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Christine Angot au musée Delacroix: l’oeuvre d’art, c’est elle !

L’histoire de l’art se porte mal. Cette noble discipline conjugue certes deux tares, l’histoire et l’art, autant dire ce que les chantres du nouveau monde haïssent le plus par les temps qui « courent ». Si son enseignement est sinistré, l’histoire de l’art résiste toutefois encore dans les musées grâce à ce qu’un communiqué du Centre Pompidou qualifiait récemment dans sa novlangue impayable de « présentiel » (comprenez : la contemplation des œuvres in vivo (sic) !). Las !

« Une femme au désert. C’est moi. »

Cette évidence ne suffirait pas partout à attirer le chaland. Conserver, étudier et exposer tableaux et sculptures n’est plus, bien souvent, que la cinquième roue du carrosse et l’événementiel prend désormais le pas sur le contenu. Dans cette dérive, les expositions bâclées à dessein médiatique sont aujourd’hui légion, mais le nivellement par le bas ne suffisant pas aux yeux de certains, la pipolisation a été appelée en renfort. Commissaires invités et autres cartes blanches : la promenade égocentrique d’une « personnalité » est devenue une tarte à la crème de la communication muséale. Dernier avatar de ce tic (en toc), l’invitation de Christine Angot au musée national Eugène-Delacroix atteint sans doute un sommet dans le grotesque. Qualifiée de « grand écrivain » (on a exceptionnellement renoncé à « écrivaine », craignant sans doute la tentation d’un bon mot), la chroniqueuse de Laurent Ruquier était ainsi appelée à sélectionner des œuvres qui l’ont « émue, surprise, intéressée, étonnée ».

A voir aussi: Alain Finkielkraut sur Christine Angot: « Comment a-t-on pu tomber si bas? »

Dans ce charmant lieu qui fut l’atelier de Delacroix, ce n’est donc plus l’œuvre du peintre qui compte, mais le regard de madame Angot, dont on ignorait qu’il intéressât qui que ce soit. Un seul exemple suffira à évaluer la hauteur de vue de l’écrivain auquel on a demandé de commenter les œuvres : devant la Madeleine au désert, l’auteur d’Une semaine de vacances écrit ces mots définitifs : « Oublions Madeleine. C’est une femme. Une femme au désert. C’est moi. » Cette modestie admirable est confirmée par le portrait de la commissaire, dû à Louise Bourgeois, accroché entre la Médée et une effigie de George Sand. Comme ces touristes qui se prennent en selfie devant la Joconde, madame Angot se contemple devant Hugo, Shakespeare et Delacroix. Mais rassurons-nous, cet épisode n’est que le premier d’une série dite « littéraire »; le prochain, consacré à l’orientalisme, sera organisé sous la direction d’une personnalité sans doute d’autant plus qualifiée en art qu’elle a raccroché ses crampons pour chausser des lunettes : Lilian Thuram.

Paris n’est pas le cœur de la France

Il y a deux France. L’une est fictive, elle s’appelle Paris. C’est une ville qui n’existe pas, mais qui se croit le centre de l’Hexagone, peut-être celui du monde. C’est fréquent chez ceux qui ne sont rien, et pensent que leur nombril est tout.

Et puis il y a la vraie France, France périphérique (si on veut bien y réfléchir, le centre d’un cercle, ce n’est pas grand-chose, c’est la périphérie qui fait tout), France des terroirs et des paysages, France des vignes et des nourritures terrestres — loin des mangeoires prétentieuses où des bobos désœuvrés invitent des femmes artificielles — et des hommes qui ne le sont pas moins.

A lire aussi: Christophe Guilluy: « la vague qui a porté le FN restera puissante »

Evidemment, ces évidences ne sont pas du goût de tout le monde. Un journaliste (ou qui prétend l’être parce qu’il papote sur la Cinq sur le coup de 20 heures) traita un jour de « pétainiste » un ami gastronome qui faisait l’éloge de ces terroirs et de ce qui s’y élève : camemberts non pasteurisés, agneaux de prés-salés et poulardes de Bresse. « Pétainiste ! ». Incroyable cette capacité des imbéciles à franchir le point Godwin dès qu’ils ne comprennent pas. La référence au IIIème Reich est le bouclier de leur bêtise.

Paris et l’oasis français

Tout cela pour vous parler de Lalbenque…

Lalbenque est un village du Lot, à une quinzaine de kilomètres de…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

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Quartier libre pour la hallalisation des esprits


Partie à la rencontre de ses anciens élèves musulmans, Anne-Sophie Nogaret constate qu’une majorité d’entre eux ne vit pas à l’heure républicaine. Leur contre-société régie par les lois de l’islam discrimine les femmes et exclut les non-musulmans. Reportage dans nos territoires perdus. 


L’étude d’Olivier Galland, parue dans le dernier numéro de la revue Le Débat, donne une confirmation statistique à ce que nous sommes nombreux à constater : dans notre pays et en Europe vit une société parallèle, contre-société engendrée par l’islam politique. Qu’en disent les jeunes Français ?

A lire aussi: Jeannette Bougrab: « On vous traite de raciste et d’islamophobe quand vous êtes laïque »

D’anciennes élèves que j’interroge à ce sujet s’exclament : « Évidemment qu’il y a une séparation entre les musulmans et les autres ! » Et de me raconter les élèves qui devant le lycée se regroupent en fonction de leur appartenance religieuse, les femmes voilées dans le bus qui tressaillent lorsqu’on s’assoit à côté d’elles, leur évitement de tout contact visuel, leur malaise et leur surprise lorsqu’on leur adresse la parole. Autant d’attitudes, selon elles, s’expliquant par la peur. Ça colle : la séparation, la recherche de l’entre-soi s’expliquent aussi par le sentiment de persécution qu’éprouvent, contre la réalité, nombre de musulmans. Culturellement présent chez les populations issues de l’immigration (le mauvais œil du monde arabo-berbère), exploité par le discours islamiste, conforté par la bien-pensance victimaire, ce sentiment devant lequel chacun s’incline est le meilleur agent du séparatisme et de l’entre-soi.

Islam Facebook

Le métier de professeur m’a permis de confirmer ce phénomène : les élèves musulmans que j’ai croisés ces dernières années affichent une méfiance de principe en cours de philosophie, voire pour quelques-uns une sourde hostilité. Pas tous, certes, mais une majorité. Les dissertations à la gloire de Tariq Ramadan (ce grand intellectuel victime de racisme), les devoirs vantant la beauté de l’islam, les « démonstrations » fondées sur des opinions religieuses ne sont plus des raretés. Elles font partie du paysage. Les visages fermés, les grimaces, dès qu’on aborde la question sexuelle, religieuse ou scientifique. Une jeune fille d’origine algérienne, brillante et croyante, corrobore la chose : « Je n’en peux plus de “l’islam Facebook” ! Parce qu’ils n’ont aucune connaissance de l’islam, ils sont tous persuadés qu’avec la philo, on veut leur laver le cerveau. »

Tribalisme

C’est un cliché, mais c’est vrai : la culture africaine ne connaît pas l’individu. Le groupe seul existe, qui structure l’identité de chacun. Il est alors cohérent que la philosophie, qui apprend « à penser par soi-même », soit vécue comme une menace. Mounir, un de mes anciens élèves, évoque la loi du groupe, indissociable de la pression religieuse et de la vie des « quartiers » : « Dans mon collège, c’était l’enfer pour ceux qui ne faisaient pas le ramadan. Tout se passait loin du regard des profs, qui ne voyaient rien, du coup. En réalité, on était poursuivis, tabassés par les gamins qui nous faisaient la misère avec la religion… Dans les cités, il y a un contrôle énorme. » Et les fortes têtes ? « Bien sûr, il y en a qui résistent, mais ils doivent à un moment ou à un autre quitter le quartier. Ça fait plusieurs années que je ne fais pas ramadan, et je me fous complètement de croiser des Arabes un sandwich à la main. Par contre, j’évite de le faire là où vivent mes parents : je ne veux pas qu’ils aient de problèmes avec les voisins. »

Territoire hallal

Les fortes têtes affichant leur a-religiosité désertant les quartiers, y restent ceux qui acceptent la loi du groupe, quoi qu’ils en pensent par ailleurs. Pratiquant le covoiturage, je me suis retrouvée il y a quelques semaines à la fois la seule femme et la seule non-Maghrébine. Sur les sièges arrière, deux jeunes gens se présentent l’un à l’autre : « Tu es quoi, toi ? – Moi, algérien. Et toi ? – Marocain. » J’y suis hélas habituée : mes élèves se présentent de la même façon, se définissant par le pays de leurs parents (voire de leurs grands-parents) et non par celui dont ils ont la nationalité, où ils sont nés et où ils vivent. La suite du dialogue m’a néanmoins stupéfiée : « J’habite à Montpellier. – C’est hallal, Montpellier ? – Tranquille mon frère, c’est hallal. Et toi ? – À Rouen. – C’est hallal, là-bas ? – Wesh, tranquille, hallal. » Ainsi, ces jeunes gens, qui s’étaient parfaitement compris, usaient-ils du mot hallal pour désigner un territoire. Une ville ou un quartier hallal, autrement dit un lieu pur, permis, licite. Une pureté ne pouvant résulter que de la population y vivant, population elle-même hallal. Autrement dit musulmane pratiquant l’orthopraxie visible : voilement, présence féminine absente de certains lieux et passée la nuit tombée, ramadan pratiqué ostensiblement, etc.

« Dans mon collège, c’était l’enfer pour ceux qui ne faisaient pas le ramadan. »

Plus tard, le conducteur, par ailleurs avenant et disert, commit une petite blague sur « une Française qui croit que l’homme descend du singe et qui donc elle-même descend du singe. »  Ambiance. Poursuivant sur le Coran, livre de toutes les vérités scientifiques, il me dit que ses enfants avaient comme consigne de ne pas croire ce qu’on leur disait en classe. La vérité, c’est à la maison qu’ils l’apprennent. Pour autant, pas question que ses gamins se fassent repérer à l’école, poursuivit-il : même si elle racontait « n’importe quoi », il fallait toujours dire « oui, oui » à la maîtresse. Mounir, à qui je racontai la chose, me parla d’exclusion. J’objectai que ce monsieur travaillait, qu’il était financièrement à l’aise. Le problème ici n’était pas d’ordre économique. Il était d’ordre culturel. Oui, concéda-t-il, on devrait plutôt parler d’auto-exclusion. « Il y a eu l’émancipation des femmes, celle des homos. On pourrait presque dire que le prochain combat sera celui de l’émancipation des musulmans… » conclut-il en rigolant.

A lire aussi: Islamophobie: les musulmans se croient plus « victimes » qu’ils ne le sont

Me revint alors en mémoire un autre covoiturage. Deux jeunes filles, sans adresser une parole ou un regard aux gens présents, discutaient entre elles comme si elles étaient seules. « Pourquoi nos frères nous emmerdent comme ça à être sur notre dos ? » disait l’une. « Ils le savent bien pourtant : nous, on est musulmanes ! » L’appartenance à l’islam valait donc valeur morale en soi. L’appartenance à l’islam signifiait apparemment ici de n’avoir avec les non-musulmans qu’un rapport strictement utilitaire et, il faut bien le dire, ouvertement méprisant. À l’approche de Rouen, pourtant, une d’entre elles se tourna vers moi, et dans un élan inattendu, exprima sa joie de retrouver Rouen, sa ville, qui lui avait manqué, dit-elle. Cet attachement me parut un signe disant qu’il ne fallait pas désespérer. Malgré tout.

Du Mammouth au Titanic: La déséducation nationale

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Douter de la vérité officielle n’est pas du complotisme

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Un flou terminologique dangereux.

C’est Emmanuel Macron qui, par son discours lors de ses vœux à la presse, a mis la notion de fake news à la une de cette rentrée 2018 :

On notera qu’il parle de « fausses nouvelles », une expression censée traduire fake news mais qui en conserve le caractère vague, imprécis et attrape-tout.

Fake n’est pas false

L’adjectif fake est synonyme de forged, plus que de false ou de wrong. Une fake news n’est pas une information qui serait fausse parce que celui qui la diffuse se serait mal informé. Avec fake, c’est la nature-même du propos qui est remise en cause: la qualification de fake invalide sa désignation comme news.

Pour prendre un petit exemple personnel, je dirais que quand la journalistes de l’Obs me prête des liens de parenté ou des diplômes fantaisistes, on a affaire à des informations fausses, diffusées par incompétence ou paresse. Quand elle me désigne comme la « protégée d’Henry de Lesquen » au prétexte que j’ai accepté l’invitation de celui-ci à donner une conférence à la fête de Radio Courtoisie et que, par conséquent, je me retrouve assise à côté de lui, on est dans la pure fake news. La diffusion consciente et assumée du faux dans le but de nuire à une personne jugée infréquentable car côtoyant des infréquentables.

A lire aussi: Emmanuel Macron et la « fake » liberté d’expression

De même qu’un faux nez n’est pas un nez, une fake news n’est pas une news. Elle en a l’allure, par sa formulation et parce que le média qui la diffuse jouit, au moins auprès d’un certain nombre de personnes, d’une forme d’autorité qui lui confère de la crédibilité. Fondamentalement, la fake news est une rumeur diffamatoire lancée en toute connaissance de cause, dans le but de nuire.

Si on accepte de les définir ainsi, et je crois que c’est ce qui ressort du propos d’Emmanuel Macron, alors on ne pourra nier que la lutte contre les fake news est légitime et nécessaire. Mais notre arsenal juridique ne prévoit-il pas déjà des dispositions permettant de faire condamner la diffamation ?

La sanctification d’une thèse officielle

En outre, la jubilation générale des journalistes à l’idée que l’on ferait désormais la guerre aux fake news ne trahit-elle pas le fait que, sous cette expression, nombre d’entre eux mettent autre chose que la seule rumeur diffamatoire ?

Indubitablement. Pour ma part, si j’étais journaliste, je détesterais vivre avec l’idée que mon métier est d’établir et de sauvegarder des vérités officielles. La plupart des journalistes considèrent pourtant que…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 

Il faut absolument préserver les enfants de la pornographie

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Tout le monde le dit, ici Le Figaro, là Le Monde et notre président aussi : « Aujourd’hui, la pornographie a franchi la porte des établissements scolaires comme naguère l’alcool ou la drogue. Nous ne pouvons pas d’un côté déplorer les violences faites aux femmes et de l’autre, fermer les yeux sur l’influence que peut exercer sur de jeunes esprits un genre qui fait de la sexualité un théâtre d’humiliation et de violences faites à des femmes qui passent pour consentantes. »

Il faut protéger les enfants de la pornographie en raison, notamment, de l’image dégradée de la femme que véhiculent ces images. Quelle drôle de raison ! Et si l’on suscitait des images pornographiques valorisant et même survalorisant la femme, la pornographie deviendrait-elle acceptable pour les enfants ? Superwoman ramollissant Rocco Siffredi, ce serait mieux ? De toute façon, si on peut trouver que la femme est dévalorisée dans ces spectacles, l’homme lui-même, transformé en perforateur mécanique a plus l’air d’une brute que d’un homme. L’argument de la violence, en revanche, est meilleur. Il faudra y penser.

La sexualité, par essence, est cachée

La pornographie donne de l’humanité une vision animale, pré-humaine. Elle déshumanise, au sens propre. Elle ôte, à la sexualité, l’humanité qu’un long processus de civilisation a réussi à y mettre, et ramène l’homme à son statut initial de prédateur.

Mais… n’y aurait-il pas place pour de la pornographie respectueuse de la dignité humaine mettant en scène jeune fille chlorotique et gentleman qu’au nom d’une éducation à la réalité, on pourrait montrer aux enfants ? Eh bien… non. Ceux qui, comme Libération suggèrent que… après tout… pourquoi pas… se trompent et peut-être même nous trompent. Après tout, ils ne seraient pas les premiers à tenter de mettre les enfants dans les jeux sexuels des adultes tout en se défendant de toute pédophilie.

La pornographie, qu’il ne faut peut-être pas condamner pour cela, consiste à montrer la sexualité de la manière la plus crue, la plus débarrassée de tout élément de civilisation avec pour seule limitation de ne pas tomber sous le coup de la loi. La pornographie, c’est forcément du brutal, sinon, elle n’est rien. De plus, elle ne se borne pas à montrer la sexualité, elle en fait un spectacle, elle la monte en performance, ce que par nature, elle n’est pas. Car par nature, il n’y a de sexualité que retirée de la scène. En peine lumière, si on aime, mais hors de toute vue, à l’exclusion de tout spectateur. Même les peuples qui vivent nus ne pratiquent jamais la sexualité sur la place publique. Aussi pour montrer la sexualité dans son humanité, faudrait-il la montrer cachée, ce qui reviendrait à ne pas la montrer mais seulement la suggérer.

« Plug anal » et « vagin de la reine »

Mais… et l’œuvre d’art ? La si bien nommée licence artistique ? Là encore, non. On peut rappeler Malraux, qui explique que le sentiment du beau n’est pas compatible avec l’excitation sexuelle et que ce qui tue l’art, dans la pornographie, ce n’est pas la sexualité elle-même, mais son déferlement. Aucun puritanisme là-dedans, seulement le fonctionnement de l’appareil mental de l’homme dans lequel les émotions fortes empêchent la survenue du sentiment de beauté. Là non plus, ce n’est pas une raison pour interdire la pornographie, mais c’en est une pour en protéger les enfants même sous couvert d’art. Et d’ailleurs on voit d’autant moins pourquoi il faudrait accorder à l’art une dérogation à la protection de l’enfance puisque l’excuse de la bonne foi ne peut plus servir. Lorsqu’on expose un « Vagin de la reine » (Anish Kapoor, 2015) dans les jardins du château de Versailles, ou le « Tree, Plug anal » (Paul McCarthy, 2014) place Vendôme, ou lorsqu’on fait commencer un film comme celui de Gaspar Noé (Love), on sait ce qu’on fait et ce qu’on fait n’est pas pour les enfants.

Mais laissons les « artistes » faire ce qu’ils veulent, par exemple tenter de renverser ce qu’ils croient être un ordre moral. Laissons-les croire également au caractère subversif de leurs gesticulations savantes, alors qu’ils ne font que céder à de nouvelles conventions, mais ne nous croyons pas obligés d’y exposer nos enfants et souvenons-nous que Platon excluait les artistes de sa République idéale. Ce n’était pas sans raisons.

La sexualité directe est toujours un traumatisme pour l’enfant

Si les enfants ne doivent pas être exposés à la pornographie, ce n’est pas par moralisme, et c’est encore moins par féminisme, mais seulement parce que la représentation directe de la sexualité en action est, tout simplement, pour eux, pathogène. Sur le coup, on a l’impression que les enfants encaissent très bien ce qu’ils voient, car ils ne bronchent pas. Mais les psychologues constatent toujours que, malgré un certain quant-à-soi, les enfants en sont profondément et durablement marqués, souvent même pour la vie. Le surgissement de la sexualité directe est toujours, pour eux, un traumatisme qu’ils ne surmontent pas toujours.

Et pour les enfants plus grands, les adolescents, la pornographie présente une sexualité détachée de son contexte humain, sentimental, pour les hommes comme pour les femmes. Certes la sexualité réelle peut-être vulgaire, brutale, animale, mais est-ce là une éducation ? Que des adultes s’amusent à régresser, pour un temps, dans l’échelle biologique, pourquoi pas, mais ici il s’agit d’enfants en formation. Le but est de les faire accéder sans trop de dommage à la liberté adulte, dont la sexualité humaine.

Il est inutile d’interdire la pornographie

Car la sexualité humaine ne peut se comparer à la sexualité animale. Elle en diffère profondément, comme la psychanalyse freudienne la bien montré. On en rappelle les thèses ? Bon, mais vite, alors. D’abord, la libido apparaît avant même que l’appareil génital qui lui donnerait sens soit mature. Pour cette raison l’enfant est un pervers polymorphe qui doit apprendre à surmonter les phases primitives de la sexualité (orale, sadique-anale, phallique, enfin génitale). Cette évolution est périlleuse et se bloque très facilement à telle ou telle étape. De plus, il existe une phase appelée phase de latence, de six à douze ans, durant laquelle la libido s’atténue. C’est pendant cette phase que l’éducation a le plus d’effet et c’est donc pendant cette phase qu’elle serait la plus compromise par la pornographie. Ne développons pas davantage. Il faut empêcher le spectacle de la sexualité crue de venir perturber le développement des enfants.

Alors que faire ? Commençons par écarter les solutions habituelles, comme d’interdire les sites concernés. Ce serait vain parce qu’il est très facile de contourner cette interdiction en changeant le DNS (domaine name serveur) du fournisseur d’accès pour un autre non censuré, celui de Google (adresse : 8.8.8.8), par exemple. Il ne faudra pas 24 heures aux enfants et aux adolescents pour savoir comment faire, par exemple en tapant dans son moteur de recherche la formule magique : changer DNS. Quant aux logiciels de contrôle parental, outre leur faible efficacité, ils sont très faciles à contourner et dans les cours de récréation, on s’échange les meilleures astuces.

Le premier filtre, les parents

Ce qui peut surprendre, ce qui doit surprendre, c’est que les solutions envisagées sont toujours techniques ou judiciaires. Jamais – à l’exception notable du discours de notre président cité plus haut – on ne fait appel aux seules personnes qui pourraient venir à bout de ce problème : les parents. Et pourtant, les parents sont la seule solution. Il suffirait d’attirer leur attention par toutes sortes de voies médiatiques sur ce qu’il convient de faire. D’abord parce que les parents ne sont pas au courant. Parce qu’elle est réputée malsaine, ils n’imaginent pas que leurs enfants en soient hantés. Ensuite parce qu’ils ont peur d’être des « pères la pudeur », enfin parce que si la sexualité s’étale partout c’est sans doute parce que c’est une bonne chose ! On ne veut pas être décalé.

La solution, car il n’y en a qu’une, est pourtant simple : ne jamais laisser un enfant, jusqu’à la puberté, consulter internet seul dans sa chambre. L’ordinateur ou la tablette ne doivent être consultés qu’au vu de tous, au vu des parents, notamment. Pas de smartphone trop tôt, rien qui puisse permettre d’aller sur les sites pornographiques à l’insu de tous.

Impossible ? Mais si, bien sûr, c’est possible. Il suffit de ne pas céder aux marchands d’iPhones et de penser vraiment au lieu de « penser différent ».

Pas de réseaux sociaux non plus avant un certain âge et dans tous les cas, il faut disposer des codes d’accès et contrôler souvent. Tous les jours.

Mais si on ne fait jamais appel aux parents, c’est, il faut le craindre, probablement parce que l’éducation des enfants est en voie de devenir un monopole d’État.

Quant au féminisme qui s’empare de la question de la pornographie, ce n’est certes pas pour résoudre ce problème, mais plutôt pour faire avancer l’immense entreprise de culpabilisation de l’homme mâle à laquelle notre « modernité » se consacre de toutes ses forces. En vain, évidemment.

Et comme nous sommes les bons copains de nos copines, nous ne leur demanderons pas pourquoi elles se sentent si mal devant la pornographie… et nous ne leur dirons pas non plus pourquoi nous n’achetons plus que des serpillières Spidex de Spontex.

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La lente dérive du centre vers la gauche

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Les médias et les amis du pouvoir se plaisent à parler de la crise des Républicains et à relayer l’idée de leur isolement sur des positions jugées extrêmes, analyse d’autant plus plausible que des personnalités telles que Pécresse, Bertrand, Juppé, confortent de l’intérieur cette vision. En même temps, les Républicains gardent un socle solide d’élus, et des militants déterminés dans leur ligne, comme l’a montré l’élection de Laurent Wauquiez.

Le centre-droit en crise

Paradoxalement, c’est le centre-droit, et avec lui tous ceux qui se sont voulus plus modérés que les Républicains et qui s’étaient pourtant sentis comblés par la défaite de François Fillon, qui se trouve dans une crise d’existence beaucoup plus fondamentale.

Ce n’est pas seulement que ces centristes offrent le visage de la confusion. L’Udi est une fédération qui ne fédère plus grand-chose avec le départ du nouveau centre et du parti radical. Les constructifs et autres groupuscules se divisent sur les votes au Parlement. Le Modem membre de la majorité n’a plus de visage depuis que son couple dirigeant Bayrou-Sarnez a connu la chute d’Icare en croyant s’approcher du soleil. Et l’image du constructif Solère s’est détruite en quelques jours.

Le problème le plus profond du centre, c’est qu’il a renoncé depuis longtemps à exister. Lorsque l’UDF existait, elle regroupait des mouvements qui avaient une identité. Un Parti républicain avec Léotard ou Madelin libéral et atlantiste ; un parti girondin et européen, un parti radical républicain et souvent proche sociologiquement des gaullistes, un parti chrétien démocrate plus proche des positions catholiques. Qu’on le veuille ou non, le RPR a mieux réussi à se réincarner que l’UDF.

Une identité distincte de la gauche

Si l’on se souvient de Giscard, Barre, Méhaignerie, Monory, il est aisé de se souvenir qu’ils tenaient un discours qui avait sa cohérence interne comme un discours de droite différent du discours gaulliste mais également clairement opposé à la gauche – même social-démocrate – et assis sur des réalités sociologiques et des traditions locales.  A bien des égards même, les dirigeants centristes étaient plus à droite que les gaullistes et les régions de force électorale des centristes (grand Ouest, Alsace) étaient souvent parmi les plus conservatrices. En tout cas, on pouvait adhérer et être séduit par des discours qui avaient leur identité en soi.

Tel n’est plus du tout aujourd’hui le cas car le centre s’est suicidé par facilité. Si l’on écoute bien le discours et le seul message implicite de tout ce qui prétend être au centre, de Juppé à Solère de Lagarde à Hénart, de Bayrou à Riester, et même de Pécresse à Bertrand, cela se résume à chercher à paraître à la gauche  et aux médias plus sympathiques que la droite en affichant son dégoût de la droite ou de sa « droitisation ».

La droite a perdu la bataille

Tout se passe comme si ces personnalités avaient compris que la droite avait perdu la bataille de la respectabilité et que la voie royale pour exister était de faire sa popularité sur le dos de son camp.  C’est toujours une stratégie payante dans les sondages -qui a rendu Rocard populaire à droite et Juppé populaire à gauche- mais qui est toujours perdante.

Le plus savoureux est que tout cela repose bien souvent sur une imposture. Tout porte à penser que si Juppé n’avait pas perdu la guerre de succession de Chirac et qu’il était encore à la tête du RPR, il serait aussi droitier que le secrétaire général du RPR qui a fait approuver la préférence nationale et qui piétinait volontiers ses alliés centristes. Mais, cherchant un espace pour assouvir sa soif de retour,  Juppé a choisi, comme son poulain Maël de Calan, de fonder sa popularité dans les médias sur le  mépris des militants « radicalisés ».

La faiblesse donc de tous ceux qui se situent désormais entre les Républicains et l’exécutif, c’est d’une part que leur discours se résume de manière trop transparente à une stratégie d’image personnelle et au désir d’échapper à la droitophobie et même d’en tirer profit en se démarquant. C’est une stratégie de coquetterie pas très noble et qui de Barzach à Carignon, de Bachelot à NKM ou Jouanno, n’a jamais produit que d’éphémères popularités personnelles et aucun succès politique. Il est à craindre que grisés par la  gloire que procure dans la presse la dénonciation de Wauquiez, Valérie Pécresse et Bertrand ait scié la branche républicaine qui les portait pour un bénéfice fugace.

L’épouvantail Wauquiez

Mais la principale faiblesse du centre depuis Bayrou jusqu’aux différents partis qui se le disputent aujourd’hui, c’est qu’ils ont renoncé à exister par eux-mêmes, pour tenter seulement de se valoriser par rapport aux autres et contre la droite en particulier. A l’inverse des dirigeants des différents partis de l’UDF, la plupart des nouveaux centristes sont incapables d’expliquer leur corpus, ni en quoi ils diffèrent les uns des autres, ni en quoi ils divergent de Macron. Bref, ils ne sont loquaces et à l’aise que pour se vanter de leur détestation de Wauquiez.

Le confort que ces centristes éprouvent à hurler avec les droitophobes  -auraient-ils raison-  les jette dans un piège terrible car c’est une loi humaine profonde que l’on doit d’abord exister pour soi  et par sa singularité et ensuite faire reconnaître par autrui sa différence et non avoir pour seul argument d’être moins odieux que le voisin. Pour un homme de droite, espérer réussir dans un contexte de dénigrement de la droite en se vantant d’être moins à droite est un piètre projet.

Or force est de constater que c’est ce à quoi  ont condamné le centre les personnalités sans substance qui le dirigent  et qui l’ont rendu le centre inaudible. Que retiennent les Français sinon que les centristes  n’aiment pas la droite et que Macron est pour eux un moindre mal que Wauquiez ? À quel moment, dans un régime dominé par l’élection présidentielle, laissent-ils un instant même entrevoir qu’un président portant leurs idées serait forcément meilleur que Macron, ce qui serait normal s’ils existaient ? Rendent-ils service à leurs candidats aux législatives qui ne sont plus vendus que  comme des sirops  dilués ou des bières sans alcool ? L’ex-UDF s’est exclue elle-même de l’élection majeure.  Tout ce que ses héritiers  peuvent dire est inaudible parce que leur jeu de rôle de supplétifs est connu d’avance. Ils n’ont d’autre utilité pour le pouvoir que de contribuer à salir l’opposition en reprenant l’accusation rituelle de la gauche de flirt avec le FN. Paradoxalement, on ne s’intéressera à ce que disent les rivaux des républicains que le jour où ils se déclareront hostiles à Macron et reprendront l’ambition de contester aux Républicains l’opposition absolue à En marche.

Black Sabbath, working class heroes !

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Cinquante ans après leurs débuts, les Anglais de Black Sabbath sont enfin reconnus par la critique rock. Moqué et décrié dans les années 1970, Black Sabbath est pourtant l’un des groupes les plus essentiels de l’histoire du rock d’après les pionniers, dont l’influence est palpable dans quantité de groupes et de sous-genres. Evidemment dans le grand ensemble du heavy metal (Iron Maiden, Metallica ou Korn pour citer trois pierres de touche d’un style très divers) ; mais aussi au-delà, dans le rock alternatif (Melvins), particulièrement le « grunge » de Seattle (Alice In Chains ou Soundgarden), et même certains albums de musique électronique (confer Arnaud Rebotini pour « Zone 10 : Pagan Dance Move »). À dire vrai, quel autre grand du rock aura suscité autant de vocations que Black Sabbath ? Les Beatles, sans doute. Mais après ? Le Velvet Underground, peut-être ? Pink Floyd ? Les Clash ?

La fureur au temps des petites fleurs

Le son de Sabbath a été défini dès le premier album éponyme. Lourd, martial, épique et sombre. Première innovation : la basse ronde et soyeuse de Geezer Butler mixée très en avant, chevauchant la batterie agile de Bill Ward. Seconde innovation : les riffs incroyables de Tony Iommi, qui jouait un ton en-dessous en raison d’un accident d’usine. En pleine époque hippie, Black Sabbath jouait un rock furieux, sidérurgique, inspiré par les rudes conditions de vie de la ville de Birmingham dont ses membres étaient natifs. Les origines sociales du quatuor, né dans le quartier populaire d’Aston, n’ont d’ailleurs pas été étrangères à l’ostracisme que le groupe eut à subir, quand le rock anglais était alors un phénomène très londonien, comptant dans ses rangs de nombreux fils de bonnes familles, à l’image des groupes de rock progressif comme Genesis, Soft Machine ou Pink Floyd.

Black Sabbath ne bénéficiait pas de l’aura d’intellectualisme qui collait à la peau des groupes britanniques de la deuxième vague. Le génial guitariste Tony Iommi avait ainsi été à deux doigts, littéralement, d’abandonner la musique après un accident de travail. Tel Iron Man, ce gaucher à l’extrémité de deux doigts de la main droite sectionnés par une presse, s’était fabriqué des prothèses en plastique pour pouvoir poursuivre ses rêves. Quant au chanteur déjanté Ozzy Osbourne, il sortait de prison après avoir été arrêté pour quelques cambriolages ratés censés améliorer son train de vie modeste d’employé d’abattoir.

Black Sabbath, un monde en voie de disparition

Ces parcours, dignes du « Working class hero » chanté par John Lennon, auront puissamment contribué à l’élaboration d’une architecture musicale inédite, profondément novatrice.

Les cinq premiers albums résumant, à eux seuls, tout le heavy metal. Du proto-stoner de « Masters of Reality », en passant par la production sophistiquée de « Sabbath Bloody Sabbath » et le psychédélisme de « Paranoid », Black Sabbath a posé les bases d’une contre-culture adolescente vivace, plus désabusée que réellement politisée.

Fini le « flower power », place à la réalité des usines enfumées et des pubs sordides. Un monde aujourd’hui en voie de disparition que l’on retrouve dans la fresque Jérusalem d’Alan Moore, sortie l’an passé.

Ozzy Osbourne a beau être devenu une créature burlesque de la téléréalité étatsunienne, dans le fond il est resté ce jeune homme sauvage de Birmingham. Cela se ressent dans le dernier concert qu’ils ont donné sur leurs terres, ultime trace d’une œuvre fondamentale qu’Arte a eu l’intelligence de diffuser en ce début de mois de janvier 2018.

Une manière aussi de lever le voile sur certains clichés qui nuisaient au groupe, notamment l’aura « sataniste » inventée par les maisons de disques, alors que le bassiste Geezer Butler était très croyant et superstitieux. Comment ne pas voir la parenté entre les Mancuniens de Joy Division, adorés de la critique, et Black Sabbath ? Musicalement, il n’y a certes quasiment aucun rapport entre les deux groupes, mais on retrouve chez eux une même hargne ouvrière, une même originalité, une même urgence juvénile. Phénomène étrange que celui de quatre post-adolescents originaires d’un même quartier, capables d’écrire l’histoire de la musique populaire depuis un garage, touchant des millions d’êtres humains avec des compositions dépressogènes, peu aimables de prime abord. Black Sabbath ne sera jamais oublié.

The End

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Black Sabbath

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Jérusalem

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Changement de nom du FN: est-il déjà trop tard?

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Le premier tome des mémoires de Jean-Marie Le Pen devrait donc être publié début mars en guise d’apéritif du congrès du Front national (FN) le même mois. Clin d’œil du patriarche fondateur aux adhérents du parti, dont il veut toujours croire qu’il en demeurera le président d’honneur. Clin d’œil à la plus jeune de ses filles, Marine, qui a repris la boutique familiale il y a sept ans. Un septennat, un siècle, une éternité. En réalité, on se demande bien si Jean-Marie Le Pen a le cœur à témoigner des signes sympathiques à celle qui lui a succédé. Celui qui déclenchait son agacement, qu’il dépeignait en gourou de sa fille, Florian Philippot, a pourtant vidé les lieux.

Front populaire

Mais Marine Le Pen semble ne plus savoir où elle habite. Alors que le départ de son stratège préféré, qu’elle a finalement poussé vers la sortie, tout en assurant ne pas avoir l’intention de troquer sa ligne « ni-droite ni-gauche » par une ligne « à droite toute », l’a considérablement affaiblie à l’intérieur de son propre parti, la présidente du FN a toujours l’intention de changer le nom du parti. La semaine dernière, notre consoeur, Pauline de Saint-Rémy, toujours bien informée, dévoilait sur l’antenne de RTL que les réponses des adhérents FN à cette question s’avéraient catastrophiques pour Marine Le Pen. 80% d’entre eux souhaiteraient conserver la marque FN. Un vrai désaveu pour Marine. Un triomphe pour Jean-Marie.

A lire aussi: Wanted, Marine Le Pen a disparu

La présidente, afin de démontrer qu’elle demeurait fidèle à la ligne qu’elle avait développée pendant sept ans, a promu Sébastien Chenu. Issu des mêmes eaux souverainistes anti-Maastricht, tout en étant plus souple que Florian Philippot sur la question de l’euro, ce dernier constitue une nouvelle vitrine. Une différence subsiste néanmoins. Florian Philippot n’était pas qu’une vitrine. Il était aussi au four des idées et au moulin de la stratégie. Beaucoup de projets de communiqués passaient entre ses mains. Ainsi a-t-il pu déjà fustiger la position du FN sur le glyphosate et en faire le témoin d’un nouvel alignement frontiste sur la doxa européenne.

Marine Le Pen ne sait plus où elle habite

Mais revenons à ce vieux serpent de mer du changement de nom. A juste raison, Jean-Marie Le Pen faisait de ce chiffon rouge l’œuvre de Florian Philippot. Lequel en avait trouvé un, « Les Patriotes », avant de le garder finalement pour lui. Mais aujourd’hui, alors que le FN souhaite se recentrer sur ses fondamentaux sécuritaires et identitaires, pourquoi changer la marque du fondateur ? Parce que Marine Le Pen veut montrer qu’elle habite encore quelque part, contrairement à ce qu’ose raconter une certaine presse dont fait partie votre serviteur. Et cette volonté de le démontrer à tout prix dévoile en fait son embarras. CQFD.

Mais ce n’est pas parce que Marine Le Pen continue de donner des signes de sa fragilité que Les Patriotes de Florian Philippot disposent d’une autoroute à deux fois trois voies devant eux. Le moins que l’on puisse dire, c’est que de ce côté, on sait où on va, et on y va avec panache, prenant des risques énormes. Le sort des numéros deux de l’histoire du FN n’incite en effet pas à l’optimisme. Bruno Mégret fit scission en 1998 dans de bien meilleures conditions et avec bien plus de cadres que ne l’a fait Florian Philippot cet été. On se souvient de ce qu’il advint de son aventure, dont certains chevau-légers entourent aujourd’hui Marine Le Pen et furent au premier rang de ceux qui l’ont incitée à bouter Philippot hors du FN.

Les Patriotes vs. Front national, premier test fin janvier

Non content de prendre le risque de la séparation, voilà que quelques mois plus tard, le patron des Patriotes décide d’envoyer son lieutenant le plus solide, mais aussi le plus exposé, au feu électoral. Souvent accusée d’utiliser le parachute électoral, Sophie Montel qui, d’après nos informations, « s’amuse terriblement » à écrire un livre sur sa « désillusion » mariniste, a donc décidé d’aller visiter une nouvelle terre électorale, le Territoire de Belfort, où l’invalidation de l’élection du député LR Ian Boucard par le Conseil constitutionnel a provoqué un nouveau scrutin. Le premier tour aura lieu le 28 janvier prochain et un premier débat s’est tenu ce dimanche sur l’antenne de France 3 Franche-Comté.

A lire aussi: Sophie Montel: « Ce qui arrive à Florian Philippot est injuste »

On y a beaucoup parlé d’économie en général et d’Alstom en particulier, puisque la circonscription abrite l’usine historique de l’entreprise. Et on a pu y déceler une ligne de partage décoiffante, avec d’un côté les « libéraux », à savoir le candidat de la majorité présidentielle issu du MoDem, Christophe Grudler, celui du FN Jean-Raphaël Sandri, et de l’autre les « étatistes », c’est-à-dire tous les autres candidats, ce qui n’est pas très étonnant de la part du PS tendance frondeuse Arthur Courty, de la candidate FI Anaïs Beltran et même de Sophie Montel. Le fait de trouver le candidat LR de ce côté de la barrière n’est en fait étonnant que depuis Paris. Ian Boucard ne cache pas faire partie de la sensibilité la moins libérale de son parti. Je l’ai personnellement entendu évoquer « l’obsession des 3% » à propos de l’orthodoxie budgétaire sauce bruxelloise.

Il est peut-être déjà trop tard…

Ce qui se joue dans cette circonscription, plus que de savoir si la majorité macroniste gagnera un siège supplémentaire aux dépens de LR, c’est évidemment le rapport de force entre Montel et Sandri, entre Les Patriotes et le FN. Si Sandri réussit à fidéliser l’électorat FN sur le logiciel libéral-identitaire très en phase avec le secrétaire général Nicolas Bay, et que Sophie Montel hérite, malgré un terreau sociologique et économique favorable à son discours, d’un score décevant, de l’ordre de celui promis à son nouveau parti par les instituts de sondages pour les élections européennes, Les Patriotes auront perdu une première manche décisive, leur promettant de devoir beaucoup ramer dans les prochaines années, à l’image du parti de Nicolas Dupont-Aignan. Si au contraire Montel fait jeu égal avec Sandri, voire le dépasse, ce serait un coup de tonnerre électoral. Une véritable défaite pour Marine Le Pen. Son idée de changer le nom de son parti demeurerait perdant à tous les coups. Dans le premier cas, c’est surtout la marque qui serait décisive dans la fidélisation de l’électorat. Dans le second, cela signifierait surtout que ce changement de nom arrive bien trop tard et que pousser Philippot dehors constituait une erreur funeste.

A lire aussi: Philippot: « Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’au FN la défaite en arrangeait plus d’un »

Dérapage

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Alain Finkielkraut donne son avis sur la pétition de Catherine Deneuve et commente la politique migratoire d’Emmanuel Macron

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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François Rollin, l’anti-Jamel comedy club

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C’est le genre de nouvelle qui passe allègrement inaperçue mais qui d’une certaine manière traduit l’esprit du temps. François Rollin, alias le Professeur éponyme ou encore Jacques Martineau dans le cultissime « Colères », annonçait récemment avoir jeté l’éponge, résumant la situation par cette formule lapidaire ; « Que voulez-vous, j’ai des compliments mais ça ne se vend pas ».


Hommage à celui qui aura brillé par la finesse de sa plume et l’hilarante absurdité de ses délires scéniques, suscitant au passage l’admiration d’une profession qui n’aura eu de cesse de saluer un talent inimitable. Là est d’ailleurs une partie du problème : si Rollin a toujours pu compter sur le regard admiratif de ses pairs, difficile pour lui de conjuguer reconnaissance du métier et succès populaire, même si quelques apparitions à des heures de grandes écoutes lui auront permis d’élargir un fan club resté trop confidentiel.

Car le constat est sans appel ; on apprenait en effet que l’humoriste n’a décroché que quatre dates de tournée en France pour son dernier spectacle, quand certains « stand-uppers » biberonnés au Jamel Comedy Club peuvent en accumuler plus de cent sur une année.

La pilule est amère, certes, mais donne quelques précieuses indications quant à la trajectoire d’un public qui semble désormais plébisciter un humour porté en premier lieu par des concepteurs-rédacteurs adeptes de la petite formule.

L’humour ubérisé

Exit donc les frasques désuètes de quelques comédiens professionnels, place au quidam amateur de vannes dont la puissance scénique interroge autant que le travail du phrasé. A quelques exceptions près, rares sont les « jeunes talents » qui se risquent à explorer la palette jubilatoire des différents procédés comiques. Presque tous préfèrent s’engouffrer dans la brèche du prêt-à-rire contemporain, mélange de boutades domestiques et de moraline antiraciste. Même les plus doués de leur génération semblent avoir renoncé, abandonnant le jeu pour se convertir à une forme d’humour devenue quasi-hégémonique, de sorte qu’il devient de plus en plus difficile de faire la distinction entre comédiens authentiques et entrepreneurs de la blague.

Stand-up partout, finesse nulle part

Quasi-inconnu du public français il y a encore dix ans, le stand-up s’invite partout et rebat les cartes d’un marché du rire hexagonal en pleine ébullition, comme en témoigne l’émergence d’une offre devenue pléthorique, tant du côté des théâtres que des formations dites spécialisées. Pas un jour ne passe sans qu’une nouvelle « pépite » ne soit propulsée au rang de révélation de l’année par l’entremise d’un Montreux Comedy Festival ou autre Marrakech du Rire, devenus en quelque sorte les incubateurs du comedy business.

Si l’objet du propos n’est évidemment pas la critique du stand-up en tant que tel (ce qui reviendrait à nier le génie manifeste de ses illustres représentants outre-Atlantique), il s’agit tout de même de poser la question de son ascension fulgurante sur la scène francophone au point de s’imposer comme la seule forme de théâtralité comique possible, et ce en à peine dix ans. De quoi cette prise de pouvoir, aussi soudaine que totale, est-elle le nom ?

Un public d’homo economicus

L’observation attentive de ce qui décline renseigne parfois sur la nature de ce qui advient. Après avoir définitivement relégué la poésie au rang de curiosité muséique, notre époque poursuit son travail d’épuration, liquidant toute forme d’expression artistique échappant à la religion de l’utile et du politiquement correct. Ainsi l’humour noir et le rire absurde figurent en bonne place sur la liste des registres menacés d’extinction, le premier jugé inapproprié car offensant, le second devenant inaudible auprès d’un public pétri d’idéologie utilitariste, qui voit en cette forme de discours fantaisiste une pure perte de temps. Tout le contraire du stand-up anglo-saxon caractérisé par la quête du rendement optimal dont le corollaire est l’application systématique d’un contrôle de l’efficacité par la mesure (« un rire toute les dix secondes »). Ici, l’effet comique n’est plus incidemment produit par la magie d’une situation, mais fait l’objet d’une recherche assumée explicitement, dépouillée du moindre détour poétique, prolongeant ainsi le règne de la rationalité et du calcul jusque dans les café-théâtre.

A lire aussi: Charlie, Tex & cie: le vivre-ensemble contre le rire-ensemble – Par Elisabeth Lévy

L’engouement de nos compatriotes, et notamment des plus jeunes, pour cette modalité du discours comique renseigne sur le degré d’imprégnation de l’idéologie utilitariste dans la psyché populaire, et signe la marque d’une incroyable soumission à cette idée qui voit en l’homme un simple rouage de la méga-machine productiviste. La révolution n’est définitivement pas pour demain.

Le pas de côté

M’étant rendu à deux reprises au dernier spectacle de Rollin, j’aurais dû comprendre les atermoiements d’une infime partie de la salle comme la marque d’une telle rupture. Cette manière bien à lui de naviguer hors des limites de la raison, de prendre le spectateur à contre-pied, d’aborder avec le plus grand sérieux des thèmes parfaitement dérisoires… autant de tentatives qui peinent à convaincre un public qui ne jure que par l’empire du Machinal et la sécurité du Même, exigeant de l’artiste qu’il substitue au grand jeu, le grand « Je ».

Le retour en grâce d’un rire qui ne soit ni utile ni mimétique parait plus que nécessaire à l’heure où triomphent la logique du rendement et le culte de soi. Faisons la part belle aux artistes dont l’ambition est de redonner un peu de souffle à une époque écrasée par la pesanteur de ses propres certitudes et dont l’horizon s’apparente à une interminable et sinistre ligne droite.

L’univers de Rollin, c’est le pas de côté (ou plus précisément, le pas diagonal), à mille lieues du ricanement de complaisance, un rire de résistance… à l’air du temps.

Christine Angot au musée Delacroix: l’oeuvre d’art, c’est elle !

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Christine Angot à la première de "Un Beau soleil intérieur" à Paris, septembre 2017. SIPA. AP22109781_000001

L’histoire de l’art se porte mal. Cette noble discipline conjugue certes deux tares, l’histoire et l’art, autant dire ce que les chantres du nouveau monde haïssent le plus par les temps qui « courent ». Si son enseignement est sinistré, l’histoire de l’art résiste toutefois encore dans les musées grâce à ce qu’un communiqué du Centre Pompidou qualifiait récemment dans sa novlangue impayable de « présentiel » (comprenez : la contemplation des œuvres in vivo (sic) !). Las !

« Une femme au désert. C’est moi. »

Cette évidence ne suffirait pas partout à attirer le chaland. Conserver, étudier et exposer tableaux et sculptures n’est plus, bien souvent, que la cinquième roue du carrosse et l’événementiel prend désormais le pas sur le contenu. Dans cette dérive, les expositions bâclées à dessein médiatique sont aujourd’hui légion, mais le nivellement par le bas ne suffisant pas aux yeux de certains, la pipolisation a été appelée en renfort. Commissaires invités et autres cartes blanches : la promenade égocentrique d’une « personnalité » est devenue une tarte à la crème de la communication muséale. Dernier avatar de ce tic (en toc), l’invitation de Christine Angot au musée national Eugène-Delacroix atteint sans doute un sommet dans le grotesque. Qualifiée de « grand écrivain » (on a exceptionnellement renoncé à « écrivaine », craignant sans doute la tentation d’un bon mot), la chroniqueuse de Laurent Ruquier était ainsi appelée à sélectionner des œuvres qui l’ont « émue, surprise, intéressée, étonnée ».

A voir aussi: Alain Finkielkraut sur Christine Angot: « Comment a-t-on pu tomber si bas? »

Dans ce charmant lieu qui fut l’atelier de Delacroix, ce n’est donc plus l’œuvre du peintre qui compte, mais le regard de madame Angot, dont on ignorait qu’il intéressât qui que ce soit. Un seul exemple suffira à évaluer la hauteur de vue de l’écrivain auquel on a demandé de commenter les œuvres : devant la Madeleine au désert, l’auteur d’Une semaine de vacances écrit ces mots définitifs : « Oublions Madeleine. C’est une femme. Une femme au désert. C’est moi. » Cette modestie admirable est confirmée par le portrait de la commissaire, dû à Louise Bourgeois, accroché entre la Médée et une effigie de George Sand. Comme ces touristes qui se prennent en selfie devant la Joconde, madame Angot se contemple devant Hugo, Shakespeare et Delacroix. Mais rassurons-nous, cet épisode n’est que le premier d’une série dite « littéraire »; le prochain, consacré à l’orientalisme, sera organisé sous la direction d’une personnalité sans doute d’autant plus qualifiée en art qu’elle a raccroché ses crampons pour chausser des lunettes : Lilian Thuram.

Paris n’est pas le cœur de la France

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Emmanuel Macron aux Invalides, septembre 2017. SIPA. 00824054_000025

Il y a deux France. L’une est fictive, elle s’appelle Paris. C’est une ville qui n’existe pas, mais qui se croit le centre de l’Hexagone, peut-être celui du monde. C’est fréquent chez ceux qui ne sont rien, et pensent que leur nombril est tout.

Et puis il y a la vraie France, France périphérique (si on veut bien y réfléchir, le centre d’un cercle, ce n’est pas grand-chose, c’est la périphérie qui fait tout), France des terroirs et des paysages, France des vignes et des nourritures terrestres — loin des mangeoires prétentieuses où des bobos désœuvrés invitent des femmes artificielles — et des hommes qui ne le sont pas moins.

A lire aussi: Christophe Guilluy: « la vague qui a porté le FN restera puissante »

Evidemment, ces évidences ne sont pas du goût de tout le monde. Un journaliste (ou qui prétend l’être parce qu’il papote sur la Cinq sur le coup de 20 heures) traita un jour de « pétainiste » un ami gastronome qui faisait l’éloge de ces terroirs et de ce qui s’y élève : camemberts non pasteurisés, agneaux de prés-salés et poulardes de Bresse. « Pétainiste ! ». Incroyable cette capacité des imbéciles à franchir le point Godwin dès qu’ils ne comprennent pas. La référence au IIIème Reich est le bouclier de leur bêtise.

Paris et l’oasis français

Tout cela pour vous parler de Lalbenque…

Lalbenque est un village du Lot, à une quinzaine de kilomètres de…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

 

C'est le français qu'on assassine

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Quartier libre pour la hallalisation des esprits

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Le Mans, quartier des Sablons, septembre 2016 / GILE MICHEL / SIPA numéro de reportage 00774827_000001

Partie à la rencontre de ses anciens élèves musulmans, Anne-Sophie Nogaret constate qu’une majorité d’entre eux ne vit pas à l’heure républicaine. Leur contre-société régie par les lois de l’islam discrimine les femmes et exclut les non-musulmans. Reportage dans nos territoires perdus. 


L’étude d’Olivier Galland, parue dans le dernier numéro de la revue Le Débat, donne une confirmation statistique à ce que nous sommes nombreux à constater : dans notre pays et en Europe vit une société parallèle, contre-société engendrée par l’islam politique. Qu’en disent les jeunes Français ?

A lire aussi: Jeannette Bougrab: « On vous traite de raciste et d’islamophobe quand vous êtes laïque »

D’anciennes élèves que j’interroge à ce sujet s’exclament : « Évidemment qu’il y a une séparation entre les musulmans et les autres ! » Et de me raconter les élèves qui devant le lycée se regroupent en fonction de leur appartenance religieuse, les femmes voilées dans le bus qui tressaillent lorsqu’on s’assoit à côté d’elles, leur évitement de tout contact visuel, leur malaise et leur surprise lorsqu’on leur adresse la parole. Autant d’attitudes, selon elles, s’expliquant par la peur. Ça colle : la séparation, la recherche de l’entre-soi s’expliquent aussi par le sentiment de persécution qu’éprouvent, contre la réalité, nombre de musulmans. Culturellement présent chez les populations issues de l’immigration (le mauvais œil du monde arabo-berbère), exploité par le discours islamiste, conforté par la bien-pensance victimaire, ce sentiment devant lequel chacun s’incline est le meilleur agent du séparatisme et de l’entre-soi.

Islam Facebook

Le métier de professeur m’a permis de confirmer ce phénomène : les élèves musulmans que j’ai croisés ces dernières années affichent une méfiance de principe en cours de philosophie, voire pour quelques-uns une sourde hostilité. Pas tous, certes, mais une majorité. Les dissertations à la gloire de Tariq Ramadan (ce grand intellectuel victime de racisme), les devoirs vantant la beauté de l’islam, les « démonstrations » fondées sur des opinions religieuses ne sont plus des raretés. Elles font partie du paysage. Les visages fermés, les grimaces, dès qu’on aborde la question sexuelle, religieuse ou scientifique. Une jeune fille d’origine algérienne, brillante et croyante, corrobore la chose : « Je n’en peux plus de “l’islam Facebook” ! Parce qu’ils n’ont aucune connaissance de l’islam, ils sont tous persuadés qu’avec la philo, on veut leur laver le cerveau. »

Tribalisme

C’est un cliché, mais c’est vrai : la culture africaine ne connaît pas l’individu. Le groupe seul existe, qui structure l’identité de chacun. Il est alors cohérent que la philosophie, qui apprend « à penser par soi-même », soit vécue comme une menace. Mounir, un de mes anciens élèves, évoque la loi du groupe, indissociable de la pression religieuse et de la vie des « quartiers » : « Dans mon collège, c’était l’enfer pour ceux qui ne faisaient pas le ramadan. Tout se passait loin du regard des profs, qui ne voyaient rien, du coup. En réalité, on était poursuivis, tabassés par les gamins qui nous faisaient la misère avec la religion… Dans les cités, il y a un contrôle énorme. » Et les fortes têtes ? « Bien sûr, il y en a qui résistent, mais ils doivent à un moment ou à un autre quitter le quartier. Ça fait plusieurs années que je ne fais pas ramadan, et je me fous complètement de croiser des Arabes un sandwich à la main. Par contre, j’évite de le faire là où vivent mes parents : je ne veux pas qu’ils aient de problèmes avec les voisins. »

Territoire hallal

Les fortes têtes affichant leur a-religiosité désertant les quartiers, y restent ceux qui acceptent la loi du groupe, quoi qu’ils en pensent par ailleurs. Pratiquant le covoiturage, je me suis retrouvée il y a quelques semaines à la fois la seule femme et la seule non-Maghrébine. Sur les sièges arrière, deux jeunes gens se présentent l’un à l’autre : « Tu es quoi, toi ? – Moi, algérien. Et toi ? – Marocain. » J’y suis hélas habituée : mes élèves se présentent de la même façon, se définissant par le pays de leurs parents (voire de leurs grands-parents) et non par celui dont ils ont la nationalité, où ils sont nés et où ils vivent. La suite du dialogue m’a néanmoins stupéfiée : « J’habite à Montpellier. – C’est hallal, Montpellier ? – Tranquille mon frère, c’est hallal. Et toi ? – À Rouen. – C’est hallal, là-bas ? – Wesh, tranquille, hallal. » Ainsi, ces jeunes gens, qui s’étaient parfaitement compris, usaient-ils du mot hallal pour désigner un territoire. Une ville ou un quartier hallal, autrement dit un lieu pur, permis, licite. Une pureté ne pouvant résulter que de la population y vivant, population elle-même hallal. Autrement dit musulmane pratiquant l’orthopraxie visible : voilement, présence féminine absente de certains lieux et passée la nuit tombée, ramadan pratiqué ostensiblement, etc.

« Dans mon collège, c’était l’enfer pour ceux qui ne faisaient pas le ramadan. »

Plus tard, le conducteur, par ailleurs avenant et disert, commit une petite blague sur « une Française qui croit que l’homme descend du singe et qui donc elle-même descend du singe. »  Ambiance. Poursuivant sur le Coran, livre de toutes les vérités scientifiques, il me dit que ses enfants avaient comme consigne de ne pas croire ce qu’on leur disait en classe. La vérité, c’est à la maison qu’ils l’apprennent. Pour autant, pas question que ses gamins se fassent repérer à l’école, poursuivit-il : même si elle racontait « n’importe quoi », il fallait toujours dire « oui, oui » à la maîtresse. Mounir, à qui je racontai la chose, me parla d’exclusion. J’objectai que ce monsieur travaillait, qu’il était financièrement à l’aise. Le problème ici n’était pas d’ordre économique. Il était d’ordre culturel. Oui, concéda-t-il, on devrait plutôt parler d’auto-exclusion. « Il y a eu l’émancipation des femmes, celle des homos. On pourrait presque dire que le prochain combat sera celui de l’émancipation des musulmans… » conclut-il en rigolant.

A lire aussi: Islamophobie: les musulmans se croient plus « victimes » qu’ils ne le sont

Me revint alors en mémoire un autre covoiturage. Deux jeunes filles, sans adresser une parole ou un regard aux gens présents, discutaient entre elles comme si elles étaient seules. « Pourquoi nos frères nous emmerdent comme ça à être sur notre dos ? » disait l’une. « Ils le savent bien pourtant : nous, on est musulmanes ! » L’appartenance à l’islam valait donc valeur morale en soi. L’appartenance à l’islam signifiait apparemment ici de n’avoir avec les non-musulmans qu’un rapport strictement utilitaire et, il faut bien le dire, ouvertement méprisant. À l’approche de Rouen, pourtant, une d’entre elles se tourna vers moi, et dans un élan inattendu, exprima sa joie de retrouver Rouen, sa ville, qui lui avait manqué, dit-elle. Cet attachement me parut un signe disant qu’il ne fallait pas désespérer. Malgré tout.

Du Mammouth au Titanic: La déséducation nationale

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Douter de la vérité officielle n’est pas du complotisme

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Emmanuel Macron, janvier 2018. SIPA. 00839117_000029

Un flou terminologique dangereux.

C’est Emmanuel Macron qui, par son discours lors de ses vœux à la presse, a mis la notion de fake news à la une de cette rentrée 2018 :

On notera qu’il parle de « fausses nouvelles », une expression censée traduire fake news mais qui en conserve le caractère vague, imprécis et attrape-tout.

Fake n’est pas false

L’adjectif fake est synonyme de forged, plus que de false ou de wrong. Une fake news n’est pas une information qui serait fausse parce que celui qui la diffuse se serait mal informé. Avec fake, c’est la nature-même du propos qui est remise en cause: la qualification de fake invalide sa désignation comme news.

Pour prendre un petit exemple personnel, je dirais que quand la journalistes de l’Obs me prête des liens de parenté ou des diplômes fantaisistes, on a affaire à des informations fausses, diffusées par incompétence ou paresse. Quand elle me désigne comme la « protégée d’Henry de Lesquen » au prétexte que j’ai accepté l’invitation de celui-ci à donner une conférence à la fête de Radio Courtoisie et que, par conséquent, je me retrouve assise à côté de lui, on est dans la pure fake news. La diffusion consciente et assumée du faux dans le but de nuire à une personne jugée infréquentable car côtoyant des infréquentables.

A lire aussi: Emmanuel Macron et la « fake » liberté d’expression

De même qu’un faux nez n’est pas un nez, une fake news n’est pas une news. Elle en a l’allure, par sa formulation et parce que le média qui la diffuse jouit, au moins auprès d’un certain nombre de personnes, d’une forme d’autorité qui lui confère de la crédibilité. Fondamentalement, la fake news est une rumeur diffamatoire lancée en toute connaissance de cause, dans le but de nuire.

Si on accepte de les définir ainsi, et je crois que c’est ce qui ressort du propos d’Emmanuel Macron, alors on ne pourra nier que la lutte contre les fake news est légitime et nécessaire. Mais notre arsenal juridique ne prévoit-il pas déjà des dispositions permettant de faire condamner la diffamation ?

La sanctification d’une thèse officielle

En outre, la jubilation générale des journalistes à l’idée que l’on ferait désormais la guerre aux fake news ne trahit-elle pas le fait que, sous cette expression, nombre d’entre eux mettent autre chose que la seule rumeur diffamatoire ?

Indubitablement. Pour ma part, si j’étais journaliste, je détesterais vivre avec l’idée que mon métier est d’établir et de sauvegarder des vérités officielles. La plupart des journalistes considèrent pourtant que…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 

Il faut absolument préserver les enfants de la pornographie

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Manifestation contre la dégradation du "plug anal" de l'artiste Paul McCarthy, place Vendôme à Paris, octobre 2014. SIPA. 00696325_000008

Tout le monde le dit, ici Le Figaro, là Le Monde et notre président aussi : « Aujourd’hui, la pornographie a franchi la porte des établissements scolaires comme naguère l’alcool ou la drogue. Nous ne pouvons pas d’un côté déplorer les violences faites aux femmes et de l’autre, fermer les yeux sur l’influence que peut exercer sur de jeunes esprits un genre qui fait de la sexualité un théâtre d’humiliation et de violences faites à des femmes qui passent pour consentantes. »

Il faut protéger les enfants de la pornographie en raison, notamment, de l’image dégradée de la femme que véhiculent ces images. Quelle drôle de raison ! Et si l’on suscitait des images pornographiques valorisant et même survalorisant la femme, la pornographie deviendrait-elle acceptable pour les enfants ? Superwoman ramollissant Rocco Siffredi, ce serait mieux ? De toute façon, si on peut trouver que la femme est dévalorisée dans ces spectacles, l’homme lui-même, transformé en perforateur mécanique a plus l’air d’une brute que d’un homme. L’argument de la violence, en revanche, est meilleur. Il faudra y penser.

La sexualité, par essence, est cachée

La pornographie donne de l’humanité une vision animale, pré-humaine. Elle déshumanise, au sens propre. Elle ôte, à la sexualité, l’humanité qu’un long processus de civilisation a réussi à y mettre, et ramène l’homme à son statut initial de prédateur.

Mais… n’y aurait-il pas place pour de la pornographie respectueuse de la dignité humaine mettant en scène jeune fille chlorotique et gentleman qu’au nom d’une éducation à la réalité, on pourrait montrer aux enfants ? Eh bien… non. Ceux qui, comme Libération suggèrent que… après tout… pourquoi pas… se trompent et peut-être même nous trompent. Après tout, ils ne seraient pas les premiers à tenter de mettre les enfants dans les jeux sexuels des adultes tout en se défendant de toute pédophilie.

La pornographie, qu’il ne faut peut-être pas condamner pour cela, consiste à montrer la sexualité de la manière la plus crue, la plus débarrassée de tout élément de civilisation avec pour seule limitation de ne pas tomber sous le coup de la loi. La pornographie, c’est forcément du brutal, sinon, elle n’est rien. De plus, elle ne se borne pas à montrer la sexualité, elle en fait un spectacle, elle la monte en performance, ce que par nature, elle n’est pas. Car par nature, il n’y a de sexualité que retirée de la scène. En peine lumière, si on aime, mais hors de toute vue, à l’exclusion de tout spectateur. Même les peuples qui vivent nus ne pratiquent jamais la sexualité sur la place publique. Aussi pour montrer la sexualité dans son humanité, faudrait-il la montrer cachée, ce qui reviendrait à ne pas la montrer mais seulement la suggérer.

« Plug anal » et « vagin de la reine »

Mais… et l’œuvre d’art ? La si bien nommée licence artistique ? Là encore, non. On peut rappeler Malraux, qui explique que le sentiment du beau n’est pas compatible avec l’excitation sexuelle et que ce qui tue l’art, dans la pornographie, ce n’est pas la sexualité elle-même, mais son déferlement. Aucun puritanisme là-dedans, seulement le fonctionnement de l’appareil mental de l’homme dans lequel les émotions fortes empêchent la survenue du sentiment de beauté. Là non plus, ce n’est pas une raison pour interdire la pornographie, mais c’en est une pour en protéger les enfants même sous couvert d’art. Et d’ailleurs on voit d’autant moins pourquoi il faudrait accorder à l’art une dérogation à la protection de l’enfance puisque l’excuse de la bonne foi ne peut plus servir. Lorsqu’on expose un « Vagin de la reine » (Anish Kapoor, 2015) dans les jardins du château de Versailles, ou le « Tree, Plug anal » (Paul McCarthy, 2014) place Vendôme, ou lorsqu’on fait commencer un film comme celui de Gaspar Noé (Love), on sait ce qu’on fait et ce qu’on fait n’est pas pour les enfants.

Mais laissons les « artistes » faire ce qu’ils veulent, par exemple tenter de renverser ce qu’ils croient être un ordre moral. Laissons-les croire également au caractère subversif de leurs gesticulations savantes, alors qu’ils ne font que céder à de nouvelles conventions, mais ne nous croyons pas obligés d’y exposer nos enfants et souvenons-nous que Platon excluait les artistes de sa République idéale. Ce n’était pas sans raisons.

La sexualité directe est toujours un traumatisme pour l’enfant

Si les enfants ne doivent pas être exposés à la pornographie, ce n’est pas par moralisme, et c’est encore moins par féminisme, mais seulement parce que la représentation directe de la sexualité en action est, tout simplement, pour eux, pathogène. Sur le coup, on a l’impression que les enfants encaissent très bien ce qu’ils voient, car ils ne bronchent pas. Mais les psychologues constatent toujours que, malgré un certain quant-à-soi, les enfants en sont profondément et durablement marqués, souvent même pour la vie. Le surgissement de la sexualité directe est toujours, pour eux, un traumatisme qu’ils ne surmontent pas toujours.

Et pour les enfants plus grands, les adolescents, la pornographie présente une sexualité détachée de son contexte humain, sentimental, pour les hommes comme pour les femmes. Certes la sexualité réelle peut-être vulgaire, brutale, animale, mais est-ce là une éducation ? Que des adultes s’amusent à régresser, pour un temps, dans l’échelle biologique, pourquoi pas, mais ici il s’agit d’enfants en formation. Le but est de les faire accéder sans trop de dommage à la liberté adulte, dont la sexualité humaine.

Il est inutile d’interdire la pornographie

Car la sexualité humaine ne peut se comparer à la sexualité animale. Elle en diffère profondément, comme la psychanalyse freudienne la bien montré. On en rappelle les thèses ? Bon, mais vite, alors. D’abord, la libido apparaît avant même que l’appareil génital qui lui donnerait sens soit mature. Pour cette raison l’enfant est un pervers polymorphe qui doit apprendre à surmonter les phases primitives de la sexualité (orale, sadique-anale, phallique, enfin génitale). Cette évolution est périlleuse et se bloque très facilement à telle ou telle étape. De plus, il existe une phase appelée phase de latence, de six à douze ans, durant laquelle la libido s’atténue. C’est pendant cette phase que l’éducation a le plus d’effet et c’est donc pendant cette phase qu’elle serait la plus compromise par la pornographie. Ne développons pas davantage. Il faut empêcher le spectacle de la sexualité crue de venir perturber le développement des enfants.

Alors que faire ? Commençons par écarter les solutions habituelles, comme d’interdire les sites concernés. Ce serait vain parce qu’il est très facile de contourner cette interdiction en changeant le DNS (domaine name serveur) du fournisseur d’accès pour un autre non censuré, celui de Google (adresse : 8.8.8.8), par exemple. Il ne faudra pas 24 heures aux enfants et aux adolescents pour savoir comment faire, par exemple en tapant dans son moteur de recherche la formule magique : changer DNS. Quant aux logiciels de contrôle parental, outre leur faible efficacité, ils sont très faciles à contourner et dans les cours de récréation, on s’échange les meilleures astuces.

Le premier filtre, les parents

Ce qui peut surprendre, ce qui doit surprendre, c’est que les solutions envisagées sont toujours techniques ou judiciaires. Jamais – à l’exception notable du discours de notre président cité plus haut – on ne fait appel aux seules personnes qui pourraient venir à bout de ce problème : les parents. Et pourtant, les parents sont la seule solution. Il suffirait d’attirer leur attention par toutes sortes de voies médiatiques sur ce qu’il convient de faire. D’abord parce que les parents ne sont pas au courant. Parce qu’elle est réputée malsaine, ils n’imaginent pas que leurs enfants en soient hantés. Ensuite parce qu’ils ont peur d’être des « pères la pudeur », enfin parce que si la sexualité s’étale partout c’est sans doute parce que c’est une bonne chose ! On ne veut pas être décalé.

La solution, car il n’y en a qu’une, est pourtant simple : ne jamais laisser un enfant, jusqu’à la puberté, consulter internet seul dans sa chambre. L’ordinateur ou la tablette ne doivent être consultés qu’au vu de tous, au vu des parents, notamment. Pas de smartphone trop tôt, rien qui puisse permettre d’aller sur les sites pornographiques à l’insu de tous.

Impossible ? Mais si, bien sûr, c’est possible. Il suffit de ne pas céder aux marchands d’iPhones et de penser vraiment au lieu de « penser différent ».

Pas de réseaux sociaux non plus avant un certain âge et dans tous les cas, il faut disposer des codes d’accès et contrôler souvent. Tous les jours.

Mais si on ne fait jamais appel aux parents, c’est, il faut le craindre, probablement parce que l’éducation des enfants est en voie de devenir un monopole d’État.

Quant au féminisme qui s’empare de la question de la pornographie, ce n’est certes pas pour résoudre ce problème, mais plutôt pour faire avancer l’immense entreprise de culpabilisation de l’homme mâle à laquelle notre « modernité » se consacre de toutes ses forces. En vain, évidemment.

Et comme nous sommes les bons copains de nos copines, nous ne leur demanderons pas pourquoi elles se sentent si mal devant la pornographie… et nous ne leur dirons pas non plus pourquoi nous n’achetons plus que des serpillières Spidex de Spontex.

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La lente dérive du centre vers la gauche

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Bureau politique de l'UDF, 1998. Sipa. Numéro de reportage : 00327685_000006.

Les médias et les amis du pouvoir se plaisent à parler de la crise des Républicains et à relayer l’idée de leur isolement sur des positions jugées extrêmes, analyse d’autant plus plausible que des personnalités telles que Pécresse, Bertrand, Juppé, confortent de l’intérieur cette vision. En même temps, les Républicains gardent un socle solide d’élus, et des militants déterminés dans leur ligne, comme l’a montré l’élection de Laurent Wauquiez.

Le centre-droit en crise

Paradoxalement, c’est le centre-droit, et avec lui tous ceux qui se sont voulus plus modérés que les Républicains et qui s’étaient pourtant sentis comblés par la défaite de François Fillon, qui se trouve dans une crise d’existence beaucoup plus fondamentale.

Ce n’est pas seulement que ces centristes offrent le visage de la confusion. L’Udi est une fédération qui ne fédère plus grand-chose avec le départ du nouveau centre et du parti radical. Les constructifs et autres groupuscules se divisent sur les votes au Parlement. Le Modem membre de la majorité n’a plus de visage depuis que son couple dirigeant Bayrou-Sarnez a connu la chute d’Icare en croyant s’approcher du soleil. Et l’image du constructif Solère s’est détruite en quelques jours.

Le problème le plus profond du centre, c’est qu’il a renoncé depuis longtemps à exister. Lorsque l’UDF existait, elle regroupait des mouvements qui avaient une identité. Un Parti républicain avec Léotard ou Madelin libéral et atlantiste ; un parti girondin et européen, un parti radical républicain et souvent proche sociologiquement des gaullistes, un parti chrétien démocrate plus proche des positions catholiques. Qu’on le veuille ou non, le RPR a mieux réussi à se réincarner que l’UDF.

Une identité distincte de la gauche

Si l’on se souvient de Giscard, Barre, Méhaignerie, Monory, il est aisé de se souvenir qu’ils tenaient un discours qui avait sa cohérence interne comme un discours de droite différent du discours gaulliste mais également clairement opposé à la gauche – même social-démocrate – et assis sur des réalités sociologiques et des traditions locales.  A bien des égards même, les dirigeants centristes étaient plus à droite que les gaullistes et les régions de force électorale des centristes (grand Ouest, Alsace) étaient souvent parmi les plus conservatrices. En tout cas, on pouvait adhérer et être séduit par des discours qui avaient leur identité en soi.

Tel n’est plus du tout aujourd’hui le cas car le centre s’est suicidé par facilité. Si l’on écoute bien le discours et le seul message implicite de tout ce qui prétend être au centre, de Juppé à Solère de Lagarde à Hénart, de Bayrou à Riester, et même de Pécresse à Bertrand, cela se résume à chercher à paraître à la gauche  et aux médias plus sympathiques que la droite en affichant son dégoût de la droite ou de sa « droitisation ».

La droite a perdu la bataille

Tout se passe comme si ces personnalités avaient compris que la droite avait perdu la bataille de la respectabilité et que la voie royale pour exister était de faire sa popularité sur le dos de son camp.  C’est toujours une stratégie payante dans les sondages -qui a rendu Rocard populaire à droite et Juppé populaire à gauche- mais qui est toujours perdante.

Le plus savoureux est que tout cela repose bien souvent sur une imposture. Tout porte à penser que si Juppé n’avait pas perdu la guerre de succession de Chirac et qu’il était encore à la tête du RPR, il serait aussi droitier que le secrétaire général du RPR qui a fait approuver la préférence nationale et qui piétinait volontiers ses alliés centristes. Mais, cherchant un espace pour assouvir sa soif de retour,  Juppé a choisi, comme son poulain Maël de Calan, de fonder sa popularité dans les médias sur le  mépris des militants « radicalisés ».

La faiblesse donc de tous ceux qui se situent désormais entre les Républicains et l’exécutif, c’est d’une part que leur discours se résume de manière trop transparente à une stratégie d’image personnelle et au désir d’échapper à la droitophobie et même d’en tirer profit en se démarquant. C’est une stratégie de coquetterie pas très noble et qui de Barzach à Carignon, de Bachelot à NKM ou Jouanno, n’a jamais produit que d’éphémères popularités personnelles et aucun succès politique. Il est à craindre que grisés par la  gloire que procure dans la presse la dénonciation de Wauquiez, Valérie Pécresse et Bertrand ait scié la branche républicaine qui les portait pour un bénéfice fugace.

L’épouvantail Wauquiez

Mais la principale faiblesse du centre depuis Bayrou jusqu’aux différents partis qui se le disputent aujourd’hui, c’est qu’ils ont renoncé à exister par eux-mêmes, pour tenter seulement de se valoriser par rapport aux autres et contre la droite en particulier. A l’inverse des dirigeants des différents partis de l’UDF, la plupart des nouveaux centristes sont incapables d’expliquer leur corpus, ni en quoi ils diffèrent les uns des autres, ni en quoi ils divergent de Macron. Bref, ils ne sont loquaces et à l’aise que pour se vanter de leur détestation de Wauquiez.

Le confort que ces centristes éprouvent à hurler avec les droitophobes  -auraient-ils raison-  les jette dans un piège terrible car c’est une loi humaine profonde que l’on doit d’abord exister pour soi  et par sa singularité et ensuite faire reconnaître par autrui sa différence et non avoir pour seul argument d’être moins odieux que le voisin. Pour un homme de droite, espérer réussir dans un contexte de dénigrement de la droite en se vantant d’être moins à droite est un piètre projet.

Or force est de constater que c’est ce à quoi  ont condamné le centre les personnalités sans substance qui le dirigent  et qui l’ont rendu le centre inaudible. Que retiennent les Français sinon que les centristes  n’aiment pas la droite et que Macron est pour eux un moindre mal que Wauquiez ? À quel moment, dans un régime dominé par l’élection présidentielle, laissent-ils un instant même entrevoir qu’un président portant leurs idées serait forcément meilleur que Macron, ce qui serait normal s’ils existaient ? Rendent-ils service à leurs candidats aux législatives qui ne sont plus vendus que  comme des sirops  dilués ou des bières sans alcool ? L’ex-UDF s’est exclue elle-même de l’élection majeure.  Tout ce que ses héritiers  peuvent dire est inaudible parce que leur jeu de rôle de supplétifs est connu d’avance. Ils n’ont d’autre utilité pour le pouvoir que de contribuer à salir l’opposition en reprenant l’accusation rituelle de la gauche de flirt avec le FN. Paradoxalement, on ne s’intéressera à ce que disent les rivaux des républicains que le jour où ils se déclareront hostiles à Macron et reprendront l’ambition de contester aux Républicains l’opposition absolue à En marche.

Black Sabbath, working class heroes !

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Concert de Black Sabbath à Calgary, avril 2014. SIPA. Mike DREW / QMI Agency

Cinquante ans après leurs débuts, les Anglais de Black Sabbath sont enfin reconnus par la critique rock. Moqué et décrié dans les années 1970, Black Sabbath est pourtant l’un des groupes les plus essentiels de l’histoire du rock d’après les pionniers, dont l’influence est palpable dans quantité de groupes et de sous-genres. Evidemment dans le grand ensemble du heavy metal (Iron Maiden, Metallica ou Korn pour citer trois pierres de touche d’un style très divers) ; mais aussi au-delà, dans le rock alternatif (Melvins), particulièrement le « grunge » de Seattle (Alice In Chains ou Soundgarden), et même certains albums de musique électronique (confer Arnaud Rebotini pour « Zone 10 : Pagan Dance Move »). À dire vrai, quel autre grand du rock aura suscité autant de vocations que Black Sabbath ? Les Beatles, sans doute. Mais après ? Le Velvet Underground, peut-être ? Pink Floyd ? Les Clash ?

La fureur au temps des petites fleurs

Le son de Sabbath a été défini dès le premier album éponyme. Lourd, martial, épique et sombre. Première innovation : la basse ronde et soyeuse de Geezer Butler mixée très en avant, chevauchant la batterie agile de Bill Ward. Seconde innovation : les riffs incroyables de Tony Iommi, qui jouait un ton en-dessous en raison d’un accident d’usine. En pleine époque hippie, Black Sabbath jouait un rock furieux, sidérurgique, inspiré par les rudes conditions de vie de la ville de Birmingham dont ses membres étaient natifs. Les origines sociales du quatuor, né dans le quartier populaire d’Aston, n’ont d’ailleurs pas été étrangères à l’ostracisme que le groupe eut à subir, quand le rock anglais était alors un phénomène très londonien, comptant dans ses rangs de nombreux fils de bonnes familles, à l’image des groupes de rock progressif comme Genesis, Soft Machine ou Pink Floyd.

Black Sabbath ne bénéficiait pas de l’aura d’intellectualisme qui collait à la peau des groupes britanniques de la deuxième vague. Le génial guitariste Tony Iommi avait ainsi été à deux doigts, littéralement, d’abandonner la musique après un accident de travail. Tel Iron Man, ce gaucher à l’extrémité de deux doigts de la main droite sectionnés par une presse, s’était fabriqué des prothèses en plastique pour pouvoir poursuivre ses rêves. Quant au chanteur déjanté Ozzy Osbourne, il sortait de prison après avoir été arrêté pour quelques cambriolages ratés censés améliorer son train de vie modeste d’employé d’abattoir.

Black Sabbath, un monde en voie de disparition

Ces parcours, dignes du « Working class hero » chanté par John Lennon, auront puissamment contribué à l’élaboration d’une architecture musicale inédite, profondément novatrice.

Les cinq premiers albums résumant, à eux seuls, tout le heavy metal. Du proto-stoner de « Masters of Reality », en passant par la production sophistiquée de « Sabbath Bloody Sabbath » et le psychédélisme de « Paranoid », Black Sabbath a posé les bases d’une contre-culture adolescente vivace, plus désabusée que réellement politisée.

Fini le « flower power », place à la réalité des usines enfumées et des pubs sordides. Un monde aujourd’hui en voie de disparition que l’on retrouve dans la fresque Jérusalem d’Alan Moore, sortie l’an passé.

Ozzy Osbourne a beau être devenu une créature burlesque de la téléréalité étatsunienne, dans le fond il est resté ce jeune homme sauvage de Birmingham. Cela se ressent dans le dernier concert qu’ils ont donné sur leurs terres, ultime trace d’une œuvre fondamentale qu’Arte a eu l’intelligence de diffuser en ce début de mois de janvier 2018.

Une manière aussi de lever le voile sur certains clichés qui nuisaient au groupe, notamment l’aura « sataniste » inventée par les maisons de disques, alors que le bassiste Geezer Butler était très croyant et superstitieux. Comment ne pas voir la parenté entre les Mancuniens de Joy Division, adorés de la critique, et Black Sabbath ? Musicalement, il n’y a certes quasiment aucun rapport entre les deux groupes, mais on retrouve chez eux une même hargne ouvrière, une même originalité, une même urgence juvénile. Phénomène étrange que celui de quatre post-adolescents originaires d’un même quartier, capables d’écrire l’histoire de la musique populaire depuis un garage, touchant des millions d’êtres humains avec des compositions dépressogènes, peu aimables de prime abord. Black Sabbath ne sera jamais oublié.

The End

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Black Sabbath

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Jérusalem

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Changement de nom du FN: est-il déjà trop tard?

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Marine Le Pen à Carpentras dans le Vaucluse, octobre 2017. SIPA. 00826535_000039

Le premier tome des mémoires de Jean-Marie Le Pen devrait donc être publié début mars en guise d’apéritif du congrès du Front national (FN) le même mois. Clin d’œil du patriarche fondateur aux adhérents du parti, dont il veut toujours croire qu’il en demeurera le président d’honneur. Clin d’œil à la plus jeune de ses filles, Marine, qui a repris la boutique familiale il y a sept ans. Un septennat, un siècle, une éternité. En réalité, on se demande bien si Jean-Marie Le Pen a le cœur à témoigner des signes sympathiques à celle qui lui a succédé. Celui qui déclenchait son agacement, qu’il dépeignait en gourou de sa fille, Florian Philippot, a pourtant vidé les lieux.

Front populaire

Mais Marine Le Pen semble ne plus savoir où elle habite. Alors que le départ de son stratège préféré, qu’elle a finalement poussé vers la sortie, tout en assurant ne pas avoir l’intention de troquer sa ligne « ni-droite ni-gauche » par une ligne « à droite toute », l’a considérablement affaiblie à l’intérieur de son propre parti, la présidente du FN a toujours l’intention de changer le nom du parti. La semaine dernière, notre consoeur, Pauline de Saint-Rémy, toujours bien informée, dévoilait sur l’antenne de RTL que les réponses des adhérents FN à cette question s’avéraient catastrophiques pour Marine Le Pen. 80% d’entre eux souhaiteraient conserver la marque FN. Un vrai désaveu pour Marine. Un triomphe pour Jean-Marie.

A lire aussi: Wanted, Marine Le Pen a disparu

La présidente, afin de démontrer qu’elle demeurait fidèle à la ligne qu’elle avait développée pendant sept ans, a promu Sébastien Chenu. Issu des mêmes eaux souverainistes anti-Maastricht, tout en étant plus souple que Florian Philippot sur la question de l’euro, ce dernier constitue une nouvelle vitrine. Une différence subsiste néanmoins. Florian Philippot n’était pas qu’une vitrine. Il était aussi au four des idées et au moulin de la stratégie. Beaucoup de projets de communiqués passaient entre ses mains. Ainsi a-t-il pu déjà fustiger la position du FN sur le glyphosate et en faire le témoin d’un nouvel alignement frontiste sur la doxa européenne.

Marine Le Pen ne sait plus où elle habite

Mais revenons à ce vieux serpent de mer du changement de nom. A juste raison, Jean-Marie Le Pen faisait de ce chiffon rouge l’œuvre de Florian Philippot. Lequel en avait trouvé un, « Les Patriotes », avant de le garder finalement pour lui. Mais aujourd’hui, alors que le FN souhaite se recentrer sur ses fondamentaux sécuritaires et identitaires, pourquoi changer la marque du fondateur ? Parce que Marine Le Pen veut montrer qu’elle habite encore quelque part, contrairement à ce qu’ose raconter une certaine presse dont fait partie votre serviteur. Et cette volonté de le démontrer à tout prix dévoile en fait son embarras. CQFD.

Mais ce n’est pas parce que Marine Le Pen continue de donner des signes de sa fragilité que Les Patriotes de Florian Philippot disposent d’une autoroute à deux fois trois voies devant eux. Le moins que l’on puisse dire, c’est que de ce côté, on sait où on va, et on y va avec panache, prenant des risques énormes. Le sort des numéros deux de l’histoire du FN n’incite en effet pas à l’optimisme. Bruno Mégret fit scission en 1998 dans de bien meilleures conditions et avec bien plus de cadres que ne l’a fait Florian Philippot cet été. On se souvient de ce qu’il advint de son aventure, dont certains chevau-légers entourent aujourd’hui Marine Le Pen et furent au premier rang de ceux qui l’ont incitée à bouter Philippot hors du FN.

Les Patriotes vs. Front national, premier test fin janvier

Non content de prendre le risque de la séparation, voilà que quelques mois plus tard, le patron des Patriotes décide d’envoyer son lieutenant le plus solide, mais aussi le plus exposé, au feu électoral. Souvent accusée d’utiliser le parachute électoral, Sophie Montel qui, d’après nos informations, « s’amuse terriblement » à écrire un livre sur sa « désillusion » mariniste, a donc décidé d’aller visiter une nouvelle terre électorale, le Territoire de Belfort, où l’invalidation de l’élection du député LR Ian Boucard par le Conseil constitutionnel a provoqué un nouveau scrutin. Le premier tour aura lieu le 28 janvier prochain et un premier débat s’est tenu ce dimanche sur l’antenne de France 3 Franche-Comté.

A lire aussi: Sophie Montel: « Ce qui arrive à Florian Philippot est injuste »

On y a beaucoup parlé d’économie en général et d’Alstom en particulier, puisque la circonscription abrite l’usine historique de l’entreprise. Et on a pu y déceler une ligne de partage décoiffante, avec d’un côté les « libéraux », à savoir le candidat de la majorité présidentielle issu du MoDem, Christophe Grudler, celui du FN Jean-Raphaël Sandri, et de l’autre les « étatistes », c’est-à-dire tous les autres candidats, ce qui n’est pas très étonnant de la part du PS tendance frondeuse Arthur Courty, de la candidate FI Anaïs Beltran et même de Sophie Montel. Le fait de trouver le candidat LR de ce côté de la barrière n’est en fait étonnant que depuis Paris. Ian Boucard ne cache pas faire partie de la sensibilité la moins libérale de son parti. Je l’ai personnellement entendu évoquer « l’obsession des 3% » à propos de l’orthodoxie budgétaire sauce bruxelloise.

Il est peut-être déjà trop tard…

Ce qui se joue dans cette circonscription, plus que de savoir si la majorité macroniste gagnera un siège supplémentaire aux dépens de LR, c’est évidemment le rapport de force entre Montel et Sandri, entre Les Patriotes et le FN. Si Sandri réussit à fidéliser l’électorat FN sur le logiciel libéral-identitaire très en phase avec le secrétaire général Nicolas Bay, et que Sophie Montel hérite, malgré un terreau sociologique et économique favorable à son discours, d’un score décevant, de l’ordre de celui promis à son nouveau parti par les instituts de sondages pour les élections européennes, Les Patriotes auront perdu une première manche décisive, leur promettant de devoir beaucoup ramer dans les prochaines années, à l’image du parti de Nicolas Dupont-Aignan. Si au contraire Montel fait jeu égal avec Sandri, voire le dépasse, ce serait un coup de tonnerre électoral. Une véritable défaite pour Marine Le Pen. Son idée de changer le nom de son parti demeurerait perdant à tous les coups. Dans le premier cas, c’est surtout la marque qui serait décisive dans la fidélisation de l’électorat. Dans le second, cela signifierait surtout que ce changement de nom arrive bien trop tard et que pousser Philippot dehors constituait une erreur funeste.

A lire aussi: Philippot: « Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’au FN la défaite en arrangeait plus d’un »

Dérapage

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Alain Finkielkraut donne son avis sur la pétition de Catherine Deneuve et commente la politique migratoire d’Emmanuel Macron

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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François Rollin, l’anti-Jamel comedy club

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francois rollin humour comedy club
François Rollin, Paris, 2018. Sipa.Numéro de reportage : 00838546_000058.

C’est le genre de nouvelle qui passe allègrement inaperçue mais qui d’une certaine manière traduit l’esprit du temps. François Rollin, alias le Professeur éponyme ou encore Jacques Martineau dans le cultissime « Colères », annonçait récemment avoir jeté l’éponge, résumant la situation par cette formule lapidaire ; « Que voulez-vous, j’ai des compliments mais ça ne se vend pas ».


Hommage à celui qui aura brillé par la finesse de sa plume et l’hilarante absurdité de ses délires scéniques, suscitant au passage l’admiration d’une profession qui n’aura eu de cesse de saluer un talent inimitable. Là est d’ailleurs une partie du problème : si Rollin a toujours pu compter sur le regard admiratif de ses pairs, difficile pour lui de conjuguer reconnaissance du métier et succès populaire, même si quelques apparitions à des heures de grandes écoutes lui auront permis d’élargir un fan club resté trop confidentiel.

Car le constat est sans appel ; on apprenait en effet que l’humoriste n’a décroché que quatre dates de tournée en France pour son dernier spectacle, quand certains « stand-uppers » biberonnés au Jamel Comedy Club peuvent en accumuler plus de cent sur une année.

La pilule est amère, certes, mais donne quelques précieuses indications quant à la trajectoire d’un public qui semble désormais plébisciter un humour porté en premier lieu par des concepteurs-rédacteurs adeptes de la petite formule.

L’humour ubérisé

Exit donc les frasques désuètes de quelques comédiens professionnels, place au quidam amateur de vannes dont la puissance scénique interroge autant que le travail du phrasé. A quelques exceptions près, rares sont les « jeunes talents » qui se risquent à explorer la palette jubilatoire des différents procédés comiques. Presque tous préfèrent s’engouffrer dans la brèche du prêt-à-rire contemporain, mélange de boutades domestiques et de moraline antiraciste. Même les plus doués de leur génération semblent avoir renoncé, abandonnant le jeu pour se convertir à une forme d’humour devenue quasi-hégémonique, de sorte qu’il devient de plus en plus difficile de faire la distinction entre comédiens authentiques et entrepreneurs de la blague.

Stand-up partout, finesse nulle part

Quasi-inconnu du public français il y a encore dix ans, le stand-up s’invite partout et rebat les cartes d’un marché du rire hexagonal en pleine ébullition, comme en témoigne l’émergence d’une offre devenue pléthorique, tant du côté des théâtres que des formations dites spécialisées. Pas un jour ne passe sans qu’une nouvelle « pépite » ne soit propulsée au rang de révélation de l’année par l’entremise d’un Montreux Comedy Festival ou autre Marrakech du Rire, devenus en quelque sorte les incubateurs du comedy business.

Si l’objet du propos n’est évidemment pas la critique du stand-up en tant que tel (ce qui reviendrait à nier le génie manifeste de ses illustres représentants outre-Atlantique), il s’agit tout de même de poser la question de son ascension fulgurante sur la scène francophone au point de s’imposer comme la seule forme de théâtralité comique possible, et ce en à peine dix ans. De quoi cette prise de pouvoir, aussi soudaine que totale, est-elle le nom ?

Un public d’homo economicus

L’observation attentive de ce qui décline renseigne parfois sur la nature de ce qui advient. Après avoir définitivement relégué la poésie au rang de curiosité muséique, notre époque poursuit son travail d’épuration, liquidant toute forme d’expression artistique échappant à la religion de l’utile et du politiquement correct. Ainsi l’humour noir et le rire absurde figurent en bonne place sur la liste des registres menacés d’extinction, le premier jugé inapproprié car offensant, le second devenant inaudible auprès d’un public pétri d’idéologie utilitariste, qui voit en cette forme de discours fantaisiste une pure perte de temps. Tout le contraire du stand-up anglo-saxon caractérisé par la quête du rendement optimal dont le corollaire est l’application systématique d’un contrôle de l’efficacité par la mesure (« un rire toute les dix secondes »). Ici, l’effet comique n’est plus incidemment produit par la magie d’une situation, mais fait l’objet d’une recherche assumée explicitement, dépouillée du moindre détour poétique, prolongeant ainsi le règne de la rationalité et du calcul jusque dans les café-théâtre.

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L’engouement de nos compatriotes, et notamment des plus jeunes, pour cette modalité du discours comique renseigne sur le degré d’imprégnation de l’idéologie utilitariste dans la psyché populaire, et signe la marque d’une incroyable soumission à cette idée qui voit en l’homme un simple rouage de la méga-machine productiviste. La révolution n’est définitivement pas pour demain.

Le pas de côté

M’étant rendu à deux reprises au dernier spectacle de Rollin, j’aurais dû comprendre les atermoiements d’une infime partie de la salle comme la marque d’une telle rupture. Cette manière bien à lui de naviguer hors des limites de la raison, de prendre le spectateur à contre-pied, d’aborder avec le plus grand sérieux des thèmes parfaitement dérisoires… autant de tentatives qui peinent à convaincre un public qui ne jure que par l’empire du Machinal et la sécurité du Même, exigeant de l’artiste qu’il substitue au grand jeu, le grand « Je ».

Le retour en grâce d’un rire qui ne soit ni utile ni mimétique parait plus que nécessaire à l’heure où triomphent la logique du rendement et le culte de soi. Faisons la part belle aux artistes dont l’ambition est de redonner un peu de souffle à une époque écrasée par la pesanteur de ses propres certitudes et dont l’horizon s’apparente à une interminable et sinistre ligne droite.

L’univers de Rollin, c’est le pas de côté (ou plus précisément, le pas diagonal), à mille lieues du ricanement de complaisance, un rire de résistance… à l’air du temps.