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La vraie droite ne doit plus se cacher!

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À droite, du nouveau ? se demande notre chroniqueur.


En politique, il arrive que des choses semblent à la fois souhaitables et impossibles à réaliser. Il en est ainsi de l’union des droites dans le climat actuel. Les seuls qui, obstinément, labourent ce sillon sont Éric Zemmour et Sarah Knafo pour « Reconquête! ». Le Rassemblement national n’en veut pas, à cause de l’influence dominatrice de Marine Le Pen, qui y est hostile, et Les Républicains, dans leurs tréfonds, n’y seraient pas tous défavorables mais y répugnent pour la raison essentielle de l’emprise qu’aurait le RN, largement en tête par rapport à eux sur le plan électoral. Leur crainte est de disparaître. Tout cela s’entend mais est-ce irréversible ?

On n’a pas tous le même maillot, mais on a les mêmes passions !

D’abord, il faut prendre acte de cette déperdition capitale et incompréhensible qui voit les droites, globalement appréhendées, refuser de gagner ensemble mais préférer perdre isolément.

Ensuite, la droite, sous l’égide de Bruno Retailleau qui ne sera sans doute plus ministre le 9 septembre, va continuer son redressement à la fois intellectuel et politique. Elle n’est déjà plus « le Petit Chose » face au mastodonte RN fragilisé judiciairement – et peut-être pour 2027.

A lire aussi: Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

On peut espérer que c’en est fini du temps, sinon de la soumission, du moins du caractère prétendument inéluctable du déclin de la droite intelligemment conservatrice et, en même temps, sociale. Il n’est pas nécessaire d’attendre les seules élections présidentielles pour combler le retard qui existe encore.

C’est la condition indispensable pour réussir. De la même manière que François Mitterrand devait d’abord faire perdre beaucoup de sa substance au parti communiste pour l’emporter dans le rapport de force, il est essentiel que Bruno Retailleau montre non seulement ce qu’a d’opératoire son projet régalien – qui a une visée gouvernementale – mais aussi tout ce qui, malgré les apparences, sur tous les autres sujets nationaux et internationaux, ferait du RN un corps étranger dans une perspective d’union.

Frilosité absurde

Le programme de Marine Le Pen, Bruno Retailleau l’a très bien dit, est « irrationnel et imprévisible ». Il est piquant de constater que ce même reproche est fait par Marine Le Pen à Emmanuel Macron !

Un autre élément doit être pris en considération par LR : ce parti ne peut plus traiter avec condescendance « Reconquête! » et l’éliminer par principe de toute recomposition envisagée. Bien au contraire. La qualité intellectuelle de ses dirigeants et la finesse de leurs analyses politiques, sociales et internationales – l’immigration étant le point capital de leur réflexion – ne peuvent plus être négligées, quoi qu’on pense, par ailleurs, de l’ensemble des solutions qu’ils proposent.

Il me semble que plutôt que de s’écarteler entre la base et le sommet, plutôt que de s’abandonner à une frilosité absurde ou à une soumission à une gauche qui n’a pourtant aucune leçon à donner, la droite de Bruno Retailleau doit accomplir un double mouvement : faire baisser le RN et traiter « Reconquête! » comme un parti ami et non hostile. Autrement dit, devenir véritablement une force : idées et militants. On ne se cache plus sous la table, on monte dessus.

MeTooMuch ?

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Causeur: le nouveau péril jeune

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Découvrez le sommaire de notre numéro de septembre


Paumés, violents, sexuellement frustrés
Ces meutes qui ont pourri l’été…

Cet été, des hordes adolescentes ont envahi des piscines, saccagé des marchés et pourri des fêtes de villages. Cette violence sans cause révèle une génération perdue, privée de langage et incapable de réprimer ses instincts. C’est en partie parce qu’une culture du clan et son code d’honneur tordu ont été importés d’Afrique et notamment du Maghreb. Mais on ne peut pas tenir les jeunes pour les seuls responsables de cette situation. La faute en est aussi aux décideurs gouvernementaux. Comme l’expliquent Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques en présentant notre dossier : « Une grande partie des élites politiques, économiques et culturelles a œuvré à l’édification d’une société multiconflictuelle, dénigrant la culture française pour encenser toute identité venue des anciennes colonies ». Nouveau phénomène inquiétant : des petites villes et des zones rurales ont été le théâtre de débordements dignes du 9-3. Pour Gil Mihaely, c’est exactement comme si les codes de la banlieue étaient un moyen pour la jeunesse de s’affirmer. Une évolution qui prospère sur fond de trafic de drogue. Un flic d’une commune de taille moyenne du sud de la France, interviewé sous couvert d’anonymat, témoigne des nouvelles formes de délinquance juvénile dans sa ville. La majorité des gamins agressifs revendiquent leur identité arabe et reproduisent le virilisme qui s’y rattache. Selon Pierre Vermeren, la marginalisation de toute une partie de la jeunesse est le résultat d’une longue et méthodique déconstruction : cette dernière a cassé l’école, brisé le monde du travail, délégitimé la famille et enlaidi l’environnement urbain. Aujourd’hui, une certaine jeunesse, réfugiée dans la drogue, la délinquance et la violence, refuse même de faire des enfants.

Le numéro de la rentrée est disponible aujourd’hui sur le site et demain mercredi 3 chez votre marchand de journaux !

Un reportage de Jean-Baptiste Roques revient sur un meurtre impliquant des adolescents cet été qui a semé la consternation à Fleury-les-Aubrais, banlieue calme d’Orléans. Charles Rojzman examine le rôle de l’effondrement du cadre familial. Gabriel Leduc témoigne de la difficulté aujourd’hui à être un père, même d’une fille sage dans une ville tranquille. Simon Evans analyse la série Netflix, Adolescence, et la manière dont les politiques, des deux côtés de la Manche, ont essayé de l’instrumentaliser contre la masculinité. Enfin, je me penche sur l’actuelle offensive propagandiste sans précédent qui vise à déviriliser les hommes dès le plus jeune âge.

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Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy parle de la question juive qui « est désormais au cœur d’affrontements diplomatiques et de chicayas politiques ». Le chef de l’État a été tancé par Benyamin Netanyahou et Donald Trump. Pourtant, Emmanuel Macron ne cherche pas à nourrir la haine des juifs. Le vrai problème, c’est qu’il se montre incapable de l’endiguer. S’il est coupable, « ce n’est pas de complaisance, mais d’impuissance ». Qui profitera le plus de la chute du Premier ministre, François Bayrou ? Selon nous, Marine Le Pen croit être maitresse du jeu politique, mais en réalité c’est Jean-Luc Mélenchon qui exploite cette crise en imposant ses thèmes et en misant sur les sombres pulsions de son électorat : préjugés, rancunes, haines et jalousies. Le Général de Gaulle a créé un État à sa mesure pour faire rayonner la France. Mais aujourd’hui, pour Pascal Avot, l’État gaullien pille les Français, à coups de taxes, d’impôts et de mensonges, afin d’entretenir un système qui ne mène qu’à la banqueroute. Signes des temps, les Français ont déserté les restaurants cet été. Analysant les raisons de ce désamour, Stéphane Germain souligne, au-delà des additions salées, un millefeuille de désocialisation, d’ubérisation, de déculturation et d’inflation, nappé d’un excès de normes et d’une fiscalité désordonnée.   

Chez nos chroniqueurs réguliers, Olivier Dartigolles dénonce l’indulgence macronienne pour les ultra-riches ; Emmanuelle Ménard revient sur les événements de la période estivale ; et Ivan Rioufol maintient que « l’extrême gauche soutient [une] substitution de population, dont les Français indigènes sont les victimes ». Jean-Jacques Netter continue son inventaire de nos malheurs économiques, pendant que Gilles-William Goldnadel relève les exemples de la désinformation systématiquement pratiquée par France Inter, l’AFP et l’ONU au sujet de la guerre à Gaza.

Les hommes préfèrent-ils toujours les blondes ? Plutôt les trans ! Voilà la conclusion du grand reportage réalisé par Yannis Ezziadi au Bois de Boulogne, qui demeure le plus grand bordel de France. On vient s’y enivrer de sexe, de stupre et, surtout, on vient y chercher les transsexuelles. Objets de fascination et de trouble désir pour les hétéros, elles sont le trésor du Bois sur lequel elles règnent. De son côté, Georgia Ray s’est rendue à Bordeaux où le musée des Beaux-Arts présente « Sage comme une image. L’enfance dans l’œil des artistes (1790-1850) ». Il s’agit d’une émouvante galerie de bambins qui ont grandi sans activités péri-, para- et extrascolaires, loin des angoisses de l’État et des parents sur « les temps de l’enfance » et sur la « santé mentale » de leur progéniture. Destination Rochefort pour Julien San Frax, où la maison de Pierre Loti, un capharnaüm intime conservant la mémoire de périples exotiques de cet écrivain-voyageur, rouvre ses portes après treize ans de restauration.

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Dans un essai appelé à devenir un classique, Samuel Fitoussi montre comment le monde intellectuel se trompe si souvent et si doctement. Se confiant à Élisabeth Lévy, il explique comment les milieux sur-éduqués sont devenus des citadelles ultra-conformistes et déconnectées de la réalité, où règnent l’endogamie sociale, le sentiment d’impunité et la peur d’être excommunié. Alexandra Lemasson a lu Surchauffe de Nathan Devers, qui brosse le portrait d’une société au bord du gouffre où certains refusent de jouer le jeu. Dans Feux sacrés, Cécile Guilbert explore ses secrets de famille, ténébreux et salvateurs. Pour Emmanuel Domont, cette mise à nu au grand style est l’une des pépites de cette rentrée littéraire. Avec Les Enfants perdus, François Sureau entame un roman-feuilleton dont le héros, détective et poète, traverse le temps et l’espace. Selon Élisabeth Lévy, l’auteur aujourd’hui Académicien retrouve ses allégresses d’adolescent lecteur de Conan Doyle, Dumas, Christie et Simenon. Côté cinéma, Jean Chauvet nous rappelle que la rentrée de septembre, c’est la grande sortie des films présentés en mai au festival Cannes. Pour le pire et pas pour le meilleur, hélas.

Les aventures de Thomas More - Les enfants perdus

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Pourquoi les intellectuels se trompent

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Surchauffe: Prix du Jury 2025 - La forêt des livres

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Un faible pour la Palestine


Je m’étais promis de parler d’autre chose. Non pas que la mode antisémite qui se répand, avec ses vieux habits neufs, dans les milieux progressistes d’Occident ne m’inspire pas de l’effroi, du chagrin et surtout une énorme rage contre tous les tartuffes qui depuis des décennies ânonnent « plus jamais ça », aussi féroces avec les antisémites d’hier qu’ils sont aveugles ou complaisants avec ceux d’aujourd’hui. De l’Europe à l’Australie, la haine des juifs planquée derrière la détestation de l’État juif ne se contente plus d’agresser les porteurs de kippa ou d’étoiles de David, elle s’emploie à les exclure de l’espace public. Des touristes israéliens sont chassés de restaurants, des enfants refoulés d’un centre de vacances, un chanteur prié de ne pas se produire dans un festival. Certains abrutis abattent même les arbres plantés à la mémoire d’Ilan Halimi – qui n’avait rien à voir avec Gaza. Sans doute s’agissait-il d’arbres sionistes. Et qu’on ne croie pas que les adeptes du Judenrein se cachent, au contraire, ils se font une gloire de purifier l’atmosphère. Rien d’étonnant dès lors que, comme le résume Georges Bensoussan, le peuple-génocide a remplacé le peuple déicide. Contre les génocidaires, tout est permis, non ? N’empêche, aussi sombre soit ce tableau, il n’y a pas que les juifs et les antisémites dans la vie. Or, beaucoup de juifs, accaparés par leur propre malheur, oublient que des millions de leurs compatriotes, qui ne vivent pas à l’heure de Tel-Aviv et de Gaza, ont bien d’autres raisons de désespérer de la France. Et eux n’ont pas d’Israël. Seulement, pas moyen d’échapper à la judéobsession magnifiquement décryptée par Guillaume Erner[1]. Pas seulement à cause de la litanie d’agressions perpétrées par amour des enfants de Gaza, mais parce que la question juive est désormais au cœur d’affrontements diplomatiques et de chicayas politiques. C’est à qui sera le meilleur ami des juifs – les séfarades, répond une vieille blague. La rue juive française applaudit Netanyahou quand il accuse Emmanuel Macron « d’alimenter le feu antisémite » et encense Trump qui, par ambassadeur interposé, reproche au chef de l’État de le combattre trop mollement. La rue juive a tort. D’abord, ce calinage victimaire vise moins à aider les juifs qu’à emmerder Macron. Ensuite, aucun Français ne devrait se réjouir de voir son pays humilié par ces mauvaises manières. Enfin, accepter de se placer sous protection étrangère, c’est jouer la partition de la dénationalisation qui est depuis toujours celle des antisémites. Certes, beaucoup de juifs songent au départ, sinon pour eux, pour leurs enfants. En attendant, ils sont des citoyens français. Emmanuel Macron est peut-être un piètre dirigeant, mais c’est le nôtre. C’est à nous – nous les Français – de lui demander des comptes. Qu’on nous laisse nous quereller tranquilles, les motifs ne manquent pas. Depuis le 7-Octobre, le président a commis plusieurs fautes graves  : son absence à la manifestation de novembre 2023, inspirée par le grand philosophe Yacine Belattar qui lui a fait valoir que sa présence énerverait les quartiers, son consternant bredouillage sur l’histoire qui tranchera quand on lui demande s’il faut parler de génocide et enfin, son annonce intempestive de la reconnaissance sans condition de l’État palestinien, qui est, qu’il le veuille ou non, une victoire pour le Hamas et les islamistes du monde entier. Macron a le droit de penser, comme des millions d’Israéliens, que la politique de Netanyahou conduit à la catastrophe. Pour une fois, on aurait aimé qu’il fasse du en même temps. S’il croit devoir dénoncer la « fuite en avant meurtrière et illégale » d’Israël à Gaza, il devrait fustiger l’influence nocive et honteuse de l’islamisme dans son pays. Tout en observant que les Français ne l’écoutent plus, beaucoup lui reprochent aussi d’être trop silencieux, comme si sa parole avait un pouvoir performatif. En réalité, le président aurait-il participé à la manifestation et récusé l’accusation de génocide que cela n’aurait pas changé grand-chose. En effet, si Emmanuel Macron est coupable, ce n’est pas de complaisance, mais d’impuissance. Ce n’est pas lui qui nourrit le feu antijuif. En tout cas pas plus que tous ceux qui, depuis des décennies, refusant de mettre des mots sur le mal, ont encouragé l’arrivée de millions de gens venus de pays où la haine des juifs est une norme. En supposant que seulement 10% de ces nouveaux arrivants trimballent leurs mauvais affects avec eux, ça fait beaucoup d’antisémites accueillis à bras ouverts. Et ça ne va pas s’arranger avec l’arrivée des Gazaouis, désormais tous éligibles au statut de réfugié grâce à la Cour nationale du droit d’asile. Quand on sait ce qu’ils apprennent à l’école, on peut s’attendre à voir débarquer d’aimables admirateurs d’Hitler, à l’image de la gracieuse étudiante de Sciences-Po Lille dont on se demande bien pourquoi on a pris la peine de l’expulser si c’est pour faire venir ses clones. Ce ne sont pas les militants célébrant la libération de Georges Ibrahim Abdallah ni les festivaliers applaudissant le groupe irlandais Kneecap, soutien du Hezbollah, qui se sentent de plus en plus indésirables en France, mais les détenteurs de passeports israéliens, les porteurs de prénoms hébraïques, les fidèles des synagogues. Quand tant de regards leur disent « Interdit aux juifs », on attend que la République placarde à ses frontières un avis proclamant que la France est interdite aux antisémites.

Judéobsessions

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[1] Guillaume Erner, Judéobsessions, Flammarion, 2025

Célébrer les Françaises qui ont combattu la France, la nouvelle mode de l’été

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La mairie communiste de Vénissieux (69) vient de baptiser un bâtiment public du nom d’Annie Steiner, une ancienne agent de liaison du FLN pendant la guerre d’Algérie.


1er novembre 1954. En ce jour de la Toussaint, que l’on qualifiera tantôt de rouge, une trentaine d’attentats (assassinats, embuscades, engins explosifs, incendies…) perpétrés par des indépendantistes algériens tue dix personnes sur l’autre rive de la Méditerranée. Un chauffeur de taxi de confession juive figure parmi les victimes, tout comme un jeune couple d’instituteurs français qui s’est porté volontaire pour enseigner dans l’arrière-pays. Extirpés de leur autocar à l’aube, quelque part dans les gorges de Tighanimine, Jeanine et Guy Monnerot sont mitraillés à bout portant par des fellaghas et abandonnés sur le bord de la route1. La guerre d’Algérie vient de commencer.

Engagée

À Alger, la nouvelle des attaques enthousiasme Annie Steiner. « Ce jour-là, j’étais à la maison, confiera-t-elle dans sa biographie. Il y avait mon mari, deux amis et moi. Spontanément, j’ai applaudi. Mon mari et Roland Simounet, un architecte originaire de Aïn Benian, ont souri. Mais l’autre invité a mal réagi et m’a dit : “Tu applaudis à des assassins ?” Je lui ai répondu : “Oui”. Je ne l’ai plus revu… » Cette fille de pieds-noirs, qui passe ses journées dans les centres sociaux pour soigner et alphabétiser les plus défavorisés, offre aussitôt ses services au Front de libération nationale. « Jusqu’où êtes-vous prête à travailler pour le FLN ? », lui demande-t-on. « Je m’engage totalement », répond-elle.

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La jeune Française officie dès lors comme agent de liaison du « réseau bombes » de Yacef Saâdi, qui orchestre une série d’attentats dans les lieux publics de la capitale algérienne : bars, restaurants, hôtels, stades, arrêts de bus, discothèques… Des enfants figurent parmi les victimes civiles, qui se comptent par dizaines. Pendant ce temps, Annie Steiner consacre désormais ses journées au service d’un laboratoire clandestin de fabrication de bombes. Elle traverse discrètement la ville en portant son bébé sur un bras, des produits chimiques ou des notices sur la confection d’explosifs dans l’autre. Arrêtée en octobre 1956, la « Moudjahida » est condamnée quelques mois plus tard par le Tribunal des forces armées d’Alger à cinq ans de réclusion pour aide au FLN. Privée de la garde de ses deux filles par une juridiction helvétique (son mari, Rudolf Steiner, étant suisse) à sa sortie de prison, elle termine sa vie en Algérie, dont elle acquiert la nationalité après l’indépendance. Elle occupera pendant trente ans un poste important au secrétariat général du gouvernement.

Choix assumé

C’est donc tout naturellement que la mairie communiste de Vénissieux a donné la semaine dernière le nom d’Annie Steiner à son nouveau bâtiment plurifonctionnel flambant neuf, financé en partie par l’État à hauteur de 1,7 million d’euros. « C’est un choix politique assumé, réfléchi et responsable, il va avec l’Histoire de la ville qui a un passé anticolonialiste. Nous travaillons depuis des années pour une mémoire apaisée », déclare à l’AFP Michèle Picard, la maire de cette commune de la banlieue de Lyon, qui compte une importante communauté maghrébine. Une décision qualifiée d’« extrêmement contestable » par la préfecture du Rhône, qui a refusé de participer à l’inauguration de l’édifice et de se plier à cette nouvelle mode en vogue, notamment à gauche.

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En juillet dernier déjà, le conseil départemental de Seine-Saint-Denis rebaptisait la maison du parc de la Bergère de Bobigny du nom d’une autre combattante du FLN, Danièle Djamila Amrane-Minne. Pour apaiser là encore les mémoires ? Fille et belle-fille de militants communistes, Danièle Amrane-Minne s’engage dès l’âge de 16 ans aux côtés des rebelles indépendantistes contre son pays natal. Sous le nom de guerre de « Djamila », elle intègre un commando de femmes chargé de semer la terreur parmi les colons en posant des bombes dans les lieux fréquentés d’Alger. Elle participe notamment au triple attentat du FLN dans le quartier européen de la capitale algérienne : le 26 janvier 1957, trois déflagrations quasi simultanées dans des cafés de la rue Michelet causent la mort de quatre civils (toutes des femmes) et en blessent une cinquantaine, dont plusieurs grièvement. L’engin explosif dissimulé dans la chasse d’eau des toilettes de la brasserie Otomatic par « Djamila » ne fait toutefois qu’une blessée, transportée d’urgence à l’hôpital. Arrêtée quelques mois plus tard, la Française est condamnée à sept ans de prison, avant d’être amnistiée en 1962. « Le nom de Danièle Djamila Amrane-Minne reflète à lui seul les liens inextricables, les liens intimes, familiaux, entre le peuple algérien et le peuple français », déclame lors de l’inauguration le président socialiste du département, Stéphane Troussel. Le bâtiment est vandalisé au bout de deux semaines, puis incendié un mois plus tard. Sans doute l’œuvre de barbares, bientôt passés de mode.


  1. Jeanine Monnerot survivra à ses blessures, mais pas son mari. Un autre passager du car, le caïd Ben Hadj Sadok, est lui aussi abattu par les fellaghas alors qu’il s’oppose à l’assassinat du couple français. ↩︎

Qui veut sa piqûre?

Pour éviter d’avoir des boutons qui grattent, GSK nous propose une piqûre qui coûte un bras… à la Sécu !


Les retraités sont les téléspectateurs les plus assidus, et par conséquent les plus nombreux à acheter des magazines qui donnent les programmes télé tous les sept jours. Avec des pages de pub qui ciblent cette clientèle, majeure depuis longtemps, mais pas vaccinée contre tout…

Vu ainsi pour la semaine du 9 au 15 août, pleine page, une annonce angoissante comme l’affiche d’un film d’horreur : « Le zona ? Je ne veux plus jamais revivre ça… Je pensais que j’étais jeune, j’avais tort. » Suivi d’une vraie fausse statistique pour inciter à se faire vacciner : « Plus de 90 % des 65 ans et plus sont déjà porteurs du virus responsable du zona. » Or, en très grande majorité, ce sont des porteurs sains et l’on sait depuis la grande comédie du Covid que la vaccination n’empêche pas la transmission.

Pour plus d’effet dramatique, la pub est illustrée par les visages soucieux de malades (interprétés par des comédiens). Où ça démange, c’est que cette annonce n’émane pas du ministère de la Santé, mais du laboratoire britannique GSK, qui en décembre dernier a obtenu que le Shingrix, son vaccin contre le zona, soit pris en charge en France pour les personnes âgées de 65 ans et plus.

L’efficacité de ce vaccin n’est pas contestée, en revanche le recommander à toute une population semble démesuré. Dans Le Figaro, Rémy Boussageon, président du comité scientifique du Collège national des généralistes enseignants (CNGE), s’interroge : « Nous nous étonnons du choix de consacrer un budget aussi élevé à un vaccin dont le bénéfice en population générale demeure assez modeste[1]. » Modestie que confirme la Haute Autorité de santé (qui pourtant veut vacciner tout ce qui bouge) : après 50 ans, on compte un taux de 0,7 % de sujets touchés par le zona (qui est douloureux, mais rarement mortel), taux qui monte à 1 % après 80 ans ! Il n’y a donc pas urgence…

En attendant, si les 16 millions de personnes visées par la campagne de pub décidaient de se faire piquer, pardon vacciner, l’addition pourrait grimper à 6 milliards d’euros pour la Sécu, qui seront autant de bénéfices pour GSK.


[1] https://sante.lefigaro.fr/social/enfance-famille/faut-il-vraiment-vacciner-tous-les-plus-de-65-ans-apres-le-zona-20250703

Yasukuni: sanctuaire de mémoire ou symbole du nationalisme?

À Tokyo, le sanctuaire Yasukuni-jinja, lieu de mémoire des soldats nippons tombés lors de la Seconde Guerre mondiale, attire officiels et anonymes chaque année. Mais derrière son rituel de recueillement, il incarne aussi un nationalisme en pleine résurgence qui divise le pays et irrite ses voisins asiatiques.


Le sanctuaire photograpié en 2018. DR.

Le 15 août 2025, c’est une minute de silence qui a été observé dans tout le Japon afin d’honorer la centaine de milliers de morts, victimes de la bombe atomique larguée par les Américains sur Hiroshima et Nagasaki. Une date qui résonne également comme le symbole d’une défaite, celui d’un empire qui a dominé toute l’Asie durant la moitié du XXe siècle.

Chaque année, élus et membres du gouvernement se rendent au sanctuaire Yasukuni-jinja afin d’honorer tous les héros tombés pour la défense de la nation. Mais derrière ses torii majestueux et ses lanternes de pierre, il cristallise des polémiques récurrentes : lieu de recueillement pour certains, symbole d’un nationalisme exacerbé pour d’autres, il divise profondément la société japonaise et irrite régulièrement ses voisins asiatiques.

Provocations diplomatiques

Situé en plein cœur de Tokyo, à quelques pas du Palais impérial, le sanctuaire Yasukuni-jinja (« préservation de la paix ») a été fondé en 1869 par l’empereur Meiji pour honorer les âmes des soldats morts au combat, il abrite aujourd’hui les esprits de près de 2,5 millions de personnes tombées pour la patrie. On y trouve les âmes des combattants de la guerre de Boshin (1868-1869), puis celles des conflits impérialistes du Japon : la guerre sino-japonaise (1894-1895), la guerre russo-japonaise (1904-1905), et enfin ceux de la Seconde Guerre mondiale. Là, les morts ne sont pas anonymes : leurs noms, grades et origines sont soigneusement consignés afin que tous puissent se recueillir devant leur mémoire.

Depuis 1978, le sanctuaire de Yasukuni abrite également les restes de 14 criminels de guerre de classe A, condamnés lors du procès de Tokyo (1946-1948), dont l’ancien Premier ministre et général Hideki Tōjō, considérés par les plus nostalgiques comme « un martyr Shôwa ». La présence d’élus transforme chaque visite officielle en provocation diplomatique. Cette année encore, cinquante-deux parlementaires, principalement des membres conservateurs du Parti Libéral-Démocrate, le ministre des Finances (Kato Katsunobu), celui de l’Agriculture (Shinjirō Koizumi) et ceux du parti populiste Sanseito, ont défilé au sanctuaire.

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Interrogé par la presse présente, Shinjirō Koizumi n’a pas hésité à déclarer qu’il fallait rendre hommage à « ceux qui ont donné leur vie au pays ».  Rien d’étonnant en soi pour cette étoile montante du PLD quand on connaît ses origines familiales. Fils du Premier ministre Jun’ichirō Koizumi (entre 2001 et 2006), lui-même issu d’une dynastie politique proche de la monarchie, des milieux nationalistes en vogue au siècle dernier, sa famille a donné un pilote mort en kamikaze à la fin du conflit mondial. Elle est également connue pour avoir des liens avec la Nippon Kaigi (« Conférence du Japon »), un mouvement d’extrême-droite révisionniste, partisan du retour de la monarchie absolue, très influent au Soleil levant, qui a su infiltrer toutes les officines du pouvoir, y compris au Parlement et au Sénat jusqu’à le dominer.

Pour Pékin et Séoul, honorer ces figures du conflit revient à nier les crimes de l’occupation japonaise en Asie, particulièrement violents en Mandchourie, devenu un laboratoire à ciel ouvert pour expériences humaines (Unité 731). Un territoire transformé en Etat fantoche (Mandchoukouo) dirigé par Pu Yi, le dernier Empereur de Chine, qui niera avoir été au courant des activités japonaises durant le procès de Tokyo. Pointés du doigt par ces deux pays, le musée militaire du sanctuaire, le Yūshūkan, qui glorifie les « sacrifices héroïques » des soldats japonais. est critiqué pour son parti-pris : il occulte souvent les atrocités commises par l’armée impériale, des massacres de Nankin (1937) à l’exploitation des « femmes de réconfort » (esclavage sexuel), dénoncent la Chine et la Corée du Sud. 

Le fantasme du retour du régime impérial

Yasukuni n’est plus seulement un lieu de culte : c’est devenu un instrument idéologique qui glorifie l’Empire conquérant défunt et sa lignée impériale millénaire. La droite conservatrice l’utilise pour flatter un électorat attaché à une vision patriotique de l’histoire, tandis que les progressistes y voient une dérive dangereuse. Certains descendants de soldats refusent d’ailleurs que leurs ancêtres soient enrôlés spirituellement dans ce culte national, sans avoir eu leur mot à dire. Contrairement aux monuments aux morts occidentaux, l’inscription au sanctuaire est automatique, privant les familles de tout choix. Depuis plusieurs années, on assiste au Japon à un retour (inquiétant ?) du révisionnisme historique et une demande de remilitarisation du pays. Des personnalités politiques, intellectuelles et médiatiques relativisent les crimes de guerre, tandis que des manuels scolaires actuels peuvent minimiser le rôle du Japon impérial dans la Seconde Guerre mondiale, faisant en sorte de déculpabiliser les jeunes générations à contrario de leurs alter égo allemands. La nomination, en 2024, de l’amiral à la retraite Umio Otsuka à la tête du sanctuaire a marqué une nouvelle étape dans cette « renationalisation » assumée de Yasukuni.

La jeunesse japonaise, quant à elle, semble se montrer de plus en plus détachée de la mémoire de la guerre. Née loin du conflit, elle se tourne vers des préoccupations économiques, sociales et identitaires. Si certains jeunes rejoignent des mouvements nationalistes ou populistes comme le Sanseito (porté par son leader charismatique, Sohei Kamiya, qui a créé la surprise en faisant élire 15 députés à la Diète lors de l’élection législative de juillet avec le slogan : « Les Japonais d’abord ! ») beaucoup se désintéressent du débat, indifférents aux commémorations. Effet Kiss cool, ce désengagement favorise paradoxalement la montée d’un récit officiel plus conservateur, qui trouve peu de contrepoids dans l’espace public et remodèle le roman national conformément à la tradition et sous couvert de fierté nationale.  

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Le Premier ministre Shigeru Ishiba, lors des cérémonies du 15 août, a préféré s’abstenir de visiter le sanctuaire, envoyant seulement une offrande. D’ailleurs, depuis 2013, plus aucun dirigeant de gouvernement ne se présente au sanctuaire, soucieux de préserver la stabilité régionale. Selon un sondage de la NHK (2022), 40% des Japonais considèrent pourtant comme problématiques les visites des politiques au sanctuaire Yasukuni, tandis que 30% les jugent légitimes au nom du devoir de mémoire. Les autres ne se prononçant pas. Cette division illustre l’impasse dans laquelle se trouve le pays : comment honorer ses morts sans raviver les blessures du militarisme et nourrir le nationalisme japonais, préserver l’image pacifiste que le Japon entretient difficilement ?

Du côté occidental, les États-Unis oscillent entre compréhension et inquiétude. Alliés stratégiques du Japon, ils craignent que ces visites officielles fragilisent la coopération régionale face à la Chine. L’Union européenne, quant à elle, reste discrète, mais suit avec attention les réactions diplomatiques des pays asiatiques, les déplacements mêmes de certains leaders d’extrême-droite au temple (en 2010, le leader du Front National Jean Marie Le Pen avait volontiers fait le voyage, invité, vers le sanctuaire) qui rendent hommage aux soldats et officiers japonais. De quoi raviver les tensions et les peurs fantasmées de partis politiques que craignent toujours un embrasement général dans cette partie de l’Asie, de la Chine qui n’a pas oublié l’occupation japonaise.

Yasukuni-jinja n’est pas seulement un sanctuaire : il est le miroir des contradictions du Japon contemporain. Lieu de recueillement pour certains, instrument de nationalisme pour d’autres, il illustre la difficulté de concilier mémoire, fierté nationale et responsabilité historique. Tant que le pays ne saura pas trancher entre honorer ses morts et apaiser les blessures du passé, le sanctuaire Yasukuni restera un symbole vivant des tensions, un lieu où le temps de la paix et celui de la controverse se croisent sans jamais se confondre.

Compromission à la belge

La Belgique reconnait à son tour un État pour les Palestiniens. Mais sa classe politique se déchire sur les contreparties à réclamer pour un tel cadeau.


La Belgique est connue pour son « art du compromis ». Et même du compromis foireux, qui dans les faits dresse les Flamands contre les Wallons, emmerde les Belges et multiplie les lois et les fonctionnaires par deux, voire par quatre. C’est idiot et coûteux mais ça fait rire, et c’est toujours ça de pris !

Mais dans la nuit du premier au deux septembre, elle est passée, par la grâce de son gouvernement patchwork, du compromis à la compromission. Sans cesse tancé, et même menacé, par ses élus d’outre méditerranée et par ses pléthoriques invités du désert, il a cédé au boulevard arabe et s’est engagé à reconnaître l’Etat de Palestine. Il faut dire que l’aile gauche du gouvernement, plus soucieuse du Moyen-Orient que de la désorientée Région bruxelloise, brandissait de temps à autre la possibilité de faire tomber ce glorieux gouvernement si cette reconnaissance n’était pas entérinée.

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Certes, la reconnaissance est assortie d’un « oui mais », assez caractéristique de la pleutrerie belgo-belge politicienne. « Oui, mais » cette décision n’entrera en vigueur qu’une fois le dernier otage libéré de Gaza et le Hamas démilitarisé. Vœux pieux qui devraient servir à calmer ce qu’il reste de la droite au nord des Hauts-de-France. Cette restriction ne dupe personne, et certainement pas le ministre israélien ultra-droitard Itamar Ben-Gvir qui a déclaré mardi matin à la radio israélienne, cité par la VRT, que « la Belgique est tombée dans le piège du Hamas », ajoutant que « nous avons tenté de faire la paix avec les Palestiniens. Nous nous sommes retirés de Gaza en 2005. Qu’avons-nous obtenu ? Des roquettes et du terrorisme ». Il met également en garde la candide Belgique : « Les pays européens qui succombent à la naïveté et cèdent aux manipulations du Hamas finiront par devenir eux-mêmes victimes du terrorisme », pour le cas où certains Belges ne s’en seraient pas encore doutés, malgré la longue liste des attentats qui ont déjà ensanglanté ce petit Royaume.

Bien entendu, ce projet de reconnaissance sous conditions fait monter des trémolos dans la voix de Paul Magnette, chef des socialistes wallons et principal leader de l’opposition. « Une reconnaissance sous conditions n’est pas une reconnaissance ! » assène-t-il, effrayé à l’idée de contrarier son vaste électorat musulman, et visiblement peu ému par le sort des otages survivants du pogrom du 7-Octobre.

Il n’en demeure pas moins que la principale question n’a pas été effleurée. Car si l’organisation terroriste Hamas applaudit bien évidemment la décision belge, on ignore toujours si la Palestine est, elle aussi, d’accord de reconnaître un État de Palestine. Parce qu’un Etat, ça a des frontières et des voisins. Or, les frontières semblent un concept inconnu du monde arabo-musulman. Et particulièrement celles qui empêcheraient ce futur Etat de se déployer « du fleuve à la mer », en attendant de s’étendre au-delà de ladite mer.

De la Manche à l’Atlantique: Farage agrandit le terrain de jeu

Le Premier ministre Keir Starmer avait mobilisé plus de 40 pays et organisations les 31 mars et 1er avril pour lancer une lutte mondiale sans précédent contre les impitoyables réseaux de passeurs. Mais, alors que les résultats se font attendre et que le mouvement « Raise the colours » prend de l’ampleur (lire notre édition d’hier), le populiste Nigel Farage dévoile son plan choc.


Le vent frais de Douvres balaie le front de mer presque désert. Au loin, les falaises blanches se détachent sur un ciel gris. Ici, à seulement 35 km des côtes françaises, le Royaume-Uni observe le passage des migrants à travers la Manche. C’est une scène devenue le terrain d’une bataille politique intense. Nigel Farage, figure du parti Reform UK, y voit une opportunité pour son plan choc : envoyer les demandeurs d’asile sur l’île de l’Ascension, en plein océan Atlantique – loin du continent européen.

Alors que les élections législatives britanniques sont encore loin (2029), M. Farage intensifie le débat sur l’immigration avec ses propositions. Il promet la construction de centres de détention géants et l’organisation de déportations massives, affirmant que cela mettra fin aux traversées de la Manche. « Si les gens savent qu’ils seront détenus et expulsés, ils cesseront de venir très rapidement », déclare M. Farage au Times. « Nous avons une crise massive en Grande-Bretagne. Cela ne représente pas seulement une menace pour la sécurité nationale, mais peut aussi conduire à une colère publique proche du désordre. »

Le plan choc de Farage

Le projet de M. Farage prévoit d’offrir 2 500 livres aux demandeurs d’asile pour retourner volontairement dans leur pays d’origine, avec en plus des billets d’avion financés par le gouvernement britannique, ainsi que la construction de centres de détention pouvant accueillir 24 000 personnes dans les 18 mois suivant l’élection. Le Premier ministre Keir Starmer, arrivé au pouvoir avec une majorité confortable, n’a pas encore montré qu’il pouvait réduire l’afflux de demandeurs d’asile, malgré ses critiques envers le gouvernement précédent. Les derniers chiffres officiels indiquent que 111 084 demandes d’asile ont été déposées au Royaume-Uni jusqu’en juin, dont 43 600 par bateau – un chiffre en forte hausse depuis la pandémie.

Depuis sept ans, plus de 157 000 migrants ont tenté clandestinement de traverser la Manche, avec un nouveau record de 6 600 arrivées rien que dans les trois premiers mois de 2025.

Accord avec la France : entre coopération et controverse

M. Starmer a signé un accord avec la France pour le renvoi de certains migrants, tout en maintenant la politique controversée de placement dans des hôtels et motels, ce qui provoque actuellement des protestations locales. « Je suis déterminé à briser le modèle commercial des passeurs et je prends des mesures conjointes avec nos alliés pour y parvenir », a-t-il déclaré. Pour M. Farage, la question est aussi symbolique. L’île de l’Ascension, située à environ 1 500 km au large de l’Afrique et 2 200 km de l’Amérique du Sud, est un territoire britannique isolé avec des bases militaires. Chaude, sèche et dotée d’un approvisionnement en eau limité, elle constituerait un éloignement extrême pour les migrants récalcitrants. « C’est loin et c’est cher, mais c’est symbolique », assume M. Farage.

A lire aussi: Les migrants, la fête au village et le parc d’attractions

Selon lui, sa politique coûterait 10 milliards de livres sur cinq ans, dont 2,5 milliards £ pour construire les centres de détention.

Keir Starmer et la coopération internationale

En mars, M. Starmer avait appelé la communauté internationale à s’unir pour « éliminer les réseaux de passeurs une fois pour toutes », en ouvrant un sommet réunissant une quarantaine de pays. Parmi les participants figuraient la France, l’Allemagne, les États-Unis, ainsi que des pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie. Le Sommet international sur la sécurité des frontières de Londres visait à combattre la criminalité organisée, liée viscéralement à l’immigration, à partager renseignements et tactiques, et aussi à agir « en amont », depuis les pays d’origine des migrants jusqu’aux nations d’arrivée. La coopération internationale inclut également des discussions avec la Chine pour limiter l’exportation de moteurs et pièces pour petits bateaux utilisés dans la Manche, et des campagnes publicitaires en ligne en Irak et au Vietnam pour dissuader les départs. Ces initiatives viennent compléter les mesures internes, comme le projet de loi de Starmer donnant aux forces de l’ordre des pouvoirs comparables à ceux contre le terrorisme, et le durcissement des règles sur la nationalité et le travail illégal.

À Douvres, les avis des Britanniques sur les demandeurs d’asile divergent : la majorité les considèrent comme des migrants économiques, tandis qu’une minorité dénonce la présence de criminels. À Calais, Salem, un jeune Yéménite, attend son tour pour un repas offert par la Cuisine communautaire des réfugiés. Cigarette à la main et nerveux, il raconte son parcours à travers la France, la Belgique et les Pays-Bas, fuyant la guerre au Yémen et espérant une vie meilleure au Royaume-Uni. « On ne se fait pas d’amis ici. On ne peut faire confiance à personne », murmure-t-il.

La plupart des migrants interceptés par la Border Force ne sont jamais vus par les habitants britanniques. Ils sont emmenés dans des bâtiments sécurisés avant d’être relogés à travers le pays. La majorité (73 %) sont de jeunes hommes. Les chiffres témoignent d’une décennie de hausse continue. En 2015, le Royaume-Uni enregistrait 25 771 demandes d’asile sur un an. En 2025, elles sont donc passées à 111 084 (dont 43 600 arrivées par bateau). Et malgré les graves besoins dans le secteur de la santé au Royaume-Uni – où au moins 31 000 infirmières manquent à l’appel –, le débat sur les frontières reste au cœur de la politique.

Tensions sur le littoral français

Près de 200 migrants, principalement des jeunes hommes venant d’Afrique, font la queue pour leur repas à Calais. Parmi eux, Tupac, originaire de Gambie, raconte son parcours en Europe et son aspiration à une nouvelle vie au Royaume-Uni. « J’ai un esprit fort et je peux travailler, mais on ne te donne pas d’opportunités », dit-il, en montrant les photos poignantes de ses jeunes enfants. Sur le littoral, le jeu du chat et de la souris entre autorités et migrants est permanent. Trois agents patrouillent tous les deux kilomètres, en fonction des marées et de la météo. La police maritime intervient pour empêcher les traversées clandestines et l’accès à l’eau. Le 11 août, l’ancien candidat conservateur Robert Jenrick a posté des images de ce qu’il décrit comme « 60 ou 70 migrants avec des gilets de sauvetage » près de Dunkerque, soulignant la tension persistante sur la question migratoire. Entre la Manche et l’Ascension, la proposition de M. Farage rappelle tout de même les stratégies coloniales d’exil forcé.

Le Bel et la Bête


Voilà bien le plus extraordinaire, le plus extravagant, le plus saisissant duo chorégraphique qu’on ait jamais vu. Un fascinant duel où notre perception des choses se brouille, s’égare, où l’on croit voir naître sous nos regards confondus une relation affectueuse entre un homme et une machine. Une machine qui, après avoir été tout d’abord brutale et menaçante, se fait attentive, protectrice, tendre même, et qu’on ne regarde bientôt plus comme un assemblage de pièces métalliques, mais bien comme une créature bienveillante et pensante, à la délicatesse extrêmement troublante.

Il fallait évidemment la fantaisie et la sensibilité d’un Dominique Boivin pour imaginer un dialogue aussi stupéfiant entre un danseur et une pelleteuse, « pour tenter de toucher au merveilleux, au vertige du rêve comme dans La Belle et la Bête de Jean Cocteau ». Et pour le Bel, il fallait un interprète exceptionnel pour tout à la fois inspirer le metteur en scène et porter si magnifiquement le rôle.

Tendresse

Grave et athlétique, viril et délicat, mais aussi, face à l’énorme machine, chétif et pitoyable, Philippe Priasso, le créateur du rôle, celui qui l’a interprété durant des années, aura été, dans ce jeu inédit, d’une justesse et d’une sobriété forçant l’admiration. Alors que face à lui le monstre qui aurait pu l’aplatir d’un seul coup de godet s’humanise insensiblement, on croit voir naître entre l’un et l’autre quelque chose de bouleversant ressemblant à de la tendresse.

Aujourd’hui, pour la reprise de ce spectacle insolite qu’est Transports exceptionnels, spectacle qui a été donné plus de mille fois dans le monde entier, des pays européens à l’Indonésie, la Chine, la Nouvelle-Zélande ou l’Australie, en passant par l’Afrique de l’Est, Israël, le Brésil, le Canada, les États-Unis ou Monaco, ce n’est plus un danseur, mais un trapéziste qui relève ce rôle si difficile et si extraordinaire. Avec une formation et une technique tout autres, mais grâce à une forte présence, Sébastien Bruas relève le défi non sans courage, tant son prédécesseur avait marqué le rôle de sa personnalité. Avec lui, l’atmosphère de Transports exceptionnels sera assurément très différente, mais sujette au même étonnement

On saluera au passage la performance du conducteur de l’engin, William Defresne, qui demeure invisible dans l’habitacle. Il succède à Eric Lamy et Guillaume Olmeta pour cet exercice de haute virtuosité, en prêtant à la pelleteuse des grâces de lionne cajolant son lionceau. Cependant que le spectateur demeure subjugué par cette relation entre un homme et une machine à qui la magie de la pièce a conféré une âme.


Transports exceptionnels. Spectacle de plein air :

Festival Coup de chauffe, à Cognac, le 5 septembre à 19h45, le 6 à 20h.

Festival Coup de théâtre, à Annecy, le 14 à 17h.

Journées du patrimoine, à Cusset/Vichy, les 20 et 21 à 17h.

Fête des Vendanges, à Bagneux, le 27 à 14h45 et le 28 à 15h.

Mercato du PAF: on prend les mêmes et on recommence…

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France inter prolonge sa matinale jusqu’à 11 heures. Léa Salamé débarque au journal de 20 heures de France 2 ce soir. La rentrée des médias avec Didier Desrimais.


« Notre métier c’est de faire de l’information et pas de l’opinion ». Cette bonne blague a été proférée par le journaliste Benjamin Duhamel au moment de quitter BFMTV en pleine déconfiture et de rejoindre France Inter, radio qui, comme chacun sait, ne délivre que des informations et aucune opinion. Pour la Grande Matinale, les très impartiaux Nicolas Demorand, Pierre Haski, Sonia Devillers et Patrick Cohen ont été rejoints, en plus de Benjamin Duhamel, par Nora Hamadi et Daphné Bürki.

Grasse matinale

Mme Hamadi, journaliste, a travaillé pour France Info, Arte et BFMTV, et succède à Claude Askolovitch pour présenter une revue de presse qui, pour le moment, ne déroge pas aux règles établies par ce dernier, à savoir citer abondamment Le Monde, Télérama, Libération, Sud-Ouest, La Provence ou L’Humanité et divulguer ainsi des opinions ressemblant comme deux gouttes d’idéologie de gauche à celles de la très grande majorité des journalistes des médias publics. Dans Libération, Mme Hamadi affirme que ce qui la différencie de M. Askolovitch est d’être une femme « non-blanche » et que ce qui la rapproche de lui ce sont son « humanisme » et « l’amour des gens » – racialisme woke, bienveillance niaiseuse et humanisme frelaté dans une seule phrase, bravo ! Mme Hamadi, on comprend mieux pourquoi la radio publique vous a choisie pour succéder à l’inénarrable Claude Askolovitch qui, de son côté, a rejoint Novo19, la nouvelle chaîne TNT de Ouest-France.

Nora Hamadi sur France Inter.

Mme Bürki est une animatrice tout ce qu’il y a de plus woke. Directrice « stylisme et costumes » des cérémonies des JO de Paris, jurée de Drag Race France, une compétition de drag-queens retransmise sur la télévision publique, elle est, d’après la directrice de France Inter Adèle Van Reeth, une spécialiste de la « culture sous toutes ses formes ». La preuve : sa première émission a été consacrée au groupe Triangles des Bermudes et à leur tintamarresque fatras musical intitulé “Charger”, une daube rappeuse évoquant un jeu vidéo de guerre et devenue un « phénomène viral », à tel point que notre Armée de Terre l’a utilisée pour illustrer sur son compte TikTok des extraits du défilé du 14 juillet – il paraît que Poutine en tremble encore. Tout le système culturel est en émoi. Chaque trublion du milieu artistico-commercial espère désormais recevoir une invitation de Mme Bürki afin de promouvoir, qui un film sur les gentils migrants stigmatisés par de méchants Français, qui un livre sur sa mère dépressive, son père homophobe, son cousin bipolaire ou son neveu violé par sa tante, qui un spectacle théâtral mettant en valeur des racisés pansexuels ou des handicapés non-binaires, qui un disque de rap aux paroles sulfureuses ou incompréhensibles, etc. Ceux qui n’auront pas été sollicités par Mme Bürki pourront éventuellement se rattraper avec Sonia Devillers et sa nouvelle rubrique “Le Grand portrait”. Le premier épisode, d’un ennui insondable, a été consacré à l’acteur François Cluzet. Sous nos latitudes, la culture est devenue un magma informe malaxé par des escrocs, « artistes », agents culturels, animateurs de foire radiophonique vendant, sous toutes ses formes, une soupe avariée, grumeleuse et grasse, une bouillie capable, si vous n’y prenez garde, de vous faire crever d’intoxication cultureuse.

A lire aussi: Boomers contre zoomers: c’est Nicolas qui paye?

Une radio woke payée par le contribuable

France Inter, encore. Chaque jour, « Charline Vanhoenacker explose les faits » – c’est le titre de sa chronique. Viscéralement de gauche, de cette gauche prête à tout renverser à condition que les privilèges que lui octroie sa position médiatique subsistent, Charline parle beaucoup mais agit peu. Son plus haut fait de guerre a été une vidéo dans laquelle elle se mettait en scène en train d’ajouter à Éric Zemmour, sur une affiche électorale, une moustache hitlérienne, et de compléter l’initiale du nom de l’affreux fasciste pour écrire le mot « Zob ». Tout cela est bien joli mais il était temps de passer à la vitesse supérieure et d’envisager des actions un peu plus radicales. La direction de la radio publique a donc eu la bonne idée d’embaucher une activiste gauchiste qui est prête, elle, à exploser littéralement les affreux fachos. À l’approche des dernières élections présidentielles, lors d’une conférence organisée par Mediapart, l’humoriste militante Mahaut Drama n’avait en effet pas hésité à évoquer la possibilité de lever des « factions armées » contre l’extrême droite car, baragouinait-elle, « si Marine Le Pen accède au pouvoir, c’est sûr qu’on pourra pas juste continuer genre à mettre des affiches en disant patriarcaca, tu vois, genre il va falloir leur répondre autrement. […] S’il y a des gens qui sont prêts à être courageux à ce point-là, je ne peux que les encourager. » Mahaut Drama est attendue dans l’émission Zoom Zoom Zen de Matthieu Noël. Elle devrait s’y sentir très à l’aise – derrière les rires, l’idéologie bien-pensante y coule à flot ; on y castorise à qui mieux-mieux ; on y bêle toutes les inepties écologistes ; sous couvert d’humour, on y étrille les Français qui votent mal en leur donnant des leçons de maintien moral et politique ; on y cite régulièrement en roucoulant la presse gauchisante ou macrono-socialiste dirigée par MM. Pigasse, Niel ou Saadé, tout en dénonçant furieusement les « médias bollorisés » ; on y vante les mérites de l’Arcom ; on y évoque régulièrement le racisme d’État, la masculinité toxique, le capitalisme patriarcal, et toutes ces sortes de choses à haute valeur wokiste. Il n’y manquait plus qu’une comique révolutionnaire exaltée et prête à encourager les très brutales exactions de ses amis ultra-gauchistes. C’est chose faite.

Léa Salamé : on s’arrache la nouvelle « reine de l’info »

Le transfert le plus médiatisé a été celui de Léa Salamé qui quitte France Inter mais reste toutefois dans le giron de l’audiovisuel public. Pour la modique rémunération de 25 000 euros par mois, la journaliste présentera sur France 2, à partir du 1er septembre, le journal de 20 heures à la place d’Anne-Sophie Lapix. Elle continuera par ailleurs d’animer l’émission hebdomadaire « Quelle époque ! » sur la même chaîne. À ce titre, elle recevra un salaire supplémentaire dont le montant n’a pas été révélé mais dont l’origine est toujours la même : l’argent de nos impôts. L’audiovisuel public, qui prend les Français pour des demeurés, a concocté une bande-annonce totalement stupide pour informer les téléspectateurs de l’arrivée de Mme Salamé au JT. On y voit la journaliste déambuler dans les locaux de France TV en répétant sur tous les tons le fameux « Madame, Monsieur, bonsoir ! » qui ouvre le journal. Des internautes ont immédiatement réagi en se moquant des « clowneries et mimiques niaises » de Mme Salamé et en exprimant leurs craintes de voir le JT devenir un talk-show animé par une « bouffonne ». L’honnêteté m’oblige à dire que Mme Salamé n’est pas une bouffonne mais une professionnelle rouée qui a su, après avoir bénéficié de l’appui de puissantes relations paternelles, naviguer habilement dans les méandres du marécage médiatique jusqu’à devenir un modèle pour quiconque se destine à une carrière de star journalistique. Maligne, Mme Salamé a refusé l’offre alléchante de BFMTV. Que serait-elle allée faire dans cette galère ? Tandis que l’audience de CNews continue de progresser et de confirmer sa position de leader des chaînes d’info continue, celle de la chaîne du milliardaire macroniste Rodolphe Saadé décline jour après jour. Il n’est pas certain que la venue de la compagne de Raphaël Glucksmann – qui partage avec ce dernier de solides convictions européistes, atlantistes et immigrationnistes, et préfère, de son propre aveu, un « patriotisme cosmopolite (sic) » à un « patriotisme souverainiste », considérant que l’idée d’État-nation est une idée dépassée du XIXe siècle et que l’avenir radieux de la société française passe par le multiculturalisme[1] – aurait pu enrayer la chute de BFMTV. Suicidaire, la chaîne de M. Saadé organise désormais des « débats » répulsifs – dernier exemple en date, celui entre… Sandrine Rousseau et Rokhaya Diallo – et vient de recruter Daniel Cohn-Bendit, l’insupportable écumeur des plateaux TV stipendié par l’oligarchie politico-médiatique pour admonester les Français jugés insuffisamment européistes, immigrationnistes ou écologistes. Pas de quoi attirer le chaland, c’est le moins qu’on puisse dire.   

Sandrine Rousseau, Rokaya Diallo et Bruno Jeudy sur BFMTV.

Léa Salamé a préféré, en sus d’une rétribution qui reste extrêmement confortable, la large exposition médiatique que promet France TV plutôt que celle, de plus en plus restreinte, d’une chaîne privée sur le déclin. Pour sa promo, elle n’a eu que l’embarras du choix : « Tout le monde me veut, confie-t-elle doucereusement à Libé. La Tribune, Gala, Paris-Match. » Dans les colonnes de ce dernier, la journaliste se dit convaincue que « dans un monde violent, la gentillesse est la plus belle des attitudes. » Pourtant, rapporte le magazine, ce n’est pas en ayant été « gentille » qu’elle a gravi les marches du pouvoir médiatique : sur Public Sénat, France 24, I-Télé, où elle a fait ses gammes, Léa Salamé « ne passe pas pour une bonne copine ». Elle s’amendera, plus tard, en prodiguant par exemple deux conseils à son amie Adèle Van Reeth, directrice de France Inter : « Sois Libanaise et pense à ta gueule ». Cette philosophie appliquée à elle-même a mené Léa Salamé là où nous savons. Et ce n’est peut-être qu’un début…  

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] Propos tenus face à Natacha Polony dans l’émission On n’est pas couché du 19 décembre 2015.

La vraie droite ne doit plus se cacher!

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

À droite, du nouveau ? se demande notre chroniqueur.


En politique, il arrive que des choses semblent à la fois souhaitables et impossibles à réaliser. Il en est ainsi de l’union des droites dans le climat actuel. Les seuls qui, obstinément, labourent ce sillon sont Éric Zemmour et Sarah Knafo pour « Reconquête! ». Le Rassemblement national n’en veut pas, à cause de l’influence dominatrice de Marine Le Pen, qui y est hostile, et Les Républicains, dans leurs tréfonds, n’y seraient pas tous défavorables mais y répugnent pour la raison essentielle de l’emprise qu’aurait le RN, largement en tête par rapport à eux sur le plan électoral. Leur crainte est de disparaître. Tout cela s’entend mais est-ce irréversible ?

On n’a pas tous le même maillot, mais on a les mêmes passions !

D’abord, il faut prendre acte de cette déperdition capitale et incompréhensible qui voit les droites, globalement appréhendées, refuser de gagner ensemble mais préférer perdre isolément.

Ensuite, la droite, sous l’égide de Bruno Retailleau qui ne sera sans doute plus ministre le 9 septembre, va continuer son redressement à la fois intellectuel et politique. Elle n’est déjà plus « le Petit Chose » face au mastodonte RN fragilisé judiciairement – et peut-être pour 2027.

A lire aussi: Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

On peut espérer que c’en est fini du temps, sinon de la soumission, du moins du caractère prétendument inéluctable du déclin de la droite intelligemment conservatrice et, en même temps, sociale. Il n’est pas nécessaire d’attendre les seules élections présidentielles pour combler le retard qui existe encore.

C’est la condition indispensable pour réussir. De la même manière que François Mitterrand devait d’abord faire perdre beaucoup de sa substance au parti communiste pour l’emporter dans le rapport de force, il est essentiel que Bruno Retailleau montre non seulement ce qu’a d’opératoire son projet régalien – qui a une visée gouvernementale – mais aussi tout ce qui, malgré les apparences, sur tous les autres sujets nationaux et internationaux, ferait du RN un corps étranger dans une perspective d’union.

Frilosité absurde

Le programme de Marine Le Pen, Bruno Retailleau l’a très bien dit, est « irrationnel et imprévisible ». Il est piquant de constater que ce même reproche est fait par Marine Le Pen à Emmanuel Macron !

Un autre élément doit être pris en considération par LR : ce parti ne peut plus traiter avec condescendance « Reconquête! » et l’éliminer par principe de toute recomposition envisagée. Bien au contraire. La qualité intellectuelle de ses dirigeants et la finesse de leurs analyses politiques, sociales et internationales – l’immigration étant le point capital de leur réflexion – ne peuvent plus être négligées, quoi qu’on pense, par ailleurs, de l’ensemble des solutions qu’ils proposent.

Il me semble que plutôt que de s’écarteler entre la base et le sommet, plutôt que de s’abandonner à une frilosité absurde ou à une soumission à une gauche qui n’a pourtant aucune leçon à donner, la droite de Bruno Retailleau doit accomplir un double mouvement : faire baisser le RN et traiter « Reconquête! » comme un parti ami et non hostile. Autrement dit, devenir véritablement une force : idées et militants. On ne se cache plus sous la table, on monte dessus.

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Causeur: le nouveau péril jeune

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© Causeur

Découvrez le sommaire de notre numéro de septembre


Paumés, violents, sexuellement frustrés
Ces meutes qui ont pourri l’été…

Cet été, des hordes adolescentes ont envahi des piscines, saccagé des marchés et pourri des fêtes de villages. Cette violence sans cause révèle une génération perdue, privée de langage et incapable de réprimer ses instincts. C’est en partie parce qu’une culture du clan et son code d’honneur tordu ont été importés d’Afrique et notamment du Maghreb. Mais on ne peut pas tenir les jeunes pour les seuls responsables de cette situation. La faute en est aussi aux décideurs gouvernementaux. Comme l’expliquent Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques en présentant notre dossier : « Une grande partie des élites politiques, économiques et culturelles a œuvré à l’édification d’une société multiconflictuelle, dénigrant la culture française pour encenser toute identité venue des anciennes colonies ». Nouveau phénomène inquiétant : des petites villes et des zones rurales ont été le théâtre de débordements dignes du 9-3. Pour Gil Mihaely, c’est exactement comme si les codes de la banlieue étaient un moyen pour la jeunesse de s’affirmer. Une évolution qui prospère sur fond de trafic de drogue. Un flic d’une commune de taille moyenne du sud de la France, interviewé sous couvert d’anonymat, témoigne des nouvelles formes de délinquance juvénile dans sa ville. La majorité des gamins agressifs revendiquent leur identité arabe et reproduisent le virilisme qui s’y rattache. Selon Pierre Vermeren, la marginalisation de toute une partie de la jeunesse est le résultat d’une longue et méthodique déconstruction : cette dernière a cassé l’école, brisé le monde du travail, délégitimé la famille et enlaidi l’environnement urbain. Aujourd’hui, une certaine jeunesse, réfugiée dans la drogue, la délinquance et la violence, refuse même de faire des enfants.

Le numéro de la rentrée est disponible aujourd’hui sur le site et demain mercredi 3 chez votre marchand de journaux !

Un reportage de Jean-Baptiste Roques revient sur un meurtre impliquant des adolescents cet été qui a semé la consternation à Fleury-les-Aubrais, banlieue calme d’Orléans. Charles Rojzman examine le rôle de l’effondrement du cadre familial. Gabriel Leduc témoigne de la difficulté aujourd’hui à être un père, même d’une fille sage dans une ville tranquille. Simon Evans analyse la série Netflix, Adolescence, et la manière dont les politiques, des deux côtés de la Manche, ont essayé de l’instrumentaliser contre la masculinité. Enfin, je me penche sur l’actuelle offensive propagandiste sans précédent qui vise à déviriliser les hommes dès le plus jeune âge.

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Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy parle de la question juive qui « est désormais au cœur d’affrontements diplomatiques et de chicayas politiques ». Le chef de l’État a été tancé par Benyamin Netanyahou et Donald Trump. Pourtant, Emmanuel Macron ne cherche pas à nourrir la haine des juifs. Le vrai problème, c’est qu’il se montre incapable de l’endiguer. S’il est coupable, « ce n’est pas de complaisance, mais d’impuissance ». Qui profitera le plus de la chute du Premier ministre, François Bayrou ? Selon nous, Marine Le Pen croit être maitresse du jeu politique, mais en réalité c’est Jean-Luc Mélenchon qui exploite cette crise en imposant ses thèmes et en misant sur les sombres pulsions de son électorat : préjugés, rancunes, haines et jalousies. Le Général de Gaulle a créé un État à sa mesure pour faire rayonner la France. Mais aujourd’hui, pour Pascal Avot, l’État gaullien pille les Français, à coups de taxes, d’impôts et de mensonges, afin d’entretenir un système qui ne mène qu’à la banqueroute. Signes des temps, les Français ont déserté les restaurants cet été. Analysant les raisons de ce désamour, Stéphane Germain souligne, au-delà des additions salées, un millefeuille de désocialisation, d’ubérisation, de déculturation et d’inflation, nappé d’un excès de normes et d’une fiscalité désordonnée.   

Chez nos chroniqueurs réguliers, Olivier Dartigolles dénonce l’indulgence macronienne pour les ultra-riches ; Emmanuelle Ménard revient sur les événements de la période estivale ; et Ivan Rioufol maintient que « l’extrême gauche soutient [une] substitution de population, dont les Français indigènes sont les victimes ». Jean-Jacques Netter continue son inventaire de nos malheurs économiques, pendant que Gilles-William Goldnadel relève les exemples de la désinformation systématiquement pratiquée par France Inter, l’AFP et l’ONU au sujet de la guerre à Gaza.

Les hommes préfèrent-ils toujours les blondes ? Plutôt les trans ! Voilà la conclusion du grand reportage réalisé par Yannis Ezziadi au Bois de Boulogne, qui demeure le plus grand bordel de France. On vient s’y enivrer de sexe, de stupre et, surtout, on vient y chercher les transsexuelles. Objets de fascination et de trouble désir pour les hétéros, elles sont le trésor du Bois sur lequel elles règnent. De son côté, Georgia Ray s’est rendue à Bordeaux où le musée des Beaux-Arts présente « Sage comme une image. L’enfance dans l’œil des artistes (1790-1850) ». Il s’agit d’une émouvante galerie de bambins qui ont grandi sans activités péri-, para- et extrascolaires, loin des angoisses de l’État et des parents sur « les temps de l’enfance » et sur la « santé mentale » de leur progéniture. Destination Rochefort pour Julien San Frax, où la maison de Pierre Loti, un capharnaüm intime conservant la mémoire de périples exotiques de cet écrivain-voyageur, rouvre ses portes après treize ans de restauration.

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Dans un essai appelé à devenir un classique, Samuel Fitoussi montre comment le monde intellectuel se trompe si souvent et si doctement. Se confiant à Élisabeth Lévy, il explique comment les milieux sur-éduqués sont devenus des citadelles ultra-conformistes et déconnectées de la réalité, où règnent l’endogamie sociale, le sentiment d’impunité et la peur d’être excommunié. Alexandra Lemasson a lu Surchauffe de Nathan Devers, qui brosse le portrait d’une société au bord du gouffre où certains refusent de jouer le jeu. Dans Feux sacrés, Cécile Guilbert explore ses secrets de famille, ténébreux et salvateurs. Pour Emmanuel Domont, cette mise à nu au grand style est l’une des pépites de cette rentrée littéraire. Avec Les Enfants perdus, François Sureau entame un roman-feuilleton dont le héros, détective et poète, traverse le temps et l’espace. Selon Élisabeth Lévy, l’auteur aujourd’hui Académicien retrouve ses allégresses d’adolescent lecteur de Conan Doyle, Dumas, Christie et Simenon. Côté cinéma, Jean Chauvet nous rappelle que la rentrée de septembre, c’est la grande sortie des films présentés en mai au festival Cannes. Pour le pire et pas pour le meilleur, hélas.

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Un faible pour la Palestine

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Elisabeth Levy © Hannah Assouline

Je m’étais promis de parler d’autre chose. Non pas que la mode antisémite qui se répand, avec ses vieux habits neufs, dans les milieux progressistes d’Occident ne m’inspire pas de l’effroi, du chagrin et surtout une énorme rage contre tous les tartuffes qui depuis des décennies ânonnent « plus jamais ça », aussi féroces avec les antisémites d’hier qu’ils sont aveugles ou complaisants avec ceux d’aujourd’hui. De l’Europe à l’Australie, la haine des juifs planquée derrière la détestation de l’État juif ne se contente plus d’agresser les porteurs de kippa ou d’étoiles de David, elle s’emploie à les exclure de l’espace public. Des touristes israéliens sont chassés de restaurants, des enfants refoulés d’un centre de vacances, un chanteur prié de ne pas se produire dans un festival. Certains abrutis abattent même les arbres plantés à la mémoire d’Ilan Halimi – qui n’avait rien à voir avec Gaza. Sans doute s’agissait-il d’arbres sionistes. Et qu’on ne croie pas que les adeptes du Judenrein se cachent, au contraire, ils se font une gloire de purifier l’atmosphère. Rien d’étonnant dès lors que, comme le résume Georges Bensoussan, le peuple-génocide a remplacé le peuple déicide. Contre les génocidaires, tout est permis, non ? N’empêche, aussi sombre soit ce tableau, il n’y a pas que les juifs et les antisémites dans la vie. Or, beaucoup de juifs, accaparés par leur propre malheur, oublient que des millions de leurs compatriotes, qui ne vivent pas à l’heure de Tel-Aviv et de Gaza, ont bien d’autres raisons de désespérer de la France. Et eux n’ont pas d’Israël. Seulement, pas moyen d’échapper à la judéobsession magnifiquement décryptée par Guillaume Erner[1]. Pas seulement à cause de la litanie d’agressions perpétrées par amour des enfants de Gaza, mais parce que la question juive est désormais au cœur d’affrontements diplomatiques et de chicayas politiques. C’est à qui sera le meilleur ami des juifs – les séfarades, répond une vieille blague. La rue juive française applaudit Netanyahou quand il accuse Emmanuel Macron « d’alimenter le feu antisémite » et encense Trump qui, par ambassadeur interposé, reproche au chef de l’État de le combattre trop mollement. La rue juive a tort. D’abord, ce calinage victimaire vise moins à aider les juifs qu’à emmerder Macron. Ensuite, aucun Français ne devrait se réjouir de voir son pays humilié par ces mauvaises manières. Enfin, accepter de se placer sous protection étrangère, c’est jouer la partition de la dénationalisation qui est depuis toujours celle des antisémites. Certes, beaucoup de juifs songent au départ, sinon pour eux, pour leurs enfants. En attendant, ils sont des citoyens français. Emmanuel Macron est peut-être un piètre dirigeant, mais c’est le nôtre. C’est à nous – nous les Français – de lui demander des comptes. Qu’on nous laisse nous quereller tranquilles, les motifs ne manquent pas. Depuis le 7-Octobre, le président a commis plusieurs fautes graves  : son absence à la manifestation de novembre 2023, inspirée par le grand philosophe Yacine Belattar qui lui a fait valoir que sa présence énerverait les quartiers, son consternant bredouillage sur l’histoire qui tranchera quand on lui demande s’il faut parler de génocide et enfin, son annonce intempestive de la reconnaissance sans condition de l’État palestinien, qui est, qu’il le veuille ou non, une victoire pour le Hamas et les islamistes du monde entier. Macron a le droit de penser, comme des millions d’Israéliens, que la politique de Netanyahou conduit à la catastrophe. Pour une fois, on aurait aimé qu’il fasse du en même temps. S’il croit devoir dénoncer la « fuite en avant meurtrière et illégale » d’Israël à Gaza, il devrait fustiger l’influence nocive et honteuse de l’islamisme dans son pays. Tout en observant que les Français ne l’écoutent plus, beaucoup lui reprochent aussi d’être trop silencieux, comme si sa parole avait un pouvoir performatif. En réalité, le président aurait-il participé à la manifestation et récusé l’accusation de génocide que cela n’aurait pas changé grand-chose. En effet, si Emmanuel Macron est coupable, ce n’est pas de complaisance, mais d’impuissance. Ce n’est pas lui qui nourrit le feu antijuif. En tout cas pas plus que tous ceux qui, depuis des décennies, refusant de mettre des mots sur le mal, ont encouragé l’arrivée de millions de gens venus de pays où la haine des juifs est une norme. En supposant que seulement 10% de ces nouveaux arrivants trimballent leurs mauvais affects avec eux, ça fait beaucoup d’antisémites accueillis à bras ouverts. Et ça ne va pas s’arranger avec l’arrivée des Gazaouis, désormais tous éligibles au statut de réfugié grâce à la Cour nationale du droit d’asile. Quand on sait ce qu’ils apprennent à l’école, on peut s’attendre à voir débarquer d’aimables admirateurs d’Hitler, à l’image de la gracieuse étudiante de Sciences-Po Lille dont on se demande bien pourquoi on a pris la peine de l’expulser si c’est pour faire venir ses clones. Ce ne sont pas les militants célébrant la libération de Georges Ibrahim Abdallah ni les festivaliers applaudissant le groupe irlandais Kneecap, soutien du Hezbollah, qui se sentent de plus en plus indésirables en France, mais les détenteurs de passeports israéliens, les porteurs de prénoms hébraïques, les fidèles des synagogues. Quand tant de regards leur disent « Interdit aux juifs », on attend que la République placarde à ses frontières un avis proclamant que la France est interdite aux antisémites.

Judéobsessions

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[1] Guillaume Erner, Judéobsessions, Flammarion, 2025

Célébrer les Françaises qui ont combattu la France, la nouvelle mode de l’été

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La maison du parc de la Bergère de Bobigny vandalisée pendant l'été. Capture d'écran France 3.

La mairie communiste de Vénissieux (69) vient de baptiser un bâtiment public du nom d’Annie Steiner, une ancienne agent de liaison du FLN pendant la guerre d’Algérie.


1er novembre 1954. En ce jour de la Toussaint, que l’on qualifiera tantôt de rouge, une trentaine d’attentats (assassinats, embuscades, engins explosifs, incendies…) perpétrés par des indépendantistes algériens tue dix personnes sur l’autre rive de la Méditerranée. Un chauffeur de taxi de confession juive figure parmi les victimes, tout comme un jeune couple d’instituteurs français qui s’est porté volontaire pour enseigner dans l’arrière-pays. Extirpés de leur autocar à l’aube, quelque part dans les gorges de Tighanimine, Jeanine et Guy Monnerot sont mitraillés à bout portant par des fellaghas et abandonnés sur le bord de la route1. La guerre d’Algérie vient de commencer.

Engagée

À Alger, la nouvelle des attaques enthousiasme Annie Steiner. « Ce jour-là, j’étais à la maison, confiera-t-elle dans sa biographie. Il y avait mon mari, deux amis et moi. Spontanément, j’ai applaudi. Mon mari et Roland Simounet, un architecte originaire de Aïn Benian, ont souri. Mais l’autre invité a mal réagi et m’a dit : “Tu applaudis à des assassins ?” Je lui ai répondu : “Oui”. Je ne l’ai plus revu… » Cette fille de pieds-noirs, qui passe ses journées dans les centres sociaux pour soigner et alphabétiser les plus défavorisés, offre aussitôt ses services au Front de libération nationale. « Jusqu’où êtes-vous prête à travailler pour le FLN ? », lui demande-t-on. « Je m’engage totalement », répond-elle.

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La jeune Française officie dès lors comme agent de liaison du « réseau bombes » de Yacef Saâdi, qui orchestre une série d’attentats dans les lieux publics de la capitale algérienne : bars, restaurants, hôtels, stades, arrêts de bus, discothèques… Des enfants figurent parmi les victimes civiles, qui se comptent par dizaines. Pendant ce temps, Annie Steiner consacre désormais ses journées au service d’un laboratoire clandestin de fabrication de bombes. Elle traverse discrètement la ville en portant son bébé sur un bras, des produits chimiques ou des notices sur la confection d’explosifs dans l’autre. Arrêtée en octobre 1956, la « Moudjahida » est condamnée quelques mois plus tard par le Tribunal des forces armées d’Alger à cinq ans de réclusion pour aide au FLN. Privée de la garde de ses deux filles par une juridiction helvétique (son mari, Rudolf Steiner, étant suisse) à sa sortie de prison, elle termine sa vie en Algérie, dont elle acquiert la nationalité après l’indépendance. Elle occupera pendant trente ans un poste important au secrétariat général du gouvernement.

Choix assumé

C’est donc tout naturellement que la mairie communiste de Vénissieux a donné la semaine dernière le nom d’Annie Steiner à son nouveau bâtiment plurifonctionnel flambant neuf, financé en partie par l’État à hauteur de 1,7 million d’euros. « C’est un choix politique assumé, réfléchi et responsable, il va avec l’Histoire de la ville qui a un passé anticolonialiste. Nous travaillons depuis des années pour une mémoire apaisée », déclare à l’AFP Michèle Picard, la maire de cette commune de la banlieue de Lyon, qui compte une importante communauté maghrébine. Une décision qualifiée d’« extrêmement contestable » par la préfecture du Rhône, qui a refusé de participer à l’inauguration de l’édifice et de se plier à cette nouvelle mode en vogue, notamment à gauche.

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En juillet dernier déjà, le conseil départemental de Seine-Saint-Denis rebaptisait la maison du parc de la Bergère de Bobigny du nom d’une autre combattante du FLN, Danièle Djamila Amrane-Minne. Pour apaiser là encore les mémoires ? Fille et belle-fille de militants communistes, Danièle Amrane-Minne s’engage dès l’âge de 16 ans aux côtés des rebelles indépendantistes contre son pays natal. Sous le nom de guerre de « Djamila », elle intègre un commando de femmes chargé de semer la terreur parmi les colons en posant des bombes dans les lieux fréquentés d’Alger. Elle participe notamment au triple attentat du FLN dans le quartier européen de la capitale algérienne : le 26 janvier 1957, trois déflagrations quasi simultanées dans des cafés de la rue Michelet causent la mort de quatre civils (toutes des femmes) et en blessent une cinquantaine, dont plusieurs grièvement. L’engin explosif dissimulé dans la chasse d’eau des toilettes de la brasserie Otomatic par « Djamila » ne fait toutefois qu’une blessée, transportée d’urgence à l’hôpital. Arrêtée quelques mois plus tard, la Française est condamnée à sept ans de prison, avant d’être amnistiée en 1962. « Le nom de Danièle Djamila Amrane-Minne reflète à lui seul les liens inextricables, les liens intimes, familiaux, entre le peuple algérien et le peuple français », déclame lors de l’inauguration le président socialiste du département, Stéphane Troussel. Le bâtiment est vandalisé au bout de deux semaines, puis incendié un mois plus tard. Sans doute l’œuvre de barbares, bientôt passés de mode.


  1. Jeanine Monnerot survivra à ses blessures, mais pas son mari. Un autre passager du car, le caïd Ben Hadj Sadok, est lui aussi abattu par les fellaghas alors qu’il s’oppose à l’assassinat du couple français. ↩︎

Qui veut sa piqûre?

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DR.

Pour éviter d’avoir des boutons qui grattent, GSK nous propose une piqûre qui coûte un bras… à la Sécu !


Les retraités sont les téléspectateurs les plus assidus, et par conséquent les plus nombreux à acheter des magazines qui donnent les programmes télé tous les sept jours. Avec des pages de pub qui ciblent cette clientèle, majeure depuis longtemps, mais pas vaccinée contre tout…

Vu ainsi pour la semaine du 9 au 15 août, pleine page, une annonce angoissante comme l’affiche d’un film d’horreur : « Le zona ? Je ne veux plus jamais revivre ça… Je pensais que j’étais jeune, j’avais tort. » Suivi d’une vraie fausse statistique pour inciter à se faire vacciner : « Plus de 90 % des 65 ans et plus sont déjà porteurs du virus responsable du zona. » Or, en très grande majorité, ce sont des porteurs sains et l’on sait depuis la grande comédie du Covid que la vaccination n’empêche pas la transmission.

Pour plus d’effet dramatique, la pub est illustrée par les visages soucieux de malades (interprétés par des comédiens). Où ça démange, c’est que cette annonce n’émane pas du ministère de la Santé, mais du laboratoire britannique GSK, qui en décembre dernier a obtenu que le Shingrix, son vaccin contre le zona, soit pris en charge en France pour les personnes âgées de 65 ans et plus.

L’efficacité de ce vaccin n’est pas contestée, en revanche le recommander à toute une population semble démesuré. Dans Le Figaro, Rémy Boussageon, président du comité scientifique du Collège national des généralistes enseignants (CNGE), s’interroge : « Nous nous étonnons du choix de consacrer un budget aussi élevé à un vaccin dont le bénéfice en population générale demeure assez modeste[1]. » Modestie que confirme la Haute Autorité de santé (qui pourtant veut vacciner tout ce qui bouge) : après 50 ans, on compte un taux de 0,7 % de sujets touchés par le zona (qui est douloureux, mais rarement mortel), taux qui monte à 1 % après 80 ans ! Il n’y a donc pas urgence…

En attendant, si les 16 millions de personnes visées par la campagne de pub décidaient de se faire piquer, pardon vacciner, l’addition pourrait grimper à 6 milliards d’euros pour la Sécu, qui seront autant de bénéfices pour GSK.


[1] https://sante.lefigaro.fr/social/enfance-famille/faut-il-vraiment-vacciner-tous-les-plus-de-65-ans-apres-le-zona-20250703

Yasukuni: sanctuaire de mémoire ou symbole du nationalisme?

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Le leader populiste japonais Sohei Kamiya traverse le sanctuaire Yasukuni à l’occasion du 80e anniversaire de la reddition du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale, à Tokyo, vendredi 15 août 2025 © Louise Delmotte/AP/SIPA

À Tokyo, le sanctuaire Yasukuni-jinja, lieu de mémoire des soldats nippons tombés lors de la Seconde Guerre mondiale, attire officiels et anonymes chaque année. Mais derrière son rituel de recueillement, il incarne aussi un nationalisme en pleine résurgence qui divise le pays et irrite ses voisins asiatiques.


Le sanctuaire photograpié en 2018. DR.

Le 15 août 2025, c’est une minute de silence qui a été observé dans tout le Japon afin d’honorer la centaine de milliers de morts, victimes de la bombe atomique larguée par les Américains sur Hiroshima et Nagasaki. Une date qui résonne également comme le symbole d’une défaite, celui d’un empire qui a dominé toute l’Asie durant la moitié du XXe siècle.

Chaque année, élus et membres du gouvernement se rendent au sanctuaire Yasukuni-jinja afin d’honorer tous les héros tombés pour la défense de la nation. Mais derrière ses torii majestueux et ses lanternes de pierre, il cristallise des polémiques récurrentes : lieu de recueillement pour certains, symbole d’un nationalisme exacerbé pour d’autres, il divise profondément la société japonaise et irrite régulièrement ses voisins asiatiques.

Provocations diplomatiques

Situé en plein cœur de Tokyo, à quelques pas du Palais impérial, le sanctuaire Yasukuni-jinja (« préservation de la paix ») a été fondé en 1869 par l’empereur Meiji pour honorer les âmes des soldats morts au combat, il abrite aujourd’hui les esprits de près de 2,5 millions de personnes tombées pour la patrie. On y trouve les âmes des combattants de la guerre de Boshin (1868-1869), puis celles des conflits impérialistes du Japon : la guerre sino-japonaise (1894-1895), la guerre russo-japonaise (1904-1905), et enfin ceux de la Seconde Guerre mondiale. Là, les morts ne sont pas anonymes : leurs noms, grades et origines sont soigneusement consignés afin que tous puissent se recueillir devant leur mémoire.

Depuis 1978, le sanctuaire de Yasukuni abrite également les restes de 14 criminels de guerre de classe A, condamnés lors du procès de Tokyo (1946-1948), dont l’ancien Premier ministre et général Hideki Tōjō, considérés par les plus nostalgiques comme « un martyr Shôwa ». La présence d’élus transforme chaque visite officielle en provocation diplomatique. Cette année encore, cinquante-deux parlementaires, principalement des membres conservateurs du Parti Libéral-Démocrate, le ministre des Finances (Kato Katsunobu), celui de l’Agriculture (Shinjirō Koizumi) et ceux du parti populiste Sanseito, ont défilé au sanctuaire.

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Interrogé par la presse présente, Shinjirō Koizumi n’a pas hésité à déclarer qu’il fallait rendre hommage à « ceux qui ont donné leur vie au pays ».  Rien d’étonnant en soi pour cette étoile montante du PLD quand on connaît ses origines familiales. Fils du Premier ministre Jun’ichirō Koizumi (entre 2001 et 2006), lui-même issu d’une dynastie politique proche de la monarchie, des milieux nationalistes en vogue au siècle dernier, sa famille a donné un pilote mort en kamikaze à la fin du conflit mondial. Elle est également connue pour avoir des liens avec la Nippon Kaigi (« Conférence du Japon »), un mouvement d’extrême-droite révisionniste, partisan du retour de la monarchie absolue, très influent au Soleil levant, qui a su infiltrer toutes les officines du pouvoir, y compris au Parlement et au Sénat jusqu’à le dominer.

Pour Pékin et Séoul, honorer ces figures du conflit revient à nier les crimes de l’occupation japonaise en Asie, particulièrement violents en Mandchourie, devenu un laboratoire à ciel ouvert pour expériences humaines (Unité 731). Un territoire transformé en Etat fantoche (Mandchoukouo) dirigé par Pu Yi, le dernier Empereur de Chine, qui niera avoir été au courant des activités japonaises durant le procès de Tokyo. Pointés du doigt par ces deux pays, le musée militaire du sanctuaire, le Yūshūkan, qui glorifie les « sacrifices héroïques » des soldats japonais. est critiqué pour son parti-pris : il occulte souvent les atrocités commises par l’armée impériale, des massacres de Nankin (1937) à l’exploitation des « femmes de réconfort » (esclavage sexuel), dénoncent la Chine et la Corée du Sud. 

Le fantasme du retour du régime impérial

Yasukuni n’est plus seulement un lieu de culte : c’est devenu un instrument idéologique qui glorifie l’Empire conquérant défunt et sa lignée impériale millénaire. La droite conservatrice l’utilise pour flatter un électorat attaché à une vision patriotique de l’histoire, tandis que les progressistes y voient une dérive dangereuse. Certains descendants de soldats refusent d’ailleurs que leurs ancêtres soient enrôlés spirituellement dans ce culte national, sans avoir eu leur mot à dire. Contrairement aux monuments aux morts occidentaux, l’inscription au sanctuaire est automatique, privant les familles de tout choix. Depuis plusieurs années, on assiste au Japon à un retour (inquiétant ?) du révisionnisme historique et une demande de remilitarisation du pays. Des personnalités politiques, intellectuelles et médiatiques relativisent les crimes de guerre, tandis que des manuels scolaires actuels peuvent minimiser le rôle du Japon impérial dans la Seconde Guerre mondiale, faisant en sorte de déculpabiliser les jeunes générations à contrario de leurs alter égo allemands. La nomination, en 2024, de l’amiral à la retraite Umio Otsuka à la tête du sanctuaire a marqué une nouvelle étape dans cette « renationalisation » assumée de Yasukuni.

La jeunesse japonaise, quant à elle, semble se montrer de plus en plus détachée de la mémoire de la guerre. Née loin du conflit, elle se tourne vers des préoccupations économiques, sociales et identitaires. Si certains jeunes rejoignent des mouvements nationalistes ou populistes comme le Sanseito (porté par son leader charismatique, Sohei Kamiya, qui a créé la surprise en faisant élire 15 députés à la Diète lors de l’élection législative de juillet avec le slogan : « Les Japonais d’abord ! ») beaucoup se désintéressent du débat, indifférents aux commémorations. Effet Kiss cool, ce désengagement favorise paradoxalement la montée d’un récit officiel plus conservateur, qui trouve peu de contrepoids dans l’espace public et remodèle le roman national conformément à la tradition et sous couvert de fierté nationale.  

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Le Premier ministre Shigeru Ishiba, lors des cérémonies du 15 août, a préféré s’abstenir de visiter le sanctuaire, envoyant seulement une offrande. D’ailleurs, depuis 2013, plus aucun dirigeant de gouvernement ne se présente au sanctuaire, soucieux de préserver la stabilité régionale. Selon un sondage de la NHK (2022), 40% des Japonais considèrent pourtant comme problématiques les visites des politiques au sanctuaire Yasukuni, tandis que 30% les jugent légitimes au nom du devoir de mémoire. Les autres ne se prononçant pas. Cette division illustre l’impasse dans laquelle se trouve le pays : comment honorer ses morts sans raviver les blessures du militarisme et nourrir le nationalisme japonais, préserver l’image pacifiste que le Japon entretient difficilement ?

Du côté occidental, les États-Unis oscillent entre compréhension et inquiétude. Alliés stratégiques du Japon, ils craignent que ces visites officielles fragilisent la coopération régionale face à la Chine. L’Union européenne, quant à elle, reste discrète, mais suit avec attention les réactions diplomatiques des pays asiatiques, les déplacements mêmes de certains leaders d’extrême-droite au temple (en 2010, le leader du Front National Jean Marie Le Pen avait volontiers fait le voyage, invité, vers le sanctuaire) qui rendent hommage aux soldats et officiers japonais. De quoi raviver les tensions et les peurs fantasmées de partis politiques que craignent toujours un embrasement général dans cette partie de l’Asie, de la Chine qui n’a pas oublié l’occupation japonaise.

Yasukuni-jinja n’est pas seulement un sanctuaire : il est le miroir des contradictions du Japon contemporain. Lieu de recueillement pour certains, instrument de nationalisme pour d’autres, il illustre la difficulté de concilier mémoire, fierté nationale et responsabilité historique. Tant que le pays ne saura pas trancher entre honorer ses morts et apaiser les blessures du passé, le sanctuaire Yasukuni restera un symbole vivant des tensions, un lieu où le temps de la paix et celui de la controverse se croisent sans jamais se confondre.

Compromission à la belge

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Le vice-premier ministre et ministre de l’Économie et du Travail, David Clarinval, arrive pour une réunion bruxelloise rassemblant certains ministres du gouvernement fédéral, le lundi 1er septembre 2025. Les ministres discuteront de la situation humanitaire dans la bande de Gaza et des attaques israéliennes. Il est question de sanctions contre Israël et de la reconnaissance de la Palestine © Shutterstock/SIPA

La Belgique reconnait à son tour un État pour les Palestiniens. Mais sa classe politique se déchire sur les contreparties à réclamer pour un tel cadeau.


La Belgique est connue pour son « art du compromis ». Et même du compromis foireux, qui dans les faits dresse les Flamands contre les Wallons, emmerde les Belges et multiplie les lois et les fonctionnaires par deux, voire par quatre. C’est idiot et coûteux mais ça fait rire, et c’est toujours ça de pris !

Mais dans la nuit du premier au deux septembre, elle est passée, par la grâce de son gouvernement patchwork, du compromis à la compromission. Sans cesse tancé, et même menacé, par ses élus d’outre méditerranée et par ses pléthoriques invités du désert, il a cédé au boulevard arabe et s’est engagé à reconnaître l’Etat de Palestine. Il faut dire que l’aile gauche du gouvernement, plus soucieuse du Moyen-Orient que de la désorientée Région bruxelloise, brandissait de temps à autre la possibilité de faire tomber ce glorieux gouvernement si cette reconnaissance n’était pas entérinée.

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Certes, la reconnaissance est assortie d’un « oui mais », assez caractéristique de la pleutrerie belgo-belge politicienne. « Oui, mais » cette décision n’entrera en vigueur qu’une fois le dernier otage libéré de Gaza et le Hamas démilitarisé. Vœux pieux qui devraient servir à calmer ce qu’il reste de la droite au nord des Hauts-de-France. Cette restriction ne dupe personne, et certainement pas le ministre israélien ultra-droitard Itamar Ben-Gvir qui a déclaré mardi matin à la radio israélienne, cité par la VRT, que « la Belgique est tombée dans le piège du Hamas », ajoutant que « nous avons tenté de faire la paix avec les Palestiniens. Nous nous sommes retirés de Gaza en 2005. Qu’avons-nous obtenu ? Des roquettes et du terrorisme ». Il met également en garde la candide Belgique : « Les pays européens qui succombent à la naïveté et cèdent aux manipulations du Hamas finiront par devenir eux-mêmes victimes du terrorisme », pour le cas où certains Belges ne s’en seraient pas encore doutés, malgré la longue liste des attentats qui ont déjà ensanglanté ce petit Royaume.

Bien entendu, ce projet de reconnaissance sous conditions fait monter des trémolos dans la voix de Paul Magnette, chef des socialistes wallons et principal leader de l’opposition. « Une reconnaissance sous conditions n’est pas une reconnaissance ! » assène-t-il, effrayé à l’idée de contrarier son vaste électorat musulman, et visiblement peu ému par le sort des otages survivants du pogrom du 7-Octobre.

Il n’en demeure pas moins que la principale question n’a pas été effleurée. Car si l’organisation terroriste Hamas applaudit bien évidemment la décision belge, on ignore toujours si la Palestine est, elle aussi, d’accord de reconnaître un État de Palestine. Parce qu’un Etat, ça a des frontières et des voisins. Or, les frontières semblent un concept inconnu du monde arabo-musulman. Et particulièrement celles qui empêcheraient ce futur Etat de se déployer « du fleuve à la mer », en attendant de s’étendre au-delà de ladite mer.

De la Manche à l’Atlantique: Farage agrandit le terrain de jeu

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Lors d’une conférence de presse de Reform UK, MM. Zia Yusuf et Nigel Farage exposent une politique de déportations massives et de contrôle de l’immigration illégale. Hangar aéronautique à l’aéroport d’Oxford, à Kidlington, le 26 août 2025 © Peter Manning/LNP/Shutterstock/SIPA

Le Premier ministre Keir Starmer avait mobilisé plus de 40 pays et organisations les 31 mars et 1er avril pour lancer une lutte mondiale sans précédent contre les impitoyables réseaux de passeurs. Mais, alors que les résultats se font attendre et que le mouvement « Raise the colours » prend de l’ampleur (lire notre édition d’hier), le populiste Nigel Farage dévoile son plan choc.


Le vent frais de Douvres balaie le front de mer presque désert. Au loin, les falaises blanches se détachent sur un ciel gris. Ici, à seulement 35 km des côtes françaises, le Royaume-Uni observe le passage des migrants à travers la Manche. C’est une scène devenue le terrain d’une bataille politique intense. Nigel Farage, figure du parti Reform UK, y voit une opportunité pour son plan choc : envoyer les demandeurs d’asile sur l’île de l’Ascension, en plein océan Atlantique – loin du continent européen.

Alors que les élections législatives britanniques sont encore loin (2029), M. Farage intensifie le débat sur l’immigration avec ses propositions. Il promet la construction de centres de détention géants et l’organisation de déportations massives, affirmant que cela mettra fin aux traversées de la Manche. « Si les gens savent qu’ils seront détenus et expulsés, ils cesseront de venir très rapidement », déclare M. Farage au Times. « Nous avons une crise massive en Grande-Bretagne. Cela ne représente pas seulement une menace pour la sécurité nationale, mais peut aussi conduire à une colère publique proche du désordre. »

Le plan choc de Farage

Le projet de M. Farage prévoit d’offrir 2 500 livres aux demandeurs d’asile pour retourner volontairement dans leur pays d’origine, avec en plus des billets d’avion financés par le gouvernement britannique, ainsi que la construction de centres de détention pouvant accueillir 24 000 personnes dans les 18 mois suivant l’élection. Le Premier ministre Keir Starmer, arrivé au pouvoir avec une majorité confortable, n’a pas encore montré qu’il pouvait réduire l’afflux de demandeurs d’asile, malgré ses critiques envers le gouvernement précédent. Les derniers chiffres officiels indiquent que 111 084 demandes d’asile ont été déposées au Royaume-Uni jusqu’en juin, dont 43 600 par bateau – un chiffre en forte hausse depuis la pandémie.

Depuis sept ans, plus de 157 000 migrants ont tenté clandestinement de traverser la Manche, avec un nouveau record de 6 600 arrivées rien que dans les trois premiers mois de 2025.

Accord avec la France : entre coopération et controverse

M. Starmer a signé un accord avec la France pour le renvoi de certains migrants, tout en maintenant la politique controversée de placement dans des hôtels et motels, ce qui provoque actuellement des protestations locales. « Je suis déterminé à briser le modèle commercial des passeurs et je prends des mesures conjointes avec nos alliés pour y parvenir », a-t-il déclaré. Pour M. Farage, la question est aussi symbolique. L’île de l’Ascension, située à environ 1 500 km au large de l’Afrique et 2 200 km de l’Amérique du Sud, est un territoire britannique isolé avec des bases militaires. Chaude, sèche et dotée d’un approvisionnement en eau limité, elle constituerait un éloignement extrême pour les migrants récalcitrants. « C’est loin et c’est cher, mais c’est symbolique », assume M. Farage.

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Selon lui, sa politique coûterait 10 milliards de livres sur cinq ans, dont 2,5 milliards £ pour construire les centres de détention.

Keir Starmer et la coopération internationale

En mars, M. Starmer avait appelé la communauté internationale à s’unir pour « éliminer les réseaux de passeurs une fois pour toutes », en ouvrant un sommet réunissant une quarantaine de pays. Parmi les participants figuraient la France, l’Allemagne, les États-Unis, ainsi que des pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie. Le Sommet international sur la sécurité des frontières de Londres visait à combattre la criminalité organisée, liée viscéralement à l’immigration, à partager renseignements et tactiques, et aussi à agir « en amont », depuis les pays d’origine des migrants jusqu’aux nations d’arrivée. La coopération internationale inclut également des discussions avec la Chine pour limiter l’exportation de moteurs et pièces pour petits bateaux utilisés dans la Manche, et des campagnes publicitaires en ligne en Irak et au Vietnam pour dissuader les départs. Ces initiatives viennent compléter les mesures internes, comme le projet de loi de Starmer donnant aux forces de l’ordre des pouvoirs comparables à ceux contre le terrorisme, et le durcissement des règles sur la nationalité et le travail illégal.

À Douvres, les avis des Britanniques sur les demandeurs d’asile divergent : la majorité les considèrent comme des migrants économiques, tandis qu’une minorité dénonce la présence de criminels. À Calais, Salem, un jeune Yéménite, attend son tour pour un repas offert par la Cuisine communautaire des réfugiés. Cigarette à la main et nerveux, il raconte son parcours à travers la France, la Belgique et les Pays-Bas, fuyant la guerre au Yémen et espérant une vie meilleure au Royaume-Uni. « On ne se fait pas d’amis ici. On ne peut faire confiance à personne », murmure-t-il.

La plupart des migrants interceptés par la Border Force ne sont jamais vus par les habitants britanniques. Ils sont emmenés dans des bâtiments sécurisés avant d’être relogés à travers le pays. La majorité (73 %) sont de jeunes hommes. Les chiffres témoignent d’une décennie de hausse continue. En 2015, le Royaume-Uni enregistrait 25 771 demandes d’asile sur un an. En 2025, elles sont donc passées à 111 084 (dont 43 600 arrivées par bateau). Et malgré les graves besoins dans le secteur de la santé au Royaume-Uni – où au moins 31 000 infirmières manquent à l’appel –, le débat sur les frontières reste au cœur de la politique.

Tensions sur le littoral français

Près de 200 migrants, principalement des jeunes hommes venant d’Afrique, font la queue pour leur repas à Calais. Parmi eux, Tupac, originaire de Gambie, raconte son parcours en Europe et son aspiration à une nouvelle vie au Royaume-Uni. « J’ai un esprit fort et je peux travailler, mais on ne te donne pas d’opportunités », dit-il, en montrant les photos poignantes de ses jeunes enfants. Sur le littoral, le jeu du chat et de la souris entre autorités et migrants est permanent. Trois agents patrouillent tous les deux kilomètres, en fonction des marées et de la météo. La police maritime intervient pour empêcher les traversées clandestines et l’accès à l’eau. Le 11 août, l’ancien candidat conservateur Robert Jenrick a posté des images de ce qu’il décrit comme « 60 ou 70 migrants avec des gilets de sauvetage » près de Dunkerque, soulignant la tension persistante sur la question migratoire. Entre la Manche et l’Ascension, la proposition de M. Farage rappelle tout de même les stratégies coloniales d’exil forcé.

Le Bel et la Bête

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Spectacle de plein air "Transports exceptionnels", bientôt à Cognac, Annecy, Vichy et Bagneux © J. Colleville

Voilà bien le plus extraordinaire, le plus extravagant, le plus saisissant duo chorégraphique qu’on ait jamais vu. Un fascinant duel où notre perception des choses se brouille, s’égare, où l’on croit voir naître sous nos regards confondus une relation affectueuse entre un homme et une machine. Une machine qui, après avoir été tout d’abord brutale et menaçante, se fait attentive, protectrice, tendre même, et qu’on ne regarde bientôt plus comme un assemblage de pièces métalliques, mais bien comme une créature bienveillante et pensante, à la délicatesse extrêmement troublante.

Il fallait évidemment la fantaisie et la sensibilité d’un Dominique Boivin pour imaginer un dialogue aussi stupéfiant entre un danseur et une pelleteuse, « pour tenter de toucher au merveilleux, au vertige du rêve comme dans La Belle et la Bête de Jean Cocteau ». Et pour le Bel, il fallait un interprète exceptionnel pour tout à la fois inspirer le metteur en scène et porter si magnifiquement le rôle.

Tendresse

Grave et athlétique, viril et délicat, mais aussi, face à l’énorme machine, chétif et pitoyable, Philippe Priasso, le créateur du rôle, celui qui l’a interprété durant des années, aura été, dans ce jeu inédit, d’une justesse et d’une sobriété forçant l’admiration. Alors que face à lui le monstre qui aurait pu l’aplatir d’un seul coup de godet s’humanise insensiblement, on croit voir naître entre l’un et l’autre quelque chose de bouleversant ressemblant à de la tendresse.

Aujourd’hui, pour la reprise de ce spectacle insolite qu’est Transports exceptionnels, spectacle qui a été donné plus de mille fois dans le monde entier, des pays européens à l’Indonésie, la Chine, la Nouvelle-Zélande ou l’Australie, en passant par l’Afrique de l’Est, Israël, le Brésil, le Canada, les États-Unis ou Monaco, ce n’est plus un danseur, mais un trapéziste qui relève ce rôle si difficile et si extraordinaire. Avec une formation et une technique tout autres, mais grâce à une forte présence, Sébastien Bruas relève le défi non sans courage, tant son prédécesseur avait marqué le rôle de sa personnalité. Avec lui, l’atmosphère de Transports exceptionnels sera assurément très différente, mais sujette au même étonnement

On saluera au passage la performance du conducteur de l’engin, William Defresne, qui demeure invisible dans l’habitacle. Il succède à Eric Lamy et Guillaume Olmeta pour cet exercice de haute virtuosité, en prêtant à la pelleteuse des grâces de lionne cajolant son lionceau. Cependant que le spectateur demeure subjugué par cette relation entre un homme et une machine à qui la magie de la pièce a conféré une âme.


Transports exceptionnels. Spectacle de plein air :

Festival Coup de chauffe, à Cognac, le 5 septembre à 19h45, le 6 à 20h.

Festival Coup de théâtre, à Annecy, le 14 à 17h.

Journées du patrimoine, à Cusset/Vichy, les 20 et 21 à 17h.

Fête des Vendanges, à Bagneux, le 27 à 14h45 et le 28 à 15h.

Mercato du PAF: on prend les mêmes et on recommence…

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Chargée de redresser les audiences de France 2 en apportant une touche de glamour, la très appliquée Léa Salamé s'exécute © France 2.

France inter prolonge sa matinale jusqu’à 11 heures. Léa Salamé débarque au journal de 20 heures de France 2 ce soir. La rentrée des médias avec Didier Desrimais.


« Notre métier c’est de faire de l’information et pas de l’opinion ». Cette bonne blague a été proférée par le journaliste Benjamin Duhamel au moment de quitter BFMTV en pleine déconfiture et de rejoindre France Inter, radio qui, comme chacun sait, ne délivre que des informations et aucune opinion. Pour la Grande Matinale, les très impartiaux Nicolas Demorand, Pierre Haski, Sonia Devillers et Patrick Cohen ont été rejoints, en plus de Benjamin Duhamel, par Nora Hamadi et Daphné Bürki.

Grasse matinale

Mme Hamadi, journaliste, a travaillé pour France Info, Arte et BFMTV, et succède à Claude Askolovitch pour présenter une revue de presse qui, pour le moment, ne déroge pas aux règles établies par ce dernier, à savoir citer abondamment Le Monde, Télérama, Libération, Sud-Ouest, La Provence ou L’Humanité et divulguer ainsi des opinions ressemblant comme deux gouttes d’idéologie de gauche à celles de la très grande majorité des journalistes des médias publics. Dans Libération, Mme Hamadi affirme que ce qui la différencie de M. Askolovitch est d’être une femme « non-blanche » et que ce qui la rapproche de lui ce sont son « humanisme » et « l’amour des gens » – racialisme woke, bienveillance niaiseuse et humanisme frelaté dans une seule phrase, bravo ! Mme Hamadi, on comprend mieux pourquoi la radio publique vous a choisie pour succéder à l’inénarrable Claude Askolovitch qui, de son côté, a rejoint Novo19, la nouvelle chaîne TNT de Ouest-France.

Nora Hamadi sur France Inter.

Mme Bürki est une animatrice tout ce qu’il y a de plus woke. Directrice « stylisme et costumes » des cérémonies des JO de Paris, jurée de Drag Race France, une compétition de drag-queens retransmise sur la télévision publique, elle est, d’après la directrice de France Inter Adèle Van Reeth, une spécialiste de la « culture sous toutes ses formes ». La preuve : sa première émission a été consacrée au groupe Triangles des Bermudes et à leur tintamarresque fatras musical intitulé “Charger”, une daube rappeuse évoquant un jeu vidéo de guerre et devenue un « phénomène viral », à tel point que notre Armée de Terre l’a utilisée pour illustrer sur son compte TikTok des extraits du défilé du 14 juillet – il paraît que Poutine en tremble encore. Tout le système culturel est en émoi. Chaque trublion du milieu artistico-commercial espère désormais recevoir une invitation de Mme Bürki afin de promouvoir, qui un film sur les gentils migrants stigmatisés par de méchants Français, qui un livre sur sa mère dépressive, son père homophobe, son cousin bipolaire ou son neveu violé par sa tante, qui un spectacle théâtral mettant en valeur des racisés pansexuels ou des handicapés non-binaires, qui un disque de rap aux paroles sulfureuses ou incompréhensibles, etc. Ceux qui n’auront pas été sollicités par Mme Bürki pourront éventuellement se rattraper avec Sonia Devillers et sa nouvelle rubrique “Le Grand portrait”. Le premier épisode, d’un ennui insondable, a été consacré à l’acteur François Cluzet. Sous nos latitudes, la culture est devenue un magma informe malaxé par des escrocs, « artistes », agents culturels, animateurs de foire radiophonique vendant, sous toutes ses formes, une soupe avariée, grumeleuse et grasse, une bouillie capable, si vous n’y prenez garde, de vous faire crever d’intoxication cultureuse.

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Une radio woke payée par le contribuable

France Inter, encore. Chaque jour, « Charline Vanhoenacker explose les faits » – c’est le titre de sa chronique. Viscéralement de gauche, de cette gauche prête à tout renverser à condition que les privilèges que lui octroie sa position médiatique subsistent, Charline parle beaucoup mais agit peu. Son plus haut fait de guerre a été une vidéo dans laquelle elle se mettait en scène en train d’ajouter à Éric Zemmour, sur une affiche électorale, une moustache hitlérienne, et de compléter l’initiale du nom de l’affreux fasciste pour écrire le mot « Zob ». Tout cela est bien joli mais il était temps de passer à la vitesse supérieure et d’envisager des actions un peu plus radicales. La direction de la radio publique a donc eu la bonne idée d’embaucher une activiste gauchiste qui est prête, elle, à exploser littéralement les affreux fachos. À l’approche des dernières élections présidentielles, lors d’une conférence organisée par Mediapart, l’humoriste militante Mahaut Drama n’avait en effet pas hésité à évoquer la possibilité de lever des « factions armées » contre l’extrême droite car, baragouinait-elle, « si Marine Le Pen accède au pouvoir, c’est sûr qu’on pourra pas juste continuer genre à mettre des affiches en disant patriarcaca, tu vois, genre il va falloir leur répondre autrement. […] S’il y a des gens qui sont prêts à être courageux à ce point-là, je ne peux que les encourager. » Mahaut Drama est attendue dans l’émission Zoom Zoom Zen de Matthieu Noël. Elle devrait s’y sentir très à l’aise – derrière les rires, l’idéologie bien-pensante y coule à flot ; on y castorise à qui mieux-mieux ; on y bêle toutes les inepties écologistes ; sous couvert d’humour, on y étrille les Français qui votent mal en leur donnant des leçons de maintien moral et politique ; on y cite régulièrement en roucoulant la presse gauchisante ou macrono-socialiste dirigée par MM. Pigasse, Niel ou Saadé, tout en dénonçant furieusement les « médias bollorisés » ; on y vante les mérites de l’Arcom ; on y évoque régulièrement le racisme d’État, la masculinité toxique, le capitalisme patriarcal, et toutes ces sortes de choses à haute valeur wokiste. Il n’y manquait plus qu’une comique révolutionnaire exaltée et prête à encourager les très brutales exactions de ses amis ultra-gauchistes. C’est chose faite.

Léa Salamé : on s’arrache la nouvelle « reine de l’info »

Le transfert le plus médiatisé a été celui de Léa Salamé qui quitte France Inter mais reste toutefois dans le giron de l’audiovisuel public. Pour la modique rémunération de 25 000 euros par mois, la journaliste présentera sur France 2, à partir du 1er septembre, le journal de 20 heures à la place d’Anne-Sophie Lapix. Elle continuera par ailleurs d’animer l’émission hebdomadaire « Quelle époque ! » sur la même chaîne. À ce titre, elle recevra un salaire supplémentaire dont le montant n’a pas été révélé mais dont l’origine est toujours la même : l’argent de nos impôts. L’audiovisuel public, qui prend les Français pour des demeurés, a concocté une bande-annonce totalement stupide pour informer les téléspectateurs de l’arrivée de Mme Salamé au JT. On y voit la journaliste déambuler dans les locaux de France TV en répétant sur tous les tons le fameux « Madame, Monsieur, bonsoir ! » qui ouvre le journal. Des internautes ont immédiatement réagi en se moquant des « clowneries et mimiques niaises » de Mme Salamé et en exprimant leurs craintes de voir le JT devenir un talk-show animé par une « bouffonne ». L’honnêteté m’oblige à dire que Mme Salamé n’est pas une bouffonne mais une professionnelle rouée qui a su, après avoir bénéficié de l’appui de puissantes relations paternelles, naviguer habilement dans les méandres du marécage médiatique jusqu’à devenir un modèle pour quiconque se destine à une carrière de star journalistique. Maligne, Mme Salamé a refusé l’offre alléchante de BFMTV. Que serait-elle allée faire dans cette galère ? Tandis que l’audience de CNews continue de progresser et de confirmer sa position de leader des chaînes d’info continue, celle de la chaîne du milliardaire macroniste Rodolphe Saadé décline jour après jour. Il n’est pas certain que la venue de la compagne de Raphaël Glucksmann – qui partage avec ce dernier de solides convictions européistes, atlantistes et immigrationnistes, et préfère, de son propre aveu, un « patriotisme cosmopolite (sic) » à un « patriotisme souverainiste », considérant que l’idée d’État-nation est une idée dépassée du XIXe siècle et que l’avenir radieux de la société française passe par le multiculturalisme[1] – aurait pu enrayer la chute de BFMTV. Suicidaire, la chaîne de M. Saadé organise désormais des « débats » répulsifs – dernier exemple en date, celui entre… Sandrine Rousseau et Rokhaya Diallo – et vient de recruter Daniel Cohn-Bendit, l’insupportable écumeur des plateaux TV stipendié par l’oligarchie politico-médiatique pour admonester les Français jugés insuffisamment européistes, immigrationnistes ou écologistes. Pas de quoi attirer le chaland, c’est le moins qu’on puisse dire.   

Sandrine Rousseau, Rokaya Diallo et Bruno Jeudy sur BFMTV.

Léa Salamé a préféré, en sus d’une rétribution qui reste extrêmement confortable, la large exposition médiatique que promet France TV plutôt que celle, de plus en plus restreinte, d’une chaîne privée sur le déclin. Pour sa promo, elle n’a eu que l’embarras du choix : « Tout le monde me veut, confie-t-elle doucereusement à Libé. La Tribune, Gala, Paris-Match. » Dans les colonnes de ce dernier, la journaliste se dit convaincue que « dans un monde violent, la gentillesse est la plus belle des attitudes. » Pourtant, rapporte le magazine, ce n’est pas en ayant été « gentille » qu’elle a gravi les marches du pouvoir médiatique : sur Public Sénat, France 24, I-Télé, où elle a fait ses gammes, Léa Salamé « ne passe pas pour une bonne copine ». Elle s’amendera, plus tard, en prodiguant par exemple deux conseils à son amie Adèle Van Reeth, directrice de France Inter : « Sois Libanaise et pense à ta gueule ». Cette philosophie appliquée à elle-même a mené Léa Salamé là où nous savons. Et ce n’est peut-être qu’un début…  

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] Propos tenus face à Natacha Polony dans l’émission On n’est pas couché du 19 décembre 2015.