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Attentat anti-musulmans de Christchurch: le massacre des innocents

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En Nouvelle-Zélande, un terroriste a massacré des musulmans simplement parce qu’ils étaient musulmans.


 

Le double attentat de Christchurch, qui a endeuillé ce matin la Nouvelle-Zélande, est une abomination. Un Australien de 28 ans, que ses écrits semblent rapprocher du suprématisme blanc, a ouvert le feu dans deux mosquées de la ville, tuant au moins 49 personnes, dont des enfants.

Mes lecteurs le savent, je condamne certains aspects de l’islam, et je condamne totalement l’islam politique et son cortège de tyrannies et d’horreurs. Mais je condamne tout autant cet acte atroce, cette brutalité aveugle, ce renoncement à toute exigence éthique au nom d’une cause.

Une infamie absolue

Qui peut savoir s’il n’y avait pas, parmi les morts, de ces réformateurs de l’islam, qui tentent d’utiliser son langage symbolique pour dire l’humanisme universel d’une manière compréhensible pour le monde musulman ? Qui peut penser qu’il n’y avait pas, parmi les morts, de braves gens totalement étrangers à la guerre que nous livre l’islam politique, et aspirant seulement à cheminer vers la transcendance selon les rites que leurs ancêtres leur ont enseigné, sans menacer la liberté de quiconque ?

Qui oserait prétendre que ces enfants, assassinés simplement parce que leurs parents les ont emmenés prier dans une mosquée, étaient en quoi que ce soit coupables des monstruosités commises ailleurs au nom de l’islam ?

Avoir versé le sang de ces enfants est un sacrifice à Moloch, une invocation au Mal, une infamie absolue. Le terroriste aurait-il attaqué des prédicateurs islamistes ou des djihadistes que son acte resterait évidemment illégal, stratégiquement maladroit et moralement discutable, mais ce serait tout autre chose. Ce qu’il a fait en revanche, rien ne saurait le justifier.

Nos semblables en humanité

Je ne dirai pourtant pas que ce crime doit nous conduire à vouloir la paix à tout prix, même si certains tenteront de nous le faire croire. L’islam politique est notre ennemi, il s’emploie à détruire tout ce qu’il peut y avoir de beau et de bon dans notre civilisation, comme dans toute civilisation, y compris les civilisations arabo-musulmanes. Complaisance ou lâcheté, il serait odieux de le laisser, ou de laisser ses complices et ses idiots utiles, prendre prétexte du drame de Christchurch pour nous désarmer face à ce qui est et demeure l’un des pires totalitarismes de l’histoire.

Parce que les morts de Christchurch sont nos semblables en humanité, parce que les islamistes menacent la liberté et la dignité de toute l’humanité, laisser quiconque instrumentaliser ce double attentat au bénéfice de l’islamisme serait trahir les morts, cracher dans leur sang et piétiner leurs corps.

Nous avons le devoir de faire ce qui est en notre pouvoir pour que plus jamais des innocents ne soient ainsi massacrés. Mais pleurer les enfants de Christchurch ne doit pas nous conduire à abandonner Nasrin Sotoudeh et Raif Badawi, ni à renier leur combat.

L’universalisme est la solution

Plus que jamais, c’est l’universalisme qui peut nous permettre de tenir bon face aux extrémismes comme face aux démissions relativistes. La fragmentation des sociétés en communautarismes rivaux, qu’ils soient basés sur l’origine ethnique, la religion, le sexe et/ou le genre, ne peut que conduire à la guerre des communautés les unes contre les autres, que cette guerre prenne la forme de la concurrence victimaire, des revendications juridiques incessantes ou de la violence criminelle.

« Tout comme toi, cet inconnu est fils de Zeus » me rappelle le chant ancien de l’aède. Cela l’oblige envers moi, cet inconnu, et cela m’oblige envers lui. C’est notre commune humanité qui me donne le droit d’interroger ses choix, d’exiger de lui qu’il les soumette à la critique éthique et rationnelle. Et c’est notre commune humanité qui me donne le devoir, même lorsque je dois l’affronter, y compris aux plans philosophique, politique, intellectuel, de le faire sans jamais oublier qu’il est mon adversaire ou même mon ennemi mais aussi mon semblable. Si l’Homme possède une dignité intrinsèque, nous la partageons.

Criminel, révoltant et absurde

La force et la détermination que nous devons mettre à combattre l’islam politique exigent de nous que nous refusions l’aveuglement facile d’une haine indistincte, pour choisir l’exigence d’un discernement de chaque instant.

Massacrer des musulmans simplement parce qu’ils sont musulmans, c’est leur ôter le devoir de s’arracher à la part d’ombre de leur religion en même temps qu’on leur en ôte le droit. C’est nier l’existence des musulmans humanistes et désavouer leur courage et leurs luttes. C’est accorder à ce qu’il y a de pire dans l’islam une puissance presque illimitée, qui suffirait à anéantir l’humanité de tout musulman, si ténu ou critique que soit son lien à sa religion. C’est criminel, révoltant et absurde.

S’il est des dieux réellement dignes de vénération, les enfants assassinés des deux mosquées de Christchurch sont maintenant avec les enfants assassinés de l’école Ozar Hatorah, à leurs côtés.

Kafka, le retour du fils prodige


Peu d’augures auraient prédit qu’un modeste juif de Prague deviendrait l’un des auteurs majeurs du XXe siècle. Les romans de Franz Kafka paraissent en Pléiade dans une nouvelle traduction. La revanche d’un fils sur ce père qu’il abhorrait et le fascinait.


C’est l’histoire d’un grand juif (1,80 mètre) praguois devenu après sa mort l’un des plus grands écrivains du XXe siècle. De Franz Kafka, mort à 40 ans en 1924, tout a été dit, écrit, traduit et décortiqué grâce à la trahison de son ami Max Brod. Au lieu de brûler les grands romans que Kafka, bourreau de lui-même, vouait à la destruction, son exécuteur testamentaire les a en effet publiés. Le Disparu (souvent traduit par L’Amérique) Le Procès, Le Château sont aujourd’hui rassemblés dans l’un des deux volumes édités par « La Pléiade ». Dans l’entretien qu’il m’a accordé, son nouveau traducteur Jean-Pierre Lefebvre, peint avec talent le tableau du Prague de la Belle Époque. Une Autriche-Hongrie finissante où l’émancipation des juifs se heurtait aux nationalismes allemand et tchèque, souvent teintés d’antisémitisme. Dans les œuvres kafkaïennes, on retrouve ainsi le petit périmètre urbain et l’imaginaire juif de Bohème dans lequel ce fils prodige a baigné toute sa vie durant.

« Ils savent que l’abîme est sur eux, pourtant ils s’engagent sur la corde. »

Comme le note Lefebvre, les lectures antitotalitaires, freudiennes ou kabbalistiques des univers clos du Procès ou du Château, de La Colonie pénitentiaire ou de La Métamorphose ont chacune leur bien-fondé. De mon côté, las des anachronismes orwelliens que dénonce le Kundera des Testaments trahis, j’aimerais donner raison au grand Vialatte – auquel on doit les premières traductions françaises, réputées parfois farfelues, de Kafka. D’après l’auteur des Fruits du Congo, l’accusé Joseph K. du Procès est coupable, forcément coupable, à l’image de l’homme pascalien perdu devant l’immensité du monde. Ignorant les charges qu’il affronte, avant de se laisser abattre comme un chien par deux comédiens, Joseph K. se résout à ne quérir qu’un ajournement de son procès, l’acquittement n’étant pas de ce monde. Ce que Kafka résume de son style limpide : « Ils savent que l’abîme est sur eux, pourtant ils s’engagent sur la corde. »

Dans cette nouvelle Pléiade, on lira avec délectation les petits bijoux que sont La Sentence, Onze fils, Un virtuose de la faim. Autant de nouvelles où Kafka fait résonner l’écho de sa relation toxique au père qu’il fantasmait en tyran. Ce petit commerçant honnête et généreux écrasait son fils malingre et introverti par sa constitution, sa stature et sa voix de stentor, comme l’exprime sa déchirante Lettre au père, qu’on espère voir un jour éditée en Pléiade. « Je suis persuadée que dans ses rêves, il l’a tué plus d’une fois » en dira sa dernière fiancée, Dora Diamant, ainsi que son contemporain, l’écrivain suisse Max Pulver : « La tuberculose était devenue son arme pour se défendre contre le monde, et surtout contre son père qu’il pensait punir grâce à cette maladie. »[tooltips content= »Deux témoignages que l’on retrouve dans le beau livre J’ai connu Kafka : témoignages réunis par Hans-Gerd Koch, Actes Sud, 1998. »]1[/tooltips] Inutile de convoquer Freud ou Lacan pour comprendre la centralité du père dans l’œuvre kafkaïenne. Venant à bout du Gregor Samsa réduit à l’état d’insecte dans La Métamorphose. Poussant au suicide le héros de La Sentence (écrit en une nuit, c’est un des textes les plus violents et incisifs qu’il m’ait été donné de lire…) afin de monopoliser les femmes du foyer. Éreintant successivement ses Onze fils avec la froideur d’un faire-part dans la nouvelle du même nom.

Kafka « invente une littérature et une pensée d’actes »

Longtemps cloîtré dans sa chambre d’adolescent, client des bordels, Kafka écrivait jour et nuit, prisait Dickens ou Kleist, non sans brocarder Balzac et Dostoïevski. Au risque de vous choquer, ce stakhanoviste fustigeait les généralisations balzaciennes « efficaces mais fausses » du style « vers cinq heures de l’après-midi, la marquise enfila ses gants comme toutes les marquises enfilent leurs gants à cette heure-ci » ou l’excessive noirceur dostoïevskienne.

Sans fioritures ni métaphores alambiquées, Kafka reste un romancier de l’acte. C’est la thèse défendue par un certain Arnaud Villani dans un petit essai ardu, mais fort stimulant récemment sorti : Kafka : l’homme en chute libre. Prenons cette étrange histoire de l’arpenteur K. (encore un !) perdu dans les brumes du Château. Au fil de ses pérégrinations, K. tente de contacter les représentants de l’autorité, s’adjoint deux assistants espiègles, s’ébat avec une serveuse en plein bistro… Tout cela fait dire à Villani que Kafka « invente une littérature et une pensée d’actes. […] Les personnages du Château éprouvent-ils une attirance sexuelle ? C’est aussitôt une scène de sexe. » Si bien que « K. ne sait rien, ne veut rien, ne peut rien, pas plus que Kafka lui-même », dont il n’y aurait nulle interprétation définitive à tirer.

« Chaque accusé s’efforce d’obtenir un ajournement de son verdict. »

Revenons à l’homme. Il serait facile d’alimenter la légende noire d’un rond-de-cuir misanthrope, perpétuellement dépressif et renfermé. Pour faire un sort à cette caricature, le récit d’une anecdote a priori triviale s’impose. L’humble écrivain, connu d’un petit cercle de littérateurs praguois de son vivant, vit un jour une petite fille pleurer dans un parc. Témoin de la scène, sa fiancée Dora raconte avoir entendu Kafka s’enquérir du motif des pleurs. La fillette ne se remettait pas d’avoir perdu sa poupée. Pris au dépourvu, Kafka inventa aussitôt une fable pour consoler l’éplorée : si la poupée demeurait introuvable, c’est qu’elle était partie fourbue d’ennui, chercher le bonheur sous d’autres cieux. D’ailleurs, elle ne manquerait pas de le faire savoir à son ancienne propriétaire, via une lettre d’explication circonstanciée. Sans plus tarder, Kafka rentra chez lui pour rédiger la missive et la transmettre à la petite fille. Larmes séchées, blessures refermées : sa mission d’ange réparateur était accomplie.

On peine à imaginer l’inventeur de cette trouvaille épouser les idéaux socialistes puis sionistes qui furent les siens à la fin de sa vie. Ni quelque utopie que ce soit. Pourtant, l’apprentissage de l’hébreu et les projets d’émigration, vite contrariés par sa maladie, lui ont fait renouer avec le ritualisme judaïque de ce père qu’il craignait autant qu’il l’admirait.

Laissons le mot de la fin au Kafka qui riait en se lisant. Un jour que le fils d’un de ses collègues de bureau lui demandait pourquoi il se rendait au sanatorium sans croire en ses chances de guérison, l’auteur du Procès répondit malicieusement : « Chaque accusé s’efforce d’obtenir un ajournement de son verdict. »




Affaire Etam: « La loi contraint l’employeur à prouver qu’il n’a pas commis de discrimination »


Une étudiante voilée a été empêchée de déposer son CV à un magasin Etam de Montpellier. Une vendeuse lui aurait rétorqué que la marque n’emploie pas de femmes enturbannées, s’appuyant sur le règlement intérieur du groupe qui impose la neutralité religieuse à ses employés. Qui a juridiquement tort ? Entretien avec l’avocat Thibault Mercier, spécialiste des lois anti-discrimination.


Daoud Boughezala. Il y a quelques jours, une étudiante voilée a été empêchée de déposer son CV à un magasin Etam de Montpellier. Une vendeuse lui aurait rétorqué que la marque n’emploie pas de femmes enturbannées, s’appuyant sur le règlement intérieur du groupe qui impose la neutralité religieuse à ses employés. Depuis, Etam a mis à pied cette salariée. Juridiquement, cette jeune musulmane a-t-elle raison de s’estimer victime de discrimination à l’embauche ?

Thibault Mercier.[tooltips content= »Avocat, cofondateur du Cercle Droit et liberté, auteur de l’essai Athéna à la borne. Discriminer ou disparaître« ]1[/tooltips] Dans notre société et notre droit qui sont tous deux dominés par le culte de l’anti-discrimination, cette jeune femme pourrait bien avoir quelques arguments à faire valoir.

L’article L1132-1 du code du travail dispose (dans un texte un peu fourre-tout) qu’aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement en raison notamment de ses convictions religieuses ou de ses mœurs. Deux critères qui pourraient  être mis en avant par la jeune femme pour tenter une action en justice. Et d’ailleurs notre droit l’y incite clairement. En effet, faisant suite à deux directives européennes, les articles L. 122-45 et L. 123-1 du Code du travail sont venus renverser la charge de la preuve en matière de discrimination à l’embauche : il revient donc à l’employeur de prouver qu’il n’a pas commis de discrimination.

Dans ce glissement vers une justice théologique (ou l’antiracisme est le nouveau dogme), on voit difficilement comment la gérante Etam pourra produire une preuve matérielle de sa non-intention de discriminer. Et, sauf à pratiquer le viol des consciences, il sera bien compliqué pour le juge de « sonder son cœur et ses reins » et d’attester qu’elle est en état de grâce (comme avant la communion).

A lire aussi: Le hijab, la « French Liberté » des femmes d’Etam

Mais jouons plutôt les avocats du diable et notons qu’il existe tout de même certains garde-fous permettant à la marque de mettre des arguments juridiques à son profit. Il suffit de se rappeler la jurisprudence Baby-Loup de 2014 : dans cette affaire le règlement intérieur de la crèche imposait également une obligation de neutralité au personnel et avait entraîné le licenciement d’une salariée voilée. Après une procédure judiciaire à rebondissement, la Cour de cassation avait finalement donné raison à l’employeur.

Chaque cas est évidemment différent, mais on voit bien qu’en droit français il est permis de poser des limites à l’affichage de la religion en entreprise et notamment d’interdire le port du voile.

La mise à pied de la gérante d’Etam a-t-elle un fondement juridique ? 

Au-delà du droit, il s’agirait plutôt de s’interroger sur ce dogme antidiscriminatoire dont le non-respect suffit pour provoquer votre mort sociale ou économique. En l’espèce, à partir d’un simple témoignage dont personne n’a pu vérifier la véracité, les médias et le nouveau tribunal populaire twitteresque se sont empressés de condamner cette employée de chez Etam. La marque s’est d’ailleurs trouvée bien incapable de gérer la situation de crise de manière intelligente.

Rappelez-vous le cas très similaire de l’enseigne Starbucks l’an dernier : un employé d’une boutique à Philadelphie avait refusé l’accès aux toilettes à deux Noirs n’ayant pas consommé (règle classique pratiquée d’ailleurs dans de nombreuses brasseries parisiennes). Après une intense campagne médiatique et d’appel au boycott sur les réseaux sociaux, le PDG de la multinationale s’était empressé de s’excuser publiquement, sans que cela suffise à calmer les ardeurs des nouveaux justiciers du Web. En sus du limogeage de la gérante, la société a donc également décidé de fermer pendant une demi-journée plus de 8 000 de ses établissements pour dispenser une formation contre le racisme à ses 175 000 employés. Etam va-t-elle devoir en arriver là pour pouvoir continuer à exercer son activité sereinement ?

Dans votre essai Athéna à la borne. Discriminer ou disparaître (Pierre-Guillaume de Roux, 2019), vous brocardez « l’obsession de la non-discrimination qui sévit en France ». N’est-il pas légitime de prétendre aux mêmes droits, indépendamment de son ethnie, de sa race ou de sa religion ?

La République française ne reconnaissant classiquement qu’une communauté, la communauté nationale, il apparaît dès lors logique d’interdire la discrimination fondée sur l’ethnie, la prétendue race (pour reprendre le nouveau terme officiel) ou encore la religion. Le problème est que ces lois anti-discriminatoires ont produit l’inverse de ce qu’elles recherchaient à l’origine. D’un idéal d’égalité et d’intégration, nous sommes arrivés à un état de ségrégation. Chacun est désormais incité à voir ce qui nous divise plutôt que ce qui nous rassemble. Influencés par la vision multiculturelle américaine, nous avons assisté à une dénationalisation de l’Etat par les communautés

Sachant qu’il existe maintenant des discriminations interdites pour quasiment chaque comportement humain, nous avons été témoins de l’atomisation de société en d’innombrables individus, communautés et groupes de réclamations. La loi a ainsi permis une concurrence victimaire de tous contre tous. Et l’on voit bien que les SOS Racisme, LICRA, et autres associations de défense des LGBT n’ont de cesse de s’attaquer au ciment culturel qui unissait le pays et ont mis à mal toute idée de bien commun.

Par ailleurs, ce fétichisme de la non-discrimination est fortement empreint d’une sorte de marxisme culturel qui nous pousse à analyser les rapports sociaux en termes de dominants-dominés ou de bourreaux-victimes. Par exemple, l’Occident est défini dans l’opinion dominante (à défaut d’être l’opinion majoritaire) par une structure patriarcale, homophobe, raciste et sexiste (à abattre urgemment !). Toute différence considérée, à tort ou à raison, comme supérieure est dès lors « oppressante » et doit être gommée. Tout homme est désormais un « porc » en puissance, un Blanc est nécessairement un « colonisateur esclavagiste » et émettre un jugement de préférence esthétique sur la minceur d’une femme devient « grossophobe »…

Pourtant si une nation condamne toutes les formes de discrimination se fondant sur la religion, l’opinion politique, les mœurs ou le sexe, elle fait alors fi de son héritage culturel. Par un relativisme très moderne, elle demeure alors indifférente à toutes les conceptions du Bien.

Cette neutralité, somme toute très libérale, n’est en outre pas partagée par toutes les communautés présentes en France. Certaines n’hésitant alors pas, comme l’a montré Eric Zemmour, à retourner nos principes droits-de-l’hommistes contre nous. Doit-on ainsi considérer le voile comme un simple critère d’expression religieuse ou serait-il également une affirmation culturelle et militante ?

Vous critiquez « l’idéologie dissolvante » négatrice des différences au service de la fiction d’un « individu interchangeable ». Dans le cas de l’affaire Etam, « l’idéologie du Même » (Alain de Benoist) n’est-elle pas plutôt du côté des entreprises et administrations qui imposent aux musulmanes de retirer le voile au travail ?

Cette affaire serait ici un contre-exemple car je pense qu’au contraire les entreprises participent grandement au développement de « l’idéologie du Même ». Cela fait bien longtemps que des politiques dites de discrimination positive y ont été mises en place. BNP Paribas, Total, Sodexo ou encore L’Oréal, pour ne citer qu’elles, font partie du nombre toujours croissant de sociétés qui pratiquent la « diversity inclusion » pour promouvoir la « diversité » dans leur entreprise (et parmi leurs partenaires). Et cela va bien au-delà de l’égalité des chances et des salaires car dans les faits cela entraîne une incitation à l’embauche des « minorités visibles », la promotion de la théorie du genre ou encore le respect strict de la parité hommes-femmes. Adieu la promotion au mérite, ou la prime au travail bien fait ! Désormais le simple fait de faire partie d’un groupe dit « opprimé » peut vous faire gravir les échelons.

Très hypocritement, cette diversité promue n’est d’ailleurs que d’apparence car les employés sont incités à mettre en avant des caractéristiques visibles et quantitatives de leur personne (couleur de peau, sexe, religion, orientation sexuelle) plutôt que qualitatives (intelligence, conscience professionnelle, capacité d’organisation, etc.). Et dans les faits, ces politiques de promotion de la diversité mènent paradoxalement à une uniformisation de pensée et d’opinion auquel le politiquement correct omniprésent en entreprise n’est bien sûr pas étranger. Et de l’uniformisation des salariés à l’uniformisation des clients et des hommes, il n’y a qu’un pas…


Le hijab, la « French Liberté » des femmes d’Etam


La marque de lingerie féminine Etam a mis à pied une employée accusée d’avoir refusé la candidature d’une femme voilée. Trois semaines après l’affaire Décathlon, une nouvelle enseigne française s’incline devant l’islam politique. 


Plus attaché à sa clientèle islamo-gaucho-militante qu’aux droits des femmes, Etam s’est publiquement humilié en présentant de pathétiques excuses à une candidate à l’embauche voilée, qui aurait été initialement refusée en raison de son voile, et en mettant à pied la responsable du magasin de Montpellier qui l’aurait refusée.

Le conditionnel s’impose sur les circonstances exactes, mais hélas une chose est sûre : il est plus qu’urgent de lutter de toutes nos forces contre l’argument insensé « c’est religieux, donc je peux », prétexte absurde et malsain pour s’affranchir de la décence, de la raison et de l’éthique.

Etam, « 100 ans d’audace, de légèreté, de sexiness à la française »

Zineb El Rhazoui, Majid Oukacha, Lydia Guirous et d’autres ont heureusement immédiatement réagi, avec détermination et parfois même avec humour – mention spéciale à la déesse Moumouh de Majid – et je ne peux que me joindre à eux.

N’en déplaise au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et à ses affidés, le hijab n’a rien à faire avec une marque dont le slogan, désormais lamentablement désavoué, est « French Liberté », et qui prétend avoir « 100 ans d’audace, de légèreté, de sexiness à la française ». « Sexiness à la française » était déjà ridicule, à moins que les mots charme et sensualité n’existent plus in French, isn’t it, et voici qu’Etam semble vouloir s’engager pour 100 ans de soumission, de pesanteur, et de dissimulation honteuse du corps des femmes. Femmes rendues responsables de l’incapacité supposée des hommes à se comporter en êtres civilisés, ce qui est étouffant et humiliant pour les deux sexes.

Capture d'écran du site Etam.com
Capture d’écran du site Etam.com

Il faut le dire, le redire, l’écrire et le réécrire encore et encore : le hijab n’est pas juste « un signe religieux comme les autres ». Le hijab proclame avec ostentation qu’il doit exister une barrière culturelle infranchissable entre les femmes et les hommes, et que les femmes ne doivent pas bénéficier des mêmes droits civiques ni des mêmes libertés que les hommes. Comme l’a dit Ghaleb Bencheikh, « le voile est une atteinte à la dignité humaine dans sa composante féminine ».

Le hijab est comme un t-shirt politique

Une femme en hijab est comme un afro-américain qui porterait l’emblème du KuKluxKlan : l’un et l’autre arborent ce qui est devenu l’étendard d’une discrimination inacceptable, sexiste dans un cas, raciste dans l’autre. Qu’ils soient eux-mêmes victimes de la discrimination qu’ils promeuvent n’enlève rien à l’indignité de celle-ci. Et vouloir l’assignation à la minorité perpétuelle des femmes n’est pas moins grave que de militer pour l’assignation à l’infériorité perpétuelle des membres de telle ou telle ethnie.

Dans un communiqué, le groupe Etam insiste sur son « principe de totale neutralité politique, philosophique et religieuse ». Il est paradoxal que cela le conduise à devoir s’incliner devant quelqu’un qui souhaite justement afficher dans un de ses magasins un signe qui, non seulement, n’a rien de neutre, mais encore fait la promotion de discriminations que le groupe prétend combattre ! Je l’ai plusieurs fois écrit, Zineb El Rhazoui le rappelle elle aussi, le voile islamique est à mettre sur le même plan qu’un tee-shirt à message politique.

Les femmes qui portent le hijab peuvent avoir des motivations multiples, et pour certaines totalement respectables quoi que naturellement discutables, mais il n’en demeure pas moins que ce voile en lui-même est désormais la marque d’une idéologie particulièrement problématique.

L’Etat se rétame

Reste qu’Etam touche juste sur un point, c’est lorsqu’il évoque la loi El Khomri. Revendiqué et instrumentalisé par l’islam politique, le hijab est devenu un sujet politique. Comme l’écrit Lydia Guirous, il est donc de la responsabilité de l’État de s’emparer du problème, au lieu d’en laisser la charge aux entreprises parfois bien démunies.

La laïcité ne doit pas être détournée pour justifier une neutralité lâche et indifférente, elle impose au contraire une impartialité exigeante et ferme pour veiller au respect de nos principes fondamentaux sans tolérer de passe-droits, fut-ce pour raisons religieuses.

Hasards dramatiques du calendrier, alors même que certaines tentent d’imposer la banalisation du hijab en Occident, l’avocate Nasrin Sotoudeh vient d’être condamnée dans son pays à 38 ans de prison et 148 coups de fouet pour avoir défendu les femmes qui osent enlever ce voile dans son pays, en Iran. L’Iran qui, malgré cette condamnation aussi ubuesque que monstrueuse, vient d’être nommé au Comité des Droits des femmes aux Nations unies… Où siégeait déjà l’Arabie saoudite… Et en France, Pierre Liscia est submergé de menaces de mort pour avoir dénoncé les collusions avec l’islamisme de Rachid Nekkaz, l’homme d’affaires qui se vantaient de payer les amendes des porteuses de burqa en France et qui aspire au pouvoir en Algérie.

Emmanuel Macron: « Si parce que vous portez un foulard vous n’êtes pas embauchée, c’est une discrimination à l’embauche »

Anne-Sophie Chazaud a dénoncé ici-même l’hypocrisie de ceux qui tentent de faire passer le port du voile islamique pour un signe de liberté ou de dignité, de cette gauche parisienne qui ne défend pas un élu de sa ville menacé de mort à Aurélien Taché, en passant par Yassine Belattar, dont l’ami Emmanuel Macron a dit : « Si parce que vous portez un foulard vous n’êtes pas embauchée, c’est une discrimination à l’embauche. C’est sanctionné par la loi, il faut le dénoncer. »

Monsieur le président, le 25 novembre 2017 vous aviez pourtant déclaré que l’égalité femmes-hommes était la « grande cause du quinquennat ». Suffit-il donc qu’une idéologie puisse se réclamer d’une religion pour qu’elle ait la préséance sur les « grandes causes » de la République ? Les arguments diffusés en faveur du port du voile, tels que « si quelqu’un te voit, il te respecte car il voit que tu te respectes toi-même » ou « tu ne te dégrades pas parce que tu es couverte et non nue », disent en creux le profond mépris dans lequel sont tenues les femmes non-voilées par les promoteurs du hijab.

Refuser l’affichage ostensible de ce mépris, qui foule aux pieds les fondements même de notre République, constitue-t-il une discrimination condamnable ?

Le hijab n’est pas une liberté

Contre les adversaires du voile, les accusations de racisme ne tardent jamais. C’est inacceptable. Le hijab n’est pas un héritage imposé comme la génétique, c’est un choix. Une décision personnelle qu’il faut donc personnellement assumer. On ne peut pas demander à quelqu’un de rendre des comptes sur ses origines. En revanche, on doit lui demander des comptes sur ses engagements choisis, et le port du voile en est un. Alors assez de mensonges !

Le droit de porter le hijab n’est en rien comparable au droit de ne pas le porter. Où, dans le monde, condamne-t-on une femme à 148 coups de fouets pour avoir défendu celles qui ont, dans la rue, ce morceau de tissu ? Cela seul suffit amplement à démontrer que ce n’est qu’un faux vêtement mais un véritable étendard obscurantiste ! Parler du hijab comme d’une liberté, c’est cracher au visage de celles qui ont été assassinées ou défigurées parce qu’elles l’avaient enlevé, c’est trahir ce qu’il peut y avoir de grand dans notre civilisation, et ceux qui, ici ou ailleurs, partagent cet idéal.

L’Occident n’est pas raciste lorsqu’il assume ses valeurs universalistes mais lorsqu’il les renie, car alors il abandonne les humanistes du monde entier comme si leurs origines les rendaient indignes des libertés dont lui-même prétend jouir.

« Donne-moi la liberté que je la tue. »

Je pense évidemment à Nasrin Sotoudeh, mais aussi à des intellectuels magnifiques de cette Algérie tourmentée, comme Boualem Sansal, Kamel Daoud ou Karim Akouche qui fait une remarquable analyse des événements actuels dans ce pays. Je pense en Tunisie à Yadh Ben Achour qui, comme jadis Abdelwahab Meddeb, donne la priorité à l’exigence éthique sur les prescriptions religieuses, et écrit : « La burqa est une croix gammée, une lapidation potentielle. Toutes deux sont porteuses d’un message clair : « Donne-moi la liberté que je la tue. » A moins d’accepter cette sentence de mort, un démocrate doit se défendre. La loi ne peut être conçue uniquement pour limiter le pouvoir démocratique. Elle doit le protéger contre ceux qui le haïssent. »[tooltips content= »La deuxième Fâtiha, l’islam et la pensée des droits de l’homme.« ]1[/tooltips] Je pense à Yasmine Mohammed au Canada, Maajid Nawaz en Angleterre, Ayaan Hirsi Ali de la Somalie aux Etats-Unis, Masih Alinejad de l’Iran au Royaume-Uni, Djemila Benhabib au Québec. Je pense à certains de nos concitoyens d’origine maghrébine qui sont devenus des gardiens de la République, comme Zineb El Rhazoui, Lydia Guirous, Majid Oukacha, Jeannette Bougrab, Naëm Bestandji, Zohra Bitan, Waleed Al-Husseini.

Ils sont la fleur qui pousse dans le désert malgré tout, ils sont la preuve que les ténèbres ne peuvent jamais totalement étouffer la lumière. Ils montrent que l’élan vers le Bien, le Beau et le Vrai peut jaillir au cœur de l’Homme même lorsque son environnement y est hostile. Leur courage admirable fait honte à l’abjecte lâcheté et au relativisme immoral de ceux qui, en Occident, renoncent à transmettre des libertés dont eux-mêmes ont hérité sans effort mais qu’ils doivent aux générations qui les ont défendues au prix du sang.

Dans ces incidents à répétition autour du hijab, qui touchent en réalité au cœur des droits des femmes et de la libre dignité de tous, les arguments de nos adversaires illustrent parfaitement ce contre quoi Yadh Ben Achour nous met en garde : « Donne-moi la liberté que je la tue. » Réagir est un impératif de survie, c’est aussi un devoir à la fois politique et moral. Et c’est un combat qui peut être gagné, l’affaire Décathlon l’a montré. Nous devons soutenir ceux qui le mènent en première ligne, et notre clameur doit être assez forte pour contraindre l’État à prendre, enfin, ses responsabilités.

Non, M. Macron, il n’est pas « inacceptable » de parler de « violences policières »


Emmanuel Macron n’accepte pas que, dans « un Etat de droit » comme le sien, l’on parle de « violences policières ». Les médias, le droit et les images ne sont pas d’accord avec lui…


Régis Portalez est un homme dangereux. Heureusement, le garde des Sceaux et le procureur du tribunal de grande instance de Paris, son relais répressif zélé, veillent et sont décidés à le mettre hors d’état de nuire.

Pensez donc, voilà quelqu’un qui a passé le concours de l’École Polytechnique et qui l’a réussi. Il a étudié quatre ans dans cette école pour en sortir muni de son prestigieux diplôme d’ingénieur. Pendant sa scolarité, et comme tous ses condisciples, il portait dans les cérémonies, officielles ou non, le fameux uniforme bleu foncé assorti du bicorne à cocarde avec l’épée au côté. Ce n’est pas un uniforme militaire, simplement une tenue civile que la tradition autorise à porter une fois l’école quittée, dans les occasions qui le méritent : cérémonies familiales, mariages, réunions d’anciens élèves…

Le défilé du 24 novembre

Il se trouve que Régis Portalez a été touché par le surgissement du mouvement des gilets jaunes, et qu’il a souhaité faire part de sa solidarité à cette France d’en bas et de sa gratitude. Parce que ce diplôme prestigieux, il le doit évidemment à son talent, mais aussi aux citoyens de ce pays qui l’ont financé. Il a trouvé logique de leur dire merci et quel meilleur moyen que de se rendre dans une de leurs manifestations, revêtu de cet uniforme si reconnaissable. On imagine aisément que sentimental, il a aussi pensé au précédent dont rend compte le célébrissime tableau de Delacroix, « La Liberté guidant le peuple », où apparaît sur la barricade le bicorne d’un de ses condisciples de 1848. Un peu tendu au départ il se demandait ce que serait l’accueil. Ce fut chaleureux, fraternel et reconnaissant pour ce message de si belle allure qui disait beaucoup.

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Que n’avait-il fait le malheureux ! Fraterniser avec la foule haineuse, oser dire à la France d’en bas qu’il n’y a qu’une seule France, exprimer une opinion politique contraire à celles d’Emmanuel Macron ? Mais Monsieur, non seulement c’est interdit, mais c’est une infraction pénale qui doit être réprimée sans pitié. Probablement immédiatement saisie, la direction de l’école fut sommée de sévir à l’encontre de quelqu’un avec lequel elle n’avait pourtant plus aucun lien juridique. En rupture avec la tradition, le nouveau président de l’X, récemment nommé par Emmanuel Macron, n’est pas issu de l’armée française, mais sans surprise d’un cabinet de conseil anglo-saxon. Tout occupé, paraît-il, à la confection d’un uniforme original pour lui, il n’aurait pas donné suite. Toujours au conditionnel, sévère rappel à l’ordre de la chancellerie par l’intermédiaire du procureur de Paris afin que l’école dépose une plainte pénale (!). Ce qui fut fait, et le parquet d’ouvrir immédiatement une enquête préliminaire et de faire convoquer le dangereux criminel par la police.

Le même procureur, vous savez celui qui donne consignes à ses services de se livrer à des détentions arbitraires et protège scrupuleusement les amis de Monsieur Macron comme le révélait récemment le Canard enchaîné, le même procureur donc, toujours soucieux de réprimer et d’intimider a trouvé une incrimination parfaitement inepte. Qu’à cela ne tienne, la fin justifie les moyens. Il s’agit de l’alinéa premier de l’article 433-14 dont la simple lecture démontre le caractère fantaisiste de l’accusation dans la mesure où l’uniforme des polytechniciens n’est pas réglementé par l’autorité publique.

Quand Macron fait oublier Poutine

Cela rappelle le sort fait à ce professeur d’université blanchi sous le harnais et convoqué, toujours à la demande du parquet, par une police agressive pour avoir qualifié sur Twitter les blindés utilisés par la gendarmerie contre les gilets jaunes de « matériel obsolète ». Nul doute que ses compétences techniques témoignaient de sa volonté d’aller chercher Emmanuel Macron à l’Élysée.

Tout ceci serait parfaitement ridicule dans un pays où, il faut le rappeler, près de 2 millions d’infractions par an avec auteurs connus font l’objet d’absence de poursuites sur décision du parquet. Mais ça ne l’est pas, parce que le symptôme de cette volonté exprimée sans fard par Emmanuel Macron lors de ses vœux du Nouvel An où il a fait comprendre qu’il ne se considérait pas comme le président de tous les Français et qu’il réprimerait sans mollir ce qu’il appelle la « foule haineuse ».

Et c’est comme cela que le Premier ministre vient triomphalement revendiquer devant l’Assemblée nationale un bilan de répression de masse inconnu depuis la guerre d’Algérie. Le 12 février, Edouard Philippe a déclaré : « Depuis le début de ces événements, 1796 condamnations ont été prononcées par la justice et 1422 personnes sont encore en attente de jugement […], plus de 1300 comparutions immédiates ont été organisées et 316 personnes ont été placées sous mandat de dépôt. » Ce bilan, qui s’est aggravé depuis lors, n’a pas pu être établi dans le respect des règles d’une justice normale, c’est matériellement impossible. Multiplication des procédures illégales, peines hors de proportion, incriminations fantaisistes ont été la norme pendant quelques semaines. En France on s’en est ému, à l’étranger aussi où la presse américaine a été jusqu’à dire qu’Emmanuel Macron allait faire oublier Poutine.

Les sans-dents d’Emmanuel Macron

Et c’est comme cela que cette répression judiciaire de masse a été précédée d’une répression policière de masse, émaillée d’un nombre invraisemblable de violences indignes d’un pays démocratique. L’utilisation de techniques policières, de matériels dangereux et de comportements ouvertement violents revendiqués comme tels ont abouti à un bilan humain catastrophique. Partout sur les réseaux on trouve des images qui en témoignent et provoquent l’inquiétude sur l’état des libertés publiques dans notre pays.

Et c’est comme cela qu’un président de la République, perdant tout bon sens, profère des phrases qui illustrent les dérives de ce pouvoir allant jusqu’à dire : « Il est inacceptable dans un État de droit de parler de violences policières ». Pardon ?

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Une « violence policière », c’est une violence commise par un policier dans l’exercice de ses fonctions, en violation du Code pénal et des règles qui organisent sa profession et ses interventions. Vis-à-vis du Code pénal, les violences ne sont pas traitées de la même façon si elles sont commises par un particulier ou par un policier. C’est le septième alinéa de l’article 222-13 du Code pénal qui aggrave les condamnations des violences commises : « Par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission ». Lorsque l’on voit sur des vidéos des violences incontestables et illégales, commises par des policiers en uniforme dans l’exercice de leurs fonctions, il est inacceptable de parler de « violences policières » ? Lorsque l’IGPN, organe républicain de contrôle de la police, enquête sur des « violences policières », c’est inacceptable ? Lorsque le parquet poursuit des policiers pour des faits commis en violation du Code pénal français, qui qualifie spécifiquement les « violences policières », c’est inacceptable ? Lorsque des juges d’instruction mettent en examen des policiers pour des violences commises en violation de l’article 221–5 du Code pénal, c’est inacceptable ? Lorsqu’un tribunal condamne des policiers en application de cet article, c’est inacceptable ? Lorsque la presse ou n’importe quel citoyen utilisent la liberté d’expression garantie par la Constitution et la Déclaration des droits de l’homme pour qualifier de « violences policières », les comportements violents et illégaux de policiers dans l’exercice de leurs fonctions, c’est inacceptable ?

Et ça fait rire les zozos…

Aurait-on perdu Emmanuel Macron ? En tout cas, lui n’a pas perdu le soutien obstiné de certains journalistes comme en témoigne ce « débat » où quatre d’entre eux crient au complot, certains allant jusqu’à insulter l’ancienne présidente chilienne, Michelle Bachelet, élégamment accusée d’avoir « fumé la moquette », alors que comme haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme elle fait son devoir en s’inquiétant, comme d’autres institutions internationales d’ailleurs, des dérives de la répression en France. Pour ces gens-là, faire son devoir et dire la vérité ne peut avoir pour origine qu’un complot concocté avec Maduro et, tant qu’à faire, Fidel Castro et Che Guevara. Au point où on en est, pourquoi se gêner ?

Ce qui est curieux, c’est que pour ma part je suis aussi très inquiet des dérives liberticides que connaît notre pays présidé par Emmanuel Macron. Et je le dis. Je n’ai pourtant pas organisé de complot avec Nicolas Maduro.

Ce doit être par ce que je n’ai pas son numéro de portable.

« OUIbot », le robot de la SNCF qui devrait faire grève plus souvent


La SNCF a trouvé un nouveau moyen de nous pourrir la vie: « OUIbot », son outil d’aide à la réservation sur Internet. L’assurance de ne pas arriver à destination. 


Avez-vous récemment acheté des billets de train sur internet ? Depuis quelques semaines, sur le site Oui.sncf, un robot apparaît et dès que vous avez le malheur de cliquer sur sa face ronde, il s’invite plein pot sur votre écran : « Pour trouver votre train, je suis le chatbot de la situation ! C’est parti ! » Nous voilà mis dans l’ambiance.

« Serait-ce de l’hostilité que je perçois ? »

Si vous cédez à ses avances, ce petit génie d’intelligence artificielle passe au tutoiement et adopte le ton doucereux du pédophile en goguette près d’une sortie d’école : « Hello, je suis OUIbot, ton assistant de voyage. Avec moi, une phrase suffit pour trouver ton train ! » Le tutoiement est de rigueur.

Mettons que vous cherchiez un Paris-Bordeaux. La réponse sera : « OK Paris-Bordeaux. Quand veux-tu y aller ? » Même si vous en avez ras-la-casquette de cet automate qui vous parle comme à un demeuré, ne vous avisez pas de lui envoyer des noms d’oiseau… sinon panpan cul-cul : « Serait-ce de l’hostilité que je perçois ? Souhaitez-vous être mis en relation avec un conseiller ? » Rien de tel pour décourager les victimes du syndrome Gilles de La Tourette. À moins de balancer souris et clavier ou de jeter son smartphone de rage, pas facile de faire décamper OUIbot. Malheureusement pour nos nerfs, le bougre ne fait jamais grève !

Brexit: Messieurs les Anglais, sortez les premiers!

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Après trois ans de tergiversations entre Britanniques et Européens, la moins mauvaise des attitudes serait d’enclencher un Brexit sans accord dès le 29 mars. Tribune.


Après avoir rejeté mardi le compromis de Theresa May, et rejeté mercredi le « no deal Brexit » (Brexit sans accord), les parlementaires britanniques devraient sauf surprise voter ce jeudi pour un « rallongement du délai de sortie », initialement prévu le 29 mars. Sans que l’on sache bien à quoi servirait ce nouveau délai. Ou plutôt si. L’intention, à peine cachée, de Theresa May est de présenter la tenue d’un nouveau référendum comme la seule issue politique possible au casse-tête du Brexit.

Tant pis pour la casse

Ce nouveau délai devrait alors être approuvé, ou non, par les partenaires européens du Royaume-Uni, lors du Sommet européen des 21 et 22 mars prochain. Quelle doit être l’attitude des Européens dans ce dossier ? Et quelle devrait être l’attitude de la France ? Nous pensons que la moins mauvaise des attitudes serait de refuser ce délai d’une voix claire et forte, et d’enclencher ainsi un « no deal Brexit » dès le 29 mars prochain.

Bien entendu, un « no deal Brexit » ferait de la casse, principalement économique. D’abord pour les Britanniques, mais également pour les Européens. Mais tenir un nouveau référendum ferait encore plus de casse, sur le plan politique, au niveau européen. Car ce serait attester du caractère antidémocratique de l’Union européenne. Et c’est tout le contraire dont nous avons besoin, à quelques semaines des élections au Parlement européen. A l’heure où l’on donne des leçons de démocratie au pouvoir algérien en s’offusquant – à raison – de la prolongation du mandat de Bouteflika face à la colère du peuple algérien, il serait bon de montrer que l’on respecte, en Europe, la volonté du peuple lorsqu’il s’exprime dans les urnes. La France a d’autant plus de responsabilité dans ce dossier que nous sommes responsables du passage en force sur la Constitution européenne, repassée par la fenêtre lorsque le peuple français avait fermé la porte lors du référendum de 2005.

Pas de nouveau référendum

Organiser un nouveau référendum au Royaume-Uni enverrait le message suivant aux peuples européens: « Vous n’avez pas le choix ». Vous n’avez plus de souveraineté. Vous ne pouvez pas décider de rester ou non dans l’Union européenne. Mais vous ne pouvez pas non plus décider de l’orientation de l’Union européenne. On voit tout de suite à qui profiterait ce message.

Or nous avons besoin d’Europe. Pour répondre collectivement aux défis économiques, migratoires, écologiques du XXIe siècle. Pour y répondre dans le respect des peuples européens, de leur identité, de leurs volontés.

Il faut donc mettre les décideurs britanniques et européens devant leurs responsabilités. Car enfin, le vote du Brexit date du 23 juin 2016. Bientôt trois ans. Qu’ont-ils fait depuis ? Britanniques et Européens, au lieu de préparer avec responsabilité une sortie ordonnée des Britanniques de l’Union européenne, n’ont fait que gagner du temps et entretenir des positionnements politiciens. L’organisation des votes cette semaine n’est que la dernière illustration de cette pathétique politique politicienne. Logiquement, Theresa May aurait dû organiser un seul vote, et non pas trois. Un vote unique demandant aux députés de choisir entre son compromis et le no deal. Mais non. En organisation trois votes, le Premier ministre britannique ne laissait possible que le choix du report, et donc d’un nouveau référendum. Les Européens ne doivent pas rentrer dans ce jeu, mais au contraire mettre les Britanniques devant leurs responsabilités.

Trois ans de perdus

Cela fait trois ans que Britanniques et Européens savent que le temps manque pour organiser de nouveaux traités de libre-échange, de libre circulation des travailleurs, pour trouver une solution sur la frontière irlandaise. En trois ans, personne n’a réellement avancé de solutions sérieuses et acceptables par tous.

Alors, nous souhaitons que le 29 mars, le Royaume-Uni sorte de l’Union européenne. Cela créera des difficultés. Les ports des deux côtés de la Manche seront engorgés. De nombreux acteurs économiques verront leurs échanges entre le Royaume-Uni et l’UE fortement perturbés. Cela provoquera des pertes d’emplois et une perte de croissance. Mais inutile de « jouer sur les peurs », comme on dit dans d’autres circonstances. L’économie britannique ne s’est pas effondrée depuis le vote du Brexit, contrairement à ce que prétendait la propagande de l’époque. Et elle ne s’effondrera pas en cas de « no deal ». Le pragmatisme des Britanniques trouvera des solutions au pied du mur. On entend d’ores et déjà des voix qui proposent d’exempter les produits européens de droit de douane en cas de no deal. On évoque la solution « à la norvégienne » pour le Royaume-Uni. Les solutions pour traiter la frontière irlandaise existent, par exemple en s’inspirant de l’exemple suisse ; il existe bien une frontière entre la Suisse et l’UE, sans que celle-ci empêche chaque jour des frontaliers français de venir travailler en toute fluidité chez nos voisins helvètes. Pour tous les sujets, des solutions concrètes existent.

Refusons donc le « chantage au chaos économique » qu’on nous impose. Respectons le vote des Britanniques. Et laissons-les sortir de l’UE. Mais messieurs les Anglais, à vous de jouer : sortez les premiers !


« Il y a dix ans, ce n’était pas possible d’être homosexuel et musulman »

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Musulman et homosexuel, Ludovic-Mohamed Zahed a ouvert en 2012 à Vincennes la première mosquée « inclusive » d’Europe. Ce docteur en sciences humaines et sociales de 42 ans appelle à une réforme de l’islam.


Alexis Brunet. Âgé de 17 ans, vous quittez l’Algérie, où vous avez étudié les sciences islamiques avec des salafistes, pour aller vivre à Marseille. Vous vous cherchez un peu puis allez rejeter totalement l’islam pendant plusieurs années…

Ludovic-Mohamed Zahed. Oui, je me suis cherché pendant deux ans, j’essayais de vivre à la fois l’islam et mon homosexualité. Mais c’était une torture, car le seul islam que je connaissais était un islam homophobe et la seule identité gay que je connaissais était islamophobe. J’ai donc lâché l’islam pendant sept ans. Et me suis intéressé plus tard au bouddhisme…

Vous faites alors un pèlerinage au Tibet où, comme vous l’écrivez dans votre livre Le Coran et la chair, vous finissez « par comprendre que homophobie et misogynie peuvent être partout ».

Tout à fait. Je discute avec des bouddhistes qui me disent qu’un jour les femmes seront des hommes dans d’autres vies, et peut-être même des Bouddhas. J’ai découvert que c’était similaire à l’interprétation du Coran. Et c’est ce qui m’a permis de revenir à ce dernier. C’est là que je me suis rendu compte que beaucoup de préjugés sont imposés sous couvert de religiosité mais ne dépendent en fait pas de l’héritage religieux, ils sont plutôt de l’ordre culturel, sociologique.

Le Coran ne condamne pas les sexualités non reproductives ?

Non, dans le Coran, il n’y a pas un mot sur l’homosexualité. Le peu de fois où le Coran parle de sexualité, c’est plutôt une sexualité de jouissances et de libertés : « Cultivez votre jardin [sexuel] comme bon vous semble […] Chacun a été créé selon son genre ». Quand on retourne au texte, on se rend compte que le prophète Mahomet a accueilli chez lui des personnes efféminées ou homosexuelles. Ces hadiths, on n’en parle pas, moi j’en parle. Deux compagnons du prophète étaient connus pour être des menteurs, et même des voleurs. Abu Huraya fut un compagnon qui s’est converti deux ans avant sa mort, et qui a rapporté plus de hadiths que tous ses compagnons qui ont connu le prophète depuis son enfance. Aïcha, la femme de Mahomet, l’a traité de menteur et de mysogine. Une fois qu’on a compris ça, que l’islam n’est pas réifié, que ce qui compte dans le Coran c’est ce qu’on en fait éthiquement parlant, on a bien avancé.

Quand même, selon une étude de l’institut allemand W2B, effectuée auprès de 9000 personnes et publiée en 2013, plus de 55 % des musulmans d’Europe ne voudraient pas avoir d’ami homosexuel, contre 12 % chez les chrétiens. Par ailleurs, les 7 pays qui condamnent à mort l’homosexualité (Mauritanie, Nigéria, Soudan, Somalie, Arabie saoudite, Iran, Yémen) sont tous des sociétés islamiques. N’y a-t-il pas un malaise profond au sein de l’Islam par rapport à la question de l’homosexualité ?

Vous me citez des pays arabes en crise où il y a peu d’éducation et beaucoup d’analphabétisme. Les statistiques que vous donnez sont intéressantes. Si vous prenez le cas de l’Indonésie, vous vous rendez compte qu’ils n’ont pas ces problèmes-là. Dans la province du sud-ouest, sur une île pauvre, vous avez des salafistes. Il y a des tensions identitaires pour savoir s’ils sont occidentaux ou plutôt du côté de l’arabité rigoriste. N’a-t-on pas ce débat aussi en Europe avec la montée des nationalismes ? Ce n’est pas un problème islamo-islamique, c’est un problème identitaire lié à la globalisation.

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Par ailleurs, si vous prenez des statistiques très claires datant de l’année dernière sur les Etats-Unis, vous vous apercevez que plus de 50 % des musulmans locaux sont pour le mariage gay. C’est donc une question d’éducation et d’émancipation économique. Quand les gens sont bien dans leur peau et gagnent bien leur vie, ils ne vont pas chercher à savoir qui couche avec qui dans le bâtiment d’à côté. Sociologiquement, le musulman type des Etats-Unis est très différent du musulman type d’Europe. Le niveau d’éducation est un facteur très important. Quant à la criminalisation de l’homosexualité, l’Ouganda, qui n’est pas un pays musulman, la criminalise aussi. Ces régimes totalitaires promeuvent ces lois contre les femmes et contre les homosexuels pour tenir la population et garder le pouvoir. Tout cela tient avant tout du politique, de la sociologie, et a très peu à voir avec la spiritualité.

Dans votre livre, après avoir raconté votre pèlerinage à la Mecque, vous dites justement que « la religion est un idéal trop souvent dévoyé ».

C’est vrai. « Islam » veut dire paix. C’est là une forme grammaticale qui fait référence à une dynamique de remise en question. Ceux qui disent que l’islam c’est la paix mais veulent en même temps punir ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, font du fascisme vert, comme il y a eu un fascisme brun et un fascisme rouge. Première étape de ce fascisme, l’identification au chef. Ensuite, le renforcement des frontières du groupe. Troisième étape, surveiller et punir. Quatrième étape, la guerre civile. Cette dynamique fasciste, à l’œuvre aujourd’hui dans certains pays du monde arabe, est la même que celle qui a eu lieu en Allemagne après la Première Guerre mondiale, puis en Chine, au Cambodge.

Vous pensez l’islam compatible avec les droits des femmes et des LGBT que vous défendez ?

Plus que ça. Je ne pense pas seulement que l’islam est compatible avec ces valeurs, je pense que l’islam est là pour promouvoir l’égalité, la paix entre tous, la paix intérieure envers nous-mêmes. A une certaine époque, sans non plus idéaliser le passé, l’islam a déconseillé l’esclavage, a déconseillé la polygamie, a donné des droits aux femmes. L’islam n’est pas descendu du ciel en une nuit ex-nihilo, il a été le produit d’une culture, d’un contexte historique. L’islam a été révolutionnaire au sens où il a fait reposer les dynamiques sociales sur le bien être des individus. Ce n’était évidemment pas un système parfait, il était fait d’essais et d’erreurs. Le prophète Mahomet lui-même a fait des erreurs, le Coran le dit. On trahit l’islam qu’on dit vouloir défendre si on veut l’appliquer à la lettre. Il a quand même fallu quatre siècles pour que l’Egypte devienne musulmane. De fait, ce n’était pas un système fasciste imposé à la population.

En 2012, vous avez ouvert à Vincennes la première mosquée dite « inclusive » (ouverte à tous, notamment aux homosexuels) d’Europe. Abdallah Zekri, à l’époque président de l’Observatoire national contre l’islamophobie, avait estimé que ce projet était « une aberration, parce que la religion ce n’est pas ça ». Le recteur de la Grande Mosquée de Paris Dalil Boubakeur s’était aussi prononcé contre. Avez-vous reçu des soutiens d’intellectuels de confession musulmane ?

Bien sûr, nous avons reçu beaucoup de soutien. Entre autres d’Abdennour Bidar en France, Asma Lamrabet au Maroc, Kecia Ali, professeur à l’université de Boston, Ani Zonneveld, présidente des musulmans progressistes nord-américains. Les recteurs des grandes mosquées institutionnelles sont pieds et poings liés avec des pouvoirs arabes qui, encore aujourd’hui, sont déstabilisés, on le voit en Algérie, parce que la population n’en peut plus. Ces gens-là sont la caution du fascisme vert. L’islam politique est là pour tenir le peuple. En Algérie, il y a une expression pour décrire cet islam politique : « La prière de celui qui se tient debout juste pour les fêtes et pour la prière du vendredi ». Aujourd’hui, cet islam politique se retourne contre ses défenseurs, car ils ont produit une génération qui a pris toute l’idéologie qu’ils leur avaient enseignée au pied de la lettre. Cet islam politique n’est ni la faute de l’Occident ni celle des musulmans. Il est né dans un contexte de panarabisme d’où viennent les gens qui ont condamné notre mosquée. Pour eux, la mosquée est un des centres du pouvoir.

Certaines voix, comme celle de Tariq Ramadan, assuraient que cette mosquée avait un côté extracommunautaire…

C’est ridicule. Ils sont les premiers à vous exclure et ils vous disent après que vous ne devez pas proposer d’alternative à leur pratique de l’islam.

Avez-vous constaté une évolution positive depuis ces dix, quinze dernières années?

Oui, c’est le jour et la nuit. Il y a dix ans, ce n’était pas possible d’être homosexuel et musulman. Aujourd’hui, on en discute. Les tenants actuels de l’islam ont compris, du moins en Europe, qu’ils devront s’adapter s’ils ne veulent pas disparaître. Je pense que ces institutions ont en eux les germes de leur disparition. On n’aura pas à faire grand-chose pour qu’elles s’effondrent d’elles-mêmes. Elles vont être de plus en plus déconnectées de la réalité que vivent les populations musulmanes, y compris en Egypte ou en Algérie, donc elles vont tomber.

Vous n’avez pas l’air inquiet.

On a reçu des menaces mais surtout des encouragements de la part de musulmans. Je suis optimiste, même s’il faut être prudent.

Dans votre livre, vous appelez à une « réforme dogmatique de l’islam ». Qu’entendez-vous par là ?

C’est ce qu’ont fait les juifs, c’est ce qu’ont fait les chrétiens 1400 ans après l’avènement du christianisme, c’est ce que sont en train de faire les musulmans. Des anthropologues disent qu’une civilisation se dogmatise 300 ans après son apparition et se réforme 1500 ans après son apparition. On ne sait pas exactement pourquoi, mais c’est un cycle naturel, organique. L’humanité est comme un être vivant. Cet organe qu’on appelle l’islam est en train de se réformer pour s’adapter. S’il ne le fait pas, il va disparaître. Au début, l’islam n’était pas une religion séparatiste. Il y avait un aspect œcuménique. Quand on voit les premiers versets du Coran à la Mecque, on se rend compte que les premiers musulmans essayaient vraiment de discuter. Ils discutaient de la Bible, de la Torah. Ils s’intéressaient avant tout au divin.

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Le coran et la chair

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Réponse à ceux qui doutent du changement climatique


De l’avis unanime des scientifiques, l’activité humaine accélère le réchauffement climatique. Même si les températures sur le globe ont toujours varié, l’actuelle croissance des gaz à effet de serre est inédite. La vie des générations futures s’en trouvera irréversiblement affectée. 


Le changement climatique est déjà une réalité. La hausse des températures pratiquement partout dans le monde est très probablement liée à l’augmentation des concentrations atmosphériques des gaz à effet de serre, dioxyde de carbone en tête, mais aussi méthane et protoxyde d’azote. Contrairement à ce qui se lit ici ou là, la physique de l’effet de serre est parfaitement comprise et la hausse des températures observée est en bon accord avec cette physique. D’ailleurs, les premières simulations climatiques publiées à la fin des années 1980 par James Hansen anticipaient une hausse des températures tout à fait conforme à ce que l’on observe.

Le climat a toujours changé, mais…

Certains objectent que le climat a toujours varié. C’est parfaitement exact. La Terre a alternativement connu des épisodes plus chauds et plus froids. Ainsi, il y a vingt mille ans, à l’époque des grottes de Lascaux, la température moyenne de la Terre était de cinq degrés plus froide qu’aujourd’hui. Le territoire de l’actuel Canada était alors recouvert de trois kilomètres de glaces et les Alpes formaient un immense glacier dont les ramifications coulaient jusqu’à Lyon. Le niveau des mers culminait 140 mètres plus bas qu’aujourd’hui. On voit donc que, pour la Terre, quelques degrés impliquent des modifications considérables du climat, des distributions de glace, végétation et espèces animales. Les changements « naturels » du climat sont liés aux caractéristiques de l’orbite de la Terre, à la tectonique qui modifie les reliefs et la distribution des continents, à la composition atmosphérique qui a pu être influencée par le développement du vivant, ou à la puissance du soleil. Toutes ces causes entraînent des modifications du climat infiniment plus lentes que le changement climatique actuel dont la cause est anthropique. Ainsi, on est passé du climat « froid » d’il y a vingt mille ans à un climat semblable à celui d’aujourd’hui en environ dix mille ans. On anticipe des changements de même ampleur sur le prochain siècle.

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Sur le dernier siècle, la Terre s’est déjà échauffée d’environ un degré, l’essentiel de ce réchauffement datant des années 1970. Le réchauffement va très certainement se poursuivre puisque la croissance des gaz à effet de serre dans l’atmosphère continue à un rythme inchangé, voire croissant.

Les jours d’après

Les climatologues alertent donc sur les changements qu’ils anticipent et de leurs conséquences sur nos sociétés. Même si nous nous adaptons à des variations saisonnières de température de plusieurs dizaines de degrés, un changement de température moyenne d’un degré affectera la biodiversité. Surtout, les changements de température induisent des modifications de la circulation atmosphérique et du régime des précipitations. Il est certain que la pluviométrie va évoluer dans le cadre du changement climatique. Or, les sociétés humaines, de même que la biodiversité, sont adaptées à un certain niveau de précipitation. Toute modification significative, à la hausse comme à la baisse, perturbera cette adaptation.

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Certes, alors que des hausses de température sont anticipées pratiquement partout avec une bonne fiabilité, il reste de fortes incertitudes sur l’évolution des précipitations dans de nombreuses régions. Les simulations donnent en effet des résultats différents. Aussi ma compréhension des mécanismes du climat doit-elle progresser sur cet aspect, ce qui nécessite un effort de recherche. De même, l’évolution des événements extrêmes reste incertaine. On sait qu’une atmosphère plus chaude contient plus d’énergie. On peut donc s’attendre à des événements météorologiques plus violents bien que leur nature et leur localisation exactes restent indéterminées.

Le changement climatique, c’est maintenant !

En fin d’année 2018, le GIEC a publié le rapport spécial « 1,5 degré », commandé par les États lors de la conférence de Paris, fin 2015. L’objet du rapport était de dresser un état des lieux scientifique des impacts d’un climat à 1,5 ou 2 degrés plus chaud qu’à l’époque préindustrielle, et des trajectoires possibles pour y arriver. Le rapport montre qu’il y a des différences significatives entre les deux situations, qu’une augmentation de température supérieure à 1,5 degré n’est pas encore certaine du fait des concentrations atmosphériques déjà atteintes. Ce document explique aussi qu’une stabilisation du climat à ce niveau demande à l’ensemble des États des efforts énormes qui doivent être entrepris très rapidement.

L’étude indique par ailleurs que la lutte contre le changement climatique pourra avoir d’importantes retombées positives, en particulier sur la santé et la biodiversité. Il est donc encore possible de stabiliser le climat à un niveau auquel il sera possible de s’adapter presque partout dans le monde. Rappelons aussi que, même si on stabilise les températures, le niveau des mers va poursuivre sa montée pendant plusieurs siècles et qu’une hausse de plusieurs mètres est quasi certaine. Ainsi, certaines régions côtières sont, à terme, déjà condamnées. Plus généralement, les « générations futures » devront s’adapter au changement climatique provoqué par leurs ancêtres. L’enjeu est donc de limiter ce changement.

Le changement de société aussi

Cependant, si limiter le changement est possible, les modifications de société qu’il nécessite seront considérables. Il ne suffira pas de mettre les appareils électriques en veille et de placer les camions sur des trains. Il faudrait notamment laisser dans le sous-sol une grosse partie des combustibles fossiles, pourtant immensément utiles à nos sociétés.

Certes, la recherche sur le climat reste nécessaire afin de mieux anticiper les changements climatiques inéluctables, et ainsi pouvoir mieux s’y adapter. Cependant, le constat scientifique du changement climatique, de ses causes et de ses effets est largement assez probant pour que des mesures à la hauteur de ces immenses enjeux soient prises.

On n’entend pas M. Belattar parler de la « dignité » des femmes qui ne veulent pas porter le voile


Ceux qui, en France, se félicitaient du choix de Décathlon de commercialiser un « hijab de running » n’ont pas bronché en apprenant la très lourde condamnation de l’avocate iranienne Nasrin Sotoudeh, défenseur des femmes qui ont refusé de porter le voile. 


Tandis qu’en France les zélateurs islamo-gauchistes du voile islamique s’en donnent à cœur joie sitôt que l’occasion leur en est donnée, le tribunal révolutionnaire de Téhéran a célébré à sa manière la Journée internationale des Droits des Femmes en condamnant l’avocate de renommée mondiale Nasrin Sotoudeh à 38 ans de prison et 148 coups de fouet.

A fond la liberté des femmes ?

Cette femme, ardente militante des droits humains, lauréate du prix Sakharov en 2012, est devenue l’une des figures de proue du mouvement qui agite depuis 5 ans l’Iran de révolte des femmes contre le port du voile islamique obligatoire. Elles sortent dans la rue, s’affichent sans voile, se photographient, postent les clichés sur les réseaux sociaux et risquent leur liberté, et parfois leur vie pour cela. Elles sont les combattantes modernes de la liberté face à l’oppression pour le monde entier. Amnesty International s’est immédiatement indigné contre cette condamnation « scandaleuse ».

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En France, curieusement, on n’entend pas trop les réactions de ceux qui ont pris pour parti de relativiser la grave question de liberté et d’égalité hommes-femmes posée par ce vêtement qui, contrairement à ce qu’ils affirment d’année en année, n’est pas un bout de tissu comme un autre, n’est pas une mode comme une autre, et n’a que peu de rapport avec la liberté puisque, partout où l’islamisme triomphe, son port devient obligatoire et son non-port devient un motif de grave oppression, voire de châtiment parfois mortel.

On n’a pas entendu les responsables de Décathlon qui, il y a quelques jours encore, considéraient que commercialiser le « hijab de running » n’était qu’une libérale adaptation aux besoins du marché et, surtout, un outil de liberté pour les femmes qui souhaitaient s’en revêtir. Il conviendrait d’ailleurs de demander aux jeunes femmes iraniennes actuelles ce qu’elles pensent de leurs aînées « révolutionnaires » et adoratrices de l’Ayatollah Khomeiny à cause desquelles elles sont désormais obligées de se battre et d’aller en prison subir les pires tortures pour reconquérir la liberté dont précisément leurs aînées fanatiques les ont privées. Il est d’ailleurs à ce titre possible d’imaginer que les filles de celles qui se font les figures de proue de l’islam politique aujourd’hui en Occident subiront la même désapprobation dans une ou deux générations de la part de leurs filles qui se révolteront contre elles.

C’est le père Belattar qui a perdu son chat…

On n’a pas entendu non plus Monsieur Belattar, l’ami du président et son célèbre conseiller banlieue (pour une raison mystérieuse qui continue d’échapper), lui qui participait au gala du CCIF en 2015 (ce qui d’ailleurs est son droit le plus absolu), organisation réputée proche des Frères musulmans. Monsieur Belattar qui, au lendemain de l’affaire du « hijab de running » de Décathlon, invitait théâtralement à organiser un grand rassemblement place de la République à Paris qu’il proposait sans honte de rebaptiser pour cette occasion « place de la Dignité » (dignité du hijab, donc), dans un curieux élan de paranoïa aigüe : « Dignité. C’est tout ce qu’il nous reste [c’est qui, « nous » ?]. Vous [c’est qui « vous » ?] pouvez prendre nos appartements, nos maisons, nos voitures, nos chiens, nos chats, mais notre dignité, c’est non… »

Alors, on ignore tout à fait qui souhaite s’emparer du chat de Monsieur Belattar sur l’air de la Mère Michel, mais en revanche, on constate que l’indignation et l’appel à la dignité et à la défense des femmes musulmanes qui refusent le port du voile islamique et qui, pour cela sont condamnées à 38 ans de prison et 148 coups de fouet, ne semblent bizarrement pas engendrer le même élan mobilisateur. Etrange. Il est pourtant bien question de Dignité, là, pour un coup.

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On n’entend pas, non plus, Monsieur Taché, le consternant élu LREM du Val d’Oise aux comparaisons plus que douteuses, qui refuse de condamner le voilement islamique des fillettes. On aurait pourtant bien envie de savoir s’il connaît beaucoup de femmes catholiques de par le monde qui sont condamnées à 38 ans de prison et 148 coups de fouet pour avoir refusé de porter un serre-tête dont on ignorait, par ailleurs, qu’il constituât un signe de soumission religieuse non plus qu’un signe de soumission de la femme à l’homme. Marlène Schiappa elle-même avait été très claire en rappelant les évidences : « Aucune femme dans le monde ne sera lapidée parce qu’elle ne porte pas un serre-tête ». L’avis éclairé de Monsieur Taché, hélas, manque sur cette question.

On ne blasphème pas contre les défenseurs du voile

On n’entend pas non plus l’indignation des lyncheurs qui, depuis quelques jours, intimident l’élu (Ville de Paris, ex LR)-chroniqueur de l’émission « Les Terriens du Dimanche » de Thierry Ardisson, Pierre Liscia, victime de menaces de mort. Son crime ? Avoir clairement manifesté sa désapprobation face à Rachid Nekkaz, l’homme d’affaires franco-algérien notamment connu pour payer les amendes de femmes condamnées pour port du voile intégral. Le débat est resté courtois, des deux côtés d’ailleurs, mais l’opposition exprimée très clairement par Pierre Liscia : « Vous cautionnez toutes les dérives de l’islamisme radical en France, vous les incitez. Vous êtes un proche ami de Tariq Ramadan, vous avez d’ailleurs manifesté pour sa libération. Vous vous targuez d’être proche des milieux islamistes et de pouvoir leur parler. Moi je ne vous serre pas la main. Je pense que si vous êtes l’alternative à Bouteflika en Algérie, je suis très inquiet pour eux. »

Normalement, dans un pays démocratique où la liberté d’expression a encore un sens, Pierre Liscia devrait avoir le droit d’exprimer cette opinion (du reste pleine de bon sens), tout comme d’ailleurs Rachid Nekkaz a le droit d’avoir toutes les sympathies islamistes qu’il souhaite tant qu’il s’en tient au respect de la loi française. Pourtant, les lyncheurs semblent avoir quelque mal avec ce concept de liberté d’expression, eux d’habitude si prompts à invoquer la société inclusive et le respect des différences : s’ils commençaient par le respect des gens qui ne pensent pas comme eux, les mots auraient peut-être de nouveau un sens dans cette véritable guerre culturelle d’intimidation.

De la dignité des femmes iraniennes

On ne les entend pas non plus, les procureurs des Internet, habituellement si prompts à prendre position sur les questions liées à l’islam, les zélateurs islamo-gauchistes qui ont pris, comme en chaque époque où un choix doit être fait entre la lutte pour le progrès, la liberté, la dignité, et la collaboration avec l’obscurantisme et l’oppression, la défense sans équivoque de ce versant obscur (ce qui, après tout, est leur droit, comme c’est le mien de les juger pour cela). On aimerait pourtant savoir ce qu’ils pensent de cette sentence, eux qui sont si prompts à s’en prendre aux femmes qui osent, en pays (encore un peu) libre, tenir un discours opposé au voile islamique, comme le subit jour après jour une femme comme Zineb El Rhazoui, ancienne journaliste de Charlie Hebdo et précisément menacée de mort en raison de ses propos sur l’islam et de son opposition au voile islamique. Peut-être pensent-ils que la sentence est encore un peu légère, qui sait… ou si lointaine, mon Dieu, c’est si loin l’Iran et « comment peut-on être Persan » pour ces indignés de salons… ? Ce qui sera pour eux l’occasion d’en ricaner dans quelque Ligue du Lol dont ils ont le secret.

L’indignation, tout comme la dignité, semblent être pour certains à géométrie bien variable.

Attentat anti-musulmans de Christchurch: le massacre des innocents

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Abords de la mosquée de Christchurch, mars 2019. Auteurs : Mark Baker/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22313486_000007.

En Nouvelle-Zélande, un terroriste a massacré des musulmans simplement parce qu’ils étaient musulmans.


 

Le double attentat de Christchurch, qui a endeuillé ce matin la Nouvelle-Zélande, est une abomination. Un Australien de 28 ans, que ses écrits semblent rapprocher du suprématisme blanc, a ouvert le feu dans deux mosquées de la ville, tuant au moins 49 personnes, dont des enfants.

Mes lecteurs le savent, je condamne certains aspects de l’islam, et je condamne totalement l’islam politique et son cortège de tyrannies et d’horreurs. Mais je condamne tout autant cet acte atroce, cette brutalité aveugle, ce renoncement à toute exigence éthique au nom d’une cause.

Une infamie absolue

Qui peut savoir s’il n’y avait pas, parmi les morts, de ces réformateurs de l’islam, qui tentent d’utiliser son langage symbolique pour dire l’humanisme universel d’une manière compréhensible pour le monde musulman ? Qui peut penser qu’il n’y avait pas, parmi les morts, de braves gens totalement étrangers à la guerre que nous livre l’islam politique, et aspirant seulement à cheminer vers la transcendance selon les rites que leurs ancêtres leur ont enseigné, sans menacer la liberté de quiconque ?

Qui oserait prétendre que ces enfants, assassinés simplement parce que leurs parents les ont emmenés prier dans une mosquée, étaient en quoi que ce soit coupables des monstruosités commises ailleurs au nom de l’islam ?

Avoir versé le sang de ces enfants est un sacrifice à Moloch, une invocation au Mal, une infamie absolue. Le terroriste aurait-il attaqué des prédicateurs islamistes ou des djihadistes que son acte resterait évidemment illégal, stratégiquement maladroit et moralement discutable, mais ce serait tout autre chose. Ce qu’il a fait en revanche, rien ne saurait le justifier.

Nos semblables en humanité

Je ne dirai pourtant pas que ce crime doit nous conduire à vouloir la paix à tout prix, même si certains tenteront de nous le faire croire. L’islam politique est notre ennemi, il s’emploie à détruire tout ce qu’il peut y avoir de beau et de bon dans notre civilisation, comme dans toute civilisation, y compris les civilisations arabo-musulmanes. Complaisance ou lâcheté, il serait odieux de le laisser, ou de laisser ses complices et ses idiots utiles, prendre prétexte du drame de Christchurch pour nous désarmer face à ce qui est et demeure l’un des pires totalitarismes de l’histoire.

Parce que les morts de Christchurch sont nos semblables en humanité, parce que les islamistes menacent la liberté et la dignité de toute l’humanité, laisser quiconque instrumentaliser ce double attentat au bénéfice de l’islamisme serait trahir les morts, cracher dans leur sang et piétiner leurs corps.

Nous avons le devoir de faire ce qui est en notre pouvoir pour que plus jamais des innocents ne soient ainsi massacrés. Mais pleurer les enfants de Christchurch ne doit pas nous conduire à abandonner Nasrin Sotoudeh et Raif Badawi, ni à renier leur combat.

L’universalisme est la solution

Plus que jamais, c’est l’universalisme qui peut nous permettre de tenir bon face aux extrémismes comme face aux démissions relativistes. La fragmentation des sociétés en communautarismes rivaux, qu’ils soient basés sur l’origine ethnique, la religion, le sexe et/ou le genre, ne peut que conduire à la guerre des communautés les unes contre les autres, que cette guerre prenne la forme de la concurrence victimaire, des revendications juridiques incessantes ou de la violence criminelle.

« Tout comme toi, cet inconnu est fils de Zeus » me rappelle le chant ancien de l’aède. Cela l’oblige envers moi, cet inconnu, et cela m’oblige envers lui. C’est notre commune humanité qui me donne le droit d’interroger ses choix, d’exiger de lui qu’il les soumette à la critique éthique et rationnelle. Et c’est notre commune humanité qui me donne le devoir, même lorsque je dois l’affronter, y compris aux plans philosophique, politique, intellectuel, de le faire sans jamais oublier qu’il est mon adversaire ou même mon ennemi mais aussi mon semblable. Si l’Homme possède une dignité intrinsèque, nous la partageons.

Criminel, révoltant et absurde

La force et la détermination que nous devons mettre à combattre l’islam politique exigent de nous que nous refusions l’aveuglement facile d’une haine indistincte, pour choisir l’exigence d’un discernement de chaque instant.

Massacrer des musulmans simplement parce qu’ils sont musulmans, c’est leur ôter le devoir de s’arracher à la part d’ombre de leur religion en même temps qu’on leur en ôte le droit. C’est nier l’existence des musulmans humanistes et désavouer leur courage et leurs luttes. C’est accorder à ce qu’il y a de pire dans l’islam une puissance presque illimitée, qui suffirait à anéantir l’humanité de tout musulman, si ténu ou critique que soit son lien à sa religion. C’est criminel, révoltant et absurde.

S’il est des dieux réellement dignes de vénération, les enfants assassinés des deux mosquées de Christchurch sont maintenant avec les enfants assassinés de l’école Ozar Hatorah, à leurs côtés.

Kafka, le retour du fils prodige

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Franz Kafka et sa première fiancée Felice Bauer. Bianchetti/Leemage.

Peu d’augures auraient prédit qu’un modeste juif de Prague deviendrait l’un des auteurs majeurs du XXe siècle. Les romans de Franz Kafka paraissent en Pléiade dans une nouvelle traduction. La revanche d’un fils sur ce père qu’il abhorrait et le fascinait.


C’est l’histoire d’un grand juif (1,80 mètre) praguois devenu après sa mort l’un des plus grands écrivains du XXe siècle. De Franz Kafka, mort à 40 ans en 1924, tout a été dit, écrit, traduit et décortiqué grâce à la trahison de son ami Max Brod. Au lieu de brûler les grands romans que Kafka, bourreau de lui-même, vouait à la destruction, son exécuteur testamentaire les a en effet publiés. Le Disparu (souvent traduit par L’Amérique) Le Procès, Le Château sont aujourd’hui rassemblés dans l’un des deux volumes édités par « La Pléiade ». Dans l’entretien qu’il m’a accordé, son nouveau traducteur Jean-Pierre Lefebvre, peint avec talent le tableau du Prague de la Belle Époque. Une Autriche-Hongrie finissante où l’émancipation des juifs se heurtait aux nationalismes allemand et tchèque, souvent teintés d’antisémitisme. Dans les œuvres kafkaïennes, on retrouve ainsi le petit périmètre urbain et l’imaginaire juif de Bohème dans lequel ce fils prodige a baigné toute sa vie durant.

« Ils savent que l’abîme est sur eux, pourtant ils s’engagent sur la corde. »

Comme le note Lefebvre, les lectures antitotalitaires, freudiennes ou kabbalistiques des univers clos du Procès ou du Château, de La Colonie pénitentiaire ou de La Métamorphose ont chacune leur bien-fondé. De mon côté, las des anachronismes orwelliens que dénonce le Kundera des Testaments trahis, j’aimerais donner raison au grand Vialatte – auquel on doit les premières traductions françaises, réputées parfois farfelues, de Kafka. D’après l’auteur des Fruits du Congo, l’accusé Joseph K. du Procès est coupable, forcément coupable, à l’image de l’homme pascalien perdu devant l’immensité du monde. Ignorant les charges qu’il affronte, avant de se laisser abattre comme un chien par deux comédiens, Joseph K. se résout à ne quérir qu’un ajournement de son procès, l’acquittement n’étant pas de ce monde. Ce que Kafka résume de son style limpide : « Ils savent que l’abîme est sur eux, pourtant ils s’engagent sur la corde. »

Dans cette nouvelle Pléiade, on lira avec délectation les petits bijoux que sont La Sentence, Onze fils, Un virtuose de la faim. Autant de nouvelles où Kafka fait résonner l’écho de sa relation toxique au père qu’il fantasmait en tyran. Ce petit commerçant honnête et généreux écrasait son fils malingre et introverti par sa constitution, sa stature et sa voix de stentor, comme l’exprime sa déchirante Lettre au père, qu’on espère voir un jour éditée en Pléiade. « Je suis persuadée que dans ses rêves, il l’a tué plus d’une fois » en dira sa dernière fiancée, Dora Diamant, ainsi que son contemporain, l’écrivain suisse Max Pulver : « La tuberculose était devenue son arme pour se défendre contre le monde, et surtout contre son père qu’il pensait punir grâce à cette maladie. »[tooltips content= »Deux témoignages que l’on retrouve dans le beau livre J’ai connu Kafka : témoignages réunis par Hans-Gerd Koch, Actes Sud, 1998. »]1[/tooltips] Inutile de convoquer Freud ou Lacan pour comprendre la centralité du père dans l’œuvre kafkaïenne. Venant à bout du Gregor Samsa réduit à l’état d’insecte dans La Métamorphose. Poussant au suicide le héros de La Sentence (écrit en une nuit, c’est un des textes les plus violents et incisifs qu’il m’ait été donné de lire…) afin de monopoliser les femmes du foyer. Éreintant successivement ses Onze fils avec la froideur d’un faire-part dans la nouvelle du même nom.

Kafka « invente une littérature et une pensée d’actes »

Longtemps cloîtré dans sa chambre d’adolescent, client des bordels, Kafka écrivait jour et nuit, prisait Dickens ou Kleist, non sans brocarder Balzac et Dostoïevski. Au risque de vous choquer, ce stakhanoviste fustigeait les généralisations balzaciennes « efficaces mais fausses » du style « vers cinq heures de l’après-midi, la marquise enfila ses gants comme toutes les marquises enfilent leurs gants à cette heure-ci » ou l’excessive noirceur dostoïevskienne.

Sans fioritures ni métaphores alambiquées, Kafka reste un romancier de l’acte. C’est la thèse défendue par un certain Arnaud Villani dans un petit essai ardu, mais fort stimulant récemment sorti : Kafka : l’homme en chute libre. Prenons cette étrange histoire de l’arpenteur K. (encore un !) perdu dans les brumes du Château. Au fil de ses pérégrinations, K. tente de contacter les représentants de l’autorité, s’adjoint deux assistants espiègles, s’ébat avec une serveuse en plein bistro… Tout cela fait dire à Villani que Kafka « invente une littérature et une pensée d’actes. […] Les personnages du Château éprouvent-ils une attirance sexuelle ? C’est aussitôt une scène de sexe. » Si bien que « K. ne sait rien, ne veut rien, ne peut rien, pas plus que Kafka lui-même », dont il n’y aurait nulle interprétation définitive à tirer.

« Chaque accusé s’efforce d’obtenir un ajournement de son verdict. »

Revenons à l’homme. Il serait facile d’alimenter la légende noire d’un rond-de-cuir misanthrope, perpétuellement dépressif et renfermé. Pour faire un sort à cette caricature, le récit d’une anecdote a priori triviale s’impose. L’humble écrivain, connu d’un petit cercle de littérateurs praguois de son vivant, vit un jour une petite fille pleurer dans un parc. Témoin de la scène, sa fiancée Dora raconte avoir entendu Kafka s’enquérir du motif des pleurs. La fillette ne se remettait pas d’avoir perdu sa poupée. Pris au dépourvu, Kafka inventa aussitôt une fable pour consoler l’éplorée : si la poupée demeurait introuvable, c’est qu’elle était partie fourbue d’ennui, chercher le bonheur sous d’autres cieux. D’ailleurs, elle ne manquerait pas de le faire savoir à son ancienne propriétaire, via une lettre d’explication circonstanciée. Sans plus tarder, Kafka rentra chez lui pour rédiger la missive et la transmettre à la petite fille. Larmes séchées, blessures refermées : sa mission d’ange réparateur était accomplie.

On peine à imaginer l’inventeur de cette trouvaille épouser les idéaux socialistes puis sionistes qui furent les siens à la fin de sa vie. Ni quelque utopie que ce soit. Pourtant, l’apprentissage de l’hébreu et les projets d’émigration, vite contrariés par sa maladie, lui ont fait renouer avec le ritualisme judaïque de ce père qu’il craignait autant qu’il l’admirait.

Laissons le mot de la fin au Kafka qui riait en se lisant. Un jour que le fils d’un de ses collègues de bureau lui demandait pourquoi il se rendait au sanatorium sans croire en ses chances de guérison, l’auteur du Procès répondit malicieusement : « Chaque accusé s’efforce d’obtenir un ajournement de son verdict. »




Affaire Etam: « La loi contraint l’employeur à prouver qu’il n’a pas commis de discrimination »

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Magasin Etam. Auteurs : Yann Bohac/SIPA. Numéro de reportage : 00709801_000035

Une étudiante voilée a été empêchée de déposer son CV à un magasin Etam de Montpellier. Une vendeuse lui aurait rétorqué que la marque n’emploie pas de femmes enturbannées, s’appuyant sur le règlement intérieur du groupe qui impose la neutralité religieuse à ses employés. Qui a juridiquement tort ? Entretien avec l’avocat Thibault Mercier, spécialiste des lois anti-discrimination.


Daoud Boughezala. Il y a quelques jours, une étudiante voilée a été empêchée de déposer son CV à un magasin Etam de Montpellier. Une vendeuse lui aurait rétorqué que la marque n’emploie pas de femmes enturbannées, s’appuyant sur le règlement intérieur du groupe qui impose la neutralité religieuse à ses employés. Depuis, Etam a mis à pied cette salariée. Juridiquement, cette jeune musulmane a-t-elle raison de s’estimer victime de discrimination à l’embauche ?

Thibault Mercier.[tooltips content= »Avocat, cofondateur du Cercle Droit et liberté, auteur de l’essai Athéna à la borne. Discriminer ou disparaître« ]1[/tooltips] Dans notre société et notre droit qui sont tous deux dominés par le culte de l’anti-discrimination, cette jeune femme pourrait bien avoir quelques arguments à faire valoir.

L’article L1132-1 du code du travail dispose (dans un texte un peu fourre-tout) qu’aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement en raison notamment de ses convictions religieuses ou de ses mœurs. Deux critères qui pourraient  être mis en avant par la jeune femme pour tenter une action en justice. Et d’ailleurs notre droit l’y incite clairement. En effet, faisant suite à deux directives européennes, les articles L. 122-45 et L. 123-1 du Code du travail sont venus renverser la charge de la preuve en matière de discrimination à l’embauche : il revient donc à l’employeur de prouver qu’il n’a pas commis de discrimination.

Dans ce glissement vers une justice théologique (ou l’antiracisme est le nouveau dogme), on voit difficilement comment la gérante Etam pourra produire une preuve matérielle de sa non-intention de discriminer. Et, sauf à pratiquer le viol des consciences, il sera bien compliqué pour le juge de « sonder son cœur et ses reins » et d’attester qu’elle est en état de grâce (comme avant la communion).

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Mais jouons plutôt les avocats du diable et notons qu’il existe tout de même certains garde-fous permettant à la marque de mettre des arguments juridiques à son profit. Il suffit de se rappeler la jurisprudence Baby-Loup de 2014 : dans cette affaire le règlement intérieur de la crèche imposait également une obligation de neutralité au personnel et avait entraîné le licenciement d’une salariée voilée. Après une procédure judiciaire à rebondissement, la Cour de cassation avait finalement donné raison à l’employeur.

Chaque cas est évidemment différent, mais on voit bien qu’en droit français il est permis de poser des limites à l’affichage de la religion en entreprise et notamment d’interdire le port du voile.

La mise à pied de la gérante d’Etam a-t-elle un fondement juridique ? 

Au-delà du droit, il s’agirait plutôt de s’interroger sur ce dogme antidiscriminatoire dont le non-respect suffit pour provoquer votre mort sociale ou économique. En l’espèce, à partir d’un simple témoignage dont personne n’a pu vérifier la véracité, les médias et le nouveau tribunal populaire twitteresque se sont empressés de condamner cette employée de chez Etam. La marque s’est d’ailleurs trouvée bien incapable de gérer la situation de crise de manière intelligente.

Rappelez-vous le cas très similaire de l’enseigne Starbucks l’an dernier : un employé d’une boutique à Philadelphie avait refusé l’accès aux toilettes à deux Noirs n’ayant pas consommé (règle classique pratiquée d’ailleurs dans de nombreuses brasseries parisiennes). Après une intense campagne médiatique et d’appel au boycott sur les réseaux sociaux, le PDG de la multinationale s’était empressé de s’excuser publiquement, sans que cela suffise à calmer les ardeurs des nouveaux justiciers du Web. En sus du limogeage de la gérante, la société a donc également décidé de fermer pendant une demi-journée plus de 8 000 de ses établissements pour dispenser une formation contre le racisme à ses 175 000 employés. Etam va-t-elle devoir en arriver là pour pouvoir continuer à exercer son activité sereinement ?

Dans votre essai Athéna à la borne. Discriminer ou disparaître (Pierre-Guillaume de Roux, 2019), vous brocardez « l’obsession de la non-discrimination qui sévit en France ». N’est-il pas légitime de prétendre aux mêmes droits, indépendamment de son ethnie, de sa race ou de sa religion ?

La République française ne reconnaissant classiquement qu’une communauté, la communauté nationale, il apparaît dès lors logique d’interdire la discrimination fondée sur l’ethnie, la prétendue race (pour reprendre le nouveau terme officiel) ou encore la religion. Le problème est que ces lois anti-discriminatoires ont produit l’inverse de ce qu’elles recherchaient à l’origine. D’un idéal d’égalité et d’intégration, nous sommes arrivés à un état de ségrégation. Chacun est désormais incité à voir ce qui nous divise plutôt que ce qui nous rassemble. Influencés par la vision multiculturelle américaine, nous avons assisté à une dénationalisation de l’Etat par les communautés

Sachant qu’il existe maintenant des discriminations interdites pour quasiment chaque comportement humain, nous avons été témoins de l’atomisation de société en d’innombrables individus, communautés et groupes de réclamations. La loi a ainsi permis une concurrence victimaire de tous contre tous. Et l’on voit bien que les SOS Racisme, LICRA, et autres associations de défense des LGBT n’ont de cesse de s’attaquer au ciment culturel qui unissait le pays et ont mis à mal toute idée de bien commun.

Par ailleurs, ce fétichisme de la non-discrimination est fortement empreint d’une sorte de marxisme culturel qui nous pousse à analyser les rapports sociaux en termes de dominants-dominés ou de bourreaux-victimes. Par exemple, l’Occident est défini dans l’opinion dominante (à défaut d’être l’opinion majoritaire) par une structure patriarcale, homophobe, raciste et sexiste (à abattre urgemment !). Toute différence considérée, à tort ou à raison, comme supérieure est dès lors « oppressante » et doit être gommée. Tout homme est désormais un « porc » en puissance, un Blanc est nécessairement un « colonisateur esclavagiste » et émettre un jugement de préférence esthétique sur la minceur d’une femme devient « grossophobe »…

Pourtant si une nation condamne toutes les formes de discrimination se fondant sur la religion, l’opinion politique, les mœurs ou le sexe, elle fait alors fi de son héritage culturel. Par un relativisme très moderne, elle demeure alors indifférente à toutes les conceptions du Bien.

Cette neutralité, somme toute très libérale, n’est en outre pas partagée par toutes les communautés présentes en France. Certaines n’hésitant alors pas, comme l’a montré Eric Zemmour, à retourner nos principes droits-de-l’hommistes contre nous. Doit-on ainsi considérer le voile comme un simple critère d’expression religieuse ou serait-il également une affirmation culturelle et militante ?

Vous critiquez « l’idéologie dissolvante » négatrice des différences au service de la fiction d’un « individu interchangeable ». Dans le cas de l’affaire Etam, « l’idéologie du Même » (Alain de Benoist) n’est-elle pas plutôt du côté des entreprises et administrations qui imposent aux musulmanes de retirer le voile au travail ?

Cette affaire serait ici un contre-exemple car je pense qu’au contraire les entreprises participent grandement au développement de « l’idéologie du Même ». Cela fait bien longtemps que des politiques dites de discrimination positive y ont été mises en place. BNP Paribas, Total, Sodexo ou encore L’Oréal, pour ne citer qu’elles, font partie du nombre toujours croissant de sociétés qui pratiquent la « diversity inclusion » pour promouvoir la « diversité » dans leur entreprise (et parmi leurs partenaires). Et cela va bien au-delà de l’égalité des chances et des salaires car dans les faits cela entraîne une incitation à l’embauche des « minorités visibles », la promotion de la théorie du genre ou encore le respect strict de la parité hommes-femmes. Adieu la promotion au mérite, ou la prime au travail bien fait ! Désormais le simple fait de faire partie d’un groupe dit « opprimé » peut vous faire gravir les échelons.

Très hypocritement, cette diversité promue n’est d’ailleurs que d’apparence car les employés sont incités à mettre en avant des caractéristiques visibles et quantitatives de leur personne (couleur de peau, sexe, religion, orientation sexuelle) plutôt que qualitatives (intelligence, conscience professionnelle, capacité d’organisation, etc.). Et dans les faits, ces politiques de promotion de la diversité mènent paradoxalement à une uniformisation de pensée et d’opinion auquel le politiquement correct omniprésent en entreprise n’est bien sûr pas étranger. Et de l’uniformisation des salariés à l’uniformisation des clients et des hommes, il n’y a qu’un pas…


Le hijab, la « French Liberté » des femmes d’Etam

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Défilé de la marque Etam lors de la Fashion week 2014 à Paris. ©PLV/SIPA / 00677186_000022

La marque de lingerie féminine Etam a mis à pied une employée accusée d’avoir refusé la candidature d’une femme voilée. Trois semaines après l’affaire Décathlon, une nouvelle enseigne française s’incline devant l’islam politique. 


Plus attaché à sa clientèle islamo-gaucho-militante qu’aux droits des femmes, Etam s’est publiquement humilié en présentant de pathétiques excuses à une candidate à l’embauche voilée, qui aurait été initialement refusée en raison de son voile, et en mettant à pied la responsable du magasin de Montpellier qui l’aurait refusée.

Le conditionnel s’impose sur les circonstances exactes, mais hélas une chose est sûre : il est plus qu’urgent de lutter de toutes nos forces contre l’argument insensé « c’est religieux, donc je peux », prétexte absurde et malsain pour s’affranchir de la décence, de la raison et de l’éthique.

Etam, « 100 ans d’audace, de légèreté, de sexiness à la française »

Zineb El Rhazoui, Majid Oukacha, Lydia Guirous et d’autres ont heureusement immédiatement réagi, avec détermination et parfois même avec humour – mention spéciale à la déesse Moumouh de Majid – et je ne peux que me joindre à eux.

N’en déplaise au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et à ses affidés, le hijab n’a rien à faire avec une marque dont le slogan, désormais lamentablement désavoué, est « French Liberté », et qui prétend avoir « 100 ans d’audace, de légèreté, de sexiness à la française ». « Sexiness à la française » était déjà ridicule, à moins que les mots charme et sensualité n’existent plus in French, isn’t it, et voici qu’Etam semble vouloir s’engager pour 100 ans de soumission, de pesanteur, et de dissimulation honteuse du corps des femmes. Femmes rendues responsables de l’incapacité supposée des hommes à se comporter en êtres civilisés, ce qui est étouffant et humiliant pour les deux sexes.

Capture d'écran du site Etam.com
Capture d’écran du site Etam.com

Il faut le dire, le redire, l’écrire et le réécrire encore et encore : le hijab n’est pas juste « un signe religieux comme les autres ». Le hijab proclame avec ostentation qu’il doit exister une barrière culturelle infranchissable entre les femmes et les hommes, et que les femmes ne doivent pas bénéficier des mêmes droits civiques ni des mêmes libertés que les hommes. Comme l’a dit Ghaleb Bencheikh, « le voile est une atteinte à la dignité humaine dans sa composante féminine ».

Le hijab est comme un t-shirt politique

Une femme en hijab est comme un afro-américain qui porterait l’emblème du KuKluxKlan : l’un et l’autre arborent ce qui est devenu l’étendard d’une discrimination inacceptable, sexiste dans un cas, raciste dans l’autre. Qu’ils soient eux-mêmes victimes de la discrimination qu’ils promeuvent n’enlève rien à l’indignité de celle-ci. Et vouloir l’assignation à la minorité perpétuelle des femmes n’est pas moins grave que de militer pour l’assignation à l’infériorité perpétuelle des membres de telle ou telle ethnie.

Dans un communiqué, le groupe Etam insiste sur son « principe de totale neutralité politique, philosophique et religieuse ». Il est paradoxal que cela le conduise à devoir s’incliner devant quelqu’un qui souhaite justement afficher dans un de ses magasins un signe qui, non seulement, n’a rien de neutre, mais encore fait la promotion de discriminations que le groupe prétend combattre ! Je l’ai plusieurs fois écrit, Zineb El Rhazoui le rappelle elle aussi, le voile islamique est à mettre sur le même plan qu’un tee-shirt à message politique.

Les femmes qui portent le hijab peuvent avoir des motivations multiples, et pour certaines totalement respectables quoi que naturellement discutables, mais il n’en demeure pas moins que ce voile en lui-même est désormais la marque d’une idéologie particulièrement problématique.

L’Etat se rétame

Reste qu’Etam touche juste sur un point, c’est lorsqu’il évoque la loi El Khomri. Revendiqué et instrumentalisé par l’islam politique, le hijab est devenu un sujet politique. Comme l’écrit Lydia Guirous, il est donc de la responsabilité de l’État de s’emparer du problème, au lieu d’en laisser la charge aux entreprises parfois bien démunies.

La laïcité ne doit pas être détournée pour justifier une neutralité lâche et indifférente, elle impose au contraire une impartialité exigeante et ferme pour veiller au respect de nos principes fondamentaux sans tolérer de passe-droits, fut-ce pour raisons religieuses.

Hasards dramatiques du calendrier, alors même que certaines tentent d’imposer la banalisation du hijab en Occident, l’avocate Nasrin Sotoudeh vient d’être condamnée dans son pays à 38 ans de prison et 148 coups de fouet pour avoir défendu les femmes qui osent enlever ce voile dans son pays, en Iran. L’Iran qui, malgré cette condamnation aussi ubuesque que monstrueuse, vient d’être nommé au Comité des Droits des femmes aux Nations unies… Où siégeait déjà l’Arabie saoudite… Et en France, Pierre Liscia est submergé de menaces de mort pour avoir dénoncé les collusions avec l’islamisme de Rachid Nekkaz, l’homme d’affaires qui se vantaient de payer les amendes des porteuses de burqa en France et qui aspire au pouvoir en Algérie.

Emmanuel Macron: « Si parce que vous portez un foulard vous n’êtes pas embauchée, c’est une discrimination à l’embauche »

Anne-Sophie Chazaud a dénoncé ici-même l’hypocrisie de ceux qui tentent de faire passer le port du voile islamique pour un signe de liberté ou de dignité, de cette gauche parisienne qui ne défend pas un élu de sa ville menacé de mort à Aurélien Taché, en passant par Yassine Belattar, dont l’ami Emmanuel Macron a dit : « Si parce que vous portez un foulard vous n’êtes pas embauchée, c’est une discrimination à l’embauche. C’est sanctionné par la loi, il faut le dénoncer. »

Monsieur le président, le 25 novembre 2017 vous aviez pourtant déclaré que l’égalité femmes-hommes était la « grande cause du quinquennat ». Suffit-il donc qu’une idéologie puisse se réclamer d’une religion pour qu’elle ait la préséance sur les « grandes causes » de la République ? Les arguments diffusés en faveur du port du voile, tels que « si quelqu’un te voit, il te respecte car il voit que tu te respectes toi-même » ou « tu ne te dégrades pas parce que tu es couverte et non nue », disent en creux le profond mépris dans lequel sont tenues les femmes non-voilées par les promoteurs du hijab.

Refuser l’affichage ostensible de ce mépris, qui foule aux pieds les fondements même de notre République, constitue-t-il une discrimination condamnable ?

Le hijab n’est pas une liberté

Contre les adversaires du voile, les accusations de racisme ne tardent jamais. C’est inacceptable. Le hijab n’est pas un héritage imposé comme la génétique, c’est un choix. Une décision personnelle qu’il faut donc personnellement assumer. On ne peut pas demander à quelqu’un de rendre des comptes sur ses origines. En revanche, on doit lui demander des comptes sur ses engagements choisis, et le port du voile en est un. Alors assez de mensonges !

Le droit de porter le hijab n’est en rien comparable au droit de ne pas le porter. Où, dans le monde, condamne-t-on une femme à 148 coups de fouets pour avoir défendu celles qui ont, dans la rue, ce morceau de tissu ? Cela seul suffit amplement à démontrer que ce n’est qu’un faux vêtement mais un véritable étendard obscurantiste ! Parler du hijab comme d’une liberté, c’est cracher au visage de celles qui ont été assassinées ou défigurées parce qu’elles l’avaient enlevé, c’est trahir ce qu’il peut y avoir de grand dans notre civilisation, et ceux qui, ici ou ailleurs, partagent cet idéal.

L’Occident n’est pas raciste lorsqu’il assume ses valeurs universalistes mais lorsqu’il les renie, car alors il abandonne les humanistes du monde entier comme si leurs origines les rendaient indignes des libertés dont lui-même prétend jouir.

« Donne-moi la liberté que je la tue. »

Je pense évidemment à Nasrin Sotoudeh, mais aussi à des intellectuels magnifiques de cette Algérie tourmentée, comme Boualem Sansal, Kamel Daoud ou Karim Akouche qui fait une remarquable analyse des événements actuels dans ce pays. Je pense en Tunisie à Yadh Ben Achour qui, comme jadis Abdelwahab Meddeb, donne la priorité à l’exigence éthique sur les prescriptions religieuses, et écrit : « La burqa est une croix gammée, une lapidation potentielle. Toutes deux sont porteuses d’un message clair : « Donne-moi la liberté que je la tue. » A moins d’accepter cette sentence de mort, un démocrate doit se défendre. La loi ne peut être conçue uniquement pour limiter le pouvoir démocratique. Elle doit le protéger contre ceux qui le haïssent. »[tooltips content= »La deuxième Fâtiha, l’islam et la pensée des droits de l’homme.« ]1[/tooltips] Je pense à Yasmine Mohammed au Canada, Maajid Nawaz en Angleterre, Ayaan Hirsi Ali de la Somalie aux Etats-Unis, Masih Alinejad de l’Iran au Royaume-Uni, Djemila Benhabib au Québec. Je pense à certains de nos concitoyens d’origine maghrébine qui sont devenus des gardiens de la République, comme Zineb El Rhazoui, Lydia Guirous, Majid Oukacha, Jeannette Bougrab, Naëm Bestandji, Zohra Bitan, Waleed Al-Husseini.

Ils sont la fleur qui pousse dans le désert malgré tout, ils sont la preuve que les ténèbres ne peuvent jamais totalement étouffer la lumière. Ils montrent que l’élan vers le Bien, le Beau et le Vrai peut jaillir au cœur de l’Homme même lorsque son environnement y est hostile. Leur courage admirable fait honte à l’abjecte lâcheté et au relativisme immoral de ceux qui, en Occident, renoncent à transmettre des libertés dont eux-mêmes ont hérité sans effort mais qu’ils doivent aux générations qui les ont défendues au prix du sang.

Dans ces incidents à répétition autour du hijab, qui touchent en réalité au cœur des droits des femmes et de la libre dignité de tous, les arguments de nos adversaires illustrent parfaitement ce contre quoi Yadh Ben Achour nous met en garde : « Donne-moi la liberté que je la tue. » Réagir est un impératif de survie, c’est aussi un devoir à la fois politique et moral. Et c’est un combat qui peut être gagné, l’affaire Décathlon l’a montré. Nous devons soutenir ceux qui le mènent en première ligne, et notre clameur doit être assez forte pour contraindre l’État à prendre, enfin, ses responsabilités.

Non, M. Macron, il n’est pas « inacceptable » de parler de « violences policières »

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©GIMMICK/SIPA / 00896923_000004

Emmanuel Macron n’accepte pas que, dans « un Etat de droit » comme le sien, l’on parle de « violences policières ». Les médias, le droit et les images ne sont pas d’accord avec lui…


Régis Portalez est un homme dangereux. Heureusement, le garde des Sceaux et le procureur du tribunal de grande instance de Paris, son relais répressif zélé, veillent et sont décidés à le mettre hors d’état de nuire.

Pensez donc, voilà quelqu’un qui a passé le concours de l’École Polytechnique et qui l’a réussi. Il a étudié quatre ans dans cette école pour en sortir muni de son prestigieux diplôme d’ingénieur. Pendant sa scolarité, et comme tous ses condisciples, il portait dans les cérémonies, officielles ou non, le fameux uniforme bleu foncé assorti du bicorne à cocarde avec l’épée au côté. Ce n’est pas un uniforme militaire, simplement une tenue civile que la tradition autorise à porter une fois l’école quittée, dans les occasions qui le méritent : cérémonies familiales, mariages, réunions d’anciens élèves…

Le défilé du 24 novembre

Il se trouve que Régis Portalez a été touché par le surgissement du mouvement des gilets jaunes, et qu’il a souhaité faire part de sa solidarité à cette France d’en bas et de sa gratitude. Parce que ce diplôme prestigieux, il le doit évidemment à son talent, mais aussi aux citoyens de ce pays qui l’ont financé. Il a trouvé logique de leur dire merci et quel meilleur moyen que de se rendre dans une de leurs manifestations, revêtu de cet uniforme si reconnaissable. On imagine aisément que sentimental, il a aussi pensé au précédent dont rend compte le célébrissime tableau de Delacroix, « La Liberté guidant le peuple », où apparaît sur la barricade le bicorne d’un de ses condisciples de 1848. Un peu tendu au départ il se demandait ce que serait l’accueil. Ce fut chaleureux, fraternel et reconnaissant pour ce message de si belle allure qui disait beaucoup.

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Que n’avait-il fait le malheureux ! Fraterniser avec la foule haineuse, oser dire à la France d’en bas qu’il n’y a qu’une seule France, exprimer une opinion politique contraire à celles d’Emmanuel Macron ? Mais Monsieur, non seulement c’est interdit, mais c’est une infraction pénale qui doit être réprimée sans pitié. Probablement immédiatement saisie, la direction de l’école fut sommée de sévir à l’encontre de quelqu’un avec lequel elle n’avait pourtant plus aucun lien juridique. En rupture avec la tradition, le nouveau président de l’X, récemment nommé par Emmanuel Macron, n’est pas issu de l’armée française, mais sans surprise d’un cabinet de conseil anglo-saxon. Tout occupé, paraît-il, à la confection d’un uniforme original pour lui, il n’aurait pas donné suite. Toujours au conditionnel, sévère rappel à l’ordre de la chancellerie par l’intermédiaire du procureur de Paris afin que l’école dépose une plainte pénale (!). Ce qui fut fait, et le parquet d’ouvrir immédiatement une enquête préliminaire et de faire convoquer le dangereux criminel par la police.

Le même procureur, vous savez celui qui donne consignes à ses services de se livrer à des détentions arbitraires et protège scrupuleusement les amis de Monsieur Macron comme le révélait récemment le Canard enchaîné, le même procureur donc, toujours soucieux de réprimer et d’intimider a trouvé une incrimination parfaitement inepte. Qu’à cela ne tienne, la fin justifie les moyens. Il s’agit de l’alinéa premier de l’article 433-14 dont la simple lecture démontre le caractère fantaisiste de l’accusation dans la mesure où l’uniforme des polytechniciens n’est pas réglementé par l’autorité publique.

Quand Macron fait oublier Poutine

Cela rappelle le sort fait à ce professeur d’université blanchi sous le harnais et convoqué, toujours à la demande du parquet, par une police agressive pour avoir qualifié sur Twitter les blindés utilisés par la gendarmerie contre les gilets jaunes de « matériel obsolète ». Nul doute que ses compétences techniques témoignaient de sa volonté d’aller chercher Emmanuel Macron à l’Élysée.

Tout ceci serait parfaitement ridicule dans un pays où, il faut le rappeler, près de 2 millions d’infractions par an avec auteurs connus font l’objet d’absence de poursuites sur décision du parquet. Mais ça ne l’est pas, parce que le symptôme de cette volonté exprimée sans fard par Emmanuel Macron lors de ses vœux du Nouvel An où il a fait comprendre qu’il ne se considérait pas comme le président de tous les Français et qu’il réprimerait sans mollir ce qu’il appelle la « foule haineuse ».

Et c’est comme cela que le Premier ministre vient triomphalement revendiquer devant l’Assemblée nationale un bilan de répression de masse inconnu depuis la guerre d’Algérie. Le 12 février, Edouard Philippe a déclaré : « Depuis le début de ces événements, 1796 condamnations ont été prononcées par la justice et 1422 personnes sont encore en attente de jugement […], plus de 1300 comparutions immédiates ont été organisées et 316 personnes ont été placées sous mandat de dépôt. » Ce bilan, qui s’est aggravé depuis lors, n’a pas pu être établi dans le respect des règles d’une justice normale, c’est matériellement impossible. Multiplication des procédures illégales, peines hors de proportion, incriminations fantaisistes ont été la norme pendant quelques semaines. En France on s’en est ému, à l’étranger aussi où la presse américaine a été jusqu’à dire qu’Emmanuel Macron allait faire oublier Poutine.

Les sans-dents d’Emmanuel Macron

Et c’est comme cela que cette répression judiciaire de masse a été précédée d’une répression policière de masse, émaillée d’un nombre invraisemblable de violences indignes d’un pays démocratique. L’utilisation de techniques policières, de matériels dangereux et de comportements ouvertement violents revendiqués comme tels ont abouti à un bilan humain catastrophique. Partout sur les réseaux on trouve des images qui en témoignent et provoquent l’inquiétude sur l’état des libertés publiques dans notre pays.

Et c’est comme cela qu’un président de la République, perdant tout bon sens, profère des phrases qui illustrent les dérives de ce pouvoir allant jusqu’à dire : « Il est inacceptable dans un État de droit de parler de violences policières ». Pardon ?

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Une « violence policière », c’est une violence commise par un policier dans l’exercice de ses fonctions, en violation du Code pénal et des règles qui organisent sa profession et ses interventions. Vis-à-vis du Code pénal, les violences ne sont pas traitées de la même façon si elles sont commises par un particulier ou par un policier. C’est le septième alinéa de l’article 222-13 du Code pénal qui aggrave les condamnations des violences commises : « Par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission ». Lorsque l’on voit sur des vidéos des violences incontestables et illégales, commises par des policiers en uniforme dans l’exercice de leurs fonctions, il est inacceptable de parler de « violences policières » ? Lorsque l’IGPN, organe républicain de contrôle de la police, enquête sur des « violences policières », c’est inacceptable ? Lorsque le parquet poursuit des policiers pour des faits commis en violation du Code pénal français, qui qualifie spécifiquement les « violences policières », c’est inacceptable ? Lorsque des juges d’instruction mettent en examen des policiers pour des violences commises en violation de l’article 221–5 du Code pénal, c’est inacceptable ? Lorsqu’un tribunal condamne des policiers en application de cet article, c’est inacceptable ? Lorsque la presse ou n’importe quel citoyen utilisent la liberté d’expression garantie par la Constitution et la Déclaration des droits de l’homme pour qualifier de « violences policières », les comportements violents et illégaux de policiers dans l’exercice de leurs fonctions, c’est inacceptable ?

Et ça fait rire les zozos…

Aurait-on perdu Emmanuel Macron ? En tout cas, lui n’a pas perdu le soutien obstiné de certains journalistes comme en témoigne ce « débat » où quatre d’entre eux crient au complot, certains allant jusqu’à insulter l’ancienne présidente chilienne, Michelle Bachelet, élégamment accusée d’avoir « fumé la moquette », alors que comme haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme elle fait son devoir en s’inquiétant, comme d’autres institutions internationales d’ailleurs, des dérives de la répression en France. Pour ces gens-là, faire son devoir et dire la vérité ne peut avoir pour origine qu’un complot concocté avec Maduro et, tant qu’à faire, Fidel Castro et Che Guevara. Au point où on en est, pourquoi se gêner ?

Ce qui est curieux, c’est que pour ma part je suis aussi très inquiet des dérives liberticides que connaît notre pays présidé par Emmanuel Macron. Et je le dis. Je n’ai pourtant pas organisé de complot avec Nicolas Maduro.

Ce doit être par ce que je n’ai pas son numéro de portable.

« OUIbot », le robot de la SNCF qui devrait faire grève plus souvent

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©D.R.

La SNCF a trouvé un nouveau moyen de nous pourrir la vie: « OUIbot », son outil d’aide à la réservation sur Internet. L’assurance de ne pas arriver à destination. 


Avez-vous récemment acheté des billets de train sur internet ? Depuis quelques semaines, sur le site Oui.sncf, un robot apparaît et dès que vous avez le malheur de cliquer sur sa face ronde, il s’invite plein pot sur votre écran : « Pour trouver votre train, je suis le chatbot de la situation ! C’est parti ! » Nous voilà mis dans l’ambiance.

« Serait-ce de l’hostilité que je perçois ? »

Si vous cédez à ses avances, ce petit génie d’intelligence artificielle passe au tutoiement et adopte le ton doucereux du pédophile en goguette près d’une sortie d’école : « Hello, je suis OUIbot, ton assistant de voyage. Avec moi, une phrase suffit pour trouver ton train ! » Le tutoiement est de rigueur.

Mettons que vous cherchiez un Paris-Bordeaux. La réponse sera : « OK Paris-Bordeaux. Quand veux-tu y aller ? » Même si vous en avez ras-la-casquette de cet automate qui vous parle comme à un demeuré, ne vous avisez pas de lui envoyer des noms d’oiseau… sinon panpan cul-cul : « Serait-ce de l’hostilité que je perçois ? Souhaitez-vous être mis en relation avec un conseiller ? » Rien de tel pour décourager les victimes du syndrome Gilles de La Tourette. À moins de balancer souris et clavier ou de jeter son smartphone de rage, pas facile de faire décamper OUIbot. Malheureusement pour nos nerfs, le bougre ne fait jamais grève !

Brexit: Messieurs les Anglais, sortez les premiers!

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brexit theresa may royaume uni
Manifestation pro-Brexit, mars 2009, Londres. Auteurs : Rob Pinney/LNP/REX/Shutterstock/SIPA; Numéro de reportage : Shutterstock40700354_000005;

Après trois ans de tergiversations entre Britanniques et Européens, la moins mauvaise des attitudes serait d’enclencher un Brexit sans accord dès le 29 mars. Tribune.


Après avoir rejeté mardi le compromis de Theresa May, et rejeté mercredi le « no deal Brexit » (Brexit sans accord), les parlementaires britanniques devraient sauf surprise voter ce jeudi pour un « rallongement du délai de sortie », initialement prévu le 29 mars. Sans que l’on sache bien à quoi servirait ce nouveau délai. Ou plutôt si. L’intention, à peine cachée, de Theresa May est de présenter la tenue d’un nouveau référendum comme la seule issue politique possible au casse-tête du Brexit.

Tant pis pour la casse

Ce nouveau délai devrait alors être approuvé, ou non, par les partenaires européens du Royaume-Uni, lors du Sommet européen des 21 et 22 mars prochain. Quelle doit être l’attitude des Européens dans ce dossier ? Et quelle devrait être l’attitude de la France ? Nous pensons que la moins mauvaise des attitudes serait de refuser ce délai d’une voix claire et forte, et d’enclencher ainsi un « no deal Brexit » dès le 29 mars prochain.

Bien entendu, un « no deal Brexit » ferait de la casse, principalement économique. D’abord pour les Britanniques, mais également pour les Européens. Mais tenir un nouveau référendum ferait encore plus de casse, sur le plan politique, au niveau européen. Car ce serait attester du caractère antidémocratique de l’Union européenne. Et c’est tout le contraire dont nous avons besoin, à quelques semaines des élections au Parlement européen. A l’heure où l’on donne des leçons de démocratie au pouvoir algérien en s’offusquant – à raison – de la prolongation du mandat de Bouteflika face à la colère du peuple algérien, il serait bon de montrer que l’on respecte, en Europe, la volonté du peuple lorsqu’il s’exprime dans les urnes. La France a d’autant plus de responsabilité dans ce dossier que nous sommes responsables du passage en force sur la Constitution européenne, repassée par la fenêtre lorsque le peuple français avait fermé la porte lors du référendum de 2005.

Pas de nouveau référendum

Organiser un nouveau référendum au Royaume-Uni enverrait le message suivant aux peuples européens: « Vous n’avez pas le choix ». Vous n’avez plus de souveraineté. Vous ne pouvez pas décider de rester ou non dans l’Union européenne. Mais vous ne pouvez pas non plus décider de l’orientation de l’Union européenne. On voit tout de suite à qui profiterait ce message.

Or nous avons besoin d’Europe. Pour répondre collectivement aux défis économiques, migratoires, écologiques du XXIe siècle. Pour y répondre dans le respect des peuples européens, de leur identité, de leurs volontés.

Il faut donc mettre les décideurs britanniques et européens devant leurs responsabilités. Car enfin, le vote du Brexit date du 23 juin 2016. Bientôt trois ans. Qu’ont-ils fait depuis ? Britanniques et Européens, au lieu de préparer avec responsabilité une sortie ordonnée des Britanniques de l’Union européenne, n’ont fait que gagner du temps et entretenir des positionnements politiciens. L’organisation des votes cette semaine n’est que la dernière illustration de cette pathétique politique politicienne. Logiquement, Theresa May aurait dû organiser un seul vote, et non pas trois. Un vote unique demandant aux députés de choisir entre son compromis et le no deal. Mais non. En organisation trois votes, le Premier ministre britannique ne laissait possible que le choix du report, et donc d’un nouveau référendum. Les Européens ne doivent pas rentrer dans ce jeu, mais au contraire mettre les Britanniques devant leurs responsabilités.

Trois ans de perdus

Cela fait trois ans que Britanniques et Européens savent que le temps manque pour organiser de nouveaux traités de libre-échange, de libre circulation des travailleurs, pour trouver une solution sur la frontière irlandaise. En trois ans, personne n’a réellement avancé de solutions sérieuses et acceptables par tous.

Alors, nous souhaitons que le 29 mars, le Royaume-Uni sorte de l’Union européenne. Cela créera des difficultés. Les ports des deux côtés de la Manche seront engorgés. De nombreux acteurs économiques verront leurs échanges entre le Royaume-Uni et l’UE fortement perturbés. Cela provoquera des pertes d’emplois et une perte de croissance. Mais inutile de « jouer sur les peurs », comme on dit dans d’autres circonstances. L’économie britannique ne s’est pas effondrée depuis le vote du Brexit, contrairement à ce que prétendait la propagande de l’époque. Et elle ne s’effondrera pas en cas de « no deal ». Le pragmatisme des Britanniques trouvera des solutions au pied du mur. On entend d’ores et déjà des voix qui proposent d’exempter les produits européens de droit de douane en cas de no deal. On évoque la solution « à la norvégienne » pour le Royaume-Uni. Les solutions pour traiter la frontière irlandaise existent, par exemple en s’inspirant de l’exemple suisse ; il existe bien une frontière entre la Suisse et l’UE, sans que celle-ci empêche chaque jour des frontaliers français de venir travailler en toute fluidité chez nos voisins helvètes. Pour tous les sujets, des solutions concrètes existent.

Refusons donc le « chantage au chaos économique » qu’on nous impose. Respectons le vote des Britanniques. Et laissons-les sortir de l’UE. Mais messieurs les Anglais, à vous de jouer : sortez les premiers !


« Il y a dix ans, ce n’était pas possible d’être homosexuel et musulman »

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Ludovic-Mohamed Zahed, 2012. ©V. WARTNER/20 MINUTES/SIPA / 00647145_000001

Musulman et homosexuel, Ludovic-Mohamed Zahed a ouvert en 2012 à Vincennes la première mosquée « inclusive » d’Europe. Ce docteur en sciences humaines et sociales de 42 ans appelle à une réforme de l’islam.


Alexis Brunet. Âgé de 17 ans, vous quittez l’Algérie, où vous avez étudié les sciences islamiques avec des salafistes, pour aller vivre à Marseille. Vous vous cherchez un peu puis allez rejeter totalement l’islam pendant plusieurs années…

Ludovic-Mohamed Zahed. Oui, je me suis cherché pendant deux ans, j’essayais de vivre à la fois l’islam et mon homosexualité. Mais c’était une torture, car le seul islam que je connaissais était un islam homophobe et la seule identité gay que je connaissais était islamophobe. J’ai donc lâché l’islam pendant sept ans. Et me suis intéressé plus tard au bouddhisme…

Vous faites alors un pèlerinage au Tibet où, comme vous l’écrivez dans votre livre Le Coran et la chair, vous finissez « par comprendre que homophobie et misogynie peuvent être partout ».

Tout à fait. Je discute avec des bouddhistes qui me disent qu’un jour les femmes seront des hommes dans d’autres vies, et peut-être même des Bouddhas. J’ai découvert que c’était similaire à l’interprétation du Coran. Et c’est ce qui m’a permis de revenir à ce dernier. C’est là que je me suis rendu compte que beaucoup de préjugés sont imposés sous couvert de religiosité mais ne dépendent en fait pas de l’héritage religieux, ils sont plutôt de l’ordre culturel, sociologique.

Le Coran ne condamne pas les sexualités non reproductives ?

Non, dans le Coran, il n’y a pas un mot sur l’homosexualité. Le peu de fois où le Coran parle de sexualité, c’est plutôt une sexualité de jouissances et de libertés : « Cultivez votre jardin [sexuel] comme bon vous semble […] Chacun a été créé selon son genre ». Quand on retourne au texte, on se rend compte que le prophète Mahomet a accueilli chez lui des personnes efféminées ou homosexuelles. Ces hadiths, on n’en parle pas, moi j’en parle. Deux compagnons du prophète étaient connus pour être des menteurs, et même des voleurs. Abu Huraya fut un compagnon qui s’est converti deux ans avant sa mort, et qui a rapporté plus de hadiths que tous ses compagnons qui ont connu le prophète depuis son enfance. Aïcha, la femme de Mahomet, l’a traité de menteur et de mysogine. Une fois qu’on a compris ça, que l’islam n’est pas réifié, que ce qui compte dans le Coran c’est ce qu’on en fait éthiquement parlant, on a bien avancé.

Quand même, selon une étude de l’institut allemand W2B, effectuée auprès de 9000 personnes et publiée en 2013, plus de 55 % des musulmans d’Europe ne voudraient pas avoir d’ami homosexuel, contre 12 % chez les chrétiens. Par ailleurs, les 7 pays qui condamnent à mort l’homosexualité (Mauritanie, Nigéria, Soudan, Somalie, Arabie saoudite, Iran, Yémen) sont tous des sociétés islamiques. N’y a-t-il pas un malaise profond au sein de l’Islam par rapport à la question de l’homosexualité ?

Vous me citez des pays arabes en crise où il y a peu d’éducation et beaucoup d’analphabétisme. Les statistiques que vous donnez sont intéressantes. Si vous prenez le cas de l’Indonésie, vous vous rendez compte qu’ils n’ont pas ces problèmes-là. Dans la province du sud-ouest, sur une île pauvre, vous avez des salafistes. Il y a des tensions identitaires pour savoir s’ils sont occidentaux ou plutôt du côté de l’arabité rigoriste. N’a-t-on pas ce débat aussi en Europe avec la montée des nationalismes ? Ce n’est pas un problème islamo-islamique, c’est un problème identitaire lié à la globalisation.

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Par ailleurs, si vous prenez des statistiques très claires datant de l’année dernière sur les Etats-Unis, vous vous apercevez que plus de 50 % des musulmans locaux sont pour le mariage gay. C’est donc une question d’éducation et d’émancipation économique. Quand les gens sont bien dans leur peau et gagnent bien leur vie, ils ne vont pas chercher à savoir qui couche avec qui dans le bâtiment d’à côté. Sociologiquement, le musulman type des Etats-Unis est très différent du musulman type d’Europe. Le niveau d’éducation est un facteur très important. Quant à la criminalisation de l’homosexualité, l’Ouganda, qui n’est pas un pays musulman, la criminalise aussi. Ces régimes totalitaires promeuvent ces lois contre les femmes et contre les homosexuels pour tenir la population et garder le pouvoir. Tout cela tient avant tout du politique, de la sociologie, et a très peu à voir avec la spiritualité.

Dans votre livre, après avoir raconté votre pèlerinage à la Mecque, vous dites justement que « la religion est un idéal trop souvent dévoyé ».

C’est vrai. « Islam » veut dire paix. C’est là une forme grammaticale qui fait référence à une dynamique de remise en question. Ceux qui disent que l’islam c’est la paix mais veulent en même temps punir ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, font du fascisme vert, comme il y a eu un fascisme brun et un fascisme rouge. Première étape de ce fascisme, l’identification au chef. Ensuite, le renforcement des frontières du groupe. Troisième étape, surveiller et punir. Quatrième étape, la guerre civile. Cette dynamique fasciste, à l’œuvre aujourd’hui dans certains pays du monde arabe, est la même que celle qui a eu lieu en Allemagne après la Première Guerre mondiale, puis en Chine, au Cambodge.

Vous pensez l’islam compatible avec les droits des femmes et des LGBT que vous défendez ?

Plus que ça. Je ne pense pas seulement que l’islam est compatible avec ces valeurs, je pense que l’islam est là pour promouvoir l’égalité, la paix entre tous, la paix intérieure envers nous-mêmes. A une certaine époque, sans non plus idéaliser le passé, l’islam a déconseillé l’esclavage, a déconseillé la polygamie, a donné des droits aux femmes. L’islam n’est pas descendu du ciel en une nuit ex-nihilo, il a été le produit d’une culture, d’un contexte historique. L’islam a été révolutionnaire au sens où il a fait reposer les dynamiques sociales sur le bien être des individus. Ce n’était évidemment pas un système parfait, il était fait d’essais et d’erreurs. Le prophète Mahomet lui-même a fait des erreurs, le Coran le dit. On trahit l’islam qu’on dit vouloir défendre si on veut l’appliquer à la lettre. Il a quand même fallu quatre siècles pour que l’Egypte devienne musulmane. De fait, ce n’était pas un système fasciste imposé à la population.

En 2012, vous avez ouvert à Vincennes la première mosquée dite « inclusive » (ouverte à tous, notamment aux homosexuels) d’Europe. Abdallah Zekri, à l’époque président de l’Observatoire national contre l’islamophobie, avait estimé que ce projet était « une aberration, parce que la religion ce n’est pas ça ». Le recteur de la Grande Mosquée de Paris Dalil Boubakeur s’était aussi prononcé contre. Avez-vous reçu des soutiens d’intellectuels de confession musulmane ?

Bien sûr, nous avons reçu beaucoup de soutien. Entre autres d’Abdennour Bidar en France, Asma Lamrabet au Maroc, Kecia Ali, professeur à l’université de Boston, Ani Zonneveld, présidente des musulmans progressistes nord-américains. Les recteurs des grandes mosquées institutionnelles sont pieds et poings liés avec des pouvoirs arabes qui, encore aujourd’hui, sont déstabilisés, on le voit en Algérie, parce que la population n’en peut plus. Ces gens-là sont la caution du fascisme vert. L’islam politique est là pour tenir le peuple. En Algérie, il y a une expression pour décrire cet islam politique : « La prière de celui qui se tient debout juste pour les fêtes et pour la prière du vendredi ». Aujourd’hui, cet islam politique se retourne contre ses défenseurs, car ils ont produit une génération qui a pris toute l’idéologie qu’ils leur avaient enseignée au pied de la lettre. Cet islam politique n’est ni la faute de l’Occident ni celle des musulmans. Il est né dans un contexte de panarabisme d’où viennent les gens qui ont condamné notre mosquée. Pour eux, la mosquée est un des centres du pouvoir.

Certaines voix, comme celle de Tariq Ramadan, assuraient que cette mosquée avait un côté extracommunautaire…

C’est ridicule. Ils sont les premiers à vous exclure et ils vous disent après que vous ne devez pas proposer d’alternative à leur pratique de l’islam.

Avez-vous constaté une évolution positive depuis ces dix, quinze dernières années?

Oui, c’est le jour et la nuit. Il y a dix ans, ce n’était pas possible d’être homosexuel et musulman. Aujourd’hui, on en discute. Les tenants actuels de l’islam ont compris, du moins en Europe, qu’ils devront s’adapter s’ils ne veulent pas disparaître. Je pense que ces institutions ont en eux les germes de leur disparition. On n’aura pas à faire grand-chose pour qu’elles s’effondrent d’elles-mêmes. Elles vont être de plus en plus déconnectées de la réalité que vivent les populations musulmanes, y compris en Egypte ou en Algérie, donc elles vont tomber.

Vous n’avez pas l’air inquiet.

On a reçu des menaces mais surtout des encouragements de la part de musulmans. Je suis optimiste, même s’il faut être prudent.

Dans votre livre, vous appelez à une « réforme dogmatique de l’islam ». Qu’entendez-vous par là ?

C’est ce qu’ont fait les juifs, c’est ce qu’ont fait les chrétiens 1400 ans après l’avènement du christianisme, c’est ce que sont en train de faire les musulmans. Des anthropologues disent qu’une civilisation se dogmatise 300 ans après son apparition et se réforme 1500 ans après son apparition. On ne sait pas exactement pourquoi, mais c’est un cycle naturel, organique. L’humanité est comme un être vivant. Cet organe qu’on appelle l’islam est en train de se réformer pour s’adapter. S’il ne le fait pas, il va disparaître. Au début, l’islam n’était pas une religion séparatiste. Il y avait un aspect œcuménique. Quand on voit les premiers versets du Coran à la Mecque, on se rend compte que les premiers musulmans essayaient vraiment de discuter. Ils discutaient de la Bible, de la Torah. Ils s’intéressaient avant tout au divin.

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Le coran et la chair

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Réponse à ceux qui doutent du changement climatique

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Manifestation pour le climat à Stockholm, durant une réunion du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), 27 septembre 2013. ©Jonathan Nackstrand/AFP

De l’avis unanime des scientifiques, l’activité humaine accélère le réchauffement climatique. Même si les températures sur le globe ont toujours varié, l’actuelle croissance des gaz à effet de serre est inédite. La vie des générations futures s’en trouvera irréversiblement affectée. 


Le changement climatique est déjà une réalité. La hausse des températures pratiquement partout dans le monde est très probablement liée à l’augmentation des concentrations atmosphériques des gaz à effet de serre, dioxyde de carbone en tête, mais aussi méthane et protoxyde d’azote. Contrairement à ce qui se lit ici ou là, la physique de l’effet de serre est parfaitement comprise et la hausse des températures observée est en bon accord avec cette physique. D’ailleurs, les premières simulations climatiques publiées à la fin des années 1980 par James Hansen anticipaient une hausse des températures tout à fait conforme à ce que l’on observe.

Le climat a toujours changé, mais…

Certains objectent que le climat a toujours varié. C’est parfaitement exact. La Terre a alternativement connu des épisodes plus chauds et plus froids. Ainsi, il y a vingt mille ans, à l’époque des grottes de Lascaux, la température moyenne de la Terre était de cinq degrés plus froide qu’aujourd’hui. Le territoire de l’actuel Canada était alors recouvert de trois kilomètres de glaces et les Alpes formaient un immense glacier dont les ramifications coulaient jusqu’à Lyon. Le niveau des mers culminait 140 mètres plus bas qu’aujourd’hui. On voit donc que, pour la Terre, quelques degrés impliquent des modifications considérables du climat, des distributions de glace, végétation et espèces animales. Les changements « naturels » du climat sont liés aux caractéristiques de l’orbite de la Terre, à la tectonique qui modifie les reliefs et la distribution des continents, à la composition atmosphérique qui a pu être influencée par le développement du vivant, ou à la puissance du soleil. Toutes ces causes entraînent des modifications du climat infiniment plus lentes que le changement climatique actuel dont la cause est anthropique. Ainsi, on est passé du climat « froid » d’il y a vingt mille ans à un climat semblable à celui d’aujourd’hui en environ dix mille ans. On anticipe des changements de même ampleur sur le prochain siècle.

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Sur le dernier siècle, la Terre s’est déjà échauffée d’environ un degré, l’essentiel de ce réchauffement datant des années 1970. Le réchauffement va très certainement se poursuivre puisque la croissance des gaz à effet de serre dans l’atmosphère continue à un rythme inchangé, voire croissant.

Les jours d’après

Les climatologues alertent donc sur les changements qu’ils anticipent et de leurs conséquences sur nos sociétés. Même si nous nous adaptons à des variations saisonnières de température de plusieurs dizaines de degrés, un changement de température moyenne d’un degré affectera la biodiversité. Surtout, les changements de température induisent des modifications de la circulation atmosphérique et du régime des précipitations. Il est certain que la pluviométrie va évoluer dans le cadre du changement climatique. Or, les sociétés humaines, de même que la biodiversité, sont adaptées à un certain niveau de précipitation. Toute modification significative, à la hausse comme à la baisse, perturbera cette adaptation.

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Certes, alors que des hausses de température sont anticipées pratiquement partout avec une bonne fiabilité, il reste de fortes incertitudes sur l’évolution des précipitations dans de nombreuses régions. Les simulations donnent en effet des résultats différents. Aussi ma compréhension des mécanismes du climat doit-elle progresser sur cet aspect, ce qui nécessite un effort de recherche. De même, l’évolution des événements extrêmes reste incertaine. On sait qu’une atmosphère plus chaude contient plus d’énergie. On peut donc s’attendre à des événements météorologiques plus violents bien que leur nature et leur localisation exactes restent indéterminées.

Le changement climatique, c’est maintenant !

En fin d’année 2018, le GIEC a publié le rapport spécial « 1,5 degré », commandé par les États lors de la conférence de Paris, fin 2015. L’objet du rapport était de dresser un état des lieux scientifique des impacts d’un climat à 1,5 ou 2 degrés plus chaud qu’à l’époque préindustrielle, et des trajectoires possibles pour y arriver. Le rapport montre qu’il y a des différences significatives entre les deux situations, qu’une augmentation de température supérieure à 1,5 degré n’est pas encore certaine du fait des concentrations atmosphériques déjà atteintes. Ce document explique aussi qu’une stabilisation du climat à ce niveau demande à l’ensemble des États des efforts énormes qui doivent être entrepris très rapidement.

L’étude indique par ailleurs que la lutte contre le changement climatique pourra avoir d’importantes retombées positives, en particulier sur la santé et la biodiversité. Il est donc encore possible de stabiliser le climat à un niveau auquel il sera possible de s’adapter presque partout dans le monde. Rappelons aussi que, même si on stabilise les températures, le niveau des mers va poursuivre sa montée pendant plusieurs siècles et qu’une hausse de plusieurs mètres est quasi certaine. Ainsi, certaines régions côtières sont, à terme, déjà condamnées. Plus généralement, les « générations futures » devront s’adapter au changement climatique provoqué par leurs ancêtres. L’enjeu est donc de limiter ce changement.

Le changement de société aussi

Cependant, si limiter le changement est possible, les modifications de société qu’il nécessite seront considérables. Il ne suffira pas de mettre les appareils électriques en veille et de placer les camions sur des trains. Il faudrait notamment laisser dans le sous-sol une grosse partie des combustibles fossiles, pourtant immensément utiles à nos sociétés.

Certes, la recherche sur le climat reste nécessaire afin de mieux anticiper les changements climatiques inéluctables, et ainsi pouvoir mieux s’y adapter. Cependant, le constat scientifique du changement climatique, de ses causes et de ses effets est largement assez probant pour que des mesures à la hauteur de ces immenses enjeux soient prises.

On n’entend pas M. Belattar parler de la « dignité » des femmes qui ne veulent pas porter le voile

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Yassine Belattar, Nasrin Sotoudeh ©STEPHANE ALLAMAN/SIPA - Arash Ashourinia/AP/SIPA (00810392_000044 - AP22310034_000001)

Ceux qui, en France, se félicitaient du choix de Décathlon de commercialiser un « hijab de running » n’ont pas bronché en apprenant la très lourde condamnation de l’avocate iranienne Nasrin Sotoudeh, défenseur des femmes qui ont refusé de porter le voile. 


Tandis qu’en France les zélateurs islamo-gauchistes du voile islamique s’en donnent à cœur joie sitôt que l’occasion leur en est donnée, le tribunal révolutionnaire de Téhéran a célébré à sa manière la Journée internationale des Droits des Femmes en condamnant l’avocate de renommée mondiale Nasrin Sotoudeh à 38 ans de prison et 148 coups de fouet.

A fond la liberté des femmes ?

Cette femme, ardente militante des droits humains, lauréate du prix Sakharov en 2012, est devenue l’une des figures de proue du mouvement qui agite depuis 5 ans l’Iran de révolte des femmes contre le port du voile islamique obligatoire. Elles sortent dans la rue, s’affichent sans voile, se photographient, postent les clichés sur les réseaux sociaux et risquent leur liberté, et parfois leur vie pour cela. Elles sont les combattantes modernes de la liberté face à l’oppression pour le monde entier. Amnesty International s’est immédiatement indigné contre cette condamnation « scandaleuse ».

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En France, curieusement, on n’entend pas trop les réactions de ceux qui ont pris pour parti de relativiser la grave question de liberté et d’égalité hommes-femmes posée par ce vêtement qui, contrairement à ce qu’ils affirment d’année en année, n’est pas un bout de tissu comme un autre, n’est pas une mode comme une autre, et n’a que peu de rapport avec la liberté puisque, partout où l’islamisme triomphe, son port devient obligatoire et son non-port devient un motif de grave oppression, voire de châtiment parfois mortel.

On n’a pas entendu les responsables de Décathlon qui, il y a quelques jours encore, considéraient que commercialiser le « hijab de running » n’était qu’une libérale adaptation aux besoins du marché et, surtout, un outil de liberté pour les femmes qui souhaitaient s’en revêtir. Il conviendrait d’ailleurs de demander aux jeunes femmes iraniennes actuelles ce qu’elles pensent de leurs aînées « révolutionnaires » et adoratrices de l’Ayatollah Khomeiny à cause desquelles elles sont désormais obligées de se battre et d’aller en prison subir les pires tortures pour reconquérir la liberté dont précisément leurs aînées fanatiques les ont privées. Il est d’ailleurs à ce titre possible d’imaginer que les filles de celles qui se font les figures de proue de l’islam politique aujourd’hui en Occident subiront la même désapprobation dans une ou deux générations de la part de leurs filles qui se révolteront contre elles.

C’est le père Belattar qui a perdu son chat…

On n’a pas entendu non plus Monsieur Belattar, l’ami du président et son célèbre conseiller banlieue (pour une raison mystérieuse qui continue d’échapper), lui qui participait au gala du CCIF en 2015 (ce qui d’ailleurs est son droit le plus absolu), organisation réputée proche des Frères musulmans. Monsieur Belattar qui, au lendemain de l’affaire du « hijab de running » de Décathlon, invitait théâtralement à organiser un grand rassemblement place de la République à Paris qu’il proposait sans honte de rebaptiser pour cette occasion « place de la Dignité » (dignité du hijab, donc), dans un curieux élan de paranoïa aigüe : « Dignité. C’est tout ce qu’il nous reste [c’est qui, « nous » ?]. Vous [c’est qui « vous » ?] pouvez prendre nos appartements, nos maisons, nos voitures, nos chiens, nos chats, mais notre dignité, c’est non… »

Alors, on ignore tout à fait qui souhaite s’emparer du chat de Monsieur Belattar sur l’air de la Mère Michel, mais en revanche, on constate que l’indignation et l’appel à la dignité et à la défense des femmes musulmanes qui refusent le port du voile islamique et qui, pour cela sont condamnées à 38 ans de prison et 148 coups de fouet, ne semblent bizarrement pas engendrer le même élan mobilisateur. Etrange. Il est pourtant bien question de Dignité, là, pour un coup.

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On n’entend pas, non plus, Monsieur Taché, le consternant élu LREM du Val d’Oise aux comparaisons plus que douteuses, qui refuse de condamner le voilement islamique des fillettes. On aurait pourtant bien envie de savoir s’il connaît beaucoup de femmes catholiques de par le monde qui sont condamnées à 38 ans de prison et 148 coups de fouet pour avoir refusé de porter un serre-tête dont on ignorait, par ailleurs, qu’il constituât un signe de soumission religieuse non plus qu’un signe de soumission de la femme à l’homme. Marlène Schiappa elle-même avait été très claire en rappelant les évidences : « Aucune femme dans le monde ne sera lapidée parce qu’elle ne porte pas un serre-tête ». L’avis éclairé de Monsieur Taché, hélas, manque sur cette question.

On ne blasphème pas contre les défenseurs du voile

On n’entend pas non plus l’indignation des lyncheurs qui, depuis quelques jours, intimident l’élu (Ville de Paris, ex LR)-chroniqueur de l’émission « Les Terriens du Dimanche » de Thierry Ardisson, Pierre Liscia, victime de menaces de mort. Son crime ? Avoir clairement manifesté sa désapprobation face à Rachid Nekkaz, l’homme d’affaires franco-algérien notamment connu pour payer les amendes de femmes condamnées pour port du voile intégral. Le débat est resté courtois, des deux côtés d’ailleurs, mais l’opposition exprimée très clairement par Pierre Liscia : « Vous cautionnez toutes les dérives de l’islamisme radical en France, vous les incitez. Vous êtes un proche ami de Tariq Ramadan, vous avez d’ailleurs manifesté pour sa libération. Vous vous targuez d’être proche des milieux islamistes et de pouvoir leur parler. Moi je ne vous serre pas la main. Je pense que si vous êtes l’alternative à Bouteflika en Algérie, je suis très inquiet pour eux. »

Normalement, dans un pays démocratique où la liberté d’expression a encore un sens, Pierre Liscia devrait avoir le droit d’exprimer cette opinion (du reste pleine de bon sens), tout comme d’ailleurs Rachid Nekkaz a le droit d’avoir toutes les sympathies islamistes qu’il souhaite tant qu’il s’en tient au respect de la loi française. Pourtant, les lyncheurs semblent avoir quelque mal avec ce concept de liberté d’expression, eux d’habitude si prompts à invoquer la société inclusive et le respect des différences : s’ils commençaient par le respect des gens qui ne pensent pas comme eux, les mots auraient peut-être de nouveau un sens dans cette véritable guerre culturelle d’intimidation.

De la dignité des femmes iraniennes

On ne les entend pas non plus, les procureurs des Internet, habituellement si prompts à prendre position sur les questions liées à l’islam, les zélateurs islamo-gauchistes qui ont pris, comme en chaque époque où un choix doit être fait entre la lutte pour le progrès, la liberté, la dignité, et la collaboration avec l’obscurantisme et l’oppression, la défense sans équivoque de ce versant obscur (ce qui, après tout, est leur droit, comme c’est le mien de les juger pour cela). On aimerait pourtant savoir ce qu’ils pensent de cette sentence, eux qui sont si prompts à s’en prendre aux femmes qui osent, en pays (encore un peu) libre, tenir un discours opposé au voile islamique, comme le subit jour après jour une femme comme Zineb El Rhazoui, ancienne journaliste de Charlie Hebdo et précisément menacée de mort en raison de ses propos sur l’islam et de son opposition au voile islamique. Peut-être pensent-ils que la sentence est encore un peu légère, qui sait… ou si lointaine, mon Dieu, c’est si loin l’Iran et « comment peut-on être Persan » pour ces indignés de salons… ? Ce qui sera pour eux l’occasion d’en ricaner dans quelque Ligue du Lol dont ils ont le secret.

L’indignation, tout comme la dignité, semblent être pour certains à géométrie bien variable.