, et Mila, figure honnie des islamo-gauchistes pour avoir osé critiquer l’islam, venaient de se faire violemment agresser en marge du cortège. Trop blancs? Trop libres? Trop peu intersectionnels? Peu importe. Cet événement a été l’étincelle.

Quelques semaines plus tard, une poignée de jeunes homosexuels et bisexuels sortaient du placard politique : ras-le-bol d’avoir à choisir entre leur sexualité et leur lucidité idéologique. Assez d’être sommés de communier dans les litanies gauchistes. Leur crime ? Être homos, mais pas dupes. Et surtout : ne pas défiler sous des banderoles pro-Hamas. À Paris d’abord, puis à Lyon, Metz, Marseille ou Nice, Éros prend forme. Le mouvement revendique aujourd’hui 200 membres – et autant de gifles symboliques à ceux qui confondent orientation sexuelle et endoctrinement idéologique.

Leur objectif ? Face à une gauche LGBTQ+ qui confond depuis trop longtemps fierté et conformisme idéologique, Éros revendique le droit d’être homosexuel et de droite, patriote, critique de l’immigration incontrôlée et hostile au wokisme. Leur drapeau ? Le tricolore. Leurs slogans ? Des uppercuts : « LGBT pro-Palestine : espérance de vie à Gaza, 5 minutes » ou encore « Drag-queen : hors de nos écoles ». De quoi hérisser le cuir chevelu peroxydé des militants queer. Mais c’est bien là le message : les Éros ne cherchent pas à plaire. Ils rappellent que la liberté, y compris sexuelle, commence là où finit la pensée unique.

Pride Éros 2025 : une révolte patriotique qui ne passe pas inaperçue

Ils étaient quatorze, venus des quatre coins de la France, à répondre à l’appel de la première Pride Éros. Hétéros, bis, homos : ici, pas de chapelles, mais une même révolte contre l’idéologie woke qui gangrène la société. Parmi eux, des figures qui ne passent pas inaperçues. Yohan Pawer, bien connu pour son bras de fer judiciaire avec M. Estrosi après un scandale impliquant une distribution de préservatifs à des enfants lors d’un pique-nique drag à Nice. Bruno Moneroe, ex-candidat de téléréalité et chanteur de la Nouvelle Star, bisexuel assumé, qui n’a pas hésité à clamer son soutien au RN et à Israël, au prix de 300 000 abonnés perdus sur les réseaux après le 7-Octobre. « Les juifs m’ont donné ma chance il y a vingt ans, à la radio, à la télé, quand j’ai débuté ma carrière. Où serait mon honneur si je ne soutenais pas ceux qui m’ont tendu la main ? » lance-t-il, bravache, avant d’ajouter: « Je suis gay, je vote RN, j’aime les juifs et Israël, point. » À leurs côtés, Alexandra Brazzainville, infirmière à la retraite, atteinte du rare syndrome de Klinefelter (hermaphrodisme), pionnière d’un combat acharné contre l’idéologie transgenre et qui s’oppose farouchement à la transition de genre des mineurs.

Dans cette foule, on croise aussi des parents, pères et mères de famille, révoltés face à l’intrusion de drag-queens jouant les éducateurs sexuels auprès de leurs enfants dans les écoles. Des étudiants homosexuels qui, eux, préfèrent rester masqués : « La gauche n’est pas toujours si tolérante qu’elle le prétend : ma famille est de gauche, mais je ne peux pas parler de mon homosexualité, ça tournerait au drame s’ils découvraient que je suis ici », confie l’un. Un autre renchérit : « À la fac, un étudiant RN a été harcelé jusqu’à devoir partir. Je ne veux pas finir comme lui. » Tous, ou presque, ont un point commun : ils ont côtoyé de près l’immigration de masse et décrivent, sans filtre, l’enfer d’être homo dans des quartiers islamisés. Un jeune du 93 lâche, la voix lourde : « Dans ma rue, je croise des islamistes armés de machettes. Comment envisager l’avenir en tant qu’homo dans un quartier comme le mien ? »

Marre de l’instrumentalisation

Dans un affrontement épique évoquant David face à Goliath, ces quatorze patriotes ont bravé des milliers de contre-manifestants dans une atmosphère explosive. Menaces de mort, gestes obscènes et sifflets assourdissants ont rythmé cette confrontation tendue. Malgré la présence de cinquante CRS, dont cinq affectés à la protection exclusive de Yohan Pawer, la sécurité restait précaire. Moment mémorable : Virginie Despentes, figure punk des lettres subventionnées, a enjambé les barrières dans un élan de fureur militante, hurlant des insultes, brandissant des doigts d’honneur et tentant de frapper des militants avant d’être évacuée de force. Comme le dit l’adage : quand les mots manquent, les poings prennent la parole. Des antifas cagoulés ont également forcé le cordon de sécurité, s’attaquant aux plus vulnérables, notamment aux femmes, pour voler leurs sacs. Georgette Malkay, porte-parole du collectif, s’est fait arracher le sien sous ses yeux. « En quoi voler mes clés et mon passeport est une réponse ? » s’indigne-t-elle, consternée par cette violence gratuite.

En marge, les badauds observent en silence. Un homme gay aux cheveux blancs s’approche de nous. « Je viens du côté opposé. Là-bas, ça me met mal à l’aise, c’est trop politisé. Dans les années 90, c’était une fête familiale. Aujourd’hui, ils distribuent des préservatifs aux enfants. Et que vient faire le drapeau palestinien ici ? » Il se confie : « Je vote RN, mais je ne peux pas le dire, on me traite de raciste. Pourtant, mon mari est sénégalais, noir. Où est ma place ? » En lisant les pancartes, son regard s’illumine devant : « RN au pouvoir, homos protégés. » « Ça, c’est bien ! » s’exclame-t-il. Il discute avec des membres d’Éros, échange ses coordonnées.

La gauche croyait avoir verrouillé le vote gay. Elle découvre aujourd’hui avec effroi qu’on peut être homosexuel, noir, marié, et voter RN, Reconquête! ou UDR — sans renier quoi que ce soit de soi. Et si demain la droite ne gagnait pas contre les minorités, mais avec celles qui en ont assez d’être instrumentalisées ?

ZFE: C’est votre dernier mot ?

Alors que la situation politique en France demeure bloquée, et qu’il n’est pas dit que le poste de Premier ministre ne sera pas de nouveau vacant d’ici au vote du Budget, les progressistes hésitent à interdire l’accès aux villes aux plus pauvres, ou à les empêcher de s’habiller comme ils l’entendent…


On parle beaucoup d’une fin de règne d’Emmanuel Macron, mais moins souvent d’une fin de régime à propos des institutions de la Cinquième République, et encore moins à propos de fondamentaux des rapports sociaux. Pourtant, on voit de plus en plus d’indices qui évoquent la fin de l’Ancien régime dans la façon dont les classes dirigeantes françaises cherchent à maintenir le peuple à distance, et plus généralement dans la manière dont les classes sociales tentent de maintenir leurs signes d’appartenance, par peur du déclassement. On a déjà pu parler d’une forme de réaction nobiliaire à propos des comportements observés lors de la prise de fonction de la nouvelle Assemblée nationale en juillet dernier, et la façon dont les centristes ont fait en sorte d’ostraciser les députés du RN en leur refusant tout poste clé, au profit de la gauche, voire en refusant simplement de leur serrer la main.

La sécession des élites urbaines

Force est de constater que les parallèles de ce genre se multiplient, et illustrent le renforcement de cette crispation sociologique, aux effets éminemment politiques – la fracture croissante, de plus en plus connue et dénoncée, entre la France des villes, et en particulier les élites urbaines, et la France des champs, celle qui « fume des clopes et roule au diesel », selon la formule de Benjamin Griveaux à la veille de la crise des gilets jaunes.

À lire aussi : « Sur les ZFE, je ne lâcherai rien ! »

Et précisément, c’est d’abord ce que l’on cherche à lui interdire : on veut qu’elle ne fume plus, ou de moins en moins, qu’il s’agisse de cigarettes ou de vapoteuses, et qu’elle ne roule plus – c’est tout l’enjeu des ZFE. Celles-ci ont été suspendues par l’Assemblée nationale lors du vote du 28 mai, et si le principe a été « définitivement » abrogé par le vote du 17 juin, il est vraisemblable que l’exécutif n’a pas dit son dernier mot, et sera tenté d’utiliser le Conseil constitutionnel, comme il l’a fait l’an passé pour la loi immigration, pour censurer le vote parlementaire et rétablir ce mécanisme, alors même que la suppression est souhaitée par huit Français sur dix et que la perspective de son maintien a donné lieu au mouvement des « gueux » qui rappelle naturellement les origines des gilets jaunes. Son porte-parole, Alexandre Jardin, a constaté avec justesse que « la macronie s’affirme clairement en sécession assumée par rapport à la République. Elle se referme sur elle-même, durcit ses positions ». Madame Pannier-Runacher a provoqué un tollé en suggérant que les pauvres n’avaient pas de voiture, mais il y a sans doute un fond de vrai dans son affirmation et, surtout, un fait politiquement significatif : les « pauvres » de la France périphérique ne se rendent sans doute que très rarement dans les grandes villes visées par cette loi. Ceux qui s’y rendent en utilisant un véhicule déjà ancien appartiennent plutôt à la classe moyenne, dont le parc automobile vieillit en même temps que son pouvoir d’achat stagne, voire se contracte… Les plus probables victimes des ZFE dépassent donc largement les classes pauvres de la population, et constituent un public qui fait tourner l’économie du pays, paie des impôts, et par conséquent est particulièrement attaché à l’égalité républicaine, l’égalité de droits, et supporte très mal ces vexations sociales comme cette liberté de circulation à deux vitesses ; l’affirmation de l’égale dignité de citoyens est ainsi au cœur du « mouvement des gueux », cependant que le soutien à l’instauration des ZFE apparaît comme la recherche d’un privilège bourgeois.

Un peu de tenue !

Mais il est un nouvel exemple où la crispation bourgeoise paraît se manifester, et où le parallèle avec les privilèges d’Ancien régime semble encore plus flagrant : c’est le cas de la loi anti fast-fashion.

Certes, la proposition de loi déposée en mars 2024 par le groupe centriste Horizons a séduit la représentation nationale très au-delà du centre, puisqu’elle y a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale en première lecture et à une quasi-unanimité au Sénat, et comme pour les ZFE elle est soutenue par des motifs environnementaux qui font consensus dans la population. Mais il est difficile de ne pas songer aux lois somptuaires en vigueur aux XVIIe-XVIIIe siècles qui visaient à préserver le statut social de la noblesse, en dépit de son appauvrissement relatif par rapport à la bourgeoisie montante, en interdisant à celle-ci de se parer des mêmes étoffes que celle-là. Cette mesure apparut de plus en plus vexatoire pour les roturiers, confinant à l’humiliation lorsque les députés du Tiers État, quoique généralement issus de la bourgeoisie aisée, se virent imposer un habit noir uni et un chapeau sans ornement, tandis que les députés de la noblesse portaient des costumes somptueux, souvent ornés de plumes, de soie, d’or et d’accessoires luxueux, comme des chapeaux à plumes et des manteaux richement décorés. En rendant la mode, y compris la plus éphémère, accessible aux plus modestes, le mode de production et de commercialisation appelé « fast-fashion » efface un autre moyen de distinction sociale, sous le même motif qu’il faut discipliner le peuple et limiter la surconsommation qu’on employait déjà au XVIe siècle : Montaigne disait « régler les folles et vaines dépenses des tables et vêtements »… tout en notant que renchérir le prix des biens ne faisait qu’en accroître le prestige et l’attrait, alors que le seul moyen efficace de les diminuer serait au contraire d’en affaiblir la valeur.

À lire aussi : Alexandre Jardin : Gueux malgré eux

Faut-il aller jusqu’à en conclure que si le moyen est contraire à la fin, c’est que ce n’est pas celle qu’il recherche, mais poursuit plutôt son effet immédiat : maintenir un certain accès à la mode comme outil de distinction sociale ?

Quoi qu’il en soit, ces divers exemples convergent pour donner à voir un malaise général, où les classes sociales se toisent et s’efforcent de maintenir leur statut relatif, alors que l’ensemble du pays fait face à la ruine de l’État et que la méfiance entre les catégories de population s’installe en attendant de voir les efforts demandés dans le cadre de l’élaboration du prochain budget. Cette profonde crise sociale doit être regardée en face, car elle sera lourde de conséquences politiques.

Le Président absolu: La Ve République contre la démocratie

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La vie en rose

Au cœur d’une nature préservée adossée à la colline de Grasse, les jardiniers de Lancôme entretiennent avec passion le domaine de la Rose : un conservatoire horticole dédié aux professionnels de la parfumerie qui ouvre ses portes au grand public. La promesse d’une promenade entêtante


Dans l’univers de la création, le parfum occupe une place à part. Synonyme de luxe depuis toujours – rareté du produit, puis prestige d’une marque –, il est surtout miroir de l’imaginaire. Alors qu’une odeur est ce qu’il y a de plus impalpable, elle est ce qui s’inscrit le plus profondément dans la mémoire. Qui n’a pas connu cette réminiscence immédiate d’un souvenir lointain ou oublié au contact de quelque effluve, cette stimulation incontrôlable d’une mémoire olfactive méconnue de soi-même et incroyablement vive ? « Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient / D’où jaillit toute vive une âme qui revient » (Baudelaire). Cette perception troublante se double d’un mystère : il n’existe pas de vocabulaire olfactif.

L’architecture, la gastronomie, voire l’équitation et la menuiserie disposent d’un vocabulaire qui leur est propre, des mots pour désigner des réalisations, des formes précises. Or, en parfumerie, il n’y en a pas. Les mots qui ont ailleurs un sens en donnent ici aux odeurs. On emprunte à la musique pour parler de « notes » et d’ « accords » ; au toucher, avec le « soyeux » et le « poudré » ; on fait appel au goût pour évoquer le « poivré » et le « vanillé » ; et, surtout, on sollicite des impressions pour comprendre ce que l’on sent – et ressent : le « sous-bois », la « rosée », la « nuit claire », l’« heure matinale »… Telles sont les inspirations d’un créateur de fragrances, d’un « nez », qui sait ajouter à sa partition ce qu’il faut de « liberté », de « féminité » ou de « virilité » selon ses compositions, afin que chacun puisse, en quelques gouttes, se reconnaître ou s’affirmer.

Au nom de la rose

Il y a cinq ans, la maison Lancôme a fait l’acquisition d’un domaine entre les Alpes et la Méditerranée, à Grasse, berceau mondial de la parfumerie – un savoir-faire grassois inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco. Blottis dans un vallon, sept hectares d’une nature incroyablement préservée attendaient les jardiniers et les agronomes du célèbre parfumeur pour renaître. Leur objectif, revitaliser ce précieux terroir afin de cultiver les meilleures plantes nécessaires à la création de nouvelles fragrances et de cosmétiques. Dans ce conservatoire horticole croissent la verveine, le jasmin, l’iris, la tubéreuse et bien sûr la rose. La Centifolia y est reine. Aussi appelée rose aux cent fleurs, ou rose de mai, les 300 molécules que renferment ses pétales offrent une gamme de senteurs particulièrement prisée. Mais ce n’est pas tout. « Pour qu’un domaine resplendisse, les plantes doivent vivre en bonne intelligence avec leurs voisines et s’entendre avec les espèces animales », explique Antoine Leclef, l’ingénieur paysagiste responsable des cultures. Il veille donc à la coexistence heureuse de quelque 287 espèces de faune et de flore. Parmi les 215 espèces de plantes évoluent 29 espèces de papillons, 25 d’oiseaux, 13 de chauves-souris, cinq de reptiles et d’amphibiens, sans compter les abeilles et autres insectes.

Aux beaux jours, une promenade entre massifs, roseraies et allées ombragées par des oliviers associe sciences et lettres. Écouter notre guide parler pollinisation, expliquer qu’il faut deux tonnes de fleurs de jasmin pour obtenir un litre d’essence, que la tonte des pelouses est confiée à des moutons pour préserver l’environnement ou encore qu’envoyer les pétales de fleurs chez un extracteur à seulement quelques kilomètres permet de garantir leurs qualités aromatiques n’empêche pas de penser à Rousseau qui écrit dans Émile que « l’odorat est le sens de l’imagination ».

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Grandes orgues et délices

L’imagination est plus que jamais stimulée au cœur du domaine, au sein de la Maison rose. L’entrée de ce mas futuriste – entièrement peint en rose tendre du sol à la toiture – se fait par une grande porte ronde vitrée, clin d’œil au Ô de Lancôme. Les architectes Lucie Niney et Thibault Marca (agence NeM) ont réhabilité un bâti ancien afin d’accueillir, dans une spectaculaire salle cathédrale ouverte sur la verdure, étudiants d’écoles de parfumerie, parfumeurs professionnels et visiteurs de passage. C’est là que trône un remarquable orgue à parfums, une pièce unique créée par l’ébéniste Thierry Portier et les ateliers de dorure Gohard (qui déploient généralement leur talent sur les boiseries du Louvre et de Versailles). Des dizaines de fioles s’étagent en demi-cercle autour du créateur de senteurs qui y prend place. Ainsi est-il possible d’assister à l’élaboration d’un parfum sous ses yeux, sous son nez, et de prendre conscience de l’incroyable gymnastique sensorielle que cela nécessite : comment recomposer l’odeur de la rose que l’on vient de sentir au jardin après l’avoir décomposée molécule par molécule, comment la reconstituer pour la faire entrer dans un flacon et pour qu’elle tienne ensuite sur la peau. Il faut tester des assemblages et des associations, jouer avec l’intensité ou la fugacité d’une essence, « tricher », en contrebalançant le caractère volatile d’un agrume par l’apport amer et épicé du petit grain du Paraguay, ou user de « trompe-l’œil olfactif » en remplaçant un fruit trop gorgé d’eau pour être distillé par une fleur aux mêmes saveurs…

Rimbaud a donné des couleurs aux voyelles ; Lancôme donne des odeurs aux couleurs. C’est d’ailleurs l’histoire du rose : à la fin du xviiie siècle, les horticulteurs sont parvenus à créer des roses roses. Cela a tellement plu au public que la fleur a donné son nom à une couleur qui, jusque-là, n’en avait pas[1]


À voir

Domaine de la Rose Lancôme : 74, chemin de Saint-Jean, 06130 Grasse. Visite guidée gratuite sur réservation : www.lancome.fr/domaine-de-la-rose


[1] Rose. Histoire d’une couleur, Michel Pastoureau, Seuil, 2024.

Rose: Histoire d'une couleur

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Le promeneur de Saint-Germain

Monsieur Nostalgie continue sa série sur les auteurs talentueux qui se font trop discrets. Ce dimanche, il nous parle d’Arnaud Guillon, le romancier du triangle amoureux…


Le jour, où je ne croiserai plus sa silhouette gracile flâner dans Saint-Germain-des-Prés et sa mèche blanche voler au vent mauvais d’une littérature jetable, que ce soit aux abords de la place St-Sulpice ou dans les rues du quartier latin, je perdrai foi dans le Livre. J’abandonnerai le métier sur le champ pour me consacrer aux automobiles anciennes. Sa présence dans les allées du Monoprix me rassure. Son port de tête, un brin altier, parfois goguenard, surplombant un buffet dans ces mondanités que Paris s’évertue à faire exister artificiellement me comble de joie. Je ris d’avance de ses bons mots et de cette distance d’ancien régime qui caractérisaient autrefois les honnêtes hommes. Il est le signe que notre pays n’a pas encore totalement sombré dans le reniement de son style et de son esprit.

Indéfinissable charme

Il est, sans le savoir, le baromètre d’une époque où l’écrivain possédait des lettres et des pudeurs, des tâtonnements et des soupirs, où sa matérialité passait par une œuvre délicate et une façon de la porter tout aussi élégante. Il m’a souvent parlé de la grâce d’un livre, cet indéfinissable charme qui s’élève, par miracle, d’un amas de mots. L’immortalité est à ce prix-là. J’ai vraiment peur du jour où Arnaud Guillon ne posera plus son regard distant et nostalgique, lucide et amusé, sur le tourbillon de la vie. Il est vraiment d’ailleurs bien qu’il soit né à Caen. Il pourrait être un cousin éloigné de Pascal Jardin ou de Jean Freustié dans le toucher de plume, la rondeur et le sarcasme jouant chez lui un tango infernal. Il serait un descendant du baron Empain, qui revenu de l’enfer, aurait le chic de ne pas se plaindre de son sort. Il pourrait être un imper qui traverse la nuit parisienne sur un saxo désenchanté de Miles Davis. Une note bleue sur un soleil couchant à la Pissarro. Ou bien ce conducteur de SM à moteur Maserati qui s’arrête au Drugstore pour acheter le journal du soir et un paquet de blondes. Une femme aux yeux clairs l’attend sur le siège passager, elle porte une montre-bracelet Cartier et des lunettes en écaille. Un brouillard à la Sautet, incertain comme les élans du cœur, nous empêche de distinguer son rouge à lèvres.

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Arnaud Guillon ressemble à un acteur de comédie dramatique des années 1970 ou à ces étudiants d’Oxford encapuchonnés dans un duffle-coat pour mieux masquer leurs fêlures. Il y a du Normand en lui, donc de l’Anglais mais un Anglais tamisé par les bouquinistes des quais de Seine, par l’odeur des reliures pleine fleur et la tristesse des petits matins quand l’être aimé doit partir. Après lui, c’en sera fini de l’édition et du contrat moral passé entre l’écrivain et son lecteur. Car le lecteur avait jadis des droits et des attentes. La littérature n’est pas le déversoir à sentiments qu’elle est devenue, elle n’est pas une psychanalyse pages ouvertes ; elle est un sacerdoce et un artisanat ensorcelés dans une solitude mystérieuse, source de béatitude et de sueurs froides. Parfois, pour les plus talentueux, Arnaud Guillon en fait partie, elle se transforme en art. L’auteur est un chevalier errant, il ne court pas les plateaux et les prébendes, il construit seul, patiemment, dans l’indifférence quelque fois, son théâtre vivant.

Une espèce en voie d’extinction

Dans ce quartier m’as-tu vu où le roman s’épanouissait, voir Arnaud Guillon remonter la rue Jacob d’un pas fouettant (il a bonne allure), c’est toucher l’un des derniers représentants d’une espèce en voie d’extinction. Je parle ici de l’écrivain de langue française, classique et intimiste à la fois, le conteur des alcôves bourgeoises et des chagrins qui ne se guérissent pas.

Le visage éternel d’un jeune provincial monté à la capitale, piqué de lectures et d’illusions, voulant lui aussi se jeter dans la bataille du texte aussi carnassière que celle du rail. Arnaud Guillon est ce travailleur du soir accaparé par son manuscrit et la concordance de ses phrases. Ses courts romans sont extraits de vendanges tardives, il les murît jusqu’à la dernière seconde, soigne leur attaque et leur longueur en bouche. Il chasse les adjectifs superflus, il débroussaille sa prose pour qu’elle sonne clair. Au siècle dernier, il s’était fait connaître par des entretiens, notamment avec l’impossible François Nourissier, puis dès la parution d’Écume Palace (Prix Roger Nimier 2000), il dessina sa carte du tendre ce qui assura son succès chez Plon et Héloïse d’Ormesson (15 août, Hit-parade, Tableau de chasse, En amoureux). Il a choisi comme terre d’expression, le roman d’amour, peu d’écrivains ont le cran d’écrire sur ce sujet sans se brûler les ailes. Sans mièvrerie, avec un art du retranchement remarquable, il a su créer des personnages et des histoires qui durent. Il s’est épanoui dans l’inconfort amoureux. Arnaud Guillon résiste à cette lame de fond du vulgaire, à cet esprit boutiquier, et surtout il ne se presse pas. Il ne publie pas voracement à chaque rentrée. Mais décidément, que c’est long, nous avons hâte de tenir entre les mains le prochain Guillon.

Écume palace (1er Mille)

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15 août

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Hit-Parade

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Tableau de chasse

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En amoureux

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Fumer à Longpré

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


 « Non, nous n’irons pas en centre-ville ; tu connais trop de monde ! Tu ne vas pas cesser de parler ; on ne pourra pas profiter… » m’avait dit ma Sauvageonne plus ébouriffée que jamais. Il faisait chaud ; elle portait une robe légère agrémentée d’un motif panthère. Elle était si mignonne ; je n’avais pas envie de la contrarier. (« Imaginons qu’elle fasse une colère de fille ; la soirée serait gâchée », avais-je songé.) J’acquiesçai mollement, bien ennuyé par le souhait péremptoire de l’ébouriffée. Et soudain : euréka ! Il me revint à l’esprit que mon copain, le guitariste-chanteur Philippe Van Haelst, dit Vanfi (avec qui j’avais joué – de la basse Epiphone, forme violin – en des temps immémoriaux au sein du mythique gang Les Scopytones, combo phare du Yé-Yé français) m’avait invité à venir écouter Hold On ! un groupe de soul music qu’il avait intégré depuis peu ; ce dernier se produisait à Longpré-lès-Amiens. 

Ni une, ni deux ! J’attachais la Sauvageonne sur le siège bébé à l’arrière afin qu’elle ne change pas d’avis, et nous fonçâmes vers Longpré. A peine étions-nous garés que les effluves corsés de « Hold On ! I’m coming », de Sam & Dave me montèrent aux oreilles comme un vin bio d’Auvergne. « Le morceau éponyme de la formation ! Un bon présage », songeai-je. J’avais tort. J’arrivai clope au bec vers la buvette pour commander deux bières. Un homme me fit savoir qu’il fallait que j’éteigne ma cigarette car je me trouvais dans une enceinte scolaire. Je grognai comme un vieux yak, respirai profondément façon application cohérence cardiaque sur YouTube, me calmai quand il ajouta : « Et il n’y a plus de bière. » Je constatai qu’à ses pieds gisaient cinq fûts d’une binouze que je soupçonnais d’être allemande. Je lui fis remarquer, pas commode. « Ils sont vides », fit-il, un peu radouci. Nouvelle séance de respiration cohérente. 

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J’allais raconter mes aventures à ma belle. Alors que je parlais, Hold On ! égrenait son répertoire. C’était carrément délicieux. De la soul comme on l’aime. Mes pensées s’égaraient très loin, dans un passé que je croyais évanoui. Je me revoyais, adolescent, dans la salle des fêtes de Tergnier, à un concert des Candles, le groupe ternois de rhythm’n’blues et de soul. Gilles Camus avec sa belle voix de crooner populaire, Momo, au chant également, Goumi, précis et talentueux, sur sa Fender Telecaster aux riffs hachés menus, le Grand Zézette, efficace à la batterie, Marrane, calme comme un Wyman, à la basse, la section de cuivre. C’était les seventies ; je me retrouvais projeté dix ans en arrière. (J’ai toujours détesté le présent.) C’était merveilleux. Hold On ! me faisait le même effet. 

Je cru reconnaître « A change is gonna come », de Sam Cooke« In the midnight hours », de Wilson Picket, « Papa’s got a brand new bag », de James Brown… Rien que du bonheur, d’autant que l’homme de la buvette était venu m’annoncer qu’il avait retrouvé deux fûts de binouze. « Vous savez, moi aussi je suis fumeur », fit-il en me tapant sur l’épaule. On était réconciliés. Le concert terminé, je filais saluer Vanfi qui me raconta l’histoire de sa formation. 

Affiche maximum soul music « Hold On » © D.R.

Hold On ! est composé de neuf musiciens : Guillaume Ghehoun, chanteur, Michel Duflos, claviers, Franck Claussmann, piano et chœurs, Philippe Van Haels, guitare et chœurs, Jean Pierre Dabonneville, basse et chœurs, Marc Cordonnier, sax ténor, Laurent Dupuis, trombone, Jerôme Martel, trompette et Daniel Sueur, batterie. Il a été fondé en 2021, à la sortie du Covid mais il a subi bien des changements depuis pour se stabiliser autour de la présente formule « qui repose sur une solide section rythmique, une section de cuivres complète et la voix incomparable de Guillaume, notre chanteur charismatique », expliquait Vanfi, enjoué.

Photo du groupe, 2025 © Anne Sophie Grossemy

« Hold On ! c’est un groupe de reprises de chansons soul, dans le plus pur style original du label Stax Record des années 60. Notre répertoire comprend quelque deux heures de musique soul non-stop, d’Otis Redding à Nina Simone, en passant par James Brown, Percy Sledge, Eddie Floyd, Sam and Dave et bien d’autres encore ! Nous nous retrouvons dans l’envie de transmettre l’énergie et les vibrations de cette musique afro américaine du milieu des années 60 incarnée en particulier par les productions du label Stax. Hold On ! ça veut dire « Tiens bon ! »« N’abandonne pas ! » C’est une chanson de Sam & Dave, c’est le premier succès du label Stax. Ce n’est pas pour rien car c’est un message universel et intemporel qui dépasse de loin la musique et dans lequel chacun peut se retrouver. Le rhythm & blues est la bande son des luttes pour les droits civiques afro américains. Cette musique symbolise l’esprit de révolte, de résistance et de combat mais aussi la ferveur et les vibrations positives que la communauté noire américaine de cette époque a su transmettre en transcendant souvent son désespoir. Dans le contexte national et international actuel, très incertain et anxiogène, ces valeurs positives de fraternité, d’ouverture et d’engagements résonnent et apportent une  bouffée d’oxygène à beaucoup de gens. Nous le ressentons dans nos concerts il y a un vrai engouement pour cette musique. Nous souhaitons entretenir la flamme allumée il y a maintenant plus de 60 ans à Memphis dans le sud des Etats-Unis par une bande de jeunes musiciens de cultures et de milieu sociaux différents qui ont su dépasser leurs différences. Une grande voix, une rythmique solide et une section de cuivres complète, pour retrouver la couleur originelle de cette musique qui a su traverser les époques. » Tu l’as dit, Vanfi !

Pompes funèbres à La Souterraine

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Pour tout un chacun, les jours sont comptés, mais en règle générale la vie reprend le dessus. Il n’en va pas de même pour Jacques Ferré : « Par instants, il me semble atteindre un point où la vie et la mort sont si proches, se touchent, qu’elles ne font plus qu’une, comme deux aimants qui s’unissent ». Pas très sociable, le Robinson Creusois : « pas de femme, pas d’enfants, pas d’amis, aucune ambition, très peu de possessions », et confessant à qui veut l’entendre que « ce qui domine, c’est la mire ». Depuis des lustres, l’homme est persuadé que « la guerre est déclarée » à nos portes, « à la frontière » ; que Rodrigo, le déserteur qu’il héberge depuis trois mois, est peut-être le sniper qui va le viser, lui, et taper dans le mille. Aurelia, sa visiteuse aux apparitions imprévisibles, ne le salue jamais autrement que par ces mots : « belle journée pour mourir ».

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Les fous étant aveugles à leur propre démence, la logorrhée du schizophrène paranoïaque revêt toutes les apparences de la normalité : le sel de la première partie du livre tient à ceci que ce monologue égare soigneusement le lecteur quant au degré de réalité de ce qu’il décrit, le délire de Jacques Ferré parasitant le réel, sans frontière bien stable entre les deux. Dans une deuxième partie, le lieutenant Christian Philippot enquête sur la mort du reclus, retrouvé avec le front transpercé d’une balle. Fouillant la généalogie du défunt (Florence, sa fille fleuriste), interrogeant le voisinage (Gilbert Laplace, le retraité d’en face)… Homicide ? Suicide ? Pour en avoir le cœur net, lisez Belle journée pour mourir : à peine cent petites pages apéritives, à boire cul sec.

Auteur maison des éditions du Dilettante – déjà une bonne dizaine de livres au compteur – , Laurent Graff, né en 1968, aime à tâter de tous les registres. Légère, musicale, insolite, parfois mordante, sa prose arpente les paysages, les mœurs et les usages de la France contemporaine avec une alacrité teintée d’humour noir.


A lire : Belle journée pour mourir, de Laurent Graff, Le Dilettante, 2025. 107 pages

Belle journée pour mourir

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Rome sur canapé

Jean Le Gall plonge dans les méandres de la crise existentielle d’un homme politique qui abandonne ses responsabilités. Un changement de vie absurde et profond dans la Rome des années 1960


Il y a des familles en littérature. Celle des Hussards donna beaucoup d’enfants, tous différents et plus ou moins heureux – surtout les derniers qui, à toute force, imitent, c’est-à-dire « posturent » sans autre objet, leurs illustres aînés. Quoi qu’on dise, elle eut un mérite : désengager la littérature, la sortir du bourbier politique d’une époque, celle des années 1960, prôner le singulier sur le pluriel, ou plutôt « contre » ce dernier, pour reprendre un mot de Cocteau cité par Jacques Laurent. Le héros du roman de Jean Le Gall a lui aussi choisi de se désengager de la politique. Et son créateur ne laisse pas de nous faire penser par son style, son rythme, son espièglerie, son insolence et son goût pour le plaisir aux turbulents cités plus haut qui, jamais, ne formèrent une école.

Rome, janvier 1969. Le jour même de son élection à la tête du Parti communiste italien, Nicola Palumbo démissionne. Partant, il suicide sa carrière. Faut-il ajouter qu’il « théorisait une révolution qui fût débarrassée de l’envie, de la jalousie, de la revanche et donc de la violence ». C’était déjà une dérobade ! La belle affaire ! Ce fantaisiste a tôt fait de se reconvertir, le jour de son triomphe volontairement avorté, en vendeur de canapés. Se reconvertir dans le convertible ! D’où tient-il ce détachement, cette indifférence ou cette ironie ? C’est selon. Peut-être du troisième mari de sa grand-mère, un certain Fabrizi, dont il avait fait la connaissance en 1939, dans la très belle propriété de la nonna, à trente minutes de la Ville éternelle. Le Fabrizi en question lui dispensa une formation morale dont on peut arguer que le poids (donc l’influence) fut inversement proportionnel à celui du « legs cellulaire de l’hérédité ». Lisez plutôt : « La générosité est une façon respectable de déshonorer son esclave. » Et aussi : « Deux ou trois fois par siècle, l’Italie s’endort au volant. » Et encore : « La droite, la gauche… La vérité n’a jamais été de ces couleurs-là. » Et enfin : « Nous existons à peine. » Cette dernière sentence fera visiblement son chemin puisque, peu de temps après son embauche comme commercial en canapés, Nicola confie à son seul ami Luigi Montale : « Je veux pour ma vie qu’elle soit désormais une expérience existentielle. » Sans doute vient-il simplement d’appréhender le fait que « l’existence humaine est plus épaisse que la politique ne veut le croire ».

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Bientôt, dans son magasin, Nicola voit entrer une femme d’une beauté brutale, de « celles qui agissent avec l’efficacité d’un interrupteur » : Silvana Mangano. Il discute avec elle et s’aperçoit que, d’une certaine façon, il est lui aussi un acteur capable, sans remords, « de changer de rôle entre deux portes ». Ainsi notre héros va-t-il enchaîner les rencontres dans un décor de boom économique ajouré par les bombes anarchistes. C’est maintenant avec lui-même qu’il commerce, avec son impuissance. Cette comédie italienne ne manque pas de profondeur.

Jean Le Gall, Dernières nouvelles de Rome et de l’existence, Gallimard, 2025, 192 pages.

Dernières nouvelles de Rome et de l'existence

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M. Mélenchon milite pour le mariage…


Tout arrive.

Oui, M. Mélenchon se pose désormais en farouche défenseur de l’institution du mariage. Il l’a déclaré sans ambages lors d’un récent entretien (voir vidéo en fin d’article) où il évoquait à plaisir son concept chéri de « Nouvelle France. » « Je plaide Nouvelle France », se gargarise-t-il. La vieille France, selon lui, est celle qui salope ses arbres, ou quelque chose comme ça. Et de se vanter d’être à même, circulant en voiture, de reconnaître à la seule forme des arbres si l’on a affaire à la Nouvelle agriculture ou la vieille. Personnellement j’envie une telle science. J’en suis modestement resté au stade où, traversant certains quartiers que je ne prendrai pas la peine de situer ou de nommer ici, je suis parfaitement capable de discerner si je me trouve dans la Nouvelle France à la mode Mélenchon ou pas. Je suppose qu’il n’est nul besoin que je vous fasse un dessin…

« Nous n’allons pas dire aux gens mourez dans la Méditerranée, poursuit le guide suprême des Insoumis. On préfère qu’ils soient vivants, qu’ils viennent ici avec nous, épouser nos filles et nos gars et que nos familles prospèrent… »

Vision idyllique. Ne manquent que les violons et la larme à l’œil. Embrassons-nous Folleville, gai, gai marions-nous !

Soit, mais de quel mariage s’agit-il ?

De l’union conforme aux prescriptions à la fois de notre civilisation, de notre histoire, de nos mœurs, de nos us et coutumes, de nos lois ancestrales ? Ou du mariage où la femme n’est guère plus qu’un élément de cheptel polygame burqable à merci, inférieure et soumise à l’homme dans le quotidien de son existence comme dans son statut juridique et social ? Il conviendrait tout de même que M. Mélenchon précise ces choses qui ne sont pas que détails, on en conviendra.

Je m’attendais – naïf comme je suis – à ce que cette exigence d’éclaircissements tombe de la branche féminine de son mouvement où l’on se drape volontiers dans les fanfreluches d’un féminisme des plus avancés. Je pensais que les trois grâces associées de près à la vision du gourou se feraient un devoir de réclamer ces précisions. Trois grâces, dois-je les nommer ? Ce sont Mesdames Panot, Hassan et Aubry. Il est vrai qu’en matière de défense de la femme, elles sont d’une sensibilité plutôt sélective. Le solfège inversé, si je puis dire, où, par exemple, une blanche (violée, tabassée, assassinée) est loin, très, très loin de valoir une « racisée ». Inutile donc d’espérer quoi que ce soit de ce côté-là.

Toujours au cours de ce même entretien, M. Mélenchon se fait une gloire d’être un « agent de subversion migratoire ». Et de reprendre le couplet qu’il avait entonné précédemment, le 13 février 2025, à Angers me semble-t-il, lors d’un meeting. Il y exposait qu’il était de ceux – un Français sur quatre, selon lui – dont au moins un grand père était étranger. Deux dans son cas, revendiquait-il. L’un Italien, l’autre Espagnol.

Et c’est bien là que se niche l’imposture intellectuelle mélenchonienne. En quoi les apports de populations espagnoles, italiennes auraient-ils généré chez nous une modification civilisationnelle substantielle, radicale ? Un exemple. Lorsque Mazarin, le finaud ministre italien de Louis XIII gouverne le pays, en profite-t-il pour instaurer un califat ? Le mariage entre gens de ce versant-ci des Alpes ou des Pyrénées avec des personnes de l’autre versant est-il si différent de l’union entre individus de deux de nos villages ou de nos terroirs ? Les uns et les autres ont été biberonnés à la même conception des choses et des êtres, à la même source métaphysique et spirituelle. Aux mêmes principes de droit. Il y a des différences, c’est certain. L’assimilation des arrivants n’aura certes pas été un long fleuve tranquille. Mais il était patent, il était manifeste, il était évidemment dès avant leur venue que ce qui unissait les uns et les autres était autrement plus important, autrement fort, que ce qui les séparait. Autrement dit, très exactement l’opposé de ce que M. Mélenchon porte avec son projet illusoire et mortifère de Nouvelle France.

Pire encore, à l’entendre il n’y aurait, pour le migrant que deux options : mourir en Méditerranée ou convoler avec une heureuse élue de chez nous. Personnellement, j’en vois une troisième. S’accrocher à son pays, à l’endroit d’où l’on est, et mettre toute son énergie, non pas à ramer et ramer encore dans la grande bleue ou la Manche, mais à œuvrer pour la prospérité de sa terre natale, y promouvoir un progrès social si possible harmonieusement et équitablement réparti. Et, in fine, juste histoire de faire plaisir à M. Mélenchon, y épouser une fille, un gars du cru.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Je suis solognot mais je me soigne

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Mélenchon ou l’abandon programmé de la France

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Jean-Luc Mélenchon et Rima Hassan, Place de la République à Paris, le 14 juin 2025 © Franck Derouda/SIPA

Destruction de la France : Mélenchon et ses limites


Dans sa destruction de la France française, Jean-Luc Mélenchon est clair, méthodique, cohérent. Depuis sa conversion à l’islamophilie, le leader LFI illustre la réflexion de Chesterton : « Le fou n’est pas celui qui a perdu la raison. Le fou est celui qui a tout perdu excepté la raison ». Lui qui, en 2010, qualifiait le voile islamique de « pratique répugnante et obscène », s’est fait, depuis, le théoricien rigoureux de la conquête musulmane. Tout à son projet électoraliste d’une « nouvelle France » métissée, également rêvée par Dominique de Villepin, Mélenchon banalise le voilement des petites filles, dénonce l’islamophobie derrière la critique de la charia, nazifie le sionisme qui résiste à ses ennemis, invite les clandestins qui traversent la Méditerranée à « épouser nos filles et nos gars ». Il propose même de brader la langue française : « Je préférerai que l’on dise que nous parlons tous le créole », a-t-il dit l’autre jour à l’Assemblée nationale, lors d’un colloque sur la francophonie. Le candidat de l’extrême gauche à la présidentielle a choisi de promouvoir le basculement identitaire de la nation – son grand remplacement en somme – en l’ouvrant sans cesse à une immigration maghrébine et africaine dont il sait, par l’effet du nombre, qu’elle ne modifiera pas ses mœurs en foulant le sol français. Qu’est-ce que coloniser un pays sinon s’y installer en refusant de changer sa propre histoire ? Non content d’être le parti de l’étranger, LFI est celui de l’islamisation et de l’africanisation de la nation. Si rien ne vient faire obstacle à cette disparition espérée d’un peuple enraciné, coupable de vouloir se protéger de ses envahisseurs et de leurs complices à prénoms français, l’histoire donnera raison, au mitan de ce siècle, à Mélenchon. Mais tout est encore réversible.

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Car il reste une lacune, dans la logique glaciale de l’idéologue : son raisonnement ne tient que si le peuple indigène demeure tenu à l’écart de son destin. Or il ne suffit pas de décréter, comme Sandrine Rousseau jeudi, que « les Français de souche, ça n’existe pas » pour les faire disparaître tels des mouches agaçantes. Ces Français-là sont encore, aux trois-quarts, largement majoritaires. C’est pourquoi il est devenu urgent que l’immigration de peuplement, qui accélère le naufrage du pays, apparaisse enfin comme le sujet prioritaire d’un référendum. Au-delà du militant pro-islam qu’est Mélenchon, c’est tout un monde politique qui, depuis cinquante ans, a avalisé le projet d’une société ouverte, multiculturelle, indifférenciée. Jamais aucun peuple d’Europe n’a été invité, hormis le référendum français de 2005 passé à la trappe et le Brexit britannique, à se prononcer sur son avenir.

Pourtant tous les sondages montrent l’attachement des gens ordinaires à leur patrie, leur mode de vie, leurs traditions. Le mérite du chef de LFI est de confirmer, dans son objectif de la table rase, que la première des menaces pour le pays vient de l’intérieur, c’est-à-dire de ces traîtres qui veulent enterrer la France et que j’avais dénoncés en 20201.

Dans son discours de Munich du 14 février, le vice-président américain, J. D. Vance, a rappelé qu’il était encore loisible de « changer de cap, de donner une nouvelle direction à notre civilisation commune », en écoutant simplement la voix des citoyens oubliés. Les bâillonner encore serait criminel.

Les Traîtres

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  1. Les Traîtres, Edition Pierre-Guillaume de Roux ↩︎

Comment écrire un roman historique — et pourquoi

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Image d'illustration.

Lassé d’écrire des essais sur l’Ecole que bien des gens approuvent mais que personne n’applique, notre rédacteur, depuis l’année dernière, est revenu à ses premières amours — le roman. Et plus précisément le roman historique. « Mais pourquoi diable ne pas parler de la France d’aujourd’hui, avec une jolie fiction pleine de LGBT++ et de « racisés » de toutes les couleurs ? Le présent vous dégoûte à ce point que vous alliez vous réfugier au XVIIe siècle ? » Réponse circonstanciée.


Il n’y a que deux façons d’écrire un roman historique.
– Soit vous choisissez une période indéterminée, sur laquelle personne ne sait trop rien — par exemple les « dark ages » qui sévirent en Grèce entre le XIe et le VIIIème siècle av. JC, ou les temps de désordre qui suivirent, en Angleterre, la chute de l’empire romain – toute la légende arthurienne est sortie d’un tel choix. « Entre le temps où les océans engloutirent l’Atlantide, et l’avènement des fils d’Arius, il y eut une époque inouïe, où s’avança Conan, destiné à poser la couronne d’Aquilonia sur un front troublé… » Ainsi commence la légende de Conan le Barbare, de Robert E. Howard (1906-1936), l’inventeur de l’heroic fantasy. Ou La Guerre du feu, de Rosny Aîné : en 1911, année de sa publication, on ne savait rien de bien certain sur les « âges farouches »…
– Soit vous prenez au contraire une période que vous connaissez à fond, et pour laquelle vous avez une attirance irrésistible. Pour moi, les XVIIe et XVIIIe siècles. Et là, historique et le décor.
(Il y a bien sûr le cas de Dumas, qui connaissait toute l’Histoire de France et a écrit des romans qui couvrent un champ considérable, du XVIe au XIXe siècle. Mais qui oserait se comparer à un tel géant ?)

Évidemment, le problème est d’informer assez le lecteur inculte d’aujourd’hui sans trop avoir l’air de lui faire un cours. Et d’entremêler à l’Histoire une fiction crédible — sans pour autant s’astreindre à n’user que du vocabulaire du temps, mais en évitant les anachronismes.

L’Histoire — la grande, celle que l’on étudiait jadis à l’école — est le tissu de votre livre. La fiction, c’est la coupe, et le style, ce sont les coutures. En pratique, 90% de votre livre est écrit par l’Histoire, mais ne fonctionne qu’après adjonction d’un fil fictionnel. Tout comme les personnages historiques ne reprennent vie que lorsqu’on les confronte à des êtres de fiction. Dans Soleil noir, paru l’année dernière, Louis XIV ou le Grand Condé étaient les interlocuteurs de Balthazar Herrero, descendant (imaginaire) de Maures espagnols réfugiés en France (ça, c’est un fait vrai, une partie de ma famille en est issue), médecin rompu à tout ce que l’art médical faisait de mieux vers 1685, non seulement à Montpellier, son alma mater originelle, mais à Pise ou en Orient. Pézenas, Versailles ou le château d’Enghien forment le décor « historique », les contrées demi-sauvages qui séparent les Cévennes de l’Île-de-France également.

A relire, du même auteur: Mousquetaires et misérables : Dumas ou Hugo ?

Dans Les Nuits de Topkapi, qui vient de sortir, j’ai déplacé ce héros-médecin dans le décor tourmenté de la Constantinople turque, puis dans les déserts de Syrie et de Judée — ou de Palestine, comme disaient les Romains. Ça tombe bien, j’y suis allé.
Et le troisième tome sur lequel je travaille se passera, pour l’essentiel dans les collines des Cévennes pendant la guerre des Camisards.

Quant au reproche selon lequel je serais la première victime (ou le premier bénéficiaire) de cette littérature d’évasion, il tombe à plat lorsqu’on se souvient que Georg Lukács a analysé la « double historicité » des romans -historiques. Ils ne se contentent pas, explique le grand critique hongrois des années 1950-1960, de raconter les siècles passés, ils parlent, de biais, du siècle de leur rédacteur. Dumas, déçu par le côté « bourgeois » de Louis-Philippe, est allé chercher au XVIIe siècle les figures héroïques qui lui manquaient pour se satisfaire de la réalité — et au passage il a ressuscité son père, réincarné en quatre mousquetaires incarnant l’habileté aux armes, la séduction, la force pure et la noblesse d’âme, qualités reconnues du général Dumas. Quand mes héros traversent la Palestine, ils rencontrent fort peu d’Arabes et force Juifs et Chrétiens — les voyageurs d’époque, comme Hadrian Reland, en attestent. De quoi disqualifier les imprudents d’aujourd’hui qui prétendent que c’était une terre arabe depuis le début des temps.
Et si les intrigues de sérail de Topkapi, le château des pachas turcs, les trahisons et règlements de comptes, les révolutions de palais, les alliances étrangères inattendues mais mûrement pesées, ont un écho dans l’actualité, c’est que nos hommes politiques — de bien petit niveau, convenons-en — devraient de temps en temps se retourner vers l’histoire pour éviter de faire et de dire de grosses bêtises.
Quant à l’amour, c’est le piment intemporel et universel — ou parfois une nostalgie assez forte pour faire revivre vos fantômes personnels, qu’il s’agisse de créatures rencontrées jadis ou d’héroïnes de papier qui alimentèrent vos songes humides.

L’intention pédagogique n’est pas tout à fait absente. Dans Soleil noir j’expliquais comment on rouait vif. Et dans Topkapi, vous apprendrez le processus exact d’un empalement — qui contrairement à ce que croit la multitude, ne passait pas par voie anale…

Reste le plaisir que l’on a à l’écrire, qui doit procurer un plaisir analogue au lecteur. Si vous suez sang et haut à rédiger, le lecteur aura fort à faire pour vous lire. En toutes choses, soyez légers — et enthousiastes.

Soleil noir

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Gay Pride: cherchez l’intrus

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Paris, 28 juin 2025 © LIONEL URMAN/SIPA

Comme ils déclenchent déjà des tempêtes à chaque pas, les militants du collectif Eros n’ont vraiment pas besoin de confettis à la gay pride… De droite, ils préfèrent le drapeau tricolore aux slogans woke ou pour Gaza. Tenu à distance du cortège principal, où les autres manifestants menaçaient de tout boycotter si on le laissait participer samedi, le collectif nationaliste a finalement pu défiler à l’abri des CRS. Notre contributrice a suivi ces militants identitaires.


Le 28 juin à Paris, comme chaque année, les trottoirs ont tremblé sous les chars bariolés de la Marche des fiertés. DJ, slogans bien-pensants (« ACAB : All Cops Are Barbecue »), drapeaux multicolores et nuée de collectifs militants : un rituel bien huilé, devenu passage obligé pour élus en mal de hashtags et étudiants en sciences molles. Le thème de cette année ? « Contre l’internationale réactionnaire ». Une formule digne d’un congrès trotskiste, censée englober pêle-mêle Trump, Orban, Le Pen et tout ce qui ne pense pas comme les rédactions militantes.

Les collectifs présents – demandeurs d’asile, pro-légalisation du cannabis, soutien à Gaza, transactivisme radical – donnaient l’impression que la cause homosexuelle n’était plus qu’un prétexte parmi d’autres pour dérouler l’agenda woke.

On est très loin des combats des années 80, quand les militants gays se battaient pour la survie face au Sida, pour le droit d’aimer sans honte, pour ne pas être licenciés, tabassés ou ignorés par la médecine. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’obtenir des droits, mais de les conditionner à l’appartenance à une tribu idéologique. Être homosexuel ne suffit plus : il faut être du bon bord.

Mais cette édition 2025 a connu un accroc. Un intrus a troublé la fête. Non, pas un groupuscule homophobe ou un évêque perdu. Pire que ça: un groupe d’homosexuels patriotes. Le Collectif Éros.  

Ces homos qui ne votent pas Mélenchon

Né en juin 2024, dans la foulée d’une Gay Pride parisienne plus hystérique que festive, le collectif Éros est apparu comme une gifle dans la mare tiède du militantisme LGBT mainstream. Il faut dire que le climat était déjà électrique : Yohan Pawer, ex-militant homosexuel de Reconquête!, et Mila, figure honnie des islamo-gauchistes pour avoir osé critiquer l’islam, venaient de se faire violemment agresser en marge du cortège. Trop blancs? Trop libres? Trop peu intersectionnels? Peu importe. Cet événement a été l’étincelle.

Quelques semaines plus tard, une poignée de jeunes homosexuels et bisexuels sortaient du placard politique : ras-le-bol d’avoir à choisir entre leur sexualité et leur lucidité idéologique. Assez d’être sommés de communier dans les litanies gauchistes. Leur crime ? Être homos, mais pas dupes. Et surtout : ne pas défiler sous des banderoles pro-Hamas. À Paris d’abord, puis à Lyon, Metz, Marseille ou Nice, Éros prend forme. Le mouvement revendique aujourd’hui 200 membres – et autant de gifles symboliques à ceux qui confondent orientation sexuelle et endoctrinement idéologique.

Leur objectif ? Face à une gauche LGBTQ+ qui confond depuis trop longtemps fierté et conformisme idéologique, Éros revendique le droit d’être homosexuel et de droite, patriote, critique de l’immigration incontrôlée et hostile au wokisme. Leur drapeau ? Le tricolore. Leurs slogans ? Des uppercuts : « LGBT pro-Palestine : espérance de vie à Gaza, 5 minutes » ou encore « Drag-queen : hors de nos écoles ». De quoi hérisser le cuir chevelu peroxydé des militants queer. Mais c’est bien là le message : les Éros ne cherchent pas à plaire. Ils rappellent que la liberté, y compris sexuelle, commence là où finit la pensée unique.

Pride Éros 2025 : une révolte patriotique qui ne passe pas inaperçue

Ils étaient quatorze, venus des quatre coins de la France, à répondre à l’appel de la première Pride Éros. Hétéros, bis, homos : ici, pas de chapelles, mais une même révolte contre l’idéologie woke qui gangrène la société. Parmi eux, des figures qui ne passent pas inaperçues. Yohan Pawer, bien connu pour son bras de fer judiciaire avec M. Estrosi après un scandale impliquant une distribution de préservatifs à des enfants lors d’un pique-nique drag à Nice. Bruno Moneroe, ex-candidat de téléréalité et chanteur de la Nouvelle Star, bisexuel assumé, qui n’a pas hésité à clamer son soutien au RN et à Israël, au prix de 300 000 abonnés perdus sur les réseaux après le 7-Octobre. « Les juifs m’ont donné ma chance il y a vingt ans, à la radio, à la télé, quand j’ai débuté ma carrière. Où serait mon honneur si je ne soutenais pas ceux qui m’ont tendu la main ? » lance-t-il, bravache, avant d’ajouter: « Je suis gay, je vote RN, j’aime les juifs et Israël, point. » À leurs côtés, Alexandra Brazzainville, infirmière à la retraite, atteinte du rare syndrome de Klinefelter (hermaphrodisme), pionnière d’un combat acharné contre l’idéologie transgenre et qui s’oppose farouchement à la transition de genre des mineurs.

Dans cette foule, on croise aussi des parents, pères et mères de famille, révoltés face à l’intrusion de drag-queens jouant les éducateurs sexuels auprès de leurs enfants dans les écoles. Des étudiants homosexuels qui, eux, préfèrent rester masqués : « La gauche n’est pas toujours si tolérante qu’elle le prétend : ma famille est de gauche, mais je ne peux pas parler de mon homosexualité, ça tournerait au drame s’ils découvraient que je suis ici », confie l’un. Un autre renchérit : « À la fac, un étudiant RN a été harcelé jusqu’à devoir partir. Je ne veux pas finir comme lui. » Tous, ou presque, ont un point commun : ils ont côtoyé de près l’immigration de masse et décrivent, sans filtre, l’enfer d’être homo dans des quartiers islamisés. Un jeune du 93 lâche, la voix lourde : « Dans ma rue, je croise des islamistes armés de machettes. Comment envisager l’avenir en tant qu’homo dans un quartier comme le mien ? »

Marre de l’instrumentalisation

Dans un affrontement épique évoquant David face à Goliath, ces quatorze patriotes ont bravé des milliers de contre-manifestants dans une atmosphère explosive. Menaces de mort, gestes obscènes et sifflets assourdissants ont rythmé cette confrontation tendue. Malgré la présence de cinquante CRS, dont cinq affectés à la protection exclusive de Yohan Pawer, la sécurité restait précaire. Moment mémorable : Virginie Despentes, figure punk des lettres subventionnées, a enjambé les barrières dans un élan de fureur militante, hurlant des insultes, brandissant des doigts d’honneur et tentant de frapper des militants avant d’être évacuée de force. Comme le dit l’adage : quand les mots manquent, les poings prennent la parole. Des antifas cagoulés ont également forcé le cordon de sécurité, s’attaquant aux plus vulnérables, notamment aux femmes, pour voler leurs sacs. Georgette Malkay, porte-parole du collectif, s’est fait arracher le sien sous ses yeux. « En quoi voler mes clés et mon passeport est une réponse ? » s’indigne-t-elle, consternée par cette violence gratuite.

En marge, les badauds observent en silence. Un homme gay aux cheveux blancs s’approche de nous. « Je viens du côté opposé. Là-bas, ça me met mal à l’aise, c’est trop politisé. Dans les années 90, c’était une fête familiale. Aujourd’hui, ils distribuent des préservatifs aux enfants. Et que vient faire le drapeau palestinien ici ? » Il se confie : « Je vote RN, mais je ne peux pas le dire, on me traite de raciste. Pourtant, mon mari est sénégalais, noir. Où est ma place ? » En lisant les pancartes, son regard s’illumine devant : « RN au pouvoir, homos protégés. » « Ça, c’est bien ! » s’exclame-t-il. Il discute avec des membres d’Éros, échange ses coordonnées.

La gauche croyait avoir verrouillé le vote gay. Elle découvre aujourd’hui avec effroi qu’on peut être homosexuel, noir, marié, et voter RN, Reconquête! ou UDR — sans renier quoi que ce soit de soi. Et si demain la droite ne gagnait pas contre les minorités, mais avec celles qui en ont assez d’être instrumentalisées ?

ZFE: C’est votre dernier mot ?

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Agnès Pannier-Runacher à l'Institut Français de la Mode (IFM), à l'invitation de la Circular Fashion Federation, 3 avril 2025 © LEO VIGNAL/SIPA

Alors que la situation politique en France demeure bloquée, et qu’il n’est pas dit que le poste de Premier ministre ne sera pas de nouveau vacant d’ici au vote du Budget, les progressistes hésitent à interdire l’accès aux villes aux plus pauvres, ou à les empêcher de s’habiller comme ils l’entendent…


On parle beaucoup d’une fin de règne d’Emmanuel Macron, mais moins souvent d’une fin de régime à propos des institutions de la Cinquième République, et encore moins à propos de fondamentaux des rapports sociaux. Pourtant, on voit de plus en plus d’indices qui évoquent la fin de l’Ancien régime dans la façon dont les classes dirigeantes françaises cherchent à maintenir le peuple à distance, et plus généralement dans la manière dont les classes sociales tentent de maintenir leurs signes d’appartenance, par peur du déclassement. On a déjà pu parler d’une forme de réaction nobiliaire à propos des comportements observés lors de la prise de fonction de la nouvelle Assemblée nationale en juillet dernier, et la façon dont les centristes ont fait en sorte d’ostraciser les députés du RN en leur refusant tout poste clé, au profit de la gauche, voire en refusant simplement de leur serrer la main.

La sécession des élites urbaines

Force est de constater que les parallèles de ce genre se multiplient, et illustrent le renforcement de cette crispation sociologique, aux effets éminemment politiques – la fracture croissante, de plus en plus connue et dénoncée, entre la France des villes, et en particulier les élites urbaines, et la France des champs, celle qui « fume des clopes et roule au diesel », selon la formule de Benjamin Griveaux à la veille de la crise des gilets jaunes.

À lire aussi : « Sur les ZFE, je ne lâcherai rien ! »

Et précisément, c’est d’abord ce que l’on cherche à lui interdire : on veut qu’elle ne fume plus, ou de moins en moins, qu’il s’agisse de cigarettes ou de vapoteuses, et qu’elle ne roule plus – c’est tout l’enjeu des ZFE. Celles-ci ont été suspendues par l’Assemblée nationale lors du vote du 28 mai, et si le principe a été « définitivement » abrogé par le vote du 17 juin, il est vraisemblable que l’exécutif n’a pas dit son dernier mot, et sera tenté d’utiliser le Conseil constitutionnel, comme il l’a fait l’an passé pour la loi immigration, pour censurer le vote parlementaire et rétablir ce mécanisme, alors même que la suppression est souhaitée par huit Français sur dix et que la perspective de son maintien a donné lieu au mouvement des « gueux » qui rappelle naturellement les origines des gilets jaunes. Son porte-parole, Alexandre Jardin, a constaté avec justesse que « la macronie s’affirme clairement en sécession assumée par rapport à la République. Elle se referme sur elle-même, durcit ses positions ». Madame Pannier-Runacher a provoqué un tollé en suggérant que les pauvres n’avaient pas de voiture, mais il y a sans doute un fond de vrai dans son affirmation et, surtout, un fait politiquement significatif : les « pauvres » de la France périphérique ne se rendent sans doute que très rarement dans les grandes villes visées par cette loi. Ceux qui s’y rendent en utilisant un véhicule déjà ancien appartiennent plutôt à la classe moyenne, dont le parc automobile vieillit en même temps que son pouvoir d’achat stagne, voire se contracte… Les plus probables victimes des ZFE dépassent donc largement les classes pauvres de la population, et constituent un public qui fait tourner l’économie du pays, paie des impôts, et par conséquent est particulièrement attaché à l’égalité républicaine, l’égalité de droits, et supporte très mal ces vexations sociales comme cette liberté de circulation à deux vitesses ; l’affirmation de l’égale dignité de citoyens est ainsi au cœur du « mouvement des gueux », cependant que le soutien à l’instauration des ZFE apparaît comme la recherche d’un privilège bourgeois.

Un peu de tenue !

Mais il est un nouvel exemple où la crispation bourgeoise paraît se manifester, et où le parallèle avec les privilèges d’Ancien régime semble encore plus flagrant : c’est le cas de la loi anti fast-fashion.

Certes, la proposition de loi déposée en mars 2024 par le groupe centriste Horizons a séduit la représentation nationale très au-delà du centre, puisqu’elle y a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale en première lecture et à une quasi-unanimité au Sénat, et comme pour les ZFE elle est soutenue par des motifs environnementaux qui font consensus dans la population. Mais il est difficile de ne pas songer aux lois somptuaires en vigueur aux XVIIe-XVIIIe siècles qui visaient à préserver le statut social de la noblesse, en dépit de son appauvrissement relatif par rapport à la bourgeoisie montante, en interdisant à celle-ci de se parer des mêmes étoffes que celle-là. Cette mesure apparut de plus en plus vexatoire pour les roturiers, confinant à l’humiliation lorsque les députés du Tiers État, quoique généralement issus de la bourgeoisie aisée, se virent imposer un habit noir uni et un chapeau sans ornement, tandis que les députés de la noblesse portaient des costumes somptueux, souvent ornés de plumes, de soie, d’or et d’accessoires luxueux, comme des chapeaux à plumes et des manteaux richement décorés. En rendant la mode, y compris la plus éphémère, accessible aux plus modestes, le mode de production et de commercialisation appelé « fast-fashion » efface un autre moyen de distinction sociale, sous le même motif qu’il faut discipliner le peuple et limiter la surconsommation qu’on employait déjà au XVIe siècle : Montaigne disait « régler les folles et vaines dépenses des tables et vêtements »… tout en notant que renchérir le prix des biens ne faisait qu’en accroître le prestige et l’attrait, alors que le seul moyen efficace de les diminuer serait au contraire d’en affaiblir la valeur.

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Faut-il aller jusqu’à en conclure que si le moyen est contraire à la fin, c’est que ce n’est pas celle qu’il recherche, mais poursuit plutôt son effet immédiat : maintenir un certain accès à la mode comme outil de distinction sociale ?

Quoi qu’il en soit, ces divers exemples convergent pour donner à voir un malaise général, où les classes sociales se toisent et s’efforcent de maintenir leur statut relatif, alors que l’ensemble du pays fait face à la ruine de l’État et que la méfiance entre les catégories de population s’installe en attendant de voir les efforts demandés dans le cadre de l’élaboration du prochain budget. Cette profonde crise sociale doit être regardée en face, car elle sera lourde de conséquences politiques.

Le Président absolu: La Ve République contre la démocratie

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La vie en rose

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Dans la Maison rose, côté salon © Bruno Vacherand-Denand/Passage Citron

Au cœur d’une nature préservée adossée à la colline de Grasse, les jardiniers de Lancôme entretiennent avec passion le domaine de la Rose : un conservatoire horticole dédié aux professionnels de la parfumerie qui ouvre ses portes au grand public. La promesse d’une promenade entêtante


Dans l’univers de la création, le parfum occupe une place à part. Synonyme de luxe depuis toujours – rareté du produit, puis prestige d’une marque –, il est surtout miroir de l’imaginaire. Alors qu’une odeur est ce qu’il y a de plus impalpable, elle est ce qui s’inscrit le plus profondément dans la mémoire. Qui n’a pas connu cette réminiscence immédiate d’un souvenir lointain ou oublié au contact de quelque effluve, cette stimulation incontrôlable d’une mémoire olfactive méconnue de soi-même et incroyablement vive ? « Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient / D’où jaillit toute vive une âme qui revient » (Baudelaire). Cette perception troublante se double d’un mystère : il n’existe pas de vocabulaire olfactif.

L’architecture, la gastronomie, voire l’équitation et la menuiserie disposent d’un vocabulaire qui leur est propre, des mots pour désigner des réalisations, des formes précises. Or, en parfumerie, il n’y en a pas. Les mots qui ont ailleurs un sens en donnent ici aux odeurs. On emprunte à la musique pour parler de « notes » et d’ « accords » ; au toucher, avec le « soyeux » et le « poudré » ; on fait appel au goût pour évoquer le « poivré » et le « vanillé » ; et, surtout, on sollicite des impressions pour comprendre ce que l’on sent – et ressent : le « sous-bois », la « rosée », la « nuit claire », l’« heure matinale »… Telles sont les inspirations d’un créateur de fragrances, d’un « nez », qui sait ajouter à sa partition ce qu’il faut de « liberté », de « féminité » ou de « virilité » selon ses compositions, afin que chacun puisse, en quelques gouttes, se reconnaître ou s’affirmer.

Au nom de la rose

Il y a cinq ans, la maison Lancôme a fait l’acquisition d’un domaine entre les Alpes et la Méditerranée, à Grasse, berceau mondial de la parfumerie – un savoir-faire grassois inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco. Blottis dans un vallon, sept hectares d’une nature incroyablement préservée attendaient les jardiniers et les agronomes du célèbre parfumeur pour renaître. Leur objectif, revitaliser ce précieux terroir afin de cultiver les meilleures plantes nécessaires à la création de nouvelles fragrances et de cosmétiques. Dans ce conservatoire horticole croissent la verveine, le jasmin, l’iris, la tubéreuse et bien sûr la rose. La Centifolia y est reine. Aussi appelée rose aux cent fleurs, ou rose de mai, les 300 molécules que renferment ses pétales offrent une gamme de senteurs particulièrement prisée. Mais ce n’est pas tout. « Pour qu’un domaine resplendisse, les plantes doivent vivre en bonne intelligence avec leurs voisines et s’entendre avec les espèces animales », explique Antoine Leclef, l’ingénieur paysagiste responsable des cultures. Il veille donc à la coexistence heureuse de quelque 287 espèces de faune et de flore. Parmi les 215 espèces de plantes évoluent 29 espèces de papillons, 25 d’oiseaux, 13 de chauves-souris, cinq de reptiles et d’amphibiens, sans compter les abeilles et autres insectes.

Aux beaux jours, une promenade entre massifs, roseraies et allées ombragées par des oliviers associe sciences et lettres. Écouter notre guide parler pollinisation, expliquer qu’il faut deux tonnes de fleurs de jasmin pour obtenir un litre d’essence, que la tonte des pelouses est confiée à des moutons pour préserver l’environnement ou encore qu’envoyer les pétales de fleurs chez un extracteur à seulement quelques kilomètres permet de garantir leurs qualités aromatiques n’empêche pas de penser à Rousseau qui écrit dans Émile que « l’odorat est le sens de l’imagination ».

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Grandes orgues et délices

L’imagination est plus que jamais stimulée au cœur du domaine, au sein de la Maison rose. L’entrée de ce mas futuriste – entièrement peint en rose tendre du sol à la toiture – se fait par une grande porte ronde vitrée, clin d’œil au Ô de Lancôme. Les architectes Lucie Niney et Thibault Marca (agence NeM) ont réhabilité un bâti ancien afin d’accueillir, dans une spectaculaire salle cathédrale ouverte sur la verdure, étudiants d’écoles de parfumerie, parfumeurs professionnels et visiteurs de passage. C’est là que trône un remarquable orgue à parfums, une pièce unique créée par l’ébéniste Thierry Portier et les ateliers de dorure Gohard (qui déploient généralement leur talent sur les boiseries du Louvre et de Versailles). Des dizaines de fioles s’étagent en demi-cercle autour du créateur de senteurs qui y prend place. Ainsi est-il possible d’assister à l’élaboration d’un parfum sous ses yeux, sous son nez, et de prendre conscience de l’incroyable gymnastique sensorielle que cela nécessite : comment recomposer l’odeur de la rose que l’on vient de sentir au jardin après l’avoir décomposée molécule par molécule, comment la reconstituer pour la faire entrer dans un flacon et pour qu’elle tienne ensuite sur la peau. Il faut tester des assemblages et des associations, jouer avec l’intensité ou la fugacité d’une essence, « tricher », en contrebalançant le caractère volatile d’un agrume par l’apport amer et épicé du petit grain du Paraguay, ou user de « trompe-l’œil olfactif » en remplaçant un fruit trop gorgé d’eau pour être distillé par une fleur aux mêmes saveurs…

Rimbaud a donné des couleurs aux voyelles ; Lancôme donne des odeurs aux couleurs. C’est d’ailleurs l’histoire du rose : à la fin du xviiie siècle, les horticulteurs sont parvenus à créer des roses roses. Cela a tellement plu au public que la fleur a donné son nom à une couleur qui, jusque-là, n’en avait pas[1]


À voir

Domaine de la Rose Lancôme : 74, chemin de Saint-Jean, 06130 Grasse. Visite guidée gratuite sur réservation : www.lancome.fr/domaine-de-la-rose


[1] Rose. Histoire d’une couleur, Michel Pastoureau, Seuil, 2024.

Rose: Histoire d'une couleur

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Le promeneur de Saint-Germain

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L'écrivain français Arnaud Guillon © ANDERSEN ULF/SIPA

Monsieur Nostalgie continue sa série sur les auteurs talentueux qui se font trop discrets. Ce dimanche, il nous parle d’Arnaud Guillon, le romancier du triangle amoureux…


Le jour, où je ne croiserai plus sa silhouette gracile flâner dans Saint-Germain-des-Prés et sa mèche blanche voler au vent mauvais d’une littérature jetable, que ce soit aux abords de la place St-Sulpice ou dans les rues du quartier latin, je perdrai foi dans le Livre. J’abandonnerai le métier sur le champ pour me consacrer aux automobiles anciennes. Sa présence dans les allées du Monoprix me rassure. Son port de tête, un brin altier, parfois goguenard, surplombant un buffet dans ces mondanités que Paris s’évertue à faire exister artificiellement me comble de joie. Je ris d’avance de ses bons mots et de cette distance d’ancien régime qui caractérisaient autrefois les honnêtes hommes. Il est le signe que notre pays n’a pas encore totalement sombré dans le reniement de son style et de son esprit.

Indéfinissable charme

Il est, sans le savoir, le baromètre d’une époque où l’écrivain possédait des lettres et des pudeurs, des tâtonnements et des soupirs, où sa matérialité passait par une œuvre délicate et une façon de la porter tout aussi élégante. Il m’a souvent parlé de la grâce d’un livre, cet indéfinissable charme qui s’élève, par miracle, d’un amas de mots. L’immortalité est à ce prix-là. J’ai vraiment peur du jour où Arnaud Guillon ne posera plus son regard distant et nostalgique, lucide et amusé, sur le tourbillon de la vie. Il est vraiment d’ailleurs bien qu’il soit né à Caen. Il pourrait être un cousin éloigné de Pascal Jardin ou de Jean Freustié dans le toucher de plume, la rondeur et le sarcasme jouant chez lui un tango infernal. Il serait un descendant du baron Empain, qui revenu de l’enfer, aurait le chic de ne pas se plaindre de son sort. Il pourrait être un imper qui traverse la nuit parisienne sur un saxo désenchanté de Miles Davis. Une note bleue sur un soleil couchant à la Pissarro. Ou bien ce conducteur de SM à moteur Maserati qui s’arrête au Drugstore pour acheter le journal du soir et un paquet de blondes. Une femme aux yeux clairs l’attend sur le siège passager, elle porte une montre-bracelet Cartier et des lunettes en écaille. Un brouillard à la Sautet, incertain comme les élans du cœur, nous empêche de distinguer son rouge à lèvres.

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Arnaud Guillon ressemble à un acteur de comédie dramatique des années 1970 ou à ces étudiants d’Oxford encapuchonnés dans un duffle-coat pour mieux masquer leurs fêlures. Il y a du Normand en lui, donc de l’Anglais mais un Anglais tamisé par les bouquinistes des quais de Seine, par l’odeur des reliures pleine fleur et la tristesse des petits matins quand l’être aimé doit partir. Après lui, c’en sera fini de l’édition et du contrat moral passé entre l’écrivain et son lecteur. Car le lecteur avait jadis des droits et des attentes. La littérature n’est pas le déversoir à sentiments qu’elle est devenue, elle n’est pas une psychanalyse pages ouvertes ; elle est un sacerdoce et un artisanat ensorcelés dans une solitude mystérieuse, source de béatitude et de sueurs froides. Parfois, pour les plus talentueux, Arnaud Guillon en fait partie, elle se transforme en art. L’auteur est un chevalier errant, il ne court pas les plateaux et les prébendes, il construit seul, patiemment, dans l’indifférence quelque fois, son théâtre vivant.

Une espèce en voie d’extinction

Dans ce quartier m’as-tu vu où le roman s’épanouissait, voir Arnaud Guillon remonter la rue Jacob d’un pas fouettant (il a bonne allure), c’est toucher l’un des derniers représentants d’une espèce en voie d’extinction. Je parle ici de l’écrivain de langue française, classique et intimiste à la fois, le conteur des alcôves bourgeoises et des chagrins qui ne se guérissent pas.

Le visage éternel d’un jeune provincial monté à la capitale, piqué de lectures et d’illusions, voulant lui aussi se jeter dans la bataille du texte aussi carnassière que celle du rail. Arnaud Guillon est ce travailleur du soir accaparé par son manuscrit et la concordance de ses phrases. Ses courts romans sont extraits de vendanges tardives, il les murît jusqu’à la dernière seconde, soigne leur attaque et leur longueur en bouche. Il chasse les adjectifs superflus, il débroussaille sa prose pour qu’elle sonne clair. Au siècle dernier, il s’était fait connaître par des entretiens, notamment avec l’impossible François Nourissier, puis dès la parution d’Écume Palace (Prix Roger Nimier 2000), il dessina sa carte du tendre ce qui assura son succès chez Plon et Héloïse d’Ormesson (15 août, Hit-parade, Tableau de chasse, En amoureux). Il a choisi comme terre d’expression, le roman d’amour, peu d’écrivains ont le cran d’écrire sur ce sujet sans se brûler les ailes. Sans mièvrerie, avec un art du retranchement remarquable, il a su créer des personnages et des histoires qui durent. Il s’est épanoui dans l’inconfort amoureux. Arnaud Guillon résiste à cette lame de fond du vulgaire, à cet esprit boutiquier, et surtout il ne se presse pas. Il ne publie pas voracement à chaque rentrée. Mais décidément, que c’est long, nous avons hâte de tenir entre les mains le prochain Guillon.

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Fumer à Longpré

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Concert "Hold On!" juin 2025 © Philippe Lacoche

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


 « Non, nous n’irons pas en centre-ville ; tu connais trop de monde ! Tu ne vas pas cesser de parler ; on ne pourra pas profiter… » m’avait dit ma Sauvageonne plus ébouriffée que jamais. Il faisait chaud ; elle portait une robe légère agrémentée d’un motif panthère. Elle était si mignonne ; je n’avais pas envie de la contrarier. (« Imaginons qu’elle fasse une colère de fille ; la soirée serait gâchée », avais-je songé.) J’acquiesçai mollement, bien ennuyé par le souhait péremptoire de l’ébouriffée. Et soudain : euréka ! Il me revint à l’esprit que mon copain, le guitariste-chanteur Philippe Van Haelst, dit Vanfi (avec qui j’avais joué – de la basse Epiphone, forme violin – en des temps immémoriaux au sein du mythique gang Les Scopytones, combo phare du Yé-Yé français) m’avait invité à venir écouter Hold On ! un groupe de soul music qu’il avait intégré depuis peu ; ce dernier se produisait à Longpré-lès-Amiens. 

Ni une, ni deux ! J’attachais la Sauvageonne sur le siège bébé à l’arrière afin qu’elle ne change pas d’avis, et nous fonçâmes vers Longpré. A peine étions-nous garés que les effluves corsés de « Hold On ! I’m coming », de Sam & Dave me montèrent aux oreilles comme un vin bio d’Auvergne. « Le morceau éponyme de la formation ! Un bon présage », songeai-je. J’avais tort. J’arrivai clope au bec vers la buvette pour commander deux bières. Un homme me fit savoir qu’il fallait que j’éteigne ma cigarette car je me trouvais dans une enceinte scolaire. Je grognai comme un vieux yak, respirai profondément façon application cohérence cardiaque sur YouTube, me calmai quand il ajouta : « Et il n’y a plus de bière. » Je constatai qu’à ses pieds gisaient cinq fûts d’une binouze que je soupçonnais d’être allemande. Je lui fis remarquer, pas commode. « Ils sont vides », fit-il, un peu radouci. Nouvelle séance de respiration cohérente. 

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J’allais raconter mes aventures à ma belle. Alors que je parlais, Hold On ! égrenait son répertoire. C’était carrément délicieux. De la soul comme on l’aime. Mes pensées s’égaraient très loin, dans un passé que je croyais évanoui. Je me revoyais, adolescent, dans la salle des fêtes de Tergnier, à un concert des Candles, le groupe ternois de rhythm’n’blues et de soul. Gilles Camus avec sa belle voix de crooner populaire, Momo, au chant également, Goumi, précis et talentueux, sur sa Fender Telecaster aux riffs hachés menus, le Grand Zézette, efficace à la batterie, Marrane, calme comme un Wyman, à la basse, la section de cuivre. C’était les seventies ; je me retrouvais projeté dix ans en arrière. (J’ai toujours détesté le présent.) C’était merveilleux. Hold On ! me faisait le même effet. 

Je cru reconnaître « A change is gonna come », de Sam Cooke« In the midnight hours », de Wilson Picket, « Papa’s got a brand new bag », de James Brown… Rien que du bonheur, d’autant que l’homme de la buvette était venu m’annoncer qu’il avait retrouvé deux fûts de binouze. « Vous savez, moi aussi je suis fumeur », fit-il en me tapant sur l’épaule. On était réconciliés. Le concert terminé, je filais saluer Vanfi qui me raconta l’histoire de sa formation. 

Affiche maximum soul music « Hold On » © D.R.

Hold On ! est composé de neuf musiciens : Guillaume Ghehoun, chanteur, Michel Duflos, claviers, Franck Claussmann, piano et chœurs, Philippe Van Haels, guitare et chœurs, Jean Pierre Dabonneville, basse et chœurs, Marc Cordonnier, sax ténor, Laurent Dupuis, trombone, Jerôme Martel, trompette et Daniel Sueur, batterie. Il a été fondé en 2021, à la sortie du Covid mais il a subi bien des changements depuis pour se stabiliser autour de la présente formule « qui repose sur une solide section rythmique, une section de cuivres complète et la voix incomparable de Guillaume, notre chanteur charismatique », expliquait Vanfi, enjoué.

Photo du groupe, 2025 © Anne Sophie Grossemy

« Hold On ! c’est un groupe de reprises de chansons soul, dans le plus pur style original du label Stax Record des années 60. Notre répertoire comprend quelque deux heures de musique soul non-stop, d’Otis Redding à Nina Simone, en passant par James Brown, Percy Sledge, Eddie Floyd, Sam and Dave et bien d’autres encore ! Nous nous retrouvons dans l’envie de transmettre l’énergie et les vibrations de cette musique afro américaine du milieu des années 60 incarnée en particulier par les productions du label Stax. Hold On ! ça veut dire « Tiens bon ! »« N’abandonne pas ! » C’est une chanson de Sam & Dave, c’est le premier succès du label Stax. Ce n’est pas pour rien car c’est un message universel et intemporel qui dépasse de loin la musique et dans lequel chacun peut se retrouver. Le rhythm & blues est la bande son des luttes pour les droits civiques afro américains. Cette musique symbolise l’esprit de révolte, de résistance et de combat mais aussi la ferveur et les vibrations positives que la communauté noire américaine de cette époque a su transmettre en transcendant souvent son désespoir. Dans le contexte national et international actuel, très incertain et anxiogène, ces valeurs positives de fraternité, d’ouverture et d’engagements résonnent et apportent une  bouffée d’oxygène à beaucoup de gens. Nous le ressentons dans nos concerts il y a un vrai engouement pour cette musique. Nous souhaitons entretenir la flamme allumée il y a maintenant plus de 60 ans à Memphis dans le sud des Etats-Unis par une bande de jeunes musiciens de cultures et de milieu sociaux différents qui ont su dépasser leurs différences. Une grande voix, une rythmique solide et une section de cuivres complète, pour retrouver la couleur originelle de cette musique qui a su traverser les époques. » Tu l’as dit, Vanfi !

Pompes funèbres à La Souterraine

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L'écrivain Laurent Graff. DR.

Pour tout un chacun, les jours sont comptés, mais en règle générale la vie reprend le dessus. Il n’en va pas de même pour Jacques Ferré : « Par instants, il me semble atteindre un point où la vie et la mort sont si proches, se touchent, qu’elles ne font plus qu’une, comme deux aimants qui s’unissent ». Pas très sociable, le Robinson Creusois : « pas de femme, pas d’enfants, pas d’amis, aucune ambition, très peu de possessions », et confessant à qui veut l’entendre que « ce qui domine, c’est la mire ». Depuis des lustres, l’homme est persuadé que « la guerre est déclarée » à nos portes, « à la frontière » ; que Rodrigo, le déserteur qu’il héberge depuis trois mois, est peut-être le sniper qui va le viser, lui, et taper dans le mille. Aurelia, sa visiteuse aux apparitions imprévisibles, ne le salue jamais autrement que par ces mots : « belle journée pour mourir ».

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Les fous étant aveugles à leur propre démence, la logorrhée du schizophrène paranoïaque revêt toutes les apparences de la normalité : le sel de la première partie du livre tient à ceci que ce monologue égare soigneusement le lecteur quant au degré de réalité de ce qu’il décrit, le délire de Jacques Ferré parasitant le réel, sans frontière bien stable entre les deux. Dans une deuxième partie, le lieutenant Christian Philippot enquête sur la mort du reclus, retrouvé avec le front transpercé d’une balle. Fouillant la généalogie du défunt (Florence, sa fille fleuriste), interrogeant le voisinage (Gilbert Laplace, le retraité d’en face)… Homicide ? Suicide ? Pour en avoir le cœur net, lisez Belle journée pour mourir : à peine cent petites pages apéritives, à boire cul sec.

Auteur maison des éditions du Dilettante – déjà une bonne dizaine de livres au compteur – , Laurent Graff, né en 1968, aime à tâter de tous les registres. Légère, musicale, insolite, parfois mordante, sa prose arpente les paysages, les mœurs et les usages de la France contemporaine avec une alacrité teintée d’humour noir.


A lire : Belle journée pour mourir, de Laurent Graff, Le Dilettante, 2025. 107 pages

Belle journée pour mourir

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Rome sur canapé

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Jean Le Gall © Nicolas Guilbert

Jean Le Gall plonge dans les méandres de la crise existentielle d’un homme politique qui abandonne ses responsabilités. Un changement de vie absurde et profond dans la Rome des années 1960


Il y a des familles en littérature. Celle des Hussards donna beaucoup d’enfants, tous différents et plus ou moins heureux – surtout les derniers qui, à toute force, imitent, c’est-à-dire « posturent » sans autre objet, leurs illustres aînés. Quoi qu’on dise, elle eut un mérite : désengager la littérature, la sortir du bourbier politique d’une époque, celle des années 1960, prôner le singulier sur le pluriel, ou plutôt « contre » ce dernier, pour reprendre un mot de Cocteau cité par Jacques Laurent. Le héros du roman de Jean Le Gall a lui aussi choisi de se désengager de la politique. Et son créateur ne laisse pas de nous faire penser par son style, son rythme, son espièglerie, son insolence et son goût pour le plaisir aux turbulents cités plus haut qui, jamais, ne formèrent une école.

Rome, janvier 1969. Le jour même de son élection à la tête du Parti communiste italien, Nicola Palumbo démissionne. Partant, il suicide sa carrière. Faut-il ajouter qu’il « théorisait une révolution qui fût débarrassée de l’envie, de la jalousie, de la revanche et donc de la violence ». C’était déjà une dérobade ! La belle affaire ! Ce fantaisiste a tôt fait de se reconvertir, le jour de son triomphe volontairement avorté, en vendeur de canapés. Se reconvertir dans le convertible ! D’où tient-il ce détachement, cette indifférence ou cette ironie ? C’est selon. Peut-être du troisième mari de sa grand-mère, un certain Fabrizi, dont il avait fait la connaissance en 1939, dans la très belle propriété de la nonna, à trente minutes de la Ville éternelle. Le Fabrizi en question lui dispensa une formation morale dont on peut arguer que le poids (donc l’influence) fut inversement proportionnel à celui du « legs cellulaire de l’hérédité ». Lisez plutôt : « La générosité est une façon respectable de déshonorer son esclave. » Et aussi : « Deux ou trois fois par siècle, l’Italie s’endort au volant. » Et encore : « La droite, la gauche… La vérité n’a jamais été de ces couleurs-là. » Et enfin : « Nous existons à peine. » Cette dernière sentence fera visiblement son chemin puisque, peu de temps après son embauche comme commercial en canapés, Nicola confie à son seul ami Luigi Montale : « Je veux pour ma vie qu’elle soit désormais une expérience existentielle. » Sans doute vient-il simplement d’appréhender le fait que « l’existence humaine est plus épaisse que la politique ne veut le croire ».

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Bientôt, dans son magasin, Nicola voit entrer une femme d’une beauté brutale, de « celles qui agissent avec l’efficacité d’un interrupteur » : Silvana Mangano. Il discute avec elle et s’aperçoit que, d’une certaine façon, il est lui aussi un acteur capable, sans remords, « de changer de rôle entre deux portes ». Ainsi notre héros va-t-il enchaîner les rencontres dans un décor de boom économique ajouré par les bombes anarchistes. C’est maintenant avec lui-même qu’il commerce, avec son impuissance. Cette comédie italienne ne manque pas de profondeur.

Jean Le Gall, Dernières nouvelles de Rome et de l’existence, Gallimard, 2025, 192 pages.

Dernières nouvelles de Rome et de l'existence

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M. Mélenchon milite pour le mariage…

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Jean-Luc Mélenchon. Capture Youtube.

Tout arrive.

Oui, M. Mélenchon se pose désormais en farouche défenseur de l’institution du mariage. Il l’a déclaré sans ambages lors d’un récent entretien (voir vidéo en fin d’article) où il évoquait à plaisir son concept chéri de « Nouvelle France. » « Je plaide Nouvelle France », se gargarise-t-il. La vieille France, selon lui, est celle qui salope ses arbres, ou quelque chose comme ça. Et de se vanter d’être à même, circulant en voiture, de reconnaître à la seule forme des arbres si l’on a affaire à la Nouvelle agriculture ou la vieille. Personnellement j’envie une telle science. J’en suis modestement resté au stade où, traversant certains quartiers que je ne prendrai pas la peine de situer ou de nommer ici, je suis parfaitement capable de discerner si je me trouve dans la Nouvelle France à la mode Mélenchon ou pas. Je suppose qu’il n’est nul besoin que je vous fasse un dessin…

« Nous n’allons pas dire aux gens mourez dans la Méditerranée, poursuit le guide suprême des Insoumis. On préfère qu’ils soient vivants, qu’ils viennent ici avec nous, épouser nos filles et nos gars et que nos familles prospèrent… »

Vision idyllique. Ne manquent que les violons et la larme à l’œil. Embrassons-nous Folleville, gai, gai marions-nous !

Soit, mais de quel mariage s’agit-il ?

De l’union conforme aux prescriptions à la fois de notre civilisation, de notre histoire, de nos mœurs, de nos us et coutumes, de nos lois ancestrales ? Ou du mariage où la femme n’est guère plus qu’un élément de cheptel polygame burqable à merci, inférieure et soumise à l’homme dans le quotidien de son existence comme dans son statut juridique et social ? Il conviendrait tout de même que M. Mélenchon précise ces choses qui ne sont pas que détails, on en conviendra.

Je m’attendais – naïf comme je suis – à ce que cette exigence d’éclaircissements tombe de la branche féminine de son mouvement où l’on se drape volontiers dans les fanfreluches d’un féminisme des plus avancés. Je pensais que les trois grâces associées de près à la vision du gourou se feraient un devoir de réclamer ces précisions. Trois grâces, dois-je les nommer ? Ce sont Mesdames Panot, Hassan et Aubry. Il est vrai qu’en matière de défense de la femme, elles sont d’une sensibilité plutôt sélective. Le solfège inversé, si je puis dire, où, par exemple, une blanche (violée, tabassée, assassinée) est loin, très, très loin de valoir une « racisée ». Inutile donc d’espérer quoi que ce soit de ce côté-là.

Toujours au cours de ce même entretien, M. Mélenchon se fait une gloire d’être un « agent de subversion migratoire ». Et de reprendre le couplet qu’il avait entonné précédemment, le 13 février 2025, à Angers me semble-t-il, lors d’un meeting. Il y exposait qu’il était de ceux – un Français sur quatre, selon lui – dont au moins un grand père était étranger. Deux dans son cas, revendiquait-il. L’un Italien, l’autre Espagnol.

Et c’est bien là que se niche l’imposture intellectuelle mélenchonienne. En quoi les apports de populations espagnoles, italiennes auraient-ils généré chez nous une modification civilisationnelle substantielle, radicale ? Un exemple. Lorsque Mazarin, le finaud ministre italien de Louis XIII gouverne le pays, en profite-t-il pour instaurer un califat ? Le mariage entre gens de ce versant-ci des Alpes ou des Pyrénées avec des personnes de l’autre versant est-il si différent de l’union entre individus de deux de nos villages ou de nos terroirs ? Les uns et les autres ont été biberonnés à la même conception des choses et des êtres, à la même source métaphysique et spirituelle. Aux mêmes principes de droit. Il y a des différences, c’est certain. L’assimilation des arrivants n’aura certes pas été un long fleuve tranquille. Mais il était patent, il était manifeste, il était évidemment dès avant leur venue que ce qui unissait les uns et les autres était autrement plus important, autrement fort, que ce qui les séparait. Autrement dit, très exactement l’opposé de ce que M. Mélenchon porte avec son projet illusoire et mortifère de Nouvelle France.

Pire encore, à l’entendre il n’y aurait, pour le migrant que deux options : mourir en Méditerranée ou convoler avec une heureuse élue de chez nous. Personnellement, j’en vois une troisième. S’accrocher à son pays, à l’endroit d’où l’on est, et mettre toute son énergie, non pas à ramer et ramer encore dans la grande bleue ou la Manche, mais à œuvrer pour la prospérité de sa terre natale, y promouvoir un progrès social si possible harmonieusement et équitablement réparti. Et, in fine, juste histoire de faire plaisir à M. Mélenchon, y épouser une fille, un gars du cru.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Je suis solognot mais je me soigne

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