La conquête de la mairie de Perpignan par Louis Aliot marque une rupture historique dans la géopolitique locale, dont la portée symbolique n’échappe à personne


 

La victoire de Louis Aliot scelle la fin de l’« alduysme » implanté depuis 1959 quand Paul Alduy – diplomate issu d’une vieille famille catalane – conquiert la paisible préfecture (75 000 hab.) des Pyrénées orientales (PO), active place commerciale du Roussillon, mais aujourd’hui sinistrée. En 60 ans, entre ces deux élections se déroule le drame d’une cité frappée, comme la France, par le déclassement économique, la perte d’identité et de stériles rivalités politiques.

Perpignan: le fief de la famille Alduy

Quand Alduy accueille en 1962 près de 17 000 rapatriés d’Algérie dans la cité, installés en partie dans le quartier flambant neuf du Moulin-à-Vent, conçu comme «leur seconde patrie», il attend en retour, et obtient, un «vote de gratitude» aux cantonales suivantes. Ainsi s’installe une gouvernance de la cité par un clientélisme électoral typiquement méditerranéen, étendu aux Gitans qui ont perdu leurs petits métiers et sombrent dans la pauvreté. Longtemps radical-socialiste, la ville penche peu à peu à droite, offrant plus de 12% de ses voix à Tixier Vignancourt aux Présidentielles de 1965 (5,2% en France). La population locale a absorbé maintes vagues migratoires – réfugiés espagnols de 1939 et travailleurs des années 1960, Algériens puis Marocains, tous vivant en assez bonne intelligence avec les Gitans, sédentarisés dans le quartier Saint-Jacques depuis 1940, et avec les natifs catalans : au marché Cassanyes, à la frontière des territoires maghrébin et gitan, ouvert à Noël, mais fermé pour l’Aïd et la saint Jordi, on parlait français, arabe, catalan, calo et espagnol dans la même phrase, et on se comprenait !

Le « système alduyste » repose sur l’octroi d’avantages (logements sociaux, «recommandations», emplois municipaux…) en échange d’une fidélité électorale, sous l’œil des tios (1) ; il profite en effet surtout aux Gitans – dont le vote peut faire basculer le canton-, et pour certains postes, aux gens du cru. La famille Alduy (2) assoit ainsi son pouvoir, cumulant 229 années de mandats électoraux locaux et nationaux (3). Dans le Midi, la politique est affaire de famille, sinon de clan, toujours de réseaux : peu étonnant dans les Pyrénées-Orientales, terre maçonnique depuis 1744. Pas en reste, la gauche édifie son contre-système clientéliste, installant après 1993 des permanences électorales dans le quartier Saint-Jacques, mais côté maghrébin ; une lutte mortifère pour la conquête des électorats minoritaires s’engage entre les deux pouvoirs, municipal et départemental.

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Fissuration du système

L’adhésion de l’Espagne à la CEE (1986) accélère les crises viticole et fruitière ; les emplois dans l’agriculture sont divisés par deux ; les friches nées des primes d’arrachage sont livrées à la spéculation immobilière, qui capte les investissements au détriment du secteur productif, malgré l’existence de quelques ETI dynamiques. Cette économie de rente (tourisme, immobilier, BTP, transferts sociaux) aux antipodes de l’économie de connaissance alors émergente (mais la municipalité ignore son université) crée peu de richesses, tandis que ferme la principale usine (poupées Bella, 1 200 salariés) ; le chômage et la pauvreté s’installent : 32% de la population sous le seuil de pauvreté, 69% de foyers fiscaux non imposables, chômage explosif(4), 4e ville la plus inégalitaire, devant Béziers. Dans le même temps, le narcotrafic transfrontalier étend ses vénéneuses ramifications dans les cités HLM et chez les Gitans, sapant l’autorité des tios. La délinquance s’étend à toute la ville : incivilités, squats, rodéos et fusillades agrémentent le quotidien, jusqu’à nos jours.

Dans le vieux centre qui se délabre…

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