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Whist à Saint-Tropez


Après des vacances familiales instructives et variées, j’ai voulu vous en faire profiter. Et d’abord, le saviez-vous ? La mer Noire est moins salée que la Méditerranée, mais plus que les lacs jurassiens.


FRENCH COUNTY 

Jeudi 11 juillet

Comme il est de tradition lorsque je vais dans le Jura, l’ami David Desgouilles et moi nous sommes réservé une soirée tranquille ensemble – avant que la presse locale n’apprenne notre présence… Au menu du dîner-débat ce soir-là : dorades arrosées d’un Savagnin – bienvenu pour relativiser les considérations raisonnablement pessimistes que nous échangeons sur les perspectives qui s’offrent à notre pays (la France). À force de connaître David, si sincèrement soucieux de la chose publique, j’en viendrais à déplorer son honnêteté foncière, qui le condamne presque à coup sûr à l’échec en politique : il y faut d’autres qualités. – Un autre Savagnin ? L’objet de cette semaine dans notre maison de famille jurassienne, c’est une cousinade. Y vient qui veut et peut, parmi les neuf descendants de la fratrie Tellenne. Avec mon frère Olivier, ils découvrent les beautés cachées de la région. Quant à moi, je leur apprends le whist, jeu de cartes anglais un peu passé de mode ces cent cinquante dernières années, mais qui hante la littérature du xixe siècle. Un jeu subtil aux règles simples, comme j’aime ! De nos jours, on aurait tendance à préférer l’inverse – avec pognon sur table de préférence, à défaut de flingue. Tout fout l’camp, vous dis-je, même à Lons et chez son fameux chocolatier-pâtissier Pelen. Récemment, le « Petit Nègre », gâteau centenaire et produit phare de la Maison, a été rebaptisé « Ébène », sans doute pour éviter une plainte pour incitation à la négrophagie. Un choix discutable, à la réflexion  : «  Bois d’ébène  »  : n’était-ce pas l’appellation courante du statut des esclaves réduits à la condition de « biens meubles » ?

WE ARE THE CAMPION

Samedi 27 juillet

Pour Frigide, Port Grimaud est un pèlerinage. Outre la maison de vacances de son enfance, elle retrouve là, à quelques encablures, le Saint-Tropez de sa folle jeunesse – pas vraiment terminée… Le Club des Allongés, le Bal et autres bars et boîtes décadents, où elle passait ses nuits couverte de champagne et de créatures interlopes. Ces lieux, bien sûr, ont disparu depuis belle lurette ; mais pas dans la choucroute de Barjot, qui en reproduit l’ambiance à volonté (ne serait-ce que la sienne). Polyvalente, elle s’est bien amusée, cette année encore, à la fête de Marcel Campion. Et en plus, elle a eu sa photo dans Var Matin ! Le candidat à la mairie de Paris était très en forme. Dans un discours franc, mais jovial, il s’est payé tour à tour ses meilleurs ennemis, de la maire Hidalgo, sa poupée vaudoue, à ce site rebaptisé « Merdapart » qui, paraît-il, lui cherche des poux fiscaux dans la tête. Pas de blague en revanche sur les « pédés », qu’il avait d’ailleurs invités en nombre. Voilà bien un drôle d’homophobe… Si ça se trouve c’est une honteuse – mais je ne risquerai pas l’hypothèse devant lui. Avec tout ça, autant vous le dire  : on n’a pas eu le temps de rejouer aux cartes en famille, comme dans le Jura. Mais mettez-vous à ma place  : je n’allais quand même pas intituler ma chronique « Whist à Lons-le-Saunier » ? J’en appelle au John Ford de L’homme qui tua Liberty Valance  : «  Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende. »

IMPRESSIONS DE RUSSIE

Lundi 12 août

À première vue, l’accroche est un peu trompeuse, pour des glands qui se sont posés à Sotchi et n’en ont plus bougé. Mais s’il le faut, j’en appelle aux mânes de Raymond Roussel, qui écrivit Impressions d’Afrique sans jamais descendre de son bateau. De la Riviera à sa version russe (Sotchi, « Perle de la mer Noire » bien avant de devenir la capitale sportive du pays), il n’y avait qu’un pas et nous l’avons franchi. Premier sujet d’étonnement : dans l’avion d’Aeroflot, hôtesses et stewards portent de superbes uniformes soviétiques frappés de la faucille et du marteau et qui semblent tout neufs… Surplus dus à une minuscule erreur de calcul dans un Gosplan des années 1980 ? À part ça, la quasi-totalité des touristes sont russes, sans parler des Stochiens de souche – et personne ne parle un mot d’anglais, encore moins de français. Sauf peut-être dans les boutiques de luxe… À propos, depuis la terrasse de votre suite au 29e étage du Hyatt Park Center, un petit chemin arboré en pente douce vous conduira tout droit à la plage « Moris Tores ». Russie, terre de contrastes… Côté culturel, j’ai beaucoup travaillé l’alphabet cyrillique. Certaines lettres y sont quasi normales, d’autres, c’est franchement n’importe quoi. J’ai quand même réussi à apprendre que le grand théâtre Zymnii donnerait le 26 août une représentation du Maître et Marguerite. Hélas, nous serons déjà rentrés – et en plus, c’était en russe…

Une plage à Sotchi en 1962. Miroslav Murazov / Sputnik/ 2565359/Russie
Une plage à Sotchi en 1962.
Miroslav Murazov / Sputnik/
2565359/Russie

UBU CHEZ UBER

Vendredi 23 août

Mais à quoi bon voyager  ? C’est de retour à Paris, après ces tribulations, que j’ai vécu l’expérience la plus « décontrastante », comme disait Garcimore, de ces deux derniers mois. Au début, tout semble normal, comme dans Psychose. Et puis, progressivement, ça devient du Beckett, ou du Ionesco, mais avec une pointe de Jarry en tout cas. 22 h 30 : Je commande un Uber pour aller de Dupleix à l’avenue Mozart, quatre minutes d’attente, ça va. À l’heure dite, on m’informe que ma voiture est arrivée. 22 H 40 : Personne devant chez moi ; j’appelle le chauffeur, qui proteste de sa bonne foi : –  Mais je suis bien à l’agence Ingencia, 30, rue de Lourmel… – Peut-être, mais c’est pas mon adresse ! J’habite à 300 m, à l’angle du boulevard… – Ce n’est pas ce qui est écrit !… Alors, on annule la course ? – Mais non, vous tournez deux fois à droite et vous êtes sur le boulevard ! – Ah, OK, j’arrive. 22  h  45 – 23  h  15  : Interminable demi-heure d’attente, d’autant plus déprimante que je peux suivre en direct le trajet erratique de « ma voiture » qui, d’avenue Émile-Zola en rue de la Convention, s’éloigne toujours plus de moi. Inutile même de rappeler le chauffeur, vu notre conversation précédente. Rien à faire qu’à attendre ce Godot-là… Il finira par débarquer avec trois quarts d’heure de retard TTC pour une course qui, à cette heure-là, prend cinq minutes. J’étais passablement énervé, mais en un instant le mec m’a cloué sur place avec son ultime punchline : –  Alors du coup, la destination, c’est 30 rue de Lourmel, l’agence Ingencia ? Vertigineux, non ?

SÉLECTION DU READER’S DIGEST

« Trublion, ma petite outre, Si vraiment tu veux la paix, Commence par nous la foutre. » (Anatole France)

« Tout ce qui est simple est faux ; tout ce qui ne l’est pas est inutilisable. » Paul Valéry « Si les anges volent, c’est parce qu’ils se prennent eux mêmes à la légère. » (Chesterton)

« Je n’ai jamais cité un auteur sans l’améliorer. » (Jorge Luis Borges)

« Chacun hurle son secret. » (Raoul Rabut)

«  Si Joan Crawford prenait feu, je ne me donnerais même pas la peine de pisser dessus. » (Bette Davis)

La gauche olfactive cible Raphaël Enthoven

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À intervalles réguliers, une salve d’insultes numériques s’abat sur ceux qui bravent les interdits. Dernier épisode en date, Raphaël Enthoven. Il a « osé » accepter de débattre à une convention organisée par le journal l’Incorrect.


Aimeriez-vous vivre dans un monde où tout le monde pense comme vous ? Non sans doute. Eh bien, dans la grande famille qu’on appelait autrefois la gauche, on adore la diversité, sauf dans un domaine: celui des idées. On aime l’autre à condition qu’il pense la même chose que nous. Quand quelqu’un en émet une qui leur déplait (d’idée), les maîtres censeurs sortent leur revolver – métaphorique – et demandent qu’on le fasse taire. Et pour eux, les mauvaises idées ont de mauvaises odeurs. Nauséabondes. D’où le petit nom gauche olfactive.

L’inefficacité du cordon sanitaire

Seulement, pour que l’ordre idéologique règne, il ne suffit pas de priver les méchants de parole. Il faut encore interdire à quiconque de leur parler. C’est la glorieuse tactique du cordon sanitaire appliquée au Front national depuis la fin des années 1980 avec le succès que l’on sait puisqu’elle n’a pas empêché celui-ci de passer de 15 à 25 % de l’électorat.

A lire aussi: Marion Maréchal: « L’alliance LR/RN est inévitable »

Ce sectarisme érigé en devoir citoyen a contaminé l’ensemble du débat public. On ne parle pas aux climato-sceptiques, on les appelle climato-négationnistes, ce qui veut dire presque nazis. On ne parle pas à celles-et-ceux qui refusent d’adorer metoo. On ne parle pas à Zemmour ou à Tartempion. Et bien sûr, on ne parle pas à l’extrême droite. C’est contagieux. Et ça évite d’avoir à se battre argument contre argument.

L’espace de la dispute civilisée se réduit dangereusement

À intervalles réguliers une salve d’insultes numériques s’abat sur ceux qui bravent les interdits. Ces attaques sont particulièrement mal venues dans le cas de Raphael Enthoven dont on connaît l’attachement à la gauche libérale et antitotalitaire. Enthoven est un digne héritier de l’esprit des Lumières, un des plus estimables représentants de ce que l’esprit français a de meilleur. Il ne concède rien sur ses idées, mais affectionne la dispute civilisée, le débat à la loyale. À quelques exceptions près, « parce que, dit-il, tout de même la vie est courte », il parle avec tout le monde, « des indigènes de la république aux adversaires de la PMA ». Au printemps, il a dialogué  à trois reprises avec Etienne Chouard sur Sud Radio. Ça s’appelle le pluralisme et c’est le cœur de l’esprit démocratique.

A lire aussi, Raphaël Enthoven: « Je ne mets pas la kippa, le voile et la croix sur le même plan »

Le nouveau crime d’Enthoven, c’est d’avoir accepté de s’exprimer devant la convention de la droite organisée par l’Incorrect autour de Marion Maréchal – laquelle avait courageusement été désinvitée par le MEDEF après quelques éditos ou tweets furibards. L’affaire a fait suffisamment de mousse numérique pour que Le Point demande au philosophe pourquoi il allait se commettre en telle compagnie.

Laissez-le parler

Ceux qui l’insultent – ou lui demandent combien il est payé – se moquent de ce qu’il dira. On peut pourtant compter sur Enthoven pour parler des choses qui fâchent, autrement dit, pour exposer frontalement ce qui le sépare de Marion Maréchal. Dans Le Point, il se moque de ses détracteurs : « Des diabolisateurs sans mains, qui trouvent, depuis leur moquette, que je vends mon âme en mettant les miennes dans le cambouis. » À ceux-là, on rappelle le conseil de Montaigne : « Il faut frotter sa cervelle contre celle d’austruy ». Traduction en français moderne: il faut se méfier de l’entre-soi idéologique. Ça rend con.

Nos enfants-rois victimes des écrans-rois?


Michel Desmurget alerte sur les dangers des écrans dans La fabrique du crétin digital. Il recommande de proscrire tout écran jusqu’à l’âge de 6 ans.


« Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran en moyenne. Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4 h 45. Entre 13 et 18 ans, ils effleurent les 6 h 45. […] Exprimé en fraction du temps quotidien de veille, cela donne respectivement un quart, un tiers et 40 %. »

Chercheur en neurosciences à l’Inserm, Michel Desmurget tire la sonnette d’alarme. Dans La Fabrique du crétin digital, qui paraît ces jours-ci, il montre que cette surconsommation récréative de numérique (tablettes, smartphone, jeux vidéo, télévision…) par les enfants provoque des dégâts irréparables. Comme le chantait Trust, le temps perdu ne se rattrape plus. « Les grandes périodes de plasticité cérébrale propres à l’enfance et à l’adolescence ne sont pas éternelles. Une fois refermées, elles ne ressuscitent plus. Ce qui a été gâché est à jamais perdu » – alors que l’initiation au numérique peut se faire à tout âge.

A lire aussi, Ingrid Riocreux: L’inintelligence de la main

La concentration sur les écrans du temps de cerveau disponible sape les trois piliers essentiels au développement de l’enfant. Premièrement, elle pénalise les interactions humaines en réduisant le volume et la qualité des échanges familiaux. Or, écrit Desmurget, «  pour le développement, l’écran est une fournaise quand l’humain est une forge ». Deuxièmement, elle ralentit l’acquisition et la maîtrise du langage et entrave « l’entrée dans le monde de l’écrit », alors qu’au-delà « d’un socle fondamental, oralement construit au cours des premiers âges de la vie, c’est dans les livres et seulement dans les livres que l’enfant va pouvoir enrichir pleinement son langage ». Enfin, elle pèse sur la concentration et « inscrit l’inattention au cœur du cerveau ».

Quoi qu’en disent les fervents technophiles, aucune étude scientifique ne démontre que l’exposition précoce aux écrans développe les capacités. « Le cerveau humain est parfaitement incapable de faire deux choses à la fois sans perdre en précision, justesse et productivité. »

Michel Desmurget propose donc – rien que ça – de proscrire tout écran au moins jusqu’à six ans et de limiter ensuite l’exposition des enfants à une heure par jour. Pour y parvenir, il suggère de chapitrer sa progéniture quant aux dangers des écrans. Espérons que la prévention digitale sera plus efficace que les sermons antidrogue.

Tulipes de Koons: financées par l’impôt, rentabilisées par la finance de l’art

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L’actualité de cette semaine nous fournit un exemple du processus actuel de la création des cotes financières de l’art avec l’arrivée à Paris du monument kitsch, de 10 mètres de haut, pesant 33 tonnes de l’artiste américain Jeff Koons. Cette œuvre, dont seul le concept a été offert à Paris, a été conçue à New York, produite en usine en Allemagne grâce au mécénat défiscalisé, installé avec l’argent du contribuable parisien majoritairement hostile à cette œuvre.


La France au secours de l’artiste vivant « le plus cher côté du monde »

Mieux vaut éviter les incidents ! Les tulipes de Jeff Koons débarquent en catimini, en cette fin de vacances pour s’installer derrière le Petit Palais à équidistance de l’Assemblée nationale, de la Place de la Concorde et de l’Élysée. En effet, quelques mois plus tôt, l’installation autour du Rond-point des Champs Élysée, d’un autre monument très « lunapar », clignotant et lumineux la nuit, très circuit de plomberie urbain le jour, semblablement « financé et offert » par le Qatar, a été sévèrement chahuté par les gilets jaunes le jour de l’inauguration[tooltips content= » L’incident qui s’est produit pendant la cérémonie officielle, en dehors des samedis consacrés à manifester, n’a pas été relaté par la presse. »]1[/tooltips]. La Mairie de Paris a connu récemment d’autres incidents de ce type[tooltips content= » Le monument qui représente un cœur kitsch au bout d’un bâton de Joanna Vasconcelos dont l’insignifiance et le prix ont fâché les Parisiens. »]2[/tooltips] et tient à prévenir de futures protestations.

A lire aussi: Comment en est-on arrivé à exposer deux pneus de tracteur dorés à l’Opéra Garnier? 

Le monument funéraire aux victimes du Bataclan a suscité des pétitions, réuni la grogne des artistes dissidents, mais aussi celle des officiels. Des notables bien-pensants fervents de l’Art contemporain se sont affichés avec courage. Ils ont dénoncé une installation décidée sans l’aval des commissions diverses et variées, en particulier celles de la protection du patrimoine. Ils ont même osé protester parce qu’aucun artiste vivant et travaillant à Paris ne bénéficie de tels avantages, et que d’ailleurs aucun d’entre eux ne figure au Top 500 mondial et pas du tout au Top 100 des artistes cotés. Ils expriment même leur étonnement de voir les institutions républicaines accorder cet espace si politique à un monument aussi colossal et dissonant.

Lire aussi : L’art et la guerre, un couple presque parfait

La Mairie de Paris, suivant où précédant on ne sait, le ministère de la Culture et celui des Affaires étrangères, a accepté in fine ce geste politique américain témoignage de compassion pour les victimes d’un attentat terroriste dont il est difficile de formuler l’intérêt et le sens : l’Ambassade des États-Unis se fait le relais d’une offrande conceptuelle, d’un « cadeau gratuit » à la France qui en coûtera à la mairie la coûteuse production de l’œuvre ainsi que 3 millions pour son installation. La proposition effraya, les commentaires furent peu aimables et les collectionneurs de Koons acceptèrent alors de prendre en charge la « production ». Devant la grogne populaire, les autorités responsables de cette décision se sont justifiées en invoquant l’incident diplomatique qu’entraînerait un tel refus[tooltips content= »Ce don a été proposé par l’Ambassade Américaine sous la présidence d’Obama. Le refus, actuellement semble-il, ne provoquerait aucun incident. »]3[/tooltips].

Défense stratégique de la cote de l’Art international global kitsch

Le « geste » en réalité équivaut à un sauvetage des mauvaises performances du trader artiste Jeff Koons, emblématique de l’art global, dont le cours a connu des variations erratiques ces trois dernières années. Koons a eu la cote la plus haute du monde pour un artiste vivant entre 2015 et 2018 : 58 millions de dollars. Cette cote consacre le style international contemporain, l’exemple à suivre. Un artiste américain doit en être le porte-drapeau mondial. Sa formule consiste en une esthétique kitsch alliée à un modèle financier comprenant une œuvre gigantesque et sérielle, accompagnée de milliers d’objets-répliques numérotés en tous formats et matériaux, vendus à divers prix, auxquels il faut ajouter des produits dérivés, de la casquette au T-shirt à prix minimes. Art industriel donc, à la portée de toute bourse, divertissant pour tous !

En novembre 2018, le Dog de Koons à 58 millions de dollars a perdu sa suprématie, dépassée par une peinture, œuvre unique de David Hockney, œuvre culte sur le thème du genre, et cependant sans scandale, cotée 90,3 millions. À ce malheur il faut ajouter ses déboires financiers qui l’ont obligé à déménager son atelier, à licencier massivement du personnel. Il a connu des déboires judiciaires en raison de grands retards dans la production d’œuvres dont les concepts avaient été achetés et payés. Il a été condamné pour non-respect de la propriété intellectuelle à cause « d’emprunts et détournements » que la doxa de l’Art contemporain encourage, mais qui contreviennent encore aux lois sur la propriété. Par ailleurs, le succès financier de l’artiste contemporain d’aujourd’hui ne peut reposer seulement sur une cote géante assurant une visibilité médiatique. Il doit aussi vendre massivement toute une production moins spectaculaire. En cela Jeff Koons peine à suivre. Ainsi plusieurs artistes chinois ont depuis quelques années un chiffre annuel de ventes aux enchères plus importantes que lui.

Le krach de Koons…

Enfin ce qui a provoqué « la chute du Koons » en salle des ventes est peut-être la suppression…

>>> Lire la suite de l’entretien sur le site de Conflits <<<

L'imposture de l'art contemporain: Une utopie financière

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Peut-on en savoir plus sur les « voix » entendues par le tueur du jeune Timothy?

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Marmed Niazi a fait un mort et huit blessés lors de son attaque à Villeurbanne, le 31 août dernier. Cannabis et troubles psychiatriques sont évoqués pour expliquer l’acte du tueur afghan présumé, jusqu’à présent.


Le samedi 31 août 2019, à Villeurbanne, un Afghan frappe une dizaine de personnes devant un arrêt de bus. Il a un pic à barbecue et un grand couteau. Un barbu parvient à l’amadouer en lui disant quelques mots, et il lui serre la main. Arrêté, il se présente à la police avec deux identités différentes, et trois dates de naissance. Malgré cela, il paraît que cet Afghan a obtenu une carte de séjour en France. D’après ce qu’il a dit aux enquêteurs après la tuerie, il s’appelle Sultan Marmed Niazi, et il est né en 1986 en Afghanistan.

Donc il avait 10 ans lorsque les talibans ont pris l’Afghanistan, et il a subi leur éducation religieuse obligatoire durant six ans au minimum : de 1996 à 2001 inclus. En fait, il a subi cette éducation bien plus longtemps, car il est un pashtoune. Les pashtounes sont une ethnie qui peuple les montagnes à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. Les talibans afghans, et notamment leur chef, le mollah Omar, sont des pashtounes, et ce sont eux qui ont fait de l’Afghanistan un sanctuaire pour al-Qaïda[tooltips content= »Concernant l’histoire d’al-Qaïda, voir : Lina Murr Nehmé, Fatwas et Caricatures, la Stratégie de l’Islamisme, Salvator, 2015. »]1[/tooltips]. Ils imposent leur enseignement islamiste sur tout le territoire afghan depuis 1996, mais ils l’ont imposé dès 1994 dans leur territoire. Et après la guerre américaine en Afghanistan qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001, les talibans ont gardé une certaine force dans leurs montagnes, notamment grâce aux talibans pakistanais. Sans grande surprise, l’enseignement dans les madrassas est souvent financé par l’Arabie Saoudite, et n’a pas changé[tooltips content= »Au sujet de l’enseignement général dans les madrassas, notamment au Pakistan et en Afghanistan, lire : Lina Murr Nehmé : Tariq Ramadan, Tareq Oubrou, Dalil Boubakeur : ce qu’ils cachent. Salvator, 2016. »]2[/tooltips]

Sultan Marmed Niazi vient du pays des talibans

Quoi qu’il en soit, Sultan Marmed Niazi a subi l’influence des Talibans durant sa jeunesse — les années où il était le plus fragile. Il a appris que les femmes ne doivent pas sortir, sinon il faut les battre ou leur jeter de l’acide. Il a appris que les hommes doivent avoir une barbe, sinon ils sont mécréants. Il a appris que si un musulman ne fait pas ses cinq prières, il faut le tuer. Il a appris que si n’importe qui critique Allah ou Mahomet ou le Coran, il faut le tuer. Il a appris que si on critique la décision de tuer un blasphémateur, ou si on critique les terroristes qui ont commis la tuerie de Charlie Hebdo, on est un ennemi d’Allah et on doit mourir.

A lire aussi: Habte Araya, le tueur de Francfort jadis présenté comme un migrant modèle

Par ailleurs, Niazi ne se sent pas un bon croyant. Ça le tarabuste. Il a dit aux enquêteurs qu’il était anxieux à l’idée de ne pas bien suivre sa religion. Que faites-vous quand vous êtes anxieux ? Vous sortez, vous donnez un coup de fil, vous voyez quelqu’un, ou vous pillez votre réfrigérateur et vous grossissez. Et si c’est votre religion qui vous rend anxieux, vous irez probablement satisfaire votre conscience en faisant des actes de charité: vous faites une aumône, vous nourrissez un clochard, vous aidez une vieille femme embarrassée dans ses paquets, ou autre chose. Mais Niazi ne peut pas soulager son angoisse religieuse en faisant des actes de charité. Les talibans lui ont appris que si le djihad a été déclaré, la première des bonnes actions, c’est de nettoyer la terre des mécréants pour y faire régner l’islam. Oussama Ben Laden n’a-t-il pas promulgué une fatwa disant de tuer les chrétiens et les juifs dans le cadre du djihad ? Cette fatwa est suivie par les talibans. Donc Sultan Marmed Niazi sent qu’il doit tuer les blasphémateurs et les athées. Au foyer dans lequel il vit, il frappe justement ses compagnons réfugiés avec des chaises. Mais ce jour-là, il décide de tuer dans la rue, là où il y a des mécréants. Il explique ses raisons en disant aux enquêteurs qu’il a « entendu dans l’après-midi des voix insulter Dieu et lui donnant l’ordre de tuer ». Les psys qui l’ont examiné en ont conclu qu’il était dans « un état psychotique envahissant avec délires paranoïdes à thématiques multiples dont celles du mysticisme et de la religion ». Il y a bien déjà eu en France des gens qui ont tué parce qu’ils avaient pris du cannabis. Ils n’ont pas crié « Allahou Akbar ». Ils n’ont pas dit que les gens qu’ils tuaient ne lisaient pas le Coran. Ils ne s’étaient pas dits investis par la divinité pour tuer des blasphémateurs.

Des troubles psychologiques évoqués

Les enquêteurs ne se rendent peut-être pas compte qu’à force de haïr les mécréants, un homme éduqué par les talibans peut vivre dans une telle tension nerveuse en France, qu’il en arrive à la paranoïa. Si un pupille des talibans vit en France, il trouvera tout blasphématoire. Ensuite, quelle est la nature de ces voix entendues par Niazi ? Ce ne sont pas nécessairement des voix éthérées venant de l’au-delà. Ou alors, elles parlent de façon étonnamment semblable aux voix terrestres. Niazi a déjà tellement menti au sujet de son identité et de son âge, qu’on n’est pas obligé de le prendre au mot et de croire qu’il a des troubles psychologiques parce qu’il parle de voix. En tout cas, les voix qui insultent Allah peuvent très bien avoir été entendues par la fenêtre, ou dans la rue, ou à la télévision, ou sur les réseaux sociaux. 

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Pour un homme éduqué par les talibans, le simple fait de défendre la laïcité ou l’acquittement d’Asia Bibi, ou encore, les victimes de la tuerie de Charlie Hebdo, est une insulte à Allah. On lui a enseigné qu’on est blasphémateur si on critique la loi anti blasphème, car cela revient à critiquer la charia. La personne qui le fait doit donc mourir. De là à raconter aux inspecteurs qu’une voix lui a dit de tuer, comme le fait Niazi, pourquoi pas ? La voix qui lui a dit de tuer peut très bien être celle d’un ouléma qu’il a entendu prêcher dans une vidéo, ou dans une mosquée, ou ailleurs. Il y en a tellement, de ce genre de voix… Et lui, Afghan pachtoune, comprend les langues dans lesquelles ce genre de sermons sont le plus souvent prononcés et enregistrés.

Les fameuses voix

En tout cas, il y a eu la mort d’un jeune homme. Quand l’Administration impose aux Français des réfugiés éduqués par les talibans, elle a la responsabilité de les surveiller pour s’assurer qu’ils ne viendront pas mettre en pratique, en France, ce que leur ont appris les talibans en Afghanistan, quand ils étaient petits. Parler de troubles psychotiques permet à l’Administration de camoufler sa négligence. Il est facile de mettre une tuerie sur le dos de la maladie. Ainsi, on ne parle plus de radicalisation. Mais alors, que dire des frères Kouachi, les assassins de Charlie Hebdo ? Que dire de Coulibaly ? Ils ont fait la même chose que Sultan Marmed Niazi, et ils n’étaient pas psychotiques pour autant. Mais ils avaient quelque chose en commun avec Niazi : ils avaient lu les mêmes livres que lui, et écouté les mêmes sermons, les mêmes « voix » que lui.

Fatwas et caricatures : la stratégie de l'Islamisme

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Dépréciation généralisée de la pratique du topless

 


Période estivale oblige, l’Ifop a publié pour le site viehealthy.com les résultats d’une enquête : 6% des moins de 30 ans pratiquent le topless alors que leurs aînées baby-boomeuses sont plus de 30%. Ces chiffres, a priori contre-intuitifs, sont éloquents. Ils traduisent les contradictions inhérentes aux idéaux féministes actuels.


À la veille de la rentrée des classes et des retours rouges de Bison futé, il suffit d’approcher les bords de mer pour s’apercevoir que les plages sont encore bondées. Le corps de la mater familias souhaite toujours s’afficher jeune et joli malgré un ventre quelque peu distendu par les grossesses successives. L’affluence sur la plage témoigne d’emblée de la volonté d’afficher un corps que l’on désire parfait. Ne doit-on pas voir ici le point d’orgue de la Freikörperkultur – littéralement, « culture du corps libre » – amorcée en Allemagne dans les premières années du XXe siècle ? Le mouvement d’émancipation de la femme a été initialement appréhendé comme un mouvement de libération. Ladite libération s’identifiait alors à un dévoilement de ce corps comme affirmation de la femme en tant que telle, les seins, les fesses, les formes, mouvement auquel a activement participé la massification de la mode des sous-vêtements[tooltips content= »Cf. Marylin Yalom, A History of the Breast, 1998. « ]1[/tooltips]. Dans le prolongement de cette libération survient en réalité une confusion notable : la modalité spécifique de cette émancipation s’est transmuée en suprême finalité, réduisant la représentation de la liberté de la femme à peau de chagrin.

Miroir, mon beau miroir…

Il semble que nous soyons entrés dans une ère nouvelle. Il est de coutume de croire que la place accordée à l’image dans notre société tient lieu de justification des changements opérés dans le rapport des femmes à leur corps. Mais les canons de beauté et la volonté des femmes de s’y conformer, ne sont pourtant pas l’apanage de notre époque. En effet, dès lors que le sein est devenu esthétique et érotique – à la Renaissance –, un idéal de beauté se dégageait déjà : le sein parfait devait être aussi rond qu’une petite pomme, comme en témoigne La Dame de beauté d’Agnès Sorel. À défaut de pouvoir confectionner le petit sein parfait par la magie du bistouri, des infirmières étaient employées pour allaiter les bébés de mères bien décidées à préserver la beauté de leur poitrine. Le changement de paradigme n’émane donc pas du dégagement arbitraire d’un sein-paragon et l’érotisation du sein féminin est en réalité un fait vieux de sept cents ans. La nouveauté, en revanche, réside dans le passage de la suggestion à l’injonction, de la volonté de perfectionnement à l’obligation de perfection, du canon au diktat. Constat sans doute contradictoire avec l’air du temps au regard des idéaux défendus par les mouvements féministes, farouchement enclins à prôner le respect de la femme et de son corps. La polémique Weinstein n’est-elle pas toute entière celle d’une délation de la femme comme corps-objet ? Les mêmes mouvements qui, voulant défendre le respect de la femme telle qu’elle est, intiment aux femmes d’être telle qu’elles devraient être. Il n’est alors pas étonnant que 90% des femmes de moins de 35 ans avouent passer la plupart de leur temps à se comparer entre elles, et qu’un tiers d’entre elles finissent par exécrer ces seins qui les complexent tant.

A lire: Le monokini, c’est fini

C’est à se demander ce qui empêche réellement les jeunes femmes de « free the nipple »[tooltips content= »« Libérer les tétons », campagne menée en 2012 soutenant que les femmes devraient pouvoir montrer leurs seins en publics, à l’image des hommes pour lesquels, il est permis d’apparaître torse nu. « ]3[/tooltips]. À la question de savoir ce qui empêchait les moins de 25 ans à se mettre seins nus sur la plage, 59% ont répondu « le regard concupiscent des hommes » alors que 41% invoquaient « la peur de critiques négatives sur leur physique ». Elles semblent donc plus nombreuses à vouloir se protéger du regard prétendument dévastateur des hommes que de prendre le risque de ne pas être considérée comme la plus belle – comprendre : la plus désirable – parmi leurs pairs. Mais force est de constater deux choses : dans l’un ou l’autre des cas, il est toujours question de désir, qu’il s’agisse de plaire aux concurrentes ou de plaire aux prétendants, puisque la question demeure sensiblement la même : suis-je désirable ? Interrogation qui en contient une autre, sous-jacente, suis-je la plus désirable ? Et c’est déjà toujours vouloir être regardée et désirée. Dans l’apparente crainte – quasi-ontologique – de ne plus être vues que comme un objet de désir, les femmes démontrent en réalité qu’elles veulent plaire à tout prix. Et surtout au prix de complexes. C’est donc moins par peur de plaire que par peur de ne pas plaire que les femmes ont remis les hauts de maillot de bain.

Quête vaine de la perfection

Fait symptomatique, le nombre de chirurgies esthétiques a explosé : 48% d’augmentation entre 2000 et 2018 et plus de 313 000 opérations par an sont réalisées aujourd’hui. Le règne de la perfection se couple donc d’un autre règne : celui de la perfection accessible. Et la question dès lors inévitable : comment ne pas être parfaite aujourd’hui ? Ou plutôt, comment être naturellement désirable ? Phénomène qui tourne d’ailleurs en vase clos : si le nombre de seins refaits a augmenté c’est précisément parce que les images que l’on juge érotiques les affichent, et s’ils sont affichés c’est aussi pour imprimer l’hégémonie de l’érotique factice. Il suffit de voir le succès grandissant que rencontre le pornographique : 71% des adolescents ayant déjà eu un rapport sexuel ont déjà visionné un film X, ou comme disait Aaron Tiney, rédacteur en chef de Loaded Magazine, « les photos de seins nus ont été dépassées par Internet ». Difficile de reprocher aux hommes de préférer le parfait simili à l’approximative réalité dès lors que la norme est délibérément apposée à l’illusion. C’est bel et bien de cette confusion entre amélioration et perfection que naît l’anéantissement du corps de la femme qui, se prenant elle-même au jeu du fantasme, finit par y souscrire. Aux utopiques prétentions, extrêmes conséquences : les cas d’anorexie et de boulimie mais aussi d’hyperphagie – que l’on appelle « troubles du comportement alimentaires » dans le jargon médical – augmentent, eux aussi, corrélativement. Et pour celles qui décident de ne pas cautionner le diktat imposé, ne leur reste plus qu’à se rhabiller.

« La pudeur, n’est-elle pas toute la femme ?[tooltips content= »Honoré de Balzac, La Comédie humaine, Œuvres complètes, éd. Houssiaux, 1874, tome 12. « ]*[/tooltips] »

Il serait confortable, mais trop facile, de penser que les jeunes générations se parent de nouveau d’étoffes pour réprimer symboliquement le désir qu’elles ont conscience de susciter chez leurs homologues mâles. Retour à la pudeur, soit. Mais pour qu’il y ait dévoilement, encore faut-il qu’il y ait eu un voile qui soit levé sur le mystère des attributs féminins les plus séduisants et les plus érotiques. Le bandeau d’un maillot de bain a-t-il déjà empêché un homme de poser « un regard concupiscent » sur une poitrine ? Le désir n’a jamais disparu, il s’est déplacé. D’un éros révélé, nous sommes passés à un éros suscité. Mais ce dernier contient toujours en lui-même la potentialité d’une révélation. « Les femmes sauvages n’ont pas de pudeur, car elles vont nues ? Je réponds que les nôtres en ont encore moins, car elles s’habillent »[tooltips content= »Lettre de Jean-Jacques Rousseau à d’Alembert. « ]4[/tooltips]. Force est de le constater : la culotte tanga, le string ou encore le soutien-gorge push up enveloppent encore le corps de secrets, mais c’est précisément la dissimulation elle-même qui émoustille.

La pudeur n’est toutefois pas l’étalon de la liberté. Expliquer la réticence des jeunes femmes à pratiquer le topless par le seul argument du retour à la pudeur ne revient, en définitive, qu’à échapper à la question posée. Et les femmes ne sont pas plus libres à mesure qu’elles se recouvrent.

Don Quichotte triomphe toujours !

C’est donc sous l’empire des idéaux féministes, défendus avec hargne et intolérance, que se dresse cet étrange constat : les femmes de moins de 30 ans ont beaucoup moins d’aplomb que les plus de 50 ans à assumer leurs seins nus. Constat, en réalité, faussement étrange. Il est plutôt tout à fait emblématique des contradictions inhérentes à ce que s’évertuent à scander les plus fanatiques. Les femmes doivent être libres – idée que personne n’a d’ailleurs jamais remise en question – mais pour cela, elles doivent être respectées dans leur féminité, dans leur singularité de femme, elles doivent pouvoir disposer de leur corps comme elles l’entendent. Dans le psittacisme d’une injonction qui vire à la psalmodie, la libération ne se révèle être qu’un chemin entre la liberté et le liberticide. Mais ce chemin s’est avéré une impasse. Penser que la quête de liberté est déjà toute la liberté constitue le vice originel sur lequel s’est développée l’idéologie relative à l’émancipation de la femme. Idéologie qui confond le combat à mener et l’objectif à atteindre, et qui, par le seul langage performatif, a omis de libérer les femmes en les prétendant libres.

Être libre signifie donc être prompte à s’effacer, à s’indifférencier, à se cacher, à pouvoir dire non, qui n’est rien d’autre qu’obéir à l’exhortation indiscutable de s’envelopper sous une armada de tissus, et répondre présentes à l’injonction : « Rhabillez-vous ! ». Mais c’est déjà oublier que, dans un jeu de cache-cache, on finit toujours par être débusqué. Derrière le déclin de la nudité, qui semble pourtant accréditer l’idéologie prétendument émancipatrice des féministes, c’est en fait tout l’inverse qui peut être regardé. Qui dit dominant ne veut pas dire majoritaire. C’est que les femmes veulent continuer de séduire et être désirées, choses contre lesquelles le panégyrique féministe demeure sans effet.

A lire aussi, enquête IFOP Bikini / Burqini: Demain j’enlève pas le haut!

 

Pudeurs féminines: Voilées, dévoilées, révélées

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L’affaire Moix atteste que la France n’est plus une patrie littéraire

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Pour sa rentrée sur REACnROLL, Alain Finkielkraut revient entre autres sujets sur son plaidoyer pour une «écologie poétique» publié dans le Figaro, sur la responsabilité de Bolsonaro dans les incendies qui détruisent l’Amazonie, sur le drame des migrants en Méditerranée et sur le Grenelle des violences conjugales. À la fin d’un enregistrement passionnant de 50 minutes, Elisabeth Lévy lui a demandé ce qu’il pensait de la haine fratricide chez les Moix et du passé de l’écrivain. Causeur reproduit leur échange pour ses lecteurs pas encore abonnés à la webtélé.


 

Verbatim

Elisabeth Lévy. Deux petites questions au sujet des deux affaires Moix pour terminer. Le déballage familial autour de son livre Orléans et l’affrontement qu’il y a eu avec son frère pour savoir qui était la vraie victime de sévices. Sévices que le père nie d’ailleurs avoir exercés. Et ensuite, l’exhumation par l’Express de ses écrits et BD de jeunesse. Et de ses amitiés qui ont duré peut-être un peu plus longtemps. Est-ce qu’un écrivain peut tout se permettre concernant la vie privée, concernant l’intimité et concernant la réalité ?

>>> Retrouvez l’émission en intégralité en vous abonnant sur REACnROLL.tv <<< 

Alain Finkielkraut. En tout cas, la preuve est faite une nouvelle fois que la France n’est plus une patrie littéraire, pour reprendre la très belle expression de Mona Ozouf. Quand un écrivain fait la couverture d’un quotidien, en l’occurrence Libération, ce n’est pas pour la qualité de son œuvre. C’est pour les turpitudes qu’il a subies ou commises. J’ai appris que dans Orléans, Yann Moix racontait en effet des sévices que lui infligeait son père et passait sous silence visiblement sa propre violence à l’égard de son frère. Mais, devant ce que vous avez très justement appelé ce « déballage », je voudrais invoquer ce que Soljenitsyne a appelé le droit de ne pas savoir !

Elisabeth Lévy. (amusée et intriguée, dans un petit rire) D’accord.

liberation-moix

Alain Finkielkraut. Cela ne me regarde pas ! Ne m’infligez pas tout ça, ce n’est pas mon problème.

Elisabeth Lévy. Notez que je ne veux pas vous faire prendre partie dans la querelle. Je n’ai pas lu ce livre. Ce qui m’intéresse, supposons que ce soit un chef-d’oeuvre, est-ce que cela donnerait à Yann Moix tous les droits ? Finalement, toute l’indécence qu’il y a dans ce déballage, pourrait-on l’accepter si c’est pour que Yann Moix écrive À la recherche du temps perdu ?

Alain Finkielkraut. (amusé à son tour) Il est clair que ce n’est pas un chef-d’œuvre. Quand même ! La littérature a, malgré tout, partie liée d’abord avec l’imagination, et ensuite avec une certaine courtoisie. Vous parlez de la Recherche. Bon: Charles Haas a peut-être inspiré Swann, mais Swann, c’est Swann. Monsieur de Charlus, c’est Monsieur de Charlus! Le narrateur n’est même pas Proust lui-même.

Elisabeth Lévy. Bien sûr, mais peut-être qu’Anatole France n’aurait pas été très content d’être portraituré en Bergotte.

Alain Finkielkraut. Ce n’est pas Bergotte ! Je lisais encore tout récemment Sodome et Gomorrhe et la Prisonnière… Vous y avez une description inimaginable de 20 pages d’une œuvre musicale qui n’a pas existé, qui est le « Septuor de Vinteuil », ça ne peut donc vexer personne. Proust fait quand même un travail de création romanesque. Il efface les traces et là [chez Moix NDLR], on n’efface pas les traces, on déballe.

Elisabeth Lévy. Je précise en effet que dans l’ouvrage [de Moix NDLR], il garde les noms.

Alain Finkielkraut. Oui, et il ose appeler ça [un] roman. Donc si vous voulez, il joue sur les deux tableaux et c’est dommage. Le roman mérite d’être traité avec plus de considération, avec moins de désinvolture. Donc pour moi le roman, ce n’est pas ça et nous sommes très loin de la littérature.

À Relire: Oui, Causeur a lu « Orléans » de Yann Moix

Elisabeth Lévy. La deuxième affaire Moix est en quelque sorte une variation sur le thème de l’affaire Meklat… Je crois pouvoir dire qu’il y aura d’infinies autres variations [de ce genre NDLR] pendant les années à venir, puisqu’il s’agit de choses exhumées de sa jeunesse pour l’essentiel.

Alain Finkielkraut. Alors ce n’est pas [comme] l’affaire Meklat. Meklat, c’est des tweets, des messages sur la toile (je ne sais pas comment on dit!)

Elisabeth Lévy. (rire) Oui, des tweets, vous le dites très bien.

Alain Finkielkraut. Bon, ce sont des messages qui ont duré très longtemps. Jusqu’à 2015, 2016 enfin. La violence de Meklat n’est pas ancienne, il s’appelait Marcelin Deschamps peut-être mais sous son propre nom il a [aussi] invité à me « casser les jambes », bref il a toujours été très brutal. Avec Yann Moix, c’est autre chose, [nous sommes] dans sa jeunesse étudiante, pas tout à fait l’adolescence donc, il a commis des textes antisémites et révisionnistes. (…) Il a aussi préfacé un [livre de] Blanrue, je crois, qui est resté antisémite.

A lire aussi: Le dreyfusisme intempestif de Charles Péguy

Elisabeth Lévy. (…) Mais après tout, on a peut-être le droit d’être ami avec des antisémites. Je crois qu’il est semble-t-il resté lié d’amitié à Blanrue jusqu’en 2009-2010. Tout en étant pour les dernières années proche de BHL. Et notamment en 2010, il est déjà proche de BHL. Il défend Israël ! (poursuivant avec une certaine ironie) On peut dire que sur les questions juives, il est en pointe ! Il est plus juif que vous si je puis dire…

Alain Finkielkraut. Justement. C’est ça le problème. On ne va pas le condamner à la mort civile pour ses errements de jeunesse. De ce point de vue-là, en tout cas, je ne le poursuivrai pas de ma vindicte. Ce qui me gêne plus, c’est la manière d’où (dont?) il est sorti [de cette affaire NDLR], le zèle philosémite qui est le sien aujourd’hui. Comme vous le savez, lors d’une émission « On n’est pas couché », il a accusé Renaud Camus d’antisémitisme, notamment pour les propos [tenus sur] France Culture, sur lesquels je ne reviens pas. (…) C’est ça que je n’aime pas chez Yann Moix, c’est le zèle actuel. Il devrait précisément, du fait de sa faute ancienne, se montrer plus perspicace et peut-être aussi plus discret. Cela étant, je dois quand même reconnaitre que nous partageons tous deux, Yann Moix et moi, une même admiration pour Péguy…

(…)

>>> Retrouvez la suite de cette causerie sur le site REACnROLL.tv <<< 

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Le Mécontemporain : Péguy, lecteur du monde moderne

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« Regarder le monde tel qu’il est »

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L’éditorial du dernier numéro de Conflits, une revue à (re)-découvrir


« Premier numéro, grandes ambitions » écrivait Pascal Gauchon en ouverture du premier numéro de Conflits en avril 2014.

Trente-deux numéros plus tard, nos ambitions demeurent toujours aussi grandes : regarder le monde tel qu’il est! Depuis cinq ans, Conflits s’est imposé comme une revue de référence, défendant une vision réaliste et critique de la géopolitique. Réaliste, parce que nous prenons en compte tous les éléments dans nos analyses : politiques et militaires, mais aussi énergétiques, culturels, religieux, criminels et artistiques. Critique, parce que Conflits se veut une revue ouverte à la liberté de penser et d’analyser, et de déranger aussi parfois nos lecteurs dans leurs certitudes. Conflits veut donner la parole aux auteurs et aux universitaires confirmés et reconnus, et nous remercions ceux qui nous ont précédés de s’y exprimer régulièrement. Mais nous souhaitons aussi faire émerger la génération intellectuelle de demain, faire connaître de nouveaux talents, ouvrir de nouveaux horizons de la recherche et de l’investigation. C’est ce que fit Pascal Gauchon au printemps 2014 en ouvrant ses colonnes à des auteurs alors peu connus.

Conforter Conflits comme une référence de la vulgarisation de la géopolitique

Dans ce numéro où nous prenons la suite de cette aventure humaine et intellectuelle, nous souhaitons lui exprimer notre reconnaissance pour cette audace. On dit la presse en crise. Pourtant, nous ne manquons pas de talents pour exprimer simplement, mais avec précision, les soubresauts du monde. Nous ne manquons pas non plus de lecteurs désireux de comprendre, de voyager, de découvrir. Conflits se veut résolument une revue de vulgarisation, c’est-à-dire une passerelle entre le monde de la recherche et l’université et le monde des professionnels, des étudiants, des professeurs. La géopolitique est la culture générale de notre temps ? Eh bien aidons-la en portant notre regard sur le monde entier et sur tout le monde, sur ce qui plaît et sur ce qui déplaît. La France dispose d’une longue et riche tradition intellectuelle dans les domaines de la géographie, de l’histoire, de la réflexion militaire, de la pensée des relations internationales. Avec Conflits, c’est un maillon de cette longue chaîne que nous souhaitons sculpter.

La géopolitique est une méthode d’analyse qui part du terrain et qui traite des réalités. Nous nous enracinons dans le temps long et nous portons notre regard vers les horizons lointains. Nous reconnaissons l’existence des identités et des cultures, qui œuvrent pour leur survie et leur développement.

Notre géopolitique est celle du conflit. « Le véritable sujet d’étude de la géopolitique, c’est l’antagonisme sous toutes ses formes, les plus innocentes, les plus sournoises, mais aussi les plus brutales, ainsi que les équilibres que ces rivalités finissent par générer et qui restent toujours fragiles » (Éditorial du premier numéro de Conflits) Nos militaires morts au combat, les civils tués lors des attentats, les régions qui sombrent dans la guerre civile et les guerres larvées témoignent du fait que la paix n’est jamais acquise ni gagnée. Nous ne nous appelons pas Conflits parce que nous aimons la guerre, mais parce que nous souhaitons la paix véritable. « Sans aimer l’affrontement en tant que tel, mais parce que ceux qui veulent vraiment la paix et la stabilité se doivent de connaître toutes les menaces. »

C’est pourquoi nous souhaitons ouvrir la revue à des auteurs étrangers amis de la France, afin de vous faire découvrir les débats intellectuels qui agitent nos alliés, les livres qui suscitent la réflexion. De même, Conflits est ouvert à tous les continents et à toutes les thématiques, la géopolitique se devant d’aborder de nombreux champs du savoir pour saisir la complexité du monde. Après 32 numéros, nos ambitions demeurent toujours aussi grandes pour répondre à vos besoins et votre curiosité. Il n’y a pas de revue sans ses lecteurs. Que ce premier éditorial soit aussi l’occasion de vous remercier pour votre fidélité et votre soutien, que vous lisiez Conflits depuis le numéro 1 ou depuis des numéros plus récents. Vous êtes la partie essentielle de cette histoire humaine et intellectuelle.

>>> La revue est disponible sur la boutique en ligne et dans les kiosques <<<

Allemagne: les réfugiés qui repartent en Syrie pour les vacances indignent


Gêné aux entournures par un reportage du Bild, le Ministre de l’Intérieur allemand veut retirer le statut de réfugiés à ceux qui font des allers-retours avec la Syrie.


« Tout réfugié syrien qui se rend régulièrement en Syrie ne peut pas sérieusement prétendre être persécuté. Nous devons priver cette personne de son statut de réfugié ! » Les propos du ministre de l’Intérieur allemand Horst Seehofer, tenus le 18 août dernier au journal Bild am Sonntag, ont le mérite de la clarté.

Angela Merkel, La chancelière allemande visite une classe de réfugiés à Francfort, Allemagne le 08 octobre 2018. Thomas Lohnes / REX / Shutterstock (9917380b)
Angela Merkel, la chancelière allemande visite une classe de réfugiés à Francfort, Allemagne le 08 octobre 2018.
Thomas Lohnes / REX / Shutterstock (9917380b)

Retours au bled

Quelques jours plus tôt, le quotidien populaire avait publié les révélations chocs d’un jeune reporter d’origine syrienne, Mohammad Rabie. À Berlin, moyennant 800 euros, des agences de voyage permettent aux migrants de retourner clandestinement voir leurs proches restés au pays, en passant par le Liban. Voilà qui fait mauvais genre pour des réfugiés censés courir un danger de mort dans leur pays d’origine. « J’ai honte de mon peuple », s’est indigné Rabie. Le même dépeint des Syriens résidents en Allemagne qui passent leurs soirées devant les chaînes satellitaires arabes et manifestent un fort antisémitisme. Malgré quelques poussées de fièvre, l’opinion allemande approuve encore majoritairement la politique d’accueil d’Angela Merkel. 800 000 migrants syriens ont obtenu l’asile en Allemagne depuis huit ans et espèrent bien y finir leurs jours. Ceux qui retournent de temps à autre au pays subiront-ils bientôt une remigration forcée  ? Tous les regards sont braqués vers la chancelière. Alors que son ministre faisait ses déclarations fracassantes, Angela Merkel rendait visite au Premier ministre hongrois Viktor Orban. À l’approche d’élections régionales importantes, Merkel s’est subitement trouvé « beaucoup de points communs » avec le chantre de l’illibéralisme. Y compris en matière migratoire  : Merkel et Seehofer ont toujours affirmé suivre la situation syrienne de très près pour procéder aux rapatriements « dès que la situation le permettrait ». Puisqu’ils ne font jamais rien comme nous, les Allemands choisiront peut-être le regroupement familial… au bled.

L’inintelligence de la main


À force de manier tablettes tactiles et manettes de jeu, de plus en plus de jeunes ne savent plus tenir un stylo. Leur manque de force et de dextérité dans les doigts désespère les professeurs. Et nécessite une rééducation par des grapho-pédagogues.


A l’heure où j’écris ces lignes, les vacances scolaires ne sont pas terminées et je prépare mes cours en essayant de concilier les exigences des nouveaux programmes (huit livres dans l’année) et la réalité des élèves que je vais trouver en face de moi : «  Madame, il fait quinze lignes, le texte, ça fait beaucoup de écrit ! » Et si la lecture représente pour mes lycéens une activité fatigante dont la pratique demeure exclusivement associée à la contrainte scolaire, l’écriture ne leur est pas plus agréable. Dans l’établissement où j’enseigne, gros lycée de province qui draine un public représentatif de la «  France périphérique  » (ni la bourgeoisie urbaine ni la banlieue à problèmes), sur une classe de 35 élèves, dont deux ou trois sont diagnostiqués «  dysgraphiques  », en réalité, seuls cinq savent vraiment tenir un stylo.

Plusieurs causes expliquent la perte de dextérité constatée

On voit toutes les postures : le stylo tenu entre trois doigts aplatis, ou serré entre le majeur et l’annulaire, index et majeur au chômage  ; souvent le pouce est trop avancé et recouvre l’index. Le reste suit : attitude scoliotique, crispation du coude, épaule qui remonte jusqu’à l’oreille. Fatigués par ces contorsions, beaucoup d’élèves finissent la journée la tête posée sur le bras qui tient la feuille et – massacre ophtalmique – les yeux à deux centimètres de leur texte. Nos jeunes qu’on rêverait resplendissants de santé ont des corps épuisés et abîmés. L’écriture laborieusement produite est tout aussi pénible à lire  : lettres minuscules et tassées, sautant ou passant sous la ligne chez l’élève qui manque de mobilité dans le poignet ; lettres énormes chez celui qui, dépourvu de minutie, sollicite jusqu’au coude pour former un « o » ; sans parler de celui qui n’écrit qu’en script, geste graphique saccadé, éreintant et chronophage.

A lire aussi: Présentation de notre dossier de septembre 2019: le niveau baisse!

Cette situation a des causes multiples. D’abord, il faut bien le dire, les longs moments de silence et de concentration collective qui permettaient à l’instituteur de passer dans les rangs pour corriger dans le détail les postures individuelles sont un luxe que la plupart des élèves n’ont jamais connu durant leur scolarité. Déficit éducatif dans le cadre familial, exigences disciplinaires insuffisantes à l’école maternelle : les professeurs du primaire sont déjà contents quand ils parviennent à tenir la classe, satisfaits si tout le monde reste assis et si le niveau sonore demeure tolérable. Beaucoup renoncent à réclamer le silence, avec une lâcheté pleine de bonne conscience : ateliers et travaux de groupe légitiment un bruit peu propice aux apprentissages. Ajoutons que la formation des professeurs est manifestement déficitaire dans le domaine des compétences graphiques  : beaucoup d’instituteurs déplorent n’avoir reçu aucun enseignement sur la tenue du stylo et, moins encore, sur les méthodes permettant de remédier aux postures incorrectes. «  Je ne savais pas qu’il y avait une manière spéciale de tenir un stylo  », me disent mes élèves. Leurs maîtres d’école l’ignoraient peut-être aussi. Mais la cause majeure de ce handicap est à chercher du côté des écrans  : les tablettes tactiles mises dans les mains des très jeunes enfants proposent des jeux, parfois « éducatifs », dans lesquels le seul geste à effectuer est de cliquer sur un objet ou un animal, entraînant une atrophie de l’index, vite complétée par une hyperlaxité des pouces causée par le téléphone portable et les manettes de jeux vidéo. Les adolescents n’ont plus ni la force de tenir le stylo ni la dextérité pour le manier. Duplo, Meccano, Lego, Playmobil, puzzles, sans parler des billes, des maquettes ou de l’enfilage de grosses perles en bois : toutes ces activités – que les parents désertent pour la tranquillité procurée par l’abrutissement des enfants devant les écrans – stimulaient la motricité fine et contribuaient à la qualité du geste graphique. Sans surprise, les jeunes éprouvent également de plus en plus de difficultés à tenir leurs couverts !

Arrêtons d’écrire tant qu’on y est!

N’ayant pas le goût de l’écriture, nos élèves n’apportent aucun soin à leur travail, pas plus qu’au choix de leur matériel. Elle paraît bien révolue, l’époque où l’on essayait tous les stylos plume de la papeterie afin de choisir celui qu’on jugeait à la fois le plus beau et le plus confortable ; et que l’on glissait dans une trousse sélectionnée avec autant d’exigence. Cette trousse, des professeurs l’interdisent désormais : elle sert à caler – et à cacher – le portable pendant les cours… Quant à l’outil graphique, comme on dit  : les élèves n’écrivent plus qu’au stylo à bille, qui glisse trop vite et dont la tenue est malaisée, car nécessairement très verticale ; pire, ledit stylo est bien souvent un quatre-couleurs, trop gros et tout lisse, dont la prise en main est calamiteuse.

Mais, après tout, l’écriture manuelle n’est-elle pas une pratique désuète appelée à disparaître ? La Finlande a officiellement cessé de l’enseigner depuis 2016, suivant en cela la décision d’une quarantaine d’États des États-Unis. Pourtant, le mouvement inverse semble s’amorcer et 14 États américains sont récemment revenus à cette écriture à l’ancienne. En effet, écrire à la main améliore les performances cognitives, permet une mémorisation plus efficace des contenus et favorise l’expression développée d’idées subtiles et complexes, tandis que le geste répétitif du clavier, qui produit une écriture uniforme et impersonnelle, tend à stériliser la pensée. En outre, si le temps imposé par le tracé de la lettre stimule le mouvement de la réflexion, il offre aussi le délai nécessaire à la mobilisation des compétences grammaticales  : on commet bien plus de fautes de langue sur un clavier que le stylo en main ; la relecture sur écran se révèle moins efficace que la correction sur papier ; et les correcteurs automatiques ignorent certaines erreurs, quand ils n’en suggèrent pas eux-mêmes !

En France, de plus en plus nombreux, les graphopédagogues – parmi lesquels d’anciens professeurs alarmés par la proportion croissante des copies illisibles – proposent des séances de rééducation en écriture. Rendus attentifs aux gestes de l’écriture, les enfants (et les adultes) qui recourent à leurs services améliorent souvent leur orthographe en même temps que leur graphie. Et surtout, ils découvrent le plaisir d’écrire.

La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école

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Whist à Saint-Tropez

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Une plage de Sotchi en 1962 © Sputnik / AFP

Après des vacances familiales instructives et variées, j’ai voulu vous en faire profiter. Et d’abord, le saviez-vous ? La mer Noire est moins salée que la Méditerranée, mais plus que les lacs jurassiens.


FRENCH COUNTY 

Jeudi 11 juillet

Comme il est de tradition lorsque je vais dans le Jura, l’ami David Desgouilles et moi nous sommes réservé une soirée tranquille ensemble – avant que la presse locale n’apprenne notre présence… Au menu du dîner-débat ce soir-là : dorades arrosées d’un Savagnin – bienvenu pour relativiser les considérations raisonnablement pessimistes que nous échangeons sur les perspectives qui s’offrent à notre pays (la France). À force de connaître David, si sincèrement soucieux de la chose publique, j’en viendrais à déplorer son honnêteté foncière, qui le condamne presque à coup sûr à l’échec en politique : il y faut d’autres qualités. – Un autre Savagnin ? L’objet de cette semaine dans notre maison de famille jurassienne, c’est une cousinade. Y vient qui veut et peut, parmi les neuf descendants de la fratrie Tellenne. Avec mon frère Olivier, ils découvrent les beautés cachées de la région. Quant à moi, je leur apprends le whist, jeu de cartes anglais un peu passé de mode ces cent cinquante dernières années, mais qui hante la littérature du xixe siècle. Un jeu subtil aux règles simples, comme j’aime ! De nos jours, on aurait tendance à préférer l’inverse – avec pognon sur table de préférence, à défaut de flingue. Tout fout l’camp, vous dis-je, même à Lons et chez son fameux chocolatier-pâtissier Pelen. Récemment, le « Petit Nègre », gâteau centenaire et produit phare de la Maison, a été rebaptisé « Ébène », sans doute pour éviter une plainte pour incitation à la négrophagie. Un choix discutable, à la réflexion  : «  Bois d’ébène  »  : n’était-ce pas l’appellation courante du statut des esclaves réduits à la condition de « biens meubles » ?

WE ARE THE CAMPION

Samedi 27 juillet

Pour Frigide, Port Grimaud est un pèlerinage. Outre la maison de vacances de son enfance, elle retrouve là, à quelques encablures, le Saint-Tropez de sa folle jeunesse – pas vraiment terminée… Le Club des Allongés, le Bal et autres bars et boîtes décadents, où elle passait ses nuits couverte de champagne et de créatures interlopes. Ces lieux, bien sûr, ont disparu depuis belle lurette ; mais pas dans la choucroute de Barjot, qui en reproduit l’ambiance à volonté (ne serait-ce que la sienne). Polyvalente, elle s’est bien amusée, cette année encore, à la fête de Marcel Campion. Et en plus, elle a eu sa photo dans Var Matin ! Le candidat à la mairie de Paris était très en forme. Dans un discours franc, mais jovial, il s’est payé tour à tour ses meilleurs ennemis, de la maire Hidalgo, sa poupée vaudoue, à ce site rebaptisé « Merdapart » qui, paraît-il, lui cherche des poux fiscaux dans la tête. Pas de blague en revanche sur les « pédés », qu’il avait d’ailleurs invités en nombre. Voilà bien un drôle d’homophobe… Si ça se trouve c’est une honteuse – mais je ne risquerai pas l’hypothèse devant lui. Avec tout ça, autant vous le dire  : on n’a pas eu le temps de rejouer aux cartes en famille, comme dans le Jura. Mais mettez-vous à ma place  : je n’allais quand même pas intituler ma chronique « Whist à Lons-le-Saunier » ? J’en appelle au John Ford de L’homme qui tua Liberty Valance  : «  Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende. »

IMPRESSIONS DE RUSSIE

Lundi 12 août

À première vue, l’accroche est un peu trompeuse, pour des glands qui se sont posés à Sotchi et n’en ont plus bougé. Mais s’il le faut, j’en appelle aux mânes de Raymond Roussel, qui écrivit Impressions d’Afrique sans jamais descendre de son bateau. De la Riviera à sa version russe (Sotchi, « Perle de la mer Noire » bien avant de devenir la capitale sportive du pays), il n’y avait qu’un pas et nous l’avons franchi. Premier sujet d’étonnement : dans l’avion d’Aeroflot, hôtesses et stewards portent de superbes uniformes soviétiques frappés de la faucille et du marteau et qui semblent tout neufs… Surplus dus à une minuscule erreur de calcul dans un Gosplan des années 1980 ? À part ça, la quasi-totalité des touristes sont russes, sans parler des Stochiens de souche – et personne ne parle un mot d’anglais, encore moins de français. Sauf peut-être dans les boutiques de luxe… À propos, depuis la terrasse de votre suite au 29e étage du Hyatt Park Center, un petit chemin arboré en pente douce vous conduira tout droit à la plage « Moris Tores ». Russie, terre de contrastes… Côté culturel, j’ai beaucoup travaillé l’alphabet cyrillique. Certaines lettres y sont quasi normales, d’autres, c’est franchement n’importe quoi. J’ai quand même réussi à apprendre que le grand théâtre Zymnii donnerait le 26 août une représentation du Maître et Marguerite. Hélas, nous serons déjà rentrés – et en plus, c’était en russe…

Une plage à Sotchi en 1962. Miroslav Murazov / Sputnik/ 2565359/Russie
Une plage à Sotchi en 1962.
Miroslav Murazov / Sputnik/
2565359/Russie

UBU CHEZ UBER

Vendredi 23 août

Mais à quoi bon voyager  ? C’est de retour à Paris, après ces tribulations, que j’ai vécu l’expérience la plus « décontrastante », comme disait Garcimore, de ces deux derniers mois. Au début, tout semble normal, comme dans Psychose. Et puis, progressivement, ça devient du Beckett, ou du Ionesco, mais avec une pointe de Jarry en tout cas. 22 h 30 : Je commande un Uber pour aller de Dupleix à l’avenue Mozart, quatre minutes d’attente, ça va. À l’heure dite, on m’informe que ma voiture est arrivée. 22 H 40 : Personne devant chez moi ; j’appelle le chauffeur, qui proteste de sa bonne foi : –  Mais je suis bien à l’agence Ingencia, 30, rue de Lourmel… – Peut-être, mais c’est pas mon adresse ! J’habite à 300 m, à l’angle du boulevard… – Ce n’est pas ce qui est écrit !… Alors, on annule la course ? – Mais non, vous tournez deux fois à droite et vous êtes sur le boulevard ! – Ah, OK, j’arrive. 22  h  45 – 23  h  15  : Interminable demi-heure d’attente, d’autant plus déprimante que je peux suivre en direct le trajet erratique de « ma voiture » qui, d’avenue Émile-Zola en rue de la Convention, s’éloigne toujours plus de moi. Inutile même de rappeler le chauffeur, vu notre conversation précédente. Rien à faire qu’à attendre ce Godot-là… Il finira par débarquer avec trois quarts d’heure de retard TTC pour une course qui, à cette heure-là, prend cinq minutes. J’étais passablement énervé, mais en un instant le mec m’a cloué sur place avec son ultime punchline : –  Alors du coup, la destination, c’est 30 rue de Lourmel, l’agence Ingencia ? Vertigineux, non ?

SÉLECTION DU READER’S DIGEST

« Trublion, ma petite outre, Si vraiment tu veux la paix, Commence par nous la foutre. » (Anatole France)

« Tout ce qui est simple est faux ; tout ce qui ne l’est pas est inutilisable. » Paul Valéry « Si les anges volent, c’est parce qu’ils se prennent eux mêmes à la légère. » (Chesterton)

« Je n’ai jamais cité un auteur sans l’améliorer. » (Jorge Luis Borges)

« Chacun hurle son secret. » (Raoul Rabut)

«  Si Joan Crawford prenait feu, je ne me donnerais même pas la peine de pisser dessus. » (Bette Davis)

La gauche olfactive cible Raphaël Enthoven

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R. Enthoven © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00665080_000006

À intervalles réguliers, une salve d’insultes numériques s’abat sur ceux qui bravent les interdits. Dernier épisode en date, Raphaël Enthoven. Il a « osé » accepter de débattre à une convention organisée par le journal l’Incorrect.


Aimeriez-vous vivre dans un monde où tout le monde pense comme vous ? Non sans doute. Eh bien, dans la grande famille qu’on appelait autrefois la gauche, on adore la diversité, sauf dans un domaine: celui des idées. On aime l’autre à condition qu’il pense la même chose que nous. Quand quelqu’un en émet une qui leur déplait (d’idée), les maîtres censeurs sortent leur revolver – métaphorique – et demandent qu’on le fasse taire. Et pour eux, les mauvaises idées ont de mauvaises odeurs. Nauséabondes. D’où le petit nom gauche olfactive.

L’inefficacité du cordon sanitaire

Seulement, pour que l’ordre idéologique règne, il ne suffit pas de priver les méchants de parole. Il faut encore interdire à quiconque de leur parler. C’est la glorieuse tactique du cordon sanitaire appliquée au Front national depuis la fin des années 1980 avec le succès que l’on sait puisqu’elle n’a pas empêché celui-ci de passer de 15 à 25 % de l’électorat.

A lire aussi: Marion Maréchal: « L’alliance LR/RN est inévitable »

Ce sectarisme érigé en devoir citoyen a contaminé l’ensemble du débat public. On ne parle pas aux climato-sceptiques, on les appelle climato-négationnistes, ce qui veut dire presque nazis. On ne parle pas à celles-et-ceux qui refusent d’adorer metoo. On ne parle pas à Zemmour ou à Tartempion. Et bien sûr, on ne parle pas à l’extrême droite. C’est contagieux. Et ça évite d’avoir à se battre argument contre argument.

L’espace de la dispute civilisée se réduit dangereusement

À intervalles réguliers une salve d’insultes numériques s’abat sur ceux qui bravent les interdits. Ces attaques sont particulièrement mal venues dans le cas de Raphael Enthoven dont on connaît l’attachement à la gauche libérale et antitotalitaire. Enthoven est un digne héritier de l’esprit des Lumières, un des plus estimables représentants de ce que l’esprit français a de meilleur. Il ne concède rien sur ses idées, mais affectionne la dispute civilisée, le débat à la loyale. À quelques exceptions près, « parce que, dit-il, tout de même la vie est courte », il parle avec tout le monde, « des indigènes de la république aux adversaires de la PMA ». Au printemps, il a dialogué  à trois reprises avec Etienne Chouard sur Sud Radio. Ça s’appelle le pluralisme et c’est le cœur de l’esprit démocratique.

A lire aussi, Raphaël Enthoven: « Je ne mets pas la kippa, le voile et la croix sur le même plan »

Le nouveau crime d’Enthoven, c’est d’avoir accepté de s’exprimer devant la convention de la droite organisée par l’Incorrect autour de Marion Maréchal – laquelle avait courageusement été désinvitée par le MEDEF après quelques éditos ou tweets furibards. L’affaire a fait suffisamment de mousse numérique pour que Le Point demande au philosophe pourquoi il allait se commettre en telle compagnie.

Laissez-le parler

Ceux qui l’insultent – ou lui demandent combien il est payé – se moquent de ce qu’il dira. On peut pourtant compter sur Enthoven pour parler des choses qui fâchent, autrement dit, pour exposer frontalement ce qui le sépare de Marion Maréchal. Dans Le Point, il se moque de ses détracteurs : « Des diabolisateurs sans mains, qui trouvent, depuis leur moquette, que je vends mon âme en mettant les miennes dans le cambouis. » À ceux-là, on rappelle le conseil de Montaigne : « Il faut frotter sa cervelle contre celle d’austruy ». Traduction en français moderne: il faut se méfier de l’entre-soi idéologique. Ça rend con.

Nos enfants-rois victimes des écrans-rois?

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Une jeune fille en train d'utiliser une tablette chez elle. CHAMUSSY/SYPA/1710011926

Michel Desmurget alerte sur les dangers des écrans dans La fabrique du crétin digital. Il recommande de proscrire tout écran jusqu’à l’âge de 6 ans.


« Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran en moyenne. Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4 h 45. Entre 13 et 18 ans, ils effleurent les 6 h 45. […] Exprimé en fraction du temps quotidien de veille, cela donne respectivement un quart, un tiers et 40 %. »

Chercheur en neurosciences à l’Inserm, Michel Desmurget tire la sonnette d’alarme. Dans La Fabrique du crétin digital, qui paraît ces jours-ci, il montre que cette surconsommation récréative de numérique (tablettes, smartphone, jeux vidéo, télévision…) par les enfants provoque des dégâts irréparables. Comme le chantait Trust, le temps perdu ne se rattrape plus. « Les grandes périodes de plasticité cérébrale propres à l’enfance et à l’adolescence ne sont pas éternelles. Une fois refermées, elles ne ressuscitent plus. Ce qui a été gâché est à jamais perdu » – alors que l’initiation au numérique peut se faire à tout âge.

A lire aussi, Ingrid Riocreux: L’inintelligence de la main

La concentration sur les écrans du temps de cerveau disponible sape les trois piliers essentiels au développement de l’enfant. Premièrement, elle pénalise les interactions humaines en réduisant le volume et la qualité des échanges familiaux. Or, écrit Desmurget, «  pour le développement, l’écran est une fournaise quand l’humain est une forge ». Deuxièmement, elle ralentit l’acquisition et la maîtrise du langage et entrave « l’entrée dans le monde de l’écrit », alors qu’au-delà « d’un socle fondamental, oralement construit au cours des premiers âges de la vie, c’est dans les livres et seulement dans les livres que l’enfant va pouvoir enrichir pleinement son langage ». Enfin, elle pèse sur la concentration et « inscrit l’inattention au cœur du cerveau ».

Quoi qu’en disent les fervents technophiles, aucune étude scientifique ne démontre que l’exposition précoce aux écrans développe les capacités. « Le cerveau humain est parfaitement incapable de faire deux choses à la fois sans perdre en précision, justesse et productivité. »

Michel Desmurget propose donc – rien que ça – de proscrire tout écran au moins jusqu’à six ans et de limiter ensuite l’exposition des enfants à une heure par jour. Pour y parvenir, il suggère de chapitrer sa progéniture quant aux dangers des écrans. Espérons que la prévention digitale sera plus efficace que les sermons antidrogue.

Tulipes de Koons: financées par l’impôt, rentabilisées par la finance de l’art

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Tulipes de Koons financées par l'impôt, rentabilisées par la finance de l'art. Tristan Reynaud/SIPA/1909021908 (2 septembre 2019)

L’actualité de cette semaine nous fournit un exemple du processus actuel de la création des cotes financières de l’art avec l’arrivée à Paris du monument kitsch, de 10 mètres de haut, pesant 33 tonnes de l’artiste américain Jeff Koons. Cette œuvre, dont seul le concept a été offert à Paris, a été conçue à New York, produite en usine en Allemagne grâce au mécénat défiscalisé, installé avec l’argent du contribuable parisien majoritairement hostile à cette œuvre.


La France au secours de l’artiste vivant « le plus cher côté du monde »

Mieux vaut éviter les incidents ! Les tulipes de Jeff Koons débarquent en catimini, en cette fin de vacances pour s’installer derrière le Petit Palais à équidistance de l’Assemblée nationale, de la Place de la Concorde et de l’Élysée. En effet, quelques mois plus tôt, l’installation autour du Rond-point des Champs Élysée, d’un autre monument très « lunapar », clignotant et lumineux la nuit, très circuit de plomberie urbain le jour, semblablement « financé et offert » par le Qatar, a été sévèrement chahuté par les gilets jaunes le jour de l’inauguration[tooltips content= » L’incident qui s’est produit pendant la cérémonie officielle, en dehors des samedis consacrés à manifester, n’a pas été relaté par la presse. »]1[/tooltips]. La Mairie de Paris a connu récemment d’autres incidents de ce type[tooltips content= » Le monument qui représente un cœur kitsch au bout d’un bâton de Joanna Vasconcelos dont l’insignifiance et le prix ont fâché les Parisiens. »]2[/tooltips] et tient à prévenir de futures protestations.

A lire aussi: Comment en est-on arrivé à exposer deux pneus de tracteur dorés à l’Opéra Garnier? 

Le monument funéraire aux victimes du Bataclan a suscité des pétitions, réuni la grogne des artistes dissidents, mais aussi celle des officiels. Des notables bien-pensants fervents de l’Art contemporain se sont affichés avec courage. Ils ont dénoncé une installation décidée sans l’aval des commissions diverses et variées, en particulier celles de la protection du patrimoine. Ils ont même osé protester parce qu’aucun artiste vivant et travaillant à Paris ne bénéficie de tels avantages, et que d’ailleurs aucun d’entre eux ne figure au Top 500 mondial et pas du tout au Top 100 des artistes cotés. Ils expriment même leur étonnement de voir les institutions républicaines accorder cet espace si politique à un monument aussi colossal et dissonant.

Lire aussi : L’art et la guerre, un couple presque parfait

La Mairie de Paris, suivant où précédant on ne sait, le ministère de la Culture et celui des Affaires étrangères, a accepté in fine ce geste politique américain témoignage de compassion pour les victimes d’un attentat terroriste dont il est difficile de formuler l’intérêt et le sens : l’Ambassade des États-Unis se fait le relais d’une offrande conceptuelle, d’un « cadeau gratuit » à la France qui en coûtera à la mairie la coûteuse production de l’œuvre ainsi que 3 millions pour son installation. La proposition effraya, les commentaires furent peu aimables et les collectionneurs de Koons acceptèrent alors de prendre en charge la « production ». Devant la grogne populaire, les autorités responsables de cette décision se sont justifiées en invoquant l’incident diplomatique qu’entraînerait un tel refus[tooltips content= »Ce don a été proposé par l’Ambassade Américaine sous la présidence d’Obama. Le refus, actuellement semble-il, ne provoquerait aucun incident. »]3[/tooltips].

Défense stratégique de la cote de l’Art international global kitsch

Le « geste » en réalité équivaut à un sauvetage des mauvaises performances du trader artiste Jeff Koons, emblématique de l’art global, dont le cours a connu des variations erratiques ces trois dernières années. Koons a eu la cote la plus haute du monde pour un artiste vivant entre 2015 et 2018 : 58 millions de dollars. Cette cote consacre le style international contemporain, l’exemple à suivre. Un artiste américain doit en être le porte-drapeau mondial. Sa formule consiste en une esthétique kitsch alliée à un modèle financier comprenant une œuvre gigantesque et sérielle, accompagnée de milliers d’objets-répliques numérotés en tous formats et matériaux, vendus à divers prix, auxquels il faut ajouter des produits dérivés, de la casquette au T-shirt à prix minimes. Art industriel donc, à la portée de toute bourse, divertissant pour tous !

En novembre 2018, le Dog de Koons à 58 millions de dollars a perdu sa suprématie, dépassée par une peinture, œuvre unique de David Hockney, œuvre culte sur le thème du genre, et cependant sans scandale, cotée 90,3 millions. À ce malheur il faut ajouter ses déboires financiers qui l’ont obligé à déménager son atelier, à licencier massivement du personnel. Il a connu des déboires judiciaires en raison de grands retards dans la production d’œuvres dont les concepts avaient été achetés et payés. Il a été condamné pour non-respect de la propriété intellectuelle à cause « d’emprunts et détournements » que la doxa de l’Art contemporain encourage, mais qui contreviennent encore aux lois sur la propriété. Par ailleurs, le succès financier de l’artiste contemporain d’aujourd’hui ne peut reposer seulement sur une cote géante assurant une visibilité médiatique. Il doit aussi vendre massivement toute une production moins spectaculaire. En cela Jeff Koons peine à suivre. Ainsi plusieurs artistes chinois ont depuis quelques années un chiffre annuel de ventes aux enchères plus importantes que lui.

Le krach de Koons…

Enfin ce qui a provoqué « la chute du Koons » en salle des ventes est peut-être la suppression…

>>> Lire la suite de l’entretien sur le site de Conflits <<<

L'imposture de l'art contemporain: Une utopie financière

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Peut-on en savoir plus sur les « voix » entendues par le tueur du jeune Timothy?

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La scène du drame, le 31 août 2019 ©Nicolas Vaux-Montagny/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22373068_000004

Marmed Niazi a fait un mort et huit blessés lors de son attaque à Villeurbanne, le 31 août dernier. Cannabis et troubles psychiatriques sont évoqués pour expliquer l’acte du tueur afghan présumé, jusqu’à présent.


Le samedi 31 août 2019, à Villeurbanne, un Afghan frappe une dizaine de personnes devant un arrêt de bus. Il a un pic à barbecue et un grand couteau. Un barbu parvient à l’amadouer en lui disant quelques mots, et il lui serre la main. Arrêté, il se présente à la police avec deux identités différentes, et trois dates de naissance. Malgré cela, il paraît que cet Afghan a obtenu une carte de séjour en France. D’après ce qu’il a dit aux enquêteurs après la tuerie, il s’appelle Sultan Marmed Niazi, et il est né en 1986 en Afghanistan.

Donc il avait 10 ans lorsque les talibans ont pris l’Afghanistan, et il a subi leur éducation religieuse obligatoire durant six ans au minimum : de 1996 à 2001 inclus. En fait, il a subi cette éducation bien plus longtemps, car il est un pashtoune. Les pashtounes sont une ethnie qui peuple les montagnes à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. Les talibans afghans, et notamment leur chef, le mollah Omar, sont des pashtounes, et ce sont eux qui ont fait de l’Afghanistan un sanctuaire pour al-Qaïda[tooltips content= »Concernant l’histoire d’al-Qaïda, voir : Lina Murr Nehmé, Fatwas et Caricatures, la Stratégie de l’Islamisme, Salvator, 2015. »]1[/tooltips]. Ils imposent leur enseignement islamiste sur tout le territoire afghan depuis 1996, mais ils l’ont imposé dès 1994 dans leur territoire. Et après la guerre américaine en Afghanistan qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001, les talibans ont gardé une certaine force dans leurs montagnes, notamment grâce aux talibans pakistanais. Sans grande surprise, l’enseignement dans les madrassas est souvent financé par l’Arabie Saoudite, et n’a pas changé[tooltips content= »Au sujet de l’enseignement général dans les madrassas, notamment au Pakistan et en Afghanistan, lire : Lina Murr Nehmé : Tariq Ramadan, Tareq Oubrou, Dalil Boubakeur : ce qu’ils cachent. Salvator, 2016. »]2[/tooltips]

Sultan Marmed Niazi vient du pays des talibans

Quoi qu’il en soit, Sultan Marmed Niazi a subi l’influence des Talibans durant sa jeunesse — les années où il était le plus fragile. Il a appris que les femmes ne doivent pas sortir, sinon il faut les battre ou leur jeter de l’acide. Il a appris que les hommes doivent avoir une barbe, sinon ils sont mécréants. Il a appris que si un musulman ne fait pas ses cinq prières, il faut le tuer. Il a appris que si n’importe qui critique Allah ou Mahomet ou le Coran, il faut le tuer. Il a appris que si on critique la décision de tuer un blasphémateur, ou si on critique les terroristes qui ont commis la tuerie de Charlie Hebdo, on est un ennemi d’Allah et on doit mourir.

A lire aussi: Habte Araya, le tueur de Francfort jadis présenté comme un migrant modèle

Par ailleurs, Niazi ne se sent pas un bon croyant. Ça le tarabuste. Il a dit aux enquêteurs qu’il était anxieux à l’idée de ne pas bien suivre sa religion. Que faites-vous quand vous êtes anxieux ? Vous sortez, vous donnez un coup de fil, vous voyez quelqu’un, ou vous pillez votre réfrigérateur et vous grossissez. Et si c’est votre religion qui vous rend anxieux, vous irez probablement satisfaire votre conscience en faisant des actes de charité: vous faites une aumône, vous nourrissez un clochard, vous aidez une vieille femme embarrassée dans ses paquets, ou autre chose. Mais Niazi ne peut pas soulager son angoisse religieuse en faisant des actes de charité. Les talibans lui ont appris que si le djihad a été déclaré, la première des bonnes actions, c’est de nettoyer la terre des mécréants pour y faire régner l’islam. Oussama Ben Laden n’a-t-il pas promulgué une fatwa disant de tuer les chrétiens et les juifs dans le cadre du djihad ? Cette fatwa est suivie par les talibans. Donc Sultan Marmed Niazi sent qu’il doit tuer les blasphémateurs et les athées. Au foyer dans lequel il vit, il frappe justement ses compagnons réfugiés avec des chaises. Mais ce jour-là, il décide de tuer dans la rue, là où il y a des mécréants. Il explique ses raisons en disant aux enquêteurs qu’il a « entendu dans l’après-midi des voix insulter Dieu et lui donnant l’ordre de tuer ». Les psys qui l’ont examiné en ont conclu qu’il était dans « un état psychotique envahissant avec délires paranoïdes à thématiques multiples dont celles du mysticisme et de la religion ». Il y a bien déjà eu en France des gens qui ont tué parce qu’ils avaient pris du cannabis. Ils n’ont pas crié « Allahou Akbar ». Ils n’ont pas dit que les gens qu’ils tuaient ne lisaient pas le Coran. Ils ne s’étaient pas dits investis par la divinité pour tuer des blasphémateurs.

Des troubles psychologiques évoqués

Les enquêteurs ne se rendent peut-être pas compte qu’à force de haïr les mécréants, un homme éduqué par les talibans peut vivre dans une telle tension nerveuse en France, qu’il en arrive à la paranoïa. Si un pupille des talibans vit en France, il trouvera tout blasphématoire. Ensuite, quelle est la nature de ces voix entendues par Niazi ? Ce ne sont pas nécessairement des voix éthérées venant de l’au-delà. Ou alors, elles parlent de façon étonnamment semblable aux voix terrestres. Niazi a déjà tellement menti au sujet de son identité et de son âge, qu’on n’est pas obligé de le prendre au mot et de croire qu’il a des troubles psychologiques parce qu’il parle de voix. En tout cas, les voix qui insultent Allah peuvent très bien avoir été entendues par la fenêtre, ou dans la rue, ou à la télévision, ou sur les réseaux sociaux. 

A lire aussi: Allemagne: les réfugiés qui repartent en Syrie pour les vacances indignent

Pour un homme éduqué par les talibans, le simple fait de défendre la laïcité ou l’acquittement d’Asia Bibi, ou encore, les victimes de la tuerie de Charlie Hebdo, est une insulte à Allah. On lui a enseigné qu’on est blasphémateur si on critique la loi anti blasphème, car cela revient à critiquer la charia. La personne qui le fait doit donc mourir. De là à raconter aux inspecteurs qu’une voix lui a dit de tuer, comme le fait Niazi, pourquoi pas ? La voix qui lui a dit de tuer peut très bien être celle d’un ouléma qu’il a entendu prêcher dans une vidéo, ou dans une mosquée, ou ailleurs. Il y en a tellement, de ce genre de voix… Et lui, Afghan pachtoune, comprend les langues dans lesquelles ce genre de sermons sont le plus souvent prononcés et enregistrés.

Les fameuses voix

En tout cas, il y a eu la mort d’un jeune homme. Quand l’Administration impose aux Français des réfugiés éduqués par les talibans, elle a la responsabilité de les surveiller pour s’assurer qu’ils ne viendront pas mettre en pratique, en France, ce que leur ont appris les talibans en Afghanistan, quand ils étaient petits. Parler de troubles psychotiques permet à l’Administration de camoufler sa négligence. Il est facile de mettre une tuerie sur le dos de la maladie. Ainsi, on ne parle plus de radicalisation. Mais alors, que dire des frères Kouachi, les assassins de Charlie Hebdo ? Que dire de Coulibaly ? Ils ont fait la même chose que Sultan Marmed Niazi, et ils n’étaient pas psychotiques pour autant. Mais ils avaient quelque chose en commun avec Niazi : ils avaient lu les mêmes livres que lui, et écouté les mêmes sermons, les mêmes « voix » que lui.

Fatwas et caricatures : la stratégie de l'Islamisme

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Dépréciation généralisée de la pratique du topless

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Baignade nocturne dans la mer. Handaye, FRANCE - LAURENCE GEAI/SIPA/1908241117

 


Période estivale oblige, l’Ifop a publié pour le site viehealthy.com les résultats d’une enquête : 6% des moins de 30 ans pratiquent le topless alors que leurs aînées baby-boomeuses sont plus de 30%. Ces chiffres, a priori contre-intuitifs, sont éloquents. Ils traduisent les contradictions inhérentes aux idéaux féministes actuels.


À la veille de la rentrée des classes et des retours rouges de Bison futé, il suffit d’approcher les bords de mer pour s’apercevoir que les plages sont encore bondées. Le corps de la mater familias souhaite toujours s’afficher jeune et joli malgré un ventre quelque peu distendu par les grossesses successives. L’affluence sur la plage témoigne d’emblée de la volonté d’afficher un corps que l’on désire parfait. Ne doit-on pas voir ici le point d’orgue de la Freikörperkultur – littéralement, « culture du corps libre » – amorcée en Allemagne dans les premières années du XXe siècle ? Le mouvement d’émancipation de la femme a été initialement appréhendé comme un mouvement de libération. Ladite libération s’identifiait alors à un dévoilement de ce corps comme affirmation de la femme en tant que telle, les seins, les fesses, les formes, mouvement auquel a activement participé la massification de la mode des sous-vêtements[tooltips content= »Cf. Marylin Yalom, A History of the Breast, 1998. « ]1[/tooltips]. Dans le prolongement de cette libération survient en réalité une confusion notable : la modalité spécifique de cette émancipation s’est transmuée en suprême finalité, réduisant la représentation de la liberté de la femme à peau de chagrin.

Miroir, mon beau miroir…

Il semble que nous soyons entrés dans une ère nouvelle. Il est de coutume de croire que la place accordée à l’image dans notre société tient lieu de justification des changements opérés dans le rapport des femmes à leur corps. Mais les canons de beauté et la volonté des femmes de s’y conformer, ne sont pourtant pas l’apanage de notre époque. En effet, dès lors que le sein est devenu esthétique et érotique – à la Renaissance –, un idéal de beauté se dégageait déjà : le sein parfait devait être aussi rond qu’une petite pomme, comme en témoigne La Dame de beauté d’Agnès Sorel. À défaut de pouvoir confectionner le petit sein parfait par la magie du bistouri, des infirmières étaient employées pour allaiter les bébés de mères bien décidées à préserver la beauté de leur poitrine. Le changement de paradigme n’émane donc pas du dégagement arbitraire d’un sein-paragon et l’érotisation du sein féminin est en réalité un fait vieux de sept cents ans. La nouveauté, en revanche, réside dans le passage de la suggestion à l’injonction, de la volonté de perfectionnement à l’obligation de perfection, du canon au diktat. Constat sans doute contradictoire avec l’air du temps au regard des idéaux défendus par les mouvements féministes, farouchement enclins à prôner le respect de la femme et de son corps. La polémique Weinstein n’est-elle pas toute entière celle d’une délation de la femme comme corps-objet ? Les mêmes mouvements qui, voulant défendre le respect de la femme telle qu’elle est, intiment aux femmes d’être telle qu’elles devraient être. Il n’est alors pas étonnant que 90% des femmes de moins de 35 ans avouent passer la plupart de leur temps à se comparer entre elles, et qu’un tiers d’entre elles finissent par exécrer ces seins qui les complexent tant.

A lire: Le monokini, c’est fini

C’est à se demander ce qui empêche réellement les jeunes femmes de « free the nipple »[tooltips content= »« Libérer les tétons », campagne menée en 2012 soutenant que les femmes devraient pouvoir montrer leurs seins en publics, à l’image des hommes pour lesquels, il est permis d’apparaître torse nu. « ]3[/tooltips]. À la question de savoir ce qui empêchait les moins de 25 ans à se mettre seins nus sur la plage, 59% ont répondu « le regard concupiscent des hommes » alors que 41% invoquaient « la peur de critiques négatives sur leur physique ». Elles semblent donc plus nombreuses à vouloir se protéger du regard prétendument dévastateur des hommes que de prendre le risque de ne pas être considérée comme la plus belle – comprendre : la plus désirable – parmi leurs pairs. Mais force est de constater deux choses : dans l’un ou l’autre des cas, il est toujours question de désir, qu’il s’agisse de plaire aux concurrentes ou de plaire aux prétendants, puisque la question demeure sensiblement la même : suis-je désirable ? Interrogation qui en contient une autre, sous-jacente, suis-je la plus désirable ? Et c’est déjà toujours vouloir être regardée et désirée. Dans l’apparente crainte – quasi-ontologique – de ne plus être vues que comme un objet de désir, les femmes démontrent en réalité qu’elles veulent plaire à tout prix. Et surtout au prix de complexes. C’est donc moins par peur de plaire que par peur de ne pas plaire que les femmes ont remis les hauts de maillot de bain.

Quête vaine de la perfection

Fait symptomatique, le nombre de chirurgies esthétiques a explosé : 48% d’augmentation entre 2000 et 2018 et plus de 313 000 opérations par an sont réalisées aujourd’hui. Le règne de la perfection se couple donc d’un autre règne : celui de la perfection accessible. Et la question dès lors inévitable : comment ne pas être parfaite aujourd’hui ? Ou plutôt, comment être naturellement désirable ? Phénomène qui tourne d’ailleurs en vase clos : si le nombre de seins refaits a augmenté c’est précisément parce que les images que l’on juge érotiques les affichent, et s’ils sont affichés c’est aussi pour imprimer l’hégémonie de l’érotique factice. Il suffit de voir le succès grandissant que rencontre le pornographique : 71% des adolescents ayant déjà eu un rapport sexuel ont déjà visionné un film X, ou comme disait Aaron Tiney, rédacteur en chef de Loaded Magazine, « les photos de seins nus ont été dépassées par Internet ». Difficile de reprocher aux hommes de préférer le parfait simili à l’approximative réalité dès lors que la norme est délibérément apposée à l’illusion. C’est bel et bien de cette confusion entre amélioration et perfection que naît l’anéantissement du corps de la femme qui, se prenant elle-même au jeu du fantasme, finit par y souscrire. Aux utopiques prétentions, extrêmes conséquences : les cas d’anorexie et de boulimie mais aussi d’hyperphagie – que l’on appelle « troubles du comportement alimentaires » dans le jargon médical – augmentent, eux aussi, corrélativement. Et pour celles qui décident de ne pas cautionner le diktat imposé, ne leur reste plus qu’à se rhabiller.

« La pudeur, n’est-elle pas toute la femme ?[tooltips content= »Honoré de Balzac, La Comédie humaine, Œuvres complètes, éd. Houssiaux, 1874, tome 12. « ]*[/tooltips] »

Il serait confortable, mais trop facile, de penser que les jeunes générations se parent de nouveau d’étoffes pour réprimer symboliquement le désir qu’elles ont conscience de susciter chez leurs homologues mâles. Retour à la pudeur, soit. Mais pour qu’il y ait dévoilement, encore faut-il qu’il y ait eu un voile qui soit levé sur le mystère des attributs féminins les plus séduisants et les plus érotiques. Le bandeau d’un maillot de bain a-t-il déjà empêché un homme de poser « un regard concupiscent » sur une poitrine ? Le désir n’a jamais disparu, il s’est déplacé. D’un éros révélé, nous sommes passés à un éros suscité. Mais ce dernier contient toujours en lui-même la potentialité d’une révélation. « Les femmes sauvages n’ont pas de pudeur, car elles vont nues ? Je réponds que les nôtres en ont encore moins, car elles s’habillent »[tooltips content= »Lettre de Jean-Jacques Rousseau à d’Alembert. « ]4[/tooltips]. Force est de le constater : la culotte tanga, le string ou encore le soutien-gorge push up enveloppent encore le corps de secrets, mais c’est précisément la dissimulation elle-même qui émoustille.

La pudeur n’est toutefois pas l’étalon de la liberté. Expliquer la réticence des jeunes femmes à pratiquer le topless par le seul argument du retour à la pudeur ne revient, en définitive, qu’à échapper à la question posée. Et les femmes ne sont pas plus libres à mesure qu’elles se recouvrent.

Don Quichotte triomphe toujours !

C’est donc sous l’empire des idéaux féministes, défendus avec hargne et intolérance, que se dresse cet étrange constat : les femmes de moins de 30 ans ont beaucoup moins d’aplomb que les plus de 50 ans à assumer leurs seins nus. Constat, en réalité, faussement étrange. Il est plutôt tout à fait emblématique des contradictions inhérentes à ce que s’évertuent à scander les plus fanatiques. Les femmes doivent être libres – idée que personne n’a d’ailleurs jamais remise en question – mais pour cela, elles doivent être respectées dans leur féminité, dans leur singularité de femme, elles doivent pouvoir disposer de leur corps comme elles l’entendent. Dans le psittacisme d’une injonction qui vire à la psalmodie, la libération ne se révèle être qu’un chemin entre la liberté et le liberticide. Mais ce chemin s’est avéré une impasse. Penser que la quête de liberté est déjà toute la liberté constitue le vice originel sur lequel s’est développée l’idéologie relative à l’émancipation de la femme. Idéologie qui confond le combat à mener et l’objectif à atteindre, et qui, par le seul langage performatif, a omis de libérer les femmes en les prétendant libres.

Être libre signifie donc être prompte à s’effacer, à s’indifférencier, à se cacher, à pouvoir dire non, qui n’est rien d’autre qu’obéir à l’exhortation indiscutable de s’envelopper sous une armada de tissus, et répondre présentes à l’injonction : « Rhabillez-vous ! ». Mais c’est déjà oublier que, dans un jeu de cache-cache, on finit toujours par être débusqué. Derrière le déclin de la nudité, qui semble pourtant accréditer l’idéologie prétendument émancipatrice des féministes, c’est en fait tout l’inverse qui peut être regardé. Qui dit dominant ne veut pas dire majoritaire. C’est que les femmes veulent continuer de séduire et être désirées, choses contre lesquelles le panégyrique féministe demeure sans effet.

A lire aussi, enquête IFOP Bikini / Burqini: Demain j’enlève pas le haut!

 

Pudeurs féminines: Voilées, dévoilées, révélées

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L’affaire Moix atteste que la France n’est plus une patrie littéraire

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Alain Finkielkraut avec Elisabeth Lévy dans "L'esprit de l'escalier". Image: capture d'écran REACnROLL (rnr.tv)

Pour sa rentrée sur REACnROLL, Alain Finkielkraut revient entre autres sujets sur son plaidoyer pour une «écologie poétique» publié dans le Figaro, sur la responsabilité de Bolsonaro dans les incendies qui détruisent l’Amazonie, sur le drame des migrants en Méditerranée et sur le Grenelle des violences conjugales. À la fin d’un enregistrement passionnant de 50 minutes, Elisabeth Lévy lui a demandé ce qu’il pensait de la haine fratricide chez les Moix et du passé de l’écrivain. Causeur reproduit leur échange pour ses lecteurs pas encore abonnés à la webtélé.


 

Verbatim

Elisabeth Lévy. Deux petites questions au sujet des deux affaires Moix pour terminer. Le déballage familial autour de son livre Orléans et l’affrontement qu’il y a eu avec son frère pour savoir qui était la vraie victime de sévices. Sévices que le père nie d’ailleurs avoir exercés. Et ensuite, l’exhumation par l’Express de ses écrits et BD de jeunesse. Et de ses amitiés qui ont duré peut-être un peu plus longtemps. Est-ce qu’un écrivain peut tout se permettre concernant la vie privée, concernant l’intimité et concernant la réalité ?

>>> Retrouvez l’émission en intégralité en vous abonnant sur REACnROLL.tv <<< 

Alain Finkielkraut. En tout cas, la preuve est faite une nouvelle fois que la France n’est plus une patrie littéraire, pour reprendre la très belle expression de Mona Ozouf. Quand un écrivain fait la couverture d’un quotidien, en l’occurrence Libération, ce n’est pas pour la qualité de son œuvre. C’est pour les turpitudes qu’il a subies ou commises. J’ai appris que dans Orléans, Yann Moix racontait en effet des sévices que lui infligeait son père et passait sous silence visiblement sa propre violence à l’égard de son frère. Mais, devant ce que vous avez très justement appelé ce « déballage », je voudrais invoquer ce que Soljenitsyne a appelé le droit de ne pas savoir !

Elisabeth Lévy. (amusée et intriguée, dans un petit rire) D’accord.

liberation-moix

Alain Finkielkraut. Cela ne me regarde pas ! Ne m’infligez pas tout ça, ce n’est pas mon problème.

Elisabeth Lévy. Notez que je ne veux pas vous faire prendre partie dans la querelle. Je n’ai pas lu ce livre. Ce qui m’intéresse, supposons que ce soit un chef-d’oeuvre, est-ce que cela donnerait à Yann Moix tous les droits ? Finalement, toute l’indécence qu’il y a dans ce déballage, pourrait-on l’accepter si c’est pour que Yann Moix écrive À la recherche du temps perdu ?

Alain Finkielkraut. (amusé à son tour) Il est clair que ce n’est pas un chef-d’œuvre. Quand même ! La littérature a, malgré tout, partie liée d’abord avec l’imagination, et ensuite avec une certaine courtoisie. Vous parlez de la Recherche. Bon: Charles Haas a peut-être inspiré Swann, mais Swann, c’est Swann. Monsieur de Charlus, c’est Monsieur de Charlus! Le narrateur n’est même pas Proust lui-même.

Elisabeth Lévy. Bien sûr, mais peut-être qu’Anatole France n’aurait pas été très content d’être portraituré en Bergotte.

Alain Finkielkraut. Ce n’est pas Bergotte ! Je lisais encore tout récemment Sodome et Gomorrhe et la Prisonnière… Vous y avez une description inimaginable de 20 pages d’une œuvre musicale qui n’a pas existé, qui est le « Septuor de Vinteuil », ça ne peut donc vexer personne. Proust fait quand même un travail de création romanesque. Il efface les traces et là [chez Moix NDLR], on n’efface pas les traces, on déballe.

Elisabeth Lévy. Je précise en effet que dans l’ouvrage [de Moix NDLR], il garde les noms.

Alain Finkielkraut. Oui, et il ose appeler ça [un] roman. Donc si vous voulez, il joue sur les deux tableaux et c’est dommage. Le roman mérite d’être traité avec plus de considération, avec moins de désinvolture. Donc pour moi le roman, ce n’est pas ça et nous sommes très loin de la littérature.

À Relire: Oui, Causeur a lu « Orléans » de Yann Moix

Elisabeth Lévy. La deuxième affaire Moix est en quelque sorte une variation sur le thème de l’affaire Meklat… Je crois pouvoir dire qu’il y aura d’infinies autres variations [de ce genre NDLR] pendant les années à venir, puisqu’il s’agit de choses exhumées de sa jeunesse pour l’essentiel.

Alain Finkielkraut. Alors ce n’est pas [comme] l’affaire Meklat. Meklat, c’est des tweets, des messages sur la toile (je ne sais pas comment on dit!)

Elisabeth Lévy. (rire) Oui, des tweets, vous le dites très bien.

Alain Finkielkraut. Bon, ce sont des messages qui ont duré très longtemps. Jusqu’à 2015, 2016 enfin. La violence de Meklat n’est pas ancienne, il s’appelait Marcelin Deschamps peut-être mais sous son propre nom il a [aussi] invité à me « casser les jambes », bref il a toujours été très brutal. Avec Yann Moix, c’est autre chose, [nous sommes] dans sa jeunesse étudiante, pas tout à fait l’adolescence donc, il a commis des textes antisémites et révisionnistes. (…) Il a aussi préfacé un [livre de] Blanrue, je crois, qui est resté antisémite.

A lire aussi: Le dreyfusisme intempestif de Charles Péguy

Elisabeth Lévy. (…) Mais après tout, on a peut-être le droit d’être ami avec des antisémites. Je crois qu’il est semble-t-il resté lié d’amitié à Blanrue jusqu’en 2009-2010. Tout en étant pour les dernières années proche de BHL. Et notamment en 2010, il est déjà proche de BHL. Il défend Israël ! (poursuivant avec une certaine ironie) On peut dire que sur les questions juives, il est en pointe ! Il est plus juif que vous si je puis dire…

Alain Finkielkraut. Justement. C’est ça le problème. On ne va pas le condamner à la mort civile pour ses errements de jeunesse. De ce point de vue-là, en tout cas, je ne le poursuivrai pas de ma vindicte. Ce qui me gêne plus, c’est la manière d’où (dont?) il est sorti [de cette affaire NDLR], le zèle philosémite qui est le sien aujourd’hui. Comme vous le savez, lors d’une émission « On n’est pas couché », il a accusé Renaud Camus d’antisémitisme, notamment pour les propos [tenus sur] France Culture, sur lesquels je ne reviens pas. (…) C’est ça que je n’aime pas chez Yann Moix, c’est le zèle actuel. Il devrait précisément, du fait de sa faute ancienne, se montrer plus perspicace et peut-être aussi plus discret. Cela étant, je dois quand même reconnaitre que nous partageons tous deux, Yann Moix et moi, une même admiration pour Péguy…

(…)

>>> Retrouvez la suite de cette causerie sur le site REACnROLL.tv <<< 

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Le Mécontemporain : Péguy, lecteur du monde moderne

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« Regarder le monde tel qu’il est »

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Jean-Baptiste Noé, rédacteur en chef de la revue de géopolitique "Conflits".

L’éditorial du dernier numéro de Conflits, une revue à (re)-découvrir


« Premier numéro, grandes ambitions » écrivait Pascal Gauchon en ouverture du premier numéro de Conflits en avril 2014.

Trente-deux numéros plus tard, nos ambitions demeurent toujours aussi grandes : regarder le monde tel qu’il est! Depuis cinq ans, Conflits s’est imposé comme une revue de référence, défendant une vision réaliste et critique de la géopolitique. Réaliste, parce que nous prenons en compte tous les éléments dans nos analyses : politiques et militaires, mais aussi énergétiques, culturels, religieux, criminels et artistiques. Critique, parce que Conflits se veut une revue ouverte à la liberté de penser et d’analyser, et de déranger aussi parfois nos lecteurs dans leurs certitudes. Conflits veut donner la parole aux auteurs et aux universitaires confirmés et reconnus, et nous remercions ceux qui nous ont précédés de s’y exprimer régulièrement. Mais nous souhaitons aussi faire émerger la génération intellectuelle de demain, faire connaître de nouveaux talents, ouvrir de nouveaux horizons de la recherche et de l’investigation. C’est ce que fit Pascal Gauchon au printemps 2014 en ouvrant ses colonnes à des auteurs alors peu connus.

Conforter Conflits comme une référence de la vulgarisation de la géopolitique

Dans ce numéro où nous prenons la suite de cette aventure humaine et intellectuelle, nous souhaitons lui exprimer notre reconnaissance pour cette audace. On dit la presse en crise. Pourtant, nous ne manquons pas de talents pour exprimer simplement, mais avec précision, les soubresauts du monde. Nous ne manquons pas non plus de lecteurs désireux de comprendre, de voyager, de découvrir. Conflits se veut résolument une revue de vulgarisation, c’est-à-dire une passerelle entre le monde de la recherche et l’université et le monde des professionnels, des étudiants, des professeurs. La géopolitique est la culture générale de notre temps ? Eh bien aidons-la en portant notre regard sur le monde entier et sur tout le monde, sur ce qui plaît et sur ce qui déplaît. La France dispose d’une longue et riche tradition intellectuelle dans les domaines de la géographie, de l’histoire, de la réflexion militaire, de la pensée des relations internationales. Avec Conflits, c’est un maillon de cette longue chaîne que nous souhaitons sculpter.

La géopolitique est une méthode d’analyse qui part du terrain et qui traite des réalités. Nous nous enracinons dans le temps long et nous portons notre regard vers les horizons lointains. Nous reconnaissons l’existence des identités et des cultures, qui œuvrent pour leur survie et leur développement.

Notre géopolitique est celle du conflit. « Le véritable sujet d’étude de la géopolitique, c’est l’antagonisme sous toutes ses formes, les plus innocentes, les plus sournoises, mais aussi les plus brutales, ainsi que les équilibres que ces rivalités finissent par générer et qui restent toujours fragiles » (Éditorial du premier numéro de Conflits) Nos militaires morts au combat, les civils tués lors des attentats, les régions qui sombrent dans la guerre civile et les guerres larvées témoignent du fait que la paix n’est jamais acquise ni gagnée. Nous ne nous appelons pas Conflits parce que nous aimons la guerre, mais parce que nous souhaitons la paix véritable. « Sans aimer l’affrontement en tant que tel, mais parce que ceux qui veulent vraiment la paix et la stabilité se doivent de connaître toutes les menaces. »

C’est pourquoi nous souhaitons ouvrir la revue à des auteurs étrangers amis de la France, afin de vous faire découvrir les débats intellectuels qui agitent nos alliés, les livres qui suscitent la réflexion. De même, Conflits est ouvert à tous les continents et à toutes les thématiques, la géopolitique se devant d’aborder de nombreux champs du savoir pour saisir la complexité du monde. Après 32 numéros, nos ambitions demeurent toujours aussi grandes pour répondre à vos besoins et votre curiosité. Il n’y a pas de revue sans ses lecteurs. Que ce premier éditorial soit aussi l’occasion de vous remercier pour votre fidélité et votre soutien, que vous lisiez Conflits depuis le numéro 1 ou depuis des numéros plus récents. Vous êtes la partie essentielle de cette histoire humaine et intellectuelle.

>>> La revue est disponible sur la boutique en ligne et dans les kiosques <<<

Allemagne: les réfugiés qui repartent en Syrie pour les vacances indignent

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Le Ministre Horst Seehofer parlant à Angela Merkel, image d'archive © Bernd von Jutrczenka/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22222327_000001

Gêné aux entournures par un reportage du Bild, le Ministre de l’Intérieur allemand veut retirer le statut de réfugiés à ceux qui font des allers-retours avec la Syrie.


« Tout réfugié syrien qui se rend régulièrement en Syrie ne peut pas sérieusement prétendre être persécuté. Nous devons priver cette personne de son statut de réfugié ! » Les propos du ministre de l’Intérieur allemand Horst Seehofer, tenus le 18 août dernier au journal Bild am Sonntag, ont le mérite de la clarté.

Angela Merkel, La chancelière allemande visite une classe de réfugiés à Francfort, Allemagne le 08 octobre 2018. Thomas Lohnes / REX / Shutterstock (9917380b)
Angela Merkel, la chancelière allemande visite une classe de réfugiés à Francfort, Allemagne le 08 octobre 2018.
Thomas Lohnes / REX / Shutterstock (9917380b)

Retours au bled

Quelques jours plus tôt, le quotidien populaire avait publié les révélations chocs d’un jeune reporter d’origine syrienne, Mohammad Rabie. À Berlin, moyennant 800 euros, des agences de voyage permettent aux migrants de retourner clandestinement voir leurs proches restés au pays, en passant par le Liban. Voilà qui fait mauvais genre pour des réfugiés censés courir un danger de mort dans leur pays d’origine. « J’ai honte de mon peuple », s’est indigné Rabie. Le même dépeint des Syriens résidents en Allemagne qui passent leurs soirées devant les chaînes satellitaires arabes et manifestent un fort antisémitisme. Malgré quelques poussées de fièvre, l’opinion allemande approuve encore majoritairement la politique d’accueil d’Angela Merkel. 800 000 migrants syriens ont obtenu l’asile en Allemagne depuis huit ans et espèrent bien y finir leurs jours. Ceux qui retournent de temps à autre au pays subiront-ils bientôt une remigration forcée  ? Tous les regards sont braqués vers la chancelière. Alors que son ministre faisait ses déclarations fracassantes, Angela Merkel rendait visite au Premier ministre hongrois Viktor Orban. À l’approche d’élections régionales importantes, Merkel s’est subitement trouvé « beaucoup de points communs » avec le chantre de l’illibéralisme. Y compris en matière migratoire  : Merkel et Seehofer ont toujours affirmé suivre la situation syrienne de très près pour procéder aux rapatriements « dès que la situation le permettrait ». Puisqu’ils ne font jamais rien comme nous, les Allemands choisiront peut-être le regroupement familial… au bled.

L’inintelligence de la main

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La « grande dictée », organisée par la mairie du 11e arrondissement de Paris, 16 novembre 2016. Photo: © Anaïd de Dieuleveult / Hans Lucas / AFP

À force de manier tablettes tactiles et manettes de jeu, de plus en plus de jeunes ne savent plus tenir un stylo. Leur manque de force et de dextérité dans les doigts désespère les professeurs. Et nécessite une rééducation par des grapho-pédagogues.


A l’heure où j’écris ces lignes, les vacances scolaires ne sont pas terminées et je prépare mes cours en essayant de concilier les exigences des nouveaux programmes (huit livres dans l’année) et la réalité des élèves que je vais trouver en face de moi : «  Madame, il fait quinze lignes, le texte, ça fait beaucoup de écrit ! » Et si la lecture représente pour mes lycéens une activité fatigante dont la pratique demeure exclusivement associée à la contrainte scolaire, l’écriture ne leur est pas plus agréable. Dans l’établissement où j’enseigne, gros lycée de province qui draine un public représentatif de la «  France périphérique  » (ni la bourgeoisie urbaine ni la banlieue à problèmes), sur une classe de 35 élèves, dont deux ou trois sont diagnostiqués «  dysgraphiques  », en réalité, seuls cinq savent vraiment tenir un stylo.

Plusieurs causes expliquent la perte de dextérité constatée

On voit toutes les postures : le stylo tenu entre trois doigts aplatis, ou serré entre le majeur et l’annulaire, index et majeur au chômage  ; souvent le pouce est trop avancé et recouvre l’index. Le reste suit : attitude scoliotique, crispation du coude, épaule qui remonte jusqu’à l’oreille. Fatigués par ces contorsions, beaucoup d’élèves finissent la journée la tête posée sur le bras qui tient la feuille et – massacre ophtalmique – les yeux à deux centimètres de leur texte. Nos jeunes qu’on rêverait resplendissants de santé ont des corps épuisés et abîmés. L’écriture laborieusement produite est tout aussi pénible à lire  : lettres minuscules et tassées, sautant ou passant sous la ligne chez l’élève qui manque de mobilité dans le poignet ; lettres énormes chez celui qui, dépourvu de minutie, sollicite jusqu’au coude pour former un « o » ; sans parler de celui qui n’écrit qu’en script, geste graphique saccadé, éreintant et chronophage.

A lire aussi: Présentation de notre dossier de septembre 2019: le niveau baisse!

Cette situation a des causes multiples. D’abord, il faut bien le dire, les longs moments de silence et de concentration collective qui permettaient à l’instituteur de passer dans les rangs pour corriger dans le détail les postures individuelles sont un luxe que la plupart des élèves n’ont jamais connu durant leur scolarité. Déficit éducatif dans le cadre familial, exigences disciplinaires insuffisantes à l’école maternelle : les professeurs du primaire sont déjà contents quand ils parviennent à tenir la classe, satisfaits si tout le monde reste assis et si le niveau sonore demeure tolérable. Beaucoup renoncent à réclamer le silence, avec une lâcheté pleine de bonne conscience : ateliers et travaux de groupe légitiment un bruit peu propice aux apprentissages. Ajoutons que la formation des professeurs est manifestement déficitaire dans le domaine des compétences graphiques  : beaucoup d’instituteurs déplorent n’avoir reçu aucun enseignement sur la tenue du stylo et, moins encore, sur les méthodes permettant de remédier aux postures incorrectes. «  Je ne savais pas qu’il y avait une manière spéciale de tenir un stylo  », me disent mes élèves. Leurs maîtres d’école l’ignoraient peut-être aussi. Mais la cause majeure de ce handicap est à chercher du côté des écrans  : les tablettes tactiles mises dans les mains des très jeunes enfants proposent des jeux, parfois « éducatifs », dans lesquels le seul geste à effectuer est de cliquer sur un objet ou un animal, entraînant une atrophie de l’index, vite complétée par une hyperlaxité des pouces causée par le téléphone portable et les manettes de jeux vidéo. Les adolescents n’ont plus ni la force de tenir le stylo ni la dextérité pour le manier. Duplo, Meccano, Lego, Playmobil, puzzles, sans parler des billes, des maquettes ou de l’enfilage de grosses perles en bois : toutes ces activités – que les parents désertent pour la tranquillité procurée par l’abrutissement des enfants devant les écrans – stimulaient la motricité fine et contribuaient à la qualité du geste graphique. Sans surprise, les jeunes éprouvent également de plus en plus de difficultés à tenir leurs couverts !

Arrêtons d’écrire tant qu’on y est!

N’ayant pas le goût de l’écriture, nos élèves n’apportent aucun soin à leur travail, pas plus qu’au choix de leur matériel. Elle paraît bien révolue, l’époque où l’on essayait tous les stylos plume de la papeterie afin de choisir celui qu’on jugeait à la fois le plus beau et le plus confortable ; et que l’on glissait dans une trousse sélectionnée avec autant d’exigence. Cette trousse, des professeurs l’interdisent désormais : elle sert à caler – et à cacher – le portable pendant les cours… Quant à l’outil graphique, comme on dit  : les élèves n’écrivent plus qu’au stylo à bille, qui glisse trop vite et dont la tenue est malaisée, car nécessairement très verticale ; pire, ledit stylo est bien souvent un quatre-couleurs, trop gros et tout lisse, dont la prise en main est calamiteuse.

Mais, après tout, l’écriture manuelle n’est-elle pas une pratique désuète appelée à disparaître ? La Finlande a officiellement cessé de l’enseigner depuis 2016, suivant en cela la décision d’une quarantaine d’États des États-Unis. Pourtant, le mouvement inverse semble s’amorcer et 14 États américains sont récemment revenus à cette écriture à l’ancienne. En effet, écrire à la main améliore les performances cognitives, permet une mémorisation plus efficace des contenus et favorise l’expression développée d’idées subtiles et complexes, tandis que le geste répétitif du clavier, qui produit une écriture uniforme et impersonnelle, tend à stériliser la pensée. En outre, si le temps imposé par le tracé de la lettre stimule le mouvement de la réflexion, il offre aussi le délai nécessaire à la mobilisation des compétences grammaticales  : on commet bien plus de fautes de langue sur un clavier que le stylo en main ; la relecture sur écran se révèle moins efficace que la correction sur papier ; et les correcteurs automatiques ignorent certaines erreurs, quand ils n’en suggèrent pas eux-mêmes !

En France, de plus en plus nombreux, les graphopédagogues – parmi lesquels d’anciens professeurs alarmés par la proportion croissante des copies illisibles – proposent des séances de rééducation en écriture. Rendus attentifs aux gestes de l’écriture, les enfants (et les adultes) qui recourent à leurs services améliorent souvent leur orthographe en même temps que leur graphie. Et surtout, ils découvrent le plaisir d’écrire.

La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école

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