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La ROPA est bien l’antichambre de la GPA


Les faillites et les chômeurs se multiplient, les avions sont cloués au sol et la dette publique explose, mais pour le projet de loi de bioéthique, «on ne peut plus attendre» considère son rapporteur, le député En Marche Jean-Louis Touraine. Dans cette loi qui arrive en deuxième lecture à l’assemblée, l’amendement de la ROPA est une atteinte à la dignité du corps de la femme. Explications


Le premier ministre Castex a reporté la réforme des retraites et de l’assurance chômage à 2021 car « la priorité des priorités, c’est l’emploi ». Pour le député Jean-Louis Touraine, l’urgence est à la loi bioéthique, qualifiée « de rupture dans l’urgence sanitaire » par son rapporteur. Aucun membre du gouvernement ne s’était déplacé, le 1er juillet dernier, pour la séance de la Commission qui lui était consacrée. La semaine prochaine sera donc débattue en seconde lecture la loi bioéthique (dont la PMA pour toutes).

Le corps des femmes méprisé

La suppression de l’article 1 proposé par le Sénat (« il n’y a pas de droit à l’enfant ») donnait le ton : l’enfant n’est plus sujet de droit mais devient l’objet de droits. Depuis, l’amendement concernant la ROPA[tooltips content= »La méthode ROPA, pour «réception d’ovocyte du partenaire», est décriée car jugée très proche la gestation pour autrui NDLR »](1)[/tooltips]  a été voté le 30 juin. Ce n’est pas un gadget. Cette technique qui fait de deux lesbiennes deux « mères » (puisque l’une donnera ses ovocytes que sa compagne portera dans son utérus), ou qui permet « le don dirigé » d’un transgenre vers son conjoint, est loin d’être une chimère. Faisant de l’enfant un bien partagé, la ROPA permet de résoudre le problème de la co-maternité. Elle est surtout l’antichambre de la GPA. Elle plonge ses racines dans l’Histoire sainte à laquelle le professeur Touraine – pourtant grand amateur de mythes bibliques – aurait pu se référer. Que le lecteur relise donc l’histoire du jugement de Salomon dans le Livre des Rois.

Cette loi bioéthique réduit le corps de la femme à un matériau dont le médecin et la technique disposent à leur gré, à un objet d’expérimentations

Je laisse de côté ce qui n’est pas nouveau : la suppression du consentement du conjoint pour le don de sperme (bravo), la suppression de la mention de l’homme dans les articles sur la filiation, la conservation des ovocytes mettant la femme sous domination de son employeur. A lire le mépris jamais atteint avec lequel est traité le corps de la femme, on se demande comment Madame Schiappa ne réagit pas avec la fougue qu’on lui connaît à cette loi qui est une atteinte à la dignité du corps de la femme. Car cette loi bioéthique, si elle néantise l’embryon, réduit le corps de la femme à un matériau dont le médecin et la technique disposent à leur gré : un objet d’expérimentation pour la recherche scientifique.

Une technique éprouvante et non sans danger

Tout le monde sait qu’une PMA par FIV avec son mari est déjà éprouvante. Dans son livre Made in labo, Dominique Folscheid montre qu’une femme est prête à tout pour « avoir » un enfant. Même faire l’amour à l’aveugle avec un inconnu dans un laboratoire. Que dire des autres techniques procréatives à laquelle une femme, sous influence, se soumet ! Car si Madame Schiappa parle des femmes battues et sous emprise de leur conjoint, que dire des femmes en mal d’enfant sous l’emprise de la technique médicalisée et coachée, à qui on fait miroiter une chose insensée, au risque de leur vie ? Qu’elle interroge les généticiens, Madame Alexandra Caude-Henrion, par exemple, directrice de recherche à l’INSERM de l’hôpital Necker. La ROPA propose une technique très éprouvante et dangereuse.

La vérité vraie est que nous sommes dans un monde qui a perdu la raison. Jugeons plutôt : avec la PMA, plus de père. Avec la ROPA, on a une mère coupée en deux. Le rêve transhumaniste se réalise, ainsi que la domination absolue de l’esprit sur le vivant, devenu de plus en plus virtuel. Cela faisait belle lurette que les laboratoires faisaient ce qu’ils voulaient du matériel humain, et que l’embryon (dont le cœur bat, rappelons-le, de manière autonome, à 21 jours) était instrumentalisé.

Véran absent sur le dossier

De même que, par la force des choses, dans un mariage lesbien, il n’y a pas de présomption de paternité, avec la ROPA, c’en est fini de l’adage « mater semper certa est. »  Qui est mon père, se demandait l’enfant dans la PMA. Qui est ma mère ? demandera, en même temps, l’enfant pris entre deux mères. Le transhumanisme est là avec l’enfant made in labo : l’homonculus, la créature de Faust, créé dans une cornue d’alchimiste, grâce à Méphisto et mise à disposition de tous les chercheurs. Sauf qu’Homonculus, dans le Faust de Goethe, n’est pas viable. On se souvient que tout le monde nous disait hier : « la PMA mais la GPA, jamais ! » On allait veiller au grain ! Avec la ROPA, la porte est ouverte sans effort à la GPA à laquelle certains députés ne sont pas hostiles. Sauf qu’un obstacle demeure qui est de taille quoi qu’on dise : l’accès aux origines. En témoigne l’histoire des époux Kermalvezen dont l’action en faveur de la levée de l’anonymat n’est pas tout à fait convaincante.

Les lesbiennes, sont les Useful Idiots du marché procréatif!

L’accès aux origines, reste donc bien une pierre d’achoppement. Partiel, il est insatisfaisant. Sa suppression est un abus de droit. La France se trouve donc dans un guêpier juridique. Si elle finalise la loi de la PMA sans la levée de l’anonymat, elle viole l’accord signé avec la Convention des droits de l’enfant (CIDE) et  désobéit à la CEDH stipulant que tout être humain a le droit d’avoir accès à ses origines. D’un autre côté, la levée de l’anonymat est devenue inutile avec les recherches génétiques sur internet. Surtout, le don de sperme, fait à l’insu de son conjoint (re-bravo) met fin à la paix des familles. Face à cette impasse d’une « non loi », le gouvernement veut accélérer le tempo. Croit-il échapper ainsi aux difficultés, d’autant que les opposants ne désarmeront pas ? La désinvolture affichée du ministre de la Santé, absent le premier juillet à la Commission parlementaire n’est-elle pas apparente ?

Une dérive inouïe

La « fenêtre d’Overton », du nom de celui qui l’a mise en œuvre, est une technique de manipulation des idées et du discours. Elle est utilisée dans les démocraties afin de légaliser tout et n’importe quoi, en s’appuyant sur la science, les médias et les lobbys. L’idée, c’est d’ouvrir la fenêtre sur un impensable – ici la « procréation » de deux femmes sans union sexuelle et la procréation sans sexe -, de le faire passer à l’acceptable, puis au sensé, au désirable, au populaire. Et in fine, c’est le politique qui tranche. On en est au dernier volet de cette manipulation. Seul  Emmanuel Macron pourrait mettre un terme à cette dérive inouïe de notre société.

Car c’est là qu’apparaît cette évidence aveuglante : les lesbiennes, sont les Useful Idiots du marché procréatif. Combien de femmes n’abuse-t-on pas depuis plus de vingt ans en leur faisant miroiter des chimères dangereuses pour leur santé ! Après avoir fait traîner en longueur ce projet de loi, le temps est à l’urgence, nous dit donc Jean-Louis Touraine. Emmanuel Macron, qui veut mettre à son tableau de chasse la PMA pour toutes – comme Hollande l’avait fait avec le mariage pour tous – calcule-t-il qu’il serait réélu grâce à une frange électorale, faiseuse de Roi, favorable à la PMA ? Est-il à ce point tributaire de lobbys ? Croit-il vraiment à cette révolution anthropologique ? Les Français sont-ils à ce point aveugles pour se désintéresser d’une telle loi ? Le désastre actuel résultant de la crise sanitaire ne leur suffit-il pas ? Le gouvernement imposera-t-il à la Chambre de voter, en catimini – une habitude, décidément – une loi contraire à la raison, une nuit de pleine lune, dans un hémicycle à moitié vide ?

La fabrique d´orphelins - Essai

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Mes origines, une affaire d'état

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Eté 85: Ozon filme le roman qui l’a excité jeune

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« Eté 85 » de François Ozon, sélectionné à Cannes, est le film évènement de cette étrange rentrée cinématographique post-confinement. C’est l’adaptation du roman anglais de Aidan Chambers Dance on my grave, traduit en français par La danse du coucou.


La danse du coucou est un roman qui fascina le jeune François Ozon. Le réalisateur français a attendu 38 ans pour le porter à l’écran.

C’est une histoire d’eau, d’amour et de mort. Deux adolescents se rencontrent lors du naufrage de la frêle embarcation qu’Alex avait empruntée pour faire un tour en mer. David arrive à point nommé pour le sauver de la noyade. Et l’histoire peut commencer. Le récit a des allures de tragédie : il obéit à la règle d’unité de lieu (le Tréport, en Normandie), de temps (il se déroule en l’espace de six semaines) et d’action (une histoire d’amour qui finit mal).

© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau

Amour d’été entre deux garçons

La fin tragique, nous la devinons rapidement. Alex est confronté à une juge pour mineurs qui l’exhorte à dévoiler des faits afin d’éviter le pire. Mise en abyme : cette histoire, Alex va l’écrire alors qu’elle se déroule sous nos yeux. La structure narrative du film est construite autour de flash-back qui décrivent le fulgurant amour d’été entre deux garçons, sur fond de bande son de l’époque (Cure, Bananarama, Rod Stewart, et même Jeanne Mas). Ces tubes de l’époque rempliront de nostalgie douce ou amère ceux qui comme moi ont eu dix-sept ans, cet été-là.

David, qui a l’assurance de ceux à qui la nature a tout donné, séduit le timide Alex qui fait penser au James Dean de « La fureur de vivre ». Il a comme lui le désir d’être emporté par le tourbillon de l’adolescence. Et ce tourbillon l’emportera. Avec une perversité innocente, David initie Alex à la sexualité, à la vitesse, à la fête et aux jobs d’été (il le fera travailler à ses côtés dans le magasin familial qui vend des articles de pêche et du matériel de navigation. La mer toujours). Le réalisateur utilise des métaphores sexuelles pour signifier le désir entre deux garçons. David dégaine un peigne aux allures de cran d’arrêt pour parcourir la chevelure d’Alex. Et lorsqu’il le fait monter sur son deux-roues, il lui dit : « Laisse toi aller, détends-toi ».

L’amour finit mal, en général

La station balnéaire est filmée avec réalisme, sans afféteries filmiques, sauf pour décrire les derniers jours idylliques de la liaison avant le drame, où Ozon abuse un peu des clichés: l’hôtel sur la cote, le coucher de soleil sur la mer, les baignades joyeuses, les feux de camps sur la plage… Cela provoque comme une irréalité: cet amour est trop beau, comme inventé. Kate, l’Anglaise de l’histoire, qui sera le déclencheur de la tragédie déclare : « aimer c’est inventer ».

© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau

À l’image de Rimbaud – autre symbole de la rébellion adolescente, avec James Dean – David veut tout explorer, le fameux « dérèglement de tous les sens ». Alex, lui, reste comme en retrait de la vie, obsédé par la mort et les rites funéraires depuis l’enfance. Il provoquera la mort de celui qui lui apprend enfin à vivre. David séduit la petite Anglaise, couche avec. Cela est insupportable pour Alex, qui s’enfuit. David enfourche alors sa mobylette pour le rattraper.

Ces deux-là avaient conclu un pacte : celui qui survivrait à l’autre devrait danser sur la tombe de celui qui l’aurait précédé dans la mort. Alex tient sa promesse et danse comme un possédé sur la tombe de David au son de « I’m sailing » de Rod Stewart, titre qui ponctue le film dans ses meilleurs comme dans ses moins bons moments.

La mer, un des personnages central de la narration, propulse Alex dans le tumulte au début du film. À la fin, elle l’apaise et la vie peut continuer.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Été 85, film de François Ozon, en salles depuis le 14 juillet 2020, 1h40.

Été 85

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Derniers Vers: 21 Dernières poésies (1872)

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Ils veulent « tokeniser » Mona Lisa…


Vendre la Jaconde et d’autres trésors français, pour nous sauver de la crise post-Covid?


Le temps est peut-être venu de vendre la France au poids.

L’option est à considérer pour un pays ployant lourdement sous des siècles d’histoire. Comme le temps est au déboulonnage des statues et que les grandes figures de notre passé ne valent plus bézef aux yeux de beaucoup de nos contemporains, il y a peut-être un coup économique à jouer, d’autant que les cours du bronze et du cuivre sont à leur plus haut. Cinq tonnes de Colbert en bronze peuvent vous payer une maison de campagne dans le Lubéron. Douze tonnes du général Lyautey dans un alliage métallique avantageux, et c’est la fortune ! À moins qu’elles soient refondues en monuments à la gloire de Yannick Noah, Assa Traoré ou Omar Sy…

A lire aussi, Driss Ghali : La repentance, un passe-temps pour gosses de riches

Pour sauver le pays de la crise post-Covid, nous pouvons aussi vendre à l’étranger les plus grands chefs-d’œuvre de notre patrimoine ! C’est du moins ce que défend sans rire un startuppeur débridé dans une tribune titrée « Et si on vendait la Joconde pour aider le secteur de la culture ? » Sur le site du journal Usbek & Rica, Stéphane Distinguin propose de céder le chef-d’œuvre au marché international de l’art. Rassurons-nous : même vendue, La Joconde pourrait conserver son ombre fantomatique grâce à la « blockchain » et aux outils de la « cryptomonnaie » : « On pourrait envisager de “tokeniser” La Joconde, il s’agirait alors de créer une représentation numérique d’un actif sur une blockchain. Encore plus schématiquement, ce serait un peu comme créer une monnaie dont le sous-jacent serait notre tableau afin d’en permettre la gestion et l’échange de pair-à-pair, de façon instantanée et sécurisée. » Le caractère incompréhensible de ces paroles en accroît le charme.

A lire ensuite: Usbek & Rica: n’ayez pas peur des réseaux sociaux!

Traduisons : pour le chantre de la nouvelle économie, vendre Mona Lisa serait une opportunité commerciale et culturelle : « Permettre au Louvre et à tant d’autres institutions de montrer leurs œuvres au plus grand nombre en générant des excédents, c’est moins prendre un risque qu’être à la hauteur de l’époque. »

Pas de doute, il est de son temps.

Le calvados, tout le monde connaît, mais personne n’en boit!

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L’abus d’alcool est peut-être dangereux pour la santé, mais il est des douceurs qu’il faut avoir goûté…


Le calvados, tout le monde connaît, mais personne n’en boit. Et c’est bien dommage.

Comme toutes les eaux-de-vie, elle a connu son heure de gloire dans le siècle coulant de 1850 à 1950. La fin de la société rurale et ouvrière, le goût pour de nouveaux produits ont délaissé le calvados. Fini l’armagnac, le cognac et le calva, les Français comptent aujourd’hui parmi les premiers consommateurs mondiaux de whisky. Le calva a une image de boisson sympathique mais brule gueule et tord-boyau. On n’en met plus dans le café, on ne prend plus de digestif. Les stocks de calvados s’accumulent dans les réserves des paysans normands, de quoi boire pour plusieurs décennies, si jamais on voulait en boire. C’est une boisson à redécouvrir, à réapprécier, comme pour les eaux-de-vie françaises et les liqueurs ; des trésors cachés et endormis dans les caves que les nouvelles générations auront tout intérêt à redécouvrir.

Le calvados existait bien avant que les révolutionnaires ne créassent le département du même nom. C’est pourtant le territoire administratif qui a donné son nom à la boisson…

C’est ce que fait notamment l’entreprise 30&40 en sélectionnant des stocks de vieux calvados afin de les assembler et de les mettre en bouteille. Loin du tord-boyau d’antan, on découvre une boisson fine et délicate qui exalte les nombreuses saveurs de la pomme.

La boisson de la pomme

La Normandie est le pays des vaches, des fromages et des pommes. Plusieurs centaines de variétés existent, plus ou moins sucrées, plus ou moins amères. Des pommes à croquer, mais surtout à boire quand elles sont transformées en cidre. C’est à partir de cette base de cidre qu’est élaboré le calvados qui est, pour schématiser, du cidre passé en alambic et en fut de chêne[tooltips content= »Il est aussi possible de réaliser du calvados à partir de poiré, donc de poire, même si cette pratique n’est pas majoritaire. »](1)[/tooltips]. Le calvados, c’est l’art de la maîtrise du feu et du temps.

A lire aussi: Cidre: buvez des pommes!

Au commencement est donc le cidre, distillé à deux reprises pour donner un alcool pur et fin. Autrefois, les bouilleurs de cru passaient dans les fermes avec leur alambic sur leur carriole pour distiller les stocks de jus de pomme fermenté dont disposaient les paysans. L’alambic a toujours quelque chose de fascinant, cet immense objet de cuivre dégingandé qui suinte, siffle et chauffe et dont une opération quasi magique s’opère pour, au bout de ses tuyaux, de ses chauffes et de ses refroidissements, produire un alcool fort, incolore, mais non insipide. Des vapeurs d’eau précieusement récupérées et mises en fût de chêne. C’est là que le calva acquiert sa couleur et développe ses arômes. Par les pores des lamelles de chêne s’opère le mélange exquis entre l’air et le liquide, un mélange qui conduit à baisser le niveau, mais à accroître la qualité ; cette part des anges que l’on retrouve dans toutes les régions à alambic. L’oxygène provoque une oxydation qui détruit les arômes, mais qui peut aussi les magnifier, et c’est cela qui est recherché ici. Après le coup de main du bouilleur de cru vient la dextérité de l’assembleur pour choisir les bons liquides et les associer au mieux pour donner les meilleurs produits. La mise en bouteille finalise ce processus même si la boisson continue de se développer dans son flacon de verre.

Territoires et appellations

Le calvados existait bien avant que les révolutionnaires ne créassent le département du même nom. C’est pourtant le territoire administratif qui a donné son nom à la boisson, que celle-ci soit produite dans les limites du Calvados ou au-delà. On a ainsi du calvados de la Manche, de l’Eure et de l’Orne (le Perche) et même du calvados produit en Seine-Maritime, dans cette curiosité géologique qu’est la boutonnière du Bray. Le calvados est bien la boisson de la Normandie même si les Normands eux-mêmes s’en détournent au profit des alcools d’ailleurs.

Plus fin, plus frais, plus fruité qu’un whisky, le calvados peut accompagner l’ensemble d’un repas. À l’apéritif d’abord où il éveille les papilles et délie les …

>>> Lire la fin sur le site de la revue amie Conflits <<<

Rokhaya Diallo: « Cher.e.s lectrices et lecteurs de Causeur… »


Convaincue qu’il existe un privilège blanc et un racisme systémique au coeur de la société française, Rokhaya Diallo interroge notre histoire commune. Cette féministe décoloniale et intersectionnelle critique la France au nom même des valeurs françaises.


Cher.e.s lectrices et lecteurs de Causeur,

Que les choses soient claires, je ne vous écris pas pour me rendre aimable à vos yeux. Lorsque je m’exprime publiquement, je ne le fais pas dans le but d’être appréciée, ma vie personnelle me nourrit suffisamment de ce point de vue. Mon objectif n’est pas non plus de ménager les sensibilités si françaises qui surgissent dès lors qu’il s’agit d’évoquer des questions relatives au racisme ou au sexisme.

Ainsi, si vous pouvez parfaitement honnir ma personne ou ce qu’elle semble incarner à vos yeux, de grâce, faites-le pour de bonnes raisons.

Les rares fois où mon regard a croisé des textes publiés dans Causeur, j’y étais vertement mise en cause, tantôt accusée de m’abreuver d’un racisme imaginaire, tantôt de vouloir asseoir la domination des minorités pour mieux éradiquer les pauvres hommes blancs étouffés dans leur culpabilité.

On a tendance à valoriser les minorités lorsqu’elles se contentent de formuler une reconnaissance béate. Ce n’est pas mon cas

Pour commencer, l’obsession « racialiste » que vous me prêtez témoigne surtout de votre inconfort à l’évocation des questions raciales en France. Je suis une femme noire et je l’ai découvert à travers les regards, les interrogations, les suspicions ou les stigmatisations qui ont jalonné ma vie. Si aujourd’hui je suis dans une position sociale plutôt privilégiée, je n’ai pas vraiment les moyens d’oublier ma condition raciale, car il se trouve toujours une personne ou une situation pour me la rappeler. Se penser en dehors de toute considération raciale (ou raciste) est un luxe dont ne disposent pas les personnes qui encourent vingt fois plus de risques d’être contrôlées par la police (les jeunes hommes perçus comme arabes ou noirs). Quand on se voit régulièrement rejeté.e dans la recherche d’un appartement, d’un logement ou de l’accès à un loisir du seul fait de sa couleur de peau ou de son patronyme, il est difficile de s’affranchir d’une lecture de la société tenant compte du racisme. Son impact aussi protéiforme que diffus est beaucoup plus lourd que ce que la plupart des personnes qui ne le subissent pas sont prêtes à admettre. Aussi, faire comme moi le choix de mettre sa plume au service de la lutte contre les inégalités, en particulier contre celles qui font l’objet d’un déni massif, on prend le risque d’être à l’origine de rappels désagréables.

Je fais donc usage de ma position personnelle pour rappeler que la plupart des personnes minorées en France sont encore victimes d’exclusion et j’assume le fait de porter cette parole dans des espaces peu habitués à entendre des voix comme la mienne. Si cela fait grincer des dents, peu importe. Je n’aspire aucunement à devenir la fameuse amie noire qu’invoquent les gens qui ont besoin de se rassurer.

A lire aussi: Linda Kebbab: «les policiers sont les fonctionnaires les plus sanctionnés de France!»

J’estime que mon expérience me rend particulièrement légitime pour évoquer les questions raciales, que je vis dans ma chair en plus de les explorer dans mes recherches, travaux et productions artistiques. Tout comme je pense être plus qualifiée qu’un homme cisgenre[tooltips content= »Qui s’identifie au genre qui lui a été assigné à sa naissance. »]1[/tooltips] pour décrire la douleur et l’inconfort que peuvent provoquer les règles périodiques dans une société dont la priorité n’est manifestement pas d’accommoder les femmes, mais plutôt de leur vendre des produits « hygiéniques » dont la toxicité a pourtant été démontrée à maintes reprises. On est spécialiste de sa condition, car elle charpente la manière dont on appréhende le monde et nous place dans des dispositions qui nous confèrent une acuité que ne possèdent pas les personnes qui ne partagent pas ce vécu.

Me qualifier de « racialiste » est presque comique tant cela témoigne d’une inculture et d’un refus de voir la société telle qu’elle est. Je suis flattée que l’on m’accorde un tel pouvoir, mais je dois faire preuve d’humilité : les catégories que je mobilise pour décrire et dénoncer la mécanique discriminatoire existaient bien avant moi. J’imagine que de nombreuses personnes les ignoraient de manière bien commode et qu’il est plus facile de m’accuser de les inventer et d’insuffler des divisions, qui apparemment ne tiennent qu’à mon existence dans l’espace public, plutôt que de s’en prendre véritablement au mal qui ronge notre société. Tuer le messager porteur de nouvelles désagréables plutôt que d’affronter les conséquences de son annonce est un classique.

Photo: Hannah Assouline
Photo: Hannah Assouline

M’opposer un universalisme théorique alors que la réalité objective est gangrénée par les méfaits du racisme et du sexisme est une posture parfaitement hypocrite. Un universalisme incapable de nommer les problèmes et de décrire les discriminations et leurs sources est un leurre. À votre universalisme conservateur qui ferme les yeux sur les problèmes, je préfère mon universalisme qui implique la reconnaissance de tous les particuliers.

Si je parle des Blanc.he.s, c’est parce que j’en ai assez de voir le débat sur l’égalité se focaliser depuis des décennies sur les « minorités visibles » et autres « Noir.e.s ou Asiatiques de France ». Comme si elles étaient seules responsables de leur condition et seules engagées dans la dynamique raciale. Si une personne non blanche est discriminée du fait de sa couleur de peau, c’est qu’une personne blanche obtiendra le bien ou le service qui ne lui a pas été accordé. Et cette personne ne le saura probablement jamais. C’est pour cela que l’on parle de privilège blanc. Il ne s’agit pas de dire que toutes les personnes blanches vivent dans un luxe insolent, mais que leur couleur de peau seule ne sera jamais un obstacle pour avancer dans notre société, et qu’elle constitue même un avantage par rapport à des personnes qui, elles, savent que leur couleur de peau constitue un désavantage certain. À conditions égales, il est évident que le fait d’être blanc est plus favorable dans quasiment toutes les circonstances quotidiennes. Et surtout quand on est blanc, on a le choix de ne pas penser à sa couleur de peau, car elle ne nuit jamais à son évolution sociale.

Par ailleurs, je ne souscris pas à ce discours qui ne considère que la classe sociale, car elle ne préserve personne du racisme qui frappe, quelle que soit la position sociale (pensons à notre ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira).

La question raciale n’est évidemment pas la seule clé de lecture des inégalités qui s’expriment aussi sur le plan socio-économique, ou à travers le sexisme, l’homophobie ou encore le validisme[tooltips content= »Oppression et discriminations des personnes vivant en situation de handicap. »]2[/tooltips]. Mais cette question est transversale, elle ne concerne pas qu’une partie de l’échiquier politique. Contrairement à ce qui dominait l’antiracisme des années 1980, je ne crois aucunement que la gauche soit miraculeusement hermétique à tout racisme, et que seule l’extrême droite pose problème. Cette idéologie qui gangrène une société n’est pas celle d’un camp. Oui, vous avez bien lu, je crois en l’existence d’un racisme systémique, qui n’est pas le seul fait de quelques individus problématiques, mais le fruit d’une histoire. Comme aux États-Unis. Nos pays sont certes différents, ne serait-ce que parce que la violence policière, voire la violence en général, est autrement plus endémique en Amérique. Il n’est pas besoin d’« importer » la grille de lecture des États-Unis sur la France, ce dont on m’accuse souvent : en matière de racisme, la France se débrouille très bien toute seule.

A lire aussi, notre enquête: La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Nous avons une histoire esclavagiste et américaine qui est encore lisible dans la constitution même de nos territoires. Si des départements français sont situés sur le continent américain ou dans l’océan Indien, c’est bien parce que la France était une importante puissance esclavagiste. Nombre de nos concitoyen.ne.s sont les descendant.e.s de personnes torturées par l’esclavage. Et si l’esclavage français m’intéresse en premier lieu, c’est parce que je suis française : c’est notre histoire commune que j’interroge en priorité. Il me semble très périlleux de tenter d’extraire notre pays de cette réalité historique et d’affirmer que cette histoire ne produirait pas de conséquences sur nos vies actuelles.

La France a été condamnée à maintes reprises par des juridictions internationales et nationales du fait de pratiques racistes dans la police, sans que cela ne donne lieu à aucune décision politique annonçant une quelconque intention de changer quoi que ce soit. C’est donc bien l’institution qui refuse de remettre en question ses pratiques racistes, ce qui démontre donc une tolérance voire une complicité active avec un racisme évident.

Je pourrais poursuivre ma démonstration et l’agrémenter de dizaines d’exemples, mais je crois que le sujet est ailleurs. Nous vivons dans un pays qui, à travers les fictions produites sur les écrans et dans sa littérature, est incapable de se représenter tel qu’il est, et qui, quand il présente des visages non blancs, persiste trop souvent à les cantonner dans des récits relatifs à une réalité liée à la banlieue ou à la migration. Cette absence est aussi perceptible sur les plateaux de télévision, où parfois même les débats relatifs au racisme se déroulent entre Blanc.he.s. C’est cette France du déni peu habituée à la remise en question que j’interpelle sans relâche. Cela suscite de l’inconfort, car on a plutôt tendance à valoriser les minorités lorsqu’elles se contentent de formuler une reconnaissance béate. Ce n’est pas mon cas. En tant que Française, je me sens parfaitement légitime pour critiquer mon pays. Je le rappellerai aux principes dont il m’a abreuvée aussi souvent qu’il le faudra.

A lire ensuite: Le Canossa permanent

Je n’imagine pas vous avoir convaincu.e.s de la pertinence de mes arguments, mais espère que vous prendrez la peine de critiquer mes idées en prenant connaissance de mes travaux au lieu de vous contenter de commenter quelques tronçons de phrases collectés çà et là par mes détracteurs. J’aimerais que dans votre opposition, vous fassiez preuve de respect pour ce que je dis réellement et que vous vous astreigniez à un minimum de discipline intellectuelle.

Si vous vous sentez personnellement attaqué.e.s à chaque fois que je dénonce les dysfonctionnements de mon pays, si vous avez l’impression que mes reproches vous visent en tant qu’individus, posez-vous les bonnes questions.

Oui, j’écris en écriture inclusive, désolée si ça vous pique les yeux, mais je crois qu’il est bon de savoir sortir de sa zone de confort. Disons que c’est pour votre bien.

Mes salutations cordiales,

Sale temps pour les Traoré


Entre révélations embarrassantes et révolte populaire 2.0 (#onveutdesnoms), on dirait que le vent tourne pour la famille qui voulait mettre la France à genoux.


On ne salit pas les morts. À cette règle, je trouve néanmoins nécessaire d’ajouter qu’on ne doit pas les instrumentaliser. Depuis des années, la famille Traoré réécrit l’histoire, faisant passer l’État pour une machine totalitaire, et peignant le défunt Adama comme le gendre idéal, alors que Le Point nous livre d’étonnantes informations sur les viols dont il est soupçonné.

En parallèle, la France qu’on voudrait humilier – celle qui s’oppose aux injonctions d’une sempiternelle repentance –, silencieuse, périphérique, coupable car blanche, a contre-attaqué. Sur Twitter, elle a depuis plusieurs jours réussi à noyer la propagande du clan Traoré et autres associations racialistes en diffusant les hashtags #laracailletue, #stopauxtraore ou encore #onveutdesnoms. Lassés de voir la réalité travestie, des milliers de citoyens ont finalement pris à leur propre jeu les obsédés de la race.

L’affaire Traoré, feuilleton sans fin

Chaque matin viennent à nos oreilles de nouvelles révélations sur l’affaire Traoré et sa nébuleuse. Nous avons sur Causeur mis en lumière le passé professionnel confondant de la sœur Assa. Autour d’elle s’agite une troupe nombreuse, fruit d’une polygamie qui je le rappelle est interdite par la loi française, mais que la justice de notre pays a condamnée pour bien d’autres motifs.

À lire aussi : La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Adepte des causes épiques, je doute que même notre nouveau garde des Sceaux aurait accepté de représenter un tel dossier. Celui d’une mort malheureuse, mais pour laquelle quatre expertises ont confirmé l’innocence des gendarmes. Celui d’une prétendue victime au casier judiciaire généreux, qui le jour de son décès a tenté d’échapper deux fois aux forces de l’ordre, et dont on apprend cette semaine que le co-détenu qui l’accusait de viol a été indemnisé (à hauteur de 15 000€). Forcer un homme à pratiquer une fellation entre deux manettes de PlayStation et sous la menace d’une fourchette aurait pu inspirer une belle photo à Robert Mapplethorpe, mais là il faut bien avouer que ça fait tache !

La « fachosphère » n’exige pas le rétablissement de la peine de mort, mais de la vérité

C’est dans un contexte de défiance vis-à-vis de la police – et même de toute une population blanche – instauré par le Comité Vérité et Justice pour Adama, que des voix dissonantes se sont élevées. Les faits à l’origine de ce sursaut sont barbares, ils symbolisent l’hyperviolence devenue quotidienne et ont ôté la vie à des innocents : il s’agit du meurtre du chauffeur de bus Philippe Monguillot à Bayonne, de la gendarme Mélanie Lemée fauchée lors d’un contrôle routier, et de la jeune aide-soignante Axelle Dorier dont le corps a été trainé sur 800 mètres le weekend dernier à Lyon. Ces trois victimes ont été gratuitement mises à mort. Devant l’horreur, les internautes ont exigé des noms ; puis les ont rapidement obtenus. Et là, patatras : tous les noms des participants semblaient être à consonance étrangère. Ces crimes, s’ils avaient été commis envers des Noirs ou des maghrébins, auraient évidemment réveillé la meute racialiste, étonnamment inerte face à ces récents assassinats. Dans la logique des Traoré et consorts – qui trient les citoyens selon la couleur de leur peau –, ce constat aurait dû à nouveau mettre le feu aux rues. Tout cela produit l’inverse de l’effet escompté : à vouloir tout traiter par le prisme de la race, ce sont finalement les minorités qui sont exposées au ressentiment.

Cette bataille autour des noms est également la conséquence d’une exaspération face à la manière dont les grands médias rapportent ce type de dossiers. Des internautes ont exhumé une vidéo surréaliste de l’émission 28 Minutes sur Arte, où les intervenants nous expliquent sans vergogne qu’il est de coutume, pour évoquer les bourreaux, de remplacer les prénoms susceptibles de réveiller le populisme par des prénoms de Français que les indigénistes considèrent comme « privilégiés ».

C’est la rue qui tue. Pas la police

En opposition au fantasme de racisme systémique hurlé par celle qui se rêve en Rosa « Traoré » Parks – version toc –, appuyons-nous sur du factuel. En ces temps de cathédrales qui brûlent, il est nécessaire je crois de « remettre l’église au milieu du village ». Il parait que la police tyrannise les minorités ? Bruno Pomart, maire et instructeur du Raid, nous livre une toute autre réalité : chaque année, ce sont 600 policiers qui sont blessés par arme ! À croire que quand on tient à son intégrité physique, il vaut mieux être un voyou de banlieue que porter l’uniforme.

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Dans son rapport de 2019, l’IGPN enregistre 19 décès, précisant que plus d’un tiers résultent « du comportement direct du particulier ou de son état physique », et que la mort n’est pas forcément occasionnée par l’intervention des policiers, mais peut être provoquée par une cause exogène. Il est également nécessaire d’indiquer que parmi ces « martyrs » sont comptabilisées des personnes qui se sont suicidées, qui ont perdu la vie en prenant la fuite, ou encore qui venaient de perpétrer un attentat (!). Ces chiffres viennent balayer la théorie selon laquelle notre police pratiquerait l’épuration ethnique, comme l’atteste Camélia Jordana. Mais là où la starlette qui s’improvise procureur pourrait parler avec justesse de « massacre », c’est en évoquant les homicides recensés en France : 970 rien que pour l’année 2019 ! Le « pire bilan qu’on ait vu depuis des années », d’après Alain Bauer. La faute à la police, Madame Jordana ?

Quant à Madame Traoré, la lutte qu’elle mène doit être éreintante. Enfanter le faux du vrai exige d’immenses ressources, et elle parait très fatiguée dans ses récentes interviews. Ne serait-ce pas le moment idoine pour prendre un nouveau congé ?

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Le grand abandon: Les élites françaises et l'islamisme

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Darmanin: nos féministes font bien peu de cas de la présomption d’innocence

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Dans les affaires de viols, une accusation ne peut et ne doit jamais être d’emblée considérée comme une vérité, et pas davantage quand elle vise une personnalité politique. Les associations féministes et nos médias seraient bien inspirés de s’en souvenir.


Le principe selon lequel une femme ou un homme politique devrait renoncer à une fonction ministérielle au motif que celle-ci ou celui-ci serait accusé d’avoir commis une infraction est un principe absurde, dangereux et contraire à la présomption d’innocence.

Aucun texte légal n’a institué une telle obligation qui résulte d’une simple pratique instituée par Edouard Balladur alors Premier Ministre et n’ayant donc aucun caractère coercitif pour les gouvernements qui lui ont succédé.

Le principe fondamental de la présomption d’innocence

Une telle pratique a pour effet de considérer que toute personnalité politique accusée – voire seulement soupçonnée – d’avoir commis une infraction quelle qu’elle soit serait ainsi d’emblée présumée coupable et condamnée d’avance.

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Or, ceci est contraire au principe de la présomption d’innocence proclamée par l’article 9 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 laquelle fait partie intégrante de notre Constitution et institue des principes fondamentaux intangibles qu’il nous appartient à toutes et à tous de rappeler et de défendre. Exiger d’une femme ou d’un homme politique qu’elle ou il renonce à la fonction ministérielle qui lui a été confiée constitue une violation manifeste de cette présomption d’innocence dès lors que la personne intéressée n’a pas encore été éventuellement jugée et déclarée coupable de façon définitive. Si nous devions exiger une telle pratique pour le personnel politique, pourquoi alors ne pas l’appliquer à tout professionnel quel qu’il soit et imposer ainsi à toute personne accusée de quelque infraction que ce soit de renoncer à sa fonction tant que l’enquête et les poursuites éventuelles seraient en cours ? Un journaliste devrait ainsi cesser d’exercer dès lors qu’il serait par exemple accusé d’avoir diffamé, d’avoir commis un viol ou d’avoir diffusé de fausses informations en attendant l’issue des investigations le concernant ? Il en serait de même pour les avocats, les magistrats ou tous autres professionnels ? Sommes-nous prêts à accepter cela ? Bien sûr que non, fort heureusement.

Les politiques relégués au rang de sous-citoyens

Alors pourquoi imposer aux seuls politiques ce qui s’apparenterait manifestement à une présomption de culpabilité ? Une telle pratique paraît ainsi absurde et est de surcroît dangereuse.

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Pour empêcher une personnalité politique d’exercer une fonction ministérielle pour des motifs personnels inavouables, ou pour nuire à un gouvernement qu’on exècre pour des motifs politiques, ou encore pour tenter de déstabiliser notre régime républicain et démocratique, on n’hésitera pas – ce qui est peut-être déjà le cas – à faire accuser à tort un ou plusieurs membres du gouvernement. Et on pourra toujours compter sur des inquisiteurs qui s’acharneront à exiger la démission de la cible désignée en prétendant défendre une bonne cause alors qu’ils sont animés par des arrière-pensées politiques.

Edwy Plenel, avril 2012. SIPA. 00618647_000021
Edwy Plenel, avril 2012. SIPA. 00618647_000021

Tel est ainsi le cas pour ce qui concerne Gérald Darmanin, sans cesse harcelé par des gourous auto proclamés qui prétendent défendre le féminisme et qui en réalité desservent cette noble cause aux côtés de certains qui vénèrent Robespierre. Ce faisant, ils feignent d’oublier que celui-ci et ses acolytes – dont Marat, l’ami prétendu du peuple – ont nourri la guillotine de plusieurs milliers d’innocents parmi lesquels Olympe de Gouges, féministe digne de ce nom et auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et ce, grâce à la Loi scélérate des suspects du 17 septembre 1793, laquelle piétinait les droits fondamentaux proclamés en 1789 et en particulier la présomption d’innocence.

A lire ensuite: Nomination d’Éric Dupond-Moretti: une mauvaise nouvelle pour les féministes

Exerçant la profession d’avocat, j’ai eu l’occasion de défendre, dans le cadre d’agressions sexuelles, des parties civiles, mais aussi des prévenus dont certains ont été relaxés, et donc reconnus innocents. Cette expérience m’a permis de constater que des enfants peuvent mentir et accuser à tort. L’affaire d’Outreau en est une démonstration éclatante. Des adultes, hommes ou femmes, sont également capables de mentir et d’accuser à tort et plusieurs affaires l’ont également démontré.

C’est pourquoi, une accusation émanant d’un enfant ou d’un adulte ne peut et ne doit jamais être d’emblée considérée comme une vérité absolue et pas davantage quand elle vise une personnalité politique. Il est souhaitable que, responsables de la diffusion des informations, les journalistes veillent à rappeler à leurs lecteurs ou auditeurs l’existence des principes fondamentaux qui sont le socle de notre démocratie et des droits de l’homme (et de la femme) et ne se fassent pas le relais de propos contraires à ceux-ci, ni ne les entretiennent, ce que nous pouvons déplorer dans certains médias. La présomption d’innocence ne doit pas être à géométrie variable selon qu’elle concerne un simple citoyen ou une personnalité politique.

Libérons nous du féminisme !

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Convalescences, la littérature au repos

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La lecture du livre de Daniel Ménager est un bonheur constant.

D’abord, ce n’est pas tous les jours, par les temps qui courent, qu’un livre publié témoigne de l’extrême culture de son auteur. Seiziémiste de formation et de carrière, Ménager embrasse tout ce qui s’est écrit, en France et à l’étranger, depuis trois mille ans. Une paille.
Bien sûr, les hilotes — et parmi eux nombre de spécialistes auto-proclamés de la littérature — trouveront cela assommant : être confronté sans cesse à ses défaillances culturelles est une ordalie redoutable. Mais « bonheur » n’est pas un mot usurpé : on se régale à la lecture du décryptage de ce moment si peu prisé durant des siècles, cette plage d’attente, de réflexion et d’inertie apparente qu’on appelle une convalescence.

Le plus beau, c’est que le livre, qui vient d’arriver chez vos libraires, a été imprimé en mars, et qu’il a donc été écrit bien avant que la France soit malade (savoir si elle l’est d’un virus ou du discours tenu sur ce virus est encore une autre histoire). En tout cas, cette plongée dans ces littératures où il ne se passe rien, sinon l’attente d’un renouveau, est fascinante.

Les héros médiévaux ne sont jamais à proprement parler convalescents. Gémir entre les bras des femmes (il y a toujours des femmes dans les convalescences, et bien avant qu’elles ne deviennent professionnelles de la santé) est moyennement viril. Le chevalier blessé passe sans transition de l’extrême faiblesse aux forces retrouvées — et paf ! il reprend son armure, son cheval et sa quête.

Le mot arrive en français au XVIe siècle — justement. C’est avec l’Astrée que se déroule le plus long et le plus malicieux des récits de convalescence. Et pour ce qui est des femmes, Céladon n’en manque pas, lui qui achève sa convalescence déguisé en fille.

J’ai connu Ménager à Nanterre en 1974-75. Il faisait le cours d’agrégation sur Rabelais — une merveille de cours que les pauvres étudiants de l’ENS venaient espionner en douce : nous demandâmes d’ailleurs qu’il soit démarché pour y enseigner l’année suivante. J’ai depuis cette époque suivi ses multiples publications, plus expertes chaque fois, et plus décalées depuis qu’il est à la retraite, et qu’il n’a pas à ménager (ah ah) tel ou telle de ses collègues. C’est ainsi qu’il cite le bel ouvrage de Marie-Christine Bellosta sur Céline…

(Parenthèse. En 2007, Xavier Darcos m’affirma : « La nomination de Bellosta comme Inspectrice Générale est dans les tuyaux ». Eh bien elle y est restée. Très brillante Maître de conférence à l’ENS, engagée dans la FONDAPOL, boîte à idées réputée de droite, adversaire farouche des pédagogistes, Bellosta succomba aux pressions de la Machine, qui ne voulait pas d’elle. Ceux qui aujourd’hui reprochent à Blanquer de ne pas faire le ménage parmi les pontes outrecuidants des ESPE / INSPE devraient réfléchir à cette vérité : la techno-structure est plus puissante que le ministre, et elle est contrôlée depuis vingt ans par les facariens qui l’ont infestée.
Parenthèse dans la parenthèse. Céline a tout connu de la convalescence, d’abord à titre personnel, après une très sérieuse blessure en 14-18, puis comme médecin. Et Ménager suggère très finement que le spectacle de la misère — rappelez-vous la mort de Bébert dans le Voyage — est peut-être la clé de cette misanthropie célinienne qui a renversé les convictions humanistes du docteur Destouches et s’est déchaînée en se spécialisant en direction des Juifs — à ceci près qu’il soignait gratuitement les Juifs pauvres de sa clientèle, pendant que de bons Gaulois bien de chez nous les dénonçaient aux autorités vichyssoises. Rien n’est simple, fin parenthèse).

La question centrale de la convalescence est de savoir qui émerge en fin de compte du lit de repos ou de la chaise longue où le héros de la Montagne magique soigne sa phtisie. Redevenons-nous peu ou prou celui que nous étions ? Ou en est-il de la convalescence comme de la …

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Convalescences: La littérature au repos

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L’irrédentisme multifront de la République de Xi

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En plus de l’intense tension diplomatique entre Pékin et Washington, la Chine est menaçante auprès d’une bonne partie de ses voisins immédiats (Taïwan, Bhoutan, Inde, Russie…).


La trente-sixième édition des exercices militaires Han Kuang a eu lieu à Formose entre le 13 et 17 juillet 2020 (notre photo). Chaque année, ces exercices visent à simuler une attaque chinoise (République populaire de Chine) sur l’île et à évaluer la préparation de Taïwan (République de Chine) à cette menace. Chaque année aussi la menace semble plus pressante et la qualité technique des deux armées évolue et progresse. Cette année la répétition armée répond plus précisément à ce que la Chine prépare pour début août autour de Hainan. La visée militaire de ces exercices chinois à venir relatifs aux îlots contrôlés de facto par Taïwan est claire ; comme le disait Song Zhongping au Global Times : « Les exercices simulant la prise de contrôle sont destinés aux îles Dongsha, Penghu et à la plus grande île, à savoir celle de Taiwan. Si les sécessionnistes taïwanais insistent sur la sécession, les exercices militaires peuvent se transformer à tout moment ».

Les tensions Inde/Chine directes ou indirectes, par Bhoutan et Népal interposés sont au plus haut

Gardons à l’esprit que le terme « sécessionniste » n’a guère de sens pour Formose : passée sous pavillon « chinois » en 1661 seulement, par l’intermédiaire de Koxinga, un loyaliste Ming sino-japonais, intégrée à l’Empire japonais en 1895, puis recolonisée en 1949 par l’armée nationaliste du Kuomingtang après la perte du continent, Taïwan n’a jamais appartenu à la République populaire.

Affrontements à l’arme blanche avec les Indiens

La volonté par la Chine dite communiste de mettre fin au régime autonome et démocratique de Taïwan s’inscrit dans une logique révisionniste dont tous les voisins commencent à éprouver les effets délétères. Exemple récent avec les relations diplomatiques entre la Chine et l’Inde, les deux géants asiatiques, qui ont pris un nouveau tour avec l’incident du 15 et 16 juin 2020 : des soldats des deux puissances nucléaires se sont livrés à un affrontement meurtrier à l’arme blanche dans la vallée du Galwan. New Dehli a reconnu 20 morts et des dizaines de blessés, mais Pékin a refusé de donner un décompte précis du nombre de victimes. L’incident survient dans un contexte spécifique : d’une part, la révision par l’Inde de l’article 370 de la Constitution séparant le Ladakh de l’État du Jammu-et-Cachemire ; d’autre part, la finalisation d’une route de 255 km qui pourrait faire obstacle au Corridor Chine-Pakistan, un axe essentiel des « Nouvelles Routes de la soie chinoises ». Le 3 juillet, le Premier ministre indien Narendra Modi s’est rendu dans la base à plus de 4000 mètres d’altitude pour haranguer les troupes et dénoncer « l’expansionnisme chinois ».

A lire aussi, Gil Mihaely: Architecture: la fin des copies « made in China »

« Expansionnisme » qu’illustre également le différend territorial avec le Bhoutan qui vient de resurgir à l’instigation de Pékin qui lui réclame 495 km2 au nord et 269 km2 à l’ouest en échange d’environ 100 km2 à Doklam. Manière de faire pression sur l’Inde alors que le Népal, sous influence chinoise vient d’interdire toutes les chaînes d’information indienne sur son territoire. Les tensions Inde/Chine directes ou indirectes, par Bhoutan et Népal interposés sont donc au plus haut. L’Inde a choisi de répondre aux morts du 16 juin en se montrant offensive : New Dehli vient d’interdire 58 applications téléphoniques chinoises dont TikTok, WeChat, Helo, pourtant très populaires dans le pays. Même si Pékin a dénoncé une mesure anti-concurrentielle, il lui est difficile d’être crédible alors que Google, Facebook, Twitter, etc. sont interdits en Chine…

Vladivostok chinoise?

La Chine de Xi Jinping semble être poussée par une volonté de puissance néo-dynastique qui la conduit à clamer ses revendications territoriales partout dans le monde : en Inde, au Bhoutan, mais aussi dans les mers de Chine de Sud contre le Vietnam, les Philippines et l’Indonésie, voire même en Russie où les 160 ans de la ville de Vladivostok fêtés par Moscou ont fait l’objet d’une condamnation en Chine : en effet, selon Pékin, Vladivostok est chinoise – et ce alors même que le traité d’Aigun en 1858, annulant une partie du traité de Nerchinsk en 1689, en fait, en droit international, une ville russe sans conteste possible.

Le président Macron, le président Xi Jinping et leurs femmes, à Shanghai le 5 novembre 2019 © CHINE NOUVELLE/SIPA Numéro de reportage: 00931063_000003
Le président Macron, le président Xi Jinping et leurs femmes, à Shanghai le 5 novembre 2019 © CHINE NOUVELLE/SIPA Numéro de reportage: 00931063_000003

L’incident mineur traduit ce fait général partout à l’œuvre aux marges des frontières chinoises aussi bien au Nord et à l’Est, qu’au Sud et à l’Ouest : la volonté, aussi bien révisionniste qu’irrédentiste, de « retrouver » le territoire de la dynastie mandchoue Qing tel qu’il l’était avant les Guerres de l’Opium et les « traités inégaux ». Notons que c’est la même logique qui prévalut aux déclenchements des deux guerres mondiales entre la France et l’Allemagne. Or, dans le cas chinois, tout ceci est trois fois paradoxal : d’une part, parce que la dynastie Qing était considérée comme non-chinoise par les révolutionnaires de 1911 (donc pourquoi vouloir en restaurer l’Empire?) ; d’autre part, parce que le parti communiste entendait mettre fin pour toujours au féodalisme dynastique ; enfin, parce qu’on oublie le discours du 10 avril 1974 de Deng Xiaoping dans lequel il affirmait, en conclusion, que la Chine ne serait jamais une superpuissance car elle ne serait jamais ni capitaliste ni impérialiste : « La Chine n’est pas une superpuissance et ne cherchera jamais à l’être. […] Une superpuissance est un pays impérialiste qui soumet partout d’autres pays à son agression, à son ingérence, à son contrôle, à sa subversion ou à son pillage et qui lutte pour l’hégémonie mondiale. Si le capitalisme est restauré dans un grand pays socialiste, il deviendra inévitablement une superpuissance. […] Si un jour la Chine devait changer de couleur et devenir une superpuissance, si elle aussi devait jouer le rôle du tyran dans le monde et soumettre partout les autres à son harcèlement, à son agression et à son exploitation, les peuples du monde devraient s’y opposer et travailler avec le peuple chinois pour le renverser. »

Deng Xiaoping, secrétaire général du Parti communiste chinois de 1956 à 1967 puis numéro 1 de la république populaire de Chine de décembre 1978 à 1992

L’Inde pourrait repenser son soutien à la politique d’une seule Chine

Paroles prophétiques ? Tout semble indiquer en tout cas que la Chine est bien aujourd’hui devenue une superpuissance, aussi bien économique que militaire et que, de fait, elle affirme désormais ses ambitions territoriales. Et la plus intense et plus immédiate de celles-ci concerne bien sûr Taïwan.

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C’est ici que « l’exemple indien » peut être pris en considération.

D’une part, le fait d’avoir appliqué au domaine du numérique, la réciprocité que Pékin prétend établir dans tous ces échanges pourrait faire des émules : pourquoi en effet autoriser WeChat et Huawei aux États-Unis ou ailleurs si Facebook ou Google ne sont pas autorisés en Chine ?

D’autre part, des voix s’élèvent à New Dehli pour demander au gouvernement d’abandonner sa reconnaissance de la politique « d’une seule Chine » puisque la Chine dénie formellement et pratiquement la réalité « d’une seule Inde ». Plusieurs tribunes dans les journaux indiens et colloques d’experts demandent de repenser la relation à Taïwan : on peut citer par exemple la fondation « Rethinking India’s ‘One China Policy’ ». Ou les déclarations claires de Rajesh Singh sur le site PGurus : « Pékin clame toujours haut et fort sa politique d’une seule Chine. Elle considère Taïwan comme son propre territoire et elle a occupé le Tibet dans le cadre de cette politique. New Delhi a toujours été indulgente sur ce point, malgré le fait que la Chine n’ait jamais reconnu la politique d’une seule Inde, qui implique que le Cachemire occupé par le Pakistan, le Gilgit et le Baltistan et Aksai Chin fassent partie du territoire indien. L’Inde doit repenser son soutien à la politique d’une seule Chine. Si Pékin refuse de voir la raison, New Delhi doit s’attaquer au problème du Tibet. Il doit ouvrir des voies de communication officielles avec Taïwan, intensifier les échanges commerciaux avec ce pays. »

N’importe quel pays a toujours, unilatéralement, la possibilité de dénoncer le principe d’une seule Chine. Certes, la Chine répliquerait en rompant les relations diplomatiques et commerciales avec ce pays, mais si tous les pays de l’OTAN, voire de l’OCDE faisaient de même, la Chine se retrouverait presque seule et sans beaucoup de marges. Nous n’en sommes pas là, mais si les relations entre la Chine et les États-Unis qui viennent coup sur coup de fermer deux ambassades (une de Chine à Houston et l’autre des États-Unis à Chengdu) se détériorent encore, alors cette option pourrait vite revenir sur la table.

Identité française: un sursaut est-il encore possible?

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A un an d’intervalle, des incendies ont ravagé Notre-Dame de Paris puis la cathédrale de Nantes. Les réactions à ces drames ont démontré notre profond malaise identitaire. Alors qu’un changement de peuple est en train de s’opérer, le catholicisme peut-il renaître de ses cendres?


Qu’est-ce que la République en France ? C’est la IIIème. Qu’est-ce que la IIIème République ? Une alliance des minorités franc-maçonne, protestante et, dans une moindre mesure, juive contre les masses catholiques qui étaient aussi, du moins jusque dans les années 1880, monarchistes. Pour les hommes qui ont bâti ce régime, la laïcité devait rompre définitivement le lien qui unissait la nation à l’Eglise ; la loi de 1905, promulguée dans un climat délétère, contre la volonté d’un peuple encore très majoritairement attaché à sa religion, fit du catholicisme un culte parmi d’autres dans la désormais « patrie des droits de l’homme » issue d’une déclaration abstraite et léguée par le Grand Architecte.

Disons-le tout net : l’Eglise en France n’a pas volé le triste destin qui est le sien aujourd’hui. En tant qu’institution, elle œuvre sans relâche, avec une admirable constance, à sa propre destruction

On ne peut pas comprendre la médiocrité – quand ce n’est pas carrément l’absence – des réactions de notre personnel politique face aux permanents actes anti-chrétiens si l’on oublie que la République s’est construite contre l’Eglise. Pour parler comme les libéraux, c’est son « logiciel », dans son « ADN ». Un an avant la loi de 1905, l’affaire des fiches révélait, au sein de l’armée, un vaste système de fichage – commandé par le ministère – visant à brider l’avancement des officiers catholiques. Cependant que les anticléricaux, athées, libre-penseurs en tout genre menaient virilement le combat culturel dans les gazettes et les écoles, l’Etat expulsait les congrégations, soutenait les loges et, donc, abattait enfin « l’infâme ». On le sait, durant une génération, l’Eglise tenta de résister, cherchant un modus vivendi avec la République qui la haïssait. Mais, après le catholicisme social d’un Lamennais qui était un aberrant compromis avec l’air du temps, l’affreux sulpicianisme dans lequel elle sombrait à la veille de la guerre disait combien elle manquait déjà de chair. Elle se soumit et commença à produire un nouveau genre de catholiques, honteux, plus obsédés par les œuvres que par leur salut. Victorieuse, la République s’amusait des querelles qui animaient son ancienne ennemie héréditaire.

Triste destin et sursaut d’absolu

Cela dit, il y avait les fidèles, qui continuaient de se rendre à la messe. En 2018, dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien, l’historien Guillaume Cuchet démontrait comment, jusqu’au début des années 1960, les églises étaient encore pleines ; c’est à ce moment-là, en quelques années seulement, qu’elles se vidèrent. Les enfants du baby-boom furent donc les premiers à refuser le rituel. Parce que leurs parents furent également les premiers à ne plus les y contraindre. Vatican II, qui est l’introduction de l’esprit du protestantisme dans l’Eglise, justifia ce reniement en promouvant la liberté de conscience. En réduisant pour ainsi dire la foi à une affaire personnelle, ce concile péteux, cornaqué par des personnes extérieures à l’Eglise, fut un prodigieux accélérateur du déclin de celle-ci. Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes ; c’est en suivant ce principe que, durant deux millénaires, l’Eglise put traverser cent hérésies et révolutions ; en s’arrimant au monde par peur de se l’aliéner, elle perdit sa force, sa grandeur et son charme. De nos jours, il n’y a plus que dans certains monastères et dans le mouvement dit traditionnaliste que l’on trouve encore des clercs érudits, souriants, combattifs, plus préoccupés par les âmes du peuple de Dieu que par le sort des migrants et avec qui l’on peut prier sans être perturbé par d’immondes dessins d’enfants ou des chants qu’on dirait écrits par une chaisière fan de Calogero.

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Disons-le tout net : l’Eglise en France n’a pas volé le triste destin qui est le sien aujourd’hui. En tant qu’institution, elle œuvre sans relâche, avec une admirable constance, à sa propre destruction. Face à l’effondrement de la pratique religieuse, elle continue de servir la soupe insipide qui fait fuir tant de jeunes gens qui, à un âge où l’on est souvent saisi par un magnifique sursaut d’absolu, préfèrent logiquement se tourner vers d’autres religions, à commencer bien sûr par l’islam. La crise des vocations, elle, découle directement du célibat des prêtres devenu insupportable non pas du fait de tentations plus nombreuses mais de l’acceptation de ces dernières, d’une miséricorde mal comprise et encore plus mal professée. Comme l’Eglise réformée dont elle suit le pathétique chemin, l’Eglise catholique se transforme en une sorte d’association où, le dimanche, par habitude plus que par conviction, des CSP+ hagards viennent prendre leur dose hebdomadaire d’« humanisme » en écoutant beugler de girondes Africaines évadées de Sister Act. Tous les fidèles ou presque commettent ce qui, pour le saint curé d’Ars, était un grave péché : en public, ils n’osent jamais affirmer leur foi, et vont même jusqu’à rire d’elle avec les autres afin de ne pas être ce « signe de contradiction » qui est pourtant leur glorieuse croix. En vérité, rejoindre l’Eglise réclame bien du courage. Dans la plupart des paroisses, surtout les progressistes, on décourage le catéchumène, on lui demande de « bien réfléchir », on lui dit qu’il devra être patient, trouver un parrain, remplir un CERFA. Il devra en outre entendre ses coreligionnaires lui expliquer que la Résurrection est une « métaphore », comme l’est la virginité de Marie, et que l’eucharistie est un « moment de partage » à l’instar des « goûters » organisés chaque mois par Elisabeth, « la maman de Sixtine ». Pour se faire accepter par « la communauté paroissiale », il faudra moins faire oraison qu’apporter des vêtements pour les Roms. Si, malgré ces nombreux écueils, le postulant s’obstine, il devra ensuite errer longtemps avant de trouver une église correcte, où le curé ne versera pas, pour composer ses homélies, dans la paraphrase ou l’apologie d’SOS Méditerranée.

Les actes anti-chrétiens sont à peine relevés, en général en dernière page des journaux gratuits!

Sans cesse moquée sur l’antenne de Radio Paris, pardon, France Inter et ses humoristes « impertinents » payés par nos impôts, décrite comme une réserve de pédophiles, d’abrutis qui croient que la Terre est plate et d’obscurantistes qui ont brûlé par millions ces « femmes libres » que l’on appelait autrefois sorcières, l’Eglise baisse la tête. Pire ! non contente d’accepter les insultes, elle promeut le changement de peuple avec un enthousiasme digne des Verts ou de RESF. En effet, il ne se passe pas un mois sans que la Conférence des évêques de France ne se fende d’un communiqué en faveur de l’accueil des hordes de miséreux, pour la plupart musulmans, qui se pressent aux portes de l’Europe. Elle croit ainsi être charitable alors qu’elle contribue à l’ensauvagement du continent ; d’en être victime, elle et ses fidèles, ne la perturbe pas. Pas plus que ne le font les actes qui visent ses cimetières et ses lieux de culte. Car si chaque lardon lancé contre une mosquée et chaque croix gammée dessinée sur une tombe juive engendre un drame national avec ministres qui se dépêchent sur place afin d’exprimer la « solidarité » de la République et promettre de nouvelles lois pour « lutter contre la haine », les actes anti-chrétiens, eux, sont à peine relevés, en général en dernière page des journaux gratuits. Or, ces derniers sont de très loin les plus nombreux – à hauteur de 90%, pour être précis. Tombes souillées par des métaleux « satanistes » en fin de soirée, sacristies incendiées par des punks à chien ayant abusé de la 8.6, objets liturgiques volés partout et en particulier dans les petites églises laissées à l’abandon : ce vandalisme-là n’indigne personne, pas même l’Eglise qui semble tétanisée.

Le brasier de Notre-Dame

Il y a un an de cela brûlait Notre-Dame de Paris. Là, pour le coup, il s’agissait d’un « événement ». Les profanes apprirent à cette occasion que l’entretien des lieux de culte chrétiens, du moins ceux bâtis avant la loi de 1905, étaient à la charge de l’Etat. Et que celui-ci, radin, comptait chaque sou. Considérées comme des monuments historiques au même titre que la maison de vacances de Sarah Bernhardt ou quelque baisodrome d’Alexandre Dumas, les églises ne jouissaient, dans le PLF 2019, que d’une partie des 346 millions d’euros dédiés par le ministère de la Culture à la sauvegarde de ces mêmes monuments, soit à peine 10% du budget de ce dernier. Tous les spécialistes s’accordent à dire que cette somme est dérisoire ; pour l’Etat républicain, il est de toute évidence plus important de subventionner les cracheurs de feu et les lanceurs de diabolo que de rénover ces endroits étranges où des gens bizarres vénèrent un Juif cloué sur une croix.

C’est très clairement dans les années 1960 que la France a commencé à ne plus être la France

L’« émotion » parfaitement artificielle que cet incendie a produite dans les médias – un peu à la manière du saccage de l’Arc de Triomphe durant le mouvement des Gilets jaunes – disait moins, en tout cas chez les politiques, le chagrin de voir fondre la mère des cathédrales du pays que celui de perdre une fraction de ces dizaines de millions de touristes sans lesquels la France ne serait plus le bronze-cul de l’Europe et le musée du monde. D’ailleurs, l’attentif aura remarqué que, dans la langue politico-journalistique, Notre-Dame était appelée « monument » ; sa qualité d’église était secondaire et même accessoire ; à travers ce spectaculaire brasier, c’étaient pour les revenus tirés du patrimoine qu’éditocrates, économistes et parlementaires pleuraient. Certes, il y eut bien quelques brefs « sujets » sur des catholiques à serre-tête qui, à l’instar des impuissants « Veilleurs » de la Manif pour Tous, faisaient leur chapelet à Saint-Michel. Mais ils ne firent rien d’autre, animés par un fatalisme que leur envient les bouddhistes auxquels ces vétérans des JMJ et de Taizé ressemblent tant sans le savoir.

A lire aussi, Aurélien Marq: Parole de « Blanc » !

A Nantes, des policiers empêchent l'approche de la cathédrale en feu, samedi 18 juillet 2020 © Laetitia Notarianni/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22474389_000011
A Nantes, des policiers empêchent l’approche de la cathédrale en feu, samedi 18 juillet 2020 © Laetitia Notarianni/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22474389_000011

Le 18 juillet, c’était au tour de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de cramer. La multiplicité des foyers d’incendie oriente les enquêteurs vers un acte criminel. Un migrant rwandais, hébergé par le diocèse, fut d’ailleurs suspecté avant d’être renvoyé dans la nature ; entre-temps, son avocat, malin au sens propre du terme, exigea que l’Eglise fasse preuve, si son client était bien coupable, de « miséricorde », la « communauté catholique » étant à ses yeux « la meilleure » en la matière – si par miséricorde on entend faiblesse et même lâcheté, c’est très vrai. Infiniment moins célèbre et lucrative que Notre-Dame, la cathédrale de Nantes fut du reste rapidement chassée de l’actualité par la saison II de la série Tous à la maison et le retour du string-ficelle sur les plages. Quatre jours après, l’affaire est déjà oubliée. Par la voix du nouveau Premier ministre, ce pauvre Jean Castex qui nous ramène aux heures les plus sombres de la IVe République, l’Etat s’est engagé à réparer les dégâts comme l’avait fait, avec son emphase coutumière, Macron pour Notre-Dame. Je n’ai pas vérifié, je le confesse, mais je parie que, face à cet énième sacrilège, l’Eglise s’est contentée de pondre une déploration sans âme, « équilibrée », qui n’accuse personne et ne réclame rien, et qui doit même remercier, en plus des vaillants pompiers, les autorités venues pour une fois soutenir les catholiques en tant que minorité.

Notre culture brûle aussi

A l’heure où une jeune aide-soignante lyonnaise, certaine Axelle, vient de mourir sous les coups de la « diversité », il convient de noter qu’il y a coïncidence entre l’écroulement de notre culture et celui de l’Eglise. C’est très clairement dans les années 1960 que la France a commencé à ne plus être la France. L’immigration africaine de masse, l’internationalisme socialo-communiste, la construction européenne, la sous-culture américaine, la colère des petits-bourgeois libertaires s’allient alors pour nous faire basculer dans une autre temporalité, un autre paradigme. On assiste à une grande inversion des valeurs. Comme une digue, l’Eglise contenait ce mouvement ; en tombant, elle entraîne le pays dans sa chute. Car comme l’écrit Malraux, une « civilisation est tout ce qui s’agrège autour d’une religion ». C’est le catholicisme qui a fait la France, modelé ses mœurs et forgé ses coutumes. Le principe libéral selon lequel une société tient par le contrat est un échec total, hormis pour de rares privilégiés qui, dans leur Aventin de Montreuil, profitent égoïstement des fruits de leurs idéaux cependant que le peuple, lui, vit dans une constante insécurité culturelle et une insécurité tout court. La nature ayant, bien entendu, horreur du vide, l’islam, par le truchement du regroupement familial et d’une natalité exubérante d’abord, vient remplacer le catholicisme. Et ce ne sont pas les risibles « valeurs de la République » qui vont l’en empêcher ; au contraire, elles se mettent à son service. Durant cinq décennies, les libéraux ont cru que les musulmans finiraient par apostasier, par se convertir eux aussi à la poursuite du bonheur, c’est-à-dire au néant ; désormais, en plus de ceux qui continuent d’y croire contre toute évidence, contre les faits – mais il est vrai que le réel ne les intéresse, que pour eux le faux est un moment du vrai – nombre d’entre eux s’accommodent de l’islamisation du pays et la subséquente violence qu’elle engendre. Ces derniers sont comme le personnage principal du Soumission de Houellebecq : ils font avec, convaincus en leur for intérieur, comme tout bon libéral qui se respecte, que tout change, évolue, qu’il faut s’adapter, et que l’on n’y peut rien.

Seule la tradition est révolutionnaire, n’est-ce pas. Il ne saurait y avoir de reconquête sans réveil de l’Eglise – n’en déplaise à l’excellent Michel Onfray. Ceux qui, dans notre camp, prétendent que nous pourrons nous en sortir sans sueur et sans larmes sont soit d’une naïveté criminelle, soit des imbéciles, soit des pleutres. Français, combien d’entre vous devront mourir avant que vous le compreniez ?

La ROPA est bien l’antichambre de la GPA

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Nouveau-né Image d'illustration Tim Bish / Unsplash

Les faillites et les chômeurs se multiplient, les avions sont cloués au sol et la dette publique explose, mais pour le projet de loi de bioéthique, «on ne peut plus attendre» considère son rapporteur, le député En Marche Jean-Louis Touraine. Dans cette loi qui arrive en deuxième lecture à l’assemblée, l’amendement de la ROPA est une atteinte à la dignité du corps de la femme. Explications


Le premier ministre Castex a reporté la réforme des retraites et de l’assurance chômage à 2021 car « la priorité des priorités, c’est l’emploi ». Pour le député Jean-Louis Touraine, l’urgence est à la loi bioéthique, qualifiée « de rupture dans l’urgence sanitaire » par son rapporteur. Aucun membre du gouvernement ne s’était déplacé, le 1er juillet dernier, pour la séance de la Commission qui lui était consacrée. La semaine prochaine sera donc débattue en seconde lecture la loi bioéthique (dont la PMA pour toutes).

Le corps des femmes méprisé

La suppression de l’article 1 proposé par le Sénat (« il n’y a pas de droit à l’enfant ») donnait le ton : l’enfant n’est plus sujet de droit mais devient l’objet de droits. Depuis, l’amendement concernant la ROPA[tooltips content= »La méthode ROPA, pour «réception d’ovocyte du partenaire», est décriée car jugée très proche la gestation pour autrui NDLR »](1)[/tooltips]  a été voté le 30 juin. Ce n’est pas un gadget. Cette technique qui fait de deux lesbiennes deux « mères » (puisque l’une donnera ses ovocytes que sa compagne portera dans son utérus), ou qui permet « le don dirigé » d’un transgenre vers son conjoint, est loin d’être une chimère. Faisant de l’enfant un bien partagé, la ROPA permet de résoudre le problème de la co-maternité. Elle est surtout l’antichambre de la GPA. Elle plonge ses racines dans l’Histoire sainte à laquelle le professeur Touraine – pourtant grand amateur de mythes bibliques – aurait pu se référer. Que le lecteur relise donc l’histoire du jugement de Salomon dans le Livre des Rois.

Cette loi bioéthique réduit le corps de la femme à un matériau dont le médecin et la technique disposent à leur gré, à un objet d’expérimentations

Je laisse de côté ce qui n’est pas nouveau : la suppression du consentement du conjoint pour le don de sperme (bravo), la suppression de la mention de l’homme dans les articles sur la filiation, la conservation des ovocytes mettant la femme sous domination de son employeur. A lire le mépris jamais atteint avec lequel est traité le corps de la femme, on se demande comment Madame Schiappa ne réagit pas avec la fougue qu’on lui connaît à cette loi qui est une atteinte à la dignité du corps de la femme. Car cette loi bioéthique, si elle néantise l’embryon, réduit le corps de la femme à un matériau dont le médecin et la technique disposent à leur gré : un objet d’expérimentation pour la recherche scientifique.

Une technique éprouvante et non sans danger

Tout le monde sait qu’une PMA par FIV avec son mari est déjà éprouvante. Dans son livre Made in labo, Dominique Folscheid montre qu’une femme est prête à tout pour « avoir » un enfant. Même faire l’amour à l’aveugle avec un inconnu dans un laboratoire. Que dire des autres techniques procréatives à laquelle une femme, sous influence, se soumet ! Car si Madame Schiappa parle des femmes battues et sous emprise de leur conjoint, que dire des femmes en mal d’enfant sous l’emprise de la technique médicalisée et coachée, à qui on fait miroiter une chose insensée, au risque de leur vie ? Qu’elle interroge les généticiens, Madame Alexandra Caude-Henrion, par exemple, directrice de recherche à l’INSERM de l’hôpital Necker. La ROPA propose une technique très éprouvante et dangereuse.

La vérité vraie est que nous sommes dans un monde qui a perdu la raison. Jugeons plutôt : avec la PMA, plus de père. Avec la ROPA, on a une mère coupée en deux. Le rêve transhumaniste se réalise, ainsi que la domination absolue de l’esprit sur le vivant, devenu de plus en plus virtuel. Cela faisait belle lurette que les laboratoires faisaient ce qu’ils voulaient du matériel humain, et que l’embryon (dont le cœur bat, rappelons-le, de manière autonome, à 21 jours) était instrumentalisé.

Véran absent sur le dossier

De même que, par la force des choses, dans un mariage lesbien, il n’y a pas de présomption de paternité, avec la ROPA, c’en est fini de l’adage « mater semper certa est. »  Qui est mon père, se demandait l’enfant dans la PMA. Qui est ma mère ? demandera, en même temps, l’enfant pris entre deux mères. Le transhumanisme est là avec l’enfant made in labo : l’homonculus, la créature de Faust, créé dans une cornue d’alchimiste, grâce à Méphisto et mise à disposition de tous les chercheurs. Sauf qu’Homonculus, dans le Faust de Goethe, n’est pas viable. On se souvient que tout le monde nous disait hier : « la PMA mais la GPA, jamais ! » On allait veiller au grain ! Avec la ROPA, la porte est ouverte sans effort à la GPA à laquelle certains députés ne sont pas hostiles. Sauf qu’un obstacle demeure qui est de taille quoi qu’on dise : l’accès aux origines. En témoigne l’histoire des époux Kermalvezen dont l’action en faveur de la levée de l’anonymat n’est pas tout à fait convaincante.

Les lesbiennes, sont les Useful Idiots du marché procréatif!

L’accès aux origines, reste donc bien une pierre d’achoppement. Partiel, il est insatisfaisant. Sa suppression est un abus de droit. La France se trouve donc dans un guêpier juridique. Si elle finalise la loi de la PMA sans la levée de l’anonymat, elle viole l’accord signé avec la Convention des droits de l’enfant (CIDE) et  désobéit à la CEDH stipulant que tout être humain a le droit d’avoir accès à ses origines. D’un autre côté, la levée de l’anonymat est devenue inutile avec les recherches génétiques sur internet. Surtout, le don de sperme, fait à l’insu de son conjoint (re-bravo) met fin à la paix des familles. Face à cette impasse d’une « non loi », le gouvernement veut accélérer le tempo. Croit-il échapper ainsi aux difficultés, d’autant que les opposants ne désarmeront pas ? La désinvolture affichée du ministre de la Santé, absent le premier juillet à la Commission parlementaire n’est-elle pas apparente ?

Une dérive inouïe

La « fenêtre d’Overton », du nom de celui qui l’a mise en œuvre, est une technique de manipulation des idées et du discours. Elle est utilisée dans les démocraties afin de légaliser tout et n’importe quoi, en s’appuyant sur la science, les médias et les lobbys. L’idée, c’est d’ouvrir la fenêtre sur un impensable – ici la « procréation » de deux femmes sans union sexuelle et la procréation sans sexe -, de le faire passer à l’acceptable, puis au sensé, au désirable, au populaire. Et in fine, c’est le politique qui tranche. On en est au dernier volet de cette manipulation. Seul  Emmanuel Macron pourrait mettre un terme à cette dérive inouïe de notre société.

Car c’est là qu’apparaît cette évidence aveuglante : les lesbiennes, sont les Useful Idiots du marché procréatif. Combien de femmes n’abuse-t-on pas depuis plus de vingt ans en leur faisant miroiter des chimères dangereuses pour leur santé ! Après avoir fait traîner en longueur ce projet de loi, le temps est à l’urgence, nous dit donc Jean-Louis Touraine. Emmanuel Macron, qui veut mettre à son tableau de chasse la PMA pour toutes – comme Hollande l’avait fait avec le mariage pour tous – calcule-t-il qu’il serait réélu grâce à une frange électorale, faiseuse de Roi, favorable à la PMA ? Est-il à ce point tributaire de lobbys ? Croit-il vraiment à cette révolution anthropologique ? Les Français sont-ils à ce point aveugles pour se désintéresser d’une telle loi ? Le désastre actuel résultant de la crise sanitaire ne leur suffit-il pas ? Le gouvernement imposera-t-il à la Chambre de voter, en catimini – une habitude, décidément – une loi contraire à la raison, une nuit de pleine lune, dans un hémicycle à moitié vide ?

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Eté 85: Ozon filme le roman qui l’a excité jeune

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François Ozon et trois de ses acteurs. De gauche à droite, François Ozon, Valeria Bruni-Tedeschi, Félix Lefebvre et Benjamin Voisin © Jean-Claude Moireau

« Eté 85 » de François Ozon, sélectionné à Cannes, est le film évènement de cette étrange rentrée cinématographique post-confinement. C’est l’adaptation du roman anglais de Aidan Chambers Dance on my grave, traduit en français par La danse du coucou.


La danse du coucou est un roman qui fascina le jeune François Ozon. Le réalisateur français a attendu 38 ans pour le porter à l’écran.

C’est une histoire d’eau, d’amour et de mort. Deux adolescents se rencontrent lors du naufrage de la frêle embarcation qu’Alex avait empruntée pour faire un tour en mer. David arrive à point nommé pour le sauver de la noyade. Et l’histoire peut commencer. Le récit a des allures de tragédie : il obéit à la règle d’unité de lieu (le Tréport, en Normandie), de temps (il se déroule en l’espace de six semaines) et d’action (une histoire d’amour qui finit mal).

© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau

Amour d’été entre deux garçons

La fin tragique, nous la devinons rapidement. Alex est confronté à une juge pour mineurs qui l’exhorte à dévoiler des faits afin d’éviter le pire. Mise en abyme : cette histoire, Alex va l’écrire alors qu’elle se déroule sous nos yeux. La structure narrative du film est construite autour de flash-back qui décrivent le fulgurant amour d’été entre deux garçons, sur fond de bande son de l’époque (Cure, Bananarama, Rod Stewart, et même Jeanne Mas). Ces tubes de l’époque rempliront de nostalgie douce ou amère ceux qui comme moi ont eu dix-sept ans, cet été-là.

David, qui a l’assurance de ceux à qui la nature a tout donné, séduit le timide Alex qui fait penser au James Dean de « La fureur de vivre ». Il a comme lui le désir d’être emporté par le tourbillon de l’adolescence. Et ce tourbillon l’emportera. Avec une perversité innocente, David initie Alex à la sexualité, à la vitesse, à la fête et aux jobs d’été (il le fera travailler à ses côtés dans le magasin familial qui vend des articles de pêche et du matériel de navigation. La mer toujours). Le réalisateur utilise des métaphores sexuelles pour signifier le désir entre deux garçons. David dégaine un peigne aux allures de cran d’arrêt pour parcourir la chevelure d’Alex. Et lorsqu’il le fait monter sur son deux-roues, il lui dit : « Laisse toi aller, détends-toi ».

L’amour finit mal, en général

La station balnéaire est filmée avec réalisme, sans afféteries filmiques, sauf pour décrire les derniers jours idylliques de la liaison avant le drame, où Ozon abuse un peu des clichés: l’hôtel sur la cote, le coucher de soleil sur la mer, les baignades joyeuses, les feux de camps sur la plage… Cela provoque comme une irréalité: cet amour est trop beau, comme inventé. Kate, l’Anglaise de l’histoire, qui sera le déclencheur de la tragédie déclare : « aimer c’est inventer ».

© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau

À l’image de Rimbaud – autre symbole de la rébellion adolescente, avec James Dean – David veut tout explorer, le fameux « dérèglement de tous les sens ». Alex, lui, reste comme en retrait de la vie, obsédé par la mort et les rites funéraires depuis l’enfance. Il provoquera la mort de celui qui lui apprend enfin à vivre. David séduit la petite Anglaise, couche avec. Cela est insupportable pour Alex, qui s’enfuit. David enfourche alors sa mobylette pour le rattraper.

Ces deux-là avaient conclu un pacte : celui qui survivrait à l’autre devrait danser sur la tombe de celui qui l’aurait précédé dans la mort. Alex tient sa promesse et danse comme un possédé sur la tombe de David au son de « I’m sailing » de Rod Stewart, titre qui ponctue le film dans ses meilleurs comme dans ses moins bons moments.

La mer, un des personnages central de la narration, propulse Alex dans le tumulte au début du film. À la fin, elle l’apaise et la vie peut continuer.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Été 85, film de François Ozon, en salles depuis le 14 juillet 2020, 1h40.

Été 85

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Derniers Vers: 21 Dernières poésies (1872)

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Ils veulent « tokeniser » Mona Lisa…

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© D.R.

Vendre la Jaconde et d’autres trésors français, pour nous sauver de la crise post-Covid?


Le temps est peut-être venu de vendre la France au poids.

L’option est à considérer pour un pays ployant lourdement sous des siècles d’histoire. Comme le temps est au déboulonnage des statues et que les grandes figures de notre passé ne valent plus bézef aux yeux de beaucoup de nos contemporains, il y a peut-être un coup économique à jouer, d’autant que les cours du bronze et du cuivre sont à leur plus haut. Cinq tonnes de Colbert en bronze peuvent vous payer une maison de campagne dans le Lubéron. Douze tonnes du général Lyautey dans un alliage métallique avantageux, et c’est la fortune ! À moins qu’elles soient refondues en monuments à la gloire de Yannick Noah, Assa Traoré ou Omar Sy…

A lire aussi, Driss Ghali : La repentance, un passe-temps pour gosses de riches

Pour sauver le pays de la crise post-Covid, nous pouvons aussi vendre à l’étranger les plus grands chefs-d’œuvre de notre patrimoine ! C’est du moins ce que défend sans rire un startuppeur débridé dans une tribune titrée « Et si on vendait la Joconde pour aider le secteur de la culture ? » Sur le site du journal Usbek & Rica, Stéphane Distinguin propose de céder le chef-d’œuvre au marché international de l’art. Rassurons-nous : même vendue, La Joconde pourrait conserver son ombre fantomatique grâce à la « blockchain » et aux outils de la « cryptomonnaie » : « On pourrait envisager de “tokeniser” La Joconde, il s’agirait alors de créer une représentation numérique d’un actif sur une blockchain. Encore plus schématiquement, ce serait un peu comme créer une monnaie dont le sous-jacent serait notre tableau afin d’en permettre la gestion et l’échange de pair-à-pair, de façon instantanée et sécurisée. » Le caractère incompréhensible de ces paroles en accroît le charme.

A lire ensuite: Usbek & Rica: n’ayez pas peur des réseaux sociaux!

Traduisons : pour le chantre de la nouvelle économie, vendre Mona Lisa serait une opportunité commerciale et culturelle : « Permettre au Louvre et à tant d’autres institutions de montrer leurs œuvres au plus grand nombre en générant des excédents, c’est moins prendre un risque qu’être à la hauteur de l’époque. »

Pas de doute, il est de son temps.

Le calvados, tout le monde connaît, mais personne n’en boit!

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Bouteilles de la maison 30&40

L’abus d’alcool est peut-être dangereux pour la santé, mais il est des douceurs qu’il faut avoir goûté…


Le calvados, tout le monde connaît, mais personne n’en boit. Et c’est bien dommage.

Comme toutes les eaux-de-vie, elle a connu son heure de gloire dans le siècle coulant de 1850 à 1950. La fin de la société rurale et ouvrière, le goût pour de nouveaux produits ont délaissé le calvados. Fini l’armagnac, le cognac et le calva, les Français comptent aujourd’hui parmi les premiers consommateurs mondiaux de whisky. Le calva a une image de boisson sympathique mais brule gueule et tord-boyau. On n’en met plus dans le café, on ne prend plus de digestif. Les stocks de calvados s’accumulent dans les réserves des paysans normands, de quoi boire pour plusieurs décennies, si jamais on voulait en boire. C’est une boisson à redécouvrir, à réapprécier, comme pour les eaux-de-vie françaises et les liqueurs ; des trésors cachés et endormis dans les caves que les nouvelles générations auront tout intérêt à redécouvrir.

Le calvados existait bien avant que les révolutionnaires ne créassent le département du même nom. C’est pourtant le territoire administratif qui a donné son nom à la boisson…

C’est ce que fait notamment l’entreprise 30&40 en sélectionnant des stocks de vieux calvados afin de les assembler et de les mettre en bouteille. Loin du tord-boyau d’antan, on découvre une boisson fine et délicate qui exalte les nombreuses saveurs de la pomme.

La boisson de la pomme

La Normandie est le pays des vaches, des fromages et des pommes. Plusieurs centaines de variétés existent, plus ou moins sucrées, plus ou moins amères. Des pommes à croquer, mais surtout à boire quand elles sont transformées en cidre. C’est à partir de cette base de cidre qu’est élaboré le calvados qui est, pour schématiser, du cidre passé en alambic et en fut de chêne[tooltips content= »Il est aussi possible de réaliser du calvados à partir de poiré, donc de poire, même si cette pratique n’est pas majoritaire. »](1)[/tooltips]. Le calvados, c’est l’art de la maîtrise du feu et du temps.

A lire aussi: Cidre: buvez des pommes!

Au commencement est donc le cidre, distillé à deux reprises pour donner un alcool pur et fin. Autrefois, les bouilleurs de cru passaient dans les fermes avec leur alambic sur leur carriole pour distiller les stocks de jus de pomme fermenté dont disposaient les paysans. L’alambic a toujours quelque chose de fascinant, cet immense objet de cuivre dégingandé qui suinte, siffle et chauffe et dont une opération quasi magique s’opère pour, au bout de ses tuyaux, de ses chauffes et de ses refroidissements, produire un alcool fort, incolore, mais non insipide. Des vapeurs d’eau précieusement récupérées et mises en fût de chêne. C’est là que le calva acquiert sa couleur et développe ses arômes. Par les pores des lamelles de chêne s’opère le mélange exquis entre l’air et le liquide, un mélange qui conduit à baisser le niveau, mais à accroître la qualité ; cette part des anges que l’on retrouve dans toutes les régions à alambic. L’oxygène provoque une oxydation qui détruit les arômes, mais qui peut aussi les magnifier, et c’est cela qui est recherché ici. Après le coup de main du bouilleur de cru vient la dextérité de l’assembleur pour choisir les bons liquides et les associer au mieux pour donner les meilleurs produits. La mise en bouteille finalise ce processus même si la boisson continue de se développer dans son flacon de verre.

Territoires et appellations

Le calvados existait bien avant que les révolutionnaires ne créassent le département du même nom. C’est pourtant le territoire administratif qui a donné son nom à la boisson, que celle-ci soit produite dans les limites du Calvados ou au-delà. On a ainsi du calvados de la Manche, de l’Eure et de l’Orne (le Perche) et même du calvados produit en Seine-Maritime, dans cette curiosité géologique qu’est la boutonnière du Bray. Le calvados est bien la boisson de la Normandie même si les Normands eux-mêmes s’en détournent au profit des alcools d’ailleurs.

Plus fin, plus frais, plus fruité qu’un whisky, le calvados peut accompagner l’ensemble d’un repas. À l’apéritif d’abord où il éveille les papilles et délie les …

>>> Lire la fin sur le site de la revue amie Conflits <<<

Rokhaya Diallo: « Cher.e.s lectrices et lecteurs de Causeur… »

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Rokhaya Diallo Photo: Hannah Assouline

Convaincue qu’il existe un privilège blanc et un racisme systémique au coeur de la société française, Rokhaya Diallo interroge notre histoire commune. Cette féministe décoloniale et intersectionnelle critique la France au nom même des valeurs françaises.


Cher.e.s lectrices et lecteurs de Causeur,

Que les choses soient claires, je ne vous écris pas pour me rendre aimable à vos yeux. Lorsque je m’exprime publiquement, je ne le fais pas dans le but d’être appréciée, ma vie personnelle me nourrit suffisamment de ce point de vue. Mon objectif n’est pas non plus de ménager les sensibilités si françaises qui surgissent dès lors qu’il s’agit d’évoquer des questions relatives au racisme ou au sexisme.

Ainsi, si vous pouvez parfaitement honnir ma personne ou ce qu’elle semble incarner à vos yeux, de grâce, faites-le pour de bonnes raisons.

Les rares fois où mon regard a croisé des textes publiés dans Causeur, j’y étais vertement mise en cause, tantôt accusée de m’abreuver d’un racisme imaginaire, tantôt de vouloir asseoir la domination des minorités pour mieux éradiquer les pauvres hommes blancs étouffés dans leur culpabilité.

On a tendance à valoriser les minorités lorsqu’elles se contentent de formuler une reconnaissance béate. Ce n’est pas mon cas

Pour commencer, l’obsession « racialiste » que vous me prêtez témoigne surtout de votre inconfort à l’évocation des questions raciales en France. Je suis une femme noire et je l’ai découvert à travers les regards, les interrogations, les suspicions ou les stigmatisations qui ont jalonné ma vie. Si aujourd’hui je suis dans une position sociale plutôt privilégiée, je n’ai pas vraiment les moyens d’oublier ma condition raciale, car il se trouve toujours une personne ou une situation pour me la rappeler. Se penser en dehors de toute considération raciale (ou raciste) est un luxe dont ne disposent pas les personnes qui encourent vingt fois plus de risques d’être contrôlées par la police (les jeunes hommes perçus comme arabes ou noirs). Quand on se voit régulièrement rejeté.e dans la recherche d’un appartement, d’un logement ou de l’accès à un loisir du seul fait de sa couleur de peau ou de son patronyme, il est difficile de s’affranchir d’une lecture de la société tenant compte du racisme. Son impact aussi protéiforme que diffus est beaucoup plus lourd que ce que la plupart des personnes qui ne le subissent pas sont prêtes à admettre. Aussi, faire comme moi le choix de mettre sa plume au service de la lutte contre les inégalités, en particulier contre celles qui font l’objet d’un déni massif, on prend le risque d’être à l’origine de rappels désagréables.

Je fais donc usage de ma position personnelle pour rappeler que la plupart des personnes minorées en France sont encore victimes d’exclusion et j’assume le fait de porter cette parole dans des espaces peu habitués à entendre des voix comme la mienne. Si cela fait grincer des dents, peu importe. Je n’aspire aucunement à devenir la fameuse amie noire qu’invoquent les gens qui ont besoin de se rassurer.

A lire aussi: Linda Kebbab: «les policiers sont les fonctionnaires les plus sanctionnés de France!»

J’estime que mon expérience me rend particulièrement légitime pour évoquer les questions raciales, que je vis dans ma chair en plus de les explorer dans mes recherches, travaux et productions artistiques. Tout comme je pense être plus qualifiée qu’un homme cisgenre[tooltips content= »Qui s’identifie au genre qui lui a été assigné à sa naissance. »]1[/tooltips] pour décrire la douleur et l’inconfort que peuvent provoquer les règles périodiques dans une société dont la priorité n’est manifestement pas d’accommoder les femmes, mais plutôt de leur vendre des produits « hygiéniques » dont la toxicité a pourtant été démontrée à maintes reprises. On est spécialiste de sa condition, car elle charpente la manière dont on appréhende le monde et nous place dans des dispositions qui nous confèrent une acuité que ne possèdent pas les personnes qui ne partagent pas ce vécu.

Me qualifier de « racialiste » est presque comique tant cela témoigne d’une inculture et d’un refus de voir la société telle qu’elle est. Je suis flattée que l’on m’accorde un tel pouvoir, mais je dois faire preuve d’humilité : les catégories que je mobilise pour décrire et dénoncer la mécanique discriminatoire existaient bien avant moi. J’imagine que de nombreuses personnes les ignoraient de manière bien commode et qu’il est plus facile de m’accuser de les inventer et d’insuffler des divisions, qui apparemment ne tiennent qu’à mon existence dans l’espace public, plutôt que de s’en prendre véritablement au mal qui ronge notre société. Tuer le messager porteur de nouvelles désagréables plutôt que d’affronter les conséquences de son annonce est un classique.

Photo: Hannah Assouline
Photo: Hannah Assouline

M’opposer un universalisme théorique alors que la réalité objective est gangrénée par les méfaits du racisme et du sexisme est une posture parfaitement hypocrite. Un universalisme incapable de nommer les problèmes et de décrire les discriminations et leurs sources est un leurre. À votre universalisme conservateur qui ferme les yeux sur les problèmes, je préfère mon universalisme qui implique la reconnaissance de tous les particuliers.

Si je parle des Blanc.he.s, c’est parce que j’en ai assez de voir le débat sur l’égalité se focaliser depuis des décennies sur les « minorités visibles » et autres « Noir.e.s ou Asiatiques de France ». Comme si elles étaient seules responsables de leur condition et seules engagées dans la dynamique raciale. Si une personne non blanche est discriminée du fait de sa couleur de peau, c’est qu’une personne blanche obtiendra le bien ou le service qui ne lui a pas été accordé. Et cette personne ne le saura probablement jamais. C’est pour cela que l’on parle de privilège blanc. Il ne s’agit pas de dire que toutes les personnes blanches vivent dans un luxe insolent, mais que leur couleur de peau seule ne sera jamais un obstacle pour avancer dans notre société, et qu’elle constitue même un avantage par rapport à des personnes qui, elles, savent que leur couleur de peau constitue un désavantage certain. À conditions égales, il est évident que le fait d’être blanc est plus favorable dans quasiment toutes les circonstances quotidiennes. Et surtout quand on est blanc, on a le choix de ne pas penser à sa couleur de peau, car elle ne nuit jamais à son évolution sociale.

Par ailleurs, je ne souscris pas à ce discours qui ne considère que la classe sociale, car elle ne préserve personne du racisme qui frappe, quelle que soit la position sociale (pensons à notre ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira).

La question raciale n’est évidemment pas la seule clé de lecture des inégalités qui s’expriment aussi sur le plan socio-économique, ou à travers le sexisme, l’homophobie ou encore le validisme[tooltips content= »Oppression et discriminations des personnes vivant en situation de handicap. »]2[/tooltips]. Mais cette question est transversale, elle ne concerne pas qu’une partie de l’échiquier politique. Contrairement à ce qui dominait l’antiracisme des années 1980, je ne crois aucunement que la gauche soit miraculeusement hermétique à tout racisme, et que seule l’extrême droite pose problème. Cette idéologie qui gangrène une société n’est pas celle d’un camp. Oui, vous avez bien lu, je crois en l’existence d’un racisme systémique, qui n’est pas le seul fait de quelques individus problématiques, mais le fruit d’une histoire. Comme aux États-Unis. Nos pays sont certes différents, ne serait-ce que parce que la violence policière, voire la violence en général, est autrement plus endémique en Amérique. Il n’est pas besoin d’« importer » la grille de lecture des États-Unis sur la France, ce dont on m’accuse souvent : en matière de racisme, la France se débrouille très bien toute seule.

A lire aussi, notre enquête: La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Nous avons une histoire esclavagiste et américaine qui est encore lisible dans la constitution même de nos territoires. Si des départements français sont situés sur le continent américain ou dans l’océan Indien, c’est bien parce que la France était une importante puissance esclavagiste. Nombre de nos concitoyen.ne.s sont les descendant.e.s de personnes torturées par l’esclavage. Et si l’esclavage français m’intéresse en premier lieu, c’est parce que je suis française : c’est notre histoire commune que j’interroge en priorité. Il me semble très périlleux de tenter d’extraire notre pays de cette réalité historique et d’affirmer que cette histoire ne produirait pas de conséquences sur nos vies actuelles.

La France a été condamnée à maintes reprises par des juridictions internationales et nationales du fait de pratiques racistes dans la police, sans que cela ne donne lieu à aucune décision politique annonçant une quelconque intention de changer quoi que ce soit. C’est donc bien l’institution qui refuse de remettre en question ses pratiques racistes, ce qui démontre donc une tolérance voire une complicité active avec un racisme évident.

Je pourrais poursuivre ma démonstration et l’agrémenter de dizaines d’exemples, mais je crois que le sujet est ailleurs. Nous vivons dans un pays qui, à travers les fictions produites sur les écrans et dans sa littérature, est incapable de se représenter tel qu’il est, et qui, quand il présente des visages non blancs, persiste trop souvent à les cantonner dans des récits relatifs à une réalité liée à la banlieue ou à la migration. Cette absence est aussi perceptible sur les plateaux de télévision, où parfois même les débats relatifs au racisme se déroulent entre Blanc.he.s. C’est cette France du déni peu habituée à la remise en question que j’interpelle sans relâche. Cela suscite de l’inconfort, car on a plutôt tendance à valoriser les minorités lorsqu’elles se contentent de formuler une reconnaissance béate. Ce n’est pas mon cas. En tant que Française, je me sens parfaitement légitime pour critiquer mon pays. Je le rappellerai aux principes dont il m’a abreuvée aussi souvent qu’il le faudra.

A lire ensuite: Le Canossa permanent

Je n’imagine pas vous avoir convaincu.e.s de la pertinence de mes arguments, mais espère que vous prendrez la peine de critiquer mes idées en prenant connaissance de mes travaux au lieu de vous contenter de commenter quelques tronçons de phrases collectés çà et là par mes détracteurs. J’aimerais que dans votre opposition, vous fassiez preuve de respect pour ce que je dis réellement et que vous vous astreigniez à un minimum de discipline intellectuelle.

Si vous vous sentez personnellement attaqué.e.s à chaque fois que je dénonce les dysfonctionnements de mon pays, si vous avez l’impression que mes reproches vous visent en tant qu’individus, posez-vous les bonnes questions.

Oui, j’écris en écriture inclusive, désolée si ça vous pique les yeux, mais je crois qu’il est bon de savoir sortir de sa zone de confort. Disons que c’est pour votre bien.

Mes salutations cordiales,

Sale temps pour les Traoré

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Assa Traoré le 13 juin 2020 a Paris. (c) Eric Dessons/JDD/SIPA/2006141600

Entre révélations embarrassantes et révolte populaire 2.0 (#onveutdesnoms), on dirait que le vent tourne pour la famille qui voulait mettre la France à genoux.


On ne salit pas les morts. À cette règle, je trouve néanmoins nécessaire d’ajouter qu’on ne doit pas les instrumentaliser. Depuis des années, la famille Traoré réécrit l’histoire, faisant passer l’État pour une machine totalitaire, et peignant le défunt Adama comme le gendre idéal, alors que Le Point nous livre d’étonnantes informations sur les viols dont il est soupçonné.

En parallèle, la France qu’on voudrait humilier – celle qui s’oppose aux injonctions d’une sempiternelle repentance –, silencieuse, périphérique, coupable car blanche, a contre-attaqué. Sur Twitter, elle a depuis plusieurs jours réussi à noyer la propagande du clan Traoré et autres associations racialistes en diffusant les hashtags #laracailletue, #stopauxtraore ou encore #onveutdesnoms. Lassés de voir la réalité travestie, des milliers de citoyens ont finalement pris à leur propre jeu les obsédés de la race.

L’affaire Traoré, feuilleton sans fin

Chaque matin viennent à nos oreilles de nouvelles révélations sur l’affaire Traoré et sa nébuleuse. Nous avons sur Causeur mis en lumière le passé professionnel confondant de la sœur Assa. Autour d’elle s’agite une troupe nombreuse, fruit d’une polygamie qui je le rappelle est interdite par la loi française, mais que la justice de notre pays a condamnée pour bien d’autres motifs.

À lire aussi : La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Adepte des causes épiques, je doute que même notre nouveau garde des Sceaux aurait accepté de représenter un tel dossier. Celui d’une mort malheureuse, mais pour laquelle quatre expertises ont confirmé l’innocence des gendarmes. Celui d’une prétendue victime au casier judiciaire généreux, qui le jour de son décès a tenté d’échapper deux fois aux forces de l’ordre, et dont on apprend cette semaine que le co-détenu qui l’accusait de viol a été indemnisé (à hauteur de 15 000€). Forcer un homme à pratiquer une fellation entre deux manettes de PlayStation et sous la menace d’une fourchette aurait pu inspirer une belle photo à Robert Mapplethorpe, mais là il faut bien avouer que ça fait tache !

La « fachosphère » n’exige pas le rétablissement de la peine de mort, mais de la vérité

C’est dans un contexte de défiance vis-à-vis de la police – et même de toute une population blanche – instauré par le Comité Vérité et Justice pour Adama, que des voix dissonantes se sont élevées. Les faits à l’origine de ce sursaut sont barbares, ils symbolisent l’hyperviolence devenue quotidienne et ont ôté la vie à des innocents : il s’agit du meurtre du chauffeur de bus Philippe Monguillot à Bayonne, de la gendarme Mélanie Lemée fauchée lors d’un contrôle routier, et de la jeune aide-soignante Axelle Dorier dont le corps a été trainé sur 800 mètres le weekend dernier à Lyon. Ces trois victimes ont été gratuitement mises à mort. Devant l’horreur, les internautes ont exigé des noms ; puis les ont rapidement obtenus. Et là, patatras : tous les noms des participants semblaient être à consonance étrangère. Ces crimes, s’ils avaient été commis envers des Noirs ou des maghrébins, auraient évidemment réveillé la meute racialiste, étonnamment inerte face à ces récents assassinats. Dans la logique des Traoré et consorts – qui trient les citoyens selon la couleur de leur peau –, ce constat aurait dû à nouveau mettre le feu aux rues. Tout cela produit l’inverse de l’effet escompté : à vouloir tout traiter par le prisme de la race, ce sont finalement les minorités qui sont exposées au ressentiment.

Cette bataille autour des noms est également la conséquence d’une exaspération face à la manière dont les grands médias rapportent ce type de dossiers. Des internautes ont exhumé une vidéo surréaliste de l’émission 28 Minutes sur Arte, où les intervenants nous expliquent sans vergogne qu’il est de coutume, pour évoquer les bourreaux, de remplacer les prénoms susceptibles de réveiller le populisme par des prénoms de Français que les indigénistes considèrent comme « privilégiés ».

C’est la rue qui tue. Pas la police

En opposition au fantasme de racisme systémique hurlé par celle qui se rêve en Rosa « Traoré » Parks – version toc –, appuyons-nous sur du factuel. En ces temps de cathédrales qui brûlent, il est nécessaire je crois de « remettre l’église au milieu du village ». Il parait que la police tyrannise les minorités ? Bruno Pomart, maire et instructeur du Raid, nous livre une toute autre réalité : chaque année, ce sont 600 policiers qui sont blessés par arme ! À croire que quand on tient à son intégrité physique, il vaut mieux être un voyou de banlieue que porter l’uniforme.

À lire aussi : Quand la manif pour Traoré fait chou blanc

Dans son rapport de 2019, l’IGPN enregistre 19 décès, précisant que plus d’un tiers résultent « du comportement direct du particulier ou de son état physique », et que la mort n’est pas forcément occasionnée par l’intervention des policiers, mais peut être provoquée par une cause exogène. Il est également nécessaire d’indiquer que parmi ces « martyrs » sont comptabilisées des personnes qui se sont suicidées, qui ont perdu la vie en prenant la fuite, ou encore qui venaient de perpétrer un attentat (!). Ces chiffres viennent balayer la théorie selon laquelle notre police pratiquerait l’épuration ethnique, comme l’atteste Camélia Jordana. Mais là où la starlette qui s’improvise procureur pourrait parler avec justesse de « massacre », c’est en évoquant les homicides recensés en France : 970 rien que pour l’année 2019 ! Le « pire bilan qu’on ait vu depuis des années », d’après Alain Bauer. La faute à la police, Madame Jordana ?

Quant à Madame Traoré, la lutte qu’elle mène doit être éreintante. Enfanter le faux du vrai exige d’immenses ressources, et elle parait très fatiguée dans ses récentes interviews. Ne serait-ce pas le moment idoine pour prendre un nouveau congé ?

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Le grand abandon: Les élites françaises et l'islamisme

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Darmanin: nos féministes font bien peu de cas de la présomption d’innocence

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Militants féministes radicaux, le 10 juillet 2020 à Paris © Gabrielle CEZARD / BRST / SIPA Numéro de reportage: 00972106_000003

Dans les affaires de viols, une accusation ne peut et ne doit jamais être d’emblée considérée comme une vérité, et pas davantage quand elle vise une personnalité politique. Les associations féministes et nos médias seraient bien inspirés de s’en souvenir.


Le principe selon lequel une femme ou un homme politique devrait renoncer à une fonction ministérielle au motif que celle-ci ou celui-ci serait accusé d’avoir commis une infraction est un principe absurde, dangereux et contraire à la présomption d’innocence.

Aucun texte légal n’a institué une telle obligation qui résulte d’une simple pratique instituée par Edouard Balladur alors Premier Ministre et n’ayant donc aucun caractère coercitif pour les gouvernements qui lui ont succédé.

Le principe fondamental de la présomption d’innocence

Une telle pratique a pour effet de considérer que toute personnalité politique accusée – voire seulement soupçonnée – d’avoir commis une infraction quelle qu’elle soit serait ainsi d’emblée présumée coupable et condamnée d’avance.

A lire aussi, Paul Thibaud: Adèle Haenel: dessine-moi une victime

Or, ceci est contraire au principe de la présomption d’innocence proclamée par l’article 9 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 laquelle fait partie intégrante de notre Constitution et institue des principes fondamentaux intangibles qu’il nous appartient à toutes et à tous de rappeler et de défendre. Exiger d’une femme ou d’un homme politique qu’elle ou il renonce à la fonction ministérielle qui lui a été confiée constitue une violation manifeste de cette présomption d’innocence dès lors que la personne intéressée n’a pas encore été éventuellement jugée et déclarée coupable de façon définitive. Si nous devions exiger une telle pratique pour le personnel politique, pourquoi alors ne pas l’appliquer à tout professionnel quel qu’il soit et imposer ainsi à toute personne accusée de quelque infraction que ce soit de renoncer à sa fonction tant que l’enquête et les poursuites éventuelles seraient en cours ? Un journaliste devrait ainsi cesser d’exercer dès lors qu’il serait par exemple accusé d’avoir diffamé, d’avoir commis un viol ou d’avoir diffusé de fausses informations en attendant l’issue des investigations le concernant ? Il en serait de même pour les avocats, les magistrats ou tous autres professionnels ? Sommes-nous prêts à accepter cela ? Bien sûr que non, fort heureusement.

Les politiques relégués au rang de sous-citoyens

Alors pourquoi imposer aux seuls politiques ce qui s’apparenterait manifestement à une présomption de culpabilité ? Une telle pratique paraît ainsi absurde et est de surcroît dangereuse.

A lire aussi: Au cœur de l’hypocrisie féministe, la codification des témoignages victimaires

Pour empêcher une personnalité politique d’exercer une fonction ministérielle pour des motifs personnels inavouables, ou pour nuire à un gouvernement qu’on exècre pour des motifs politiques, ou encore pour tenter de déstabiliser notre régime républicain et démocratique, on n’hésitera pas – ce qui est peut-être déjà le cas – à faire accuser à tort un ou plusieurs membres du gouvernement. Et on pourra toujours compter sur des inquisiteurs qui s’acharneront à exiger la démission de la cible désignée en prétendant défendre une bonne cause alors qu’ils sont animés par des arrière-pensées politiques.

Edwy Plenel, avril 2012. SIPA. 00618647_000021
Edwy Plenel, avril 2012. SIPA. 00618647_000021

Tel est ainsi le cas pour ce qui concerne Gérald Darmanin, sans cesse harcelé par des gourous auto proclamés qui prétendent défendre le féminisme et qui en réalité desservent cette noble cause aux côtés de certains qui vénèrent Robespierre. Ce faisant, ils feignent d’oublier que celui-ci et ses acolytes – dont Marat, l’ami prétendu du peuple – ont nourri la guillotine de plusieurs milliers d’innocents parmi lesquels Olympe de Gouges, féministe digne de ce nom et auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et ce, grâce à la Loi scélérate des suspects du 17 septembre 1793, laquelle piétinait les droits fondamentaux proclamés en 1789 et en particulier la présomption d’innocence.

A lire ensuite: Nomination d’Éric Dupond-Moretti: une mauvaise nouvelle pour les féministes

Exerçant la profession d’avocat, j’ai eu l’occasion de défendre, dans le cadre d’agressions sexuelles, des parties civiles, mais aussi des prévenus dont certains ont été relaxés, et donc reconnus innocents. Cette expérience m’a permis de constater que des enfants peuvent mentir et accuser à tort. L’affaire d’Outreau en est une démonstration éclatante. Des adultes, hommes ou femmes, sont également capables de mentir et d’accuser à tort et plusieurs affaires l’ont également démontré.

C’est pourquoi, une accusation émanant d’un enfant ou d’un adulte ne peut et ne doit jamais être d’emblée considérée comme une vérité absolue et pas davantage quand elle vise une personnalité politique. Il est souhaitable que, responsables de la diffusion des informations, les journalistes veillent à rappeler à leurs lecteurs ou auditeurs l’existence des principes fondamentaux qui sont le socle de notre démocratie et des droits de l’homme (et de la femme) et ne se fassent pas le relais de propos contraires à ceux-ci, ni ne les entretiennent, ce que nous pouvons déplorer dans certains médias. La présomption d’innocence ne doit pas être à géométrie variable selon qu’elle concerne un simple citoyen ou une personnalité politique.

Libérons nous du féminisme !

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Convalescences, la littérature au repos

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Thomas Mann, écrivain allemand, auteur de "La Montagne magique" © MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage: 51371121_000001

La lecture du livre de Daniel Ménager est un bonheur constant.

D’abord, ce n’est pas tous les jours, par les temps qui courent, qu’un livre publié témoigne de l’extrême culture de son auteur. Seiziémiste de formation et de carrière, Ménager embrasse tout ce qui s’est écrit, en France et à l’étranger, depuis trois mille ans. Une paille.
Bien sûr, les hilotes — et parmi eux nombre de spécialistes auto-proclamés de la littérature — trouveront cela assommant : être confronté sans cesse à ses défaillances culturelles est une ordalie redoutable. Mais « bonheur » n’est pas un mot usurpé : on se régale à la lecture du décryptage de ce moment si peu prisé durant des siècles, cette plage d’attente, de réflexion et d’inertie apparente qu’on appelle une convalescence.

Le plus beau, c’est que le livre, qui vient d’arriver chez vos libraires, a été imprimé en mars, et qu’il a donc été écrit bien avant que la France soit malade (savoir si elle l’est d’un virus ou du discours tenu sur ce virus est encore une autre histoire). En tout cas, cette plongée dans ces littératures où il ne se passe rien, sinon l’attente d’un renouveau, est fascinante.

Les héros médiévaux ne sont jamais à proprement parler convalescents. Gémir entre les bras des femmes (il y a toujours des femmes dans les convalescences, et bien avant qu’elles ne deviennent professionnelles de la santé) est moyennement viril. Le chevalier blessé passe sans transition de l’extrême faiblesse aux forces retrouvées — et paf ! il reprend son armure, son cheval et sa quête.

Le mot arrive en français au XVIe siècle — justement. C’est avec l’Astrée que se déroule le plus long et le plus malicieux des récits de convalescence. Et pour ce qui est des femmes, Céladon n’en manque pas, lui qui achève sa convalescence déguisé en fille.

J’ai connu Ménager à Nanterre en 1974-75. Il faisait le cours d’agrégation sur Rabelais — une merveille de cours que les pauvres étudiants de l’ENS venaient espionner en douce : nous demandâmes d’ailleurs qu’il soit démarché pour y enseigner l’année suivante. J’ai depuis cette époque suivi ses multiples publications, plus expertes chaque fois, et plus décalées depuis qu’il est à la retraite, et qu’il n’a pas à ménager (ah ah) tel ou telle de ses collègues. C’est ainsi qu’il cite le bel ouvrage de Marie-Christine Bellosta sur Céline…

(Parenthèse. En 2007, Xavier Darcos m’affirma : « La nomination de Bellosta comme Inspectrice Générale est dans les tuyaux ». Eh bien elle y est restée. Très brillante Maître de conférence à l’ENS, engagée dans la FONDAPOL, boîte à idées réputée de droite, adversaire farouche des pédagogistes, Bellosta succomba aux pressions de la Machine, qui ne voulait pas d’elle. Ceux qui aujourd’hui reprochent à Blanquer de ne pas faire le ménage parmi les pontes outrecuidants des ESPE / INSPE devraient réfléchir à cette vérité : la techno-structure est plus puissante que le ministre, et elle est contrôlée depuis vingt ans par les facariens qui l’ont infestée.
Parenthèse dans la parenthèse. Céline a tout connu de la convalescence, d’abord à titre personnel, après une très sérieuse blessure en 14-18, puis comme médecin. Et Ménager suggère très finement que le spectacle de la misère — rappelez-vous la mort de Bébert dans le Voyage — est peut-être la clé de cette misanthropie célinienne qui a renversé les convictions humanistes du docteur Destouches et s’est déchaînée en se spécialisant en direction des Juifs — à ceci près qu’il soignait gratuitement les Juifs pauvres de sa clientèle, pendant que de bons Gaulois bien de chez nous les dénonçaient aux autorités vichyssoises. Rien n’est simple, fin parenthèse).

La question centrale de la convalescence est de savoir qui émerge en fin de compte du lit de repos ou de la chaise longue où le héros de la Montagne magique soigne sa phtisie. Redevenons-nous peu ou prou celui que nous étions ? Ou en est-il de la convalescence comme de la …

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Convalescences: La littérature au repos

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L’irrédentisme multifront de la République de Xi

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Exercices militaires Han Kuang à Taiwan, préparant une éventuelle attaque de la Chine communiste, le 16 juillet 2020 © SOPA Images / SIPA/SIPA Numéro de reportage: 00973001_000005

En plus de l’intense tension diplomatique entre Pékin et Washington, la Chine est menaçante auprès d’une bonne partie de ses voisins immédiats (Taïwan, Bhoutan, Inde, Russie…).


La trente-sixième édition des exercices militaires Han Kuang a eu lieu à Formose entre le 13 et 17 juillet 2020 (notre photo). Chaque année, ces exercices visent à simuler une attaque chinoise (République populaire de Chine) sur l’île et à évaluer la préparation de Taïwan (République de Chine) à cette menace. Chaque année aussi la menace semble plus pressante et la qualité technique des deux armées évolue et progresse. Cette année la répétition armée répond plus précisément à ce que la Chine prépare pour début août autour de Hainan. La visée militaire de ces exercices chinois à venir relatifs aux îlots contrôlés de facto par Taïwan est claire ; comme le disait Song Zhongping au Global Times : « Les exercices simulant la prise de contrôle sont destinés aux îles Dongsha, Penghu et à la plus grande île, à savoir celle de Taiwan. Si les sécessionnistes taïwanais insistent sur la sécession, les exercices militaires peuvent se transformer à tout moment ».

Les tensions Inde/Chine directes ou indirectes, par Bhoutan et Népal interposés sont au plus haut

Gardons à l’esprit que le terme « sécessionniste » n’a guère de sens pour Formose : passée sous pavillon « chinois » en 1661 seulement, par l’intermédiaire de Koxinga, un loyaliste Ming sino-japonais, intégrée à l’Empire japonais en 1895, puis recolonisée en 1949 par l’armée nationaliste du Kuomingtang après la perte du continent, Taïwan n’a jamais appartenu à la République populaire.

Affrontements à l’arme blanche avec les Indiens

La volonté par la Chine dite communiste de mettre fin au régime autonome et démocratique de Taïwan s’inscrit dans une logique révisionniste dont tous les voisins commencent à éprouver les effets délétères. Exemple récent avec les relations diplomatiques entre la Chine et l’Inde, les deux géants asiatiques, qui ont pris un nouveau tour avec l’incident du 15 et 16 juin 2020 : des soldats des deux puissances nucléaires se sont livrés à un affrontement meurtrier à l’arme blanche dans la vallée du Galwan. New Dehli a reconnu 20 morts et des dizaines de blessés, mais Pékin a refusé de donner un décompte précis du nombre de victimes. L’incident survient dans un contexte spécifique : d’une part, la révision par l’Inde de l’article 370 de la Constitution séparant le Ladakh de l’État du Jammu-et-Cachemire ; d’autre part, la finalisation d’une route de 255 km qui pourrait faire obstacle au Corridor Chine-Pakistan, un axe essentiel des « Nouvelles Routes de la soie chinoises ». Le 3 juillet, le Premier ministre indien Narendra Modi s’est rendu dans la base à plus de 4000 mètres d’altitude pour haranguer les troupes et dénoncer « l’expansionnisme chinois ».

A lire aussi, Gil Mihaely: Architecture: la fin des copies « made in China »

« Expansionnisme » qu’illustre également le différend territorial avec le Bhoutan qui vient de resurgir à l’instigation de Pékin qui lui réclame 495 km2 au nord et 269 km2 à l’ouest en échange d’environ 100 km2 à Doklam. Manière de faire pression sur l’Inde alors que le Népal, sous influence chinoise vient d’interdire toutes les chaînes d’information indienne sur son territoire. Les tensions Inde/Chine directes ou indirectes, par Bhoutan et Népal interposés sont donc au plus haut. L’Inde a choisi de répondre aux morts du 16 juin en se montrant offensive : New Dehli vient d’interdire 58 applications téléphoniques chinoises dont TikTok, WeChat, Helo, pourtant très populaires dans le pays. Même si Pékin a dénoncé une mesure anti-concurrentielle, il lui est difficile d’être crédible alors que Google, Facebook, Twitter, etc. sont interdits en Chine…

Vladivostok chinoise?

La Chine de Xi Jinping semble être poussée par une volonté de puissance néo-dynastique qui la conduit à clamer ses revendications territoriales partout dans le monde : en Inde, au Bhoutan, mais aussi dans les mers de Chine de Sud contre le Vietnam, les Philippines et l’Indonésie, voire même en Russie où les 160 ans de la ville de Vladivostok fêtés par Moscou ont fait l’objet d’une condamnation en Chine : en effet, selon Pékin, Vladivostok est chinoise – et ce alors même que le traité d’Aigun en 1858, annulant une partie du traité de Nerchinsk en 1689, en fait, en droit international, une ville russe sans conteste possible.

Le président Macron, le président Xi Jinping et leurs femmes, à Shanghai le 5 novembre 2019 © CHINE NOUVELLE/SIPA Numéro de reportage: 00931063_000003
Le président Macron, le président Xi Jinping et leurs femmes, à Shanghai le 5 novembre 2019 © CHINE NOUVELLE/SIPA Numéro de reportage: 00931063_000003

L’incident mineur traduit ce fait général partout à l’œuvre aux marges des frontières chinoises aussi bien au Nord et à l’Est, qu’au Sud et à l’Ouest : la volonté, aussi bien révisionniste qu’irrédentiste, de « retrouver » le territoire de la dynastie mandchoue Qing tel qu’il l’était avant les Guerres de l’Opium et les « traités inégaux ». Notons que c’est la même logique qui prévalut aux déclenchements des deux guerres mondiales entre la France et l’Allemagne. Or, dans le cas chinois, tout ceci est trois fois paradoxal : d’une part, parce que la dynastie Qing était considérée comme non-chinoise par les révolutionnaires de 1911 (donc pourquoi vouloir en restaurer l’Empire?) ; d’autre part, parce que le parti communiste entendait mettre fin pour toujours au féodalisme dynastique ; enfin, parce qu’on oublie le discours du 10 avril 1974 de Deng Xiaoping dans lequel il affirmait, en conclusion, que la Chine ne serait jamais une superpuissance car elle ne serait jamais ni capitaliste ni impérialiste : « La Chine n’est pas une superpuissance et ne cherchera jamais à l’être. […] Une superpuissance est un pays impérialiste qui soumet partout d’autres pays à son agression, à son ingérence, à son contrôle, à sa subversion ou à son pillage et qui lutte pour l’hégémonie mondiale. Si le capitalisme est restauré dans un grand pays socialiste, il deviendra inévitablement une superpuissance. […] Si un jour la Chine devait changer de couleur et devenir une superpuissance, si elle aussi devait jouer le rôle du tyran dans le monde et soumettre partout les autres à son harcèlement, à son agression et à son exploitation, les peuples du monde devraient s’y opposer et travailler avec le peuple chinois pour le renverser. »

Deng Xiaoping, secrétaire général du Parti communiste chinois de 1956 à 1967 puis numéro 1 de la république populaire de Chine de décembre 1978 à 1992

L’Inde pourrait repenser son soutien à la politique d’une seule Chine

Paroles prophétiques ? Tout semble indiquer en tout cas que la Chine est bien aujourd’hui devenue une superpuissance, aussi bien économique que militaire et que, de fait, elle affirme désormais ses ambitions territoriales. Et la plus intense et plus immédiate de celles-ci concerne bien sûr Taïwan.

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C’est ici que « l’exemple indien » peut être pris en considération.

D’une part, le fait d’avoir appliqué au domaine du numérique, la réciprocité que Pékin prétend établir dans tous ces échanges pourrait faire des émules : pourquoi en effet autoriser WeChat et Huawei aux États-Unis ou ailleurs si Facebook ou Google ne sont pas autorisés en Chine ?

D’autre part, des voix s’élèvent à New Dehli pour demander au gouvernement d’abandonner sa reconnaissance de la politique « d’une seule Chine » puisque la Chine dénie formellement et pratiquement la réalité « d’une seule Inde ». Plusieurs tribunes dans les journaux indiens et colloques d’experts demandent de repenser la relation à Taïwan : on peut citer par exemple la fondation « Rethinking India’s ‘One China Policy’ ». Ou les déclarations claires de Rajesh Singh sur le site PGurus : « Pékin clame toujours haut et fort sa politique d’une seule Chine. Elle considère Taïwan comme son propre territoire et elle a occupé le Tibet dans le cadre de cette politique. New Delhi a toujours été indulgente sur ce point, malgré le fait que la Chine n’ait jamais reconnu la politique d’une seule Inde, qui implique que le Cachemire occupé par le Pakistan, le Gilgit et le Baltistan et Aksai Chin fassent partie du territoire indien. L’Inde doit repenser son soutien à la politique d’une seule Chine. Si Pékin refuse de voir la raison, New Delhi doit s’attaquer au problème du Tibet. Il doit ouvrir des voies de communication officielles avec Taïwan, intensifier les échanges commerciaux avec ce pays. »

N’importe quel pays a toujours, unilatéralement, la possibilité de dénoncer le principe d’une seule Chine. Certes, la Chine répliquerait en rompant les relations diplomatiques et commerciales avec ce pays, mais si tous les pays de l’OTAN, voire de l’OCDE faisaient de même, la Chine se retrouverait presque seule et sans beaucoup de marges. Nous n’en sommes pas là, mais si les relations entre la Chine et les États-Unis qui viennent coup sur coup de fermer deux ambassades (une de Chine à Houston et l’autre des États-Unis à Chengdu) se détériorent encore, alors cette option pourrait vite revenir sur la table.

Identité française: un sursaut est-il encore possible?

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Incendie de Notre-Dame le 15 avril 2019 © Diana Ayanna/AP/SIPA

A un an d’intervalle, des incendies ont ravagé Notre-Dame de Paris puis la cathédrale de Nantes. Les réactions à ces drames ont démontré notre profond malaise identitaire. Alors qu’un changement de peuple est en train de s’opérer, le catholicisme peut-il renaître de ses cendres?


Qu’est-ce que la République en France ? C’est la IIIème. Qu’est-ce que la IIIème République ? Une alliance des minorités franc-maçonne, protestante et, dans une moindre mesure, juive contre les masses catholiques qui étaient aussi, du moins jusque dans les années 1880, monarchistes. Pour les hommes qui ont bâti ce régime, la laïcité devait rompre définitivement le lien qui unissait la nation à l’Eglise ; la loi de 1905, promulguée dans un climat délétère, contre la volonté d’un peuple encore très majoritairement attaché à sa religion, fit du catholicisme un culte parmi d’autres dans la désormais « patrie des droits de l’homme » issue d’une déclaration abstraite et léguée par le Grand Architecte.

Disons-le tout net : l’Eglise en France n’a pas volé le triste destin qui est le sien aujourd’hui. En tant qu’institution, elle œuvre sans relâche, avec une admirable constance, à sa propre destruction

On ne peut pas comprendre la médiocrité – quand ce n’est pas carrément l’absence – des réactions de notre personnel politique face aux permanents actes anti-chrétiens si l’on oublie que la République s’est construite contre l’Eglise. Pour parler comme les libéraux, c’est son « logiciel », dans son « ADN ». Un an avant la loi de 1905, l’affaire des fiches révélait, au sein de l’armée, un vaste système de fichage – commandé par le ministère – visant à brider l’avancement des officiers catholiques. Cependant que les anticléricaux, athées, libre-penseurs en tout genre menaient virilement le combat culturel dans les gazettes et les écoles, l’Etat expulsait les congrégations, soutenait les loges et, donc, abattait enfin « l’infâme ». On le sait, durant une génération, l’Eglise tenta de résister, cherchant un modus vivendi avec la République qui la haïssait. Mais, après le catholicisme social d’un Lamennais qui était un aberrant compromis avec l’air du temps, l’affreux sulpicianisme dans lequel elle sombrait à la veille de la guerre disait combien elle manquait déjà de chair. Elle se soumit et commença à produire un nouveau genre de catholiques, honteux, plus obsédés par les œuvres que par leur salut. Victorieuse, la République s’amusait des querelles qui animaient son ancienne ennemie héréditaire.

Triste destin et sursaut d’absolu

Cela dit, il y avait les fidèles, qui continuaient de se rendre à la messe. En 2018, dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien, l’historien Guillaume Cuchet démontrait comment, jusqu’au début des années 1960, les églises étaient encore pleines ; c’est à ce moment-là, en quelques années seulement, qu’elles se vidèrent. Les enfants du baby-boom furent donc les premiers à refuser le rituel. Parce que leurs parents furent également les premiers à ne plus les y contraindre. Vatican II, qui est l’introduction de l’esprit du protestantisme dans l’Eglise, justifia ce reniement en promouvant la liberté de conscience. En réduisant pour ainsi dire la foi à une affaire personnelle, ce concile péteux, cornaqué par des personnes extérieures à l’Eglise, fut un prodigieux accélérateur du déclin de celle-ci. Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes ; c’est en suivant ce principe que, durant deux millénaires, l’Eglise put traverser cent hérésies et révolutions ; en s’arrimant au monde par peur de se l’aliéner, elle perdit sa force, sa grandeur et son charme. De nos jours, il n’y a plus que dans certains monastères et dans le mouvement dit traditionnaliste que l’on trouve encore des clercs érudits, souriants, combattifs, plus préoccupés par les âmes du peuple de Dieu que par le sort des migrants et avec qui l’on peut prier sans être perturbé par d’immondes dessins d’enfants ou des chants qu’on dirait écrits par une chaisière fan de Calogero.

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Disons-le tout net : l’Eglise en France n’a pas volé le triste destin qui est le sien aujourd’hui. En tant qu’institution, elle œuvre sans relâche, avec une admirable constance, à sa propre destruction. Face à l’effondrement de la pratique religieuse, elle continue de servir la soupe insipide qui fait fuir tant de jeunes gens qui, à un âge où l’on est souvent saisi par un magnifique sursaut d’absolu, préfèrent logiquement se tourner vers d’autres religions, à commencer bien sûr par l’islam. La crise des vocations, elle, découle directement du célibat des prêtres devenu insupportable non pas du fait de tentations plus nombreuses mais de l’acceptation de ces dernières, d’une miséricorde mal comprise et encore plus mal professée. Comme l’Eglise réformée dont elle suit le pathétique chemin, l’Eglise catholique se transforme en une sorte d’association où, le dimanche, par habitude plus que par conviction, des CSP+ hagards viennent prendre leur dose hebdomadaire d’« humanisme » en écoutant beugler de girondes Africaines évadées de Sister Act. Tous les fidèles ou presque commettent ce qui, pour le saint curé d’Ars, était un grave péché : en public, ils n’osent jamais affirmer leur foi, et vont même jusqu’à rire d’elle avec les autres afin de ne pas être ce « signe de contradiction » qui est pourtant leur glorieuse croix. En vérité, rejoindre l’Eglise réclame bien du courage. Dans la plupart des paroisses, surtout les progressistes, on décourage le catéchumène, on lui demande de « bien réfléchir », on lui dit qu’il devra être patient, trouver un parrain, remplir un CERFA. Il devra en outre entendre ses coreligionnaires lui expliquer que la Résurrection est une « métaphore », comme l’est la virginité de Marie, et que l’eucharistie est un « moment de partage » à l’instar des « goûters » organisés chaque mois par Elisabeth, « la maman de Sixtine ». Pour se faire accepter par « la communauté paroissiale », il faudra moins faire oraison qu’apporter des vêtements pour les Roms. Si, malgré ces nombreux écueils, le postulant s’obstine, il devra ensuite errer longtemps avant de trouver une église correcte, où le curé ne versera pas, pour composer ses homélies, dans la paraphrase ou l’apologie d’SOS Méditerranée.

Les actes anti-chrétiens sont à peine relevés, en général en dernière page des journaux gratuits!

Sans cesse moquée sur l’antenne de Radio Paris, pardon, France Inter et ses humoristes « impertinents » payés par nos impôts, décrite comme une réserve de pédophiles, d’abrutis qui croient que la Terre est plate et d’obscurantistes qui ont brûlé par millions ces « femmes libres » que l’on appelait autrefois sorcières, l’Eglise baisse la tête. Pire ! non contente d’accepter les insultes, elle promeut le changement de peuple avec un enthousiasme digne des Verts ou de RESF. En effet, il ne se passe pas un mois sans que la Conférence des évêques de France ne se fende d’un communiqué en faveur de l’accueil des hordes de miséreux, pour la plupart musulmans, qui se pressent aux portes de l’Europe. Elle croit ainsi être charitable alors qu’elle contribue à l’ensauvagement du continent ; d’en être victime, elle et ses fidèles, ne la perturbe pas. Pas plus que ne le font les actes qui visent ses cimetières et ses lieux de culte. Car si chaque lardon lancé contre une mosquée et chaque croix gammée dessinée sur une tombe juive engendre un drame national avec ministres qui se dépêchent sur place afin d’exprimer la « solidarité » de la République et promettre de nouvelles lois pour « lutter contre la haine », les actes anti-chrétiens, eux, sont à peine relevés, en général en dernière page des journaux gratuits. Or, ces derniers sont de très loin les plus nombreux – à hauteur de 90%, pour être précis. Tombes souillées par des métaleux « satanistes » en fin de soirée, sacristies incendiées par des punks à chien ayant abusé de la 8.6, objets liturgiques volés partout et en particulier dans les petites églises laissées à l’abandon : ce vandalisme-là n’indigne personne, pas même l’Eglise qui semble tétanisée.

Le brasier de Notre-Dame

Il y a un an de cela brûlait Notre-Dame de Paris. Là, pour le coup, il s’agissait d’un « événement ». Les profanes apprirent à cette occasion que l’entretien des lieux de culte chrétiens, du moins ceux bâtis avant la loi de 1905, étaient à la charge de l’Etat. Et que celui-ci, radin, comptait chaque sou. Considérées comme des monuments historiques au même titre que la maison de vacances de Sarah Bernhardt ou quelque baisodrome d’Alexandre Dumas, les églises ne jouissaient, dans le PLF 2019, que d’une partie des 346 millions d’euros dédiés par le ministère de la Culture à la sauvegarde de ces mêmes monuments, soit à peine 10% du budget de ce dernier. Tous les spécialistes s’accordent à dire que cette somme est dérisoire ; pour l’Etat républicain, il est de toute évidence plus important de subventionner les cracheurs de feu et les lanceurs de diabolo que de rénover ces endroits étranges où des gens bizarres vénèrent un Juif cloué sur une croix.

C’est très clairement dans les années 1960 que la France a commencé à ne plus être la France

L’« émotion » parfaitement artificielle que cet incendie a produite dans les médias – un peu à la manière du saccage de l’Arc de Triomphe durant le mouvement des Gilets jaunes – disait moins, en tout cas chez les politiques, le chagrin de voir fondre la mère des cathédrales du pays que celui de perdre une fraction de ces dizaines de millions de touristes sans lesquels la France ne serait plus le bronze-cul de l’Europe et le musée du monde. D’ailleurs, l’attentif aura remarqué que, dans la langue politico-journalistique, Notre-Dame était appelée « monument » ; sa qualité d’église était secondaire et même accessoire ; à travers ce spectaculaire brasier, c’étaient pour les revenus tirés du patrimoine qu’éditocrates, économistes et parlementaires pleuraient. Certes, il y eut bien quelques brefs « sujets » sur des catholiques à serre-tête qui, à l’instar des impuissants « Veilleurs » de la Manif pour Tous, faisaient leur chapelet à Saint-Michel. Mais ils ne firent rien d’autre, animés par un fatalisme que leur envient les bouddhistes auxquels ces vétérans des JMJ et de Taizé ressemblent tant sans le savoir.

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A Nantes, des policiers empêchent l'approche de la cathédrale en feu, samedi 18 juillet 2020 © Laetitia Notarianni/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22474389_000011
A Nantes, des policiers empêchent l’approche de la cathédrale en feu, samedi 18 juillet 2020 © Laetitia Notarianni/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22474389_000011

Le 18 juillet, c’était au tour de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de cramer. La multiplicité des foyers d’incendie oriente les enquêteurs vers un acte criminel. Un migrant rwandais, hébergé par le diocèse, fut d’ailleurs suspecté avant d’être renvoyé dans la nature ; entre-temps, son avocat, malin au sens propre du terme, exigea que l’Eglise fasse preuve, si son client était bien coupable, de « miséricorde », la « communauté catholique » étant à ses yeux « la meilleure » en la matière – si par miséricorde on entend faiblesse et même lâcheté, c’est très vrai. Infiniment moins célèbre et lucrative que Notre-Dame, la cathédrale de Nantes fut du reste rapidement chassée de l’actualité par la saison II de la série Tous à la maison et le retour du string-ficelle sur les plages. Quatre jours après, l’affaire est déjà oubliée. Par la voix du nouveau Premier ministre, ce pauvre Jean Castex qui nous ramène aux heures les plus sombres de la IVe République, l’Etat s’est engagé à réparer les dégâts comme l’avait fait, avec son emphase coutumière, Macron pour Notre-Dame. Je n’ai pas vérifié, je le confesse, mais je parie que, face à cet énième sacrilège, l’Eglise s’est contentée de pondre une déploration sans âme, « équilibrée », qui n’accuse personne et ne réclame rien, et qui doit même remercier, en plus des vaillants pompiers, les autorités venues pour une fois soutenir les catholiques en tant que minorité.

Notre culture brûle aussi

A l’heure où une jeune aide-soignante lyonnaise, certaine Axelle, vient de mourir sous les coups de la « diversité », il convient de noter qu’il y a coïncidence entre l’écroulement de notre culture et celui de l’Eglise. C’est très clairement dans les années 1960 que la France a commencé à ne plus être la France. L’immigration africaine de masse, l’internationalisme socialo-communiste, la construction européenne, la sous-culture américaine, la colère des petits-bourgeois libertaires s’allient alors pour nous faire basculer dans une autre temporalité, un autre paradigme. On assiste à une grande inversion des valeurs. Comme une digue, l’Eglise contenait ce mouvement ; en tombant, elle entraîne le pays dans sa chute. Car comme l’écrit Malraux, une « civilisation est tout ce qui s’agrège autour d’une religion ». C’est le catholicisme qui a fait la France, modelé ses mœurs et forgé ses coutumes. Le principe libéral selon lequel une société tient par le contrat est un échec total, hormis pour de rares privilégiés qui, dans leur Aventin de Montreuil, profitent égoïstement des fruits de leurs idéaux cependant que le peuple, lui, vit dans une constante insécurité culturelle et une insécurité tout court. La nature ayant, bien entendu, horreur du vide, l’islam, par le truchement du regroupement familial et d’une natalité exubérante d’abord, vient remplacer le catholicisme. Et ce ne sont pas les risibles « valeurs de la République » qui vont l’en empêcher ; au contraire, elles se mettent à son service. Durant cinq décennies, les libéraux ont cru que les musulmans finiraient par apostasier, par se convertir eux aussi à la poursuite du bonheur, c’est-à-dire au néant ; désormais, en plus de ceux qui continuent d’y croire contre toute évidence, contre les faits – mais il est vrai que le réel ne les intéresse, que pour eux le faux est un moment du vrai – nombre d’entre eux s’accommodent de l’islamisation du pays et la subséquente violence qu’elle engendre. Ces derniers sont comme le personnage principal du Soumission de Houellebecq : ils font avec, convaincus en leur for intérieur, comme tout bon libéral qui se respecte, que tout change, évolue, qu’il faut s’adapter, et que l’on n’y peut rien.

Seule la tradition est révolutionnaire, n’est-ce pas. Il ne saurait y avoir de reconquête sans réveil de l’Eglise – n’en déplaise à l’excellent Michel Onfray. Ceux qui, dans notre camp, prétendent que nous pourrons nous en sortir sans sueur et sans larmes sont soit d’une naïveté criminelle, soit des imbéciles, soit des pleutres. Français, combien d’entre vous devront mourir avant que vous le compreniez ?