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A la recherche de l’Eldorado européen

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Comme les aventuriers partis à la conquête de l’Amérique autrefois, nombre de migrants se ruent actuellement vers l’Europe. Non pas seulement parce qu’ils sont persécutés, mais parce qu’ils entrevoient notre continent comme un nouvel eldorado.


Les grands mouvements de population ont bien souvent pour trame de fond des mythes et des chimères bien plus que des réalités tangibles.  Il n’y a rien de rationnel à se jeter sur des barbelés tranchants à Ceuta ou à verser des fortunes à des bandits sanguinaires en Libye, comme il n’y a rien de logique à vouloir ouvrir nos ports à tous ceux qui traversent les frontières illégalement. Dans les deux cas, c’est du délire. Or, tout grand cataclysme migratoire semble avoir besoin d’un délire collectif pour advenir.

Il y a cinq siècles, les Européens se sont mis en tête de se jeter dans l’Atlantique dans l’espoir de rejoindre le Nouveau Monde. Tous ne fuyaient pas la misère et la persécution religieuse. L’immense majorité était mue par une pulsion irrésistible : faire fortune rapidement. S’emparer de l’or à tout prix.

Soif d’or

Aucun danger, aucune menace ni admonestation n’aurait pu dissuader les aventuriers en quête de l’Eldorado. Ibériques, Italiens, Français et Anglo-saxons étaient obsédés par cet empire baigné dans l’or, une terre lointaine semée de pierres précieuses et peuplée de gentils indigènes. Ces habitants natifs ou premiers étaient censés accueillir l’explorateur européen les bras ouverts pour lui offrir tous les délices de la terre promise.

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On doit l’exploration du Brésil aux bandeirantes de São Paulo, des colonnes d’aventuriers cruels et cyniques dont la seule préoccupation était de trouver l’Eldorado. Grâce à eux, la « civilisation » a pénétré au plus profond du territoire, au point d’atteindre le Pérou en remontant le cours du bassin de l’Amazone ! Or, les bandeirantes n’avaient que faire de propager la civilisation et le catholicisme, ils étaient pris par la fièvre de l’or. Ils croyaient en l’existence d’un royaume sublime où ils n’auraient eu qu’à se baisser pour ramasser les métaux précieux. Ils ne l’ont jamais trouvé car il n’existait pas.

Sans le vouloir, les bandeirantes ont aidé à fonder les villes du futur Brésil le long des fleuves et des vallées qu’ils ont dévastés, ils ont créé une nouvelle race par le viol et la polygamie, ils ont propagé l’agriculture car ils faisaient suivre les troupeaux de vache pour se nourrir et se vêtir. Autant de conséquences inattendues et non-désirées de leur obsession pour l’or et l’enrichissement immédiat.

Eldorado et « Dieu Blanc »

Les Indiens aussi avaient leur mythe et il a causé leur perte. Ils croyaient, du moins dans les premiers temps, à l’idée du « Dieu Blanc » ou « fils de Dieu », une dangereuse illusion qui les as poussés dans les bras de leurs futurs bourreaux. Les récits des missionnaires et des aventuriers du XVIe siècle décrivent la spontanéité et la bienveillance avec laquelle les tribus indiennes (surtout au Brésil) ont accueilli les Européens. Nous connaissons tous la suite : génocide, esclavage et déportation.

Au bout du compte, ni le mythe de l’Eldorado ni celui du « Dieu Blanc » n’ont été d’une quelconque utilité à ceux qui les ont crus et défendus. L’or des Amériques a enrichi les couronnes d’Espagne et du Portugal tandis que les chercheurs d’or sont morts dans l’anonymat. Et les Indiens ont cédé la place à une population nouvelle.

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Ces illusions (qui nous semblent ridicules et risibles avec le recul) ont permis de déplacer des populations sur des milliers de kilomètres et de les installer dans des écosystèmes qui leur étaient a priori hostiles. La folie de l’or et la folie des Indiens ont aidé à forger un monde nouveau que nous nommons Californie, Mexique et Brésil.

Vous me voyez venir. L’énorme mouvement migratoire de notre époque, celui qui va repeupler l’Europe Occidentale, est lui aussi porté et animé par des mythes puissants. Lesquels ?

La ruée vers l’Europe

Chez les candidats à l’émigration, on trouve une croyance commune dans le mythe d’une Union Européenne sublimée. Une terre d’abondance débarrassée des aléas de la condition humaine : la frustration, la douleur et la peur de la mort. Chimère ridicule, mille fois dénoncée dans les médias mais qu’aucun démenti ne semble atteindre. Par milliers cet été, ils se sont jetés dans la Mer Méditerranée et se sont faits subjuguer par des trafiquants en Libye et en Grèce. Gestes désespérés qui évoquent la témérité des explorateurs ibériques et italiens d’antan qui se lançaient dans la traversée de l’Atlantique en dépit du bon sens. Il y a tout de même une différence de taille : à l’époque, on donnait sa vie pour une fortune fulgurante, aujourd’hui, on se noie pour une Carte Vitale. Christophe Colomb et Américo Vespucci voulaient la richesse et la gloire, les migrants d’aujourd’hui aspirent au confort et à l’anonymat de l’Etat-Providence. A chaque époque, son souffle vital.

Bien entendu, les portes doivent demeurer ouvertes devant les véritables réfugiés, personne n’en doute. Mon propos s’intéresse à ces milliers de jeunes, en bonne santé, capables de marcher 5000km mais incapables de défendre leur village contre une poignée de voyous en Toyota. Soyons sérieux : la plupart des candidats à l’émigration ne fuient pas les persécutions. Ils courent après une chimère qui a pour nom : l’Europe.

Un accueil favorable

Du côté des autochtones, une autre chimère, très puissante elle aussi, domine les esprits et leur commande de désirer l’immigration. Il s’agit de la doctrine progressiste qui promeut le transfert des populations du sud vers le nord et excommunie quiconque ose douter de la sincérité de cet élan « humaniste ». Ce n’est rien d’autre qu’une fantaisie, une dangereuse fantaisie dont nous percevons le goût amer à chaque fait divers. Nous vidons le sud de sa jeunesse et de ses forces vives et nous tuons dans l’œuf tout espoir de réforme dans les pays d’origine. Ce faisant, nous instaurons une société fragmentée chez nous sans avoir la moindre idée de comment un monde multiculturel fonctionne. Pourtant, nous en avons eu l’expérience dans les colonies (en Algérie notamment) et durant nos voyages touristiques dans des terres où règne le sacro-saint vivre-ensemble comme l’Inde (terre de castes) et le Liban (qui vit sur la corde raide à force de méfiance entre les communautés).

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Peu importe la vérité au fond, l’erreur parle plus fort car elle est servie par des intellectuels de renom et des élites au prestige inébranlable. Le mot clé est bien Prestige, ce que Gustave Le Bon définissait comme : « une sorte de domination qu’exerce sur notre esprit un individu, une œuvre, ou une idée. Cette domination paralyse toutes nos facultés critiques et remplit notre âme d’étonnement et de respect. »

Fête sur la plage et tsunami migratoire

Le prestige est la matière première qui manque cruellement à tous ceux qui doutent de ce monde merveilleux qui advient. Le pétrole de la domination est le prestige, ressource mal-répartie qui a transformé nos chers maîtres progressistes en rois du pétrole.

Comment gagner ce prestige alors que tous ceux qui pensent librement sont susceptibles d’être taxés de propager les fake news et que toute sortie de route peut provoquer la mort sociale de son auteur ? Vous voyez bien que le système agit sur le nerf de la guerre : le prestige, ce Saint Graal réservé à une poignée de collaborateurs prêts aux dernières extrémités pour défendre les chimères du moment. Ils sont capables de faire la fête sur la plage alors que le tsunami se profile à l’horizon. Si besoin, ils composeront une ode à la gloire de la « montée des eaux » voire un pamphlet pour se moquer des lanceurs d’alerte.

Comment ont fait nos aïeux pour renverser la table ? Nous ne sommes pas les premiers à faire face à un mythe puissant retranché derrière un mur de déni. Avant nous, les maîtres de la Renaissance italienne ont dû fendre la carapace imposée par l’Eglise qui monopolisait alors les « gisements » de prestige et de crédibilité. Sans hésitation, Machiavel, Raphael et Botticelli se sont jetés sur le passé grec et romain pour s’attribuer un peu de son prestige car même leurs contemporains « barbares » savaient s’incliner devant la splendeur antique. Chaque page, tableau et sculpture de la Renaissance, a rendu hommage à l’Antiquité qui, telle une pluie dorée, a rejailli sur les artistes leur donnant une aura spéciale, presque divine. Nous connaissons la suite puisque notre monde (ou ce qui en reste) doit tout à la Renaissance.

Il y a peut-être dans le passé une période qui pourrait nous attribuer ce supplément de prestige qui nous manque tant ? Reste à deviner laquelle.

La Serbie et la France, une amitié retrouvée?

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Le 15 juillet dernier, Emmanuel Macron faisait une visite d’Etat à Belgrade. Elle était très attendue car depuis Jacques Chirac aucun Président français ne s’était rendu en Serbie. En outre, il avait à deux reprises décommandé sa venue.


Pour les Serbes, quelques années seulement après la renaissance de leur Etat (2008), la visite d’un chef d’Etat français revêtait la plus haute importance. Pour la France aussi, qui avait délaissé cette région depuis quelques années, avec par exemple une décevante septième place d’investisseurs étrangers, derrière des pays concurrents comme l’Italie ou l’Allemagne, il fallait rattraper le temps perdu.

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L’accueil par la Serbie officielle a été au-delà des espérances. Comme au beau vieux temps de la Yougoslavie, une emphase et un décorum digne des meilleurs régimes socialistes accueillait Emmanuel Macron. Depuis l’aéroport Nikola Tesla (récemment racheté par Vinci) jusqu’au cœur de Belgrade, des drapeaux serbes et français se hissaient sur chaque lampadaire. Dans la capitale, de très nombreux panneaux publicitaires avaient été réquisitionnés par le gouvernement afin de souligner l’amour des Serbes pour la France. En lieu et place de slogans commerciaux, les Belgradois ont eu droit une semaine durant à des marques d’affection de la Serbie à la France. Derrière des méthodes encore empreintes d’une naïveté toute balkanique, perçait l’amitié franco-serbe forgée lors du front de Salonique au temps de la Première guerre mondiale. Les Serbes vouent encore, à grand renfort d’émotion, un attachement et une gratitude incommensurables à l’Armée française d’Orient qui, sous le commandement du maréchal Franchet d’Esperey, leur a permis de sauver leur patrie en 1918.

Malgré ce retour en Serbie, la France à la traîne des autres puissances

Ce n’est donc pas surprenant que durant ces deux jours de retrouvailles au plus haut niveau, les moments clés aient été la visite au cœur du parc du Kalemegdan, face à l’Ambassade de France, au monument où est inscrit «nous aimons la France comme elle nous a aimés», fait unique au monde de la marque d’affection d’un peuple envers un autre, mais aussi au cimetière militaire français où 375 Poilus d’Orient reposent en paix, symbole du sacrifice lié à la première victoire décisive de l’Entente.

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La question est à présent de savoir quelles seront les retombées de cette visite officielle du Président de la République. Arrivé comme tous les présidents français avec une bardée de chefs d’entreprises, on s’attendait à la signature d’accords commerciaux et économiques d’envergure. Mais on a très vite déchanté. A part des accords culturels sur la francophonie et d’autres très techniques sur des échanges militaires, aucun accord économique d’envergure ne pointe à l’horizon.

Pékin va finir par nous barrer la route

Comme l’a très bien dit mercredi 28 août l’ancienne diplomate française devenue Présidente de la Géorgie, Madame Salomé Zourabichvili, « les chefs d’entreprises français sont très frileux ». En face, les Chinois avancent à grandes enjambées dans leur projet de «routes de la soie» (rachat de plusieurs mines et usines, construction d’autoroutes. Quant aux Russes, ils ont multiplié tout l’été des accords militaires et ferroviaires.

En fait, la France officielle a compris que le retard pris depuis quelques années dans cette région allait mettre du temps à être comblé. Comme nous l’a déclaré Monsieur Mondoloni, Ambassadeur de France à Belgrade ces deux dernières années, « nous sommes absents de la région depuis 2010 ». Malgré cet déplacement exceptionnel et le fort sentiment de francophilie dans la population et le gouvernement serbes, il sera difficile de remplacer les géostratégies chinoise et russe à l’œuvre en Serbie.

Géopolitique de la Serbie

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A propos de la mobililisation générale contre les violences conjugales

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Elisabeth Lévy commente le « Grenelle des violences conjugales », la bonne cause du moment lancée par le gouvernement.


La roue de l’actualité tourne, et elle pointe chaque jour sa flèche vers la bonne cause du moment. Après la semaine de l’ours polaire et avant le mois de la PMA, nous voilà en pleine quinzaine des violences conjugales. Enfin, des violences conjugales visant les femmes – qui constituent certes une très large majorité des cas mais pas l’intégralité. À en croire Le Monde, les hommes représentent 27% des victimes de violences conjugales et 17% des cas mortels. Ces victimes là n’ont pas l’heur de nous plaire. Un titre pêché au hasard sur France Info résume l’état d’esprit de la corporation médiatique à ce sujet : «Violences conjugales : plus d’hébergements pour les femmes, plus de sanctions pour les hommes.» C’est donc bien la masculinité qu’il s’agit de réprimer. Et tant pis pour l’écrasante majorité des hommes qui, pour rien au monde, ne lèveraient la main sur une femme. Considérés comme des cogneurs, voire comme des meurtriers en puissance, ils devront, si on suit la demande « des associations », entité mystérieuse qui semble désormais être l’un des piliers du pouvoir exécutif, être rééduqués contre le sexisme de la maternelle à l’université.

Le 3919 à l’assaut de la masculinité toxique

Ce 3 septembre 2019, judicieusement choisi pour coller avec le 3919, numéro d’appel d’urgence pour les victimes, pas une radio, pas une télé, pas un quotidien n’a manqué à l’appel avec des unes-choc ou pleines d’humanité. Toute la journée, au mépris de l’évidence, on a claironné que les victimes mouraient de notre silence et de notre indifférence. Il est vrai que personne ne parle jamais des souffrances des femmes. Le patriarcat vous dis-je.

Qu’on m’épargne les sermons : le martyre de femmes – et d’hommes, donc – vivant dans la violence et la peur est évidemment digne de notre compassion et d’une mobilisation des pouvoirs publics. Sauf qu’on avait surtout l’impression d’assister à une pièce de théâtre dont l’aspect tragique était gommé par la médiocrité de comédiens rivalisant de mines graves et de grandes envolées. Ministres, journalistes, experts : à part les victimes elles-mêmes dont les témoignages sont poignants, chacun parlait et se comportait comme s’il y avait en France un parti de la violence conjugale auquel il s’agissait de résister intrépidement. Or, même les coupables ne sont pas des militants de leur crime et, au risque de choquer tous ceux qui aiment réduire la vie humaine à des équations (du premier degré), on peut supposer que nombre d’entre eux, qui frappent sous l’emprise de la colère, de l’alcool ou des deux réunis, se haïssent pour leur geste. Les partisans de l’excuse pour les terroristes qui ont eu une enfance malheureuse ne se demandent jamais, d’ailleurs, si un mari violent est déséquilibré ou s’il a été violenté dans sa jeunesse.

L’action militante prend son sens dans la conflictualité. On n’appelle ses troupes au combat que quand il y a un ennemi à défier – patron, président, Manif pour tous. Le recours au lexique de la mobilisation générale pour défendre une cause avec laquelle tout le monde est d’accord suscite donc à la fois le malaise et l’envie de rire. Nous sommes tous convaincus que tout doit être fait pour aider les femmes prisonnières à fuir et à recommencer leur vie, que les sanctions doivent être exemplaires. À l’évidence, nos lois existantes ne sont pas bien appliquées, les mesures adoptées ne sont pas bien mises en œuvre. C’est le cas dans nombre de domaines, mais dans celui-là, il y a urgence. Tout cela relève du bon sens et de la raison administrative. Certes, un coup de projecteur peut stimuler cette dernière. Reste que cette débauche de grands sentiments n’avait pas pour objet de convaincre, mais peut-être justement de nous ressouder autour d’un ennemi commun qu’il est si facile de haïr.

C’est qui l’patron?

On publie avec gourmandise des vidéos datant de 30 ans dans lesquelles des hommes parlent en rigolant de frapper des femmes. Mais aujourd’hui, même le pire des fachos, des réacs ou des machos ne déclarerait pas face caméra qu’il est bien normal de cogner de temps en temps pour faire comprendre qui est le patron. Il faut donc se féliciter du chemin parcouru et bien sûr, s’efforcer de progresser encore. Cependant, la croyance que l’on pourra, par l’éducation, la loi et la réprobation sociale, éradiquer complètement le mal, est pour le moins naïve. Si, à l’exception des dictatures, on ne connaît pas de sociétés sans crime, c’est peut-être que la possibilité de celui-ci est comprise dans le programme, autrement dit que la condition humaine a partie liée avec le mal. Désormais, la société ne considère plus la violence à l’endroit des femmes comme normale. Restent les individus, avec leurs histoires, leurs turpitudes, et leurs fêlures. Et ça il faut craindre – ou peut-être espérer, je vous laisse juge – que ça ne disparaisse pas.

En attendant, hommes et femmes, nous savons désormais qu’ «un homme ça s’empêche.» Et ceux qui ne s’empêchent pas se mettent en dehors de la loi commune. On s’étonne donc de découvrir que certaines militantes prônent la tolérance zéro contre les violences faites aux femmes mais se montrent très tolérantes avec le burkini. Revêtir un burkini, une burka (ou un jogging informe) pour ne pas susciter la concupiscence des hommes, c’est admettre d’avance qu’un homme ça ne s’empêche pas. Alors votons des lois, prenons des mesures, débloquons des fonds. Mais n’oublions pas que la meilleure protection contre les violences conjugales, c’est la liberté des femmes et le droit qu’elles ont conquis de se montrer sans se donner.

Villani, Macron: l’uberisation de notre vie politique s’accélère

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Jour de fête pour Anne Hidalgo et Rachida Dati !


Ce mercredi, les deux représentantes de l’Ancien monde dans la capitale, Hidalgo et Dati, ont dû mettre le champagne au frais. La candidature de Cédric Villani, en sus de celle de Benjamin Griveaux, portera à deux le nombre des candidats issus la majorité. Santé, mesdames !

La campagne à Paris

Les conséquences de la candidature du célèbre mathématicien, député LREM de l’Essonne, sont multiples dans le cadre de la campagne municipale qui s’annonce à Paris. La pression sera grande sur Pierre-Yves Bournazel, qui se voyait bien candidat au mois de mars prochain, pour le compte des ex-LR Macron-compatibles d’AGIR, représentés au gouvernement par le ministre de la Culture Franck Riester. De même, il ne reste plus beaucoup d’espace pour les écologistes d’EELV, puisque Cédric Villani semble déterminé à faire de l’environnement l’axe central de sa campagne et qu’Anne Hidalgo, connue pour ses positions clivantes sur le sujet, devrait bénéficier de son statut de sortante. Quid, également, de la candidature de Gaspard Gantzer, flanqué aujourd’hui d’Isabelle Saporta, très proche d’Yves Jadot ? Bref, la candidature de Villani rebat complètement les cartes d’une campagne et la victime principale de cette décision est bien la Macronie au sens le plus large du terme.

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Car, Emmanuel Macron, l’élu des métropoles françaises, comptait énormément sur la prise de Paris. Et il se retrouve dans la situation de Valéry Giscard d’Estaing en 1977, lorsque Jacques Chirac avait annoncé sa candidature face à Michel d’Ornano, candidat officiel de l’Elysée. Mauvais présage. Le président de la République récolte en partie ce qu’il mérite. Le choix de Benjamin Griveaux aux dépens de Cédric Villani apparaît un mauvais choix tant les Parisiens attendaient la candidature d’une personnalité dénuée d’arrogance et d’égocentrisme, après le mandat d’Anne Hidalgo. Il n’y avait en fait qu’une seule personne capable d’apparaître plus antipathique qu’Hidalgo et Emmanuel Macron l’a désignée. De plus l’unanimité de la commission d’investiture de LREM a été reçue comme une humiliation publique par l’ancien récipiendaire de la Médaille Fields.

Par temps d’uberisation, on surveille son langage

Les propos privés de Benjamin Griveaux sur ses divers concurrents n’auraient sans doute pas eu un tel succès s’ils ne collaient pas parfaitement avec la manière dont il est perçu non seulement à Paris mais dans la France entière. Ses déclarations sur « la France qui fume des clopes et roule au diesel », prononcées à la veille du mouvement des Gilets jaunes résonnent aussi encore dans la tête de nombreux Français. Evidemment, nous préférons le temps où les propos privés demeuraient privés. Et nous sommes conscients que ce genre de mots d’oiseaux pour qualifier les adversaires n’est pas réservé à l’ex-porte-parole du gouvernement. Mais après tout, n’est-il pas le représentant de ce Nouveau monde où la transparence est la règle ? Et le fait qu’ils aient été dévoilés ne démontre-t-il pas que son entourage proche – qui est forcément responsable de la fuite – n’est lui-même pas très emballé par sa candidature ?

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Mais cette dichotomie Nouveau monde vs l’ancien n’est pas mise à l’épreuve qu’à l’occasion de ces fuites malencontreuses. Qu’est ce qui motive ainsi Cédric Villani à ignorer superbement la décision de la Commission d’investiture et mépriser les menaces d’exclusion de LREM qui pèsent sur lui ? Depuis les débuts d’En Marche, il était clair pour tout le monde que ce mouvement se montrait différent des autres. On y adhérait avec un simple clic sur Internet. Finis, les vieux partis et leurs « compagnons » d’un côté ou les « camarades » de l’autre. La Macronie s’est construite sur la disparition des « rigidités » dans la société en général et dans la vie politique en particulier. LREM était aux chauffeurs privés ce que les taxis étaient à LR et au PS. Le parti de l’uberisation. On adhère en un clic, on part en un clic. Bien entendu, dès le président élu et la transformation d’EM en LREM, les statuts ont évolué. Dès la majorité installée, on a écrit des règlements où la vieille discipline des vieux partis de l’Ancien monde était de mise. On a vu ainsi la députée Agnès Thill se faire virer pour déviance de la pensée sur les sujets sociétaux.

Quand la Macronie déraille

Depuis longtemps LR et PS ne se comportaient plus ainsi. La comparaison avec les parlementaires « godillots » de la majorité gaulliste a pu être faite. Sans doute la majorité macroniste tient davantage cette volonté de discipline du monde impitoyable de la banque d’affaires que de l’organisation militaire à la gloire d’un Grand homme, fut-il le général de Gaulle, à l’époque des fameux « godillots ».

La candidature de Villani est donc symbolique de cette contradiction macronienne. On ne peut pas d’un côté prôner l’uberisation, la souplesse et pratiquer de l’autre une discipline de fer et l’autorité du Chef. Il faut choisir. Quand il est établi dès le début que l’on peut entrer et sortir facilement d’un parti, la menace d’exclusion se transforme en un marteau-pilon pour écraser une… araignée.

Tarantino: il était une fois l’Amérique

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C’est au tour de l’écrivain amateur de dérapages incontrôlés Thomas Morales de nous donner son avis sur le dernier film de Tarantino.


Quand les intellectuels analysent le cinéma, ils mettent toujours leur névrose et leurs lacunes dans la balance. Leurs comptes rendus tiennent plus du jugement que de la critique éclairée. Le débat les agite plus que les mouvements de la caméra. Ils sont imperméables au divertissement. Pur. Bagarreur et charmeur. Lumineux et tendre. Au plaisir simplement adolescent de passer un après-midi avec des filles en mini-jupes, au milieu de bastons picaresques et d’enchaîner les dérapages contrôlés au-dessus de L.A.

Relire: Il était une fois un navet à Hollywood…

Donnez-moi un cheval mustang, un gros ceinturon et des Ray-Ban fumées, je serai le plus heureux des hommes. Ces gens-là cherchent le sens caché et débusquent les arrière-pensées du réalisateur. Ces fouineurs de l’inconscient se vivent comme des justiciers subliminaux. Ils pensent toujours trop haut et visent souvent à côté de la cible. Ces piètres cowboys de la plume ont perdu leur innocence gamine. Il faut aller au cinéma, vierge de toutes représentations, se laisser happer par le spectacle, croire le faux pour s’échapper juste quelques minutes des mains de nos bourreaux. S’extraire d’une réalité patibulaire, un instant seulement. Le temps de respirer et d’oublier la vacuité du quotidien. Car dehors, les affreux rôdent, la laideur s’étale partout un peu plus chaque jour, seul l’imaginaire nous raccroche à la vie. Alors que l’on ne vienne pas gâcher ma séance avec un fatras de constructions plus ou moins bancales ! Les babyboomers inconséquents et ahuris me comprennent. Ils ont gardé une capacité intacte à s’émouvoir devant la société de consommation, celle d’avant, elle était tellement désirable et inutile. Il y avait quelque chose de naïf dans le capitalisme triomphant d’avant les crises pétrolifères, une attitude un peu absurde et bravache face aux événements. L’espoir vibrait même dans les cœurs les plus secs.

A lire aussi: Non, le dernier Tarantino n’est pas un navet !

Le dernier Tarantino n’a pas échappé à un déluge de commentaires philosophico-narcissiques aussi dérangeants que les « mea culpa » médiatiques. Certains y ont vu une dénonciation du système hollywoodien, les ravages de la célébrité forcément éphémère, d’autres les ferments d’une nostalgie sous-jacente et même une apologie du mâle blanc vindicatif. Et si on arrêtait d’idéologiser et de profiter des images qui cascadent sur l’écran. Je m’en abreuve jusqu’à plus soif. Bien sûr, nous pourrions discuter de la faiblesse ou non du scénario, des raccourcis et de certaines pesanteurs ou bien des trucs de mise en scène. Mais enfin, le spectateur, nous tous réunis, pas le spécialiste, l’homme de la rue ne peut nier que cette fabuleuse cavalcade a des effets euphorisants. Appelez-ça comme vous voudrez, facilité, clientélisme, sirop délectable d’une Amérique pleine de contradictions et de bonbons mercantiles. Barbe à papa dont on se pourlèche les babines. J’ai été biberonné à cette mythologie-là. Pardonnez-moi. La mondialisation aime le repentir et la flagellation. J’aime les moteurs V8 à essence qui glougloute et les blousons en cuir burinés. En sortant de la salle, j’avais une envie folle de me déguiser. Comme si cette publicité extralarge Ralph Lauren pour l’été 69 facétieuse et assez maline irriguait mon cerveau acheteur. Tarantino sait tout filmer. Les corps dans leur expression la plus stricte, une époque d’avant les bistouris magiques et les anabolisants. Pas de faux pectoraux et de boobs à l’hélium. Et puis ce soleil californien qui brûle et fascine par son côté ambivalent, destructeur et tentateur à la fois.

Pour vous inciter à aller voir « Once Upon a Time …in Hollywood », je ne vous parlerais pas du jeu des acteurs, ce serait leur faire offense. Ils sont au sommet. Pitt est phénoménal, DiCaprio dantesque et Margot Robbie Platinum. À la Prévert, j’égrènerai des sésames pour que vous vous retrouviez propulsés sur la Côte Ouest à la fin des années 60 : un tee-shirt à l’effigie d’une marque de bougies, des mocassins d’indiens, des « Flying Jacket » de la Seconde guerre de Type A2, un coupé Cad jaune poussin, une 911 noire corbeau, une Karmann Ghia délavée, une p’tite MG comme la chantait Richard Anthony, une Mercury Cougar très féline, une chemise hawaïenne, une Mansion avec des Bunnies, des Pool Parties, des cocktails vintage, un Boeing de la Pan Am, etc.. L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai prophétisait Joe Dassin et bien, avec Quentin, je l’ai vue de mes yeux !

Once Upon a Time…in Hollywood de Quentin Tarantino (actuellement au cinéma)

Éloge de la voiture

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« Les coulisses des mosquées en Suisse ne sont pas reluisantes »

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Entretien avec Saïda Keller-Messahli, auteur de La Suisse, plaque tournante de l’islamisme. Elle a également fondé en 2004 à Zurich le Forum pour un Islam progressiste.


Martin Pimentel. Vous proposez avec La Suisse, plaque tournante de l’islamisme, un petit essai fort érudit sur l’islamisation de la partie germanique de l’Europe. Pouvez-vous indiquer à nos lecteurs quel est votre parcours personnel?

Saïda Keller-Messahli. Je suis née en Tunisie dans une famille d’origine berbère au lendemain de l’indépendance du pays. Nous étions dix. Mon père était paysan chez un grand propriétaire terrien français. Lorsque j’ai eu 5 ou 6 ans il a perdu la vue et ne pouvait plus travailler. Grâce au colon français, nous les enfants étions scolarisés dans une des meilleures écoles primaires de l’époque: une école menée par un ordre de sœurs catholiques françaises. C’est à travers cette école et l’organisation « Terre des Hommes »  que j’ai été envoyée en Suisse à l’âge de 7 ans. En Suisse, j’ai passé 5 ans de mon enfance chez une famille suisse alémanique protestante. Ce contact précoce avec d’autres religions, d’autres cultures et d’autres langues m’a marquée pour toujours. L’autre ne m’a jamais été étranger. En revenant à Tunis plus tard, j’ai fait un lycée français, le Lycée Carnot. Après le bac j’ai dû gagner de l’argent pour pouvoir faire des études universitaires en Suisse où je voulais retourner. J’ai alors travaillé comme hôtesse de l’air de la Saudi Arabian Airlines. Cette expérience était aussi très importante. Ensuite je suis partie à Zurich où j’ai fait des études de Lettres et de cinéma. J’y ai rencontré mon futur mari, psychiatre et psychanalyste, enfant d’une famille protestante. Nous avons eu deux fils et la mort nous a séparés en 2006. J’ai travaillé dans plusieurs institutions culturelles, j’ai écrit, j’ai enseigné, j’ai participé à une mission internationale, je me suis engagée politiquement pour la Palestine d’abord et ensuite pour un Islam ouvert au temps moderne, humaniste.

En quoi l’islamisme que vous observez en Suisse diffère-t-il de celui observé en France ?

L’immigration des années 60 et 70 était constituée surtout d’Européens du sud, d’italiens, espagnols et portugais. La question religieuse ne se posait pas avec eux. En Suisse, nous avons d’autres dimensions géographiques que vous, vu que le pays est petit et décentralisé. En France, en revanche, l’immigration venait surtout des ex-colonies comme l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, l’Afrique subsaharienne et autres. Avec la montée de l’islam politique, jadis combattu par les régimes arabes autoritaires mais laïcs, ce phénomène s’est bien installé et réorganisé en France et ailleurs. Savez-vous que la première réunion des Frères Musulmans en Europe a eu lieu à Lugano, en Suisse ? Un grand groupe d’immigrés en Suisse est celui des Turcs. Et depuis la guerre de Yougoslavie, les nouveaux arrivants proviennent surtout de cette région. Donc pour résumer, les migrations des pays arabes en Suisse sont très minoritaires comparées à la Turquie et aux Balkans, au contraire de la France.

Quelles sont les inquiétudes que vous avez en Suisse et plus globalement dans le monde germanophone vis-à-vis de l’Islam radical?

Ce qui est transparent inquiète rarement. Mais il y a toute une structure opaque de fondations, d’associations, d’entreprises et de trusts liée à un islam politique rétrograde et agissant habilement derrière les associations de mosquées, que ce soit dans le domaine de la finance islamique, dans le domaine de la nourriture halal, dans le domaine du tourisme halal, des assurances halal ou encore dans le domaine de la charité islamique. Ces structures ont un caractère transnational et elles génèrent d’énormes sommes d’argent. Dans ce sens les associations de mosquées et de centres culturels n’en sont que la façade.

En Suisse il y a environ 400000 musulmans, ce qui correspond à 5% de la population, en Autriche on parle d’environ 700000, un chiffre qui a surtout évolué ces dernières années et qui représente 8% de la population, et en Allemagne environ 4,7 millions, donc environ 6% de la population totale.

Il faut évidemment faire la différence entre la population musulmane dont la grande majorité – plus de 80%! – ne fréquente pas de mosquée et une minorité organisée en mosquées, associations et faîtières nationales de mosquées. Cet islam organisé est le plus souvent lié à des structures internationales telles la Ligue Islamique Mondiale des Saoudiens ou à d’autres structures dans les pays d’origine qui les financent. Vu de près il s’agit le plus souvent de mouvements sectaires qui prétendent parler au nom de toute la population musulmane, alors que ce n’est pas vrai.

Vous racontez dans votre livre avoir été opposée à l’interdiction des minarets en Suisse, proposée il y a quelques années à la votation. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

C’était il y a dix ans, en 2009. En ce temps-là la plupart des mosquées suisses étaient construites dans des garages ou caves dans les zones industrielles, donc des lieux non seulement indignes pour le culte mais aussi semi-clandestins et non transparents. Je pensais qu’en permettant aux mosquées de construire un minaret on accentuerait la visibilité des mosquées, leur intégration sociale et donc aussi la transparence et le contrôle démocratique.

Vous parlez je crois « d’automortification » pour évoquer l’attitude de nombre de jeunes musulmans radicalisés ou de convertis. Qu’entendez-vous par là?

Littéralement le mot signifie « se faire mourir ». J’ai essayé de dire qu’en jetant un regard sur la biographie de jeunes gens musulmans ou convertis radicalisés on s’aperçoit qu’ils ont tous un point commun: ils n’ont pas su faire face à un moment d’échec dans leur vie. Ils semblent être incapables d’accepter l’idée que l’échec fait partie de la vie. De là on peut observer un mouvement qui leur est commun: la recherche de la violence ultime, de la mort, que ce soit tuer ou se faire tuer ou en termes sociaux, couper court avec la société dans laquelle ils ont grandi, mourir socialement en coupant tout lien, même avec les parents… C’est un acte d’une extrême violence symbolique – mais aussi envers soi-même.

Même si la « petite chronologie de l’histoire de l’islam » proposée en annexe du livre peut paraître aux yeux du lecteur comme peu encourageant quant à la possible inscription de la religion musulmane dans un cadre démocratique et pacifique dans l’Histoire, pensez-vous qu’une réforme de l’Islam sera possible dans les prochaines années ?

Je pense qu’un changement doit arriver parce que la violence au nom de l’Islam dont nous souffrons tous aujourd’hui a atteint un point de non-retour. J’observe aussi qu’il y a de plus en plus d’athées ou de convertis au christianisme dans des pays régis par la charia comme le Pakistan, le Soudan, l’Iran ou l’Afghanistan. Dans ces pays où la majorité de la population est très jeune, les choses changeront progressivement. En Iran par exemple les femmes qui ne portent pas le voile risquent vingt ans de prison. Et pourtant elles l’enlèvent et marchent ainsi dans les rues de Teheran, chaque mercredi.

J’ai beaucoup de sympathie pour l’écrivain algérien Boualem Sansal car il est fidèle à soi, il poursuit son chemin tel un traban dans son orbite mais je ne partage pas la vision apocalyptique de son roman 2084.

Je suis plus inspirée par la Déclaration de Fribourg de 2016. Cette déclaration est née du vœu de quelques amis musulmans germanophones de définir leur position publiquement et ouvertement. Elle contient en gros les mêmes idées formulées douze ans avant dans les statuts de notre forum pour un Islam progressiste en Suisse (2004). Les mêmes idées de liberté, de démocratie, de laïcité et d’égalité ont d’ailleurs été la base de la fondation de notre mosquée libérale à Berlin, la Mosquée Averroes-Goethe, que j’ai co-fondée avec des amies. Chaque vendredi nous y recevons des dizaines de visiteurs pratiquants qui viennent pour entendre un prêche intelligent et pour se recueillir, hommes et femmes, l’un à côté de l’autre, autour d’une prière paisible. Mais aussi pour discuter ensemble sans tabous et de façon critique de tous les sujets en relation avec l’Islam qui aujourd’hui posent problème et pour échanger sur comment y remédier.

Years and Years: toutes les cases du politiquement correct cochées


Selon France Inter, c’est la « meilleure série TV de l’année ». Causeur n’est pas exactement du même avis. Imaginant l’Angleterre de la prochaine décennie, Years and Years patauge dans le politiquement correct. Du néoféminisme au culte des migrants, cette œuvre de la télévision publique britannique s’efforce de cocher toutes les cases.


Les Anglais jouissent d’une excellente réputation dès qu’il s’agit de série télévisée. Dans la foulée de Chernobyl, une quasi-perfection, j’ai donc fait confiance à la BBC et à Years and Years présentée comme la nouvelle mini-série événement du moment (diffusée sur Canal + séries en mai). Là où Chernobyl remontait le temps pour nous faire vivre au plus près la catastrophe du nucléaire civil soviétique, les scénaristes anglais nous invitent cette fois à explorer les dix prochaines années de l’Angleterre – exercice d’anticipation toujours périlleux que j’abordais avec une foi inébranlable dans l’honnêteté intellectuelle du service public de Sa Majesté. C’est donc au travers d’une famille britannique exemplaire que Years and Years nous invite à ce voyage dans le futur. Une tribu anglaise typique comme il en existe des millions. Autour d’une grand-mère vaguement anarchiste, on suit les destins entremêlés de quatre frères et sœurs, leurs conjoints et leurs enfants. L’une des femmes de la fratrie, Rosie, se trouve être paraplégique, tandis que sa sœur aînée, Edith, est une figure et une synthèse de l’avant-garde progressiste. Passionaria de l’écologie dans sa version collapsologue (on va tous mourir), lanceuse d’alerte (gouvernement et multinationales sont pourris), activiste pro-migrants et grand reporter au plus près de l’action – en l’occurrence une bombe nucléaire lancée sur la Chine par Trump au dernier jour de son deuxième mandat (enfin un peu d’humour). Le producteur a dû trouver que le personnage d’Edith avait un très bon rapport qualité morale/prix, tant elle incarne un nombre record d’items progressistes. Aurais-je omis de signaler qu’elle entretient une relation homosexuelle avec une femme noire elle-même versée dans l’aide aux réfugiés ?

À Relire: « Chernobyl », la dernière bombe d’HBO

Des scènes de sexe homosexuel à foison

Côté masculin, il y a également de bonnes ondes. Daniel, homosexuel of course – et qui bosse aussi à l’accueil des réfugiés, une famille type on vous dit – épouse son partenaire, mais s’entiche assez rapidement d’un Viktor, réfugié ukrainien comme on en trouve dans chaque foyer – éduqué, beau gosse qui fuit son pays en raison de la persécution des homosexuels… par les chrétiens orthodoxes. C’est vrai qu’on ne parle pas assez du fondamentalisme des popes déchaînés, de ses ravages dans le monde, et il est remarquable que des producteurs courageux dénoncent ce fanatisme criminel. Pour enfoncer le clou – si je puis dire – et pimenter l’histoire, les deux scènes de coucherie un peu détaillée éviteront les rapports vaginaux rasoir entre un homme et une femme (étonnement du producteur). Non, elles ne mettront en scène que des sodomies joyeuses entre Daniel et Viktor et chacune de leurs retrouvailles sera ponctuée de roulages de galoches sans doublure. Là, le producteur s’est montré intraitable, il a exigé que la paraplégique s’envoie en l’air elle aussi.

Une bonne partie de l’intrigue repose (mais peut-être l’aviez-vous subodoré) sur les difficultés rencontrées par ce réfugié ukrainien formidable, cultivé et sympathique, en proie aux menées scélérates d’un Royaume-Uni qui, à l’unisson de l’Europe, se ferme à l’immigration (même l’écrire est difficile tellement cette aspiration est ignoble). La fratrie comporte également un petit gros, Stephen, qui n’a l’air de rien comme ça, mais qui est hétérosexuel – tronche ébahie du producteur. Conscient du caractère limite du personnage et pour lui conférer un aspect plus authentique, Stephen se trouve marié à une magnifique Black aux cheveux ras – Celeste – d’une humanité bouleversante en femme trompée par ce petit Blanc. Il est d’ailleurs très encourageant de constater que toute la fratrie (de cette famille banale, insistons) a comme femme, compagnon, partenaire ou équivalent une personne issue de la diversité – même Rosie dans son fauteuil roulant roucoule avec une espèce de Pakistano-Turkmène. Je vous le dis depuis le départ, la famille britannique classique du futur.

Emma Thompson, impeccable dans l’ignominie

Je glisse rapidement sur les fêtes familiales où toutes les ethnies du monde sont présentes autour de la grandmamie gâteau, avec musique live d’essence africaine – au point que Coca-Cola ou Apple peuvent intégrer telles quelles les images dans leur pub – pour arriver à l’instant où les producteurs se sont dit qu’après toutes ces cases magistralement cochées (dans le souci évident de coller au plus près à la réalité), on pouvait encore faire mieux. À la condition expresse toutefois de rester crédible dans l’anticipation – d’où la bombe atomique lâchée par Trump sur de pacifiques Chinois qui s’abstiennent de répliquer, vu que Xi Jinping et le dalaï-lama, c’est kif-kif. Cette folie trumpiste détruira quand même l’économie mondiale, circonstances dans lesquelles une populiste blonde (Emma Thompson, impeccable dans l’ignominie) finit par emménager au 10 Downing Street. Pour cela, elle s’est appuyée sur un cabinet noir spécialisé d’abord dans les « fake news » puis, avec un souci de diversification louable, dans la gestion sous-traitée des camps de concentration où les réfugiés merveilleux sont déportés pour y être exterminés (le vrai programme de toute populiste blonde comme chacun le sait). Là, le producteur a demandé à s’isoler aux toilettes avec un rouleau de Sopalin en hurlant : « Strike ! »

Pour les créateurs de Years and Years, il est sans doute inconcevable – voire suspect – que l’on puisse hurler de rire des avertissements d’une tonne dont ils ont parsemé leur œuvre. Les dangers qui nous menacent sont dans l’ordre d’apparition à l’écran  : Trump, le capitalisme, l’indifférence au climat et l’hostilité aux migrations. Et ceux qui en doutent sont des salauds. Pour faire simple (et les scénaristes ont résolument pris cette option), si vous êtes pour l’expulsion d’un migrant, c’est que vous souhaitez la réouverture des camps de la mort. Le populisme, c’est Hitler saison 2. Là au moins, on comprend bien (alors que dans Chernobyl, il y avait parfois des trucs techniques avec l’atome et tout ça).

La bonne nouvelle, car il y en a quand même une, c’est que le djihadisme aura totalement disparu dès l’année prochaine, année du Super-Vivre-Ensemble. Years and Years, projection hyper réaliste dans la prochaine décade, nous épargne tous les poncifs stigmatisant. C’est bien simple, en six épisodes, il n’est jamais question d’islam ou de terrorisme. L’État islamique a disparu, voilà au moins un problème réglé. Décidément, ils sont forts ces British.

La mauvaise nouvelle, c’est que la fin laisse entrevoir une saison 2. Ces six heures de moraline m’ont personnellement suffi. Le progressisme ne semble pas plus disposé de l’autre côté du Channel qu’ici au compromis avec les ploucs inquiets de la porosité des frontières ou troublés par des conquêtes sociétales décoiffantes. Dans la foulée du réalisme socialiste soviétique, avec la même logique de rééducation des masses, le réalisme progressiste a trouvé avec Years and Years son mètre étalon.

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Catherine Deneuve interprète la mère de Cédric Kahn


Avec Fête de famille, qui sort le 4 septembre, Cédric Kahn nous présente sa vision de la famille. Une « histoire simple » racontée par un bon cinéaste, que demander de mieux ?


Un cinéaste qui dit qu’« il est facile d’être d’avant-garde, mais qu’il est difficile de raconter une histoire simple » ne peut pas être foncièrement mauvais. Et c’est bien le cas de Cédric Kahn qui, avec son nouveau film, Fête de famille, nous livre sa vision des relations familiales. Sujet rebattu donc, mais raconté ici avec une verve réjouissante. Le tout porté par une distribution aux petits oignons : de Cédric Kahn lui-même jusqu’à la décidément impériale Deneuve en passant par Vincent Macaigne et Emmanuelle Bercot. Le retour au bercail de la fille indigne et barrée qui a le culot de réclamer son dû vire au savoureux jeu de massacre. On pourrait tomber dans la caricature, l’outrance et le cliché, or c’est tout le contraire qui se passe. Plus le conflit se fait ouvert, plus la complexité de chaque personnage se fait jour. Une « histoire simple » racontée par un bon cinéaste, que demander de mieux ?

À lire: « La Prière », un film catholique de Cédric Kahn

Causeur: Le niveau baisse!

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Bienvenue dans l’âge bête, PMA, Ayyam Sureau, guerre économique Chine-Etats-Unis, Jonathan Coe: notre numéro de septembre est en vente.


« En dehors de quelques peuplades vivant en autarcie comme les doctorants en sociologie et les journalistes-de-gauche, le sentiment que la sottise, la vulgarité et l’inculture progressent est-il très largement partagé, de ma boulangère, dont les vendeurs ne savent plus compter la monnaie, à Marcel Gauchet, que sa foi, jusque-là inébranlable, dans l’élévation par la connaissance ne protège plus contre le désenchantement », diagnostique Elisabeth Lévy en introduction de notre nouveau numéro.

Laurent Alexandre et Antoine Compagnon

Pour Causeur, certains signaux ne trompent pas : le nivellement par le bas atteint tous les secteurs de la vie quotidienne, de la richesse du langage aux capacités de concentration. Que le coupable s’appelle Q.I, informatique, école, ou tout cela à la fois, le constat justifiait amplement tout un dossier. Dépérissement de la langue, perte de la syntaxe, abandon de la culture générale : notre espèce redescend la pente du progrès intellectuel. Darwin, au secours !

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D’après le spécialiste de l’intelligence artificielle Laurent Alexandre, que nous avons l’honneur de publier, 50% des inégalités de Q.I seraient d’origine génétique. Or, notre système éducatif se révèle incapable de corriger les inégalités dans l’héritage génétique qui conditionne une bonne part de notre intelligence. Ce qui condamne les enfants des classes populaires à la relégation culturelle – donc sociale.

Interrogé dans nos colonnes, le professeur au Collège de France Antoine Compagnon nuance quelque peu nos analyses en se félicitant de la démocratisation de l’enseignement et refuse d’idéaliser l’école de la IIIe République, réservée à une élite. Mais ce fin connaisseur de Proust, Montaigne ou Descartes déplore la perte des fondamentaux. Y compris chez les professeurs. L’agrégée Corinne Berger s’insurge d’ailleurs, dans une lettre ouverte à l’inspecteur d’académie, contre l’obligation faite aux enseignants de surnoter des copies indigentes. Une fausse bienveillance qui cache un vrai mépris.

L’inintelligence de la main

Jusqu’au sommet de nos grandes écoles, la culture générale a mauvaise presse. Après avoir renoncé à évaluer la culture générale des candidats, les jurés du concours d’admission à l’ENA prennent conscience de son importance, démontre Gil Mihaely qui a épluché les rapports de jury successifs.

Nul ne sera étonné que notre ami normalien Pierre Mari s’afflige du niveau des salariés adultes élèves des formations qu’il dispense. Vocabulaire indigent, syntaxe plus qu’incertaine, orthographe erratique en font des Français quasi-étrangers à leur propre langue.

Comme le décrit Ingrid Riocreux, leurs enfants savent de moins en moins tenir un stylo à force de manier tablettes tactiles et manettes de jeu. Leur manque de force et de dextérité dans les doigts désespère les professeurs et nécessite une rééducation par des grapho-pédagogues.

Quant aux politiques culturelles, entre Malraux et Lang, nos gouvernants, y compris de droite, ont (mal) choisi. Plutôt que d’encourager la transmission du patrimoine français, l’Etat met sur un même plan Picasso et Koons, suggérant que tout se vaut.

L’ombre portée de Trump 

Passons aux actualités. Pas encore votée, la PMA serait-elle déjà adoptée ? Pour trancher dans le vif, nous faisons débattre deux esprits déliés par articles interposés. La professeur de droit public Anne-Marie Le Pourhiet dénonce un projet de loi qui tourne le dos à l’éthique. Soumis au diktat des associations féministes et LGBT, ce texte crée un droit à l’enfant pour satisfaire des caprices individuels. Alain Neurohr lui répond qu’il serait vain de s’y opposer au nom de grands principes.

De l’autre côté de l’Atlantique, les Etats-Unis mènent une drôle de guerre économique contre la Chine… à moins que ce soit l’inverse. Au fond, la montée des tensions commerciales entre Pékin et Washington est la conséquence d’une redistribution des cartes de la puissance. Jeremy Stubbs brosse le portrait de Robert Lighthizer, conseiller commercial du président américain et apôtre d’un néoprotectionnisme de choc.

De mon côté, je vous emmène en reportage sur les bords de l’Adriatique. Au nord-est de l’Italie, le grand ensemble de Rozzol Melara abrite 1200 locataires en périphérie de Trieste. Objets d’un plan de requalification, ces HLM avec vue sur mer ne connaissent ni l’insécurité ni l’immigration massive de nos banlieues même si la souffrance sociale y est vive.

Retour dans l’hexagone. Elisabeth Lévy a interviewé Ayyam Sureau, fondatrice de l’association Pierre-Claver qui oeuvre à l’intégration des réfugiés. Loin du laxisme dominant, cette femme engagée invite les bénéficiaires du droit d’asile à assimiler les us, mœurs et coutumes qui font l’art d’être français.

Le roman du Brexit

Côté culture, Jérôme Leroy célèbre Jonathan Coe. L’auteur du Cœur de l’Angleterre raconte le Brexit en mêlant les destins individuels à l’actualité. Une  méditation drôle et douce-amère sur une identité anglaise en pleine crise. British toujours, la série Years and years, que Stéphane Germain dégomme gentiment. Du néoféminisme au culte des migrants, cette œuvre de la télévision publique britannique s’efforce de cocher toutes les cases politically correct. Enfin, l’écrivain Kamel Bencheikh nous offre une visite à Sétif. Dans la ville-symbole du nationalisme algérien, le patriarcat arabo-musulman se porte bien. Il y est hélas acquis que l’homme a tous les droits quand la femme n’a que des devoirs.

Pour réussir votre rentrée, n’oubliez pas les chroniques de Jean-Paul Lilienfeld, L’Ouvreuse, Roland Jaccard, Peggy Sastre, le « moi » de Basile. Mais oui, mais oui, les vacances sont finies.

>>> Lire le magazine <<<

Petits spleens numériques

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La guerre des intelligences

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#NousToutes, je suis désolée, mais ça sera sans moi!

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Elisabeth Lévy propose une chronique chaque matin à 8h12 sur Sud Radio. Pour la première, la redoutable directrice de Causeur a tenu à parler aux auditeurs d’un message qui lui est parvenu sur son email récemment…


Je voulais vous parler d’un message que j’ai reçu il y a quelques jours. Il émanait du collectif #NousToutes. Ce message m’appelait à manifester pour le centième féminicide.

Lequel n’avait donc pas encore eu lieu à ce moment-là, puisque les associations recensaient alors 96 femmes tuées par leur conjoint. Quoi qu’il y ait des incertitudes sur les chiffres.

« Allez plus que trois et on sort les banderoles les filles »

Je reçois donc ce texte et en gros ce qui était dit, c’était « Allez plus que trois et on sort les banderoles les filles ». Alors ce n’est pas moi qui suis cynique. Je trouve que ce texte qui m’invitait à communier autour d’une victime qui n’avait pas encore d’existence fleurait le cynisme tranquille qui va d’ailleurs avec toutes les bonnes causes : la défense des femmes comme celle des ours polaires.

A lire aussi: Les vacances d’Homo Festivus

Nos militantes n’ont pas attendu trop longtemps puisqu’alors que le Grenelle des violences conjugales commence mardi, on a malheureusement découvert samedi à Cagnes-sur-Mer le corps martyrisé de la centième victime. Et avant même qu’on connaisse son nom, et avant même d’ailleurs que l’on sache avec certitude dans quelles circonstances elle avait été assassinée, une centaine de militantes se sont réunies dimanche soir place du Trocadéro à Paris pour dénoncer la prétendue inaction du gouvernement et réclamer bien sûr des moyens adaptés… En l’occurrence, elles demandent un milliard pour les associations. Ce qui n’est pas rien.

À lire: Comment le mot « féminicide » nous est imposé

Bon, ces cent femmes et les autres sont un sujet sérieux et méritent forcément justice, mais on ne va pas leur rendre cette justice en leur parlant de féminicide. Pourquoi ? Parce que ce terme tant véhiculé est un mensonge et peut-être même un double mensonge éhonté. Tout d’abord, il suggère par homophonie que les femmes en France seraient menacées par un génocide. Alors je suis désolée, puisqu’on nous donne des chiffres toute la journée, au risque d’avoir l’air sans cœur, il faut revenir aux chiffres. 120 à 134 cas par an ça représente 0,00005% de femmes françaises qui meurent chaque année sous les coups d’un proche (…)

Les crimes passionnels n’ont plus droit de cité

[Donc] je ne sais pas dans quel monde on voit ça, mais pas en France. Prétendre cela, comme le font les associations, comme le font des écrivains, des intellectuels et comme le font des dizaines de journalistes, c‘est confondre la déviance qui est déjà condamnée par la loi et par la société et la norme à laquelle se conforme l’écrasante majorité des hommes de notre pays. Mais la deuxième chose, c’est que si vous enfermez toutes ces tragédies individuelles sous un même bocal, vous niez la singularité de ces femmes et de leur histoire. Dans la plupart des cas, un homme ne tue pas une femme parce qu’elle est une femme [parmi les autres NDLR]; sauf s’il est un serial-killer ou un pervers ; il tue une femme parce qu’elle est SA femme, parce que c’est une femme singulière avec qui il a une histoire singulière et pas forcément parce que cet homme est une brute épaisse… De plus, dans les cas recensés comme « féminicides« , on retrouve un nombre significatif de messieurs très âgés qui mettent tout simplement fin aux souffrances de leur compagne. Est-ce alors toujours un féminicide ? 

mailing-feminicide

« On ne tue jamais par amour » nous disent nos néo-féministes. Elles sont toujours prêtes à nous édicter des normes pour tous les domaines de la vie comme si elles détenaient la vérité sur les tourments et les mystères de l’âme humaine ! Aimer, c’est bien, c’est gentil et tuer est mal et méchant! 

Une nouvelle infraction?

Comme en plus elles sont convaincues qu’à l’école les garçons qui tirent les cheveux de leurs camarades finiront par tuer leur femme, elles demandent naturellement la création d’une infraction supplémentaire et, « l’instauration d’un programme d’éducation contre le sexisme », vous allez rire, « de l’école maternelle au supérieur. »

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Immigration, féminisme, écologie: le manuel de la bonne pensée

Que la justice, la police, les services sociaux et l’ensemble de la société améliorent la protection des femmes victimes de violence conjugale, qu’on les aide quand elles le demandent à quitter leur bourreau – ce qui n’est pas toujours le cas – tout ça est évidemment très bien. Mais je ne pense pas qu’on ait forcément besoin d’un grand raout pour le faire. 

Mais que cela passe par l’octroi de moyens supplémentaires aux associations… Pardon, mais ces associations-là font leur com’ en permanence sur la souffrance, et je trouve ça discutable. Transformer la tragédie de femmes assassinées en cause militante ce n’est pas honorer les victimes, c’est les instrumentaliser. 

Alors #NousToutes, je suis désolée, mais ça sera sans moi !

Cette chronique a été diffusée le 2 septembre sur Sud Radio.

Les Rien-pensants

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A la recherche de l’Eldorado européen

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Migrants à Lampedusa en Italie, juillet 2019 © Alessandro Serrano'/AGF/SIPA Numéro de reportage: 00915487_000012

Comme les aventuriers partis à la conquête de l’Amérique autrefois, nombre de migrants se ruent actuellement vers l’Europe. Non pas seulement parce qu’ils sont persécutés, mais parce qu’ils entrevoient notre continent comme un nouvel eldorado.


Les grands mouvements de population ont bien souvent pour trame de fond des mythes et des chimères bien plus que des réalités tangibles.  Il n’y a rien de rationnel à se jeter sur des barbelés tranchants à Ceuta ou à verser des fortunes à des bandits sanguinaires en Libye, comme il n’y a rien de logique à vouloir ouvrir nos ports à tous ceux qui traversent les frontières illégalement. Dans les deux cas, c’est du délire. Or, tout grand cataclysme migratoire semble avoir besoin d’un délire collectif pour advenir.

Il y a cinq siècles, les Européens se sont mis en tête de se jeter dans l’Atlantique dans l’espoir de rejoindre le Nouveau Monde. Tous ne fuyaient pas la misère et la persécution religieuse. L’immense majorité était mue par une pulsion irrésistible : faire fortune rapidement. S’emparer de l’or à tout prix.

Soif d’or

Aucun danger, aucune menace ni admonestation n’aurait pu dissuader les aventuriers en quête de l’Eldorado. Ibériques, Italiens, Français et Anglo-saxons étaient obsédés par cet empire baigné dans l’or, une terre lointaine semée de pierres précieuses et peuplée de gentils indigènes. Ces habitants natifs ou premiers étaient censés accueillir l’explorateur européen les bras ouverts pour lui offrir tous les délices de la terre promise.

A lire aussi: Les islamistes, passagers clandestins du progressisme

On doit l’exploration du Brésil aux bandeirantes de São Paulo, des colonnes d’aventuriers cruels et cyniques dont la seule préoccupation était de trouver l’Eldorado. Grâce à eux, la « civilisation » a pénétré au plus profond du territoire, au point d’atteindre le Pérou en remontant le cours du bassin de l’Amazone ! Or, les bandeirantes n’avaient que faire de propager la civilisation et le catholicisme, ils étaient pris par la fièvre de l’or. Ils croyaient en l’existence d’un royaume sublime où ils n’auraient eu qu’à se baisser pour ramasser les métaux précieux. Ils ne l’ont jamais trouvé car il n’existait pas.

Sans le vouloir, les bandeirantes ont aidé à fonder les villes du futur Brésil le long des fleuves et des vallées qu’ils ont dévastés, ils ont créé une nouvelle race par le viol et la polygamie, ils ont propagé l’agriculture car ils faisaient suivre les troupeaux de vache pour se nourrir et se vêtir. Autant de conséquences inattendues et non-désirées de leur obsession pour l’or et l’enrichissement immédiat.

Eldorado et « Dieu Blanc »

Les Indiens aussi avaient leur mythe et il a causé leur perte. Ils croyaient, du moins dans les premiers temps, à l’idée du « Dieu Blanc » ou « fils de Dieu », une dangereuse illusion qui les as poussés dans les bras de leurs futurs bourreaux. Les récits des missionnaires et des aventuriers du XVIe siècle décrivent la spontanéité et la bienveillance avec laquelle les tribus indiennes (surtout au Brésil) ont accueilli les Européens. Nous connaissons tous la suite : génocide, esclavage et déportation.

Au bout du compte, ni le mythe de l’Eldorado ni celui du « Dieu Blanc » n’ont été d’une quelconque utilité à ceux qui les ont crus et défendus. L’or des Amériques a enrichi les couronnes d’Espagne et du Portugal tandis que les chercheurs d’or sont morts dans l’anonymat. Et les Indiens ont cédé la place à une population nouvelle.

A lire aussi: Aïd El Kébir: l’Etat doit encadrer l’abattage rituel

Ces illusions (qui nous semblent ridicules et risibles avec le recul) ont permis de déplacer des populations sur des milliers de kilomètres et de les installer dans des écosystèmes qui leur étaient a priori hostiles. La folie de l’or et la folie des Indiens ont aidé à forger un monde nouveau que nous nommons Californie, Mexique et Brésil.

Vous me voyez venir. L’énorme mouvement migratoire de notre époque, celui qui va repeupler l’Europe Occidentale, est lui aussi porté et animé par des mythes puissants. Lesquels ?

La ruée vers l’Europe

Chez les candidats à l’émigration, on trouve une croyance commune dans le mythe d’une Union Européenne sublimée. Une terre d’abondance débarrassée des aléas de la condition humaine : la frustration, la douleur et la peur de la mort. Chimère ridicule, mille fois dénoncée dans les médias mais qu’aucun démenti ne semble atteindre. Par milliers cet été, ils se sont jetés dans la Mer Méditerranée et se sont faits subjuguer par des trafiquants en Libye et en Grèce. Gestes désespérés qui évoquent la témérité des explorateurs ibériques et italiens d’antan qui se lançaient dans la traversée de l’Atlantique en dépit du bon sens. Il y a tout de même une différence de taille : à l’époque, on donnait sa vie pour une fortune fulgurante, aujourd’hui, on se noie pour une Carte Vitale. Christophe Colomb et Américo Vespucci voulaient la richesse et la gloire, les migrants d’aujourd’hui aspirent au confort et à l’anonymat de l’Etat-Providence. A chaque époque, son souffle vital.

Bien entendu, les portes doivent demeurer ouvertes devant les véritables réfugiés, personne n’en doute. Mon propos s’intéresse à ces milliers de jeunes, en bonne santé, capables de marcher 5000km mais incapables de défendre leur village contre une poignée de voyous en Toyota. Soyons sérieux : la plupart des candidats à l’émigration ne fuient pas les persécutions. Ils courent après une chimère qui a pour nom : l’Europe.

Un accueil favorable

Du côté des autochtones, une autre chimère, très puissante elle aussi, domine les esprits et leur commande de désirer l’immigration. Il s’agit de la doctrine progressiste qui promeut le transfert des populations du sud vers le nord et excommunie quiconque ose douter de la sincérité de cet élan « humaniste ». Ce n’est rien d’autre qu’une fantaisie, une dangereuse fantaisie dont nous percevons le goût amer à chaque fait divers. Nous vidons le sud de sa jeunesse et de ses forces vives et nous tuons dans l’œuf tout espoir de réforme dans les pays d’origine. Ce faisant, nous instaurons une société fragmentée chez nous sans avoir la moindre idée de comment un monde multiculturel fonctionne. Pourtant, nous en avons eu l’expérience dans les colonies (en Algérie notamment) et durant nos voyages touristiques dans des terres où règne le sacro-saint vivre-ensemble comme l’Inde (terre de castes) et le Liban (qui vit sur la corde raide à force de méfiance entre les communautés).

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Peu importe la vérité au fond, l’erreur parle plus fort car elle est servie par des intellectuels de renom et des élites au prestige inébranlable. Le mot clé est bien Prestige, ce que Gustave Le Bon définissait comme : « une sorte de domination qu’exerce sur notre esprit un individu, une œuvre, ou une idée. Cette domination paralyse toutes nos facultés critiques et remplit notre âme d’étonnement et de respect. »

Fête sur la plage et tsunami migratoire

Le prestige est la matière première qui manque cruellement à tous ceux qui doutent de ce monde merveilleux qui advient. Le pétrole de la domination est le prestige, ressource mal-répartie qui a transformé nos chers maîtres progressistes en rois du pétrole.

Comment gagner ce prestige alors que tous ceux qui pensent librement sont susceptibles d’être taxés de propager les fake news et que toute sortie de route peut provoquer la mort sociale de son auteur ? Vous voyez bien que le système agit sur le nerf de la guerre : le prestige, ce Saint Graal réservé à une poignée de collaborateurs prêts aux dernières extrémités pour défendre les chimères du moment. Ils sont capables de faire la fête sur la plage alors que le tsunami se profile à l’horizon. Si besoin, ils composeront une ode à la gloire de la « montée des eaux » voire un pamphlet pour se moquer des lanceurs d’alerte.

Comment ont fait nos aïeux pour renverser la table ? Nous ne sommes pas les premiers à faire face à un mythe puissant retranché derrière un mur de déni. Avant nous, les maîtres de la Renaissance italienne ont dû fendre la carapace imposée par l’Eglise qui monopolisait alors les « gisements » de prestige et de crédibilité. Sans hésitation, Machiavel, Raphael et Botticelli se sont jetés sur le passé grec et romain pour s’attribuer un peu de son prestige car même leurs contemporains « barbares » savaient s’incliner devant la splendeur antique. Chaque page, tableau et sculpture de la Renaissance, a rendu hommage à l’Antiquité qui, telle une pluie dorée, a rejailli sur les artistes leur donnant une aura spéciale, presque divine. Nous connaissons la suite puisque notre monde (ou ce qui en reste) doit tout à la Renaissance.

Il y a peut-être dans le passé une période qui pourrait nous attribuer ce supplément de prestige qui nous manque tant ? Reste à deviner laquelle.

La Serbie et la France, une amitié retrouvée?

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Visite officielle d'Emmanuel Macron à Belgrade. Le Président Aleksandar Vucic acceuillant le présient français Emmanuel Macron au moment de son arrivée à l'aeroport de Belgrade, le 15 juillet 2019. Oksana Skendzic/SIPA/1907151744

Le 15 juillet dernier, Emmanuel Macron faisait une visite d’Etat à Belgrade. Elle était très attendue car depuis Jacques Chirac aucun Président français ne s’était rendu en Serbie. En outre, il avait à deux reprises décommandé sa venue.


Pour les Serbes, quelques années seulement après la renaissance de leur Etat (2008), la visite d’un chef d’Etat français revêtait la plus haute importance. Pour la France aussi, qui avait délaissé cette région depuis quelques années, avec par exemple une décevante septième place d’investisseurs étrangers, derrière des pays concurrents comme l’Italie ou l’Allemagne, il fallait rattraper le temps perdu.

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L’accueil par la Serbie officielle a été au-delà des espérances. Comme au beau vieux temps de la Yougoslavie, une emphase et un décorum digne des meilleurs régimes socialistes accueillait Emmanuel Macron. Depuis l’aéroport Nikola Tesla (récemment racheté par Vinci) jusqu’au cœur de Belgrade, des drapeaux serbes et français se hissaient sur chaque lampadaire. Dans la capitale, de très nombreux panneaux publicitaires avaient été réquisitionnés par le gouvernement afin de souligner l’amour des Serbes pour la France. En lieu et place de slogans commerciaux, les Belgradois ont eu droit une semaine durant à des marques d’affection de la Serbie à la France. Derrière des méthodes encore empreintes d’une naïveté toute balkanique, perçait l’amitié franco-serbe forgée lors du front de Salonique au temps de la Première guerre mondiale. Les Serbes vouent encore, à grand renfort d’émotion, un attachement et une gratitude incommensurables à l’Armée française d’Orient qui, sous le commandement du maréchal Franchet d’Esperey, leur a permis de sauver leur patrie en 1918.

Malgré ce retour en Serbie, la France à la traîne des autres puissances

Ce n’est donc pas surprenant que durant ces deux jours de retrouvailles au plus haut niveau, les moments clés aient été la visite au cœur du parc du Kalemegdan, face à l’Ambassade de France, au monument où est inscrit «nous aimons la France comme elle nous a aimés», fait unique au monde de la marque d’affection d’un peuple envers un autre, mais aussi au cimetière militaire français où 375 Poilus d’Orient reposent en paix, symbole du sacrifice lié à la première victoire décisive de l’Entente.

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La question est à présent de savoir quelles seront les retombées de cette visite officielle du Président de la République. Arrivé comme tous les présidents français avec une bardée de chefs d’entreprises, on s’attendait à la signature d’accords commerciaux et économiques d’envergure. Mais on a très vite déchanté. A part des accords culturels sur la francophonie et d’autres très techniques sur des échanges militaires, aucun accord économique d’envergure ne pointe à l’horizon.

Pékin va finir par nous barrer la route

Comme l’a très bien dit mercredi 28 août l’ancienne diplomate française devenue Présidente de la Géorgie, Madame Salomé Zourabichvili, « les chefs d’entreprises français sont très frileux ». En face, les Chinois avancent à grandes enjambées dans leur projet de «routes de la soie» (rachat de plusieurs mines et usines, construction d’autoroutes. Quant aux Russes, ils ont multiplié tout l’été des accords militaires et ferroviaires.

En fait, la France officielle a compris que le retard pris depuis quelques années dans cette région allait mettre du temps à être comblé. Comme nous l’a déclaré Monsieur Mondoloni, Ambassadeur de France à Belgrade ces deux dernières années, « nous sommes absents de la région depuis 2010 ». Malgré cet déplacement exceptionnel et le fort sentiment de francophilie dans la population et le gouvernement serbes, il sera difficile de remplacer les géostratégies chinoise et russe à l’œuvre en Serbie.

Géopolitique de la Serbie

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A propos de la mobililisation générale contre les violences conjugales

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Elisabeth Lévy © Hannah Assouline

Elisabeth Lévy commente le « Grenelle des violences conjugales », la bonne cause du moment lancée par le gouvernement.


La roue de l’actualité tourne, et elle pointe chaque jour sa flèche vers la bonne cause du moment. Après la semaine de l’ours polaire et avant le mois de la PMA, nous voilà en pleine quinzaine des violences conjugales. Enfin, des violences conjugales visant les femmes – qui constituent certes une très large majorité des cas mais pas l’intégralité. À en croire Le Monde, les hommes représentent 27% des victimes de violences conjugales et 17% des cas mortels. Ces victimes là n’ont pas l’heur de nous plaire. Un titre pêché au hasard sur France Info résume l’état d’esprit de la corporation médiatique à ce sujet : «Violences conjugales : plus d’hébergements pour les femmes, plus de sanctions pour les hommes.» C’est donc bien la masculinité qu’il s’agit de réprimer. Et tant pis pour l’écrasante majorité des hommes qui, pour rien au monde, ne lèveraient la main sur une femme. Considérés comme des cogneurs, voire comme des meurtriers en puissance, ils devront, si on suit la demande « des associations », entité mystérieuse qui semble désormais être l’un des piliers du pouvoir exécutif, être rééduqués contre le sexisme de la maternelle à l’université.

Le 3919 à l’assaut de la masculinité toxique

Ce 3 septembre 2019, judicieusement choisi pour coller avec le 3919, numéro d’appel d’urgence pour les victimes, pas une radio, pas une télé, pas un quotidien n’a manqué à l’appel avec des unes-choc ou pleines d’humanité. Toute la journée, au mépris de l’évidence, on a claironné que les victimes mouraient de notre silence et de notre indifférence. Il est vrai que personne ne parle jamais des souffrances des femmes. Le patriarcat vous dis-je.

Qu’on m’épargne les sermons : le martyre de femmes – et d’hommes, donc – vivant dans la violence et la peur est évidemment digne de notre compassion et d’une mobilisation des pouvoirs publics. Sauf qu’on avait surtout l’impression d’assister à une pièce de théâtre dont l’aspect tragique était gommé par la médiocrité de comédiens rivalisant de mines graves et de grandes envolées. Ministres, journalistes, experts : à part les victimes elles-mêmes dont les témoignages sont poignants, chacun parlait et se comportait comme s’il y avait en France un parti de la violence conjugale auquel il s’agissait de résister intrépidement. Or, même les coupables ne sont pas des militants de leur crime et, au risque de choquer tous ceux qui aiment réduire la vie humaine à des équations (du premier degré), on peut supposer que nombre d’entre eux, qui frappent sous l’emprise de la colère, de l’alcool ou des deux réunis, se haïssent pour leur geste. Les partisans de l’excuse pour les terroristes qui ont eu une enfance malheureuse ne se demandent jamais, d’ailleurs, si un mari violent est déséquilibré ou s’il a été violenté dans sa jeunesse.

L’action militante prend son sens dans la conflictualité. On n’appelle ses troupes au combat que quand il y a un ennemi à défier – patron, président, Manif pour tous. Le recours au lexique de la mobilisation générale pour défendre une cause avec laquelle tout le monde est d’accord suscite donc à la fois le malaise et l’envie de rire. Nous sommes tous convaincus que tout doit être fait pour aider les femmes prisonnières à fuir et à recommencer leur vie, que les sanctions doivent être exemplaires. À l’évidence, nos lois existantes ne sont pas bien appliquées, les mesures adoptées ne sont pas bien mises en œuvre. C’est le cas dans nombre de domaines, mais dans celui-là, il y a urgence. Tout cela relève du bon sens et de la raison administrative. Certes, un coup de projecteur peut stimuler cette dernière. Reste que cette débauche de grands sentiments n’avait pas pour objet de convaincre, mais peut-être justement de nous ressouder autour d’un ennemi commun qu’il est si facile de haïr.

C’est qui l’patron?

On publie avec gourmandise des vidéos datant de 30 ans dans lesquelles des hommes parlent en rigolant de frapper des femmes. Mais aujourd’hui, même le pire des fachos, des réacs ou des machos ne déclarerait pas face caméra qu’il est bien normal de cogner de temps en temps pour faire comprendre qui est le patron. Il faut donc se féliciter du chemin parcouru et bien sûr, s’efforcer de progresser encore. Cependant, la croyance que l’on pourra, par l’éducation, la loi et la réprobation sociale, éradiquer complètement le mal, est pour le moins naïve. Si, à l’exception des dictatures, on ne connaît pas de sociétés sans crime, c’est peut-être que la possibilité de celui-ci est comprise dans le programme, autrement dit que la condition humaine a partie liée avec le mal. Désormais, la société ne considère plus la violence à l’endroit des femmes comme normale. Restent les individus, avec leurs histoires, leurs turpitudes, et leurs fêlures. Et ça il faut craindre – ou peut-être espérer, je vous laisse juge – que ça ne disparaisse pas.

En attendant, hommes et femmes, nous savons désormais qu’ «un homme ça s’empêche.» Et ceux qui ne s’empêchent pas se mettent en dehors de la loi commune. On s’étonne donc de découvrir que certaines militantes prônent la tolérance zéro contre les violences faites aux femmes mais se montrent très tolérantes avec le burkini. Revêtir un burkini, une burka (ou un jogging informe) pour ne pas susciter la concupiscence des hommes, c’est admettre d’avance qu’un homme ça ne s’empêche pas. Alors votons des lois, prenons des mesures, débloquons des fonds. Mais n’oublions pas que la meilleure protection contre les violences conjugales, c’est la liberté des femmes et le droit qu’elles ont conquis de se montrer sans se donner.

Villani, Macron: l’uberisation de notre vie politique s’accélère

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Cédric Villani devrait annoncer aujourd'hui sa candidature à la Mairie de Paris © UGO AMEZ/SIPA Numéro de reportage: 00872877_000007

Jour de fête pour Anne Hidalgo et Rachida Dati !


Ce mercredi, les deux représentantes de l’Ancien monde dans la capitale, Hidalgo et Dati, ont dû mettre le champagne au frais. La candidature de Cédric Villani, en sus de celle de Benjamin Griveaux, portera à deux le nombre des candidats issus la majorité. Santé, mesdames !

La campagne à Paris

Les conséquences de la candidature du célèbre mathématicien, député LREM de l’Essonne, sont multiples dans le cadre de la campagne municipale qui s’annonce à Paris. La pression sera grande sur Pierre-Yves Bournazel, qui se voyait bien candidat au mois de mars prochain, pour le compte des ex-LR Macron-compatibles d’AGIR, représentés au gouvernement par le ministre de la Culture Franck Riester. De même, il ne reste plus beaucoup d’espace pour les écologistes d’EELV, puisque Cédric Villani semble déterminé à faire de l’environnement l’axe central de sa campagne et qu’Anne Hidalgo, connue pour ses positions clivantes sur le sujet, devrait bénéficier de son statut de sortante. Quid, également, de la candidature de Gaspard Gantzer, flanqué aujourd’hui d’Isabelle Saporta, très proche d’Yves Jadot ? Bref, la candidature de Villani rebat complètement les cartes d’une campagne et la victime principale de cette décision est bien la Macronie au sens le plus large du terme.

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Car, Emmanuel Macron, l’élu des métropoles françaises, comptait énormément sur la prise de Paris. Et il se retrouve dans la situation de Valéry Giscard d’Estaing en 1977, lorsque Jacques Chirac avait annoncé sa candidature face à Michel d’Ornano, candidat officiel de l’Elysée. Mauvais présage. Le président de la République récolte en partie ce qu’il mérite. Le choix de Benjamin Griveaux aux dépens de Cédric Villani apparaît un mauvais choix tant les Parisiens attendaient la candidature d’une personnalité dénuée d’arrogance et d’égocentrisme, après le mandat d’Anne Hidalgo. Il n’y avait en fait qu’une seule personne capable d’apparaître plus antipathique qu’Hidalgo et Emmanuel Macron l’a désignée. De plus l’unanimité de la commission d’investiture de LREM a été reçue comme une humiliation publique par l’ancien récipiendaire de la Médaille Fields.

Par temps d’uberisation, on surveille son langage

Les propos privés de Benjamin Griveaux sur ses divers concurrents n’auraient sans doute pas eu un tel succès s’ils ne collaient pas parfaitement avec la manière dont il est perçu non seulement à Paris mais dans la France entière. Ses déclarations sur « la France qui fume des clopes et roule au diesel », prononcées à la veille du mouvement des Gilets jaunes résonnent aussi encore dans la tête de nombreux Français. Evidemment, nous préférons le temps où les propos privés demeuraient privés. Et nous sommes conscients que ce genre de mots d’oiseaux pour qualifier les adversaires n’est pas réservé à l’ex-porte-parole du gouvernement. Mais après tout, n’est-il pas le représentant de ce Nouveau monde où la transparence est la règle ? Et le fait qu’ils aient été dévoilés ne démontre-t-il pas que son entourage proche – qui est forcément responsable de la fuite – n’est lui-même pas très emballé par sa candidature ?

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Mais cette dichotomie Nouveau monde vs l’ancien n’est pas mise à l’épreuve qu’à l’occasion de ces fuites malencontreuses. Qu’est ce qui motive ainsi Cédric Villani à ignorer superbement la décision de la Commission d’investiture et mépriser les menaces d’exclusion de LREM qui pèsent sur lui ? Depuis les débuts d’En Marche, il était clair pour tout le monde que ce mouvement se montrait différent des autres. On y adhérait avec un simple clic sur Internet. Finis, les vieux partis et leurs « compagnons » d’un côté ou les « camarades » de l’autre. La Macronie s’est construite sur la disparition des « rigidités » dans la société en général et dans la vie politique en particulier. LREM était aux chauffeurs privés ce que les taxis étaient à LR et au PS. Le parti de l’uberisation. On adhère en un clic, on part en un clic. Bien entendu, dès le président élu et la transformation d’EM en LREM, les statuts ont évolué. Dès la majorité installée, on a écrit des règlements où la vieille discipline des vieux partis de l’Ancien monde était de mise. On a vu ainsi la députée Agnès Thill se faire virer pour déviance de la pensée sur les sujets sociétaux.

Quand la Macronie déraille

Depuis longtemps LR et PS ne se comportaient plus ainsi. La comparaison avec les parlementaires « godillots » de la majorité gaulliste a pu être faite. Sans doute la majorité macroniste tient davantage cette volonté de discipline du monde impitoyable de la banque d’affaires que de l’organisation militaire à la gloire d’un Grand homme, fut-il le général de Gaulle, à l’époque des fameux « godillots ».

La candidature de Villani est donc symbolique de cette contradiction macronienne. On ne peut pas d’un côté prôner l’uberisation, la souplesse et pratiquer de l’autre une discipline de fer et l’autorité du Chef. Il faut choisir. Quand il est établi dès le début que l’on peut entrer et sortir facilement d’un parti, la menace d’exclusion se transforme en un marteau-pilon pour écraser une… araignée.

Tarantino: il était une fois l’Amérique

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© 2019 Sony Pictures Entertainment France

C’est au tour de l’écrivain amateur de dérapages incontrôlés Thomas Morales de nous donner son avis sur le dernier film de Tarantino.


Quand les intellectuels analysent le cinéma, ils mettent toujours leur névrose et leurs lacunes dans la balance. Leurs comptes rendus tiennent plus du jugement que de la critique éclairée. Le débat les agite plus que les mouvements de la caméra. Ils sont imperméables au divertissement. Pur. Bagarreur et charmeur. Lumineux et tendre. Au plaisir simplement adolescent de passer un après-midi avec des filles en mini-jupes, au milieu de bastons picaresques et d’enchaîner les dérapages contrôlés au-dessus de L.A.

Relire: Il était une fois un navet à Hollywood…

Donnez-moi un cheval mustang, un gros ceinturon et des Ray-Ban fumées, je serai le plus heureux des hommes. Ces gens-là cherchent le sens caché et débusquent les arrière-pensées du réalisateur. Ces fouineurs de l’inconscient se vivent comme des justiciers subliminaux. Ils pensent toujours trop haut et visent souvent à côté de la cible. Ces piètres cowboys de la plume ont perdu leur innocence gamine. Il faut aller au cinéma, vierge de toutes représentations, se laisser happer par le spectacle, croire le faux pour s’échapper juste quelques minutes des mains de nos bourreaux. S’extraire d’une réalité patibulaire, un instant seulement. Le temps de respirer et d’oublier la vacuité du quotidien. Car dehors, les affreux rôdent, la laideur s’étale partout un peu plus chaque jour, seul l’imaginaire nous raccroche à la vie. Alors que l’on ne vienne pas gâcher ma séance avec un fatras de constructions plus ou moins bancales ! Les babyboomers inconséquents et ahuris me comprennent. Ils ont gardé une capacité intacte à s’émouvoir devant la société de consommation, celle d’avant, elle était tellement désirable et inutile. Il y avait quelque chose de naïf dans le capitalisme triomphant d’avant les crises pétrolifères, une attitude un peu absurde et bravache face aux événements. L’espoir vibrait même dans les cœurs les plus secs.

A lire aussi: Non, le dernier Tarantino n’est pas un navet !

Le dernier Tarantino n’a pas échappé à un déluge de commentaires philosophico-narcissiques aussi dérangeants que les « mea culpa » médiatiques. Certains y ont vu une dénonciation du système hollywoodien, les ravages de la célébrité forcément éphémère, d’autres les ferments d’une nostalgie sous-jacente et même une apologie du mâle blanc vindicatif. Et si on arrêtait d’idéologiser et de profiter des images qui cascadent sur l’écran. Je m’en abreuve jusqu’à plus soif. Bien sûr, nous pourrions discuter de la faiblesse ou non du scénario, des raccourcis et de certaines pesanteurs ou bien des trucs de mise en scène. Mais enfin, le spectateur, nous tous réunis, pas le spécialiste, l’homme de la rue ne peut nier que cette fabuleuse cavalcade a des effets euphorisants. Appelez-ça comme vous voudrez, facilité, clientélisme, sirop délectable d’une Amérique pleine de contradictions et de bonbons mercantiles. Barbe à papa dont on se pourlèche les babines. J’ai été biberonné à cette mythologie-là. Pardonnez-moi. La mondialisation aime le repentir et la flagellation. J’aime les moteurs V8 à essence qui glougloute et les blousons en cuir burinés. En sortant de la salle, j’avais une envie folle de me déguiser. Comme si cette publicité extralarge Ralph Lauren pour l’été 69 facétieuse et assez maline irriguait mon cerveau acheteur. Tarantino sait tout filmer. Les corps dans leur expression la plus stricte, une époque d’avant les bistouris magiques et les anabolisants. Pas de faux pectoraux et de boobs à l’hélium. Et puis ce soleil californien qui brûle et fascine par son côté ambivalent, destructeur et tentateur à la fois.

Pour vous inciter à aller voir « Once Upon a Time …in Hollywood », je ne vous parlerais pas du jeu des acteurs, ce serait leur faire offense. Ils sont au sommet. Pitt est phénoménal, DiCaprio dantesque et Margot Robbie Platinum. À la Prévert, j’égrènerai des sésames pour que vous vous retrouviez propulsés sur la Côte Ouest à la fin des années 60 : un tee-shirt à l’effigie d’une marque de bougies, des mocassins d’indiens, des « Flying Jacket » de la Seconde guerre de Type A2, un coupé Cad jaune poussin, une 911 noire corbeau, une Karmann Ghia délavée, une p’tite MG comme la chantait Richard Anthony, une Mercury Cougar très féline, une chemise hawaïenne, une Mansion avec des Bunnies, des Pool Parties, des cocktails vintage, un Boeing de la Pan Am, etc.. L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai prophétisait Joe Dassin et bien, avec Quentin, je l’ai vue de mes yeux !

Once Upon a Time…in Hollywood de Quentin Tarantino (actuellement au cinéma)

Éloge de la voiture

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« Les coulisses des mosquées en Suisse ne sont pas reluisantes »

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Saïda Keller-Messahli ©Giorgia Mueller

Entretien avec Saïda Keller-Messahli, auteur de La Suisse, plaque tournante de l’islamisme. Elle a également fondé en 2004 à Zurich le Forum pour un Islam progressiste.


Martin Pimentel. Vous proposez avec La Suisse, plaque tournante de l’islamisme, un petit essai fort érudit sur l’islamisation de la partie germanique de l’Europe. Pouvez-vous indiquer à nos lecteurs quel est votre parcours personnel?

Saïda Keller-Messahli. Je suis née en Tunisie dans une famille d’origine berbère au lendemain de l’indépendance du pays. Nous étions dix. Mon père était paysan chez un grand propriétaire terrien français. Lorsque j’ai eu 5 ou 6 ans il a perdu la vue et ne pouvait plus travailler. Grâce au colon français, nous les enfants étions scolarisés dans une des meilleures écoles primaires de l’époque: une école menée par un ordre de sœurs catholiques françaises. C’est à travers cette école et l’organisation « Terre des Hommes »  que j’ai été envoyée en Suisse à l’âge de 7 ans. En Suisse, j’ai passé 5 ans de mon enfance chez une famille suisse alémanique protestante. Ce contact précoce avec d’autres religions, d’autres cultures et d’autres langues m’a marquée pour toujours. L’autre ne m’a jamais été étranger. En revenant à Tunis plus tard, j’ai fait un lycée français, le Lycée Carnot. Après le bac j’ai dû gagner de l’argent pour pouvoir faire des études universitaires en Suisse où je voulais retourner. J’ai alors travaillé comme hôtesse de l’air de la Saudi Arabian Airlines. Cette expérience était aussi très importante. Ensuite je suis partie à Zurich où j’ai fait des études de Lettres et de cinéma. J’y ai rencontré mon futur mari, psychiatre et psychanalyste, enfant d’une famille protestante. Nous avons eu deux fils et la mort nous a séparés en 2006. J’ai travaillé dans plusieurs institutions culturelles, j’ai écrit, j’ai enseigné, j’ai participé à une mission internationale, je me suis engagée politiquement pour la Palestine d’abord et ensuite pour un Islam ouvert au temps moderne, humaniste.

En quoi l’islamisme que vous observez en Suisse diffère-t-il de celui observé en France ?

L’immigration des années 60 et 70 était constituée surtout d’Européens du sud, d’italiens, espagnols et portugais. La question religieuse ne se posait pas avec eux. En Suisse, nous avons d’autres dimensions géographiques que vous, vu que le pays est petit et décentralisé. En France, en revanche, l’immigration venait surtout des ex-colonies comme l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, l’Afrique subsaharienne et autres. Avec la montée de l’islam politique, jadis combattu par les régimes arabes autoritaires mais laïcs, ce phénomène s’est bien installé et réorganisé en France et ailleurs. Savez-vous que la première réunion des Frères Musulmans en Europe a eu lieu à Lugano, en Suisse ? Un grand groupe d’immigrés en Suisse est celui des Turcs. Et depuis la guerre de Yougoslavie, les nouveaux arrivants proviennent surtout de cette région. Donc pour résumer, les migrations des pays arabes en Suisse sont très minoritaires comparées à la Turquie et aux Balkans, au contraire de la France.

Quelles sont les inquiétudes que vous avez en Suisse et plus globalement dans le monde germanophone vis-à-vis de l’Islam radical?

Ce qui est transparent inquiète rarement. Mais il y a toute une structure opaque de fondations, d’associations, d’entreprises et de trusts liée à un islam politique rétrograde et agissant habilement derrière les associations de mosquées, que ce soit dans le domaine de la finance islamique, dans le domaine de la nourriture halal, dans le domaine du tourisme halal, des assurances halal ou encore dans le domaine de la charité islamique. Ces structures ont un caractère transnational et elles génèrent d’énormes sommes d’argent. Dans ce sens les associations de mosquées et de centres culturels n’en sont que la façade.

En Suisse il y a environ 400000 musulmans, ce qui correspond à 5% de la population, en Autriche on parle d’environ 700000, un chiffre qui a surtout évolué ces dernières années et qui représente 8% de la population, et en Allemagne environ 4,7 millions, donc environ 6% de la population totale.

Il faut évidemment faire la différence entre la population musulmane dont la grande majorité – plus de 80%! – ne fréquente pas de mosquée et une minorité organisée en mosquées, associations et faîtières nationales de mosquées. Cet islam organisé est le plus souvent lié à des structures internationales telles la Ligue Islamique Mondiale des Saoudiens ou à d’autres structures dans les pays d’origine qui les financent. Vu de près il s’agit le plus souvent de mouvements sectaires qui prétendent parler au nom de toute la population musulmane, alors que ce n’est pas vrai.

Vous racontez dans votre livre avoir été opposée à l’interdiction des minarets en Suisse, proposée il y a quelques années à la votation. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

C’était il y a dix ans, en 2009. En ce temps-là la plupart des mosquées suisses étaient construites dans des garages ou caves dans les zones industrielles, donc des lieux non seulement indignes pour le culte mais aussi semi-clandestins et non transparents. Je pensais qu’en permettant aux mosquées de construire un minaret on accentuerait la visibilité des mosquées, leur intégration sociale et donc aussi la transparence et le contrôle démocratique.

Vous parlez je crois « d’automortification » pour évoquer l’attitude de nombre de jeunes musulmans radicalisés ou de convertis. Qu’entendez-vous par là?

Littéralement le mot signifie « se faire mourir ». J’ai essayé de dire qu’en jetant un regard sur la biographie de jeunes gens musulmans ou convertis radicalisés on s’aperçoit qu’ils ont tous un point commun: ils n’ont pas su faire face à un moment d’échec dans leur vie. Ils semblent être incapables d’accepter l’idée que l’échec fait partie de la vie. De là on peut observer un mouvement qui leur est commun: la recherche de la violence ultime, de la mort, que ce soit tuer ou se faire tuer ou en termes sociaux, couper court avec la société dans laquelle ils ont grandi, mourir socialement en coupant tout lien, même avec les parents… C’est un acte d’une extrême violence symbolique – mais aussi envers soi-même.

Même si la « petite chronologie de l’histoire de l’islam » proposée en annexe du livre peut paraître aux yeux du lecteur comme peu encourageant quant à la possible inscription de la religion musulmane dans un cadre démocratique et pacifique dans l’Histoire, pensez-vous qu’une réforme de l’Islam sera possible dans les prochaines années ?

Je pense qu’un changement doit arriver parce que la violence au nom de l’Islam dont nous souffrons tous aujourd’hui a atteint un point de non-retour. J’observe aussi qu’il y a de plus en plus d’athées ou de convertis au christianisme dans des pays régis par la charia comme le Pakistan, le Soudan, l’Iran ou l’Afghanistan. Dans ces pays où la majorité de la population est très jeune, les choses changeront progressivement. En Iran par exemple les femmes qui ne portent pas le voile risquent vingt ans de prison. Et pourtant elles l’enlèvent et marchent ainsi dans les rues de Teheran, chaque mercredi.

J’ai beaucoup de sympathie pour l’écrivain algérien Boualem Sansal car il est fidèle à soi, il poursuit son chemin tel un traban dans son orbite mais je ne partage pas la vision apocalyptique de son roman 2084.

Je suis plus inspirée par la Déclaration de Fribourg de 2016. Cette déclaration est née du vœu de quelques amis musulmans germanophones de définir leur position publiquement et ouvertement. Elle contient en gros les mêmes idées formulées douze ans avant dans les statuts de notre forum pour un Islam progressiste en Suisse (2004). Les mêmes idées de liberté, de démocratie, de laïcité et d’égalité ont d’ailleurs été la base de la fondation de notre mosquée libérale à Berlin, la Mosquée Averroes-Goethe, que j’ai co-fondée avec des amies. Chaque vendredi nous y recevons des dizaines de visiteurs pratiquants qui viennent pour entendre un prêche intelligent et pour se recueillir, hommes et femmes, l’un à côté de l’autre, autour d’une prière paisible. Mais aussi pour discuter ensemble sans tabous et de façon critique de tous les sujets en relation avec l’Islam qui aujourd’hui posent problème et pour échanger sur comment y remédier.

Years and Years: toutes les cases du politiquement correct cochées

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La série anglaise Years and Years (2019), produite par la BBC. ©BBC

Selon France Inter, c’est la « meilleure série TV de l’année ». Causeur n’est pas exactement du même avis. Imaginant l’Angleterre de la prochaine décennie, Years and Years patauge dans le politiquement correct. Du néoféminisme au culte des migrants, cette œuvre de la télévision publique britannique s’efforce de cocher toutes les cases.


Les Anglais jouissent d’une excellente réputation dès qu’il s’agit de série télévisée. Dans la foulée de Chernobyl, une quasi-perfection, j’ai donc fait confiance à la BBC et à Years and Years présentée comme la nouvelle mini-série événement du moment (diffusée sur Canal + séries en mai). Là où Chernobyl remontait le temps pour nous faire vivre au plus près la catastrophe du nucléaire civil soviétique, les scénaristes anglais nous invitent cette fois à explorer les dix prochaines années de l’Angleterre – exercice d’anticipation toujours périlleux que j’abordais avec une foi inébranlable dans l’honnêteté intellectuelle du service public de Sa Majesté. C’est donc au travers d’une famille britannique exemplaire que Years and Years nous invite à ce voyage dans le futur. Une tribu anglaise typique comme il en existe des millions. Autour d’une grand-mère vaguement anarchiste, on suit les destins entremêlés de quatre frères et sœurs, leurs conjoints et leurs enfants. L’une des femmes de la fratrie, Rosie, se trouve être paraplégique, tandis que sa sœur aînée, Edith, est une figure et une synthèse de l’avant-garde progressiste. Passionaria de l’écologie dans sa version collapsologue (on va tous mourir), lanceuse d’alerte (gouvernement et multinationales sont pourris), activiste pro-migrants et grand reporter au plus près de l’action – en l’occurrence une bombe nucléaire lancée sur la Chine par Trump au dernier jour de son deuxième mandat (enfin un peu d’humour). Le producteur a dû trouver que le personnage d’Edith avait un très bon rapport qualité morale/prix, tant elle incarne un nombre record d’items progressistes. Aurais-je omis de signaler qu’elle entretient une relation homosexuelle avec une femme noire elle-même versée dans l’aide aux réfugiés ?

À Relire: « Chernobyl », la dernière bombe d’HBO

Des scènes de sexe homosexuel à foison

Côté masculin, il y a également de bonnes ondes. Daniel, homosexuel of course – et qui bosse aussi à l’accueil des réfugiés, une famille type on vous dit – épouse son partenaire, mais s’entiche assez rapidement d’un Viktor, réfugié ukrainien comme on en trouve dans chaque foyer – éduqué, beau gosse qui fuit son pays en raison de la persécution des homosexuels… par les chrétiens orthodoxes. C’est vrai qu’on ne parle pas assez du fondamentalisme des popes déchaînés, de ses ravages dans le monde, et il est remarquable que des producteurs courageux dénoncent ce fanatisme criminel. Pour enfoncer le clou – si je puis dire – et pimenter l’histoire, les deux scènes de coucherie un peu détaillée éviteront les rapports vaginaux rasoir entre un homme et une femme (étonnement du producteur). Non, elles ne mettront en scène que des sodomies joyeuses entre Daniel et Viktor et chacune de leurs retrouvailles sera ponctuée de roulages de galoches sans doublure. Là, le producteur s’est montré intraitable, il a exigé que la paraplégique s’envoie en l’air elle aussi.

Une bonne partie de l’intrigue repose (mais peut-être l’aviez-vous subodoré) sur les difficultés rencontrées par ce réfugié ukrainien formidable, cultivé et sympathique, en proie aux menées scélérates d’un Royaume-Uni qui, à l’unisson de l’Europe, se ferme à l’immigration (même l’écrire est difficile tellement cette aspiration est ignoble). La fratrie comporte également un petit gros, Stephen, qui n’a l’air de rien comme ça, mais qui est hétérosexuel – tronche ébahie du producteur. Conscient du caractère limite du personnage et pour lui conférer un aspect plus authentique, Stephen se trouve marié à une magnifique Black aux cheveux ras – Celeste – d’une humanité bouleversante en femme trompée par ce petit Blanc. Il est d’ailleurs très encourageant de constater que toute la fratrie (de cette famille banale, insistons) a comme femme, compagnon, partenaire ou équivalent une personne issue de la diversité – même Rosie dans son fauteuil roulant roucoule avec une espèce de Pakistano-Turkmène. Je vous le dis depuis le départ, la famille britannique classique du futur.

Emma Thompson, impeccable dans l’ignominie

Je glisse rapidement sur les fêtes familiales où toutes les ethnies du monde sont présentes autour de la grandmamie gâteau, avec musique live d’essence africaine – au point que Coca-Cola ou Apple peuvent intégrer telles quelles les images dans leur pub – pour arriver à l’instant où les producteurs se sont dit qu’après toutes ces cases magistralement cochées (dans le souci évident de coller au plus près à la réalité), on pouvait encore faire mieux. À la condition expresse toutefois de rester crédible dans l’anticipation – d’où la bombe atomique lâchée par Trump sur de pacifiques Chinois qui s’abstiennent de répliquer, vu que Xi Jinping et le dalaï-lama, c’est kif-kif. Cette folie trumpiste détruira quand même l’économie mondiale, circonstances dans lesquelles une populiste blonde (Emma Thompson, impeccable dans l’ignominie) finit par emménager au 10 Downing Street. Pour cela, elle s’est appuyée sur un cabinet noir spécialisé d’abord dans les « fake news » puis, avec un souci de diversification louable, dans la gestion sous-traitée des camps de concentration où les réfugiés merveilleux sont déportés pour y être exterminés (le vrai programme de toute populiste blonde comme chacun le sait). Là, le producteur a demandé à s’isoler aux toilettes avec un rouleau de Sopalin en hurlant : « Strike ! »

Pour les créateurs de Years and Years, il est sans doute inconcevable – voire suspect – que l’on puisse hurler de rire des avertissements d’une tonne dont ils ont parsemé leur œuvre. Les dangers qui nous menacent sont dans l’ordre d’apparition à l’écran  : Trump, le capitalisme, l’indifférence au climat et l’hostilité aux migrations. Et ceux qui en doutent sont des salauds. Pour faire simple (et les scénaristes ont résolument pris cette option), si vous êtes pour l’expulsion d’un migrant, c’est que vous souhaitez la réouverture des camps de la mort. Le populisme, c’est Hitler saison 2. Là au moins, on comprend bien (alors que dans Chernobyl, il y avait parfois des trucs techniques avec l’atome et tout ça).

La bonne nouvelle, car il y en a quand même une, c’est que le djihadisme aura totalement disparu dès l’année prochaine, année du Super-Vivre-Ensemble. Years and Years, projection hyper réaliste dans la prochaine décade, nous épargne tous les poncifs stigmatisant. C’est bien simple, en six épisodes, il n’est jamais question d’islam ou de terrorisme. L’État islamique a disparu, voilà au moins un problème réglé. Décidément, ils sont forts ces British.

La mauvaise nouvelle, c’est que la fin laisse entrevoir une saison 2. Ces six heures de moraline m’ont personnellement suffi. Le progressisme ne semble pas plus disposé de l’autre côté du Channel qu’ici au compromis avec les ploucs inquiets de la porosité des frontières ou troublés par des conquêtes sociétales décoiffantes. Dans la foulée du réalisme socialiste soviétique, avec la même logique de rééducation des masses, le réalisme progressiste a trouvé avec Years and Years son mètre étalon.

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Catherine Deneuve interprète la mère de Cédric Kahn

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Catherine en mère de famille dans Fête de Famille © Les Films du Worso

Avec Fête de famille, qui sort le 4 septembre, Cédric Kahn nous présente sa vision de la famille. Une « histoire simple » racontée par un bon cinéaste, que demander de mieux ?


Un cinéaste qui dit qu’« il est facile d’être d’avant-garde, mais qu’il est difficile de raconter une histoire simple » ne peut pas être foncièrement mauvais. Et c’est bien le cas de Cédric Kahn qui, avec son nouveau film, Fête de famille, nous livre sa vision des relations familiales. Sujet rebattu donc, mais raconté ici avec une verve réjouissante. Le tout porté par une distribution aux petits oignons : de Cédric Kahn lui-même jusqu’à la décidément impériale Deneuve en passant par Vincent Macaigne et Emmanuelle Bercot. Le retour au bercail de la fille indigne et barrée qui a le culot de réclamer son dû vire au savoureux jeu de massacre. On pourrait tomber dans la caricature, l’outrance et le cliché, or c’est tout le contraire qui se passe. Plus le conflit se fait ouvert, plus la complexité de chaque personnage se fait jour. Une « histoire simple » racontée par un bon cinéaste, que demander de mieux ?

À lire: « La Prière », un film catholique de Cédric Kahn

Causeur: Le niveau baisse!

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© Causeur

Bienvenue dans l’âge bête, PMA, Ayyam Sureau, guerre économique Chine-Etats-Unis, Jonathan Coe: notre numéro de septembre est en vente.


« En dehors de quelques peuplades vivant en autarcie comme les doctorants en sociologie et les journalistes-de-gauche, le sentiment que la sottise, la vulgarité et l’inculture progressent est-il très largement partagé, de ma boulangère, dont les vendeurs ne savent plus compter la monnaie, à Marcel Gauchet, que sa foi, jusque-là inébranlable, dans l’élévation par la connaissance ne protège plus contre le désenchantement », diagnostique Elisabeth Lévy en introduction de notre nouveau numéro.

Laurent Alexandre et Antoine Compagnon

Pour Causeur, certains signaux ne trompent pas : le nivellement par le bas atteint tous les secteurs de la vie quotidienne, de la richesse du langage aux capacités de concentration. Que le coupable s’appelle Q.I, informatique, école, ou tout cela à la fois, le constat justifiait amplement tout un dossier. Dépérissement de la langue, perte de la syntaxe, abandon de la culture générale : notre espèce redescend la pente du progrès intellectuel. Darwin, au secours !

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D’après le spécialiste de l’intelligence artificielle Laurent Alexandre, que nous avons l’honneur de publier, 50% des inégalités de Q.I seraient d’origine génétique. Or, notre système éducatif se révèle incapable de corriger les inégalités dans l’héritage génétique qui conditionne une bonne part de notre intelligence. Ce qui condamne les enfants des classes populaires à la relégation culturelle – donc sociale.

Interrogé dans nos colonnes, le professeur au Collège de France Antoine Compagnon nuance quelque peu nos analyses en se félicitant de la démocratisation de l’enseignement et refuse d’idéaliser l’école de la IIIe République, réservée à une élite. Mais ce fin connaisseur de Proust, Montaigne ou Descartes déplore la perte des fondamentaux. Y compris chez les professeurs. L’agrégée Corinne Berger s’insurge d’ailleurs, dans une lettre ouverte à l’inspecteur d’académie, contre l’obligation faite aux enseignants de surnoter des copies indigentes. Une fausse bienveillance qui cache un vrai mépris.

L’inintelligence de la main

Jusqu’au sommet de nos grandes écoles, la culture générale a mauvaise presse. Après avoir renoncé à évaluer la culture générale des candidats, les jurés du concours d’admission à l’ENA prennent conscience de son importance, démontre Gil Mihaely qui a épluché les rapports de jury successifs.

Nul ne sera étonné que notre ami normalien Pierre Mari s’afflige du niveau des salariés adultes élèves des formations qu’il dispense. Vocabulaire indigent, syntaxe plus qu’incertaine, orthographe erratique en font des Français quasi-étrangers à leur propre langue.

Comme le décrit Ingrid Riocreux, leurs enfants savent de moins en moins tenir un stylo à force de manier tablettes tactiles et manettes de jeu. Leur manque de force et de dextérité dans les doigts désespère les professeurs et nécessite une rééducation par des grapho-pédagogues.

Quant aux politiques culturelles, entre Malraux et Lang, nos gouvernants, y compris de droite, ont (mal) choisi. Plutôt que d’encourager la transmission du patrimoine français, l’Etat met sur un même plan Picasso et Koons, suggérant que tout se vaut.

L’ombre portée de Trump 

Passons aux actualités. Pas encore votée, la PMA serait-elle déjà adoptée ? Pour trancher dans le vif, nous faisons débattre deux esprits déliés par articles interposés. La professeur de droit public Anne-Marie Le Pourhiet dénonce un projet de loi qui tourne le dos à l’éthique. Soumis au diktat des associations féministes et LGBT, ce texte crée un droit à l’enfant pour satisfaire des caprices individuels. Alain Neurohr lui répond qu’il serait vain de s’y opposer au nom de grands principes.

De l’autre côté de l’Atlantique, les Etats-Unis mènent une drôle de guerre économique contre la Chine… à moins que ce soit l’inverse. Au fond, la montée des tensions commerciales entre Pékin et Washington est la conséquence d’une redistribution des cartes de la puissance. Jeremy Stubbs brosse le portrait de Robert Lighthizer, conseiller commercial du président américain et apôtre d’un néoprotectionnisme de choc.

De mon côté, je vous emmène en reportage sur les bords de l’Adriatique. Au nord-est de l’Italie, le grand ensemble de Rozzol Melara abrite 1200 locataires en périphérie de Trieste. Objets d’un plan de requalification, ces HLM avec vue sur mer ne connaissent ni l’insécurité ni l’immigration massive de nos banlieues même si la souffrance sociale y est vive.

Retour dans l’hexagone. Elisabeth Lévy a interviewé Ayyam Sureau, fondatrice de l’association Pierre-Claver qui oeuvre à l’intégration des réfugiés. Loin du laxisme dominant, cette femme engagée invite les bénéficiaires du droit d’asile à assimiler les us, mœurs et coutumes qui font l’art d’être français.

Le roman du Brexit

Côté culture, Jérôme Leroy célèbre Jonathan Coe. L’auteur du Cœur de l’Angleterre raconte le Brexit en mêlant les destins individuels à l’actualité. Une  méditation drôle et douce-amère sur une identité anglaise en pleine crise. British toujours, la série Years and years, que Stéphane Germain dégomme gentiment. Du néoféminisme au culte des migrants, cette œuvre de la télévision publique britannique s’efforce de cocher toutes les cases politically correct. Enfin, l’écrivain Kamel Bencheikh nous offre une visite à Sétif. Dans la ville-symbole du nationalisme algérien, le patriarcat arabo-musulman se porte bien. Il y est hélas acquis que l’homme a tous les droits quand la femme n’a que des devoirs.

Pour réussir votre rentrée, n’oubliez pas les chroniques de Jean-Paul Lilienfeld, L’Ouvreuse, Roland Jaccard, Peggy Sastre, le « moi » de Basile. Mais oui, mais oui, les vacances sont finies.

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Petits spleens numériques

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#NousToutes, je suis désolée, mais ça sera sans moi!

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La voix d'Elisabeth Lévy réveille les auditeurs de Sud Radio chaque matin dans La Grande Matinale sur Sud Radio. Image: capture d'écran YouTube.

Elisabeth Lévy propose une chronique chaque matin à 8h12 sur Sud Radio. Pour la première, la redoutable directrice de Causeur a tenu à parler aux auditeurs d’un message qui lui est parvenu sur son email récemment…


Je voulais vous parler d’un message que j’ai reçu il y a quelques jours. Il émanait du collectif #NousToutes. Ce message m’appelait à manifester pour le centième féminicide.

Lequel n’avait donc pas encore eu lieu à ce moment-là, puisque les associations recensaient alors 96 femmes tuées par leur conjoint. Quoi qu’il y ait des incertitudes sur les chiffres.

« Allez plus que trois et on sort les banderoles les filles »

Je reçois donc ce texte et en gros ce qui était dit, c’était « Allez plus que trois et on sort les banderoles les filles ». Alors ce n’est pas moi qui suis cynique. Je trouve que ce texte qui m’invitait à communier autour d’une victime qui n’avait pas encore d’existence fleurait le cynisme tranquille qui va d’ailleurs avec toutes les bonnes causes : la défense des femmes comme celle des ours polaires.

A lire aussi: Les vacances d’Homo Festivus

Nos militantes n’ont pas attendu trop longtemps puisqu’alors que le Grenelle des violences conjugales commence mardi, on a malheureusement découvert samedi à Cagnes-sur-Mer le corps martyrisé de la centième victime. Et avant même qu’on connaisse son nom, et avant même d’ailleurs que l’on sache avec certitude dans quelles circonstances elle avait été assassinée, une centaine de militantes se sont réunies dimanche soir place du Trocadéro à Paris pour dénoncer la prétendue inaction du gouvernement et réclamer bien sûr des moyens adaptés… En l’occurrence, elles demandent un milliard pour les associations. Ce qui n’est pas rien.

À lire: Comment le mot « féminicide » nous est imposé

Bon, ces cent femmes et les autres sont un sujet sérieux et méritent forcément justice, mais on ne va pas leur rendre cette justice en leur parlant de féminicide. Pourquoi ? Parce que ce terme tant véhiculé est un mensonge et peut-être même un double mensonge éhonté. Tout d’abord, il suggère par homophonie que les femmes en France seraient menacées par un génocide. Alors je suis désolée, puisqu’on nous donne des chiffres toute la journée, au risque d’avoir l’air sans cœur, il faut revenir aux chiffres. 120 à 134 cas par an ça représente 0,00005% de femmes françaises qui meurent chaque année sous les coups d’un proche (…)

Les crimes passionnels n’ont plus droit de cité

[Donc] je ne sais pas dans quel monde on voit ça, mais pas en France. Prétendre cela, comme le font les associations, comme le font des écrivains, des intellectuels et comme le font des dizaines de journalistes, c‘est confondre la déviance qui est déjà condamnée par la loi et par la société et la norme à laquelle se conforme l’écrasante majorité des hommes de notre pays. Mais la deuxième chose, c’est que si vous enfermez toutes ces tragédies individuelles sous un même bocal, vous niez la singularité de ces femmes et de leur histoire. Dans la plupart des cas, un homme ne tue pas une femme parce qu’elle est une femme [parmi les autres NDLR]; sauf s’il est un serial-killer ou un pervers ; il tue une femme parce qu’elle est SA femme, parce que c’est une femme singulière avec qui il a une histoire singulière et pas forcément parce que cet homme est une brute épaisse… De plus, dans les cas recensés comme « féminicides« , on retrouve un nombre significatif de messieurs très âgés qui mettent tout simplement fin aux souffrances de leur compagne. Est-ce alors toujours un féminicide ? 

mailing-feminicide

« On ne tue jamais par amour » nous disent nos néo-féministes. Elles sont toujours prêtes à nous édicter des normes pour tous les domaines de la vie comme si elles détenaient la vérité sur les tourments et les mystères de l’âme humaine ! Aimer, c’est bien, c’est gentil et tuer est mal et méchant! 

Une nouvelle infraction?

Comme en plus elles sont convaincues qu’à l’école les garçons qui tirent les cheveux de leurs camarades finiront par tuer leur femme, elles demandent naturellement la création d’une infraction supplémentaire et, « l’instauration d’un programme d’éducation contre le sexisme », vous allez rire, « de l’école maternelle au supérieur. »

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Immigration, féminisme, écologie: le manuel de la bonne pensée

Que la justice, la police, les services sociaux et l’ensemble de la société améliorent la protection des femmes victimes de violence conjugale, qu’on les aide quand elles le demandent à quitter leur bourreau – ce qui n’est pas toujours le cas – tout ça est évidemment très bien. Mais je ne pense pas qu’on ait forcément besoin d’un grand raout pour le faire. 

Mais que cela passe par l’octroi de moyens supplémentaires aux associations… Pardon, mais ces associations-là font leur com’ en permanence sur la souffrance, et je trouve ça discutable. Transformer la tragédie de femmes assassinées en cause militante ce n’est pas honorer les victimes, c’est les instrumentaliser. 

Alors #NousToutes, je suis désolée, mais ça sera sans moi !

Cette chronique a été diffusée le 2 septembre sur Sud Radio.

Les Rien-pensants

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