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Covid-19: la commission d’enquête du Sénat pas exempte de reproches

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Son président, le sénateur Alain Milon (LR), n’a-t-il pas aussi une part de responsabilité dans la pénurie de masques ?


Ce qui aura sans doute le plus scandalisé les Français durant cette crise du Covid-19, ce sont les discours incohérents et mensongers du gouvernement et des autorités administratives au sujet des masques. En faut-il ? Y en a-t-il ? Où sont-ils ? Y en avait-il ? Qu’en a-t-on fait ? En a-t-on commandés ? Quand arriveront-ils ? Depuis quand n’avions-nous plus la capacité d’en fabriquer ? A cause de la pénurie de masques, les Français ont déserté les cabinets médicaux avec des conséquences graves pour ceux qui avaient des pathologies chroniques. Les médecins de ville ont été en quelque sorte tenus à l’écart quand il aurait fallu qu’ils demeurent au cœur du dispositif.

Si la question des masques n’est pas la seule, elle est sans doute la plus emblématique de l’incurie de l’Etat et de la désinvolture de ses représentants. Il y a bien sûr les questions relatives aux tests, aux respirateurs, au nombre de lits et de manière plus générale à l’organisation de l’hôpital et de la santé dans notre pays, à sa bureaucratisation, à la contradiction entre le maintien de l’ouverture des frontières et la décision de confiner le pays, à l’indépendance du Conseil scientifique entourant le Président de la République, à l’interdiction de la chloroquine, à la liberté de prescrire et de soigner des médecins, etc.

C’est toutefois à la seule question des masques que nous nous arrêterons. Comme nous allons le voir, elle rend quelque peu étonnante la nomination d’Alain Milon à la présidence de la commission d’enquête sénatoriale sur le Covid-19.

Sénateur (LR) du Vaucluse depuis 2004, Alain Milon est médecin et préside depuis octobre 2017 la commission des affaires sociales du Sénat. Ce sont à l’évidence des atouts pour diriger les travaux de la commission d’enquête. Il a été maire et président d’une communauté de communes durant une vingtaine d’années, ce qui constitue des atouts supplémentaires, les maires ayant dû faire face, durant la crise, à de nombreuses inquiétudes chez leurs administrés et continuer d’assurer la vie de leurs communes dans un contexte d’autant plus difficile que le gouvernement était chaque jour plus flottant dans ses décisions et ses déclarations.

Il n’est toutefois pas inutile de noter qu’Alain Milon – c’est un point qui éclaire sa personnalité et sa position singulière au sein du groupe LR – avait dès 2010 suggéré de régulariser la Gestation Pour Autrui (GPA). On est d’ailleurs étonné que Bruno Retailleau, Président du Groupe LR, ait pu accepter en 2017 que son collègue devienne président de la commission des affaires sociales, compte tenu de ses positions sociétales en totale rupture avec celles de son groupe. Alain Milon, qui aura 73 ans en septembre prochain lors du renouvellement de la moitié du Sénat, est candidat à sa propre succession.

Le précédent du H1N1

En quoi sa nomination à la tête de la commission d’enquête sur le Covid-19 est-elle étonnante ? Sans doute a-t-on oublié qu’il fut déjà en 2010 rapporteur de la commission d’enquête sénatoriale sur la gestion par le gouvernement de la grippe H1N1. Etant donné les informations qui figurent à l’époque dans son rapport et qui concernent l’impérieuse nécessité pour chaque pays de constituer des stocks de masques, on se demande comment il a pu manquer de vigilance, ces dix dernières années, notamment lors des examens annuels du budget. Lui était-il possible de ne pas s’inquiéter de l’état de nos stocks, notamment dès l’apparition du virus en Chine ?

Quelques dates permettent de prendre la mesure de l’importance, dans notre pays, d’une bureaucratie parlementaire par laquelle nos responsables politiques se donnent bonne conscience au lieu de taper du poing sur la table :

  • En 2007, au lendemain de l’épidémie de grippe aviaire de 2006, fut créé l’Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaire (EPRUS). Cet établissement fut notamment chargé de gérer pour le compte de l’État les stocks de masques.
  • En mai 2009, à la veille de la grippe H1N1, le sénateur Jean-Jacques Jégou, dans le cadre d’une mission d’information de la commission des finances, remettait un rapport à charge dans lequel il notait des « problèmes de gouvernance et de positionnement de l’EPRUS au sein du dispositif déjà complexe de gestion des risques sanitaires ». Aussi proposait-il au gouvernement de « veiller, de façon plus générale, au perfectionnement permanent du dispositif de gestion des crises sanitaires ».
  • En juillet 2010, après cette épidémie du H1N1, le sénateur Alain Milon, remettait un rapport dont nous avons parlé et sur lequel allons revenir.
  • En septembre 2010, à la demande de la commission des affaires sociales du Sénat, la Cour des Comptes remettait à son tour un rapport sur l’utilisation des fonds mobilisés pour la lutte contre l’épidémie grippale H1N1. On y lit notamment ceci : « Depuis 2003-2004 et l’apparition de la menace d’une pandémie de grippe aviaire, l’utilisation de masques comme équipement empêchant la diffusion du virus dans la population est considérée comme une solution efficace en l’absence de vaccins et de quantités suffisantes d’antiviraux ».
  • En février 2011, le sénateur Alain Milon, remet à nouveau un rapport d’information fait au nom de la commission des affaires sociales dans lequel on retrouve nombre de points qui se trouvent dans son précédent rapport de la commission d’enquête et dans celui de la Cour des comptes.
  • En 2015, le sénateur Francis Delattre remettait un rapport au nom de la commission des finances sur la gestion par l’EPRUS des stocks de produits de santé constitués en cas d’attaque terroriste ou de pandémie. La question des stocks de masques était intégrée dans celle plus générale des stocks de produits sans que ne soit rappelée l’importance des masques en tant que première mesure de protection.
  • En 2016, l’EPRUS était dissout et intégré dans l’agence nationale de santé publique (Santé publique France) qui venait d’être créée par Marisol Touraine. Il s’agissait de « doter la France d’un institut pour la prévention, la veille et l’intervention en santé publique, qui disposera d’une taille critique suffisante ».

Au vu des conditions déplorables et lourdes de conséquences dans lesquelles notre pays a traversé la crise sanitaire, on se demande où est l’utilité de tous ces rapports pour ne parler que de ceux du Sénat (on pourrait ajouter qu’en 2016, le sénateur Alain Milon remettait un rapport au nom de la commission des affaires sociales sur les liens d’intérêt en matière d’expertise sanitaire et qu’un rapport de la Cour des comptes y était joint qui parlait de « transparence tronquée »).

L’administration joue contre nous

A la lecture de ces rapports, on se demande si la complexité administrative de l’organisation de la réponse aux urgences sanitaires ne serait pas notre plus grand ennemi, et si ce n’est pas à cette complexité qu’il faut d’abord s’attaquer pour pouvoir demain être en mesure de gagner la « guerre » contre une nouvelle épidémie. On finirait même par se demander si cette complexité et sa vision comptable ne sont pas au service d’autre chose que la santé des Français. On en conclut inévitablement qu’un grand ministre de la Santé serait celui qui, sabre en main et avec des « idées simples », mettrait de l’ordre dans l’ « orient compliqué » de l’usine à gaz de ce ministère. Peut-être l’incompétence, l’absence d’imagination et de courage de nos responsables politiques sont-elles à l’origine de cette inflation bureaucratique. Un rapport budgétaire sénatorial de 2009 ne mettait-il pas « en garde contre la multiplication des comités, commissions et observatoires ad hoc qui viennent se greffer au dispositif déjà complexe des agences de sécurité sanitaire » ?

La Fédération Nationale des Infirmiers a bien résumé ce qui s’est passé : « Alors que la Cour des comptes, avait recommandé de donner davantage d’autonomie à l’EPRUS pour qu’il assume ses missions, c’est l’inverse qui a été décidé. Ainsi, en plus des coupes budgétaires et de la dissémination des stocks, on a noyé l’EPRUS dans Santé publique France avec la réforme de 2016 ».

Revenons au rapport de 2010 du sénateur Alain Milon. Il y est fait référence très précisément à un document de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui fut adressé aux Etats membres en 2005. On y lit ceci : « Les voyages aériens pourraient accélérer la propagation d’un nouveau virus et diminuer le temps disponible pour préparer les interventions. Les systèmes de soins de santé pourraient être rapidement surchargés, les économies mises à rude épreuve et l’ordre social ébranlé. Si l’on estime qu’il est quasiment impossible d’arrêter la propagation d’un virus pandémique, il devrait être possible d’en réduire les conséquences au minimum en se préparant à l’avance à relever le défi ».

Aussi le rapport sénatorial rappelle-t-il ce à quoi les pays membres sont tenus : « Chaque pays est instamment prié d’élaborer ou de mettre à jour un plan national de préparation à la grippe conformément aux recommandations figurant dans ce document [de l’OMS] ». Il rappelle également que le plan français de 2009 préconisait notamment « la constitution de stocks nationaux de produits de santé et de matériels de protection et le renforcement des capacités de production de masques par l’industrie française ». Si le rapport était tout à fait clair sur le rôle et l’importance des masques, il précisait en outre quels étaient les personnels qui devaient impérativement en être prioritairement équipés.

Par la révision de juillet 2008 de notre Constitution et notamment par la modification de son article 24, le rôle de contrôle du Gouvernement et d’évaluation des politiques publiques a été explicitement reconnu au Parlement et placé au même niveau que l’élaboration de la loi. Aussi était-il dans les missions de la commission des affaires sociales du Sénat de s’inquiéter de l’existence des stocks de masques, de leur renouvellement et de la capacité de notre industrie à en produire suffisamment en cas d’épidémie.

Il y avait mieux à faire que de parler de la GPA

Etant donné son statut de médecin et d’ancien rapporteur de la commission d’enquête de 2010, Alain Milon se devait de mettre la question des masques et de la protection des Français au cœur de ses préoccupations. Défendre la nécessité d’avoir des stocks de masques, interroger vigoureusement le gouvernement à ce sujet, remettre sa question sur le métier tant qu’on n’a pas été entendu, était autrement plus important que défendre la GPA dans les médias.

S’il y eut un grave dysfonctionnement au sommet de l’Etat dans la gestion de la crise sanitaire du Covid-19, si les gouvernements successifs y ont leur part de responsabilité, on ne peut ignorer qu’il y eut également un dysfonctionnement du rôle du Parlement, en l’occurrence du Sénat, en amont de cette crise.

Confirmant la création d’une commission d’enquête sénatoriale sur le Covid-19, le Président Gérard Larcher déclara en mai dernier au micro de France info : « Cette commission va avoir six mois pour travailler, elle va le faire sereinement et en allant au fond des choses, parce que c’est la marque du Sénat ». Et il ajouta : « Nous allons poser des questions à tout le monde ».

En suivant l’audition d’Agnès Buzyn par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, les Français ont découvert, à travers les réponses hésitantes, approximatives, contradictoires de l’ancienne ministre de la Santé, une absence totale d’anticipation face aux risques épidémiques et une défaillance dans la maîtrise de son ministère.

Toutefois le défaut de vigilance n’est pas imputable au seul pouvoir exécutif. Le Parlement a également sa part de responsabilité, même si celle-ci n’est pas de même niveau. Est-ce la raison pour laquelle le sénateur Alain Milon a voulu se démarquer de ses collègues de l’Assemblée nationale ? « Je ne souhaite pas, a-t-il déclaré, que ce soit une commission qui entretienne la polémique. Je souhaite qu’elle soit plus orientée vers la science, vers les moyens futurs de lutter contre ce genre de virus ». Est-ce pour cette même raison que son collègue, le sénateur Jean-Marie Vanlerenberghe (père d’Isabelle Florennes, députée Modem), centriste, rapporteur général de la commission des affaires sociales, a prévenu : « On ne va pas s’amuser à compter les masques » ? Il est vrai que, pour ne s’être pas « amuser » depuis des années à les compter, il est plus réjouissant de compter quotidiennement les morts du Covid-19, le soir à la télévision avec le directeur général de la Santé.

Serait-il donc vraiment absurde d’interroger le sénateur Alain Milon et la commission des affaires sociales sur ce qui apparaît comme un défaut de vigilance de leur part ? Serait-il également absurde d’interroger le Président Gérard Larcher sur l’effectivité de la mission de contrôle de l’action gouvernementale par le Sénat ? Il y va du sérieux de l’institution. Notre pays, rappelons-le, compte près de 30 000 morts (quatre fois plus qu’en Allemagne) et notre situation économique est alarmante.

Paris est devenu la quatrième ville la plus embouteillée au monde

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Créer délibérément des embouteillages en espérant ainsi décourager les utilisateurs de voitures est une stratégie absurde. Elle revient à augmenter les nuisances en espérant les réduire… Voilà pourquoi Paris est devenu en 2019 la quatrième ville la plus embouteillée du monde.


Réduire la pollution atmosphérique dans les grandes villes est une nécessité. L’automobile est en partie responsable des émissions nocives. Même s’il faut bien faire attention à ne pas réduire la pollution à la circulation. Le niveau inchangé de particules fines dans l’atmosphère de l’agglomération parisienne pendant les deux mois de confinement est venu rappeler et démontrer que les problèmes sont bien plus complexes que certains voudraient le faire croire. Se débarrasser soudain de l’essentiel de la circulation automobile ne les règle pas par un coup de baguette magique. Il y a même eu un pic de pollution aux particules fines dans la région parisienne le 28 mars!

La politique du pire

La croisade anti-voitures, quand elle est menée sans cohérence, sans stratégie et sans proposer d’alternatives crédibles et quand elle vise seulement à trouver un responsable facile à des questions complexes, n’apporte pas de solutions aux problèmes et peut même les aggraver.

Créer délibérément des embouteillages en espérant décourager ainsi les utilisateurs de voitures, la politique du pire, est une aberration. Voilà pourquoi Paris est devenu aujourd’hui la quatrième ville du monde la plus embouteillée derrière Bogota, Rio de Janeiro et quasiment à égalité avec Rome (voir le tableau ci-dessous). Selon le classement mondial Inrix, qui fait autorité, les automobilistes ont perdu en 2019, en moyenne dans les embouteillages, 191 heures à Bogota, 190 heures à Rio de Janiero, 166 heures à Rome et 165 heures à Paris. La ville de Paris a perdu trois places et se trouvait au septième rang du même classement en 2018.

Classemenr Inrix 2019 embouteillages
Classement Inrix 2019 embouteillages

Un signe fort d’inégalités sociales

Pour rappel, les embouteillages sont une nuisance considérable. Ils augmentent les…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions&Energies <<<

Pères blancs

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Le « white privilege » ou quand des soutiens de La Vérité pour Adama rétablissent le « temps béni » des colonies….


En marge des manifestations du collectif La Vérité pour Adama, les réseaux sociaux ont vu naître une multitude de petits guides antiracistes destinés à nos amis les Blancs.

Or, ces manuels du parfait manifestant ne recommandent pas seulement l’usage de sérum physiologique, d’eau et de bandages, mais s’appuient sur la plus efficace des armes : le privilège blanc. 

A lire aussi, Driss Ghali: La repentance, un passe-temps pour gosses de riches

Bouclier humain

Dans notre monde bicolore, il est vivement recommandé aux non-racisés de protéger les « POC » (people of colour) de la police. Mieux qu’un bouclier, le Blanc fait « barrage entre les racisés et les forces de l’ordre » grâce à son « white privilege ». Les consignes sont on ne peut plus claires : « veillez sur nos adelphes » (mot grec neutre désignant les frères et les sœurs). En plus de traîner la responsabilité de tous les crimes de l’Histoire, le Blanc est ainsi capable d’arrêter les balles, tel Néo dans Matrix. Partant, il doit faire profiter de son immunité d’oppresseur à ses frères opprimés. Et malheur à ceux qui rappellent que les gilets jaunes, quoique beaucoup trop blancs, ont eu leur dose de lacrymo et de LBD. Comme le martèle une twittos indigéniste, les cortèges de gilets jaunes restaient scandaleusement indifférents aux origines ethniques des manifestants alors que « le mouvement de Traoré EN REVANCHE concerne les violences policières envers les personnes de couleur et c’est là que le white privilège a une influence ! » 

A relire, nos révélations: L’étrange arrêt-maladie d’Assa Traoré

Rappelons à ces militants qu’une autre idéologie soumettait naguère certains peuples à la bienveillance des Blancs : le colonialisme.

La défense nationale noyée dans ses contradictions

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Une tribune de Jérôme Rivière, Député européen, Président de la délégation française du groupe ID, Membre de la commission Affaires étrangères, Sécurité Défense.


Avec le chaos libyen, l’Union européenne et la France doivent faire face à une réalité qu’elles avaient choisi d’omettre, celle du retour des affrontements entre nations armées. Cette réalité a atteint son paroxysme le 10 juin dernier, lorsque des bâtiments turcs ont « illuminés » une frégate française, c’est-à-dire l’ont prise pour cible dans leur radar de tir, sans faire feu. Cette agression délibérée demande normalement une réponse circonstanciée, c’est-à-dire une riposte par le feu. Ce ne fut pas le cas. Cette absence de réponse met en lumière trois contradictions majeures dans lesquelles s’enfonce aujourd’hui notre politique de défense.

La première contradiction porte sur la notion même de souveraineté qui fonde tout, puisque la défense est au cœur de l’État. Sont évoquées par le gouvernement français, « en même temps » que la souveraineté nationale, « une armée européenne », « une souveraineté européenne », une « co-souveraineté » sur notre domaine ultra-marin, et enfin, confusion des confusions, « une mutualisation de notre dissuasion ». En apportant son lot de confusions, cette dérive sémantique amène à ne plus savoir qui la France finance au juste : l’Armée française qui se bat seule face à l’islamisme au Sahel, la future armée européenne ou une armée supplétive de l’OTAN ? La souveraineté est une et ne se partage pas: le reste camoufle mal un fédéralisme qui n’ose pas dire son nom.

La deuxième contradiction concerne l’élément majeur de notre indépendance : la dissuasion nucléaire. D’un côté, la France en finance sans état d’âme la modernisation, et de l’autre, les discussions vont bon train pour son partage avec l’Allemagne notamment ; du dialogue à l’abandon progressif de la force de frappe nationale, la pente sera peut-être longue mais l’amorce du débat est en soi l’amorce d’une forfaiture. Pour nous la ligne est claire : la force de frappe ne se partage pas ou elle n’est ni légitime ni crédible.  Par ailleurs, la défense du nucléaire militaire se heurte à l’abandon de son frère jumeau, le nucléaire civil, au nom d’une transition énergétique aussi vaine qu’utopique : comment ne pas voir dans cette contradiction les germes futurs d’une remise en cause du nucléaire tout court ?

La dernière contradiction s’établit enfin entre une Loi de Programmation Militaire (LPM) de renaissance d’un côté et les abandons consentis à la coopération européenne de l’autre, coopération financée par cette LPM, mais sans convergence de finalités et de doctrine, à l’instar de la coopération franco-allemande ou franco-italienne. Contradiction entre l’outil – les coopérations industrielles approfondies voire la fusion des ensembles industriels – et la finalité, à savoir les divergences diplomatiques sur les menaces (turques, islamistes, migratoires). Contradiction entre l’urgence d’une relance pour notre industrie d’armement et l’indigence du plan de relance prévu pour le secteur de la défense, inférieur au plan de 2009 alors même que la crise qui le justifiait est considérée comme inférieure à celle que nous vivons aujourd’hui. Les hausses des crédits de la défense sont confortablement prévues pour 2023, c’est à dire après les échéances électorales qui remettent out en question.

Alors que nous célébrons l’année de Gaulle, n’hésitons pas à relire son discours du 3 novembre 1959, à l’École de guerre : « Il faut que la défense de la France soit française. C’est une nécessité qui n’a pas toujours été très familière au cours de ces dernières années (…) Il est indispensable qu’elle le redevienne. Un pays comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre. Il faut que son effort soit son effort. S’il en était autrement, notre pays serait en contradiction avec tout ce qu’il est depuis ses origines, avec son rôle, avec l’estime qu’il a de lui-même, avec son âme. »  Tout est dit.

Les Verts veulent faire de la France le Kodak des nations

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La menace verte


Les Verts et leurs alliés sont donc les grands vainqueurs des élections municipales. L’écologie politique, en vogue chez les derniers citoyens qui se déplacent encore aux urnes, a rallié à la décroissance et aux thèses « effondristes » (la fin du monde serait proche) une bonne partie des mouvements politiques en déshérence.

La gauche de gouvernement PS, subclaquante, se dit déjà prête à se ranger derrière le futur candidat vert aux prochaines présidentielles. Le Président de la République lui-même, qui a été élu en faisant l’éloge de la verticalité et de l’innovation, a repeint en vert la façade de l’Acte 2 du quinquennat : en vrac fermeture de la centrale de Fessenheim (injustifiable scientifiquement), sacrifice programmé de notre industrie nucléaire, investissements massifs dans les énergies renouvelables, ou encore adoubement des propositions des 150 anonymes, experts en rien, de la Convention citoyenne pour le climat…

Macron se convertit à la co-construction

Emmanuel Macron, l’homme de la « verticalité en politique », jadis allergique à la « démocratie participative » (ce processus, véritable insulte à la science et aux experts, qui consiste à demander à un aréopage de plombiers leur avis sur le pilotage d’une fusée), qui misait en 2016 sur les nouvelles opportunités économiques offertes par l’intelligence artificielle, gouverne à présent par tirage au sort, draguant ouvertement un électorat écolo anti-mondialisation, anti sciences, anti mobilité, voire parfois communautariste [tooltips content= »Ex: Madame Khadija Ben Annou, élue à Strasbourg, portant le hijab islamique NDLR »](1)[/tooltips] et anti vaccins pour les plus illuminés d’entre eux [tooltips content= »Ex: Michèle Rivasi NDLR »](2)[/tooltips]…

Le carrosse du fringuant JFK français s’est transformé en citrouille bio. Le nouveau monde, que ses électeurs espéraient en votant Macron, lorgne désormais vers le «monde d’après » fantasmé par les bobos collapsologues qui ont porté au pouvoir des maires EELV. Le plus joli coup politique de l’Histoire de la Veme, réussi par un homme seul et sans parti, se terminera-t-il en escroquerie ?

Malthusianisme des nouveaux temps

La tragédie de notre vieux pays, dont la grandeur et la puissance s’étiolent de gouvernement en gouvernement, c’est l’immobilisme et la peur. Notre paupérisation économique, associée à notre perte de souveraineté numérique, génère de l’anxiété dans une population que plus personne ne parvient à rassurer. Le grand déclassement nous plombe. Le mal-être est si profond que les délires millénaristes d’une simple adolescente déscolarisée avec des nattes provoque la panique sur l’échiquier politique.

A lire aussi, Martin Pimentel: Philippe emporté par la vague verte?

En votant pour la décroissance, les électeurs rêvent d’arrêter le temps. La peur de l’avenir pousse à l’immobilisme, voire à l’obscurantisme anti-sciences. Le progrès et le futur, qui s’inventent ailleurs (Silicon Valley, zone Asie-Pacifique), sont devenus des ennemis à abattre.

Nous voilà revenu au 18eme siècle, quand le révérend Malthus expliquait qu’il fallait limiter la croissance de la population pour préserver le niveau de vie. Parallèlement, la première révolution industrielle déjoua les sombres pronostics de Malthus, libérant une incroyable productivité et une hausse sans précédent du niveau de vie à travers le monde. En 2020, le malthusianisme des écologistes et de la « génération climat », qui s’est déplacé massivement dans les urnes, repose sur les mêmes peurs irrationnelles.

N’en déplaise aux effondristes hexagonaux, qui annoncent la fin du monde, l’économie mondiale se situe à la veille d’un cycle d’innovations comparable à la Renaissance. Les nanotechnologies, l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D, les biotechnologies, la robotique, la médecine personnalisée, les véhicules autonomes, et bien d’autres révolutions encore embryonnaires – qui n’intéressent pas les écologistes et leurs alliés de circonstances -, vont chambouler le monde et générer un cycle de croissance extraordinaire. Seule l’innovation permettra de lutter efficacement contre le réchauffement climatique (smart grid, IA, stockage energie, dépollution, moteurs propres…). Pas le retour à la bougie et à la brouette !

Notre modèle en danger

La France, exemplaire en matière d’émissions de Co2 grâce à son parc nucléaire, produit à peine 1% des émissions mondiales. Vouloir faire encore mieux, quitte à tous vivre dans une yourte sans électricité et tuer notre économie, ne changerait rien à la lutte contre le changement climatique. Nous sommes hors sujet. Nos investissements devraient être tournés vers la science et l’innovation, la création d’emplois dans les technologies exponentielles, et bien entendu la réforme de l’éducation et de la formation professionnelle, pour adapter les compétences de chacun au monde de demain. Sauver l’économie française, et donc être en mesure demain d’augmenter à terme les salaires des profs ou des soignants sans exploser la dette publique, ne sera rendu possible que par un programme politique pragmatique et ambitieux. Le progrès technologique est aussi et surtout un progrès économique, social et environnemental. Notre modèle de protection sociale, unique au monde, est une conquête de la République. Ne rêvons pas : il ne durera pas éternellement sans croissance et sans entreprises pour le financer.

A lire aussi, Jean-Luc Gréau: Pour cinq cents milliards de plus

La France a pourtant tous les atouts pour devenir un acteur du futur, à condition de cesser de gémir et de regarder dans le rétroviseur. Les nouvelles technologies exponentielles sont une chance, à condition d’en finir avec le malthusianisme d’EELV, et de prendre le train du progrès en marche. Il n’y a aura pas de croissance, pas d’emplois non subventionnés, pas de survie de l’Etat providence, pas de liberté avec l’obscurantisme scientifique au pouvoir. La France ne doit pas devenir le Kodak des nations.

Fin du monde et fin de mois

Le monde change vite. La Révolution industrielle bouleverse notre économie et le monde du travail à grande vitesse. On parle de crise, de déclin, mais on assiste en réalité au remplacement d’un monde par un autre. Le tsunami numérique et l’émergence des géants du Net, GAFA et BATX, a pris tout le monde par surprise. La 3ème révolution industrielle est là. Ne pas y participer serait suicidaire.

Les industries du 21ème siècle doivent avoir leur place en France. Les pays inadaptés à la nouvelle donne vont souffrir dans des proportions considérables. Ces secteurs économiques, qui vont connaître une croissance sans précédent dans les années qui viennent, ne sont pas incompatibles avec un monde plus durable. Ils sont même la seule et unique voie du succès pour lutter « contre la fin du monde » et boucler « la fin du mois », pour reprendre la formule du Président de la République.

A lire aussi, Céline Pina: Municipales: EELV vainqueur par K.-O. démocratique

La « génération climat », dont les préoccupations environnementales sont nobles et légitimes, est aussi friande des réseaux sociaux, des jeux vidéo, de voyages en avion, et de la technologie en général. Elle ne doit pas se faire duper plus longtemps. Les solutions pour lutter contre le dérèglement climatique et la pollution reposent sur l’innovation. Pas sur l’interdiction de la 5G, la calèche pour tous, le blocage du progrès technologique, et autres délires défendus par l’écologie politique.

Fouilles au corps


Pendant un an, l’exposition « Archéo-Sexisme » a fait le tour de France des campus pour alerter sur le sexisme qui règnerait dans le milieu de l’archéologie


Rapportée par un article du Monde, une exposition « Archéo-sexisme » fait actuellement le grand tour des facultés françaises. Témoignages d’étudiantes à l’appui, on y découvre que les gestes goujats, déplacés voire délictueux font le quotidien des chantiers de fouilles. Les faits peuvent varier des regards déplacés ou mains aux fesses en plein travail jusqu’au sable déposé dans la culotte par un collègue et autres pratiques obscènes alors que les fouilles sur un chantier archéologique – souvent assez physiques – favorisent toutes les proximités et génuflexions érotiques. Les croisés #metoo entendent alors « sensibiliser le public ». Et la chasse aux porcs a déjà commencé : l’université de Paris 1 a suspendu un harceleur patenté, pourtant chercheur, dès 2019.

Virilisme épistémologique

Souvent, ces faits seraient couverts par l’institution. Le protohistorien Jean-Paul Demoule parle même d’« omerta ». En cause, un fonctionnement de la recherche où les carrières valorisent autant les proximités entre maîtres et élèves que les qualifications et diplômes. Ce sexisme ferait d’ailleurs système. Dans un entretien, l’archéologue Chloé Bélard regrette que l’archéologie du genre soit encore trop peu étudiée, incriminant les préjugés d’un virilisme épistémologique.

A lire aussi, Erwan Seznec: Le confinement n’a pas fait exploser les violences conjugales

En bonnes élèves des facultés occidentales, les étudiantes-chercheuses voient le mâle partout. Jusque dans l’inégale répartition des tâches pénibles : « Porter les seaux de terre, manier la pioche… Ces rôles sont plutôt attribués aux garçons. Aux jeunes femmes, on préfère confier les travaux de minutie ou d’analyse, dans les laboratoires attenants aux fouilles. »

Revendication inattendue

Cela devait arriver : le beau sexe, d’ordinaire accablé par la charge mentale, rêve de « piocher sous le cagnard » ! Voilà une revendication inattendue d’un privilège masculin que le commun associait plutôt au bagne. Et une chercheuse d’expliquer doctement que « piocher n’est pas tant un travail de force qu’un geste technique. Il suffit d’apprendre la bonne ergonomie. » Avant qu’une jeune témoin ne s’indigne « du concours de virilité auquel elle a assisté […] c’était à qui piocherait le plus longtemps jusqu’à en vomir ».

Mesdames les archéologues, piochez les premières !

Thomas Sowell: quand la « justice sociale » égare la société


Dans Discrimination and disparities, l’économiste Thomas Sowell analyse le discours dominant sur les discriminations et la « justice sociale ». Il affirme qu’il produit des ravages dans l’éducation ou dans la délinquance.


Thomas Sowell est un économiste américain de la Hoover Institution à l’Université de Stanford[tooltips content= »https://en.wikipedia.org/wiki/Thomas_Sowell »](1)[/tooltips] qui se décrit lui-même comme un conservateur noir.

Il a placé son livre Discrimination and disparities sous le patronage de Patrick Moynihan – « Vous avez le droit d’avoir votre propre opinion, mais pas vos propres faits. » – et  de Fernand Braudel  – « Dans aucune société, toutes les régions ou parties de la population ne se sont développées également » [tooltips content= »Ma traduction de l’anglais qui ne correspond pas forcément exactement à la formulation originale. »](2)[/tooltips] – patronage qui dit tout de son ambition.

Les bons côtés de la discrimination

Avant qu’il prenne une connotation négative, discriminer consistait à discerner les différences et à choisir en conséquence. Cela revient, pour un employeur, par exemple, à juger d’après les informations dont il dispose sur les individus ou d’après des informations empiriques connues sur le groupe auquel ces derniers appartiennent. L’entrepreneur a tendance à jouer la sécurité, à défaut d’informations individuelles sécurisantes. Aussi, souvent, décide-t-il d’après les informations qu’il a sur le groupe. Il évalue son coût et se tromper peut être extrêmement pénalisant.

Quelles que soient les capacités et les opportunités, ceux qui n’essaient pas ont peu de chances de réussir. On ne peut pas faire comme si les bonnes choses se produisaient de manière automatique et comme si les mauvaises étaient la faute des autres!

Aujourd’hui les leaders intellectuels expliquent ces disparités entre groupes et entre individus par l’injustice sociale alors qu’au début du 20ème siècle, ils en tiraient des conclusions génétiques. Dans les deux cas, sans souci pour les preuves empiriques. Pourtant, les conditions familiales, la géographie et la démographie comptent aussi dans le destin des hommes. 

C’est avec la seconde moitié du 20ème siècle qu’est apparue l’idée selon laquelle, sauf intention maligne, la situation des Noirs et des Blancs aux États-Unis aurait dû être en tous points identique, idée confirmée par l’arrêt de la Cour suprême Brown v. Board of Education en 1954. Les écoles ségréguées furent déclarées inconstitutionnelles car intrinsèquement inégalitaires. Pourtant, en 1954, les lycées Dunbar, entièrement fréquentés par des Noirs envoyaient un pourcentage de ses diplômés dans le Supérieur plus grand que toutes les écoles blanches de Washington. La croisade pour les écoles non ségréguées a provoqué la suppression des lycées Dunbar qui avaient pourtant si bien marché pendant 85 ans. Elles devinrent des écoles de ghettos et envoyèrent, en 1993, moins d’étudiants dans le Supérieur qu’en 1933. À la fin du 20ème siècle, le succès est un peu revenu dans de nombreux ghettos grâce aux Charter Schools qui sélectionnaient, par loterie, des élèves dont les parents avaient à cœur l’éducation de leurs enfants. 

Croyances

On a trop tendance à supposer que la cause d’une disparité est localisée là où cette disparité a été mesurée. C’est ce qu’a supposé la Cour suprême avec l’introduction de la notion d’impact disproportionné (disparate impact). C’est aux employeurs qu’est revenue la charge de la preuve, sans qu’aucune plainte ne soit requise. Aussi, beaucoup d’entreprises ont préféré trouver des accords et éviter tout procès, même si elles ne sont coupables de rien. Il n’est pas venu à l’esprit des juges que ce qui est arrivé avant puisse avoir eu un impact disproportionné sur ce que sont devenues les personnes, leurs aptitudes, leurs valeurs, les habitudes qu’elles amènent sur leur lieu de travail.

A lire ensuite: La guerre des symboles

Les modes verbales ont des conséquences non verbales. Elles créent une équivalence entre des conditions socio-économiques et la violence ; elles excusent le non-respect des lois et les désordres sociaux dont les principales victimes sont les personnes les plus démunies, du fait des répercussions à court et à long terme.

On dit ainsi que des gens ont été privés d’opportunités ou de droits d’après leur situation quand ils ont simplement échoué par rapport à ce qui était requis d’eux. En Malaisie, les Chinois qui ont des revenus supérieurs aux Malais sont dit « privilégiés » alors qu’ils pâtissent de la politique préférentielle en faveur des Malais à l’université et dans les emplois privés et publics. Si l’on accorde un peu de sens aux mots, ce sont les Malais qui sont privilégiés. « Quand les croyances sont ancrées dans une représentation sociale protégée par une redéfinition des mots, les preuves empiriques deviennent des finasseries superflues » (p. 123).  

Une autre manigance consiste à déformer les propos des autres jusqu’à leur faire dire parfois le contraire de ce qu’ils ont dit. Ce n’est pas toujours parce que les gens mentent mais parce qu’ils ne cherchent pas à vérifier ce qu’ils propagent. Lorsque ce sont des enseignants, le pire tort est celui qu’ils font à leurs étudiants en leur donnant un très mauvais exemple. 

Argumentaire déresponsabilisant

Thomas Sowell trouve très décourageant que des erreurs simples et évidentes soient admises dans les cercles intellectuels quand elles sont en faveur de la « justice sociale », au sens d’une égalité de situation, qui fait croire que si l’on éliminait les biais raciaux, sexistes ou autres, on aboutirait à des résultats égaux. Élaborée par les intellectuels, cette idée se diffuse bien au-delà de leur cercle et fournit un argumentaire déresponsabilisant et vindicatif à ceux qui échouent. Quelles que soient les capacités et les opportunités, ceux qui n’essaient pas ont peu de chances de réussir. On ne peut pas faire comme si les bonnes choses se produisaient de manière automatique et comme si les mauvaises étaient la faute des autres. Les empêchements qui offensent notre morale n’ont pas forcément plus de poids que ceux qui sont moralement neutres. 

A lire aussi: La repentance, un passe-temps pour gosses de riches

Aux États-Unis, l’intégration raciale, conçue comme un prérequis de l’égalité est devenu un but en soi. Qu’une politique cherche à prévenir les décisions biaisées fermant arbitrairement des opportunités à certains est un but compréhensible. Mais une politique qui cherche une identité des résultats implique la préemption des décisions des gens au sujet de leur propre vie.

Le dogme sous-jacent à l’idée de « justice sociale » est : 

1) les différents groupes occuperaient les mêmes positions en l’absence de traitement biaisé ; 

2) la cause des écarts doit être recherchée là où les statistiques indiquant ces écarts ont été collectées ; 

3) le gouvernement produirait par son intervention des résultats supérieurs. Cette idéologie ne s’embarrasse pas de preuves et balaie les faits qui montrent pourtant que ce qu’elle prône n’existe nulle part.

Cette vision de la « justice sociale » est un obstacle à la mobilisation des forces pour améliorer le sort des plus démunis. Thomas Sowell regrette que l’histoire elle-même soit trop souvent enseignée sous la bannière de la « justice sociale » : « Mais que peut espérer gagner une société avec des bébés qui entrent dans le monde comme les héritiers de griefs préemballés contre d’autres bébés nés dans la même société le même jour ? » (p. 222). Nous ne pouvons, écrit Thomas Sowell, avoir une certaine influence que sur le présent et l’avenir, que l’on peut rendre pire avec des restitutions symboliques sur ce qui est arrivé à ceux qui sont morts. Si nous devons chercher à améliorer le monde, c’est en concentrant nos efforts là où nous avons quelque chance d’améliorer la vie des gens.

>>> Retrouvez la version longue de cet article sur le blog de Michèle Tribalat <<<

DISCRIMINATION AND DISPARITIES Revised and Enlarged Edition, Thomas Sowell, Basic Books, mars 2019, 308 p.

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Le centre du Mexique, nouveau champ de guerre du narcotrafic

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Il n’y a pas que sous la caméra de Sergio Leone que de paisibles bourgades peuvent être terrorisées par deux clans rivaux. Au Mexique, l’État de Guanajuato en est le théâtre. Et ça fait très mal.


Le 21 juin, la Garde nationale mexicaine et les autorités de l’État de Guanajuato, dans le centre du Mexique, ont arrêté 26 membres présumés du cartel Santa Rosa de Lima. Bilan des courses : un modeste kilo d’amphétamines et deux millions de pesos mexicains (huit-mille euros). Cela pourrait prêter à sourire sauf que la chère mama et une sœur du patron présumé du cartel, El Marro (le marteau), ont été menottées.

Tout pour ma mère…

La vengeance ne s’est pas fait prier. Le lendemain même, à 26 endroits différents, d’innocents camions et voitures ont été incendiés par des disciples d’El Marro dans 13 villes de l’État de Guanajuato, notamment Celaya et Salamanca. Visiblement fort ému, le gourou a tenu à exprimer dans une vidéo sa gratitude envers « les femmes qui ont aidé ma famille » en brûlant les maudits camions. « Il n’y pas de mot assez fort pour les remercier de m’avoir donné un coup de main […] contre ces fils de putes », a-t-il ajouté au bord des larmes. Dans une autre vidéo, le trentenaire a souligné que sa maman avait subi des violences policières avant de gratifier ces derniers de quelques noms d’oiseau.

A lire aussi: Au Mexique, les cartels veillent au respect du confinement

Boucherie à Irapuato: 26 morts

La mère du « marteau » aurait été arrêtée grâce à la précieuse aide de quelques membres du cartel Jalisco Nueva Generación, des brigands contre lesquels El Marro se dispute la région. Après quoi ceux-ci auraient été persécutés par des hirondelles d’El Marro. Ils ont donc engagé une course poursuite sur la nationale Irapuato-León avec la voiture des avocats de la dame, -oui, elle en a plusieurs-, suite à quoi l’engin a fait des tonneaux. Un des avocats  a rendu l’âme. Jeudi dernier, quatre sicarios ont alors fait irruption dans une « annexe de récupération », centre de désintoxication pour toxicomanes d’Irapuato. Après avoir sommé ces derniers de se coucher, ils ont mitraillé dans le tas, en laissant 26 morts. Des survivants ont affirmé à la gazette mexicaine El Milenio qu’avant d’entamer le massacre, les tyrans auraient crié « nous venons de la part d’El Marro !». Il semble en effet qu’outre à des toxicomanes, le centre de désintoxication offrait l’asile à des personnes fuyant le cartel d’El Marro.

Petite ville attachante avec de charmantes églises coloniales et de grandes usines de construction automobile, notamment du pays du soleil levant (Mazda), Irapuato fut jadis paisible. L’auteur de ces lignes peut en témoigner puisqu’il y a vécu durant un an de 2014 à 2015. Alors qu’il s’est montré fort décontracté face au virus corona, le Président du Mexique Andrés Manuel Lopez Obrador semble prendre cet attentat au sérieux. Lors d’une conférence de presse, celui qui s’est fait élire sur un programme anti-corruption a assuré tenir à « faire une révision du fonctionnement des instances en charge de la justice dans l’État de Guanajuato » et a affirmé qu’il n’allait « pas abandonner le peuple de l’État de Guanajuato ».

À lire aussi, du même auteur: Le Mexique survit au temps du corona

Reste à voir si ses promesses prendront forme. Selon une habitante jointe par téléphone et qui souhaite rester anonyme, « ces dernières années, de nombreux bars et restaurants ont fermé à Irapuato en raison de la guerre des cartels. Et encore maintenant, la situation empire chaque jour ». En 2019, 34 582 personnes ont officiellement perdu la vie par homicide au Mexique.

Mise à jour : le sombre western continue. Samedi midi, 4 personnes ont été assassinées dans un garage à motos de Celaya.

L’autre Castex

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Dans la famille Castex, donnez-moi Pierre-Georges…


On ne se refait pas. Quand j’ai entendu le nom du nouveau premier ministre, Castex, machinalement, j’ai rajouté « et Surer ». Le Castex et Surer a été ce manuel de littérature à l’usage des classes de lycée qui a servi à des générations de l’après-guerre. J’ai encore un volume, celui du XVIIème, dans son édition de 1947 qui avait appartenu à mon père, lycéen à Dieppe en « seconde moderne » pour l’année scolaire 1952-1953. Cela m’a fait plaisir de voir son écriture sur la page de garde, comme un message d’outre-tombe.

Le Castex du Castex et Surer au moment où il publiait son Manuel des études littéraires françaises était ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure et Maître de conférences à la faculté de Lettres de Lille. Il s’appelait Pierre-Georges et était né en 1915. Wikipédia ne nous en dit guère plus alors que l’encyclopédie est devenue très bavarde sur l’autre Castex, Jean qui est devenu premier ministre.

Le techno derrière l’accent du Gers

Je me demande si Pierre-Georges aurait fait un bon premier ministre. Il a fini à l’Académie des Sciences Morales et Politiques mais il aurait pu, à un moment, se présenter à une mairie. J’imagine un profil radical-socialiste, quelque chose de raisonnablement progressiste ou alors un gaulliste comme on était gaulliste à cette époque-là, c’est-à-dire authentiquement populaire avec cette idée que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille et que le gaullisme, c’était le métro à cinq heures du soir, comme disait Malraux. Bref, pas franchement le profil de notre Castex à nous qui n’a rien de gaulliste ni de radical-socialiste et tout de cette noblesse d’état technocratique masquée par un accent du Gers et un mandat local.

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La déclaration de politique générale de Castex et Surer, dans leur manuel, c’est leur préface. Et déjà, la forme est rassurante. Rien du néo-patois managérial, avec des « impacter » ou de la « co-construction ». On parle bien d’une « exigence de renouvellement » comme n’importe quel macroniste mais cette exigence de renouvellement est une sage adaptation : «  Nous avons également tenu compte de l’évolution du goût. L’histoire littéraire se renouvelle constamment ; chaque génération révise et modifie les jugements de celle qui l’a précédée ; et s’il importe de ne jamais céder aux caprices de la mode, il n’est pas permis d’entretenir par un respect de la tradition, des préjugés évidents. »

Ne pas céder aux caprices de la mode

Relisons bien ces lignes. Notre Castex à nous ferait bien de s’en inspirer. Elles définissent peut-être ce qui fait, ou faisait, une forme de génie français en histoire littéraire comme en politique. Montrer enfin, – nous sommes en 1947,- « l’importance réelle d’un Verlaine, d’un Rimbaud, d’un Mallarmé. » Mais sans oublier pour autant de donner leur place à des anciens trop oubliés ou sous-évalués, et Castex et Surer de justifier la place importante qu’ils vont faire à Agrippa d’Aubigné, Vauvenargues, Nodier. Autant dire un remaniement ministériel audacieux, pour gouverner la République des Lettres et pas un jeu de chaises musicales avec quelques personnalités disruptives pour faire les malins, comme certains manuels d’aujourd’hui qui donnent leur place à des écrivains qui ont publié la veille.

Non, Castex et Surer, c’était la recherche de l’ « ordre juste », un programme qui court de Thomas d’Aquin à Ségolène Royal. Et qui vaut mieux que l’injustice désordonnée qui a présidé, dans presque tous les domaines, à ce quinquennat.

Bambi: « Désormais l’idée de se moquer d’eux-mêmes ne viendrait même plus à l’esprit de nos comiques »


Née Jean-Pierre en 1935, Marie-Pierre Pruvot dite Bambi a changé de sexe à 25 ans. Après avoir enchanté les cabarets parisiens, cette reine de la nuit est retombée dans l’anonymat en devenant professeur de lettres puis écrivain. Retour sur ses vies multiples.


Bambi est né(e) Jean-Pierre Pruvot en 1935 dans le village d’Isser en Algérie. Dès son plus jeune âge et malgré son corps de garçon, elle a la certitude d’être une fille. Alors que le jeune Jean-Pierre a 16 ans, il assiste à une représentation du célèbre cabaret de travesti Le Carrousel, en tournée en Algérie. Son sort est alors fixé. Il fuit l’Algérie pour rejoindre Paris et entrer au Carrousel. Bambi fait ses débuts chez Madame Arthur à l’âge de 18 ans, puis intègre la troupe du Carrousel et en devient rapidement la vedette. Elle connaît alors la gloire et devient une figure des nuits parisiennes. En 1961, elle se fait opérer au Maroc, obtient quelque temps plus tard son état civil féminin et devient officiellement Marie-Pierre Pruvot. Tout en continuant le Carrousel, elle reprend ses études puis passe le bac à l’âge de 33 ans. C’est ensuite la Sorbonne, la maîtrise puis le Capes. Elle devient professeur de lettres à Cherbourg, puis à Garges-lès-Gonesse où elle reste vingt-cinq ans dans le plus grand anonymat. Elle se consacre ensuite à l’écriture. Elle publiera neuf livres. En 2013, Bambi, un film documentaire de Sébastien Lifshitz, lui est consacré et est nommé aux Césars.

Causeur. Avec les complications que l’on imagine, liées aux problèmes de genre, vous avez dû accomplir un véritable parcours du combattant ?

Bambi. C’est vrai, j’ai dû lutter. Mais j’ai pris tout ça avec philosophie. Évidemment, j’ai dû m’imposer, mais cela a été relativement facile à travers le spectacle. Le reste a été fait dans l’anonymat. Pour moi, changer de sexe, ce n’était pas vraiment un changement, mais une affirmation de moi-même. Et puis, j’ai fait tout cela dans le spectacle, et dans le spectacle j’étais heureuse. J’avais une jolie place, j’avais mon petit succès. Malgré les ennuis avec la police, qui à l’époque n’était pas tendre avec nous, j’ai eu une très belle vie. Après le spectacle, on allait toutes dans les petits « restaurants d’artistes », on soupait jusqu’à sept heures du matin, si l’on n’avait pas beaucoup d’argent on mangeait un œuf dur, on chantait, enfin on s’amusait beaucoup ! Mais, voyez-vous, le parcours du combattant, je ne l’ai pas fait contre la société, je l’ai fait contre moi, contre les plaisirs que je prenais dans la vie et qui m’empêchaient de reprendre mes études. Car j’ai toujours été poursuivie par le fait d’avoir arrêté mes études, je n’avais pas le bac. J’avais tout fui très tôt, j’avais fui l’Algérie, et je me suis retrouvée à Paris au cabaret. Ma mère me poursuivait, elle me disait que le cabaret ne durerait qu’un temps, que je ne pourrais pas faire ça toute ma vie.

On a vécu une belle époque, cette époque est terminée. Personne ne peut se douter à quel point nous avons été chanceuses, heureuses, libres et insouciantes

En tout cas, votre discours n’est jamais victimaire.

Non ! Surtout pas ! Aujourd’hui, être victime est devenu une espèce de filon, on se crée une place avec ce statut. Je me rappelle une émission de PPDA, où un homme qui n’était pas très lettré avait dit : « Je désire obtenir une statue de victime. » Le pauvre confondait un statut et une statue, mais c’est exactement ce qui se passe. Les gens veulent se faire valoir non pas par un succès, mais par un échec.

Cette mode victimaire est très présente aujourd’hui avec un certain féminisme opportuniste. À l’époque, pas du tout ! D’ailleurs, le comique chez Madame Arthur était fondé sur l’autodérision. On ne se moquait pas des autres, on se moquait de soi. Désormais, l’idée de se moquer d’eux-mêmes ne viendrait pas à l’esprit de nos comiques. C’est que, si on se moque de soi, on risque de choquer sa propre « communauté ». Si maintenant je faisais de l’humour sur les transsexuelles, la communauté trans me reprocherait de leur faire du tort.

A lire aussi, Gabrielle Périer : Trois sexes et un ange

Aucune association ne vous a aidée, vous avez tout fait toute seule.

Oui. À mon époque, il fallait se battre avec ses propres atouts. Aujourd’hui, on dit aux professeurs que tous les élèves ont la même intelligence et que c’est à eux de trouver les capacités de chacun. Mais on ne peut pas trouver les capacités de chacun dans une classe de 30 élèves ! On a un programme et il faut avancer. Il y a des gosses qui ne sont pas du tout faits pour les études, ils ont sans doute d’autres qualités, mais ce n’est pas au professeur de découvrir ces capacités ignorées.

En somme, changer de sexe, devenir une femme vous a menée à la scène, à laquelle vous avez pris goût, et vouloir devenir une femme comme une autre vous a conduite à la quitter ?

Oui, c’est bien résumé. Je voulais être Mme Tout-le-Monde,/ je voulais goûter à cela, à la vie normale. Et j’y ai goûté pendant trente ans. Personne, ni l’administration, ni les collègues, ni les élèves, ne connaissait mon parcours. Je me sentais enfin « comme les autres ».

Et que vous inspire la volonté de « démocratisation », voire la mode, du transgenre ?

Évidemment, quand on prescrit des antihormones à des enfants de 12 ans, je me pose des questions ! Tout cela est très compliqué. Comment savoir si la jeune personne fait réellement le bon choix ? Il y a aussi des personnes qui font cela par mimétisme, parce qu’elles sont en recherche de leur propre identité. J’ai d’ailleurs moi-même été très gênée de voir des personnes me prendre pour exemple, cela m’a posé un problème personnel. Je ne suis nullement un exemple !

Vous dites toujours avoir voulu être fille, depuis votre plus tendre enfance. Mais avez-vous des souvenirs de petits garçons ? De moments où vous ne vous êtes pas senti fille ?

Mais j’avais conscience d’être un petit garçon ! Et j’en étais malheureuse. C’est pour cela que je n’aimais pas être à l’école. Parce que c’était une école de garçons. Quand on sortait en promenade avec la classe dans le bois d’eucalyptus, la maîtresse me disait d’aller jouer avec mes camarades, c’était une souffrance, ça me rappelait que j’étais un petit garçon. Et en grandissant, c’est devenu épouvantable. Je ne savais pas comment faire, je tournais en rond, il fallait que je parte. Heureusement que le Carrousel est venu en tournée en Algérie. J’avais 16 ans et j’ignorais tout des hormones et de tout cela.

Vous ne connaissiez donc même pas l’existence des travestis ?

Mais non ! Je ne savais rien ! Et puis à l’époque j’avais même un préjugé contre les homosexuels. Je ne voulais surtout pas être « ça ». Et lorsque j’ai découvert le Carrousel, à Alger, je me suis dit : « Il faut partir à Paris. » J’ai quitté le lycée et je me suis retrouvée à Paris avec le Carrousel.

Pour conclure, préféreriez-vous avoir 20 ans et vous construire aujourd’hui, où c’est sans doute plus facile que dans les années 1960 ?

J’aimerais évidemment être plus jeune aujourd’hui (rires). Mais les autres filles du Carrousel et moi, on se dit qu’on a eu de la chance, qu’on a vécu une belle époque, que cette époque est terminée, et que personne ne peut se douter à quel point nous avons été chanceuses, heureuses, libres et insouciantes. Grâce au Carrousel, nous avons gagné notre vie sans avoir à passer par la prostitution, nous avons voyagé et nous nous sommes beaucoup amusées.

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Covid-19: la commission d’enquête du Sénat pas exempte de reproches

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Le sénateur Alain Milon en novembre 2019 © DANIEL PIER / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

Son président, le sénateur Alain Milon (LR), n’a-t-il pas aussi une part de responsabilité dans la pénurie de masques ?


Ce qui aura sans doute le plus scandalisé les Français durant cette crise du Covid-19, ce sont les discours incohérents et mensongers du gouvernement et des autorités administratives au sujet des masques. En faut-il ? Y en a-t-il ? Où sont-ils ? Y en avait-il ? Qu’en a-t-on fait ? En a-t-on commandés ? Quand arriveront-ils ? Depuis quand n’avions-nous plus la capacité d’en fabriquer ? A cause de la pénurie de masques, les Français ont déserté les cabinets médicaux avec des conséquences graves pour ceux qui avaient des pathologies chroniques. Les médecins de ville ont été en quelque sorte tenus à l’écart quand il aurait fallu qu’ils demeurent au cœur du dispositif.

Si la question des masques n’est pas la seule, elle est sans doute la plus emblématique de l’incurie de l’Etat et de la désinvolture de ses représentants. Il y a bien sûr les questions relatives aux tests, aux respirateurs, au nombre de lits et de manière plus générale à l’organisation de l’hôpital et de la santé dans notre pays, à sa bureaucratisation, à la contradiction entre le maintien de l’ouverture des frontières et la décision de confiner le pays, à l’indépendance du Conseil scientifique entourant le Président de la République, à l’interdiction de la chloroquine, à la liberté de prescrire et de soigner des médecins, etc.

C’est toutefois à la seule question des masques que nous nous arrêterons. Comme nous allons le voir, elle rend quelque peu étonnante la nomination d’Alain Milon à la présidence de la commission d’enquête sénatoriale sur le Covid-19.

Sénateur (LR) du Vaucluse depuis 2004, Alain Milon est médecin et préside depuis octobre 2017 la commission des affaires sociales du Sénat. Ce sont à l’évidence des atouts pour diriger les travaux de la commission d’enquête. Il a été maire et président d’une communauté de communes durant une vingtaine d’années, ce qui constitue des atouts supplémentaires, les maires ayant dû faire face, durant la crise, à de nombreuses inquiétudes chez leurs administrés et continuer d’assurer la vie de leurs communes dans un contexte d’autant plus difficile que le gouvernement était chaque jour plus flottant dans ses décisions et ses déclarations.

Il n’est toutefois pas inutile de noter qu’Alain Milon – c’est un point qui éclaire sa personnalité et sa position singulière au sein du groupe LR – avait dès 2010 suggéré de régulariser la Gestation Pour Autrui (GPA). On est d’ailleurs étonné que Bruno Retailleau, Président du Groupe LR, ait pu accepter en 2017 que son collègue devienne président de la commission des affaires sociales, compte tenu de ses positions sociétales en totale rupture avec celles de son groupe. Alain Milon, qui aura 73 ans en septembre prochain lors du renouvellement de la moitié du Sénat, est candidat à sa propre succession.

Le précédent du H1N1

En quoi sa nomination à la tête de la commission d’enquête sur le Covid-19 est-elle étonnante ? Sans doute a-t-on oublié qu’il fut déjà en 2010 rapporteur de la commission d’enquête sénatoriale sur la gestion par le gouvernement de la grippe H1N1. Etant donné les informations qui figurent à l’époque dans son rapport et qui concernent l’impérieuse nécessité pour chaque pays de constituer des stocks de masques, on se demande comment il a pu manquer de vigilance, ces dix dernières années, notamment lors des examens annuels du budget. Lui était-il possible de ne pas s’inquiéter de l’état de nos stocks, notamment dès l’apparition du virus en Chine ?

Quelques dates permettent de prendre la mesure de l’importance, dans notre pays, d’une bureaucratie parlementaire par laquelle nos responsables politiques se donnent bonne conscience au lieu de taper du poing sur la table :

  • En 2007, au lendemain de l’épidémie de grippe aviaire de 2006, fut créé l’Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaire (EPRUS). Cet établissement fut notamment chargé de gérer pour le compte de l’État les stocks de masques.
  • En mai 2009, à la veille de la grippe H1N1, le sénateur Jean-Jacques Jégou, dans le cadre d’une mission d’information de la commission des finances, remettait un rapport à charge dans lequel il notait des « problèmes de gouvernance et de positionnement de l’EPRUS au sein du dispositif déjà complexe de gestion des risques sanitaires ». Aussi proposait-il au gouvernement de « veiller, de façon plus générale, au perfectionnement permanent du dispositif de gestion des crises sanitaires ».
  • En juillet 2010, après cette épidémie du H1N1, le sénateur Alain Milon, remettait un rapport dont nous avons parlé et sur lequel allons revenir.
  • En septembre 2010, à la demande de la commission des affaires sociales du Sénat, la Cour des Comptes remettait à son tour un rapport sur l’utilisation des fonds mobilisés pour la lutte contre l’épidémie grippale H1N1. On y lit notamment ceci : « Depuis 2003-2004 et l’apparition de la menace d’une pandémie de grippe aviaire, l’utilisation de masques comme équipement empêchant la diffusion du virus dans la population est considérée comme une solution efficace en l’absence de vaccins et de quantités suffisantes d’antiviraux ».
  • En février 2011, le sénateur Alain Milon, remet à nouveau un rapport d’information fait au nom de la commission des affaires sociales dans lequel on retrouve nombre de points qui se trouvent dans son précédent rapport de la commission d’enquête et dans celui de la Cour des comptes.
  • En 2015, le sénateur Francis Delattre remettait un rapport au nom de la commission des finances sur la gestion par l’EPRUS des stocks de produits de santé constitués en cas d’attaque terroriste ou de pandémie. La question des stocks de masques était intégrée dans celle plus générale des stocks de produits sans que ne soit rappelée l’importance des masques en tant que première mesure de protection.
  • En 2016, l’EPRUS était dissout et intégré dans l’agence nationale de santé publique (Santé publique France) qui venait d’être créée par Marisol Touraine. Il s’agissait de « doter la France d’un institut pour la prévention, la veille et l’intervention en santé publique, qui disposera d’une taille critique suffisante ».

Au vu des conditions déplorables et lourdes de conséquences dans lesquelles notre pays a traversé la crise sanitaire, on se demande où est l’utilité de tous ces rapports pour ne parler que de ceux du Sénat (on pourrait ajouter qu’en 2016, le sénateur Alain Milon remettait un rapport au nom de la commission des affaires sociales sur les liens d’intérêt en matière d’expertise sanitaire et qu’un rapport de la Cour des comptes y était joint qui parlait de « transparence tronquée »).

L’administration joue contre nous

A la lecture de ces rapports, on se demande si la complexité administrative de l’organisation de la réponse aux urgences sanitaires ne serait pas notre plus grand ennemi, et si ce n’est pas à cette complexité qu’il faut d’abord s’attaquer pour pouvoir demain être en mesure de gagner la « guerre » contre une nouvelle épidémie. On finirait même par se demander si cette complexité et sa vision comptable ne sont pas au service d’autre chose que la santé des Français. On en conclut inévitablement qu’un grand ministre de la Santé serait celui qui, sabre en main et avec des « idées simples », mettrait de l’ordre dans l’ « orient compliqué » de l’usine à gaz de ce ministère. Peut-être l’incompétence, l’absence d’imagination et de courage de nos responsables politiques sont-elles à l’origine de cette inflation bureaucratique. Un rapport budgétaire sénatorial de 2009 ne mettait-il pas « en garde contre la multiplication des comités, commissions et observatoires ad hoc qui viennent se greffer au dispositif déjà complexe des agences de sécurité sanitaire » ?

La Fédération Nationale des Infirmiers a bien résumé ce qui s’est passé : « Alors que la Cour des comptes, avait recommandé de donner davantage d’autonomie à l’EPRUS pour qu’il assume ses missions, c’est l’inverse qui a été décidé. Ainsi, en plus des coupes budgétaires et de la dissémination des stocks, on a noyé l’EPRUS dans Santé publique France avec la réforme de 2016 ».

Revenons au rapport de 2010 du sénateur Alain Milon. Il y est fait référence très précisément à un document de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui fut adressé aux Etats membres en 2005. On y lit ceci : « Les voyages aériens pourraient accélérer la propagation d’un nouveau virus et diminuer le temps disponible pour préparer les interventions. Les systèmes de soins de santé pourraient être rapidement surchargés, les économies mises à rude épreuve et l’ordre social ébranlé. Si l’on estime qu’il est quasiment impossible d’arrêter la propagation d’un virus pandémique, il devrait être possible d’en réduire les conséquences au minimum en se préparant à l’avance à relever le défi ».

Aussi le rapport sénatorial rappelle-t-il ce à quoi les pays membres sont tenus : « Chaque pays est instamment prié d’élaborer ou de mettre à jour un plan national de préparation à la grippe conformément aux recommandations figurant dans ce document [de l’OMS] ». Il rappelle également que le plan français de 2009 préconisait notamment « la constitution de stocks nationaux de produits de santé et de matériels de protection et le renforcement des capacités de production de masques par l’industrie française ». Si le rapport était tout à fait clair sur le rôle et l’importance des masques, il précisait en outre quels étaient les personnels qui devaient impérativement en être prioritairement équipés.

Par la révision de juillet 2008 de notre Constitution et notamment par la modification de son article 24, le rôle de contrôle du Gouvernement et d’évaluation des politiques publiques a été explicitement reconnu au Parlement et placé au même niveau que l’élaboration de la loi. Aussi était-il dans les missions de la commission des affaires sociales du Sénat de s’inquiéter de l’existence des stocks de masques, de leur renouvellement et de la capacité de notre industrie à en produire suffisamment en cas d’épidémie.

Il y avait mieux à faire que de parler de la GPA

Etant donné son statut de médecin et d’ancien rapporteur de la commission d’enquête de 2010, Alain Milon se devait de mettre la question des masques et de la protection des Français au cœur de ses préoccupations. Défendre la nécessité d’avoir des stocks de masques, interroger vigoureusement le gouvernement à ce sujet, remettre sa question sur le métier tant qu’on n’a pas été entendu, était autrement plus important que défendre la GPA dans les médias.

S’il y eut un grave dysfonctionnement au sommet de l’Etat dans la gestion de la crise sanitaire du Covid-19, si les gouvernements successifs y ont leur part de responsabilité, on ne peut ignorer qu’il y eut également un dysfonctionnement du rôle du Parlement, en l’occurrence du Sénat, en amont de cette crise.

Confirmant la création d’une commission d’enquête sénatoriale sur le Covid-19, le Président Gérard Larcher déclara en mai dernier au micro de France info : « Cette commission va avoir six mois pour travailler, elle va le faire sereinement et en allant au fond des choses, parce que c’est la marque du Sénat ». Et il ajouta : « Nous allons poser des questions à tout le monde ».

En suivant l’audition d’Agnès Buzyn par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, les Français ont découvert, à travers les réponses hésitantes, approximatives, contradictoires de l’ancienne ministre de la Santé, une absence totale d’anticipation face aux risques épidémiques et une défaillance dans la maîtrise de son ministère.

Toutefois le défaut de vigilance n’est pas imputable au seul pouvoir exécutif. Le Parlement a également sa part de responsabilité, même si celle-ci n’est pas de même niveau. Est-ce la raison pour laquelle le sénateur Alain Milon a voulu se démarquer de ses collègues de l’Assemblée nationale ? « Je ne souhaite pas, a-t-il déclaré, que ce soit une commission qui entretienne la polémique. Je souhaite qu’elle soit plus orientée vers la science, vers les moyens futurs de lutter contre ce genre de virus ». Est-ce pour cette même raison que son collègue, le sénateur Jean-Marie Vanlerenberghe (père d’Isabelle Florennes, députée Modem), centriste, rapporteur général de la commission des affaires sociales, a prévenu : « On ne va pas s’amuser à compter les masques » ? Il est vrai que, pour ne s’être pas « amuser » depuis des années à les compter, il est plus réjouissant de compter quotidiennement les morts du Covid-19, le soir à la télévision avec le directeur général de la Santé.

Serait-il donc vraiment absurde d’interroger le sénateur Alain Milon et la commission des affaires sociales sur ce qui apparaît comme un défaut de vigilance de leur part ? Serait-il également absurde d’interroger le Président Gérard Larcher sur l’effectivité de la mission de contrôle de l’action gouvernementale par le Sénat ? Il y va du sérieux de l’institution. Notre pays, rappelons-le, compte près de 30 000 morts (quatre fois plus qu’en Allemagne) et notre situation économique est alarmante.

Paris est devenu la quatrième ville la plus embouteillée au monde

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Anne Hidalgo présente les évolutions du péripherique de demain, le 14 février 2020 à Paris © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00945027_000001

Créer délibérément des embouteillages en espérant ainsi décourager les utilisateurs de voitures est une stratégie absurde. Elle revient à augmenter les nuisances en espérant les réduire… Voilà pourquoi Paris est devenu en 2019 la quatrième ville la plus embouteillée du monde.


Réduire la pollution atmosphérique dans les grandes villes est une nécessité. L’automobile est en partie responsable des émissions nocives. Même s’il faut bien faire attention à ne pas réduire la pollution à la circulation. Le niveau inchangé de particules fines dans l’atmosphère de l’agglomération parisienne pendant les deux mois de confinement est venu rappeler et démontrer que les problèmes sont bien plus complexes que certains voudraient le faire croire. Se débarrasser soudain de l’essentiel de la circulation automobile ne les règle pas par un coup de baguette magique. Il y a même eu un pic de pollution aux particules fines dans la région parisienne le 28 mars!

La politique du pire

La croisade anti-voitures, quand elle est menée sans cohérence, sans stratégie et sans proposer d’alternatives crédibles et quand elle vise seulement à trouver un responsable facile à des questions complexes, n’apporte pas de solutions aux problèmes et peut même les aggraver.

Créer délibérément des embouteillages en espérant décourager ainsi les utilisateurs de voitures, la politique du pire, est une aberration. Voilà pourquoi Paris est devenu aujourd’hui la quatrième ville du monde la plus embouteillée derrière Bogota, Rio de Janeiro et quasiment à égalité avec Rome (voir le tableau ci-dessous). Selon le classement mondial Inrix, qui fait autorité, les automobilistes ont perdu en 2019, en moyenne dans les embouteillages, 191 heures à Bogota, 190 heures à Rio de Janiero, 166 heures à Rome et 165 heures à Paris. La ville de Paris a perdu trois places et se trouvait au septième rang du même classement en 2018.

Classemenr Inrix 2019 embouteillages
Classement Inrix 2019 embouteillages

Un signe fort d’inégalités sociales

Pour rappel, les embouteillages sont une nuisance considérable. Ils augmentent les…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions&Energies <<<

Pères blancs

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Assa Traoré à Stains, le 22 juin 2020 © Bastien LOUVET/ BRST/SIPA Numéro de reportage: 00968824_000008

Le « white privilege » ou quand des soutiens de La Vérité pour Adama rétablissent le « temps béni » des colonies….


En marge des manifestations du collectif La Vérité pour Adama, les réseaux sociaux ont vu naître une multitude de petits guides antiracistes destinés à nos amis les Blancs.

Or, ces manuels du parfait manifestant ne recommandent pas seulement l’usage de sérum physiologique, d’eau et de bandages, mais s’appuient sur la plus efficace des armes : le privilège blanc. 

A lire aussi, Driss Ghali: La repentance, un passe-temps pour gosses de riches

Bouclier humain

Dans notre monde bicolore, il est vivement recommandé aux non-racisés de protéger les « POC » (people of colour) de la police. Mieux qu’un bouclier, le Blanc fait « barrage entre les racisés et les forces de l’ordre » grâce à son « white privilege ». Les consignes sont on ne peut plus claires : « veillez sur nos adelphes » (mot grec neutre désignant les frères et les sœurs). En plus de traîner la responsabilité de tous les crimes de l’Histoire, le Blanc est ainsi capable d’arrêter les balles, tel Néo dans Matrix. Partant, il doit faire profiter de son immunité d’oppresseur à ses frères opprimés. Et malheur à ceux qui rappellent que les gilets jaunes, quoique beaucoup trop blancs, ont eu leur dose de lacrymo et de LBD. Comme le martèle une twittos indigéniste, les cortèges de gilets jaunes restaient scandaleusement indifférents aux origines ethniques des manifestants alors que « le mouvement de Traoré EN REVANCHE concerne les violences policières envers les personnes de couleur et c’est là que le white privilège a une influence ! » 

A relire, nos révélations: L’étrange arrêt-maladie d’Assa Traoré

Rappelons à ces militants qu’une autre idéologie soumettait naguère certains peuples à la bienveillance des Blancs : le colonialisme.

La défense nationale noyée dans ses contradictions

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La frégate Courbet, image d'archive, a été la cible d'un grave incident naval avec les Turcs le 10 juin au large de la Libye © SIRPA/SIPA Numéro de reportage: 00434969_000002

Une tribune de Jérôme Rivière, Député européen, Président de la délégation française du groupe ID, Membre de la commission Affaires étrangères, Sécurité Défense.


Avec le chaos libyen, l’Union européenne et la France doivent faire face à une réalité qu’elles avaient choisi d’omettre, celle du retour des affrontements entre nations armées. Cette réalité a atteint son paroxysme le 10 juin dernier, lorsque des bâtiments turcs ont « illuminés » une frégate française, c’est-à-dire l’ont prise pour cible dans leur radar de tir, sans faire feu. Cette agression délibérée demande normalement une réponse circonstanciée, c’est-à-dire une riposte par le feu. Ce ne fut pas le cas. Cette absence de réponse met en lumière trois contradictions majeures dans lesquelles s’enfonce aujourd’hui notre politique de défense.

La première contradiction porte sur la notion même de souveraineté qui fonde tout, puisque la défense est au cœur de l’État. Sont évoquées par le gouvernement français, « en même temps » que la souveraineté nationale, « une armée européenne », « une souveraineté européenne », une « co-souveraineté » sur notre domaine ultra-marin, et enfin, confusion des confusions, « une mutualisation de notre dissuasion ». En apportant son lot de confusions, cette dérive sémantique amène à ne plus savoir qui la France finance au juste : l’Armée française qui se bat seule face à l’islamisme au Sahel, la future armée européenne ou une armée supplétive de l’OTAN ? La souveraineté est une et ne se partage pas: le reste camoufle mal un fédéralisme qui n’ose pas dire son nom.

La deuxième contradiction concerne l’élément majeur de notre indépendance : la dissuasion nucléaire. D’un côté, la France en finance sans état d’âme la modernisation, et de l’autre, les discussions vont bon train pour son partage avec l’Allemagne notamment ; du dialogue à l’abandon progressif de la force de frappe nationale, la pente sera peut-être longue mais l’amorce du débat est en soi l’amorce d’une forfaiture. Pour nous la ligne est claire : la force de frappe ne se partage pas ou elle n’est ni légitime ni crédible.  Par ailleurs, la défense du nucléaire militaire se heurte à l’abandon de son frère jumeau, le nucléaire civil, au nom d’une transition énergétique aussi vaine qu’utopique : comment ne pas voir dans cette contradiction les germes futurs d’une remise en cause du nucléaire tout court ?

La dernière contradiction s’établit enfin entre une Loi de Programmation Militaire (LPM) de renaissance d’un côté et les abandons consentis à la coopération européenne de l’autre, coopération financée par cette LPM, mais sans convergence de finalités et de doctrine, à l’instar de la coopération franco-allemande ou franco-italienne. Contradiction entre l’outil – les coopérations industrielles approfondies voire la fusion des ensembles industriels – et la finalité, à savoir les divergences diplomatiques sur les menaces (turques, islamistes, migratoires). Contradiction entre l’urgence d’une relance pour notre industrie d’armement et l’indigence du plan de relance prévu pour le secteur de la défense, inférieur au plan de 2009 alors même que la crise qui le justifiait est considérée comme inférieure à celle que nous vivons aujourd’hui. Les hausses des crédits de la défense sont confortablement prévues pour 2023, c’est à dire après les échéances électorales qui remettent out en question.

Alors que nous célébrons l’année de Gaulle, n’hésitons pas à relire son discours du 3 novembre 1959, à l’École de guerre : « Il faut que la défense de la France soit française. C’est une nécessité qui n’a pas toujours été très familière au cours de ces dernières années (…) Il est indispensable qu’elle le redevienne. Un pays comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre. Il faut que son effort soit son effort. S’il en était autrement, notre pays serait en contradiction avec tout ce qu’il est depuis ses origines, avec son rôle, avec l’estime qu’il a de lui-même, avec son âme. »  Tout est dit.

Les Verts veulent faire de la France le Kodak des nations

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Photo de Jeanne Barseghian et son équipe de la liste Strasbourg Ecologiste & Citoyenne © Abdesslam MIRDASS / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

La menace verte


Les Verts et leurs alliés sont donc les grands vainqueurs des élections municipales. L’écologie politique, en vogue chez les derniers citoyens qui se déplacent encore aux urnes, a rallié à la décroissance et aux thèses « effondristes » (la fin du monde serait proche) une bonne partie des mouvements politiques en déshérence.

La gauche de gouvernement PS, subclaquante, se dit déjà prête à se ranger derrière le futur candidat vert aux prochaines présidentielles. Le Président de la République lui-même, qui a été élu en faisant l’éloge de la verticalité et de l’innovation, a repeint en vert la façade de l’Acte 2 du quinquennat : en vrac fermeture de la centrale de Fessenheim (injustifiable scientifiquement), sacrifice programmé de notre industrie nucléaire, investissements massifs dans les énergies renouvelables, ou encore adoubement des propositions des 150 anonymes, experts en rien, de la Convention citoyenne pour le climat…

Macron se convertit à la co-construction

Emmanuel Macron, l’homme de la « verticalité en politique », jadis allergique à la « démocratie participative » (ce processus, véritable insulte à la science et aux experts, qui consiste à demander à un aréopage de plombiers leur avis sur le pilotage d’une fusée), qui misait en 2016 sur les nouvelles opportunités économiques offertes par l’intelligence artificielle, gouverne à présent par tirage au sort, draguant ouvertement un électorat écolo anti-mondialisation, anti sciences, anti mobilité, voire parfois communautariste [tooltips content= »Ex: Madame Khadija Ben Annou, élue à Strasbourg, portant le hijab islamique NDLR »](1)[/tooltips] et anti vaccins pour les plus illuminés d’entre eux [tooltips content= »Ex: Michèle Rivasi NDLR »](2)[/tooltips]…

Le carrosse du fringuant JFK français s’est transformé en citrouille bio. Le nouveau monde, que ses électeurs espéraient en votant Macron, lorgne désormais vers le «monde d’après » fantasmé par les bobos collapsologues qui ont porté au pouvoir des maires EELV. Le plus joli coup politique de l’Histoire de la Veme, réussi par un homme seul et sans parti, se terminera-t-il en escroquerie ?

Malthusianisme des nouveaux temps

La tragédie de notre vieux pays, dont la grandeur et la puissance s’étiolent de gouvernement en gouvernement, c’est l’immobilisme et la peur. Notre paupérisation économique, associée à notre perte de souveraineté numérique, génère de l’anxiété dans une population que plus personne ne parvient à rassurer. Le grand déclassement nous plombe. Le mal-être est si profond que les délires millénaristes d’une simple adolescente déscolarisée avec des nattes provoque la panique sur l’échiquier politique.

A lire aussi, Martin Pimentel: Philippe emporté par la vague verte?

En votant pour la décroissance, les électeurs rêvent d’arrêter le temps. La peur de l’avenir pousse à l’immobilisme, voire à l’obscurantisme anti-sciences. Le progrès et le futur, qui s’inventent ailleurs (Silicon Valley, zone Asie-Pacifique), sont devenus des ennemis à abattre.

Nous voilà revenu au 18eme siècle, quand le révérend Malthus expliquait qu’il fallait limiter la croissance de la population pour préserver le niveau de vie. Parallèlement, la première révolution industrielle déjoua les sombres pronostics de Malthus, libérant une incroyable productivité et une hausse sans précédent du niveau de vie à travers le monde. En 2020, le malthusianisme des écologistes et de la « génération climat », qui s’est déplacé massivement dans les urnes, repose sur les mêmes peurs irrationnelles.

N’en déplaise aux effondristes hexagonaux, qui annoncent la fin du monde, l’économie mondiale se situe à la veille d’un cycle d’innovations comparable à la Renaissance. Les nanotechnologies, l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D, les biotechnologies, la robotique, la médecine personnalisée, les véhicules autonomes, et bien d’autres révolutions encore embryonnaires – qui n’intéressent pas les écologistes et leurs alliés de circonstances -, vont chambouler le monde et générer un cycle de croissance extraordinaire. Seule l’innovation permettra de lutter efficacement contre le réchauffement climatique (smart grid, IA, stockage energie, dépollution, moteurs propres…). Pas le retour à la bougie et à la brouette !

Notre modèle en danger

La France, exemplaire en matière d’émissions de Co2 grâce à son parc nucléaire, produit à peine 1% des émissions mondiales. Vouloir faire encore mieux, quitte à tous vivre dans une yourte sans électricité et tuer notre économie, ne changerait rien à la lutte contre le changement climatique. Nous sommes hors sujet. Nos investissements devraient être tournés vers la science et l’innovation, la création d’emplois dans les technologies exponentielles, et bien entendu la réforme de l’éducation et de la formation professionnelle, pour adapter les compétences de chacun au monde de demain. Sauver l’économie française, et donc être en mesure demain d’augmenter à terme les salaires des profs ou des soignants sans exploser la dette publique, ne sera rendu possible que par un programme politique pragmatique et ambitieux. Le progrès technologique est aussi et surtout un progrès économique, social et environnemental. Notre modèle de protection sociale, unique au monde, est une conquête de la République. Ne rêvons pas : il ne durera pas éternellement sans croissance et sans entreprises pour le financer.

A lire aussi, Jean-Luc Gréau: Pour cinq cents milliards de plus

La France a pourtant tous les atouts pour devenir un acteur du futur, à condition de cesser de gémir et de regarder dans le rétroviseur. Les nouvelles technologies exponentielles sont une chance, à condition d’en finir avec le malthusianisme d’EELV, et de prendre le train du progrès en marche. Il n’y a aura pas de croissance, pas d’emplois non subventionnés, pas de survie de l’Etat providence, pas de liberté avec l’obscurantisme scientifique au pouvoir. La France ne doit pas devenir le Kodak des nations.

Fin du monde et fin de mois

Le monde change vite. La Révolution industrielle bouleverse notre économie et le monde du travail à grande vitesse. On parle de crise, de déclin, mais on assiste en réalité au remplacement d’un monde par un autre. Le tsunami numérique et l’émergence des géants du Net, GAFA et BATX, a pris tout le monde par surprise. La 3ème révolution industrielle est là. Ne pas y participer serait suicidaire.

Les industries du 21ème siècle doivent avoir leur place en France. Les pays inadaptés à la nouvelle donne vont souffrir dans des proportions considérables. Ces secteurs économiques, qui vont connaître une croissance sans précédent dans les années qui viennent, ne sont pas incompatibles avec un monde plus durable. Ils sont même la seule et unique voie du succès pour lutter « contre la fin du monde » et boucler « la fin du mois », pour reprendre la formule du Président de la République.

A lire aussi, Céline Pina: Municipales: EELV vainqueur par K.-O. démocratique

La « génération climat », dont les préoccupations environnementales sont nobles et légitimes, est aussi friande des réseaux sociaux, des jeux vidéo, de voyages en avion, et de la technologie en général. Elle ne doit pas se faire duper plus longtemps. Les solutions pour lutter contre le dérèglement climatique et la pollution reposent sur l’innovation. Pas sur l’interdiction de la 5G, la calèche pour tous, le blocage du progrès technologique, et autres délires défendus par l’écologie politique.

Fouilles au corps

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"Indiana Jones and the last crusade" 1989 © INTERFOTO USA/SIPA Numéro de reportage: 00381674_000001

Pendant un an, l’exposition « Archéo-Sexisme » a fait le tour de France des campus pour alerter sur le sexisme qui règnerait dans le milieu de l’archéologie


Rapportée par un article du Monde, une exposition « Archéo-sexisme » fait actuellement le grand tour des facultés françaises. Témoignages d’étudiantes à l’appui, on y découvre que les gestes goujats, déplacés voire délictueux font le quotidien des chantiers de fouilles. Les faits peuvent varier des regards déplacés ou mains aux fesses en plein travail jusqu’au sable déposé dans la culotte par un collègue et autres pratiques obscènes alors que les fouilles sur un chantier archéologique – souvent assez physiques – favorisent toutes les proximités et génuflexions érotiques. Les croisés #metoo entendent alors « sensibiliser le public ». Et la chasse aux porcs a déjà commencé : l’université de Paris 1 a suspendu un harceleur patenté, pourtant chercheur, dès 2019.

Virilisme épistémologique

Souvent, ces faits seraient couverts par l’institution. Le protohistorien Jean-Paul Demoule parle même d’« omerta ». En cause, un fonctionnement de la recherche où les carrières valorisent autant les proximités entre maîtres et élèves que les qualifications et diplômes. Ce sexisme ferait d’ailleurs système. Dans un entretien, l’archéologue Chloé Bélard regrette que l’archéologie du genre soit encore trop peu étudiée, incriminant les préjugés d’un virilisme épistémologique.

A lire aussi, Erwan Seznec: Le confinement n’a pas fait exploser les violences conjugales

En bonnes élèves des facultés occidentales, les étudiantes-chercheuses voient le mâle partout. Jusque dans l’inégale répartition des tâches pénibles : « Porter les seaux de terre, manier la pioche… Ces rôles sont plutôt attribués aux garçons. Aux jeunes femmes, on préfère confier les travaux de minutie ou d’analyse, dans les laboratoires attenants aux fouilles. »

Revendication inattendue

Cela devait arriver : le beau sexe, d’ordinaire accablé par la charge mentale, rêve de « piocher sous le cagnard » ! Voilà une revendication inattendue d’un privilège masculin que le commun associait plutôt au bagne. Et une chercheuse d’expliquer doctement que « piocher n’est pas tant un travail de force qu’un geste technique. Il suffit d’apprendre la bonne ergonomie. » Avant qu’une jeune témoin ne s’indigne « du concours de virilité auquel elle a assisté […] c’était à qui piocherait le plus longtemps jusqu’à en vomir ».

Mesdames les archéologues, piochez les premières !

Thomas Sowell: quand la « justice sociale » égare la société

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Manifestations à St. Paul, Minnesota, USA, le 10 juin 2020. Des militants ont dégradé une statue de Christophe Colomb © Evan Frost/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22463403_000015

Dans Discrimination and disparities, l’économiste Thomas Sowell analyse le discours dominant sur les discriminations et la « justice sociale ». Il affirme qu’il produit des ravages dans l’éducation ou dans la délinquance.


Thomas Sowell est un économiste américain de la Hoover Institution à l’Université de Stanford[tooltips content= »https://en.wikipedia.org/wiki/Thomas_Sowell »](1)[/tooltips] qui se décrit lui-même comme un conservateur noir.

Il a placé son livre Discrimination and disparities sous le patronage de Patrick Moynihan – « Vous avez le droit d’avoir votre propre opinion, mais pas vos propres faits. » – et  de Fernand Braudel  – « Dans aucune société, toutes les régions ou parties de la population ne se sont développées également » [tooltips content= »Ma traduction de l’anglais qui ne correspond pas forcément exactement à la formulation originale. »](2)[/tooltips] – patronage qui dit tout de son ambition.

Les bons côtés de la discrimination

Avant qu’il prenne une connotation négative, discriminer consistait à discerner les différences et à choisir en conséquence. Cela revient, pour un employeur, par exemple, à juger d’après les informations dont il dispose sur les individus ou d’après des informations empiriques connues sur le groupe auquel ces derniers appartiennent. L’entrepreneur a tendance à jouer la sécurité, à défaut d’informations individuelles sécurisantes. Aussi, souvent, décide-t-il d’après les informations qu’il a sur le groupe. Il évalue son coût et se tromper peut être extrêmement pénalisant.

Quelles que soient les capacités et les opportunités, ceux qui n’essaient pas ont peu de chances de réussir. On ne peut pas faire comme si les bonnes choses se produisaient de manière automatique et comme si les mauvaises étaient la faute des autres!

Aujourd’hui les leaders intellectuels expliquent ces disparités entre groupes et entre individus par l’injustice sociale alors qu’au début du 20ème siècle, ils en tiraient des conclusions génétiques. Dans les deux cas, sans souci pour les preuves empiriques. Pourtant, les conditions familiales, la géographie et la démographie comptent aussi dans le destin des hommes. 

C’est avec la seconde moitié du 20ème siècle qu’est apparue l’idée selon laquelle, sauf intention maligne, la situation des Noirs et des Blancs aux États-Unis aurait dû être en tous points identique, idée confirmée par l’arrêt de la Cour suprême Brown v. Board of Education en 1954. Les écoles ségréguées furent déclarées inconstitutionnelles car intrinsèquement inégalitaires. Pourtant, en 1954, les lycées Dunbar, entièrement fréquentés par des Noirs envoyaient un pourcentage de ses diplômés dans le Supérieur plus grand que toutes les écoles blanches de Washington. La croisade pour les écoles non ségréguées a provoqué la suppression des lycées Dunbar qui avaient pourtant si bien marché pendant 85 ans. Elles devinrent des écoles de ghettos et envoyèrent, en 1993, moins d’étudiants dans le Supérieur qu’en 1933. À la fin du 20ème siècle, le succès est un peu revenu dans de nombreux ghettos grâce aux Charter Schools qui sélectionnaient, par loterie, des élèves dont les parents avaient à cœur l’éducation de leurs enfants. 

Croyances

On a trop tendance à supposer que la cause d’une disparité est localisée là où cette disparité a été mesurée. C’est ce qu’a supposé la Cour suprême avec l’introduction de la notion d’impact disproportionné (disparate impact). C’est aux employeurs qu’est revenue la charge de la preuve, sans qu’aucune plainte ne soit requise. Aussi, beaucoup d’entreprises ont préféré trouver des accords et éviter tout procès, même si elles ne sont coupables de rien. Il n’est pas venu à l’esprit des juges que ce qui est arrivé avant puisse avoir eu un impact disproportionné sur ce que sont devenues les personnes, leurs aptitudes, leurs valeurs, les habitudes qu’elles amènent sur leur lieu de travail.

A lire ensuite: La guerre des symboles

Les modes verbales ont des conséquences non verbales. Elles créent une équivalence entre des conditions socio-économiques et la violence ; elles excusent le non-respect des lois et les désordres sociaux dont les principales victimes sont les personnes les plus démunies, du fait des répercussions à court et à long terme.

On dit ainsi que des gens ont été privés d’opportunités ou de droits d’après leur situation quand ils ont simplement échoué par rapport à ce qui était requis d’eux. En Malaisie, les Chinois qui ont des revenus supérieurs aux Malais sont dit « privilégiés » alors qu’ils pâtissent de la politique préférentielle en faveur des Malais à l’université et dans les emplois privés et publics. Si l’on accorde un peu de sens aux mots, ce sont les Malais qui sont privilégiés. « Quand les croyances sont ancrées dans une représentation sociale protégée par une redéfinition des mots, les preuves empiriques deviennent des finasseries superflues » (p. 123).  

Une autre manigance consiste à déformer les propos des autres jusqu’à leur faire dire parfois le contraire de ce qu’ils ont dit. Ce n’est pas toujours parce que les gens mentent mais parce qu’ils ne cherchent pas à vérifier ce qu’ils propagent. Lorsque ce sont des enseignants, le pire tort est celui qu’ils font à leurs étudiants en leur donnant un très mauvais exemple. 

Argumentaire déresponsabilisant

Thomas Sowell trouve très décourageant que des erreurs simples et évidentes soient admises dans les cercles intellectuels quand elles sont en faveur de la « justice sociale », au sens d’une égalité de situation, qui fait croire que si l’on éliminait les biais raciaux, sexistes ou autres, on aboutirait à des résultats égaux. Élaborée par les intellectuels, cette idée se diffuse bien au-delà de leur cercle et fournit un argumentaire déresponsabilisant et vindicatif à ceux qui échouent. Quelles que soient les capacités et les opportunités, ceux qui n’essaient pas ont peu de chances de réussir. On ne peut pas faire comme si les bonnes choses se produisaient de manière automatique et comme si les mauvaises étaient la faute des autres. Les empêchements qui offensent notre morale n’ont pas forcément plus de poids que ceux qui sont moralement neutres. 

A lire aussi: La repentance, un passe-temps pour gosses de riches

Aux États-Unis, l’intégration raciale, conçue comme un prérequis de l’égalité est devenu un but en soi. Qu’une politique cherche à prévenir les décisions biaisées fermant arbitrairement des opportunités à certains est un but compréhensible. Mais une politique qui cherche une identité des résultats implique la préemption des décisions des gens au sujet de leur propre vie.

Le dogme sous-jacent à l’idée de « justice sociale » est : 

1) les différents groupes occuperaient les mêmes positions en l’absence de traitement biaisé ; 

2) la cause des écarts doit être recherchée là où les statistiques indiquant ces écarts ont été collectées ; 

3) le gouvernement produirait par son intervention des résultats supérieurs. Cette idéologie ne s’embarrasse pas de preuves et balaie les faits qui montrent pourtant que ce qu’elle prône n’existe nulle part.

Cette vision de la « justice sociale » est un obstacle à la mobilisation des forces pour améliorer le sort des plus démunis. Thomas Sowell regrette que l’histoire elle-même soit trop souvent enseignée sous la bannière de la « justice sociale » : « Mais que peut espérer gagner une société avec des bébés qui entrent dans le monde comme les héritiers de griefs préemballés contre d’autres bébés nés dans la même société le même jour ? » (p. 222). Nous ne pouvons, écrit Thomas Sowell, avoir une certaine influence que sur le présent et l’avenir, que l’on peut rendre pire avec des restitutions symboliques sur ce qui est arrivé à ceux qui sont morts. Si nous devons chercher à améliorer le monde, c’est en concentrant nos efforts là où nous avons quelque chance d’améliorer la vie des gens.

>>> Retrouvez la version longue de cet article sur le blog de Michèle Tribalat <<<

DISCRIMINATION AND DISPARITIES Revised and Enlarged Edition, Thomas Sowell, Basic Books, mars 2019, 308 p.

Discrimination and Disparities (English Edition)

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Le centre du Mexique, nouveau champ de guerre du narcotrafic

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Une femme en pleurs après l'attaque du centre de réhabilitation de Irapuato, 26 morts © CHINE NOUVELLE/SIPA Numéro de reportage: 00970526_000006

Il n’y a pas que sous la caméra de Sergio Leone que de paisibles bourgades peuvent être terrorisées par deux clans rivaux. Au Mexique, l’État de Guanajuato en est le théâtre. Et ça fait très mal.


Le 21 juin, la Garde nationale mexicaine et les autorités de l’État de Guanajuato, dans le centre du Mexique, ont arrêté 26 membres présumés du cartel Santa Rosa de Lima. Bilan des courses : un modeste kilo d’amphétamines et deux millions de pesos mexicains (huit-mille euros). Cela pourrait prêter à sourire sauf que la chère mama et une sœur du patron présumé du cartel, El Marro (le marteau), ont été menottées.

Tout pour ma mère…

La vengeance ne s’est pas fait prier. Le lendemain même, à 26 endroits différents, d’innocents camions et voitures ont été incendiés par des disciples d’El Marro dans 13 villes de l’État de Guanajuato, notamment Celaya et Salamanca. Visiblement fort ému, le gourou a tenu à exprimer dans une vidéo sa gratitude envers « les femmes qui ont aidé ma famille » en brûlant les maudits camions. « Il n’y pas de mot assez fort pour les remercier de m’avoir donné un coup de main […] contre ces fils de putes », a-t-il ajouté au bord des larmes. Dans une autre vidéo, le trentenaire a souligné que sa maman avait subi des violences policières avant de gratifier ces derniers de quelques noms d’oiseau.

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Boucherie à Irapuato: 26 morts

La mère du « marteau » aurait été arrêtée grâce à la précieuse aide de quelques membres du cartel Jalisco Nueva Generación, des brigands contre lesquels El Marro se dispute la région. Après quoi ceux-ci auraient été persécutés par des hirondelles d’El Marro. Ils ont donc engagé une course poursuite sur la nationale Irapuato-León avec la voiture des avocats de la dame, -oui, elle en a plusieurs-, suite à quoi l’engin a fait des tonneaux. Un des avocats  a rendu l’âme. Jeudi dernier, quatre sicarios ont alors fait irruption dans une « annexe de récupération », centre de désintoxication pour toxicomanes d’Irapuato. Après avoir sommé ces derniers de se coucher, ils ont mitraillé dans le tas, en laissant 26 morts. Des survivants ont affirmé à la gazette mexicaine El Milenio qu’avant d’entamer le massacre, les tyrans auraient crié « nous venons de la part d’El Marro !». Il semble en effet qu’outre à des toxicomanes, le centre de désintoxication offrait l’asile à des personnes fuyant le cartel d’El Marro.

Petite ville attachante avec de charmantes églises coloniales et de grandes usines de construction automobile, notamment du pays du soleil levant (Mazda), Irapuato fut jadis paisible. L’auteur de ces lignes peut en témoigner puisqu’il y a vécu durant un an de 2014 à 2015. Alors qu’il s’est montré fort décontracté face au virus corona, le Président du Mexique Andrés Manuel Lopez Obrador semble prendre cet attentat au sérieux. Lors d’une conférence de presse, celui qui s’est fait élire sur un programme anti-corruption a assuré tenir à « faire une révision du fonctionnement des instances en charge de la justice dans l’État de Guanajuato » et a affirmé qu’il n’allait « pas abandonner le peuple de l’État de Guanajuato ».

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Reste à voir si ses promesses prendront forme. Selon une habitante jointe par téléphone et qui souhaite rester anonyme, « ces dernières années, de nombreux bars et restaurants ont fermé à Irapuato en raison de la guerre des cartels. Et encore maintenant, la situation empire chaque jour ». En 2019, 34 582 personnes ont officiellement perdu la vie par homicide au Mexique.

Mise à jour : le sombre western continue. Samedi midi, 4 personnes ont été assassinées dans un garage à motos de Celaya.

L’autre Castex

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Jean Castex, le 4 juillet 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00970967_000020

Dans la famille Castex, donnez-moi Pierre-Georges…


On ne se refait pas. Quand j’ai entendu le nom du nouveau premier ministre, Castex, machinalement, j’ai rajouté « et Surer ». Le Castex et Surer a été ce manuel de littérature à l’usage des classes de lycée qui a servi à des générations de l’après-guerre. J’ai encore un volume, celui du XVIIème, dans son édition de 1947 qui avait appartenu à mon père, lycéen à Dieppe en « seconde moderne » pour l’année scolaire 1952-1953. Cela m’a fait plaisir de voir son écriture sur la page de garde, comme un message d’outre-tombe.

Le Castex du Castex et Surer au moment où il publiait son Manuel des études littéraires françaises était ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure et Maître de conférences à la faculté de Lettres de Lille. Il s’appelait Pierre-Georges et était né en 1915. Wikipédia ne nous en dit guère plus alors que l’encyclopédie est devenue très bavarde sur l’autre Castex, Jean qui est devenu premier ministre.

Le techno derrière l’accent du Gers

Je me demande si Pierre-Georges aurait fait un bon premier ministre. Il a fini à l’Académie des Sciences Morales et Politiques mais il aurait pu, à un moment, se présenter à une mairie. J’imagine un profil radical-socialiste, quelque chose de raisonnablement progressiste ou alors un gaulliste comme on était gaulliste à cette époque-là, c’est-à-dire authentiquement populaire avec cette idée que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille et que le gaullisme, c’était le métro à cinq heures du soir, comme disait Malraux. Bref, pas franchement le profil de notre Castex à nous qui n’a rien de gaulliste ni de radical-socialiste et tout de cette noblesse d’état technocratique masquée par un accent du Gers et un mandat local.

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La déclaration de politique générale de Castex et Surer, dans leur manuel, c’est leur préface. Et déjà, la forme est rassurante. Rien du néo-patois managérial, avec des « impacter » ou de la « co-construction ». On parle bien d’une « exigence de renouvellement » comme n’importe quel macroniste mais cette exigence de renouvellement est une sage adaptation : «  Nous avons également tenu compte de l’évolution du goût. L’histoire littéraire se renouvelle constamment ; chaque génération révise et modifie les jugements de celle qui l’a précédée ; et s’il importe de ne jamais céder aux caprices de la mode, il n’est pas permis d’entretenir par un respect de la tradition, des préjugés évidents. »

Ne pas céder aux caprices de la mode

Relisons bien ces lignes. Notre Castex à nous ferait bien de s’en inspirer. Elles définissent peut-être ce qui fait, ou faisait, une forme de génie français en histoire littéraire comme en politique. Montrer enfin, – nous sommes en 1947,- « l’importance réelle d’un Verlaine, d’un Rimbaud, d’un Mallarmé. » Mais sans oublier pour autant de donner leur place à des anciens trop oubliés ou sous-évalués, et Castex et Surer de justifier la place importante qu’ils vont faire à Agrippa d’Aubigné, Vauvenargues, Nodier. Autant dire un remaniement ministériel audacieux, pour gouverner la République des Lettres et pas un jeu de chaises musicales avec quelques personnalités disruptives pour faire les malins, comme certains manuels d’aujourd’hui qui donnent leur place à des écrivains qui ont publié la veille.

Non, Castex et Surer, c’était la recherche de l’ « ordre juste », un programme qui court de Thomas d’Aquin à Ségolène Royal. Et qui vaut mieux que l’injustice désordonnée qui a présidé, dans presque tous les domaines, à ce quinquennat.

Bambi: « Désormais l’idée de se moquer d’eux-mêmes ne viendrait même plus à l’esprit de nos comiques »

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Marie-Pierre Pruvot, dite Bambi. © Gerard Julien / AFP

Née Jean-Pierre en 1935, Marie-Pierre Pruvot dite Bambi a changé de sexe à 25 ans. Après avoir enchanté les cabarets parisiens, cette reine de la nuit est retombée dans l’anonymat en devenant professeur de lettres puis écrivain. Retour sur ses vies multiples.


Bambi est né(e) Jean-Pierre Pruvot en 1935 dans le village d’Isser en Algérie. Dès son plus jeune âge et malgré son corps de garçon, elle a la certitude d’être une fille. Alors que le jeune Jean-Pierre a 16 ans, il assiste à une représentation du célèbre cabaret de travesti Le Carrousel, en tournée en Algérie. Son sort est alors fixé. Il fuit l’Algérie pour rejoindre Paris et entrer au Carrousel. Bambi fait ses débuts chez Madame Arthur à l’âge de 18 ans, puis intègre la troupe du Carrousel et en devient rapidement la vedette. Elle connaît alors la gloire et devient une figure des nuits parisiennes. En 1961, elle se fait opérer au Maroc, obtient quelque temps plus tard son état civil féminin et devient officiellement Marie-Pierre Pruvot. Tout en continuant le Carrousel, elle reprend ses études puis passe le bac à l’âge de 33 ans. C’est ensuite la Sorbonne, la maîtrise puis le Capes. Elle devient professeur de lettres à Cherbourg, puis à Garges-lès-Gonesse où elle reste vingt-cinq ans dans le plus grand anonymat. Elle se consacre ensuite à l’écriture. Elle publiera neuf livres. En 2013, Bambi, un film documentaire de Sébastien Lifshitz, lui est consacré et est nommé aux Césars.

Causeur. Avec les complications que l’on imagine, liées aux problèmes de genre, vous avez dû accomplir un véritable parcours du combattant ?

Bambi. C’est vrai, j’ai dû lutter. Mais j’ai pris tout ça avec philosophie. Évidemment, j’ai dû m’imposer, mais cela a été relativement facile à travers le spectacle. Le reste a été fait dans l’anonymat. Pour moi, changer de sexe, ce n’était pas vraiment un changement, mais une affirmation de moi-même. Et puis, j’ai fait tout cela dans le spectacle, et dans le spectacle j’étais heureuse. J’avais une jolie place, j’avais mon petit succès. Malgré les ennuis avec la police, qui à l’époque n’était pas tendre avec nous, j’ai eu une très belle vie. Après le spectacle, on allait toutes dans les petits « restaurants d’artistes », on soupait jusqu’à sept heures du matin, si l’on n’avait pas beaucoup d’argent on mangeait un œuf dur, on chantait, enfin on s’amusait beaucoup ! Mais, voyez-vous, le parcours du combattant, je ne l’ai pas fait contre la société, je l’ai fait contre moi, contre les plaisirs que je prenais dans la vie et qui m’empêchaient de reprendre mes études. Car j’ai toujours été poursuivie par le fait d’avoir arrêté mes études, je n’avais pas le bac. J’avais tout fui très tôt, j’avais fui l’Algérie, et je me suis retrouvée à Paris au cabaret. Ma mère me poursuivait, elle me disait que le cabaret ne durerait qu’un temps, que je ne pourrais pas faire ça toute ma vie.

On a vécu une belle époque, cette époque est terminée. Personne ne peut se douter à quel point nous avons été chanceuses, heureuses, libres et insouciantes

En tout cas, votre discours n’est jamais victimaire.

Non ! Surtout pas ! Aujourd’hui, être victime est devenu une espèce de filon, on se crée une place avec ce statut. Je me rappelle une émission de PPDA, où un homme qui n’était pas très lettré avait dit : « Je désire obtenir une statue de victime. » Le pauvre confondait un statut et une statue, mais c’est exactement ce qui se passe. Les gens veulent se faire valoir non pas par un succès, mais par un échec.

Cette mode victimaire est très présente aujourd’hui avec un certain féminisme opportuniste. À l’époque, pas du tout ! D’ailleurs, le comique chez Madame Arthur était fondé sur l’autodérision. On ne se moquait pas des autres, on se moquait de soi. Désormais, l’idée de se moquer d’eux-mêmes ne viendrait pas à l’esprit de nos comiques. C’est que, si on se moque de soi, on risque de choquer sa propre « communauté ». Si maintenant je faisais de l’humour sur les transsexuelles, la communauté trans me reprocherait de leur faire du tort.

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Aucune association ne vous a aidée, vous avez tout fait toute seule.

Oui. À mon époque, il fallait se battre avec ses propres atouts. Aujourd’hui, on dit aux professeurs que tous les élèves ont la même intelligence et que c’est à eux de trouver les capacités de chacun. Mais on ne peut pas trouver les capacités de chacun dans une classe de 30 élèves ! On a un programme et il faut avancer. Il y a des gosses qui ne sont pas du tout faits pour les études, ils ont sans doute d’autres qualités, mais ce n’est pas au professeur de découvrir ces capacités ignorées.

En somme, changer de sexe, devenir une femme vous a menée à la scène, à laquelle vous avez pris goût, et vouloir devenir une femme comme une autre vous a conduite à la quitter ?

Oui, c’est bien résumé. Je voulais être Mme Tout-le-Monde,/ je voulais goûter à cela, à la vie normale. Et j’y ai goûté pendant trente ans. Personne, ni l’administration, ni les collègues, ni les élèves, ne connaissait mon parcours. Je me sentais enfin « comme les autres ».

Et que vous inspire la volonté de « démocratisation », voire la mode, du transgenre ?

Évidemment, quand on prescrit des antihormones à des enfants de 12 ans, je me pose des questions ! Tout cela est très compliqué. Comment savoir si la jeune personne fait réellement le bon choix ? Il y a aussi des personnes qui font cela par mimétisme, parce qu’elles sont en recherche de leur propre identité. J’ai d’ailleurs moi-même été très gênée de voir des personnes me prendre pour exemple, cela m’a posé un problème personnel. Je ne suis nullement un exemple !

Vous dites toujours avoir voulu être fille, depuis votre plus tendre enfance. Mais avez-vous des souvenirs de petits garçons ? De moments où vous ne vous êtes pas senti fille ?

Mais j’avais conscience d’être un petit garçon ! Et j’en étais malheureuse. C’est pour cela que je n’aimais pas être à l’école. Parce que c’était une école de garçons. Quand on sortait en promenade avec la classe dans le bois d’eucalyptus, la maîtresse me disait d’aller jouer avec mes camarades, c’était une souffrance, ça me rappelait que j’étais un petit garçon. Et en grandissant, c’est devenu épouvantable. Je ne savais pas comment faire, je tournais en rond, il fallait que je parte. Heureusement que le Carrousel est venu en tournée en Algérie. J’avais 16 ans et j’ignorais tout des hormones et de tout cela.

Vous ne connaissiez donc même pas l’existence des travestis ?

Mais non ! Je ne savais rien ! Et puis à l’époque j’avais même un préjugé contre les homosexuels. Je ne voulais surtout pas être « ça ». Et lorsque j’ai découvert le Carrousel, à Alger, je me suis dit : « Il faut partir à Paris. » J’ai quitté le lycée et je me suis retrouvée à Paris avec le Carrousel.

Pour conclure, préféreriez-vous avoir 20 ans et vous construire aujourd’hui, où c’est sans doute plus facile que dans les années 1960 ?

J’aimerais évidemment être plus jeune aujourd’hui (rires). Mais les autres filles du Carrousel et moi, on se dit qu’on a eu de la chance, qu’on a vécu une belle époque, que cette époque est terminée, et que personne ne peut se douter à quel point nous avons été chanceuses, heureuses, libres et insouciantes. Grâce au Carrousel, nous avons gagné notre vie sans avoir à passer par la prostitution, nous avons voyagé et nous nous sommes beaucoup amusées.

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