Après trois ans de tergiversations entre Britanniques et Européens, la moins mauvaise des attitudes serait d’enclencher un Brexit sans accord dès le 29 mars. Tribune.


Après avoir rejeté mardi le compromis de Theresa May, et rejeté mercredi le « no deal Brexit » (Brexit sans accord), les parlementaires britanniques devraient sauf surprise voter ce jeudi pour un « rallongement du délai de sortie », initialement prévu le 29 mars. Sans que l’on sache bien à quoi servirait ce nouveau délai. Ou plutôt si. L’intention, à peine cachée, de Theresa May est de présenter la tenue d’un nouveau référendum comme la seule issue politique possible au casse-tête du Brexit.

Tant pis pour la casse

Ce nouveau délai devrait alors être approuvé, ou non, par les partenaires européens du Royaume-Uni, lors du Sommet européen des 21 et 22 mars prochain. Quelle doit être l’attitude des Européens dans ce dossier ? Et quelle devrait être l’attitude de la France ? Nous pensons que la moins mauvaise des attitudes serait de refuser ce délai d’une voix claire et forte, et d’enclencher ainsi un « no deal Brexit » dès le 29 mars prochain.

Bien entendu, un « no deal Brexit » ferait de la casse, principalement économique. D’abord pour les Britanniques, mais également pour les Européens. Mais tenir un nouveau référendum ferait encore plus de casse, sur le plan politique, au niveau européen. Car ce serait attester du caractère antidémocratique de l’Union européenne. Et c’est tout le contraire dont nous avons besoin, à quelques semaines des élections au Parlement européen. A l’heure où l’on donne des leçons de démocratie au pouvoir algérien en s’offusquant – à raison – de la prolongation du mandat de Bouteflika face à la colère du peuple algérien, il serait bon de montrer que l’on respecte, en Europe, la volonté du peuple lorsqu’il s’exprime dans les urnes. La France a d’autant plus de responsabilité dans ce dossier que nous sommes responsables du passage en force sur la Constitution européenne, repassée par la fenêtre lorsque le peuple français avait fermé la porte lors du référendum de 2005.

Pas de nouveau référendum

Organiser un nouveau référendum au Royaume-Uni enverrait le message suivant aux peuples européens: « Vous n’avez pas le choix ». Vous n’avez plus de souveraineté. Vous ne pouvez pas décider de rester ou non dans l’Union européenne. Mais vous ne pouvez pas non plus décider de l’orientation de l’Union européenne. On voit tout de suite à qui profiterait ce message.

Or nous avons besoin d’Europe. Pour répondre collectivement aux défis économiques, migratoires, écologiques du XXIe siècle. Pour y répondre dans le respect des peuples européens, de leur identité, de leurs volontés.

Il faut donc mettre les décideurs britanniques et européens devant leurs responsabilités. Car enfin, le vote du Brexit date du 23 juin 2016. Bientôt trois ans. Qu’ont-ils fait depuis ? Britanniques et Européens, au lieu de préparer avec responsabilité une sortie ordonnée des Britanniques de l’Union européenne, n’ont fait que gagner du temps et entretenir des positionnements politiciens. L’organisation des votes cette semaine n’est que la dernière illustration de cette pathétique politique politicienne. Logiquement, Theresa May aurait dû organiser un seul vote, et non pas trois. Un vote unique demandant aux députés de choisir entre son compromis et le no deal. Mais non. En organisation trois votes, le Premier ministre britannique ne laissait possible que le choix du report, et donc d’un nouveau référendum. Les Européens ne doivent pas rentrer dans ce jeu, mais au contraire mettre les Britanniques devant leurs responsabilités.

Trois ans de perdus

Cela fait trois ans que Britanniques et Européens savent que le temps manque pour organiser de nouveaux traités de libre-échange, de libre circulation des travailleurs, pour trouver une solution sur la frontière irlandaise. En trois ans, personne n’a réellement avancé de solutions sérieuses et acceptables par tous.

Alors, nous souhaitons que le 29 mars, le Royaume-Uni sorte de l’Union européenne. Cela créera des difficultés. Les ports des deux côtés de la Manche seront engorgés. De nombreux acteurs économiques verront leurs échanges entre le Royaume-Uni et l’UE fortement perturbés. Cela provoquera des pertes d’emplois et une perte de croissance. Mais inutile de « jouer sur les peurs », comme on dit dans d’autres circonstances. L’économie britannique ne s’est pas effondrée depuis le vote du Brexit, contrairement à ce que prétendait la propagande de l’époque. Et elle ne s’effondrera pas en cas de « no deal ». Le pragmatisme des Britanniques trouvera des solutions au pied du mur. On entend d’ores et déjà des voix qui proposent d’exempter les produits européens de droit de douane en cas de no deal. On évoque la solution « à la norvégienne » pour le Royaume-Uni. Les solutions pour traiter la frontière irlandaise existent, par exemple en s’inspirant de l’exemple suisse ; il existe bien une frontière entre la Suisse et l’UE, sans que celle-ci empêche chaque jour des frontaliers français de venir travailler en toute fluidité chez nos voisins helvètes. Pour tous les sujets, des solutions concrètes existent.

Refusons donc le « chantage au chaos économique » qu’on nous impose. Respectons le vote des Britanniques. Et laissons-les sortir de l’UE. Mais messieurs les Anglais, à vous de jouer : sortez les premiers !

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