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Automobilistes, vous n’imaginez pas tout ce qu’Anne Hidalgo peut faire pour vous


Fin du confinement. La maire de Paris s’adresse aux automobilistes banlieusards qu’elle ne veut pas voir venir dans la capitale: « On est chez nous! »


À l’approche du 11 mai, les transports publics sont l’un des multiples casse-tête qui conspirent à blanchir la barbe d’Edouard Philippe. Il s’agit en effet, comme pour l’école, de résoudre une équation insoluble : rassurer et affoler en même temps. 

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Les transporteurs espéraient s’en tirer avec le masque obligatoire, mesure assez simple à appliquer et globalement efficace. Que nenni, dans la fièvre précautionniste qui a saisi tous les décideurs de France, terrifiés à l’idée d’être traînés en justice, c’est ceinture et bretelles : pour les transports publics, ce sera donc masque + distanciation sociale – ceux qui ont pondu cette règle ne prennent pas souvent le métro : faudra-t-il poster des policiers dans chaque rame sur chaque quai ?

Les nouveaux horaires de nos migrations pendulaires

Pour l’Île-de-France, principal point noir annoncé, transporteurs, syndicats et patronat ont accouché mardi soir d’un plan de reprise de l’activité passablement obscur et jargonnant. On apprend par exemple dans leur communiqué que « l’offre sera modulée selon les lignes en fonction des ressources disponibles des opérateurs pour limiter les saturations ». Parmi moult mesures inapplicables, la plus amusante est celle qui consiste à refiler le bébé aux entreprises, à qui il est demandé d’étaler les arrivées et les départs de leurs salariés sur quatre tranches horaires le matin et quatre le soir. Et comme la libido règlementaire et punitive de certains ne semble avoir aucune borne le secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari envisage d’imposer de nouvelles attestations pour réguler ces flux. À quand une amende à 135 euros pour être allé travailler trop tôt ?  

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Il est peu probable, cependant, que ces mesures suffisent à rassurer les usagers. Déjà, chauffeurs de taxi et de VTC constatent que beaucoup ne veulent pas prendre le métro, d’où une reprise de leur activité. On observe aussi un très léger frémissement du marché automobile, 8500 immatriculations la semaine du 20 avril. Enfin, dernier signal faible de cette éventuelle tendance, les activités proposées en drive se multiplient : on peut se confesser dans sa voiture à Limoges, participer à une drive rave en Allemagne ou assister à un strip-tease dans l’Oregon en restant assis derrière son volant.

Hidalgo fiévreuse

Bref, pendant qu’on nous promet un avenir radieux sain et vert, on pourrait observer un retour en grâce subreptice de la bagnole. Autant dire que ça ne plait pas à Madame Hidalgo. « Je m’opposerai à ce que Paris soit envahie de voitures, synonymes de pollution », a-t-elle déclaré. Peu importe que la pollution ait très peu baissé à Paris durant le confinement, relativisant la culpabilité de l’automobile. Si vous faites partie de ces ploucs qui travaillent à Paris, souvent à servir des Parisiens, sans pouvoir y loger, ce sera métro ou vélo. 

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En effet, selon le nouveau prêchi-prêcha en vogue et pas seulement à Paris, la solution à nos problèmes, c’est le vélo. « Qui sera la petite reine du déconfinement » a finement affirmé Elisabeth Borne. Tu parles Charles : la petite reine aura droit à un ridicule plan vélo doté de 20 millions d’euros, essentiellement destinés à la subvention de 50 euros pour réparer son vélo. Cela dit, les collectivités mettent la main à la poche pour convertir à la hâte des moitiés de rues en pistes cyclables et subventionner l’achat de vélos électriques.  Et le Conseil d’État a cru bon de rappeler que, même avant le 11 mai, on avait le droit de se déplacer à bicyclette. 

L’édile pactise avec Lallement

On me dira que le vélo présente le double avantage d’être sûr sur le plan sanitaire et écologique. Encore faut-il le choisir librement. Or, il s’agit de nous convertir par la force. On méditera au passage ce curieux chassé-croisé : en Chine, on subventionne l’achats de voitures qui repart à la hausse, tandis que nous et nous, nous sommes sommés de nous mettre au vélo, genre Chinois à Paris.

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Dans la capitale, nous avons le droit à la version hardcore de ce totalitarisme du bien avec le duo diabolique Hidalgo/Lallement. 

Mais que les rouleurs au diesel de nos belles régions ne se réjouissent pas trop vite : de Grenoble à Nice, de Toulouse à Montpellier, si vous persistez dans le vice automobile, tout sera fait pour vous rendre la vie impossible. Après le 11 mai, vous aurez le droit de vous déplacer mais vous ne pourrez pas circuler. 

Cultivons l’empathie pour rester humains


Une humanité qui ne cultive plus son empathie ne va pas simplement retourner parmi les bêtes, au stade de nature. Elle est mûre pour le remplacement par l’intelligence artificielle.


Animal, machine ?
Non humain.
Vous avez des preuves ?

Drôle de moment où nous voici tiraillés entre deux extrêmes, sommés de se justifier sur-le-champ, d’expliquer pourquoi nous vaudrions mieux – nous les hommes – que la machine ou que l’animal.

À ma droite, la technologie, qui nous met en concurrence avec l’intelligence artificielle, plus forte, plus rapide, plus fiable, qui promet de nous reléguer d’ici quelques années, pauvres humains, au rôle de machines obsolètes, comme ces ordinateurs des années 80 que l’on regarde aujourd’hui un peu moqueur, avec un brin de nostalgie pour le bonheur qu’ils nous ont procuré enfants.

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À ma gauche, les antispécistes, nouveaux soldats de la cause animale, qui veulent nous convaincre que la hiérarchie homme – animal n’a plus lieu d’être, que tuer une vache c’est tuer une sœur, que nous serions devenus criminels et anthropophages à notre insu.

Il était une fois dans les Balkans…

Alors, qu’est ce qui fait notre spécificité en tant qu’Homme, puisqu’il faut maintenant apporter des preuves ?

Il serait bon que les philosophes nous éclairent…

Et il me revient cette histoire, apprise d’une bouche amie.

Cela se passe dans un pays des Balkans.
Il y avait cette femme, son enfant, son seul enfant, condamné par une maladie que l’on disait incurable.
Les médecins avaient évoqué une dernière opération possible, très coûteuse, jamais tentée jusqu’à lors, puis finalement décidé que l’entreprendre serait inutile, qu’elle serait inévitablement vouée à l’échec. Et puis trop chère pour pouvoir être prise raisonnablement en charge par le système d’assurance maladie.
Dès lors plus d’espoir possible.
L’enfant était condamné.
La mère ne put s’y résoudre.
Refusant la fatalité, elle mit tout en œuvre pour récolter les fonds et financer malgré tout l’opération. Son cas émut la population et, en quelques semaines, par un élan de générosité inattendu – des milliers d’anonymes envoyèrent leurs dons – elle parvint à réunir la somme nécessaire (c’est d’ailleurs assez fréquent chez nos voisins de l’Est ces appels aux dons venant de particuliers, dans les médias, ou même directement dans votre boite mail au travail, pour des opérations que le système de santé ne peut pas assurer. Cette solidarité parallèle – ou palliative – qui chez nous s’organise par l’entremise des grandes associations caritatives, s’exprime ici de façon plus directe, plus personnelle. L’intermédiaire anonyme passe à la trappe).
Grâce aux fonds récoltés donc, l’opération eut lieu.

L’enfant ne put être sauvé.

Comme l’avaient dit les médecins, comme l’avait prédit la science, la science avait raison, la raison a eu raison. L’intelligence artificielle, si on l’avait sollicitée, aurait conclu elle aussi avec plus de précision et plus de certitude encore, de l’inutilité de se lancer dans cette entreprise. Et pourtant, qui peut affirmer que l’opération n’aurait pas dû avoir lieu ?

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Pour la mère, la raison importe peu. Quelle mère ne tenterait pas tout, même l’impossible, pour sauver son enfant. Comment lui survivre avec le doute, avec le regret de ne pas avoir tout essayé ?  

Mais qu’en est-il des autres, les milliers de donneurs ? Eux non plus n’ont pas agi par raison – l’issue malheureuse était prévisible – ni par espoir fou. 

Alors pourquoi ? 

Au-delà de l’émotion, il y a sans doute une motivation plus profonde qui a résonné chez chacun d’entre eux : « Moi aussi à sa place, j’aurais tout tenté. Et je fais pour elle ce que j’aimerais que l’on fasse pour moi ».

L’empathie.

Que reproche-t-on en dernière instance aux pires criminels, ce qui les exclut de façon irrémédiable de la société des hommes ? Leur absence de remords, souvent conséquence de l’absence d’empathie. Point d’empathie, point de rachat possible.

L’empathie en danger

Regardez un enfant de 2 ans. Rarement vous le verrez interrompre ses jeux aux hurlements de son petit frère, juste à côté, qui vient de chuter de sa chaise et heurter violemment le carrelage de la cuisine. Il lui faudra quelques années supplémentaires pour développer l’empathie, étape nécessaire nous disent les pédiatres, qui humanisera peu à peu ce monstre égoïste. Apprendre à devenir un homme en passe par là. (L’absence d’empathie est sûrement une question de survie les premiers jours, et son développement par la suite également, puisque sans les autres, on meurt…la nature est bien faite !  Ce qui incite par ailleurs à se demander si l’on a bien compris ce qui se jouait ici. Dans une société horizontale dont le principal moteur sera l’agrégation ou la concurrence des droits individuels, et dans laquelle les rapports entre citoyens ne seront plus que régit par le droit et le contrat – « l’envie de pénal » dont s’amusait Philippe Muray – quelle place pour l’empathie ? Pour quelle raison se soucier de mon voisin puisque c’est à l’État ou à la loi s’en charger ?)

Alors l’empathie, c’est nous ?

C’est peut-être l’une des dernières digues à laquelle s’attaquent les chercheurs en IA, sans doute la plus difficile, puisqu’ils ont compris que se jouait ici le point de bascule pour nous rendre acceptable les décisions de l’IA, qui seront logiquement de plus en plus coercitives.

Seulement il s’agit ici de mimer, une empathie de parade, le robot à visage humain aurait dit le philosophe.

Il y aura toujours contradictio in adjecto. Une chose que la machine pourra toujours singer, mais pas nous prendre, alors que sur bien d’autres terrains comme la puissance de calcul et la mémoire, nous sommes déjà hors-jeu…

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Quant aux bêtes, il faut noter, non sans ironie, que c’est cette même empathie qui conduit les antispécistes à considérer l’animal comme leur égal. Cette supériorité de fait qu’ils refusent d’admettre (on ne connait pas encore de vache sensible à la cause humaine), leur donne cette responsabilité envers l’animal qu’ils endossent pourtant (de façon un peu excessive, certes…)

Alors en attendant que les philosophes nous rassurent, soyons déraisonnables – de temps en temps – chérissons nos empathies, restons humains.

Le temps des collapsologues est arrivé


La récession qui s’annonce, qui sera bien plus sévère en dégâts humains que l’épidémie elle-même, est une aubaine pour les apôtres de la décroissance et du repli sur soi.


Philippulus le prophète a repris du service. On le croyait enfermé dans un asile psychiatrique, il se répand sur les ondes. Il a simplement changé de nom, il s’appelle Yves Cochet, Agnès Sinaï, Pablo Servigne, Jared Diamond ou Raphaël Stevens — tous les apôtres de l’« écologie profonde » dont Arne Næss fut en son temps (1973) le Nouveau Messie. Le coronavirus leur a donné des ailes et des arguments.

Jean-Pierre Le Goff a récemment résumé la situation : « Dans le cours même de la pandémie, l’écologie punitive et rédemptrice a continué de nous assener ses leçons. La pandémie serait un « signe » ou un « ultimatum » que nous enverrait la « Nature » ou encore la conséquence de nos « péchés écologiques ». » Et de souligner la proximité de cette collapsologie avec l’« effondrement » de juin 40 et le fameux discours de Pétain : « Nous payons le prix de nos fautes ».

À vrai dire, dans un pays qui a en un instant réinventé les Ausweis, encouragé la délation — un tic national — et qui n’imagine de déconfinement qu’avec l’aide d’une milice qui régira nos déplacements, la tentation du pétainisme est à portée de main.

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Encore que les vrais écolos, ceux qui ont fait de l’effondrement de notre civilisation leur fond de commerce, aimeraient que l’épidémie soit plus incisive. « Nous sommes encore loin, déplore Yves Cochet, d’une pandémie aussi contagieuse que la grippe et aussi forte qu’Ebola, ayant 50 % de mortalité – nous n’en sommes qu’à 2 % –, qui elle pourrait causer un effondrement mondial. Là, il semble que la pandémie soit assez stable, qu’il n’y ait pas de mutation »« mais on ne sait pas comment ça va tourner », ajoute avec gourmandise l’ancien ministre qui vit dans une ferme autonome d’une cinquantaine d’hectares, pauvre de lui. Dans le monde de la « deep ecology », il vaut toujours mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. Heureusement, le pire est presque sûr, en sortie de crise : « Il faut diminuer notre niveau de vie, aller vers la décroissance. Sinon ce sera la guerre… »

Pablo Servigne, l’un des inventeurs de la « collapsologie », propose ses solutions. « Retrouver la lenteur. Le lien avec nos voisins. Le retour du vivant : on voit bien qu’il ne s’agit plus de protéger le vivant, mais le régénérer, lui redonner de la place. On a aussi une opportunité de revoir notre système de santé, et la manière dont on prend soin de nos anciens. Tout est à revoir. Le système des Ehpad c’est un processus industriel, c’est affreux. Il faut revenir à des systèmes conviviaux, dignes. Revoir notre rapport aux migrants, également. Quand on voit le Portugal qui régularise les sans-papiers pour qu’ils aient accès aux soins, on se dit que tout est possible. Sans compter qu’on aura besoin de compétences et de main d’œuvre dans les mois qui viennent, pour reconstruire un pays décent et digne. » Un bien brave garçon, alors qu’il est évident que nous avons un léger problème avec les fonds sociaux si libéralement distribués.

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Cette écologie pénitentielle, comme dit Le Goff, prêchait depuis longtemps l’Apocalypse. On sait que « la terre ne ment pas » (heu… Pétain ou Cochet ? Je ne sais plus). Le bug de l’an 2000 ayant fait Pschitt, nous étions en retard d’une apocalypse. Le virus qui court les villes — et beaucoup moins, les campagnes, c’est un Signe, hein — est le véhicule commode du repentir nécessaire et du changement radical.

La récession qui s’annonce, et qui sera bien plus sévère, en dégâts humains, que l’épidémie elle-même, est une aubaine pour les apôtres de la décroissance et du repli sur soi. La mondialisation, présentée comme une invention récente, alors qu’elle existait déjà sous l’empire hittite ou dans la Grèce classique, est responsable de la diffusion rapide du virus ? Cessons donc les échanges à haut équivalent carbone, et cultivons notre jardin. Sainte Greta Thunberg a montré l’exemple en refusant de prendre l’avion. Traversons désormais l’Atlantique à la rame. Ou à la nage.

D’ailleurs, les émissions de CO2 ont notablement diminué grâce à l’épidémie — c’est un fait. Continuons dans cette voie — et tant pis si des dizaines de millions de pauvres se retrouvent demain, chez nous, encore plus pauvres. Et résistons aux pressions qui voudraient un retour « à la normale » : le « monde d’après » ne ressemblera pas au « monde d’avant », clament les prophètes.

Rien de très original. René Barjavel, en pleine guerre mondiale, a imaginé, avec …

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Agression contre Zemmour: plaignons le pauvre Mehdi…


Car c’est évidemment lui la vraie victime. Le polémiste le provoquait tous les jours: et c’est pourquoi il « s’est laissé emporter ».


L’agresseur d’Eric Zemmour a donc été interpellé et déféré au parquet de Paris. Le journal Valeurs actuelles nous révèle son blase: Mehdi Korchi – ce que ne font pas toujours tous les journaux dans ce genre d’affaire.

Le mauvais larron avait filmé son agression et s’était vanté d’avoir craché sur Eric Zemmour. Puis il avait diffusé la vidéo sur Snapchat. Elle a fait scandale et de nombreuses personnalités de droite comme de gauche ont apporté leur soutien à Zemmour. 

Mais il y a une deuxième vidéo postée par Mehdi Korchi. Penaud, il s’excuse et dit « s’être laissé emporter ». Personne n’en parle. Pourquoi cette vidéo n’appelle-t-elle aucune compassion? Parce que Mehdi est arabe et que Zemmour est juif?

Il est évident que le pauvre Mehdi avait de quoi « s’emporter ». Le jeune d’Orléans, de passage dans la capitale malgré le confinement, comptait faire tranquillement ses courses au Monoprix proche du Figaro. Et alors il a vu Zemmour sortir du magasin les bras chargés de victuailles.

La provocation était manifeste. Zemmour, qui n’est pas pauvre, aurait pu envoyer au Monoprix ses bonnes et ses valets. Au lieu de cela, il a choisi de s’y rendre en personne. Sans doute dans l’espoir d’y croiser l’innocent Mehdi dont le Mossad lui avait signalé la présence. Oui, on comprend qu’il se soit laissé emporter!  

Quand Mehdi Korchi est rentré chez lui, il était toujours emporté et a donc trouvé le temps de poster sa vidéo. Et alors? Il est parfaitement compréhensible qu’un emportement contre Zemmour dure longtemps. Et il était donc logique qu’il ait fallu un peu de temps pour que la colère de Mehdi s’éteigne et qu’il poste une vidéo avec ses excuses.

Pour nous, adeptes du journalisme objectif, une vidéo annule l’autre. Mais est-ce que la Justice soumise aux diktats du lobby que l’on sait en tiendra compte?  Nous craignons que non et ça nous désespère…

Nous souhaitons à Mehdi Korchi de trouver un bon avocat. Voici quelques arguments qu’il pourra évoquer, sans oublier ceux que lui fournira Claude Askolovitch. Tout d’abord, ses amis et ses camarades viendront dire que Mehdi est un bon garçon. Pacifique et pieux: si l’imam d’Orléans pouvait venir en témoigner, ce serait parfait.

Ensuite il faudra appeler sa mère à la barre des témoins. Elle dira en pleurant que Mehdi est le fils que toute mère aimerait avoir. Il était respectueux et tendre. Et que tous les jours il remplissait filialement le frigidaire familial.

Mais surtout, il faudra retenir à sa décharge le pseudonyme que Mehdi s’était donné sur les réseaux sociaux: « Haram gratuité ». Haram est tout le contraire de halal. Ce qui veut dire en clair que Mehdi avait conscience d’être imparfait et qu’il avançait difficilement mais avec ténacité sur la voix de la rédemption.

Zemmour voudrait-il stopper ce douloureux et complexe cheminement spirituel ? Tout porte à croire que oui, car il a décidé, refusant de tenir compte des excuses de Mehdi, de porter plainte contre lui. On savait bien que Zemmour était un teigneux sans pitié. Mais peut-être que d’ici septembre, il changera d’avis: c’est la date fixée pour le procès de Mehdi Korchi. Pourquoi si tard ? Cela ressort de l’évidence: s’il avait été jugé en comparution immédiate, la jeunesse de son quartier, indignée par les provocations de Zemmour, se serait peut-être révoltée.

Covid-19: La fin des droits de l’Homme en leur nom?


L’intérêt général commande désormais d’adopter des réflexes de bons sens (porter un masque dans le métro, etc…) afin de se protéger soi-même en préservant les autres. Il impose également de retourner dare dare au boulot si l’on veut sauver quelque chose, notamment nos hôpitaux qui vivent des richesses que nous créons. L’effroi déraisonnable, en revanche, que manifestent des individus jeunes et en bonne santé à l’idée d’être exposé à un virus qui pourrait, au pire, les aliter huit jours, risque quant à lui de transformer la société française en cauchemar.


La grippe tue chaque année 650 000 personnes sur la planète dans une indifférence générale. Je me souviens de tous ces collègues de bureau qui s’embrassaient comme du bon pain quelle que pût être l’épidémie du moment – la grippe bien sûr, mais aussi les gastro-entérites et autres cochonneries. Peu réputés pour leur hygiène corporelle ni pour leur propension à se laver les mains en sortant des toilettes, ces Français qui changent statistiquement de sous-vêtements tous les trois jours vous tendaient des pognes grasses ou des bouches fétides avec générosité — mais ça, c’était avant.

La plage est inaccessible en Bretagne, mais le métro est ouvert à Paris

La semaine dernière, j’ai voulu aller au cimetière voir une amie qui sous sa dalle de marbre, me semblait assez bien à l’abri d’une infection que j’aurais portée à mon insu. La grille du lieu, scellée par des chaînes, affichait un panneau officiel justifiant cette fermeture par la pandémie en cours (assez mollement dans la région nantaise, il faut le dire – 124 décès). L’absurdité de cette mesure cruelle et disproportionnée m’a frappé. Puis j’ai repensé aux plages barricadées et au métro ouvert, mais je n’ai ri que d’un côté de la bouche. Car j’ai imaginé les milliers de vieux agonisants dans leur maison de retraite et sur lesquels le principe de précaution s’était abattu. La porte de leur chambre demeurait aussi close que celle du cimetière et on interdisait à leurs proches un dernier adieu. L’inhumanité d’une telle décision, prise au nom d’un humanisme déréglé, n’a heurté personne, pas plus que le peu de discernement dans les mesures de confinement — appliquer aux zones rurales de l’ouest de la France le même confinement qu’à Paris ou Mulhouse, tout cela pour voir des hélicoptères de la gendarmerie tournoyer au-dessus des Alpes à la recherche d’un randonneur inconscient du risque de diffusion du covid au milieu des alpages et des bouquetins… 

Outre la crise économique, nous devrions être terrifiés pas la collusion entre Facebook, les gouvernements occidentaux et tous les progressistes en passe d’imposer le droit individuel à vivre centenaire dans une rue javellisée trois fois par jour…

Seuls les vieux ont eu le courage de se révolter — un peu. Menacés par un Président de 42 ans d’une assignation à résidence jusqu’à Noël, et conscients du nombre réduit d’étés qu’ils leur restent à goûter, les septuagénaires n’ont pas voulu qu’on les prive du soleil d’août pour les garder d’un péril que certains se sont même déclarés prêts à affronter (ils sont fous les vieux). Mais dans l’ensemble, les « irréductibles Gaulois », notamment les quadras en pleine forme, ont consenti puis réclamé à cor et à cri un confinement liberticide autant qu’économiquement suicidaire. D’une nécessité compréhensible de préserver notre capacité à soigner — donc à réanimer — nous sommes passés à une exigence d’être individuellement protégés de toute exposition possible au virus. Ces Gaulois qui ne se vaccinaient qu’à 40% contre la grippe voulaient tout à coup vivre dans un « safe space corona free ». Pyrrhus semble avoir été leur maître et la « victoire » que nous nous apprêtons à ne pas fêter pourrait bien nous détruire plus sûrement que le SARS-Cov-2.

La Chine ment, les Français se mentent

Aux absurdités génératrices de souffrances ignorées, s’ajoutait en effet un aveuglement général face à la nature du péril, source d’incompréhensions multiples et rageantes. La peur irrationnelle de mourir en croisant son semblable sur un trottoir allait de pair avec une inconscience complète vis-à-vis du tsunami économique qui allait prochainement s’abattre sur notre Nation. Celle-ci compte aujourd’hui 13 millions de chômeurs, et croire qu’il n’en restera que 3 millions le 12 mai relève de la pensée magique. Une croyance maladroitement entretenue par un président et son « quoi qu’il en coûte ». Dans un pays drogué à la dépense publique dont il est champion du monde, mais où les masques et les tests ont curieusement manqué, flatter le tropisme gaulois pour les RTT et la civilisation des loisirs s’apparente à un pari risqué. Il faut ainsi de l’audace pour les conforter dans l’idée que leur lieu de travail s’est mué en taudis insalubre. Une léproserie en open space qui plus est reliée par des transports en commun transmutés en boite de Pétri. Cette terreur apparaissait nécessaire pour s’assurer d’un confinement réussi (et il le fut) en l’absence d’une autre « stratégie » possible. L’on devait donc — pour ne pas immédiatement mourir — rester dans son canapé à voir la mortalité mondiale augmenter d’un modeste 0,3% à la télévision, sans toutefois s’inquiéter pour la fin du mois : Macron avait trouvé la martingale mélenchonesque pour que chaque Français soit dûment subventionné. Une formule magique tenable à court terme lorsque l’on est fonctionnaire ou employé de banque, formule hélas sans effet sur les autoentrepreneurs, les commerçants, les artisans et les millions d’autres travailleurs précaires. Certains penseurs éclairés se félicitent qu’on ait enfin déniché les milliards cachés permettant d’assurer à chacun un train de vie pré-covid, tout en demeurant dans le nid douillet de son domicile désinfecté, mais bien sûr à proximité d’un hôpital largement financé. On se demande comment on a pu passer à côté d’une telle recette ces quarante dernières années. Mais ce n’est hélas pas la seule erreur d’analyse de la situation.

A lire aussi, Anne-Laure Boch: L’hôpital au temps du covid

La bienveillance des médias envers une Chine menteuse — et dont les « publications » dans les revues médicales prestigieuses semblent truffées d’âneries[tooltips content= »Témoignage d’un chef de service au C.H.U. de Nantes »](1)[/tooltips] — contraste avec la sévérité avec laquelle l’Amérique de Trump se voit désignée comme le pays de l’apocalypse covidique. À population comparable pourtant, il y avait au 3 mai deux fois moins de morts aux États-Unis qu’en France, et le fait que Trump soit délirant ne change rien à cette donnée. Au moment où les plaques tectoniques géopolitiques bougent dangereusement, on trouverait sain de rappeler aux spectateurs du journal de 20H qu’une élection américaine se tiendra en novembre prochain, ce qui ne sera pas le cas de la Chine communiste de Xi-Jin-Ping — ni cette année, ni d’ailleurs la suivante. Le relai quasiment sans filtre par les médias français de l’ensemble des informations émanant d’un pays aux mœurs totalitaires, d’un Empire hostile à toute idée de transparence démocratique laisse pantois. La Chine et ses seulement 3 500 morts grâce aux hôpitaux construits en une semaine. La Chine solidaire de l’Europe qu’elle approvisionne généreusement en masques et en experts médicaux. Et Xi Jin Ping, il ne serait pas né dans un arc-en-ciel façon Kim Il Sung des fois ? 

Progressisme, ton univers impitoyable

Après avoir abdiqué ses droits individuels et ses libertés publiques en huit jours, une partie de la France rechigne à déconfiner. Elle lorgne désormais vers un contrôle social qu’on ne rêve pas ouvertement « à la chinoise », mais qui repose sur des technologies cousines que l’on prétend maîtriser. Or, sans GAFAM français, voire européens — une menace à cette échelle déjà — et sauf à ce qu’Orange ait racheté Google à la sauvette courant avril, nous restons à la merci d’entreprises étrangères suspectes. Outre la crise économique, nous devrions être terrifiés pas la collusion entre Facebook, les gouvernements occidentaux et tous les progressistes en passe d’imposer le droit individuel à vivre centenaire dans une rue javellisée trois fois par jour. Plus les dirigeants affichent leur progressisme en bandoulière, plus le confinement se montre au demeurant impitoyable. L’Espagne, l’un des gouvernements européens les plus à gauche, a interdit aux enfants la moindre sortie pendant six semaines — des gamins qui statistiquement ne risquent rien. Pré-covid, priver un môme de tout contact était assimilé à une maltraitance. Mais ça, c’était avant. Homo Festivus Confinus n’est désormais plus un animal social. Côté Festivus, il a téléchargé Zoom — économie de préservatifs en vue.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Et mes libertés c’est du poulet?

Fidèle au court-termisme de ses vues, le progressisme humaniste préfère éviter des victimes en 2020 quitte à en sacrifier dix fois plus dans les prochaines années. Combien de cancers ne seront pas précocement soignés durant cette période où tous les moyens de l’hôpital sont mobilisés ailleurs, même dans ceux qui sont loin d’être surchargés ? À gauche, certains estiment le nombre de décès attribuables au chômage à 50 000 morts par an. Si celui-ci doublait ou triplait durablement, à qui attribuer ces 100 000 morts à venir ?

Les Khmers blancs – façon blouse blanche – ruinent avec enthousiasme les biens communs que constituent le tissu économique, la sociabilité et les libertés individuelles. La folle promesse d’une vie dénuée de risques ne pourra être tenue. Elle ne devrait d’ailleurs pas être exigée par des adultes responsables, même drogués à l’assistanat. Sa mise en œuvre effective risque de nous plonger dans un univers à la « Blade Runner », imperméable aux droits de l’Homme que les progressistes prétendent — comme toujours — être les seuls à défendre. À la manière des Khmers Rouges, ils continueront à nous faire la morale en nous tuant.

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Bruay-la-Buissière: du socialisme au lepénisme?


Au premier tour des municipales, Bruay-la-Buissière a mis en tête le jeune député RN Ludovic Pajot. Certes épargné par l’immigration, ce bastion socialiste du bassin minier subit les effets de la  désindustrialisation et le chômage. Reportage.


Rien ne m’aura été épargné. À la sortie de la gare de Béthune, un vent mauvais charrie des trombes d’eau autour de la statue de François Mitterrand. Le Pas-de-Calais rose n’est pas à une bourrasque près : neuf kilomètres plus loin, Bruay-la-Buissière risque de passer du socialisme municipal au lepénisme ch’ti. Une navette relie l’ancienne Bruay-en-Artois, tristement célèbre depuis l’assassinat d’une jeune fille en 1972 (voir encadré) à ses périphéries. Avec sa zone commerciale en extension permanente, son centre-ville atone et ses terrils, la cité minière de 22 000 habitants cherche un second souffle. Dans cette ville de grande solitude, tous les héros se sont pollués aux charbons de la mine.

Le jeune député RN Ludovic Pajot, 26 ans, s’inspire du modèle qu’a construit son comparse Steeve Briois à Hénin-Beaumont, autre localité minière sinistrée par la crise économique, pour briguer l’hôtel de ville. À une demi-heure de route l’un de l’autre, Briois et Pajot incarnent le marinisme social, l’un étant le fils d’un apparatchik communiste, l’autre ralliant massivement l’ex-électorat de gauche. Mineur retraité, le délégué CGT Francis Bricout s’en étrangle : « Pajot a fleuri la stèle en l’honneur des résistants communistes fusillés. Une gerbe de fleurs rouges sur une tombe du Parti communiste ! » Quoi d’étonnant là où le taux de chômage frise les 25 % et le Rassemblement national a atteint 46 % aux élections européennes ? Logiquement, la fermeture des puits et le chômage de masse ont progressivement multiplié le nombre de Bruaysiens réfractaires à la mondialisation : 56 % se sont opposés au traité de Maastricht en 1992 avant que 75 % disent niet au traité constitutionnel européen (2005). Sur un plan socio-économique, en trente ans, l’armée de réserve des chômeurs a succédé aux générations de mineurs encadrés et formés par l’appareil PC-CGT.

Maurice, Francis et le directeur du musée de la mine. Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.
Maurice, Francis et le directeur du musée de la mine. Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.

Mais si le RN progresse, sa stratégie locale mise peu sur la rhétorique anti-immigration, d’ailleurs de faible ampleur dans cette zone désindustrialisée où abondent les patronymes d’origine polonaise. Ni LREM ni LR n’osent prendre part à la guerre des gauches qui enflamme Bruay, la majorité municipale socialiste sortante s’étant fracturée en deux listes qui cumulent 56 % des suffrages au premier tour contre 38.6 % pour Ludovic Pajot. En ballottage défavorable, le RN attend son heure. Au point de ressusciter l’espérance ? Pas si vite. Dans cette classe ouvrière moribonde, des décennies de résignation ne s’évaporent pas avec des slogans.

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En pleine zone commerciale Porte nord, mon hôtel offre un poste d’observation idéal de la vie en chaînes. Supermarché Cora, Kiabi, Darty, But, La Pataterie, Subway et autres McDonald’s maillent ce paysage de villages-témoins constitués de lotissements plus impersonnels les uns que les autres. Pour contempler la brique rouge du Pas-de-Calais, il faut rejoindre le « cœur de ville ». En déshérence, ce dernier fait partie des 220 centres de villes moyennes qui bénéficient d’un plan national d’aide. Ici, les corons traditionnels voisinent avec quelques jolies villas, des immeubles sans âme et quelques trouvailles kitsch. À un carrefour, la friterie Ô Ch’ti Régal et son décor de bus londonien toisent un pot de fleurs géant vert pomme.

Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.
Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.

Au cœur du vieux Bruay, sur les 16 commerces du passage couvert La Flânerie ouvert en 1981 ne subsistent qu’enseignes décaties et locaux déserts. Place Jules-Marmottan, la statue nord-coréenne de l’ancien maire surmonte l’immense parking vide de la salle des fêtes, relique d’un des plus grands marchés de la région. Ce jour-là, le salon du jeu vidéo ne déplace pas les foules. Dans cette juxtaposition chaotique de quartiers disjoints les uns des autres, seule la commune associée de la Buissière a conservé son bourg quasi intact autour de la trinité église-mairie-commerces. Nul ne s’étonnera que les scores du RN y soient sensiblement inférieurs que dans le reste de Bruay.

bruay-passage-flaneriemarche-bruay-la-buissiereDimanche 1er mars, sur le marché de la rue Jules-Guesde, les premiers commerçants installent leurs étals dans un froid glacial. La bruine et l’ouverture de l’hypermarché le dimanche matin achèvent de clairsemer la foule qui se pressait jadis près de la gare désaffectée. À quelques pas de son siège de campagne, Ludovic Pajot distribue ses tracts en équipe. Beaucoup réservent un accueil chaleureux à ce jeune homme bien sous tous rapports. Aucun quolibet n’est échangé, y compris lorsque le favori du scrutin croise l’un de ses concurrents, Francis Macquart, à la tête d’une liste « citoyenne » et « apolitique » reçue avec une indifférence polie (4,83 % des voix). Ce géographe de formation arrivé il y a trente ans d’Hénin-Beaumont dresse un diagnostic des plus affûtés : « Bruay n’est jamais très loin des lieux de décision ou d’activité économique d’excellence. Arras, la capitale régionale de l’agriculture et de l’agroalimentaire, est à 30 kilomètres, la capitale de la Flandre, Hazebrouck, à 35 kilomètres, Lille à 45 kilomètres. Chacun doit trouver sa voie, mais on ne voit pas la ligne de force de l’économie locale. » Issu d’une famille de mineurs, Macquart cherche une porte de sortie pour cette ville « longtemps liée aux vieilles industries » en espérant que la région tire profit du Brexit et de sa relative proximité avec Londres, Bruxelles et Paris. « Il faut des réseaux d’échange entre des villes fortes que sont les métropoles. Ce sont les locomotives des territoires. » Certes, mais Bruay dans tout ça ? Conscient que la compétence économique revient à la région, le candidat indépendant – que Pajot caricature en macroniste honteux – loue « l’attitude volontariste de Xavier Bertrand dont profitent les agglomérations comme Lille, Amiens ou la couronne sud proche de Paris », sans se faire d’illusions sur les difficultés locales. Un temps, Bruay avait nourri l’espoir de passer de l’industrie minière à la carbochimie et à la plasturgie afin d’approvisionner les équipementiers automobiles. Prévues pour la reconversion des mineurs dès les années 1960, l’usine Bridgestone (Béthune) et la Société de transmissions automatiques (Ruitz), qui fabrique les boîtes de vitesse de Renault, comptent parmi les rares réussites industrielles du Bruaysis. À moins que le plan européen de fabrication des batteries automobiles ne profite véritablement au bassin local auquel 2 000 emplois sont promis. « Cela doit être le challenge de la prochaine mandature : faire venir des investisseurs et des classes moyennes », a annoncé Pajot. Reste à former la main-d’œuvre locale…

Au xixe siècle, grâce à son environnement campagnard autour de l’Artois et du Ternois, Bruay avait pu aisément pourvoir les mines en ouvriers agricoles reconvertis. Aujourd’hui, toute une génération sacrifiée se débat avec le chômage, les aides sociales et la désespérance. « Des gens de 50-60 ans avaient un boulot, l’ont perdu et n’ont jamais pu rebondir », déplore Macquart. Leurs enfants après eux n’ont guère envie de rêver, à moins de briller à l’école puis de s’exiler. Entre fuite des cerveaux et dépopulation, Bruay-la-Buissière s’enfonce dans la sinistrose. Aux queues des hypermarchés, les cortèges d’obèses donnent un aspect morbide au quart-monde. La faute à la désindustrialisation ? Pas seulement. Francis Macquart met également en cause la culture de l’assistanat. « Ici, culturellement, on est encore dans une forme d’héritage lié à la prise en charge des mineurs de la naissance jusqu’à la mort », tandis que l’éthique du capitalisme fleurit dans la Flandre voisine, où le chômage plafonne à 6-7 %.

Pour comprendre comment on est passé du capitalisme de papa à la perfusion de l’État-providence, il faut descendre dans la mine. Le voyage dans le temps commence au local CGT de Bruay. De ses années de blouson noir, Francis a gardé tatouages aux avant-bras et franc-parler. « On a tout perdu avec le métier qui a disparu. Tant qu’on trouvera des gens qui travaillent pour un bol de riz, sans sécurité sociale ni rien du tout, on fera faire du charbon n’importe où à n’importe quel prix. » Au temps glorieux des houillères, la vie n’était pas pour autant un fleuve tranquille. Si le père de Francis bénéficiait de la sécurité de l’emploi, du logement, de la médecine et du chauffage gratuits fournis par les Charbonnages de France, il n’a pu dépasser les 40 ans. En ce temps-là, les galibots du fond de la mine respiraient les poussières de charbon dès 12 ans, développant silicose, pneumoconiose et autres maladies pulmonaires. Malgré la réprobation paternelle (« Il répétait : “Plutôt que de le voir à la mine, je préfère lui casser les pattes”. »), Francis est descendu dans la mine à 17 ans pour nourrir femme et enfant. Sa bonne fortune ne lui a laissé aucune séquelle malgré un quart de siècle passé au fond et cinquante ans de militantisme communiste. « Il ne faut pas peindre le tableau tout en noir. On n’a pas travaillé de la même façon que nos anciens. Au bout de six mois, un mineur gagnait plus qu’un instituteur, qui était vraiment payé à la fronde ! Après vingt-cinq ans de fond, je suis remonté au jour quand on a fermé les puits. J’étais manœuvre dans la période où ils ont amélioré les logements miniers. » Dès 1979, Bruay a bouché ses mines, suivie par l’ensemble du Pas-de-Calais en 1990. De mémoire de Ch’ti, cette fin d’un monde fut rude à encaisser. L’exploitation du charbon avait débuté dans le département dès 1842, avant de traverser trois guerres contre l’Allemagne, la nationalisation en 1945, les grandes grèves de 1948, la récession minière puis une (courte) tentative de relance sous Mitterrand. « En 1981, la gauche étant arrivée au gouvernement, j’étais de ceux qui ont cru que la relance était partie. En fait, on n’a gagné rien du tout puisqu’on a continué à fermer les derniers puits de mine. » À Matignon, toute la bonne volonté de Pierre Mauroy, régional de l’étape, n’a fait que retarder l’inéluctable. Une fois le terrain remblayé, les soutènements abattus et l’accès au fond bouché, impossible de rouvrir une mine. Ne reste plus qu’à passer des terrils au lavoir pour en récupérer les derniers résidus de charbon. C’est d’ailleurs en 1983, au cours de ces années de transition, qu’a ouvert le Musée de la mine de Bruay, première patrimonialisation d’un passé bientôt révolu. Son conservateur, Didier Domergue, élevé dans une famille de mineurs, explique ainsi les causes de l’arrêt de l’industrie houillère : « On a commencé à arrêter l’extraction de charbon en 1960. C’est le début du déclin parce que l’Américain a poussé l’Européen à se chauffer autrement, au pétrole puis au gaz. Extraire le charbon demandait beaucoup de personnel et de matériel. Ça n’était pas rentable. » Guide au musée, Francis se souvient des opérations coup de poing de la CGT contre les bateaux d’Australie débarquant à Dunkerque remplis de charbon à moindre coût.

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Autant le Musée de la mine reconstitue l’intérieur d’une fosse et la culture ouvrière avec un zèle admirable, autant la Cité des électriciens fait figure de relique Potemkine. Cette ancienne cité minière, naguère noire de suie et pratiquement insalubre, a été soigneusement ripolinée pour y héberger artistes et curieux. Les prolos n’y retrouvent plus leurs petits, a fortiori lorsqu’une troupe de théâtreux folklorise le passé minier en jouant des saynètes d’époque. Le comique involontaire le dispute à la gêne du spectateur.

Cité des électriciens, mars 2020. Photo : Daoud B.
Cité des électriciens, mars 2020. Photo : Daoud B.

Au quotidien, la chaîne entre les générations essuie des coups bien plus violents. Épisodiquement, des bandes de jeunes provoquent des incendies criminels ou agressent gratuitement leurs aînés. Leur nihilisme à la petite semaine indigne bien au-delà des rangs lepénistes. Henri Bodelot, 84 ans, fils de mineur résistant communiste fusillé par les Allemands, s’agace de l’anomie ambiante : « Par le passé, dans les corons, les parents réprimaient tout mauvais acte des enfants. La police était faite dans chaque ménage. Aujourd’hui, beaucoup de familles n’éduquent pas leurs enfants. En février, des jeunes déscolarisés ont tapé comme des sauvages sur la voiture d’un couple de retraités. Une patrouille de police passait par là et leur a dit : “Allez à la fête foraine au lieu d’embêter les gens”. De mon temps, ils les auraient emmenés au commissariat. » L’oisiveté, mère de tous les vices ? En marxiste intelligent, Francis n’excuse pas davantage ces errements – « On n’avait pas de pognon, c’est pas pour ça qu’on a tout cassé. La classe ouvrière n’a plus de conscience de classe. Elle est mal éduquée politiquement et mal éduquée tout court. » Autrefois, comme dans la chanson de Ferrat, nombre de jeunes adultes entendaient devenir flics ou fonctionnaires. Après une double carrière de maçon et de postier, Bodelot a pu acheter et construire sa maison, conseillant à ses quatre enfants « d’être fonctionnaire le plus possible ». Bingo : deux de ses filles sont institutrices.

Henri Bodelot, Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.
Henri Bodelot, Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.

Heureusement, jeune n’est pas toujours synonyme de délinquant. Preuve en est faite au laboratoire de fabrication de Bruay où une conseillère en insertion professionnelle encadre des formations de six mois en numérique. Objectif : remettre sur les rails du travail 12 jeunes âgés de 16 à 25 ans. « Quelques entreprises du Pas-de-Calais commencent à chercher des développeurs et web designers. Sur dix offres d’emploi, il y en a deux sur le bassin d’emploi local et le reste dans les métropoles de Lille, Roubaix et Tourcoing. Je dis donc aux jeunes : “Faut partir !” » commente la tutrice. Beaucoup manquent d’estime de soi, peinent à maîtriser les codes sociaux et à échapper au déterminisme social. Arrière-petit-fils et petite-fille de mineur, Kevin et Alison sortent un peu du lot.

Alison et Kevin, Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.
Alison et Kevin, Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.

Étrangement, Kevin, 19 ans, sans diplôme, se destine au métier de chauffeur poids lourd après avoir obtenu son permis de conduire et achevé la formation informatique. « Le numérique me servira toujours, l’avenir est vaste », justifie ce rejeton d’un ouvrier du bâtiment qui s’est ruiné le dos. Quant à Alison, 21 ans, diplômée d’un bac pro gestion-administration, elle ne trouvait aucun emploi à la sortie du lycée. « On demande à chaque fois d’avoir une licence pour être secrétaire. » Et comme l’Éducation nationale ne propose pas de filière numérique proprement dite, la formation arrivait à point nommé. Fille d’un programmateur de robots lui ayant transmis l’atavisme familial, Alison va intégrer l’école du numérique Pop School de Lens. Même en ces temps de confinement, ne lui parlez pas de télétravail. Contrairement aux cadres en informatique chevronnés, les jeunes pousses du numérique n’ont aucune chance de trouver un emploi à distance. Il paraît qu’« open spaces », « co-working » et brainstorming requièrent une émulation collective. Ainsi les gens du Nord captent la lumière bleue qui manque à leur décor.

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Le notaire et le petit juge

Bruay-en-Artois, 6 avril 1972 : la fille de mineur Brigitte Dewèvre, 15 ans, est retrouvée morte étranglée dans un terrain vague. Chargé de l’enquête, Henri Pascal, dit le Petit Juge, membre du Syndicat de la magistrature, inculpe un riche notaire, Pierre Leroy, sur la foi de son intime conviction. De passage près du lieu du crime en visite chez sa maîtresse, ce dernier devient l’homme à abattre pour la mouvance maoïste. Alors en plein essor, la Gauche prolétarienne de Benny Lévy et Serge July, futur fondateur de Libération, mène une « enquête populaire » synonyme de justice de classe. À Bruay, ses militants créent un Comité pour la vérité et la justice qui proteste contre la libération du notaire et le dessaisissement du juge Pascal. Avec le soutien de Jean-Paul Sartre, La Cause du peuple décrète : « Il n’y a qu’un bourgeois pour avoir fait ça », puis appelle au meurtre vengeur contre le notaire – « Nous le couperons morceau par morceau au rasoir ! – Je le lierai derrière ma voiture et je roulerai à 100 à l’heure dans les rues de Bruay ! – Il faut lui couper les couilles ! » Chez les mineurs du cru, qui vivent leurs dernières années d’activité, « les gens étaient agressifs. Il n’a pas fallu tisonner beaucoup le feu pour enflammer tous les corons autour. S’il y avait eu quelques gars plus culottés, ils auraient brûlé la maison du notaire et l’auraient pendu », se souvient le délégué CGT Francis Bricout. Finalement, la justice innocentera le notaire ainsi qu’un jeune homme qui s’était accusé du crime. Cinquante ans plus tard, le mystère reste entier.

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Ils ont tué Pierre Overney

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Comment notre Etat s’est fait hara-kiri


Les Français croient encore qu’ils disposent d’une administration napoléonienne : verticale, avec des ministres et des préfets, bref des chefs. C’est faux : après quinze ans de « modernisation », il n’y a plus que des « managers administratifs » qui pratiquent la « transversalité », recherchent « la qualité » et la « performance ». C’est précisément pour cela que la France manque de masques, de tests et de stratégie sanitaire face au coronavirus.


La « mise sous tension » du secteur santé a d’abord conduit à supprimer les stocks de masques. Et les « bonnes pratiques » de passation des marchés publics ont débouché sur la passation de trois très gros marchés à la Chine. On aurait pu en commander à une centaine de producteurs différents ou bien relocaliser en France la production de masques, ou encore favoriser l’artisanat commercial ou familial.

Des masques… fin juin

Autant de solutions pragmatiques qui n’auraient pas su satisfaire les (trois !) bureaux différents du service des achats du ministère de la Santé : les bureaux du « contrôle », de la « procédure » et de la « performance (!) ». Seuls de très gros marchés pouvaient correspondre aux exigences de la Sainte Trinité managériale en termes de droit, de normes et de règles de gestion. Grâce à ce cahier des charges, les Français auront de beaux et bons masques aux normes Afnor et commandés selon des procédures ISO… fin juin !

Et il ne s’est trouvé personne, ni ministre, ni directeur, pour bousculer, au vu des circonstances exceptionnelles, ces règles nuisibles. Si pour De Gaulle « L’action est le jeu divin du héros », le respect de la procédure est le devoir mesquin du bureaucrate managérial.

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C’est un peu la même histoire pour les tests. Dans l’organisation traditionnelle de la France, le préfet coiffait les services départementaux de l’État, notamment la direction de l’Action sanitaire et sociale et les services vétérinaires. Trop simple. Au nom de la « modernisation » deux réformes ont été engagées : la « mutualisation » et la « régionalisation ». Résultat : nous disposons de douze agences régionales de santé (ARS) en métropole (après la fusion des régions voulues par François Hollande). Quant aux services vétérinaires, ils sont restés à la main des préfets dans le cadre des directions de la protection des populations ou des directions de la cohésion sociale.

Tests : trois semaines de perdues

Pour les tests, les labos publics des services vétérinaires disposaient des moyens les plus importants. Mais ils sont restés trois semaines l’arme au pied. Pas question pour la Santé de faire appel aux gueux de l’Agriculture. Ni pour les ARS de solliciter des services préfectoraux. D’autant qu’entre deux discours-fleuve, le Premier ministre a manqué de temps pour rendre des arbitrages…

Pour les traitements des malades symptomatiques, on a assisté aux mêmes délires : le lancement à grands sons de trompe d’une étude européenne (donc lourde par nature) sur les soins hospitaliers à privilégier en cas de forme d’expression grave de la maladie. Fantastique pour les « managers » de la Direction Générale de la Santé (DGS) et les grands laboratoires pharmaceutiques. Sauf que pour lutter contre l’épidémie, la vraie priorité aurait été de traiter dès l’origine les formes bénignes de la maladie pour limiter la contagion et essayer d’enrayer l’engorgement des services hospitaliers. Tout en laissant les médecins généralistes ou exerçant en Ehpad tester différentes pratiques. Au lieu de se borner à recommander (sans étude randomisée au demeurant)… la seule prise d’aspirine.

Des circulaires aussi parfaites qu’inapplicables

Le déconfinement ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices. Le gouvernement a annoncé qu’il se ferait autour de deux pivots : les préfets et les maires. Ce qui pourrait passer pour un retour au bon sens territorial est aussi une entreprise de défausse. On vous explique : les administrations centrales de la Santé et de L’Éducation pondent des circulaires aussi parfaites qu’inapplicables. Si les préfets et les maires veulent les mettre en œuvre, ils ne déconfinent pas. S’ils veulent déconfiner, ils en prennent leur aise avec les circulaires : mais en cas de poursuites pénales (pour mise en danger de la vie d’autrui), ce sont eux qui se retrouvent devant les tribunaux. Philippe, Blanquer, Véran, et les directeurs d’administration qui en dépendent ne gouvernent pas, ils se bornent à se protéger des suites judiciaires de leur mal gouvernance.

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C’est ainsi que le juge judiciaire va de facto imposer une poursuite du confinement au-delà des simples exigences sanitaires. Un juge judiciaire doublement irresponsable

– parce qu’il juge de ce qu’il aurait fallu faire ou ne pas faire A POSTERIORI, ce qui est plutôt… commode,

– et que lui n’est en rien responsable, ni poursuivable, pour ce qu’il décide.

Ce qu’on appelle l’État de droit n’est rien d’autre qu’une dictature judiciaire.

Le déclin du courage

C’est le grand Soljenitsyne, dans son discours de Harvard en 1978, qui explique le mieux notre situation : « Le déclin du courage est ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son sens noble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis (…) Une société qui s’est installée sur le terrain de la loi sans vouloir aller plus haut n’utilise que faiblement les facultés les plus élevées de l’homme. Lorsque toute la vie est pénétrée de rapports juridiques, il se crée une atmosphère de médiocrité morale qui asphyxie les meilleurs élans de l‘homme. Et face aux épreuves du siècle qui menacent, jamais les béquilles juridiques ne suffiront à maintenir les gens debout. »

Le Déclin du courage (Le Goût des idées t. 44)

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Rokhaya, sors de ce corps!


À propos d’une chronique d’Eric Le Boucher, dans laquelle le journaliste regrette que l’économie soit à l’arrêt (horreur!), tout ça pour des « vieux blancs malades »


Ce 3 mai, Eric Le Boucher a écrit pour le site L’Opinion une chronique dans laquelle il expose à nouveau son idée que le confinement a été une catastrophe, du point de vue économique, et que le pire est à venir. Mais aussi que le confinement était « obligatoire » parce qu’il était inenvisageable pour les gouvernements de laisser mourir potentiellement des centaines de milliers de personnes.

Le racialisme gagne l’opinion française

On peut bien sûr discuter nombre de points soulevés dans cette chronique, en particulier celui qui interroge nos sociétés occidentales qui « se débarrassent » de leurs aînés dans des Ehpad tout en versant « des larmes » sur leur sort au moment de cette crise sanitaire. Ou encore celui de faire de cette génération de « baby boomers » dans son ensemble LA génération insouciante qui aura ardemment et jalousement profité de ce temps béni de « l’emploi facile », du « sexe libre » et de la paix, sans jamais en éprouver le moindre remords (discours qui étaie généralement ceux des écologistes les plus durs, par exemple), et qui par conséquent peut bien, d’une certaine manière, céder la place, selon le journaliste.

Mais ce qui étonne et détonne surtout dans cet article, c’est l’utilisation d’une terminologie « racialiste » qui semble accréditer sournoisement l’idée que les Blancs sont, fondamentalement, des privilégiés qui tirent la couverture à eux jusqu’au seuil de leurs tombeaux.

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Le titre de la chronique est à la fois étrange, incongru, trivial et (volontairement ?) cynique et choquant : « Coronavirus : tout ça pour des vieux blancs malades ! » 

Plus loin, le journal fait un résumé de la première partie de sa chronique : « En l’état actuel de sa diffusion, la pandémie tue les vieux déjà malades et blancs. » Puis il explique : « Le monde a totalement arrêté l’économie pour sauver des vieux blancs déjà malades » ; ou écrit : « Reste notre sauvetage des vieux blancs de 84 ans. »

Avec sa « discrimination sanitaire », Le Boucher charcute l’universalisme bien de chez nous

Revenant à intervalles réguliers des États-Unis où elle se rend afin d’affiner son discours, Madame Rokhaya Diallo participe médiatiquement et activement à cette nouvelle obsession « racialiste » qui envenime de plus en plus souvent les débats en France. 

Nous avons pu la deviner jusque dans les propos d’une actrice ou d’une adolescente suédoise qui considéraient que les dégâts causés à la planète, ou que « la vision des films », étaient de nature patriarcale, raciste et… blanche.

C’est aujourd’hui Eric Le Boucher qui nous la ressert et on peine à comprendre le raisonnement logique qui l’a amené à souligner la couleur de peau de ceux de nos concitoyens que nous essayons de protéger du virus mortel. Le journaliste sous-entend-il que les vieux blancs sont parvenus à cet âge (84 ans et plus !) parce que blancs, donc ayant profité toute leur vie d’une discrimination sanitaire, alimentaire, etc. favorable aux blancs, ou qu’ils ont été mieux pris en charge, du fait d’une pâleur plus blanche que jamais à l’orée du grand âge, que des personnes d’une autre couleur de peau ? Sous-entend-il que si les vieux avaient été noirs ou jaunes, dans nos Ehpad, nous les aurions laissés plus facilement mourir ? Veut-il simplement souligner, par un détournement linguistique étrange, la forte mortalité dans des pays qui comptent plus de vieux à la peau banche qu’à la peau noire ou jaune, hémisphère Nord contre hémisphère Sud ? N’aurait-il pas été plus simple alors de parler en termes géographiques plutôt qu’en termes racialistes et épidermiques ? A-t-il voulu suggérer finalement que si les victimes du coronavirus avaient été majoritairement des Noirs ou des Jaunes, l’économie mondiale aurait continué de tourner comme avant ? Tout cela est possible. Et plus encore.

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Car il est possible aussi que Le Boucher ait fait, en toute conscience, le choix de ce syntagme discriminant et raciste en espérant qu’il résonne avec toutes les thèses en cours sur la domination des blancs, des occidentaux, sur le décolonialisme ou sur le « racisme d’État ». Lui qui prône depuis longtemps l’immigration massive (dont il croit qu’elle permettra l’augmentation des salaires !?), a peut-être voulu jeter un pavé dans la mare de ce vieux pays de blancs racistes qui ne voient pas du même œil amouraché que lui l’arrivée des « migrants » à la peau plus foncée.

Bande de fragiles!

Il est également possible qu’il ait lu, sur le site Slate.fr dont il est un des co-fondateurs, le très long article d’une universitaire américaine expliquant la notion de « fragilité blanche » développée par la sociologue Robin DiAngelo et qui fait le bonheur de tous les campus « progressistes » américains et de Rokhaya Diallo. En un mot : quoi qu’il fasse ou pas, quoi qu’il dise ou pas, le blanc est raciste. S’il se tait ou tente d’argumenter ou devient hystérique ou sort de la salle à la seule évocation de son racisme « inconscient », il aura fait la démonstration de sa « fragilité blanche », celle d’une personne qui « n’est pas habituée à remettre sa couleur de peau en question », qui ignore le racisme subi par d’autres, qui manque « d’endurance » pour discuter de racisme.

Eric Le Boucher a-t-il voulu mesurer le degré de notre « fragilité blanche » ? Pourquoi pas, après tout. Au vu des thèses les plus folles courant en ce moment sur les campus américains et nous revenant en pleine figure via certaines personnalités universitaires, artistiques ou médiatiques, nous devons donc nous attendre très prochainement à des articles évoquant toutes nos autres « fragilités », et à d’autres titres choc : « Coronavirus : Tout ça pour des vieux colonialistes malades ! » , « Coronavirus : Tout ça pour des vieux hétérosexuels malades ! » « Coronavirus : Tout ça pour des vieux mâles malades ! », etc.

Beethoven et son déconfinement


Le chant « O Welche Lust » de l’opéra Fidelio est devenu un véritable symbole de la résistance à l’oppression politique. 


Le génie de Ludwig van Beethoven, né voici précisément deux siècles et demi, repose sur sa volonté d’avoir su concilier musique et idéal éthique, ainsi qu’orage créateur et amour de l’humanité. Il est à la fois initiateur d’une œuvre intemporelle et figure de l’artiste habité par le désir de représenter son époque. Ce compositeur, qui a traversé un temps notamment marqué par la Révolution, les épopées napoléoniennes et le romantisme, est porteur d’une pulsion de liberté stupéfiante. Ses accords outrepassent les convenances autant que les grilles alors admises dans son siècle ; ils provoquent autant qu’ils annoncent lointainement des sonorités jazzy qui porteront plus tard l’espoir de la liberté et de l’égalité chez les anciens esclaves noirs. 

La subtile échappée de Beethoven vers le déconfinement est illustrée par son unique opéra, Fidelio, œuvre majeure dont la première est donnée à Vienne en 1805, et dont la version définitive a vocation à délivrer des enseignements politiques destinés à lutter contre tout abus de pouvoir. Ceux-là vont faire jaillir les larmes, un matin de 1983, du célèbre pianiste argentin Miguel Angel Estrella, précédemment libéré des geôles uruguayennes et fondateur de l’ONG Musique Espérance, tandis qu’il se trouve dans une salle de répétition attenante au studio de télévision où est présenté chaque jour le journal de 13 heures.

Les larmes de Miguel Angel Estrella

Estrella s’est fait, au sortir de la prison où il a été torturé, une promesse: il n’adressera plus jamais la parole à un militaire, ni même n’acceptera de se trouver en présence d’un soldat ou d’un officier en uniforme. Il a pour cela d’excellentes raisons. Les séances qu’il a subies après des interrogatoires répétés et incohérents ont laissé des séquelles qu’on devine intolérables. Son action en Amérique du sud pour la diffusion de la musique, conjuguée à la rencontre d’un ami jugé subversif, a entraîné son arrestation par la junte qui l’épie depuis plusieurs mois. Il a en effet pour habitude de partir dans les Andes avec un piano juché sur une camionnette, afin de faire connaître la beauté des partitions classiques aux paysans qui écoutent ces sons jusqu’à présent inouïs. 

Ses complices ? « Bach, Beethoven Mozart, Schubert », répond-il. Les bourreaux n’apprécient pas, et les interrogatoires se durcissent, conduisant à l’accentuation des souffrances, atroces, puis promises comme mutilantes. Son univers devient une solitude peuplée des pas terrifiants des gardiens qui viennent le chercher pour le conduire à la prochaine séance de torture. Le philosophe Jean Améry, lui-même victime des tortionnaires nazis à la cruauté alors insurpassable, émet sur le sujet des propos définitifs : celui qui a été torturé n’appartient plus au monde. Jorge Semprun lui conteste un tel jugement, d’abord parce qu’Améry n’a pas livré un seul nom sous la torture, ensuite parce que le supplicié qui s’est tu sous la douleur devient, au contraire, rattaché au monde par tous les fils de la vie de ceux qu’il a préservés.

Estrella, qui a demandé à faire des gammes sur un piano à queue avant de jouer en direct à la télévision, a ainsi été invité en même temps que…le chœur de l’armée française. L’artiste rescapé entre dans la salle de répétition et s’arrête net : il est, malgré lui, en présence de militaires. Mais il ne songe pas un seul instant à sortir. Ces gars en uniforme chantent, et plus précisément entament pianissimo, les premières notes du chœur des prisonniers de Fidélio. La mélodie écrite par Beethoven est splendide, aérienne et suspendue. Elle figure, et Estrella le sait, un rassemblement de prisonniers politiques en loques, tout juste sortis de leur cachot lugubre pour quelques instants, et qui goûtent la douce lumière de jour : « O Welche Lust. » Il s’agit d’une des plus belles pièces de la musique allemande, l’une des plus saisissantes aussi, parce qu’elle rend admirablement compte de la brève remontée diurne des victimes de la tyrannie vers la liberté. 

Estrella pleure, mais le chef de chœur qui lui tourne le dos continue à diriger et le pianiste à accompagner. Seuls les chanteurs voient les larmes couler sur le visage marqué du prodige argentin, célèbre dans le monde entier. Il vit intensément la musique qui devient un appel à la liberté, bouge les lèvres sans chanter tout en égrenant les notes, tandis que les paroles s’élèvent : « nos cachots sont des tombeaux. » Estrella est secoué de spasmes discrets, affolants pour ceux qui le voient, témoignant d’une noble détresse : « O liberté, nous reviens-tu ? » La joie du déconfinement temporaire des condamnés atteint son acmé sur ces mots : « Quel plaisir que d’être au grand air/ et d’y respirer fortement à son aise ! »

Beethoven contemporain de la Révolution française

L’accompagnement amplifie la valeur mélodique du chant, et les voix sont belles parce que l’écriture presque tendre de Beethoven atteint le sublime. Dans sa briéveté, ce chœur pour homme devient bouclier contre la profondeur de la détresse et de l’abandon. Natan Sharansky, qui sera placé plus de cent jours au mitard de la prison Vladimir au cours de ces années quatre-vingts, y effectuera une grève de la faim avec un livre de psaumes pour seul compagnon et tiendra tête au totalitarisme soviétique, comme Estrella a résisté aux criminels qui ont asservi des pays d’Amérique du sud. Leurs dictatures inexcusables se déploient à cette époque en violation agressive de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, fruit du refus des horreurs de la seconde guerre mondiale, tandis que les prisonniers de Fidelio sont incarcérés en dépit des dispositions de celle de 1789, issue de la Révolution française dont Beethoven chérit les idéaux. 

Lors de la dernière séance de torture, Estrella, les yeux bandés, sent la scie le bas de son avant-bras. Que peut faire sans poignet un pianiste, qui a de plus utilisé pendant sa détention un clavier muet le poussant à la quasi-folie, faute de coordination entre le geste et le son ? Et que doit-il dire pour que cesse le geste du bourreau ? Jean Améry a, dans la prison du fort de Breendonk en Belgique, su interrompre la déchirure absolue de l’écartèlement qu’il subissait avec une efficace modalité d’esquive : « parler », certes, mais à condition de raconter « n’importe quoi », par exemple s’accuser de « crimes imaginaires. » La torture arrache les mots et l’âme, viole les corps et le silence, constitue une insulte définitive à l’humanité de l’homme. En ces instants où la haine paraît sans limite, Estrella sent jaillir le flot d’une parole irrépressiblement christique et puissamment inattendue, qu’il prononce sobrement, comme l’évidence même de la vérité, à l’attention de ses bourreaux soudain médusés, dépassés et vaincus : « Je vous pardonne. » 

Le mouvement de la scie est aussitôt stoppé, la séance de torture s’interrompt, le supplicié est ramené dans son cachot. Quelques jours plus tard, Estrella est libéré sous la pression internationale menée habilement par ses amis. Il retrouve un clavier émettant des sons : sous le doigt naît enfin la note. La junte, en cherchant à lui confisquer son talent qu’elle imaginait producteur de bruits subversifs, a pensé découpler le triptyque formé par la main, le marteau du piano actionné par la touche et la musique qui déploie sa souveraineté. Mais les bourreaux ont oublié que la mélodie prend corps avant tout dans l’esprit, pour devenir réalité selon la conception que s’en fait l’artiste. Il en est de même pour l’être emprisonné, qu’il s’agisse d’Estrella ou de Sharansky, et de tous les autres injustement privés de liberté. Ils vivent leurs temps de réclusion avec les effets permanents de partitions intérieures, d’un livre de psaumes au mitard du Goulag ou d’un manuscrit écrit intérieurement au jour le jour, comme l’a fait Soljénitsyne, en un mot au sein du lieu infini de la liberté intérieure. 

Fidelio de nouveau prisonnier

Le déconfinement n’est pas uniquement le fruit de la seule désincarcération : il intervient comme l’expression d’une construction intérieure sui generis, s’élaborant en chacun de nous pendant le confinement. Beethoven, dont l’œuvre constitue une constante transposition de ses sentiments de fraternité et d’amour malgré une non-réception de la part d’un monde qu’il ne peut plus entendre, élève le personnage de Florestan, enchaîné dans son cachot assigné comme sépulcre, au paroxysme de la vitalité du chant. Dans le morceau de bravoure périlleux qui ouvre le second acte et constitue son entrée en scène se lisent aussi les combats menés depuis les oubliettes les plus sinistres par le philosophe autrichien Améry, le pianiste argentin Estrella et le refuznik soviétique Sharansky, pour ne parler que d’eux. En leur nom, Beethoven laisse éclater sa certitude de la liberté  : « J’osai crier la vérité/ et les fers sont ma récompense./ Je veux supporter les souffrances. (…) J’ai accompli tout mon devoir. » 

Estrella est aujourd’hui sur le point de fêter ses quatre-vingts ans ; puis nous commémorerons le deux-cent cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven. Ce compositeur, qui appartient au patrimoine de l’humanité pour avoir notamment créé trente-deux sonates pour piano dans lesquelles Estrella épouse le génie du maître, vit lui aussi le confinement, alors que les répétitions de Fidélio doivent débuter : Napoléon, dont les armées entrent triomphalement à Vienne, s’installe au palais de Schoenbrunn. Plus personne, dans la capitale autrichienne, ne peut ni ne veut aller au théâtre (déjà !), ce qui entraîne l’échec des premières représentations de Fidelio.

Cet opéra a figuré au répertoire des plus grandes scènes jusqu’au confinement qui est à présent pratiqué dans de nombreuses parties du monde. Voici l’œuvre à nouveau prisonnière des circonstances, ne pouvant délivrer le message de liberté lumineuse que Beethoven a inscrit dans la large expansion vocale du chœur d’hommes générant les larmes d’Estrella. Florestan sera sauvé par l’amour de son épouse inflexible dans sa détermination à extraire son mari du cachot sombre, comme ce fut le cas pour Sharansky. Près de vingt ans avant la création de la Neuvième symphonie, et autant d’années après l’écriture par Friedrich Schiller du poème Ode à la joie, Fidelio se situe à l’épicentre du déconfinement que Beethoven conçoit, dans le respect de l’étymologie du mot, comme l’harmonie de l’être humain avec ce qui est contigu et voisin, c’est-à-dire son prochain.

Quand la peste décimait Bagdad…


Le billet du vaurien


Une fable pour notre temps !

Faut-il rappeler l’histoire de cet homme qui se rend à Bagdad et qui, sur son chemin, rencontre la Peste ? Il lui demande où elle va. Elle répond : « Comme toi, à Bagdad. » Il veut savoir combien de morts elle compte laisser après son passage. Elle lui répond : « Dix mille. »

Arrivé à Bagdad, notre homme trouve une ville décimée par la Peste. Troublé, il lui dit : « Mais tu m’as menti. Tu m’avais parlé de dix mille morts… et j’en compte au moins cent mille. »

« Oui, lui répond la Peste, tu as raison. Mais je ne t’ai pas menti. J’en ai tué dix mille… et les autres sont morts de peur, qu’y puis-je ? »

Quiconque établirait un lien avec le Covid 19 sera immédiatement poursuivi et banni de la Cité.

A lire aussi, du même auteur: De l’utilité du taoïsme par temps de pandémie

PS. S’il y a bien un film à revoir aujourd’hui, c’est « Knock » avec l’incomparable Louis Jouvet dans le rôle d’un médecin qui inculque à tous ses patients bien portants qu’ils sont des malades qui s’ignorent… hilarant !

Automobilistes, vous n’imaginez pas tout ce qu’Anne Hidalgo peut faire pour vous

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© Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00949311_000034

Fin du confinement. La maire de Paris s’adresse aux automobilistes banlieusards qu’elle ne veut pas voir venir dans la capitale: « On est chez nous! »


À l’approche du 11 mai, les transports publics sont l’un des multiples casse-tête qui conspirent à blanchir la barbe d’Edouard Philippe. Il s’agit en effet, comme pour l’école, de résoudre une équation insoluble : rassurer et affoler en même temps. 

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Les transporteurs espéraient s’en tirer avec le masque obligatoire, mesure assez simple à appliquer et globalement efficace. Que nenni, dans la fièvre précautionniste qui a saisi tous les décideurs de France, terrifiés à l’idée d’être traînés en justice, c’est ceinture et bretelles : pour les transports publics, ce sera donc masque + distanciation sociale – ceux qui ont pondu cette règle ne prennent pas souvent le métro : faudra-t-il poster des policiers dans chaque rame sur chaque quai ?

Les nouveaux horaires de nos migrations pendulaires

Pour l’Île-de-France, principal point noir annoncé, transporteurs, syndicats et patronat ont accouché mardi soir d’un plan de reprise de l’activité passablement obscur et jargonnant. On apprend par exemple dans leur communiqué que « l’offre sera modulée selon les lignes en fonction des ressources disponibles des opérateurs pour limiter les saturations ». Parmi moult mesures inapplicables, la plus amusante est celle qui consiste à refiler le bébé aux entreprises, à qui il est demandé d’étaler les arrivées et les départs de leurs salariés sur quatre tranches horaires le matin et quatre le soir. Et comme la libido règlementaire et punitive de certains ne semble avoir aucune borne le secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari envisage d’imposer de nouvelles attestations pour réguler ces flux. À quand une amende à 135 euros pour être allé travailler trop tôt ?  

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Il est peu probable, cependant, que ces mesures suffisent à rassurer les usagers. Déjà, chauffeurs de taxi et de VTC constatent que beaucoup ne veulent pas prendre le métro, d’où une reprise de leur activité. On observe aussi un très léger frémissement du marché automobile, 8500 immatriculations la semaine du 20 avril. Enfin, dernier signal faible de cette éventuelle tendance, les activités proposées en drive se multiplient : on peut se confesser dans sa voiture à Limoges, participer à une drive rave en Allemagne ou assister à un strip-tease dans l’Oregon en restant assis derrière son volant.

Hidalgo fiévreuse

Bref, pendant qu’on nous promet un avenir radieux sain et vert, on pourrait observer un retour en grâce subreptice de la bagnole. Autant dire que ça ne plait pas à Madame Hidalgo. « Je m’opposerai à ce que Paris soit envahie de voitures, synonymes de pollution », a-t-elle déclaré. Peu importe que la pollution ait très peu baissé à Paris durant le confinement, relativisant la culpabilité de l’automobile. Si vous faites partie de ces ploucs qui travaillent à Paris, souvent à servir des Parisiens, sans pouvoir y loger, ce sera métro ou vélo. 

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En effet, selon le nouveau prêchi-prêcha en vogue et pas seulement à Paris, la solution à nos problèmes, c’est le vélo. « Qui sera la petite reine du déconfinement » a finement affirmé Elisabeth Borne. Tu parles Charles : la petite reine aura droit à un ridicule plan vélo doté de 20 millions d’euros, essentiellement destinés à la subvention de 50 euros pour réparer son vélo. Cela dit, les collectivités mettent la main à la poche pour convertir à la hâte des moitiés de rues en pistes cyclables et subventionner l’achat de vélos électriques.  Et le Conseil d’État a cru bon de rappeler que, même avant le 11 mai, on avait le droit de se déplacer à bicyclette. 

L’édile pactise avec Lallement

On me dira que le vélo présente le double avantage d’être sûr sur le plan sanitaire et écologique. Encore faut-il le choisir librement. Or, il s’agit de nous convertir par la force. On méditera au passage ce curieux chassé-croisé : en Chine, on subventionne l’achats de voitures qui repart à la hausse, tandis que nous et nous, nous sommes sommés de nous mettre au vélo, genre Chinois à Paris.

A lire ensuite: Déconfinement: la fausse bonne idée du vélo

Dans la capitale, nous avons le droit à la version hardcore de ce totalitarisme du bien avec le duo diabolique Hidalgo/Lallement. 

Mais que les rouleurs au diesel de nos belles régions ne se réjouissent pas trop vite : de Grenoble à Nice, de Toulouse à Montpellier, si vous persistez dans le vice automobile, tout sera fait pour vous rendre la vie impossible. Après le 11 mai, vous aurez le droit de vous déplacer mais vous ne pourrez pas circuler. 

Cultivons l’empathie pour rester humains

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Film "I am mother" de Grant Sputore (2019). Image: capture d'écran Netflix

Une humanité qui ne cultive plus son empathie ne va pas simplement retourner parmi les bêtes, au stade de nature. Elle est mûre pour le remplacement par l’intelligence artificielle.


Animal, machine ?
Non humain.
Vous avez des preuves ?

Drôle de moment où nous voici tiraillés entre deux extrêmes, sommés de se justifier sur-le-champ, d’expliquer pourquoi nous vaudrions mieux – nous les hommes – que la machine ou que l’animal.

À ma droite, la technologie, qui nous met en concurrence avec l’intelligence artificielle, plus forte, plus rapide, plus fiable, qui promet de nous reléguer d’ici quelques années, pauvres humains, au rôle de machines obsolètes, comme ces ordinateurs des années 80 que l’on regarde aujourd’hui un peu moqueur, avec un brin de nostalgie pour le bonheur qu’ils nous ont procuré enfants.

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À ma gauche, les antispécistes, nouveaux soldats de la cause animale, qui veulent nous convaincre que la hiérarchie homme – animal n’a plus lieu d’être, que tuer une vache c’est tuer une sœur, que nous serions devenus criminels et anthropophages à notre insu.

Il était une fois dans les Balkans…

Alors, qu’est ce qui fait notre spécificité en tant qu’Homme, puisqu’il faut maintenant apporter des preuves ?

Il serait bon que les philosophes nous éclairent…

Et il me revient cette histoire, apprise d’une bouche amie.

Cela se passe dans un pays des Balkans.
Il y avait cette femme, son enfant, son seul enfant, condamné par une maladie que l’on disait incurable.
Les médecins avaient évoqué une dernière opération possible, très coûteuse, jamais tentée jusqu’à lors, puis finalement décidé que l’entreprendre serait inutile, qu’elle serait inévitablement vouée à l’échec. Et puis trop chère pour pouvoir être prise raisonnablement en charge par le système d’assurance maladie.
Dès lors plus d’espoir possible.
L’enfant était condamné.
La mère ne put s’y résoudre.
Refusant la fatalité, elle mit tout en œuvre pour récolter les fonds et financer malgré tout l’opération. Son cas émut la population et, en quelques semaines, par un élan de générosité inattendu – des milliers d’anonymes envoyèrent leurs dons – elle parvint à réunir la somme nécessaire (c’est d’ailleurs assez fréquent chez nos voisins de l’Est ces appels aux dons venant de particuliers, dans les médias, ou même directement dans votre boite mail au travail, pour des opérations que le système de santé ne peut pas assurer. Cette solidarité parallèle – ou palliative – qui chez nous s’organise par l’entremise des grandes associations caritatives, s’exprime ici de façon plus directe, plus personnelle. L’intermédiaire anonyme passe à la trappe).
Grâce aux fonds récoltés donc, l’opération eut lieu.

L’enfant ne put être sauvé.

Comme l’avaient dit les médecins, comme l’avait prédit la science, la science avait raison, la raison a eu raison. L’intelligence artificielle, si on l’avait sollicitée, aurait conclu elle aussi avec plus de précision et plus de certitude encore, de l’inutilité de se lancer dans cette entreprise. Et pourtant, qui peut affirmer que l’opération n’aurait pas dû avoir lieu ?

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Pour la mère, la raison importe peu. Quelle mère ne tenterait pas tout, même l’impossible, pour sauver son enfant. Comment lui survivre avec le doute, avec le regret de ne pas avoir tout essayé ?  

Mais qu’en est-il des autres, les milliers de donneurs ? Eux non plus n’ont pas agi par raison – l’issue malheureuse était prévisible – ni par espoir fou. 

Alors pourquoi ? 

Au-delà de l’émotion, il y a sans doute une motivation plus profonde qui a résonné chez chacun d’entre eux : « Moi aussi à sa place, j’aurais tout tenté. Et je fais pour elle ce que j’aimerais que l’on fasse pour moi ».

L’empathie.

Que reproche-t-on en dernière instance aux pires criminels, ce qui les exclut de façon irrémédiable de la société des hommes ? Leur absence de remords, souvent conséquence de l’absence d’empathie. Point d’empathie, point de rachat possible.

L’empathie en danger

Regardez un enfant de 2 ans. Rarement vous le verrez interrompre ses jeux aux hurlements de son petit frère, juste à côté, qui vient de chuter de sa chaise et heurter violemment le carrelage de la cuisine. Il lui faudra quelques années supplémentaires pour développer l’empathie, étape nécessaire nous disent les pédiatres, qui humanisera peu à peu ce monstre égoïste. Apprendre à devenir un homme en passe par là. (L’absence d’empathie est sûrement une question de survie les premiers jours, et son développement par la suite également, puisque sans les autres, on meurt…la nature est bien faite !  Ce qui incite par ailleurs à se demander si l’on a bien compris ce qui se jouait ici. Dans une société horizontale dont le principal moteur sera l’agrégation ou la concurrence des droits individuels, et dans laquelle les rapports entre citoyens ne seront plus que régit par le droit et le contrat – « l’envie de pénal » dont s’amusait Philippe Muray – quelle place pour l’empathie ? Pour quelle raison se soucier de mon voisin puisque c’est à l’État ou à la loi s’en charger ?)

Alors l’empathie, c’est nous ?

C’est peut-être l’une des dernières digues à laquelle s’attaquent les chercheurs en IA, sans doute la plus difficile, puisqu’ils ont compris que se jouait ici le point de bascule pour nous rendre acceptable les décisions de l’IA, qui seront logiquement de plus en plus coercitives.

Seulement il s’agit ici de mimer, une empathie de parade, le robot à visage humain aurait dit le philosophe.

Il y aura toujours contradictio in adjecto. Une chose que la machine pourra toujours singer, mais pas nous prendre, alors que sur bien d’autres terrains comme la puissance de calcul et la mémoire, nous sommes déjà hors-jeu…

A lire ensuite: Les végans, ces pénibles puritains des fourneaux

Quant aux bêtes, il faut noter, non sans ironie, que c’est cette même empathie qui conduit les antispécistes à considérer l’animal comme leur égal. Cette supériorité de fait qu’ils refusent d’admettre (on ne connait pas encore de vache sensible à la cause humaine), leur donne cette responsabilité envers l’animal qu’ils endossent pourtant (de façon un peu excessive, certes…)

Alors en attendant que les philosophes nous rassurent, soyons déraisonnables – de temps en temps – chérissons nos empathies, restons humains.

Le temps des collapsologues est arrivé

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Le conférencier Pablo Servigne à Montpellier en 2018 © Xavier Malafosse/SIPA Numéro de reportage: 00879711_000006

La récession qui s’annonce, qui sera bien plus sévère en dégâts humains que l’épidémie elle-même, est une aubaine pour les apôtres de la décroissance et du repli sur soi.


Philippulus le prophète a repris du service. On le croyait enfermé dans un asile psychiatrique, il se répand sur les ondes. Il a simplement changé de nom, il s’appelle Yves Cochet, Agnès Sinaï, Pablo Servigne, Jared Diamond ou Raphaël Stevens — tous les apôtres de l’« écologie profonde » dont Arne Næss fut en son temps (1973) le Nouveau Messie. Le coronavirus leur a donné des ailes et des arguments.

Jean-Pierre Le Goff a récemment résumé la situation : « Dans le cours même de la pandémie, l’écologie punitive et rédemptrice a continué de nous assener ses leçons. La pandémie serait un « signe » ou un « ultimatum » que nous enverrait la « Nature » ou encore la conséquence de nos « péchés écologiques ». » Et de souligner la proximité de cette collapsologie avec l’« effondrement » de juin 40 et le fameux discours de Pétain : « Nous payons le prix de nos fautes ».

À vrai dire, dans un pays qui a en un instant réinventé les Ausweis, encouragé la délation — un tic national — et qui n’imagine de déconfinement qu’avec l’aide d’une milice qui régira nos déplacements, la tentation du pétainisme est à portée de main.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Automobilistes, vous n’imaginez pas tout ce qu’Anne Hidalgo peut faire pour vous

Encore que les vrais écolos, ceux qui ont fait de l’effondrement de notre civilisation leur fond de commerce, aimeraient que l’épidémie soit plus incisive. « Nous sommes encore loin, déplore Yves Cochet, d’une pandémie aussi contagieuse que la grippe et aussi forte qu’Ebola, ayant 50 % de mortalité – nous n’en sommes qu’à 2 % –, qui elle pourrait causer un effondrement mondial. Là, il semble que la pandémie soit assez stable, qu’il n’y ait pas de mutation »« mais on ne sait pas comment ça va tourner », ajoute avec gourmandise l’ancien ministre qui vit dans une ferme autonome d’une cinquantaine d’hectares, pauvre de lui. Dans le monde de la « deep ecology », il vaut toujours mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. Heureusement, le pire est presque sûr, en sortie de crise : « Il faut diminuer notre niveau de vie, aller vers la décroissance. Sinon ce sera la guerre… »

Pablo Servigne, l’un des inventeurs de la « collapsologie », propose ses solutions. « Retrouver la lenteur. Le lien avec nos voisins. Le retour du vivant : on voit bien qu’il ne s’agit plus de protéger le vivant, mais le régénérer, lui redonner de la place. On a aussi une opportunité de revoir notre système de santé, et la manière dont on prend soin de nos anciens. Tout est à revoir. Le système des Ehpad c’est un processus industriel, c’est affreux. Il faut revenir à des systèmes conviviaux, dignes. Revoir notre rapport aux migrants, également. Quand on voit le Portugal qui régularise les sans-papiers pour qu’ils aient accès aux soins, on se dit que tout est possible. Sans compter qu’on aura besoin de compétences et de main d’œuvre dans les mois qui viennent, pour reconstruire un pays décent et digne. » Un bien brave garçon, alors qu’il est évident que nous avons un léger problème avec les fonds sociaux si libéralement distribués.

A lire aussi, David Angevin: Transition énergétique: le trublion Moore s’attaque à l’escroquerie du siècle

Cette écologie pénitentielle, comme dit Le Goff, prêchait depuis longtemps l’Apocalypse. On sait que « la terre ne ment pas » (heu… Pétain ou Cochet ? Je ne sais plus). Le bug de l’an 2000 ayant fait Pschitt, nous étions en retard d’une apocalypse. Le virus qui court les villes — et beaucoup moins, les campagnes, c’est un Signe, hein — est le véhicule commode du repentir nécessaire et du changement radical.

La récession qui s’annonce, et qui sera bien plus sévère, en dégâts humains, que l’épidémie elle-même, est une aubaine pour les apôtres de la décroissance et du repli sur soi. La mondialisation, présentée comme une invention récente, alors qu’elle existait déjà sous l’empire hittite ou dans la Grèce classique, est responsable de la diffusion rapide du virus ? Cessons donc les échanges à haut équivalent carbone, et cultivons notre jardin. Sainte Greta Thunberg a montré l’exemple en refusant de prendre l’avion. Traversons désormais l’Atlantique à la rame. Ou à la nage.

D’ailleurs, les émissions de CO2 ont notablement diminué grâce à l’épidémie — c’est un fait. Continuons dans cette voie — et tant pis si des dizaines de millions de pauvres se retrouvent demain, chez nous, encore plus pauvres. Et résistons aux pressions qui voudraient un retour « à la normale » : le « monde d’après » ne ressemblera pas au « monde d’avant », clament les prophètes.

Rien de très original. René Barjavel, en pleine guerre mondiale, a imaginé, avec …

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Agression contre Zemmour: plaignons le pauvre Mehdi…

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Image: capture d'écran YouTube

Car c’est évidemment lui la vraie victime. Le polémiste le provoquait tous les jours: et c’est pourquoi il « s’est laissé emporter ».


L’agresseur d’Eric Zemmour a donc été interpellé et déféré au parquet de Paris. Le journal Valeurs actuelles nous révèle son blase: Mehdi Korchi – ce que ne font pas toujours tous les journaux dans ce genre d’affaire.

Le mauvais larron avait filmé son agression et s’était vanté d’avoir craché sur Eric Zemmour. Puis il avait diffusé la vidéo sur Snapchat. Elle a fait scandale et de nombreuses personnalités de droite comme de gauche ont apporté leur soutien à Zemmour. 

Mais il y a une deuxième vidéo postée par Mehdi Korchi. Penaud, il s’excuse et dit « s’être laissé emporter ». Personne n’en parle. Pourquoi cette vidéo n’appelle-t-elle aucune compassion? Parce que Mehdi est arabe et que Zemmour est juif?

Il est évident que le pauvre Mehdi avait de quoi « s’emporter ». Le jeune d’Orléans, de passage dans la capitale malgré le confinement, comptait faire tranquillement ses courses au Monoprix proche du Figaro. Et alors il a vu Zemmour sortir du magasin les bras chargés de victuailles.

La provocation était manifeste. Zemmour, qui n’est pas pauvre, aurait pu envoyer au Monoprix ses bonnes et ses valets. Au lieu de cela, il a choisi de s’y rendre en personne. Sans doute dans l’espoir d’y croiser l’innocent Mehdi dont le Mossad lui avait signalé la présence. Oui, on comprend qu’il se soit laissé emporter!  

Quand Mehdi Korchi est rentré chez lui, il était toujours emporté et a donc trouvé le temps de poster sa vidéo. Et alors? Il est parfaitement compréhensible qu’un emportement contre Zemmour dure longtemps. Et il était donc logique qu’il ait fallu un peu de temps pour que la colère de Mehdi s’éteigne et qu’il poste une vidéo avec ses excuses.

Pour nous, adeptes du journalisme objectif, une vidéo annule l’autre. Mais est-ce que la Justice soumise aux diktats du lobby que l’on sait en tiendra compte?  Nous craignons que non et ça nous désespère…

Nous souhaitons à Mehdi Korchi de trouver un bon avocat. Voici quelques arguments qu’il pourra évoquer, sans oublier ceux que lui fournira Claude Askolovitch. Tout d’abord, ses amis et ses camarades viendront dire que Mehdi est un bon garçon. Pacifique et pieux: si l’imam d’Orléans pouvait venir en témoigner, ce serait parfait.

Ensuite il faudra appeler sa mère à la barre des témoins. Elle dira en pleurant que Mehdi est le fils que toute mère aimerait avoir. Il était respectueux et tendre. Et que tous les jours il remplissait filialement le frigidaire familial.

Mais surtout, il faudra retenir à sa décharge le pseudonyme que Mehdi s’était donné sur les réseaux sociaux: « Haram gratuité ». Haram est tout le contraire de halal. Ce qui veut dire en clair que Mehdi avait conscience d’être imparfait et qu’il avançait difficilement mais avec ténacité sur la voix de la rédemption.

Zemmour voudrait-il stopper ce douloureux et complexe cheminement spirituel ? Tout porte à croire que oui, car il a décidé, refusant de tenir compte des excuses de Mehdi, de porter plainte contre lui. On savait bien que Zemmour était un teigneux sans pitié. Mais peut-être que d’ici septembre, il changera d’avis: c’est la date fixée pour le procès de Mehdi Korchi. Pourquoi si tard ? Cela ressort de l’évidence: s’il avait été jugé en comparution immédiate, la jeunesse de son quartier, indignée par les provocations de Zemmour, se serait peut-être révoltée.

Covid-19: La fin des droits de l’Homme en leur nom?

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Le président Macron en visite à Poissy le 5 mai 2020 © IAN LANGSDON / POOL/SIPA Numéro de reportage: 00960206_000010

L’intérêt général commande désormais d’adopter des réflexes de bons sens (porter un masque dans le métro, etc…) afin de se protéger soi-même en préservant les autres. Il impose également de retourner dare dare au boulot si l’on veut sauver quelque chose, notamment nos hôpitaux qui vivent des richesses que nous créons. L’effroi déraisonnable, en revanche, que manifestent des individus jeunes et en bonne santé à l’idée d’être exposé à un virus qui pourrait, au pire, les aliter huit jours, risque quant à lui de transformer la société française en cauchemar.


La grippe tue chaque année 650 000 personnes sur la planète dans une indifférence générale. Je me souviens de tous ces collègues de bureau qui s’embrassaient comme du bon pain quelle que pût être l’épidémie du moment – la grippe bien sûr, mais aussi les gastro-entérites et autres cochonneries. Peu réputés pour leur hygiène corporelle ni pour leur propension à se laver les mains en sortant des toilettes, ces Français qui changent statistiquement de sous-vêtements tous les trois jours vous tendaient des pognes grasses ou des bouches fétides avec générosité — mais ça, c’était avant.

La plage est inaccessible en Bretagne, mais le métro est ouvert à Paris

La semaine dernière, j’ai voulu aller au cimetière voir une amie qui sous sa dalle de marbre, me semblait assez bien à l’abri d’une infection que j’aurais portée à mon insu. La grille du lieu, scellée par des chaînes, affichait un panneau officiel justifiant cette fermeture par la pandémie en cours (assez mollement dans la région nantaise, il faut le dire – 124 décès). L’absurdité de cette mesure cruelle et disproportionnée m’a frappé. Puis j’ai repensé aux plages barricadées et au métro ouvert, mais je n’ai ri que d’un côté de la bouche. Car j’ai imaginé les milliers de vieux agonisants dans leur maison de retraite et sur lesquels le principe de précaution s’était abattu. La porte de leur chambre demeurait aussi close que celle du cimetière et on interdisait à leurs proches un dernier adieu. L’inhumanité d’une telle décision, prise au nom d’un humanisme déréglé, n’a heurté personne, pas plus que le peu de discernement dans les mesures de confinement — appliquer aux zones rurales de l’ouest de la France le même confinement qu’à Paris ou Mulhouse, tout cela pour voir des hélicoptères de la gendarmerie tournoyer au-dessus des Alpes à la recherche d’un randonneur inconscient du risque de diffusion du covid au milieu des alpages et des bouquetins… 

Outre la crise économique, nous devrions être terrifiés pas la collusion entre Facebook, les gouvernements occidentaux et tous les progressistes en passe d’imposer le droit individuel à vivre centenaire dans une rue javellisée trois fois par jour…

Seuls les vieux ont eu le courage de se révolter — un peu. Menacés par un Président de 42 ans d’une assignation à résidence jusqu’à Noël, et conscients du nombre réduit d’étés qu’ils leur restent à goûter, les septuagénaires n’ont pas voulu qu’on les prive du soleil d’août pour les garder d’un péril que certains se sont même déclarés prêts à affronter (ils sont fous les vieux). Mais dans l’ensemble, les « irréductibles Gaulois », notamment les quadras en pleine forme, ont consenti puis réclamé à cor et à cri un confinement liberticide autant qu’économiquement suicidaire. D’une nécessité compréhensible de préserver notre capacité à soigner — donc à réanimer — nous sommes passés à une exigence d’être individuellement protégés de toute exposition possible au virus. Ces Gaulois qui ne se vaccinaient qu’à 40% contre la grippe voulaient tout à coup vivre dans un « safe space corona free ». Pyrrhus semble avoir été leur maître et la « victoire » que nous nous apprêtons à ne pas fêter pourrait bien nous détruire plus sûrement que le SARS-Cov-2.

La Chine ment, les Français se mentent

Aux absurdités génératrices de souffrances ignorées, s’ajoutait en effet un aveuglement général face à la nature du péril, source d’incompréhensions multiples et rageantes. La peur irrationnelle de mourir en croisant son semblable sur un trottoir allait de pair avec une inconscience complète vis-à-vis du tsunami économique qui allait prochainement s’abattre sur notre Nation. Celle-ci compte aujourd’hui 13 millions de chômeurs, et croire qu’il n’en restera que 3 millions le 12 mai relève de la pensée magique. Une croyance maladroitement entretenue par un président et son « quoi qu’il en coûte ». Dans un pays drogué à la dépense publique dont il est champion du monde, mais où les masques et les tests ont curieusement manqué, flatter le tropisme gaulois pour les RTT et la civilisation des loisirs s’apparente à un pari risqué. Il faut ainsi de l’audace pour les conforter dans l’idée que leur lieu de travail s’est mué en taudis insalubre. Une léproserie en open space qui plus est reliée par des transports en commun transmutés en boite de Pétri. Cette terreur apparaissait nécessaire pour s’assurer d’un confinement réussi (et il le fut) en l’absence d’une autre « stratégie » possible. L’on devait donc — pour ne pas immédiatement mourir — rester dans son canapé à voir la mortalité mondiale augmenter d’un modeste 0,3% à la télévision, sans toutefois s’inquiéter pour la fin du mois : Macron avait trouvé la martingale mélenchonesque pour que chaque Français soit dûment subventionné. Une formule magique tenable à court terme lorsque l’on est fonctionnaire ou employé de banque, formule hélas sans effet sur les autoentrepreneurs, les commerçants, les artisans et les millions d’autres travailleurs précaires. Certains penseurs éclairés se félicitent qu’on ait enfin déniché les milliards cachés permettant d’assurer à chacun un train de vie pré-covid, tout en demeurant dans le nid douillet de son domicile désinfecté, mais bien sûr à proximité d’un hôpital largement financé. On se demande comment on a pu passer à côté d’une telle recette ces quarante dernières années. Mais ce n’est hélas pas la seule erreur d’analyse de la situation.

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La bienveillance des médias envers une Chine menteuse — et dont les « publications » dans les revues médicales prestigieuses semblent truffées d’âneries[tooltips content= »Témoignage d’un chef de service au C.H.U. de Nantes »](1)[/tooltips] — contraste avec la sévérité avec laquelle l’Amérique de Trump se voit désignée comme le pays de l’apocalypse covidique. À population comparable pourtant, il y avait au 3 mai deux fois moins de morts aux États-Unis qu’en France, et le fait que Trump soit délirant ne change rien à cette donnée. Au moment où les plaques tectoniques géopolitiques bougent dangereusement, on trouverait sain de rappeler aux spectateurs du journal de 20H qu’une élection américaine se tiendra en novembre prochain, ce qui ne sera pas le cas de la Chine communiste de Xi-Jin-Ping — ni cette année, ni d’ailleurs la suivante. Le relai quasiment sans filtre par les médias français de l’ensemble des informations émanant d’un pays aux mœurs totalitaires, d’un Empire hostile à toute idée de transparence démocratique laisse pantois. La Chine et ses seulement 3 500 morts grâce aux hôpitaux construits en une semaine. La Chine solidaire de l’Europe qu’elle approvisionne généreusement en masques et en experts médicaux. Et Xi Jin Ping, il ne serait pas né dans un arc-en-ciel façon Kim Il Sung des fois ? 

Progressisme, ton univers impitoyable

Après avoir abdiqué ses droits individuels et ses libertés publiques en huit jours, une partie de la France rechigne à déconfiner. Elle lorgne désormais vers un contrôle social qu’on ne rêve pas ouvertement « à la chinoise », mais qui repose sur des technologies cousines que l’on prétend maîtriser. Or, sans GAFAM français, voire européens — une menace à cette échelle déjà — et sauf à ce qu’Orange ait racheté Google à la sauvette courant avril, nous restons à la merci d’entreprises étrangères suspectes. Outre la crise économique, nous devrions être terrifiés pas la collusion entre Facebook, les gouvernements occidentaux et tous les progressistes en passe d’imposer le droit individuel à vivre centenaire dans une rue javellisée trois fois par jour. Plus les dirigeants affichent leur progressisme en bandoulière, plus le confinement se montre au demeurant impitoyable. L’Espagne, l’un des gouvernements européens les plus à gauche, a interdit aux enfants la moindre sortie pendant six semaines — des gamins qui statistiquement ne risquent rien. Pré-covid, priver un môme de tout contact était assimilé à une maltraitance. Mais ça, c’était avant. Homo Festivus Confinus n’est désormais plus un animal social. Côté Festivus, il a téléchargé Zoom — économie de préservatifs en vue.

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Fidèle au court-termisme de ses vues, le progressisme humaniste préfère éviter des victimes en 2020 quitte à en sacrifier dix fois plus dans les prochaines années. Combien de cancers ne seront pas précocement soignés durant cette période où tous les moyens de l’hôpital sont mobilisés ailleurs, même dans ceux qui sont loin d’être surchargés ? À gauche, certains estiment le nombre de décès attribuables au chômage à 50 000 morts par an. Si celui-ci doublait ou triplait durablement, à qui attribuer ces 100 000 morts à venir ?

Les Khmers blancs – façon blouse blanche – ruinent avec enthousiasme les biens communs que constituent le tissu économique, la sociabilité et les libertés individuelles. La folle promesse d’une vie dénuée de risques ne pourra être tenue. Elle ne devrait d’ailleurs pas être exigée par des adultes responsables, même drogués à l’assistanat. Sa mise en œuvre effective risque de nous plonger dans un univers à la « Blade Runner », imperméable aux droits de l’Homme que les progressistes prétendent — comme toujours — être les seuls à défendre. À la manière des Khmers Rouges, ils continueront à nous faire la morale en nous tuant.

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Bruay-la-Buissière: du socialisme au lepénisme?

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Militants RN sur le marché de Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.

Au premier tour des municipales, Bruay-la-Buissière a mis en tête le jeune député RN Ludovic Pajot. Certes épargné par l’immigration, ce bastion socialiste du bassin minier subit les effets de la  désindustrialisation et le chômage. Reportage.


Rien ne m’aura été épargné. À la sortie de la gare de Béthune, un vent mauvais charrie des trombes d’eau autour de la statue de François Mitterrand. Le Pas-de-Calais rose n’est pas à une bourrasque près : neuf kilomètres plus loin, Bruay-la-Buissière risque de passer du socialisme municipal au lepénisme ch’ti. Une navette relie l’ancienne Bruay-en-Artois, tristement célèbre depuis l’assassinat d’une jeune fille en 1972 (voir encadré) à ses périphéries. Avec sa zone commerciale en extension permanente, son centre-ville atone et ses terrils, la cité minière de 22 000 habitants cherche un second souffle. Dans cette ville de grande solitude, tous les héros se sont pollués aux charbons de la mine.

Le jeune député RN Ludovic Pajot, 26 ans, s’inspire du modèle qu’a construit son comparse Steeve Briois à Hénin-Beaumont, autre localité minière sinistrée par la crise économique, pour briguer l’hôtel de ville. À une demi-heure de route l’un de l’autre, Briois et Pajot incarnent le marinisme social, l’un étant le fils d’un apparatchik communiste, l’autre ralliant massivement l’ex-électorat de gauche. Mineur retraité, le délégué CGT Francis Bricout s’en étrangle : « Pajot a fleuri la stèle en l’honneur des résistants communistes fusillés. Une gerbe de fleurs rouges sur une tombe du Parti communiste ! » Quoi d’étonnant là où le taux de chômage frise les 25 % et le Rassemblement national a atteint 46 % aux élections européennes ? Logiquement, la fermeture des puits et le chômage de masse ont progressivement multiplié le nombre de Bruaysiens réfractaires à la mondialisation : 56 % se sont opposés au traité de Maastricht en 1992 avant que 75 % disent niet au traité constitutionnel européen (2005). Sur un plan socio-économique, en trente ans, l’armée de réserve des chômeurs a succédé aux générations de mineurs encadrés et formés par l’appareil PC-CGT.

Maurice, Francis et le directeur du musée de la mine. Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.
Maurice, Francis et le directeur du musée de la mine. Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.

Mais si le RN progresse, sa stratégie locale mise peu sur la rhétorique anti-immigration, d’ailleurs de faible ampleur dans cette zone désindustrialisée où abondent les patronymes d’origine polonaise. Ni LREM ni LR n’osent prendre part à la guerre des gauches qui enflamme Bruay, la majorité municipale socialiste sortante s’étant fracturée en deux listes qui cumulent 56 % des suffrages au premier tour contre 38.6 % pour Ludovic Pajot. En ballottage défavorable, le RN attend son heure. Au point de ressusciter l’espérance ? Pas si vite. Dans cette classe ouvrière moribonde, des décennies de résignation ne s’évaporent pas avec des slogans.

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En pleine zone commerciale Porte nord, mon hôtel offre un poste d’observation idéal de la vie en chaînes. Supermarché Cora, Kiabi, Darty, But, La Pataterie, Subway et autres McDonald’s maillent ce paysage de villages-témoins constitués de lotissements plus impersonnels les uns que les autres. Pour contempler la brique rouge du Pas-de-Calais, il faut rejoindre le « cœur de ville ». En déshérence, ce dernier fait partie des 220 centres de villes moyennes qui bénéficient d’un plan national d’aide. Ici, les corons traditionnels voisinent avec quelques jolies villas, des immeubles sans âme et quelques trouvailles kitsch. À un carrefour, la friterie Ô Ch’ti Régal et son décor de bus londonien toisent un pot de fleurs géant vert pomme.

Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.
Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.

Au cœur du vieux Bruay, sur les 16 commerces du passage couvert La Flânerie ouvert en 1981 ne subsistent qu’enseignes décaties et locaux déserts. Place Jules-Marmottan, la statue nord-coréenne de l’ancien maire surmonte l’immense parking vide de la salle des fêtes, relique d’un des plus grands marchés de la région. Ce jour-là, le salon du jeu vidéo ne déplace pas les foules. Dans cette juxtaposition chaotique de quartiers disjoints les uns des autres, seule la commune associée de la Buissière a conservé son bourg quasi intact autour de la trinité église-mairie-commerces. Nul ne s’étonnera que les scores du RN y soient sensiblement inférieurs que dans le reste de Bruay.

bruay-passage-flaneriemarche-bruay-la-buissiereDimanche 1er mars, sur le marché de la rue Jules-Guesde, les premiers commerçants installent leurs étals dans un froid glacial. La bruine et l’ouverture de l’hypermarché le dimanche matin achèvent de clairsemer la foule qui se pressait jadis près de la gare désaffectée. À quelques pas de son siège de campagne, Ludovic Pajot distribue ses tracts en équipe. Beaucoup réservent un accueil chaleureux à ce jeune homme bien sous tous rapports. Aucun quolibet n’est échangé, y compris lorsque le favori du scrutin croise l’un de ses concurrents, Francis Macquart, à la tête d’une liste « citoyenne » et « apolitique » reçue avec une indifférence polie (4,83 % des voix). Ce géographe de formation arrivé il y a trente ans d’Hénin-Beaumont dresse un diagnostic des plus affûtés : « Bruay n’est jamais très loin des lieux de décision ou d’activité économique d’excellence. Arras, la capitale régionale de l’agriculture et de l’agroalimentaire, est à 30 kilomètres, la capitale de la Flandre, Hazebrouck, à 35 kilomètres, Lille à 45 kilomètres. Chacun doit trouver sa voie, mais on ne voit pas la ligne de force de l’économie locale. » Issu d’une famille de mineurs, Macquart cherche une porte de sortie pour cette ville « longtemps liée aux vieilles industries » en espérant que la région tire profit du Brexit et de sa relative proximité avec Londres, Bruxelles et Paris. « Il faut des réseaux d’échange entre des villes fortes que sont les métropoles. Ce sont les locomotives des territoires. » Certes, mais Bruay dans tout ça ? Conscient que la compétence économique revient à la région, le candidat indépendant – que Pajot caricature en macroniste honteux – loue « l’attitude volontariste de Xavier Bertrand dont profitent les agglomérations comme Lille, Amiens ou la couronne sud proche de Paris », sans se faire d’illusions sur les difficultés locales. Un temps, Bruay avait nourri l’espoir de passer de l’industrie minière à la carbochimie et à la plasturgie afin d’approvisionner les équipementiers automobiles. Prévues pour la reconversion des mineurs dès les années 1960, l’usine Bridgestone (Béthune) et la Société de transmissions automatiques (Ruitz), qui fabrique les boîtes de vitesse de Renault, comptent parmi les rares réussites industrielles du Bruaysis. À moins que le plan européen de fabrication des batteries automobiles ne profite véritablement au bassin local auquel 2 000 emplois sont promis. « Cela doit être le challenge de la prochaine mandature : faire venir des investisseurs et des classes moyennes », a annoncé Pajot. Reste à former la main-d’œuvre locale…

Au xixe siècle, grâce à son environnement campagnard autour de l’Artois et du Ternois, Bruay avait pu aisément pourvoir les mines en ouvriers agricoles reconvertis. Aujourd’hui, toute une génération sacrifiée se débat avec le chômage, les aides sociales et la désespérance. « Des gens de 50-60 ans avaient un boulot, l’ont perdu et n’ont jamais pu rebondir », déplore Macquart. Leurs enfants après eux n’ont guère envie de rêver, à moins de briller à l’école puis de s’exiler. Entre fuite des cerveaux et dépopulation, Bruay-la-Buissière s’enfonce dans la sinistrose. Aux queues des hypermarchés, les cortèges d’obèses donnent un aspect morbide au quart-monde. La faute à la désindustrialisation ? Pas seulement. Francis Macquart met également en cause la culture de l’assistanat. « Ici, culturellement, on est encore dans une forme d’héritage lié à la prise en charge des mineurs de la naissance jusqu’à la mort », tandis que l’éthique du capitalisme fleurit dans la Flandre voisine, où le chômage plafonne à 6-7 %.

Pour comprendre comment on est passé du capitalisme de papa à la perfusion de l’État-providence, il faut descendre dans la mine. Le voyage dans le temps commence au local CGT de Bruay. De ses années de blouson noir, Francis a gardé tatouages aux avant-bras et franc-parler. « On a tout perdu avec le métier qui a disparu. Tant qu’on trouvera des gens qui travaillent pour un bol de riz, sans sécurité sociale ni rien du tout, on fera faire du charbon n’importe où à n’importe quel prix. » Au temps glorieux des houillères, la vie n’était pas pour autant un fleuve tranquille. Si le père de Francis bénéficiait de la sécurité de l’emploi, du logement, de la médecine et du chauffage gratuits fournis par les Charbonnages de France, il n’a pu dépasser les 40 ans. En ce temps-là, les galibots du fond de la mine respiraient les poussières de charbon dès 12 ans, développant silicose, pneumoconiose et autres maladies pulmonaires. Malgré la réprobation paternelle (« Il répétait : “Plutôt que de le voir à la mine, je préfère lui casser les pattes”. »), Francis est descendu dans la mine à 17 ans pour nourrir femme et enfant. Sa bonne fortune ne lui a laissé aucune séquelle malgré un quart de siècle passé au fond et cinquante ans de militantisme communiste. « Il ne faut pas peindre le tableau tout en noir. On n’a pas travaillé de la même façon que nos anciens. Au bout de six mois, un mineur gagnait plus qu’un instituteur, qui était vraiment payé à la fronde ! Après vingt-cinq ans de fond, je suis remonté au jour quand on a fermé les puits. J’étais manœuvre dans la période où ils ont amélioré les logements miniers. » Dès 1979, Bruay a bouché ses mines, suivie par l’ensemble du Pas-de-Calais en 1990. De mémoire de Ch’ti, cette fin d’un monde fut rude à encaisser. L’exploitation du charbon avait débuté dans le département dès 1842, avant de traverser trois guerres contre l’Allemagne, la nationalisation en 1945, les grandes grèves de 1948, la récession minière puis une (courte) tentative de relance sous Mitterrand. « En 1981, la gauche étant arrivée au gouvernement, j’étais de ceux qui ont cru que la relance était partie. En fait, on n’a gagné rien du tout puisqu’on a continué à fermer les derniers puits de mine. » À Matignon, toute la bonne volonté de Pierre Mauroy, régional de l’étape, n’a fait que retarder l’inéluctable. Une fois le terrain remblayé, les soutènements abattus et l’accès au fond bouché, impossible de rouvrir une mine. Ne reste plus qu’à passer des terrils au lavoir pour en récupérer les derniers résidus de charbon. C’est d’ailleurs en 1983, au cours de ces années de transition, qu’a ouvert le Musée de la mine de Bruay, première patrimonialisation d’un passé bientôt révolu. Son conservateur, Didier Domergue, élevé dans une famille de mineurs, explique ainsi les causes de l’arrêt de l’industrie houillère : « On a commencé à arrêter l’extraction de charbon en 1960. C’est le début du déclin parce que l’Américain a poussé l’Européen à se chauffer autrement, au pétrole puis au gaz. Extraire le charbon demandait beaucoup de personnel et de matériel. Ça n’était pas rentable. » Guide au musée, Francis se souvient des opérations coup de poing de la CGT contre les bateaux d’Australie débarquant à Dunkerque remplis de charbon à moindre coût.

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Autant le Musée de la mine reconstitue l’intérieur d’une fosse et la culture ouvrière avec un zèle admirable, autant la Cité des électriciens fait figure de relique Potemkine. Cette ancienne cité minière, naguère noire de suie et pratiquement insalubre, a été soigneusement ripolinée pour y héberger artistes et curieux. Les prolos n’y retrouvent plus leurs petits, a fortiori lorsqu’une troupe de théâtreux folklorise le passé minier en jouant des saynètes d’époque. Le comique involontaire le dispute à la gêne du spectateur.

Cité des électriciens, mars 2020. Photo : Daoud B.
Cité des électriciens, mars 2020. Photo : Daoud B.

Au quotidien, la chaîne entre les générations essuie des coups bien plus violents. Épisodiquement, des bandes de jeunes provoquent des incendies criminels ou agressent gratuitement leurs aînés. Leur nihilisme à la petite semaine indigne bien au-delà des rangs lepénistes. Henri Bodelot, 84 ans, fils de mineur résistant communiste fusillé par les Allemands, s’agace de l’anomie ambiante : « Par le passé, dans les corons, les parents réprimaient tout mauvais acte des enfants. La police était faite dans chaque ménage. Aujourd’hui, beaucoup de familles n’éduquent pas leurs enfants. En février, des jeunes déscolarisés ont tapé comme des sauvages sur la voiture d’un couple de retraités. Une patrouille de police passait par là et leur a dit : “Allez à la fête foraine au lieu d’embêter les gens”. De mon temps, ils les auraient emmenés au commissariat. » L’oisiveté, mère de tous les vices ? En marxiste intelligent, Francis n’excuse pas davantage ces errements – « On n’avait pas de pognon, c’est pas pour ça qu’on a tout cassé. La classe ouvrière n’a plus de conscience de classe. Elle est mal éduquée politiquement et mal éduquée tout court. » Autrefois, comme dans la chanson de Ferrat, nombre de jeunes adultes entendaient devenir flics ou fonctionnaires. Après une double carrière de maçon et de postier, Bodelot a pu acheter et construire sa maison, conseillant à ses quatre enfants « d’être fonctionnaire le plus possible ». Bingo : deux de ses filles sont institutrices.

Henri Bodelot, Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.
Henri Bodelot, Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.

Heureusement, jeune n’est pas toujours synonyme de délinquant. Preuve en est faite au laboratoire de fabrication de Bruay où une conseillère en insertion professionnelle encadre des formations de six mois en numérique. Objectif : remettre sur les rails du travail 12 jeunes âgés de 16 à 25 ans. « Quelques entreprises du Pas-de-Calais commencent à chercher des développeurs et web designers. Sur dix offres d’emploi, il y en a deux sur le bassin d’emploi local et le reste dans les métropoles de Lille, Roubaix et Tourcoing. Je dis donc aux jeunes : “Faut partir !” » commente la tutrice. Beaucoup manquent d’estime de soi, peinent à maîtriser les codes sociaux et à échapper au déterminisme social. Arrière-petit-fils et petite-fille de mineur, Kevin et Alison sortent un peu du lot.

Alison et Kevin, Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.
Alison et Kevin, Bruay, mars 2020. Photo : Daoud B.

Étrangement, Kevin, 19 ans, sans diplôme, se destine au métier de chauffeur poids lourd après avoir obtenu son permis de conduire et achevé la formation informatique. « Le numérique me servira toujours, l’avenir est vaste », justifie ce rejeton d’un ouvrier du bâtiment qui s’est ruiné le dos. Quant à Alison, 21 ans, diplômée d’un bac pro gestion-administration, elle ne trouvait aucun emploi à la sortie du lycée. « On demande à chaque fois d’avoir une licence pour être secrétaire. » Et comme l’Éducation nationale ne propose pas de filière numérique proprement dite, la formation arrivait à point nommé. Fille d’un programmateur de robots lui ayant transmis l’atavisme familial, Alison va intégrer l’école du numérique Pop School de Lens. Même en ces temps de confinement, ne lui parlez pas de télétravail. Contrairement aux cadres en informatique chevronnés, les jeunes pousses du numérique n’ont aucune chance de trouver un emploi à distance. Il paraît qu’« open spaces », « co-working » et brainstorming requièrent une émulation collective. Ainsi les gens du Nord captent la lumière bleue qui manque à leur décor.

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Le notaire et le petit juge

Bruay-en-Artois, 6 avril 1972 : la fille de mineur Brigitte Dewèvre, 15 ans, est retrouvée morte étranglée dans un terrain vague. Chargé de l’enquête, Henri Pascal, dit le Petit Juge, membre du Syndicat de la magistrature, inculpe un riche notaire, Pierre Leroy, sur la foi de son intime conviction. De passage près du lieu du crime en visite chez sa maîtresse, ce dernier devient l’homme à abattre pour la mouvance maoïste. Alors en plein essor, la Gauche prolétarienne de Benny Lévy et Serge July, futur fondateur de Libération, mène une « enquête populaire » synonyme de justice de classe. À Bruay, ses militants créent un Comité pour la vérité et la justice qui proteste contre la libération du notaire et le dessaisissement du juge Pascal. Avec le soutien de Jean-Paul Sartre, La Cause du peuple décrète : « Il n’y a qu’un bourgeois pour avoir fait ça », puis appelle au meurtre vengeur contre le notaire – « Nous le couperons morceau par morceau au rasoir ! – Je le lierai derrière ma voiture et je roulerai à 100 à l’heure dans les rues de Bruay ! – Il faut lui couper les couilles ! » Chez les mineurs du cru, qui vivent leurs dernières années d’activité, « les gens étaient agressifs. Il n’a pas fallu tisonner beaucoup le feu pour enflammer tous les corons autour. S’il y avait eu quelques gars plus culottés, ils auraient brûlé la maison du notaire et l’auraient pendu », se souvient le délégué CGT Francis Bricout. Finalement, la justice innocentera le notaire ainsi qu’un jeune homme qui s’était accusé du crime. Cinquante ans plus tard, le mystère reste entier.

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Ils ont tué Pierre Overney

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Comment notre Etat s’est fait hara-kiri

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Olivier Véran, Edouard Philippe et Jérôme Salomon. Auteurs : Tristan Reynaud/SIPA . Numéro de reportage: 00948627_000006

Les Français croient encore qu’ils disposent d’une administration napoléonienne : verticale, avec des ministres et des préfets, bref des chefs. C’est faux : après quinze ans de « modernisation », il n’y a plus que des « managers administratifs » qui pratiquent la « transversalité », recherchent « la qualité » et la « performance ». C’est précisément pour cela que la France manque de masques, de tests et de stratégie sanitaire face au coronavirus.


La « mise sous tension » du secteur santé a d’abord conduit à supprimer les stocks de masques. Et les « bonnes pratiques » de passation des marchés publics ont débouché sur la passation de trois très gros marchés à la Chine. On aurait pu en commander à une centaine de producteurs différents ou bien relocaliser en France la production de masques, ou encore favoriser l’artisanat commercial ou familial.

Des masques… fin juin

Autant de solutions pragmatiques qui n’auraient pas su satisfaire les (trois !) bureaux différents du service des achats du ministère de la Santé : les bureaux du « contrôle », de la « procédure » et de la « performance (!) ». Seuls de très gros marchés pouvaient correspondre aux exigences de la Sainte Trinité managériale en termes de droit, de normes et de règles de gestion. Grâce à ce cahier des charges, les Français auront de beaux et bons masques aux normes Afnor et commandés selon des procédures ISO… fin juin !

Et il ne s’est trouvé personne, ni ministre, ni directeur, pour bousculer, au vu des circonstances exceptionnelles, ces règles nuisibles. Si pour De Gaulle « L’action est le jeu divin du héros », le respect de la procédure est le devoir mesquin du bureaucrate managérial.

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C’est un peu la même histoire pour les tests. Dans l’organisation traditionnelle de la France, le préfet coiffait les services départementaux de l’État, notamment la direction de l’Action sanitaire et sociale et les services vétérinaires. Trop simple. Au nom de la « modernisation » deux réformes ont été engagées : la « mutualisation » et la « régionalisation ». Résultat : nous disposons de douze agences régionales de santé (ARS) en métropole (après la fusion des régions voulues par François Hollande). Quant aux services vétérinaires, ils sont restés à la main des préfets dans le cadre des directions de la protection des populations ou des directions de la cohésion sociale.

Tests : trois semaines de perdues

Pour les tests, les labos publics des services vétérinaires disposaient des moyens les plus importants. Mais ils sont restés trois semaines l’arme au pied. Pas question pour la Santé de faire appel aux gueux de l’Agriculture. Ni pour les ARS de solliciter des services préfectoraux. D’autant qu’entre deux discours-fleuve, le Premier ministre a manqué de temps pour rendre des arbitrages…

Pour les traitements des malades symptomatiques, on a assisté aux mêmes délires : le lancement à grands sons de trompe d’une étude européenne (donc lourde par nature) sur les soins hospitaliers à privilégier en cas de forme d’expression grave de la maladie. Fantastique pour les « managers » de la Direction Générale de la Santé (DGS) et les grands laboratoires pharmaceutiques. Sauf que pour lutter contre l’épidémie, la vraie priorité aurait été de traiter dès l’origine les formes bénignes de la maladie pour limiter la contagion et essayer d’enrayer l’engorgement des services hospitaliers. Tout en laissant les médecins généralistes ou exerçant en Ehpad tester différentes pratiques. Au lieu de se borner à recommander (sans étude randomisée au demeurant)… la seule prise d’aspirine.

Des circulaires aussi parfaites qu’inapplicables

Le déconfinement ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices. Le gouvernement a annoncé qu’il se ferait autour de deux pivots : les préfets et les maires. Ce qui pourrait passer pour un retour au bon sens territorial est aussi une entreprise de défausse. On vous explique : les administrations centrales de la Santé et de L’Éducation pondent des circulaires aussi parfaites qu’inapplicables. Si les préfets et les maires veulent les mettre en œuvre, ils ne déconfinent pas. S’ils veulent déconfiner, ils en prennent leur aise avec les circulaires : mais en cas de poursuites pénales (pour mise en danger de la vie d’autrui), ce sont eux qui se retrouvent devant les tribunaux. Philippe, Blanquer, Véran, et les directeurs d’administration qui en dépendent ne gouvernent pas, ils se bornent à se protéger des suites judiciaires de leur mal gouvernance.

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C’est ainsi que le juge judiciaire va de facto imposer une poursuite du confinement au-delà des simples exigences sanitaires. Un juge judiciaire doublement irresponsable

– parce qu’il juge de ce qu’il aurait fallu faire ou ne pas faire A POSTERIORI, ce qui est plutôt… commode,

– et que lui n’est en rien responsable, ni poursuivable, pour ce qu’il décide.

Ce qu’on appelle l’État de droit n’est rien d’autre qu’une dictature judiciaire.

Le déclin du courage

C’est le grand Soljenitsyne, dans son discours de Harvard en 1978, qui explique le mieux notre situation : « Le déclin du courage est ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté non seulement le monde occidental dans son sens noble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis (…) Une société qui s’est installée sur le terrain de la loi sans vouloir aller plus haut n’utilise que faiblement les facultés les plus élevées de l’homme. Lorsque toute la vie est pénétrée de rapports juridiques, il se crée une atmosphère de médiocrité morale qui asphyxie les meilleurs élans de l‘homme. Et face aux épreuves du siècle qui menacent, jamais les béquilles juridiques ne suffiront à maintenir les gens debout. »

Le Déclin du courage (Le Goût des idées t. 44)

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Rokhaya, sors de ce corps!

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Eric Le Boucher Image: capture d'écran YouTube

À propos d’une chronique d’Eric Le Boucher, dans laquelle le journaliste regrette que l’économie soit à l’arrêt (horreur!), tout ça pour des « vieux blancs malades »


Ce 3 mai, Eric Le Boucher a écrit pour le site L’Opinion une chronique dans laquelle il expose à nouveau son idée que le confinement a été une catastrophe, du point de vue économique, et que le pire est à venir. Mais aussi que le confinement était « obligatoire » parce qu’il était inenvisageable pour les gouvernements de laisser mourir potentiellement des centaines de milliers de personnes.

Le racialisme gagne l’opinion française

On peut bien sûr discuter nombre de points soulevés dans cette chronique, en particulier celui qui interroge nos sociétés occidentales qui « se débarrassent » de leurs aînés dans des Ehpad tout en versant « des larmes » sur leur sort au moment de cette crise sanitaire. Ou encore celui de faire de cette génération de « baby boomers » dans son ensemble LA génération insouciante qui aura ardemment et jalousement profité de ce temps béni de « l’emploi facile », du « sexe libre » et de la paix, sans jamais en éprouver le moindre remords (discours qui étaie généralement ceux des écologistes les plus durs, par exemple), et qui par conséquent peut bien, d’une certaine manière, céder la place, selon le journaliste.

Mais ce qui étonne et détonne surtout dans cet article, c’est l’utilisation d’une terminologie « racialiste » qui semble accréditer sournoisement l’idée que les Blancs sont, fondamentalement, des privilégiés qui tirent la couverture à eux jusqu’au seuil de leurs tombeaux.

A lire aussi: La première fois que Le Monde a écrit le mot « racisé »…

Le titre de la chronique est à la fois étrange, incongru, trivial et (volontairement ?) cynique et choquant : « Coronavirus : tout ça pour des vieux blancs malades ! » 

Plus loin, le journal fait un résumé de la première partie de sa chronique : « En l’état actuel de sa diffusion, la pandémie tue les vieux déjà malades et blancs. » Puis il explique : « Le monde a totalement arrêté l’économie pour sauver des vieux blancs déjà malades » ; ou écrit : « Reste notre sauvetage des vieux blancs de 84 ans. »

Avec sa « discrimination sanitaire », Le Boucher charcute l’universalisme bien de chez nous

Revenant à intervalles réguliers des États-Unis où elle se rend afin d’affiner son discours, Madame Rokhaya Diallo participe médiatiquement et activement à cette nouvelle obsession « racialiste » qui envenime de plus en plus souvent les débats en France. 

Nous avons pu la deviner jusque dans les propos d’une actrice ou d’une adolescente suédoise qui considéraient que les dégâts causés à la planète, ou que « la vision des films », étaient de nature patriarcale, raciste et… blanche.

C’est aujourd’hui Eric Le Boucher qui nous la ressert et on peine à comprendre le raisonnement logique qui l’a amené à souligner la couleur de peau de ceux de nos concitoyens que nous essayons de protéger du virus mortel. Le journaliste sous-entend-il que les vieux blancs sont parvenus à cet âge (84 ans et plus !) parce que blancs, donc ayant profité toute leur vie d’une discrimination sanitaire, alimentaire, etc. favorable aux blancs, ou qu’ils ont été mieux pris en charge, du fait d’une pâleur plus blanche que jamais à l’orée du grand âge, que des personnes d’une autre couleur de peau ? Sous-entend-il que si les vieux avaient été noirs ou jaunes, dans nos Ehpad, nous les aurions laissés plus facilement mourir ? Veut-il simplement souligner, par un détournement linguistique étrange, la forte mortalité dans des pays qui comptent plus de vieux à la peau banche qu’à la peau noire ou jaune, hémisphère Nord contre hémisphère Sud ? N’aurait-il pas été plus simple alors de parler en termes géographiques plutôt qu’en termes racialistes et épidermiques ? A-t-il voulu suggérer finalement que si les victimes du coronavirus avaient été majoritairement des Noirs ou des Jaunes, l’économie mondiale aurait continué de tourner comme avant ? Tout cela est possible. Et plus encore.

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Car il est possible aussi que Le Boucher ait fait, en toute conscience, le choix de ce syntagme discriminant et raciste en espérant qu’il résonne avec toutes les thèses en cours sur la domination des blancs, des occidentaux, sur le décolonialisme ou sur le « racisme d’État ». Lui qui prône depuis longtemps l’immigration massive (dont il croit qu’elle permettra l’augmentation des salaires !?), a peut-être voulu jeter un pavé dans la mare de ce vieux pays de blancs racistes qui ne voient pas du même œil amouraché que lui l’arrivée des « migrants » à la peau plus foncée.

Bande de fragiles!

Il est également possible qu’il ait lu, sur le site Slate.fr dont il est un des co-fondateurs, le très long article d’une universitaire américaine expliquant la notion de « fragilité blanche » développée par la sociologue Robin DiAngelo et qui fait le bonheur de tous les campus « progressistes » américains et de Rokhaya Diallo. En un mot : quoi qu’il fasse ou pas, quoi qu’il dise ou pas, le blanc est raciste. S’il se tait ou tente d’argumenter ou devient hystérique ou sort de la salle à la seule évocation de son racisme « inconscient », il aura fait la démonstration de sa « fragilité blanche », celle d’une personne qui « n’est pas habituée à remettre sa couleur de peau en question », qui ignore le racisme subi par d’autres, qui manque « d’endurance » pour discuter de racisme.

Eric Le Boucher a-t-il voulu mesurer le degré de notre « fragilité blanche » ? Pourquoi pas, après tout. Au vu des thèses les plus folles courant en ce moment sur les campus américains et nous revenant en pleine figure via certaines personnalités universitaires, artistiques ou médiatiques, nous devons donc nous attendre très prochainement à des articles évoquant toutes nos autres « fragilités », et à d’autres titres choc : « Coronavirus : Tout ça pour des vieux colonialistes malades ! » , « Coronavirus : Tout ça pour des vieux hétérosexuels malades ! » « Coronavirus : Tout ça pour des vieux mâles malades ! », etc.

Beethoven et son déconfinement

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Le pianiste argentin Miguel Angel Estrella, à Paris, en 2011 © FAYOLLE PASCAL/SIPA Numéro de reportage: 00628334_000007

Le chant « O Welche Lust » de l’opéra Fidelio est devenu un véritable symbole de la résistance à l’oppression politique. 


Le génie de Ludwig van Beethoven, né voici précisément deux siècles et demi, repose sur sa volonté d’avoir su concilier musique et idéal éthique, ainsi qu’orage créateur et amour de l’humanité. Il est à la fois initiateur d’une œuvre intemporelle et figure de l’artiste habité par le désir de représenter son époque. Ce compositeur, qui a traversé un temps notamment marqué par la Révolution, les épopées napoléoniennes et le romantisme, est porteur d’une pulsion de liberté stupéfiante. Ses accords outrepassent les convenances autant que les grilles alors admises dans son siècle ; ils provoquent autant qu’ils annoncent lointainement des sonorités jazzy qui porteront plus tard l’espoir de la liberté et de l’égalité chez les anciens esclaves noirs. 

La subtile échappée de Beethoven vers le déconfinement est illustrée par son unique opéra, Fidelio, œuvre majeure dont la première est donnée à Vienne en 1805, et dont la version définitive a vocation à délivrer des enseignements politiques destinés à lutter contre tout abus de pouvoir. Ceux-là vont faire jaillir les larmes, un matin de 1983, du célèbre pianiste argentin Miguel Angel Estrella, précédemment libéré des geôles uruguayennes et fondateur de l’ONG Musique Espérance, tandis qu’il se trouve dans une salle de répétition attenante au studio de télévision où est présenté chaque jour le journal de 13 heures.

Les larmes de Miguel Angel Estrella

Estrella s’est fait, au sortir de la prison où il a été torturé, une promesse: il n’adressera plus jamais la parole à un militaire, ni même n’acceptera de se trouver en présence d’un soldat ou d’un officier en uniforme. Il a pour cela d’excellentes raisons. Les séances qu’il a subies après des interrogatoires répétés et incohérents ont laissé des séquelles qu’on devine intolérables. Son action en Amérique du sud pour la diffusion de la musique, conjuguée à la rencontre d’un ami jugé subversif, a entraîné son arrestation par la junte qui l’épie depuis plusieurs mois. Il a en effet pour habitude de partir dans les Andes avec un piano juché sur une camionnette, afin de faire connaître la beauté des partitions classiques aux paysans qui écoutent ces sons jusqu’à présent inouïs. 

Ses complices ? « Bach, Beethoven Mozart, Schubert », répond-il. Les bourreaux n’apprécient pas, et les interrogatoires se durcissent, conduisant à l’accentuation des souffrances, atroces, puis promises comme mutilantes. Son univers devient une solitude peuplée des pas terrifiants des gardiens qui viennent le chercher pour le conduire à la prochaine séance de torture. Le philosophe Jean Améry, lui-même victime des tortionnaires nazis à la cruauté alors insurpassable, émet sur le sujet des propos définitifs : celui qui a été torturé n’appartient plus au monde. Jorge Semprun lui conteste un tel jugement, d’abord parce qu’Améry n’a pas livré un seul nom sous la torture, ensuite parce que le supplicié qui s’est tu sous la douleur devient, au contraire, rattaché au monde par tous les fils de la vie de ceux qu’il a préservés.

Estrella, qui a demandé à faire des gammes sur un piano à queue avant de jouer en direct à la télévision, a ainsi été invité en même temps que…le chœur de l’armée française. L’artiste rescapé entre dans la salle de répétition et s’arrête net : il est, malgré lui, en présence de militaires. Mais il ne songe pas un seul instant à sortir. Ces gars en uniforme chantent, et plus précisément entament pianissimo, les premières notes du chœur des prisonniers de Fidélio. La mélodie écrite par Beethoven est splendide, aérienne et suspendue. Elle figure, et Estrella le sait, un rassemblement de prisonniers politiques en loques, tout juste sortis de leur cachot lugubre pour quelques instants, et qui goûtent la douce lumière de jour : « O Welche Lust. » Il s’agit d’une des plus belles pièces de la musique allemande, l’une des plus saisissantes aussi, parce qu’elle rend admirablement compte de la brève remontée diurne des victimes de la tyrannie vers la liberté. 

Estrella pleure, mais le chef de chœur qui lui tourne le dos continue à diriger et le pianiste à accompagner. Seuls les chanteurs voient les larmes couler sur le visage marqué du prodige argentin, célèbre dans le monde entier. Il vit intensément la musique qui devient un appel à la liberté, bouge les lèvres sans chanter tout en égrenant les notes, tandis que les paroles s’élèvent : « nos cachots sont des tombeaux. » Estrella est secoué de spasmes discrets, affolants pour ceux qui le voient, témoignant d’une noble détresse : « O liberté, nous reviens-tu ? » La joie du déconfinement temporaire des condamnés atteint son acmé sur ces mots : « Quel plaisir que d’être au grand air/ et d’y respirer fortement à son aise ! »

Beethoven contemporain de la Révolution française

L’accompagnement amplifie la valeur mélodique du chant, et les voix sont belles parce que l’écriture presque tendre de Beethoven atteint le sublime. Dans sa briéveté, ce chœur pour homme devient bouclier contre la profondeur de la détresse et de l’abandon. Natan Sharansky, qui sera placé plus de cent jours au mitard de la prison Vladimir au cours de ces années quatre-vingts, y effectuera une grève de la faim avec un livre de psaumes pour seul compagnon et tiendra tête au totalitarisme soviétique, comme Estrella a résisté aux criminels qui ont asservi des pays d’Amérique du sud. Leurs dictatures inexcusables se déploient à cette époque en violation agressive de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, fruit du refus des horreurs de la seconde guerre mondiale, tandis que les prisonniers de Fidelio sont incarcérés en dépit des dispositions de celle de 1789, issue de la Révolution française dont Beethoven chérit les idéaux. 

Lors de la dernière séance de torture, Estrella, les yeux bandés, sent la scie le bas de son avant-bras. Que peut faire sans poignet un pianiste, qui a de plus utilisé pendant sa détention un clavier muet le poussant à la quasi-folie, faute de coordination entre le geste et le son ? Et que doit-il dire pour que cesse le geste du bourreau ? Jean Améry a, dans la prison du fort de Breendonk en Belgique, su interrompre la déchirure absolue de l’écartèlement qu’il subissait avec une efficace modalité d’esquive : « parler », certes, mais à condition de raconter « n’importe quoi », par exemple s’accuser de « crimes imaginaires. » La torture arrache les mots et l’âme, viole les corps et le silence, constitue une insulte définitive à l’humanité de l’homme. En ces instants où la haine paraît sans limite, Estrella sent jaillir le flot d’une parole irrépressiblement christique et puissamment inattendue, qu’il prononce sobrement, comme l’évidence même de la vérité, à l’attention de ses bourreaux soudain médusés, dépassés et vaincus : « Je vous pardonne. » 

Le mouvement de la scie est aussitôt stoppé, la séance de torture s’interrompt, le supplicié est ramené dans son cachot. Quelques jours plus tard, Estrella est libéré sous la pression internationale menée habilement par ses amis. Il retrouve un clavier émettant des sons : sous le doigt naît enfin la note. La junte, en cherchant à lui confisquer son talent qu’elle imaginait producteur de bruits subversifs, a pensé découpler le triptyque formé par la main, le marteau du piano actionné par la touche et la musique qui déploie sa souveraineté. Mais les bourreaux ont oublié que la mélodie prend corps avant tout dans l’esprit, pour devenir réalité selon la conception que s’en fait l’artiste. Il en est de même pour l’être emprisonné, qu’il s’agisse d’Estrella ou de Sharansky, et de tous les autres injustement privés de liberté. Ils vivent leurs temps de réclusion avec les effets permanents de partitions intérieures, d’un livre de psaumes au mitard du Goulag ou d’un manuscrit écrit intérieurement au jour le jour, comme l’a fait Soljénitsyne, en un mot au sein du lieu infini de la liberté intérieure. 

Fidelio de nouveau prisonnier

Le déconfinement n’est pas uniquement le fruit de la seule désincarcération : il intervient comme l’expression d’une construction intérieure sui generis, s’élaborant en chacun de nous pendant le confinement. Beethoven, dont l’œuvre constitue une constante transposition de ses sentiments de fraternité et d’amour malgré une non-réception de la part d’un monde qu’il ne peut plus entendre, élève le personnage de Florestan, enchaîné dans son cachot assigné comme sépulcre, au paroxysme de la vitalité du chant. Dans le morceau de bravoure périlleux qui ouvre le second acte et constitue son entrée en scène se lisent aussi les combats menés depuis les oubliettes les plus sinistres par le philosophe autrichien Améry, le pianiste argentin Estrella et le refuznik soviétique Sharansky, pour ne parler que d’eux. En leur nom, Beethoven laisse éclater sa certitude de la liberté  : « J’osai crier la vérité/ et les fers sont ma récompense./ Je veux supporter les souffrances. (…) J’ai accompli tout mon devoir. » 

Estrella est aujourd’hui sur le point de fêter ses quatre-vingts ans ; puis nous commémorerons le deux-cent cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven. Ce compositeur, qui appartient au patrimoine de l’humanité pour avoir notamment créé trente-deux sonates pour piano dans lesquelles Estrella épouse le génie du maître, vit lui aussi le confinement, alors que les répétitions de Fidélio doivent débuter : Napoléon, dont les armées entrent triomphalement à Vienne, s’installe au palais de Schoenbrunn. Plus personne, dans la capitale autrichienne, ne peut ni ne veut aller au théâtre (déjà !), ce qui entraîne l’échec des premières représentations de Fidelio.

Cet opéra a figuré au répertoire des plus grandes scènes jusqu’au confinement qui est à présent pratiqué dans de nombreuses parties du monde. Voici l’œuvre à nouveau prisonnière des circonstances, ne pouvant délivrer le message de liberté lumineuse que Beethoven a inscrit dans la large expansion vocale du chœur d’hommes générant les larmes d’Estrella. Florestan sera sauvé par l’amour de son épouse inflexible dans sa détermination à extraire son mari du cachot sombre, comme ce fut le cas pour Sharansky. Près de vingt ans avant la création de la Neuvième symphonie, et autant d’années après l’écriture par Friedrich Schiller du poème Ode à la joie, Fidelio se situe à l’épicentre du déconfinement que Beethoven conçoit, dans le respect de l’étymologie du mot, comme l’harmonie de l’être humain avec ce qui est contigu et voisin, c’est-à-dire son prochain.

Quand la peste décimait Bagdad…

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Image d'illustration Pixabay

Le billet du vaurien


Une fable pour notre temps !

Faut-il rappeler l’histoire de cet homme qui se rend à Bagdad et qui, sur son chemin, rencontre la Peste ? Il lui demande où elle va. Elle répond : « Comme toi, à Bagdad. » Il veut savoir combien de morts elle compte laisser après son passage. Elle lui répond : « Dix mille. »

Arrivé à Bagdad, notre homme trouve une ville décimée par la Peste. Troublé, il lui dit : « Mais tu m’as menti. Tu m’avais parlé de dix mille morts… et j’en compte au moins cent mille. »

« Oui, lui répond la Peste, tu as raison. Mais je ne t’ai pas menti. J’en ai tué dix mille… et les autres sont morts de peur, qu’y puis-je ? »

Quiconque établirait un lien avec le Covid 19 sera immédiatement poursuivi et banni de la Cité.

A lire aussi, du même auteur: De l’utilité du taoïsme par temps de pandémie

PS. S’il y a bien un film à revoir aujourd’hui, c’est « Knock » avec l’incomparable Louis Jouvet dans le rôle d’un médecin qui inculque à tous ses patients bien portants qu’ils sont des malades qui s’ignorent… hilarant !