Le stand de l’ancienne journaliste de Charlie Hebdo, Zineb El Rhazoui, a été saccagé à la Foire du livre de Bruxelles. Un billet a été déposé près de ses livres froissés: « Sales fachos ».


La semaine dernière, le stand de l’éditeur de Zineb El Rhazoui à la Foire du livre de Bruxelles a été saccagé, et des livres de l’ancienne journaliste de Charlie Hebdo dégradés, déchirés. L’auteur des faits, « un jeune homme avec un sac à dos », aurait laissé derrière lui un papier marqué « sales fachos ».

Soutien total et sans réserve à Zineb. Par principe, et parce que c’est elle. Hier, aujourd’hui, et aussi souvent que ce sera nécessaire. Le « sales fachos » ayant semble-t-il été déposé près de ses livres, il est plus que probable qu’elle ait été particulièrement visée. Même si Zineb n’était pas qui elle est, ce serait inacceptable. Mais compte-tenu de son histoire et de sa situation – ce n’est pas pour rien qu’elle est toujours sous protection policière – l’attaque n’en est que plus grave et lâche, à la fois contre une femme admirable, et contre tout ce qu’elle en est venue à représenter : liberté, lucidité, dignité, courage.

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Une remarque : on parle d’une femme d’origine maghrébine qui incarne certaines des plus hautes aspirations de la République. La simple existence de Zineb est un plaidoyer contre le racisme, infiniment plus efficace que toutes les gesticulations des antiracistes de pacotille qui comme par hasard s’en prennent à elle, physiquement pour certains, verbalement pour beaucoup.

Ainsi du groupe qui considère que Zineb serait d’extrême droite et appelle à interdire à son éditeur l’accès à la Foire du livre. Il me semble pour le moins prématuré de vouloir les rendre responsables des destructions constatées sur le stand. Même si la violence est régulièrement utilisée au nom des idées qu’ils défendent, ce qui devrait les contraindre à un minimum de remise en cause, ils sont hélas loin d’être les seuls à tenir des propos susceptibles d’avoir inspiré ce vandalisme, et la moindre des choses est de leur appliquer la présomption d’innocence. On peut toutefois souligner certaines de leurs contradictions.

Ring publie, entre autres, des auteurs qu’il est de bon ton de qualifier de « sulfureux ». En soi, cela ne veut rien dire : on appelle « sulfureux » des individus réellement dangereux et malsains, ainsi que de parfaits imbéciles, mais aussi des penseurs simplement à l’écart d’un certain consensus. En leur temps Socrate et Galilée furent sulfureux, mais certainement pas imbéciles, et dangereux seulement pour les imbéciles et les manipulateurs.

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Je ne connais pas assez Ring ni la plupart de ses auteurs pour juger au débotté. Ceci dit, je sais qu’il est pour le moins douteux d’accuser sans nuance de « propager des idées misogynes, racistes, fascistes » ceux qui publient Zineb El Rhazoui et Waleed Al-Husseini ! Eux, je les ai lus, et je peux affirmer que leurs écrits ne sont ni misogynes, ni racistes, ni fascistes, et que tous deux risquent leur vie en luttant contre l’islam littéraliste théocratique, également appelé islam politique, qui est justement une idéologie authentiquement misogyne et fasciste, et de plus en plus alliée au racisme racialiste des « décoloniaux ».

Admettons même que Ring soit effectivement un éditeur d’extrême droite. Ne faudrait-il pas alors se demander avant tout pourquoi des éditeurs moins « sulfureux » n’ont pas eu le courage de soutenir le travail profondément républicain et authentiquement humaniste de Zineb ?

Préférer l’anathème et la violence au débat est une attitude fasciste. Détruire des livres plutôt que de les critiquer de manière rationnelle est une attitude fasciste. Déchirer l’œuvre d’une femme parce qu’on est incapable de la regarder droit dans les yeux pour la contredire avec de vrais arguments est une attitude fasciste.

De toute évidence, le billet « sales fachos » a été déposé pour accuser Ring et Zineb. Mais le « jeune homme avec un sac à dos » s’est trompé. Il aurait dû mettre ces mots au singulier : ils ne désignent que ce qu’il est. Ils sont sa signature.

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