Petite suite misogyne (2/2)


Une enquête sociologique menée dans les bars des campus américains confirme ce que je ne me lasse pas d’observer : le comportement odieux des filles. Je doute d’ailleurs qu’elles en aient conscience. La liste est longue des griefs qui leur sont adressés par le personnel (y compris féminin). Citons-en quelques-uns :

  • les filles ne laissent pas de pourboire 
  • les filles se plaignent de tout
  • les filles commandent des boissons exotiques comme les daiquiris à la banane, les Gold Cadillac, les Pink Ladies dont la préparation complique la tâche des barmen
  • les filles paient séparément et n’hésitent pas à donner à la serveuse des billets de cinq, dix et vingt dollars pour payer une consommation qui coûte rarement plus de deux dollars 
  • les filles importunent sans arrêt la serveuse pour qu’elle vienne nettoyer la table
  • les filles modifient la commande qu’elles viennent de passer…

Mieux vaut ne pas en tirer de conclusions : ce serait se condamner à une vie monacale. 

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Dans l’histoire de la philosophie, rares sont les penseurs qui n’ont pas abouti à des conclusions similaires. Plus jeune, je pensais qu’un Schopenhauer ou un Weininger – deux références pour moi – exagéraient. J’aimais trouver des qualités à ces petits animaux chronophages. J’y ai renoncé. 

>>> Relire la première partie de la petite suite misogyne <<<

On me fera remarquer qu’il y a des exceptions : Dorothy Parker ou Louise Brooks par exemple. Je le concède d’autant plus volontiers que leurs propos sur les femmes sont encore plus acerbes que les miens. Vous ne me croyez pas ? Alors juste ce poème de Dorothy Parker, elle qui avait choisi pour épitaphe « Pardon pour la poussière. ». Après avoir proclamé qu’elle hait les femmes – «  elles me portent sur les nerfs » – et dézingué les Femmes d’Intérieur (ce sont les pires), elle écrit :

« Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles,
Les Pelotes de Nerfs…
Elles ne ressemblent pas aux autres et ne se privent pas
de vous le rappeler.
Il y a toujours quelqu’un pour froisser leurs sentiments,
Tout les blesse… très profondément,
Elles ont toujours la larme à l’œil…
Les conventions les étouffent :
Elles n’ont qu’une seule idée : partir….
Loin de Tout !
Et moi je prie le Ciel : oui, qu’elles foutent le camp ! »

Louise Brooks, son amie, n’était pas en reste, elle qui déclarait qu’il fallait vraiment avoir une vocation de pute pour aspirer à faire du cinéma. Elle parlait d’expérience, elle qui lisait Schopenhauer entre deux tournages et qui souscrivait au mot de Kokoshka : « Assassin, espoir des femmes ». D’ailleurs, dans Lulu de Pabst, elle meurt poignardée par Jack l’Éventreur, une nuit de Noël. Le plus beau cadeau que la vie pouvait lui offrir.

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Plutôt que d’argumenter – quelle perte de temps – , je conseillerais volontiers à mes détracteurs de se plonger dans Cioran ou dans Caraco. À rebours de ce qu’affirme le sens commun, c’est l’absence de sensibilité des femmes qui leur apparaît comme leur caractéristique la plus saillante. Il faut des années pour le remarquer et encore plus pour s’en convaincre. Cioran ne disait-il pas que si les femmes avaient une once de sensibilité, elles avorteraient en lisant le journal. Louise Brooks se qualifiait de Broosksie la Stérile et en était d’autant plus fière qu’elle n’a j’aimais eu recours dans sa vie dissipée à des capotes. Je n’ai jamais aimé que des filles stériles, anorexiques si possible. Les autres, je les incitais à avorter. Aussi puis-je me vanter aujourd’hui, au terme de ma vie, d’avoir commis tous les crimes, sauf celui d’être père (cela vous rappelle sans doute quelque chose).

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Une féministe américaine d’une lucidité exceptionnelle, Camille Paglia bien sûr, observe que beaucoup de comportements criminels des hommes contre les femmes, et particulièrement les viols, sont reliés à la figure maternelle qui prend chez eux la forme d’une fixation obsessionnelle. Se joue là une sorte de théâtre sexuel, provoqué par la peur de se faire réabsorber par la mère. Derrière les crimes sexuels se profile presque toujours l’ombre de la mère.

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Que le film d’Alfred Hitchcock : Psychose (1960) ait pu subjuguer à ce point l’imagination populaire ne relève pas du hasard. La domination vampirique de la psyché du fils par la figure maternelle y tient la place centrale. Je l’ai vécu avec ma mère, sans devenir pour autant un violeur. Mais je comprends ceux qui n’ont pas su résister à cet affront final à la féminité. 

D’autant plus qu’il faut bien l’admettre, les femmes possèdent le plus grand pouvoir. Elles en sont d’autant moins conscientes que ce pouvoir leur est rapidement retiré. Peut-être le pressentent-elles. Et c’est ce qui donne à certains hommes l’envie de les protéger, même si en fin de compte la plupart s’en détournent, troquant leurs femmes vieillissantes, à la cinquantaine, pour des créatures plus jeunes et plus décoratives. On ne leur reprochera pas plus qu’on ne reprochera à la nature d’être injuste. Mais en échangeant une femme de quarante ans contre deux de vingt, selon la formule classique, ils prennent inévitablement le risque d’avoir dans leur lit une cinglée, une pute ou une paumée. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

À dix ans, je me demandais en observant les amies de ma mère pourquoi, à quelques exceptions près, les femmes contrairement aux hommes vieillissaient si mal. C’était une énigme pour moi. J’étais arrivé à la conclusion que c’était parce qu’elles étaient intrinsèquement mauvaises. On pense parfois d’étranges choses quand on est encore un enfant.

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