Macron et les Serbes ont beau avoir redoublé d’élégances, lundi, lors de la première visite d’un Président français (depuis 2001!), l’amitié franco-serbe reste mal en point. Entrée dans l’UE, trahisons répétées de la France, reconnaissance du Kosovo: demandez la liste des désaccords !


Double opération de charme en Serbie ce lundi 15 juillet. Le président Macron s’est efforcé de masquer les divergences passées par des gestes symboliques (un morceau de discours en serbe, une cérémonie au monument de l’amitié franco-serbe). Le peuple serbe, lui, et son président Aleksandar Vucic, ont bien voulu faire comme si la France était encore sa meilleure alliée, en dépit de toutes les déconvenues qu’elle leur a infligées depuis vingt ans. Plus qu’à Macron, c’est au représentant de la France que la Serbie a tenu à faire bon accueil…

Le contentieux présent entre les deux pays est en effet aussi lourd qu’était étroite leur amitié traditionnelle.

Une longue histoire commune…

Depuis la fin du XIXe siècle, la Serbie, confrontée après le départ des Turcs à la toute-puissance de l’empire d’Autriche-Hongrie, est apparue comme un rempart petit mais déterminé à la poussée germanique dans les Balkans. Elle trouva pour cela non seulement l’appui de la Russie, orthodoxe comme elle, mais aussi, au cours de la première guerre mondiale, celui de la France.

Lors de la conférence de paix à Versailles (1919), la France obtint la création de la Yougoslavie (Etat des Slaves du Sud) où les Serbes seraient hégémoniques : agrandissement inespéré pour le royaume de Serbie dont le souverain régnait sur le nouvel ensemble. Le 9 octobre 1934, le roi Alexandre Ier de Yougoslavie et le ministre des affaires étrangères de la France, Louis Barthou, périssaient dans le même attentat à Marseille. La France ne fut guère en mesure d’aider la résistance yougoslave durant la seconde guerre mondiale, mais celle-ci accomplit un travail formidable, retenant jusqu’au bout plusieurs divisions allemandes dans les Balkans. Le pouvoir échut à la fin de la guerre au chef de la résistance communiste, Tito. Qu’il ait été croate n’enlevait rien à la domination non écrite des Serbes.

Cette longue amitié conduisit François Mitterrand à dire en 1993 qu’aussi longtemps qu’il serait à l’Elysée, la France ne ferait la guerre à la Serbie.

 … mais une amitié trahie

Jaques Chirac, indifférent à l’histoire, engagea en 1999 la France dans la guerre dite du Kosovo, dont Washington eut l’initiative. L’Allemagne, enthousiaste, avait un compte historique à régler avec la petite Serbie. Rappelons qu’en 1944, une unité Waffen-SS à dominante musulmane, la division Skanderbeg, avait été formée avec les Albanais du Kosovo…

Pour les Etats-Unis, il s’agissait d’affaiblir un Etat orthodoxe, resté proche des Russes (et que ces derniers n’étaient pas alors en situation de protéger) et de favoriser là comme ailleurs l’islam en Europe. Après plusieurs mois de bombardements, fut imposée l’indépendance de la province serbe du Kosovo, minuscule territoire, grand comme deux départements français, peuplé de 2 millions d’habitants, sanctuaire d’une mafia active dans toute l’Europe et désormais siège d’une base américaine. Elle a été reconnue par les Etats-Unis et les Européens, sauf l’Espagne. Elle ne l’est pas par l’ONU ni par le reste du monde : quinze Etats ont retiré dernièrement leur reconnaissance.

La France aurait pu bloquer la guerre ; elle n’osa pas et même s’y associa. Le président de la Yougoslavie Slobodan Milosevic fut diabolisé au-delà de toute mesure.

Kosovo, UE… les Serbes mal traités par les Français

Bien que le Kosovo soit devenu au fil des ans, en raison du différentiel de natalité, très majoritairement musulman, la Serbie considère qu’elle a été amputée d’une province qui constituait son noyau historique.

Les Kosovars musulmans, comme les Musulmans de Bosnie, avaient l’appui de toute l’Oumma, aussi bien de la Turquie et de l’Arabie saoudite que de l’Iran, mais d’abord de l’OTAN, coalisée contre la petite Serbie. La position de la France fut ressentie par les Serbes comme la trahison d’une vieille amitié. Le monument à l’amitié franco-serbe (unique hors de nos frontières) qui se trouve au centre de Belgrade fut dégradé.

La France donna dans cette affaire l’impression fâcheuse de s’être mise à la remorque de Washington et de Berlin. Elle ne chercha pas à appuyer l’entrée de la Serbie dans l’Union européenne au moment où étaient admises la Slovénie et la Croatie, anciennes terres austro-hongroises protégées de l’Allemagne. Elle ne s’opposa pas non plus à cette autre amputation de la Serbie que fut en 2006 l’indépendance du Monténégro.

Vous reprendrez bien une petite humiliation ?

 Cela ne justifiait pas la double humiliation infligée par Macron à la Serbie : le 11 novembre 2018, centième anniversaire de la victoire commune franco-serbe contre l’Allemagne , le président serbe était relégué au dernier rang par le protocole, tandis que le président du Kosovo , Rachid Thaci, criminel de guerre poursuivi pour trafic d’organes de prisonniers, se trouvait en place d’honneur ; le 22 mai dernier, l’ambassade du Kosovo put fêter la victoire sur la Serbie (en réalité celle de l’OTAN) à la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides : précisons que cette victoire fut celle de musulmans contre des chrétiens orthodoxes et que la cérémonie donna lieu, en chaire, à un appel à la prière coranique.

Est-ce pour rattraper cela que le président serbe fut invité à Paris en janvier 2019 ? Pas vraiment : il devait être reçu par Macron et Merkel ensemble… Pour à deux le mettre en demeure de reconnaître l’indépendance du Kosovo. Il renonça au voyage.

On aurait pu imaginer que la visite de Macron à Belgrade viserait à renouer les fils de l’amitié franco-serbe et à réparer la participation malheureuse de la France au dépeçage de la Serbie il y a vingt ans et les humiliations gratuites de ces derniers mois. Ce ne fut pas le cas. Idéologue psychorigide, Macron adhère sans recul à la doxa occidentale : le passé de la Serbie compte peu pour lui ; la guerre de 1999 fut selon lui légitime, la Serbie doit reconnaître le Kosovo et même si elle le fait, peut-être parce qu’elle est dans le camp des méchants, dont les contours sont dessinés à Washington et à Berlin, elle ne doit pas compter trop sur une entrée prochaine dans l’UE.

Macron aussi est déçu

Or la classe politique reste unanime à Belgrade dans le refus de la reconnaissance du Kosovo. Le présent Aleksander Lucic a nommé en 2017 une présidente du gouvernement  Ana Bernai, espérant sans doute qu’elle plairait à Bruxelles (elle est ouvertement lesbienne !) Mais elle est en fait, elle aussi, une nationaliste intransigeante.

Macron n’a donc rien obtenu sauf une vague promesse de dialogue serbo-kosovar qui ne promet pas d’être des plus chaleureux. Déception pour ceux qui, comme Angla Merkel, comptaient sur la vieille relation franco-serbe pour obtenir des concessions. On ne peut que regretter qu’une fois de plus, avec Macron, la France soit apparue dans cette région comme la courroie de transmission de Berlin…

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