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Une Somme de tueurs!

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Avec Il pleut des tueurs, Dominique Zay propose un thriller vif et inquiétant, ancré dans la bonne ville d’Amiens où il s’en passe des belles…


L’énigme d’un thriller peut déjà être difficile à résoudre lorsqu’il n’y a qu’un suspect et/ou un criminel. Dans Il pleut des tueurs, dernier roman policier de Dominique Zay, les assassins ou les assassins potentiels, on ne les compte plus tant ils sont nombreux ; d’où le titre.
Ancrée à Amiens, dans la Somme, que raconte l’histoire ?

Organisation mafieuse

Quand Clara, la nièce adorée d’Alban, est laissée pour morte, victime d’un chauffeur fugitif, il fait appel à son vieux camarade Yan Zadek, un détective privé très efficace mais un brin particulier. Le principal suspect, Julien Bacquet, est déjà inquiété pour un féminicide (le samedi 9 mars 2024, il a zigouillé sa légitime, Guyslaine Bacquet), meurtre dont s’accuse un certain Bruno Rousselot. On comprend que là, l’affaire se complique. La sexy sexa, Eugénie Klein, 68 ans, veuve depuis quinze ans d’un vieux mari riche et cardiaque, tente d’expliquer à Yan que Rousselot n’a rien à se reprocher puisque, le soir du méfait, « il était avec moi… dans mon lit. » Il est vrai que le Bacquet se révèle un personnage carrément horrible et peu recommandable : « Le peu de cas qu’il faisait de la nature humaine avait davantage diminué derrière les barreaux au contact de plus pourris que lui, et la seule chose qui trouvait grâce à ses yeux aujourd’hui résidait dans la visite de cette escort-girl ukrainienne qui venait le masser intégralement tous les samedis. » Coupable idéal ? Trop idéal ?

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Zadek cherche, s’accroche en bon enquêteur têtu. Il finit par découvrir, grâce à la toujours appétissante Eugénie, que derrière tout ça se cache une terrible organisation criminelle, une mafia sans morale aucune, Miss T, « c’est Thémis à l’envers, miss T/ Thémis, la déesse de la justice chez les Grecs, la loi divine (…) »

Bref et brutal

Pour certains, on s’en doute, cela se terminera très mal, très très mal… Yan, lui, à la faveur d’une promenade dans un parc, connaîtra un véritable coup de foudre pour Mona, une délicieuse métisse, qu’il retrouvera un peu plus tard et qui deviendra sa maîtresse : « Comme dans la chanson de Souchon, l’odeur de Mona serait dorénavant son alcool profond ».

Ce roman de Dominique Zay séduit par sa rapidité, ses chapitres uppercut d’une brièveté vivifiante, et par son intrigue bien ficelée. De plus, la ville d’Amiens y est parfaitement bien décrite jusque dans ses plus obscurs recoins. Un bon polar.

Il pleut des tueurs, Dominique Zay. Aubane éditions ; 198 pages.

Quand la voix de la France fait honte

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Le président Macron apparaît incapable de défendre les intérêts commerciaux français face à Donald Trump, et donne l’impression de légitimer la stratégie terroriste du Hamas en reconnaissant un État palestinien alors que des otages israéliens sont toujours retenus à Gaza.


« Déséquilibré » : c’est ainsi que la France a jugé, ce lundi matin par la voix du ministre des Affaires européennes, Benjamin Haddad, l’accord commercial conclu dimanche entre Donald Trump et Ursula von der Leyen, au nom de l’Union européenne. C’est à l’occasion de sa présence sur son golf écossais de Turnberry que le président américain avait convoqué la présidente de la commission européenne. La mise en scène, volontairement humiliante, a laissé voir la vassalisation de l’Europe. Celle-ci s’est notamment engagée, pour obtenir des droits de douane à 15%, à acheter aux États-Unis jusqu’à 750 milliards de dollars d’énergies diverses, à y investir 600 milliards et à acheter son armement militaire.

En qualifiant ce « deal » de déséquilibré, M. Haddad s’est évidemment fait le porte-voix d’Emmanuel Macron. Le coup de griffe contre la conduite de l’Europe laisse deviner les ambitions européennes du président français, en quête de rebond à l’issue de son mandat.

Dans sa prise de parole du 14 juillet, il avait notamment déclaré : « Pour être libre il faut être craint ; pour être craint il faut être puissant ». Mais Macron est-il ce qu’il croit montrer, notamment à travers une musculature très travaillée des biceps, à en croire les observateurs des petits détails signifiants ? Sur le plan intérieur, sa puissance relève de forfanterie. Jamais la France n’a été aussi vulnérable financièrement que sous sa présidence. Une pré-guerre civile, menée par les enfants-soldats de la contre-colonisation, a enflammé dernièrement des villes moyennes comme Limoges, Compiègne, Charleville-Mézières, Vendôme, Auch, Béziers.

A lire ensuite: Le macronisme s’est déjà tué lui-même…

Le « guide » qu’il rêverait d’être sur le plan européen ne correspond pas non plus au sens de l’histoire. A rebours de ses convictions supranationales et mondialistes, les peuples indigènes réclament davantage de protections, de frontières, d’égards pour leurs racines. Son bellicisme surjoué contre la Russie slave et chrétienne, dont il ne se résout pas à admettre qu’elle a gagné sa guerre contre l’Ukraine, est à comparer avec ses vils accommodements vis-à-vis de l’islam conquérant et judéophobe.

Le déséquilibre est bien la marque de sa politique extérieure et de sa faiblesse. L’annonce, le 24 juillet, de sa décision de reconnaitre un État palestinien en septembre est destinée avant tout à se rapprocher de la « rue arabe » au Proche Orient mais aussi en France, au détriment des Juifs. D’ailleurs, Macron a été immédiatement félicité par la Hamas qui y a vu « un pas positif ». Le parti de Jean-Luc Mélenchon a salué « une victoire morale ». La France semble convaincue d’obtenir, d’ici là, la libération des derniers otages israéliens, la reddition du Hamas, son désarmement, l’engagement des pays arabes à reconnaître Israël. Mais ce récit mirobolant n’est que l’effet de la mégalomanie d’un homme noyé dans son narcissisme. L’effet de la reconnaissance d’un État palestinien est de donner raison à la stratégie terroriste du Hamas, appliquée le 7 octobre 2023. Comme le rappelait l’historien Georges Bensoussan dans le JDD, la charte du Hamas appelle à purifier la Palestine de la « pourriture juive ». Macron fait honte.

Amour, gloire et beauté

Pour l’historien Franck Ferrand, l’esprit français se niche autant dans les jardins de Le Nôtre que dans le Tour de France, dans le savoir-vivre des salons comme dans le savoir-faire des bâtisseurs de cathédrales. Sa palette est aussi variée que les paysages et les terroirs qui composent notre beau pays.


Causeur. Qu’est-ce que l’esprit français selon vous ?

Franck Ferrand. C’est d’abord une disposition mentale, une manière fine et directe, rapide si vous voulez, de faire sourire aux dépens des idiots. Et puis c’est une posture ironique et frondeuse – songez aux mazarinades du XVIIe siècle, aux poissonnades du XVIIIe… Je mettrais par ailleurs sous ce terme une forme d’élégance morale, de panache à la Cyrano. Enfin il y a tout ce qui imprègne chez nous les arts et les lettres : une exigence de clarté, de mesure, d’équilibre – en un mot : d’intelligence. On doit pouvoir comparer l’esprit français à ce qu’a été, dans la Grèce antique, l’esprit athénien, opposé par sa douceur à l’esprit spartiate et, dans son essence, à l’esprit perse. L’acropole d’Athènes est certes grandiose, mais elle rayonne à taille humaine, tandis que le palais de Darius à Suse était conçu pour écraser. Vous retrouverez une légèreté comparable à Trianon, par exemple : comme une impression de grandeur aimable. Il y a dans l’esprit français quelque chose de la section d’or : je veux dire, un rapport de proportions. Si vous lisez des auteurs comme La Fontaine ou Mme de Sévigné, vous verrez ce que c’est que la simplicité, le naturel, la convenance, la civilité… Vous y retrouverez l’esprit d’Albert Samain dans ces vers sur Versailles :
Grand air. Urbanité des façons anciennes.
Mains royales sur les épinettes. Antiennes
Des évêques devant Monseigneur le Dauphin.
Gestes de menuet et cœurs de biscuit fin ;
Et ces grâces que l’on disait Autrichiennes…

Tous les éléments que vous mentionnez convergent vers un même souci de la forme.

Assurément. Les Français sont formalistes, sans doute, ils entretiennent avec l’esthétique un lien d’élection. Leurs productions se doivent d’être belles, non seulement pour le patron ou pour le client, comme disait Charles Péguy dans sa belle page sur le bâton de chaise, mais aussi en soi et pour soi. Il appelait cela « l’esprit des cathédrales », par référence aux constructions gothiques dont même les parties invisibles, placées tout en haut sous la voûte, étaient soignées à la perfection.

Question difficile : d’où cela vient-il ? Norbert Elias parlait d’un « procès [processus] de civilisation », ce long chemin par lequel passent les mœurs pour se raffiner, se policer… Un processus qui en France a eu pour cadre privilégié la cour royale et pour moteur la courtoisie – c’est-à-dire les bonnes manières, spécialement envers les dames. Il est certain qu’avec Anne de Bretagne, la cour s’est féminisée ; mais Aliénor d’Aquitaine avait depuis longtemps ouvert la voie, avec ses « cours d’amour »… L’une des dernières représentantes de ce long processus fut sans doute Mme de Genlis, qui à la Restauration devait faire paraître De l’Esprit des étiquettes, charmant ouvrage où l’esprit français souffle à chaque ligne.

Qui était-elle ?

Une de ces grandes dames qui, à la fin de l’Ancien Régime, ont fait briller l’esprit français. Proche des Orléans avant la Révolution, elle s’est trouvée en charge de l’éducation du jeune Louis-Philippe, avant de devenir, la tempête une fois calmée, l’éducatrice de ses enfants. Destinée limpide et emblématique ! Mme de Genlis était de celles qui possèdent les usages sur le bout des doigts, qui sentent d’instinct si l’on doit s’asseoir au fond, au milieu ou au bord d’un siège, en fonction de la personne que l’on a en face ; qui savent, selon l’occasion, s’il convient de saluer la maîtresse de maison avant de quitter son salon, ou s’il vaut mieux filer à l’anglaise…

C’est un peu futile, non ?

Nous y voilà… Je ne suis pas d’accord avec cela. Ces futilités apparentes procèdent au vrai d’une étonnante ambition : promouvoir une société du respect.

Et puis, ce qu’il y a de sérieux dans l’esprit français, c’est que sa forme épouse le fond des choses jusqu’à se confondre avec lui. Écoutez la musique française : vous n’y trouverez pas facilement la cérébralité d’un Bach, le souffle d’un Beethoven, le brio d’un Verdi. Mais dans son formalisme équilibré, dans ses grâces mélodiques, vous pourrez déceler tout le fruit – faussement futile – d’un long cheminement. Quand Ravel rentre du front, après la Première Guerre mondiale, il n’a rien de plus pressé que d’écrire un Tombeau de Couperin qui, tout moderne qu’il soit, s’inscrit dans une tradition. Même chose avec les philosophes français : on serait tenté de les juger moins créatifs, moins disruptifs que leurs homologues allemands ou nordiques ; Montaigne, Pascal, Rousseau, Tocqueville ou Alain parlent une langue si pure, si nette, si compréhensible, qu’elle paraît tirée d’une conversation de salon. Mais qu’on s’en imprègne seulement, et l’on verra tout ce que peut s’y cacher de profondeur. Trois paragraphes de Bergson valent bien souvent un livre entier de Heidegger.

Autre domaine que j’affectionne, vous le savez, et dans lequel s’épanouit l’esprit français : les arts décoratifs. Même notre mobilier le plus rocaille se tient éloigné de la folie qu’on voit dans certains palais de Venise. Prenez un cabriolet Louis XV, tout en courbes, avec quelques rinceaux et une petite coquille : jamais celle-ci ne viendra occuper la moitié du dossier, comme dans le baroque méridional. Parce qu’il est mesuré, notre formalisme amodie ce qu’il pourrait y avoir d’excessif dans la tendance du moment.

Est-ce qu’une partie de tout cela n’a pas disparu avec la royauté ? La Révolution n’a pas brillé par son sens de la mesure ou son amour de la beauté.

Dans son amorce et ses principes, la Révolution ne rompt pas, que je sache, avec l’esthétique. La Déclaration des droits de l’hommeest écrite dans une langue suprêmement élégante. Je viens de donner un spectacle sur les femmes de la Révolution, dans lequel ma partenaire, la comédienne Garance Bocobza, lisait des textes d’Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Manon Roland et Charlotte Corday ; le public a pu y découvrir de véritables trésors d’écriture ! Que la Révolution, à partir de 1792 et 1793, ait basculé dans tout ce qu’on sait, et que des merveilles aient été détruites au nom de l’idéologie, ne doit pas faire oublier l’affinité première des Lumières avec un certain raffinement. Bien sûr, la Révolution a mené vers le pouvoir et la richesse des strates sociales moins policées par les siècles… Bien sûr, l’empereur n’est plus aussi raffiné que le roi ; et lorsque Napoléon, grossier, demande à la duchesse de Richelieu si les perles qu’elle porte aux Tuileries sont vraies, il s’entend rétorquer : « Non, Sire, mais je me suis dit que pour venir ici, c’était bien assez. » C’est aussi cela, l’esprit français : le bon mot qui remet les choses – et les gens – à leur place…

Pour autant, je ne pense pas que le faubourg Saint-Germain, au temps de Marcel Proust, ait forcément moins brillé qu’à l’époque de Voltaire. La raréfaction de l’esprit français est venue plus tard, avec la massification de la culture et le rabotage des singularités – à notre époque, autrement dit…

Lecture dans un salon (ou La Lecture de Molière), Jean François de Troy, vers 1728 D.R.

Et vous ne voyez personne pour reprendre le flambeau ?

Vous savez aussi bien que moi que certaines personnalités s’ingénient toujours à le porter bien haut… Mais je constate que, bien souvent, c’est de l’étranger que nous viennent des appels à défendre et maintenir cette forme d’esprit. Des amis brésiliens, chinois, marocains ou autres me disent leur regret de voir reculer ce qu’ils ont admiré. Et quand j’entends mon ami belge Hippolyte Wouters faire briller la langue de Corneille, quand je le vois écrire des pièces entières en alexandrins, je me dis que nul n’est prophète en son pays et que de l’extérieur, peut-être, viendra le Salut…

Beaucoup de Français passent leur été avec vous, puisque vous commentez chaque année les merveilles patrimoniales du Tour de France. Peut-on retrouver quelque chose de l’esprit français dans cet événement sportif ?

En cultivant le paradoxe, on pourrait dire que le Tour de France en est une des dernières manifestations… Savez-vous qu’il s’agit, à l’échelle mondiale, du direct le plus regardé à la télévision – davantage même que les Jeux olympiques ? Nous sommes diffusés dans 190 pays ! Ce succès doit beaucoup aux exploits des coureurs, c’est vrai ; mais il est aussi un hommage plus diffus à la France dans toute sa variété. Lors du Tour, notre survol du peloton, de coteau en vallon, de plaine en bocage, finit par constituer une sorte de grand kaléidoscope de cette prodigalité.

Sacha Guitry, d’un chauvinisme souriant, a célébré dans Ceux de chez nous cette munificence. Un jour qu’il s’apprêtait à déjeuner avec Claude Monet et Auguste Rodin, les deux grands artistes, au moment de passer à table, se sont fait des politesses : « Passez donc… mais je n’en ferai rien, vous d’abord… » ; Monet finit par dire : « Pardon, mais je suis de 1840 » ; et Rodin : « Pardon, mais moi aussi ! » ; alors Monet : « Oui, mais je suis de novembre » ; Rodin : « Mais moi aussi ! » ; Monet : « Je suis du 14 » ; Rodin : « Moi aussi ! » Guitry s’est un peu arrangé avec les dates, mais il célébrait dans cette coïncidence un signe de l’incomparable richesse d’un pays capable de donner, le même jour, deux génies à l’humanité.

Parmi les paysages survolés par l’hélicoptère du Tour de France, certains vous touchent-ils plus que d’autres ?

Les jardins à la française. Vus du ciel, ils pourraient au premier abord avoir l’air ennuyeux. Ces grandes allées, ces étoiles, ces quinconces… Seulement voilà : quand on descend dans le jardin et qu’on se promène aux côtés de M. Le Nôtre qui en a livré la quintessence, le jardin à la française devient plus intéressant. D’abord il joue sur les masses et les volumes, crée des perspectives et des rythmes… Il fait alterner le plein et le vide, le grand et le petit, l’attendu et l’inattendu ; car en son cœur se dissimulent des bosquets, comme autant d’évocations de l’Éden. Ils peuvent même tolérer l’anecdote, à travers de petits jeux d’eau ou des aménagements pour rire… Oui, plus j’y pense, et plus je vois dans le jardin à la française un symbole vivant de l’esprit français dans ce qu’il peut avoir d’intelligent et de formel, mais aussi de surprenant.

Viols: pourquoi ajouter la notion de «consentement» dans la loi était une mauvaise idée

La présomption d’innocence est dans de jolis draps… « Le fait de ne pas dire non ne veut pas dire oui », postule le gouvernement par la voix de la maîtresse d’école Aurore Bergé, notre ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Une dérive inquiétante, déplore notre contributeur, avocat au barreau de Paris. Le Conseil constitutionnel devra examiner, et l’on peut l’espérer, censurer l’introduction du critère de consentement dans la définition du viol du Code pénal.


Sans étude d’impact préalable, nos législateurs ont cru bon de modifier le crime de viol en ajoutant aux critères de violence, contrainte, menace ou surprise, la notion de « consentement » ainsi exposée : « Le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable (…) il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime ».

L’enfer en est pavé…

Cette modification s’inscrit dans un souci de protéger les femmes des hommes prédateurs sexuels. Qui a priori serait contre ? Mais par définition, le violeur se moque du consentement. Il n’est pas dans l’idée de relation sexuelle, mais d’imposition sexuelle : violence, contrainte, menace ou surprise suffisent à caractériser cela. Or, il s’agit ici de légiférer sur un crime, le définir, et non pas de réglementer les relations sexuelles en général. Si dans certains cas, il est difficile de prouver la présence d’un de ces éléments, c’est parce que la vie privée est peu propice aux témoignages extérieurs. Si c’est parole contre parole, alors les poursuites pénales sont vouées à l’échec. En effet, notre loi oblige celle qui accuse à prouver. C’est un garde-fou qui protège tout le monde des accusations imaginaires ou malveillantes.

A lire aussi, Sophie Flamand: Gisèle Pelicot, Nahel: jusqu’où ira la glorification des victimes?

Or, non seulement l’introduction du consentement ne servira à rien pour condamner plus de violeurs, mais elle va obliger tous ceux qui ont des rapports sexuels à des précautions d’ordre obsessionnel dont les questions suivantes ne sont qu’un florilège : avant tout rapport, qu’est-ce que s’exprimer « spécifiquement » : « tu viens ? »  est-il suffisant ? « fais-moi ça » ?  « pas ça » ? La féminité purement passive ou le consentement par le silence sera-t-il toujours légal ? Pendant l’acte, la femme devra-t-elle s’exprimer activement, en permanence et avec enthousiasme, faute de quoi son silence serait perçu par l’homme comme le signe d’un viol en cours ? Faut-il enregistrer le consentement pour en garder la preuve ? En audio ou en vidéo ? Et conserver cette preuve pendant le délai de prescription de 20 ans après l’acte ?  Conserver comment et à quel coût ? N’est-ce pas une violation de la vie privée ? Ne se dirige-t-on pas vers le chantage potentiel permanent ? Les deux sexes auront-ils le droit de boire un peu ou beaucoup d’alcool avant de prononcer – et entendre – clairement le fameux consentement libre et éclairé ? Ou bien seul l’homme pourra boire ? Et si la femme boit, à partir de combien de verres, même volontairement absorbés, son consentement – ou sa rétractation – sera-t-il considéré comme n’étant plus libre et éclairé ?  

Belle vie sexuelle en perspective ! Et quantité de questions de gendarmes, de juges et d’avocats bien plus désagréables que celles jusqu’alors nécessaires à prouver seulement violence, contrainte, menace ou surprise.

Les propos étonnants du garde des Sceaux

À la tribune du Sénat le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a précisé : « Ce n’est pas un nouveau texte technique et juridique mais avant tout un texte de civilisation et d’humanité, surtout un texte d’espoir[1] ». Une telle déclaration est surprenante de la part d’un garde des Sceaux s’agissant d’un texte aux effets juridiques directs modifiant le Code pénal, lequel prévoit de très lourdes peines en cas de viol. Mais aussi très étonnante venant de Monsieur Darmanin : si la loi qu’il promeut aujourd’hui avait été en vigueur en 2018, il n’aurait peut-être pas bénéficié d’un non-lieu dans sa propre affaire de viol allégué. En effet, le non-lieu qui l’a libéré du collimateur de la Justice a été rédigé ainsi par le juge d’instruction : « Le défaut de consentement ne suffit pas à caractériser le viol. Encore faut-il que le mis en cause ait eu conscience d’imposer un acte sexuel par violence, menace, contrainte ou surprise[2] »

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Rendez-nous Nicolas Bedos !

On le voit, loin d’améliorer la répression du crime de viol, la nouvelle loi permettra de poursuivre pénalement des rapports sexuels ordinaires au nom du ressenti ou du quiproquo, et ce pendant vingt ans après les faits. Loi d’infantilisation et d’encadrement du pouvoir de séduction des femmes, elle va augmenter la défiance mutuelle entre les sexes, les poussant à un renoncement à la sexualité. Loi de culpabilisation du désir sexuel, elle va augmenter la frustration et les risques de violence et de dépression. L’onanisme, la pornographie, la réalité virtuelle et les services sexuels précis et tarifés ont donc de beaux jours devant eux !

Le Conseil constitutionnel devra examiner et on l’espère abolir cette disposition intrusive comme attentatoire au respect de la vie privée, à l’intimité de la vie privée, à la présomption d’innocence et au principe qu’il n’y a point de crime sans intention de le commettre.

Vice de Fond

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[1] Déclaration reproduite dans l’article de Simon Barbarit, site de Public Sénat, publication du 19 juin 2025 : https://www.publicsenat.fr/actualites/parlementaire/viol-le-senat-adopte-a-lunanimite-la-notion-de-non-consentement-dans-le-code-penal

[2] La motivation de ce non-lieu figure dans  Le Monde en date du 31 août 2018 « Plainte pour viol contre Darmanin : un juge ordonne un non-lieu » : https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/08/31/plainte-pour-viol-contre-darmanin-un-juge-ordonne-un-non-lieu_5348663_1653578.html

Le Neveu de Valère

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Ce roman est beau ; ce roman est fort. Il convie à une réflexion profonde et salvatrice. Avec Les passagers de la cathédrale, Valère Staraselski propose une manière de Neveu de Rameau. Sauf qu’ici, ils ne sont pas deux à converser, mais cinq, quatre hommes et une femme. Il y a François Koseltzov, un double de l’auteur, Louis Massardier, un ancien universitaire de haut vol, érudit, passionnant et passionné, Darius, ami iranien de François qui a passé dix-huit mois dans l’enfer des geôles de Khomeiny, Thierry Roy alias Chéri-Bibi depuis peu gardien au musée Carnavalet, et Katiuscia Ferrier, une jeune femme très sensuelle. Ils devisent aux abords de la sublime cathédrale de Meaux, ou au bord du canal de l’Ourcq, ou ailleurs. Ils dialoguent à propos de la vie, de la mort, de la spiritualité, de la politique… Tous sont terriblement émus par l’incendie de Notre-Dame de Paris.

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Ils se rencontrent à la faveur de l’enterrement d’un SDF anonyme grâce au collectif des Morts de la rue, ou lors d’une messe de minuit. Il est question du catholicisme et du communisme, de la foi et de l’engagement.

Mélenchon : « Le comédien de son idéal » 

L’auteur n’hésite pas à faire un audacieux et très juste parallèle entre le catholicisme et le communisme. « Dans ce roman, je rapporte ce que m’a dit Bernard Maris un soir : « Le communisme n’est qu’un christianisme athée. » Il l’a d’ailleurs écrit. Il y a eu les distanciations et condamnations récurrentes de l’Église contre l’émergence puis contre les expériences communistes. Expériences qui se sont trop souvent révélées, pour le moins, comme des religions sans miséricorde. Mais le communisme ne peut se ramener à une pédagogie établie sur des massacres comme le catholicisme ne peut se réduire à Torquemada ou à l’élimination des Incas. En outre, je constate qu’il y a aujourd’hui, parmi de nombreux autres catéchumènes, de plus en plus de jeunes militants communistes qui affichent leur foi. »

A lire aussi, Cyril Bennasar: L’enchantement du pèlerinage de Chartres

Il égratigne également une certaine gauche actuelle, radicalisée et intolérante. Ça fait un bien fou : « Quand j’étais jeune, on taxait la droite d’être la plus bête du monde. Ça s’est inversé. Et salement ! À gauche, le peuple a été évacué, la direction des partis de gauche (à l’exception du Parti communiste profond) est confisquée par les représentants des couches moyennes supérieures qui, pour se donner le beau rôle, sont prêts à tous les dénis et compromissions possibles, n’hésitant pas à jouer la logique des extrêmes. Cette « petite gauche », triomphante aujourd’hui, est limitée et fière de l’être et le paie cash dans les urnes. Mélenchon n’est, selon le mot de Nietzche, que « le comédien de son idéal ». Seulement son idéal n’est commandé que par la vanité. Ce personnage qui fascine les foules du ressentiment est donc non seulement vain et destructeur pour son propre camp mais néfaste et dangereux pour la France. »

La parole de Staraselski, à l’instar de son roman, ne manque pas de panache.

Les Passagers de la cathédrale, Valère Staraselski, Le Cherche Midi, 2025. 256 pages

Les passagers de la cathédrale

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Hermann Graebe, les leçons d’un Juste oublié

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Le député LFI Aymeric Caron a écrit sur son compte X le 26 mai 2025: « Ce qu’on peut dire sans trop se tromper, c’est qu’il y a peu de différence entre l’armée israélienne et celle de l’armée nazie ». Puisque la journée commémorative du 20 juillet honorait aussi les Justes, je vais rendre hommage à un Allemand qui a vu l’armée nazie en action pour répondre à cette phrase qui est une ignominie. 

Il y a quarante ans, Yad Vashem décerna le titre de Juste parmi les Nations à Hermann Graebe. Les seuls Allemands à avoir alors reçu ce titre attribué depuis peu étaient un industriel de Cracovie et un héroïque soldat de la Wermacht, Anton Schmidt, fusillé par la Gestapo pour l’aide qu’il avait apportée aux Juifs.

Hermann Graebe, quand il planta un des premiers arbres de l’allée des Justes, venait de San Francisco. Depuis 1948 il s’y était exilé car sa vie était menacée en Allemagne. 

Nous sommes à Nuremberg le 26 juillet 1946 au procès des dirigeants nazis, et c’est au Procureur anglais de parler. Pendant plusieurs mois de débats, on n’avait guère entendu les victimes. La justice de l’époque était focalisée sur la preuve écrite et se méfiait de toute irruption de subjectivité dans l’enceinte du tribunal. Ce n’est que quinze ans plus tard, avec le procès Eichmann, comme l’écrira Annette Wieviorka, que commencera l’ère du témoin. Mais cette après-midi-là, Sir Hartley Shawcross insère dans son réquisitoire des fragments d’un témoignage déposé par un ingénieur allemand devant les autorités Alliées. Hermann Graebe travaillait dans une entreprise d’infrastructures ferroviaires dans la région de Lwow en Ukraine, alors occupée par l’Allemagne après l’invasion de l’URSS.

A lire aussi, Gil Mihaely: Gaza: la faim et les moyens

Le 5 octobre 1942 il était à l’aérodrome de la petite ville de Dubno quand des Juifs de la localité y ont été amenés. Voici ce qu’il écrit: 

«Le chef d’équipe et moi-même sommes allés directement vers les fosses. Personne ne nous en a empêchés. Les gens qui étaient descendus des camions – des hommes, des femmes et des enfants de tout âge – ont dû se déshabiller sur ordre d’un SS qui tenait une cravache. Ils ont dû déposer leurs vêtements à des endroits précis, triés selon leur nature. Sans crier ni pleurer, ces gens se déshabillaient, se tenaient groupés en familles, ils s’embrassaient, se disaient adieu et attendaient un signe d’un autre SS qui se tenait près de la fosse, tenant un fouet dans sa main. Durant les quinze minutes où je suis resté, je n’ai entendu aucune plainte ou demande de grâce. Je regardais une famille de huit personnes, un homme et une femme  avec deux grandes jeunes filles. Une vieille femme aux cheveux blancs portait un enfant âgé d’un an tout en lui chantant et le chatouillant et le bébé gazouillait avec délice. Les parents regardaient, les larmes aux yeux. Le père tenait par la main un garçon d’environ dix ans et lui parlait doucement, tandis que l’enfant retenait ses larmes. Le père a montré le ciel, lui a caressé la tête et a semblé lui expliquer quelque chose. 

À ce moment-là, le SS près de la fosse a crié à son camarade. Celui-ci a compté une vingtaine de personnes et leur a ordonné d’aller derrière la butte de terre. Parmi eux se trouvait la famille que je viens de décrire. Une jeune fille passant devant moi, s’est désignée et a dit: « vingt-trois ans ». 

J’ai contourné la butte et je me suis trouvé devant une fosse épouvantable. Les gens étaient empilés les uns sur les autres et seules leurs têtes, d’où le sang coulait, étaient visibles. Certains bougeaient, levaient les bras et tournaient leur tête. La fosse était pleine presque aux deux tiers. J’ai estimé qu’elle contenait un millier de personnes. J’ai regardé l’homme qui avait procédé aux exécutions. C’était un SS, assis au bord de l’extrémité étroite de la fosse, les pieds ballants dans la fosse. Une mitraillette sur ses genoux, il fumait une cigarette. Les gens, entièrement nus descendaient quelques marches dans la paroi de la fosse et grimpaient sur la tête de ceux qui gisaient déjà là, vers où le SS les dirigeait. Ils se couchaient face aux morts ou aux blessés, certains caressaient ceux qui étaient encore en vie et leur parlaient à voix basse. Alors j’ai entendu une série de coups de feu. J’ai regardé dans la fosse et j’ai vu que les corps frémissaient ou que les têtes gisaient déjà, immobiles au-dessus des corps couchés dessous. Le sang coulait de leur nuque. Le groupe suivant s’approchait déjà. Ils sont descendus dans la fosse, se sont alignés par-dessus les victimes précédentes et ont été abattus »…

Hermann Graebe ne s’était pas contenté de témoigner. Il avait agi dès avant le massacre de Dubno pour protéger les Juifs employés par son entreprise, leur obtenir des « certificats d’indispensabilité », si besoin les cacher ou, plus tard, les mener lui-même à grands risques personnels vers des lieux où ils pouvaient rejoindre les troupes soviétiques.

A lire aussi, du même auteur: New York: la plus grande ville juive du monde peut-elle élire maire Zohran Mamdani?

En octobre 1947, son témoignage fut lu de nouveau au procès des chefs des Einsatzgruppen,  ces unités qui ont assassiné probablement plus de deux millions de personnes, ce qu’on appelle aujourd’hui la Shoah par balles. Yahad in Unum, l’équipe de Patrick Desbois, continue  de recueillir les paroles des témoins ukrainiens survivants, qui corroborent parfaitement ce que Hermann Graebe a écrit.

Mais son témoignage eut pour lui et sa famille des conséquences dévastatrices. Dans l’Allemagne d’après-guerre, imprégnée de propagande raciale, dont douze années d’endoctrinement fanatique, la population ne voulait pas accepter de responsabilité. Les grands dirigeants avaient été pendus, ce n’était qu’une justice des vainqueurs, mais au fond, il y  avait une logique, car ces hommes n’avaient pas su éviter la défaite. Mais les chefs des Einsatzgruppen, ces officiers  patriotes, ces intellectuels fidèles à  leur serment d’obéissance, seul un traitre pouvait s’en prendre à eux. Les accusations resurgiront plus tard, en 1966,  quand Hermann Graebe fut vicieusement accusé de faux témoignage dans une cabale à laquelle s’associa le journal  le plus célèbre de l’époque, le Spiegel. Il ne retourna jamais dans une Allemagne qui continue de n’accorder à cet homme admirable qu’une chiche reconnaissance, peut-être parce qu’il  n’a pas trouvé son Spielberg.

L’histoire de Hermann Graebe nous amène à quelques brûlantes considérations.

La première, c’est qu’elle révèle ce qu’est un génocide. Je ne parle pas ici de la définition légale, par laquelle, suivant un spécialiste, on pourrait légitimement appeler génocide l’assassinat prémédité de trois individus du moment qu’il est effectué parce qu’ils appartiennent à un groupe national, ethnique, racial ou religieux donné. Non, je parle ici de ce que représente le génocide dans la psyché humaine, le crime le plus atroce qui soit, celui dont ses ennemis, enclenchant l’accusation et se moquant des garde-fous de sa définition juridique, tambourinent Israël pour lui imposer une opprobre morale aussi injustifiée qu’insupportable. Accuser les soldats israéliens de ce que les soldats nazis  ont fait à Dubno et ailleurs dévoile le monde de mensonges où vivent Aymeric Caron et consorts.

La seconde, c’est la pérennisation d’une vision du monde manichéenne comme celle que les nazis ont instituée en Allemagne, à rapprocher, de façon probablement encore plus caricaturale, de celle avec laquelle les habitants de Gaza ont été biberonnés par le Hamas. Il ne faut même pas chercher des exemples si extrêmes: l’endoctrinement idéologique inculqué par des partis d’extrême droite ou d’extrême gauche compétents dans la manipulation mentale ne disparait pas dans un débat démocratique: quand on ne veut pas savoir, on ne sait pas car la vérité qui démantèlerait les certitudes du passé serait trop difficile à supporter. Cela a longtemps été le cas pour la population allemande. Hermann Graebe en a fait les frais. Cela risque d’être plus longtemps encore, parce que la religion s’en mêle, le cas de la population de Gaza.

La troisième considération est redoutable: nous-mêmes, défenseurs d’Israël, ne sommes-nous pas pris dans des ornières qui nous empêchent de voir la réalité? 

Je pense qu’il y a  des drames de la faim à Gaza  mais je ne crois pas du tout à une famine orchestrée. Parce que j’ai une confiance absolue dans la moralité de l’immense majorité des soldats de Tsahal et de leur direction, élevés dans une société du débat où de telles intentions ne pourraient pas être acceptées. Parce que j’ai une méfiance tout aussi absolue dans les témoignages de personnes qui ont un lien de dépendance, directe ou indirecte avec le Hamas, et cela inclut malheureusement les journalistes soi-disant indépendants et les membres d’institutions internationales qui ont fait leur choix il y a longtemps, d’être les faire-valoir d’une idéologie totalitaire et fanatique. Parce que les famines épouvantables du Soudan et du Yémen ne génèrent aucun intérêt international. Parce que les difficultés alimentaires ont été aggravées par la tactique du Hamas qui en a fait une arme de combat médiatique et de domination économique. Parce qu’il s’agit d’une guerre, que cette guerre a été déclenchée par le Hamas et parce qu’elle pourrait être arrêtée instantanément s’il libérait ses otages. Parce que, enfin, contrairement à la Shoah où le négationnisme international a commencé 25 ans après le dévoilement des crimes, le négationnisme de la responsabilité du Hamas a commencé le 8 octobre 2023, le jour qui a suivi le crime génocidaire et qu’il repose sur une ahurissante inversion victimaire.

Herman Graebe a été un Juste à l’époque nazie. Je suis sûr qu’il y a eu, et j’espère qu’il y a encore des Justes à Gaza. Seule une victoire israélienne leur permettrait de témoigner…

Roman national: «On ne peut pas priver les enfants d’un tel vivier d’histoires!»

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On ne présente plus le célèbre Puy du Fou, parc à thème internationalement reconnu et favori des Français. Mais derrière les reconstitutions historiques grandioses qu’il propose, se cache aussi depuis 2023 une maison d’édition, qui s’est lancée en avril dans une nouvelle aventure : un mensuel pour enfants ! Nous avons rencontré la rédactrice en chef, passionnée d’histoires et d’Histoire, la romancière Gwenaële Barussaud.


Causeur. Petits lecteurs, grandes histoires… Votre mensuel Le Panache appartient au groupe éditorial « Le Puy du Fou ». Quelles sont ses ambitions et quelle est la ligne éditoriale de ce nouveau magazine ?

Gwenaële Barussaud. Depuis sa création, le Puy du Fou a toujours raconté des histoires pour faire connaître et aimer l’Histoire de la France. L’édition est donc apparue comme un canal supplémentaire idéal pour prolonger cette ambition et offrir à cette transmission culturelle le support le plus pérenne : celui du livre. La ligne éditoriale de Puy du Fou Éditions s’inscrit dans la lignée de celle des spectacles offerts par le parc : il s’agit de raconter la France dans toutes ses dimensions, culturelles, géographiques, historiques, pour faire découvrir aux lecteurs les richesses du patrimoine français, avec une exigence narrative et esthétique.

Vous-même êtes dans cette aventure depuis le début ?

Presque ! Je suis arrivée au Puy du Fou via son école, Puy du Fou Académie, en 2023. J’y ai enseigné avant de rejoindre le projet Panache, qui a rencontré à la fois mon goût pour la création, les histoires, mon besoin de transmission et l’intérêt que je porte à la jeunesse depuis toujours.

Comment est apparue l’idée de créer un mensuel pour enfants ?

C’est une idée qui émane d’une réflexion commune à l’école et à l’édition : offrir à la jeunesse un support pour nourrir son imagination, assouvir son besoin d’émerveillement et développer le goût de la lecture. Par mon expérience de lectrice et de romancière, je sais à quel point les histoires jouent un rôle fondamental dans la formation de la personnalité : quelle lecture « adulte » peut se targuer de laisser une empreinte aussi profonde qu’une lecture jeunesse, qui a l’avantage des premières fois ? Par ailleurs, un magazine offre deux avantages : par sa variété, il s’adapte à tous les profils de lecteurs ; par sa périodicité, il propose un rendez-vous régulier et crée un lien durable. C’est donc le format idéal pour accompagner la jeunesse dans ces années charnières !

Pourquoi l’Histoire de France ?

D’abord parce qu’elle est un terreau inépuisable. J’ai écrit une cinquantaine de romans historiques et je m’étonne de trouver encore tant de sujets à développer ! Quand on promène son imagination devant une chronologie de l’Histoire de France, on constate qu’elle s’embrase à chaque époque. On ne peut pas priver les enfants d’un tel vivier d’histoires ! Ensuite parce qu’elle nous rappelle que nous ne sommes pas des électrons libres, mais que nous nous inscrivons dans la chaîne multiséculaire d’une histoire grandiose et tragique. Chaque lecteur du Panache peut éprouver par sa lecture le legs immense dont il est le dépositaire, pour le perpétuer et, plus tard, le transmettre à son tour.

Vous développez des thèmes spécifiques, comme les voyages de La Pérouse ou le chemin de fer. Comment les choisissez-vous?

Chaque thème du Panache raconte un aspect de la France : sa géographie (le littoral, les forêts françaises, Paris…), ses personnages (La Pérouse, les reines), ses inventions (le cinéma) et son histoire, évidemment ! Nous aimons aussi mettre en avant des passions typiquement françaises : le train, la gastronomie, les cafés… Nous essayons de nous adapter au calendrier annuel (Noël et la montagne l’hiver, les voyages et les plages l’été) et de varier les époques abordées.

Pensez-vous que l’Histoire de France soit mal connue des enfants ?

La question n’est pas tant la connaissance que l’adhésion affective. Nous contribuons, à notre échelle, à la diffusion de cette connaissance. Mais nous souhaitons surtout faire aimer cette histoire en en soulignant son caractère éminemment singulier et romanesque. Moi-même, j’ai aimé passionnément l’Histoire non en lisant des documentaires, mais des romans de Victor Hugo ou Alexandre Dumas. Ce furent mes meilleurs professeurs. Je suis toujours étonnée de voir à quel point certains destins, certaines époques de l’Histoire de France semblent avoir été écrits par un romancier particulièrement inspiré. Quel roman que ma vie ! constatait Napoléon à Sainte-Hélène. Connaissant l’appétence naturelle des enfants pour les histoires, Le Panache se propose de leur raconter celles qui ont façonné la France pour les émerveiller et les émouvoir.

A lire aussi: À la recherche de l’esprit français

Quel type de lectorat visez-vous ?

Le Panache s’adresse à tous les enfants de 8 à 13 ans, sans aucune restriction. Et bien sûr à tous les adultes qui ont gardé une âme d’enfant.

Y a-t-il une spécificité au Panache que l’on ne retrouve pas dans les autres publications destinées à la jeunesse ?

Sa ligne éditoriale – raconter la France – lui est spécifique. Par ailleurs, il n’existe pas pour cette tranche d’âge de revue proposant ce que nous voulons transmettre : le goût de l’Histoire, de l’aventure, l’héroïsme. Enfin, nous sommes fiers d’offrir une création 100 % française avec une haute exigence esthétique.

Comment recrutez-vous vos auteurs ?

C’est une question importante car, au-delà du souci des lecteurs qui nous anime en premier lieu, nous avons à cœur d’encourager la création française en mettant en valeur des auteurs et dessinateurs de talent, parfois inconnus, parfois confirmés. Les canaux de recrutement sont divers. Mon travail dans l’édition depuis quinze ans m’a permis de développer un réseau d’auteurs que j’admire ; certains sont devenus des amis que je contacte lorsque je devine que tel thème les inspirera. Par ailleurs, des auteurs m’ont envoyé spontanément une proposition de collaboration à la naissance du Panache. Enfin, je travaille aussi avec des élèves du lycée Puy du Fou Académie dans le cadre d’ateliers d’écriture. Une nouvelle rédigée par une élève sera publiée pour la première fois dans Le Panache de novembre, c’est une joie et une fierté !

Est-ce que Monsieur de Villiers intervient dans le processus rédactionnel ?

Philippe de Villiers n’intervient pas dans la rédaction du Panache, mais il soutient le projet depuis sa genèse. Je sais qu’il le lit, mais j’ignore s’il résout toutes les énigmes policières !

Quels sont les retours de vos jeunes lecteurs ?

Ils sont à la fois nombreux et enthousiastes ! Nous recevons une centaine de lettres chaque mois et ces retours, par leur spontanéité et leur authenticité, s’avèrent être le meilleur des moteurs. Je suis particulièrement touchée de voir à quel point les enfants se sont attachés aux mascottes du Panache et aux personnages de la bande dessinée Jacques, Vic et Otto. On devine que ces héros sont devenus, peut-être pas des modèles, mais sans doute des exemples et sûrement des amis. Par ailleurs, nous recevons aussi des lettres vraiment touchantes de parents et grands-parents qui nous disent le vif intérêt qu’ils prennent eux aussi en lisant le magazine.

Quels sont vos objectifs pour les années à venir ?

Nous espérons que Le Panache va poursuivre son rayonnement auprès de tous les enfants de France ! Le 5 novembre prochain sera une grande date, car nous publierons la bande dessinée Les Aventures de Jacques, Vic et Otto, premier ouvrage de Puy du Fou Éditions disponible dans toutes les librairies. Et puis nous espérons pouvoir ensuite créer des magazines pour les autres tranches d’âge afin de suivre nos abonnés dans leur croissance !

Comment est composé Le Panache ?

L’avantage d’un magazine, c’est qu’il offre une grande variété de formats de lecture. Chacun doit pouvoir y trouver une porte d’entrée, selon son niveau et ses goûts ! Le Panache propose ainsi une Grande Histoire illustrée en lien avec le thème mensuel, des rubriques documentaires (arts, géographie, gastronomie…), et huit planches de BD inédites, qui racontent par épisodes le périple de deux enfants dans la France de la Libération. On y trouve aussi une énigme, des tests, des recettes… bref, tous les ingrédients d’un rendez-vous mensuel vivant pour « instruire et plaire » dans l’esprit de la tradition pédagogique à la française !

Détails et abonnement ici.

Ma France

Notre chroniqueur ne prend apparemment des vacances que pour trouver des sujets de chronique. Séjournant actuellement en Bretagne, il nous en envoie une carte postale tricolore que la direction internationaliste de Causeur a saisi du bout des doigts, pour ne pas être contaminée…


Peut-être vous souvenez-vous :

« De plaines en forêts, de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
Je n’en finirais pas d’écrire ta chanson
Ma France
Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
Quelque chose dans l’air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France… »

Jean Ferrat a créé cette chanson en 1969. Il était alors communiste, et personne, au PCF, n’a eu l’idée de lui reprocher d’exalter un pays pour lequel « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas » étaient morts.
Aujourd’hui, n’y comptez plus. Nous vivons une époque curieuse où les gens de gauche (ou qui s’y croient) sont prêts à vilipender Ferrat et la France. Ils reprocheront au poète d’exalter la nation (quelle horreur !), le terroir (« Fasciste ! Viandard ! Agriculteur, va ! ») et les moments les plus patriotiques du pays : « La patrie, une invention masculiniste, paternaliste, dominatrice et colonialiste ! » assurent les gagas islamo-bobo-gauchisto-intersectionnels.
C’est ce que j’appelle l’Instant Orwell, où toutes les valeurs sont comprises à l’envers : La Liberté, c’est l’Esclavage, l’Ignorance, c’est la Force et l’amour du pays, c’est la haine mondialisée.
Et les intellectuels de gauche, s’il en reste, sont le degré zéro de l’intellect.
Et, accessoirement, de la gauche. Demandez à Ferrat. Demandez à Georges Marchais, qui se battait contre l’immigration, parce qu’il savait bien qu’on avait ouvert les portes pour faire disparaître les ouvriers français — c’est fait. Demandez à tous ceux que quarante ans de gauche a enfermés dans les ghettos où ils étaient nés — pendant que leurs propres enfants obtenaient des dérogations pour fréquenter tel ou tel de ces lycées, privés ou publics, où se confinent les élites auto-proclamées.

A lire aussi: Le goût du large!

Je reviens de Bretagne, où j’ai passé quinze jours miraculeusement beaux, de forêts hercyniennes en enclos paroissiaux, de côtes de granit rose en landes sauvages, me régalant de fraises de Plougastel et d’oignons roses de Roscoff — entre autres.
Avec ma moitié qui est mon tout, nous avons fait le projet, depuis quelques années, de passer des vacances, courtes ou longues, dans des régions que nous n’avons pas encore explorées. En fait, de nous aimer dans chacun des départements français — excepté Paris, peut-être, parce que la « ville-monde », comme disent les géographes, a divorcé d’avec la France il y a vilaine lurette.
Alors cet été la Bretagne, en avril dernier la Creuse, hier le Gers, avant-hier l’Alsace (ah, ce jarret braisé et confit au melfort dégusté à Strasbourg !), ou la Corse, ou le Jura, aux cascades du Hérisson… Sans oublier les Cévennes, sur les traces de Stevenson, ni les oranges amères qui bordent les allées à Menton, ni…
La France est inépuisable.

Il y a quelques années, ce grand couillon de Claude Askolovitch fustigeait un mien ami gastronome parce qu’il exaltait la cuisine des terroirs — un réflexe pétainiste, paraît-il. Réfléchissez-y à deux fois avant de vous résigner à la salade de quinoa mal cuit : la cuisine française est l’une des meilleures au monde, et seule une conspiration de bobos alter-mondialistes récuse l’onctuosité d’une daube ou d’un gigot de sept heures mariné dans un côtes-du-Ventoux charpenté nourri de thym et de romarin, de noix de muscade, de baies de genièvre, de clous de girofle, d’une bonne cuillérée de gingembre et d’un peu de sucre, un gigot dans lequel vous avez injecté à la seringue un mélange de jus d’orange et d’armagnac (recette à disposition). La France aime la viande — la mienne, la vôtre, celle de Ferrat, celle de ceux qui aiment la France : la table est un drapeau pour les vrais patriotes. Et l’odeur des côtes grillées au barbecue flatte les narines des vrais dieux, si elle offusque celles de Sandrine Rousseau.

A lire aussi, Elisabeth Lévy et Jonathan Siksou: À la recherche de l’esprit français

La France aime aussi son histoire et sa culture. Châteaux édifiés haut pour résister aux Anglais, cadets de Gascogne, volontaires de 93, le jeune Bara mourant pour la République, patriotes d’août 14, harkis mourant pour la libération du pays — une plaque célèbre leur sacrifice sur le monument aux morts de Béziers. Et Hugo, Voltaire, Rabelais, Chrétien de Troyes, Corneille, Racine, La Fontaine, Flaubert, Maupassant — tous effacés peu à peu des programmes au profit d’Annie Ernaux, d’Edouard Louis et de Virginie Despentes.

Elisabeth Borne, actuel ministre de l’Education, devrait se rappeler quelles références bien françaises lui ont permis de réussir Polytechnique et les Ponts et Chaussées, et les imposer aux enfants abêtis par quarante ans de pédagogisme, et livrés aujourd’hui à des maîtres largement ignorants. La culture française a permis à la fille de Joseph Bornstein de devenir Premier ministre, et à Jean Tenenbaum de devenir Ferrat : la vraie assimilation passe par la culture, par la cuisine, par l’amour des paysages — pas par le repliement sur les billevesées d’un chamelier fou de soleil.

L'école sous emprise

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Paris enthousiaste, Paris mouillé, Paris réconcilié, plébiscite le Tour

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Pour la première fois passé par la butte Montmartre, ce Tour de France 2025, considéré comme l’un des plus palpitants de l’histoire récente par notre chroniqueur, s’est conclu par une victoire magistrale de Wout van Aert sur une dernière étape épique sous la pluie parisienne…


Assurément, osons le dire, n’hésitons pas à être dithyrambique, et que les acrimonieux qui ne veulent y voir qu’une « farce » à cause du soupçon récurrent de dopage ravalent leur bile, le Tour de France est beaucoup plus qu’une épreuve sportive.

Le mythe

Quel événement au monde peut se targuer en effet de rassembler tout au long de son parcours, pendant trois semaines un public aussi nombreux, impossible réellement à estimer, joyeux, bon enfant, facétieux, de tout âge et sexe, brandissant une multitude de drapeaux souvent inconnus, d’exploser les après-midis de juillet l’audimat, d’être suivi à la télé à des heures pas possibles à cause du décalage horaire en Asie, en Afrique et aux Amériques, même dans les îles les plus isolées du Pacifique ?

Dans les années 60, l’écrivain Roland Barthe, dans son livre Mythologies l’avait qualifié de dernière « épopée » dans une société sur-administrée. Probable, mais aujourd’hui, ce qui est sûr c’est qu’il est le plus grand événement mondial, toutes catégories confondues.

Aucune manifestation culturelle ou politique ne peut lui être comparée. Même les grands succès cinématographiques hollywoodiens ne rivalisent pas avec lui. En 2024, selon différentes sources concordantes, dont France Sport Expertise (FSE), un regroupement d’entreprises françaises, il avait été vu par 3,5 milliards de téléspectateurs cumulés… Seules les cérémonies d’ouverture et de clôture des JO et les deux finales des coupes du monde de foot et de rugby font mieux que la Grande boucle. Mais elles n’ont lieu que tous les quatre ans… Et le Tour, c’est tous les ans. Depuis sa création en 1903, le Tour n’a pas été couru à deux reprises : pendant les deux guerres mondiales.

Derniers feux

Dans une France qui a été chassée de son pré-carré africain, qui ne fait plus entendre sa voix sur la scène internationale, plus particulièrement moyenne-orientale, et ce depuis le mémorable discours anti-guerre du Golfe à l’ONU de Dominique de Villepin prononcé avec fougue à l’instigation de Jacques Chirac, que sa capitale n’est plus celle des arts et des lettres, n’est plus cette fête que célébrait Ernest Hemingway, le Tour est la dernière survivance de son feu rayonnement. Le Tour est l’ultime étendard d’une singularité nationale qui se dissout.

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C’est sans doute pour cela que, dimanche, lors de la 21ème et ultime étape de cette 112ème édition, que Paris enthousiaste, Paris mouillé, Paris réconcilié, Paris festif[1], l’a plébiscité ! Et le Tour le lui a bien rendu en lui offrant une course homérique, digne de Dante. La rue Lepic qui mène au sommet de Montmartre où trône le Sacré-Cœur, est entrée dans la légende vélocipédique, au même titre que les grands cols, tels que le Tourmalet, le Galibier, le Ventoux…

C’est là, sous une pluie battante, sur un pavé glissant, sous les acclamations incrédules d’un public qui n’en attendait pas tant, sur ce « volcan en éruption » dixit Le Figaro, que le vainqueur, Wout van Aert, a dompté le vorace maillot jaune, Tadej Pogačar, qui de toute évidence la voulait cette étape.

Pas de temps mort

La victoire de Van Aert en solitaire est le résultat d’une habile tactique et aussi consécutive à un excès de suffisance de Pogacar. Le temps ayant été gelé par l’organisation à cause d’une chaussée glissante au troisième passage sur la ligne d’arrivée, son leader, second au général, Jonas Vingegaard, qu’il devait protéger jusqu’à la fin, lui a laissé carte blanche pour jouer la sienne et l’a jouée en maître tacticien car pour gagner il faut des jambes mais surtout une tête.

En résumé, au premier passage au sommet de Lepic, Julian Alaphilippe a déclenché les hostilités ; Pogacar a riposté sans faire la décision ; au deuxième passage, ce dernier, sûr de lui-même, son erreur, est passé à l’offensive pensant terminer en solitaire, comme à son habitude, et asseoir sa gloire. Mais, Van Aert était aux aguets et l’a neutralisé, lui portant un coup certain au moral. Et au troisième franchissement du haut de la butte de Montmartre, il lui a alors porté l’estocade fatale. Mais ce panache dont a fait preuve Pogacar a été aussi une sorte de cadeau qu’il a offert à un public ébahi de le voir dans ses œuvres… non plus à la télé mais bel et bien sur le vif.    

Ainsi il a contribué à faire de cette étape une étape d’anthologie dans un Tour d’anthologie qui depuis son départ de Lille n’a pas connu le moindre temps mort, un Tour qui marque un tournant dans l’histoire de la Grande Boucle. Les deux équipes les plus riches, UEA et Wisma, celles du premier et second au général, ont pratiquement tout raflé, ne laissant aux autres que les accessits. Nous y reviendrons rapidement dans ces colonnes, sur ce nouveau cyclisme, dont ce Tour 2025 est l’annonce… À suivre…


[1] Plagiat de la célèbre citation de de Gaulle prononcée à l’hôtel de ville de Paris, évidemment: Paris outragé, Paris brisé, Paris, martyrisé, Paris libéré…

Chasseurs de têtes nazies

Michel Tedoldi publie en poche son enquête « Un pacte avec le diable – Quand la France recrutait des scientifiques nazis » (Albin Michel)


Note secrète

1945 : l’armée de de Lattre occupe le sud-ouest de l’Allemagne et tend à maintenir si ce n’est à étendre son « pré-carré ». Joliot-Curie et une myriade d’organismes scientifiques et administratifs français vadrouillent dans l’aire d’occupation française, prenant progressivement conscience du potentiel en chercheurs, savants et matériels de tous ordres que recèle la zone. De Lattre ne sait que faire (si ce n’est, dixit Michel Tedoldi, organiser d’inutiles fiestas sur les bords du lac de Constance). Et de Gaulle, dans son style à la fois très écrit et ferme, de lui dicter ses instructions dans une note secrète qu’il y a lieu de transcrire in extenso tant elle condense bien tout ce qui est alors en jeu pour la France :

« Toute reconstruction en Allemagne serait destinée tôt ou tard à échapper aux organes de contrôle français ou alliés. Les bénéfices à retirer des travaux dans ces centres de recherche avec mainmise théorique de notre part seront faibles vis-à-vis des dangers certains que présente pour l’avenir leur remise en route. Aussi convient-il de rechercher la destruction sur le sol allemand de toutes possibilités de ce genre. Parallèlement, il faut s’efforcer de les reconstituer en France, avec le matériel ramené d’Allemagne, et attirer certaines personnalités scientifiques particulièrement qualifiées [c’est nous qui soulignons]. Il y a lieu de remarquer à ce propos que les Alliés ont déjà amorcé une politique d’absorption des meilleurs éléments. Dans ce but, il y aura lieu de transférer en France les scientifiques ou techniciens allemands de grande valeur pour les interroger à loisir sur leurs travaux et, éventuellement, les engager à rester à notre disposition. »

Rivalités

Pour résumer la suite des évènements, nous énoncerons la chose ainsi : c’est cette « éventualité » qui va devenir « généralité ».

De cette course-poursuite aux savants allemands « maudits », mais dont la ‘‘malédiction’’ va fondre au profit de la conscience de la ‘‘bénédiction’’ que constituerait leur collaboration à la recherche et en quelque sorte à l’œuvre scientifique française durant les Trente Glorieuses en matière militaire et civile, principalement aéronautique et spatiale, il va résulter ceci :

  • une rivalité accrue entre Français, Britanniques et Américains, chacun lorgnant le voisin, chacun cherchant le moyen d’attirer dans sa zone sa proie (savante et allemande), chacun, jaloux et sans foi, en tout cas sans respect du droit international, n’hésitant pas à aller la kidnapper chez le voisin et néanmoins « Allié » ;
  • un réel accaparement par la France (sans parler de tous les autres, partis sous d’autres cieux et au service d’autres puissances, y compris soviétiques) de savants, chercheurs ou chercheurs-industriels allemands – dont beaucoup ont activement et lourdement contribué comme on dit à l’effort de guerre du Troisième Reich et dont l’auteur, aux propos très moraux (sans, ici, aucune note ironique), déplore que la France ait passé par pertes et profits l’absence de repentir – qui ont nom : Von Zborowski, Schardin, Kraehe, Oestrich, le ‘‘motoriste du Führer’’, Sänger, Schall, Ferdinand Porsche, sans oublier bien sûr Bringer (qui, comme on dit encore, « a sa rue » à St Marcel, petit village près de l’ancienne usine de Vernon, dans l’Eure) et son mentor Werner von Braun.

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Repentir

On ajoutera que la figure de Marcel Dassault en prend aussi pour son grade et, plus généralement, selon l’auteur, toute l’histoire « officielle » de la grande famille des avionneurs français de l’après-guerre, à un point tel qu’il ne serait pas exagéré de soutenir que la fusée « européenne » lanceuse de satellites Ariane est la petite sœur des redoutés V2 allemands.

Il conviendrait que la France établisse une doctrine (d’application fatalement secrète) de possible exploitation et mise à disposition, autoritaire ou volontaire, de tous maîtres d’œuvre et savants étrangers se repentant de forfaits commis dans leur pays d’origine. Et ce repentir se manifesterait concrètement, gratuitement, gracieusement, secrètement par une mise au service de la France d’un talent utilisé jusque-là au profit d’un mal ennemi étranger.

Enfin avons-nous relevé que ce livre se conclue par une remarque de nature éditoriale. Dans ses Remerciements – rubrique courante en fin d’ouvrage -, Michel Tedoldi souligne que son livre ‘‘n’aurait jamais vu le jour sans la ténacité et le soutien de mon éditrice, Véronique de Bure’’. Ce qui, a contrario, tend tout simplement à souligner l’importance de ses révélations, sans même parler des réputations fallacieuses qu’il risque de bousculer. 

Michel Tedoldi, Un pacte avec le diable – Quand la France recrutait des scientifiques nazis – Albin Michel, 256 p.

Une Somme de tueurs!

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Le romancier français Dominique Zay. DR.

Avec Il pleut des tueurs, Dominique Zay propose un thriller vif et inquiétant, ancré dans la bonne ville d’Amiens où il s’en passe des belles…


L’énigme d’un thriller peut déjà être difficile à résoudre lorsqu’il n’y a qu’un suspect et/ou un criminel. Dans Il pleut des tueurs, dernier roman policier de Dominique Zay, les assassins ou les assassins potentiels, on ne les compte plus tant ils sont nombreux ; d’où le titre.
Ancrée à Amiens, dans la Somme, que raconte l’histoire ?

Organisation mafieuse

Quand Clara, la nièce adorée d’Alban, est laissée pour morte, victime d’un chauffeur fugitif, il fait appel à son vieux camarade Yan Zadek, un détective privé très efficace mais un brin particulier. Le principal suspect, Julien Bacquet, est déjà inquiété pour un féminicide (le samedi 9 mars 2024, il a zigouillé sa légitime, Guyslaine Bacquet), meurtre dont s’accuse un certain Bruno Rousselot. On comprend que là, l’affaire se complique. La sexy sexa, Eugénie Klein, 68 ans, veuve depuis quinze ans d’un vieux mari riche et cardiaque, tente d’expliquer à Yan que Rousselot n’a rien à se reprocher puisque, le soir du méfait, « il était avec moi… dans mon lit. » Il est vrai que le Bacquet se révèle un personnage carrément horrible et peu recommandable : « Le peu de cas qu’il faisait de la nature humaine avait davantage diminué derrière les barreaux au contact de plus pourris que lui, et la seule chose qui trouvait grâce à ses yeux aujourd’hui résidait dans la visite de cette escort-girl ukrainienne qui venait le masser intégralement tous les samedis. » Coupable idéal ? Trop idéal ?

A lire aussi: Dans la peau du poète Constantin Cavafy

Zadek cherche, s’accroche en bon enquêteur têtu. Il finit par découvrir, grâce à la toujours appétissante Eugénie, que derrière tout ça se cache une terrible organisation criminelle, une mafia sans morale aucune, Miss T, « c’est Thémis à l’envers, miss T/ Thémis, la déesse de la justice chez les Grecs, la loi divine (…) »

Bref et brutal

Pour certains, on s’en doute, cela se terminera très mal, très très mal… Yan, lui, à la faveur d’une promenade dans un parc, connaîtra un véritable coup de foudre pour Mona, une délicieuse métisse, qu’il retrouvera un peu plus tard et qui deviendra sa maîtresse : « Comme dans la chanson de Souchon, l’odeur de Mona serait dorénavant son alcool profond ».

Ce roman de Dominique Zay séduit par sa rapidité, ses chapitres uppercut d’une brièveté vivifiante, et par son intrigue bien ficelée. De plus, la ville d’Amiens y est parfaitement bien décrite jusque dans ses plus obscurs recoins. Un bon polar.

Il pleut des tueurs, Dominique Zay. Aubane éditions ; 198 pages.

Quand la voix de la France fait honte

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Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’exprime devant l’Assemblée générale sur le "Règlement pacifique de la question de la Palestine et la mise en œuvre de la solution à deux États" au siège des Nations Unies à New York, le 28 juillet 2025 © DEREK FRENCH/Shutterstock/SIPA

Le président Macron apparaît incapable de défendre les intérêts commerciaux français face à Donald Trump, et donne l’impression de légitimer la stratégie terroriste du Hamas en reconnaissant un État palestinien alors que des otages israéliens sont toujours retenus à Gaza.


« Déséquilibré » : c’est ainsi que la France a jugé, ce lundi matin par la voix du ministre des Affaires européennes, Benjamin Haddad, l’accord commercial conclu dimanche entre Donald Trump et Ursula von der Leyen, au nom de l’Union européenne. C’est à l’occasion de sa présence sur son golf écossais de Turnberry que le président américain avait convoqué la présidente de la commission européenne. La mise en scène, volontairement humiliante, a laissé voir la vassalisation de l’Europe. Celle-ci s’est notamment engagée, pour obtenir des droits de douane à 15%, à acheter aux États-Unis jusqu’à 750 milliards de dollars d’énergies diverses, à y investir 600 milliards et à acheter son armement militaire.

En qualifiant ce « deal » de déséquilibré, M. Haddad s’est évidemment fait le porte-voix d’Emmanuel Macron. Le coup de griffe contre la conduite de l’Europe laisse deviner les ambitions européennes du président français, en quête de rebond à l’issue de son mandat.

Dans sa prise de parole du 14 juillet, il avait notamment déclaré : « Pour être libre il faut être craint ; pour être craint il faut être puissant ». Mais Macron est-il ce qu’il croit montrer, notamment à travers une musculature très travaillée des biceps, à en croire les observateurs des petits détails signifiants ? Sur le plan intérieur, sa puissance relève de forfanterie. Jamais la France n’a été aussi vulnérable financièrement que sous sa présidence. Une pré-guerre civile, menée par les enfants-soldats de la contre-colonisation, a enflammé dernièrement des villes moyennes comme Limoges, Compiègne, Charleville-Mézières, Vendôme, Auch, Béziers.

A lire ensuite: Le macronisme s’est déjà tué lui-même…

Le « guide » qu’il rêverait d’être sur le plan européen ne correspond pas non plus au sens de l’histoire. A rebours de ses convictions supranationales et mondialistes, les peuples indigènes réclament davantage de protections, de frontières, d’égards pour leurs racines. Son bellicisme surjoué contre la Russie slave et chrétienne, dont il ne se résout pas à admettre qu’elle a gagné sa guerre contre l’Ukraine, est à comparer avec ses vils accommodements vis-à-vis de l’islam conquérant et judéophobe.

Le déséquilibre est bien la marque de sa politique extérieure et de sa faiblesse. L’annonce, le 24 juillet, de sa décision de reconnaitre un État palestinien en septembre est destinée avant tout à se rapprocher de la « rue arabe » au Proche Orient mais aussi en France, au détriment des Juifs. D’ailleurs, Macron a été immédiatement félicité par la Hamas qui y a vu « un pas positif ». Le parti de Jean-Luc Mélenchon a salué « une victoire morale ». La France semble convaincue d’obtenir, d’ici là, la libération des derniers otages israéliens, la reddition du Hamas, son désarmement, l’engagement des pays arabes à reconnaître Israël. Mais ce récit mirobolant n’est que l’effet de la mégalomanie d’un homme noyé dans son narcissisme. L’effet de la reconnaissance d’un État palestinien est de donner raison à la stratégie terroriste du Hamas, appliquée le 7 octobre 2023. Comme le rappelait l’historien Georges Bensoussan dans le JDD, la charte du Hamas appelle à purifier la Palestine de la « pourriture juive ». Macron fait honte.

Amour, gloire et beauté

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Franck Ferrand © Hannah Assouline

Pour l’historien Franck Ferrand, l’esprit français se niche autant dans les jardins de Le Nôtre que dans le Tour de France, dans le savoir-vivre des salons comme dans le savoir-faire des bâtisseurs de cathédrales. Sa palette est aussi variée que les paysages et les terroirs qui composent notre beau pays.


Causeur. Qu’est-ce que l’esprit français selon vous ?

Franck Ferrand. C’est d’abord une disposition mentale, une manière fine et directe, rapide si vous voulez, de faire sourire aux dépens des idiots. Et puis c’est une posture ironique et frondeuse – songez aux mazarinades du XVIIe siècle, aux poissonnades du XVIIIe… Je mettrais par ailleurs sous ce terme une forme d’élégance morale, de panache à la Cyrano. Enfin il y a tout ce qui imprègne chez nous les arts et les lettres : une exigence de clarté, de mesure, d’équilibre – en un mot : d’intelligence. On doit pouvoir comparer l’esprit français à ce qu’a été, dans la Grèce antique, l’esprit athénien, opposé par sa douceur à l’esprit spartiate et, dans son essence, à l’esprit perse. L’acropole d’Athènes est certes grandiose, mais elle rayonne à taille humaine, tandis que le palais de Darius à Suse était conçu pour écraser. Vous retrouverez une légèreté comparable à Trianon, par exemple : comme une impression de grandeur aimable. Il y a dans l’esprit français quelque chose de la section d’or : je veux dire, un rapport de proportions. Si vous lisez des auteurs comme La Fontaine ou Mme de Sévigné, vous verrez ce que c’est que la simplicité, le naturel, la convenance, la civilité… Vous y retrouverez l’esprit d’Albert Samain dans ces vers sur Versailles :
Grand air. Urbanité des façons anciennes.
Mains royales sur les épinettes. Antiennes
Des évêques devant Monseigneur le Dauphin.
Gestes de menuet et cœurs de biscuit fin ;
Et ces grâces que l’on disait Autrichiennes…

Tous les éléments que vous mentionnez convergent vers un même souci de la forme.

Assurément. Les Français sont formalistes, sans doute, ils entretiennent avec l’esthétique un lien d’élection. Leurs productions se doivent d’être belles, non seulement pour le patron ou pour le client, comme disait Charles Péguy dans sa belle page sur le bâton de chaise, mais aussi en soi et pour soi. Il appelait cela « l’esprit des cathédrales », par référence aux constructions gothiques dont même les parties invisibles, placées tout en haut sous la voûte, étaient soignées à la perfection.

Question difficile : d’où cela vient-il ? Norbert Elias parlait d’un « procès [processus] de civilisation », ce long chemin par lequel passent les mœurs pour se raffiner, se policer… Un processus qui en France a eu pour cadre privilégié la cour royale et pour moteur la courtoisie – c’est-à-dire les bonnes manières, spécialement envers les dames. Il est certain qu’avec Anne de Bretagne, la cour s’est féminisée ; mais Aliénor d’Aquitaine avait depuis longtemps ouvert la voie, avec ses « cours d’amour »… L’une des dernières représentantes de ce long processus fut sans doute Mme de Genlis, qui à la Restauration devait faire paraître De l’Esprit des étiquettes, charmant ouvrage où l’esprit français souffle à chaque ligne.

Qui était-elle ?

Une de ces grandes dames qui, à la fin de l’Ancien Régime, ont fait briller l’esprit français. Proche des Orléans avant la Révolution, elle s’est trouvée en charge de l’éducation du jeune Louis-Philippe, avant de devenir, la tempête une fois calmée, l’éducatrice de ses enfants. Destinée limpide et emblématique ! Mme de Genlis était de celles qui possèdent les usages sur le bout des doigts, qui sentent d’instinct si l’on doit s’asseoir au fond, au milieu ou au bord d’un siège, en fonction de la personne que l’on a en face ; qui savent, selon l’occasion, s’il convient de saluer la maîtresse de maison avant de quitter son salon, ou s’il vaut mieux filer à l’anglaise…

C’est un peu futile, non ?

Nous y voilà… Je ne suis pas d’accord avec cela. Ces futilités apparentes procèdent au vrai d’une étonnante ambition : promouvoir une société du respect.

Et puis, ce qu’il y a de sérieux dans l’esprit français, c’est que sa forme épouse le fond des choses jusqu’à se confondre avec lui. Écoutez la musique française : vous n’y trouverez pas facilement la cérébralité d’un Bach, le souffle d’un Beethoven, le brio d’un Verdi. Mais dans son formalisme équilibré, dans ses grâces mélodiques, vous pourrez déceler tout le fruit – faussement futile – d’un long cheminement. Quand Ravel rentre du front, après la Première Guerre mondiale, il n’a rien de plus pressé que d’écrire un Tombeau de Couperin qui, tout moderne qu’il soit, s’inscrit dans une tradition. Même chose avec les philosophes français : on serait tenté de les juger moins créatifs, moins disruptifs que leurs homologues allemands ou nordiques ; Montaigne, Pascal, Rousseau, Tocqueville ou Alain parlent une langue si pure, si nette, si compréhensible, qu’elle paraît tirée d’une conversation de salon. Mais qu’on s’en imprègne seulement, et l’on verra tout ce que peut s’y cacher de profondeur. Trois paragraphes de Bergson valent bien souvent un livre entier de Heidegger.

Autre domaine que j’affectionne, vous le savez, et dans lequel s’épanouit l’esprit français : les arts décoratifs. Même notre mobilier le plus rocaille se tient éloigné de la folie qu’on voit dans certains palais de Venise. Prenez un cabriolet Louis XV, tout en courbes, avec quelques rinceaux et une petite coquille : jamais celle-ci ne viendra occuper la moitié du dossier, comme dans le baroque méridional. Parce qu’il est mesuré, notre formalisme amodie ce qu’il pourrait y avoir d’excessif dans la tendance du moment.

Est-ce qu’une partie de tout cela n’a pas disparu avec la royauté ? La Révolution n’a pas brillé par son sens de la mesure ou son amour de la beauté.

Dans son amorce et ses principes, la Révolution ne rompt pas, que je sache, avec l’esthétique. La Déclaration des droits de l’hommeest écrite dans une langue suprêmement élégante. Je viens de donner un spectacle sur les femmes de la Révolution, dans lequel ma partenaire, la comédienne Garance Bocobza, lisait des textes d’Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Manon Roland et Charlotte Corday ; le public a pu y découvrir de véritables trésors d’écriture ! Que la Révolution, à partir de 1792 et 1793, ait basculé dans tout ce qu’on sait, et que des merveilles aient été détruites au nom de l’idéologie, ne doit pas faire oublier l’affinité première des Lumières avec un certain raffinement. Bien sûr, la Révolution a mené vers le pouvoir et la richesse des strates sociales moins policées par les siècles… Bien sûr, l’empereur n’est plus aussi raffiné que le roi ; et lorsque Napoléon, grossier, demande à la duchesse de Richelieu si les perles qu’elle porte aux Tuileries sont vraies, il s’entend rétorquer : « Non, Sire, mais je me suis dit que pour venir ici, c’était bien assez. » C’est aussi cela, l’esprit français : le bon mot qui remet les choses – et les gens – à leur place…

Pour autant, je ne pense pas que le faubourg Saint-Germain, au temps de Marcel Proust, ait forcément moins brillé qu’à l’époque de Voltaire. La raréfaction de l’esprit français est venue plus tard, avec la massification de la culture et le rabotage des singularités – à notre époque, autrement dit…

Lecture dans un salon (ou La Lecture de Molière), Jean François de Troy, vers 1728 D.R.

Et vous ne voyez personne pour reprendre le flambeau ?

Vous savez aussi bien que moi que certaines personnalités s’ingénient toujours à le porter bien haut… Mais je constate que, bien souvent, c’est de l’étranger que nous viennent des appels à défendre et maintenir cette forme d’esprit. Des amis brésiliens, chinois, marocains ou autres me disent leur regret de voir reculer ce qu’ils ont admiré. Et quand j’entends mon ami belge Hippolyte Wouters faire briller la langue de Corneille, quand je le vois écrire des pièces entières en alexandrins, je me dis que nul n’est prophète en son pays et que de l’extérieur, peut-être, viendra le Salut…

Beaucoup de Français passent leur été avec vous, puisque vous commentez chaque année les merveilles patrimoniales du Tour de France. Peut-on retrouver quelque chose de l’esprit français dans cet événement sportif ?

En cultivant le paradoxe, on pourrait dire que le Tour de France en est une des dernières manifestations… Savez-vous qu’il s’agit, à l’échelle mondiale, du direct le plus regardé à la télévision – davantage même que les Jeux olympiques ? Nous sommes diffusés dans 190 pays ! Ce succès doit beaucoup aux exploits des coureurs, c’est vrai ; mais il est aussi un hommage plus diffus à la France dans toute sa variété. Lors du Tour, notre survol du peloton, de coteau en vallon, de plaine en bocage, finit par constituer une sorte de grand kaléidoscope de cette prodigalité.

Sacha Guitry, d’un chauvinisme souriant, a célébré dans Ceux de chez nous cette munificence. Un jour qu’il s’apprêtait à déjeuner avec Claude Monet et Auguste Rodin, les deux grands artistes, au moment de passer à table, se sont fait des politesses : « Passez donc… mais je n’en ferai rien, vous d’abord… » ; Monet finit par dire : « Pardon, mais je suis de 1840 » ; et Rodin : « Pardon, mais moi aussi ! » ; alors Monet : « Oui, mais je suis de novembre » ; Rodin : « Mais moi aussi ! » ; Monet : « Je suis du 14 » ; Rodin : « Moi aussi ! » Guitry s’est un peu arrangé avec les dates, mais il célébrait dans cette coïncidence un signe de l’incomparable richesse d’un pays capable de donner, le même jour, deux génies à l’humanité.

Parmi les paysages survolés par l’hélicoptère du Tour de France, certains vous touchent-ils plus que d’autres ?

Les jardins à la française. Vus du ciel, ils pourraient au premier abord avoir l’air ennuyeux. Ces grandes allées, ces étoiles, ces quinconces… Seulement voilà : quand on descend dans le jardin et qu’on se promène aux côtés de M. Le Nôtre qui en a livré la quintessence, le jardin à la française devient plus intéressant. D’abord il joue sur les masses et les volumes, crée des perspectives et des rythmes… Il fait alterner le plein et le vide, le grand et le petit, l’attendu et l’inattendu ; car en son cœur se dissimulent des bosquets, comme autant d’évocations de l’Éden. Ils peuvent même tolérer l’anecdote, à travers de petits jeux d’eau ou des aménagements pour rire… Oui, plus j’y pense, et plus je vois dans le jardin à la française un symbole vivant de l’esprit français dans ce qu’il peut avoir d’intelligent et de formel, mais aussi de surprenant.

Viols: pourquoi ajouter la notion de «consentement» dans la loi était une mauvaise idée

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DR.

La présomption d’innocence est dans de jolis draps… « Le fait de ne pas dire non ne veut pas dire oui », postule le gouvernement par la voix de la maîtresse d’école Aurore Bergé, notre ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Une dérive inquiétante, déplore notre contributeur, avocat au barreau de Paris. Le Conseil constitutionnel devra examiner, et l’on peut l’espérer, censurer l’introduction du critère de consentement dans la définition du viol du Code pénal.


Sans étude d’impact préalable, nos législateurs ont cru bon de modifier le crime de viol en ajoutant aux critères de violence, contrainte, menace ou surprise, la notion de « consentement » ainsi exposée : « Le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable (…) il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime ».

L’enfer en est pavé…

Cette modification s’inscrit dans un souci de protéger les femmes des hommes prédateurs sexuels. Qui a priori serait contre ? Mais par définition, le violeur se moque du consentement. Il n’est pas dans l’idée de relation sexuelle, mais d’imposition sexuelle : violence, contrainte, menace ou surprise suffisent à caractériser cela. Or, il s’agit ici de légiférer sur un crime, le définir, et non pas de réglementer les relations sexuelles en général. Si dans certains cas, il est difficile de prouver la présence d’un de ces éléments, c’est parce que la vie privée est peu propice aux témoignages extérieurs. Si c’est parole contre parole, alors les poursuites pénales sont vouées à l’échec. En effet, notre loi oblige celle qui accuse à prouver. C’est un garde-fou qui protège tout le monde des accusations imaginaires ou malveillantes.

A lire aussi, Sophie Flamand: Gisèle Pelicot, Nahel: jusqu’où ira la glorification des victimes?

Or, non seulement l’introduction du consentement ne servira à rien pour condamner plus de violeurs, mais elle va obliger tous ceux qui ont des rapports sexuels à des précautions d’ordre obsessionnel dont les questions suivantes ne sont qu’un florilège : avant tout rapport, qu’est-ce que s’exprimer « spécifiquement » : « tu viens ? »  est-il suffisant ? « fais-moi ça » ?  « pas ça » ? La féminité purement passive ou le consentement par le silence sera-t-il toujours légal ? Pendant l’acte, la femme devra-t-elle s’exprimer activement, en permanence et avec enthousiasme, faute de quoi son silence serait perçu par l’homme comme le signe d’un viol en cours ? Faut-il enregistrer le consentement pour en garder la preuve ? En audio ou en vidéo ? Et conserver cette preuve pendant le délai de prescription de 20 ans après l’acte ?  Conserver comment et à quel coût ? N’est-ce pas une violation de la vie privée ? Ne se dirige-t-on pas vers le chantage potentiel permanent ? Les deux sexes auront-ils le droit de boire un peu ou beaucoup d’alcool avant de prononcer – et entendre – clairement le fameux consentement libre et éclairé ? Ou bien seul l’homme pourra boire ? Et si la femme boit, à partir de combien de verres, même volontairement absorbés, son consentement – ou sa rétractation – sera-t-il considéré comme n’étant plus libre et éclairé ?  

Belle vie sexuelle en perspective ! Et quantité de questions de gendarmes, de juges et d’avocats bien plus désagréables que celles jusqu’alors nécessaires à prouver seulement violence, contrainte, menace ou surprise.

Les propos étonnants du garde des Sceaux

À la tribune du Sénat le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a précisé : « Ce n’est pas un nouveau texte technique et juridique mais avant tout un texte de civilisation et d’humanité, surtout un texte d’espoir[1] ». Une telle déclaration est surprenante de la part d’un garde des Sceaux s’agissant d’un texte aux effets juridiques directs modifiant le Code pénal, lequel prévoit de très lourdes peines en cas de viol. Mais aussi très étonnante venant de Monsieur Darmanin : si la loi qu’il promeut aujourd’hui avait été en vigueur en 2018, il n’aurait peut-être pas bénéficié d’un non-lieu dans sa propre affaire de viol allégué. En effet, le non-lieu qui l’a libéré du collimateur de la Justice a été rédigé ainsi par le juge d’instruction : « Le défaut de consentement ne suffit pas à caractériser le viol. Encore faut-il que le mis en cause ait eu conscience d’imposer un acte sexuel par violence, menace, contrainte ou surprise[2] »

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Rendez-nous Nicolas Bedos !

On le voit, loin d’améliorer la répression du crime de viol, la nouvelle loi permettra de poursuivre pénalement des rapports sexuels ordinaires au nom du ressenti ou du quiproquo, et ce pendant vingt ans après les faits. Loi d’infantilisation et d’encadrement du pouvoir de séduction des femmes, elle va augmenter la défiance mutuelle entre les sexes, les poussant à un renoncement à la sexualité. Loi de culpabilisation du désir sexuel, elle va augmenter la frustration et les risques de violence et de dépression. L’onanisme, la pornographie, la réalité virtuelle et les services sexuels précis et tarifés ont donc de beaux jours devant eux !

Le Conseil constitutionnel devra examiner et on l’espère abolir cette disposition intrusive comme attentatoire au respect de la vie privée, à l’intimité de la vie privée, à la présomption d’innocence et au principe qu’il n’y a point de crime sans intention de le commettre.

Vice de Fond

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[1] Déclaration reproduite dans l’article de Simon Barbarit, site de Public Sénat, publication du 19 juin 2025 : https://www.publicsenat.fr/actualites/parlementaire/viol-le-senat-adopte-a-lunanimite-la-notion-de-non-consentement-dans-le-code-penal

[2] La motivation de ce non-lieu figure dans  Le Monde en date du 31 août 2018 « Plainte pour viol contre Darmanin : un juge ordonne un non-lieu » : https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/08/31/plainte-pour-viol-contre-darmanin-un-juge-ordonne-un-non-lieu_5348663_1653578.html

Le Neveu de Valère

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Valère Saraselski © D.R.

Ce roman est beau ; ce roman est fort. Il convie à une réflexion profonde et salvatrice. Avec Les passagers de la cathédrale, Valère Staraselski propose une manière de Neveu de Rameau. Sauf qu’ici, ils ne sont pas deux à converser, mais cinq, quatre hommes et une femme. Il y a François Koseltzov, un double de l’auteur, Louis Massardier, un ancien universitaire de haut vol, érudit, passionnant et passionné, Darius, ami iranien de François qui a passé dix-huit mois dans l’enfer des geôles de Khomeiny, Thierry Roy alias Chéri-Bibi depuis peu gardien au musée Carnavalet, et Katiuscia Ferrier, une jeune femme très sensuelle. Ils devisent aux abords de la sublime cathédrale de Meaux, ou au bord du canal de l’Ourcq, ou ailleurs. Ils dialoguent à propos de la vie, de la mort, de la spiritualité, de la politique… Tous sont terriblement émus par l’incendie de Notre-Dame de Paris.

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Ils se rencontrent à la faveur de l’enterrement d’un SDF anonyme grâce au collectif des Morts de la rue, ou lors d’une messe de minuit. Il est question du catholicisme et du communisme, de la foi et de l’engagement.

Mélenchon : « Le comédien de son idéal » 

L’auteur n’hésite pas à faire un audacieux et très juste parallèle entre le catholicisme et le communisme. « Dans ce roman, je rapporte ce que m’a dit Bernard Maris un soir : « Le communisme n’est qu’un christianisme athée. » Il l’a d’ailleurs écrit. Il y a eu les distanciations et condamnations récurrentes de l’Église contre l’émergence puis contre les expériences communistes. Expériences qui se sont trop souvent révélées, pour le moins, comme des religions sans miséricorde. Mais le communisme ne peut se ramener à une pédagogie établie sur des massacres comme le catholicisme ne peut se réduire à Torquemada ou à l’élimination des Incas. En outre, je constate qu’il y a aujourd’hui, parmi de nombreux autres catéchumènes, de plus en plus de jeunes militants communistes qui affichent leur foi. »

A lire aussi, Cyril Bennasar: L’enchantement du pèlerinage de Chartres

Il égratigne également une certaine gauche actuelle, radicalisée et intolérante. Ça fait un bien fou : « Quand j’étais jeune, on taxait la droite d’être la plus bête du monde. Ça s’est inversé. Et salement ! À gauche, le peuple a été évacué, la direction des partis de gauche (à l’exception du Parti communiste profond) est confisquée par les représentants des couches moyennes supérieures qui, pour se donner le beau rôle, sont prêts à tous les dénis et compromissions possibles, n’hésitant pas à jouer la logique des extrêmes. Cette « petite gauche », triomphante aujourd’hui, est limitée et fière de l’être et le paie cash dans les urnes. Mélenchon n’est, selon le mot de Nietzche, que « le comédien de son idéal ». Seulement son idéal n’est commandé que par la vanité. Ce personnage qui fascine les foules du ressentiment est donc non seulement vain et destructeur pour son propre camp mais néfaste et dangereux pour la France. »

La parole de Staraselski, à l’instar de son roman, ne manque pas de panache.

Les Passagers de la cathédrale, Valère Staraselski, Le Cherche Midi, 2025. 256 pages

Les passagers de la cathédrale

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Hermann Graebe, les leçons d’un Juste oublié

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Accusés au procès de Nuremberg, 1946. DR.

Le député LFI Aymeric Caron a écrit sur son compte X le 26 mai 2025: « Ce qu’on peut dire sans trop se tromper, c’est qu’il y a peu de différence entre l’armée israélienne et celle de l’armée nazie ». Puisque la journée commémorative du 20 juillet honorait aussi les Justes, je vais rendre hommage à un Allemand qui a vu l’armée nazie en action pour répondre à cette phrase qui est une ignominie. 

Il y a quarante ans, Yad Vashem décerna le titre de Juste parmi les Nations à Hermann Graebe. Les seuls Allemands à avoir alors reçu ce titre attribué depuis peu étaient un industriel de Cracovie et un héroïque soldat de la Wermacht, Anton Schmidt, fusillé par la Gestapo pour l’aide qu’il avait apportée aux Juifs.

Hermann Graebe, quand il planta un des premiers arbres de l’allée des Justes, venait de San Francisco. Depuis 1948 il s’y était exilé car sa vie était menacée en Allemagne. 

Nous sommes à Nuremberg le 26 juillet 1946 au procès des dirigeants nazis, et c’est au Procureur anglais de parler. Pendant plusieurs mois de débats, on n’avait guère entendu les victimes. La justice de l’époque était focalisée sur la preuve écrite et se méfiait de toute irruption de subjectivité dans l’enceinte du tribunal. Ce n’est que quinze ans plus tard, avec le procès Eichmann, comme l’écrira Annette Wieviorka, que commencera l’ère du témoin. Mais cette après-midi-là, Sir Hartley Shawcross insère dans son réquisitoire des fragments d’un témoignage déposé par un ingénieur allemand devant les autorités Alliées. Hermann Graebe travaillait dans une entreprise d’infrastructures ferroviaires dans la région de Lwow en Ukraine, alors occupée par l’Allemagne après l’invasion de l’URSS.

A lire aussi, Gil Mihaely: Gaza: la faim et les moyens

Le 5 octobre 1942 il était à l’aérodrome de la petite ville de Dubno quand des Juifs de la localité y ont été amenés. Voici ce qu’il écrit: 

«Le chef d’équipe et moi-même sommes allés directement vers les fosses. Personne ne nous en a empêchés. Les gens qui étaient descendus des camions – des hommes, des femmes et des enfants de tout âge – ont dû se déshabiller sur ordre d’un SS qui tenait une cravache. Ils ont dû déposer leurs vêtements à des endroits précis, triés selon leur nature. Sans crier ni pleurer, ces gens se déshabillaient, se tenaient groupés en familles, ils s’embrassaient, se disaient adieu et attendaient un signe d’un autre SS qui se tenait près de la fosse, tenant un fouet dans sa main. Durant les quinze minutes où je suis resté, je n’ai entendu aucune plainte ou demande de grâce. Je regardais une famille de huit personnes, un homme et une femme  avec deux grandes jeunes filles. Une vieille femme aux cheveux blancs portait un enfant âgé d’un an tout en lui chantant et le chatouillant et le bébé gazouillait avec délice. Les parents regardaient, les larmes aux yeux. Le père tenait par la main un garçon d’environ dix ans et lui parlait doucement, tandis que l’enfant retenait ses larmes. Le père a montré le ciel, lui a caressé la tête et a semblé lui expliquer quelque chose. 

À ce moment-là, le SS près de la fosse a crié à son camarade. Celui-ci a compté une vingtaine de personnes et leur a ordonné d’aller derrière la butte de terre. Parmi eux se trouvait la famille que je viens de décrire. Une jeune fille passant devant moi, s’est désignée et a dit: « vingt-trois ans ». 

J’ai contourné la butte et je me suis trouvé devant une fosse épouvantable. Les gens étaient empilés les uns sur les autres et seules leurs têtes, d’où le sang coulait, étaient visibles. Certains bougeaient, levaient les bras et tournaient leur tête. La fosse était pleine presque aux deux tiers. J’ai estimé qu’elle contenait un millier de personnes. J’ai regardé l’homme qui avait procédé aux exécutions. C’était un SS, assis au bord de l’extrémité étroite de la fosse, les pieds ballants dans la fosse. Une mitraillette sur ses genoux, il fumait une cigarette. Les gens, entièrement nus descendaient quelques marches dans la paroi de la fosse et grimpaient sur la tête de ceux qui gisaient déjà là, vers où le SS les dirigeait. Ils se couchaient face aux morts ou aux blessés, certains caressaient ceux qui étaient encore en vie et leur parlaient à voix basse. Alors j’ai entendu une série de coups de feu. J’ai regardé dans la fosse et j’ai vu que les corps frémissaient ou que les têtes gisaient déjà, immobiles au-dessus des corps couchés dessous. Le sang coulait de leur nuque. Le groupe suivant s’approchait déjà. Ils sont descendus dans la fosse, se sont alignés par-dessus les victimes précédentes et ont été abattus »…

Hermann Graebe ne s’était pas contenté de témoigner. Il avait agi dès avant le massacre de Dubno pour protéger les Juifs employés par son entreprise, leur obtenir des « certificats d’indispensabilité », si besoin les cacher ou, plus tard, les mener lui-même à grands risques personnels vers des lieux où ils pouvaient rejoindre les troupes soviétiques.

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En octobre 1947, son témoignage fut lu de nouveau au procès des chefs des Einsatzgruppen,  ces unités qui ont assassiné probablement plus de deux millions de personnes, ce qu’on appelle aujourd’hui la Shoah par balles. Yahad in Unum, l’équipe de Patrick Desbois, continue  de recueillir les paroles des témoins ukrainiens survivants, qui corroborent parfaitement ce que Hermann Graebe a écrit.

Mais son témoignage eut pour lui et sa famille des conséquences dévastatrices. Dans l’Allemagne d’après-guerre, imprégnée de propagande raciale, dont douze années d’endoctrinement fanatique, la population ne voulait pas accepter de responsabilité. Les grands dirigeants avaient été pendus, ce n’était qu’une justice des vainqueurs, mais au fond, il y  avait une logique, car ces hommes n’avaient pas su éviter la défaite. Mais les chefs des Einsatzgruppen, ces officiers  patriotes, ces intellectuels fidèles à  leur serment d’obéissance, seul un traitre pouvait s’en prendre à eux. Les accusations resurgiront plus tard, en 1966,  quand Hermann Graebe fut vicieusement accusé de faux témoignage dans une cabale à laquelle s’associa le journal  le plus célèbre de l’époque, le Spiegel. Il ne retourna jamais dans une Allemagne qui continue de n’accorder à cet homme admirable qu’une chiche reconnaissance, peut-être parce qu’il  n’a pas trouvé son Spielberg.

L’histoire de Hermann Graebe nous amène à quelques brûlantes considérations.

La première, c’est qu’elle révèle ce qu’est un génocide. Je ne parle pas ici de la définition légale, par laquelle, suivant un spécialiste, on pourrait légitimement appeler génocide l’assassinat prémédité de trois individus du moment qu’il est effectué parce qu’ils appartiennent à un groupe national, ethnique, racial ou religieux donné. Non, je parle ici de ce que représente le génocide dans la psyché humaine, le crime le plus atroce qui soit, celui dont ses ennemis, enclenchant l’accusation et se moquant des garde-fous de sa définition juridique, tambourinent Israël pour lui imposer une opprobre morale aussi injustifiée qu’insupportable. Accuser les soldats israéliens de ce que les soldats nazis  ont fait à Dubno et ailleurs dévoile le monde de mensonges où vivent Aymeric Caron et consorts.

La seconde, c’est la pérennisation d’une vision du monde manichéenne comme celle que les nazis ont instituée en Allemagne, à rapprocher, de façon probablement encore plus caricaturale, de celle avec laquelle les habitants de Gaza ont été biberonnés par le Hamas. Il ne faut même pas chercher des exemples si extrêmes: l’endoctrinement idéologique inculqué par des partis d’extrême droite ou d’extrême gauche compétents dans la manipulation mentale ne disparait pas dans un débat démocratique: quand on ne veut pas savoir, on ne sait pas car la vérité qui démantèlerait les certitudes du passé serait trop difficile à supporter. Cela a longtemps été le cas pour la population allemande. Hermann Graebe en a fait les frais. Cela risque d’être plus longtemps encore, parce que la religion s’en mêle, le cas de la population de Gaza.

La troisième considération est redoutable: nous-mêmes, défenseurs d’Israël, ne sommes-nous pas pris dans des ornières qui nous empêchent de voir la réalité? 

Je pense qu’il y a  des drames de la faim à Gaza  mais je ne crois pas du tout à une famine orchestrée. Parce que j’ai une confiance absolue dans la moralité de l’immense majorité des soldats de Tsahal et de leur direction, élevés dans une société du débat où de telles intentions ne pourraient pas être acceptées. Parce que j’ai une méfiance tout aussi absolue dans les témoignages de personnes qui ont un lien de dépendance, directe ou indirecte avec le Hamas, et cela inclut malheureusement les journalistes soi-disant indépendants et les membres d’institutions internationales qui ont fait leur choix il y a longtemps, d’être les faire-valoir d’une idéologie totalitaire et fanatique. Parce que les famines épouvantables du Soudan et du Yémen ne génèrent aucun intérêt international. Parce que les difficultés alimentaires ont été aggravées par la tactique du Hamas qui en a fait une arme de combat médiatique et de domination économique. Parce qu’il s’agit d’une guerre, que cette guerre a été déclenchée par le Hamas et parce qu’elle pourrait être arrêtée instantanément s’il libérait ses otages. Parce que, enfin, contrairement à la Shoah où le négationnisme international a commencé 25 ans après le dévoilement des crimes, le négationnisme de la responsabilité du Hamas a commencé le 8 octobre 2023, le jour qui a suivi le crime génocidaire et qu’il repose sur une ahurissante inversion victimaire.

Herman Graebe a été un Juste à l’époque nazie. Je suis sûr qu’il y a eu, et j’espère qu’il y a encore des Justes à Gaza. Seule une victoire israélienne leur permettrait de témoigner…

Roman national: «On ne peut pas priver les enfants d’un tel vivier d’histoires!»

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La romancière Gwenaële Barussaud. DR.

On ne présente plus le célèbre Puy du Fou, parc à thème internationalement reconnu et favori des Français. Mais derrière les reconstitutions historiques grandioses qu’il propose, se cache aussi depuis 2023 une maison d’édition, qui s’est lancée en avril dans une nouvelle aventure : un mensuel pour enfants ! Nous avons rencontré la rédactrice en chef, passionnée d’histoires et d’Histoire, la romancière Gwenaële Barussaud.


Causeur. Petits lecteurs, grandes histoires… Votre mensuel Le Panache appartient au groupe éditorial « Le Puy du Fou ». Quelles sont ses ambitions et quelle est la ligne éditoriale de ce nouveau magazine ?

Gwenaële Barussaud. Depuis sa création, le Puy du Fou a toujours raconté des histoires pour faire connaître et aimer l’Histoire de la France. L’édition est donc apparue comme un canal supplémentaire idéal pour prolonger cette ambition et offrir à cette transmission culturelle le support le plus pérenne : celui du livre. La ligne éditoriale de Puy du Fou Éditions s’inscrit dans la lignée de celle des spectacles offerts par le parc : il s’agit de raconter la France dans toutes ses dimensions, culturelles, géographiques, historiques, pour faire découvrir aux lecteurs les richesses du patrimoine français, avec une exigence narrative et esthétique.

Vous-même êtes dans cette aventure depuis le début ?

Presque ! Je suis arrivée au Puy du Fou via son école, Puy du Fou Académie, en 2023. J’y ai enseigné avant de rejoindre le projet Panache, qui a rencontré à la fois mon goût pour la création, les histoires, mon besoin de transmission et l’intérêt que je porte à la jeunesse depuis toujours.

Comment est apparue l’idée de créer un mensuel pour enfants ?

C’est une idée qui émane d’une réflexion commune à l’école et à l’édition : offrir à la jeunesse un support pour nourrir son imagination, assouvir son besoin d’émerveillement et développer le goût de la lecture. Par mon expérience de lectrice et de romancière, je sais à quel point les histoires jouent un rôle fondamental dans la formation de la personnalité : quelle lecture « adulte » peut se targuer de laisser une empreinte aussi profonde qu’une lecture jeunesse, qui a l’avantage des premières fois ? Par ailleurs, un magazine offre deux avantages : par sa variété, il s’adapte à tous les profils de lecteurs ; par sa périodicité, il propose un rendez-vous régulier et crée un lien durable. C’est donc le format idéal pour accompagner la jeunesse dans ces années charnières !

Pourquoi l’Histoire de France ?

D’abord parce qu’elle est un terreau inépuisable. J’ai écrit une cinquantaine de romans historiques et je m’étonne de trouver encore tant de sujets à développer ! Quand on promène son imagination devant une chronologie de l’Histoire de France, on constate qu’elle s’embrase à chaque époque. On ne peut pas priver les enfants d’un tel vivier d’histoires ! Ensuite parce qu’elle nous rappelle que nous ne sommes pas des électrons libres, mais que nous nous inscrivons dans la chaîne multiséculaire d’une histoire grandiose et tragique. Chaque lecteur du Panache peut éprouver par sa lecture le legs immense dont il est le dépositaire, pour le perpétuer et, plus tard, le transmettre à son tour.

Vous développez des thèmes spécifiques, comme les voyages de La Pérouse ou le chemin de fer. Comment les choisissez-vous?

Chaque thème du Panache raconte un aspect de la France : sa géographie (le littoral, les forêts françaises, Paris…), ses personnages (La Pérouse, les reines), ses inventions (le cinéma) et son histoire, évidemment ! Nous aimons aussi mettre en avant des passions typiquement françaises : le train, la gastronomie, les cafés… Nous essayons de nous adapter au calendrier annuel (Noël et la montagne l’hiver, les voyages et les plages l’été) et de varier les époques abordées.

Pensez-vous que l’Histoire de France soit mal connue des enfants ?

La question n’est pas tant la connaissance que l’adhésion affective. Nous contribuons, à notre échelle, à la diffusion de cette connaissance. Mais nous souhaitons surtout faire aimer cette histoire en en soulignant son caractère éminemment singulier et romanesque. Moi-même, j’ai aimé passionnément l’Histoire non en lisant des documentaires, mais des romans de Victor Hugo ou Alexandre Dumas. Ce furent mes meilleurs professeurs. Je suis toujours étonnée de voir à quel point certains destins, certaines époques de l’Histoire de France semblent avoir été écrits par un romancier particulièrement inspiré. Quel roman que ma vie ! constatait Napoléon à Sainte-Hélène. Connaissant l’appétence naturelle des enfants pour les histoires, Le Panache se propose de leur raconter celles qui ont façonné la France pour les émerveiller et les émouvoir.

A lire aussi: À la recherche de l’esprit français

Quel type de lectorat visez-vous ?

Le Panache s’adresse à tous les enfants de 8 à 13 ans, sans aucune restriction. Et bien sûr à tous les adultes qui ont gardé une âme d’enfant.

Y a-t-il une spécificité au Panache que l’on ne retrouve pas dans les autres publications destinées à la jeunesse ?

Sa ligne éditoriale – raconter la France – lui est spécifique. Par ailleurs, il n’existe pas pour cette tranche d’âge de revue proposant ce que nous voulons transmettre : le goût de l’Histoire, de l’aventure, l’héroïsme. Enfin, nous sommes fiers d’offrir une création 100 % française avec une haute exigence esthétique.

Comment recrutez-vous vos auteurs ?

C’est une question importante car, au-delà du souci des lecteurs qui nous anime en premier lieu, nous avons à cœur d’encourager la création française en mettant en valeur des auteurs et dessinateurs de talent, parfois inconnus, parfois confirmés. Les canaux de recrutement sont divers. Mon travail dans l’édition depuis quinze ans m’a permis de développer un réseau d’auteurs que j’admire ; certains sont devenus des amis que je contacte lorsque je devine que tel thème les inspirera. Par ailleurs, des auteurs m’ont envoyé spontanément une proposition de collaboration à la naissance du Panache. Enfin, je travaille aussi avec des élèves du lycée Puy du Fou Académie dans le cadre d’ateliers d’écriture. Une nouvelle rédigée par une élève sera publiée pour la première fois dans Le Panache de novembre, c’est une joie et une fierté !

Est-ce que Monsieur de Villiers intervient dans le processus rédactionnel ?

Philippe de Villiers n’intervient pas dans la rédaction du Panache, mais il soutient le projet depuis sa genèse. Je sais qu’il le lit, mais j’ignore s’il résout toutes les énigmes policières !

Quels sont les retours de vos jeunes lecteurs ?

Ils sont à la fois nombreux et enthousiastes ! Nous recevons une centaine de lettres chaque mois et ces retours, par leur spontanéité et leur authenticité, s’avèrent être le meilleur des moteurs. Je suis particulièrement touchée de voir à quel point les enfants se sont attachés aux mascottes du Panache et aux personnages de la bande dessinée Jacques, Vic et Otto. On devine que ces héros sont devenus, peut-être pas des modèles, mais sans doute des exemples et sûrement des amis. Par ailleurs, nous recevons aussi des lettres vraiment touchantes de parents et grands-parents qui nous disent le vif intérêt qu’ils prennent eux aussi en lisant le magazine.

Quels sont vos objectifs pour les années à venir ?

Nous espérons que Le Panache va poursuivre son rayonnement auprès de tous les enfants de France ! Le 5 novembre prochain sera une grande date, car nous publierons la bande dessinée Les Aventures de Jacques, Vic et Otto, premier ouvrage de Puy du Fou Éditions disponible dans toutes les librairies. Et puis nous espérons pouvoir ensuite créer des magazines pour les autres tranches d’âge afin de suivre nos abonnés dans leur croissance !

Comment est composé Le Panache ?

L’avantage d’un magazine, c’est qu’il offre une grande variété de formats de lecture. Chacun doit pouvoir y trouver une porte d’entrée, selon son niveau et ses goûts ! Le Panache propose ainsi une Grande Histoire illustrée en lien avec le thème mensuel, des rubriques documentaires (arts, géographie, gastronomie…), et huit planches de BD inédites, qui racontent par épisodes le périple de deux enfants dans la France de la Libération. On y trouve aussi une énigme, des tests, des recettes… bref, tous les ingrédients d’un rendez-vous mensuel vivant pour « instruire et plaire » dans l’esprit de la tradition pédagogique à la française !

Détails et abonnement ici.

Ma France

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DR.

Notre chroniqueur ne prend apparemment des vacances que pour trouver des sujets de chronique. Séjournant actuellement en Bretagne, il nous en envoie une carte postale tricolore que la direction internationaliste de Causeur a saisi du bout des doigts, pour ne pas être contaminée…


Peut-être vous souvenez-vous :

« De plaines en forêts, de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
Je n’en finirais pas d’écrire ta chanson
Ma France
Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
Quelque chose dans l’air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France… »

Jean Ferrat a créé cette chanson en 1969. Il était alors communiste, et personne, au PCF, n’a eu l’idée de lui reprocher d’exalter un pays pour lequel « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas » étaient morts.
Aujourd’hui, n’y comptez plus. Nous vivons une époque curieuse où les gens de gauche (ou qui s’y croient) sont prêts à vilipender Ferrat et la France. Ils reprocheront au poète d’exalter la nation (quelle horreur !), le terroir (« Fasciste ! Viandard ! Agriculteur, va ! ») et les moments les plus patriotiques du pays : « La patrie, une invention masculiniste, paternaliste, dominatrice et colonialiste ! » assurent les gagas islamo-bobo-gauchisto-intersectionnels.
C’est ce que j’appelle l’Instant Orwell, où toutes les valeurs sont comprises à l’envers : La Liberté, c’est l’Esclavage, l’Ignorance, c’est la Force et l’amour du pays, c’est la haine mondialisée.
Et les intellectuels de gauche, s’il en reste, sont le degré zéro de l’intellect.
Et, accessoirement, de la gauche. Demandez à Ferrat. Demandez à Georges Marchais, qui se battait contre l’immigration, parce qu’il savait bien qu’on avait ouvert les portes pour faire disparaître les ouvriers français — c’est fait. Demandez à tous ceux que quarante ans de gauche a enfermés dans les ghettos où ils étaient nés — pendant que leurs propres enfants obtenaient des dérogations pour fréquenter tel ou tel de ces lycées, privés ou publics, où se confinent les élites auto-proclamées.

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Je reviens de Bretagne, où j’ai passé quinze jours miraculeusement beaux, de forêts hercyniennes en enclos paroissiaux, de côtes de granit rose en landes sauvages, me régalant de fraises de Plougastel et d’oignons roses de Roscoff — entre autres.
Avec ma moitié qui est mon tout, nous avons fait le projet, depuis quelques années, de passer des vacances, courtes ou longues, dans des régions que nous n’avons pas encore explorées. En fait, de nous aimer dans chacun des départements français — excepté Paris, peut-être, parce que la « ville-monde », comme disent les géographes, a divorcé d’avec la France il y a vilaine lurette.
Alors cet été la Bretagne, en avril dernier la Creuse, hier le Gers, avant-hier l’Alsace (ah, ce jarret braisé et confit au melfort dégusté à Strasbourg !), ou la Corse, ou le Jura, aux cascades du Hérisson… Sans oublier les Cévennes, sur les traces de Stevenson, ni les oranges amères qui bordent les allées à Menton, ni…
La France est inépuisable.

Il y a quelques années, ce grand couillon de Claude Askolovitch fustigeait un mien ami gastronome parce qu’il exaltait la cuisine des terroirs — un réflexe pétainiste, paraît-il. Réfléchissez-y à deux fois avant de vous résigner à la salade de quinoa mal cuit : la cuisine française est l’une des meilleures au monde, et seule une conspiration de bobos alter-mondialistes récuse l’onctuosité d’une daube ou d’un gigot de sept heures mariné dans un côtes-du-Ventoux charpenté nourri de thym et de romarin, de noix de muscade, de baies de genièvre, de clous de girofle, d’une bonne cuillérée de gingembre et d’un peu de sucre, un gigot dans lequel vous avez injecté à la seringue un mélange de jus d’orange et d’armagnac (recette à disposition). La France aime la viande — la mienne, la vôtre, celle de Ferrat, celle de ceux qui aiment la France : la table est un drapeau pour les vrais patriotes. Et l’odeur des côtes grillées au barbecue flatte les narines des vrais dieux, si elle offusque celles de Sandrine Rousseau.

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La France aime aussi son histoire et sa culture. Châteaux édifiés haut pour résister aux Anglais, cadets de Gascogne, volontaires de 93, le jeune Bara mourant pour la République, patriotes d’août 14, harkis mourant pour la libération du pays — une plaque célèbre leur sacrifice sur le monument aux morts de Béziers. Et Hugo, Voltaire, Rabelais, Chrétien de Troyes, Corneille, Racine, La Fontaine, Flaubert, Maupassant — tous effacés peu à peu des programmes au profit d’Annie Ernaux, d’Edouard Louis et de Virginie Despentes.

Elisabeth Borne, actuel ministre de l’Education, devrait se rappeler quelles références bien françaises lui ont permis de réussir Polytechnique et les Ponts et Chaussées, et les imposer aux enfants abêtis par quarante ans de pédagogisme, et livrés aujourd’hui à des maîtres largement ignorants. La culture française a permis à la fille de Joseph Bornstein de devenir Premier ministre, et à Jean Tenenbaum de devenir Ferrat : la vraie assimilation passe par la culture, par la cuisine, par l’amour des paysages — pas par le repliement sur les billevesées d’un chamelier fou de soleil.

L'école sous emprise

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Paris enthousiaste, Paris mouillé, Paris réconcilié, plébiscite le Tour

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Le Slovène Tadej Pogacar et le Belge Wout van Aert rue Lepic à Paris, 27 juillet 2025 © Shutterstock/SIPA

Pour la première fois passé par la butte Montmartre, ce Tour de France 2025, considéré comme l’un des plus palpitants de l’histoire récente par notre chroniqueur, s’est conclu par une victoire magistrale de Wout van Aert sur une dernière étape épique sous la pluie parisienne…


Assurément, osons le dire, n’hésitons pas à être dithyrambique, et que les acrimonieux qui ne veulent y voir qu’une « farce » à cause du soupçon récurrent de dopage ravalent leur bile, le Tour de France est beaucoup plus qu’une épreuve sportive.

Le mythe

Quel événement au monde peut se targuer en effet de rassembler tout au long de son parcours, pendant trois semaines un public aussi nombreux, impossible réellement à estimer, joyeux, bon enfant, facétieux, de tout âge et sexe, brandissant une multitude de drapeaux souvent inconnus, d’exploser les après-midis de juillet l’audimat, d’être suivi à la télé à des heures pas possibles à cause du décalage horaire en Asie, en Afrique et aux Amériques, même dans les îles les plus isolées du Pacifique ?

Dans les années 60, l’écrivain Roland Barthe, dans son livre Mythologies l’avait qualifié de dernière « épopée » dans une société sur-administrée. Probable, mais aujourd’hui, ce qui est sûr c’est qu’il est le plus grand événement mondial, toutes catégories confondues.

Aucune manifestation culturelle ou politique ne peut lui être comparée. Même les grands succès cinématographiques hollywoodiens ne rivalisent pas avec lui. En 2024, selon différentes sources concordantes, dont France Sport Expertise (FSE), un regroupement d’entreprises françaises, il avait été vu par 3,5 milliards de téléspectateurs cumulés… Seules les cérémonies d’ouverture et de clôture des JO et les deux finales des coupes du monde de foot et de rugby font mieux que la Grande boucle. Mais elles n’ont lieu que tous les quatre ans… Et le Tour, c’est tous les ans. Depuis sa création en 1903, le Tour n’a pas été couru à deux reprises : pendant les deux guerres mondiales.

Derniers feux

Dans une France qui a été chassée de son pré-carré africain, qui ne fait plus entendre sa voix sur la scène internationale, plus particulièrement moyenne-orientale, et ce depuis le mémorable discours anti-guerre du Golfe à l’ONU de Dominique de Villepin prononcé avec fougue à l’instigation de Jacques Chirac, que sa capitale n’est plus celle des arts et des lettres, n’est plus cette fête que célébrait Ernest Hemingway, le Tour est la dernière survivance de son feu rayonnement. Le Tour est l’ultime étendard d’une singularité nationale qui se dissout.

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C’est sans doute pour cela que, dimanche, lors de la 21ème et ultime étape de cette 112ème édition, que Paris enthousiaste, Paris mouillé, Paris réconcilié, Paris festif[1], l’a plébiscité ! Et le Tour le lui a bien rendu en lui offrant une course homérique, digne de Dante. La rue Lepic qui mène au sommet de Montmartre où trône le Sacré-Cœur, est entrée dans la légende vélocipédique, au même titre que les grands cols, tels que le Tourmalet, le Galibier, le Ventoux…

C’est là, sous une pluie battante, sur un pavé glissant, sous les acclamations incrédules d’un public qui n’en attendait pas tant, sur ce « volcan en éruption » dixit Le Figaro, que le vainqueur, Wout van Aert, a dompté le vorace maillot jaune, Tadej Pogačar, qui de toute évidence la voulait cette étape.

Pas de temps mort

La victoire de Van Aert en solitaire est le résultat d’une habile tactique et aussi consécutive à un excès de suffisance de Pogacar. Le temps ayant été gelé par l’organisation à cause d’une chaussée glissante au troisième passage sur la ligne d’arrivée, son leader, second au général, Jonas Vingegaard, qu’il devait protéger jusqu’à la fin, lui a laissé carte blanche pour jouer la sienne et l’a jouée en maître tacticien car pour gagner il faut des jambes mais surtout une tête.

En résumé, au premier passage au sommet de Lepic, Julian Alaphilippe a déclenché les hostilités ; Pogacar a riposté sans faire la décision ; au deuxième passage, ce dernier, sûr de lui-même, son erreur, est passé à l’offensive pensant terminer en solitaire, comme à son habitude, et asseoir sa gloire. Mais, Van Aert était aux aguets et l’a neutralisé, lui portant un coup certain au moral. Et au troisième franchissement du haut de la butte de Montmartre, il lui a alors porté l’estocade fatale. Mais ce panache dont a fait preuve Pogacar a été aussi une sorte de cadeau qu’il a offert à un public ébahi de le voir dans ses œuvres… non plus à la télé mais bel et bien sur le vif.    

Ainsi il a contribué à faire de cette étape une étape d’anthologie dans un Tour d’anthologie qui depuis son départ de Lille n’a pas connu le moindre temps mort, un Tour qui marque un tournant dans l’histoire de la Grande Boucle. Les deux équipes les plus riches, UEA et Wisma, celles du premier et second au général, ont pratiquement tout raflé, ne laissant aux autres que les accessits. Nous y reviendrons rapidement dans ces colonnes, sur ce nouveau cyclisme, dont ce Tour 2025 est l’annonce… À suivre…


[1] Plagiat de la célèbre citation de de Gaulle prononcée à l’hôtel de ville de Paris, évidemment: Paris outragé, Paris brisé, Paris, martyrisé, Paris libéré…

Chasseurs de têtes nazies

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Michel Tedoldi publie en poche son enquête « Un pacte avec le diable – Quand la France recrutait des scientifiques nazis » (Albin Michel)


Note secrète

1945 : l’armée de de Lattre occupe le sud-ouest de l’Allemagne et tend à maintenir si ce n’est à étendre son « pré-carré ». Joliot-Curie et une myriade d’organismes scientifiques et administratifs français vadrouillent dans l’aire d’occupation française, prenant progressivement conscience du potentiel en chercheurs, savants et matériels de tous ordres que recèle la zone. De Lattre ne sait que faire (si ce n’est, dixit Michel Tedoldi, organiser d’inutiles fiestas sur les bords du lac de Constance). Et de Gaulle, dans son style à la fois très écrit et ferme, de lui dicter ses instructions dans une note secrète qu’il y a lieu de transcrire in extenso tant elle condense bien tout ce qui est alors en jeu pour la France :

« Toute reconstruction en Allemagne serait destinée tôt ou tard à échapper aux organes de contrôle français ou alliés. Les bénéfices à retirer des travaux dans ces centres de recherche avec mainmise théorique de notre part seront faibles vis-à-vis des dangers certains que présente pour l’avenir leur remise en route. Aussi convient-il de rechercher la destruction sur le sol allemand de toutes possibilités de ce genre. Parallèlement, il faut s’efforcer de les reconstituer en France, avec le matériel ramené d’Allemagne, et attirer certaines personnalités scientifiques particulièrement qualifiées [c’est nous qui soulignons]. Il y a lieu de remarquer à ce propos que les Alliés ont déjà amorcé une politique d’absorption des meilleurs éléments. Dans ce but, il y aura lieu de transférer en France les scientifiques ou techniciens allemands de grande valeur pour les interroger à loisir sur leurs travaux et, éventuellement, les engager à rester à notre disposition. »

Rivalités

Pour résumer la suite des évènements, nous énoncerons la chose ainsi : c’est cette « éventualité » qui va devenir « généralité ».

De cette course-poursuite aux savants allemands « maudits », mais dont la ‘‘malédiction’’ va fondre au profit de la conscience de la ‘‘bénédiction’’ que constituerait leur collaboration à la recherche et en quelque sorte à l’œuvre scientifique française durant les Trente Glorieuses en matière militaire et civile, principalement aéronautique et spatiale, il va résulter ceci :

  • une rivalité accrue entre Français, Britanniques et Américains, chacun lorgnant le voisin, chacun cherchant le moyen d’attirer dans sa zone sa proie (savante et allemande), chacun, jaloux et sans foi, en tout cas sans respect du droit international, n’hésitant pas à aller la kidnapper chez le voisin et néanmoins « Allié » ;
  • un réel accaparement par la France (sans parler de tous les autres, partis sous d’autres cieux et au service d’autres puissances, y compris soviétiques) de savants, chercheurs ou chercheurs-industriels allemands – dont beaucoup ont activement et lourdement contribué comme on dit à l’effort de guerre du Troisième Reich et dont l’auteur, aux propos très moraux (sans, ici, aucune note ironique), déplore que la France ait passé par pertes et profits l’absence de repentir – qui ont nom : Von Zborowski, Schardin, Kraehe, Oestrich, le ‘‘motoriste du Führer’’, Sänger, Schall, Ferdinand Porsche, sans oublier bien sûr Bringer (qui, comme on dit encore, « a sa rue » à St Marcel, petit village près de l’ancienne usine de Vernon, dans l’Eure) et son mentor Werner von Braun.

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Repentir

On ajoutera que la figure de Marcel Dassault en prend aussi pour son grade et, plus généralement, selon l’auteur, toute l’histoire « officielle » de la grande famille des avionneurs français de l’après-guerre, à un point tel qu’il ne serait pas exagéré de soutenir que la fusée « européenne » lanceuse de satellites Ariane est la petite sœur des redoutés V2 allemands.

Il conviendrait que la France établisse une doctrine (d’application fatalement secrète) de possible exploitation et mise à disposition, autoritaire ou volontaire, de tous maîtres d’œuvre et savants étrangers se repentant de forfaits commis dans leur pays d’origine. Et ce repentir se manifesterait concrètement, gratuitement, gracieusement, secrètement par une mise au service de la France d’un talent utilisé jusque-là au profit d’un mal ennemi étranger.

Enfin avons-nous relevé que ce livre se conclue par une remarque de nature éditoriale. Dans ses Remerciements – rubrique courante en fin d’ouvrage -, Michel Tedoldi souligne que son livre ‘‘n’aurait jamais vu le jour sans la ténacité et le soutien de mon éditrice, Véronique de Bure’’. Ce qui, a contrario, tend tout simplement à souligner l’importance de ses révélations, sans même parler des réputations fallacieuses qu’il risque de bousculer. 

Michel Tedoldi, Un pacte avec le diable – Quand la France recrutait des scientifiques nazis – Albin Michel, 256 p.