C’est la tendance du moment: il y aurait trop de gens-de-droite à la télévision. Yann Barthès et son équipe ont décidé d’enquêter et de traquer l’une de ses incarnations: la journaliste de Valeurs Actuelles, Charlotte d’Ornellas…


Du haut de son magistère médiatique, Yann Barthès sent le vent tourner. Cela ne lui plait pas. Mais alors pas du tout. Il a beau écoper encore et toujours, le rafiot du camp du Bien prend irrémédiablement la flotte.

Jeudi dernier, sa troupe de « décrypteurs » fanatiques – dont la réputation décryptrice n’est plus à démontrer – avait préparé un numéro spécial dont Charlotte d’Ornellas, journaliste de Valeurs Actuelles, serait le point d’orgue. Place à un journalisme « citoyen » et « progressiste » comme on n’en voit que trop rarement à la télévision !

Charlotte d’Ornellas, ma sorcière bien-aimée

D’Ornellas est récalcitrante à la pensée dominante de notre temps. Barthès se pique d’être le maître des élégances médiatiques depuis plusieurs années. Sa délicate consœur a son rond de serviette sur bien des plateaux télé ? Il est temps de remettre un peu d’ordre. L’originale pourrait carrément distiller au-delà du lectorat de son canard des idées de droite sur les plateaux télé, lesquels n’ont pas vu venir la pollution. Il faut bien faire quelque chose : ce sont des journalistes « engagés », à Quotidien ! Edition spéciale « droite de la droite » donc.

Au programme : Salhia Brakhlia, la pin-up délatrice des fêtes du cochon les plus anachroniques dans une France multi-confessionnelle, est dépêchée près des jardins du Luxembourg. Une librairie scandaleuse y a ouvert ses portes à Lucifer (Eric Zemmour). De son côté, Pablo Mira est chargé de faire une « revue de tweets » des fachos qui font rien qu’à chercher des noises à l’Aquarius. Enfin, le très curieux Julien Bellver s’occupe du plus gros morceau : une enquête très très fouillée sur Charlotte d’Ornellas donc. Azzeddine Ahmed Chaouch est dispensé : ce dernier avait déjà brillé dans le noble combat contre les « extrêmes » en balançant un « Inch’Allah » moqueur à la figure de Nicolas Dupont-Aignan quand ce dernier avait eu le tort de se mêler d’un peu trop près à son goût des cours d’arabe à l’Education nationale.

Pour Quotidien, qui aime tant faire des listes noires, la polémiste Charlotte d’Ornellas est peu ou prou la nouvelle incarnation du fascisme français. Elle s’inscrit, apparemment, dans une longue lignée de fâcheux factieux dont Eugénie Bastié du Figaro et Elisabeth Lévy (de la présente gazette) ont été les précurseuses. Original !

« Eric Zemmour au féminin »

D’ordinaire plutôt rieur, Barthès prend une mine grave à l’écoute du récit de son reporter de guerre. « Elle adore tous les sujets rugueux » (Entendez : ne parle pas comme il faut de l’immigration ou du mariage homosexuel). Julien Bellver révèle à un auditoire passionné ces coulisses qu’on-ne-nous-montre-jamais : « Je suis quand même allé la voir. » Courageux ! « Elle a dit oui tout de suite. » Inespéré ton scoop, coco ! Méfiance quand même… car par « sujets rugueux » il faut aussi comprendre tous les problèmes de notre temps que le camp du Bien met sous le tapis le plus souvent (et Yann Barthès, assez systématiquement).

Après avoir montré les séquences télé où d’Ornellas fait une gaffe ou sort des sentiers battus autorisés en bonne société selon TMC, on retrouve le courageux Julien Bellver dans l’antre de l’hydre fasciste : la rédaction de Valeurs actuelles. C’est-y pas Charlotte d’Ornellas que voilà accoudée à une armoire que surplombent d’obscurs ouvrages (nauséabonds, j’imagine) ? Je m’en vais te l’interroger et me l’assaisonner sévère, la facho!

Bellver lui demande ce qu’elle pense quand on dit d’elle qu’elle est le « Eric Zemmour au féminin ». Ça ne peut pas lui faire plaisir, quand même ? « Extrême droite, réac, Eric Zemmour au féminin, ça ne peut pas me vexer, ce sont des étiquettes. Qu’on vienne me prendre et me contredire sur mon travail et sur les arguments que je donne ! » Mince… Visiblement amusée par l’honneur que la présence de Quotidien lui fait, Charlotte d’Ornellas répond calmement à notre boy-scout. Le malheureux est pourtant à la recherche désespérée de la moindre saloperie fasciste à se mettre sous la dent. Y’aura bien un truc polémique à mettre dans mon petit panier à clashs pour l’audimat du patron, non ?

Retour plateau. Ils n’en démordent pas. Conclusion sentencieuse de l’étiqueteur Bellver : « On peut dire que c’est la nouvelle Zemmour au féminin, version très sympa – elle l’est – donc on n’est pas dans la merde. » Applaudissements commandés au public. Merci, belle enquête, envoyez la pub.

Plus facile avec Mennel

Intéressant de voir que la fine équipe n’est pas allée jusqu’à inviter Charlotte « la Mauvaise » en plateau. Elle pourrait salir les sièges. Déjà avec Sarkozy ça n’allait pas… Dès qu’un ministre ou éditorialiste nous fait un pet de travers, toute la patrouille de Quotidien lui tombe dessus. Mais pour le reste…

Pour s’en convaincre, il suffit de revoir la piteuse et (très) gênante séquence où la chanteuse complotiste Mennel vient en exclu chez Barthès et n’y dément en vérité rien de ses thèses crasseuses sur les attentats islamistes. Barthès tente lui de cacher combien il est décontenancé :

Mennel avait écrit que l’Etat français était derrière les attentats (trois jours après l’égorgement du Père Hamel près de Rouen) et n’a jamais désavoué cette thèse. La chanteuse a dit qu’elle n’écrirait plus les mêmes messages sur internet, pas qu’elle ne le pense plus. Et Barthès, il n’y voit rien à trop redire et oublie de lui poser la seule question qu’un journaliste consciencieux aurait posé : « Croyez-vous encore que Manuel Valls était derrière les attentats ? »

La diversité pour les autres

Pour Yann Barthès et ses affidés, l’extrême droite, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, ça commence justement au niveau de la place de Manuel Valls (place d’ailleurs vacante, depuis peu). Aussi, quand Eric Zemmour et Laurent Obertone caracolent en tête des ventes de livres et que d’Ornellas prend son petit créneau médiatique, ça commence vraiment à faire « surnombre » pour les petits censeurs bourgeois de TMC.

Punition : la pire sottise de d’Ornellas a eu les honneurs de « Quotidien Express ». C’est la pastille courte de l’émission calée en prime time sur TF1 après la météo et avant la nouvelle saison de Danse avec les Stars, émission devant laquelle un public monstre était attendu, samedi, pour découvrir Pamela Anderson fouler la piste, vêtue d’un imper, très ditingué, à la Inspecteur Gadget qu’elle se pressera de retirer pour « montrer la viande ».

Deux heures plus tard, Laurent Ruquier, Christine Angot et Charles Berling couinaient sur l’horrible discours droitard qui les assourdit. Et Angot d’amalgamer tranquille d’Ornellas et Bastié au rappeur qui veut « pendre les Blancs » pour l’occasion. L’Empire du Bien a encore de beaux restes, dormez tranquille, Charlotte d’Ornellas n’est pas prête de le saboter !

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