Le Mexique voit l’émergence d’un nouvel « acteur des politiques de santé publique » comme on dit dans le milieu médical. Un de ceux qui aiment l’ordre, particulièrement celui qu’il impose : les cartels.


Cela fait désormais une semaine que le confinement a pris fin en France, permettant à chacun de retrouver une certaine liberté de mouvement. Néanmoins, ce n’est pas nécessairement le cas partout dans le monde, et si les autorités françaises ont constaté à maintes reprises qu’il n’était pas toujours aisé de le faire respecter, c’est d’autant plus vrai au Mexique.

En effet, précarité oblige, une part importante de la population vit de l’économie informelle, travaille dans la rue et n’est par conséquent pas disposée à rester chez elle. Ainsi, face à un gouvernement AMLO(1) résolument démissionnaire, ce sont donc d’autres figures du pays qui font en sorte de remédier à la situation dans leur zone d’influence.

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Dans l’État de Sinaloa, Iván Archivaldo Guzmán et Jesús Alfredo, les deux fils du baron de la drogue « El Chapo » Guzmán, ont repris les commandes de l’entreprise familiale et entendent bien veiller au respect du confinement dans la ville de Culiacán (capitale de l’État en question), du moins à leur manière.

En effet, les « Chapitos » comme on les surnomme, ont imposé un couvre-feu à l’ensemble des habitants de la ville et menacent de sanctionner ceux qui feraient la sourde oreille.

De nombreuses vidéos circulent sur les réseaux sociaux, où l’on aperçoit des membres du cartel lourdement armés patrouiller en ville, et menacer les contrevenants de sanctions en tous genres, allant de coups de batte de cricket à des amendes, en passant par des arrestations.

On peut d’ailleurs entendre certains d’entre eux donner leurs instructions dans un enregistrement : « Je vous informe qu’à partir de 22 heures vous devez être rentré chez vous à cause du coronavirus, si vous ne saisissez pas, on s’occupera de vous, c’est des ordres d’en haut, des Chapitos (…) Ce n’est pas un jeu, on ne joue pas. »

Une situation surprenante, mais pourtant loin d’être inédite sur le continent. Fin mars, des gangs brésiliens avaient déjà imposé un couvre-feu similaire aux habitants des favelas dont ils avaient le contrôle.

Ainsi, face à la crise du covid-19, il semble que dans certains pays d’Amérique latine le crime organisé se soit senti davantage concerné par la santé publique… que les élus.

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