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Coupe du monde: des casseurs bleu-blanc-rouge

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Les casseurs, des Champs-Elysées et d’ailleurs, ne sont pas des étrangers : comme les joueurs de l’équipe de France, ils sont les fils de la République. Nous ne devons pas commettre la même erreur qu’en 1998.


Après une folle nuit de célébration, la France s’est réveillée, lundi 16 juillet, fière, heureuse mais aussi un peu sonnée. Grisée mais groggie. Au matin de cette première journée sur le toit du monde, ce n’est pas une simple gueule de bois que nous avons éprouvée. En de nombreux points de l’Hexagone, les scènes de liesse et de joie ont parfois été entachées par des actes de vandalisme.

Bris de bleus

Nos existences post-modernes sont désormais vécues deux fois : une fois sur le vif et une seconde fois en captation et en partage numériques. Rares furent les témoins directs de ces échauffourées. Pourtant, personne n’a pu échapper aux images dérangeantes de cette extraordinaire et magnifique communion nationale perturbée par des hordes d’adolescents déchaînés.

Perturbantes, ces séquences le sont à plus d’un titre. L’effet contraste y est saisissant. Sur certaines vidéos, des pillards sortis d’une série de zombies avec, en arrière-plan, un arc de triomphe pavoisé et lumineux qui n’a jamais mieux mérité son nom.

En regardant ces gamins, principalement d’origine africaine ou maghrébine, le Tricolore sur les épaules briser des vitrines, renverser des véhicules et caillasser des CRS, on ne peut se départir d’un malaise.

C’est la faute à Voltaire

Nous ne sommes plus en 1998. Les attentats sont passés par là. Plus personne ne célèbre une France black-blanc-beur, surtout pas les Bleus qui revendiquent leur patriotisme haut et fort. Et les gosses des banlieues qui affluent dans les centres villes pour laisser éclater leur joie leur emboîtent le pas. On assiste à la démonstration filmée de l’assimilation paradoxalement réussie de la jeune génération. Comme si ces casseurs, euphémisme pour parler des bandes de voyous, étaient, sans le savoir, les descendants des sans-culotte, les héritiers de Gavroche, des communards et des étudiants de 1968.

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L’émeute et l’affrontement avec les forces de l’ordre font tellement partie de notre ADN historique que cette jeunesse est plus française qu’elle ne le soupçonne elle-même. Y compris et peut être surtout dans sa détestation des forces de l’ordre et dans son anarchisme. Mais il n’y a qu’une piètre consolation à tirer de ce constat. Certes, et ce n’est déjà pas si mal, les oiseaux de mauvais augure du « remplacisme », les obsessionnels de la race qui prophétisaient la sécession ethnique et islamiste en ont été pour leurs frais. Dimanche soir, les indigénistes, censés communier dans la haine de la France, brandissaient fièrement le Tricolore. Ceux que certains décrivaient comme de la graine de djihadistes dévalisaient les supérettes pour se procurer de l’alcool. Peu d’oriflammes algérien, tunisien ou marocain à l’horizon. Les jeunes violents des cités ne se sentent pas étrangers. Les casseurs ne se réclament pas de l’islam pour voler les « koufars ». Les racailles ne se revendiquent pas noirs ou arabes. Ils sont de jeunes français et « en même temps » de jeunes barbares sans foi ni loi.

La France n’a pas le problème qu’elle croit

Pour autant, les béni-oui-oui du vivre-ensemble et les autruches de la société omni-tolérante seraient mal avisés de pavoiser. Les Français d’origine européenne sont très peu nombreux à y prendre part. Refuser de l’admettre confine à l’aveuglement idéologique.

Les classes « dangereuses » ne sont pas seulement des classes populaires mais aussi et peut-être surtout des classes aliénées. La distance religieuse et culturelle et, plus encore, la contradiction entre les valeurs familiales (patriarcales) et les valeurs sociales (celle d’une école et d’une société française livrée au relativisme maternant) jouent certainement un rôle dans cette aliénation. Situation que l’on peut ainsi résumer : la France a un sérieux problème avec une partie de sa jeunesse d’origine immigrée mais elle n’a pas le problème qu’elle croit.

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Ce n’est pas la couleur de peau de la racaille, ni son idéologie (laquelle ?) qui pose problème aux Français paisibles (de toutes origines d’ailleurs) mais le complexe de supériorité et le sentiment d’impunité dans lequel elle se berce.

Car, bien qu’isolés, ces actes de vandalisme ne doivent surtout pas être pris à la légère. On serait d’ailleurs bien inspiré de leur appliquer un raisonnement par récurrence cher aux mathématiciens : si ces jeunes sont à ce point agressifs alors qu’ils manifestent leur joie, on redoute la brutalité qui se déchaînerait s’ils étaient réunis par la colère.

« Tout, tout de suite »

Dimanche soir, nos Meursault des cités étaient heureux de se voir si triomphants et si forts dans ce miroir embellissant que leur tendait les médias ainsi que tout un peuple adulant le génie footballistique d’un Mbappé (d’origine moitié camerounaise, moitié algérienne et pourtant si fier d’être Français).

Ces ilotes des quartiers sensibles ne sont pas fondamentalement méchants. Pourtant, dans leur juvénile bêtise, ils représentent un grave danger pour eux-mêmes et pour la concorde nationale. Ils se croient tout puissant. Ils ne comprennent pas ou n’admettent pas les règles du réel. Le rôle du talent, de la chance et du travail ainsi que le caractère totalement exceptionnel d’une réussite comme celle des Bleus leur sont totalement étrangers.

Tout leur est dû. Cela fait 40 ans qu’on leur dit et leur répète qu’ils sont des victimes. Eux se voient comme des dominants. Ces prédateurs à capuche n’entonnent le refrain de la victimisation que comme un rôle appris et dont ils ont compris les bénéfices. Ils croient ce qu’on leur a si bien enseigné : ils pensent avoir droit à une réparation illimitée. Comme dans la télé-réalité, comme dans Scarface, comme dans l’univers du rap ou dans ce qu’ils perçoivent du showbizz, du foot et des start-up, ils veulent « tout, tout de suite ».

Ces barbares ne sont pas hors les murs. Ils sont nos compatriotes et nos enfants.

Marianne vient d’être pelotée

L’un de mes amis m’a rapporté une scène, digne des Choses Vues de Victor Hugo, qui corrobore cette analyse. Dimanche soir, minuit passé sur les grands boulevards, une jeune parisienne élégante appartenant manifestement à la classe moyenne agite un drapeau.

Un jeune passe devant la belle qui sourit, heureuse de cet instant de communion. Le sauvageon s’arrête et malaxe furtivement la poitrine de la fille, en éclatant de rire. L’agresseur repart aussi vite qu’il était venu. Il a agi avec tant de spontanéité que la victime en est restée interdite.

Marianne vient d’être pelotée. Au risque de casser un peu l’ambiance, il est important de regarder cette réalité en face. Sans rien céder de notre fierté retrouvée et de notre joie légitime, il ne faut pas reproduire l’erreur de 1998 et se bercer d’illusions qui seront forcément déçues. Au contraire, cette fois, les promesses de l’unité et de la République doivent être tenues. Partout et quoi qu’il en coûte.

« Certains politiques veulent officialiser la victoire de l’islam politique en France »

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L’imam de Nîmes, Hocine Drouiche, regrette qu’Emmanuel Macron cherche à réformer l’islam de France avec des personnalités proches de l’islam politique, tout en écartant celles qui s’en sont véritablement distingué.


Monsieur le président, votre engagement pour la réforme de l’islam est importante et intelligente, mais vous vous trompez complètement de chemin et de partenaires.

Les nouvelles propositions dévoilées par Le Monde concernant la nouvelle organisation de l’islam en France sont catastrophiques.

Nous avons soutenu le président de la République pour sa vision réformiste et il doit aider les imams républicains pour reformer l’islam avec courage. Sans cette vision réformiste humaine et républicaine, le président Emmanuel Macron continuera la politique du bricolage voulue par l’islam politique pour gagner du temps et dominer les mosquées et les institutions musulmanes. Malheureusement, ce bricolage risque de se terminer par un bain de sang et une guerre civile à la libanaise souvent souhaitée par les islamistes, qui ne s’empêcheront pas d’utiliser la violence lorsqu’ils ne peuvent plus convaincre.

Certains politiques veulent officialiser clairement la victoire de l’islam politique en France.

Choquant, incompréhensible et humiliant pour les imams, les responsables musulmans et tous les Français musulmans qui combattaient avec courage pour un islam réformé et progressiste.

La majorité des personnalités proposées dans ce triste rapport de Hakim El Karoui attaquaient et condamnaient les imams républicains qui ont eu le courage et l’initiative d’organiser la marche musulmane contre le terrorisme en juillet dernier et combattent la francophobie et l’antisémitisme sans aucune ambiguïté.

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L’islam politique était toujours une partie du problème. Il ne sera jamais une solution de la crise de l’islam en France.

L’Etat peut ouvrir ses yeux pour voir les expériences catastrophiques et les résultats de l’islam politique en plusieurs pays étrangers.

Une nouvelle fois, la restructuration de l’islam en France se trompe dans le chemin et dans l’essence. Les politiques s’inclinent devant les islamistes qui ne cachent pas leur volonté d’islamiser la France et l’Europe entière en mettant notre société dans une guerre religieuse.

Ce choix menace clairement notre avenir en commun, car si le problème n’est pas réglé par les musulmans eux-mêmes, la solution sera violemment imposée par la majorité sociale qui ne cesse pas de déclarer et d’afficher ses inquiétudes et ses craintes envers l’islam et les islamistes sans qu’elle soit entendue ni par les responsables musulmans ni par les politiques.

Les islamistes qui étaient en conflit éternel avec les valeurs de la République et de la société locale pourraient devenir les leaders de la réforme de l’islam selon les propositions actuelles…! Ils n’ont jamais rêvé d’avoir cette chance en France. Cela signifie la disparition totale de certains imams courageux que les Français ont connus et aimés ces dernières années. Ces imams qui n’ont pas cessé de défendre un islam rationnel, fraternel et humain, pas antisémite et pas homophobe. L’imam Chalghoumi, le mufti des Comoriens à Marseille, Saïd Kassim, Ghaleb Ben Cheikh, Hocine Drouiche et tous les imams qui ont osé visiter Israël seront bientôt les premières victimes des islamistes choisis pour gérer la crise profonde que l’islam traverse aujourd’hui en France et ailleurs.

Ce sont les seuls qui ont osé être présents au Bataclan, à Charlie Hebdo, à Nice, à Rouen, à Bruxelles et à Toulouse.

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Nos adversaires nous ont accusé de collaborateurs, de traîtres, de vendus pour nous discréditer devant les musulmans ; ils n’ont pas pu nous séparer de notre communauté musulmane. Ils viennent d’avoir un cadeau inimaginable. Ce cadeau vient malheureusement de notre Etat laïque qui devait soutenir ceux qui portaient ses valeurs et pas ceux qui les combattaient et qui rêvent de les changer un jour.

Je demande à toutes les personnes de lumière ainsi qu’à la société civile d’aider les musulmans de France afin qu’ils ne tombent pas dans l’obscurantisme et les projets suicidaires de ces islamistes caméléons qui ne rassurent personne. Ils n’ont jamais clarifié leurs positions haineuses envers les musulmans républicains, l’occident, les juifs, le prosélytisme, le terrorisme l’égalité hommes-femmes et la réforme de l’islam.

Le président de la République voulait finir avec l’anarchie totale du grand souk du CFCM en présentant comme alternative un monstre islamiste qui menace l’avenir de nos valeurs, de notre paix sociale et qui pourrait à moyen et long terme nuire à l’image brillante du président lui-même.

Le Top 5 des pires récupérations de la victoire des Bleus

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Au football, la récupération (du ballon) est un art dans lequel excelle N’Golo Kanté. En politique, celle du football en est un autre, dans lequel se prennent les pieds certains de nos commentateurs préférés…


Il paraît que quiconque est pour le foot s’attire l’approbation des masses ! Selon le consensus de très nombreux experts, le foot, c’est « un peu plus qu’un sport ».

Peu avant le match de dimanche, des esprits chagrins voyaient arriver gros comme un camion la « récupération politique » que l’exécutif pourrait ainsi tirer de la victoire. « Avec moi, ça ne prend pas ces vieux trucs ! », assuraient nos experts et tout journaliste-décrypteur qui se respecte. Alors que le chef de patrouille Yann Barthès est en congés, cette lucidité collective de la profession était à saluer ! Pour calmer le jeu avant la finale, notre pimpant porte-parole gouvernemental Benjamin Griveaux avait même indiqué que si la France gagnait, « le gouvernement n’y [serait] pour rien ». Il ajoutait dans un pur moment de lucidité rustique : « Est-ce que vous pensez que parce que […] nous aurions une issue heureuse à cette finale, les Français […] subitement oublieraient leurs soucis ? » Il n’est pas allé jusqu’à dire qu’il ne regarderait pas le match, mais le résultat lui était apparemment indifférent. « Mais bien sûr ! », comme dirait la bonne dame dans la pub Milka. Reconnaissons-le : dans les faits, la récupération politique est limitée si l’on compare à 1998. Il y a 20 ans, l’ancien président Chirac avait capitalisé sur le succès des Bleus et engrangé 18 points de popularité. De quoi laisser rêveur un heureux possesseur de piscine hors-sol que nous connaissons bien…

Mais c’était plus fort qu’eux : des figures « progressistes » n’ont pas pu s’empêcher de (tenter de) tirer profit de l’exploit sportif. Voici un petit top 5 des meilleures prestations qui ont suivi le coup de sifflet final moscovite :

5. Pascal Boniface

L’impayable directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) estime que la victoire de notre « équipe multiculturelle » est une très mauvaise nouvelle politique pour la « frange la plus identitaire de l’extrême droite » tant elle démontre la capacité de la France à dépasser ses clivages. La tentation du vote d’extrême droite va donc refluer en France, c’est certain.

4. Thomas Porcher

L’économiste chouchou des chaines d’info, d’Arte et de la gauche radicale se met à rêver que nos milliardaires à crampons lancent la révolution contre l’affreuse société libérale. Et c’est Pogba le nouveau Mohamed Ali, donc ?

3. Barack Obama & Trevor Noha

L’ancien président américain et le comique du Daily Show arrivent ex-aequo en petite finale. Il faut dire que les deux ont eu le crampon particulièrement lourd. Le premier se félicite que bien que « tous ces mecs ne ressemblent pas à des Gaulois, ils sont Français, ils sont Français ! ». Compris, bande de racistes, bande de racistes ?

De son côté, Trevor Noha ne comprend pas que les Bleus ne puissent pas être Français tout en revendiquant leur « africanité » (après avoir estimé que l’Afrique avait gagné la Coupe du Monde et s’être attiré les foudres des joueurs et de notre ambassadeur…). Et ta soeur ? Aux Etats-Unis, les communautés sont soigneusement séparées par zones façon Sim City 2000 ! Les Français entendent rester encore un peu un peuple uni, si vous le permettez. Non vraiment les amerloques, retournez dans votre pays !

2. Gerard Collomb

Notre ministre de l’Intérieur accède à la finale. Il galère pourtant de plus en plus à recruter de nouveaux flics. Avec son montage croquignolesque de policiers, gendarmes et pompiers en bleu-blanc-rouge, il aimerait que tous les citoyens respectent enfin ces « héros du quotidien » dont il a l’honneur de chapeauter l’action. Le message n’est pas parvenu jusqu’aux Champs Elysées le soir de la victoire.

1. François Hollande

Sur France Inter, le président normal a partagé sa folle rêverie : « 1998, aujourd’hui… Je ne veux pas faire de comparaison, mais ça montre qu’on peut gagner deux fois. »Au secours ! Se présenter en 2022, il y croit de plus en plus. Champion du monde du message subliminal !

Ce podium ne peut bien sûr faire oublier les récupérations les plus crasses. Celles des identitaires et des indigénistes sur les réseaux sociaux. Les premiers aimeraient chanter « Allez les blancs! » plutôt que « Allez les bleus! ». Les seconds passent leur temps à mettre en avant les « origines » de tel ou tel joueur tricolore et à fantasmer une revanche sur un pays qu’ils qualifient de « néocolonial ».

Je vais suivre les conseils d’Elisabeth Lévy et éteindre mon smartphone quelque temps.

Et continuer d’admirer la seule récup’ qui trouve grâce à mes yeux : celle qui s’affiche aux fenêtres de nos immeubles, recouvertes de drapeaux de différentes factures et de toutes tailles récupérés à droite et à gauche.

Alexandre Benalla: pourquoi la justice n’a-t-elle pas été saisie?


Filmé en train de frapper un homme alors qu’il porte des vêtements de policier, à l’occasion des manifestations du 1er mai, un proche collaborateur d’Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, a écopé d’une suspension de 15 jours. Sanction étonnamment clémente compte tenu des faits qui lui sont reprochés. 


Le comportement d’Emmanuel Macron est désarmant de sincérité. Le président de la République affiche un narcissisme permanent et infantile auquel vient s’ajouter un étonnant sentiment d’impunité. Et avec lui, aucune relâche, nous avons droit tous les jours à un épisode destiné à nourrir notre stupéfaction devant l’absence de limites du personnage. Il y a eu l’épisode qui a suivi la victoire française en Coupe du Monde de football, occasion à laquelle Emmanuel Macron a été incapable de se maîtriser, en a fait des tonnes de façon gênante, avant de signifier son égoïsme méprisant avec la confiscation de la descente du bus sur les Champs-Élysées. « Moi d’abord, les autres ne sont rien. »

Une sanction inappropriée

Il y a maintenant l’incroyable affaire qui concerne une espèce de « garde-du-corps-porte-flingue-conseiller » à l’Élysée auprès du chef et dont on apprend qu’il joue les nervis en allant casser du passant dans les rues de Paris. Une vidéo nous apprend que Monsieur Alexandre Benalla profite d’un temps libre pour revêtir les signes liés à la fonction de policier et passer à tabac les gens qu’il soupçonne d’être des opposants à son patron. Au plan juridique, judiciaire et administratif, cette affaire est d’une gravité exceptionnelle. Elle s’est déroulée il y a plus de deux mois et demi et jusqu’à présent, la seule conséquence avait été une mise à pied de 15 jours de l’apprenti milicien !

Ce simple petit exposé suffit à provoquer une forme de sidération à la fois devant le comportement du « collaborateur », mais aussi devant celle de son patron administratif, le Secrétaire général de l’Élysée qui a pris cette sanction absolument ridicule. Et s’est surtout bien gardé d’accomplir les actes que lui imposent l’article 40 du code de procédure pénale, c’est-à-dire de transmettre au procureur de Paris les informations dont il disposait. C’est presque pour moi la partie la plus importante du scandale en ce qu’elle caractérise l’incroyable et arrogant sentiment d’impunité de la petite caste qui entoure le chef de l’État.

Benalla chantera trois fois

Parce qu’à la vision de la vidéo, la commission d’un certain nombre d’infractions, semble-t-il, très graves saute aux yeux.

Il apparaît tout d’abord que Monsieur Benalla a revêtu et porté des insignes (casque et brassard) tendant à le faire passer pour un policier dans l’exercice de ses fonctions. Premier délit prévu et réprimé par l’article 433-5 du Code Pénal. Imparable.

Ensuite, le même Monsieur Benalla, affublé de son déguisement, a exercé des violences contre des personnes visant à les faire passer pour des interventions des forces de l’ordre elles-mêmes. Il a donc lourdement violé les articles 433-12 et 433-13 du Code Pénal qui interdisent de s’immiscer dans une fonction publique réservée à son titulaire, et de le faire en introduisant une confusion dans l’esprit du public, et notamment par le port de cet uniforme. Cela s’appelle en bon français une « usurpation de fonctions ». C’est une infraction très grave.

Il suffit par ailleurs de regarder la vidéo pour constater que l’énergique collaborateur du président a exercé des violences illégitimes sur la personne de ces deux passants. Dont il semble bien qu’ils ne participaient même pas à la petite manifestation sur cette place de la Contrescarpe. Application de l’article 222–13 du Code Pénal, le « policier » de circonstance a, semble-t-il, bien commis les coups et blessures volontaires interdits par la loi. Le palmarès de notre paramilitaire 2.0 commence à sérieusement s’étoffer. Mais ce n’est pas fini.

L’auteur de la vidéo semble dire qu’Alexandre Benalla l’aurait menacé s’il s’avisait de la diffuser. De façon à la fois retenue et nuancée, il lui aurait lancé : « Si tu la diffuses, je te crame ! » Bien, bien, bien, comment interpréter cette menace ? Celui qui l’a lancé a fait la démonstration que la violence physique ne lui faisait pas peur et qu’il en avait même un certain goût. C’est que la loi fait une distinction entre les menaces de violence et les menaces de mort. Le tarif du Code pénal pour les menaces de mort, c’est plus cher. Alors « cramer » ?

Et la justice dans tout ça ?

Chacun ici connaît mon attachement au principe de la présomption d’innocence. Alexandre Benalla y a droit, comme tout le monde. Encore faudrait-il que la justice soit saisie. Et c’est là que se pose à mon avis le problème le plus grave dans ce qui vient de se produire. L’inertie dont a fait preuve le Secrétariat général de l’Élysée à cette occasion constitue le cœur du scandale. Qu’Emmanuel Macron ait besoin d’un garde du corps n’est pas anormal, même si la qualité du recrutement renvoie à la légèreté du chef de l’État. Mais que l’administration ayant connaissance des faits et de leur extrême gravité ait jugé pouvoir s’en tirer, avec cette sanction administrative, caractérise un mépris de la loi et des règles inacceptable de la part de fonctionnaires de ce niveau.

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Car, en effet, au-delà du caractère ridicule de ladite sanction administrative, il y avait l’obligation de transmettre au procureur la connaissance des faits de nature à constituer les graves infractions pénales que j’ai relevées. L’inobservation par un fonctionnaire de l’obligation qui lui incombe prévue par l’article 40 du Code de Procédure pénale n’est pas assortie de sanctions pénales dans le texte. Pour une bonne raison c’est que c’est une obligation administrative. Qui engage la responsabilité professionnelle du fonctionnaire et par conséquent celui qui ne la respecte pas encourt une sanction disciplinaire.

Le Secrétaire général de l’Élysée n’a plus rien à faire à son poste. Nous sommes bien sûrs que le prince lui demandera d’y rester. Sentiment d’impunité quand tu nous tiens.

« La Main noire », une menace qui dit bien son nom

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Plusieurs organisations juives ont reçu au mois de juin des menaces signées « La Main noire ». D’après Le Point, une enquête a été ouverte par la police. Et pour cause, ce nom fait référence à un passé inquiétant…


Sept organisations juives en France ont reçu, fin juin, une lettre de menaces, signée de « La Main noire », contenant notamment la phrase suivante : « Mesdames et Messieurs les juifs, vous pleurez amèrement le décès d’une vieille juive assassinée pour son argent, nous pensons que vous payez peu par rapport au nombre de crimes que vous commettez tous les jours. Profitez-en bien, car le jour du châtiment va arriver. »

En attendant l’enquête, on peut essayer de comprendre le choix de ce nom, La Main noire, en remontant à deux organisations secrètes : La Main noire serbe et La Main noire palestinienne.

De la Grande Serbie…

La première avait pour but la réalisation de la Grande Serbie par l’annexion des pays voisins[tooltips content= »Pour les citations et les références concernant tous les sujets de cet article, voir : Lina Murr Nehmé, Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique : or, corruption et politique étrangère britanniques, Salvator 2016. »]1[/tooltips]. Fondée en 1911 par le chef des services secrets serbes, elle achetait des responsables politiques, organisait des attentats et répandait des rumeurs. Chargée en 1912-1913 de « serbiser » la Macédoine, elle massacra ou tortura les paysans de la majorité bulgare, et assassina leurs prêtres. « Les pires des crimes furent commis par cette organisation secrète, connue dans le monde entier et bénéficiant d’une protection puissante, lit-on dans le rapport de la commission internationale d’enquête sur la guerre des Balkans. Cela présente un grand avantage, pour un gouvernement régulier, d’avoir sous la main un pouvoir qui n’a pas de comptes à rendre, qui devient vite tout-puissant, et qu’il est toujours possible de désavouer au besoin. »

Les appels à l’unification des Slaves que lançait le Premier ministre Pachitch, étaient des appels à la guerre civile dans les autres pays ; et La Main noire commettait les crimes qui servaient ce but. Le 28 juin 1914, elle tua l’héritier de l’empire austro-hongrois. Ce meurtre aboutit à la Première Guerre mondiale, dont l’issue permit à la Serbie d’annexer la Croatie, la Bosnie et l’Herzégovine.

…à la Grande Syrie

On en entendit parler en Palestine, où le sultan Abdul-Hamid avait opposé à la colonisation juive une colonisation musulmane sunnite : il avait installé dans la région d’Haïfa des milliers de familles slaves de Bosnie-Herzégovine.

C’est précisément dans cette région qu’on entendit, dans les années 1930, parler d’une organisation terroriste appelée La Main noire (al-Qaff al-Assouad). Elle pratiquait le crime politique, comme La Main noire serbe, terrorisant les populations si elles ne se soumettaient pas à ses idées. Son but était de réaliser la Grande Syrie (Cham) en unifiant la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Palestine. Mais il n’est pas possible de réaliser une entité politique unique à partir de peuples différents par la violence, sans nettoyage ethnique : il y en a eu en Palestine à l’encontre des juifs ; au Liban à l’encontre des chrétiens ; en Syrie à l’encontre des alaouites, des ismaélites et des yazidis.

La Main noire palestinienne a été fondée par Izzeddine al-Qassam. Ce Syrien s’était défait de ses biens pour aller se battre en Palestine au nom de la Grande Syrie. Son ascétisme, sa pureté idéologique, le radicalisme de ses idées le faisaient vénérer par ses hommes. L’un de ses biographes, Husni Jarar, affirme qu’il disait, parlant des juifs : « Ils veulent vous exterminer, ô musulmans, pour occuper votre terre de l’Euphrate au Nil, et prendre Jérusalem, et s’emparer de Médine, et brûler le tombeau du Prophète. Ils veulent s’amuser avec les corps de vos femmes et de vos filles et de vos sœurs, et faire d’elles leurs servantes et leurs esclaves ! Malheur à vous, vous ne comprenez pas ? L’Apôtre d’Allah dit : ‘Si un empan de la terre des musulmans est piétiné par un pied [étranger], la femme doit partir à la guerre sans l’autorisation de son mari, et l’homme doit aller au djihad sans l’autorisation de son père’. Musulmans, vous ne comprenez pas ?… [Allah] a dit, exalté soit-il : ‘Combattez les mécréants qui sont près de vous, et qu’ils vous trouvent durs.’ Les juifs ont rempli votre pays, ils ont volé votre terre. » Et dans un autre discours : « Les immigrants juifs sont comme une nuée de sauterelles venues d’Occident sur les bateaux et les automobiles des Anglais. Vous devez les pourchasser en utilisant tous les moyens d’extermination possibles. »

Une Main noire indélébile

Izzeddine al-Qassam fut tué par les Anglais en 1936. Sa mort fut répercutée dans les mosquées, et il devint une sorte de légende, le Ben Laden de son temps. Sa réputation dépassa même les frontières de la Palestine. Il inspira des générations de terroristes palestiniens, et il inspire maintenant des terroristes dans le monde entier.

Comme toutes les sociétés secrètes, La Main noire palestinienne est entourée de mystère, et ses crimes sont revendiqués par plusieurs groupes armés. Parlant de l’un d’eux, Achraf Faleh Youssef Zoghbi, juriste jordanien, écrit : « Et si un soldat ou un officier juif était tué, on trempait la main dans le sang et dans l’encre, et on l’imprimait sur son visage, afin de semer la terreur sur le visage de tous les sionistes et qu’ils quittent le pays. L’ennemi sioniste appela cette compagnie militante la ‘bande de La Main noire’. La terreur s’implanta en effet dans le cœur des sionistes, car un grand nombre de juifs, soldats, officiers et personnalités, furent ainsi exécutés, et l’ennemi se mit à rechercher le chef de la ‘bande de La Main noire’, comme il l’appelait. Et le monde arabe palestinien entendit dire que la bande de La Main noire était le défenseur de la terre de Palestine et de ses habitants, et que l’appartenance à cette bande était un devoir national. »

La Main noire palestinienne n’a pas fini de faire rêver les islamistes. C’est son action que tentent de perpétuer les mouvements terroristes comme l’organisation Septembre noir, mais aussi les terroristes de Daech et al-Qaïda. Tous ont pour premier but la libération de la Palestine et de la Grande Syrie, exactement comme Izzeddine al-Qassam et selon ses vues. Comme lui, ils voient l’arabité comme un corps dont l’âme est l’islam. C’est d’ailleurs aussi l’opinion des Frères musulmans, et l’on peut se demander si le signe de rabia, leur signe de ralliement, une main noire sur fond jaune, ne s’inspire pas de la main noire qu’imprimaient les assassins sur le visage de leurs victimes.

Envoyer une lettre de menaces à des organisations juives en France, c’est un moyen d’imiter les méthodes de La Main noire durant la guerre de djihad déclarée par le mufti de Jérusalem en 1936 après la mort d’Izzeddine al-Qassam.

Derrière ce nom, il est pourtant probable qu’il y ait une ou deux personnes seulement : les vrais groupes terroristes n’envoient plus de lettres de menaces. Ils ont les moyens de publier des communiqués. Il n’empêche que cette lettre de menaces produira le même effet grâce à la publicité qu’elle a reçue. Les terroristes désirent-ils autre chose que cette publicité gratuite qui leur permet de paraître plus grands et plus forts qu’ils ne sont ?

Ariana Grande: l’enfer c’est les hommes

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Le dernier clip d’Ariana Grande proclame la divinité des femmes et l’impureté des hommes. La Bible augmentée du parti néo-féministe.


J’ai été assaillie par une publicité Youtube, parmi les pires : celles où l’on ne peut pas cliquer sur « ignorer la vidéo » et où l’on doit se résigner à n’être qu’un réceptacle de propagande capitaliste. Il s’agissait en l’occurrence de l’extrait du dernier single d’Ariana Grande, God is a woman (« Dieu est une femme »). Le titre, alors que la starlette se déhanche flanquée d’un casque à oreilles de chat, m’a intriguée. Dieu n’est-il pas un vieux monsieur barbu, comme l’a si bien dessiné Marjane Satrapi. Prise comme un pigeon, je jette un coup d’œil au clip.

La chanteuse domine la planète et fait du hula hoop avec la galaxie, talons aiguilles plantés au sommet de la Terre. Les réjouissances se poursuivent avec la jeune américaine se prélassant en tenue d’Eve dans un océan de peinture. Et les hommes dans tout ça ? Celle qui se prend pour une déesse dominatrice ne les a pas oubliés. Dans le plan suivant, ils forment un groupe ridiculement petit, qui ne fait que proférer en vain des insultes au pied d’une Ariana Grande « king size » qui adopte la sage position du Penseur de Rodin. Et lorsque les hommes ne sont pas des petites choses injurieuses, ils rampent comme des insectes couverts de mousse dans un lit.

Ariana « Ezéchiel » Grande

Malheur à ceux qui prétendraient à une quelconque élévation : la femme est une déesse qui domine et punit. Massue en main, Ariana Grande proclame avec la voix de Madonna le sermon – féminisé pour l’occasion – tiré du Pulp Fiction de Quentin Tarantino et inspiré du Livre d’Ezéchiel : « Et J’abattrai alors le bras d’une terrible colère, d’une vengeance furieuse et effrayante sur les hordes impies qui pourchassent et réduisent à néant mes sœurs [à la place des « brebis de Dieu »]. Et tu connaîtras pourquoi mon nom est l’Éternel, quand sur toi s’abattra la vengeance de la Toute-puissante [en lieu et place du « Tout-Puissant]. » Dans le film, Jules Winnfield (joué par Samuel L. Jackson) prononce la tirade quand il est sur le point d’abattre quelqu’un.

Retour ensuite à un plan plus serein avec un cœur de gospel, bien sûr exclusivement féminin, entonnant avec ferveur « Dieu est une femme ». Le clip est triomphalement clos par une reproduction de la fresque de Michel Ange, La Création d’Adam, et devinez quoi ? Les corps masculins dénudés ont été envoyés au diable, remplacés par des femmes, issues de la diversité s’il-vous-plaît.

Osez le « féminisme pop » !

Côté paroles, on est dans le nec plus ultra de l’homélie : « Tu aimes ça la manière dont je te fais bouger, tu aimes ça la manière dont je te touche. » Et gare aux pudibonds : « Mec, j’aime quand tu n’as pas peur, mec allonge-moi et prions. Je te dis comment j’aime le faire, comment je veux le faire. » Le magazine Glamour, visiblement touché par sa grâce divine, voit dans ce clip et l’album à venir LE nouveau concept du siècle : le « féminisme pop ». Eh oui, se dandiner en bottes lamées à talons aiguilles, rayer avec mépris les hommes de la carte, et les réduire à un moyen de jouissance sur un air pop, eh bien ça c’est diablement féministe. Mettez-vous donc à la page.

Persepolis (Integrale cartonnee)

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Migrants: Macron, majeur isolé en Europe


Fin juin, le sommet de Bruxelles s’est soldé par un accord de façade sur les migrants. En coulisses, l’UE reste fracturée entre réfractaires à l’immigration massive et « eurofervents » menés par Emmanuel Macron. Si le président français jette l’anathème sur la « lèpre » populiste, il ne pourra rester sourd aux angoisses des peuples qui dictent l’agenda européen.


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L’accord « à l’arraché » conclu à Bruxelles au petit matin du vendredi 29 juin 2018 sur la crise migratoire ne doit pas faire illusion : l’unanimité des 28 participants à ce sommet n’a été obtenue qu’au prix de formulations ambiguës, de déclarations d’intention sans contenu tangible, de promesses qui n’engagent que ceux qui les reçoivent. À l’exception du renforcement rapide et conséquent de Frontex, corps commun de gardes-frontières postés le long des limites terrestres et maritimes de l’Union européenne, aucun des conflits qui déchirent l’UE depuis la vague migratoire de l’été 2015 n’est véritablement réglé.

L’ « Europe des valeurs » a dû s’incliner devant l’ « axe de la volonté »

La panique provoquée dans les cercles dirigeants de l’Union européenne par les victoires électorales des forces politiques dites « populistes » en Hongrie, Pologne, Autriche, Slovénie et last but not least en Italie, pays fondateur de l’Union, a contraint les tenants de la politique des bras grands ouverts à une retraite piteuse. À Bruxelles, le 29 juin, l’ « Europe des valeurs », celle qui se prétend l’arbitre des élégances morales à l’échelle continentale, a dû s’incliner devant l’« axe de la volonté » proclamé à Munich par le chancelier autrichien Sebastian Kurz et le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer, tourmenteur en chef de la chancelière Angela Merkel sur la question migratoire. En manifestant leur désir d’en finir avec la Willkommenskultur, déjà mise à mal au fil des mois, l’Autrichien et le Bavarois ont brisé l’isolement des pays du groupe de Visegrad (Pologne, Autriche, Slovaquie, République tchèque), que les « vertueux » d’Europe occidentale voulaient châtier pour leur refus radical de se laisser imposer des quotas de migrants extra-européens. Le Premier ministre hongrois Victor Orbán, leader charismatique de ce groupe, triomphe : rien ne sera imposé à ceux qui ne désirent pas faire de leur pays une nation multiculturelle, sinon de contribuer financièrement au renforcement de Frontex, et à la mise en place de centres d’accueil « contrôlés » (entendez fermés, mais silence, il ne faut pas le dire !) dans les pays de l’UE, ou dans les pays extra-européens qui se porteraient volontaires.

Loin d’être mis au ban de la communauté, les « Visegrad » et leurs nouveaux alliés partout en Europe ont imposé leur vision de l’Europe comme une option honorable, qui peut certes être discutée, voire récusée, mais qu’il n’est plus possible de diaboliser, comme ont tenté jusqu’au dernier moment de le faire, sans succès, les défenseurs autoproclamés de la vertu imposée d’en haut, Emmanuel Macron en tête…

Cela ne vous rappelle rien ?

Avant le sommet de Bruxelles, l’analyse du président français, reprise en boucle par ses suiveurs habituels de la grande presse et des médias publics, était apparemment limpide : il n’y a pas de crise migratoire, mais une crise politique fomentée et instrumentalisée par des forces d’extrême droite qui font leur miel électoral des peurs irrationnelles qu’ils provoquent dans des populations déstabilisées par la mondialisation de l’économie.

Cela ne vous rappelle rien ? Au début de ce siècle, les esprits inquiets qui s’alarmaient de la montée d’un islam radical dans les banlieues, et évoquaient les difficultés rencontrées par les enseignants, travailleurs sociaux et agents des services publics à faire respecter les valeurs de la République, étaient au mieux moqués, au pire taxés de racisme. Les gouvernants et leurs auxiliaires sévissant dans les sciences sociales parlaient d’une « panique morale » sans fondement factuel et d’une insécurité ressentie, expliquant tous les problèmes par la relégation sociale supposée. Contester cette doxa valait à ceux qui s’y risquaient d’être rangés parmi les séides de Marine Le Pen.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron justifie ses anathèmes contre la « lèpre » populiste qui menacerait l’Europe en arguant de la diminution drastique du nombre des migrants atteignant aujourd’hui le territoire de l’Union. Mathématiquement, il n’a pas tort, mais politiquement, c’est du pur et simple foutage de gueule, si l’on me permet l’expression. Cette réduction conjoncturelle ne résulte pas d’un moindre désir des ressortissants des pays concernés (Afrique subsaharienne, Maghreb) de fuir leur misère pour chercher une vie meilleure en Europe, mais d’une organisation plus efficace de leur blocage en Libye, principal lieu d’embarquement des migrants. La Libye n’étant pas signataire de la convention de Genève sur les réfugiés, qui interdit de les refouler vers des ports « non sûrs », on sous-traite le sale boulot à ses gardes-côtes, que l’on subventionne pour cela.

L’ascension des forces populistes en Europe n’a pas commencé avec la crise des migrants

Bien entendu, de nouvelles filières sont en cours de création. Depuis le début de l’année 2018, on observe une recrudescence des passages de clandestins vers l’Espagne, et les signaux lancés par le nouveau gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sanchez pourraient encore les encourager. À plus long terme, la tendance n’est nullement à une réduction, mais à une intensification drastique de la pression migratoire, comme l’a démontré avec brio l’universitaire américain Stephen Smith.

Un autre biais argumentatif des contempteurs des « populistes » est d’affirmer que la crise des migrants est le seul carburant de leur essor électoral. C’est oublier que l’ascension des forces politiques « antisystème » en Europe n’a pas commencé avec la grande crise de 2015. La question des migrants coagule une série d’autres problèmes liés à l’évolution des rapports des sociétés européennes avec leur composante musulmane et à leur plus ou moins grande acclimatation au multiculturalisme qui en découle. Or, à la différence de la question migratoire, ces thématiques ne sont pas du ressort des institutions européennes, mais relèvent des choix opérés par chaque nation, en fonction de son histoire, de ses traditions, de son projet.

La France et l’Allemagne sont les plus concernées par cette problématique, qui a déchiré, jusqu’à les faire exploser, les forces politiques traditionnelles, à gauche comme à droite. Les deux pays ont été, ces dernières années, la cible du terrorisme islamiste radical, et les musulmans vivant sur leur territoire, étrangers ou nationaux, sont soumis aux pressions des radicaux de toutes obédiences, les incitant à imposer leurs exigences cultuelles et culturelles dans le champ politique et social. En Allemagne, les Turcs, « travailleurs invités » du miracle économique d’outre-Rhin, ont été longtemps incités par le pouvoir kémaliste, qui les contrôlait étroitement, à pratiquer discrètement leur religion, et à se conformer, dans l’espace public, aux mœurs locales : pas de voile pour les filles à l’école, pas d’exigence de repas hallal pour la cantine, pas de refus de mixité pour les activités sportives ou les sorties scolaires.

La politique migratoire, un choix national

La prise de pouvoir par les islamistes de l’AKP, et le durcissement religieux constant imposé par le régime Erdogan à ses concitoyens de Turquie et de l’étranger, a changé la donne en Allemagne. On revendique maintenant de pouvoir prier en classe pendant les heures de cours, des repas hallal dans les écoles, la non-mixité dans les séances de piscine. Il va sans dire que le voile islamique est accepté dans les classes, quel que soit l’âge de celle qui le porte… Croyant bien faire, un collège de la petite ville de Herne, dans le land de Hesse a fait l’acquisition d’une vingtaine de « burkinis » pour inciter les jeunes filles musulmanes à participer aux séances d’apprentissage de la natation avec leurs petits camarades garçons. Du coup, par imitation, ou par réaction, en Bavière, les autorités régionales dominées par la CSU ressortent les crucifix des tiroirs pour les raccrocher aux murs des salles de classe, et réaffirmer la Leitkultur (« culture de référence ») chrétienne de l’Allemagne. C’est dire à quel point de confusion en sont nos voisins face à un problème qui dépasse de loin le droit d’asile et le sort à réserver aux migrants économiques…

En France, l’histoire postcoloniale, la montée de la radicalité et de la violence dans des territoires délaissés par les pouvoirs publics, les querelles idéologiques de plus en plus âpres entre les « multiculturalistes », les « indigénistes », les défenseurs de la tradition laïque française, la montée du nouvel antisémitisme sont au cœur du débat public. L’Europe, bien évidemment, n’a pas de réponse à cette question éminemment nationale, et ceux qui persistent à prétendre le contraire trompent le peuple. Une solution européenne à la crise des migrants, pour autant qu’elle puisse voir le jour, ne résoudra bien évidemment pas les autres problèmes liés à la présence de l’islam en France, en Allemagne ou ailleurs.

Une nouvelle norme est peut-être en train de s’imposer au sein de l’UE : le droit pour chaque pays de décider de sa structure démographique, de choisir ceux qu’elle invite à vivre sur son territoire. Ceux qui seraient tentés d’administrer des leçons de morale à la Hongrie ou à la Slovaquie feraient bien de se souvenir qu’à la différence de la Roumanie et de la Bulgarie, ces pays ont pris en charge l’importante minorité rom présente sur leur territoire, et fait en sorte que ces derniers ne viennent pas faire la manche dans nos métropoles avec leurs enfants en bas âge, sous l’ordre de chefs de clan investissant les bénéfices dans leurs demeures kitsch de Transylvanie…

Retour de bâton pour les « eurofervents » ?

Le seul résultat de la farce de Bruxelles a été de sauver (provisoirement ?) la soldate Merkel d’un putsch interne à la droite allemande en lui donnant juste assez de biscuits pour apaiser la CSU et Horst Seehofer. Les Bavarois devraient se satisfaire, en grommelant des mesures annoncées pour tarir le flux migratoire, et surtout crier victoire pour le passage à la trappe, dans l’accord final sur les questions économiques, du projet de budget commun de la zone euro, cheval de bataille d’Emmanuel Macron. Il avait été adopté, du bout des lèvres et avec de nombreux bémols, par la chancelière lors de leur entrevue au château de Meseberg, quelques jours avant le sommet de Bruxelles. C’est la « Ligue hanséatique » qui a eu sa peau. Ce groupe de 12 pays du nord de l’Europe emmené par les Pays-Bas est viscéralement hostile à tout ce qui peut ressembler, de près ou de loin, à une solidarité financière intra-européenne non assortie de la mise sous tutelle des pays demandeurs, comme ce fut le cas pour la Grèce.

Dans moins d’un an, les élections européennes viendront sanctionner la politique de chacun des dirigeants de l’UE. Leur résultat a toutes les chances d’être catastrophique pour les « eurofervents » emmenés par Emmanuel Macron. Les consultations citoyennes qu’il a lancées à grand bruit pour réveiller le désir européiste des peuples sont un flop retentissant, et n’attirent qu’un noyau réduit de convaincus. Comme de coutume, ce scrutin sera l’occasion pour les mécontents des gouvernements en place de donner un avertissement sans frais à leurs dirigeants, et au plus grand nombre de marquer leur désintérêt par l’abstention.

La gauche sociale-démocrate va sans doute rétrécir sérieusement au parlement de Strasbourg, avec le départ des travaillistes britanniques, la quasi-disparition de la gauche est-européenne, et l’effondrement des socialistes français. Le Parti populaire européen, aujourd’hui dominé par la CDU merkelienne, va opérer un mouvement vers la droite avec l’arrivée de députés français adoubés par Laurent Wauquiez, le déclin des européistes italiens de Berlusconi, et l’« axe de la volonté » austro-bavarois donnera alors le ton. L’avenir dira si cela ressemble à du Mozart ou à du Wagner. Quant à la mélodie française, si belle et si délicate, elle risque d’être à peine audible.

Anne Hidalgo, agissez : à Paris, les piétons gênent les cyclistes!

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A Paris, les cyclistes ne peuvent plus circuler tranquilles sur les trottoirs sans être gênés par un piéton: cette situation doit cesser!


J’ai toujours vécu à Paris, et je dois dire aujourd’hui ma déception et ma frustration, croissantes depuis quelque temps. Je précise sans tarder que je n’ai aucun grief à formuler à l’égard de notre maire Anne Hidalgo qui, jour après jour, s’échine à rendre notre ville plus belle (regardez ses grandes places, par exemple, elles ne cessent de gagner en distinction et en charme), plus accueillante et plus sûre (les touristes chinois notamment en témoignent avec émotion), plus propre et plus saine (n’importe quel touriste le constate au premier coup d’œil).

Les cyclistes sont rois…

Non, à la vérité, c’est comme cycliste que j’estime avoir à me plaindre. Peu à peu en effet, la Mairie de Paris, très hostile aux voitures, grandes pollueuses en effet, a manifesté son intérêt, voire sa passion pour les vélos. Il semble qu’elle rêve d’un Paris enfin débarrassé de tout autre véhicule que la bicyclette – à part peut-être les poussettes pour bébés. Toutes les difficultés faites à la circulation des voitures en témoignent. Ai-je besoin de préciser que j’en suis enchanté ? Je constate cependant que, comme toujours, il y a loin de la coupe aux lèvres. A quoi, en effet, aboutit-t-on dans la réalité ? A une situation ambiguë, entièrement insatisfaisante, et fort pénible.

A lire aussi: A Paris, une journée sans voiture… sans pauvres et sans vieux!

Je m’explique. Tout Parisien a pu se rendre compte que, depuis quelque temps, les cyclistes empruntent les sens interdits, traversent les rues sur les passages piétons, brûlent tranquillement les feux rouges, circulent sur les trottoirs, hors des bandes à eux réservées, au milieu des piétons, des poussettes, des vieillards, des enfants – et d’ailleurs depuis peu actionnent nerveusement leur sonnerie pour les faire dégager de leur chemin, sur ces mêmes trottoirs. Certes, tout cela se fait au détriment des piétons, au point que les vieilles notions de « piéton de Paris », ou de paisible promenade familiale sont heureusement devenues obsolètes ; chacun cependant a pu constater qu’aucune plainte, de nulle part, ne s’est exprimée à ce sujet, ce qui démontre sa totale insignifiance, – comme, a fortiori, le fait qu’aucune répression n’a suivi. Et ce qui fait que, tout naturellement, nos frères les motards commencent à suivre notre exemple.

…informez-en les piétons !

Or, je le dis avec tristesse et déception, mais aussi colère à l’égard de notre si impérieuse maire : rien, strictement rien de toute cette évolution effective n’a été suivi d’effets ! Alors qu’on attendrait qu’elle prenne acte de la situation nouvelle, et l’officialise, elle ne bouge pas ! Là où Hugo demandait avec force qu’on « remette les lois au pas des mœurs », parce que de leur antagonisme naissent les catastrophes, à Paris rien, strictement rien n’est fait ! Comment se fait-il que dans la capitale on laisse encore les piétons encombrer la circulation des deux-roues ? Les risques d’accidents en deviennent considérables : consultez sur ce point les statistiques récentes. Il existe pourtant des solutions ! Pistes fixes pour piétons, horaires à eux réservés, passages alternés, zones piétonnes accordées sur dérogation spéciale, circulation piétonne astreinte à des horaires aménagés ou décalés, etc. Notre population n’est certes pas prête encore à l’interdiction totale du piéton ; mais enfin, ce qui a été réalisé jusqu’ici, s’il va certes dans ce sens, fait petit-bras ! Tout cela devra bien sûr être accompagné de la gamme complète des sanctions possibles, et pour le coup effectivement infligées et effectuées.

Le vélo est le meilleur de l’homme civilisé

En vérité, la logique, comme le sens de l’Histoire, doivent conduire à la disparition de la notion de vélo, sinon même de deux-roues, du Code de la route. Le cyclisme urbain est une activité citoyenne libre et moderne : donc dégagée par définition de toute contrainte. Elle n’a rien à voir avec le Code de la route – la réalité le démontre chaque jour.

Nous nous approchons dangereusement à Paris d’une situation devenue assez installée et assez grave pour être sans retour, et ce bien plus vite que la maire ne semble s’en rendre compte. Qu’attendez-vous, Madame la maire, pour intervenir ?

L’ « auteure » Beauvoir aurait renié Libé

Que Libé soit devenu un journal pour midinettes n’est pas mon affaire. La mort de Claude Lanzmann leur a inspiré un article sur son « amour absolu » pour Beauvoir, et ils en ont demandé la substance et le texte à une certaine Manon Garcia, une spécialiste auto-proclamée qui forcément travaille aux Etats-Unis, cette Mecque de l’intelligence — hier Harvard, aujourd’hui Chicago, ça en impose. Notre brillante universitaire (pur pléonasme, n’est-ce pas…) se fend donc d’une quarantaine de lignes que j’aurais attendues dans Elle: sans doute le mettra-t-elle dans son CV, à la rubrique « articles savants ».

Philosophe sans lumière

Cette philosophe a soutenu l’année dernière une thèse qui a fait du bruit à Libé intitulée « Consentir à sa soumission. Un problème philosophique ». Elle y plaide une réforme du Droit français, coupable de reconnaître, en matière d’amour, le « consentement tacite » alors qu’il faudrait s’aligner sur le « consentement positif » des Américains, où vous avez intérêt à garder la trace écrite du « Oui » de la dame si vous ne voulez pas être accusé de viol. Du coup, « ce n’est plus à la victime de prouver qu’il y a eu harcèlement mais à l’agresseur d’amener les preuves d’un consentement affirmatif ». En clair, c’est à l’accusé de faire la preuve de son innocence, pas à l’accusation de démontrer sa culpabilité. C’est un renversement de toutes les règles du Droit, mais qu’importe, si la liberté des femmes est à ce prix, j’y consens. Appliqué à tous les domaines judiciaires, ça va nous faire du changement. Hier, c’étaient les femmes qui se baladaient avec une « lettre écarlate » sur le front. Désormais, les hommes seront stigmatisés a priori. C’est à ce genre de mutations que l’on comprend qu’une civilisation évolue sainement…

A lire aussi: Quand Libé se demande si sa rédaction est « blanche »

Que notre philosophe n’ait rien compris à la relation unique qui liait Beauvoir à Sartre est une autre affaire. Comme le dit très bien Sylvie Le Bon, la fille adoptive de Beauvoir, à la fin de l’excellent Album Pléiade consacré au « Castor », « en vérité, c’est de la mort de Sartre qu’elle meurt », en 1986. Que Claude Lanzmann fût toujours en vie à cette époque (il venait de finir Shoah) n’a pas convaincu Beauvoir, qui se portait globalement bien, de rester encore un peu parmi nous — elle qui savait pourtant que sa mort « ne les réunirait pas » : une saine déclaration d’athéisme qu’on aimerait entendre plus souvent.

La trahison de Beauvoir

Rétablissons les faits. Comme aurait dit René Girard, Lanzmann a été le troisième du triangle dont la relation Beauvoir-Sartre constituait la base. Comme Nelson Algren ou Dolorès Vanetti, — « M » dans les écrits de Beauvoir — pour Sartre en leur temps. Des amours fortes, mais contingentes, pendant que la liaison Sartre / Beauvoir était un amour nécessaire, un amour de cinquante années traversé de crises et de combats, comme toutes les vraies grandes complicités : c’est le seul critère pour juger de la vie sentimentale de ces deux grands fauves de l’intellect. Je t’en foutrais de « l’amour absolu » ! D’ailleurs, les images mentent moins que les mots : sur la photo, c’est à côté de Sartre que marche Beauvoir – et Lanzmann suit, caniche heureux des Temps modernes.

©AFP
©AFP

Mais ce n’est pas le plus irritant dans cet article pour courrier du cœur.
Le plus irritant, c’est le conformisme politiquement correct de son auteur et du journal qui l’héberge. Que Libé présente ainsi la rédactrice:


©Capture d'écran Libération.fr
©Capture d’écran Libération.fr

n’étonne pas celles et ceux qui savent depuis longtemps que le quotidien jadis fondé par Sartre, et pour lequel je me suis battu (au sens viril du terme) quand il était hébergé rue Christiani est devenu un journal sinistre. Mais qu’une « spécialiste » de Beauvoir écrive
ça:


©Capture d'écran Libération.fr
©Capture d’écran Libération.fr

c’est profondément choquant.

Parce que Beauvoir n’en avait rien à faire, des dysorthographies imposées par des pétroleuses. Comme le note Danièle Sallenave dans son très beau Castor de guerre (Gallimard, 2008), « elle refusera toujours la féminisation imposée des noms de profession ou, plus encore, la définition d’une ‘écriture féminine’ ». « Je pense, dit Beauvoir, que la femme libérée serait aussi créatrice de l’homme. Mais qu’elle n’apporterait pas de valeurs neuves. » (interview au Nouvel observateur, 14 février 1972).

Cela va bien plus loin que ce que les féministes coincées d’aujourd’hui imaginent — mais bon, elles n’arrivent pas à la cheville de Beauvoir. L’auteur du Deuxième sexe avait une sainte horreur de toutes les essentialisations — quitte à expliquer à Olga Kosakiewicz (l’une des occupantes du troisième siège, si je puis dire, qui permet au couple de base de continuer à exister), alors qu’Hitler a déjà commencé à faire des siennes : « Les juifs, ça n’existe pas, il n’y a que des hommes. ». Elle le regrettera un peu, par la suite : « Nous étions terriblement abstraits », se moquera-t-elle. Elle qui a combattu pour l’indépendance de l’Algérie serait accablée d’y voir la montée de l’islam, alors quelle avait pensé œuvrer pour le matérialisme dialectique (au passage, le calibre des erreurs que nous commettons mesure moins nos défaillances intellectuelles que l’audace de notre pensée : qui ne pense rien ne prend aucun risque de se tromper).

Il n’y a pas d’écriture féminine (ni masculine)

Beauvoir, qui n’existait que pour écrire, aurait rougi d’entendre tant de crétines et crétins parler d’ « écrivaines » et d’ « auteures ». Parce que c’est en s’imposant sur le terrain de la langue commune, pas en s’inventant un jargon « genré » (le mot l’aurait bien fait rire), qu’un auteur, quel que soit son sexe, est reconnu. On n’écrit ni avec sa verge (mot curieusement féminin, hein !) ni avec son clitoris — mot étrangement masculin, n’est-ce pas… Il n’y a pas d’écriture féminine — ni masculine. Wilde ne se revendiquait pas homosexuel en littérature, il essayait juste de bien écrire : « Il n’y a pas de livre moral ou immoral. Un livre est bien écrit ou mal écrit, c’est tout. » Et croyez-moi, Beauvoir écrit très bien.

Mais c’est là le cœur de ce que nos féministes modernes lui reprochent. Judith Butler, la papesse du « genre » en général et du lesbianisme en particulier, l’égérie des facs américaines, ne supporte pas Beauvoir : pour Beauvoir, dit-elle, « les femmes sont les pendants négatifs des hommes, le manque contre lequel l’identité masculine se différencie elle-même. » (Trouble dans le genre, 1990). Et combien nos vaillantes combattantes qui n’ont jamais risqué que leur vernis à ongles ont pu reprocher à Beauvoir de ne pas avoir insisté, dans ses Mémoires, sur ses amours saphiques ! Ma foi, elle ne se pensait pas le droit de mettre en cause des gens vivants qui n’avaient pas forcément envie que l’on étalât leur vie privée. Bianca Bienenfeld (Louise Védrine dans les écrits autobiographiques de Beauvoir : il a fallu attendre la biographie de Deirdre Bair, en 1990, pour que son identité soit révélée — une belle initiative typiquement américaine) n’avait pas eu à se plaindre de ce que Beauvoir avait écrit d’elle — jusqu’à ce que la correspondance avec Sartre soit publiée, après leur mort à tous deux. Et ça l’a troublée, de lire ce que ces deux complices pensaient des amours contingentes, troublée au point d’écrire des Mémoires d’une jeune fille dérangée en 1993. Bernard Pivot, qui l’avait invitée à Apostrophes, n’en revenait pas, d’avoir face à lui une fille qui avait couché avec les deux plus grands fauves de la littérature contemporaine.

Aujourd’hui, si vous n’entrez pas dans des petites cases pré-formatées (lesbienne, féministe, « genrée » ou « racisée », comme disent les racistes qui ont exigé de défiler en tête de la Gay Pride parisienne il y a huit jours), vous n’existez pas – alors que c’est cette entrée même, cette reductio ad tribadem, si je puis dire, qui vous anéantit. Beauvoir heureusement a laissé une œuvre, et elle se moque bien des pseudo-féministes qui hantent les rédactions. L’intelligence n’a pas de sexe.

C'est le français qu'on assassine

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Mexico, mon amour métissé

Il était deux heures du matin quand je suis arrivé à Mexico, dans la cité mythique de 22 millions d’habitants. Les rues étaient quasi désertes dans un centre historique où flottait une odeur familière. Un doux parfum d’Espagne sur une terre exotique. Des rues sombres, dignes et sérieuses où seuls des itinérants éméchés semblaient vouloir passer la nuit. Les lampadaires du Palais national ne suffisaient pas à éclairer l’immense place du Zócalo : inutile de pénétrer les arcanes de sa majesté colorée.

Mais comme dans toutes les villes du monde, les jours et les nuits ne se ressemblent pas. Le jour, une foule colossale surgit des confins précolombiens. Un air de fête malgré la pauvreté ambiante, la population mexicaine participe pleinement, intensément, à l’esprit latino-américain. Les Mexicains retournent la vie dure dans le sens du bonheur, ils transforment les malheurs en euphémismes moins lourds. L’optimisme n’est pas une option, mais le reflet de la sagesse populaire.

Une Nouvelle-Espagne

Quand l’Espagnol Hernán Cortés est arrivé, aurait-il pu prévoir son triomphe ? C’est une question que je me suis souvent posée en parcourant le « centro ». Le 10 février 1519, quelques années après l’arrivée de Christophe Colomb, il débarquait sur la côte du Mexique depuis La Havane avec 10 navires, 400 soldats, 16 chevaux et une poignée de canons. En quelques mois seulement, le conquistador parvenait à faire tomber l’Empire aztèque et tous les peuples indiens qui s’étaient rangés derrière lui. Très rapidement, la modeste armée allait vaincre plusieurs milliers d’Indiens subjugués par l’allure chevaleresque et la technologie des combattants espagnols.

Le sang a coulé, mais il s’est mélangé. La fusion de deux peuples a donné naissance à la Nouvelle-Espagne. En ce sens, ce pays résulte moins de la conquête que de l’union forcée qui en a découlé. Il est moins le résultat d’une seule guerre que d’une relation amour-haine entre deux grands ennemis. Pour comprendre le Mexique, il faut toujours revenir à sa dualité fondatrice. Aujourd’hui, dans ce pays, les divisions ne sont pas vraiment culturelles ou religieuses : elles sont encore avant tout économiques. D’ailleurs, la vieille pyramide aztèque de la hiérarchie divine s’est fort bien adaptée au capitalisme…

Le vivre-ensemble est un fait

Mexico est donc une ville de mélanges qu’il ne faut pas confondre avec nos grandes mégalopoles rongées par le désenchantement. Mélanges de genres et de styles, mais surtout de peuples. Le métissage, le vrai, celui qui réunit et non folklorise, est une réalité observable à chaque coin de rue. En Amérique latine, le vivre-ensemble n’est pas une théorie inventée dans les universités. Ce n’est pas une lubie d’utopistes branchés. C’est un fait, une réalité tangible, quelque chose qui se vit au jour le jour. L’air sera toutefois moins lourd quand on trouvera les moyens d’enrayer la violence.

Le Mexique n’est pas, pour autant, épargné par le phénomène du racisme. Loin de là. Les postes importants sont rarement occupés par les héritiers directs des autochtones. Il suffit d’allumer la télévision ou de lire les journaux pour le constater. Dommage, car rien n’est plus beau que ce spectacle grandiose, que ce théâtre urbain de la mixité corporelle. Rouge à lèvres carmin sur des bouches aztèques. Tatouages ancestraux sur des jambes « espagnoles ». Regards castillans issus d’yeux en amandes. Mexico est une femme de braise, une passion qui dérange. C’est Victoria Sánchez, une fleur rouge dans les cheveux, que vous voulez combler de louanges.

L’Eldorado de la douceur violente

Mexico, c’est aussi quatre membres d’une famille sur une même mobylette. Des niños de 6 ou 7 ans, apparemment seuls, qui jouent de la guitare dans la rue pour gagner de quoi vivre ou faire vivre. Des vendeurs de cigarettes à l’unité qui vous sollicitent sur les terrasses des restos. Des pitbulls en liberté que des gens caressent au passage. Des vendeurs d’icônes de la Vierge et des hordes de policiers répartis aux quatre coins de la ville. Ce sont des taxis rose et blanc, des joueurs de musique en boîte et des ruelles fatiguées qu’il vaut mieux ne pas emprunter trop tard. De longues files d’attente devant les guichets automatiques.

Eldorado de la douceur violente, Mexico est une ville immense, gargantuesque, qui est restée fidèle à son double héritage. Un pied en Espagne, un pied dans les Amériques. C’est la capitale d’une civilisation en soi, à part entière, blottie sous un empire américain qui la craint. Que tous les regards se tournent vers elle, car Mexico incarne un monde qui ne doit jamais mourir.

Coupe du monde: des casseurs bleu-blanc-rouge

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Près du Drugstore Publicis le soir de la célébration de la victoire des Bleus en Coupe du Monde, 15 juillet 2018. ©GERARD JULIEN / AFP

Les casseurs, des Champs-Elysées et d’ailleurs, ne sont pas des étrangers : comme les joueurs de l’équipe de France, ils sont les fils de la République. Nous ne devons pas commettre la même erreur qu’en 1998.


Après une folle nuit de célébration, la France s’est réveillée, lundi 16 juillet, fière, heureuse mais aussi un peu sonnée. Grisée mais groggie. Au matin de cette première journée sur le toit du monde, ce n’est pas une simple gueule de bois que nous avons éprouvée. En de nombreux points de l’Hexagone, les scènes de liesse et de joie ont parfois été entachées par des actes de vandalisme.

Bris de bleus

Nos existences post-modernes sont désormais vécues deux fois : une fois sur le vif et une seconde fois en captation et en partage numériques. Rares furent les témoins directs de ces échauffourées. Pourtant, personne n’a pu échapper aux images dérangeantes de cette extraordinaire et magnifique communion nationale perturbée par des hordes d’adolescents déchaînés.

Perturbantes, ces séquences le sont à plus d’un titre. L’effet contraste y est saisissant. Sur certaines vidéos, des pillards sortis d’une série de zombies avec, en arrière-plan, un arc de triomphe pavoisé et lumineux qui n’a jamais mieux mérité son nom.

En regardant ces gamins, principalement d’origine africaine ou maghrébine, le Tricolore sur les épaules briser des vitrines, renverser des véhicules et caillasser des CRS, on ne peut se départir d’un malaise.

C’est la faute à Voltaire

Nous ne sommes plus en 1998. Les attentats sont passés par là. Plus personne ne célèbre une France black-blanc-beur, surtout pas les Bleus qui revendiquent leur patriotisme haut et fort. Et les gosses des banlieues qui affluent dans les centres villes pour laisser éclater leur joie leur emboîtent le pas. On assiste à la démonstration filmée de l’assimilation paradoxalement réussie de la jeune génération. Comme si ces casseurs, euphémisme pour parler des bandes de voyous, étaient, sans le savoir, les descendants des sans-culotte, les héritiers de Gavroche, des communards et des étudiants de 1968.

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L’émeute et l’affrontement avec les forces de l’ordre font tellement partie de notre ADN historique que cette jeunesse est plus française qu’elle ne le soupçonne elle-même. Y compris et peut être surtout dans sa détestation des forces de l’ordre et dans son anarchisme. Mais il n’y a qu’une piètre consolation à tirer de ce constat. Certes, et ce n’est déjà pas si mal, les oiseaux de mauvais augure du « remplacisme », les obsessionnels de la race qui prophétisaient la sécession ethnique et islamiste en ont été pour leurs frais. Dimanche soir, les indigénistes, censés communier dans la haine de la France, brandissaient fièrement le Tricolore. Ceux que certains décrivaient comme de la graine de djihadistes dévalisaient les supérettes pour se procurer de l’alcool. Peu d’oriflammes algérien, tunisien ou marocain à l’horizon. Les jeunes violents des cités ne se sentent pas étrangers. Les casseurs ne se réclament pas de l’islam pour voler les « koufars ». Les racailles ne se revendiquent pas noirs ou arabes. Ils sont de jeunes français et « en même temps » de jeunes barbares sans foi ni loi.

La France n’a pas le problème qu’elle croit

Pour autant, les béni-oui-oui du vivre-ensemble et les autruches de la société omni-tolérante seraient mal avisés de pavoiser. Les Français d’origine européenne sont très peu nombreux à y prendre part. Refuser de l’admettre confine à l’aveuglement idéologique.

Les classes « dangereuses » ne sont pas seulement des classes populaires mais aussi et peut-être surtout des classes aliénées. La distance religieuse et culturelle et, plus encore, la contradiction entre les valeurs familiales (patriarcales) et les valeurs sociales (celle d’une école et d’une société française livrée au relativisme maternant) jouent certainement un rôle dans cette aliénation. Situation que l’on peut ainsi résumer : la France a un sérieux problème avec une partie de sa jeunesse d’origine immigrée mais elle n’a pas le problème qu’elle croit.

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Ce n’est pas la couleur de peau de la racaille, ni son idéologie (laquelle ?) qui pose problème aux Français paisibles (de toutes origines d’ailleurs) mais le complexe de supériorité et le sentiment d’impunité dans lequel elle se berce.

Car, bien qu’isolés, ces actes de vandalisme ne doivent surtout pas être pris à la légère. On serait d’ailleurs bien inspiré de leur appliquer un raisonnement par récurrence cher aux mathématiciens : si ces jeunes sont à ce point agressifs alors qu’ils manifestent leur joie, on redoute la brutalité qui se déchaînerait s’ils étaient réunis par la colère.

« Tout, tout de suite »

Dimanche soir, nos Meursault des cités étaient heureux de se voir si triomphants et si forts dans ce miroir embellissant que leur tendait les médias ainsi que tout un peuple adulant le génie footballistique d’un Mbappé (d’origine moitié camerounaise, moitié algérienne et pourtant si fier d’être Français).

Ces ilotes des quartiers sensibles ne sont pas fondamentalement méchants. Pourtant, dans leur juvénile bêtise, ils représentent un grave danger pour eux-mêmes et pour la concorde nationale. Ils se croient tout puissant. Ils ne comprennent pas ou n’admettent pas les règles du réel. Le rôle du talent, de la chance et du travail ainsi que le caractère totalement exceptionnel d’une réussite comme celle des Bleus leur sont totalement étrangers.

Tout leur est dû. Cela fait 40 ans qu’on leur dit et leur répète qu’ils sont des victimes. Eux se voient comme des dominants. Ces prédateurs à capuche n’entonnent le refrain de la victimisation que comme un rôle appris et dont ils ont compris les bénéfices. Ils croient ce qu’on leur a si bien enseigné : ils pensent avoir droit à une réparation illimitée. Comme dans la télé-réalité, comme dans Scarface, comme dans l’univers du rap ou dans ce qu’ils perçoivent du showbizz, du foot et des start-up, ils veulent « tout, tout de suite ».

Ces barbares ne sont pas hors les murs. Ils sont nos compatriotes et nos enfants.

Marianne vient d’être pelotée

L’un de mes amis m’a rapporté une scène, digne des Choses Vues de Victor Hugo, qui corrobore cette analyse. Dimanche soir, minuit passé sur les grands boulevards, une jeune parisienne élégante appartenant manifestement à la classe moyenne agite un drapeau.

Un jeune passe devant la belle qui sourit, heureuse de cet instant de communion. Le sauvageon s’arrête et malaxe furtivement la poitrine de la fille, en éclatant de rire. L’agresseur repart aussi vite qu’il était venu. Il a agi avec tant de spontanéité que la victime en est restée interdite.

Marianne vient d’être pelotée. Au risque de casser un peu l’ambiance, il est important de regarder cette réalité en face. Sans rien céder de notre fierté retrouvée et de notre joie légitime, il ne faut pas reproduire l’erreur de 1998 et se bercer d’illusions qui seront forcément déçues. Au contraire, cette fois, les promesses de l’unité et de la République doivent être tenues. Partout et quoi qu’il en coûte.

« Certains politiques veulent officialiser la victoire de l’islam politique en France »

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Hocine Drouiche lors de la Marche des musulmans contre le terrorisme à Paris, juillet 2017. SIPA. 00814272_000006

L’imam de Nîmes, Hocine Drouiche, regrette qu’Emmanuel Macron cherche à réformer l’islam de France avec des personnalités proches de l’islam politique, tout en écartant celles qui s’en sont véritablement distingué.


Monsieur le président, votre engagement pour la réforme de l’islam est importante et intelligente, mais vous vous trompez complètement de chemin et de partenaires.

Les nouvelles propositions dévoilées par Le Monde concernant la nouvelle organisation de l’islam en France sont catastrophiques.

Nous avons soutenu le président de la République pour sa vision réformiste et il doit aider les imams républicains pour reformer l’islam avec courage. Sans cette vision réformiste humaine et républicaine, le président Emmanuel Macron continuera la politique du bricolage voulue par l’islam politique pour gagner du temps et dominer les mosquées et les institutions musulmanes. Malheureusement, ce bricolage risque de se terminer par un bain de sang et une guerre civile à la libanaise souvent souhaitée par les islamistes, qui ne s’empêcheront pas d’utiliser la violence lorsqu’ils ne peuvent plus convaincre.

Certains politiques veulent officialiser clairement la victoire de l’islam politique en France.

Choquant, incompréhensible et humiliant pour les imams, les responsables musulmans et tous les Français musulmans qui combattaient avec courage pour un islam réformé et progressiste.

La majorité des personnalités proposées dans ce triste rapport de Hakim El Karoui attaquaient et condamnaient les imams républicains qui ont eu le courage et l’initiative d’organiser la marche musulmane contre le terrorisme en juillet dernier et combattent la francophobie et l’antisémitisme sans aucune ambiguïté.

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L’islam politique était toujours une partie du problème. Il ne sera jamais une solution de la crise de l’islam en France.

L’Etat peut ouvrir ses yeux pour voir les expériences catastrophiques et les résultats de l’islam politique en plusieurs pays étrangers.

Une nouvelle fois, la restructuration de l’islam en France se trompe dans le chemin et dans l’essence. Les politiques s’inclinent devant les islamistes qui ne cachent pas leur volonté d’islamiser la France et l’Europe entière en mettant notre société dans une guerre religieuse.

Ce choix menace clairement notre avenir en commun, car si le problème n’est pas réglé par les musulmans eux-mêmes, la solution sera violemment imposée par la majorité sociale qui ne cesse pas de déclarer et d’afficher ses inquiétudes et ses craintes envers l’islam et les islamistes sans qu’elle soit entendue ni par les responsables musulmans ni par les politiques.

Les islamistes qui étaient en conflit éternel avec les valeurs de la République et de la société locale pourraient devenir les leaders de la réforme de l’islam selon les propositions actuelles…! Ils n’ont jamais rêvé d’avoir cette chance en France. Cela signifie la disparition totale de certains imams courageux que les Français ont connus et aimés ces dernières années. Ces imams qui n’ont pas cessé de défendre un islam rationnel, fraternel et humain, pas antisémite et pas homophobe. L’imam Chalghoumi, le mufti des Comoriens à Marseille, Saïd Kassim, Ghaleb Ben Cheikh, Hocine Drouiche et tous les imams qui ont osé visiter Israël seront bientôt les premières victimes des islamistes choisis pour gérer la crise profonde que l’islam traverse aujourd’hui en France et ailleurs.

Ce sont les seuls qui ont osé être présents au Bataclan, à Charlie Hebdo, à Nice, à Rouen, à Bruxelles et à Toulouse.

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Nos adversaires nous ont accusé de collaborateurs, de traîtres, de vendus pour nous discréditer devant les musulmans ; ils n’ont pas pu nous séparer de notre communauté musulmane. Ils viennent d’avoir un cadeau inimaginable. Ce cadeau vient malheureusement de notre Etat laïque qui devait soutenir ceux qui portaient ses valeurs et pas ceux qui les combattaient et qui rêvent de les changer un jour.

Je demande à toutes les personnes de lumière ainsi qu’à la société civile d’aider les musulmans de France afin qu’ils ne tombent pas dans l’obscurantisme et les projets suicidaires de ces islamistes caméléons qui ne rassurent personne. Ils n’ont jamais clarifié leurs positions haineuses envers les musulmans républicains, l’occident, les juifs, le prosélytisme, le terrorisme l’égalité hommes-femmes et la réforme de l’islam.

Le président de la République voulait finir avec l’anarchie totale du grand souk du CFCM en présentant comme alternative un monstre islamiste qui menace l’avenir de nos valeurs, de notre paix sociale et qui pourrait à moyen et long terme nuire à l’image brillante du président lui-même.

Le Top 5 des pires récupérations de la victoire des Bleus

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Gérard Collomb, François Hollande et Barack Obama. SIPA. 00865897_000004 / 00864251_000019 / AP22226593_000015

Au football, la récupération (du ballon) est un art dans lequel excelle N’Golo Kanté. En politique, celle du football en est un autre, dans lequel se prennent les pieds certains de nos commentateurs préférés…


Il paraît que quiconque est pour le foot s’attire l’approbation des masses ! Selon le consensus de très nombreux experts, le foot, c’est « un peu plus qu’un sport ».

Peu avant le match de dimanche, des esprits chagrins voyaient arriver gros comme un camion la « récupération politique » que l’exécutif pourrait ainsi tirer de la victoire. « Avec moi, ça ne prend pas ces vieux trucs ! », assuraient nos experts et tout journaliste-décrypteur qui se respecte. Alors que le chef de patrouille Yann Barthès est en congés, cette lucidité collective de la profession était à saluer ! Pour calmer le jeu avant la finale, notre pimpant porte-parole gouvernemental Benjamin Griveaux avait même indiqué que si la France gagnait, « le gouvernement n’y [serait] pour rien ». Il ajoutait dans un pur moment de lucidité rustique : « Est-ce que vous pensez que parce que […] nous aurions une issue heureuse à cette finale, les Français […] subitement oublieraient leurs soucis ? » Il n’est pas allé jusqu’à dire qu’il ne regarderait pas le match, mais le résultat lui était apparemment indifférent. « Mais bien sûr ! », comme dirait la bonne dame dans la pub Milka. Reconnaissons-le : dans les faits, la récupération politique est limitée si l’on compare à 1998. Il y a 20 ans, l’ancien président Chirac avait capitalisé sur le succès des Bleus et engrangé 18 points de popularité. De quoi laisser rêveur un heureux possesseur de piscine hors-sol que nous connaissons bien…

Mais c’était plus fort qu’eux : des figures « progressistes » n’ont pas pu s’empêcher de (tenter de) tirer profit de l’exploit sportif. Voici un petit top 5 des meilleures prestations qui ont suivi le coup de sifflet final moscovite :

5. Pascal Boniface

L’impayable directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) estime que la victoire de notre « équipe multiculturelle » est une très mauvaise nouvelle politique pour la « frange la plus identitaire de l’extrême droite » tant elle démontre la capacité de la France à dépasser ses clivages. La tentation du vote d’extrême droite va donc refluer en France, c’est certain.

4. Thomas Porcher

L’économiste chouchou des chaines d’info, d’Arte et de la gauche radicale se met à rêver que nos milliardaires à crampons lancent la révolution contre l’affreuse société libérale. Et c’est Pogba le nouveau Mohamed Ali, donc ?

3. Barack Obama & Trevor Noha

L’ancien président américain et le comique du Daily Show arrivent ex-aequo en petite finale. Il faut dire que les deux ont eu le crampon particulièrement lourd. Le premier se félicite que bien que « tous ces mecs ne ressemblent pas à des Gaulois, ils sont Français, ils sont Français ! ». Compris, bande de racistes, bande de racistes ?

De son côté, Trevor Noha ne comprend pas que les Bleus ne puissent pas être Français tout en revendiquant leur « africanité » (après avoir estimé que l’Afrique avait gagné la Coupe du Monde et s’être attiré les foudres des joueurs et de notre ambassadeur…). Et ta soeur ? Aux Etats-Unis, les communautés sont soigneusement séparées par zones façon Sim City 2000 ! Les Français entendent rester encore un peu un peuple uni, si vous le permettez. Non vraiment les amerloques, retournez dans votre pays !

2. Gerard Collomb

Notre ministre de l’Intérieur accède à la finale. Il galère pourtant de plus en plus à recruter de nouveaux flics. Avec son montage croquignolesque de policiers, gendarmes et pompiers en bleu-blanc-rouge, il aimerait que tous les citoyens respectent enfin ces « héros du quotidien » dont il a l’honneur de chapeauter l’action. Le message n’est pas parvenu jusqu’aux Champs Elysées le soir de la victoire.

1. François Hollande

Sur France Inter, le président normal a partagé sa folle rêverie : « 1998, aujourd’hui… Je ne veux pas faire de comparaison, mais ça montre qu’on peut gagner deux fois. »Au secours ! Se présenter en 2022, il y croit de plus en plus. Champion du monde du message subliminal !

Ce podium ne peut bien sûr faire oublier les récupérations les plus crasses. Celles des identitaires et des indigénistes sur les réseaux sociaux. Les premiers aimeraient chanter « Allez les blancs! » plutôt que « Allez les bleus! ». Les seconds passent leur temps à mettre en avant les « origines » de tel ou tel joueur tricolore et à fantasmer une revanche sur un pays qu’ils qualifient de « néocolonial ».

Je vais suivre les conseils d’Elisabeth Lévy et éteindre mon smartphone quelque temps.

Et continuer d’admirer la seule récup’ qui trouve grâce à mes yeux : celle qui s’affiche aux fenêtres de nos immeubles, recouvertes de drapeaux de différentes factures et de toutes tailles récupérés à droite et à gauche.

Alexandre Benalla: pourquoi la justice n’a-t-elle pas été saisie?

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Alexandre Benalla, proche collaborateur d'Emmanuel Macron, juillet 2018. SIPA. 00868519_000002

Filmé en train de frapper un homme alors qu’il porte des vêtements de policier, à l’occasion des manifestations du 1er mai, un proche collaborateur d’Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, a écopé d’une suspension de 15 jours. Sanction étonnamment clémente compte tenu des faits qui lui sont reprochés. 


Le comportement d’Emmanuel Macron est désarmant de sincérité. Le président de la République affiche un narcissisme permanent et infantile auquel vient s’ajouter un étonnant sentiment d’impunité. Et avec lui, aucune relâche, nous avons droit tous les jours à un épisode destiné à nourrir notre stupéfaction devant l’absence de limites du personnage. Il y a eu l’épisode qui a suivi la victoire française en Coupe du Monde de football, occasion à laquelle Emmanuel Macron a été incapable de se maîtriser, en a fait des tonnes de façon gênante, avant de signifier son égoïsme méprisant avec la confiscation de la descente du bus sur les Champs-Élysées. « Moi d’abord, les autres ne sont rien. »

Une sanction inappropriée

Il y a maintenant l’incroyable affaire qui concerne une espèce de « garde-du-corps-porte-flingue-conseiller » à l’Élysée auprès du chef et dont on apprend qu’il joue les nervis en allant casser du passant dans les rues de Paris. Une vidéo nous apprend que Monsieur Alexandre Benalla profite d’un temps libre pour revêtir les signes liés à la fonction de policier et passer à tabac les gens qu’il soupçonne d’être des opposants à son patron. Au plan juridique, judiciaire et administratif, cette affaire est d’une gravité exceptionnelle. Elle s’est déroulée il y a plus de deux mois et demi et jusqu’à présent, la seule conséquence avait été une mise à pied de 15 jours de l’apprenti milicien !

Ce simple petit exposé suffit à provoquer une forme de sidération à la fois devant le comportement du « collaborateur », mais aussi devant celle de son patron administratif, le Secrétaire général de l’Élysée qui a pris cette sanction absolument ridicule. Et s’est surtout bien gardé d’accomplir les actes que lui imposent l’article 40 du code de procédure pénale, c’est-à-dire de transmettre au procureur de Paris les informations dont il disposait. C’est presque pour moi la partie la plus importante du scandale en ce qu’elle caractérise l’incroyable et arrogant sentiment d’impunité de la petite caste qui entoure le chef de l’État.

Benalla chantera trois fois

Parce qu’à la vision de la vidéo, la commission d’un certain nombre d’infractions, semble-t-il, très graves saute aux yeux.

Il apparaît tout d’abord que Monsieur Benalla a revêtu et porté des insignes (casque et brassard) tendant à le faire passer pour un policier dans l’exercice de ses fonctions. Premier délit prévu et réprimé par l’article 433-5 du Code Pénal. Imparable.

Ensuite, le même Monsieur Benalla, affublé de son déguisement, a exercé des violences contre des personnes visant à les faire passer pour des interventions des forces de l’ordre elles-mêmes. Il a donc lourdement violé les articles 433-12 et 433-13 du Code Pénal qui interdisent de s’immiscer dans une fonction publique réservée à son titulaire, et de le faire en introduisant une confusion dans l’esprit du public, et notamment par le port de cet uniforme. Cela s’appelle en bon français une « usurpation de fonctions ». C’est une infraction très grave.

Il suffit par ailleurs de regarder la vidéo pour constater que l’énergique collaborateur du président a exercé des violences illégitimes sur la personne de ces deux passants. Dont il semble bien qu’ils ne participaient même pas à la petite manifestation sur cette place de la Contrescarpe. Application de l’article 222–13 du Code Pénal, le « policier » de circonstance a, semble-t-il, bien commis les coups et blessures volontaires interdits par la loi. Le palmarès de notre paramilitaire 2.0 commence à sérieusement s’étoffer. Mais ce n’est pas fini.

L’auteur de la vidéo semble dire qu’Alexandre Benalla l’aurait menacé s’il s’avisait de la diffuser. De façon à la fois retenue et nuancée, il lui aurait lancé : « Si tu la diffuses, je te crame ! » Bien, bien, bien, comment interpréter cette menace ? Celui qui l’a lancé a fait la démonstration que la violence physique ne lui faisait pas peur et qu’il en avait même un certain goût. C’est que la loi fait une distinction entre les menaces de violence et les menaces de mort. Le tarif du Code pénal pour les menaces de mort, c’est plus cher. Alors « cramer » ?

Et la justice dans tout ça ?

Chacun ici connaît mon attachement au principe de la présomption d’innocence. Alexandre Benalla y a droit, comme tout le monde. Encore faudrait-il que la justice soit saisie. Et c’est là que se pose à mon avis le problème le plus grave dans ce qui vient de se produire. L’inertie dont a fait preuve le Secrétariat général de l’Élysée à cette occasion constitue le cœur du scandale. Qu’Emmanuel Macron ait besoin d’un garde du corps n’est pas anormal, même si la qualité du recrutement renvoie à la légèreté du chef de l’État. Mais que l’administration ayant connaissance des faits et de leur extrême gravité ait jugé pouvoir s’en tirer, avec cette sanction administrative, caractérise un mépris de la loi et des règles inacceptable de la part de fonctionnaires de ce niveau.

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Car, en effet, au-delà du caractère ridicule de ladite sanction administrative, il y avait l’obligation de transmettre au procureur la connaissance des faits de nature à constituer les graves infractions pénales que j’ai relevées. L’inobservation par un fonctionnaire de l’obligation qui lui incombe prévue par l’article 40 du Code de Procédure pénale n’est pas assortie de sanctions pénales dans le texte. Pour une bonne raison c’est que c’est une obligation administrative. Qui engage la responsabilité professionnelle du fonctionnaire et par conséquent celui qui ne la respecte pas encourt une sanction disciplinaire.

Le Secrétaire général de l’Élysée n’a plus rien à faire à son poste. Nous sommes bien sûrs que le prince lui demandera d’y rester. Sentiment d’impunité quand tu nous tiens.

« La Main noire », une menace qui dit bien son nom

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Une manifestante brandit le signe de la rabia, signe de ralliement des Frères musulmans, en Tunisie, 2013. SIPA. SIPAUSA30097170_000016 / Des membres de La Main noire serbe (Début XXe siècle / D.R.)

Plusieurs organisations juives ont reçu au mois de juin des menaces signées « La Main noire ». D’après Le Point, une enquête a été ouverte par la police. Et pour cause, ce nom fait référence à un passé inquiétant…


Sept organisations juives en France ont reçu, fin juin, une lettre de menaces, signée de « La Main noire », contenant notamment la phrase suivante : « Mesdames et Messieurs les juifs, vous pleurez amèrement le décès d’une vieille juive assassinée pour son argent, nous pensons que vous payez peu par rapport au nombre de crimes que vous commettez tous les jours. Profitez-en bien, car le jour du châtiment va arriver. »

En attendant l’enquête, on peut essayer de comprendre le choix de ce nom, La Main noire, en remontant à deux organisations secrètes : La Main noire serbe et La Main noire palestinienne.

De la Grande Serbie…

La première avait pour but la réalisation de la Grande Serbie par l’annexion des pays voisins[tooltips content= »Pour les citations et les références concernant tous les sujets de cet article, voir : Lina Murr Nehmé, Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat islamique : or, corruption et politique étrangère britanniques, Salvator 2016. »]1[/tooltips]. Fondée en 1911 par le chef des services secrets serbes, elle achetait des responsables politiques, organisait des attentats et répandait des rumeurs. Chargée en 1912-1913 de « serbiser » la Macédoine, elle massacra ou tortura les paysans de la majorité bulgare, et assassina leurs prêtres. « Les pires des crimes furent commis par cette organisation secrète, connue dans le monde entier et bénéficiant d’une protection puissante, lit-on dans le rapport de la commission internationale d’enquête sur la guerre des Balkans. Cela présente un grand avantage, pour un gouvernement régulier, d’avoir sous la main un pouvoir qui n’a pas de comptes à rendre, qui devient vite tout-puissant, et qu’il est toujours possible de désavouer au besoin. »

Les appels à l’unification des Slaves que lançait le Premier ministre Pachitch, étaient des appels à la guerre civile dans les autres pays ; et La Main noire commettait les crimes qui servaient ce but. Le 28 juin 1914, elle tua l’héritier de l’empire austro-hongrois. Ce meurtre aboutit à la Première Guerre mondiale, dont l’issue permit à la Serbie d’annexer la Croatie, la Bosnie et l’Herzégovine.

…à la Grande Syrie

On en entendit parler en Palestine, où le sultan Abdul-Hamid avait opposé à la colonisation juive une colonisation musulmane sunnite : il avait installé dans la région d’Haïfa des milliers de familles slaves de Bosnie-Herzégovine.

C’est précisément dans cette région qu’on entendit, dans les années 1930, parler d’une organisation terroriste appelée La Main noire (al-Qaff al-Assouad). Elle pratiquait le crime politique, comme La Main noire serbe, terrorisant les populations si elles ne se soumettaient pas à ses idées. Son but était de réaliser la Grande Syrie (Cham) en unifiant la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Palestine. Mais il n’est pas possible de réaliser une entité politique unique à partir de peuples différents par la violence, sans nettoyage ethnique : il y en a eu en Palestine à l’encontre des juifs ; au Liban à l’encontre des chrétiens ; en Syrie à l’encontre des alaouites, des ismaélites et des yazidis.

La Main noire palestinienne a été fondée par Izzeddine al-Qassam. Ce Syrien s’était défait de ses biens pour aller se battre en Palestine au nom de la Grande Syrie. Son ascétisme, sa pureté idéologique, le radicalisme de ses idées le faisaient vénérer par ses hommes. L’un de ses biographes, Husni Jarar, affirme qu’il disait, parlant des juifs : « Ils veulent vous exterminer, ô musulmans, pour occuper votre terre de l’Euphrate au Nil, et prendre Jérusalem, et s’emparer de Médine, et brûler le tombeau du Prophète. Ils veulent s’amuser avec les corps de vos femmes et de vos filles et de vos sœurs, et faire d’elles leurs servantes et leurs esclaves ! Malheur à vous, vous ne comprenez pas ? L’Apôtre d’Allah dit : ‘Si un empan de la terre des musulmans est piétiné par un pied [étranger], la femme doit partir à la guerre sans l’autorisation de son mari, et l’homme doit aller au djihad sans l’autorisation de son père’. Musulmans, vous ne comprenez pas ?… [Allah] a dit, exalté soit-il : ‘Combattez les mécréants qui sont près de vous, et qu’ils vous trouvent durs.’ Les juifs ont rempli votre pays, ils ont volé votre terre. » Et dans un autre discours : « Les immigrants juifs sont comme une nuée de sauterelles venues d’Occident sur les bateaux et les automobiles des Anglais. Vous devez les pourchasser en utilisant tous les moyens d’extermination possibles. »

Une Main noire indélébile

Izzeddine al-Qassam fut tué par les Anglais en 1936. Sa mort fut répercutée dans les mosquées, et il devint une sorte de légende, le Ben Laden de son temps. Sa réputation dépassa même les frontières de la Palestine. Il inspira des générations de terroristes palestiniens, et il inspire maintenant des terroristes dans le monde entier.

Comme toutes les sociétés secrètes, La Main noire palestinienne est entourée de mystère, et ses crimes sont revendiqués par plusieurs groupes armés. Parlant de l’un d’eux, Achraf Faleh Youssef Zoghbi, juriste jordanien, écrit : « Et si un soldat ou un officier juif était tué, on trempait la main dans le sang et dans l’encre, et on l’imprimait sur son visage, afin de semer la terreur sur le visage de tous les sionistes et qu’ils quittent le pays. L’ennemi sioniste appela cette compagnie militante la ‘bande de La Main noire’. La terreur s’implanta en effet dans le cœur des sionistes, car un grand nombre de juifs, soldats, officiers et personnalités, furent ainsi exécutés, et l’ennemi se mit à rechercher le chef de la ‘bande de La Main noire’, comme il l’appelait. Et le monde arabe palestinien entendit dire que la bande de La Main noire était le défenseur de la terre de Palestine et de ses habitants, et que l’appartenance à cette bande était un devoir national. »

La Main noire palestinienne n’a pas fini de faire rêver les islamistes. C’est son action que tentent de perpétuer les mouvements terroristes comme l’organisation Septembre noir, mais aussi les terroristes de Daech et al-Qaïda. Tous ont pour premier but la libération de la Palestine et de la Grande Syrie, exactement comme Izzeddine al-Qassam et selon ses vues. Comme lui, ils voient l’arabité comme un corps dont l’âme est l’islam. C’est d’ailleurs aussi l’opinion des Frères musulmans, et l’on peut se demander si le signe de rabia, leur signe de ralliement, une main noire sur fond jaune, ne s’inspire pas de la main noire qu’imprimaient les assassins sur le visage de leurs victimes.

Envoyer une lettre de menaces à des organisations juives en France, c’est un moyen d’imiter les méthodes de La Main noire durant la guerre de djihad déclarée par le mufti de Jérusalem en 1936 après la mort d’Izzeddine al-Qassam.

Derrière ce nom, il est pourtant probable qu’il y ait une ou deux personnes seulement : les vrais groupes terroristes n’envoient plus de lettres de menaces. Ils ont les moyens de publier des communiqués. Il n’empêche que cette lettre de menaces produira le même effet grâce à la publicité qu’elle a reçue. Les terroristes désirent-ils autre chose que cette publicité gratuite qui leur permet de paraître plus grands et plus forts qu’ils ne sont ?

Ariana Grande: l’enfer c’est les hommes

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Capture d'écran Youtube / clip d'Ariana Grande "God is a woman"

Le dernier clip d’Ariana Grande proclame la divinité des femmes et l’impureté des hommes. La Bible augmentée du parti néo-féministe.


J’ai été assaillie par une publicité Youtube, parmi les pires : celles où l’on ne peut pas cliquer sur « ignorer la vidéo » et où l’on doit se résigner à n’être qu’un réceptacle de propagande capitaliste. Il s’agissait en l’occurrence de l’extrait du dernier single d’Ariana Grande, God is a woman (« Dieu est une femme »). Le titre, alors que la starlette se déhanche flanquée d’un casque à oreilles de chat, m’a intriguée. Dieu n’est-il pas un vieux monsieur barbu, comme l’a si bien dessiné Marjane Satrapi. Prise comme un pigeon, je jette un coup d’œil au clip.

La chanteuse domine la planète et fait du hula hoop avec la galaxie, talons aiguilles plantés au sommet de la Terre. Les réjouissances se poursuivent avec la jeune américaine se prélassant en tenue d’Eve dans un océan de peinture. Et les hommes dans tout ça ? Celle qui se prend pour une déesse dominatrice ne les a pas oubliés. Dans le plan suivant, ils forment un groupe ridiculement petit, qui ne fait que proférer en vain des insultes au pied d’une Ariana Grande « king size » qui adopte la sage position du Penseur de Rodin. Et lorsque les hommes ne sont pas des petites choses injurieuses, ils rampent comme des insectes couverts de mousse dans un lit.

Ariana « Ezéchiel » Grande

Malheur à ceux qui prétendraient à une quelconque élévation : la femme est une déesse qui domine et punit. Massue en main, Ariana Grande proclame avec la voix de Madonna le sermon – féminisé pour l’occasion – tiré du Pulp Fiction de Quentin Tarantino et inspiré du Livre d’Ezéchiel : « Et J’abattrai alors le bras d’une terrible colère, d’une vengeance furieuse et effrayante sur les hordes impies qui pourchassent et réduisent à néant mes sœurs [à la place des « brebis de Dieu »]. Et tu connaîtras pourquoi mon nom est l’Éternel, quand sur toi s’abattra la vengeance de la Toute-puissante [en lieu et place du « Tout-Puissant]. » Dans le film, Jules Winnfield (joué par Samuel L. Jackson) prononce la tirade quand il est sur le point d’abattre quelqu’un.

Retour ensuite à un plan plus serein avec un cœur de gospel, bien sûr exclusivement féminin, entonnant avec ferveur « Dieu est une femme ». Le clip est triomphalement clos par une reproduction de la fresque de Michel Ange, La Création d’Adam, et devinez quoi ? Les corps masculins dénudés ont été envoyés au diable, remplacés par des femmes, issues de la diversité s’il-vous-plaît.

Osez le « féminisme pop » !

Côté paroles, on est dans le nec plus ultra de l’homélie : « Tu aimes ça la manière dont je te fais bouger, tu aimes ça la manière dont je te touche. » Et gare aux pudibonds : « Mec, j’aime quand tu n’as pas peur, mec allonge-moi et prions. Je te dis comment j’aime le faire, comment je veux le faire. » Le magazine Glamour, visiblement touché par sa grâce divine, voit dans ce clip et l’album à venir LE nouveau concept du siècle : le « féminisme pop ». Eh oui, se dandiner en bottes lamées à talons aiguilles, rayer avec mépris les hommes de la carte, et les réduire à un moyen de jouissance sur un air pop, eh bien ça c’est diablement féministe. Mettez-vous donc à la page.

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Migrants: Macron, majeur isolé en Europe

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Conférence de presse d'Emmanuel Macron au sommet européen de Bruxelles, après l'annonce d'un accord conclu à 28 sur le dossier migratoire, 29 juin 2018 © LUDOVIC MARIN

Fin juin, le sommet de Bruxelles s’est soldé par un accord de façade sur les migrants. En coulisses, l’UE reste fracturée entre réfractaires à l’immigration massive et « eurofervents » menés par Emmanuel Macron. Si le président français jette l’anathème sur la « lèpre » populiste, il ne pourra rester sourd aux angoisses des peuples qui dictent l’agenda européen.


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L’accord « à l’arraché » conclu à Bruxelles au petit matin du vendredi 29 juin 2018 sur la crise migratoire ne doit pas faire illusion : l’unanimité des 28 participants à ce sommet n’a été obtenue qu’au prix de formulations ambiguës, de déclarations d’intention sans contenu tangible, de promesses qui n’engagent que ceux qui les reçoivent. À l’exception du renforcement rapide et conséquent de Frontex, corps commun de gardes-frontières postés le long des limites terrestres et maritimes de l’Union européenne, aucun des conflits qui déchirent l’UE depuis la vague migratoire de l’été 2015 n’est véritablement réglé.

L’ « Europe des valeurs » a dû s’incliner devant l’ « axe de la volonté »

La panique provoquée dans les cercles dirigeants de l’Union européenne par les victoires électorales des forces politiques dites « populistes » en Hongrie, Pologne, Autriche, Slovénie et last but not least en Italie, pays fondateur de l’Union, a contraint les tenants de la politique des bras grands ouverts à une retraite piteuse. À Bruxelles, le 29 juin, l’ « Europe des valeurs », celle qui se prétend l’arbitre des élégances morales à l’échelle continentale, a dû s’incliner devant l’« axe de la volonté » proclamé à Munich par le chancelier autrichien Sebastian Kurz et le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer, tourmenteur en chef de la chancelière Angela Merkel sur la question migratoire. En manifestant leur désir d’en finir avec la Willkommenskultur, déjà mise à mal au fil des mois, l’Autrichien et le Bavarois ont brisé l’isolement des pays du groupe de Visegrad (Pologne, Autriche, Slovaquie, République tchèque), que les « vertueux » d’Europe occidentale voulaient châtier pour leur refus radical de se laisser imposer des quotas de migrants extra-européens. Le Premier ministre hongrois Victor Orbán, leader charismatique de ce groupe, triomphe : rien ne sera imposé à ceux qui ne désirent pas faire de leur pays une nation multiculturelle, sinon de contribuer financièrement au renforcement de Frontex, et à la mise en place de centres d’accueil « contrôlés » (entendez fermés, mais silence, il ne faut pas le dire !) dans les pays de l’UE, ou dans les pays extra-européens qui se porteraient volontaires.

Loin d’être mis au ban de la communauté, les « Visegrad » et leurs nouveaux alliés partout en Europe ont imposé leur vision de l’Europe comme une option honorable, qui peut certes être discutée, voire récusée, mais qu’il n’est plus possible de diaboliser, comme ont tenté jusqu’au dernier moment de le faire, sans succès, les défenseurs autoproclamés de la vertu imposée d’en haut, Emmanuel Macron en tête…

Cela ne vous rappelle rien ?

Avant le sommet de Bruxelles, l’analyse du président français, reprise en boucle par ses suiveurs habituels de la grande presse et des médias publics, était apparemment limpide : il n’y a pas de crise migratoire, mais une crise politique fomentée et instrumentalisée par des forces d’extrême droite qui font leur miel électoral des peurs irrationnelles qu’ils provoquent dans des populations déstabilisées par la mondialisation de l’économie.

Cela ne vous rappelle rien ? Au début de ce siècle, les esprits inquiets qui s’alarmaient de la montée d’un islam radical dans les banlieues, et évoquaient les difficultés rencontrées par les enseignants, travailleurs sociaux et agents des services publics à faire respecter les valeurs de la République, étaient au mieux moqués, au pire taxés de racisme. Les gouvernants et leurs auxiliaires sévissant dans les sciences sociales parlaient d’une « panique morale » sans fondement factuel et d’une insécurité ressentie, expliquant tous les problèmes par la relégation sociale supposée. Contester cette doxa valait à ceux qui s’y risquaient d’être rangés parmi les séides de Marine Le Pen.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron justifie ses anathèmes contre la « lèpre » populiste qui menacerait l’Europe en arguant de la diminution drastique du nombre des migrants atteignant aujourd’hui le territoire de l’Union. Mathématiquement, il n’a pas tort, mais politiquement, c’est du pur et simple foutage de gueule, si l’on me permet l’expression. Cette réduction conjoncturelle ne résulte pas d’un moindre désir des ressortissants des pays concernés (Afrique subsaharienne, Maghreb) de fuir leur misère pour chercher une vie meilleure en Europe, mais d’une organisation plus efficace de leur blocage en Libye, principal lieu d’embarquement des migrants. La Libye n’étant pas signataire de la convention de Genève sur les réfugiés, qui interdit de les refouler vers des ports « non sûrs », on sous-traite le sale boulot à ses gardes-côtes, que l’on subventionne pour cela.

L’ascension des forces populistes en Europe n’a pas commencé avec la crise des migrants

Bien entendu, de nouvelles filières sont en cours de création. Depuis le début de l’année 2018, on observe une recrudescence des passages de clandestins vers l’Espagne, et les signaux lancés par le nouveau gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sanchez pourraient encore les encourager. À plus long terme, la tendance n’est nullement à une réduction, mais à une intensification drastique de la pression migratoire, comme l’a démontré avec brio l’universitaire américain Stephen Smith.

Un autre biais argumentatif des contempteurs des « populistes » est d’affirmer que la crise des migrants est le seul carburant de leur essor électoral. C’est oublier que l’ascension des forces politiques « antisystème » en Europe n’a pas commencé avec la grande crise de 2015. La question des migrants coagule une série d’autres problèmes liés à l’évolution des rapports des sociétés européennes avec leur composante musulmane et à leur plus ou moins grande acclimatation au multiculturalisme qui en découle. Or, à la différence de la question migratoire, ces thématiques ne sont pas du ressort des institutions européennes, mais relèvent des choix opérés par chaque nation, en fonction de son histoire, de ses traditions, de son projet.

La France et l’Allemagne sont les plus concernées par cette problématique, qui a déchiré, jusqu’à les faire exploser, les forces politiques traditionnelles, à gauche comme à droite. Les deux pays ont été, ces dernières années, la cible du terrorisme islamiste radical, et les musulmans vivant sur leur territoire, étrangers ou nationaux, sont soumis aux pressions des radicaux de toutes obédiences, les incitant à imposer leurs exigences cultuelles et culturelles dans le champ politique et social. En Allemagne, les Turcs, « travailleurs invités » du miracle économique d’outre-Rhin, ont été longtemps incités par le pouvoir kémaliste, qui les contrôlait étroitement, à pratiquer discrètement leur religion, et à se conformer, dans l’espace public, aux mœurs locales : pas de voile pour les filles à l’école, pas d’exigence de repas hallal pour la cantine, pas de refus de mixité pour les activités sportives ou les sorties scolaires.

La politique migratoire, un choix national

La prise de pouvoir par les islamistes de l’AKP, et le durcissement religieux constant imposé par le régime Erdogan à ses concitoyens de Turquie et de l’étranger, a changé la donne en Allemagne. On revendique maintenant de pouvoir prier en classe pendant les heures de cours, des repas hallal dans les écoles, la non-mixité dans les séances de piscine. Il va sans dire que le voile islamique est accepté dans les classes, quel que soit l’âge de celle qui le porte… Croyant bien faire, un collège de la petite ville de Herne, dans le land de Hesse a fait l’acquisition d’une vingtaine de « burkinis » pour inciter les jeunes filles musulmanes à participer aux séances d’apprentissage de la natation avec leurs petits camarades garçons. Du coup, par imitation, ou par réaction, en Bavière, les autorités régionales dominées par la CSU ressortent les crucifix des tiroirs pour les raccrocher aux murs des salles de classe, et réaffirmer la Leitkultur (« culture de référence ») chrétienne de l’Allemagne. C’est dire à quel point de confusion en sont nos voisins face à un problème qui dépasse de loin le droit d’asile et le sort à réserver aux migrants économiques…

En France, l’histoire postcoloniale, la montée de la radicalité et de la violence dans des territoires délaissés par les pouvoirs publics, les querelles idéologiques de plus en plus âpres entre les « multiculturalistes », les « indigénistes », les défenseurs de la tradition laïque française, la montée du nouvel antisémitisme sont au cœur du débat public. L’Europe, bien évidemment, n’a pas de réponse à cette question éminemment nationale, et ceux qui persistent à prétendre le contraire trompent le peuple. Une solution européenne à la crise des migrants, pour autant qu’elle puisse voir le jour, ne résoudra bien évidemment pas les autres problèmes liés à la présence de l’islam en France, en Allemagne ou ailleurs.

Une nouvelle norme est peut-être en train de s’imposer au sein de l’UE : le droit pour chaque pays de décider de sa structure démographique, de choisir ceux qu’elle invite à vivre sur son territoire. Ceux qui seraient tentés d’administrer des leçons de morale à la Hongrie ou à la Slovaquie feraient bien de se souvenir qu’à la différence de la Roumanie et de la Bulgarie, ces pays ont pris en charge l’importante minorité rom présente sur leur territoire, et fait en sorte que ces derniers ne viennent pas faire la manche dans nos métropoles avec leurs enfants en bas âge, sous l’ordre de chefs de clan investissant les bénéfices dans leurs demeures kitsch de Transylvanie…

Retour de bâton pour les « eurofervents » ?

Le seul résultat de la farce de Bruxelles a été de sauver (provisoirement ?) la soldate Merkel d’un putsch interne à la droite allemande en lui donnant juste assez de biscuits pour apaiser la CSU et Horst Seehofer. Les Bavarois devraient se satisfaire, en grommelant des mesures annoncées pour tarir le flux migratoire, et surtout crier victoire pour le passage à la trappe, dans l’accord final sur les questions économiques, du projet de budget commun de la zone euro, cheval de bataille d’Emmanuel Macron. Il avait été adopté, du bout des lèvres et avec de nombreux bémols, par la chancelière lors de leur entrevue au château de Meseberg, quelques jours avant le sommet de Bruxelles. C’est la « Ligue hanséatique » qui a eu sa peau. Ce groupe de 12 pays du nord de l’Europe emmené par les Pays-Bas est viscéralement hostile à tout ce qui peut ressembler, de près ou de loin, à une solidarité financière intra-européenne non assortie de la mise sous tutelle des pays demandeurs, comme ce fut le cas pour la Grèce.

Dans moins d’un an, les élections européennes viendront sanctionner la politique de chacun des dirigeants de l’UE. Leur résultat a toutes les chances d’être catastrophique pour les « eurofervents » emmenés par Emmanuel Macron. Les consultations citoyennes qu’il a lancées à grand bruit pour réveiller le désir européiste des peuples sont un flop retentissant, et n’attirent qu’un noyau réduit de convaincus. Comme de coutume, ce scrutin sera l’occasion pour les mécontents des gouvernements en place de donner un avertissement sans frais à leurs dirigeants, et au plus grand nombre de marquer leur désintérêt par l’abstention.

La gauche sociale-démocrate va sans doute rétrécir sérieusement au parlement de Strasbourg, avec le départ des travaillistes britanniques, la quasi-disparition de la gauche est-européenne, et l’effondrement des socialistes français. Le Parti populaire européen, aujourd’hui dominé par la CDU merkelienne, va opérer un mouvement vers la droite avec l’arrivée de députés français adoubés par Laurent Wauquiez, le déclin des européistes italiens de Berlusconi, et l’« axe de la volonté » austro-bavarois donnera alors le ton. L’avenir dira si cela ressemble à du Mozart ou à du Wagner. Quant à la mélodie française, si belle et si délicate, elle risque d’être à peine audible.

Anne Hidalgo, agissez : à Paris, les piétons gênent les cyclistes!

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"Journée sans voiture" à Paris, octobre 2017. SIPA. 00825526_000015

A Paris, les cyclistes ne peuvent plus circuler tranquilles sur les trottoirs sans être gênés par un piéton: cette situation doit cesser!


J’ai toujours vécu à Paris, et je dois dire aujourd’hui ma déception et ma frustration, croissantes depuis quelque temps. Je précise sans tarder que je n’ai aucun grief à formuler à l’égard de notre maire Anne Hidalgo qui, jour après jour, s’échine à rendre notre ville plus belle (regardez ses grandes places, par exemple, elles ne cessent de gagner en distinction et en charme), plus accueillante et plus sûre (les touristes chinois notamment en témoignent avec émotion), plus propre et plus saine (n’importe quel touriste le constate au premier coup d’œil).

Les cyclistes sont rois…

Non, à la vérité, c’est comme cycliste que j’estime avoir à me plaindre. Peu à peu en effet, la Mairie de Paris, très hostile aux voitures, grandes pollueuses en effet, a manifesté son intérêt, voire sa passion pour les vélos. Il semble qu’elle rêve d’un Paris enfin débarrassé de tout autre véhicule que la bicyclette – à part peut-être les poussettes pour bébés. Toutes les difficultés faites à la circulation des voitures en témoignent. Ai-je besoin de préciser que j’en suis enchanté ? Je constate cependant que, comme toujours, il y a loin de la coupe aux lèvres. A quoi, en effet, aboutit-t-on dans la réalité ? A une situation ambiguë, entièrement insatisfaisante, et fort pénible.

A lire aussi: A Paris, une journée sans voiture… sans pauvres et sans vieux!

Je m’explique. Tout Parisien a pu se rendre compte que, depuis quelque temps, les cyclistes empruntent les sens interdits, traversent les rues sur les passages piétons, brûlent tranquillement les feux rouges, circulent sur les trottoirs, hors des bandes à eux réservées, au milieu des piétons, des poussettes, des vieillards, des enfants – et d’ailleurs depuis peu actionnent nerveusement leur sonnerie pour les faire dégager de leur chemin, sur ces mêmes trottoirs. Certes, tout cela se fait au détriment des piétons, au point que les vieilles notions de « piéton de Paris », ou de paisible promenade familiale sont heureusement devenues obsolètes ; chacun cependant a pu constater qu’aucune plainte, de nulle part, ne s’est exprimée à ce sujet, ce qui démontre sa totale insignifiance, – comme, a fortiori, le fait qu’aucune répression n’a suivi. Et ce qui fait que, tout naturellement, nos frères les motards commencent à suivre notre exemple.

…informez-en les piétons !

Or, je le dis avec tristesse et déception, mais aussi colère à l’égard de notre si impérieuse maire : rien, strictement rien de toute cette évolution effective n’a été suivi d’effets ! Alors qu’on attendrait qu’elle prenne acte de la situation nouvelle, et l’officialise, elle ne bouge pas ! Là où Hugo demandait avec force qu’on « remette les lois au pas des mœurs », parce que de leur antagonisme naissent les catastrophes, à Paris rien, strictement rien n’est fait ! Comment se fait-il que dans la capitale on laisse encore les piétons encombrer la circulation des deux-roues ? Les risques d’accidents en deviennent considérables : consultez sur ce point les statistiques récentes. Il existe pourtant des solutions ! Pistes fixes pour piétons, horaires à eux réservés, passages alternés, zones piétonnes accordées sur dérogation spéciale, circulation piétonne astreinte à des horaires aménagés ou décalés, etc. Notre population n’est certes pas prête encore à l’interdiction totale du piéton ; mais enfin, ce qui a été réalisé jusqu’ici, s’il va certes dans ce sens, fait petit-bras ! Tout cela devra bien sûr être accompagné de la gamme complète des sanctions possibles, et pour le coup effectivement infligées et effectuées.

Le vélo est le meilleur de l’homme civilisé

En vérité, la logique, comme le sens de l’Histoire, doivent conduire à la disparition de la notion de vélo, sinon même de deux-roues, du Code de la route. Le cyclisme urbain est une activité citoyenne libre et moderne : donc dégagée par définition de toute contrainte. Elle n’a rien à voir avec le Code de la route – la réalité le démontre chaque jour.

Nous nous approchons dangereusement à Paris d’une situation devenue assez installée et assez grave pour être sans retour, et ce bien plus vite que la maire ne semble s’en rendre compte. Qu’attendez-vous, Madame la maire, pour intervenir ?

L’ « auteure » Beauvoir aurait renié Libé

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Simone de Beauvoir en 1967. SIPA. 00359532_000013

Que Libé soit devenu un journal pour midinettes n’est pas mon affaire. La mort de Claude Lanzmann leur a inspiré un article sur son « amour absolu » pour Beauvoir, et ils en ont demandé la substance et le texte à une certaine Manon Garcia, une spécialiste auto-proclamée qui forcément travaille aux Etats-Unis, cette Mecque de l’intelligence — hier Harvard, aujourd’hui Chicago, ça en impose. Notre brillante universitaire (pur pléonasme, n’est-ce pas…) se fend donc d’une quarantaine de lignes que j’aurais attendues dans Elle: sans doute le mettra-t-elle dans son CV, à la rubrique « articles savants ».

Philosophe sans lumière

Cette philosophe a soutenu l’année dernière une thèse qui a fait du bruit à Libé intitulée « Consentir à sa soumission. Un problème philosophique ». Elle y plaide une réforme du Droit français, coupable de reconnaître, en matière d’amour, le « consentement tacite » alors qu’il faudrait s’aligner sur le « consentement positif » des Américains, où vous avez intérêt à garder la trace écrite du « Oui » de la dame si vous ne voulez pas être accusé de viol. Du coup, « ce n’est plus à la victime de prouver qu’il y a eu harcèlement mais à l’agresseur d’amener les preuves d’un consentement affirmatif ». En clair, c’est à l’accusé de faire la preuve de son innocence, pas à l’accusation de démontrer sa culpabilité. C’est un renversement de toutes les règles du Droit, mais qu’importe, si la liberté des femmes est à ce prix, j’y consens. Appliqué à tous les domaines judiciaires, ça va nous faire du changement. Hier, c’étaient les femmes qui se baladaient avec une « lettre écarlate » sur le front. Désormais, les hommes seront stigmatisés a priori. C’est à ce genre de mutations que l’on comprend qu’une civilisation évolue sainement…

A lire aussi: Quand Libé se demande si sa rédaction est « blanche »

Que notre philosophe n’ait rien compris à la relation unique qui liait Beauvoir à Sartre est une autre affaire. Comme le dit très bien Sylvie Le Bon, la fille adoptive de Beauvoir, à la fin de l’excellent Album Pléiade consacré au « Castor », « en vérité, c’est de la mort de Sartre qu’elle meurt », en 1986. Que Claude Lanzmann fût toujours en vie à cette époque (il venait de finir Shoah) n’a pas convaincu Beauvoir, qui se portait globalement bien, de rester encore un peu parmi nous — elle qui savait pourtant que sa mort « ne les réunirait pas » : une saine déclaration d’athéisme qu’on aimerait entendre plus souvent.

La trahison de Beauvoir

Rétablissons les faits. Comme aurait dit René Girard, Lanzmann a été le troisième du triangle dont la relation Beauvoir-Sartre constituait la base. Comme Nelson Algren ou Dolorès Vanetti, — « M » dans les écrits de Beauvoir — pour Sartre en leur temps. Des amours fortes, mais contingentes, pendant que la liaison Sartre / Beauvoir était un amour nécessaire, un amour de cinquante années traversé de crises et de combats, comme toutes les vraies grandes complicités : c’est le seul critère pour juger de la vie sentimentale de ces deux grands fauves de l’intellect. Je t’en foutrais de « l’amour absolu » ! D’ailleurs, les images mentent moins que les mots : sur la photo, c’est à côté de Sartre que marche Beauvoir – et Lanzmann suit, caniche heureux des Temps modernes.

©AFP
©AFP

Mais ce n’est pas le plus irritant dans cet article pour courrier du cœur.
Le plus irritant, c’est le conformisme politiquement correct de son auteur et du journal qui l’héberge. Que Libé présente ainsi la rédactrice:


©Capture d'écran Libération.fr
©Capture d’écran Libération.fr

n’étonne pas celles et ceux qui savent depuis longtemps que le quotidien jadis fondé par Sartre, et pour lequel je me suis battu (au sens viril du terme) quand il était hébergé rue Christiani est devenu un journal sinistre. Mais qu’une « spécialiste » de Beauvoir écrive
ça:


©Capture d'écran Libération.fr
©Capture d’écran Libération.fr

c’est profondément choquant.

Parce que Beauvoir n’en avait rien à faire, des dysorthographies imposées par des pétroleuses. Comme le note Danièle Sallenave dans son très beau Castor de guerre (Gallimard, 2008), « elle refusera toujours la féminisation imposée des noms de profession ou, plus encore, la définition d’une ‘écriture féminine’ ». « Je pense, dit Beauvoir, que la femme libérée serait aussi créatrice de l’homme. Mais qu’elle n’apporterait pas de valeurs neuves. » (interview au Nouvel observateur, 14 février 1972).

Cela va bien plus loin que ce que les féministes coincées d’aujourd’hui imaginent — mais bon, elles n’arrivent pas à la cheville de Beauvoir. L’auteur du Deuxième sexe avait une sainte horreur de toutes les essentialisations — quitte à expliquer à Olga Kosakiewicz (l’une des occupantes du troisième siège, si je puis dire, qui permet au couple de base de continuer à exister), alors qu’Hitler a déjà commencé à faire des siennes : « Les juifs, ça n’existe pas, il n’y a que des hommes. ». Elle le regrettera un peu, par la suite : « Nous étions terriblement abstraits », se moquera-t-elle. Elle qui a combattu pour l’indépendance de l’Algérie serait accablée d’y voir la montée de l’islam, alors quelle avait pensé œuvrer pour le matérialisme dialectique (au passage, le calibre des erreurs que nous commettons mesure moins nos défaillances intellectuelles que l’audace de notre pensée : qui ne pense rien ne prend aucun risque de se tromper).

Il n’y a pas d’écriture féminine (ni masculine)

Beauvoir, qui n’existait que pour écrire, aurait rougi d’entendre tant de crétines et crétins parler d’ « écrivaines » et d’ « auteures ». Parce que c’est en s’imposant sur le terrain de la langue commune, pas en s’inventant un jargon « genré » (le mot l’aurait bien fait rire), qu’un auteur, quel que soit son sexe, est reconnu. On n’écrit ni avec sa verge (mot curieusement féminin, hein !) ni avec son clitoris — mot étrangement masculin, n’est-ce pas… Il n’y a pas d’écriture féminine — ni masculine. Wilde ne se revendiquait pas homosexuel en littérature, il essayait juste de bien écrire : « Il n’y a pas de livre moral ou immoral. Un livre est bien écrit ou mal écrit, c’est tout. » Et croyez-moi, Beauvoir écrit très bien.

Mais c’est là le cœur de ce que nos féministes modernes lui reprochent. Judith Butler, la papesse du « genre » en général et du lesbianisme en particulier, l’égérie des facs américaines, ne supporte pas Beauvoir : pour Beauvoir, dit-elle, « les femmes sont les pendants négatifs des hommes, le manque contre lequel l’identité masculine se différencie elle-même. » (Trouble dans le genre, 1990). Et combien nos vaillantes combattantes qui n’ont jamais risqué que leur vernis à ongles ont pu reprocher à Beauvoir de ne pas avoir insisté, dans ses Mémoires, sur ses amours saphiques ! Ma foi, elle ne se pensait pas le droit de mettre en cause des gens vivants qui n’avaient pas forcément envie que l’on étalât leur vie privée. Bianca Bienenfeld (Louise Védrine dans les écrits autobiographiques de Beauvoir : il a fallu attendre la biographie de Deirdre Bair, en 1990, pour que son identité soit révélée — une belle initiative typiquement américaine) n’avait pas eu à se plaindre de ce que Beauvoir avait écrit d’elle — jusqu’à ce que la correspondance avec Sartre soit publiée, après leur mort à tous deux. Et ça l’a troublée, de lire ce que ces deux complices pensaient des amours contingentes, troublée au point d’écrire des Mémoires d’une jeune fille dérangée en 1993. Bernard Pivot, qui l’avait invitée à Apostrophes, n’en revenait pas, d’avoir face à lui une fille qui avait couché avec les deux plus grands fauves de la littérature contemporaine.

Aujourd’hui, si vous n’entrez pas dans des petites cases pré-formatées (lesbienne, féministe, « genrée » ou « racisée », comme disent les racistes qui ont exigé de défiler en tête de la Gay Pride parisienne il y a huit jours), vous n’existez pas – alors que c’est cette entrée même, cette reductio ad tribadem, si je puis dire, qui vous anéantit. Beauvoir heureusement a laissé une œuvre, et elle se moque bien des pseudo-féministes qui hantent les rédactions. L’intelligence n’a pas de sexe.

Castor de guerre

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C'est le français qu'on assassine

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Mexico, mon amour métissé

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Mexico, avril 2012. SIPA. SIPAUSA31234616_000078

Il était deux heures du matin quand je suis arrivé à Mexico, dans la cité mythique de 22 millions d’habitants. Les rues étaient quasi désertes dans un centre historique où flottait une odeur familière. Un doux parfum d’Espagne sur une terre exotique. Des rues sombres, dignes et sérieuses où seuls des itinérants éméchés semblaient vouloir passer la nuit. Les lampadaires du Palais national ne suffisaient pas à éclairer l’immense place du Zócalo : inutile de pénétrer les arcanes de sa majesté colorée.

Mais comme dans toutes les villes du monde, les jours et les nuits ne se ressemblent pas. Le jour, une foule colossale surgit des confins précolombiens. Un air de fête malgré la pauvreté ambiante, la population mexicaine participe pleinement, intensément, à l’esprit latino-américain. Les Mexicains retournent la vie dure dans le sens du bonheur, ils transforment les malheurs en euphémismes moins lourds. L’optimisme n’est pas une option, mais le reflet de la sagesse populaire.

Une Nouvelle-Espagne

Quand l’Espagnol Hernán Cortés est arrivé, aurait-il pu prévoir son triomphe ? C’est une question que je me suis souvent posée en parcourant le « centro ». Le 10 février 1519, quelques années après l’arrivée de Christophe Colomb, il débarquait sur la côte du Mexique depuis La Havane avec 10 navires, 400 soldats, 16 chevaux et une poignée de canons. En quelques mois seulement, le conquistador parvenait à faire tomber l’Empire aztèque et tous les peuples indiens qui s’étaient rangés derrière lui. Très rapidement, la modeste armée allait vaincre plusieurs milliers d’Indiens subjugués par l’allure chevaleresque et la technologie des combattants espagnols.

Le sang a coulé, mais il s’est mélangé. La fusion de deux peuples a donné naissance à la Nouvelle-Espagne. En ce sens, ce pays résulte moins de la conquête que de l’union forcée qui en a découlé. Il est moins le résultat d’une seule guerre que d’une relation amour-haine entre deux grands ennemis. Pour comprendre le Mexique, il faut toujours revenir à sa dualité fondatrice. Aujourd’hui, dans ce pays, les divisions ne sont pas vraiment culturelles ou religieuses : elles sont encore avant tout économiques. D’ailleurs, la vieille pyramide aztèque de la hiérarchie divine s’est fort bien adaptée au capitalisme…

Le vivre-ensemble est un fait

Mexico est donc une ville de mélanges qu’il ne faut pas confondre avec nos grandes mégalopoles rongées par le désenchantement. Mélanges de genres et de styles, mais surtout de peuples. Le métissage, le vrai, celui qui réunit et non folklorise, est une réalité observable à chaque coin de rue. En Amérique latine, le vivre-ensemble n’est pas une théorie inventée dans les universités. Ce n’est pas une lubie d’utopistes branchés. C’est un fait, une réalité tangible, quelque chose qui se vit au jour le jour. L’air sera toutefois moins lourd quand on trouvera les moyens d’enrayer la violence.

Le Mexique n’est pas, pour autant, épargné par le phénomène du racisme. Loin de là. Les postes importants sont rarement occupés par les héritiers directs des autochtones. Il suffit d’allumer la télévision ou de lire les journaux pour le constater. Dommage, car rien n’est plus beau que ce spectacle grandiose, que ce théâtre urbain de la mixité corporelle. Rouge à lèvres carmin sur des bouches aztèques. Tatouages ancestraux sur des jambes « espagnoles ». Regards castillans issus d’yeux en amandes. Mexico est une femme de braise, une passion qui dérange. C’est Victoria Sánchez, une fleur rouge dans les cheveux, que vous voulez combler de louanges.

L’Eldorado de la douceur violente

Mexico, c’est aussi quatre membres d’une famille sur une même mobylette. Des niños de 6 ou 7 ans, apparemment seuls, qui jouent de la guitare dans la rue pour gagner de quoi vivre ou faire vivre. Des vendeurs de cigarettes à l’unité qui vous sollicitent sur les terrasses des restos. Des pitbulls en liberté que des gens caressent au passage. Des vendeurs d’icônes de la Vierge et des hordes de policiers répartis aux quatre coins de la ville. Ce sont des taxis rose et blanc, des joueurs de musique en boîte et des ruelles fatiguées qu’il vaut mieux ne pas emprunter trop tard. De longues files d’attente devant les guichets automatiques.

Eldorado de la douceur violente, Mexico est une ville immense, gargantuesque, qui est restée fidèle à son double héritage. Un pied en Espagne, un pied dans les Amériques. C’est la capitale d’une civilisation en soi, à part entière, blottie sous un empire américain qui la craint. Que tous les regards se tournent vers elle, car Mexico incarne un monde qui ne doit jamais mourir.