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Couscous, pizza, poulet, à la bonne franquette!


Vous en avez assez des grands restaurants prétentieux qui coûtent un bras ? Ça tombe bien, voici trois adresses parisiennes bon marché qui vous proposent des mets délicieux cuisinés sans chichis. À table !


Alors que nous déjeunions à La Tour d’argent, face à Notre-Dame, et que l’on nous servait les mets les plus raffinés, Élisabeth Lévy me fit soudain cet aveu, quelque part entre le saumon sauvage de l’Adour aux amandes et le « millefeuille feuillantine, crème safranée et confit de fruits rouges rafraîchis à la rhubarbe de Villebon-sur-Yvette », une tuerie commenta-t-elle sobrement : « Tu sais, dans le fond, ce que je préfère, c’est la cuisine sans chichis, une bonne côte de bœuf cuite à la braise, avec du mordant… »

Notre sainte patronne est pour une fois en phase avec l’air du temps. En moins de vingt ans, l’idée que l’on se fait du luxe gastronomique a totalement changé. On est passé du théâtre des grands restaurants à la poésie de la cuisine brute (comme il y a un art brut), de Voltaire à Rousseau, du service en queue-de-pie à la mamma italienne moustachue façonnant ses gnocchis avec les doigts dans une trattoria perdue des Abruzzes… Aucun restaurant trois étoiles Michelin (ils se ressemblent tous désormais) n’est en effet capable de reproduire la magie d’un casse-croûte improvisé un matin d’automne, dans un village abandonné du Beaujolais, au milieu d’un troupeau de chèvres, en compagnie d’un vigneron qui vous ouvre une bouteille pas étiquetée qui fleure bon la griotte. Aucun palace ne peut rivaliser avec le charme d’une taverne grecque de pêcheurs, où les poissons frétillants sont simplement apprêtés au sel, à l’huile d’olive et à l’origan sauvage, pendant que s’avance le paysan du coin tirant son mulet chargé de tomates et d’aubergines…

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À défaut de parcourir l’Europe à la recherche de ces lieux hors du temps, voici quelques adresses parisiennes accessibles qui vous aideront à retrouver le goût de « lotentique » comme dirait Ugolin dans Jean de Florette.

Le couscous du berger de Nordine Labiadh

Toutes les enquêtes d’opinion réalisées ces vingt dernières années le confirment : le couscous est devenu l’un des trois plats préférés des Français, avec la blanquette de veau et le magret de canard. Encore inconnu chez nous il y a un siècle, ce plat fit son apparition après la Seconde Guerre mondiale, dans les bouibouis tenus par les travailleurs maghrébins. Mais le couscous devint vraiment un phénomène de société à partir de 1962, avec le rapatriement des pieds-noirs d’Algérie. Pour survivre, nombre d’entre eux ouvrirent des restaurants et inventèrent le « couscous royal », qui ne correspond à rien d’authentique au Maghreb, où le couscous a toujours été un plat de tous les jours, relativement pauvre en viandes.

Disons-le d’emblée : le couscous est un plat potentiellement génial. Potentiellement, car la plupart du temps, hélas, les légumes, les viandes et la semoule utilisés ne sont pas d’une qualité exceptionnelle, il y a trop de cuisson, trop de sauce, trop de harissa, les goûts sont indistincts, on rêve d’un grand chef qui apporterait à ce plat merveilleux autant de soin qu’à l’élaboration d’un lièvre à la royale !

Des poids lourds à la cuisine 

En attendant qu’il apparaisse, il y a Nordine Labiadh, du restaurant À mi-chemin, dans une jolie rue du 14e arrondissement où tout le monde se connaît et se dit bonjour. Nordine est né en Tunisie, on ne sait pas trop quand, car il ne dit pas son âge… Son père, qui travaillait chez Renault à Vénissieux, a eu la sagesse de ne pas le faire venir en France : « Surtout, reste en Tunisie. Ici, les jeunes sont toujours ensemble, ils ont la haine de la France, je ne veux pas que tu deviennes comme eux. » Nordine attendra donc d’avoir plus de 20 ans pour venir dans notre pays, le temps de devenir chauffeur de camion poids lourd dans le désert… « Quand je suis allé voir mon père, j’ai compris ce qu’il avait voulu me dire. Ma voiture a été défoncée. On m’a dit que c’était normal, car il n’y avait pas le Coran à l’intérieur ni aucun signe d’appartenance à la communauté. Mais moi, mon but, c’était de devenir Français, pas d’appartenir à “la” communauté ! »

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À Paris, il cumule les petits boulots, sans permis de séjour. Se retrouve plongeur dans un bistrot du 14e fondé en 1998 par une Bretonne à poigne, Virginie. Tous les cuisiniers qu’elle embauche lui rendent leur tablier. Désespérée, elle s’adresse un matin à Nordine : « Tu as l’air débrouillard, à partir de maintenant, c’est toi qui feras la cuisine ! »

« Le couscous est un plat du pauvre qui rythme la journée. »

Vingt ans après, ces deux-là sont mariés et ont deux enfants. Nordine est devenu Français. Virginie l’a éduqué en l’amenant au Louvre tous les dimanches, au théâtre, dans les librairies. Le gaillard, surtout, s’est révélé être un cuisinier d’exception, sensible, capable de marier les goûts et les parfums d’une façon incroyablement subtile. À l’image de son couscous du berger, qui nous ramène à une forme d’humanité primitive et savoureuse. « Le couscous est un plat du pauvre qui rythme la journée. On fait un feu de bois, on pose une marmite pleine d’eau dessus, c’est très économique… Après, dans la braise, on cuira le pain. Dans la montagne, après la pluie, tout pousse, les bergers en profitent pour ramasser tout ce qu’ils trouvent : des oignons, de l’ail, du fenouil et des carottes sauvages, des herbes, des pignons de pin, de la tête de mouton, des tripes farcies aux herbes, leur couscous est très simple, mais incroyablement parfumé ! »

Le mot couscous vient de l’arabe kosksi qui reproduit le bruit de la semoule de blé broyée à la meule de pierre, ainsi que celui des bracelets des femmes qui la roulent à la main avec de l’eau. Dans les campagnes, la couscoussière en terre cuite et en acier est un objet précieux que l’on offre à la jeune mariée qui le gardera toute sa vie. C’est à partir de juin que le blé est le meilleur, il vient d’être récolté, il est frais, encore vert, concassé grossièrement, il sent bon le bambou et possède un petit goût de pistache… « C’est ce blé que l’on utilise pour faire la soupe, la chorba. »

Cuisine et terroir  

Nordine fouette d’abord la semoule à l’eau tiède salée avant de la cuire à la vapeur puis la saupoudre de cardamome et de quantité d’herbes fraîches. Son couscous a de la mâche et de l’énergie ! « Ce plat n’a pas de frontières. Il s’adapte au terroir de là où l’on vit. On pourrait très bien imaginer un couscous alsacien, je n’ai rien contre ! »

« Au Maghreb, nous explique-t-il, les femmes s’occupent de la semoule et des légumes pendant que les hommes s’en vont chercher et griller la viande ou le poisson. Il y a un partage des tâches. Chaque famille prépare le couscous à sa façon. Mais les légumes sont essentiels, quelle que soit la saison : potiron, fenouil, choux, petits pois, fèves, céleri… Les pois chiches, je préfère les servir en entrée, avec de l’huile d’olive, du citron et du cumin. J’aime faire le couscous des pêcheurs, à la seiche et aux crustacés, à la rascasse, au bar et au mérou. La viande, je n’en mets qu’une seule, pour avoir un goût bien identifiable : une belle volaille fermière ou un agneau confit, que je relève avec du miel et de la cannelle, du carvi, de la coriandre, de la grenade, de la rose séchée, des oranges séchées. »

Traditionnellement, on sert le couscous dans un grand plat, dans lequel chacun se sert après s’être lavé les mains. On est assis sur des coussins et des tapis. Les morceaux les plus tendres sont laissés aux enfants et aux vieux. « Les mémés rongent les os ! L’important est de faire attention aux autres. Le meilleur couscous est fait avec le cœur, c’est de l’amour concentré. On boit du thé à la menthe, ou du lait caillé de brebis, de chèvre ou de chameau, conservé dans une jarre en terre ou dans une panse de mouton. »

Chez Nordine et Virginie, rassurez-vous, on est assis sur des chaises, on a des couverts et on boit du vin !

L’immémoriale pizza animiste de Calabre

Il Brigante, dans le 18e arrondissement, c’est ma cantine. Je ne suis jamais déçu. Évidemment, on n’y va pas pour le confort : c’est exigu et bas de plafond, les bancs en bois et les chaises de jardin sont durs, on est collé les uns contre les autres, pendant que Toto Cutugno chante sous le regard de la Madone. Mais voilà, Salvatore Rotiroti est le meilleur pizzaiolo de Paris. Né en 1977 entre deux volcans (l’Etna et le Stromboli), ce poète de Calabre barbichu avec un œil vert et l’autre marron a gardé le côté sauvage de son pays « où on continue à lire dans les entrailles du cochon pour prédire l’avenir et où les femmes font le pain comme il y a des siècles, en murmurant des formules magiques censées repousser le mal et favoriser la réussite du levain. C’est ce qu’elles m’ont appris : il faut écouter la pâte, lui parler, sentir la vie qui est en elle, et pour ça, mieux vaut être calabrais que napolitain ! »

Mamma mia !

Dans sa petite pizzeria, notre homme étire et étale ses pâtes avec virtuosité et n’utilise que les produits de Calabre que son père lui envoie chaque semaine : mozzarella crémeuse, coulis de tomate, huile d’olive, noisettes, origan, figues, bergamotes, pousses de brocoli sauvage, anchois, câpres, sans oublier la ’nduja une spécialité à base de joue de porc fumée au poivron et au piment avec laquelle Salvatore met le feu à ses pizzas fines et croustillantes ! « La cuisson ne doit pas durer plus de trois minutes. Le four doit être très chaud, à 400 degrés. Je cherche un four à bois à Paris, et quand je l’aurai trouvé, mamma mia ! Vous verrez, mes pizzas seront encore meilleures ! »

Salvatore est aussi un dégustateur d’instinct, il a trouvé ainsi un nectar qui lui ressemble, produit par la « Ma Dalton » de Saint-Rémy-de-Provence, la légendaire Dominique Hauvette, une vigneronne au fichu caractère qui vit dans une roulotte avec ses chevaux, vous reçoit en grognant et élève ses vins bio dans des œufs en ciment censés leur donner plus de profondeur et de minéralité. Ces deux mystiques font la paire.

Le poulet rôti entier tel que l’aimait Orson Welles (qui en dévorait deux d’affilée)

« Un poulet mal cuit est un poulet mort pour rien ! » disait le chef du Grand Véfour Raymond Oliver. Il aurait adoré celui de l’Alcazar, dodu et croustillant à souhait. Cet ancien cabaret transformiste créé en 1968 par le metteur en scène Jean-Marie Rivière (surnommé par Antoine Blondin « l’entrepreneur de travelos publics ») est depuis vingt ans une brasserie chic. Michel Besmond, son gérant, a su insuffler à ce lieu historique un je-ne-sais-quoi de tendre, notamment le soir, quand la mezzanine accueille des fêtes à plumes avec juste ce qu’il faut d’autodérision… « Avant 1998, j’étais dans l’univers de la mode à New York. Il y avait dans cette ville des lieux pleins d’énergie, avec du souffle, alors qu’à Paris, il n’y avait que des restaurants. Je suis tombé amoureux de l’Alcazar et j’ai proposé à Sir Terence Conran de m’aider à reprendre cette salle pour en faire quelque chose de vivant. » Pari gagné. Toute une faune hétéroclite et cultivée se retrouve dans cette brasserie contemporaine aménagée comme un jardin d’hiver, avec ses grandes plantes vertes dressées sous une verrière zénithale.

Le noble poulet 

Côté cuisine, le chef Guillaume Lutard, formé chez Prunier et Taillevent, a su redonner à la cuisine de brasserie ses lettres de noblesse : tartare, saumon d’Écosse mariné au gingembre, foie gras, pâté en croûte, épaule d’agneau confite au boulgour et au citron vert, pavlova (une grosse meringue moelleuse aux fruits de la passion et à la crème fouettée), etc. Tout est fait maison, alors que les brasseries appartenant à des chaînes sous-traitent et servent des plats industriels.

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Ici, le poulet de cent jours d’Orléans, terminé au lait, est poché dans un bouillon de volaille pendant une heure, ce qui lui donne de la tendreté et permet de le rôtir à la commande en vingt-cinq minutes. Dans le four, les goûts et les parfums du thym, du laurier, du beurre, des échalotes, de l’ail et des oignons vont imprégner sa chair. On déglace au vin blanc. On arrose. On laisse reposer. Le poulet est alors découpé et servi dans un grand plat, avec la carcasse, comme à la campagne, le tout orné d’oranges, de citrons grillés et de sucrines : un vrai plat du dimanche ! Tous les matins, un commis pèle plusieurs dizaines de kilos de pommes de terre fraîches pour les frites, qui sont plongées dans l’huile bouillante deux fois (une pour la cuisson, l’autre pour la couleur). Proposé à 66 euros, ce plat, que l’on peut dévorer avec les doigts, nourrira trois ou quatre personnes, ce qui revient très bon marché.

« Sailor et Lula », Tristan et Iseult au pays des motels

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Comme on dit, on avait vu le film, mais pas lu le livre. Sailor et Lula de David Lynch avait été la Palme d’or surprise du festival de Cannes en 1990.

Lynch adapte Gifford

On y retrouvait tout ce qui fait qu’on déteste ou qu’on adore Lynch. Un hyperréalisme maniériste, plastiquement impeccable, qui cache le grouillement de la matière et des pulsions ; un jeu constant et anxiogène avec une bande-son qui donne au spectateur l’impression d’avoir un sonotone mal réglé : on se souvient encore du bruit démesuré que faisait Sailor joué par Nicolas Cage quand il enflammait une allumette.

Quand on est tombé sur le roman paru la même année chez Rivages, pour la somme dérisoire de deux euros dans un vide-grenier caritatif de Saint-Valery en Caux, on s’est dit pourquoi pas. L’auteur, Barry Gifford, ne nous était pas inconnu. On se souvenait de Rude journée pour l’homme léopard qui reprenait d’ailleurs des personnages de Sailor et Lula.

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Dans ce qui est donc le premier roman de la série, Sailor a vingt-trois ans. A peine sorti de prison, où il a purgé deux ans  pour meurtre au second degré, il s’enfuit avec Lula,  la seule fille qu’il a jamais aimée. La mère de Lula, sérieusement névrosée, envoie à leur poursuite un détective privé, Johnny Farragut. Voilà les ingrédients d’un roman noir classique et d’un de ses thèmes fétiches, le couple maudit, traqué et passionné dont le grand Jim Thompson avait donné une admirable variation, Le lien conjugal adapté au cinéma par le non moins grand Sam Peckinpah dans le non moins admirable Guet-Apens.

Une histoire d’amour presque fantomatique

En fait, il n’en est rien. Nous sommes loin, avec Barry Gifford, des noces d’acier et de feu de Bonnie and Clyde et plus proche de Tristan et Iseult au pays des motels. Ici, ni crissements de pneus, ni rafales de mitraillettes, à peine quelques coups de feu dans la chaleur de la nuit. C’est sans doute cette histoire d’amour presque fantomatique placée sous une menace diffuse qui avait séduit David Lynch. Dans leur errance entre Texas et Louisiane, Sailor et Lula parlent beaucoup : de leur amour en sursis, de leur avenir hypothétique, de leur enfance. Ils aiment la soul music et les vieux airs de country, -et ils ont bien raison. Lula se souvient d’avoir raté de peu le premier prix à un radio-crochet en chantant Stand by your man et Sailor lui parle d’un compagnon de cellule qui passait ses journées à lire Proust.

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A leurs trousses, le détective privé n’a pas l’air convaincu par sa mission. Il écrit, dans des boites de jazz ou des bars enfumés des nouvelles fantastiques et des fragments d’autobiographie.

Un air d’Hemingway

Barry Gifford a été salué par Jim Harrison comme un grand écrivain et dédie son roman à Charles Willeford, un des maîtres du polar sudiste. Il faut dire qu’il partage avec eux le même réalisme poétique, qui lui aussi a dû plaire à Lynch. Mais il y a chez Barry Gifford un étonnant désenchantementderrière l’apparent minimalisme de Sailor et Lula, pratiquement dialogué de bout en bout avec des conversations qui ne mènent nulle part sur les armes à feu ou les marques de bière. Avec Sailor et Lula,  on se trouve en fait face à un texte très travaillé, très littéraire par son refus de l’effet facile ou de l’illusion psychologique qui, pour le coup, n’est pas sans rappeler Hemingway.

Sailor et Lula, Barry Gifford (Rivages/Thriller, 1990) Saint-Valery en Caux, vide-grenier,  2 euros.

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Puisque les économistes vous disent que l’immigration est bonne pour l’Europe…

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La publication en ligne Contrepoints est connue, car elle ne s’en cache pas, pour ses options idéologiques ultralibérales, alors que le nouveau gouvernement américain s’en éloigne. On évolue vers un ultralibéralisme hors-sol.

Voici à présent qu’elle se fait le relais des no-border en diffusant un de leurs articles édité sur The Conversation : « Les demandeurs d’asile ne sont pas un fardeau pour l’Union européenne ». Certes, « la migration internationale est la source d’épineux problèmes diplomatiques en Europe. Ces derniers seraient en partie allégés si l’on parvenait à se débarrasser des idées reçues assimilant migrants et fardeau économique ».

Misère de la déesse Economie

D’emblée, le ton est donné et on perçoit l’angle d’attaque, si ce n’est le parti pris purement économique d’éluder les autres dimensions, démocratiques, culturelles, sociales, historiques, religieuses, psychosociologiques, scolaires, urbaines, pénales… Dès lors le questionnement proposé (« les demandeurs d’asile sont-ils une charge économique pour les pays d’accueil ? ») est partiel sinon partial en se concentrant sur une seule dimension du problème, qui, de surcroît, n’est pas la plus importante.

D’autant que les auteurs se focalisent sur la méthodologie avec les vieux tics habituels de ces discours scientifiques partisans. Entrant d’emblée dans des détails millimétriques les auteurs tentent de se convaincre que « le premier enjeu [serait celui de] l’étude des effets de la migration sur les finances publiques ». Et que dans une telle étude tout ne serait que doute : « Quel mol oreiller que le doute écrivait Montaigne ».

Un oreiller si moelleux qu’on y revient sans cesse: « Le second enjeu, qui est présent dans la littérature scientifique en économie de la migration, est d’établir les effets des flux migratoires eux-mêmes sur les économies d’accueil. Les interactions entre la situation économique ou budgétaire du pays d’accueil et les flux migratoires sont en effet potentiellement bidirectionnelles : les dépenses publiques, par exemple, sont susceptibles d’augmenter avec les flux migratoires mais également d’accroître ces flux. »

« L’augmentation du flux de migrants est positive pour l’économie européenne »

La suite de l’article passe en revue l’ensemble des difficultés que l’économètre rencontre pour évaluer la portée des flux migratoires sur les salaires, notamment en raison du fait que « même si deux instruments [de mesure économique] sont dotés de propriétés statistiques justes, l’interprétation finale peut différer ». Toujours la relativisation. Pourtant, après avoir exposé les difficultés méthodologiques, le doute sur les résultats, la conclusion, elle, est dépourvue d’hésitation. Cette façon de procéder est une constante chez les « chercheurs-engagés » (?) : on déploie toutes les difficultés de l’étude mais la conclusion est péremptoire ; ce sera que « l’augmentation du flux de migrants est positive pour l’économie européenne ».

Pour en venir à cette conclusion, les chercheurs disent avoir « examiné les implications des flux migratoires sur les performances économiques et sur les finances publiques de quinze pays d’Europe de l’Ouest » qui entre 1985 et 2015 « ont enregistré près de 10,5 millions de demandes d’asile, soit environ 350 000 demandes par an ».

« Il ne faut pas oublier que l’on parle d’êtres humains ! »

Surjouant une invitation à la prudence pour l’analyse des résultats, les auteurs nuancent : « Les personnes immigrées, et a fortiori les demandeurs d’asile, ne sont pas là pour  ‘relancer’ les économies européennes. Si les migrations ne représentent pas un coût économique pour l’Europe de l’Ouest, elles ne doivent pas pour autant être envisagées sous l’angle de ce qu’elles pourraient ‘rapporter’. Il ne faut pas oublier que l’on parle d’êtres humains ! ». Les autochtones n’en seraient-ils pas tout autant ?

Enfin, les signataires se disent convaincus « que la réponse adéquate à la question des migrations et des demandeurs d’asile se trouve au niveau européen ». Mais présentée de façon aussi positive reste-t-il encore une « question des migrations » ? Si oui, laquelle ?

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Malheureusement, ce genre de travail de recherche prolifère, notamment dans les instances publiques des sciences sociales. La rigueur scientifique n’est surjouée que pour donner une présentation supposée objective de la recherche : on s’attarde sur les doutes quant aux méthodes de questionnement ; puis les conclusions sont, sans lien avec ces contorsions, définitives et nettes sans que l’on ait compris comment on y parvient après tant de détours…

Le Meunier, son fils et l’âne

Or voici que les peuples d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs commencent à exprimer autre chose sur la question migratoire. La dimension économique, certes, en des temps où le chômage détruit des familles entières. Avant tout le désir des peuples de choisir par eux-mêmes et pour leurs enfants qui vit dans leur société, pour en préserver les équilibres menacés auxquels ils sont néanmoins fortement attachés. Fût-ce avec un argument supposé simpliste, celui que nous propose La Fontaine dans Le Meunier, son fils et l’âne :

« Je suis Âne, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue ;

Mais que dorénavant on me blâme, on me loue ;

Qu’on me dise quelque chose ou qu’on ne dise rien ;

J’en veux faire à ma tête. Il le fit et fit bien. »

Autrement dit, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Quant à l’Europe (lisez Bruxelles) elle est défaite par la rébellion italienne, sur ce sujet, et sur d’autres à venir sans doute encore.

La casse des nations européennes

Pour conclure trois réflexions :

– l’économisme est une maladie intellectuelle qui conduit d’abord à croire que tout est économie, puis que toute économie est économétrique ;

– les dimensions psychosociologiques, culturelles, démocratiques des nations confrontées au flux migratoires sont passées sous silence ;

– l’immigrationnisme et l’ultralibéralisme ont un objectif partagé, avec des motivations différentes : casser les nations européennes. Mais cela, on l’avait déjà remarqué.

Le peuple de la frontière

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Dis-moi comment tu prends l’apéro, je te dirai qui tu es

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Du 14 juillet au 15 août (au moins), l’apéro devient la clef de voûte du bien être et des relations sociales. Mieux, il en dit long sur celui qui le prend…


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Nous vivons dans une société qui manque de repères. Les écrans dégradent notre santé mentale jusqu’au bout de la nuit. Nous ne faisons plus très bien la différence entre l’éveil et le sommeil, le travail et le temps libre, la jouissance et la contrainte, tout s’embrouille dans nos têtes. Sommes-nous des producteurs, des consommateurs, des fonctionnaires, des commerciaux, des artistes ou des entrepreneurs ? Selon l’heure de la journée, nous changeons de costumes et de servilité aléatoire. L’ubérisation est un jeu de bonneteau où l’illusion de liberté se meut vite en menottes dorées. L’homme moderne, prisonnier égaré, erre à la recherche d’une satisfaction immédiate, donc imparfaite. Il n’arrive plus à se poser, à penser autrement qu’en agent économique.

L’apéro, une bouffée d’identité

La religion peut venir combler son scepticisme, sans complètement résoudre son désordre intérieur. Il ne sait plus à quoi ou à qui se raccrocher. L’été, cet être fantomatique retrouve une hygiène de vie et le sens des responsabilités. Son horloge biologique se remet en marche. Son corps exige des horaires fixes et de nouvelles plages d’insouciance. Avant le déjeuner ou le dîner, son organisme implore sa portion de cacahouètes et de mini-pizzas. Il n’est plus cet individu dissolu qui vend sur internet des services ou des objets pour exister. Il se réapproprie son identité. On l’appelle par son nom, voire son prénom, et on se fiche pas mal du numéro de sa carte bleue. Il n’est plus dans la spirale de l’échange marchand mais dans le partage conciliant. Il ne se demande plus comment il va pouvoir faire fructifier ses relations d’un soir, comment il va refourguer sa marchandise. Totalement dépourvu d’arrière-pensées, il profite de l’instant.

A midi ou dix-neuf heures…

Quoi de mieux qu’un apéro pour sceller les individualités, leur redonner une patine de sociabilité, l’espoir d’un avenir commun. Le gouvernement qui cherche, sans cesse, des moyens de cohésion nationale a oublié l’apéro. L’inscrire dans la Constitution serait une piste à prendre au sérieux. L’apéro en lieu et place d’un énième plan banlieue réglerait les incivilités et les injustices incrustées dans le quotidien des cités. Ce moment divin où les verres tintent sous la tonnelle, la canadienne ou le préau de MJC rythmera le calendrier de tous les Français, entre le 14 juillet et le 15 août. À midi ou dix-neuf heures, le temps s’arrête. Les télés se taisent. Les enfants rangent leurs pelles et leurs bouées. Les ados cessent de se bécoter sur les nattes publiques. Les vieux beaux n’ont plus besoin de rentrer leur ventre. L’apéro mobilise tous les efforts, peu importent les obédiences. Chacun prend plaisir à œuvrer à sa bonne réalisation car il ne se prépare pas à la légère. Chips, Monaco, Tuc ou olives vertes, chaque apéro dévoile le fond de notre personnalité. L’amateur de l’incomprise saucisse cocktail se livre plus qu’un nudiste au Cap d’Agde. Les tapas, tortillas et bocadillos au pata negra indiquent un besoin d’absolutisme.

Je bois donc je suis

Quant aux crudités, radis et tomates cerises, ils révèlent un souci de l’équilibre. L’apéro trahit nos origines et nos envies. Kir, Ricard ou sangria, vous êtes démasqué ! Au camping, les jeunes préféreront la cannette de 33 cl, la binouze pour les fanzouzes. Au club house, on soigne autant son drive que sa descente de Pimm’s. Au Cap Ferret, tradition girondine oblige, le Lillet des familles s’accommode de toutes les grillades. À Calvi, les tranches de lonzo ne se séparent jamais de l’alcool de myrte. À Marseille, on trinque au ratafia. À Deauville, le cidre se débouche au Normandy. À Brest, le chouchen anime les nuits du port de commerce. Et puis, il y a les incontournables, les blancs de Loire qui rassurent les angoissés. Sancerre ou pouilly, coteaux-du-giennois pour les plus pointus, ces vins mettent en confiance. Ils n’impressionnent pas. Ils ne demandent pas un savoir livresque. Leurs flacons brillent au soleil. Leur fraîcheur entraîne les confessions. L’apéro remet alors du sacré dans notre destin tout tracé.

Éloge de la voiture

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Un Patachon Dans la Mondialisation

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La bible de l'apéritif

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Au Québec, l’ogre antiraciste dévore ses propres enfants


L’antiracisme pour tous, c’est fini. Au Québec, la nouvelle gauche se déchire autour du concept d’appropriation culturelle.


Malgré la chaleur anormale et le début des vacances estivales, que de nouveaux développements dans le monde des idéologies au Québec. Il faut croire que l’extrême gauche antiraciste ne se repose jamais, tellement elle semble motivée à rééduquer un peuple qui ne comprend plus rien à la situation. Et pour cause, les préoccupations de ce peuple sont à des années-lumière de celles de la nouvelle gauche.

Qu’on me permette de revenir sur la dernière controverse qui a secoué le Québec. Celle qui a débuté quand des « antiracistes » ont manifesté à Montréal contre la tenue d’un spectacle visant paradoxalement à promouvoir la culture noire. Depuis, le Festival international de Jazz, qui accueillait l’événement, a annulé toutes les représentations de SLAV, la nouvelle pièce de Robert Lepage, célèbre metteur en scène québécois. Pire encore : son prochain spectacle, qui se veut une relecture de l’histoire canadienne favorable aux peuples autochtones, est déjà dénoncé. Le concept utilisé pour censurer l’art en 2018 : l’appropriation culturelle.

Les « Euro-descendants » sont toxiques

Le précédent est loin d’être banal, et le concept mobilisé pour le créer l’est encore moins. Il y a quelques mois seulement, le multiculturalisme envoyait le message suivant : il n’est pas trop tard, l’Occident peut encore sauver son âme s’il fait son mea culpa et accepte les cultures étrangères. Même celles qui lui sont hostiles. L’apocalypse morale était proche, mais nous pouvions l’éviter. Aujourd’hui, la repentance n’est plus possible. L’Occident est passé du purgatoire à l’enfer. Ses méchants habitants n’ont plus un mot à dire, ils doivent complètement s’effacer devant l’Autre. Il leur est même interdit de mettre en scène leurs propres excuses.

Promouvoir ou défendre une autre culture serait devenu « raciste ». Ce serait la désacraliser, la contaminer, la salir avec les mains toxiques de l’Occident atomique. Pour les curés de la décolonisation symbolique, les personnes de couleur seraient les uniques propriétaires de leur sainte culture, les « Euro-descendants » n’auraient même plus le droit de s’en approcher. Inutile de mettre des gants en latex : la nocivité de l’Occident serait telle que son virus pourrait se répandre malgré toutes les précautions hygiéniques.

L’antiracisme pluriel

Le concept d’appropriation culturelle est si ridicule et mal pensé qu’il est inutile de s’étendre plus longuement à son sujet. Faut-il vraiment rappeler qu’il n’existe aujourd’hui plus aucun peuple dans le monde qui n’a pas emprunté quelque chose à un autre que lui ? Les Occidentaux doivent-ils revenir aux chiffres romains ? Ce concept mène à la ségrégation raciale. Mais ce qui est intéressant chez lui, c’est l’avenir qu’il dessine. Les antiracistes excluent des gens de leur propre cercle sur la base de leur race, une nouveauté dans l’histoire. En Amérique, la gauche inclusive est à un point tournant.

Les antiracistes racistes sont en train de produire un schisme historique. Les chiites se séparent des sunnites. L’antiracisme d’Orient se sépare de l’antiracisme d’Occident. D’un côté, il y a les antiracistes de « race » blanche qui pensaient bien faire en faisant la promotion du multiculturalisme partout où ils le pouvaient. Ce sont essentiellement les bien-pensants qui ont longtemps plaidé pour un vivre-ensemble à l’eau de rose, souvent pour se donner le beau rôle. Mais de l’autre, il y a maintenant les antiracistes de couleur, coalisés avec d’autres blancs, qui veulent faire taire leurs anciens alliés. Les seconds veulent museler les premiers au nom de la lutte contre l’appropriation culturelle.

Guerre civile à prévoir dans les universités

Il est fort à parier que les universités seront dans les premiers lieux affectés par cette guerre interne. Dans les prochaines années, des cas « d’appropriation académique » seront probablement dénoncés par le nouveau mouvement antiraciste. Du haut de leurs « privilèges blancs », les chercheurs ne pourront plus faire l’éloge des traditions ancestrales des peuples d’ailleurs. À ce moment, il sera impossible de ne pas trouver la situation cocasse, ou du moins très ironique… Comme on le sait, les chercheurs et professeurs en sciences sociales ont beaucoup contribué au triomphe du multiculturalisme. Leur responsabilité est entière dans l’imposition du nouvel ordre politico-moral. Mais il fallait y penser deux fois avant de nourrir la bête…

Réagissant à l’annonce du prochain spectacle de Lepage sur les rapports entre les blancs et les autochtones, le grand chef d’une tribu amérindienne du Canada a affirmé qu’il était temps que les « soi-disant spécialistes » et les anthropologues cessent de parler au nom de son peuple. Une manière de dire que les universitaires et les intellectuels de « race blanche » n’avaient plus de légitimité pour travailler sur des peuples autres que les leurs. Dans quelques années, certains en appelleront au boycott de Claude Lévi-Strauss…

La face cachée du multiculturalisme

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Race et histoire

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Tristes tropiques

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Samar Yazbek au cœur du chaos syrien

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Samar Yazbek est une héroïne. Née en 1970 dans une famille alaouite à Lattaquié, au nord ouest de la Syrie, elle participe dès 2011 aux manifestations contre le régime de Bachar Al-Assad. Souvent seule femme au milieu des hommes, non voilée, elle se définit comme intellectuelle, laïque et démocrate : assez pour faire d’elle une cible mouvante. À l’été 2011, elle est contrainte de fuir la Syrie et de se réfugier en France avec sa fille, « poursuivie par les services de renseignement pour avoir pris part aux manifestations pacifiques, lors des premiers mois de la révolution » et « écrit plusieurs articles dévoilant la vérité sur les agissements des services secrets, qui torturaient et assassinaient les opposants au régime d’Assad. »

Une héroïne de notre temps

L’appel du chaos résonne cependant plus fort. Elle publie en 2012 Feux croisés (Buchet-Chastel), son journal de la révolution syrienne, couronné par de nombreux prix (prix Oxfam aux Pays-Bas, prix PEN Pinter en Angleterre, prix Tucholsy en Suède, …) En août 2012, elle entame une série de trois séjours clandestins en Syrie et en tire Les portes du néant, un témoignage au plus près des populations et des combattants, des bombardements et de la lutte civile, des femmes, des enfants, des victimes et des bourreaux qui s’échangent régulièrement leurs masques. Fondatrice de l’ONG Women Now For Development, qui oeuvre en Syrie pour aider les femmes à gagner leur indépendance, Samar Yazbek est avant tout de retour dans la région d’Idlib pour préparer et coordonner des actions locales de développement économique et d’éducation laïque. Ses premières interlocutrices habitent maisons et sous-sols de la ville de Saraqeb (environ 35 000 habitants avant la révolution). Elle rencontre de pugnaces mères de famille qui, pour se tenir hors du champ de vision d’un sniper, jouent une macabre partie de cache-cache dans leur propre cuisine. Des fillettes en grande conversation sur les différents modèles d’obus et de roquettes. Des veuves, des mères, des vieilles dames cloîtrées dans leurs chambres à la merci des barils d’explosifs largués depuis les airs par l’armée syrienne régulière.

Cette terre retournée par les bombes est sa terre

Des hommes, des combattants de l’Armée Syrienne Libre, hétéroclite et hétérogène, des membres de bataillons islamistes, un émir du Front al-Nosra dans la ville d’Al-Bara. Elle voit arriver de Turquie, au printemps 2013, les premiers mercenaires égyptiens, tunisiens, yéménites, de l’État Islamique. Elle côtoie de nombreux activistes des médias, les auteurs des célèbres graffitis sur les murs des villes libérées, des journalistes syriens et étrangers, dont le Polonais Martin Süber, enlevé sous ses yeux en 2013 par une brigade islamiste à Saraqeb. À leurs côtés, elle porte secours aux blessés, tient le compte des victimes, photographie les armes et les avions de chasse, rend compte des attaques, tente d’alarmer le monde, souvent en vain. Cet inquiétant défilé est composé de ses frères et soeurs, les citoyens syriens ; cette terre retournée par les bombes est sa terre.

Parce qu’il est infiniment dangereux pour elle, ses hôtes et ses compagnons de route, de révéler son identité et ses origines, ou même d’allumer une cigarette pendant le ramadan, Samar Yazbek encaisse, baisse les yeux, porte l’abaya pour se déplacer en ville et ravale ses injures contre ceux qui volent la révolution populaire et démocratique de 2011. Elle n’en pense et n’en écrit pas moins. Ses témoignages, de son propre aveu, sont pourtant à mille lieux de la réalité infernale dont la Syrie est le théâtre depuis désormais sept ans. Leur lecture ne donne qu’une idée vague, embrumée, de ce à quoi ressemble le quotidien de tous les Syriens depuis désormais sept ans. Dans sa préface aux Portes du néant, Christophe Boltanski souligne le lien des voyages de Samar Yazbek avec la Divine comédie et ses cercles de l’Enfer. « Elle se confronte à ses pires cauchemars », écrit-il, pour transmettre, témoigner mais aussi comprendre, et se range en cela dans la triste filiation de la « littérature du désastre », aux côtés de Primo Levi, Varlam Chalamov ou Jean Hatzfeld.

L’islamisme infiltre toutes les couches du tissu social

La Syrie s’est transformée en un champ de bataille gigantesque, où chaque camp s’époumone. « Ils veulent nous tuer, tous », « nous ne faisons que nous défendre », « nous nous défendrons jusqu’à la mort ». La révolution syrienne de 2011, pacifiste et populaire, fait face à deux ennemis : la répression du régime d’Assad d’un côté, la confiscation des revendications par les extrémistes religieux de l’autre. Savoir d’où viennent les mouvements djihadistes et comment expliquer leur succès auprès des populations est un débat qui agite les activistes laïcs. Pour beaucoup, c’est par manque d’argent, d’armes et d’équipements que les chebabs, les jeunes combattants, acceptent de rejoindre les factions ouvertement financées par les pays du Golfe. Les civils, quant à eux, n’ont guère le choix. L’islamisme infiltre rapidement toutes les couches du tissu social : santé, éducation,  justice, approvisionnement en eau, nourriture, énergie, communications, aides financières aux veuves … À Saraqeb et plus loin, à Maarat al-Nouman, sur la ligne de front, le choix entre la mort et le niqab est vite fait, admettent les habitants.

Pour Samar Yazbek, la prolifération de l’islamisme en Syrie est aussi la conséquence de l’histoire particulière et de la structure tribale de la société : « Nous n’avons pas l’habitude d’oeuvrer ensemble pour le bien d’une société civile ou la culture de la citoyenneté, cette culture n’existe pas ».

La révolution sur deux fronts

Prise en étau entre ces deux ennemis de l’idéal démocratique, Samar Yazbek est poussée à reléguer au second plan ses projets de développement et d’accompagnement des femmes. Les corps sans vie et mutilés des enfants, le fracas des obus, les ville calcinées, la détresse des civils, la remplissent, et la vident de toute volonté.

Les femmes, dans tout ça, ne sont pas de passives figurantes attendant de voir leur émancipation tomber du ciel. Souvent, relève l’auteur, elles sont les propres ennemies de leur liberté, et la religion du qu’en-dira-t-on est la plus puissante de toutes.

Un constat partagé par l’universitaire marocaine Zaynab el-Bernoussi. Pour cette dernière, plusieurs féminismes coexistent – et se livrent bataille -dans le monde arabo-musulman : le féminisme laïque, qui considère que l’émancipation religieuse est le vecteur de l’émancipation féminine, et le féminisme islamiste, pour lequel l’émancipation des femmes est déjà inscrite et acceptée dans l’islam.

Malgré tout, « nous rêvions – et rêvons encore – de résistance » affirme Samar Yazbek, en son nom et au nom de toutes les femmes syriennes dont la voix résonne dans ses ouvrages.

Au début de l’année, à Jinwar, dans la province kurde du Rojava, à l’extrême de nord de la Syrie, un groupe de femmes, veuves de guerre, victimes de viols et de violence, a décidé de bâtir une ville entièrement réservée aux femmes et aux enfants. Un sanctuaire utopique pour oublier et peut-être effacer un jour la cinglante réalité du conflit syrien.

Samar Yazbek, Les portes du néant, traduit de l’arabe par Rania Samara, Stock, 2016.

Les Portes du néant

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FEUX CROISES

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Algérie: les aventuriers de l’autoroute perdue


Dérogeant à leur bonne réputation, des entreprises japonaises ont livré en retard aux Algériens une autoroute inachevée et de fort médiocre qualité. Causeur a retrouvé des cadres nippons qui racontent les raisons de ce naufrage.


Commencée en 2006, l’autoroute Est-Ouest, traversant l’Algérie du Maroc à la Tunisie, devait être inaugurée en 2010. À l’été 2018, elle n’est toujours pas terminée. Le gouvernement avait choisi deux délégataires sur appel d’offres, le Chinois Citic-CRCC et le « Consortium japonais de l’autoroute algérienne » (Cojaal), regroupant quatre entreprises emmenées par Kajima, le Bouygues japonais, constructeur de centrales nucléaires, de lignes de trains à grande vitesse et de ponts géants. Une référence mondiale.

A lire aussi: L’Algérie vers une faillite vénézuélienne

Cojaal n’achèvera jamais son lot de 400 km, qui correspondait au tronçon Est, vers la Tunisie. Le consortium a quitté l’Algérie en 2014, en très mauvais termes avec les autorités. Comment les Japonais, réputés soucieux des délais, en sont-ils venus à accumuler des années de retard ? Les témoignages des cadres de Cojaal aident à comprendre.

Caprices administratifs

La première cause de ralentissement est surréaliste. Le gouvernement algérien a lancé le chantier avant d’avoir bouclé les procédures d’expropriation pour cause d’utilité publique ! Tous les 50 km, les Japonais interloqués se sont heurtés à des propriétaires privés. Il a fallu négocier avec les autorités locales et verser des pots-de-vin pour avancer[tooltips content= »L’État n’a visiblement pas tiré la leçon. La construction de la bretelle reliant l’autoroute Est-Ouest et Tizi-Ouzou a commencé en 2014. En mars 2018, la moitié seulement des arrêtés d’expropriation avait été publiés, selon la presse algérienne. »]1[/tooltips].

Les Japonais ont également dû composer avec les desiderata de l’administration. En principe, sur un chantier de ce genre, un constructeur international amène ses engins. En Algérie, des fonctionnaires ont fait comprendre aux Japonais qu’il était dans leur intérêt de passer par certains importateurs. Pas forcément les moins chers ni les plus fiables. S’ils refusaient de comprendre, le matériel restait bloqué en transit, ralentissant le chantier.

« Si ça n’avait pas d’importance, on prenait un Algérien. »

Plus étonnant, dans un pays où un jeune de 16 à 24 ans sur quatre est officiellement au chômage, Cojaal a rencontré de sérieuses difficultés de recrutement, au point de faire venir des milliers d’ouvriers d’Asie ! Des fonctionnaires détenant un quelconque pouvoir de blocage ont fait pression pour que des cousins, des frères ou des fils soient embauchés dans des sinécures ; chauffeur-guide, par exemple (les Japonais avaient interdiction de conduire eux-mêmes et de se promener non accompagnés, sécurité oblige). En ce qui concerne les travaux exigeants, en revanche, difficile de compter sur la main-d’œuvre locale. « Si c’était très important, on donnait le poste à un Japonais, résume Hidetoshi, chef de secteur. Si c’était moins important, on le confiait à un Thaï ou un Bengali. Si ça n’avait pas d’importance, on prenait un Algérien. »

« Au moment du ramadan, explique Tamaki, employée à la DRH, les Algériens partaient à 15h00. On s’est aperçu que le travail avançait aussi vite sans eux. » Explication probable : les Algériens formés aux métiers du BTP partent travailler dans les pays du golfe persique, où les salaires sont meilleurs.

La DRH devait régler les visas pour la main-d’œuvre expatriée en liquide… Karim, un Algérien qui apportait les enveloppes à l’administration, a été suspecté de vol. Il a éveillé les soupçons en s’achetant une voiture, neuve, d’un prix inaccessible avec son seul salaire. Comme il en était très fier, il a tenu à doubler spectaculairement le car qui convoyait les autres salariés. Il a fini dans le fossé, voiture cassée. Avec le recul, les Japonais en rient. Du moins, ceux qui le peuvent encore. Plusieurs ingénieurs qui avaient travaillé pour Cojaal figurent parmi les 38 morts (dont 12 Japonais) de la raffinerie d’In Amenas, attaquée par un commando islamiste en janvier 2013. Comme l’autoroute était à l’arrêt, ils avaient accepté une autre mission.

Une addition délirante

Le choc des cultures professionnelles a été rude. Un lendemain de victoire de l’équipe de football d’Algérie, les employés sont arrivés avec deux heures de retard, drapeaux à la main, et ont fêté l’événement une bonne partie de la journée. L’encadrement japonais a jugé préférable de ne rien dire. La situation a néanmoins dégénéré. Comme un Algérien demandait à un Japonais s’il ne voulait pas célébrer la victoire, lui aussi, le Japonais a répondu, en plaisantant, qu’il le faisait à sa manière, en portant un caleçon aux couleurs du drapeau algérien. Grave offense, scandale, protestation collective. « La susceptibilité des Algériens a été un souci constant », témoigne Yuko, traductrice franco-japonaise, qui ajoute que « les relations étaient peut-être plus faciles avec les Kabyles ».

Aujourd’hui, Cojaal réclame près d’un milliard de dollars de dédommagements et de pénalités pour ses manquements à l’État algérien, ce qui pourrait encore gonfler une addition déjà délirante. L’autoroute Est-Ouest a coûté 11 millions du kilomètre, contre six millions en moyenne en France. Et pour une qualité fort médiocre. Le tronçon chinois est truffé de malfaçons, commentées chaque mois dans la presse nationale. L’A1 est sous-équipée : une vingtaine de stations-service seulement ont été déployées, sur les 40 qui étaient prévues. Comble de l’imprévoyance, il n’y avait pas de barrières de péage à l’inauguration ! Elles sont en cours d’installation en 2018. Le gouvernement s’est privé de huit années de recettes, sans autre explication que l’improvisation totale. Pas d’argent, pas d’entretien (compter 15 000 euros par an et par kilomètre en France). L’A1 s’effrite et se disloque, à l’image du pays tout entier.

Le mystère Bouteflika - Radioscopie d'un chef d'Etat

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Coupe du monde: des casseurs bleu-blanc-rouge

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Les casseurs, des Champs-Elysées et d’ailleurs, ne sont pas des étrangers : comme les joueurs de l’équipe de France, ils sont les fils de la République. Nous ne devons pas commettre la même erreur qu’en 1998.


Après une folle nuit de célébration, la France s’est réveillée, lundi 16 juillet, fière, heureuse mais aussi un peu sonnée. Grisée mais groggie. Au matin de cette première journée sur le toit du monde, ce n’est pas une simple gueule de bois que nous avons éprouvée. En de nombreux points de l’Hexagone, les scènes de liesse et de joie ont parfois été entachées par des actes de vandalisme.

Bris de bleus

Nos existences post-modernes sont désormais vécues deux fois : une fois sur le vif et une seconde fois en captation et en partage numériques. Rares furent les témoins directs de ces échauffourées. Pourtant, personne n’a pu échapper aux images dérangeantes de cette extraordinaire et magnifique communion nationale perturbée par des hordes d’adolescents déchaînés.

Perturbantes, ces séquences le sont à plus d’un titre. L’effet contraste y est saisissant. Sur certaines vidéos, des pillards sortis d’une série de zombies avec, en arrière-plan, un arc de triomphe pavoisé et lumineux qui n’a jamais mieux mérité son nom.

En regardant ces gamins, principalement d’origine africaine ou maghrébine, le Tricolore sur les épaules briser des vitrines, renverser des véhicules et caillasser des CRS, on ne peut se départir d’un malaise.

C’est la faute à Voltaire

Nous ne sommes plus en 1998. Les attentats sont passés par là. Plus personne ne célèbre une France black-blanc-beur, surtout pas les Bleus qui revendiquent leur patriotisme haut et fort. Et les gosses des banlieues qui affluent dans les centres villes pour laisser éclater leur joie leur emboîtent le pas. On assiste à la démonstration filmée de l’assimilation paradoxalement réussie de la jeune génération. Comme si ces casseurs, euphémisme pour parler des bandes de voyous, étaient, sans le savoir, les descendants des sans-culotte, les héritiers de Gavroche, des communards et des étudiants de 1968.

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L’émeute et l’affrontement avec les forces de l’ordre font tellement partie de notre ADN historique que cette jeunesse est plus française qu’elle ne le soupçonne elle-même. Y compris et peut être surtout dans sa détestation des forces de l’ordre et dans son anarchisme. Mais il n’y a qu’une piètre consolation à tirer de ce constat. Certes, et ce n’est déjà pas si mal, les oiseaux de mauvais augure du « remplacisme », les obsessionnels de la race qui prophétisaient la sécession ethnique et islamiste en ont été pour leurs frais. Dimanche soir, les indigénistes, censés communier dans la haine de la France, brandissaient fièrement le Tricolore. Ceux que certains décrivaient comme de la graine de djihadistes dévalisaient les supérettes pour se procurer de l’alcool. Peu d’oriflammes algérien, tunisien ou marocain à l’horizon. Les jeunes violents des cités ne se sentent pas étrangers. Les casseurs ne se réclament pas de l’islam pour voler les « koufars ». Les racailles ne se revendiquent pas noirs ou arabes. Ils sont de jeunes français et « en même temps » de jeunes barbares sans foi ni loi.

La France n’a pas le problème qu’elle croit

Pour autant, les béni-oui-oui du vivre-ensemble et les autruches de la société omni-tolérante seraient mal avisés de pavoiser. Les Français d’origine européenne sont très peu nombreux à y prendre part. Refuser de l’admettre confine à l’aveuglement idéologique.

Les classes « dangereuses » ne sont pas seulement des classes populaires mais aussi et peut-être surtout des classes aliénées. La distance religieuse et culturelle et, plus encore, la contradiction entre les valeurs familiales (patriarcales) et les valeurs sociales (celle d’une école et d’une société française livrée au relativisme maternant) jouent certainement un rôle dans cette aliénation. Situation que l’on peut ainsi résumer : la France a un sérieux problème avec une partie de sa jeunesse d’origine immigrée mais elle n’a pas le problème qu’elle croit.

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Ce n’est pas la couleur de peau de la racaille, ni son idéologie (laquelle ?) qui pose problème aux Français paisibles (de toutes origines d’ailleurs) mais le complexe de supériorité et le sentiment d’impunité dans lequel elle se berce.

Car, bien qu’isolés, ces actes de vandalisme ne doivent surtout pas être pris à la légère. On serait d’ailleurs bien inspiré de leur appliquer un raisonnement par récurrence cher aux mathématiciens : si ces jeunes sont à ce point agressifs alors qu’ils manifestent leur joie, on redoute la brutalité qui se déchaînerait s’ils étaient réunis par la colère.

« Tout, tout de suite »

Dimanche soir, nos Meursault des cités étaient heureux de se voir si triomphants et si forts dans ce miroir embellissant que leur tendait les médias ainsi que tout un peuple adulant le génie footballistique d’un Mbappé (d’origine moitié camerounaise, moitié algérienne et pourtant si fier d’être Français).

Ces ilotes des quartiers sensibles ne sont pas fondamentalement méchants. Pourtant, dans leur juvénile bêtise, ils représentent un grave danger pour eux-mêmes et pour la concorde nationale. Ils se croient tout puissant. Ils ne comprennent pas ou n’admettent pas les règles du réel. Le rôle du talent, de la chance et du travail ainsi que le caractère totalement exceptionnel d’une réussite comme celle des Bleus leur sont totalement étrangers.

Tout leur est dû. Cela fait 40 ans qu’on leur dit et leur répète qu’ils sont des victimes. Eux se voient comme des dominants. Ces prédateurs à capuche n’entonnent le refrain de la victimisation que comme un rôle appris et dont ils ont compris les bénéfices. Ils croient ce qu’on leur a si bien enseigné : ils pensent avoir droit à une réparation illimitée. Comme dans la télé-réalité, comme dans Scarface, comme dans l’univers du rap ou dans ce qu’ils perçoivent du showbizz, du foot et des start-up, ils veulent « tout, tout de suite ».

Ces barbares ne sont pas hors les murs. Ils sont nos compatriotes et nos enfants.

Marianne vient d’être pelotée

L’un de mes amis m’a rapporté une scène, digne des Choses Vues de Victor Hugo, qui corrobore cette analyse. Dimanche soir, minuit passé sur les grands boulevards, une jeune parisienne élégante appartenant manifestement à la classe moyenne agite un drapeau.

Un jeune passe devant la belle qui sourit, heureuse de cet instant de communion. Le sauvageon s’arrête et malaxe furtivement la poitrine de la fille, en éclatant de rire. L’agresseur repart aussi vite qu’il était venu. Il a agi avec tant de spontanéité que la victime en est restée interdite.

Marianne vient d’être pelotée. Au risque de casser un peu l’ambiance, il est important de regarder cette réalité en face. Sans rien céder de notre fierté retrouvée et de notre joie légitime, il ne faut pas reproduire l’erreur de 1998 et se bercer d’illusions qui seront forcément déçues. Au contraire, cette fois, les promesses de l’unité et de la République doivent être tenues. Partout et quoi qu’il en coûte.

« Certains politiques veulent officialiser la victoire de l’islam politique en France »

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L’imam de Nîmes, Hocine Drouiche, regrette qu’Emmanuel Macron cherche à réformer l’islam de France avec des personnalités proches de l’islam politique, tout en écartant celles qui s’en sont véritablement distingué.


Monsieur le président, votre engagement pour la réforme de l’islam est importante et intelligente, mais vous vous trompez complètement de chemin et de partenaires.

Les nouvelles propositions dévoilées par Le Monde concernant la nouvelle organisation de l’islam en France sont catastrophiques.

Nous avons soutenu le président de la République pour sa vision réformiste et il doit aider les imams républicains pour reformer l’islam avec courage. Sans cette vision réformiste humaine et républicaine, le président Emmanuel Macron continuera la politique du bricolage voulue par l’islam politique pour gagner du temps et dominer les mosquées et les institutions musulmanes. Malheureusement, ce bricolage risque de se terminer par un bain de sang et une guerre civile à la libanaise souvent souhaitée par les islamistes, qui ne s’empêcheront pas d’utiliser la violence lorsqu’ils ne peuvent plus convaincre.

Certains politiques veulent officialiser clairement la victoire de l’islam politique en France.

Choquant, incompréhensible et humiliant pour les imams, les responsables musulmans et tous les Français musulmans qui combattaient avec courage pour un islam réformé et progressiste.

La majorité des personnalités proposées dans ce triste rapport de Hakim El Karoui attaquaient et condamnaient les imams républicains qui ont eu le courage et l’initiative d’organiser la marche musulmane contre le terrorisme en juillet dernier et combattent la francophobie et l’antisémitisme sans aucune ambiguïté.

A lire aussi: L’islam de France est-il (vraiment) différent des autres?

L’islam politique était toujours une partie du problème. Il ne sera jamais une solution de la crise de l’islam en France.

L’Etat peut ouvrir ses yeux pour voir les expériences catastrophiques et les résultats de l’islam politique en plusieurs pays étrangers.

Une nouvelle fois, la restructuration de l’islam en France se trompe dans le chemin et dans l’essence. Les politiques s’inclinent devant les islamistes qui ne cachent pas leur volonté d’islamiser la France et l’Europe entière en mettant notre société dans une guerre religieuse.

Ce choix menace clairement notre avenir en commun, car si le problème n’est pas réglé par les musulmans eux-mêmes, la solution sera violemment imposée par la majorité sociale qui ne cesse pas de déclarer et d’afficher ses inquiétudes et ses craintes envers l’islam et les islamistes sans qu’elle soit entendue ni par les responsables musulmans ni par les politiques.

Les islamistes qui étaient en conflit éternel avec les valeurs de la République et de la société locale pourraient devenir les leaders de la réforme de l’islam selon les propositions actuelles…! Ils n’ont jamais rêvé d’avoir cette chance en France. Cela signifie la disparition totale de certains imams courageux que les Français ont connus et aimés ces dernières années. Ces imams qui n’ont pas cessé de défendre un islam rationnel, fraternel et humain, pas antisémite et pas homophobe. L’imam Chalghoumi, le mufti des Comoriens à Marseille, Saïd Kassim, Ghaleb Ben Cheikh, Hocine Drouiche et tous les imams qui ont osé visiter Israël seront bientôt les premières victimes des islamistes choisis pour gérer la crise profonde que l’islam traverse aujourd’hui en France et ailleurs.

Ce sont les seuls qui ont osé être présents au Bataclan, à Charlie Hebdo, à Nice, à Rouen, à Bruxelles et à Toulouse.

A lire aussi: Il faut encourager le développement d’un « islam des Lumières »

Nos adversaires nous ont accusé de collaborateurs, de traîtres, de vendus pour nous discréditer devant les musulmans ; ils n’ont pas pu nous séparer de notre communauté musulmane. Ils viennent d’avoir un cadeau inimaginable. Ce cadeau vient malheureusement de notre Etat laïque qui devait soutenir ceux qui portaient ses valeurs et pas ceux qui les combattaient et qui rêvent de les changer un jour.

Je demande à toutes les personnes de lumière ainsi qu’à la société civile d’aider les musulmans de France afin qu’ils ne tombent pas dans l’obscurantisme et les projets suicidaires de ces islamistes caméléons qui ne rassurent personne. Ils n’ont jamais clarifié leurs positions haineuses envers les musulmans républicains, l’occident, les juifs, le prosélytisme, le terrorisme l’égalité hommes-femmes et la réforme de l’islam.

Le président de la République voulait finir avec l’anarchie totale du grand souk du CFCM en présentant comme alternative un monstre islamiste qui menace l’avenir de nos valeurs, de notre paix sociale et qui pourrait à moyen et long terme nuire à l’image brillante du président lui-même.

Couscous, pizza, poulet, à la bonne franquette!

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Préparation de la semoule par Nordine Labiadh, dans les cuisines de son restaurant À mi-chemin © Hannah ASSOULINE

Vous en avez assez des grands restaurants prétentieux qui coûtent un bras ? Ça tombe bien, voici trois adresses parisiennes bon marché qui vous proposent des mets délicieux cuisinés sans chichis. À table !


Alors que nous déjeunions à La Tour d’argent, face à Notre-Dame, et que l’on nous servait les mets les plus raffinés, Élisabeth Lévy me fit soudain cet aveu, quelque part entre le saumon sauvage de l’Adour aux amandes et le « millefeuille feuillantine, crème safranée et confit de fruits rouges rafraîchis à la rhubarbe de Villebon-sur-Yvette », une tuerie commenta-t-elle sobrement : « Tu sais, dans le fond, ce que je préfère, c’est la cuisine sans chichis, une bonne côte de bœuf cuite à la braise, avec du mordant… »

Notre sainte patronne est pour une fois en phase avec l’air du temps. En moins de vingt ans, l’idée que l’on se fait du luxe gastronomique a totalement changé. On est passé du théâtre des grands restaurants à la poésie de la cuisine brute (comme il y a un art brut), de Voltaire à Rousseau, du service en queue-de-pie à la mamma italienne moustachue façonnant ses gnocchis avec les doigts dans une trattoria perdue des Abruzzes… Aucun restaurant trois étoiles Michelin (ils se ressemblent tous désormais) n’est en effet capable de reproduire la magie d’un casse-croûte improvisé un matin d’automne, dans un village abandonné du Beaujolais, au milieu d’un troupeau de chèvres, en compagnie d’un vigneron qui vous ouvre une bouteille pas étiquetée qui fleure bon la griotte. Aucun palace ne peut rivaliser avec le charme d’une taverne grecque de pêcheurs, où les poissons frétillants sont simplement apprêtés au sel, à l’huile d’olive et à l’origan sauvage, pendant que s’avance le paysan du coin tirant son mulet chargé de tomates et d’aubergines…

À lire aussi : Un vrai café, s’il vous plaît !

À défaut de parcourir l’Europe à la recherche de ces lieux hors du temps, voici quelques adresses parisiennes accessibles qui vous aideront à retrouver le goût de « lotentique » comme dirait Ugolin dans Jean de Florette.

Le couscous du berger de Nordine Labiadh

Toutes les enquêtes d’opinion réalisées ces vingt dernières années le confirment : le couscous est devenu l’un des trois plats préférés des Français, avec la blanquette de veau et le magret de canard. Encore inconnu chez nous il y a un siècle, ce plat fit son apparition après la Seconde Guerre mondiale, dans les bouibouis tenus par les travailleurs maghrébins. Mais le couscous devint vraiment un phénomène de société à partir de 1962, avec le rapatriement des pieds-noirs d’Algérie. Pour survivre, nombre d’entre eux ouvrirent des restaurants et inventèrent le « couscous royal », qui ne correspond à rien d’authentique au Maghreb, où le couscous a toujours été un plat de tous les jours, relativement pauvre en viandes.

Disons-le d’emblée : le couscous est un plat potentiellement génial. Potentiellement, car la plupart du temps, hélas, les légumes, les viandes et la semoule utilisés ne sont pas d’une qualité exceptionnelle, il y a trop de cuisson, trop de sauce, trop de harissa, les goûts sont indistincts, on rêve d’un grand chef qui apporterait à ce plat merveilleux autant de soin qu’à l’élaboration d’un lièvre à la royale !

Des poids lourds à la cuisine 

En attendant qu’il apparaisse, il y a Nordine Labiadh, du restaurant À mi-chemin, dans une jolie rue du 14e arrondissement où tout le monde se connaît et se dit bonjour. Nordine est né en Tunisie, on ne sait pas trop quand, car il ne dit pas son âge… Son père, qui travaillait chez Renault à Vénissieux, a eu la sagesse de ne pas le faire venir en France : « Surtout, reste en Tunisie. Ici, les jeunes sont toujours ensemble, ils ont la haine de la France, je ne veux pas que tu deviennes comme eux. » Nordine attendra donc d’avoir plus de 20 ans pour venir dans notre pays, le temps de devenir chauffeur de camion poids lourd dans le désert… « Quand je suis allé voir mon père, j’ai compris ce qu’il avait voulu me dire. Ma voiture a été défoncée. On m’a dit que c’était normal, car il n’y avait pas le Coran à l’intérieur ni aucun signe d’appartenance à la communauté. Mais moi, mon but, c’était de devenir Français, pas d’appartenir à “la” communauté ! »

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À Paris, il cumule les petits boulots, sans permis de séjour. Se retrouve plongeur dans un bistrot du 14e fondé en 1998 par une Bretonne à poigne, Virginie. Tous les cuisiniers qu’elle embauche lui rendent leur tablier. Désespérée, elle s’adresse un matin à Nordine : « Tu as l’air débrouillard, à partir de maintenant, c’est toi qui feras la cuisine ! »

« Le couscous est un plat du pauvre qui rythme la journée. »

Vingt ans après, ces deux-là sont mariés et ont deux enfants. Nordine est devenu Français. Virginie l’a éduqué en l’amenant au Louvre tous les dimanches, au théâtre, dans les librairies. Le gaillard, surtout, s’est révélé être un cuisinier d’exception, sensible, capable de marier les goûts et les parfums d’une façon incroyablement subtile. À l’image de son couscous du berger, qui nous ramène à une forme d’humanité primitive et savoureuse. « Le couscous est un plat du pauvre qui rythme la journée. On fait un feu de bois, on pose une marmite pleine d’eau dessus, c’est très économique… Après, dans la braise, on cuira le pain. Dans la montagne, après la pluie, tout pousse, les bergers en profitent pour ramasser tout ce qu’ils trouvent : des oignons, de l’ail, du fenouil et des carottes sauvages, des herbes, des pignons de pin, de la tête de mouton, des tripes farcies aux herbes, leur couscous est très simple, mais incroyablement parfumé ! »

Le mot couscous vient de l’arabe kosksi qui reproduit le bruit de la semoule de blé broyée à la meule de pierre, ainsi que celui des bracelets des femmes qui la roulent à la main avec de l’eau. Dans les campagnes, la couscoussière en terre cuite et en acier est un objet précieux que l’on offre à la jeune mariée qui le gardera toute sa vie. C’est à partir de juin que le blé est le meilleur, il vient d’être récolté, il est frais, encore vert, concassé grossièrement, il sent bon le bambou et possède un petit goût de pistache… « C’est ce blé que l’on utilise pour faire la soupe, la chorba. »

Cuisine et terroir  

Nordine fouette d’abord la semoule à l’eau tiède salée avant de la cuire à la vapeur puis la saupoudre de cardamome et de quantité d’herbes fraîches. Son couscous a de la mâche et de l’énergie ! « Ce plat n’a pas de frontières. Il s’adapte au terroir de là où l’on vit. On pourrait très bien imaginer un couscous alsacien, je n’ai rien contre ! »

« Au Maghreb, nous explique-t-il, les femmes s’occupent de la semoule et des légumes pendant que les hommes s’en vont chercher et griller la viande ou le poisson. Il y a un partage des tâches. Chaque famille prépare le couscous à sa façon. Mais les légumes sont essentiels, quelle que soit la saison : potiron, fenouil, choux, petits pois, fèves, céleri… Les pois chiches, je préfère les servir en entrée, avec de l’huile d’olive, du citron et du cumin. J’aime faire le couscous des pêcheurs, à la seiche et aux crustacés, à la rascasse, au bar et au mérou. La viande, je n’en mets qu’une seule, pour avoir un goût bien identifiable : une belle volaille fermière ou un agneau confit, que je relève avec du miel et de la cannelle, du carvi, de la coriandre, de la grenade, de la rose séchée, des oranges séchées. »

Traditionnellement, on sert le couscous dans un grand plat, dans lequel chacun se sert après s’être lavé les mains. On est assis sur des coussins et des tapis. Les morceaux les plus tendres sont laissés aux enfants et aux vieux. « Les mémés rongent les os ! L’important est de faire attention aux autres. Le meilleur couscous est fait avec le cœur, c’est de l’amour concentré. On boit du thé à la menthe, ou du lait caillé de brebis, de chèvre ou de chameau, conservé dans une jarre en terre ou dans une panse de mouton. »

Chez Nordine et Virginie, rassurez-vous, on est assis sur des chaises, on a des couverts et on boit du vin !

L’immémoriale pizza animiste de Calabre

Il Brigante, dans le 18e arrondissement, c’est ma cantine. Je ne suis jamais déçu. Évidemment, on n’y va pas pour le confort : c’est exigu et bas de plafond, les bancs en bois et les chaises de jardin sont durs, on est collé les uns contre les autres, pendant que Toto Cutugno chante sous le regard de la Madone. Mais voilà, Salvatore Rotiroti est le meilleur pizzaiolo de Paris. Né en 1977 entre deux volcans (l’Etna et le Stromboli), ce poète de Calabre barbichu avec un œil vert et l’autre marron a gardé le côté sauvage de son pays « où on continue à lire dans les entrailles du cochon pour prédire l’avenir et où les femmes font le pain comme il y a des siècles, en murmurant des formules magiques censées repousser le mal et favoriser la réussite du levain. C’est ce qu’elles m’ont appris : il faut écouter la pâte, lui parler, sentir la vie qui est en elle, et pour ça, mieux vaut être calabrais que napolitain ! »

Mamma mia !

Dans sa petite pizzeria, notre homme étire et étale ses pâtes avec virtuosité et n’utilise que les produits de Calabre que son père lui envoie chaque semaine : mozzarella crémeuse, coulis de tomate, huile d’olive, noisettes, origan, figues, bergamotes, pousses de brocoli sauvage, anchois, câpres, sans oublier la ’nduja une spécialité à base de joue de porc fumée au poivron et au piment avec laquelle Salvatore met le feu à ses pizzas fines et croustillantes ! « La cuisson ne doit pas durer plus de trois minutes. Le four doit être très chaud, à 400 degrés. Je cherche un four à bois à Paris, et quand je l’aurai trouvé, mamma mia ! Vous verrez, mes pizzas seront encore meilleures ! »

Salvatore est aussi un dégustateur d’instinct, il a trouvé ainsi un nectar qui lui ressemble, produit par la « Ma Dalton » de Saint-Rémy-de-Provence, la légendaire Dominique Hauvette, une vigneronne au fichu caractère qui vit dans une roulotte avec ses chevaux, vous reçoit en grognant et élève ses vins bio dans des œufs en ciment censés leur donner plus de profondeur et de minéralité. Ces deux mystiques font la paire.

Le poulet rôti entier tel que l’aimait Orson Welles (qui en dévorait deux d’affilée)

« Un poulet mal cuit est un poulet mort pour rien ! » disait le chef du Grand Véfour Raymond Oliver. Il aurait adoré celui de l’Alcazar, dodu et croustillant à souhait. Cet ancien cabaret transformiste créé en 1968 par le metteur en scène Jean-Marie Rivière (surnommé par Antoine Blondin « l’entrepreneur de travelos publics ») est depuis vingt ans une brasserie chic. Michel Besmond, son gérant, a su insuffler à ce lieu historique un je-ne-sais-quoi de tendre, notamment le soir, quand la mezzanine accueille des fêtes à plumes avec juste ce qu’il faut d’autodérision… « Avant 1998, j’étais dans l’univers de la mode à New York. Il y avait dans cette ville des lieux pleins d’énergie, avec du souffle, alors qu’à Paris, il n’y avait que des restaurants. Je suis tombé amoureux de l’Alcazar et j’ai proposé à Sir Terence Conran de m’aider à reprendre cette salle pour en faire quelque chose de vivant. » Pari gagné. Toute une faune hétéroclite et cultivée se retrouve dans cette brasserie contemporaine aménagée comme un jardin d’hiver, avec ses grandes plantes vertes dressées sous une verrière zénithale.

Le noble poulet 

Côté cuisine, le chef Guillaume Lutard, formé chez Prunier et Taillevent, a su redonner à la cuisine de brasserie ses lettres de noblesse : tartare, saumon d’Écosse mariné au gingembre, foie gras, pâté en croûte, épaule d’agneau confite au boulgour et au citron vert, pavlova (une grosse meringue moelleuse aux fruits de la passion et à la crème fouettée), etc. Tout est fait maison, alors que les brasseries appartenant à des chaînes sous-traitent et servent des plats industriels.

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Ici, le poulet de cent jours d’Orléans, terminé au lait, est poché dans un bouillon de volaille pendant une heure, ce qui lui donne de la tendreté et permet de le rôtir à la commande en vingt-cinq minutes. Dans le four, les goûts et les parfums du thym, du laurier, du beurre, des échalotes, de l’ail et des oignons vont imprégner sa chair. On déglace au vin blanc. On arrose. On laisse reposer. Le poulet est alors découpé et servi dans un grand plat, avec la carcasse, comme à la campagne, le tout orné d’oranges, de citrons grillés et de sucrines : un vrai plat du dimanche ! Tous les matins, un commis pèle plusieurs dizaines de kilos de pommes de terre fraîches pour les frites, qui sont plongées dans l’huile bouillante deux fois (une pour la cuisson, l’autre pour la couleur). Proposé à 66 euros, ce plat, que l’on peut dévorer avec les doigts, nourrira trois ou quatre personnes, ce qui revient très bon marché.

« Sailor et Lula », Tristan et Iseult au pays des motels

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sailor lula gifford barry
"Sailor et Lula", un film de David Lynch avec Laura Dern et Nicolas Cage.

Comme on dit, on avait vu le film, mais pas lu le livre. Sailor et Lula de David Lynch avait été la Palme d’or surprise du festival de Cannes en 1990.

Lynch adapte Gifford

On y retrouvait tout ce qui fait qu’on déteste ou qu’on adore Lynch. Un hyperréalisme maniériste, plastiquement impeccable, qui cache le grouillement de la matière et des pulsions ; un jeu constant et anxiogène avec une bande-son qui donne au spectateur l’impression d’avoir un sonotone mal réglé : on se souvient encore du bruit démesuré que faisait Sailor joué par Nicolas Cage quand il enflammait une allumette.

Quand on est tombé sur le roman paru la même année chez Rivages, pour la somme dérisoire de deux euros dans un vide-grenier caritatif de Saint-Valery en Caux, on s’est dit pourquoi pas. L’auteur, Barry Gifford, ne nous était pas inconnu. On se souvenait de Rude journée pour l’homme léopard qui reprenait d’ailleurs des personnages de Sailor et Lula.

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Dans ce qui est donc le premier roman de la série, Sailor a vingt-trois ans. A peine sorti de prison, où il a purgé deux ans  pour meurtre au second degré, il s’enfuit avec Lula,  la seule fille qu’il a jamais aimée. La mère de Lula, sérieusement névrosée, envoie à leur poursuite un détective privé, Johnny Farragut. Voilà les ingrédients d’un roman noir classique et d’un de ses thèmes fétiches, le couple maudit, traqué et passionné dont le grand Jim Thompson avait donné une admirable variation, Le lien conjugal adapté au cinéma par le non moins grand Sam Peckinpah dans le non moins admirable Guet-Apens.

Une histoire d’amour presque fantomatique

En fait, il n’en est rien. Nous sommes loin, avec Barry Gifford, des noces d’acier et de feu de Bonnie and Clyde et plus proche de Tristan et Iseult au pays des motels. Ici, ni crissements de pneus, ni rafales de mitraillettes, à peine quelques coups de feu dans la chaleur de la nuit. C’est sans doute cette histoire d’amour presque fantomatique placée sous une menace diffuse qui avait séduit David Lynch. Dans leur errance entre Texas et Louisiane, Sailor et Lula parlent beaucoup : de leur amour en sursis, de leur avenir hypothétique, de leur enfance. Ils aiment la soul music et les vieux airs de country, -et ils ont bien raison. Lula se souvient d’avoir raté de peu le premier prix à un radio-crochet en chantant Stand by your man et Sailor lui parle d’un compagnon de cellule qui passait ses journées à lire Proust.

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A leurs trousses, le détective privé n’a pas l’air convaincu par sa mission. Il écrit, dans des boites de jazz ou des bars enfumés des nouvelles fantastiques et des fragments d’autobiographie.

Un air d’Hemingway

Barry Gifford a été salué par Jim Harrison comme un grand écrivain et dédie son roman à Charles Willeford, un des maîtres du polar sudiste. Il faut dire qu’il partage avec eux le même réalisme poétique, qui lui aussi a dû plaire à Lynch. Mais il y a chez Barry Gifford un étonnant désenchantementderrière l’apparent minimalisme de Sailor et Lula, pratiquement dialogué de bout en bout avec des conversations qui ne mènent nulle part sur les armes à feu ou les marques de bière. Avec Sailor et Lula,  on se trouve en fait face à un texte très travaillé, très littéraire par son refus de l’effet facile ou de l’illusion psychologique qui, pour le coup, n’est pas sans rappeler Hemingway.

Sailor et Lula, Barry Gifford (Rivages/Thriller, 1990) Saint-Valery en Caux, vide-grenier,  2 euros.

Sailor et Lula

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Sailor & Lula [Édition Simple]

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Thérapie par le silence, général von Wallen, piscine, etc.

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Puisque les économistes vous disent que l’immigration est bonne pour l’Europe…

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Sur le port d'Almeria en Espagne, les nouveaux arrivants se débarrassent de leur gilet de sauvetage, juillet 2018. SIPA. 00867281_000033

La publication en ligne Contrepoints est connue, car elle ne s’en cache pas, pour ses options idéologiques ultralibérales, alors que le nouveau gouvernement américain s’en éloigne. On évolue vers un ultralibéralisme hors-sol.

Voici à présent qu’elle se fait le relais des no-border en diffusant un de leurs articles édité sur The Conversation : « Les demandeurs d’asile ne sont pas un fardeau pour l’Union européenne ». Certes, « la migration internationale est la source d’épineux problèmes diplomatiques en Europe. Ces derniers seraient en partie allégés si l’on parvenait à se débarrasser des idées reçues assimilant migrants et fardeau économique ».

Misère de la déesse Economie

D’emblée, le ton est donné et on perçoit l’angle d’attaque, si ce n’est le parti pris purement économique d’éluder les autres dimensions, démocratiques, culturelles, sociales, historiques, religieuses, psychosociologiques, scolaires, urbaines, pénales… Dès lors le questionnement proposé (« les demandeurs d’asile sont-ils une charge économique pour les pays d’accueil ? ») est partiel sinon partial en se concentrant sur une seule dimension du problème, qui, de surcroît, n’est pas la plus importante.

D’autant que les auteurs se focalisent sur la méthodologie avec les vieux tics habituels de ces discours scientifiques partisans. Entrant d’emblée dans des détails millimétriques les auteurs tentent de se convaincre que « le premier enjeu [serait celui de] l’étude des effets de la migration sur les finances publiques ». Et que dans une telle étude tout ne serait que doute : « Quel mol oreiller que le doute écrivait Montaigne ».

Un oreiller si moelleux qu’on y revient sans cesse: « Le second enjeu, qui est présent dans la littérature scientifique en économie de la migration, est d’établir les effets des flux migratoires eux-mêmes sur les économies d’accueil. Les interactions entre la situation économique ou budgétaire du pays d’accueil et les flux migratoires sont en effet potentiellement bidirectionnelles : les dépenses publiques, par exemple, sont susceptibles d’augmenter avec les flux migratoires mais également d’accroître ces flux. »

« L’augmentation du flux de migrants est positive pour l’économie européenne »

La suite de l’article passe en revue l’ensemble des difficultés que l’économètre rencontre pour évaluer la portée des flux migratoires sur les salaires, notamment en raison du fait que « même si deux instruments [de mesure économique] sont dotés de propriétés statistiques justes, l’interprétation finale peut différer ». Toujours la relativisation. Pourtant, après avoir exposé les difficultés méthodologiques, le doute sur les résultats, la conclusion, elle, est dépourvue d’hésitation. Cette façon de procéder est une constante chez les « chercheurs-engagés » (?) : on déploie toutes les difficultés de l’étude mais la conclusion est péremptoire ; ce sera que « l’augmentation du flux de migrants est positive pour l’économie européenne ».

Pour en venir à cette conclusion, les chercheurs disent avoir « examiné les implications des flux migratoires sur les performances économiques et sur les finances publiques de quinze pays d’Europe de l’Ouest » qui entre 1985 et 2015 « ont enregistré près de 10,5 millions de demandes d’asile, soit environ 350 000 demandes par an ».

« Il ne faut pas oublier que l’on parle d’êtres humains ! »

Surjouant une invitation à la prudence pour l’analyse des résultats, les auteurs nuancent : « Les personnes immigrées, et a fortiori les demandeurs d’asile, ne sont pas là pour  ‘relancer’ les économies européennes. Si les migrations ne représentent pas un coût économique pour l’Europe de l’Ouest, elles ne doivent pas pour autant être envisagées sous l’angle de ce qu’elles pourraient ‘rapporter’. Il ne faut pas oublier que l’on parle d’êtres humains ! ». Les autochtones n’en seraient-ils pas tout autant ?

Enfin, les signataires se disent convaincus « que la réponse adéquate à la question des migrations et des demandeurs d’asile se trouve au niveau européen ». Mais présentée de façon aussi positive reste-t-il encore une « question des migrations » ? Si oui, laquelle ?

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Malheureusement, ce genre de travail de recherche prolifère, notamment dans les instances publiques des sciences sociales. La rigueur scientifique n’est surjouée que pour donner une présentation supposée objective de la recherche : on s’attarde sur les doutes quant aux méthodes de questionnement ; puis les conclusions sont, sans lien avec ces contorsions, définitives et nettes sans que l’on ait compris comment on y parvient après tant de détours…

Le Meunier, son fils et l’âne

Or voici que les peuples d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs commencent à exprimer autre chose sur la question migratoire. La dimension économique, certes, en des temps où le chômage détruit des familles entières. Avant tout le désir des peuples de choisir par eux-mêmes et pour leurs enfants qui vit dans leur société, pour en préserver les équilibres menacés auxquels ils sont néanmoins fortement attachés. Fût-ce avec un argument supposé simpliste, celui que nous propose La Fontaine dans Le Meunier, son fils et l’âne :

« Je suis Âne, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue ;

Mais que dorénavant on me blâme, on me loue ;

Qu’on me dise quelque chose ou qu’on ne dise rien ;

J’en veux faire à ma tête. Il le fit et fit bien. »

Autrement dit, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Quant à l’Europe (lisez Bruxelles) elle est défaite par la rébellion italienne, sur ce sujet, et sur d’autres à venir sans doute encore.

La casse des nations européennes

Pour conclure trois réflexions :

– l’économisme est une maladie intellectuelle qui conduit d’abord à croire que tout est économie, puis que toute économie est économétrique ;

– les dimensions psychosociologiques, culturelles, démocratiques des nations confrontées au flux migratoires sont passées sous silence ;

– l’immigrationnisme et l’ultralibéralisme ont un objectif partagé, avec des motivations différentes : casser les nations européennes. Mais cela, on l’avait déjà remarqué.

Le peuple de la frontière

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Dis-moi comment tu prends l’apéro, je te dirai qui tu es

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Camping 3 de Fabien Onteniente (2016)

Du 14 juillet au 15 août (au moins), l’apéro devient la clef de voûte du bien être et des relations sociales. Mieux, il en dit long sur celui qui le prend…


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Nous vivons dans une société qui manque de repères. Les écrans dégradent notre santé mentale jusqu’au bout de la nuit. Nous ne faisons plus très bien la différence entre l’éveil et le sommeil, le travail et le temps libre, la jouissance et la contrainte, tout s’embrouille dans nos têtes. Sommes-nous des producteurs, des consommateurs, des fonctionnaires, des commerciaux, des artistes ou des entrepreneurs ? Selon l’heure de la journée, nous changeons de costumes et de servilité aléatoire. L’ubérisation est un jeu de bonneteau où l’illusion de liberté se meut vite en menottes dorées. L’homme moderne, prisonnier égaré, erre à la recherche d’une satisfaction immédiate, donc imparfaite. Il n’arrive plus à se poser, à penser autrement qu’en agent économique.

L’apéro, une bouffée d’identité

La religion peut venir combler son scepticisme, sans complètement résoudre son désordre intérieur. Il ne sait plus à quoi ou à qui se raccrocher. L’été, cet être fantomatique retrouve une hygiène de vie et le sens des responsabilités. Son horloge biologique se remet en marche. Son corps exige des horaires fixes et de nouvelles plages d’insouciance. Avant le déjeuner ou le dîner, son organisme implore sa portion de cacahouètes et de mini-pizzas. Il n’est plus cet individu dissolu qui vend sur internet des services ou des objets pour exister. Il se réapproprie son identité. On l’appelle par son nom, voire son prénom, et on se fiche pas mal du numéro de sa carte bleue. Il n’est plus dans la spirale de l’échange marchand mais dans le partage conciliant. Il ne se demande plus comment il va pouvoir faire fructifier ses relations d’un soir, comment il va refourguer sa marchandise. Totalement dépourvu d’arrière-pensées, il profite de l’instant.

A midi ou dix-neuf heures…

Quoi de mieux qu’un apéro pour sceller les individualités, leur redonner une patine de sociabilité, l’espoir d’un avenir commun. Le gouvernement qui cherche, sans cesse, des moyens de cohésion nationale a oublié l’apéro. L’inscrire dans la Constitution serait une piste à prendre au sérieux. L’apéro en lieu et place d’un énième plan banlieue réglerait les incivilités et les injustices incrustées dans le quotidien des cités. Ce moment divin où les verres tintent sous la tonnelle, la canadienne ou le préau de MJC rythmera le calendrier de tous les Français, entre le 14 juillet et le 15 août. À midi ou dix-neuf heures, le temps s’arrête. Les télés se taisent. Les enfants rangent leurs pelles et leurs bouées. Les ados cessent de se bécoter sur les nattes publiques. Les vieux beaux n’ont plus besoin de rentrer leur ventre. L’apéro mobilise tous les efforts, peu importent les obédiences. Chacun prend plaisir à œuvrer à sa bonne réalisation car il ne se prépare pas à la légère. Chips, Monaco, Tuc ou olives vertes, chaque apéro dévoile le fond de notre personnalité. L’amateur de l’incomprise saucisse cocktail se livre plus qu’un nudiste au Cap d’Agde. Les tapas, tortillas et bocadillos au pata negra indiquent un besoin d’absolutisme.

Je bois donc je suis

Quant aux crudités, radis et tomates cerises, ils révèlent un souci de l’équilibre. L’apéro trahit nos origines et nos envies. Kir, Ricard ou sangria, vous êtes démasqué ! Au camping, les jeunes préféreront la cannette de 33 cl, la binouze pour les fanzouzes. Au club house, on soigne autant son drive que sa descente de Pimm’s. Au Cap Ferret, tradition girondine oblige, le Lillet des familles s’accommode de toutes les grillades. À Calvi, les tranches de lonzo ne se séparent jamais de l’alcool de myrte. À Marseille, on trinque au ratafia. À Deauville, le cidre se débouche au Normandy. À Brest, le chouchen anime les nuits du port de commerce. Et puis, il y a les incontournables, les blancs de Loire qui rassurent les angoissés. Sancerre ou pouilly, coteaux-du-giennois pour les plus pointus, ces vins mettent en confiance. Ils n’impressionnent pas. Ils ne demandent pas un savoir livresque. Leurs flacons brillent au soleil. Leur fraîcheur entraîne les confessions. L’apéro remet alors du sacré dans notre destin tout tracé.

Éloge de la voiture

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Un Patachon Dans la Mondialisation

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La bible de l'apéritif

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Au Québec, l’ogre antiraciste dévore ses propres enfants

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Manifestation antiraciste au Québec, aout 2017. SIPA. AP22092703_000013

L’antiracisme pour tous, c’est fini. Au Québec, la nouvelle gauche se déchire autour du concept d’appropriation culturelle.


Malgré la chaleur anormale et le début des vacances estivales, que de nouveaux développements dans le monde des idéologies au Québec. Il faut croire que l’extrême gauche antiraciste ne se repose jamais, tellement elle semble motivée à rééduquer un peuple qui ne comprend plus rien à la situation. Et pour cause, les préoccupations de ce peuple sont à des années-lumière de celles de la nouvelle gauche.

Qu’on me permette de revenir sur la dernière controverse qui a secoué le Québec. Celle qui a débuté quand des « antiracistes » ont manifesté à Montréal contre la tenue d’un spectacle visant paradoxalement à promouvoir la culture noire. Depuis, le Festival international de Jazz, qui accueillait l’événement, a annulé toutes les représentations de SLAV, la nouvelle pièce de Robert Lepage, célèbre metteur en scène québécois. Pire encore : son prochain spectacle, qui se veut une relecture de l’histoire canadienne favorable aux peuples autochtones, est déjà dénoncé. Le concept utilisé pour censurer l’art en 2018 : l’appropriation culturelle.

Les « Euro-descendants » sont toxiques

Le précédent est loin d’être banal, et le concept mobilisé pour le créer l’est encore moins. Il y a quelques mois seulement, le multiculturalisme envoyait le message suivant : il n’est pas trop tard, l’Occident peut encore sauver son âme s’il fait son mea culpa et accepte les cultures étrangères. Même celles qui lui sont hostiles. L’apocalypse morale était proche, mais nous pouvions l’éviter. Aujourd’hui, la repentance n’est plus possible. L’Occident est passé du purgatoire à l’enfer. Ses méchants habitants n’ont plus un mot à dire, ils doivent complètement s’effacer devant l’Autre. Il leur est même interdit de mettre en scène leurs propres excuses.

Promouvoir ou défendre une autre culture serait devenu « raciste ». Ce serait la désacraliser, la contaminer, la salir avec les mains toxiques de l’Occident atomique. Pour les curés de la décolonisation symbolique, les personnes de couleur seraient les uniques propriétaires de leur sainte culture, les « Euro-descendants » n’auraient même plus le droit de s’en approcher. Inutile de mettre des gants en latex : la nocivité de l’Occident serait telle que son virus pourrait se répandre malgré toutes les précautions hygiéniques.

L’antiracisme pluriel

Le concept d’appropriation culturelle est si ridicule et mal pensé qu’il est inutile de s’étendre plus longuement à son sujet. Faut-il vraiment rappeler qu’il n’existe aujourd’hui plus aucun peuple dans le monde qui n’a pas emprunté quelque chose à un autre que lui ? Les Occidentaux doivent-ils revenir aux chiffres romains ? Ce concept mène à la ségrégation raciale. Mais ce qui est intéressant chez lui, c’est l’avenir qu’il dessine. Les antiracistes excluent des gens de leur propre cercle sur la base de leur race, une nouveauté dans l’histoire. En Amérique, la gauche inclusive est à un point tournant.

Les antiracistes racistes sont en train de produire un schisme historique. Les chiites se séparent des sunnites. L’antiracisme d’Orient se sépare de l’antiracisme d’Occident. D’un côté, il y a les antiracistes de « race » blanche qui pensaient bien faire en faisant la promotion du multiculturalisme partout où ils le pouvaient. Ce sont essentiellement les bien-pensants qui ont longtemps plaidé pour un vivre-ensemble à l’eau de rose, souvent pour se donner le beau rôle. Mais de l’autre, il y a maintenant les antiracistes de couleur, coalisés avec d’autres blancs, qui veulent faire taire leurs anciens alliés. Les seconds veulent museler les premiers au nom de la lutte contre l’appropriation culturelle.

Guerre civile à prévoir dans les universités

Il est fort à parier que les universités seront dans les premiers lieux affectés par cette guerre interne. Dans les prochaines années, des cas « d’appropriation académique » seront probablement dénoncés par le nouveau mouvement antiraciste. Du haut de leurs « privilèges blancs », les chercheurs ne pourront plus faire l’éloge des traditions ancestrales des peuples d’ailleurs. À ce moment, il sera impossible de ne pas trouver la situation cocasse, ou du moins très ironique… Comme on le sait, les chercheurs et professeurs en sciences sociales ont beaucoup contribué au triomphe du multiculturalisme. Leur responsabilité est entière dans l’imposition du nouvel ordre politico-moral. Mais il fallait y penser deux fois avant de nourrir la bête…

Réagissant à l’annonce du prochain spectacle de Lepage sur les rapports entre les blancs et les autochtones, le grand chef d’une tribu amérindienne du Canada a affirmé qu’il était temps que les « soi-disant spécialistes » et les anthropologues cessent de parler au nom de son peuple. Une manière de dire que les universitaires et les intellectuels de « race blanche » n’avaient plus de légitimité pour travailler sur des peuples autres que les leurs. Dans quelques années, certains en appelleront au boycott de Claude Lévi-Strauss…

La face cachée du multiculturalisme

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Race et histoire

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Samar Yazbek au cœur du chaos syrien

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samar yazbek syrie portes neant
Samar Yazbek, Sipa. Numéro de reportage : 00754608_000037.

Samar Yazbek est une héroïne. Née en 1970 dans une famille alaouite à Lattaquié, au nord ouest de la Syrie, elle participe dès 2011 aux manifestations contre le régime de Bachar Al-Assad. Souvent seule femme au milieu des hommes, non voilée, elle se définit comme intellectuelle, laïque et démocrate : assez pour faire d’elle une cible mouvante. À l’été 2011, elle est contrainte de fuir la Syrie et de se réfugier en France avec sa fille, « poursuivie par les services de renseignement pour avoir pris part aux manifestations pacifiques, lors des premiers mois de la révolution » et « écrit plusieurs articles dévoilant la vérité sur les agissements des services secrets, qui torturaient et assassinaient les opposants au régime d’Assad. »

Une héroïne de notre temps

L’appel du chaos résonne cependant plus fort. Elle publie en 2012 Feux croisés (Buchet-Chastel), son journal de la révolution syrienne, couronné par de nombreux prix (prix Oxfam aux Pays-Bas, prix PEN Pinter en Angleterre, prix Tucholsy en Suède, …) En août 2012, elle entame une série de trois séjours clandestins en Syrie et en tire Les portes du néant, un témoignage au plus près des populations et des combattants, des bombardements et de la lutte civile, des femmes, des enfants, des victimes et des bourreaux qui s’échangent régulièrement leurs masques. Fondatrice de l’ONG Women Now For Development, qui oeuvre en Syrie pour aider les femmes à gagner leur indépendance, Samar Yazbek est avant tout de retour dans la région d’Idlib pour préparer et coordonner des actions locales de développement économique et d’éducation laïque. Ses premières interlocutrices habitent maisons et sous-sols de la ville de Saraqeb (environ 35 000 habitants avant la révolution). Elle rencontre de pugnaces mères de famille qui, pour se tenir hors du champ de vision d’un sniper, jouent une macabre partie de cache-cache dans leur propre cuisine. Des fillettes en grande conversation sur les différents modèles d’obus et de roquettes. Des veuves, des mères, des vieilles dames cloîtrées dans leurs chambres à la merci des barils d’explosifs largués depuis les airs par l’armée syrienne régulière.

Cette terre retournée par les bombes est sa terre

Des hommes, des combattants de l’Armée Syrienne Libre, hétéroclite et hétérogène, des membres de bataillons islamistes, un émir du Front al-Nosra dans la ville d’Al-Bara. Elle voit arriver de Turquie, au printemps 2013, les premiers mercenaires égyptiens, tunisiens, yéménites, de l’État Islamique. Elle côtoie de nombreux activistes des médias, les auteurs des célèbres graffitis sur les murs des villes libérées, des journalistes syriens et étrangers, dont le Polonais Martin Süber, enlevé sous ses yeux en 2013 par une brigade islamiste à Saraqeb. À leurs côtés, elle porte secours aux blessés, tient le compte des victimes, photographie les armes et les avions de chasse, rend compte des attaques, tente d’alarmer le monde, souvent en vain. Cet inquiétant défilé est composé de ses frères et soeurs, les citoyens syriens ; cette terre retournée par les bombes est sa terre.

Parce qu’il est infiniment dangereux pour elle, ses hôtes et ses compagnons de route, de révéler son identité et ses origines, ou même d’allumer une cigarette pendant le ramadan, Samar Yazbek encaisse, baisse les yeux, porte l’abaya pour se déplacer en ville et ravale ses injures contre ceux qui volent la révolution populaire et démocratique de 2011. Elle n’en pense et n’en écrit pas moins. Ses témoignages, de son propre aveu, sont pourtant à mille lieux de la réalité infernale dont la Syrie est le théâtre depuis désormais sept ans. Leur lecture ne donne qu’une idée vague, embrumée, de ce à quoi ressemble le quotidien de tous les Syriens depuis désormais sept ans. Dans sa préface aux Portes du néant, Christophe Boltanski souligne le lien des voyages de Samar Yazbek avec la Divine comédie et ses cercles de l’Enfer. « Elle se confronte à ses pires cauchemars », écrit-il, pour transmettre, témoigner mais aussi comprendre, et se range en cela dans la triste filiation de la « littérature du désastre », aux côtés de Primo Levi, Varlam Chalamov ou Jean Hatzfeld.

L’islamisme infiltre toutes les couches du tissu social

La Syrie s’est transformée en un champ de bataille gigantesque, où chaque camp s’époumone. « Ils veulent nous tuer, tous », « nous ne faisons que nous défendre », « nous nous défendrons jusqu’à la mort ». La révolution syrienne de 2011, pacifiste et populaire, fait face à deux ennemis : la répression du régime d’Assad d’un côté, la confiscation des revendications par les extrémistes religieux de l’autre. Savoir d’où viennent les mouvements djihadistes et comment expliquer leur succès auprès des populations est un débat qui agite les activistes laïcs. Pour beaucoup, c’est par manque d’argent, d’armes et d’équipements que les chebabs, les jeunes combattants, acceptent de rejoindre les factions ouvertement financées par les pays du Golfe. Les civils, quant à eux, n’ont guère le choix. L’islamisme infiltre rapidement toutes les couches du tissu social : santé, éducation,  justice, approvisionnement en eau, nourriture, énergie, communications, aides financières aux veuves … À Saraqeb et plus loin, à Maarat al-Nouman, sur la ligne de front, le choix entre la mort et le niqab est vite fait, admettent les habitants.

Pour Samar Yazbek, la prolifération de l’islamisme en Syrie est aussi la conséquence de l’histoire particulière et de la structure tribale de la société : « Nous n’avons pas l’habitude d’oeuvrer ensemble pour le bien d’une société civile ou la culture de la citoyenneté, cette culture n’existe pas ».

La révolution sur deux fronts

Prise en étau entre ces deux ennemis de l’idéal démocratique, Samar Yazbek est poussée à reléguer au second plan ses projets de développement et d’accompagnement des femmes. Les corps sans vie et mutilés des enfants, le fracas des obus, les ville calcinées, la détresse des civils, la remplissent, et la vident de toute volonté.

Les femmes, dans tout ça, ne sont pas de passives figurantes attendant de voir leur émancipation tomber du ciel. Souvent, relève l’auteur, elles sont les propres ennemies de leur liberté, et la religion du qu’en-dira-t-on est la plus puissante de toutes.

Un constat partagé par l’universitaire marocaine Zaynab el-Bernoussi. Pour cette dernière, plusieurs féminismes coexistent – et se livrent bataille -dans le monde arabo-musulman : le féminisme laïque, qui considère que l’émancipation religieuse est le vecteur de l’émancipation féminine, et le féminisme islamiste, pour lequel l’émancipation des femmes est déjà inscrite et acceptée dans l’islam.

Malgré tout, « nous rêvions – et rêvons encore – de résistance » affirme Samar Yazbek, en son nom et au nom de toutes les femmes syriennes dont la voix résonne dans ses ouvrages.

Au début de l’année, à Jinwar, dans la province kurde du Rojava, à l’extrême de nord de la Syrie, un groupe de femmes, veuves de guerre, victimes de viols et de violence, a décidé de bâtir une ville entièrement réservée aux femmes et aux enfants. Un sanctuaire utopique pour oublier et peut-être effacer un jour la cinglante réalité du conflit syrien.

Samar Yazbek, Les portes du néant, traduit de l’arabe par Rania Samara, Stock, 2016.

Les Portes du néant

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FEUX CROISES

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Algérie: les aventuriers de l’autoroute perdue

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Tronçon livré de l'autoroute Est-Ouest, traversant la wilaya d'Aïn Defla, au sud d'Alger. © Billal Bensalem/NurPhoto

Dérogeant à leur bonne réputation, des entreprises japonaises ont livré en retard aux Algériens une autoroute inachevée et de fort médiocre qualité. Causeur a retrouvé des cadres nippons qui racontent les raisons de ce naufrage.


Commencée en 2006, l’autoroute Est-Ouest, traversant l’Algérie du Maroc à la Tunisie, devait être inaugurée en 2010. À l’été 2018, elle n’est toujours pas terminée. Le gouvernement avait choisi deux délégataires sur appel d’offres, le Chinois Citic-CRCC et le « Consortium japonais de l’autoroute algérienne » (Cojaal), regroupant quatre entreprises emmenées par Kajima, le Bouygues japonais, constructeur de centrales nucléaires, de lignes de trains à grande vitesse et de ponts géants. Une référence mondiale.

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Cojaal n’achèvera jamais son lot de 400 km, qui correspondait au tronçon Est, vers la Tunisie. Le consortium a quitté l’Algérie en 2014, en très mauvais termes avec les autorités. Comment les Japonais, réputés soucieux des délais, en sont-ils venus à accumuler des années de retard ? Les témoignages des cadres de Cojaal aident à comprendre.

Caprices administratifs

La première cause de ralentissement est surréaliste. Le gouvernement algérien a lancé le chantier avant d’avoir bouclé les procédures d’expropriation pour cause d’utilité publique ! Tous les 50 km, les Japonais interloqués se sont heurtés à des propriétaires privés. Il a fallu négocier avec les autorités locales et verser des pots-de-vin pour avancer[tooltips content= »L’État n’a visiblement pas tiré la leçon. La construction de la bretelle reliant l’autoroute Est-Ouest et Tizi-Ouzou a commencé en 2014. En mars 2018, la moitié seulement des arrêtés d’expropriation avait été publiés, selon la presse algérienne. »]1[/tooltips].

Les Japonais ont également dû composer avec les desiderata de l’administration. En principe, sur un chantier de ce genre, un constructeur international amène ses engins. En Algérie, des fonctionnaires ont fait comprendre aux Japonais qu’il était dans leur intérêt de passer par certains importateurs. Pas forcément les moins chers ni les plus fiables. S’ils refusaient de comprendre, le matériel restait bloqué en transit, ralentissant le chantier.

« Si ça n’avait pas d’importance, on prenait un Algérien. »

Plus étonnant, dans un pays où un jeune de 16 à 24 ans sur quatre est officiellement au chômage, Cojaal a rencontré de sérieuses difficultés de recrutement, au point de faire venir des milliers d’ouvriers d’Asie ! Des fonctionnaires détenant un quelconque pouvoir de blocage ont fait pression pour que des cousins, des frères ou des fils soient embauchés dans des sinécures ; chauffeur-guide, par exemple (les Japonais avaient interdiction de conduire eux-mêmes et de se promener non accompagnés, sécurité oblige). En ce qui concerne les travaux exigeants, en revanche, difficile de compter sur la main-d’œuvre locale. « Si c’était très important, on donnait le poste à un Japonais, résume Hidetoshi, chef de secteur. Si c’était moins important, on le confiait à un Thaï ou un Bengali. Si ça n’avait pas d’importance, on prenait un Algérien. »

« Au moment du ramadan, explique Tamaki, employée à la DRH, les Algériens partaient à 15h00. On s’est aperçu que le travail avançait aussi vite sans eux. » Explication probable : les Algériens formés aux métiers du BTP partent travailler dans les pays du golfe persique, où les salaires sont meilleurs.

La DRH devait régler les visas pour la main-d’œuvre expatriée en liquide… Karim, un Algérien qui apportait les enveloppes à l’administration, a été suspecté de vol. Il a éveillé les soupçons en s’achetant une voiture, neuve, d’un prix inaccessible avec son seul salaire. Comme il en était très fier, il a tenu à doubler spectaculairement le car qui convoyait les autres salariés. Il a fini dans le fossé, voiture cassée. Avec le recul, les Japonais en rient. Du moins, ceux qui le peuvent encore. Plusieurs ingénieurs qui avaient travaillé pour Cojaal figurent parmi les 38 morts (dont 12 Japonais) de la raffinerie d’In Amenas, attaquée par un commando islamiste en janvier 2013. Comme l’autoroute était à l’arrêt, ils avaient accepté une autre mission.

Une addition délirante

Le choc des cultures professionnelles a été rude. Un lendemain de victoire de l’équipe de football d’Algérie, les employés sont arrivés avec deux heures de retard, drapeaux à la main, et ont fêté l’événement une bonne partie de la journée. L’encadrement japonais a jugé préférable de ne rien dire. La situation a néanmoins dégénéré. Comme un Algérien demandait à un Japonais s’il ne voulait pas célébrer la victoire, lui aussi, le Japonais a répondu, en plaisantant, qu’il le faisait à sa manière, en portant un caleçon aux couleurs du drapeau algérien. Grave offense, scandale, protestation collective. « La susceptibilité des Algériens a été un souci constant », témoigne Yuko, traductrice franco-japonaise, qui ajoute que « les relations étaient peut-être plus faciles avec les Kabyles ».

Aujourd’hui, Cojaal réclame près d’un milliard de dollars de dédommagements et de pénalités pour ses manquements à l’État algérien, ce qui pourrait encore gonfler une addition déjà délirante. L’autoroute Est-Ouest a coûté 11 millions du kilomètre, contre six millions en moyenne en France. Et pour une qualité fort médiocre. Le tronçon chinois est truffé de malfaçons, commentées chaque mois dans la presse nationale. L’A1 est sous-équipée : une vingtaine de stations-service seulement ont été déployées, sur les 40 qui étaient prévues. Comble de l’imprévoyance, il n’y avait pas de barrières de péage à l’inauguration ! Elles sont en cours d’installation en 2018. Le gouvernement s’est privé de huit années de recettes, sans autre explication que l’improvisation totale. Pas d’argent, pas d’entretien (compter 15 000 euros par an et par kilomètre en France). L’A1 s’effrite et se disloque, à l’image du pays tout entier.

Le mystère Bouteflika - Radioscopie d'un chef d'Etat

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Coupe du monde: des casseurs bleu-blanc-rouge

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Près du Drugstore Publicis le soir de la célébration de la victoire des Bleus en Coupe du Monde, 15 juillet 2018. ©GERARD JULIEN / AFP

Les casseurs, des Champs-Elysées et d’ailleurs, ne sont pas des étrangers : comme les joueurs de l’équipe de France, ils sont les fils de la République. Nous ne devons pas commettre la même erreur qu’en 1998.


Après une folle nuit de célébration, la France s’est réveillée, lundi 16 juillet, fière, heureuse mais aussi un peu sonnée. Grisée mais groggie. Au matin de cette première journée sur le toit du monde, ce n’est pas une simple gueule de bois que nous avons éprouvée. En de nombreux points de l’Hexagone, les scènes de liesse et de joie ont parfois été entachées par des actes de vandalisme.

Bris de bleus

Nos existences post-modernes sont désormais vécues deux fois : une fois sur le vif et une seconde fois en captation et en partage numériques. Rares furent les témoins directs de ces échauffourées. Pourtant, personne n’a pu échapper aux images dérangeantes de cette extraordinaire et magnifique communion nationale perturbée par des hordes d’adolescents déchaînés.

Perturbantes, ces séquences le sont à plus d’un titre. L’effet contraste y est saisissant. Sur certaines vidéos, des pillards sortis d’une série de zombies avec, en arrière-plan, un arc de triomphe pavoisé et lumineux qui n’a jamais mieux mérité son nom.

En regardant ces gamins, principalement d’origine africaine ou maghrébine, le Tricolore sur les épaules briser des vitrines, renverser des véhicules et caillasser des CRS, on ne peut se départir d’un malaise.

C’est la faute à Voltaire

Nous ne sommes plus en 1998. Les attentats sont passés par là. Plus personne ne célèbre une France black-blanc-beur, surtout pas les Bleus qui revendiquent leur patriotisme haut et fort. Et les gosses des banlieues qui affluent dans les centres villes pour laisser éclater leur joie leur emboîtent le pas. On assiste à la démonstration filmée de l’assimilation paradoxalement réussie de la jeune génération. Comme si ces casseurs, euphémisme pour parler des bandes de voyous, étaient, sans le savoir, les descendants des sans-culotte, les héritiers de Gavroche, des communards et des étudiants de 1968.

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L’émeute et l’affrontement avec les forces de l’ordre font tellement partie de notre ADN historique que cette jeunesse est plus française qu’elle ne le soupçonne elle-même. Y compris et peut être surtout dans sa détestation des forces de l’ordre et dans son anarchisme. Mais il n’y a qu’une piètre consolation à tirer de ce constat. Certes, et ce n’est déjà pas si mal, les oiseaux de mauvais augure du « remplacisme », les obsessionnels de la race qui prophétisaient la sécession ethnique et islamiste en ont été pour leurs frais. Dimanche soir, les indigénistes, censés communier dans la haine de la France, brandissaient fièrement le Tricolore. Ceux que certains décrivaient comme de la graine de djihadistes dévalisaient les supérettes pour se procurer de l’alcool. Peu d’oriflammes algérien, tunisien ou marocain à l’horizon. Les jeunes violents des cités ne se sentent pas étrangers. Les casseurs ne se réclament pas de l’islam pour voler les « koufars ». Les racailles ne se revendiquent pas noirs ou arabes. Ils sont de jeunes français et « en même temps » de jeunes barbares sans foi ni loi.

La France n’a pas le problème qu’elle croit

Pour autant, les béni-oui-oui du vivre-ensemble et les autruches de la société omni-tolérante seraient mal avisés de pavoiser. Les Français d’origine européenne sont très peu nombreux à y prendre part. Refuser de l’admettre confine à l’aveuglement idéologique.

Les classes « dangereuses » ne sont pas seulement des classes populaires mais aussi et peut-être surtout des classes aliénées. La distance religieuse et culturelle et, plus encore, la contradiction entre les valeurs familiales (patriarcales) et les valeurs sociales (celle d’une école et d’une société française livrée au relativisme maternant) jouent certainement un rôle dans cette aliénation. Situation que l’on peut ainsi résumer : la France a un sérieux problème avec une partie de sa jeunesse d’origine immigrée mais elle n’a pas le problème qu’elle croit.

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Ce n’est pas la couleur de peau de la racaille, ni son idéologie (laquelle ?) qui pose problème aux Français paisibles (de toutes origines d’ailleurs) mais le complexe de supériorité et le sentiment d’impunité dans lequel elle se berce.

Car, bien qu’isolés, ces actes de vandalisme ne doivent surtout pas être pris à la légère. On serait d’ailleurs bien inspiré de leur appliquer un raisonnement par récurrence cher aux mathématiciens : si ces jeunes sont à ce point agressifs alors qu’ils manifestent leur joie, on redoute la brutalité qui se déchaînerait s’ils étaient réunis par la colère.

« Tout, tout de suite »

Dimanche soir, nos Meursault des cités étaient heureux de se voir si triomphants et si forts dans ce miroir embellissant que leur tendait les médias ainsi que tout un peuple adulant le génie footballistique d’un Mbappé (d’origine moitié camerounaise, moitié algérienne et pourtant si fier d’être Français).

Ces ilotes des quartiers sensibles ne sont pas fondamentalement méchants. Pourtant, dans leur juvénile bêtise, ils représentent un grave danger pour eux-mêmes et pour la concorde nationale. Ils se croient tout puissant. Ils ne comprennent pas ou n’admettent pas les règles du réel. Le rôle du talent, de la chance et du travail ainsi que le caractère totalement exceptionnel d’une réussite comme celle des Bleus leur sont totalement étrangers.

Tout leur est dû. Cela fait 40 ans qu’on leur dit et leur répète qu’ils sont des victimes. Eux se voient comme des dominants. Ces prédateurs à capuche n’entonnent le refrain de la victimisation que comme un rôle appris et dont ils ont compris les bénéfices. Ils croient ce qu’on leur a si bien enseigné : ils pensent avoir droit à une réparation illimitée. Comme dans la télé-réalité, comme dans Scarface, comme dans l’univers du rap ou dans ce qu’ils perçoivent du showbizz, du foot et des start-up, ils veulent « tout, tout de suite ».

Ces barbares ne sont pas hors les murs. Ils sont nos compatriotes et nos enfants.

Marianne vient d’être pelotée

L’un de mes amis m’a rapporté une scène, digne des Choses Vues de Victor Hugo, qui corrobore cette analyse. Dimanche soir, minuit passé sur les grands boulevards, une jeune parisienne élégante appartenant manifestement à la classe moyenne agite un drapeau.

Un jeune passe devant la belle qui sourit, heureuse de cet instant de communion. Le sauvageon s’arrête et malaxe furtivement la poitrine de la fille, en éclatant de rire. L’agresseur repart aussi vite qu’il était venu. Il a agi avec tant de spontanéité que la victime en est restée interdite.

Marianne vient d’être pelotée. Au risque de casser un peu l’ambiance, il est important de regarder cette réalité en face. Sans rien céder de notre fierté retrouvée et de notre joie légitime, il ne faut pas reproduire l’erreur de 1998 et se bercer d’illusions qui seront forcément déçues. Au contraire, cette fois, les promesses de l’unité et de la République doivent être tenues. Partout et quoi qu’il en coûte.

« Certains politiques veulent officialiser la victoire de l’islam politique en France »

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Hocine Drouiche lors de la Marche des musulmans contre le terrorisme à Paris, juillet 2017. SIPA. 00814272_000006

L’imam de Nîmes, Hocine Drouiche, regrette qu’Emmanuel Macron cherche à réformer l’islam de France avec des personnalités proches de l’islam politique, tout en écartant celles qui s’en sont véritablement distingué.


Monsieur le président, votre engagement pour la réforme de l’islam est importante et intelligente, mais vous vous trompez complètement de chemin et de partenaires.

Les nouvelles propositions dévoilées par Le Monde concernant la nouvelle organisation de l’islam en France sont catastrophiques.

Nous avons soutenu le président de la République pour sa vision réformiste et il doit aider les imams républicains pour reformer l’islam avec courage. Sans cette vision réformiste humaine et républicaine, le président Emmanuel Macron continuera la politique du bricolage voulue par l’islam politique pour gagner du temps et dominer les mosquées et les institutions musulmanes. Malheureusement, ce bricolage risque de se terminer par un bain de sang et une guerre civile à la libanaise souvent souhaitée par les islamistes, qui ne s’empêcheront pas d’utiliser la violence lorsqu’ils ne peuvent plus convaincre.

Certains politiques veulent officialiser clairement la victoire de l’islam politique en France.

Choquant, incompréhensible et humiliant pour les imams, les responsables musulmans et tous les Français musulmans qui combattaient avec courage pour un islam réformé et progressiste.

La majorité des personnalités proposées dans ce triste rapport de Hakim El Karoui attaquaient et condamnaient les imams républicains qui ont eu le courage et l’initiative d’organiser la marche musulmane contre le terrorisme en juillet dernier et combattent la francophobie et l’antisémitisme sans aucune ambiguïté.

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L’islam politique était toujours une partie du problème. Il ne sera jamais une solution de la crise de l’islam en France.

L’Etat peut ouvrir ses yeux pour voir les expériences catastrophiques et les résultats de l’islam politique en plusieurs pays étrangers.

Une nouvelle fois, la restructuration de l’islam en France se trompe dans le chemin et dans l’essence. Les politiques s’inclinent devant les islamistes qui ne cachent pas leur volonté d’islamiser la France et l’Europe entière en mettant notre société dans une guerre religieuse.

Ce choix menace clairement notre avenir en commun, car si le problème n’est pas réglé par les musulmans eux-mêmes, la solution sera violemment imposée par la majorité sociale qui ne cesse pas de déclarer et d’afficher ses inquiétudes et ses craintes envers l’islam et les islamistes sans qu’elle soit entendue ni par les responsables musulmans ni par les politiques.

Les islamistes qui étaient en conflit éternel avec les valeurs de la République et de la société locale pourraient devenir les leaders de la réforme de l’islam selon les propositions actuelles…! Ils n’ont jamais rêvé d’avoir cette chance en France. Cela signifie la disparition totale de certains imams courageux que les Français ont connus et aimés ces dernières années. Ces imams qui n’ont pas cessé de défendre un islam rationnel, fraternel et humain, pas antisémite et pas homophobe. L’imam Chalghoumi, le mufti des Comoriens à Marseille, Saïd Kassim, Ghaleb Ben Cheikh, Hocine Drouiche et tous les imams qui ont osé visiter Israël seront bientôt les premières victimes des islamistes choisis pour gérer la crise profonde que l’islam traverse aujourd’hui en France et ailleurs.

Ce sont les seuls qui ont osé être présents au Bataclan, à Charlie Hebdo, à Nice, à Rouen, à Bruxelles et à Toulouse.

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Nos adversaires nous ont accusé de collaborateurs, de traîtres, de vendus pour nous discréditer devant les musulmans ; ils n’ont pas pu nous séparer de notre communauté musulmane. Ils viennent d’avoir un cadeau inimaginable. Ce cadeau vient malheureusement de notre Etat laïque qui devait soutenir ceux qui portaient ses valeurs et pas ceux qui les combattaient et qui rêvent de les changer un jour.

Je demande à toutes les personnes de lumière ainsi qu’à la société civile d’aider les musulmans de France afin qu’ils ne tombent pas dans l’obscurantisme et les projets suicidaires de ces islamistes caméléons qui ne rassurent personne. Ils n’ont jamais clarifié leurs positions haineuses envers les musulmans républicains, l’occident, les juifs, le prosélytisme, le terrorisme l’égalité hommes-femmes et la réforme de l’islam.

Le président de la République voulait finir avec l’anarchie totale du grand souk du CFCM en présentant comme alternative un monstre islamiste qui menace l’avenir de nos valeurs, de notre paix sociale et qui pourrait à moyen et long terme nuire à l’image brillante du président lui-même.