Infiltration de six mois, reconstitutions en 3D, bande-son et montage anxiogènes, propos racistes évidemment condamnables: les deux heures de documentaire foutent les chocottes ! Al-Jazira a mis les gros moyens pour cette enquête « périlleuse » de David Harrison, sorte d’Elise Lucet anglais, payé par l’émirat islamique qui possède la chaîne. Quand Al-Jazira se la joue antifa sans balayer devant la porte du Qatar, on se retient de rire.


Pour s’informer, la maire de Lille Martine Aubry semble faire confiance à la chaîne qatarie Al Jazira. Après avoir visionné le documentaire « Generation Hate », l’édile socialiste a réclamé la fermeture du bar La Citadelle, repaire de « fachos » du mouvement Génération Identitaire.

Six mois d’infiltration

Qu’est ce qu’on apprend ? « Génération identitaire » se réunit bien dans le fameux bar. Le groupe de militants – obnubilé par le « grand remplacement » – milite pour la « remigration ». Pas vraiment un scoop. Par ailleurs, tous sont d’accord pour dire que le départ du FN du « gauchiste » Philippot est une bonne chose. Et enfin, donner un gnon de temps en temps, ça les détend. Merci à Al-Jazira pour ce rappel… mais nous étions à peu près au courant de tout ça.

Ce n’est pas tout ! Al-Jazira avance plus ou moins implicitement deux autres thèses :

– A la Citadelle serait en gestation une menace « terroriste » qui devrait alerter les autorités. Les kamikazes qui frapperont demain la France, c’est du côté des électeurs radicaux de Marine Le Pen qu’il faut chercher, apparemment.

– Le mouvement « Génération identitaire », puisque ce sont eux, aurait de l’influence sur le Rassemblement national (ex-FN). N’a-t-on pas vu des membres du FN se réunir dans le bar un soir de congrès de Marine Le Pen ? Des « passerelles » entre les deux mouvements sont mises en lumière et confirmées par les journalistes Mathias Destal de « Disclose » et Marine Turchi de « Médiapart », malgré les dénégations répétées de tous les intéressés. Tapis dans l’ombre de La Citadelle, les plus radicaux attendent le grand soir facho pour montrer leurs vrais visages…

Un gars aviné s’imagine foncer dans la foule un jour de marché

Pour parvenir à ces conclusions prétendument inédites, un dénommé Louis (et sa caméra cachée) s’est infiltré pendant 6 mois parmi cette « sociologie » bigarrée. Les potentiels « terroristes » que nous découvrons manifestent un goût prononcé pour la bière, la clope, les discussions politiques de haute volée et la bagarre. Un des larrons, plus « tête brûlée » que les autres, va jusqu’à faire le salut hitlérien dans un autre bar lillois. Pas le standing de La Citadelle, qui n’accepte pas de tels comportements. Un autre gars, aviné, s’imagine foncer dans la foule un jour de marché, tant il exècre la population musulmane fréquentant les lieux. Un troisième affirme que les Noirs ressemblent à des singes, et ne voudra pas en démordre. Un quatrième, enfin, a une histoire à raconter sur les Juifs. Vous voyez le tableau…

Le patron du bar, Aurélien Verhassel – déjà pris en chasse par l’équipe de Yann Barthès – se défend de tout extrémisme. Chacun ses problèmes. De la même façon que le FN de Marine Le Pen a redoublé d’efforts pour l’éloigner lui et les « identitaires », La Citadelle ferait tout son possible de son côté pour éloigner plus excités qu’eux encore. Les caméras cachées montrent en effet que le patron fout dehors tout ce qui ressemble à un hooligan de la « LOSC Army ». C’est qu’un de leurs membres va jusqu’à brûler une écharpe de l’OM un soir de match devant le journaliste infiltré. Une scène difficilement soutenable.

Plus sérieusement, attention quand même à l’amalgame : si tous ces propos de bistro facho sont condamnables et le goût pour la violence de certains démontré, d’autres gars moins excités ont vu eux aussi leur identité jetée en pâture et assimilée à la prétendue « cellule terroriste en gestation » pendant les deux heures de délation qatarie.

Qui a commandé l’infiltration, et pourquoi ?

Si elle n’est pas inintéressante, l’ambitieuse enquête ne nous apprend pas grand chose sur cette extrême droite, électrisée par les attentats islamistes qui ont miné la France ces dernières années. Y voir une menace terroriste est pour le moins hasardeux, quand bien même les services de renseignement ont longtemps affirmé craindre ce risque.

Il est aussi intéressant de rappeler qui nous parle : la chaîne Al-Jazira n’est pas un média comme les autres. Sur deux heures de show, le terme « terroriste islamiste » n’est utilisé qu’une fois, à propos du Bataclan. C’est pourtant la principale préoccupation de « Génération Identitaire ». Tous les militants présentés sont amalgamés à la violence de certains, et décrits comme islamophobes, racistes et homophobes. Venant de journalistes basés à Doha, financés par un pouvoir dictatorial où l’Islam est religion d’Etat, la lapidation théoriquement en vigueur et l’homosexualité passible de peine de mort, ça ne manque pas non plus de piquant…

Al-Jazira avance masquée

En France, la chaîne avance masquée sur les réseaux sociaux sous le nom de AJ+, et se présente comme un média « inclusif s’adressant aux générations connectées et ouvertes sur le monde ». En réalité, le média s’adresse surtout à la France claquettes-chaussettes de nos banlieues. AJ+ met un soin bien méticuleux à miner le pacte républicain dans ses vidéos virales depuis 2017. Insidieusement, la France y est systématiquement présentée comme un pays raciste et la laïcité comme « islamophobe ». En se présentant comme les défenseurs de minorités d’une France au passé colonial infamant, le journal Marianne avait déjà démontré la fourbe machinerie en marche chez AJ+ pour encourager la discorde (si ce n’est pas la sédition). Accordons toutefois au régime qatari le bénéfice du doute. A la différence du voisin honni – l’Arabie saoudite – leur grande modernité a permis aux femmes d’y conduire depuis les années 90, et ils ne trucident pas les opposants politiques dans leur ambassade à Istanbul, eux. De vrais progressistes !

Ne pas nous prendre pour des perdreaux de l’année pour autant : classé au 125e rang mondial pour la liberté de la presse par l’ONG Reporters sans frontières, le Qatar et sa webtélé de propagande, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité. Alors que l’émir est un soutien politique et/ou financier du Hamas, du Hezbollah ou des Frères musulmans, c’est un peu gonflé d’aller fouiner chez nos « fachos » et d’insinuer qu’ils feraient désormais jeu égal avec les islamistes.

Lire la suite