Depuis vingt ans, la Belgique a ouvert grand les vannes de l’immigration. L’explosion démographique qui s’est ensuivie a aggravé l’islamisation du pays. Victime d’attentats djihadistes ces dernières années, l’épicentre de l’Europe ne peut plus fermer les yeux. Entretien avec le sénateur belge, Alain Destexhe. 


Causeur. Le titre de votre livre, Immigration et Intégration : avant qu’il ne soit trop tard, ressemble à une sonnette d’alarme. La situation en Belgique est-elle si grave ?

Alain Destexhe. Jugez par vous-même : rapportée à sa population, la Belgique a connu depuis 2000 un choc migratoire plus important que la France, l’Allemagne ou les Pays-Bas ! En vingt ans, la Belgique a naturalisé 600 000 à 700 000 personnes, c’est-à-dire 5 ou 6 % de la population, sans parler des clandestins et des demandeurs d’asile… À Bruxelles, 56 % des habitants sont d’origine étrangère. Or, cette vague migratoire ne s’est accompagnée d’aucun débat public. Pire encore, le déficit majeur d’intégration d’une partie des populations immigrées met en danger l’équilibre du pays.

Quelles sont les principales origines de ces nouveaux Belges ?

Outre des Européens, il s’agit principalement de Marocains et de Turcs, qui forment une immigration de peuplement. C’est dans ces deux derniers groupes que se concentrent les problèmes d’intégration majeurs. Mais le politiquement correct oblige à dire que beaucoup parmi eux sont parfaitement intégrés et ne posent aucun problème, ce qui est bien entendu vrai. Mais quand on parle de chômage, on ne dit pas : « 85 % ou 90 % des gens ont du travail, le problème est à la marge… » Même minoritaires, les immigrés non intégrés sont beaucoup trop nombreux.

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Comment expliquez-vous l’échec de l’intégration ?

Ne tournons pas autour du pot : le problème de l’intégration culturelle, c’est essentiellement par rapport à l’islam. Une étude a montré que 50 % des jeunes musulmans de Belgique étaient antisémites. Autre signe inquiétant, le refus du droit au blasphème et à la caricature ou à la critique de l’islam : 70 % des musulmans pensent que leurs valeurs religieuses sont supérieures aux lois du pays ! En revanche, un chrétien africain qui trouve du boulot s’intègre culturellement assez vite. C’est d’ailleurs souvent le cas de l’immigration congolaise, malgré un passé colonial avec la Belgique.

Être culturellement intégré, voire assimilé, a-t-il la même définition en Belgique qu’en France ?

Malheureusement, plus personne ne défend l’assimilation en Belgique. Aujourd’hui, le débat est entre l’intégration et ce qu’ils appellent l’« inclusion ». Historiquement, les premières générations d’immigrés, Italiens, Grecs, Polonais, s’assimilaient. Ils gardaient parfois des liens avec leurs pays d’origine et quelques coutumes, mais se fondaient globalement dans la masse des Belges. La majorité de mes compatriotes souhaite d’ailleurs qu’un nouvel arrivant adhère aux codes de la société d’accueil, de sorte qu’en une génération, seul le patronyme rappelle l’origine. La Belgique a eu un Premier ministre d’origine italienne, Elio Di Rupo, que personne ne voyait comme un Italien !

Pour beaucoup d’intellectuels, la société d’accueil doit s’adapter aux immigrés bien davantage que les immigrés à la société d’accueil.

Et pourtant, l’intégration semble aujourd’hui avoir mauvaise presse dans votre pays…

Les partisans du multiculturalisme qui dominent de plus en plus certaines élites, comme les fonctionnaires européens (l’Europe joue un rôle négatif dans ce débat) et les intellectuels, mais aussi les médias, les universités et les ONG, refusent le mot et la logique de l’intégration à laquelle ils préfèrent l’inclusion. Pour eux, la société d’accueil doit s’adapter aux immigrés bien davantage que les immigrés à la société d’accueil. On ne demande pas grand-chose aux immigrés, sinon de respecter la loi.

Ce n’est pas rien !

Certes, mais ils peuvent continuer à mener une existence parallèle, sur les plans anthropologiques et culturels, donc repliée sur leur communauté. C’est pourquoi le respect de la loi ne suffit pas. En Belgique, on est à environ 7 ou 8 % de musulmans qui, en 2050, représenteront entre 11 et 18 %, en fonction des flux migratoires. Si on a 18 % de musulmans avec une partie significative qui n’est pas vraiment intégrée, on va vers des problèmes encore plus graves. Dans certaines écoles, il n’y a plus que des élèves musulmans. Dans les écoles publiques de la région bruxelloise, où on choisit son enseignement religieux parmi six religions reconnues, ou un cours de morale laïque, 48 % des élèves choisissent le cours de religion musulmane !

Vous citez souvent l’exemple bruxellois mais, vu de l’extérieur, il existe deux modèles belges : flamand et francophone. Quel enseignement peut-on tirer d’une comparaison entre francophones et Flamands ?

Les différences sont importantes. Les Flamands ont imposé beaucoup plus d’exigences non économiques que les francophones. Si immigration et naturalisation sont des compétences fédérales, l’intégration (scolarité, apprentissage de la langue, travail) est gérée par les régions et les communautés linguistiques. Depuis dix ans, la Flandre pratique une politique qu’elle appelle de « citoyenneté ». L’immigré est obligé de suivre des cours de langue et d’intégration sur les lois et les valeurs pour l’aider et le pousser à s’intégrer dans la société flamande. Pour obtenir un logement social, par exemple, il faut apprendre le néerlandais. À Bruxelles, il n’y a rien de la sorte. Même l’apprentissage de la langue est facultatif. Or, 30 % des immigrés de Belgique arrivent à Bruxelles !

Les socialistes et les écologistes ont appliqué en Belgique ce que Terra Nova allait théoriser en France.

La politique d’intégration flamande donne-t-elle de meilleurs résultats ?

Il n’y a pas d’études systématiques comparatives

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Février 2019 - Causeur #65

Article extrait du Magazine Causeur

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