La publication en ligne Contrepoints est connue, car elle ne s’en cache pas, pour ses options idéologiques ultralibérales, alors que le nouveau gouvernement américain s’en éloigne. On évolue vers un ultralibéralisme hors-sol.

Voici à présent qu’elle se fait le relais des no-border en diffusant un de leurs articles édité sur The Conversation : « Les demandeurs d’asile ne sont pas un fardeau pour l’Union européenne ». Certes, « la migration internationale est la source d’épineux problèmes diplomatiques en Europe. Ces derniers seraient en partie allégés si l’on parvenait à se débarrasser des idées reçues assimilant migrants et fardeau économique ».

Misère de la déesse Economie

D’emblée, le ton est donné et on perçoit l’angle d’attaque, si ce n’est le parti pris purement économique d’éluder les autres dimensions, démocratiques, culturelles, sociales, historiques, religieuses, psychosociologiques, scolaires, urbaines, pénales… Dès lors le questionnement proposé (« les demandeurs d’asile sont-ils une charge économique pour les pays d’accueil ? ») est partiel sinon partial en se concentrant sur une seule dimension du problème, qui, de surcroît, n’est pas la plus importante.

D’autant que les auteurs se focalisent sur la méthodologie avec les vieux tics habituels de ces discours scientifiques partisans. Entrant d’emblée dans des détails millimétriques les auteurs tentent de se convaincre que « le premier enjeu [serait celui de] l’étude des effets de la migration sur les finances publiques ». Et que dans une telle étude tout ne serait que doute : « Quel mol oreiller que le doute écrivait Montaigne ».

Un oreiller si moelleux qu’on y revient sans cesse: « Le second enjeu, qui est présent dans la littérature scientifique en économie de la migration, est d’établir les effets des flux migratoires eux-mêmes sur les économies d’accueil. Les interactions entre la situation économique ou budgétaire du pays d’accueil et les flux migratoires sont en effet potentiellement bidirectionnelles : les dépenses publiques, par exemple, sont susceptibles d’augmenter avec les flux migratoires mais également d’accroître ces flux. »

« L’augmentation du flux de migrants est positive pour l’économie européenne »

La suite de l’article passe en revue l’ensemble des difficultés que l’économètre rencontre pour évaluer la portée des flux migratoires sur les salaires, notamment en raison du fait que « même si deux instruments [de mesure économique] sont dotés de propriétés statistiques justes, l’interprétation finale peut différer ». Toujours la relativisation. Pourtant, après avoir exposé les difficultés méthodologiques, le doute sur les résultats, la conclusion, elle, est dépourvue d’hésitation. Cette façon de procéder est une constante chez les « chercheurs-engagés » (?) : on déploie toutes les difficultés de l’étude mais la conclusion est péremptoire ; ce sera que « l’augmentation du flux de migrants est positive pour l’économie européenne ».

Pour en venir à cette conclusion, les chercheurs disent avoir « examiné les implications des flux migratoires sur les performances économiques et sur les finances publiques de quinze pays d’Europe de l’Ouest » qui entre 1985 et 2015 « ont enregistré près de 10,5 millions de demandes d’asile, soit environ 350 000 demandes par an ».

« Il ne faut pas oublier que l’on parle d’êtres humains ! »

Surjouant une invitation à la prudence pour l’analyse des résultats, les auteurs nuancent : « Les personnes immigrées, et a fortiori les demandeurs d’asile, ne sont pas là pour  ‘relancer’ les économies européennes. Si les migrations ne représentent pas un coût économique pour l’Europe de l’Ouest, elles ne doivent pas pour autant être envisagées sous l’angle de ce qu’elles pourraient ‘rapporter’. Il ne faut pas oublier que l’on parle d’êtres humains ! ». Les autochtones n’en seraient-ils pas tout autant ?

Enfin, les signataires se disent convaincus « que la réponse adéquate à la question des migrations et des demandeurs d’asile se trouve au niveau européen ». Mais présentée de façon aussi positive reste-t-il encore une « question des migrations » ? Si oui, laquelle ?

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Malheureusement, ce genre de travail de recherche prolifère, notamment dans les instances publiques des sciences sociales. La rigueur scientifique n’est surjouée que pour donner une présentation supposée objective de la recherche : on s’attarde sur les doutes quant aux méthodes de questionnement ; puis les conclusions sont, sans lien avec ces contorsions, définitives et nettes sans que l’on ait compris comment on y parvient après tant de détours…

Le Meunier, son fils et l’âne

Or voici que les peuples d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs commencent à exprimer autre chose sur la question migratoire. La dimension économique, certes, en des temps où le chômage détruit des familles entières. Avant tout le désir des peuples de choisir par eux-mêmes et pour leurs enfants qui vit dans leur société, pour en préserver les équilibres menacés auxquels ils sont néanmoins fortement attachés. Fût-ce avec un argument supposé simpliste, celui que nous propose La Fontaine dans Le Meunier, son fils et l’âne :

« Je suis Âne, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue ;

Mais que dorénavant on me blâme, on me loue ;

Qu’on me dise quelque chose ou qu’on ne dise rien ;

J’en veux faire à ma tête. Il le fit et fit bien. »

Autrement dit, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Quant à l’Europe (lisez Bruxelles) elle est défaite par la rébellion italienne, sur ce sujet, et sur d’autres à venir sans doute encore.

La casse des nations européennes

Pour conclure trois réflexions :

– l’économisme est une maladie intellectuelle qui conduit d’abord à croire que tout est économie, puis que toute économie est économétrique ;

– les dimensions psychosociologiques, culturelles, démocratiques des nations confrontées au flux migratoires sont passées sous silence ;

– l’immigrationnisme et l’ultralibéralisme ont un objectif partagé, avec des motivations différentes : casser les nations européennes. Mais cela, on l’avait déjà remarqué.

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