« Les chercheurs ont-il vocation à intervenir dans les médias ? » se demande (sérieusement ?) le site de France TV Info. Alors que les « partis-pris » d’Eric Zemmour gagnent du terrain dans l’opinion, à force de sectarisme, les journalistes du service public ont des nœuds dans le cerveau…


Sur le site de France TV info, quatre intellectuels ont décidé de prendre leurs distances avec le pugilat médiatique. Bruno Cautrès, Pierre Lefébure, Julien Longhi et Claire Sécail se questionnent en synode sur le rôle que doivent tenir les chercheurs dans nos médias. Une entreprise curieuse… eux l’ont apparemment estimée salutaire !

« Certains chercheurs vont jusqu’à débattre avec Eric Zemmour de nos jours… Où va-t-on, mes bons amis ? »

Anne-Claire Ruel, conseillère en stratégie d’opinion et prof de fac, était d’humeur un peu chafouine après un éprouvant visionnage. De quoi parle-t-on ? Du débat contradictoire de BFMTV entre un polémiste trop orienté idéologiquement à son goût (Eric Zemmour) et un historien du CNRS fort respectable (Patrick Weil), où il faut bien reconnaître que le second n’a pas été le plus brillant orateur. A sa décharge, au programme étaient abordés tous les thèmes sulfureux adorés par Zemmour (collaboration en 1940, invasion de hordes arabes dans l’hexagone, multiplication des librairies halal etc.). Un petit festival :

Anne-Claire Ruel décroche son téléphone pour interroger ses plus éminents confrères sur le sujet et organiser une réflexion entre ecclésiastiques éclairés. Voir débattre à la télévision un éminent historien accrédité avec un polémiste populaire n’est-il pas un mélange des genres des plus vulgaires ? « Certains chercheurs vont jusqu’à débattre avec Eric Zemmour de nos jours… Où va-t-on, mes bons amis ? » s’emporte-t-elle outrée au téléphone.

Les réflexions de haute tenue qui vont suivre sont regroupées dans le long et soporifique billet de blog hébergé par France Télévisions (la redevance télé est décidément judicieusement dépensée).

A part leur rejet sous-jacent permanent des théories du journaliste du Figaro Magazine, pas évident en vérité de voir où veulent en venir nos régisseurs du débat d’idées ! Sous le prétexte d’expliquer combien il est difficile pour un chercheur de s’adapter aux contraintes des affreux médias modernes où ils sont appelés à témoigner, une glose sans fin se développe. Voici la substantifique moelle qu’on peut tirer des questionnements de nos éminents savants « progressistes ».

Zemmour n’est même pas chercheur au CNRS !

Les médias n’offrent pas le support idéal pour exposer tout le savoir scientifique. Les chaînes info en continu sont apparemment un fléau où les journalistes travaillent dans l’urgence. Les émissions racoleuses concoctées par ces derniers ne permettent que trop rarement au chercheur d’y développer toute l’étendue de son sidéral savoir universitaire. Scoop !
Les médiatiques mettent sur un plan d’égalité les différents intervenants. Un petit scandale ! Si le vote de chaque citoyen a la même valeur, dans le domaine des opinions, faudrait pas pousser ! Demandons à BFMTV de mettre en gros et en bien gras les titres des scientifiques intervenants sur les plateaux. Ils y sont visiblement très attachés . Sinon, la parole d’un vulgaire « polémiste » est autant considérée que celle d’un « vrai » chercheur. Comment le citoyen peut-il ne pas voter comme un sagouin ensuite ?
La télévision ne permet pas de « notes de bas de pages », de « bibliographie », « d’équations ou de modèles ». C’est vraiment ballot, car les scientifiques excellent dans ces domaines.

Certains journalistes mal intentionnés retranscrivent de travers les citations les plus brillantes de nos savants. Ceci dans le but fallacieux de « conforter ou illustrer un aspect de l’angle développé dans [leur] article ». Salauds !
Pour en revenir à Belzébuth (Gargamel / Zemmour NDLR), qui parvient de son côté à se jouer de tous ces pièges, son « régime de parole » est celui du « domaine de l’opinion masquée derrière une pseudo-scientificité ». Alors que, bien sûr, le régime de parole de Weil « c’est la vérité du savoir et des connaissances scientifiques ».

Déplorant que Weil n’ait pas eu droit à sa propre émission (Gargamel est parfois invité seul ce privilégié !), le conclave de conclure : « Il y a donc une double responsabilité : celle des historiens scientifiques de s’exprimer dans les médias et celles des médias de leur fournir les conditions les plus favorables puisque, par ailleurs, leur fonctionnement ordinaire fournit à Zemmour des formats d’expression dans lesquels il est à l’aise. »

Certains idéologues sont plus égaux que d’autres

Tout le champ lexical pédant des sciences sociales et de la linguistique a beau être convoqué, la glose de nos archidiacres ci-dessus résumée peine à accoucher d’autre chose que d’une souris pour défendre la cause du malheureux Patrick Weil.

D’une part, Zemmour, en vérité toujours présenté avec beaucoup de pincettes par les journalistes qui l’invitent, accepte humblement de se voir qualifier d’ « essayiste » voire de « polémiste » (ce qui peut être un rien condescendant). D’autre part, il n’a jamais réclamé le titre d’historien.

Quelque idéologie qui puisse s’en dégager, quiconque a lu un de ses bouquins ne peut qu’en relever la qualité. Et dans la République des Lettres, 400 000 exemplaires du Suicide français vendus valent fort heureusement bien des titres académiques pompeux, n’en déplaise à certains ! Sur BFMTV deux idéologies se sont opposées (ouverture et fermeture). Nos quatre experts font semblant de ne pas voir l’essentiel : sur la bataille des idées, le camp progressiste a du plomb dans l’aile. Des deux idéologies et analyses de l’immigration ou de l’islam en France, la première étant tellement hégémonique dans leurs cercles, nos archidiacres ne distinguent plus qu’autre chose puisse seulement exister ! Zemmour peut continuer de ricaner dans sa barbe et s’en aller plus loin manger deux ou trois autres Schtroumpfs ! Nos quatre experts, eux, peuvent crier : « Raphaël Glucksmann, vite ! »

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