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Le Luron, Coluche et Desproges: l’irrévérence des «trois mousquetaires»


Les trois mousquetaires de l’humour en France avaient ceci en commun, en plus de disparaître dans la force de l’âge à quelques mois d’écart, d’être des mélomanes avertis pratiquant volontiers l’art difficile de l’humour vache en chantant.


Passionné d’opérette, Thierry Le Luron vocalisait même sur trois octaves. Sa voix de Stentor a longtemps crevé l’écran et éraflé les oreilles de nombreux hommes politiques. Capable de mystifier son auditoire avec ses seules qualités de chanteur, l’humoriste a beaucoup usé de l’art lyrique pour mieux ridiculiser ses cibles, le plus souvent avec férocité derrière ses allures d’enfant de chœur. D’ailleurs, il jouait de ce contraste saisissant avec une jubilation non feinte, n’hésitant pas à moquer le physique des vedettes du show-biz et des politiques dans des numéros de transformiste mémorables, même si Dalida – entre autres – a souffert de sa caricature leluronienne.

La guerre du joyeux Luron

Mais lorsque le jeune homme sortait les crocs en poussant la chansonnette, à heure de grande écoute, les ors de la République tremblaient. Ainsi, passé le court état de grâce socialiste de 1981-1982 avec l’abolition de la peine de mort et le lancement du minitel rose, il y eut le mémorable « L’emmerdant c’est la rose », parodie cinglante de « L’important c’est la rose » de Bécaud, entonnée en direct chez Drucker (avec en prime dans la vidéo ci-dessous une imitation succulente de Michel Polnareff) :

Puis, quelques mois plus tard, l’irrévérence chansonnière caractéristique de son style le conduisit à défroquer devant les caméras le Premier ministre en place, Laurent Fabius, toujours en prime time à la télé. Sous le règne de Mitterrand, Le Luron menait sa guerre des roses à lui :

Nos « humoristes » mélomanes d’aujourd’hui – parfois drôles, certes, dans leurs grands moments de tristitude oldelafienne – aiment aussi s’attaquer au pouvoir, surtout lorsqu’il se trouve à plus de 1 000 kilomètres du périphérique parisien, respectant ainsi scrupuleusement les consignes de distanciation sociale :


« Merci d’appuyer si bien là où ça fait mal », se gargarise l’animatrice Charline Vanhoenacker à la fin de cette séquence sans doute à l’origine du tremblement de terre de magnitude de 4,7 survenu en Italie en 2018. Tant d’irrévérence courageuse sur les ondes du service public prouve, s’il en était encore besoin, que la France est désormais bien plus Charline que Charlie. « Rigolez pas, c’est avec votre pognon », nous rappelait Coluche.

Desproges : ne pas céder au chant des sirènes

Pierre Desproges saluait déjà en son temps le courage de ces « artistes engagés qui osent critiquer Pinochet à moins de 10 000 kilomètres de Santiago. »

Comme Patrick Dewaere, Monsieur Cyclopède était un inconditionnel de Brassens : « Pour moi, c’est un modèle d’humanité. Il est arrivé très haut et très bien sans jamais se compromettre. Ni devant un public, ni devant les professionnels de ce métier. Il n’a jamais payé à bouffer à un mec pour avoir du succès. Beaucoup de gens de ce métier sont sales, se compromettent. » Tonton Georges lui avait-il insufflé la flamme de la chanson ? Car oui, Desproges s’est lui aussi essayé à l’exercice de l’art mineur selon Gainsbourg. Étonnant non ?, de la part d’un ardent contempteur du rock et de la variété : « J’aime pas les chanteurs, c’est simple, je comprends même pas qu’on chante », assurait-il en introduction de son sketch « Haute coiffure ». Pourtant, le poète humoriste aimait pousser la chansonnette – principalement dans le cadre familial -, poussant la contradiction maso jusqu’à enregistrer deux singles ultra collectors aujourd’hui : la comptine pour enfants « A bobo bébé » en 1977 et surtout « Ça, ça fait mal à l’ouvrier » en 1983, caustique en diable. Il est intéressant de constater que ce second 45 Tours est sorti l’année du tournant de la rigueur opéré par la gauche au pouvoir. Tout un symbole, « Ça, ça fait mal à l’ouvrier » sonne donc rétroactivement comme l’hymne en or massif du libéralisme triomphant et, par la même occasion, celui de la trahison historique du parti socialiste contre le peuple. Dommage que le Top 50 n’existait pas encore en 1983, on lui aurait bien fait une petite place dans le classement :

On imagine aisément, à l’écoute de ces vidéos de Le Luron et Desproges, que l’union sacrée préconisée par leurs homologues actuels au nom du « faire nation » contre le coronavirus, sous prétexte que ce n’était pas le moment de critiquer le gouvernement (ce n’est d’ailleurs jamais le moment), n’aurait reçu que peu d’écho chez nos deux artistes insoumis.

Pas plus chez Coluche sans doute.

Coluche : l’humour qui ne prend pas de gants

Le clown à la salopette rayée connaissait la musique, lui aussi. Ce fan de rock’n’roll (et de Georges Brassens) a d’ailleurs tenté sa chance dans plusieurs groupes, comme chanteur et guitariste, avant de brûler les planches du rire. Mais sa voix de précurseur punk n’a pas mené loin le futur blouson noir à la fin des années 60, même si le comique ne s’est jamais départi ensuite de sa gouaille chansonnière pour parer ses satires politico-sociales de ses plus beaux atours. Et au final, la partition que le restaurateur du cœur préférait jouer, c’était celle de l’andouille qui fait l’imbécile, à l’air libre, sous le soleil de Satan qui l’aveugla fatalement le 19 juin 1986. Au détour d’une route de campagne de l’arrière-pays cannois…

Ce soleil immonde, rancunier, Michel Colucci l’avait égratigné en toile de fond d’une chanson écrite pour son pote Renaud.

Aujourd’hui, Michel Polnareff vit encore aux USA. Et il est toujours inconnu là-bas.

L’hydroxychloriquine est notre nouveau schmilblick, tout aussi imprononçable.

Laurent Fabius est toujours rose.

Et les mêmes causes produisent les mêmes effets depuis au moins quarante ans. Ça, ça n’a pas finit de faire mal à l’ouvrier, d’autant que le roi soleil immonde continue de rayonner de tous ses feux incendiaires.

Le problème, c’est que Coluche, Desproges et Le Luron ne sont plus là pour nous déconfiner de nous-mêmes, notamment avec leurs chansons pour de rire, bien plus essentielles qu’elles n’y paraissent. Et probablement bien moins clownesques que certaines études publiées dans des revues scientifiques dites sérieuses.

Côte d’Ivoire: Guillaume Soro, la dernière ligne droite

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A trois mois d’élections capitales, la Côte d’Ivoire est toujours suspendue au sort qui sera fait à Guillaume Soro. Les prochaines élections présidentielles qui se tiendront en octobre 2020 sentent déjà le souffre, tant le pays tout entier se demande si le pouvoir maintiendra ou invalidera la candidature de l’ancien premier Ministre et ancien président de l’Assemblée nationale. De cela, dépend l’avenir de la démocratie dans un pays qui était parvenu à se stabiliser jusque-là.


En poste entre 2007 et 2012 à la fonction de chef du gouvernement, puis de 2012 à 2019 à celle de la présidence de l’Assemblée, le candidat Soro prépare soigneusement sa campagne pour espérer devenir le successeur d’Alassane Ouatara afin de diriger la treizième puissance du continent africain. Seulement, depuis quelques mois, et une décision de justice de décembre 2019, son parcours a été semé d’embûches, pour certains organisé de toutes pièces, et pas des moindres : accusé de torture, d’assassinat et de crimes de guerre mais également de détournement de fonds et de blanchiment, l’ancien proche de Ouattara semble agacer depuis plusieurs mois dans l’entourage de l’actuel président qui tente de préparer soigneusement sa succession. Non sans rappeler les années Gbagbo, encore en prise lui-même avec la justice, cette actualité qui dépasse largement Soro, met en péril l’exercice démocratique à venir en Côte d’Ivoire. Elle questionne sur les actuelles manœuvres du pouvoir pour placer un proche du clan Ouattara afin de ne pas perdre totalement la main sur les richesses du pays, 91ème puissance mondiale.

Une justice suspecte

Condamné avant même d’être jugé et ce sans avocat, Guillaume Soro a été condamné à 20 ans de prison et 5 ans d’inéligibilité, ce qui compromet sacrément ses chances de remporter le prochain scrutin, alors qu’il fait partie des favoris pour prendre en main le destin de ce pays déjà largement traumatisé par des années de crise et de guerre. Personne au pays n’aspire à revivre de tels évènements dramatiques. Depuis cette condamnation par la justice ivoirienne, et afin de se donner encore toutes les chances de faire évoluer la situation et de revenir au pays par la voie royale, Guillaume Soro s’est réfugié en France afin de préparer sa riposte. Personne n’est certes au-dessus de la loi, mais le procès intenté contre Soro semble bien destiné à l’évincer définitivement de la course à la présidentielle.

C’est justement car Soro doutait fort de l’objectivité de la justice ivoirienne à l’heure actuelle, et le fait qu’il n’ait pu se défendre selon les règles d’usage d’un citoyen normal pouvant disposer d’un avocat, qu’il s’est retourné directement auprès de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples afin de contester cette décision. Et le 22 avril dernier, elle lui donna raison, en demandant à la justice de son pays de surseoir au mandat d’arrêt international contre Soro, afin de lui permettre de rentrer à Yamoussoukro en toute sécurité et pouvoir également assurer sa défense et poursuivre sa campagne. Mais elle demandait aussi la libération de ses 19 proches incarcérés en Côte d’Ivoire.

Le pays ne peut définitivement pas se permettre une nouvelle montée en puissance des tensions, avec un Guillaume Soro plus populaire que jamais, et dont le rejet de la candidature par le pouvoir, à quelques semaines seulement du scrutin, pourrait réveiller dans la population un profond sentiment d’injustice et de révolte. Plus le temps passe, et plus les Ivoiriens seront convaincus d’un complot ourdi contre lui. Après le coup d’État de 1999 et la guerre civile de 2002 qui dura huit longues années, le pays qui s’était à peu près jusque-là essayé au jeu de la démocratie pourrait renouer par la marginalisation de Soro avec la spirale de l’autoritarisme voire de la guerre. A ce jour, et ce malgré la décision de la Cour Africaine des Droits de l’Homme, le candidat Soro n’est toujours pas rentré au pays, tant les gages donnés par le pouvoir ne semblent pas suffisants pour être certain qu’il puisse mener à bien sa défense et sa campagne jusqu’au bout. On a tendance à dire que si un seul pays ne respecte pas le droit international, le droit international n’existe plus, mais la Côte d’Ivoire doit pouvoir montrer l’exemple dans un continent ravagé par les crises, les dictatures, les appétits des puissances étrangères, et le déni de démocratie. C’était l’une de ses grandes fiertés jusque récemment.

 

Perpignan: géopolitique locale d’un basculement


La conquête de la mairie de Perpignan par Louis Aliot marque une rupture historique dans la géopolitique locale, dont la portée symbolique n’échappe à personne


 

La victoire de Louis Aliot scelle la fin de l’« alduysme » implanté depuis 1959 quand Paul Alduy – diplomate issu d’une vieille famille catalane – conquiert la paisible préfecture (75 000 hab.) des Pyrénées orientales (PO), active place commerciale du Roussillon, mais aujourd’hui sinistrée. En 60 ans, entre ces deux élections se déroule le drame d’une cité frappée, comme la France, par le déclassement économique, la perte d’identité et de stériles rivalités politiques.

Perpignan: le fief de la famille Alduy

Quand Alduy accueille en 1962 près de 17 000 rapatriés d’Algérie dans la cité, installés en partie dans le quartier flambant neuf du Moulin-à-Vent, conçu comme «leur seconde patrie», il attend en retour, et obtient, un «vote de gratitude» aux cantonales suivantes. Ainsi s’installe une gouvernance de la cité par un clientélisme électoral typiquement méditerranéen, étendu aux Gitans qui ont perdu leurs petits métiers et sombrent dans la pauvreté. Longtemps radical-socialiste, la ville penche peu à peu à droite, offrant plus de 12% de ses voix à Tixier Vignancourt aux Présidentielles de 1965 (5,2% en France). La population locale a absorbé maintes vagues migratoires – réfugiés espagnols de 1939 et travailleurs des années 1960, Algériens puis Marocains, tous vivant en assez bonne intelligence avec les Gitans, sédentarisés dans le quartier Saint-Jacques depuis 1940, et avec les natifs catalans : au marché Cassanyes, à la frontière des territoires maghrébin et gitan, ouvert à Noël, mais fermé pour l’Aïd et la saint Jordi, on parlait français, arabe, catalan, calo et espagnol dans la même phrase, et on se comprenait !

Le « système alduyste » repose sur l’octroi d’avantages (logements sociaux, «recommandations», emplois municipaux…) en échange d’une fidélité électorale, sous l’œil des tios [tooltips content= »tios : patriarches des grandes familles gitanes (pouvant compter 200 membres) »](1)[/tooltips] ; il profite en effet surtout aux Gitans – dont le vote peut faire basculer le canton-, et pour certains postes, aux gens du cru. La famille Alduy [tooltips content= »Paul Alduy (1914-2006) le père ; Jacqueline Alduy (1924-2016) son épouse, sénatrice-maire d’Amélie-les-Bains ; Jean-Paul Alduy, leur fils. »](2)[/tooltips] assoit ainsi son pouvoir, cumulant 229 années de mandats électoraux locaux et nationaux [tooltips content= »Mesure l’accaparement du pouvoir par élu, résultant du cumul de ses mandats : un député-maire « détient » ainsi 5+6=11 années de pouvoir. Autres exemples locaux : Jules Pams (1852-1930), radical-socialiste : 74 ans ; L-J. Grégory (1909-1982), SFIO-PS : 135 ans ! »](3)[/tooltips]. Dans le Midi, la politique est affaire de famille, sinon de clan, toujours de réseaux : peu étonnant dans les Pyrénées-Orientales, terre maçonnique depuis 1744. Pas en reste, la gauche édifie son contre-système clientéliste, installant après 1993 des permanences électorales dans le quartier Saint-Jacques, mais côté maghrébin ; une lutte mortifère pour la conquête des électorats minoritaires s’engage entre les deux pouvoirs, municipal et départemental.

A lire aussi : Municipales: quel verre choisir?

Fissuration du système

L’adhésion de l’Espagne à la CEE (1986) accélère les crises viticole et fruitière ; les emplois dans l’agriculture sont divisés par deux ; les friches nées des primes d’arrachage sont livrées à la spéculation immobilière, qui capte les investissements au détriment du secteur productif, malgré l’existence de quelques ETI dynamiques. Cette économie de rente (tourisme, immobilier, BTP, transferts sociaux) aux antipodes de l’économie de connaissance alors émergente (mais la municipalité ignore son université) crée peu de richesses, tandis que ferme la principale usine (poupées Bella, 1 200 salariés) ; le chômage et la pauvreté s’installent : 32% de la population sous le seuil de pauvreté, 69% de foyers fiscaux non imposables, chômage explosif[tooltips content= »taux pour la commune, en 2016 : 25,4% (définition INSEE : actif 15-64 ans en recherche d’emploi inscrit ou non à Pôle emploi) ; pour la zone d’emploi (86 communes du Roussillon) : 13,4%, et pour le département : 13,3% (T4 2019). »](4)[/tooltips], 4e ville la plus inégalitaire, devant Béziers. Dans le même temps, le narcotrafic transfrontalier étend ses vénéneuses ramifications dans les cités HLM et chez les Gitans, sapant l’autorité des tios. La délinquance s’étend à toute la ville : incivilités, squats, rodéos et fusillades agrémentent le quotidien, jusqu’à nos jours.

Dans le vieux centre qui se délabre…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Thaïs (Génération identitaire): « Nous avons piraté l’attention médiatique »

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Ces derniers temps, l’organisation « Génération identitaire » fait beaucoup parler d’elle, entre l’affaire judiciaire de la mosquée de Poitiers et son action récente contre le racisme anti-blanc lors de la manifestation en soutien à Adama Traoré, le 13 juin. À 21 ans, Thaïs, l’une de ses militantes, confie à REACnROLL les motivations qui l’ont poussée à s’y investir. Elle indique également vouloir porter plainte contre Jean-Luc Mélenchon qui l’accuse d’avoir fait un salut nazi…


REACnROLL. «Génération identitaire», c’est quoi ?
Thaïs. «Génération identitaire» est un mouvement de jeunesse qui compte plus de 4000 adhérents à ce jour. Nous sommes présents dans toutes les régions de France et dans d’autres pays d’Europe. C’est un mouvement qui souhaite défendre l’identité française et européenne contre l’immigration massive et l’islamisation.

Pourquoi cette action « coup de poing » ?
Cela faisait des jours et des semaines qu’il y avait un matraquage médiatique autour de la famille Traoré, autour des violences policières, autour du mouvement « Black Lives Matter ». Cette soumission des politiques à cette famille de délinquants ou encore la culpabilisation constante du Français, de l’Européen, ou du Blanc était tout bonnement insupportable. Nous avons donc décidé, mes camarades et moi, de réclamer justice pour les victimes du racisme anti-blanc à la manifestation organisée par les Traoré pour pirater l’attention médiatique.

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(…)

Pourquoi militez-vous à «Génération identitaire» ?
Quand j’ai commencé mes études à Toulouse, j’ai pu observer des constats alarmants.

Quand je me rendais à l’université, je passais dans des quartiers où les personnes ne parlaient même pas français. Je me sentais en insécurité, je pressais le pas, je baissais la tête. Je savais que j’avais le risque de potentiellement me faire agresser parce que j’étais d’origine européenne. Un matin, alors que je me rendais à la faculté, j’étais l’une des seules d’origine européenne dans le métro. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. Je me suis sentie étrangère dans mon propre pays, ce n’est pas normal.

>>> Voir l’intégralité du témoignage sur RNR.tv <<<

Municipales: EELV vainqueur par K.-O. démocratique

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Les élections se suivent et se ressemblent, entre explosion de l’abstention et banc d’essai de partis, sitôt adoubés, sitôt rejetés. Ainsi, après que l’envol du parti du président ait provoqué l’admiration de tous, nous assistons aujourd’hui à la déculottée de LREM et à l’épiphanie d’EELV. Une analyse de Céline Pina.


Avec un taux de participation de 41,6%, le premier enseignement à tirer de ces municipales, c’est que notre démocratie n’est plus en danger: elle a commencé son déclin.

Certes, ce scrutin se tenait dans des conditions particulières, mais les tendances à la baisse de la participation s’observent quelle que soit l’élection et s’accentuent avec le temps. Les municipales ne sont plus le dernier rempart d’une démocratie vivante, trouvant dans la proximité une forme de régénération. Au vu du peu de voix qu’il faut aujourd’hui pour gagner cette élection et s’installer dans le fauteuil de maire, nombre de nouveaux élus peinent à rassembler et à représenter ne serait-ce qu’une minorité significative de leur ville. Ce fait est particulièrement marquant dans les villes populaires. À Stains par exemple, il suffit de 2 749 voix pour diriger une ville de 36 365 habitants, comptant 16 996 inscrits sur la liste électorale. À Cergy, il suffit de 4 156 voix pour devenir maire d’une ville de 61 708 habitants comptant 31 781 inscrits. À Goussainville, 31 212 habitants pour 16 433 inscrits, il a suffi de 2 869 voix pour remporter la mairie. À ce niveau de participation, aucun maire, bon ou mauvais, n’est vraiment légitime. Quand presque 60% des électeurs ne se déplacent pas, on ne peut sans doute pas expliquer ce qu’ils auraient voté, mais on est sûr que l’offre politique ne leur convient pas. Quand élection après élection, une majorité de personnes ne peuvent voter faute d’avoir un seul candidat susceptible de les représenter, alors on n’est plus vraiment en démocratie.

Désordres

Pour autant, soirées électorales après soirées électorales, entendre les politiques déplorer cet état de fait fait sourire. Pour avoir passé plus de 25 ans dans ce milieu, la vérité est que cela simplifie terriblement la conquête du pouvoir et que cela arrange beaucoup trop d’élus.

Pour que les élections redeviennent légitimes, il serait bon qu’à moins de 50% de suffrages exprimés, les élections ne soient pas valables et que l’élection soit refaite

Les batailles se font entre deux camps de convaincus ou d’afficionados, ne reste plus que le clientélisme pour amener les voix supplémentaires qui feront basculer l’élection. Et il n’en faut pas beaucoup pour faire la différence quand la participation est aussi faible. Cela aboutit à concentrer ses efforts sur la satisfaction de sa clientèle, au détriment de l’intérêt général, sans que cela ne soit sanctionné puisque la majorité est déjà hors du jeu politique…

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Comme le fait que vous soyez bien ou mal élu n’a aucune conséquence pratique en termes d’exercice du pouvoir, vous jouirez quand même de toutes les prérogatives de l’élection. Votre légitimité est douteuse mais votre pouvoir n’en est pas amoindri.

Les actes des collectivités locales sont très peu et très mal contrôlés. Le contrôle de légalité a été dégarni dans les préfectures et depuis que le contrôle est passé de a priori à a posteriori, les budgets peuvent susciter bien des convoitises. Alors que tout le monde surveille comme du lait sur le feu des députés dont les possibilités de détournement d’argent sont limitées, la manne financière qui passe entre les mains d’élus des collectivités locales est très peu contrôlée. Et ce alors que des projets de constructions et d’aménagements urbains se chiffrent en millions d’euros voire en dizaines de millions. Bref mettre une ville sous coupe réglée est possible en France et le niveau de corruption peut atteindre des sommets avant que quiconque ne songe à regarder de plus près. Heureusement que la plupart de nos élus sont honnêtes, mais pour ceux qui ne le sont pas, la tentation peut être forte et l’espoir d’échapper à toute sanction, réel.

Prendre le pouvoir dans une collectivité locale peut donc se révéler une manne. Ces réalités ne datent pas d’hier et ont abîmé notre rapport à la politique et aux politiques. Le fait d’accepter que des personnes extrêmement mal élues exercent le pouvoir ne semble pas avoir trop d’effet au début ; jusqu’au moment où la faiblesse de légitimité empêche tout exercice d’autorité et justifie tous les désordres. Nous avons atteint ce stade au niveau national où un président mal élu et contesté, finit par porter préjudice aux institutions censées incarner la stabilité, au point que sa propre police dépose symboliquement les menottes.

Parler aux 60% d’abstentionnistes devient un enjeu

Pour que les élections redeviennent légitimes, il serait bon qu’à moins de 50% de suffrages exprimés, les élections ne soient pas valables et que l’élection soit refaite. En ajoutant une condition incontournable : l’obligation de changer les candidats puisque les premiers étaient tellement peu représentatifs qu’aucune majorité n’a souhaité les départager.

Quant à la vague verte, elle raconte surtout la paresse intellectuelle de nombre de nos représentants quand il s’agit de comprendre notre pays. Il fallait voir la plupart des politiques invités à débattre des résultats sur les plateaux télé se repeindre à l’écologie, alors que tout cela n’est que poudre aux yeux. Qu’il y ait nécessité de prendre conscience que la survie de l’homme passe par le respect de la planète qu’il habite n’est pas contestable. Que cela conduise à plébisciter un mouvement passablement sectaire, très dogmatique et qui n’a aucun bilan alors qu’il a fait partie de nombre de gouvernements, est plus étonnant.

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La principale motivation du vote EELV est qu’il est gratifiant et ne représente aucun risque social, là où voter pour la plupart des partis vous vaut des accusations de traîtrise ou de naïveté. La plupart des électeurs votent écologistes car c’est un vote sans risque ni engagement, dont ils n’ont pas à rendre compte. Ils votent petits oiseaux et jolies fleurs, cela les met d’emblée dans le camp du bien. Personne ne demande de justifier ce type de vote. L’écologie a effacé la réalité d’un parti dogmatique qui s’est toujours abîmé dans les querelles de personnes et les polémiques stériles, qui a toujours voulu des postes, mais n’en a pas fait grand-chose. Le problème est que ce type de succès est bâti sur du sable. Dès que le vent souffle et que la pratique du pouvoir montre la réalité des hommes, les soutiens disparaissent plus vite qu’ils ne sont venus et les votes se détournent durablement.

Un vote passablement cucul

Le vote vert est matériellement très surestimé également : si sur les villes de plus de 100 000 habitants, 7 villes sont entre les mains d’EELV, 16 sont tombées dans l’escarcelle de la gauche, 15 à droite, 2 majorité présidentielle et 1 a basculé RN. Quand on passe aux villes de 20 000 habitants, sur 454, 261 sont à droite, 149 à gauche, 21 majorité présidentielle, 12 à EELV et 6 au RN. Le vote vert est et demeure un vote urbain, de bobo où le rapport à la nature est fantasmé et passablement cucul, il ne passe dans la France rurale et périphérique, chez ceux qui vivent et connaissent la nature. Cela devrait calmer les ardeurs de ceux qui veulent déjà se convertir à la logorrhée EELV. Ce discours anxiogène et punitif, ayant de l’humanité une vision négative au point d’alimenter des discours sur la collapsologie n’est sans doute pas le plus approprié pour reconstruire une société politique.

Le Maire de Grenoble Eric Piolle © JEAN PIERRE CLATOT / AFP
Le Maire de Grenoble Eric Piolle © JEAN PIERRE CLATOT / AFP

Voilà pourquoi le vote écologiste ne sauvera pas la gauche. Elle devra faire le travail de clarification idéologique qu’elle refuse. En attendant les écolos sont moins une chance pour la planète que pour toute la clique d’extrême-gauche, islamistes, indigénistes, décoloniaux, racistes qui se revendiquent antiracistes… Le vert d’EELV ayant souvent servi de cheval de Troie à un vert bien plus religieux. Pour avoir eu l’occasion de fréquenter leurs leaders au Conseil régional d’Ile-de-France, à de rares exceptions, nombre d’élus cumulent dogmatisme et incompétence. À Grenoble, la gestion désastreuse d’Eric Piolle en est un parfait exemple. Grenoble explose sous le poids de la dette et de l’insécurité et a fait parler d’elle quand pour imposer le burkini à la piscine, des membres de la nébuleuse islamiste ont organisé des opérations d’agitprop sans que le maire n’y trouve rien à redire. Il faut dire qu’il a souvent soutenu les initiatives du CCIF, autre organisation proche des islamistes.

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Les alliances entre les Verts et ces milieux s’illustrent également à Strasbourg où les
électeurs ont porté Jeanne Barseghian, tête de liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » à la victoire avec 41,7% des voix. Mais ils ont donné leur bulletin de vote, et leur caution, aux femmes voilées de la liste EELV. À Rennes, la liste EELV de Mathieu Theurier et Priscilia Zamord du premier tour n’a jamais caché sa sympathie pour des thèses comme le « privilège blanc ». Comme le rappelle la candidate LREM Carole Gandon avant le second tour, « Priscillia Zamord parle d’écologie décoloniale et motive sa candidature par le désir que les “femmes non blanches” ou des “personnes racisées” exercent des responsabilités. » Et EELV, comme de nombreux partis de gauche, ont défilé à la « marche contre l’islamophobie » en novembre 2019. Ils répondaient ainsi à l’appel du CCIF et ont pu défiler aux côtés de militants scandant « Allah Akbar ». Cet affichage ne lui a pas fait gagner beaucoup de voix dans les quartiers populaires. Qu’importe, c’est aussi ça EELV !

La vague verte n’est ni un espoir pour l’avenir, ni pour la France. Après LREM, c’est un nouveau leurre pour l’électeur de gauche.

Silence coupable

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Pour cinq cents milliards de plus

 


Le tandem Macron-Merkel promet des sommes faramineuses pour relancer l’économie européenne. Mais de la mutualisation des dettes à la relocalisation des industries clés, trop de questions restent dangereusement en suspens. 


Le couple franco-allemand n’est pas mort, il bouge encore.

L’annonce conjointe d’un plan de « relance » de 500 milliards d’euros par Emmanuel Macron et Angela Merkel, déjà qualifié d’accord du siècle par quelques journalistes en mal de sensationnalisme, a redonné corps à l’idée du tandem franco-allemand, qui avait été un thème central de la campagne de Jupiter en 2017. Depuis, les demandes réitérées de l’Élysée pour avancer plus loin et plus profondément dans l’intégration européenne se sont heurtées aux « nein » sereins de la Chancellerie de Berlin.

Mais voici que l’Allemagne vient à résipiscence, alors même que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe vient, dans son arrêt du 5 mai, de réaffirmer son credo politique, la souveraineté allemande, et son credo économique, l’interdit qui frappe le financement monétaire des dettes publiques. Et quelques jours à peine après le refus opposé par l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et l’Autriche, autrement dit par l’Europe du Nord, aux appels au secours de l’Europe du Sud, soutenus par la France. L’Europe du Nord ne voulait pas des « coronabonds » émis dans le cadre d’un plan de soutien avec le bénéfice d’une mutualisation des dettes qui sous-entend que les pays solvables se portent garants des pays insolvables.

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Macron et Merkel font à nouveau rouler les dés sur la table. Ils ont ainsi marqué leur préoccupation grandissante sur le sort de l’euro et de la « construction » européenne. Les chiffres disent que les économies s’effondrent et les perspectives d’un rétablissement sont reportées aux calendes grecques. Et ce, malgré les centaines de milliards de dettes nouvelles consenties par les États pour parer à l’urgence sanitaire, économique et sociale. Ils proposent une relance dotée de 500 milliards d’euros. Cependant, la mutualisation des dettes émises par les États pour constituer ce fond reste en débat.

© Soleil
© Soleil

Mon propos n’est pas de spéculer sur les motifs politiques qui ont conduit l’Allemagne à accepter le principe de ce plan. Qu’il s’agisse d’effacer l’affront fait aux pays du Sud, qui a traumatisé nos voisins, ou de voler au secours d’un président français affaibli par sa gestion de la crise sanitaire, qu’importe ! Que faut-il penser de ce plan ? Et d’abord, que faut-il penser des efforts coûteux consentis depuis l’entrée en scène du coronavirus ?

Une dette à l’état pur

Dans l’ensemble de l’espace européen, les États ont paré au plus pressé. Il s’agissait, ni plus ni moins, de faire face aux déficits supplémentaires creusés dans les comptes publics par la chute de la production, des revenus et des recettes fiscales et sociales, ainsi qu’aux dépenses sanitaires liées à la pandémie. Rien de « keynésien » dans cette politique entièrement contrainte par les circonstances. Une politique keynésienne passerait par des investissements dans les infrastructures, des incitations à l’investissement privé ou des allègements fiscaux ciblés sur les classes moyennes.

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La mesure essentielle a consisté à financer l’indemnisation d’un chômage partiel de masse : il a concerné 12 millions de personnes, pour un coût estimé à 25 milliards d’euros par Bercy, mais à 58 milliards par la commission des finances de l’Assemblée. Cette mesure, inévitable, a eu deux effets : premièrement, elle a soutenu la consommation des chômeurs indemnisés et de leurs familles ; deuxièmement, elle a préservé d’innombrables unités de production qui auraient, sans elle, basculé dans le néant. On voit a contrario l’intérêt du chômage partiel tel qu’il est pratiqué en Europe quand on compare la situation américaine où les entrées au chômage définitif ont explosé.

J’ai plaidé, dans ma chronique précédente, pour un financement monétaire des déficits supplémentaires, qui aurait permis de limiter les dettes publiques. Une proposition qui ne serait pas du goût de la cour de Karlsruhe ni de celui des autorités de Francfort et de Bruxelles, mais qui a l’avantage insigne de rappeler que la dette nouvelle est une dette à l’état pur et que les dettes accumulées ont de moins en moins de chances d’être remboursées. Sauf si une providentielle nouvelle révolution industrielle venait au secours des économies en marasme.

Quid de la concurrence loyale et non faussée ?

Le plan franco-allemand se présente sous d’autres atours. Il prétend explicitement favoriser une « relance » économique par des investissements publics à caractère sanitaire et écologique tout en venant au secours des grandes entreprises et des secteurs en difficulté ou en détresse comme l’automobile, l’aéronautique et le transport aérien, voire l’hôtellerie-restauration, l’édition ou la librairie.

Il n’est plus question que de « souveraineté » économique, formule qui écorchait la langue il y a quatre mois encore et que l’on entend aujourd’hui dans la bouche de responsables qui voulaient privatiser Aéroport de Paris 

Pourquoi pas ? Mais il faudra attendre les précisions qui seront sûrement apportées après l’adoption définitive de la proposition – nous partons du principe qu’elle le sera. Car autant elle séduit par son volontarisme, autant elle conduit à s’interroger sur sa faisabilité au regard des règles européennes de la concurrence loyale et non faussée qui figurent dans le livre saint de Bruxelles.

Deux points doivent être examinés. Le premier est celui de la nature de l’aide : prêt ou subvention ? Le prêt serait admissible, sous réserve du bon emploi des sommes. Mais quid des subventions ou des dotations au capital habituellement proscrites par Bruxelles ? Le second est celui du bénéficiaire. Car le soutien revient à privilégier un acteur, donc un ou plusieurs États, donc à « fausser » la concurrence.

Pour illustrer notre propos, un soutien européen à Airbus ne rencontrerait pas d’obstacle majeur dès lors que ses concurrents sont américains. Il n’en irait pas de même pour Air France et Renault qui sont dans une passe ô combien difficile. Car il ne faut pas rêver à un rétablissement des liaisons aériennes ni à un redémarrage puissant du secteur automobile, dont tous les grands marchés se sont effondrés, y compris le chinois.

Et quid de la relocalisation et de l’emploi ?

Les tartuffes battent à nouveau la campagne. Il n’est plus question que de « souveraineté » économique, formule qui écorchait la langue il y a quatre mois encore et que l’on entend aujourd’hui dans la bouche de responsables qui voulaient privatiser Aéroport de Paris et céder Alstom Transports à Siemens après avoir bradé Technip et Alstom Énergie.

En ce cas, de quoi parlent Macron et Merkel ? Sans doute de souveraineté sanitaire. Les médicaments et les équipements hospitaliers seront à nouveau réalisés en Europe, mais plutôt, n’est-ce pas, dans les pays à bas coût de l’Union. On imagine mal en revanche que l’automobile, la mécanique et plus encore les aciéries soient rapatriées sur le Vieux Continent. D’ailleurs, notre ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, l’a dit : « Pour l’industrie, c’est fini. » Ce qui signifie dans son esprit que c’en est fini pour l’industrie française ! Raffarin est un servant du libre-échange mondial et un militant de cette Europe « fantôme » dénoncée par Régis Debray. Il l’a montré durant son passage à Matignon et, depuis, il ne cesse de plaider dans ce sens, nonobstant les crises alarmantes de 2008 et 2010.

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Ce qui est en jeu, dans ce vaste jeu d’ombres, c’est le pouvoir stratégique des managers. Ils ont œuvré au libre-échange mondial sous la tutelle explicite des grands actionnaires de la bourse. Une relocalisation de grande ampleur suppose, premièrement, que la tutelle financière se relâche et, deuxièmement, que les managers acceptent le retour de l’activité dans les pays à coût élevé, tout le contraire de ce qui s’est fait depuis trente ans. Peuvent-ils se renier après avoir défendu et illustré la création de valeur pour l’actionnaire appuyée sur une délocalisation pratiquée sans états d’âme ?

Enfin, quels seront les effets du plan européen sur l’emploi ? Renault, un bénéficiaire potentiel du soutien, prépare d’ores et déjà un allègement d’effectifs sur ses sites français, peut-être nécessaire du point de vue de la gestion, mais qui se heurte frontalement au principe d’un soutien public. Et bien d’autres groupes fourbissent leurs propres plans sociaux. Ce qui nous promet un climat social encore plus délétère. La rentrée sociale sera chaude bouillante !

Ultime observation. Gardons à l’esprit, par-dessus tout, que la « relance » massive se fera au prix d’un endettement nouveau qui pourrait passer un seuil critique. Dès lors, la question est de savoir quel sera le retour sur investissement des dépenses nouvelles. Pour que les 500 milliards de dettes rapportent plus que ce montant, il faudrait qu’ils soient assortis d’une relocalisation de grande ampleur. Autant dire que ce n’est pas gagné.

Le secret néolibéral

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Hommage à Marc Fumaroli, à travers l’éloge de Dijon


Un peu partout en France, on déboulonne les statues. Comment se fait-il que, dans la ville de Dijon, la statue de Jean-Philippe Rameau soit toujours debout ? Rameau, le raciste, avec ses Indes Galantes ? Lors de l’affrontement de bandes, tchétchène et ottomane, j’écoutais l’air de La danse dite des Sauvages, longtemps l’indicatif d’une émission de Radio Classique. Je relisais, dans la République des Lettres, le chapitre que Marc Fumaroli consacre à Dijon et au président de Brosses, quand on annonça la mort de l’Académicien. En écrivant cet article, j’entends rendre un hommage modeste à Marc Fumaroli, à travers quelques figures marquantes de cette ville de Dijon qui fut, à tous égards, représentative de la République des Lettres que l’Académicien habita toute sa vie.


marc fumaroli art histoire
Marc Fumaroli. © Sipa JDD / Bisson. Numéro de reportage: 00622581_000006

La moutarde… et le kir !

À moins d’être un Barbare, Jean-Philippe Rameau, natif de Dijon, est impossible à déboulonner. Persuadé de la convergence entre les sciences et les arts, il fonde sa musique sur les règles rigoureuses de l’harmonie. Le résultat ? Des œuvres – pas seulement les Indes Galantes – surprenantes de jeunesse et d’humour qui respirent le bonheur. Le Président de Brosses, lui, est un juriste, un historien et un mélomane éminents. Fils d’une grande famille parlementaire de Bourgogne, ses amis sont le président Bouhier, Diderot et Voltaire, et surtout Buffon, l’ami intime. Avant leur brouille, Voltaire, « le philosophe papillon », qui mettra des bâtons dans les roues à l’entrée, à l’Académie, de Charles de Brosses, disait de son ami qu’il était « fils de cette ville de Dijon où le mérite de l’esprit semble être un des caractères des citoyens. » C’est de Brosses, en effet, qui rédigera l’article Gamme dans l’Encyclopédie. C’est de Brosses qui, lors de son voyage en Italie, en achetant, de ses deniers, la première édition de la Serva Padrona de Pergolèse, introduira, en France, la musique italienne. C’est également à de Brosses que l’on doit la paternité des noms Polynésie et Australasie. Quant à François Rude, lauteur du haut-relief, la Marseillaise, placé sous l’Arc de Triomphe, est représenté, dans un jardin de sa ville natale, tenant une petite Marianne dans la main. Espérons qu’il ne lui arrive rien. Dijon, c’est enfin la moutarde qui nous monte au nez en ce moment. Si la moutarde remonte au XVIème siècle et qu’elle n’est pas certifiée d’origine protégée, c’est bien une famille dijonnaise du XVIIIème siècle, les Naigeon, qui lui donna ses lettres de noblesse. On me dit de ne pas oublier le kir dont Dijon s’enorgueillit, du nom du chanoine Kir.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Marc Fumaroli n’est plus

Né à Marseille, Marc Fumaroli, consacre, dans La République des Lettres, un chapitre au président de Brosses, au joyau que sont « Les Lettres familières d’Italie » écrites en 1739, « au style abondant et vivace. » Les modernes Descartes et Fontenelle auraient-ils fait, dans l’esprit de Brosses, le voyage en Italie ? « Leur esprit d’analyse n’avait cure de la mémoire, de la culture littéraire et gratuite. » De Brosses, lui, scientifique et juriste, humaniste et érudit, unit à un savoir immense un charme badin. Fumaroli compare le « je » de ses lettres à celui de Montaigne, « ouvert à l’enthousiasme comme à l’ironie… pour qui la littérature, c’est d’abord cette ruche d’abeilles lettrées où il peut être lui-même heureux, avant de convier son lecteur à partager avec lui son gâteau de miel ». Qui le connaît, à présent, ce grand magistrat et ce polygraphe qui alla, sur les pas de Salluste et enquêta, in situ, sur une ville, enfouie sous les cendres du Vésuve ? Ces lettres italiennes que Marc Fumaroli préfaça, aux éditions André Versaille éditeur, on y apprend mille choses, sous une plume curieuse, vive, ironique : elles ont un charme inégalé que n’ont pas les voyages convenus des contemporains. À notre époque, la scission est consommée entre sciences et littérature : les « sciences humaines » règnent en maître.

La République des Lettres a-t-elle disparu ?

Avec l’Encyclopédie, dit Marc Fumaroli, une ère nouvelle s’ouvrait où « la liberté de ton du président de Brosses et l’esprit d’indépendance n’auraient pas été admises. C’est le temps où tout le monde s’oppose à tout le monde : le roi aux parlements, la cour aux philosophes. De cette République, Voltaire lui-même fait « un parti d’opposition et de combat ». On dirait à présent que tout est politisé. Belle leçon de modernité !

« Et in Arcadia ego. » Marc Fumaroli aura une place à son nom, comme Jacqueline de Romilly en a une, rue de la Montagne Sainte-Geneviève, devant le café, enfin réouvert : « La Méthode ». Mais les commémorations ne consolent pas. A-t-elle disparu, cette société de savants lettrés dont Marc Fumaroli a fait partie ? Non pas « ce petit échiquier parisien », avec ses centaines de romans ou d’essais annuels, mais cette République des Lettres, européenne, cultivée, érudite sans pédanterie, éprise et jalouse de liberté ?

La République des Lettres

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Zeev Sternhell, un historien à l’intransigeance stimulante


Le grand historien et politologue israélien, Zeev Sternhell, fin connaisseur de l’histoire des idées politiques françaises, et, par ailleurs, co-fondateur du mouvement « La Paix maintenant » vient de mourir. Il avait 85 ans.


À la fois « archisioniste » (au nom de quoi les Juifs n’auraient-ils pas le droit, comme tous les peuples, à l’autodétermination ?), de gauche (mais désenchanté au vu de la déliquescence et des trahisons de celle-ci), totalement laïc (grand admirateur de la laïcité française), et radicalement opposé aux implantations juives en Cisjordanie, Zeev Sternhell fut souvent conspué par la droite israélienne, jusqu’à avoir été victime d’un attentat terroriste perpétré par un Juif américain, mais qui ne le blessa que légèrement.

Un livre très critiqué

Avec son livre Ni droite ni gauche – L’idéologie fasciste en France (Le Seuil, 1983), dans lequel il s’oppose à la vision « sciences-po » qui considère le fascisme comme « un phénomène d’importation étranger », Zeev Sternhell avait fait scandale en France.

Et c’est « grâce » à ce scandale que je suis devenu l’éditeur de son livre.

En effet, trois ans après la parution de Ni droite ni gauche, mon ami Pierre Assouline (qui savait que j’avais publié en « poche » le magnifique Barrès et le nationalisme français du même Sternhell) m’appelle. Il me demande si j’ai lu Ni droite ni gauche. Je lui réponds par l’affirmative. Il me demande ce que j’en pense. Je lui dis que je l’ai trouvé tout à fait stimulant. Serais-je prêt à le publier en version de poche chez Complexe, ma maison d’édition ? Je lui réponds qu’il ne peut en être question puisque Le Seuil possède sa propre collection de poche. « Non, le Seuil ne le rééditera pas », m’affirme Pierre. Il m’explique que la polémique suscitée par le livre dans le milieu de Science-Po et de l’Institut d’Études Politiques (l’IEP) est telle que le Seuil a renoncé à poursuivre sa commercialisation, et que les autres grands éditeurs d’Histoire n’ont pas désiré le rependre. « Zeev sera à Paris la semaine prochaine. Si le bouquin t’intéresse, viens donc dîner à la maison, tu pourras le rencontrer. »

« Les autres grands éditeurs d’Histoire n’ont pas désiré reprendre le livre… » Cette phrase me poursuit quelque temps.

Complexe devait beaucoup à l’IEP et à Sciences-po d’où était parti la controverse. Si la maison avait pris son essor, c’était grâce à la confiance de nombre de leurs enseignants et de leurs chercheurs qui nous avaient offert de publier leurs ouvrages : René Rémond, président de Sciences po à l’époque, Alfred Grosser, Hélène Carrère d’Encausse de l’IEP, sans parler de mes amis Serge Berstein et Pierre Milza directeur de Sciences po, qui fondèrent et dirigèrent la collection « Questions au XXe siècle », fleuron de Complexe, et tant d’autres…

Mais décidé à rencontrer Sternhell, ne fut-ce que pour faire la connaissance d’un historien que j’admirais, je le retrouvai la semaine suivante chez notre Amphitryon de Pierre.

Le courant entre Zeev et moi passa très bien. De manière générale, je n’aime pas beaucoup l’intransigeance, mais chez lui, elle me plut, tant elle me sembla être le fruit d’une incontestable éthique. Je le reverrais plusieurs fois, lors de certains de ses passages à Paris, ou à l’occasion de mes voyages en Israël, et toujours avec même plaisir et le même intérêt.

Querelles d’historiens

Zeev en voulait à Michel Winock, à l’époque éditeur du département d’histoire au Seuil, d’avoir été déloyal avec lui en publiant un article dans Le Débat où il contestait assez radicalement sa thèse. Assouline précise que l’éditeur historien avait affirmé que Sternhell l’avait « libéré de ses obligations envers lui », et pour preuve, avait publié dans une annexe de sa réédition en poche de Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, la lettre de Sternhell du 15 avril 1983 qui en témoignait.

Un éditeur historien a parfaitement le droit de ne pas partager les analyses de certains de ses auteurs et même de les contester publiquement. Cela fait partie du débat. Pour autant, il est bien gênant que l’historien contestataire, usant de son pouvoir discrétionnaire d’éditeur, décide en même temps de ne pas poursuivre l’édition d’un livre qui de surcroît n’est nullement un échec commercial, bien au contraire…

Je m’engage donc à rééditer Ni droite ni gauche dans les meilleurs délais.
Cependant, étant donné que plusieurs historiens lui avaient fait le reproche d’avoir tronqué des citations ou de les avoir sorti de leurs contextes, nous nous mettons d’accord que dans cette réédition, les contextes seraient restitués et les citations complétées. Faut-il préciser que ces précisions n’invalidèrent en rien l’analyse présentée ?

Ce que l’on critiquait surtout, c’était la focalisation de Zeev sur les idées des intellectuels qu’il incriminait, et de ne pas tenir compte des contextes historiques qui pouvaient expliquer bien des positions. Ce n’était pas faux, mais ne pouvait-on pas reprocher à tant d’historiens de souvent négliger les idéologues ? Barrès, Maurras – ou, plus près de nous, Sartre, n’ont-ils pas eu une importance et une responsabilité capitale dans l’engagement de tant de militants ? Et si nous remontons le temps, Robespierre n’a-t-il pas fait état de ce qu’il devait – ou croyait devoir à Rousseau ?

Un livre extraordinaire

Le deuxième blâme concernait la définition du fascisme. Zeev Sternhell privilégiait l’approche idéologique : le fascisme comme nouvelle culture qui bannit tant le libéralisme que le communisme, mais considéré de manière extensive au point d’y inclure des mouvements autoritaires, conservateurs, monarchistes ou globalement antidémocratiques que les historiens français refusaient d’amalgamer sans nuance au fascisme.

Rentré, il me restait à annoncer cette prochaine parution à plusieurs historiens et politologues, conseillers éditoriaux réguliers de Complexe.

Je me souviens qu’Alfred Grosser (parmi d’autres) m’avait demandé si je partageais la thèse de Sternhell. Je lui avais répondu que j’avais déjà publié plusieurs ouvrages d’historiens dont je ne partageais nullement les analyses, et que la question que j’avais l’habitude de me poser était plutôt de savoir si le livre apportait ou non une contribution intéressante au débat. Si c’était le cas, je n’hésitais pas à l’éditer.
Cette réponse n’avait pas convaincu tous mes interlocuteurs, mais aucun ne m’en avait voulu.

En 1990, Le Monde plaçait Ni droite ni gauche dans la liste des « quarante livres pour une décennie ». Aux États-Unis, Saül Friedlander parla de « livre extraordinaire » (The New Republic) et Robert Wohl nota que « peu nombreux sont les livres récents consacrés à l’histoire de l’Europe qui aient provoqué un choc et une controverse comparables » (Journal of Modern History).

En 2000, soit treize ans après la parution de notre première édition de Ni droite ni gauche, Fayard nous rachètera les droits pour une publication en grand format ; douze ans plus tard encore (les éditions Complexe ayant été rachetées par le groupe Vilo, et moi-même ayant quitté la maison), Ni droite ni gauche sera édité chez Gallimard dans sa collection de poche « Folio ».

Le temps avait fait son œuvre…

Ni droite ni gauche: L'idéologie fasciste en France

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Ni droite ni gauche : l'idéologie fasciste en France

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Maurice Barrès et le nationalisme français

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Brune Poirson: «C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule»


Alors que la majorité présidentielle essuyait une cuisante défaite aux élections municipales, Brune Poirson s’est emportée à la télévision.


Les élections municipales 2020 sont un échec cuisant pour le parti majoritaire LREM avec une déroute électorale doublée d’un taux de participation historiquement bas, reflétant toute la défiance des électeurs vis-à-vis de la classe politique. Aussi, la performance de Brune Poirson ne va pas arranger l’affaire.

Invitée sur CNEWS pour commenter les résultats de l’élection dimanche 28 juin, un débat musclé s’engage entre la Secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire et le député RN Sébastien Chenu. Brune Poirson tente alors de reprendre la parole et lâche : « En fait, j’aurais dû venir avec une paire de couilles et la poser sur la table. Comme ça, peut-être que j’aurais eu le droit de parler ! »

Subtilité

On se rappelle des déclarations de Gilles Le Gendre qui nous expliquait, en 2018 : « Deuxième erreur, dont nous portons tous la responsabilité – moi y compris, je ne me pose pas en censeur : c’est le fait d’avoir probablement été trop intelligents, trop subtils… ». Le chef de file des députés LREM pourra donc féliciter la Secrétaire d’Etat de ne pas avoir usé de trop de subtilité. C’est bien le moins.

A lire ensuite: Municipales: EELV vainqueur par K.-O. démocratique

Mais quelle mouche a donc piqué Poirson ? Il faut dire qu’elle n’avait pas grand-chose à dire. Et quoi qu’elle dise, on aurait de toute façon vite oublié ses propos. Avec sa « paire de couilles », elle pourrait rester dans les annales. Madame Poirson, de par sa fonction à l’écologie, est à la pointe sur la question du recyclage et de la gestion des déchets, et tient à le faire savoir en étalant son langage ordurier.

Laurence Ferrari recadre la péroreuse

Le véritable problème est que Brune Poirson a des difficultés à prendre la parole sur le plateau de télévision. Alors elle opte pour la solution de facilité: la victimisation. C’est parce qu’elle est une femme qu’on ne la laisse pas parler. Il fallait y penser : il faut être sévèrement burné pour avoir le droit de s’exprimer. Sauf que le féminisme victimaire ne marche pas à tous les coups. Même Laurence Ferrari est excédée : « Non, mais arrêtez de me faire le coup de la femme qui ne peut pas parler… C’est bon ! »

Brune Poirson démontre que l’on peut avoir à la fois un look BCBG et jurer comme un charretier. C’est sans doute ça le « en même temps » macronien. On en vient à regretter que Jean-Marie Bigard ne se lance pas vraiment en politique. Face à Brune Poirson, il aurait relevé le niveau.

 

Condamnation des époux Fillon: la séparation des pouvoirs en question


Suite à sa lourde condamnation, le couple Fillon a décidé de faire appel. Le Tribunal correctionnel est-il qualifié pour juger de l’emploi des fonds attribués à un parlementaire ? Les explications de Maître Stanislas François.


L’indépendance de la Justice signifie deux choses. D’une part, qu’elle le soit réellement, d’autre part, qu’elle montre les apparences de cette indépendance, en somme, qu’elle ne laisse pas prise au soupçon.

Alors, en 2017, on pouvait légitimement s’insurger qu’une affaire judiciaire survienne en pleine période électorale et que fût opportunément mis en examen, deux jours avant dépôt des candidatures à la présidence de la République, l’un des protagonistes de l’élection. 

Aujourd’hui en 2020, nous ne pouvons que saluer la sagesse du Tribunal correctionnel d’avoir attendu le lendemain des élections municipales pour rendre son verdict afin que l’affaire Fillon ne parasite pas de nouveau le débat électoral.

Le Tribunal correctionnel aura donc suivi les réquisitions du Parquet : cinq ans de prison dont trois avec sursis, 375 000 euros d’amende et 10 ans d’inéligibilité pour François Fillon. 3 ans avec sursis 375 000 euros d’amende pour Pénélope Fillon, son épouse et ancienne assistante parlementaire.

On ne pourra pas reprocher au juge d’avoir rendu une décision politique. Assurément elle ne l’est pas, quand bien même elle a nécessairement des retentissements politiques, parce que le mis en cause, François Fillon est une personnalité publique et parce que les faits reprochés (l’emploi de son épouse) mettent en cause le fonctionnement d’une institution politique, l’Assemblée nationale.

Pour autant, la décision rendue en droit n’est pas évidente et elle amène deux interrogations. La première sur la qualification retenue par le juge, celle de détournement de fonds publics et, la seconde, sur le caractère intrusif de l’appréciation des faits qui met nécessairement en jeu les limites du principe de la séparation des pouvoirs.

  • Sur le détournement de fonds publics

Au sens de l’article R. 432-15 du code pénal, un détournement de fonds publics correspond à la situation dans laquelle « une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, un comptable public ou l’un de ses subordonnés » détruit, détourne ou soustrait un acte ou un titre, ou des fonds publics ou privés qui lui ont été remis en raison de ses fonctions ou de sa mission. 

À l’inverse d’autres dispositions du code pénal, par exemple celles sur la prise illégale d’intérêt, l’article R. 432-15 ne renvoie pas à la définition de « personnes investies d’un mandat électif public » et la qualification de « personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public » est en principe réservée aux personnes qui exercent sous l’autorité du pouvoir exécutif. Ainsi, l’application du délit de détournement de fonds publics à un parlementaire pouvait poser question

Ce n’est que par une décision du 27 juin 2018 que la Cour de cassation a tranché ce point, reconnaissant qu’un député, parce qu’il avait pour rôle d’exercer une fonction ou d’accomplir des actes dont la finalité était de satisfaire à un intérêt public, pouvait être considéré comme « personne chargée d’une mission de service public » et donc, se rendre coupable de détournement de fonds publics. On pourra alors toujours regretter l’empressement incroyable qui fut celui du Parquet en 2017 qui décida, en pleine période électorale, de poursuivre l’un des protagonistes principaux sur le fondement d’une infraction dont l’application à un parlementaire n’aura été précisée qu’un an plus tard.

  • Sur la séparation des pouvoirs

Et quand bien même le parlementaire est effectivement concerné par la qualification de détournement de fonds publics, peut-on vraiment considérer que des fonds publics ont été détournés ? Les fonds publics en cause sont ceux versés par l’Assemblée nationale à un parlementaire pour l’emploi d’un de ses collaborateurs. Et ils ont effectivement été versés par le parlementaire à l’emploi d’une collaboratrice, son épouse. Au-delà des soupçons légitimes de népotisme que l’emploi d’une personne de sa famille impliquent, se poser la question de l’existence d’un détournement, c’est réfléchir à ce que doit être, en principe, l’emploi de ces fonds, versés par l’Assemblée nationale à un parlementaire pour l’emploi d’un collaborateur. 

Chaque parlementaire dispose d’un crédit. Le parlementaire conclut avec son collaborateur un contrat de droit privé dans lequel le parlementaire définit librement l’organisation du travail et les tâches dévolues à son collaborateur. Aucun texte ne précise ni l’organisation ni le contenu de l’emploi de collaborateur parlementaire, celui-ci peut correspondre ainsi à différentes réalités : rédiger des discours, gérer un agenda, tenir des permanences, rédiger des notes, brumiser les jambes de son député, participer à des événements etc.

Être collaborateur parlementaire, c’est donc exercer une activité politique associée à un mandat électif. Ainsi, reprocher à Madame Fillon de n’avoir rien fait, rechercher si l’emploi de collaborateur était ou non fictif, c’est donc nécessairement se poser la question de ce qu’est un emploi de collaborateur. Le fait qu’un juge se pose cette question renvoie au principe de la séparation des pouvoirs, c’est-à-dire l’immixtion du pouvoir judiciaire dans le pouvoir législatif. Ce principe de séparation des pouvoirs implique par exemple en France l’existence même du juge administratif. C’est le Conseil d’État qui juge le pouvoir exécutif et non l’autorité judiciaire. 

En principe, le contrôle des activités professionnelles incompatibles avec le mandat parlementaire appartient au bureau de l’Assemblée nationale et seul le pouvoir législatif lui-même est compétent pour apprécier et évaluer le travail d’un collaborateur parlementaire. Ce n’est pas le travail du juge.

En 2019, la Cour de Justice de l’Union européenne avait demandé à Marine Le Pen de procéder au remboursement de 300 000 euros pour avoir rémunéré des cadres du Front national avec des fonds destinés à l’emploi de collaborateurs parlementaires. Si la Justice s’est ainsi prononcée, c’est parce qu’elle avait été saisie par le Parlement européen qui, lui-même, avait reconnu l’irrégularité de l’emploi des fonds publics. Rien de comparable donc dans l’affaire Fillon où l’Assemblée nationale n’a jamais bronché pour l’emploi des fonds versés à Madame Fillon. Au risque de heurter le principe de séparation des pouvoirs, le Tribunal correctionnel s’est livré à cet exercice. 

Les époux Fillon ont donc interjeté appel, alléguant notamment la méconnaissance de ce principe.

Le Luron, Coluche et Desproges: l’irrévérence des «trois mousquetaires»

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Coluche lors de l'emission TV "Formule 1". Paris, FRANCE - années 70 © MEUROU/SIPA

Les trois mousquetaires de l’humour en France avaient ceci en commun, en plus de disparaître dans la force de l’âge à quelques mois d’écart, d’être des mélomanes avertis pratiquant volontiers l’art difficile de l’humour vache en chantant.


Passionné d’opérette, Thierry Le Luron vocalisait même sur trois octaves. Sa voix de Stentor a longtemps crevé l’écran et éraflé les oreilles de nombreux hommes politiques. Capable de mystifier son auditoire avec ses seules qualités de chanteur, l’humoriste a beaucoup usé de l’art lyrique pour mieux ridiculiser ses cibles, le plus souvent avec férocité derrière ses allures d’enfant de chœur. D’ailleurs, il jouait de ce contraste saisissant avec une jubilation non feinte, n’hésitant pas à moquer le physique des vedettes du show-biz et des politiques dans des numéros de transformiste mémorables, même si Dalida – entre autres – a souffert de sa caricature leluronienne.

La guerre du joyeux Luron

Mais lorsque le jeune homme sortait les crocs en poussant la chansonnette, à heure de grande écoute, les ors de la République tremblaient. Ainsi, passé le court état de grâce socialiste de 1981-1982 avec l’abolition de la peine de mort et le lancement du minitel rose, il y eut le mémorable « L’emmerdant c’est la rose », parodie cinglante de « L’important c’est la rose » de Bécaud, entonnée en direct chez Drucker (avec en prime dans la vidéo ci-dessous une imitation succulente de Michel Polnareff) :

Puis, quelques mois plus tard, l’irrévérence chansonnière caractéristique de son style le conduisit à défroquer devant les caméras le Premier ministre en place, Laurent Fabius, toujours en prime time à la télé. Sous le règne de Mitterrand, Le Luron menait sa guerre des roses à lui :

Nos « humoristes » mélomanes d’aujourd’hui – parfois drôles, certes, dans leurs grands moments de tristitude oldelafienne – aiment aussi s’attaquer au pouvoir, surtout lorsqu’il se trouve à plus de 1 000 kilomètres du périphérique parisien, respectant ainsi scrupuleusement les consignes de distanciation sociale :


« Merci d’appuyer si bien là où ça fait mal », se gargarise l’animatrice Charline Vanhoenacker à la fin de cette séquence sans doute à l’origine du tremblement de terre de magnitude de 4,7 survenu en Italie en 2018. Tant d’irrévérence courageuse sur les ondes du service public prouve, s’il en était encore besoin, que la France est désormais bien plus Charline que Charlie. « Rigolez pas, c’est avec votre pognon », nous rappelait Coluche.

Desproges : ne pas céder au chant des sirènes

Pierre Desproges saluait déjà en son temps le courage de ces « artistes engagés qui osent critiquer Pinochet à moins de 10 000 kilomètres de Santiago. »

Comme Patrick Dewaere, Monsieur Cyclopède était un inconditionnel de Brassens : « Pour moi, c’est un modèle d’humanité. Il est arrivé très haut et très bien sans jamais se compromettre. Ni devant un public, ni devant les professionnels de ce métier. Il n’a jamais payé à bouffer à un mec pour avoir du succès. Beaucoup de gens de ce métier sont sales, se compromettent. » Tonton Georges lui avait-il insufflé la flamme de la chanson ? Car oui, Desproges s’est lui aussi essayé à l’exercice de l’art mineur selon Gainsbourg. Étonnant non ?, de la part d’un ardent contempteur du rock et de la variété : « J’aime pas les chanteurs, c’est simple, je comprends même pas qu’on chante », assurait-il en introduction de son sketch « Haute coiffure ». Pourtant, le poète humoriste aimait pousser la chansonnette – principalement dans le cadre familial -, poussant la contradiction maso jusqu’à enregistrer deux singles ultra collectors aujourd’hui : la comptine pour enfants « A bobo bébé » en 1977 et surtout « Ça, ça fait mal à l’ouvrier » en 1983, caustique en diable. Il est intéressant de constater que ce second 45 Tours est sorti l’année du tournant de la rigueur opéré par la gauche au pouvoir. Tout un symbole, « Ça, ça fait mal à l’ouvrier » sonne donc rétroactivement comme l’hymne en or massif du libéralisme triomphant et, par la même occasion, celui de la trahison historique du parti socialiste contre le peuple. Dommage que le Top 50 n’existait pas encore en 1983, on lui aurait bien fait une petite place dans le classement :

On imagine aisément, à l’écoute de ces vidéos de Le Luron et Desproges, que l’union sacrée préconisée par leurs homologues actuels au nom du « faire nation » contre le coronavirus, sous prétexte que ce n’était pas le moment de critiquer le gouvernement (ce n’est d’ailleurs jamais le moment), n’aurait reçu que peu d’écho chez nos deux artistes insoumis.

Pas plus chez Coluche sans doute.

Coluche : l’humour qui ne prend pas de gants

Le clown à la salopette rayée connaissait la musique, lui aussi. Ce fan de rock’n’roll (et de Georges Brassens) a d’ailleurs tenté sa chance dans plusieurs groupes, comme chanteur et guitariste, avant de brûler les planches du rire. Mais sa voix de précurseur punk n’a pas mené loin le futur blouson noir à la fin des années 60, même si le comique ne s’est jamais départi ensuite de sa gouaille chansonnière pour parer ses satires politico-sociales de ses plus beaux atours. Et au final, la partition que le restaurateur du cœur préférait jouer, c’était celle de l’andouille qui fait l’imbécile, à l’air libre, sous le soleil de Satan qui l’aveugla fatalement le 19 juin 1986. Au détour d’une route de campagne de l’arrière-pays cannois…

Ce soleil immonde, rancunier, Michel Colucci l’avait égratigné en toile de fond d’une chanson écrite pour son pote Renaud.

Aujourd’hui, Michel Polnareff vit encore aux USA. Et il est toujours inconnu là-bas.

L’hydroxychloriquine est notre nouveau schmilblick, tout aussi imprononçable.

Laurent Fabius est toujours rose.

Et les mêmes causes produisent les mêmes effets depuis au moins quarante ans. Ça, ça n’a pas finit de faire mal à l’ouvrier, d’autant que le roi soleil immonde continue de rayonner de tous ses feux incendiaires.

Le problème, c’est que Coluche, Desproges et Le Luron ne sont plus là pour nous déconfiner de nous-mêmes, notamment avec leurs chansons pour de rire, bien plus essentielles qu’elles n’y paraissent. Et probablement bien moins clownesques que certaines études publiées dans des revues scientifiques dites sérieuses.

Côte d’Ivoire: Guillaume Soro, la dernière ligne droite

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Guillaume Soro, quittant son poste de premier ministre et le palais présidentiel en 2012. © AP Photo/Emanuel Ekra/120313140531/1203132043

A trois mois d’élections capitales, la Côte d’Ivoire est toujours suspendue au sort qui sera fait à Guillaume Soro. Les prochaines élections présidentielles qui se tiendront en octobre 2020 sentent déjà le souffre, tant le pays tout entier se demande si le pouvoir maintiendra ou invalidera la candidature de l’ancien premier Ministre et ancien président de l’Assemblée nationale. De cela, dépend l’avenir de la démocratie dans un pays qui était parvenu à se stabiliser jusque-là.


En poste entre 2007 et 2012 à la fonction de chef du gouvernement, puis de 2012 à 2019 à celle de la présidence de l’Assemblée, le candidat Soro prépare soigneusement sa campagne pour espérer devenir le successeur d’Alassane Ouatara afin de diriger la treizième puissance du continent africain. Seulement, depuis quelques mois, et une décision de justice de décembre 2019, son parcours a été semé d’embûches, pour certains organisé de toutes pièces, et pas des moindres : accusé de torture, d’assassinat et de crimes de guerre mais également de détournement de fonds et de blanchiment, l’ancien proche de Ouattara semble agacer depuis plusieurs mois dans l’entourage de l’actuel président qui tente de préparer soigneusement sa succession. Non sans rappeler les années Gbagbo, encore en prise lui-même avec la justice, cette actualité qui dépasse largement Soro, met en péril l’exercice démocratique à venir en Côte d’Ivoire. Elle questionne sur les actuelles manœuvres du pouvoir pour placer un proche du clan Ouattara afin de ne pas perdre totalement la main sur les richesses du pays, 91ème puissance mondiale.

Une justice suspecte

Condamné avant même d’être jugé et ce sans avocat, Guillaume Soro a été condamné à 20 ans de prison et 5 ans d’inéligibilité, ce qui compromet sacrément ses chances de remporter le prochain scrutin, alors qu’il fait partie des favoris pour prendre en main le destin de ce pays déjà largement traumatisé par des années de crise et de guerre. Personne au pays n’aspire à revivre de tels évènements dramatiques. Depuis cette condamnation par la justice ivoirienne, et afin de se donner encore toutes les chances de faire évoluer la situation et de revenir au pays par la voie royale, Guillaume Soro s’est réfugié en France afin de préparer sa riposte. Personne n’est certes au-dessus de la loi, mais le procès intenté contre Soro semble bien destiné à l’évincer définitivement de la course à la présidentielle.

C’est justement car Soro doutait fort de l’objectivité de la justice ivoirienne à l’heure actuelle, et le fait qu’il n’ait pu se défendre selon les règles d’usage d’un citoyen normal pouvant disposer d’un avocat, qu’il s’est retourné directement auprès de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples afin de contester cette décision. Et le 22 avril dernier, elle lui donna raison, en demandant à la justice de son pays de surseoir au mandat d’arrêt international contre Soro, afin de lui permettre de rentrer à Yamoussoukro en toute sécurité et pouvoir également assurer sa défense et poursuivre sa campagne. Mais elle demandait aussi la libération de ses 19 proches incarcérés en Côte d’Ivoire.

Le pays ne peut définitivement pas se permettre une nouvelle montée en puissance des tensions, avec un Guillaume Soro plus populaire que jamais, et dont le rejet de la candidature par le pouvoir, à quelques semaines seulement du scrutin, pourrait réveiller dans la population un profond sentiment d’injustice et de révolte. Plus le temps passe, et plus les Ivoiriens seront convaincus d’un complot ourdi contre lui. Après le coup d’État de 1999 et la guerre civile de 2002 qui dura huit longues années, le pays qui s’était à peu près jusque-là essayé au jeu de la démocratie pourrait renouer par la marginalisation de Soro avec la spirale de l’autoritarisme voire de la guerre. A ce jour, et ce malgré la décision de la Cour Africaine des Droits de l’Homme, le candidat Soro n’est toujours pas rentré au pays, tant les gages donnés par le pouvoir ne semblent pas suffisants pour être certain qu’il puisse mener à bien sa défense et sa campagne jusqu’au bout. On a tendance à dire que si un seul pays ne respecte pas le droit international, le droit international n’existe plus, mais la Côte d’Ivoire doit pouvoir montrer l’exemple dans un continent ravagé par les crises, les dictatures, les appétits des puissances étrangères, et le déni de démocratie. C’était l’une de ses grandes fiertés jusque récemment.

 

Perpignan: géopolitique locale d’un basculement

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Louis Aliot au second tour des élections municipales, le 28 juin 2020 © Alain ROBERT/SIPA 00969655_000005

La conquête de la mairie de Perpignan par Louis Aliot marque une rupture historique dans la géopolitique locale, dont la portée symbolique n’échappe à personne


 

La victoire de Louis Aliot scelle la fin de l’« alduysme » implanté depuis 1959 quand Paul Alduy – diplomate issu d’une vieille famille catalane – conquiert la paisible préfecture (75 000 hab.) des Pyrénées orientales (PO), active place commerciale du Roussillon, mais aujourd’hui sinistrée. En 60 ans, entre ces deux élections se déroule le drame d’une cité frappée, comme la France, par le déclassement économique, la perte d’identité et de stériles rivalités politiques.

Perpignan: le fief de la famille Alduy

Quand Alduy accueille en 1962 près de 17 000 rapatriés d’Algérie dans la cité, installés en partie dans le quartier flambant neuf du Moulin-à-Vent, conçu comme «leur seconde patrie», il attend en retour, et obtient, un «vote de gratitude» aux cantonales suivantes. Ainsi s’installe une gouvernance de la cité par un clientélisme électoral typiquement méditerranéen, étendu aux Gitans qui ont perdu leurs petits métiers et sombrent dans la pauvreté. Longtemps radical-socialiste, la ville penche peu à peu à droite, offrant plus de 12% de ses voix à Tixier Vignancourt aux Présidentielles de 1965 (5,2% en France). La population locale a absorbé maintes vagues migratoires – réfugiés espagnols de 1939 et travailleurs des années 1960, Algériens puis Marocains, tous vivant en assez bonne intelligence avec les Gitans, sédentarisés dans le quartier Saint-Jacques depuis 1940, et avec les natifs catalans : au marché Cassanyes, à la frontière des territoires maghrébin et gitan, ouvert à Noël, mais fermé pour l’Aïd et la saint Jordi, on parlait français, arabe, catalan, calo et espagnol dans la même phrase, et on se comprenait !

Le « système alduyste » repose sur l’octroi d’avantages (logements sociaux, «recommandations», emplois municipaux…) en échange d’une fidélité électorale, sous l’œil des tios [tooltips content= »tios : patriarches des grandes familles gitanes (pouvant compter 200 membres) »](1)[/tooltips] ; il profite en effet surtout aux Gitans – dont le vote peut faire basculer le canton-, et pour certains postes, aux gens du cru. La famille Alduy [tooltips content= »Paul Alduy (1914-2006) le père ; Jacqueline Alduy (1924-2016) son épouse, sénatrice-maire d’Amélie-les-Bains ; Jean-Paul Alduy, leur fils. »](2)[/tooltips] assoit ainsi son pouvoir, cumulant 229 années de mandats électoraux locaux et nationaux [tooltips content= »Mesure l’accaparement du pouvoir par élu, résultant du cumul de ses mandats : un député-maire « détient » ainsi 5+6=11 années de pouvoir. Autres exemples locaux : Jules Pams (1852-1930), radical-socialiste : 74 ans ; L-J. Grégory (1909-1982), SFIO-PS : 135 ans ! »](3)[/tooltips]. Dans le Midi, la politique est affaire de famille, sinon de clan, toujours de réseaux : peu étonnant dans les Pyrénées-Orientales, terre maçonnique depuis 1744. Pas en reste, la gauche édifie son contre-système clientéliste, installant après 1993 des permanences électorales dans le quartier Saint-Jacques, mais côté maghrébin ; une lutte mortifère pour la conquête des électorats minoritaires s’engage entre les deux pouvoirs, municipal et départemental.

A lire aussi : Municipales: quel verre choisir?

Fissuration du système

L’adhésion de l’Espagne à la CEE (1986) accélère les crises viticole et fruitière ; les emplois dans l’agriculture sont divisés par deux ; les friches nées des primes d’arrachage sont livrées à la spéculation immobilière, qui capte les investissements au détriment du secteur productif, malgré l’existence de quelques ETI dynamiques. Cette économie de rente (tourisme, immobilier, BTP, transferts sociaux) aux antipodes de l’économie de connaissance alors émergente (mais la municipalité ignore son université) crée peu de richesses, tandis que ferme la principale usine (poupées Bella, 1 200 salariés) ; le chômage et la pauvreté s’installent : 32% de la population sous le seuil de pauvreté, 69% de foyers fiscaux non imposables, chômage explosif[tooltips content= »taux pour la commune, en 2016 : 25,4% (définition INSEE : actif 15-64 ans en recherche d’emploi inscrit ou non à Pôle emploi) ; pour la zone d’emploi (86 communes du Roussillon) : 13,4%, et pour le département : 13,3% (T4 2019). »](4)[/tooltips], 4e ville la plus inégalitaire, devant Béziers. Dans le même temps, le narcotrafic transfrontalier étend ses vénéneuses ramifications dans les cités HLM et chez les Gitans, sapant l’autorité des tios. La délinquance s’étend à toute la ville : incivilités, squats, rodéos et fusillades agrémentent le quotidien, jusqu’à nos jours.

Dans le vieux centre qui se délabre…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Thaïs (Génération identitaire): « Nous avons piraté l’attention médiatique »

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Ces derniers temps, l’organisation « Génération identitaire » fait beaucoup parler d’elle, entre l’affaire judiciaire de la mosquée de Poitiers et son action récente contre le racisme anti-blanc lors de la manifestation en soutien à Adama Traoré, le 13 juin. À 21 ans, Thaïs, l’une de ses militantes, confie à REACnROLL les motivations qui l’ont poussée à s’y investir. Elle indique également vouloir porter plainte contre Jean-Luc Mélenchon qui l’accuse d’avoir fait un salut nazi…


REACnROLL. «Génération identitaire», c’est quoi ?
Thaïs. «Génération identitaire» est un mouvement de jeunesse qui compte plus de 4000 adhérents à ce jour. Nous sommes présents dans toutes les régions de France et dans d’autres pays d’Europe. C’est un mouvement qui souhaite défendre l’identité française et européenne contre l’immigration massive et l’islamisation.

Pourquoi cette action « coup de poing » ?
Cela faisait des jours et des semaines qu’il y avait un matraquage médiatique autour de la famille Traoré, autour des violences policières, autour du mouvement « Black Lives Matter ». Cette soumission des politiques à cette famille de délinquants ou encore la culpabilisation constante du Français, de l’Européen, ou du Blanc était tout bonnement insupportable. Nous avons donc décidé, mes camarades et moi, de réclamer justice pour les victimes du racisme anti-blanc à la manifestation organisée par les Traoré pour pirater l’attention médiatique.

A lire aussi: Quand la chaîne qatarie Al-Jazia dénonce l’extrémisme français

(…)

Pourquoi militez-vous à «Génération identitaire» ?
Quand j’ai commencé mes études à Toulouse, j’ai pu observer des constats alarmants.

Quand je me rendais à l’université, je passais dans des quartiers où les personnes ne parlaient même pas français. Je me sentais en insécurité, je pressais le pas, je baissais la tête. Je savais que j’avais le risque de potentiellement me faire agresser parce que j’étais d’origine européenne. Un matin, alors que je me rendais à la faculté, j’étais l’une des seules d’origine européenne dans le métro. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. Je me suis sentie étrangère dans mon propre pays, ce n’est pas normal.

>>> Voir l’intégralité du témoignage sur RNR.tv <<<

Municipales: EELV vainqueur par K.-O. démocratique

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Eric Piolle et Jeanne Barseghian, maires de Grenoble et Strasbourg, le 17 juin 2020 © REWIAKO CHRISTELLE/SIPA Numéro de reportage: 00968028_000001

Les élections se suivent et se ressemblent, entre explosion de l’abstention et banc d’essai de partis, sitôt adoubés, sitôt rejetés. Ainsi, après que l’envol du parti du président ait provoqué l’admiration de tous, nous assistons aujourd’hui à la déculottée de LREM et à l’épiphanie d’EELV. Une analyse de Céline Pina.


Avec un taux de participation de 41,6%, le premier enseignement à tirer de ces municipales, c’est que notre démocratie n’est plus en danger: elle a commencé son déclin.

Certes, ce scrutin se tenait dans des conditions particulières, mais les tendances à la baisse de la participation s’observent quelle que soit l’élection et s’accentuent avec le temps. Les municipales ne sont plus le dernier rempart d’une démocratie vivante, trouvant dans la proximité une forme de régénération. Au vu du peu de voix qu’il faut aujourd’hui pour gagner cette élection et s’installer dans le fauteuil de maire, nombre de nouveaux élus peinent à rassembler et à représenter ne serait-ce qu’une minorité significative de leur ville. Ce fait est particulièrement marquant dans les villes populaires. À Stains par exemple, il suffit de 2 749 voix pour diriger une ville de 36 365 habitants, comptant 16 996 inscrits sur la liste électorale. À Cergy, il suffit de 4 156 voix pour devenir maire d’une ville de 61 708 habitants comptant 31 781 inscrits. À Goussainville, 31 212 habitants pour 16 433 inscrits, il a suffi de 2 869 voix pour remporter la mairie. À ce niveau de participation, aucun maire, bon ou mauvais, n’est vraiment légitime. Quand presque 60% des électeurs ne se déplacent pas, on ne peut sans doute pas expliquer ce qu’ils auraient voté, mais on est sûr que l’offre politique ne leur convient pas. Quand élection après élection, une majorité de personnes ne peuvent voter faute d’avoir un seul candidat susceptible de les représenter, alors on n’est plus vraiment en démocratie.

Désordres

Pour autant, soirées électorales après soirées électorales, entendre les politiques déplorer cet état de fait fait sourire. Pour avoir passé plus de 25 ans dans ce milieu, la vérité est que cela simplifie terriblement la conquête du pouvoir et que cela arrange beaucoup trop d’élus.

Pour que les élections redeviennent légitimes, il serait bon qu’à moins de 50% de suffrages exprimés, les élections ne soient pas valables et que l’élection soit refaite

Les batailles se font entre deux camps de convaincus ou d’afficionados, ne reste plus que le clientélisme pour amener les voix supplémentaires qui feront basculer l’élection. Et il n’en faut pas beaucoup pour faire la différence quand la participation est aussi faible. Cela aboutit à concentrer ses efforts sur la satisfaction de sa clientèle, au détriment de l’intérêt général, sans que cela ne soit sanctionné puisque la majorité est déjà hors du jeu politique…

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Comme le fait que vous soyez bien ou mal élu n’a aucune conséquence pratique en termes d’exercice du pouvoir, vous jouirez quand même de toutes les prérogatives de l’élection. Votre légitimité est douteuse mais votre pouvoir n’en est pas amoindri.

Les actes des collectivités locales sont très peu et très mal contrôlés. Le contrôle de légalité a été dégarni dans les préfectures et depuis que le contrôle est passé de a priori à a posteriori, les budgets peuvent susciter bien des convoitises. Alors que tout le monde surveille comme du lait sur le feu des députés dont les possibilités de détournement d’argent sont limitées, la manne financière qui passe entre les mains d’élus des collectivités locales est très peu contrôlée. Et ce alors que des projets de constructions et d’aménagements urbains se chiffrent en millions d’euros voire en dizaines de millions. Bref mettre une ville sous coupe réglée est possible en France et le niveau de corruption peut atteindre des sommets avant que quiconque ne songe à regarder de plus près. Heureusement que la plupart de nos élus sont honnêtes, mais pour ceux qui ne le sont pas, la tentation peut être forte et l’espoir d’échapper à toute sanction, réel.

Prendre le pouvoir dans une collectivité locale peut donc se révéler une manne. Ces réalités ne datent pas d’hier et ont abîmé notre rapport à la politique et aux politiques. Le fait d’accepter que des personnes extrêmement mal élues exercent le pouvoir ne semble pas avoir trop d’effet au début ; jusqu’au moment où la faiblesse de légitimité empêche tout exercice d’autorité et justifie tous les désordres. Nous avons atteint ce stade au niveau national où un président mal élu et contesté, finit par porter préjudice aux institutions censées incarner la stabilité, au point que sa propre police dépose symboliquement les menottes.

Parler aux 60% d’abstentionnistes devient un enjeu

Pour que les élections redeviennent légitimes, il serait bon qu’à moins de 50% de suffrages exprimés, les élections ne soient pas valables et que l’élection soit refaite. En ajoutant une condition incontournable : l’obligation de changer les candidats puisque les premiers étaient tellement peu représentatifs qu’aucune majorité n’a souhaité les départager.

Quant à la vague verte, elle raconte surtout la paresse intellectuelle de nombre de nos représentants quand il s’agit de comprendre notre pays. Il fallait voir la plupart des politiques invités à débattre des résultats sur les plateaux télé se repeindre à l’écologie, alors que tout cela n’est que poudre aux yeux. Qu’il y ait nécessité de prendre conscience que la survie de l’homme passe par le respect de la planète qu’il habite n’est pas contestable. Que cela conduise à plébisciter un mouvement passablement sectaire, très dogmatique et qui n’a aucun bilan alors qu’il a fait partie de nombre de gouvernements, est plus étonnant.

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La principale motivation du vote EELV est qu’il est gratifiant et ne représente aucun risque social, là où voter pour la plupart des partis vous vaut des accusations de traîtrise ou de naïveté. La plupart des électeurs votent écologistes car c’est un vote sans risque ni engagement, dont ils n’ont pas à rendre compte. Ils votent petits oiseaux et jolies fleurs, cela les met d’emblée dans le camp du bien. Personne ne demande de justifier ce type de vote. L’écologie a effacé la réalité d’un parti dogmatique qui s’est toujours abîmé dans les querelles de personnes et les polémiques stériles, qui a toujours voulu des postes, mais n’en a pas fait grand-chose. Le problème est que ce type de succès est bâti sur du sable. Dès que le vent souffle et que la pratique du pouvoir montre la réalité des hommes, les soutiens disparaissent plus vite qu’ils ne sont venus et les votes se détournent durablement.

Un vote passablement cucul

Le vote vert est matériellement très surestimé également : si sur les villes de plus de 100 000 habitants, 7 villes sont entre les mains d’EELV, 16 sont tombées dans l’escarcelle de la gauche, 15 à droite, 2 majorité présidentielle et 1 a basculé RN. Quand on passe aux villes de 20 000 habitants, sur 454, 261 sont à droite, 149 à gauche, 21 majorité présidentielle, 12 à EELV et 6 au RN. Le vote vert est et demeure un vote urbain, de bobo où le rapport à la nature est fantasmé et passablement cucul, il ne passe dans la France rurale et périphérique, chez ceux qui vivent et connaissent la nature. Cela devrait calmer les ardeurs de ceux qui veulent déjà se convertir à la logorrhée EELV. Ce discours anxiogène et punitif, ayant de l’humanité une vision négative au point d’alimenter des discours sur la collapsologie n’est sans doute pas le plus approprié pour reconstruire une société politique.

Le Maire de Grenoble Eric Piolle © JEAN PIERRE CLATOT / AFP
Le Maire de Grenoble Eric Piolle © JEAN PIERRE CLATOT / AFP

Voilà pourquoi le vote écologiste ne sauvera pas la gauche. Elle devra faire le travail de clarification idéologique qu’elle refuse. En attendant les écolos sont moins une chance pour la planète que pour toute la clique d’extrême-gauche, islamistes, indigénistes, décoloniaux, racistes qui se revendiquent antiracistes… Le vert d’EELV ayant souvent servi de cheval de Troie à un vert bien plus religieux. Pour avoir eu l’occasion de fréquenter leurs leaders au Conseil régional d’Ile-de-France, à de rares exceptions, nombre d’élus cumulent dogmatisme et incompétence. À Grenoble, la gestion désastreuse d’Eric Piolle en est un parfait exemple. Grenoble explose sous le poids de la dette et de l’insécurité et a fait parler d’elle quand pour imposer le burkini à la piscine, des membres de la nébuleuse islamiste ont organisé des opérations d’agitprop sans que le maire n’y trouve rien à redire. Il faut dire qu’il a souvent soutenu les initiatives du CCIF, autre organisation proche des islamistes.

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Les alliances entre les Verts et ces milieux s’illustrent également à Strasbourg où les
électeurs ont porté Jeanne Barseghian, tête de liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » à la victoire avec 41,7% des voix. Mais ils ont donné leur bulletin de vote, et leur caution, aux femmes voilées de la liste EELV. À Rennes, la liste EELV de Mathieu Theurier et Priscilia Zamord du premier tour n’a jamais caché sa sympathie pour des thèses comme le « privilège blanc ». Comme le rappelle la candidate LREM Carole Gandon avant le second tour, « Priscillia Zamord parle d’écologie décoloniale et motive sa candidature par le désir que les “femmes non blanches” ou des “personnes racisées” exercent des responsabilités. » Et EELV, comme de nombreux partis de gauche, ont défilé à la « marche contre l’islamophobie » en novembre 2019. Ils répondaient ainsi à l’appel du CCIF et ont pu défiler aux côtés de militants scandant « Allah Akbar ». Cet affichage ne lui a pas fait gagner beaucoup de voix dans les quartiers populaires. Qu’importe, c’est aussi ça EELV !

La vague verte n’est ni un espoir pour l’avenir, ni pour la France. Après LREM, c’est un nouveau leurre pour l’électeur de gauche.

Silence coupable

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Pour cinq cents milliards de plus

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En visioconférence avec Angela Merkel, Emmanuel Macron présente l'initiative franco-allemande pour la relance européenne, palais de l'Elysée, 18 mai 2020 © Francois Mori / POOL / AFP

 


Le tandem Macron-Merkel promet des sommes faramineuses pour relancer l’économie européenne. Mais de la mutualisation des dettes à la relocalisation des industries clés, trop de questions restent dangereusement en suspens. 


Le couple franco-allemand n’est pas mort, il bouge encore.

L’annonce conjointe d’un plan de « relance » de 500 milliards d’euros par Emmanuel Macron et Angela Merkel, déjà qualifié d’accord du siècle par quelques journalistes en mal de sensationnalisme, a redonné corps à l’idée du tandem franco-allemand, qui avait été un thème central de la campagne de Jupiter en 2017. Depuis, les demandes réitérées de l’Élysée pour avancer plus loin et plus profondément dans l’intégration européenne se sont heurtées aux « nein » sereins de la Chancellerie de Berlin.

Mais voici que l’Allemagne vient à résipiscence, alors même que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe vient, dans son arrêt du 5 mai, de réaffirmer son credo politique, la souveraineté allemande, et son credo économique, l’interdit qui frappe le financement monétaire des dettes publiques. Et quelques jours à peine après le refus opposé par l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et l’Autriche, autrement dit par l’Europe du Nord, aux appels au secours de l’Europe du Sud, soutenus par la France. L’Europe du Nord ne voulait pas des « coronabonds » émis dans le cadre d’un plan de soutien avec le bénéfice d’une mutualisation des dettes qui sous-entend que les pays solvables se portent garants des pays insolvables.

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Macron et Merkel font à nouveau rouler les dés sur la table. Ils ont ainsi marqué leur préoccupation grandissante sur le sort de l’euro et de la « construction » européenne. Les chiffres disent que les économies s’effondrent et les perspectives d’un rétablissement sont reportées aux calendes grecques. Et ce, malgré les centaines de milliards de dettes nouvelles consenties par les États pour parer à l’urgence sanitaire, économique et sociale. Ils proposent une relance dotée de 500 milliards d’euros. Cependant, la mutualisation des dettes émises par les États pour constituer ce fond reste en débat.

© Soleil
© Soleil

Mon propos n’est pas de spéculer sur les motifs politiques qui ont conduit l’Allemagne à accepter le principe de ce plan. Qu’il s’agisse d’effacer l’affront fait aux pays du Sud, qui a traumatisé nos voisins, ou de voler au secours d’un président français affaibli par sa gestion de la crise sanitaire, qu’importe ! Que faut-il penser de ce plan ? Et d’abord, que faut-il penser des efforts coûteux consentis depuis l’entrée en scène du coronavirus ?

Une dette à l’état pur

Dans l’ensemble de l’espace européen, les États ont paré au plus pressé. Il s’agissait, ni plus ni moins, de faire face aux déficits supplémentaires creusés dans les comptes publics par la chute de la production, des revenus et des recettes fiscales et sociales, ainsi qu’aux dépenses sanitaires liées à la pandémie. Rien de « keynésien » dans cette politique entièrement contrainte par les circonstances. Une politique keynésienne passerait par des investissements dans les infrastructures, des incitations à l’investissement privé ou des allègements fiscaux ciblés sur les classes moyennes.

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La mesure essentielle a consisté à financer l’indemnisation d’un chômage partiel de masse : il a concerné 12 millions de personnes, pour un coût estimé à 25 milliards d’euros par Bercy, mais à 58 milliards par la commission des finances de l’Assemblée. Cette mesure, inévitable, a eu deux effets : premièrement, elle a soutenu la consommation des chômeurs indemnisés et de leurs familles ; deuxièmement, elle a préservé d’innombrables unités de production qui auraient, sans elle, basculé dans le néant. On voit a contrario l’intérêt du chômage partiel tel qu’il est pratiqué en Europe quand on compare la situation américaine où les entrées au chômage définitif ont explosé.

J’ai plaidé, dans ma chronique précédente, pour un financement monétaire des déficits supplémentaires, qui aurait permis de limiter les dettes publiques. Une proposition qui ne serait pas du goût de la cour de Karlsruhe ni de celui des autorités de Francfort et de Bruxelles, mais qui a l’avantage insigne de rappeler que la dette nouvelle est une dette à l’état pur et que les dettes accumulées ont de moins en moins de chances d’être remboursées. Sauf si une providentielle nouvelle révolution industrielle venait au secours des économies en marasme.

Quid de la concurrence loyale et non faussée ?

Le plan franco-allemand se présente sous d’autres atours. Il prétend explicitement favoriser une « relance » économique par des investissements publics à caractère sanitaire et écologique tout en venant au secours des grandes entreprises et des secteurs en difficulté ou en détresse comme l’automobile, l’aéronautique et le transport aérien, voire l’hôtellerie-restauration, l’édition ou la librairie.

Il n’est plus question que de « souveraineté » économique, formule qui écorchait la langue il y a quatre mois encore et que l’on entend aujourd’hui dans la bouche de responsables qui voulaient privatiser Aéroport de Paris 

Pourquoi pas ? Mais il faudra attendre les précisions qui seront sûrement apportées après l’adoption définitive de la proposition – nous partons du principe qu’elle le sera. Car autant elle séduit par son volontarisme, autant elle conduit à s’interroger sur sa faisabilité au regard des règles européennes de la concurrence loyale et non faussée qui figurent dans le livre saint de Bruxelles.

Deux points doivent être examinés. Le premier est celui de la nature de l’aide : prêt ou subvention ? Le prêt serait admissible, sous réserve du bon emploi des sommes. Mais quid des subventions ou des dotations au capital habituellement proscrites par Bruxelles ? Le second est celui du bénéficiaire. Car le soutien revient à privilégier un acteur, donc un ou plusieurs États, donc à « fausser » la concurrence.

Pour illustrer notre propos, un soutien européen à Airbus ne rencontrerait pas d’obstacle majeur dès lors que ses concurrents sont américains. Il n’en irait pas de même pour Air France et Renault qui sont dans une passe ô combien difficile. Car il ne faut pas rêver à un rétablissement des liaisons aériennes ni à un redémarrage puissant du secteur automobile, dont tous les grands marchés se sont effondrés, y compris le chinois.

Et quid de la relocalisation et de l’emploi ?

Les tartuffes battent à nouveau la campagne. Il n’est plus question que de « souveraineté » économique, formule qui écorchait la langue il y a quatre mois encore et que l’on entend aujourd’hui dans la bouche de responsables qui voulaient privatiser Aéroport de Paris et céder Alstom Transports à Siemens après avoir bradé Technip et Alstom Énergie.

En ce cas, de quoi parlent Macron et Merkel ? Sans doute de souveraineté sanitaire. Les médicaments et les équipements hospitaliers seront à nouveau réalisés en Europe, mais plutôt, n’est-ce pas, dans les pays à bas coût de l’Union. On imagine mal en revanche que l’automobile, la mécanique et plus encore les aciéries soient rapatriées sur le Vieux Continent. D’ailleurs, notre ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, l’a dit : « Pour l’industrie, c’est fini. » Ce qui signifie dans son esprit que c’en est fini pour l’industrie française ! Raffarin est un servant du libre-échange mondial et un militant de cette Europe « fantôme » dénoncée par Régis Debray. Il l’a montré durant son passage à Matignon et, depuis, il ne cesse de plaider dans ce sens, nonobstant les crises alarmantes de 2008 et 2010.

A lire aussi, Philippe Murer: Écologie et plan hydrogène: Macron dépassé par Merkel

Ce qui est en jeu, dans ce vaste jeu d’ombres, c’est le pouvoir stratégique des managers. Ils ont œuvré au libre-échange mondial sous la tutelle explicite des grands actionnaires de la bourse. Une relocalisation de grande ampleur suppose, premièrement, que la tutelle financière se relâche et, deuxièmement, que les managers acceptent le retour de l’activité dans les pays à coût élevé, tout le contraire de ce qui s’est fait depuis trente ans. Peuvent-ils se renier après avoir défendu et illustré la création de valeur pour l’actionnaire appuyée sur une délocalisation pratiquée sans états d’âme ?

Enfin, quels seront les effets du plan européen sur l’emploi ? Renault, un bénéficiaire potentiel du soutien, prépare d’ores et déjà un allègement d’effectifs sur ses sites français, peut-être nécessaire du point de vue de la gestion, mais qui se heurte frontalement au principe d’un soutien public. Et bien d’autres groupes fourbissent leurs propres plans sociaux. Ce qui nous promet un climat social encore plus délétère. La rentrée sociale sera chaude bouillante !

Ultime observation. Gardons à l’esprit, par-dessus tout, que la « relance » massive se fera au prix d’un endettement nouveau qui pourrait passer un seuil critique. Dès lors, la question est de savoir quel sera le retour sur investissement des dépenses nouvelles. Pour que les 500 milliards de dettes rapportent plus que ce montant, il faudrait qu’ils soient assortis d’une relocalisation de grande ampleur. Autant dire que ce n’est pas gagné.

Le secret néolibéral

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Hommage à Marc Fumaroli, à travers l’éloge de Dijon

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Le compositeur français Jean-Philippe Rameau (1683 -1764) © MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage: 51111656_000001

Un peu partout en France, on déboulonne les statues. Comment se fait-il que, dans la ville de Dijon, la statue de Jean-Philippe Rameau soit toujours debout ? Rameau, le raciste, avec ses Indes Galantes ? Lors de l’affrontement de bandes, tchétchène et ottomane, j’écoutais l’air de La danse dite des Sauvages, longtemps l’indicatif d’une émission de Radio Classique. Je relisais, dans la République des Lettres, le chapitre que Marc Fumaroli consacre à Dijon et au président de Brosses, quand on annonça la mort de l’Académicien. En écrivant cet article, j’entends rendre un hommage modeste à Marc Fumaroli, à travers quelques figures marquantes de cette ville de Dijon qui fut, à tous égards, représentative de la République des Lettres que l’Académicien habita toute sa vie.


marc fumaroli art histoire
Marc Fumaroli. © Sipa JDD / Bisson. Numéro de reportage: 00622581_000006

La moutarde… et le kir !

À moins d’être un Barbare, Jean-Philippe Rameau, natif de Dijon, est impossible à déboulonner. Persuadé de la convergence entre les sciences et les arts, il fonde sa musique sur les règles rigoureuses de l’harmonie. Le résultat ? Des œuvres – pas seulement les Indes Galantes – surprenantes de jeunesse et d’humour qui respirent le bonheur. Le Président de Brosses, lui, est un juriste, un historien et un mélomane éminents. Fils d’une grande famille parlementaire de Bourgogne, ses amis sont le président Bouhier, Diderot et Voltaire, et surtout Buffon, l’ami intime. Avant leur brouille, Voltaire, « le philosophe papillon », qui mettra des bâtons dans les roues à l’entrée, à l’Académie, de Charles de Brosses, disait de son ami qu’il était « fils de cette ville de Dijon où le mérite de l’esprit semble être un des caractères des citoyens. » C’est de Brosses, en effet, qui rédigera l’article Gamme dans l’Encyclopédie. C’est de Brosses qui, lors de son voyage en Italie, en achetant, de ses deniers, la première édition de la Serva Padrona de Pergolèse, introduira, en France, la musique italienne. C’est également à de Brosses que l’on doit la paternité des noms Polynésie et Australasie. Quant à François Rude, lauteur du haut-relief, la Marseillaise, placé sous l’Arc de Triomphe, est représenté, dans un jardin de sa ville natale, tenant une petite Marianne dans la main. Espérons qu’il ne lui arrive rien. Dijon, c’est enfin la moutarde qui nous monte au nez en ce moment. Si la moutarde remonte au XVIème siècle et qu’elle n’est pas certifiée d’origine protégée, c’est bien une famille dijonnaise du XVIIIème siècle, les Naigeon, qui lui donna ses lettres de noblesse. On me dit de ne pas oublier le kir dont Dijon s’enorgueillit, du nom du chanoine Kir.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Marc Fumaroli n’est plus

Né à Marseille, Marc Fumaroli, consacre, dans La République des Lettres, un chapitre au président de Brosses, au joyau que sont « Les Lettres familières d’Italie » écrites en 1739, « au style abondant et vivace. » Les modernes Descartes et Fontenelle auraient-ils fait, dans l’esprit de Brosses, le voyage en Italie ? « Leur esprit d’analyse n’avait cure de la mémoire, de la culture littéraire et gratuite. » De Brosses, lui, scientifique et juriste, humaniste et érudit, unit à un savoir immense un charme badin. Fumaroli compare le « je » de ses lettres à celui de Montaigne, « ouvert à l’enthousiasme comme à l’ironie… pour qui la littérature, c’est d’abord cette ruche d’abeilles lettrées où il peut être lui-même heureux, avant de convier son lecteur à partager avec lui son gâteau de miel ». Qui le connaît, à présent, ce grand magistrat et ce polygraphe qui alla, sur les pas de Salluste et enquêta, in situ, sur une ville, enfouie sous les cendres du Vésuve ? Ces lettres italiennes que Marc Fumaroli préfaça, aux éditions André Versaille éditeur, on y apprend mille choses, sous une plume curieuse, vive, ironique : elles ont un charme inégalé que n’ont pas les voyages convenus des contemporains. À notre époque, la scission est consommée entre sciences et littérature : les « sciences humaines » règnent en maître.

La République des Lettres a-t-elle disparu ?

Avec l’Encyclopédie, dit Marc Fumaroli, une ère nouvelle s’ouvrait où « la liberté de ton du président de Brosses et l’esprit d’indépendance n’auraient pas été admises. C’est le temps où tout le monde s’oppose à tout le monde : le roi aux parlements, la cour aux philosophes. De cette République, Voltaire lui-même fait « un parti d’opposition et de combat ». On dirait à présent que tout est politisé. Belle leçon de modernité !

« Et in Arcadia ego. » Marc Fumaroli aura une place à son nom, comme Jacqueline de Romilly en a une, rue de la Montagne Sainte-Geneviève, devant le café, enfin réouvert : « La Méthode ». Mais les commémorations ne consolent pas. A-t-elle disparu, cette société de savants lettrés dont Marc Fumaroli a fait partie ? Non pas « ce petit échiquier parisien », avec ses centaines de romans ou d’essais annuels, mais cette République des Lettres, européenne, cultivée, érudite sans pédanterie, éprise et jalouse de liberté ?

La République des Lettres

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Zeev Sternhell, un historien à l’intransigeance stimulante

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Zeev STERNHELL en 2010 Photographe: Hannah Assouline

Le grand historien et politologue israélien, Zeev Sternhell, fin connaisseur de l’histoire des idées politiques françaises, et, par ailleurs, co-fondateur du mouvement « La Paix maintenant » vient de mourir. Il avait 85 ans.


À la fois « archisioniste » (au nom de quoi les Juifs n’auraient-ils pas le droit, comme tous les peuples, à l’autodétermination ?), de gauche (mais désenchanté au vu de la déliquescence et des trahisons de celle-ci), totalement laïc (grand admirateur de la laïcité française), et radicalement opposé aux implantations juives en Cisjordanie, Zeev Sternhell fut souvent conspué par la droite israélienne, jusqu’à avoir été victime d’un attentat terroriste perpétré par un Juif américain, mais qui ne le blessa que légèrement.

Un livre très critiqué

Avec son livre Ni droite ni gauche – L’idéologie fasciste en France (Le Seuil, 1983), dans lequel il s’oppose à la vision « sciences-po » qui considère le fascisme comme « un phénomène d’importation étranger », Zeev Sternhell avait fait scandale en France.

Et c’est « grâce » à ce scandale que je suis devenu l’éditeur de son livre.

En effet, trois ans après la parution de Ni droite ni gauche, mon ami Pierre Assouline (qui savait que j’avais publié en « poche » le magnifique Barrès et le nationalisme français du même Sternhell) m’appelle. Il me demande si j’ai lu Ni droite ni gauche. Je lui réponds par l’affirmative. Il me demande ce que j’en pense. Je lui dis que je l’ai trouvé tout à fait stimulant. Serais-je prêt à le publier en version de poche chez Complexe, ma maison d’édition ? Je lui réponds qu’il ne peut en être question puisque Le Seuil possède sa propre collection de poche. « Non, le Seuil ne le rééditera pas », m’affirme Pierre. Il m’explique que la polémique suscitée par le livre dans le milieu de Science-Po et de l’Institut d’Études Politiques (l’IEP) est telle que le Seuil a renoncé à poursuivre sa commercialisation, et que les autres grands éditeurs d’Histoire n’ont pas désiré le rependre. « Zeev sera à Paris la semaine prochaine. Si le bouquin t’intéresse, viens donc dîner à la maison, tu pourras le rencontrer. »

« Les autres grands éditeurs d’Histoire n’ont pas désiré reprendre le livre… » Cette phrase me poursuit quelque temps.

Complexe devait beaucoup à l’IEP et à Sciences-po d’où était parti la controverse. Si la maison avait pris son essor, c’était grâce à la confiance de nombre de leurs enseignants et de leurs chercheurs qui nous avaient offert de publier leurs ouvrages : René Rémond, président de Sciences po à l’époque, Alfred Grosser, Hélène Carrère d’Encausse de l’IEP, sans parler de mes amis Serge Berstein et Pierre Milza directeur de Sciences po, qui fondèrent et dirigèrent la collection « Questions au XXe siècle », fleuron de Complexe, et tant d’autres…

Mais décidé à rencontrer Sternhell, ne fut-ce que pour faire la connaissance d’un historien que j’admirais, je le retrouvai la semaine suivante chez notre Amphitryon de Pierre.

Le courant entre Zeev et moi passa très bien. De manière générale, je n’aime pas beaucoup l’intransigeance, mais chez lui, elle me plut, tant elle me sembla être le fruit d’une incontestable éthique. Je le reverrais plusieurs fois, lors de certains de ses passages à Paris, ou à l’occasion de mes voyages en Israël, et toujours avec même plaisir et le même intérêt.

Querelles d’historiens

Zeev en voulait à Michel Winock, à l’époque éditeur du département d’histoire au Seuil, d’avoir été déloyal avec lui en publiant un article dans Le Débat où il contestait assez radicalement sa thèse. Assouline précise que l’éditeur historien avait affirmé que Sternhell l’avait « libéré de ses obligations envers lui », et pour preuve, avait publié dans une annexe de sa réédition en poche de Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, la lettre de Sternhell du 15 avril 1983 qui en témoignait.

Un éditeur historien a parfaitement le droit de ne pas partager les analyses de certains de ses auteurs et même de les contester publiquement. Cela fait partie du débat. Pour autant, il est bien gênant que l’historien contestataire, usant de son pouvoir discrétionnaire d’éditeur, décide en même temps de ne pas poursuivre l’édition d’un livre qui de surcroît n’est nullement un échec commercial, bien au contraire…

Je m’engage donc à rééditer Ni droite ni gauche dans les meilleurs délais.
Cependant, étant donné que plusieurs historiens lui avaient fait le reproche d’avoir tronqué des citations ou de les avoir sorti de leurs contextes, nous nous mettons d’accord que dans cette réédition, les contextes seraient restitués et les citations complétées. Faut-il préciser que ces précisions n’invalidèrent en rien l’analyse présentée ?

Ce que l’on critiquait surtout, c’était la focalisation de Zeev sur les idées des intellectuels qu’il incriminait, et de ne pas tenir compte des contextes historiques qui pouvaient expliquer bien des positions. Ce n’était pas faux, mais ne pouvait-on pas reprocher à tant d’historiens de souvent négliger les idéologues ? Barrès, Maurras – ou, plus près de nous, Sartre, n’ont-ils pas eu une importance et une responsabilité capitale dans l’engagement de tant de militants ? Et si nous remontons le temps, Robespierre n’a-t-il pas fait état de ce qu’il devait – ou croyait devoir à Rousseau ?

Un livre extraordinaire

Le deuxième blâme concernait la définition du fascisme. Zeev Sternhell privilégiait l’approche idéologique : le fascisme comme nouvelle culture qui bannit tant le libéralisme que le communisme, mais considéré de manière extensive au point d’y inclure des mouvements autoritaires, conservateurs, monarchistes ou globalement antidémocratiques que les historiens français refusaient d’amalgamer sans nuance au fascisme.

Rentré, il me restait à annoncer cette prochaine parution à plusieurs historiens et politologues, conseillers éditoriaux réguliers de Complexe.

Je me souviens qu’Alfred Grosser (parmi d’autres) m’avait demandé si je partageais la thèse de Sternhell. Je lui avais répondu que j’avais déjà publié plusieurs ouvrages d’historiens dont je ne partageais nullement les analyses, et que la question que j’avais l’habitude de me poser était plutôt de savoir si le livre apportait ou non une contribution intéressante au débat. Si c’était le cas, je n’hésitais pas à l’éditer.
Cette réponse n’avait pas convaincu tous mes interlocuteurs, mais aucun ne m’en avait voulu.

En 1990, Le Monde plaçait Ni droite ni gauche dans la liste des « quarante livres pour une décennie ». Aux États-Unis, Saül Friedlander parla de « livre extraordinaire » (The New Republic) et Robert Wohl nota que « peu nombreux sont les livres récents consacrés à l’histoire de l’Europe qui aient provoqué un choc et une controverse comparables » (Journal of Modern History).

En 2000, soit treize ans après la parution de notre première édition de Ni droite ni gauche, Fayard nous rachètera les droits pour une publication en grand format ; douze ans plus tard encore (les éditions Complexe ayant été rachetées par le groupe Vilo, et moi-même ayant quitté la maison), Ni droite ni gauche sera édité chez Gallimard dans sa collection de poche « Folio ».

Le temps avait fait son œuvre…

Ni droite ni gauche: L'idéologie fasciste en France

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Ni droite ni gauche : l'idéologie fasciste en France

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Maurice Barrès et le nationalisme français

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Brune Poirson: «C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule»

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Vous ne le voyez pas derrière son masque, mais Brune Poirson vous tire la langue © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00962256_000048

Alors que la majorité présidentielle essuyait une cuisante défaite aux élections municipales, Brune Poirson s’est emportée à la télévision.


Les élections municipales 2020 sont un échec cuisant pour le parti majoritaire LREM avec une déroute électorale doublée d’un taux de participation historiquement bas, reflétant toute la défiance des électeurs vis-à-vis de la classe politique. Aussi, la performance de Brune Poirson ne va pas arranger l’affaire.

Invitée sur CNEWS pour commenter les résultats de l’élection dimanche 28 juin, un débat musclé s’engage entre la Secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire et le député RN Sébastien Chenu. Brune Poirson tente alors de reprendre la parole et lâche : « En fait, j’aurais dû venir avec une paire de couilles et la poser sur la table. Comme ça, peut-être que j’aurais eu le droit de parler ! »

Subtilité

On se rappelle des déclarations de Gilles Le Gendre qui nous expliquait, en 2018 : « Deuxième erreur, dont nous portons tous la responsabilité – moi y compris, je ne me pose pas en censeur : c’est le fait d’avoir probablement été trop intelligents, trop subtils… ». Le chef de file des députés LREM pourra donc féliciter la Secrétaire d’Etat de ne pas avoir usé de trop de subtilité. C’est bien le moins.

A lire ensuite: Municipales: EELV vainqueur par K.-O. démocratique

Mais quelle mouche a donc piqué Poirson ? Il faut dire qu’elle n’avait pas grand-chose à dire. Et quoi qu’elle dise, on aurait de toute façon vite oublié ses propos. Avec sa « paire de couilles », elle pourrait rester dans les annales. Madame Poirson, de par sa fonction à l’écologie, est à la pointe sur la question du recyclage et de la gestion des déchets, et tient à le faire savoir en étalant son langage ordurier.

Laurence Ferrari recadre la péroreuse

Le véritable problème est que Brune Poirson a des difficultés à prendre la parole sur le plateau de télévision. Alors elle opte pour la solution de facilité: la victimisation. C’est parce qu’elle est une femme qu’on ne la laisse pas parler. Il fallait y penser : il faut être sévèrement burné pour avoir le droit de s’exprimer. Sauf que le féminisme victimaire ne marche pas à tous les coups. Même Laurence Ferrari est excédée : « Non, mais arrêtez de me faire le coup de la femme qui ne peut pas parler… C’est bon ! »

Brune Poirson démontre que l’on peut avoir à la fois un look BCBG et jurer comme un charretier. C’est sans doute ça le « en même temps » macronien. On en vient à regretter que Jean-Marie Bigard ne se lance pas vraiment en politique. Face à Brune Poirson, il aurait relevé le niveau.

 

Condamnation des époux Fillon: la séparation des pouvoirs en question

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François Fillon ce 29 juin 2020 © ACau/SIPA Numéro de reportage: 00969869_000006

Suite à sa lourde condamnation, le couple Fillon a décidé de faire appel. Le Tribunal correctionnel est-il qualifié pour juger de l’emploi des fonds attribués à un parlementaire ? Les explications de Maître Stanislas François.


L’indépendance de la Justice signifie deux choses. D’une part, qu’elle le soit réellement, d’autre part, qu’elle montre les apparences de cette indépendance, en somme, qu’elle ne laisse pas prise au soupçon.

Alors, en 2017, on pouvait légitimement s’insurger qu’une affaire judiciaire survienne en pleine période électorale et que fût opportunément mis en examen, deux jours avant dépôt des candidatures à la présidence de la République, l’un des protagonistes de l’élection. 

Aujourd’hui en 2020, nous ne pouvons que saluer la sagesse du Tribunal correctionnel d’avoir attendu le lendemain des élections municipales pour rendre son verdict afin que l’affaire Fillon ne parasite pas de nouveau le débat électoral.

Le Tribunal correctionnel aura donc suivi les réquisitions du Parquet : cinq ans de prison dont trois avec sursis, 375 000 euros d’amende et 10 ans d’inéligibilité pour François Fillon. 3 ans avec sursis 375 000 euros d’amende pour Pénélope Fillon, son épouse et ancienne assistante parlementaire.

On ne pourra pas reprocher au juge d’avoir rendu une décision politique. Assurément elle ne l’est pas, quand bien même elle a nécessairement des retentissements politiques, parce que le mis en cause, François Fillon est une personnalité publique et parce que les faits reprochés (l’emploi de son épouse) mettent en cause le fonctionnement d’une institution politique, l’Assemblée nationale.

Pour autant, la décision rendue en droit n’est pas évidente et elle amène deux interrogations. La première sur la qualification retenue par le juge, celle de détournement de fonds publics et, la seconde, sur le caractère intrusif de l’appréciation des faits qui met nécessairement en jeu les limites du principe de la séparation des pouvoirs.

  • Sur le détournement de fonds publics

Au sens de l’article R. 432-15 du code pénal, un détournement de fonds publics correspond à la situation dans laquelle « une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, un comptable public ou l’un de ses subordonnés » détruit, détourne ou soustrait un acte ou un titre, ou des fonds publics ou privés qui lui ont été remis en raison de ses fonctions ou de sa mission. 

À l’inverse d’autres dispositions du code pénal, par exemple celles sur la prise illégale d’intérêt, l’article R. 432-15 ne renvoie pas à la définition de « personnes investies d’un mandat électif public » et la qualification de « personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public » est en principe réservée aux personnes qui exercent sous l’autorité du pouvoir exécutif. Ainsi, l’application du délit de détournement de fonds publics à un parlementaire pouvait poser question

Ce n’est que par une décision du 27 juin 2018 que la Cour de cassation a tranché ce point, reconnaissant qu’un député, parce qu’il avait pour rôle d’exercer une fonction ou d’accomplir des actes dont la finalité était de satisfaire à un intérêt public, pouvait être considéré comme « personne chargée d’une mission de service public » et donc, se rendre coupable de détournement de fonds publics. On pourra alors toujours regretter l’empressement incroyable qui fut celui du Parquet en 2017 qui décida, en pleine période électorale, de poursuivre l’un des protagonistes principaux sur le fondement d’une infraction dont l’application à un parlementaire n’aura été précisée qu’un an plus tard.

  • Sur la séparation des pouvoirs

Et quand bien même le parlementaire est effectivement concerné par la qualification de détournement de fonds publics, peut-on vraiment considérer que des fonds publics ont été détournés ? Les fonds publics en cause sont ceux versés par l’Assemblée nationale à un parlementaire pour l’emploi d’un de ses collaborateurs. Et ils ont effectivement été versés par le parlementaire à l’emploi d’une collaboratrice, son épouse. Au-delà des soupçons légitimes de népotisme que l’emploi d’une personne de sa famille impliquent, se poser la question de l’existence d’un détournement, c’est réfléchir à ce que doit être, en principe, l’emploi de ces fonds, versés par l’Assemblée nationale à un parlementaire pour l’emploi d’un collaborateur. 

Chaque parlementaire dispose d’un crédit. Le parlementaire conclut avec son collaborateur un contrat de droit privé dans lequel le parlementaire définit librement l’organisation du travail et les tâches dévolues à son collaborateur. Aucun texte ne précise ni l’organisation ni le contenu de l’emploi de collaborateur parlementaire, celui-ci peut correspondre ainsi à différentes réalités : rédiger des discours, gérer un agenda, tenir des permanences, rédiger des notes, brumiser les jambes de son député, participer à des événements etc.

Être collaborateur parlementaire, c’est donc exercer une activité politique associée à un mandat électif. Ainsi, reprocher à Madame Fillon de n’avoir rien fait, rechercher si l’emploi de collaborateur était ou non fictif, c’est donc nécessairement se poser la question de ce qu’est un emploi de collaborateur. Le fait qu’un juge se pose cette question renvoie au principe de la séparation des pouvoirs, c’est-à-dire l’immixtion du pouvoir judiciaire dans le pouvoir législatif. Ce principe de séparation des pouvoirs implique par exemple en France l’existence même du juge administratif. C’est le Conseil d’État qui juge le pouvoir exécutif et non l’autorité judiciaire. 

En principe, le contrôle des activités professionnelles incompatibles avec le mandat parlementaire appartient au bureau de l’Assemblée nationale et seul le pouvoir législatif lui-même est compétent pour apprécier et évaluer le travail d’un collaborateur parlementaire. Ce n’est pas le travail du juge.

En 2019, la Cour de Justice de l’Union européenne avait demandé à Marine Le Pen de procéder au remboursement de 300 000 euros pour avoir rémunéré des cadres du Front national avec des fonds destinés à l’emploi de collaborateurs parlementaires. Si la Justice s’est ainsi prononcée, c’est parce qu’elle avait été saisie par le Parlement européen qui, lui-même, avait reconnu l’irrégularité de l’emploi des fonds publics. Rien de comparable donc dans l’affaire Fillon où l’Assemblée nationale n’a jamais bronché pour l’emploi des fonds versés à Madame Fillon. Au risque de heurter le principe de séparation des pouvoirs, le Tribunal correctionnel s’est livré à cet exercice. 

Les époux Fillon ont donc interjeté appel, alléguant notamment la méconnaissance de ce principe.