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Allan Bloom contre les relativistes


Essayiste inégalable, le philosophe américain Allan Bloom (1930-1992) a laissé une oeuvre monumentale. Réédité aux Belles Lettres, L’âme désarmée est une charge virulente contre la modernité profondément enracinée dans les grands classiques. 


C’est un brusque changement d’échelle. Notre crâne vient de heurter la semelle d’un géant. La lecture des livres d’Allan Bloom « re-hiérarchise » le monde – comme certains rêvent de le réenchanter – et ravive de vieux souvenirs : ainsi, c’était donc ça un essai ? Pas uniquement une diatribe contre l’air du temps écrite pour réserver son rond de serviette dans les débats. Et la critique littéraire a bel et bien connu ce genre de sommet avant de s’assoupir, fainéante, entre les « coups de cœur », les « chefs-d’œuvre absolus » hebdomadaires et les « livres qui font du bien » ?

« Un penseur qui accepte de prendre les risques que prennent généralement les romanciers. »

Une page de Bloom débute avec Stendhal, bifurque vers Nietzsche avant de trouver Marx sur sa route, le tout avec une fluidité déconcertante. « Je déroule et parcours en compagnie de mes amis les livres où les anciens ont déposé leur trésor » : en citant Socrate, Allan Bloom donne la plus juste définition de son style ou, du moins, du plaisir qu’il procure au lecteur. Saul Bellow, le complice de longue date, cadre encore plus serré pour cerner le cas Bloom : « Un penseur qui accepte de prendre les risques que prennent généralement les romanciers. » D’ailleurs, ce ton unique, ce mélange de grande érudition, de simplicité et de plaisir de la conversation s’entend aussi chez Bellow. Lisez les premières pages du Cœur à bout de souffle par exemple, la diatribe de l’oncle sur le piège de l’amour… Il y a du Bloom dans ces lignes. Saul Bellow lui consacrera un livre, Ravelstein (2000). L’ouvrage a provoqué des grincements de dents (fallait-il révéler l’homosexualité de Bloom, huit ans après sa mort ?), mais on imagine mal le principal intéressé, lecteur insatiable, se plaindre de devenir la figure centrale d’un roman du fellow Bellow.

Allan Bloom est né en 1930 à Indianapolis avant de vivre à Chicago. Sa biographie enchaîne les cursus universitaires (en Europe, à Paris et Heidelberg notamment), les postes de professeur à Toronto, puis Chicago… Pas d’enfance battue, pas de petits boulots ni de départ sur la route. Bloom s’immerge dans les grands textes, en apnée. Il traduit Rousseau et Platon, en tire une moisson toujours renouvelée de pensées sur la condition de l’homme, l’éducation, la « vie bonne » dans un monde qui s’acharne à y substituer un mélange frelaté d’individualisme et de sécurité. Les classiques lui sont une boussole. Il se demande comment vivre autrement qu’à leur contact et, finalement, découvre que c’est tout à fait possible en observant ses collègues professeurs et ses étudiants.

Cette révolte contre l’atmosphère des campus nourrira en partie un livre décisif, L’Âme désarmée (1986). Allan Bloom y fustige l’égalitarisme, le féminisme, le culte de la minorité menant à la haine de soi… Bref, le fond de sauce des universités américaines et bientôt de tout l’Occident. Aujourd’hui, les « conservateurs » de la dernière heure, variante du résistant de 1945, opinent, galvanisés par l’eau tiède de François-Xavier Bellamy. En 1986, c’était une autre paire de manches. « Il se parle une langue nouvelle qui dérive d’une tentative d’aller au-delà du bien et du mal ou, disons, qui est incapable de parler avec conviction du bien et du mal. »

« Ce n’est pas rien de devenir riche et célèbre en disant exactement ce qu’on pense »

« Ce nouveau langage, c’est celui du relativisme », écrit Bloom. Mais L’Âme désarmée, réédité en traduction intégrale, dépasse, et de très loin, le cadre du pamphlet réactionnaire par son incroyable densité. Il s’agit d’un livre inépuisable, dans lequel bouillonnent l’esprit, la culture et les convictions d’un homme. Le succès sera colossal aux États-Unis (il faudrait un jour dresser la liste des ouvrages libérateurs, qui ont fait sauter une soupape invisible) et le retentissement se fera entendre dans le monde entier. « Pas de vulgarisation, pas de combines intellectuelles, pas d’airs supérieurs. Ce n’est pas rien de devenir riche et célèbre en disant exactement ce qu’on pense », écrit Saul Bellow dans Ravelstein, à propos de L’Âme désarmée. Un tel ouvrage occulte généralement tout le reste. Bloom n’y échappera pas. Dans l’ombre de son best-seller se tient pourtant un autre chef-d’œuvre.

« J’essaie dans ce livre de redécouvrir le pouvoir, les dangers et la beauté d’Éros, en prenant pour guide ceux qui le connaissent et sont capables de nous en instruire, les poètes », écrit Alan Bloom en introduction de son ouvrage posthume, L’Amour et l’Amitié (1993). L’incipit d’une odyssée littéraire envoûtante qui débute par l’analyse de La Nouvelle Héloïse et de l’Émile de Jean-Jacques Rousseau. Bloom explique que le philosophe a, le premier, senti que l’amour ne résisterait pas très longtemps à l’égoïsme et la recherche de sécurité de la vie bourgeoise. L’une des grandes questions de Rousseau est la transformation du désir sexuel en force positive, presque civilisatrice. Il prépare la route au romantisme qui sera piétiné avec rage, gourmandise et génie par Flaubert. En savourant inlassablement la morsure de ses élans, Emma Bovary se mure dans une prison alors qu’elle s’imagine vivre intensément. Et Flaubert va plus loin pour achever la bête : « Avec lui, pour la première fois, l’anti-bourgeois est aussi ridicule et méprisable que le bourgeois. » Là encore, ce résumé ne rend en rien justice au livre de Bloom qui sonde aussi les œuvres de Jane Austen, de Shakespeare, de Tolstoï ou Platon.

Quand on connaît les ouvrages abordés, Allan Bloom parvient encore à étonner. Quand on ne les a jamais lus, on se dit qu’il faut s’y mettre sur-le-champ. Voilà le sortilège de ce livre. L’auteur place la littérature aussi haut que la science ou la philosophie, chaque grand roman exprimant une vérité. Qu’il le fasse par la sensibilité et l’observation n’enlève rien à la force de ses conclusions. Surtout, Bloom libère les classiques de la grille de lecture contemporaine qui se croit toujours plus clairvoyante que le romancier : « Contre les préjugés les plus enracinés de la critique actuelle, écrit-il, je conclus que les écrivains avaient des intentions et qu’ils savaient ce qu’ils faisaient. » Non, Stendhal n’a pas besoin d’être déconstruit pour libérer toute sa puissance, à la fois ironique et sensible. L’interprétation est souvent l’antichambre de la bêtise.

« Toute cette “diversité”, toutes ces “différences” ont finalement enseigné le conformisme. »

Il suffit de lire ce qui est écrit, tout simplement, de laisser ces phrases s’insérer dans nos existences. Allan Bloom exfiltre aussi la littérature du piège que lui tend l’idéologie du moment : la réévaluation constante (la réécriture, même) en fonction des avancées du droit. Il débusque dans cette impasse quelque chose de beaucoup plus triste que la simple stupidité : « Toute cette “diversité”, toutes ces “différences” ont finalement enseigné le conformisme. »

L’Amour et l’Amitié, somme passionnante et labyrinthique, est écrite par un homme malade qui mourra du sida en 1992. Malgré tout, il tient encore à parler des soubresauts du cœur, du sexe et de l’amour, de la place de l’amitié entre les deux, bref de l’agitation humaine. Cet attachement à la vie irrigue chaque page et compte aussi dans la force de séduction du livre. « Comme il serait plus simple de vivre dans la solitude, ou alors d’accepter franchement de traiter les autres comme des moyens. Mais l’amour est précisément le territoire dangereux situé entre ces deux possibilités. L’acte sexuel civilisé signifie qu’on est parvenu à habiter ce territoire ou à s’y diriger. » Cette seule phrase peut faire toute une vie. Il reste encore un volume d’essais non traduit d’Allan Bloom (Giants and Dwarfs). Déjà, l’impatience nous tenaille. Comme l’écrit Saul Bellow, « On n’abandonne pas facilement un être tel que lui à la mort. »

L’Âme désarmée : essai sur le déclin de la culture générale (avant-propos de Saul Bellow, traduction de Paul Alexandre et Pascale Haas), Les Belles Lettres, 2018.

L’Amour et l’Amitié (traduction de Pierre Manent), Les Belles Lettres, 2018.

L'amour et l'amitié

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Mort de Fabien Clain : la grosse gêne des médias

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Problèmes lexico-sémantiques : choix des mots, sens des mots.

« Le djihadiste Fabien Clain a été tué ». A l’heure où j’écris, on ne sait pas encore dans quelles conditions il est mort. Mais le terme « djihadiste » est dans tous les titres :


fabien clain1



Fabien clain2


Or, le désigner comme un « djihadiste » est une manière mal assumée de lui reconnaître le statut de « combattant », une manière donc, de rendre acceptable ce qui, quand on écoute les questions et les commentaires, l’est beaucoup moins: zappant d’une chaîne d’information continue à l’autre, j’entends qu’on nous propose un « retour sur la radicalisation de Fabien Clain », qu’on nous rappelle son « adhésion à un projet terroriste », et son « attrait pour une idéologie de type totalitaire ».

A lire aussi: Djihadistes français: oublions les tous, Allah reconnaîtra les siens

BFMTV a trouvé un titre assez mignon, tout en euphémisme :


Fabien clain3


La responsabilité de Clain est réduite au statut de porte parole, et, comme souvent en langage journalistique, le petit « par » introduit non point le complément d’agent mais le complément circonstanciel de moyen. Ce titre dissimule donc la portée problématique, « polémique » dirait un journaliste, de la mort de Fabien Clain.

A lire aussi: Ce « nouvel antisémitisme » que les médias refusent toujours de nommer

Il faut être clair: si Fabien Clain est seulement un radicalisé (le participe passé suggérant un statut de victime contaminée par une idéologie), la question qui se pose est de savoir s’il a été visé par cette frappe militaire qui a causé sa mort, ou s’il en est une victime collatérale. Parce que, dans le premier cas, c’est un assassinat. Mais si on lui reconnaît le statut de combattant dans une armée, il faut arrêter de parler de « radicalisé » et de se cacher derrière le mot « djihadiste » : dans ce cas, sa mort est celle d’un « ennemi » dans le cadre d’un « acte de guerre ».

Et dans ce cas aussi, il faut arrêter de dire qu’on ne sait « pas quoi faire des revenants » et de s’offusquer quand quelqu’un ose dire qu’il faut organiser des « assassinats ciblés »:


assassinats ciblés


Selon toute vraisemblance, Fabien Clain a été victime d’un assassinat ciblé. Les questions éthiques que posaient la proposition de Pierre-Henri Dumont sont pourtant absentes des plateaux ce soir. Les médias s’étaient délectés de la « polémique » mais, comme souvent, n’assurent pas le suivi de ce débat lorsqu’ils estiment qu’il convient, avant tout et consensuellement, de se réjouir de la mort d’un « terroriste ». Opposés à la peine de mort, nos journalistes ne se scandalisent pas d’une exécution sans procès. Samia Makhlouf, avocate des familles de victimes, se démène pour…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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La Langue des medias

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Pour Macron, peuple et progrès sont forcément opposés

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Au XIXe siècle, peuple et progrès allaient de pair. Aujourd’hui, les tenants du progressisme l’opposent volontiers au populisme. A commencer par le président Macron. 


Monsieur Macron a décidé qu’il n’y avait que deux camps en France et en Europe : les progressistes et les populistes. S’est-il rendu compte qu’il prenait ainsi acte de la rupture d’une alliance séculaire, remontant à la Révolution française entre deux idées : le progrès et le peuple, dont la conjonction avait défini la gauche moderne ?

La deuxième mort de Jaurès

Il y avait certes eu des révoltes populaires sous l’Ancien régime, mais personne n’y voyait un moteur du progrès. Ce n’est qu’à partir de 1789 que, d’abord dans la mouvance libérale, puis républicaine, puis socialiste, s’est formée l’idée que le progrès politique était porté par les masses, que tout ce qui allait dans le sens du peuple (le « démos » et donc la démocratie), allait dans le sens du progrès et que les adversaires du peuple ne pouvaient être que ceux du progrès. Jaurès nous a laissé sur ce thème de belles tirades.

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Il n’en est plus de même aujourd’hui : le « progrès » est de plus en plus identifié à une mondialisation dans laquelle les peuples ont du mal à se reconnaître. Les tenants de cette nouvelle définition du progrès se rendent compte de ces résistances et s’en impatientent : c’est ainsi qu’a été inventé le mot de populisme, tenu pour péjoratif : alors que tout ce qui émanait du peuple ne pouvait jadis aller que dans le bon sens, depuis une trentaine d’années ce qui vient du peuple est au contraire assimilé à la réaction, objet de méfiance, voire de mépris.

Les peuples ne se reconnaissent plus dans le progrès

Les peuples se sentent étranger à cette nouvelle conception du progrès ; d’abord parce qu’elle implique le développent de structures transnationales, dont l’Europe de Bruxelles n’est pas la moindre, qui tendent à éloigner les centres de décision du terrain et à rendre presque impossible l’exercice de la démocratie. Ensuite parce  qu’une loi économique élémentaire fait que l’ouverture des frontières favorise les plus fortunés qui peuvent circuler d’un pays à l’autre par rapport aux plus pauvres et même, de plus en plus, aux classes moyennes, qui ne le peuvent guère. Tout ce qui rapproche les Etats éloigne les classes sociales.

Le divorce entre le progrès et la démocratie n’est pas tout à fait nouveau : en 1975, la Trilatérale mettait déjà en garde contre les « excès de la démocratie » ; plus récemment Jean-Claude Juncker proclamait en 2015 qu’ « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens». Les uns et les autres récusent la démocratie (ou la voix populaire) au bénéfice d’un  grand projet, identifié à la construction, pour les uns, d’un espace mondial sans frontières, pour les autres  d’une Europe supranationale, même si ces projets, un temps séduisants, n’ont plus la faveur des peuples. Emmanuel Macron va jusqu’au bout de la démarche : on ne peut être à la fois du côté du peuple et du côté du progrès !

La gauche sans le peuple et le peuple sans la gauche

Le progrès ? Qui ne s’en est pas réclamé depuis deux siècles ? A commencer par les révolutionnaires de 1789 tout imbibés des promesses de la philosophie des Lumières, puis la bourgeoisie libérale du XIXe siècle, encore enfermée dans le cadre national et contrainte à la coexistence avec l’ancienne aristocratie. Puis vinrent les socialistes et les communistes, ces derniers prétendant, à partir d’une révolution « prolétarienne », poser les fondements d’un monde nouveau, d’un « avenir radieux » illustré par le soleil rouge sur le fond duquel brillait le profil de Staline ou de Mao. Hitler lui-même voulait préparer l’avènement du surhomme, sélectionné par le combat à partir de la race aryenne.

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Puis est venu (ou revenu) le progressisme libéral, non plus enfermé dans le cadre national comme au XIXe siècle, mais tourné cette fois vers de nouveaux horizons : la libre circulation des marchandises, des capitaux et des hommes, le dépérissement de l’Etat-nation dans la perspective d’un Etat plus grand, la « fin de l’histoire » dit Fukuyama. Il ne leur restait plus qu’à adopter une phraséologie de gauche pour que les peuples ne s’y reconnaissent plus. Ainsi sont nés, d’un côté la gauche sans le peuple, et de l’autre le peuple hors de la gauche : en lieu et place du bon peuple révolutionnaire, le mauvais peuple populiste.

Les régimes idéologiques de type communiste avaient déjà fait l’expérience de la désaffection grave qu’ils avaient suscitée dans la population soviétique. L’histoire, à partir de 1990, a remis les pendules à l’heure, mettant fin à ces espérances de progrès fallacieuses.

Quid du progrès au XXIe siècle ?

Que peut encore signifier le progrès en ce début du XXIe siècle ? Dans sa forme classique, le progrès avait un sens précis. Il y avait le progrès des sciences et celui des techniques qui étaient, qui sont plus que jamais irrécusables. Par-dessus, l’idéologie avait  plaqué l’idée qu’il y avait aussi un progrès moral: plus de justice, plus de démocratie, plus de paix, plus d’humanité. Certains tenants de ce  progressisme prétendaient même que ce progrès procèderait, lui aussi, du progrès de la connaissance : la sociologie scientifique (que le marxisme prétendait être), l’économie scientifique (réduite au libre-échange), la psychologique scientifique, la pédagogie scientifique seraient les instruments de ces progrès. Singerie des sciences dures, ces prétendus savoirs, intéressants sur le plan théorique,  ont tous échoué sur le plan pratique. La vérité est qu’en dehors des sciences dures, il n’y a aucune science assurée, surtout parmi celles dont on entend se servir pour réformer la société. Bien au contraire, les théories dont s’inspirent les réformateurs se réclamant du progrès, aboutissent le plus souvent à des catastrophes.

Il y a eu la catastrophe du communisme ; il a aussi des catastrophes à plus petite échelle comme l’effondrement de l’enseignement en France après cinquante ans de pédagogies prétendues scientifiques.

Après de tels échecs, qui peut encore invoquer sérieusement le progressisme ? Surtout aujourd’hui, à l’heure où Trump, Poutine, Xi, Modi, mais aussi Orban ou Salvini disqualifient les utopies transnationales. Si être progressiste, c’est aller dans le sens de l’histoire, Macron s’est trompé d’époque.

Prendre en compte le réel

Toute idéologie invoque le progrès. La référence au progressisme, nous le savons depuis Hannah Arendt, est le marqueur infaillible d’un mode de pensée idéologique : l’idéologie part d’une idée simple censée améliorer le monde : suppression de la propriété privée,  des Etats, des frontières, etc. Elle se caractérise à la fois par sa simplicité, voire son simplisme,  mais aussi par un projet eschatologique : cette idée simple, à laquelle personne n’avait jamais pensé jusque-là, est tenue par les idéologues pour la clef du bonheur du monde.

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Le contraire de l’idéologie, c’est la prise en compte du réel et, par-là, de la complexité, c’est l’acceptation d’une certaine permanence des réalités humaines (la propriété, les nations, les passions humaines) et donc le refus de projets utopiques se présentant  comme une marche irrésistible vers la fin de l’histoire.

La véritable opposition n’est donc pas celle des progressistes contre les populistes, elle est celle des utopistes ou des idéologues contre les gens qui conservent le sens des réalités, une vertu plus répandue dans le peuple que chez la plupart des élites que la facilité de la vie et l’entre-soi coupent facilement du réel. A un moment où la croyance au progrès  n’a conduit qu’à des déconvenues, Emmanuel Macron, en se proclamant progressiste, montre qu’il n’est qu’un idéologue  complètement déphasé.

Robespierre: L'homme qui nous divise le plus

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César 2019: le « palmarès » avant l’heure

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Avant la cérémonie des César 2019 de ce soir, Thomas Morales livre son presque-palmarès. Attention surprises…


Ce soir, à partir de 21 heures, le monde du cinéma sera en émoi à Pleyel. Salle glaçante comme le veut la tradition, ministre de la Culture dans ses petits souliers, intermittents en embuscade et Kad Merad, Monsieur Loyal du jour qui cherche encore en tout début d’après-midi les dernières blagues pour décoincer une profession partagée entre la peur et l’attraction de Netflix.

À défaut de faire un carton d’audimat en clair sur Canal +, la 44ème cérémonie des César nous invite à une réunion de famille où personne ne fait semblant de s’aimer. Seule fois de l’année où tous ces professionnels de la composition sont naturels à l’écran. Ils ne jouent pas. Leur aigreur est sincère. Leur ressentiment incommensurable. Dans les métiers artistiques plus qu’ailleurs, la reconnaissance est un plat qui se mange froid.

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Dans cette distribution qui a tendance à s’éterniser, on peut regretter l’absence de vraies stars. Gabin, Romy, Truffaut et Christine Pascal ne sont plus là pour nous faire supporter les discours de remerciement. Alors, nous avons décidé de décerner nos propres récompenses aux films français sortis en 2018, en s’inspirant parfois de la liste officielle des nommés ou en s’en détachant complètement. Les vainqueurs sont :

Meilleure actrice :

Isabelle Adjani dans Le Monde est à toi réalisé par Romain Gavras

Meilleur acteur :

Philippe Rebbot dans L’Amou flou réalisé par Romane Bohringer et Philippe Rebbot

Meilleure actrice dans un Second Rôle :

Vimala Pons dans Allons enfants réalisé par Stéphane Demoustier

Meilleur acteur dans un Second Rôle :

Philippe Katerine dans Le Poulain réalisé par Mathieu Sapin

Meilleur Espoir Féminin :

Margot Brancilhon dans Ami-ami réalisé par Victor Saint Macary

Meilleur Espoir Masculin :

Jean Dujardin dans I Feel Good réalisé par Gustave Kerven et Benoît Delépine

Meilleur Scénario Original :

Que le diable nous emporte réalisé par Jean-Claude Brisseau

Meilleure Adaptation :

Les Vieux Fourneaux réalisé par Christophe Duthuron

Meilleure Musique Originale :

Vincent Blanchard et Romain Greffe – Guy réalisé par Alex Lutz

Meilleur Son :

L’Empereur de Paris réalisé par Jean-François Richet

Meilleure Photo :

Laurent Desmet – Mademoiselle de Joncquières réalisé par Emmanuel Mouret

Meilleur Montage :

Brian Schmitt et Carlo Rizzo – Budapest réalisé par Xavier Gens

Meilleurs Costumes :

L’amour est une fête réalisé par Cédric Anger

Meilleurs Décors :

Au poste ! réalisé par Quentin Dupieux

Meilleure Réalisation :

En liberté ! réalisé par Pierre Salvadori

Meilleur Film de Court Métrage :

Les petites mains réalisé par Rémi Allier

Meilleur Film d’Animation :

Raymonde ou l’évasion verticale réalisé par Sarah Van Den (court-métrage)

Meilleur Film Documentaire :

L’empire de la perfection réalisé par Julien Faraut

Meilleur Premier Film :

Roulez jeunesse réalisé par Julien Guetta

Meilleur Film Etranger :

Qui a tué Lady Winsley ? réalisé par Hiner Saleem

Meilleur Film :

Le monde est à toi réalisé par Romain Gavras

Démineurs: des femmes et des bombes


Dans un livre d’entretiens, l’ancien légionnaire Victor Ferreira donne la parole aux soldats français chargés du déminage. De la Manche au Mali, ces hommes et ces femmes parfois très jeunes désamorcent des engins meurtriers avec un sang-froid exemplaire.


Dans le film six fois oscarisé de la réalisatrice américaine Kathryn Bigelow, The Hurt Locker (Démineurs, 2009), le spectateur médusé se retrouvait transporté sur le théâtre de guerre irakien, à partager l’existence intense et tragique de soldats de l’US Army. Leur mission au quotidien consistait à désamorcer des engins explosifs improvisés, tout droit sortis de l’imagination infernale de légions d’insurgés à Bagdad. Le public découvrait avec stupeur les véhicules piégés, les chapelets de bombes enfouis sous des routes défoncées, ainsi que les ceintures d’explosifs cadenassées de force sur des civils innocents (des vieux, des jeunes, voire des enfants) dans la préparation d’attentats terroristes.

Avec cette deuxième guerre d’Irak, les naïves incantations de l’après-guerre froide annonçant la fin de l’Histoire disparaissaient dans les sables de l’antique Mésopotamie. Les héros du film appartenaient à une unité de neutralisation des explosifs de l’armée de terre américaine. Seul leur courage surhumain laissait entrevoir une lueur d’espoir dans cette épopée dantesque.

La réalité dépasse la fiction

Dix ans plus tard, la réalité dépasse la fiction dans le livre d’interviews intitulé Démineur de Victor Ferreira, un ancien légionnaire devenu reporter-photographe. Dans les forces armées françaises, à l’exception de la Légion étrangère, tous les postes de combattants sont désormais en principe ouverts aux femmes. Les démineurs n’échappent pas à la règle. On découvre donc dans ce livre le portrait stupéfiant de Charlotte, 19 ans, sapeur de combat, servant au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane. Elle souhaite passer sous-officier et devenir EOD (Explosive Ordnance Disposal) à savoir, spécialiste du traitement des munitions et des engins explosifs. Elle marche en tête de colonne équipée de son équipement de protection, de son arme et de son appareil de détection (DHPM), ouvrant la voie à pied, sous un soleil de plomb, à des convois de véhicules avec parfois plusieurs centaines de personnes armées, qui la suivent au ralenti sur une piste poussiéreuse dans le désert. À tout moment, elle peut sauter sur un engin explosif, être déchiquetée, rester mutilée à vie ou mourir sur le coup. Candide, elle déclare : « Je n’ai pas encore découvert d’engin ; mais j’en ai très envie. Je veux savoir comment va battre mon cœur, comment je vais réagir. » Sidération du lecteur.

Une autre femme EOD suscite l’admiration de Charlotte au sein de Barkhane : Michèle, 32 ans, sous-officier, femme de militaire et mère d’un petit enfant resté avec son père en métropole, mène sa première mission au Mali. « Le métier que j’ai choisi n’est pas plus dangereux que de traverser les grands boulevards parisiens en pleine journée », déclare-t-elle sans sourciller, laissant tout éventuel contradicteur sans voix.

Leur engagement interpelle. Comment en sont-elles arrivées là ? Leur détermination à exécuter leur mission et leur capacité naturelle à garder leurs nerfs nous bouleversent. Contre toute attente, nous redécouvrons que l’envie irrépressible de sauver peut dépasser l’instinct de survie, alors que devant les lâchetés de ce monde, nous aurions eu tendance à penser, à l’instar du dissident soviétique Alexandre Zinoviev, que l’homme en tant qu’être social a plutôt tendance à sauver sa peau à n’importe quel prix. Même stupéfaction du lecteur devant le courage et le professionnalisme de ce démineur du laboratoire central de la préfecture de police envoyé sur les lieux du carnage à la suite de l’attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015, pour vérifier que les corps de la centaine de victimes baignant encore dans leur sang, n’étaient pas piégés. Et il ne s’agit que de quelques exemples parmi les 70 interviews-vérité du livre de Victor Ferreira !

« L’affaire se règle à deux : vous et l’engin. Je le considère à chaque fois comme plus fort que moi. »

Les personnels rencontrés par l’auteur sont issus tant des régiments du génie de l’armée de terre, que des plongeurs démineurs de la Marine nationale ou des démineurs de la police judiciaire et de la sécurité civile. Ces spécialistes s’isolent mentalement dans une bulle technique en respectant à la lettre une série de procédures draconiennes. On notera aussi que nombre d’entre eux ont coutume de personnifier l’objet diabolique à désamorcer. « L’affaire se règle à deux : vous et l’engin. Je le considère à chaque fois comme plus fort que moi. Je dois parvenir à le maîtriser en le prenant à son propre piège », explique l’un d’entre eux.

« Quand je bascule dans l’eau, je garde les yeux ouverts et je vois la ligne d’horizon se renverser et la mer m’engloutir. J’arrête de respirer à ce moment-là. Nous descendons le long du bout avec les détonateurs, la charge explosive et la ligne électrique », décrit ce plongeur démineur, qui neutralise quotidiennement les « asperges de Rommel »[tooltips content= »Des pieux de bois implantés en 1944 dans le sable à distance régulière et sur lesquels ont été fixées des mines afin de détruire les péniches de débarquement. »]1[/tooltips] et autres bombes allemandes disséminées sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord.

Ayant passé vingt-trois ans à guerroyer avec ses frères d’armes de la Légion, l’auteur comprend instinctivement de quelle fibre sont faits ces hommes et femmes. « Tels des Sisyphe modernes, écrit-il, leur tâche est immense, sans fin. » Ces témoignages d’êtres exceptionnels mus par leur vocation touchent au tréfonds de l’âme et redonnent foi dans l’avenir du monde occidental.

DÉMINEUR

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Scandale dans la presse: les journalistes mâles des « Inrocks » jouent au foot ensemble

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Vous êtes peut-être digne de la « Ligue du LOL » sans le savoir. Un article publié par Mediapart sur la gestion des « Inrocks » révèle certaines habitudes des hommes journalistes de l’hebdo. Et ce qui choque certaines de leurs collègues du sexe opposé n’est pas forcément ce que vous imaginez…


Tout d’abord, une mise au point. J’ai eu accès à un article de Mediapart sans pour autant être abonné au journal en ligne d’Edwy Plenel, lequel m’a d’ailleurs bloqué sur Twitter pour une raison inconnue. Mais je ne donnerai jamais le nom de la personne qui me l’a fait parvenir. Moi aussi, j’ai droit au respect des sources.

Les « Inrocks », charia hebdo ?

Tout part donc de ce papier de Lénaïg Bredoux et Marine Turchi du 18 février dernier et traitant de la gestion des ressources humaines au sein des Inrocks, à la suite de la fameuse affaire de la « Ligue du LOL ». Mediapart pointe en effet des comportements, parmi lesquels les intrusions dans des ordinateurs et des comptes Facebook ou Gmail de collaborateurs ou ex-collaborateurs s’avèrent de loin les plus scandaleux.

S’ensuit un tweet d’Aude Lorriaux, journaliste et porte-parole d’une association de femmes journalistes. Ce qu’elle retient de l’article de ses consœurs, ce n’est pas tout à fait l’atteinte à la vie privée. Pas du tout ! Ce qu’elle trouve « édifiant », c’est cela : « Le midi, une petite bande de journalistes part régulièrement manger ensemble – tous des hommes. Certains jouent aussi au foot ensemble. Les filles, de moins en moins nombreuses, semblent à l’écart. »

A ce stade, il me faut jouer le jeu de la fameuse transparence, chère à Mediapart. Oui, j’ai déjà participé à des déjeuners, voire des dîners, rien qu’entre mecs. Je ne dirai rien de la teneur des discussions. Démentir qu’à certains moments, on était plus proche de Jean-Marie Bigard que de Judith Butler ne ferait que renforcer la méfiance envers ce genre d’agapes, que le duo Bredoux-Turchi aurait tôt fait de qualifier de « virilistes », sans doute rejointes par Aude Lorriaux. Mais à la décharge des participants, le Brouilly était excellent.

Et qué s’appelle Lorriaux, quésaco ?

Il me faut aussi confesser que j’ai déjà participé à une partie de football non-mixte. J’espérais naïvement que cette odieuse pratique me serait pardonnée, puisque la FIFA n’a toujours pas mis fin à cette séparation discriminante entre football féminin et football masculin. Le CIO non plus, d’ailleurs. Aude Lorriaux le sait, elle qui a signé la fameuse tribune publiée par Le Monde le 14 février dernier, expliquant que l’affaire de la « Ligue du LOL » n’avait rien à voir avec une histoire d’adulescents mal élevés mais avec la domination systémique du fameux mâle blanc.

Quel salaud, ce mâle blanc, tout de même ! Ne pas convier ses collègues féminines aux parties de foot qu’il organise pour se détendre après le boulot. Peu importe que s’incruster trois fois de suite à la salle de sports où ses collègues féminines ont leurs habitudes pourrait lui valoir une assignation pour harcèlement sexuel ou un article de l’Obs. Peu importe que d’inviter lourdement une jeune collègue à venir participer à des parties de football avec son « boys’ club » pourrait provoquer les mêmes désagréments. Il est coupable, forcément coupable.

Je ne suis pas un « parent 1 », Madame !

Toutefois, puisque la mauvaise foi semble de mise chez certaines amatrices en phénomènes « édifiants », puis-je m’autoriser à en faire preuve à mon tour ?

Qui me prouve, en effet, que le barbu à lunettes qui accompagnait ce groupe de footballeurs au stade était bien un homme ? Il faut vraiment être un vieux mâle blanc réac comme Daniel Schneidermann pour s’en offusquer ! D’autre part, j’ai enquêté parmi mes copains de vestiaire après l’amendement de Valérie Petit, parlementaire LREM. Sur 17 mecs en short interrogés, neuf souhaitaient être  « parent 1 », « parce qu’ils sont les mecs, quand même ». Sept autres préféraient le statut de « parent 2 », « comme ça, c’est ma femme qui sera dérangée au boulot quand le gosse sera malade ». Le dernier, prudemment, n’a pas souhaité se prononcer. Neuf « parents 1 » et sept « parents 2 », voilà un vestiaire dont la mixité ne pourra en tout cas pas être contestée.

Si ces jeunes hommes progressistes qui avaient néanmoins besoin de se retrouver entre mâles blancs pour boire un coup, jouer au foot, ou dire du mal, venaient à me lire, je les autorise bien volontiers à utiliser ces arguments pour leur défense. C’est « libre de droits », comme on dit dans leur milieu numérique.

Mais si j’avais un conseil ultime à leur donner, il serait celui-là : passez à droite. On s’y fait souvent traiter de gros facho, mais la vie y est plus simple. On y entend même des copines faire des blagues graveleuses bien pires que celles des mecs. C’est sympa, vous verrez.

Libérons nous du féminisme !

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Dérapage

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Salhia Brakhlia, la journaliste tellement rebelle qu’elle fait la morale à Zemmour

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Eric Zemmour, vous le savez, c’est leur grande passion ! L’équipe de l’émission Quotidien, animée par Yann Barthès sur TMC, n’a pas pu résister à l’idée d’accompagner le journaliste, invité à Yerres par Nicolas Dupont-Aignan. Vendredi dernier, un sujet lui était consacré. La suite est du Salhia Brakhlia tout craché. 


De grandes mesures sont attendues à l’issue du débat national. Eric Zemmour, lui, semble déjà avoir un plan de sauvetage tout prêt pour la France ! Le mauvais oracle préféré des Français a pu le dérouler pépouze alors qu’il répondait, dans son émission, à un tweet lui demandant quelles seraient les mesures à prendre en priorité :

La modernité de Twitter échappant quelque peu au « polémiste » de droite (qu’il ne faut surtout pas confondre avec un historien en bonne société), le tweet était relayé par son élégante collaboratrice Anaïs Bouton. Rituellement, c’est par ces messages de téléspectateurs que commence l’émission Zemmour et Naulleau diffusée sur Paris Première, antenne où il fait bon se réfugier de temps à autre pour échapper aux radotages de BFM TV. Viré de France 2 et I>Télé, c’est sur cette petite chaîne du câble que Zemmour a trouvé asile.

Zemmour fait débat…

Si l’énoncé de la question Twitter semble simple, les réponses à y apporter sont plus délicates, tant la situation sociale du pays est dégradée. Zemmour y répond au quart de tour et détaille sans ambages ses trois mesures phares.

« J’ai une priorité, c’est la démographie, la lutte contre l’immigration. Je pense que nous sommes en danger de mort. Et donc toutes les premières mesures concerneraient uniquement l’immigration. C’est-à-dire:

– Suppression du regroupement familial et du droit du sol ;

– Préférence nationale pour les allocations sociales ;

– Expulsion de tous les délinquants avec la double nationalité. »

A première vue, ces mesures ne collent pas parfaitement au programme de LREM. Et d’ailleurs, si l’on en connait l’antienne, rappelons que le thème préféré d’Eric Zemmour – l’immigration – a été écarté du grand débat, alors qu’il devait initialement y figurer. Par manque de temps ? Par peur des mauvaises paroles que les thématiques identitaires peuvent provoquer ? Mystère… Pour Eric Zemmour, le débat a en tout cas tourné à « l’enfumage » sans intérêt. Il regrette que les thématiques susceptibles d’intéresser le plus les Français aient été écartées au profit du « One Macron Show ».

…mais Salhia Brakhlia veille au grain

Si le traitement du Docteur Zemmour semble d’entrée de jeu écarté par les modalités du grand débat, l’équipe de Quotidien veille tout de même. On n’est jamais trop prudent.

Sur les ordres de Yann Barthès, représentant français de l’Internationale cathodique progressiste, Salhia Brakhlia a traqué notre médecin fou lors d’une réunion publique de Nicolas Dupont-Aignan à Yerres. A Yerres, les hommes politiques de droite (comme le chef de Debout la France ! ou Laurent Wauquiez) s’arracheraient Zemmour « dès qu’une élection approche ». L’auteur à succès serait « le joujou de la droite et de l’extrême droite ».

Les scouts de TMC s’étonnent que des gens des quatre coins du département se pressent ainsi pour assister à la réunion. A l’extérieur de la salle, des militants apostrophent les participants et essaient de perturber la réunion : « La honte ! Connards ! Fachos ! Zemmour dehors ! », peut-on entendre. Salhia Brakhlia ne s’en émeut pas et préfère tourner en dérision ceux qui leur répondent.

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De toute façon, « les idées d’Eric Zemmour, vous les connaissez ! », assure-t-elle. Elle préfère revenir sur le témoignage d’une intervenante venue expliquer au micro qu’elle a francisé son prénom kabyle. Ainsi que sur les propos de Zemmour sur Pétain. Zemmour pense que le régime de Vichy, quoi qu’engagé dans la collaboration, aurait permis en partie de « sauver des juifs français », à la différence d’autres pays européens. En une phrase lapidaire, Salhia Brakhlia rappelle que cela ne s’est pas du tout passé comme ça : « Le régime de Vichy a bien livré des Juifs aux nazis. »

« Ça s’appelle réécrire l’histoire. »

Et alors qu’un courageux réfractaire à la pensée réactionnaire rappelle à la face de Zemmour que la France a été construite par des immigrés, le polémiste révèle, rigolard, et avec l’œil narquois qu’on lui connait bien, qu’il habite dans un immeuble parisien de 1840 et que, « pour construire la cathédrale de Notre Dame de Paris, on n’a pas vu beaucoup de travailleurs algériens » non plus. Faux, s’indigne Salhia Brakhlia : « Là aussi, l’histoire a retenu autre chose. » S’ensuivent des images documentaires en noir et blanc d’ouvriers du bâtiment avec les précisions utiles en voix off: « Début des années 60, la France connait un véritable boom économique, et les Algériens arrivent par bateaux entiers. […] Partout où il faut construire, ils vont fournir une main dœuvre à bas prix. » Laconique et sentencieuse, notre journaliste de conclure sur les méthodes de Docteur Zemmour en retour plateau, les yeux dans les yeux : « Ça s’appelle réécrire l’histoire. » Laquelle a évidemment retenu que la France avait été construite par les Algériens.

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Avant de passer à un autre sujet (la « masculinité toxique » de l’effroyable « ligue du LOL »), nos journalistes progressistes le répètent inlassablement : nous sommes tous pareils, nous sommes tous des frères ! Eric Zemmour ne peut pas le comprendre ?

Destin français

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Immigration: un sénateur belge lance l’alerte


Dans son livre Immigration et Intégration: avant qu’il ne soit trop tard, le sénateur belge Alain Destexhe montre comment Bruxelles a pris la relève de Londres comme base arrière du djihadisme. Entre 2000 et 2010, la Belgique a accueilli plus d’un million d’immigrés, pour la plupart musulmans. Cet afflux renforce la constitution d’une contre-société.


Au cours de l’histoire, les capitales se déplacent : de Rome à Constantinople, de Rio à Brasilia, de Lagos à Abuja… de Londres à Bruxelles. Car si le « Londonistan » des années 1990-2005 était considéré comme le centre de l’extrémisme islamiste en Europe, c’est désormais la métropole belge, également synecdoque de l’Union européenne, qui a la réputation d’être le terreau principal des djihadistes du Vieux Continent. Londres aurait reçu son sobriquet de la part des services secrets français, exaspérés par le laxisme apparent des Britanniques à l’égard des islamistes qui avaient fait de la ville, non seulement un refuge pour des prédicateurs radicaux, mais aussi une véritable plaque tournante pour des opérations terroristes réalisées à travers le monde, de l’Espagne au Yémen, du Maroc à Israël, de l’Arabie saoudite à la France (il s’agit des attentats de 1995 à Paris et à Lyon). Bruxelles a pris la relève de Londres à travers les différents attentats qui ont eu lieu entre 2014 et 2016 : à Bruxelles même ; à Paris ; dans le Thalys ; et à Verviers (déjoué). Plusieurs des auteurs – dont Amedy Coulibaly et Salah Abdeslam – sont originaires de la banlieue tristement célèbre de Molenbeek-Saint-Jean ou y ont séjourné. On peut aussi remonter plus loin dans le passé, puisqu’il faut ajouter à ce palmarès un des assassins du commandant Massoud, en 2001 en Afghanistan, et trois des cerveaux derrière les attentats de Madrid en 2004. Les deux responsables des attentats de mars 2016 dans le métro bruxellois et à l’aéroport sont originaires d’une autre commune, Schaerbeek, qui fait également partie de la région Bruxelles-Capitale. La Belgique est d’ailleurs le pays européen qui, par rapport à sa population, a envoyé le plus de djihadistes en Syrie.

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Comment ce déplacement s’est-il opéré ? Le nouveau livre du sénateur et député bruxellois, Alain Destexhe, apporte des éléments de réponse. Intitulé Immigration et Intégration : avant qu’il ne soit trop tard (Dynamédia, 2018), il montre comment la Belgique est devenue, au fil des années, la championne des terres d’accueil. Entre 2000 et 2010, sa population de 10 millions d’habitants a été augmentée de plus d’un million d’immigrés, le plus grand nombre étant d’origine marocaine et turque, sans que des efforts suffisants aient été faits consentis pour intégrer ces nouveaux citoyens, pour la plupart musulmans, à la société belge. Ce livre est un plaidoyer pour une immigration « choisie » plutôt que « subie », et le remplacement de l’idéologie multiculturaliste par une politique d’intégration sérieuse. Comme l’indique son sous-titre, cet ouvrage s’ajoute à la longue liste de ceux qui ont déjà sonné l’alarme quant à la menace que représente pour l’Europe la combinaison d’une immigration incontrôlée, de politiques d’intégration inefficaces et d’un terrorisme islamiste qui, quoique le fait d’une toute petite minorité, a réussi à s’enraciner au cœur de certaines banlieues. Le livre d’Alain Destexhe connaîtra-t-il un meilleur sort que ceux de ses prédécesseurs ?

Le complexe de Cassandre

Cassandre était cette prophétesse troyenne qui, punie par le dieu Apollon, prédisait les désastres futurs avec justesse, mais sans que personne ne lui accorde le moindre crédit. Assister impuissante à la réalisation des infortunes qu’elle avait pourtant clairement annoncées la plongeait dans un désespoir sans fin. De nombreux auteurs contemporains ont repris ce rôle : prédisant des catastrophes si l’Europe continue sur le chemin de l’immigration débridée et du multiculturalisme aveugle, ils voient leurs remontrances conspuées par les intellectuels politiquement corrects et largement ignorées par les responsables politiques. Certains vont jusqu’à adopter un style où le ton apocalyptique se mêle à la rage du désespoir. C’est le cas de la journaliste britannique, Melanie Phillips, qui a contribué à l’inauguration d’un genre parfois surnommé en anglais « the green peril » (« le péril vert »). Son Londonistan : How Britain is Creating a Terror State Within, paru en 2006, un an après les attentats de Londres, est toujours un best-seller. Phillips a vu juste sur beaucoup de questions, mais sa vision d’un combat apocalyptique entre l’Occident et l’islam et ses jérémiades contre la décadence de la société occidentale, trop laïque et consumériste, ont limité son influence. Trois ans plus tard, le journaliste Christopher Caldwell publie un ouvrage traduit en français sous le titre Une révolution sous nos yeux : comment l’islam va transformer la France et l’Europe[tooltips content= »Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam and the West (2009). La traduction française, avec une préface de Michèle Tribalat, est parue en 2011. »]1[/tooltips]. Plus prudent que Phillips, il fait une analyse convaincante des politiques qui ont conduit à la crise actuelle, mais sa diatribe au sujet de l’islam, qu’il accuse de conquérir les villes d’Europe « rue par rue », reste trop peu nuancée. L’année suivante, et dans un tout autre registre, la courageuse universitaire française, Michèle Tribalat, commence une série d’ouvrages qui la font traiter pratiquement de nazie par ses collègues pour avoir osé aborder la question des statistiques ethniques[tooltips content= »Les Yeux grands fermés : l’immigration en France (2010), Assimilation : la fin du modèle français (2013) et Statistiques ethniques : une querelle bien française (2016). »]2[/tooltips]. Un autre universitaire, Paul Collier, économiste à Oxford, démonte les arguments économiques en faveur de l’immigration dans un ouvrage de 2013, encore une fois contesté par certains de ses propres collègues[tooltips content= »Paul Collier, Exodus: How Migration is Changing our World (2013). »]3[/tooltips]. Depuis, les livres se multiplient, souvent de bric et de broc. Les plus notoires sont ceux de Douglas Murray, L’Étrange Suicide de l’Europe : Immigration, identité, islam et Stephen Smith, La Ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent, tous les deux sortis en 2018[tooltips content= »Le livre de Smith a été publié directement en français, celui de Murray d’abord en anglais, en 2017. »]4[/tooltips]. Styliste puissant, Murray verse trop dans le déclinisme spenglerien pour être pleinement convaincant en termes d’analyse sobre et de propositions pratiques. Smith se bat sur le terrain apparemment objectif, mais en réalité très mouvant, des statistiques à grande échelle.

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Comparé à ses prédécesseurs, Alain Destexhe, dont ce n’est pas le premier livre sur la question[tooltips content= »Alain Destexhe, Claude Demelenne, Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac (2009). »]5[/tooltips], tient un propos plus modéré, mais ses arguments n’en sont que plus incisifs. Il montre, chiffres, graphiques et textes législatifs à l’appui, comment la Belgique est devenue le « ventre mou » d’une Europe qui se croit généreuse mais qui, sur les plans économique et culturel, trahit à la fois les populations autochtones et les populations immigrées. Focalisée sur la Belgique, son étude est néanmoins riche d’enseignements universels.

Le surréalisme belge

Son livre, comme il le dit, « n’a pas pour cible les immigrés, mais les politiques menées ». Ces dernières sont aussi désastreuses qu’irréfléchies. La grande vague d’immigration à partir de 2000 a été rendue possible par une loi permettant l’obtention de la nationalité belge sans délai significatif, sans test linguistique et sans aucune preuve d’adhésion aux valeurs de la société d’accueil. Une réforme partielle de la loi en 2011 a éliminé plusieurs abus et endigué quelque peu le torrent, mais avec les aides généreuses et les nombreux recours qu’elle offre, la Belgique demeure une terre d’élection et le flux d’immigrés reste très élevé. La cause principale en est une politique de regroupement familial extrêmement laxiste – au-delà de ce qui est exigé par la législation européenne, pourtant déjà trop peu stricte et qui nécessiterait une refonte totale. Cette politique tolère, par exemple, des mariages et des remariages successifs chez les immigrés et les candidats à l’immigration, chacun desquels est suivi d’un nouveau regroupement d’enfants et d’époux. Le résultat est un cycle sans fin. Au cours des années, des opérations de régularisation en masse de clandestins donnent lieu elles aussi à de nouvelles vagues de regroupements familiaux, alimentant la spirale exponentielle. Comparant les systèmes des différents pays, les migrants font leur « shopping » et finissent par choisir la Belgique comme point d’entrée en Europe.

Cette permissivité du système inspire la fraude sous des formes de plus en plus créatives : les mariages blancs, les mariages gris (un seul des époux exploite l’union pour frauder), les mariages forcés et les « bébés papiers », c’est-à-dire la reconnaissance frauduleuse de paternité. Un mariage sur cinq serait suspect. Des filières entières se sont construites, facilitant le passage de l’Afrique ou du Moyen-Orient vers l’Europe pour les moins pauvres. Un enfant reconnu comme réfugié pouvant faire venir ses parents, des familles se cotisent pour envoyer un descendant en Belgique. À l’ère d’internet et de la téléphonie à bas coût, les informations et les astuces sont vite relayées tout au long de la chaîne.

La finalité du droit d’asile consiste à protéger des vies menacées directement par la guerre ou persécutées par des dictatures. Pourtant, le manque de contrôles tant soit peu sérieux en a fait un vecteur puissant d’immigration économique. Les pays qui envoient le plus de réfugiés en Belgique ne sont pas en guerre. Beaucoup de demandeurs d’asile viennent de camps de réfugiés situés dans des pays sûrs. Selon des pratiques bien rodées, les futurs candidats à la nationalité belge détruisent leur passeport dans l’avion afin de se présenter comme des sans-papiers et d’améliorer ainsi leurs chances d’être naturalisés. En somme, la cause humanitaire sert à maquiller des besoins tout autres. Le système juridique n’est pas en mesure de garantir le refoulement de membres de groupes islamistes fondamentalistes. Les autorités ont été parfois si peu regardantes que même des génocidaires rwandais ont trouvé refuge en Belgique. Pour comble de l’absurde, l’octroi rapide de la nationalité a été justifié politiquement par l’idée selon laquelle cela permettrait d’accélérer le processus d’intégration, tandis que c’est plutôt l’intégration qui devrait favoriser la naturalisation. On pense à l’injonction du surréaliste belge, Louis Scutenaire : « Il faut regarder la vie en farce. »

La guerre des humanismes

La crise de 2015 a montré combien l’enfer peut être pavé de bonnes intentions. Quand Angela Merkel décide d’ouvrir les frontières de l’Allemagne, c’est près d’un million de migrants qui doivent être répartis en Europe, principalement en Allemagne, en Suède, aux Pays-Bas et en Belgique. Cette décision unilatérale, par laquelle l’Allemagne impose une politique migratoire à toute l’Europe, est largement accueillie dans la presse et chez les bien-pensants comme un geste humanitaire. Pourtant, la grande majorité de ces réfugiés sont des migrants économiques ou des Syriens qui ont déjà trouvé refuge ailleurs en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient. Alain Destexhe voit lui-même des camps des Nations unies se vider de ceux qui ont suffisamment de ressources pour partir. Le geste d’Angela Merkel envoie un signal très clair de l’autre côté de la Méditerranée, incitant d’autres réfugiés à tenter cette traversée périlleuse, fournissant une aubaine pour les filières qui les exploitent. Avec le regroupement familial, le nombre des nouveaux venus sera décuplé au cours des années à venir, empirant les problèmes d’intégration et favorisant encore plus la montée des partis d’extrême droite. À tout cela, il faut ajouter que certains des djihadistes de 2015 sont rentrés en Europe pour commettre leurs attentats en passant par la Hongrie au milieu des réfugiés.

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Alain Destexhe n’a pas besoin d’un brevet d’humanisme. Il a passé douze ans avec Médecins sans frontières (MSF), dont il a été le secrétaire général. Il a également présidé l’International Crisis Group. Il connaît directement les camps de réfugiés à travers le monde. Il a vécu certaines des crises les plus graves, comme celles du Kosovo, du Rwanda ou de la Somalie. Il est donc bien placé pour lancer un « J’accuse…! » sans concession à la chancelière allemande : « Qui est véritablement le ou plutôt la responsable de ces décès en mer ? Qui a enrichi tous ces passeurs et ces réseaux criminels ? Qui a mis en route des milliers d’individus qui n’ont quand même pas atteint leur objectif ? Qui a permis à des réseaux islamistes d’utiliser avec une grande facilité le flux des migrants pour commettre des attentats en Europe ? Et c’est Angela Merkel qu’on qualifie d’humaniste ! » Qui sont les vrais humanistes : ceux qui se donnent bonne conscience et tirent un voile sur la vérité des politiques migratoires actuelles ou ceux qui cherchent à établir un consensus sur un diagnostic et des mesures de bon sens ?

Dialogue versus martyr

C’est qu’il est devenu très difficile dans nos sociétés de discuter des problèmes d’intégration. Ceux qui défendent l’immigration prétendent qu’elle est une aubaine pour l’économie du pays d’accueil et une solution pour le vieillissement de la population autochtone. Alain Destexhe y répond en soulignant les coûts exorbitants qui en résultent en termes de chômage, d’allocations, de soins médicaux et de pénurie de logements. En Belgique, 70 % des allocataires des aides sociales sont d’origine étrangère ; à Bruxelles, ce chiffre monte à 90 %. En même temps, les pays d’origine des immigrés, que les gouvernements occidentaux essaient d’aider dans leur développement, sont vidés de leurs forces vives. À Bruxelles comme à Londres, on assiste à la constitution de « sociétés parallèles » qui, à nos valeurs progressistes et sécularistes, opposent celles d’un islam fondamentaliste, créant ainsi toute une série de conflits où personne ne gagne.

Alain Destexhe en détaille toutes les conséquences – qui n’ont rien de fantasmatique : les femmes et les homosexuels victimes d’insultes et d’agressions dans les rues ; les juifs qui ont peur en public et leurs lieux de culte qui doivent être protégés en permanence ; les écoles où on ne peut pas enseigner l’histoire de la Shoah ou l’évolution darwinienne ; les quartiers qui deviennent des « zones de non-droit » où la police n’intervient qu’en prenant des mesures de sécurité renforcées et où les représentants des autorités publiques sont régulièrement caillassés par des jeunes. Le fond du problème ne tient pas aux immigrés eux-mêmes, mais aux politiques d’intégration mal conçues et mises en œuvre de façon laxiste, tandis que les thuriféraires du multiculturalisme exigent que la société belge – ou autre – ferme les yeux.

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Si nous revenons à Londres, l’ancienne capitale européenne du djihadisme, quels enseignements pouvons-nous y trouver ? En limitant les possibilités d’analyse, en verrouillant le dialogue public, on a fini par laisser le champ libre à un personnage sulfureux et picaresque comme Tommy Robinson, ancien hooligan qui a fait plusieurs séjours en prison. Il s’est composé un personnage célébrissime de martyr anti-islamiste puni par des autorités publiques soucieuses de ne pas donner l’impression qu’elles sanctionnent uniquement des musulmans. Quelle que soit la vérité derrière cette mise en scène médiatique de lui-même, Tommy Robinson est devenu un symbole. Mais le débat public ne peut se mener à coups de symboles et d’émotions médiatiques. Nous avons besoin qu’il soit franc et apaisé. Et nous avons besoin d’hommes politiques comme Alain Destexhe qui puissent le porter.

Immigration et intégration: avant qu'il ne soit trop tard...

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L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

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Comment la Suisse multiculturelle fait-elle pour vivre ensemble?

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Emmanuel Macron aurait pu le dire sans avoir tort: il n’y a pas de culture suisse. Pour la bonne raison qu’il y en a plusieurs. A part le fromage et les hautes cimes, quel ciment permet donc cette joyeux diversité ?


Des votations quatre fois par année, un système de milice ancré dans le pays, un droit d’initiative populaire, une souveraineté des vingt-six Etats confédérés sur différents domaines tels que l’éducation ou la police… Le modèle politique suisse est unique au monde. Au-delà de la question de l’applicabilité d’un tel système en France – Emmanuel Macron ayant bien vite expédié la question du droit de référendum lors de son passage en Bourgogne -, qu’en est-il du rapport en Suisse entre institutions politiques et identité nationale ? Ce lien est fort. Et passionnant.

La politique, ciment identitaire du pays

Bien souvent, la Suisse est réduite par les habitants des autres nations à une simple carte postale. Elle est si belle, cette Suisse des Alpes, des vaches et de la fondue. Les Helvètes eux-mêmes trouvent dans ces caractéristiques contingentes et rassurantes une sorte de liant. Ou alors, on aime puiser ses origines dans les mythes fondateurs : vous savez, ces trois hommes de Suisse centrale qui s’unirent pour résister aux baillis autrichiens, signant le pacte du Grütli en 1291…

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Si ces trois « Suisses » n’ont pas existé, il reste dans ce mythe une donnée essentielle : la donnée politique. Qu’est-ce qui fait de la Suisse la Suisse ? Le sauciflard ? Certainement pas. La culture suisse ? Non, il y a des cultures suisses, chaque région ayant sa littérature, sa gastronomie, son cinéma parfois, influencés évidemment par la France, l’Allemagne et l’Italie. A défaut d’une langue nationale ou d’une religion unique, nous pourrions peut-être retenir de la Suisse ses institutions politiques, qui sont autant d’échafaudages d’une identité commune.

Démocratie directe, fédéralisme et esprit de milice

Ce n’est pas l’historien Olivier Meuwly, auteur notamment des ouvrages Les partis politiques : Acteurs de l’histoire suisse et 19 avril 1874 : L’audace de la démocratie directe, qui nous dira le contraire. En répondant à mes questions, l’ancien chargé de cours de l’Université de Genève met de la passion dans chacun de ses mots : « La démocratie directe, le fédéralisme et l’esprit de milice sont les trois matrices qui ont servi à bâtir non seulement un socle politique, mais aussi un socle spirituel, quelque chose qui nous permet en tant que Suisses de nous sentir suisses. Bref, l’identité suisse est de part en part politique. »

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Selon le vice-président du Cercle démocratique, basé à Lausanne, cette identité est bien sûr le fruit d’un travail humain, elle ne tombe pas du ciel. Et elle s’enracine dans l’histoire et le sang. « La naissance de la Suisse moderne a répondu aux exigences et à l’intelligence des habitants de notre pays. Nos ancêtres ont compris que le seul moyen de trouver une solution à la guerre civile était d’inventer un système reposant sur l’équilibre, la souveraineté et l’indépendance. L’identité suisse s’est forgée dans le pragmatisme. En inventant le fédéralisme, nous avons préféré nous supporter entre cantons que de supporter nos voisins. »

Vivre ensemble, jusqu’à quand ?

Quand on connaît le passé, on ne peut que souscrire à cette vision. Mais quel Suisse connaît encore l’histoire de son pays ? L’école a sa part de responsabilité dans cette augmentation de l’inculture historique, qui n’est pas sans lien avec le mondialisme béat qui régit la pédagogie actuelle. « L’école fait partie de l’explication », me concède Olivier Meuwly, « mais il faut ajouter une série d’autres causes à cette ignorance historique qui est le plus grand danger pour notre identité. Le libéralisme, par exemple, a péché par son insuffisance sur ces questions. »

Faut-il donc être pessimiste et craindre une dislocation de l’esprit national, à ne pas attribuer forcément au nationalisme mais au patriotisme que nous devrions tous partager ? « Non, il faut être réaliste. Pour ma part, je suis un ardent défenseur de l’esprit de milice, qui me fait passer pour un réactionnaire. De même pour le fédéralisme, injustement attaqué aujourd’hui, et la démocratie directe, qu’une certaine gauche comme une certaine droite aimeraient pouvoir raboter au nom d’une d’idéologie de juristes assez inquiétante. Or, c’est précisément le point : à l’ignorance succèdera peut-être la peur, qui ici pourra être bonne conseillère. »

Une histoire politique de la démocratie directe en Suisse

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19 Avril 1874, l'audace de la démocratie directe

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La Terre est plate, la preuve: c’est écrit dans le Coran


Financée et encouragée par l’Arabie saoudite, la lecture littérale du Coran et son cortège d’absurdités scientifiques progressent. Ce mouvement appelé « concordisme » sévit en France et en Belgique. Enquête. 


« Les Anges ainsi que l’Esprit montent vers Lui en un jour dont la durée est de cinquante mille ans. » Ce verset du Coran (70:4) révèle, à qui sait le lire, la vitesse de la lumière (300 000 km/s). C’est du moins ce qu’a tenté de démontrer à coups de calculs minutieux Kamel Ben Salem, professeur d’analyse des données dans le département des sciences informatiques de l’université de Tunis. Le Coran contiendrait également une description cryptée du tableau périodique des éléments établis par le chimiste russe Mendeleïev en 1869, ainsi que des informations précises sur l’âge de l’univers, le développement du fœtus et la tectonique des plaques, mise en évidence en 1912 par l’allemand Alfred Weneger.

« Il n’existe pas une seule découverte scientifique qui n’ait de trace dans le Coran »

Comment un livre écrit au VIIe siècle pourrait-il faire état de découvertes postérieures de plusieurs siècles ? La réponse est simple. Le Coran n’a pas été écrit. Il est incréé. Il est la parole de Dieu livrée à un prophète illettré, Mahomet. Il existe de toute éternité et contient la totalité du savoir, passé et à venir. Cette idée décoiffante est aujourd’hui acceptée par un certain nombre de musulmans, égale au carré de la jobardise, multiplié par le produit de la ferveur et du fanatisme.

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« Il n’existe pas une seule découverte scientifique qui n’ait de trace dans le Coran », soutenait en juillet 2017 le géologue égyptien, Zaghloul Ennajar dans une conférence tenue à la faculté des sciences et techniques de Fès, au Maroc. Il n’a pas convaincu tous les étudiants présents, raconte le magazine marocain Telquel, dans son numéro du 18 juillet 2017. Peu importe. Le miracle scientifique dont le Coran serait porteur dispose de bien d’autres relais. En 1984, la Ligue mondiale islamique a créé une commission internationale des signes scientifiques dans le Coran et la sunna. Elle est dirigée par le cheikh saoudien Abdallah al-Mouslih, qui prêche régulièrement en Europe – sa dernière intervention en France a eu lieu à Mulhouse, en novembre 2017. Elle soutient de nombreuses manifestations partout où on trouve des musulmans. Son objectif fondateur est d’établir la « liaison de la science avec les réalités de la foi », même quand la foi s’égare. En 2006, à la huitième conférence de la commission, le cheikh yéménite Zendani a annoncé la découverte d’un remède contre le VIH à base d’extrait d’une plante recommandée par le prophète. Aujourd’hui encore, le remède en question est évoqué avec dévotion dans des centaines de messages sur les forums musulmans francophones.

Le créationnisme musulman

Moins médiatisée que sa variante chrétienne américaine, mais tout aussi obscurantiste, le créationnisme musulman prospère. Ses vidéos affolent les compteurs. « Miracle du Coran, voici les vraies preuves d’Allah » : 1,46 million de vues, pour découvrir que le ciel déborde de nuages en forme de lettres arabes, signature du dieu créateur.

« Un certain nombre de personnes, dont des collègues, luttent contre le créationnisme, à juste titre, souligne l’historien des sciences Alexandre Moatti[tooltips content= »Auteur en 2017 d’Islam et science, antagonismes contemporains, PUF »]1[/tooltips], mais par oubli ou complaisance, le créationnisme islamique venant du Proche-Orient n’est pas dénoncé comme un projet politique, bien qu’il en soit un lui aussi. »

Reste à savoir qui croit à tout cela : « Des littéralistes », répond Michaël Privot, Belge converti, parlant l’arabe et le turc, ancien frère musulman, aujourd’hui directeur de l’European Network Agaisnt Racism (ENAR), à Bruxelles. « Beaucoup sont diplômés, y compris en sciences dures. Ils sont en pleine dissonance cognitive entre leurs connaissances et leur conviction que le Coran ne peut pas mentir. Il faut créer un lien, même au prix de contorsions impossibles. C’est une forme de concordisme, comme la religion chrétienne en a connu. » À cette nuance près que le concordisme chrétien est globalement derrière nous, alors que le concordisme musulman est en expansion. En Arabie saoudite, raconte Michaël Privot, « des chaires en astronomie et en astrophysique ont disparu, parce que leurs travaux risquaient de ne pas être compatibles avec le Coran ». Le « bon savant », ce serait plutôt Maurice Bucaille (1920-1998), un Français médecin personnel du roi Faycal, qui défendait la compatibilité totale du Coran avec la science (par opposition à la Bible, truffée d’erreurs).

Sur le Coran de la Mecque, la Terre est plate !

Compatible ? Un verset du Coran (79:30) dispose que Dieu a « étalé », ou « étendu » la Terre. Le cheikh Abdul-Aziz ibn Baaz, autorité religieuse d’Arabie Saoudite, en a tiré les conséquences en 1993 : « La Terre est plate. Quiconque clame qu’elle est sphérique est un athée méritant un châtiment. » Embarrassés, d’autres musulmans évoquent un problème de traduction. Le mot en arabe pour « aplati » ressemblant à un autre mot qui désigne l’œuf d’autruche, le Coran décrirait en fait la terre avec précision : une sphère aplatie.

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De 2011 à 2017, en Tunisie, une étudiante en géologie de la faculté de Sfax a préparé une thèse sur « le modèle plate-géocentrique de la Terre, arguments et impact sur les études climato / paléoclimatiques ». En deux mots, sur la Terre plate. Elle a fait scandale. C’était peut-être le but recherché. « Soutenir que la Terre est plate ou rejeter la théorie de l’évolution, même sans la comprendre, c’est dire “je suis musulman et je vous défie” », avance Michaël Privot. En France, dans l’enquête menée par les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland[tooltips content= »La Tentation radicale : enquête sur les lycéens, PUF, 2018″]2[/tooltips] auprès de 7 000 lycéens âgés de 14 à 16 ans, 34 % des musulmans pensaient que la religion explique mieux la création du monde que la science, contre 11 % des autres élèves…

« Le projet islamiste est un projet global qui ne vise pas seulement à changer la constitution, mais toute la société »

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a créé fin 2017 dans chaque académie une « unité laïcité », chargée d’assister les enseignants confrontés au dogmatisme. Tout le monde n’applaudit pas. « Le fait, pour un élève, de questionner un cours de sciences qui remet en cause ses convictions religieuses ne mérite pas d’être accusé de porter atteinte à la laïcité, pouvait-on lire dans Libération, le 11 décembre 2017. C’est le signe que ce citoyen en pleine formation intellectuelle est attentif au cours qu’il suit. » (!!!) Une largeur de vues que ne partage pas tout à fait la physicienne tunisienne Faouzia Charfi. « Le projet islamiste est un projet global qui ne vise pas seulement à changer la constitution, mais toute la société : les femmes, l’éducation et la pensée scientifique », déclarait-elle dès 2013, avant d’enfoncer le clou en 2017 : « La science a disparu du monde musulman au cours des siècles », pour cause d’obscurantisme et d’intolérance. Son livre courageux, La Science voilée, paru chez Odile Jacob en 2013, a suscité six commentaires sur Amazon, tous élogieux. Celui de Maurice Bucaille, La Bible, le Coran et la science, tissu de calembredaines vendu en poche, en a dix fois plus. On dirait que l’islam des Lumières n’avance pas à la vitesse de la lumière.

Allan Bloom contre les relativistes

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Le philosophe américain Allan Bloom (1930-1992) ©Jerry Bauer/Opale/Leemage

Essayiste inégalable, le philosophe américain Allan Bloom (1930-1992) a laissé une oeuvre monumentale. Réédité aux Belles Lettres, L’âme désarmée est une charge virulente contre la modernité profondément enracinée dans les grands classiques. 


C’est un brusque changement d’échelle. Notre crâne vient de heurter la semelle d’un géant. La lecture des livres d’Allan Bloom « re-hiérarchise » le monde – comme certains rêvent de le réenchanter – et ravive de vieux souvenirs : ainsi, c’était donc ça un essai ? Pas uniquement une diatribe contre l’air du temps écrite pour réserver son rond de serviette dans les débats. Et la critique littéraire a bel et bien connu ce genre de sommet avant de s’assoupir, fainéante, entre les « coups de cœur », les « chefs-d’œuvre absolus » hebdomadaires et les « livres qui font du bien » ?

« Un penseur qui accepte de prendre les risques que prennent généralement les romanciers. »

Une page de Bloom débute avec Stendhal, bifurque vers Nietzsche avant de trouver Marx sur sa route, le tout avec une fluidité déconcertante. « Je déroule et parcours en compagnie de mes amis les livres où les anciens ont déposé leur trésor » : en citant Socrate, Allan Bloom donne la plus juste définition de son style ou, du moins, du plaisir qu’il procure au lecteur. Saul Bellow, le complice de longue date, cadre encore plus serré pour cerner le cas Bloom : « Un penseur qui accepte de prendre les risques que prennent généralement les romanciers. » D’ailleurs, ce ton unique, ce mélange de grande érudition, de simplicité et de plaisir de la conversation s’entend aussi chez Bellow. Lisez les premières pages du Cœur à bout de souffle par exemple, la diatribe de l’oncle sur le piège de l’amour… Il y a du Bloom dans ces lignes. Saul Bellow lui consacrera un livre, Ravelstein (2000). L’ouvrage a provoqué des grincements de dents (fallait-il révéler l’homosexualité de Bloom, huit ans après sa mort ?), mais on imagine mal le principal intéressé, lecteur insatiable, se plaindre de devenir la figure centrale d’un roman du fellow Bellow.

Allan Bloom est né en 1930 à Indianapolis avant de vivre à Chicago. Sa biographie enchaîne les cursus universitaires (en Europe, à Paris et Heidelberg notamment), les postes de professeur à Toronto, puis Chicago… Pas d’enfance battue, pas de petits boulots ni de départ sur la route. Bloom s’immerge dans les grands textes, en apnée. Il traduit Rousseau et Platon, en tire une moisson toujours renouvelée de pensées sur la condition de l’homme, l’éducation, la « vie bonne » dans un monde qui s’acharne à y substituer un mélange frelaté d’individualisme et de sécurité. Les classiques lui sont une boussole. Il se demande comment vivre autrement qu’à leur contact et, finalement, découvre que c’est tout à fait possible en observant ses collègues professeurs et ses étudiants.

Cette révolte contre l’atmosphère des campus nourrira en partie un livre décisif, L’Âme désarmée (1986). Allan Bloom y fustige l’égalitarisme, le féminisme, le culte de la minorité menant à la haine de soi… Bref, le fond de sauce des universités américaines et bientôt de tout l’Occident. Aujourd’hui, les « conservateurs » de la dernière heure, variante du résistant de 1945, opinent, galvanisés par l’eau tiède de François-Xavier Bellamy. En 1986, c’était une autre paire de manches. « Il se parle une langue nouvelle qui dérive d’une tentative d’aller au-delà du bien et du mal ou, disons, qui est incapable de parler avec conviction du bien et du mal. »

« Ce n’est pas rien de devenir riche et célèbre en disant exactement ce qu’on pense »

« Ce nouveau langage, c’est celui du relativisme », écrit Bloom. Mais L’Âme désarmée, réédité en traduction intégrale, dépasse, et de très loin, le cadre du pamphlet réactionnaire par son incroyable densité. Il s’agit d’un livre inépuisable, dans lequel bouillonnent l’esprit, la culture et les convictions d’un homme. Le succès sera colossal aux États-Unis (il faudrait un jour dresser la liste des ouvrages libérateurs, qui ont fait sauter une soupape invisible) et le retentissement se fera entendre dans le monde entier. « Pas de vulgarisation, pas de combines intellectuelles, pas d’airs supérieurs. Ce n’est pas rien de devenir riche et célèbre en disant exactement ce qu’on pense », écrit Saul Bellow dans Ravelstein, à propos de L’Âme désarmée. Un tel ouvrage occulte généralement tout le reste. Bloom n’y échappera pas. Dans l’ombre de son best-seller se tient pourtant un autre chef-d’œuvre.

« J’essaie dans ce livre de redécouvrir le pouvoir, les dangers et la beauté d’Éros, en prenant pour guide ceux qui le connaissent et sont capables de nous en instruire, les poètes », écrit Alan Bloom en introduction de son ouvrage posthume, L’Amour et l’Amitié (1993). L’incipit d’une odyssée littéraire envoûtante qui débute par l’analyse de La Nouvelle Héloïse et de l’Émile de Jean-Jacques Rousseau. Bloom explique que le philosophe a, le premier, senti que l’amour ne résisterait pas très longtemps à l’égoïsme et la recherche de sécurité de la vie bourgeoise. L’une des grandes questions de Rousseau est la transformation du désir sexuel en force positive, presque civilisatrice. Il prépare la route au romantisme qui sera piétiné avec rage, gourmandise et génie par Flaubert. En savourant inlassablement la morsure de ses élans, Emma Bovary se mure dans une prison alors qu’elle s’imagine vivre intensément. Et Flaubert va plus loin pour achever la bête : « Avec lui, pour la première fois, l’anti-bourgeois est aussi ridicule et méprisable que le bourgeois. » Là encore, ce résumé ne rend en rien justice au livre de Bloom qui sonde aussi les œuvres de Jane Austen, de Shakespeare, de Tolstoï ou Platon.

Quand on connaît les ouvrages abordés, Allan Bloom parvient encore à étonner. Quand on ne les a jamais lus, on se dit qu’il faut s’y mettre sur-le-champ. Voilà le sortilège de ce livre. L’auteur place la littérature aussi haut que la science ou la philosophie, chaque grand roman exprimant une vérité. Qu’il le fasse par la sensibilité et l’observation n’enlève rien à la force de ses conclusions. Surtout, Bloom libère les classiques de la grille de lecture contemporaine qui se croit toujours plus clairvoyante que le romancier : « Contre les préjugés les plus enracinés de la critique actuelle, écrit-il, je conclus que les écrivains avaient des intentions et qu’ils savaient ce qu’ils faisaient. » Non, Stendhal n’a pas besoin d’être déconstruit pour libérer toute sa puissance, à la fois ironique et sensible. L’interprétation est souvent l’antichambre de la bêtise.

« Toute cette “diversité”, toutes ces “différences” ont finalement enseigné le conformisme. »

Il suffit de lire ce qui est écrit, tout simplement, de laisser ces phrases s’insérer dans nos existences. Allan Bloom exfiltre aussi la littérature du piège que lui tend l’idéologie du moment : la réévaluation constante (la réécriture, même) en fonction des avancées du droit. Il débusque dans cette impasse quelque chose de beaucoup plus triste que la simple stupidité : « Toute cette “diversité”, toutes ces “différences” ont finalement enseigné le conformisme. »

L’Amour et l’Amitié, somme passionnante et labyrinthique, est écrite par un homme malade qui mourra du sida en 1992. Malgré tout, il tient encore à parler des soubresauts du cœur, du sexe et de l’amour, de la place de l’amitié entre les deux, bref de l’agitation humaine. Cet attachement à la vie irrigue chaque page et compte aussi dans la force de séduction du livre. « Comme il serait plus simple de vivre dans la solitude, ou alors d’accepter franchement de traiter les autres comme des moyens. Mais l’amour est précisément le territoire dangereux situé entre ces deux possibilités. L’acte sexuel civilisé signifie qu’on est parvenu à habiter ce territoire ou à s’y diriger. » Cette seule phrase peut faire toute une vie. Il reste encore un volume d’essais non traduit d’Allan Bloom (Giants and Dwarfs). Déjà, l’impatience nous tenaille. Comme l’écrit Saul Bellow, « On n’abandonne pas facilement un être tel que lui à la mort. »

L’Âme désarmée : essai sur le déclin de la culture générale (avant-propos de Saul Bellow, traduction de Paul Alexandre et Pascale Haas), Les Belles Lettres, 2018.

L’Amour et l’Amitié (traduction de Pierre Manent), Les Belles Lettres, 2018.

L'amour et l'amitié

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Mort de Fabien Clain : la grosse gêne des médias

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Fabien Clain sur le site d'Interpol. ©AP/SIPA / AP22305127_000002

Problèmes lexico-sémantiques : choix des mots, sens des mots.

« Le djihadiste Fabien Clain a été tué ». A l’heure où j’écris, on ne sait pas encore dans quelles conditions il est mort. Mais le terme « djihadiste » est dans tous les titres :


fabien clain1



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Or, le désigner comme un « djihadiste » est une manière mal assumée de lui reconnaître le statut de « combattant », une manière donc, de rendre acceptable ce qui, quand on écoute les questions et les commentaires, l’est beaucoup moins: zappant d’une chaîne d’information continue à l’autre, j’entends qu’on nous propose un « retour sur la radicalisation de Fabien Clain », qu’on nous rappelle son « adhésion à un projet terroriste », et son « attrait pour une idéologie de type totalitaire ».

A lire aussi: Djihadistes français: oublions les tous, Allah reconnaîtra les siens

BFMTV a trouvé un titre assez mignon, tout en euphémisme :


Fabien clain3


La responsabilité de Clain est réduite au statut de porte parole, et, comme souvent en langage journalistique, le petit « par » introduit non point le complément d’agent mais le complément circonstanciel de moyen. Ce titre dissimule donc la portée problématique, « polémique » dirait un journaliste, de la mort de Fabien Clain.

A lire aussi: Ce « nouvel antisémitisme » que les médias refusent toujours de nommer

Il faut être clair: si Fabien Clain est seulement un radicalisé (le participe passé suggérant un statut de victime contaminée par une idéologie), la question qui se pose est de savoir s’il a été visé par cette frappe militaire qui a causé sa mort, ou s’il en est une victime collatérale. Parce que, dans le premier cas, c’est un assassinat. Mais si on lui reconnaît le statut de combattant dans une armée, il faut arrêter de parler de « radicalisé » et de se cacher derrière le mot « djihadiste » : dans ce cas, sa mort est celle d’un « ennemi » dans le cadre d’un « acte de guerre ».

Et dans ce cas aussi, il faut arrêter de dire qu’on ne sait « pas quoi faire des revenants » et de s’offusquer quand quelqu’un ose dire qu’il faut organiser des « assassinats ciblés »:


assassinats ciblés


Selon toute vraisemblance, Fabien Clain a été victime d’un assassinat ciblé. Les questions éthiques que posaient la proposition de Pierre-Henri Dumont sont pourtant absentes des plateaux ce soir. Les médias s’étaient délectés de la « polémique » mais, comme souvent, n’assurent pas le suivi de ce débat lorsqu’ils estiment qu’il convient, avant tout et consensuellement, de se réjouir de la mort d’un « terroriste ». Opposés à la peine de mort, nos journalistes ne se scandalisent pas d’une exécution sans procès. Samia Makhlouf, avocate des familles de victimes, se démène pour…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux <<<

 

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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La Langue des medias

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Pour Macron, peuple et progrès sont forcément opposés

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Emmanuel Macron débat à Etang-sur-Arroux, février 2019. ©Liewig Christian-POOL/SIPA / 00894096_000019

Au XIXe siècle, peuple et progrès allaient de pair. Aujourd’hui, les tenants du progressisme l’opposent volontiers au populisme. A commencer par le président Macron. 


Monsieur Macron a décidé qu’il n’y avait que deux camps en France et en Europe : les progressistes et les populistes. S’est-il rendu compte qu’il prenait ainsi acte de la rupture d’une alliance séculaire, remontant à la Révolution française entre deux idées : le progrès et le peuple, dont la conjonction avait défini la gauche moderne ?

La deuxième mort de Jaurès

Il y avait certes eu des révoltes populaires sous l’Ancien régime, mais personne n’y voyait un moteur du progrès. Ce n’est qu’à partir de 1789 que, d’abord dans la mouvance libérale, puis républicaine, puis socialiste, s’est formée l’idée que le progrès politique était porté par les masses, que tout ce qui allait dans le sens du peuple (le « démos » et donc la démocratie), allait dans le sens du progrès et que les adversaires du peuple ne pouvaient être que ceux du progrès. Jaurès nous a laissé sur ce thème de belles tirades.

A lire aussi: Monsieur Macron, nous ne sommes pas vos « enfants » !

Il n’en est plus de même aujourd’hui : le « progrès » est de plus en plus identifié à une mondialisation dans laquelle les peuples ont du mal à se reconnaître. Les tenants de cette nouvelle définition du progrès se rendent compte de ces résistances et s’en impatientent : c’est ainsi qu’a été inventé le mot de populisme, tenu pour péjoratif : alors que tout ce qui émanait du peuple ne pouvait jadis aller que dans le bon sens, depuis une trentaine d’années ce qui vient du peuple est au contraire assimilé à la réaction, objet de méfiance, voire de mépris.

Les peuples ne se reconnaissent plus dans le progrès

Les peuples se sentent étranger à cette nouvelle conception du progrès ; d’abord parce qu’elle implique le développent de structures transnationales, dont l’Europe de Bruxelles n’est pas la moindre, qui tendent à éloigner les centres de décision du terrain et à rendre presque impossible l’exercice de la démocratie. Ensuite parce  qu’une loi économique élémentaire fait que l’ouverture des frontières favorise les plus fortunés qui peuvent circuler d’un pays à l’autre par rapport aux plus pauvres et même, de plus en plus, aux classes moyennes, qui ne le peuvent guère. Tout ce qui rapproche les Etats éloigne les classes sociales.

Le divorce entre le progrès et la démocratie n’est pas tout à fait nouveau : en 1975, la Trilatérale mettait déjà en garde contre les « excès de la démocratie » ; plus récemment Jean-Claude Juncker proclamait en 2015 qu’ « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens». Les uns et les autres récusent la démocratie (ou la voix populaire) au bénéfice d’un  grand projet, identifié à la construction, pour les uns, d’un espace mondial sans frontières, pour les autres  d’une Europe supranationale, même si ces projets, un temps séduisants, n’ont plus la faveur des peuples. Emmanuel Macron va jusqu’au bout de la démarche : on ne peut être à la fois du côté du peuple et du côté du progrès !

La gauche sans le peuple et le peuple sans la gauche

Le progrès ? Qui ne s’en est pas réclamé depuis deux siècles ? A commencer par les révolutionnaires de 1789 tout imbibés des promesses de la philosophie des Lumières, puis la bourgeoisie libérale du XIXe siècle, encore enfermée dans le cadre national et contrainte à la coexistence avec l’ancienne aristocratie. Puis vinrent les socialistes et les communistes, ces derniers prétendant, à partir d’une révolution « prolétarienne », poser les fondements d’un monde nouveau, d’un « avenir radieux » illustré par le soleil rouge sur le fond duquel brillait le profil de Staline ou de Mao. Hitler lui-même voulait préparer l’avènement du surhomme, sélectionné par le combat à partir de la race aryenne.

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Puis est venu (ou revenu) le progressisme libéral, non plus enfermé dans le cadre national comme au XIXe siècle, mais tourné cette fois vers de nouveaux horizons : la libre circulation des marchandises, des capitaux et des hommes, le dépérissement de l’Etat-nation dans la perspective d’un Etat plus grand, la « fin de l’histoire » dit Fukuyama. Il ne leur restait plus qu’à adopter une phraséologie de gauche pour que les peuples ne s’y reconnaissent plus. Ainsi sont nés, d’un côté la gauche sans le peuple, et de l’autre le peuple hors de la gauche : en lieu et place du bon peuple révolutionnaire, le mauvais peuple populiste.

Les régimes idéologiques de type communiste avaient déjà fait l’expérience de la désaffection grave qu’ils avaient suscitée dans la population soviétique. L’histoire, à partir de 1990, a remis les pendules à l’heure, mettant fin à ces espérances de progrès fallacieuses.

Quid du progrès au XXIe siècle ?

Que peut encore signifier le progrès en ce début du XXIe siècle ? Dans sa forme classique, le progrès avait un sens précis. Il y avait le progrès des sciences et celui des techniques qui étaient, qui sont plus que jamais irrécusables. Par-dessus, l’idéologie avait  plaqué l’idée qu’il y avait aussi un progrès moral: plus de justice, plus de démocratie, plus de paix, plus d’humanité. Certains tenants de ce  progressisme prétendaient même que ce progrès procèderait, lui aussi, du progrès de la connaissance : la sociologie scientifique (que le marxisme prétendait être), l’économie scientifique (réduite au libre-échange), la psychologique scientifique, la pédagogie scientifique seraient les instruments de ces progrès. Singerie des sciences dures, ces prétendus savoirs, intéressants sur le plan théorique,  ont tous échoué sur le plan pratique. La vérité est qu’en dehors des sciences dures, il n’y a aucune science assurée, surtout parmi celles dont on entend se servir pour réformer la société. Bien au contraire, les théories dont s’inspirent les réformateurs se réclamant du progrès, aboutissent le plus souvent à des catastrophes.

Il y a eu la catastrophe du communisme ; il a aussi des catastrophes à plus petite échelle comme l’effondrement de l’enseignement en France après cinquante ans de pédagogies prétendues scientifiques.

Après de tels échecs, qui peut encore invoquer sérieusement le progressisme ? Surtout aujourd’hui, à l’heure où Trump, Poutine, Xi, Modi, mais aussi Orban ou Salvini disqualifient les utopies transnationales. Si être progressiste, c’est aller dans le sens de l’histoire, Macron s’est trompé d’époque.

Prendre en compte le réel

Toute idéologie invoque le progrès. La référence au progressisme, nous le savons depuis Hannah Arendt, est le marqueur infaillible d’un mode de pensée idéologique : l’idéologie part d’une idée simple censée améliorer le monde : suppression de la propriété privée,  des Etats, des frontières, etc. Elle se caractérise à la fois par sa simplicité, voire son simplisme,  mais aussi par un projet eschatologique : cette idée simple, à laquelle personne n’avait jamais pensé jusque-là, est tenue par les idéologues pour la clef du bonheur du monde.

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Le contraire de l’idéologie, c’est la prise en compte du réel et, par-là, de la complexité, c’est l’acceptation d’une certaine permanence des réalités humaines (la propriété, les nations, les passions humaines) et donc le refus de projets utopiques se présentant  comme une marche irrésistible vers la fin de l’histoire.

La véritable opposition n’est donc pas celle des progressistes contre les populistes, elle est celle des utopistes ou des idéologues contre les gens qui conservent le sens des réalités, une vertu plus répandue dans le peuple que chez la plupart des élites que la facilité de la vie et l’entre-soi coupent facilement du réel. A un moment où la croyance au progrès  n’a conduit qu’à des déconvenues, Emmanuel Macron, en se proclamant progressiste, montre qu’il n’est qu’un idéologue  complètement déphasé.

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César 2019: le « palmarès » avant l’heure

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©DAVID NIVIERE/SIPA / 00794906_000105

Avant la cérémonie des César 2019 de ce soir, Thomas Morales livre son presque-palmarès. Attention surprises…


Ce soir, à partir de 21 heures, le monde du cinéma sera en émoi à Pleyel. Salle glaçante comme le veut la tradition, ministre de la Culture dans ses petits souliers, intermittents en embuscade et Kad Merad, Monsieur Loyal du jour qui cherche encore en tout début d’après-midi les dernières blagues pour décoincer une profession partagée entre la peur et l’attraction de Netflix.

À défaut de faire un carton d’audimat en clair sur Canal +, la 44ème cérémonie des César nous invite à une réunion de famille où personne ne fait semblant de s’aimer. Seule fois de l’année où tous ces professionnels de la composition sont naturels à l’écran. Ils ne jouent pas. Leur aigreur est sincère. Leur ressentiment incommensurable. Dans les métiers artistiques plus qu’ailleurs, la reconnaissance est un plat qui se mange froid.

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Dans cette distribution qui a tendance à s’éterniser, on peut regretter l’absence de vraies stars. Gabin, Romy, Truffaut et Christine Pascal ne sont plus là pour nous faire supporter les discours de remerciement. Alors, nous avons décidé de décerner nos propres récompenses aux films français sortis en 2018, en s’inspirant parfois de la liste officielle des nommés ou en s’en détachant complètement. Les vainqueurs sont :

Meilleure actrice :

Isabelle Adjani dans Le Monde est à toi réalisé par Romain Gavras

Meilleur acteur :

Philippe Rebbot dans L’Amou flou réalisé par Romane Bohringer et Philippe Rebbot

Meilleure actrice dans un Second Rôle :

Vimala Pons dans Allons enfants réalisé par Stéphane Demoustier

Meilleur acteur dans un Second Rôle :

Philippe Katerine dans Le Poulain réalisé par Mathieu Sapin

Meilleur Espoir Féminin :

Margot Brancilhon dans Ami-ami réalisé par Victor Saint Macary

Meilleur Espoir Masculin :

Jean Dujardin dans I Feel Good réalisé par Gustave Kerven et Benoît Delépine

Meilleur Scénario Original :

Que le diable nous emporte réalisé par Jean-Claude Brisseau

Meilleure Adaptation :

Les Vieux Fourneaux réalisé par Christophe Duthuron

Meilleure Musique Originale :

Vincent Blanchard et Romain Greffe – Guy réalisé par Alex Lutz

Meilleur Son :

L’Empereur de Paris réalisé par Jean-François Richet

Meilleure Photo :

Laurent Desmet – Mademoiselle de Joncquières réalisé par Emmanuel Mouret

Meilleur Montage :

Brian Schmitt et Carlo Rizzo – Budapest réalisé par Xavier Gens

Meilleurs Costumes :

L’amour est une fête réalisé par Cédric Anger

Meilleurs Décors :

Au poste ! réalisé par Quentin Dupieux

Meilleure Réalisation :

En liberté ! réalisé par Pierre Salvadori

Meilleur Film de Court Métrage :

Les petites mains réalisé par Rémi Allier

Meilleur Film d’Animation :

Raymonde ou l’évasion verticale réalisé par Sarah Van Den (court-métrage)

Meilleur Film Documentaire :

L’empire de la perfection réalisé par Julien Faraut

Meilleur Premier Film :

Roulez jeunesse réalisé par Julien Guetta

Meilleur Film Etranger :

Qui a tué Lady Winsley ? réalisé par Hiner Saleem

Meilleur Film :

Le monde est à toi réalisé par Romain Gavras

Démineurs: des femmes et des bombes

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"Démineurs", Kathryn Bigelow, 2008. ©Rue des Archives/Everett

Dans un livre d’entretiens, l’ancien légionnaire Victor Ferreira donne la parole aux soldats français chargés du déminage. De la Manche au Mali, ces hommes et ces femmes parfois très jeunes désamorcent des engins meurtriers avec un sang-froid exemplaire.


Dans le film six fois oscarisé de la réalisatrice américaine Kathryn Bigelow, The Hurt Locker (Démineurs, 2009), le spectateur médusé se retrouvait transporté sur le théâtre de guerre irakien, à partager l’existence intense et tragique de soldats de l’US Army. Leur mission au quotidien consistait à désamorcer des engins explosifs improvisés, tout droit sortis de l’imagination infernale de légions d’insurgés à Bagdad. Le public découvrait avec stupeur les véhicules piégés, les chapelets de bombes enfouis sous des routes défoncées, ainsi que les ceintures d’explosifs cadenassées de force sur des civils innocents (des vieux, des jeunes, voire des enfants) dans la préparation d’attentats terroristes.

Avec cette deuxième guerre d’Irak, les naïves incantations de l’après-guerre froide annonçant la fin de l’Histoire disparaissaient dans les sables de l’antique Mésopotamie. Les héros du film appartenaient à une unité de neutralisation des explosifs de l’armée de terre américaine. Seul leur courage surhumain laissait entrevoir une lueur d’espoir dans cette épopée dantesque.

La réalité dépasse la fiction

Dix ans plus tard, la réalité dépasse la fiction dans le livre d’interviews intitulé Démineur de Victor Ferreira, un ancien légionnaire devenu reporter-photographe. Dans les forces armées françaises, à l’exception de la Légion étrangère, tous les postes de combattants sont désormais en principe ouverts aux femmes. Les démineurs n’échappent pas à la règle. On découvre donc dans ce livre le portrait stupéfiant de Charlotte, 19 ans, sapeur de combat, servant au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane. Elle souhaite passer sous-officier et devenir EOD (Explosive Ordnance Disposal) à savoir, spécialiste du traitement des munitions et des engins explosifs. Elle marche en tête de colonne équipée de son équipement de protection, de son arme et de son appareil de détection (DHPM), ouvrant la voie à pied, sous un soleil de plomb, à des convois de véhicules avec parfois plusieurs centaines de personnes armées, qui la suivent au ralenti sur une piste poussiéreuse dans le désert. À tout moment, elle peut sauter sur un engin explosif, être déchiquetée, rester mutilée à vie ou mourir sur le coup. Candide, elle déclare : « Je n’ai pas encore découvert d’engin ; mais j’en ai très envie. Je veux savoir comment va battre mon cœur, comment je vais réagir. » Sidération du lecteur.

Une autre femme EOD suscite l’admiration de Charlotte au sein de Barkhane : Michèle, 32 ans, sous-officier, femme de militaire et mère d’un petit enfant resté avec son père en métropole, mène sa première mission au Mali. « Le métier que j’ai choisi n’est pas plus dangereux que de traverser les grands boulevards parisiens en pleine journée », déclare-t-elle sans sourciller, laissant tout éventuel contradicteur sans voix.

Leur engagement interpelle. Comment en sont-elles arrivées là ? Leur détermination à exécuter leur mission et leur capacité naturelle à garder leurs nerfs nous bouleversent. Contre toute attente, nous redécouvrons que l’envie irrépressible de sauver peut dépasser l’instinct de survie, alors que devant les lâchetés de ce monde, nous aurions eu tendance à penser, à l’instar du dissident soviétique Alexandre Zinoviev, que l’homme en tant qu’être social a plutôt tendance à sauver sa peau à n’importe quel prix. Même stupéfaction du lecteur devant le courage et le professionnalisme de ce démineur du laboratoire central de la préfecture de police envoyé sur les lieux du carnage à la suite de l’attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015, pour vérifier que les corps de la centaine de victimes baignant encore dans leur sang, n’étaient pas piégés. Et il ne s’agit que de quelques exemples parmi les 70 interviews-vérité du livre de Victor Ferreira !

« L’affaire se règle à deux : vous et l’engin. Je le considère à chaque fois comme plus fort que moi. »

Les personnels rencontrés par l’auteur sont issus tant des régiments du génie de l’armée de terre, que des plongeurs démineurs de la Marine nationale ou des démineurs de la police judiciaire et de la sécurité civile. Ces spécialistes s’isolent mentalement dans une bulle technique en respectant à la lettre une série de procédures draconiennes. On notera aussi que nombre d’entre eux ont coutume de personnifier l’objet diabolique à désamorcer. « L’affaire se règle à deux : vous et l’engin. Je le considère à chaque fois comme plus fort que moi. Je dois parvenir à le maîtriser en le prenant à son propre piège », explique l’un d’entre eux.

« Quand je bascule dans l’eau, je garde les yeux ouverts et je vois la ligne d’horizon se renverser et la mer m’engloutir. J’arrête de respirer à ce moment-là. Nous descendons le long du bout avec les détonateurs, la charge explosive et la ligne électrique », décrit ce plongeur démineur, qui neutralise quotidiennement les « asperges de Rommel »[tooltips content= »Des pieux de bois implantés en 1944 dans le sable à distance régulière et sur lesquels ont été fixées des mines afin de détruire les péniches de débarquement. »]1[/tooltips] et autres bombes allemandes disséminées sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord.

Ayant passé vingt-trois ans à guerroyer avec ses frères d’armes de la Légion, l’auteur comprend instinctivement de quelle fibre sont faits ces hommes et femmes. « Tels des Sisyphe modernes, écrit-il, leur tâche est immense, sans fin. » Ces témoignages d’êtres exceptionnels mus par leur vocation touchent au tréfonds de l’âme et redonnent foi dans l’avenir du monde occidental.

DÉMINEUR

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Scandale dans la presse: les journalistes mâles des « Inrocks » jouent au foot ensemble

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©FRANCOIS GUILLOT / AFP

Vous êtes peut-être digne de la « Ligue du LOL » sans le savoir. Un article publié par Mediapart sur la gestion des « Inrocks » révèle certaines habitudes des hommes journalistes de l’hebdo. Et ce qui choque certaines de leurs collègues du sexe opposé n’est pas forcément ce que vous imaginez…


Tout d’abord, une mise au point. J’ai eu accès à un article de Mediapart sans pour autant être abonné au journal en ligne d’Edwy Plenel, lequel m’a d’ailleurs bloqué sur Twitter pour une raison inconnue. Mais je ne donnerai jamais le nom de la personne qui me l’a fait parvenir. Moi aussi, j’ai droit au respect des sources.

Les « Inrocks », charia hebdo ?

Tout part donc de ce papier de Lénaïg Bredoux et Marine Turchi du 18 février dernier et traitant de la gestion des ressources humaines au sein des Inrocks, à la suite de la fameuse affaire de la « Ligue du LOL ». Mediapart pointe en effet des comportements, parmi lesquels les intrusions dans des ordinateurs et des comptes Facebook ou Gmail de collaborateurs ou ex-collaborateurs s’avèrent de loin les plus scandaleux.

S’ensuit un tweet d’Aude Lorriaux, journaliste et porte-parole d’une association de femmes journalistes. Ce qu’elle retient de l’article de ses consœurs, ce n’est pas tout à fait l’atteinte à la vie privée. Pas du tout ! Ce qu’elle trouve « édifiant », c’est cela : « Le midi, une petite bande de journalistes part régulièrement manger ensemble – tous des hommes. Certains jouent aussi au foot ensemble. Les filles, de moins en moins nombreuses, semblent à l’écart. »

A ce stade, il me faut jouer le jeu de la fameuse transparence, chère à Mediapart. Oui, j’ai déjà participé à des déjeuners, voire des dîners, rien qu’entre mecs. Je ne dirai rien de la teneur des discussions. Démentir qu’à certains moments, on était plus proche de Jean-Marie Bigard que de Judith Butler ne ferait que renforcer la méfiance envers ce genre d’agapes, que le duo Bredoux-Turchi aurait tôt fait de qualifier de « virilistes », sans doute rejointes par Aude Lorriaux. Mais à la décharge des participants, le Brouilly était excellent.

Et qué s’appelle Lorriaux, quésaco ?

Il me faut aussi confesser que j’ai déjà participé à une partie de football non-mixte. J’espérais naïvement que cette odieuse pratique me serait pardonnée, puisque la FIFA n’a toujours pas mis fin à cette séparation discriminante entre football féminin et football masculin. Le CIO non plus, d’ailleurs. Aude Lorriaux le sait, elle qui a signé la fameuse tribune publiée par Le Monde le 14 février dernier, expliquant que l’affaire de la « Ligue du LOL » n’avait rien à voir avec une histoire d’adulescents mal élevés mais avec la domination systémique du fameux mâle blanc.

Quel salaud, ce mâle blanc, tout de même ! Ne pas convier ses collègues féminines aux parties de foot qu’il organise pour se détendre après le boulot. Peu importe que s’incruster trois fois de suite à la salle de sports où ses collègues féminines ont leurs habitudes pourrait lui valoir une assignation pour harcèlement sexuel ou un article de l’Obs. Peu importe que d’inviter lourdement une jeune collègue à venir participer à des parties de football avec son « boys’ club » pourrait provoquer les mêmes désagréments. Il est coupable, forcément coupable.

Je ne suis pas un « parent 1 », Madame !

Toutefois, puisque la mauvaise foi semble de mise chez certaines amatrices en phénomènes « édifiants », puis-je m’autoriser à en faire preuve à mon tour ?

Qui me prouve, en effet, que le barbu à lunettes qui accompagnait ce groupe de footballeurs au stade était bien un homme ? Il faut vraiment être un vieux mâle blanc réac comme Daniel Schneidermann pour s’en offusquer ! D’autre part, j’ai enquêté parmi mes copains de vestiaire après l’amendement de Valérie Petit, parlementaire LREM. Sur 17 mecs en short interrogés, neuf souhaitaient être  « parent 1 », « parce qu’ils sont les mecs, quand même ». Sept autres préféraient le statut de « parent 2 », « comme ça, c’est ma femme qui sera dérangée au boulot quand le gosse sera malade ». Le dernier, prudemment, n’a pas souhaité se prononcer. Neuf « parents 1 » et sept « parents 2 », voilà un vestiaire dont la mixité ne pourra en tout cas pas être contestée.

Si ces jeunes hommes progressistes qui avaient néanmoins besoin de se retrouver entre mâles blancs pour boire un coup, jouer au foot, ou dire du mal, venaient à me lire, je les autorise bien volontiers à utiliser ces arguments pour leur défense. C’est « libre de droits », comme on dit dans leur milieu numérique.

Mais si j’avais un conseil ultime à leur donner, il serait celui-là : passez à droite. On s’y fait souvent traiter de gros facho, mais la vie y est plus simple. On y entend même des copines faire des blagues graveleuses bien pires que celles des mecs. C’est sympa, vous verrez.

Libérons nous du féminisme !

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Dérapage

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Salhia Brakhlia, la journaliste tellement rebelle qu’elle fait la morale à Zemmour

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Dans l'émission Quotidien, le journaliste Eric Zemmour est souvent brocardé pour ses positions hors les clous Capture d'écran TMC

Eric Zemmour, vous le savez, c’est leur grande passion ! L’équipe de l’émission Quotidien, animée par Yann Barthès sur TMC, n’a pas pu résister à l’idée d’accompagner le journaliste, invité à Yerres par Nicolas Dupont-Aignan. Vendredi dernier, un sujet lui était consacré. La suite est du Salhia Brakhlia tout craché. 


De grandes mesures sont attendues à l’issue du débat national. Eric Zemmour, lui, semble déjà avoir un plan de sauvetage tout prêt pour la France ! Le mauvais oracle préféré des Français a pu le dérouler pépouze alors qu’il répondait, dans son émission, à un tweet lui demandant quelles seraient les mesures à prendre en priorité :

La modernité de Twitter échappant quelque peu au « polémiste » de droite (qu’il ne faut surtout pas confondre avec un historien en bonne société), le tweet était relayé par son élégante collaboratrice Anaïs Bouton. Rituellement, c’est par ces messages de téléspectateurs que commence l’émission Zemmour et Naulleau diffusée sur Paris Première, antenne où il fait bon se réfugier de temps à autre pour échapper aux radotages de BFM TV. Viré de France 2 et I>Télé, c’est sur cette petite chaîne du câble que Zemmour a trouvé asile.

Zemmour fait débat…

Si l’énoncé de la question Twitter semble simple, les réponses à y apporter sont plus délicates, tant la situation sociale du pays est dégradée. Zemmour y répond au quart de tour et détaille sans ambages ses trois mesures phares.

« J’ai une priorité, c’est la démographie, la lutte contre l’immigration. Je pense que nous sommes en danger de mort. Et donc toutes les premières mesures concerneraient uniquement l’immigration. C’est-à-dire:

– Suppression du regroupement familial et du droit du sol ;

– Préférence nationale pour les allocations sociales ;

– Expulsion de tous les délinquants avec la double nationalité. »

A première vue, ces mesures ne collent pas parfaitement au programme de LREM. Et d’ailleurs, si l’on en connait l’antienne, rappelons que le thème préféré d’Eric Zemmour – l’immigration – a été écarté du grand débat, alors qu’il devait initialement y figurer. Par manque de temps ? Par peur des mauvaises paroles que les thématiques identitaires peuvent provoquer ? Mystère… Pour Eric Zemmour, le débat a en tout cas tourné à « l’enfumage » sans intérêt. Il regrette que les thématiques susceptibles d’intéresser le plus les Français aient été écartées au profit du « One Macron Show ».

…mais Salhia Brakhlia veille au grain

Si le traitement du Docteur Zemmour semble d’entrée de jeu écarté par les modalités du grand débat, l’équipe de Quotidien veille tout de même. On n’est jamais trop prudent.

Sur les ordres de Yann Barthès, représentant français de l’Internationale cathodique progressiste, Salhia Brakhlia a traqué notre médecin fou lors d’une réunion publique de Nicolas Dupont-Aignan à Yerres. A Yerres, les hommes politiques de droite (comme le chef de Debout la France ! ou Laurent Wauquiez) s’arracheraient Zemmour « dès qu’une élection approche ». L’auteur à succès serait « le joujou de la droite et de l’extrême droite ».

Les scouts de TMC s’étonnent que des gens des quatre coins du département se pressent ainsi pour assister à la réunion. A l’extérieur de la salle, des militants apostrophent les participants et essaient de perturber la réunion : « La honte ! Connards ! Fachos ! Zemmour dehors ! », peut-on entendre. Salhia Brakhlia ne s’en émeut pas et préfère tourner en dérision ceux qui leur répondent.

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De toute façon, « les idées d’Eric Zemmour, vous les connaissez ! », assure-t-elle. Elle préfère revenir sur le témoignage d’une intervenante venue expliquer au micro qu’elle a francisé son prénom kabyle. Ainsi que sur les propos de Zemmour sur Pétain. Zemmour pense que le régime de Vichy, quoi qu’engagé dans la collaboration, aurait permis en partie de « sauver des juifs français », à la différence d’autres pays européens. En une phrase lapidaire, Salhia Brakhlia rappelle que cela ne s’est pas du tout passé comme ça : « Le régime de Vichy a bien livré des Juifs aux nazis. »

« Ça s’appelle réécrire l’histoire. »

Et alors qu’un courageux réfractaire à la pensée réactionnaire rappelle à la face de Zemmour que la France a été construite par des immigrés, le polémiste révèle, rigolard, et avec l’œil narquois qu’on lui connait bien, qu’il habite dans un immeuble parisien de 1840 et que, « pour construire la cathédrale de Notre Dame de Paris, on n’a pas vu beaucoup de travailleurs algériens » non plus. Faux, s’indigne Salhia Brakhlia : « Là aussi, l’histoire a retenu autre chose. » S’ensuivent des images documentaires en noir et blanc d’ouvriers du bâtiment avec les précisions utiles en voix off: « Début des années 60, la France connait un véritable boom économique, et les Algériens arrivent par bateaux entiers. […] Partout où il faut construire, ils vont fournir une main dœuvre à bas prix. » Laconique et sentencieuse, notre journaliste de conclure sur les méthodes de Docteur Zemmour en retour plateau, les yeux dans les yeux : « Ça s’appelle réécrire l’histoire. » Laquelle a évidemment retenu que la France avait été construite par les Algériens.

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Avant de passer à un autre sujet (la « masculinité toxique » de l’effroyable « ligue du LOL »), nos journalistes progressistes le répètent inlassablement : nous sommes tous pareils, nous sommes tous des frères ! Eric Zemmour ne peut pas le comprendre ?

Destin français

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Immigration: un sénateur belge lance l’alerte

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Le député et sénateur belge, Alain Destexhe. ©Hannah Assouline

Dans son livre Immigration et Intégration: avant qu’il ne soit trop tard, le sénateur belge Alain Destexhe montre comment Bruxelles a pris la relève de Londres comme base arrière du djihadisme. Entre 2000 et 2010, la Belgique a accueilli plus d’un million d’immigrés, pour la plupart musulmans. Cet afflux renforce la constitution d’une contre-société.


Au cours de l’histoire, les capitales se déplacent : de Rome à Constantinople, de Rio à Brasilia, de Lagos à Abuja… de Londres à Bruxelles. Car si le « Londonistan » des années 1990-2005 était considéré comme le centre de l’extrémisme islamiste en Europe, c’est désormais la métropole belge, également synecdoque de l’Union européenne, qui a la réputation d’être le terreau principal des djihadistes du Vieux Continent. Londres aurait reçu son sobriquet de la part des services secrets français, exaspérés par le laxisme apparent des Britanniques à l’égard des islamistes qui avaient fait de la ville, non seulement un refuge pour des prédicateurs radicaux, mais aussi une véritable plaque tournante pour des opérations terroristes réalisées à travers le monde, de l’Espagne au Yémen, du Maroc à Israël, de l’Arabie saoudite à la France (il s’agit des attentats de 1995 à Paris et à Lyon). Bruxelles a pris la relève de Londres à travers les différents attentats qui ont eu lieu entre 2014 et 2016 : à Bruxelles même ; à Paris ; dans le Thalys ; et à Verviers (déjoué). Plusieurs des auteurs – dont Amedy Coulibaly et Salah Abdeslam – sont originaires de la banlieue tristement célèbre de Molenbeek-Saint-Jean ou y ont séjourné. On peut aussi remonter plus loin dans le passé, puisqu’il faut ajouter à ce palmarès un des assassins du commandant Massoud, en 2001 en Afghanistan, et trois des cerveaux derrière les attentats de Madrid en 2004. Les deux responsables des attentats de mars 2016 dans le métro bruxellois et à l’aéroport sont originaires d’une autre commune, Schaerbeek, qui fait également partie de la région Bruxelles-Capitale. La Belgique est d’ailleurs le pays européen qui, par rapport à sa population, a envoyé le plus de djihadistes en Syrie.

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Comment ce déplacement s’est-il opéré ? Le nouveau livre du sénateur et député bruxellois, Alain Destexhe, apporte des éléments de réponse. Intitulé Immigration et Intégration : avant qu’il ne soit trop tard (Dynamédia, 2018), il montre comment la Belgique est devenue, au fil des années, la championne des terres d’accueil. Entre 2000 et 2010, sa population de 10 millions d’habitants a été augmentée de plus d’un million d’immigrés, le plus grand nombre étant d’origine marocaine et turque, sans que des efforts suffisants aient été faits consentis pour intégrer ces nouveaux citoyens, pour la plupart musulmans, à la société belge. Ce livre est un plaidoyer pour une immigration « choisie » plutôt que « subie », et le remplacement de l’idéologie multiculturaliste par une politique d’intégration sérieuse. Comme l’indique son sous-titre, cet ouvrage s’ajoute à la longue liste de ceux qui ont déjà sonné l’alarme quant à la menace que représente pour l’Europe la combinaison d’une immigration incontrôlée, de politiques d’intégration inefficaces et d’un terrorisme islamiste qui, quoique le fait d’une toute petite minorité, a réussi à s’enraciner au cœur de certaines banlieues. Le livre d’Alain Destexhe connaîtra-t-il un meilleur sort que ceux de ses prédécesseurs ?

Le complexe de Cassandre

Cassandre était cette prophétesse troyenne qui, punie par le dieu Apollon, prédisait les désastres futurs avec justesse, mais sans que personne ne lui accorde le moindre crédit. Assister impuissante à la réalisation des infortunes qu’elle avait pourtant clairement annoncées la plongeait dans un désespoir sans fin. De nombreux auteurs contemporains ont repris ce rôle : prédisant des catastrophes si l’Europe continue sur le chemin de l’immigration débridée et du multiculturalisme aveugle, ils voient leurs remontrances conspuées par les intellectuels politiquement corrects et largement ignorées par les responsables politiques. Certains vont jusqu’à adopter un style où le ton apocalyptique se mêle à la rage du désespoir. C’est le cas de la journaliste britannique, Melanie Phillips, qui a contribué à l’inauguration d’un genre parfois surnommé en anglais « the green peril » (« le péril vert »). Son Londonistan : How Britain is Creating a Terror State Within, paru en 2006, un an après les attentats de Londres, est toujours un best-seller. Phillips a vu juste sur beaucoup de questions, mais sa vision d’un combat apocalyptique entre l’Occident et l’islam et ses jérémiades contre la décadence de la société occidentale, trop laïque et consumériste, ont limité son influence. Trois ans plus tard, le journaliste Christopher Caldwell publie un ouvrage traduit en français sous le titre Une révolution sous nos yeux : comment l’islam va transformer la France et l’Europe[tooltips content= »Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam and the West (2009). La traduction française, avec une préface de Michèle Tribalat, est parue en 2011. »]1[/tooltips]. Plus prudent que Phillips, il fait une analyse convaincante des politiques qui ont conduit à la crise actuelle, mais sa diatribe au sujet de l’islam, qu’il accuse de conquérir les villes d’Europe « rue par rue », reste trop peu nuancée. L’année suivante, et dans un tout autre registre, la courageuse universitaire française, Michèle Tribalat, commence une série d’ouvrages qui la font traiter pratiquement de nazie par ses collègues pour avoir osé aborder la question des statistiques ethniques[tooltips content= »Les Yeux grands fermés : l’immigration en France (2010), Assimilation : la fin du modèle français (2013) et Statistiques ethniques : une querelle bien française (2016). »]2[/tooltips]. Un autre universitaire, Paul Collier, économiste à Oxford, démonte les arguments économiques en faveur de l’immigration dans un ouvrage de 2013, encore une fois contesté par certains de ses propres collègues[tooltips content= »Paul Collier, Exodus: How Migration is Changing our World (2013). »]3[/tooltips]. Depuis, les livres se multiplient, souvent de bric et de broc. Les plus notoires sont ceux de Douglas Murray, L’Étrange Suicide de l’Europe : Immigration, identité, islam et Stephen Smith, La Ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent, tous les deux sortis en 2018[tooltips content= »Le livre de Smith a été publié directement en français, celui de Murray d’abord en anglais, en 2017. »]4[/tooltips]. Styliste puissant, Murray verse trop dans le déclinisme spenglerien pour être pleinement convaincant en termes d’analyse sobre et de propositions pratiques. Smith se bat sur le terrain apparemment objectif, mais en réalité très mouvant, des statistiques à grande échelle.

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Comparé à ses prédécesseurs, Alain Destexhe, dont ce n’est pas le premier livre sur la question[tooltips content= »Alain Destexhe, Claude Demelenne, Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac (2009). »]5[/tooltips], tient un propos plus modéré, mais ses arguments n’en sont que plus incisifs. Il montre, chiffres, graphiques et textes législatifs à l’appui, comment la Belgique est devenue le « ventre mou » d’une Europe qui se croit généreuse mais qui, sur les plans économique et culturel, trahit à la fois les populations autochtones et les populations immigrées. Focalisée sur la Belgique, son étude est néanmoins riche d’enseignements universels.

Le surréalisme belge

Son livre, comme il le dit, « n’a pas pour cible les immigrés, mais les politiques menées ». Ces dernières sont aussi désastreuses qu’irréfléchies. La grande vague d’immigration à partir de 2000 a été rendue possible par une loi permettant l’obtention de la nationalité belge sans délai significatif, sans test linguistique et sans aucune preuve d’adhésion aux valeurs de la société d’accueil. Une réforme partielle de la loi en 2011 a éliminé plusieurs abus et endigué quelque peu le torrent, mais avec les aides généreuses et les nombreux recours qu’elle offre, la Belgique demeure une terre d’élection et le flux d’immigrés reste très élevé. La cause principale en est une politique de regroupement familial extrêmement laxiste – au-delà de ce qui est exigé par la législation européenne, pourtant déjà trop peu stricte et qui nécessiterait une refonte totale. Cette politique tolère, par exemple, des mariages et des remariages successifs chez les immigrés et les candidats à l’immigration, chacun desquels est suivi d’un nouveau regroupement d’enfants et d’époux. Le résultat est un cycle sans fin. Au cours des années, des opérations de régularisation en masse de clandestins donnent lieu elles aussi à de nouvelles vagues de regroupements familiaux, alimentant la spirale exponentielle. Comparant les systèmes des différents pays, les migrants font leur « shopping » et finissent par choisir la Belgique comme point d’entrée en Europe.

Cette permissivité du système inspire la fraude sous des formes de plus en plus créatives : les mariages blancs, les mariages gris (un seul des époux exploite l’union pour frauder), les mariages forcés et les « bébés papiers », c’est-à-dire la reconnaissance frauduleuse de paternité. Un mariage sur cinq serait suspect. Des filières entières se sont construites, facilitant le passage de l’Afrique ou du Moyen-Orient vers l’Europe pour les moins pauvres. Un enfant reconnu comme réfugié pouvant faire venir ses parents, des familles se cotisent pour envoyer un descendant en Belgique. À l’ère d’internet et de la téléphonie à bas coût, les informations et les astuces sont vite relayées tout au long de la chaîne.

La finalité du droit d’asile consiste à protéger des vies menacées directement par la guerre ou persécutées par des dictatures. Pourtant, le manque de contrôles tant soit peu sérieux en a fait un vecteur puissant d’immigration économique. Les pays qui envoient le plus de réfugiés en Belgique ne sont pas en guerre. Beaucoup de demandeurs d’asile viennent de camps de réfugiés situés dans des pays sûrs. Selon des pratiques bien rodées, les futurs candidats à la nationalité belge détruisent leur passeport dans l’avion afin de se présenter comme des sans-papiers et d’améliorer ainsi leurs chances d’être naturalisés. En somme, la cause humanitaire sert à maquiller des besoins tout autres. Le système juridique n’est pas en mesure de garantir le refoulement de membres de groupes islamistes fondamentalistes. Les autorités ont été parfois si peu regardantes que même des génocidaires rwandais ont trouvé refuge en Belgique. Pour comble de l’absurde, l’octroi rapide de la nationalité a été justifié politiquement par l’idée selon laquelle cela permettrait d’accélérer le processus d’intégration, tandis que c’est plutôt l’intégration qui devrait favoriser la naturalisation. On pense à l’injonction du surréaliste belge, Louis Scutenaire : « Il faut regarder la vie en farce. »

La guerre des humanismes

La crise de 2015 a montré combien l’enfer peut être pavé de bonnes intentions. Quand Angela Merkel décide d’ouvrir les frontières de l’Allemagne, c’est près d’un million de migrants qui doivent être répartis en Europe, principalement en Allemagne, en Suède, aux Pays-Bas et en Belgique. Cette décision unilatérale, par laquelle l’Allemagne impose une politique migratoire à toute l’Europe, est largement accueillie dans la presse et chez les bien-pensants comme un geste humanitaire. Pourtant, la grande majorité de ces réfugiés sont des migrants économiques ou des Syriens qui ont déjà trouvé refuge ailleurs en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient. Alain Destexhe voit lui-même des camps des Nations unies se vider de ceux qui ont suffisamment de ressources pour partir. Le geste d’Angela Merkel envoie un signal très clair de l’autre côté de la Méditerranée, incitant d’autres réfugiés à tenter cette traversée périlleuse, fournissant une aubaine pour les filières qui les exploitent. Avec le regroupement familial, le nombre des nouveaux venus sera décuplé au cours des années à venir, empirant les problèmes d’intégration et favorisant encore plus la montée des partis d’extrême droite. À tout cela, il faut ajouter que certains des djihadistes de 2015 sont rentrés en Europe pour commettre leurs attentats en passant par la Hongrie au milieu des réfugiés.

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Alain Destexhe n’a pas besoin d’un brevet d’humanisme. Il a passé douze ans avec Médecins sans frontières (MSF), dont il a été le secrétaire général. Il a également présidé l’International Crisis Group. Il connaît directement les camps de réfugiés à travers le monde. Il a vécu certaines des crises les plus graves, comme celles du Kosovo, du Rwanda ou de la Somalie. Il est donc bien placé pour lancer un « J’accuse…! » sans concession à la chancelière allemande : « Qui est véritablement le ou plutôt la responsable de ces décès en mer ? Qui a enrichi tous ces passeurs et ces réseaux criminels ? Qui a mis en route des milliers d’individus qui n’ont quand même pas atteint leur objectif ? Qui a permis à des réseaux islamistes d’utiliser avec une grande facilité le flux des migrants pour commettre des attentats en Europe ? Et c’est Angela Merkel qu’on qualifie d’humaniste ! » Qui sont les vrais humanistes : ceux qui se donnent bonne conscience et tirent un voile sur la vérité des politiques migratoires actuelles ou ceux qui cherchent à établir un consensus sur un diagnostic et des mesures de bon sens ?

Dialogue versus martyr

C’est qu’il est devenu très difficile dans nos sociétés de discuter des problèmes d’intégration. Ceux qui défendent l’immigration prétendent qu’elle est une aubaine pour l’économie du pays d’accueil et une solution pour le vieillissement de la population autochtone. Alain Destexhe y répond en soulignant les coûts exorbitants qui en résultent en termes de chômage, d’allocations, de soins médicaux et de pénurie de logements. En Belgique, 70 % des allocataires des aides sociales sont d’origine étrangère ; à Bruxelles, ce chiffre monte à 90 %. En même temps, les pays d’origine des immigrés, que les gouvernements occidentaux essaient d’aider dans leur développement, sont vidés de leurs forces vives. À Bruxelles comme à Londres, on assiste à la constitution de « sociétés parallèles » qui, à nos valeurs progressistes et sécularistes, opposent celles d’un islam fondamentaliste, créant ainsi toute une série de conflits où personne ne gagne.

Alain Destexhe en détaille toutes les conséquences – qui n’ont rien de fantasmatique : les femmes et les homosexuels victimes d’insultes et d’agressions dans les rues ; les juifs qui ont peur en public et leurs lieux de culte qui doivent être protégés en permanence ; les écoles où on ne peut pas enseigner l’histoire de la Shoah ou l’évolution darwinienne ; les quartiers qui deviennent des « zones de non-droit » où la police n’intervient qu’en prenant des mesures de sécurité renforcées et où les représentants des autorités publiques sont régulièrement caillassés par des jeunes. Le fond du problème ne tient pas aux immigrés eux-mêmes, mais aux politiques d’intégration mal conçues et mises en œuvre de façon laxiste, tandis que les thuriféraires du multiculturalisme exigent que la société belge – ou autre – ferme les yeux.

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Si nous revenons à Londres, l’ancienne capitale européenne du djihadisme, quels enseignements pouvons-nous y trouver ? En limitant les possibilités d’analyse, en verrouillant le dialogue public, on a fini par laisser le champ libre à un personnage sulfureux et picaresque comme Tommy Robinson, ancien hooligan qui a fait plusieurs séjours en prison. Il s’est composé un personnage célébrissime de martyr anti-islamiste puni par des autorités publiques soucieuses de ne pas donner l’impression qu’elles sanctionnent uniquement des musulmans. Quelle que soit la vérité derrière cette mise en scène médiatique de lui-même, Tommy Robinson est devenu un symbole. Mais le débat public ne peut se mener à coups de symboles et d’émotions médiatiques. Nous avons besoin qu’il soit franc et apaisé. Et nous avons besoin d’hommes politiques comme Alain Destexhe qui puissent le porter.

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Comment la Suisse multiculturelle fait-elle pour vivre ensemble?

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Le footballeur international suisse d'origine macédonienne, Blerim Dzemaili, mai 2016. ©Monika Majer/SIPA / 00757962_000009

Emmanuel Macron aurait pu le dire sans avoir tort: il n’y a pas de culture suisse. Pour la bonne raison qu’il y en a plusieurs. A part le fromage et les hautes cimes, quel ciment permet donc cette joyeux diversité ?


Des votations quatre fois par année, un système de milice ancré dans le pays, un droit d’initiative populaire, une souveraineté des vingt-six Etats confédérés sur différents domaines tels que l’éducation ou la police… Le modèle politique suisse est unique au monde. Au-delà de la question de l’applicabilité d’un tel système en France – Emmanuel Macron ayant bien vite expédié la question du droit de référendum lors de son passage en Bourgogne -, qu’en est-il du rapport en Suisse entre institutions politiques et identité nationale ? Ce lien est fort. Et passionnant.

La politique, ciment identitaire du pays

Bien souvent, la Suisse est réduite par les habitants des autres nations à une simple carte postale. Elle est si belle, cette Suisse des Alpes, des vaches et de la fondue. Les Helvètes eux-mêmes trouvent dans ces caractéristiques contingentes et rassurantes une sorte de liant. Ou alors, on aime puiser ses origines dans les mythes fondateurs : vous savez, ces trois hommes de Suisse centrale qui s’unirent pour résister aux baillis autrichiens, signant le pacte du Grütli en 1291…

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Si ces trois « Suisses » n’ont pas existé, il reste dans ce mythe une donnée essentielle : la donnée politique. Qu’est-ce qui fait de la Suisse la Suisse ? Le sauciflard ? Certainement pas. La culture suisse ? Non, il y a des cultures suisses, chaque région ayant sa littérature, sa gastronomie, son cinéma parfois, influencés évidemment par la France, l’Allemagne et l’Italie. A défaut d’une langue nationale ou d’une religion unique, nous pourrions peut-être retenir de la Suisse ses institutions politiques, qui sont autant d’échafaudages d’une identité commune.

Démocratie directe, fédéralisme et esprit de milice

Ce n’est pas l’historien Olivier Meuwly, auteur notamment des ouvrages Les partis politiques : Acteurs de l’histoire suisse et 19 avril 1874 : L’audace de la démocratie directe, qui nous dira le contraire. En répondant à mes questions, l’ancien chargé de cours de l’Université de Genève met de la passion dans chacun de ses mots : « La démocratie directe, le fédéralisme et l’esprit de milice sont les trois matrices qui ont servi à bâtir non seulement un socle politique, mais aussi un socle spirituel, quelque chose qui nous permet en tant que Suisses de nous sentir suisses. Bref, l’identité suisse est de part en part politique. »

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Selon le vice-président du Cercle démocratique, basé à Lausanne, cette identité est bien sûr le fruit d’un travail humain, elle ne tombe pas du ciel. Et elle s’enracine dans l’histoire et le sang. « La naissance de la Suisse moderne a répondu aux exigences et à l’intelligence des habitants de notre pays. Nos ancêtres ont compris que le seul moyen de trouver une solution à la guerre civile était d’inventer un système reposant sur l’équilibre, la souveraineté et l’indépendance. L’identité suisse s’est forgée dans le pragmatisme. En inventant le fédéralisme, nous avons préféré nous supporter entre cantons que de supporter nos voisins. »

Vivre ensemble, jusqu’à quand ?

Quand on connaît le passé, on ne peut que souscrire à cette vision. Mais quel Suisse connaît encore l’histoire de son pays ? L’école a sa part de responsabilité dans cette augmentation de l’inculture historique, qui n’est pas sans lien avec le mondialisme béat qui régit la pédagogie actuelle. « L’école fait partie de l’explication », me concède Olivier Meuwly, « mais il faut ajouter une série d’autres causes à cette ignorance historique qui est le plus grand danger pour notre identité. Le libéralisme, par exemple, a péché par son insuffisance sur ces questions. »

Faut-il donc être pessimiste et craindre une dislocation de l’esprit national, à ne pas attribuer forcément au nationalisme mais au patriotisme que nous devrions tous partager ? « Non, il faut être réaliste. Pour ma part, je suis un ardent défenseur de l’esprit de milice, qui me fait passer pour un réactionnaire. De même pour le fédéralisme, injustement attaqué aujourd’hui, et la démocratie directe, qu’une certaine gauche comme une certaine droite aimeraient pouvoir raboter au nom d’une d’idéologie de juristes assez inquiétante. Or, c’est précisément le point : à l’ignorance succèdera peut-être la peur, qui ici pourra être bonne conseillère. »

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La Terre est plate, la preuve: c’est écrit dans le Coran

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Le cheikh yéménite Abdel-Majid Zendani, qui prétend avoir découvert un remède contre le VIH à base d'extrait d'une plante recommandée par le prophète, Sanaa, 7 février 2013. ©AFP

Financée et encouragée par l’Arabie saoudite, la lecture littérale du Coran et son cortège d’absurdités scientifiques progressent. Ce mouvement appelé « concordisme » sévit en France et en Belgique. Enquête. 


« Les Anges ainsi que l’Esprit montent vers Lui en un jour dont la durée est de cinquante mille ans. » Ce verset du Coran (70:4) révèle, à qui sait le lire, la vitesse de la lumière (300 000 km/s). C’est du moins ce qu’a tenté de démontrer à coups de calculs minutieux Kamel Ben Salem, professeur d’analyse des données dans le département des sciences informatiques de l’université de Tunis. Le Coran contiendrait également une description cryptée du tableau périodique des éléments établis par le chimiste russe Mendeleïev en 1869, ainsi que des informations précises sur l’âge de l’univers, le développement du fœtus et la tectonique des plaques, mise en évidence en 1912 par l’allemand Alfred Weneger.

« Il n’existe pas une seule découverte scientifique qui n’ait de trace dans le Coran »

Comment un livre écrit au VIIe siècle pourrait-il faire état de découvertes postérieures de plusieurs siècles ? La réponse est simple. Le Coran n’a pas été écrit. Il est incréé. Il est la parole de Dieu livrée à un prophète illettré, Mahomet. Il existe de toute éternité et contient la totalité du savoir, passé et à venir. Cette idée décoiffante est aujourd’hui acceptée par un certain nombre de musulmans, égale au carré de la jobardise, multiplié par le produit de la ferveur et du fanatisme.

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« Il n’existe pas une seule découverte scientifique qui n’ait de trace dans le Coran », soutenait en juillet 2017 le géologue égyptien, Zaghloul Ennajar dans une conférence tenue à la faculté des sciences et techniques de Fès, au Maroc. Il n’a pas convaincu tous les étudiants présents, raconte le magazine marocain Telquel, dans son numéro du 18 juillet 2017. Peu importe. Le miracle scientifique dont le Coran serait porteur dispose de bien d’autres relais. En 1984, la Ligue mondiale islamique a créé une commission internationale des signes scientifiques dans le Coran et la sunna. Elle est dirigée par le cheikh saoudien Abdallah al-Mouslih, qui prêche régulièrement en Europe – sa dernière intervention en France a eu lieu à Mulhouse, en novembre 2017. Elle soutient de nombreuses manifestations partout où on trouve des musulmans. Son objectif fondateur est d’établir la « liaison de la science avec les réalités de la foi », même quand la foi s’égare. En 2006, à la huitième conférence de la commission, le cheikh yéménite Zendani a annoncé la découverte d’un remède contre le VIH à base d’extrait d’une plante recommandée par le prophète. Aujourd’hui encore, le remède en question est évoqué avec dévotion dans des centaines de messages sur les forums musulmans francophones.

Le créationnisme musulman

Moins médiatisée que sa variante chrétienne américaine, mais tout aussi obscurantiste, le créationnisme musulman prospère. Ses vidéos affolent les compteurs. « Miracle du Coran, voici les vraies preuves d’Allah » : 1,46 million de vues, pour découvrir que le ciel déborde de nuages en forme de lettres arabes, signature du dieu créateur.

« Un certain nombre de personnes, dont des collègues, luttent contre le créationnisme, à juste titre, souligne l’historien des sciences Alexandre Moatti[tooltips content= »Auteur en 2017 d’Islam et science, antagonismes contemporains, PUF »]1[/tooltips], mais par oubli ou complaisance, le créationnisme islamique venant du Proche-Orient n’est pas dénoncé comme un projet politique, bien qu’il en soit un lui aussi. »

Reste à savoir qui croit à tout cela : « Des littéralistes », répond Michaël Privot, Belge converti, parlant l’arabe et le turc, ancien frère musulman, aujourd’hui directeur de l’European Network Agaisnt Racism (ENAR), à Bruxelles. « Beaucoup sont diplômés, y compris en sciences dures. Ils sont en pleine dissonance cognitive entre leurs connaissances et leur conviction que le Coran ne peut pas mentir. Il faut créer un lien, même au prix de contorsions impossibles. C’est une forme de concordisme, comme la religion chrétienne en a connu. » À cette nuance près que le concordisme chrétien est globalement derrière nous, alors que le concordisme musulman est en expansion. En Arabie saoudite, raconte Michaël Privot, « des chaires en astronomie et en astrophysique ont disparu, parce que leurs travaux risquaient de ne pas être compatibles avec le Coran ». Le « bon savant », ce serait plutôt Maurice Bucaille (1920-1998), un Français médecin personnel du roi Faycal, qui défendait la compatibilité totale du Coran avec la science (par opposition à la Bible, truffée d’erreurs).

Sur le Coran de la Mecque, la Terre est plate !

Compatible ? Un verset du Coran (79:30) dispose que Dieu a « étalé », ou « étendu » la Terre. Le cheikh Abdul-Aziz ibn Baaz, autorité religieuse d’Arabie Saoudite, en a tiré les conséquences en 1993 : « La Terre est plate. Quiconque clame qu’elle est sphérique est un athée méritant un châtiment. » Embarrassés, d’autres musulmans évoquent un problème de traduction. Le mot en arabe pour « aplati » ressemblant à un autre mot qui désigne l’œuf d’autruche, le Coran décrirait en fait la terre avec précision : une sphère aplatie.

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De 2011 à 2017, en Tunisie, une étudiante en géologie de la faculté de Sfax a préparé une thèse sur « le modèle plate-géocentrique de la Terre, arguments et impact sur les études climato / paléoclimatiques ». En deux mots, sur la Terre plate. Elle a fait scandale. C’était peut-être le but recherché. « Soutenir que la Terre est plate ou rejeter la théorie de l’évolution, même sans la comprendre, c’est dire “je suis musulman et je vous défie” », avance Michaël Privot. En France, dans l’enquête menée par les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland[tooltips content= »La Tentation radicale : enquête sur les lycéens, PUF, 2018″]2[/tooltips] auprès de 7 000 lycéens âgés de 14 à 16 ans, 34 % des musulmans pensaient que la religion explique mieux la création du monde que la science, contre 11 % des autres élèves…

« Le projet islamiste est un projet global qui ne vise pas seulement à changer la constitution, mais toute la société »

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a créé fin 2017 dans chaque académie une « unité laïcité », chargée d’assister les enseignants confrontés au dogmatisme. Tout le monde n’applaudit pas. « Le fait, pour un élève, de questionner un cours de sciences qui remet en cause ses convictions religieuses ne mérite pas d’être accusé de porter atteinte à la laïcité, pouvait-on lire dans Libération, le 11 décembre 2017. C’est le signe que ce citoyen en pleine formation intellectuelle est attentif au cours qu’il suit. » (!!!) Une largeur de vues que ne partage pas tout à fait la physicienne tunisienne Faouzia Charfi. « Le projet islamiste est un projet global qui ne vise pas seulement à changer la constitution, mais toute la société : les femmes, l’éducation et la pensée scientifique », déclarait-elle dès 2013, avant d’enfoncer le clou en 2017 : « La science a disparu du monde musulman au cours des siècles », pour cause d’obscurantisme et d’intolérance. Son livre courageux, La Science voilée, paru chez Odile Jacob en 2013, a suscité six commentaires sur Amazon, tous élogieux. Celui de Maurice Bucaille, La Bible, le Coran et la science, tissu de calembredaines vendu en poche, en a dix fois plus. On dirait que l’islam des Lumières n’avance pas à la vitesse de la lumière.

Islam et science. Antagonismes contemporains

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