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Entendez-nous dans nos campagnes…


 Antoine Valentin, 27 ans, maire de Saint-Joire-en-Faucigny (Haute-Savoie), dénonce l’abandon des territoires ruraux. Le cri d’alarme d’un élu qui ne renonce pas à agir malgré le désengagement de l’Etat.


64 jours et 8 heures de mandat, voici ma naissante expérience de premier magistrat, avant de prendre aujourd’hui la plume pour vous faire part de mes constats d’élu d’un territoire abandonné par l’Etat. Je suis le jeune maire (27 ans) d’un village haut-savoyard de 3400 habitants. Ma commune n’est ni pauvre, ni riche ; autrefois chef-lieu de canton, elle est désormais le ventre mou d’un territoire convoité par les grandes agglomérations voisines, une sorte de réserve de travailleurs et de lotissements. C’est la France des châteaux, des chapelles et des belles fermes, vampirisée par les lotisseurs et promoteurs. Une grande partie de nos commerces de proximités a fermé. Heureusement, nos PME se battent et survivent. Nous ne sommes pas tout à fait une ville, mais plus tout à fait un village.

4 heures, le temps nécessaire pour comprendre le cloaque terrible dans lequel nos territoires ruraux se noient. Juste après mon premier conseil municipal, vers 23h, je visite mon futur bureau de maire. Sous ses fenêtres, un parc public magnifique, dont s’échappent déjà les volutes des chichas d’un groupe d’une trentaine de « jeunes » entre gloussements bruyants et musique urbaine criarde. Inutile d’intervenir, on me prévient, « C’est tous les soirs pareil, ils sont parfois violents, n’y allez pas ! »  A peine arrivé, il faut à l’élu local déjà baisser les yeux, abandonner toute velléité d’ordre, pour éviter insultes, crachats ou même agressions physiques.

Des gendarmes dépassés

Là où la politique de la ville amène, dans certaines zones, la présence policière à un agent pour 850 habitants, notre territoire rural compte un gendarme pour pratiquement le double d’administrés. Mieux encore, la distance entre les deux points les plus éloignés de la circonscription de notre brigade de gendarmerie nécessite plus de 45 minutes de route. Inutile de vous dire que malgré leur engagement total et dévoué, nos gendarmes sont aussi sur-bookés que sous-équipés, pour dire… Inutile de vous avouer ici que nos forces de l’ordre, seulement deux agents en service la nuit, sont parfois réquisitionnés pour accompagner un détenu de la prison voisine pour un séjour hospitalier.

Entre nous soit dit, historiquement, la présence policière fut déjà bien plus faible dans notre territoire, mais cela, c’était avant l’ensauvagement de nos campagnes. Figurez-vous, qu’enfant, j’ai connu mon petit village rural franchement calme. En dehors de quelques incartades avec les enfants du CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile) voisin, rien n’était à signaler. Oui, j’oubliais de vous en parler, dans notre commune de 3400 habitants, nous accueillons entre 100 à 130 migrants en attente de régularisation. Une proportion que l’on retrouve dans presque aucune grande ville française, mais qui semble dans notre petit village, ne pas déranger pour un sou les pouvoirs publics. On ne peut pas reprocher concrètement à ces demandeurs d’asile de provoquer le chaos ou l’ensauvagement, mais leur présence accentue le sentiment général de dépossession qu’éprouvent certains gens du cru.

Vingt mineurs isolés

Leur encadrement est proportionnel à la présence des forces de l’ordre sur le territoire : sous-dimensionné. Concrètement, une vingtaine de mineurs isolés vit en autonomie dans des appartements loués par le Conseil départemental, en plein centre du village. Un éducateur spécialisé leur rend visite une fois par jour, le matin, sauf le weekend. Comment croire que de jeunes adolescents, avec la fougue de leur âge, l’euphorie de la découverte de l’opulence de notre système social et le sentiment de groupe, puissent intégrer seuls les codes, valeurs et règles de notre République?

Un jour, un habitant du village m’a fait constater l’état particulièrement sale du jardin du centre d’accueil des migrants. En effet, les espaces verts y sont systématiquement souillés d’une multitude de déchets, bouteilles de Coca, emballages de Macdonald et autres immondices. Après que j’ai fait remarquer cette situation au gestionnaire des lieux, celui-ci m’a avoué qu’il en était ainsi depuis toujours et qu’il ramassait plusieurs fois par semaine les déchets jetés par la fenêtre par les occupants en attente de régularisation. Une drôle de façon d’intégrer les règles élémentaires de savoir-vivre pour ces Français en devenir et un symbole supplémentaire de soumission : un Français mal payé ramasse les déchets de candidats à la citoyenneté.

Chaos nocturne

Ce que nos habitants ruraux n’acceptent pas, à juste titre, c’est de voir leurs villages sombrer dans le chaos une fois la nuit tombée, l’apparition de nouvelles populations aidées, pendant que l’Etat se désengage plus en plus de leur quotidien.

Exemple simple, aussi révélateur que tragique, que celui d’un jeune handicapé du village, âgé de seulement 20 ans, décédé lors du deuxième mois de mon mandat. Alors qu’il se trouvait en état de détresse manifeste, malgré les appels de ses parents aux secours, personne ne s’est déplacé à son chevet. Laissant ainsi à ses parents, âgés, la lourde charge de le transporter tant bien que mal, en pleine nuit, aux urgences de l’hôpital le plus proche, où il délivrera son dernier souffle. Je ne suis pas moi-même médecin et sans présumer des conséquences sur sa santé d’une intervention des secours, nous pouvons, ensemble, affirmer que celle-ci aurait à minima, évité un traumatisme irréversible à ses proches. Que dire d’une société qui abandonne ses plus faibles quand ils en ont vraiment besoin ? C’est le drame du Français moyen : trop humble et poli pour s’énerver et demander, il est le grand oublié des politiques publiques. Une masse de l’ombre aussi silencieuse que besogneuse, nourrit financièrement, par son travail, un système politique qui la sacrifie chaque jour au profit de minorités gesticulantes et bruyantes. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’une partie importante de l’immigration de deuxième génération s’est si bien intégrée qu’elle appartient elle aussi désormais à cette classe moyenne oubliée.

Taguer une école pour la protéger

Si dans nos villages ruraux les agriculteurs sont progressivement remplacés par les pendulaires, le beau est lui aussi inéluctablement remplacé par le laid. Ainsi, chaque jour, nos campagnes s’enlaidissent à coup de lotissements, de street art de seconde zone et de bâtiments publics pseudo-futuristes. Dans ma commune, le département a récemment rénové un bâtiment à grand renfort de façades en panneaux de résine, rouges, jaunes fluo et marron. Ignobles. Tandis que la rénovation de l’école primaire touchait à sa fin, on m’expliqua qu’il fallait désormais trouver un partenaire pour taguer ses murs périphériques. Taguer une école ? On m’expliqua que le meilleur moyen d’éviter les dégradations et graffitis sur cette nouvelle école républicaine était de financer bombes de peinture et éducateurs spécialisés pour accompagner les « jeunes » en difficulté dans un exercice « d’art urbain » improvisé. Il revient donc à la municipalité de financer la dégradation de son bien, par des artistes qui n’en ont que le nom, pour éviter de futurs graffitis. CQFD.

Rien n’est perdu

Je suis donc le maire d’un territoire où la lutte contre l’ensauvagement généralisé de notre  société est une réalité quotidienne, une sorte de donnée dramatique de l’équation de nos vies de ruraux abandonnés. Une fois ce cadre de travail posé, rien n’est perdu. Si je suis persuadé que l’Etat ne fera rien pour nos campagnes, je suis certain que la France rurale a la force de terrasser ce mal importé et désormais en notre sein. En trois mois, avec mon équipe, nous avons multiplié les actions concrètes pour endiguer la terrible maladie dont souffre la ruralité française : arrêté interdisant la chicha et la consommation d’alcool dans l’espace public, renforcement de l’action de la police municipale, partenariat accru avec les forces de l’ordre…. Nous avons proposé davantage de services à nos classes moyennes et recentré notre politique à leur destination : périscolaire, prix de la cantine, aides financières au permis de conduire des jeunes, etc. Inutile de vous dire qu’il n’y aura pas de tags financés par nos services et que ceux existants dans la commune sont déjà effacés. Pierre après pierre, nous reconstruisons un cadre de vie agréable pour la population qui nous a élus. Ce long combat commence déjà à porter ses fruits.

Rien n’est perdu, mais rien n’est acquis. Si nous voulons sauver notre douceur de vivre campagnarde, il ne faudra rien lâcher, ne rien tolérer et ne plus jamais baisser les yeux devant la terrible réalité. Du moins, en attendant le retour à la raison de nos dirigeants nationaux.

La fin du village: Une histoire française

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« Il ne faut absolument pas reconfiner! »


Frédéric Adnet, directeur du service des urgences de l’hôpital Avicenne de Bobigny, fait le point sur la lutte contre le Covid-19. Quel est le bilan dans les hôpitaux et les Ehpad ? Le confinement a-t-il été efficace ? Un vaccin a-t-il des chances d’émerger ? Entretien 2/2.


 

Retrouvez la première partie de l’entretien ici. 

Daoud Boughezala. Depuis le déconfinement, notre système hospitalier n’a pas augmenté ses capacités d’accueil. Est-ce dû à un excès de bureaucratie ?

Frédéric Adnet. Non, c’est une question d’argent. Entre décembre 2019 et avril 2020, on s’est aperçu que le nombre de lits en réanimation rapporté à la population était beaucoup plus faible en France qu’en Allemagne. Depuis, je n’ai pas entendu parler d’un plan d’ouverture massif de lits en réanimation. Cela coûte très cher et on est un peu retombé dans l’hôpital d’avant la crise du Covid : les administratifs et la gestion comptable de l’hôpital ont repris le dessus malgré tous nos hurlements.

Deux grands axes feraient qu’on encaisserait mieux une deuxième vague. D’abord, augmenter nos capacités hospitalières, notamment en réanimation et en soin continu, ce qui suppose d’embaucher des médecins, des infirmières formées, d’acheter du matériel. Ce sont les lits qui coûtent le plus cher à la Sécurité sociale, donc aux finances de l’Etat. Le second axe très important se situe dans les Ehpad.

Comment ça ?

Un tiers des morts français du Covid vient des Ehpad. Or, il a été démontré aux Etats-Unis que le seul déterminant dans les établissements accueillant des personnes âgées était le nombre de personnel soignant, sa qualité et le nombre d’heures passées auprès des malades. Autrement dit, l’encadrement. Chaque jour, au SAMU, on reçoit les appels désespérés d’une pauvre aide-soignante qui a deux cents patients âgés à gérer la nuit. Il faudrait remédicaliser et redoter les Ehpad avec un personnel soignant compétent et formé pour y faire baisser la mortalité.

A l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, vous avez un administratif pour un médecin !

Au fond, à quoi sont dues les difficultés des hôpitaux ?

Avant la crise sanitaire, la gestion hospitalière était très administrative et centrée sur les économies. Cette gestion s’est effondrée au moment de la crise. Tous les administratifs nous ont alors appelés, nous médecins, pour qu’on reprenne la main sur l’hôpital. C’était assez facile puisqu’à ce moment-là, on obtenait tout ce qu’on demandait. Il n’y avait plus de contrainte financière face à la gravité de la situation. Le système hospitalier était à deux doigts de s’effondrer ! Une des grandes leçons de cette crise, c’est qu’il faudrait remédicaliser la gouvernance hospitalière. En Allemagne, qui fait figure de standard dans la bonne gestion de cette crise, la masse salariale administrative est de l’ordre de 25% alors qu’en France ce chiffre avoisine les 35-40%. A l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, vous avez un administratif pour un médecin ! Le fait qu’il y ait autant d’administratifs que de médecins est complètement délirant. Dans mon hôpital, il y a quantité de sous-directeurs, une responsable de la communication avec un adjoint à la communication… Ces postes peuvent avoir un sens dans une entreprise comme Coca-Cola mais n’en ont aucun à l’hôpital ! Malheureusement, le corps administratif s’auto-entretient et s’auto-développe. Cela contribue beaucoup à la pénurie de moyens liés aux soins. Si on dégraissait le mammouth hospitalier, on pourrait peut-être augmenter le nombre de lits.

Sortons de l’hôpital. Approuvez-vous la généralisation du port du masque en extérieur ?

On surévalue le risque de contamination en plein air. Aucune publication scientifique ne va dans ce sens. Le port du masque coercitif en plein air tel qu’il a été décidé en France est une mesure excessive. Mais il y a un bénéfice indirect : la bonne pratique du port du masque lorsqu’il est intégré à notre mode de vie. Si on ne nous oblige pas à mettre le masque en plein air, on va le mettre dans notre poche et le remettre sur le nez quand on entre dans un magasin. Ce nid de microbes va traîner dans les poches, on va le manipuler dans les mains, si bien qu’il ne servira plus à rien. Soyons clairs et nets : je pense sincèrement qu’il n’y a pas besoin de porter le masque à l’extérieur. Mais le masque doit être porté dans les lieux confinés, ou quand la population est dense pour ralentir la propagation du virus.

Le confinement est une catastrophe en termes de santé publique

Si ce dernier objectif n’était pas atteint, devrait-on reconfiner ?

Non. Au niveau sociétal macroscopique, le confinement a sûrement plus de désavantages que d’avantages. Les PIB de tous les bassins qui ont confiné se sont effondrés. Or, quel est le meilleur marqueur de la santé publique ? Le PIB par habitant. Ce n’est ni le nombre de médecins, ni le taux de vaccination, ni la mortalité infantile ou la durée de vie des patients. Les pays qui ont les plus forts PIB par habitant ont la meilleure santé. Quand on fait écrouler le PIB, on fait écrouler la santé de la population. On le voit tous les jours à l’hôpital : tous les malades chroniques qui ont été confinés sont en train de mourir. Les cancers qui ne sont plus suivis vont accélérer leur développement et diminuer l’espérance de vie de leurs porteurs. Le confinement est une catastrophe en termes de santé publique.

Au vu de nos capacités hospitalières limitées, le confinement n’était-il pas inévitable pour éviter un engorgement ?

Rappelez-vous pourquoi on a confiné : on a vu que les Chinois avaient confiné à Wuhan et que cela avait marché. Quand les historiens se pencheront sur cette pandémie dans quelques dizaines d’années, on pourra modéliser la perte de PIB et les conséquences en termes de santé publique. Car il n’y a pas que le virus qui tue. Le diabétique confiné va mourir. Pendant le confinement, il n’y avait plus personne dans les centres de dépistage des cancers. Or, si vous faites perdre deux mois à un patient atteint de cancer du sein, vous le tuez. Ce n’est pas immédiat, on en verra les effets dans dix ans. L’impact sanitaire du confinement en termes de morbidité sur la population entière a peut-être été beaucoup plus important que l’épidémie elle-même. Les premières études commencent à sortir. Ainsi, les Américains ont démontré qu’il y avait une surmortalité dans toutes les autres pathologies. En France, les arrêts cardiaques se sont multipliés.

C’est pourquoi il ne faut absolument pas reconfiner. Ce serait de nouveau écraser le PIB, aggraver la paupérisation, le nombre d’enfants qui ne vont pas à l’école et dégrader nos indicateurs de santé publique.

La recherche de vaccins en France a été un fiasco complet

Pour éviter ce genre de scénario catastrophe, nos gouvernants semblent miser sur la mise au point d’un vaccin. Croyez-vous aux pistes russe, chinoise et américaine ?

Il y a beaucoup d’espoir. Vladimir Poutine a lancé une course à échalote et jeté un vaccin à la face du monde sans passer par la phase 3 des essais.  Ils ont mis en diffusion un produit de santé sans s’assurer ni de son efficacité ni de sa sécurité sur une grande cohorte de patients. Ils savent que ce vaccin fait développer une immunité biologique (phase 1). En phase 2, ils ont effectué ce qu’on appelle une escalade de doses afin de déterminer la bonne dose nécessaire pour obtenir le maximum d’immunité biologique. Ils font une phase 3 (efficacité clinique) grandeur nature sur toute la population russe, ce qu’ont également un peu fait les militaires chinois avec leur vaccin.

Ceci dit, les Russes sont très forts en matière de vaccins et très à la pointe en virologie. Pour des raisons stratégiques, ils sont très avancés dans la recherche liée à la guerre bactériologique. Je ne condamnerai donc pas le vaccin russe d’emblée.

Quatre pays sont très forts dans la recherche virologique – les réservoirs de variole, d’anthrax sont aux mains des laboratoires américains, russes et britanniques – donc dans la mise au point de vaccins.

Je regrette que les Français soient, comme d’habitude à la traîne. La recherche de vaccins en France a été un fiasco complet. C’est catastrophique.  On n’entend plus parler de Discovery, aucun article scientifique sérieux de grande envergure ne vient des Français.

Par contre, les Britanniques, les Américains et les Chinois sont à la pointe de la recherche. Les Chinois ont publié les résultats des phases 1 et 2 d’expérimentation d’un vaccin inactivé (on inactive et on injecte le virus entier). Les autres vaccins sont constitués de morceaux de virus. On ne sait pas lequel va gagner mais 2021 verra probablement la proposition d’un vaccin.

Zemmour ou Onfray président? Faites vos jeux!

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Qui du journaliste ou du philosophe, tous deux souverainistes, dirigera un jour la France ?


Depuis 1958, la France a connu des présidents majoritairement anciens élèves de l’ENA (4), des avocats (2), un militaire (1). En 2022 le prochain sera-t-il un intellectuel, écrivain ou philosophe ? La question peut surprendre mais il y a eu des précédents, à l’étranger, d’hommes de plume accédant au pouvoir suprême. On pense évidemment au Tchèque Vaclav Havel, ou au Franco-sénégalais Senghor ; mais d’autres artistes, moins cérébraux ont aussi réussi une telle gageure : Paderewski, le pianiste en Pologne, Reagan, l’acteur aux USA. Attendons de voir ce que donnera Zelensky en Ukraine.

L’âme des poètes

En France, si des écrivains et poètes ont participé à la vie publique (Hugo, Lamartine, Malraux) cela n’a jamais été au suprême niveau. Néanmoins, les penseurs eurent souvent une influence intellectuelle sur le pouvoir. Mais les quatre derniers présidents français ont été d’un faible niveau culturel, économique, juridique et philosophique ; et volontairement asservis, qui plus est à un environnement mondialiste, européen et financier qui leur aurait ôté toute velléité de choisir un bel et bon destin pour les Français, si tant est qu’ils en aient jamais eu le dessein. Ceci est la résultante d’un système politique et électoral qui a empêché le renouvellement des castes politiciennes, permis la tutelle des médias, et asphyxié tout débat d’idées. Conçue pour un géant mandaté pour sublimer la France, la cinquième république s’est avérée peu à peu à la fois comme un vêtement trop large pour les successeurs de de Gaulle mais aussi comme un manteau de couronnement permettant copinage et conflits d’intérêts, ce que de Gaulle n’a pas pratiqué.

Parmi les écrivains et penseurs français de grande notoriété, deux semblent être à la fois capables et désireux de proposer aux Français une alternative politique, une rupture radicale d’avec le système actuel. Le premier à avoir mis en forme cette demande de rupture que la majorité des Français désormais manifestent par leur vote, et plus encore par leur non-vote, c’est Michel Onfray, lorsqu’il a créé, sa mouvance et un journal  »Front populaire ». Il a été suivi quelques mois plus tard par Eric Zemmour qui, dans une entrevue à Valeurs actuelles (06/19 août 2020) répond – certes prudemment – à la question  »quelle serait la première rupture d’Eric Zemmour au pouvoir ? » qu’il n’en est « pas encore à rédiger un programme présidentiel »….

Deux réprouvés

Or, même si les profils et les parcours d’Onfray et de Zemmour semblent différents, ils ont de nombreux points communs tant sur le constat que pour le diagnostic et la thérapie. Les deux sont honnis, le premier désormais par ceux de son camp supposé (la gauche), le second par l’extrême gauche islamophile. Les deux viennent de milieux modestes, et sont professionnellement méritants. Les deux écrivent beaucoup, sont très médiatiques, et critiquent la caste politicienne professionnelle. Ils ont en commun les mêmes souhaits moraux, culturels et démocratiques, et ils partagent le même constat de l’échec de Bruxelles. Ils sont l’un et l’autre assidus à la lecture de l’histoire française et convergent sur de nombreuses analyses. Certes ils ne sont pas identiques : Onfray le Normand, est athée et décentralisateur de type girondin. Zemmour, le Kabyle juif, est admiratif du christianisme et favorable à un Etat centralisé et fort. Sur l’immigration, de fortes nuances les différencient.

… contre Bruxelles

Mais le plus important est que, ceux que l’on pourrait décrire comme étant des sociaux-souverainistes, désirent tous deux la mise à bas du système bruxello-mondialiste et spéculatif et un retour à une vraie démocratie française et solidaire. En phase avec une très large majorité de nos concitoyens. Reste à savoir si la caste politicienne est prête à renoncer à ses prébendes pour leur laisser la place, et si ces homme sincères qui se respectent, sont en mesure de coopérer et comment. Et enfin si, suffisamment conscients de leurs limites, ils sauraient s’entourer d’hommes de savoir (économistes, juristes, scientifiques) désireux et capables de compléter les cases de leur projet pour lui donner corps. Tout cela semble aussi prometteur d’espoirs que difficile à réaliser. La France ruinée et désorientée d’après pandémie sera-t-elle capable d’un tel sursaut de survie ? Les oracles liront sans doute dans les événements du monde – notamment dans neuf semaines aux USA – la tendance de fond des besoins des peuples.

Destin français

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Grandeur du petit peuple: Heurs et malheurs des Gilets jaunes

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Masque obligatoire à l’extérieur : l’idéologie contre le réel

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L’extension du port du masque à l’extérieur dans de nombreuses villes de France prétend répondre à l’augmentation des nouveaux cas détectés de Covid-19. Une mesure de plus en plus contestée qui semble davantage relever de la communication que de la prophylaxie.  


Depuis la sortie du confinement qui aura marqué les esprits par sa dureté et l’économie par sa longueur, une bonne partie de l’attention médatico-politique reste tournée vers la venue d’une « deuxième vague » particulièrement redoutée. Mais après plusieurs mois ponctués d’événements qu’on nous a présentés comme « à risque » (déconfinement en mai, manifestations et fête de la musique en juin, brassage de vacanciers en juillet), on n’aperçoit aucun signe de la fameuse deuxième vague qui, si l’on en croit les alarmistes, aurait déjà dû nous submerger depuis tout ce temps. Pas d’arrivées massives dans les hôpitaux, pas de cohortes de malades dans les salles de réanimation, pas de décès par centaines comme on a pu le voir en plein pic épidémique en mars et avril dernier.

S’alarmer à bon compte

Rien de particulièrement alarmant, donc, hormis une « hausse des contaminations » détectées par les très nombreux tests effectués quotidiennement sur le territoire.

Bien que la grande majorité de ces nouveaux cas concernent des patients plutôt jeunes (entre 15 et 40 ans), la plupart du temps asymptomatiques ou seulement paucisymptomatiques, la situation est montée en épingle par les pouvoirs publics qui s’affolent désormais de cette hausse et y voient là un « rebond de l’épidémie ».

Le masque contesté

Dernière trouvaille pour endiguer ce fameux rebond : la généralisation du port du masque, que ce soit dans les lieux clos depuis le 20 juillet dernier, et maintenant à l’extérieur dans de nombreuses villes de France. Seulement, cette mesure s’avère discutable et commence à se retrouver de plus en plus contestée, non seulement par une partie de la population (à l’image de ce que l’on a pu voir au Canada, aux USA, en Grande-Bretagne, en Allemagne et même en Espagne), mais également par une partie de la communauté scientifique.

S’il est facile de discréditer le citoyen lambda qui s’interroge sur cette mesure en le qualifiant immédiatement de complotiste, d’anarchiste, d’égoïste — voire de militant d’extrême droite — va-t-on utiliser les mêmes qualificatifs à l’endroit de médecins respectables et reconnus, peu suspects de sympathies douteuses ou d’idéologie déviantes ?

Des médecins sceptiques

L’un des premiers à avoir émis des doutes sur l’utilité des masques à l’extérieur a été le Professeur Jean-François Toussaint, directeur de l’institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (IRMES) et professeur de physiologie, qui avait déclaré fin juillet que l’on ne constatait aucune « deuxième vague » et que la mesure du port du masque en extérieur ne reposait sur aucun fondement scientifique et relevait davantage de la politique.

Un avis émis par le docteur Martin Blachier, épidémiologiste et médecin de santé publique, qui voit dans cette mesure un principe de précaution inutile, jugeant avec discernement qu’il est « extrêmement moins risqué d’être dehors qu’en intérieur ». Ce dernier étant en revanche farouchement pro-masque dans les endroits clos (et notamment en entreprise), il sera difficile d’essayer de le discréditer en le classant parmi les anti-masques…

Une position également partagée par le docteur Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, selon qui il n’y a « pas de preuve scientifique » pour juger de l’efficacité du masque à l’extérieur. Et ils ne sont pas les seuls : dans la longue interview qu’il a donné à C News le mercredi 19 août, le professeur Didier Raoult s’est lui aussi montré dubitatif sur l’efficacité de cette mesure, en s’inquiétant avant tout de la dimension autoritaire que pouvait prendre cette obligation sans fondement scientifique.

Autoritarisme sanitaire

Car le problème est bien là : le retour à une forme d’autoritarisme sanitaire au nom du principe de précaution, comparable à ce que l’on a pu connaître au moment du confinement, notamment lorsque des gens seuls se trouvaient verbalisés pour des motifs fantaisistes dans des endroits isolés où aucun impératif de santé ne justifiait une telle coercition. Le risque est de connaître de nouvelles dérives de ce type : que se passera-t-il si des promeneurs se voient contrôlés sans masque dans des zones où celui-ci est obligatoire, même si les rues sont désertes, au nom du respect des règles et de la légalité, même si elle est discutable, peu fondée et finalement inutile ? Il faudra espérer que la peur du gendarme ne prenne pas le dessus sur le bon sens, tant de la part du citoyen « réfractaire » que de la part des forces de l’ordre chargées de l’application de cette mesure dont on pourra légitimement attendre un peu de discernement…

Rassurer à tout prix

Au fond, cette mesure semble n’être que de la communication politique visant à « rassurer » une population dont on entretient savamment la panique depuis plusieurs mois.  Son but est également de faire croire que les pouvoirs publics agissent pour le bien de la collectivité, sans même s’interroger sur le bien-fondé de cette réglementation — par ailleurs extrêmement pénible en période de fortes chaleurs.

Alors que les indicateurs ne sont pas alarmants, l’extension du port du masque à l’extérieur apparaît désormais de plus en plus comme une mesure purement idéologique. Elle interroge également sur la légitimité que le gouvernement accorde aux scientifiques qui ne vont pas dans le sens de ses préconisations exagérées, alors même que nos dirigeants étaient les premiers à se réfugier il y a encore peu de temps derrière les avis « d’experts », présentés comme les plus efficaces pour orienter la décision publique.

Il semblerait désormais que tous les experts ne se valent pas et ce, quelle que soit leurs compétences et leur légitimité. Il semblerait également que même la réalité et les constats empiriques ne soient pas suffisants pour empêcher la prise de mesures discutable.

On est bien là dans l’idéologie, au sens strict. C’est-à-dire à la fois dans le rejet du réel (on ne se préoccupe pas des bons chiffres en termes de réanimation et de décès) et dans le refus de la discussion, en écartant tout débat sur ce sujet.

La Résignation

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Théodora, du bordel au palais

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Dans Théodora, prostituée et impératrice de Byzance, la jeune historienne Virginie Girod retrace l’extraordinaire destin de cette fille de dresseur d’ours arrivée au sommet de Constantinople. Portrait d’une courtisane devenue très chrétienne. Entretien.


Daoud Boughezala. L’impératrice byzantine Théodora (500-548) est restée dans la postérité comme une virago despotique, cruelle et nymphomane. Cette légende noire qui en fait la devancière d’Elena Ceausescu ou Leïla Ben Ali correspond-elle à la réalité historique ?

Virginie Girod[tooltips content= »Née en 1983, Virginie Girod est docteur en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité. Sa biographie Théodora, prostituée et impératrice de Byzance vient de reparaître en poche. Dernier essai : La Véritable Histoire des douze Césars (Perrin, 2019). »]1[/tooltips]. Pas vraiment. En réalité, Théodora est un personnage tout en subtilité. Certes issue d’un milieu très modeste, puisque son père était dresseur d’ours à l’hippodrome, la future impératrice a exercé la prostitution dans sa jeunesse. Mais une fois mariée à l’empereur Justinien, elle a adopté un comportement moralement irréprochable, lutté contre le proxénétisme et réprimé les souteneurs, n’hésitant pas à cloîtrer les prostituées repenties dans des couvents. L’image fausse d’une Théodora dépravée vient de sa jeunesse, mais aussi de certaines sources historiques et littéraires. Ainsi, l’historien du régime Procope de Césarée, auteur des livres de propagande officielle, s’est fendu d’un livre assassin après la mort de Théodora, l’Histoire secrète (Anekdota), dans lequel il dit le plus grand mal de l’impératrice. Pour essayer de saisir la personnalité de Théodora, il faut donc naviguer entre les sources officielles hagiographiques et les horreurs que sort Procope. La vérité est sans doute entre les deux.

Démêlons l’écheveau de sa vie. Comment cette actrice et prostituée s’est-elle sortie des bas-fonds de Constantinople ?

Par une conjonction de chance et d’intelligence. Dès son adolescence, Théodora est consciente de sa beauté et de son intelligence, supérieures à la moyenne. Armée d’un fort caractère, elle est déterminée à s’élever socialement, mais ne peut le faire qu’avec les moyens qui sont les siens : se prostituer, puis devenir la compagne d’un homme très riche. À 17-18 ans, elle est la concubine du gouverneur de Libye Hékébolos qu’elle suit en Cyrénaïque. Là-bas, Théodora découvre les arcanes du pouvoir et fait ses classes en épaulant un homme politique au quotidien. Mais Hékébolos se lasse d’elle et la congédie. C’est alors que Théodora décide de rentrer à Constantinople au cours d’un grand périple à travers les terres. Elle longe toute la Méditerranée orientale, est hébergée dans des institutions charitables ou des hippodromes et se prostitue pour vivre. À Antioche, elle rencontre Macédonia, une actrice membre d’un réseau que fréquente Justinien, le neveu de l’empereur Justin. Macédonia fait l’intermédiaire et permet à Théodora de rencontrer son futur mari.

L’union de Théodora et Justinien est-elle un mariage d’amour ou d’intérêt ?

Les deux. Leur histoire commence comme un coup de foudre, mais mêle sentiments sincères et intérêts bien compris. Lorsqu’il rencontre Théodora, Justinien s’éprend d’une jeune femme belle, intelligente et séduisante sur laquelle il pourra s’appuyer contre l’aristocratie. On peut supposer que si cet héritier du trône n’est toujours pas marié à quarante ans (une anomalie pour l’époque !), c’est qu’il refuse d’épouser une aristocrate. Car Justinien vient du fin fond de la campagne des Balkans et n’a certainement pas envie de se réveiller chaque matin aux côtés d’une femme qui lui rappellerait sa basse extraction. Son oncle Justin est un militaire illettré qui a gravi les échelons jusqu’à devenir empereur sur un quasi-malentendu. Bien que Justinien soit arrivé à Constantinople à l’âge de dix ans, qu’il y ait appris le grec et le latin, fréquenté la bonne société, il reste un petit parvenu complexé par son infériorité sociale. Au fond, l’union de Justinien et Théodora est l’alliance de deux personnes seules dans un monde qui n’est pas le leur. Pour pouvoir épouser Théodora, Justinien a d’ailleurs fait abroger une loi de l’époque d’Auguste (27 av. J.-C.–14 apr. J.-C.) interdisant aux membres de l’ordre sénatorial d’épouser des prostituées.

L’ascension sociale de Justinien et de Théodora est-elle le fruit de l’égalitarisme chrétien ?

Oui. Cette ascension sociale n’aurait pu se produire à la grande époque du paganisme romain, ni même au Moyen Âge, où les ordres sont à nouveau figés. Théodora arrive à un moment de l’histoire où paganisme et christianisme s’affrontent. Or, l’un des grands axes de l’idéologie chrétienne est de permettre la rédemption, ce que l’antiquité païenne n’aurait pas autorisé. Théodora accomplit sa rédemption par le mariage, ce qui donne à Justinien le rôle du sauveur ayant sorti du ruisseau une femme perdue. Cela va contribuer au « storytelling » du couple impérial.

Le rachat de Théodora pose la question de la femme dans l’antiquité chrétienne. Comment le passage du paganisme au christianisme a-t-il bouleversé les mœurs morales et sexuelles ?

Dans la Rome païenne, alors que les matrones vivaient très chastement, une petite élite de jouisseurs menait une activité sexuelle extraconjugale parfaitement acceptée par la société. Pour entretenir son image virile, un citoyen qui faisait l’amour à sa femme afin d’avoir des enfants fréquentait également des prostituées. D’ailleurs, l’amour en tant que tel n’existait pas. Les auteurs romains décrivent des hommes qui croient tomber amoureux de courtisanes avec lesquelles ils jouent le jeu de la séduction moyennant finance. Cependant, au sein du couple légitime, le sentiment censé prévaloir n’est pas l’amour, mais la bonne entente et le soutien (concordia). Tout cet ordre de valeurs est bouleversé par les idées chrétiennes qui infusent la société. Le christianisme instaure en effet ce que l’historien Peter Brown appelle « la démocratie de la honte sexuelle ». Dans les écrits des premiers chrétiens, la haine du corps et de la jouissance est palpable. Le père de l’Église Tertullien a écrit La Toilette des femmes, livre qui semble rétrospectivement écrit par un ayatollah ! Notez cependant que le christianisme condamne le sexe aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Au sommet de l’empire, Théodora se fait la gardienne d’une certaine tradition chrétienne. En quoi ses convictions religieuses s’opposent-elles à celle de son empereur de mari ?

Au vie siècle, l’Empire romain d’Orient, aussi appelé Empire byzantin, est le théâtre de controverses théologiques sur la nature du Christ. Une majorité, dite « dyophysite » croit en la double nature – à la fois divine et humaine – du Christ. Mais localement, à Alexandrie ou Antioche, il existe des majorités de chrétiens monophysites, qui croient en la nature unique du Christ. Selon cette conception, qu’on retrouve aujourd’hui dans les églises orientales, notamment en Syrie, la nature divine du Christ a absorbé sa nature humaine. Or, alors que Théodora défend le monophysisme, Justinien s’inscrit dans la tradition dyophysite de Rome. En 451, le concile de Chalcédoine donne la prééminence à ce dernier courant. Politiquement, Théodora et Justinien gèrent leurs divergences religieuses avec grande finesse. Ils se partagent les croyances : à Justinien les relations avec le pape, à Théodora la protection des minorités monophysites de l’empire.

Surjouent-ils leur désaccord pour maintenir l’unité de l’empire ?

Non. Leur divergence est sincère – à tel point que Théodora développe une diplomatie parallèle. Elle accorde par exemple le droit d’asile dans les palais de Constantinople à des moines orientaux persécutés, ce qui lui attire les foudres des évêques de Rome. Surtout, l’impératrice lance une mission d’évangélisation monophysite au sud de l’Égypte en coupant l’herbe sous le pied de son mari. Cet épisode montre à la fois l’indépendance d’esprit de Théodora, la sincérité de sa foi et sa volonté hors normes d’exercer le pouvoir.

Justinien a failli perdre le pouvoir lors la sédition Nika (532). Quel rôle a alors joué Théodora ?

Théodora a tout simplement sauvé le règne de Justinien. Dès son avènement, ce dernier a l’ambition de retrouver les frontières de ce qu’était l’Empire romain avant sa scission entre Orient et Occident. Il veut un empire puissant, construit églises, cathédrales et hôpitaux à tour de bras. Tout ceci coûte un argent fou. Pour lever des impôts, Justinien met en place des percepteurs extrêmement durs, parfois corrompus, qui exercent une pression terrible sur le peuple. En 532, des insurgés se révoltent et sont arrêtés. Lors des grands jeux organisés au début de l’année, le peuple manifeste sa désapprobation dans l’hippodrome, demandant à Justinien de libérer les arrêtés, de baisser les impôts et de limoger les hauts fonctionnaires corrompus. Mais Justinien refuse de changer de cap, ce qui pousse le peuple à descendre dans la rue en criant « Nika ! » (« victoire »). Les séditieux vont chercher les prisonniers politiques, lynchent des hauts fonctionnaires corrompus et incendient la moitié de Constantinople. Pendant plusieurs jours, Justinien et ses proches conseillers restent cloîtrés au palais. Alors que l’empereur lui propose de fuir, Théodora répond qu’on n’abandonne pas le pouvoir à la moindre difficulté. La légende veut qu’elle ait repris le vers d’Eschyle « Le pourpre est un beau linceul » avant de remonter le moral des troupes. Convaincus par Théodora de riposter, Justinien et ses conseillers envoient une légion de mercenaires étrangers rémunérés réprimer les séditieux. Cela provoque plusieurs milliers de morts, mais Théodora et Justinien reprennent le pouvoir.

Un autre épisode marquant a ensanglanté le règne de Justinien : la peste bubonique. Cette épidémie a décimé des milliers de personnes dans tout l’Empire byzantin, en plusieurs vagues (541 et 558 à Constantinople). Comment a-t-elle été gérée ?

Avec les moyens de l’époque : la fuite et la prière ! Les plus aisés quittent la ville pour se confiner dans leur résidence de campagne, au risque d’y apporter la maladie ; les autres restent en ville et prient. Pour lutter contre la pandémie, l’État évacue le plus vite possible les cadavres vers des fosses communes creusées à la sortie de la ville. Justinien a failli en mourir. Il a eu énormément de chance de s’en sortir, puisque le taux de létalité de la peste est estimé entre 55 % et 75 %. Sa survie miraculeuse est aussi une chance pour Théodora qui aurait connu une fin beaucoup plus tragique en le perdant. En effet, pendant la maladie de Justinien, l’impératrice se rend compte de son absence d’autorité réelle au palais puisque tous les généraux font savoir qu’ils ne reconnaîtraient pas un empereur choisi par Théodora.

Avant que Justinien ne lui survive dix-huit ans durant, Théodora a été immortalisée à ses côtés dans les mosaïques de la basilique Saint-Vital de Ravenne. Quelle est la symbolique de ces portraits aujourd’hui encore conservés en parfait état ?

Dans toute la propagande, y compris architecturale comme à Ravenne, Justinien se met en avant avec Théodora. C’est vraiment un couple au pouvoir. Rome étant aux mains des barbares, Théodora et Justinien entendent récupérer la capitale du christianisme pour reconstruire symboliquement l’Empire romain. Lorsque Théodora et Justinien financent la basilique de Ravenne, ils y font placer leurs portraits pour bien montrer qu’ils sont les grands souverains qui apportent à nouveau la paix et la prospérité au territoire de l’ancien Empire romain.

Outre l’extension de l’Empire byzantin aux confins de l’Italie, de l’Afrique du Nord et de la Perse, quel héritage ont laissé Théodora et Justinien ?

Sur le plan juridique, davantage de droits ont été accordés aux mères de famille – au départ pour que Théodora puisse mettre la main sur ses petits-fils. Surtout, Justinien et Théodora ont ouvert la voie aux couples au pouvoir : le couple qui leur succède est celui de Sophie et Justin II, respectivement nièce et neveu de Théodora et Justinien. Théodora a servi de pionnière aux femmes de pouvoir. Consciente que le vrai pouvoir se trouve en coulisses, elle a mis en place un réseau de femmes pour influencer les hommes de la cour. Elle a aussi empêché la « reproduction incestueuse des élites » (Michel Onfray) en obligeant les garçons et les filles de l’aristocratie à épouser des partenaires issus des plus bas milieux sociaux, quitte à intervenir personnellement le jour des mariages. Cela a cassé la morgue de l’élite byzantine jusqu’alors convaincue de pouvoir commander par le simple fait d’être née au sommet de l’État.

Théodora: Prostituée et impératrice de Byzance

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John Bolton persiste et signe 3/5

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Nidra Poller poursuit sa lecture du livre de John Bolton, où sont discutés les grands dossiers internationaux du mandat de Donald Trump : Moyen-Orient, Afghanistan, Venezuela, etc.


 

Retrouvez la première partie de l’article ici.

Dans un texte dense et détaillé de 570 pages, l’ancien NSA (Conseiller à la sécurité nationale), l’ambassadeur John Bolton, raconte les 17 mois passés au sein de l’administration du président Donald Trump. The Room Where it Happened, la pièce où tout s’est passé, est en fait le vaste monde où se déroulent les relations étrangères.

Pour qui voudrait étudier le phénomène Trump en dépassant l’aversion viscérale des uns et l’idolâtrie des autres, l’ouvrage de son ancien Conseiller John Bolton est une source précieuse d’information précise.

N.B. L’ouvrage est organisé par dossiers et non pas en ordre chronologique global. Les opinions exprimées ci-dessous, sauf attribution précise, sont de l’auteur du livre The Room Where it Happened.

 

Retraits et avancées

A son poste de NSA [Conseiller à la sécurité nationale], John Bolton aide le président à finaliser le retrait des accords inutiles, dont l’INF [Intermediate Nuclear Forces Treaty], systématiquement violé par la Russie, et le COP 21, qui n’aura pas plus d’effet dans le monde réel que d’égrener le chapelet.  En revanche, Bolton tente de dissuader le président de compromettre la sécurité nationale en se retirant des régions en conflit.

Trump ne veut pas reconnaître le sérieux de l’ingérence russe dans les présidentielles de 2016, un « acte de guerre » selon Bolton, par crainte d’accréditer la thèse de collusion agitée par les Democrats. Trump se vante des sanctions imposées à la Russie—en réaction à l’annexion de la Crimée, à l’empoisonnement des Skirpals, aux cyberattaques, aux impairs en Syrie—qu’il avait acceptées à contrecœur. L’incohérence des rapports du président avec la Russie compliquait le travail de ses conseillers, qui ont fait, néanmoins, de leur mieux pour protéger les élections futures contre l’ingérence russe.

Syrie, Afghanistan : Trump court vers la sortie mais ne trouve pas la porte

« La guerre des Islamistes contre les USA a commencé longtemps avant le 11 septembre et se poursuivra encore longtemps …. »  Donald Trump n’aimait pas les « guerres sans fin » au Moyen-Orient, à des milliers de kilomètres du territoire américain.

Pas de deal entre Trump, déterminé à faire libérer un pasteur américain détenu en Turquie, et Erdogan, qui veut protéger la Halkbank accusée d’une sérieuse violation des sanctions contre l’Iran. Frustré, Trump se fâche contre Erdogan, son « meilleur copain ». Sans  surprise, c’est de courte durée. Bolton a beau expliquer qu’Erdogan est un islamiste qui soutient les Frères musulmans, finance Hezbollah et Hamas et déteste Israël, Trump n’a jamais voulu comprendre.

À lire aussi : Israël et les Etats arabes souhaitent la réélection de Trump

Le président, impatient, ne trouve rien de mieux qu’un canal « gendres », le sien, Jared Kushner, prendra langue avec le Ministre des Finances turc, gendre d’Erdogan. [Secretary of State] Pompeo et [Secretary of the Treasury] Mnuchin pètent les plombs. Encore une fois, Trump veut mêler Kushner à des affaires qui dépassent ses « compétences ».

Il faudrait élaborer une stratégie face à une série d’attaques iraniennes—contre l’ambassade à Bagdad, le consulat à Basra, la zone kurde en Syrie—mais Trump ne veut que plier bagage et se sauver. Erdogan remet à Trump un memo rédigé par les avocats de la Halkbank. Il y jette un coup d’œil distrait, décide que la banque est innocente et promet de virer les « gens d’Obama » du tribunal chargé de l’enquête et de les remplacer  par des fidèles qui donneront satisfaction.

Trump, convaincu qu’Erdogan s’occupera de Daesh, demande à ses conseillers de rédiger une déclaration de mission accomplie, on se retire. Cela pose un problème de conscience à Bolton. Abandonner les Kurdes, qui sont la vraie cible d’Erdogan, n’est pas seulement déloyal, cela enverrait un mauvais signal à d’autres alliés. Les conseillers doivent annoncer la décision aux membres de la coalition. Macron supplie Trump de tenir bon. Les Turcs, dit-il, attaqueront les Kurdes, pas Daesh. Trump le balaie d’un revers de main. L’ambassadeur israélien, Ron Dermer, déclare que c’est la pire journée qu’il a vécue depuis le début du mandat. Des législateurs Republicans, opposés à la trahison des vieux alliés kurdes, gardent le silence. Cette façon de cautionner la mauvaise politique étrangère dessert le pays et le parti.

Convoqué au Bureau Ovale, Bolton découvre Mattis devant Trump, qui dit de but en blanc : « Il s’en va. Je ne l’ai jamais apprécié. » Bien que sans regret pour « l’obstructionnisme » du Ministre de la Défense, Bolton est choqué par un va et vient du personnel sans précédent dans les administrations où il avait servi. Mattis dépose sur le bureau une lettre de démission… que Trump ne lit pas. Il demande à Erdogan simplement de ne pas attaquer les Kurdes ou les soldats américains et croit à la sincérité de sa promesse creuse. Lors d’u voyage en Israël, Bolton tente de rassurer les autorités d’une sorte de présence à distance, mais Trump campe sur sa position : sa base souhaite un retrait de la Syrie.

Le président passe trop de temps à suivre les médias, se ravise d’un moment à l’autre, « c’est comme si on gérait les relations internationales à l’intérieur d’un flipper ». Il s’en fout du vieux conflit entre les Turcs et les Kurdes, ne veut rien comprendre des Corées ni de la Syrie. Le retrait laisse les USA en position de faiblesse dans le nord-est de la Syrie. Bolton était déjà parti quand enfin tombe une bonne nouvelle : l’élimination d’Abu Bakr al-Baghdadi par un raid audacieux mené par le Pentagon et la CIA.

L’Afghanistan livré aux Talibans

Trump estimait à juste titre qu’il avait donné tous les moyens à Mattis d’en finir avec les Talibans. Mais Bolton tente d’expliquer au président que nous n‘avons pas provoqué ces « endless wars » et ne pouvons pas les terminer d’un coup de baguette magique. Nous ne sommes pas en Afghanistan, en Syrie, en Iraq pour leurs beaux yeux mais pour défendre les intérêts vitaux des USA. Pour Trump, l’Afghanistan c’est comme la Syrie : on n’a rien à y faire, c’est loin, la base veut qu’on se retire. Il se lance dans des tirades : on n’a rien à y gagner, plus on y reste plus c’est ma guerre, je n‘en veux pas. Laisse l’Afghanistan aux Russes. Il recommence : qu’est-ce qu’on fout à protéger la Corée du Sud de son voisin du nord ? Bolton tente d’expliquer qu’on ne peut pas laisser l’Afghanistan comme havre aux Talibans, tout en augmentant le danger d’une prise de pouvoir des terroristes au Pakistan … qui possède l’arme nucléaire. Et Trump de ronchonner, « 50 milliards par an ».

À lire aussi : L’Afghanistan pour les nuls

A la question de savoir comment on va empêcher des attentats sur le territoire américain après le retrait, Trump répond : « On dira qu’on réduira le pays en poussière ». Bolton : « On l’a déjà dit ». Encore des réunions, encore des cris contre Mattis qui n’a rien fait et qui est en train de perdre, Trump veut se retirer aussi d’Irak, du Yémen, de Syrie. Kelly, exaspéré, dit à Bolton : « Trump ne pense qu’à lui-même ». Mattis commence, par dépit, à regrouper les militaires en quelques points, en préparation du retrait, Pompeo veut déclarer victoire et partir. Le débat tourne autour de ces positions pendant des mois.

Le chaos comme mode de vie

Bolton observe, après un mois au sein de l’administration, des dysfonctions à multiples niveaux. Trump démarre sa journée officielle à midi, ayant passé la matinée au téléphone. Lors des deux briefings hebdomadaires des Renseignements, il parle plus qu’il n’écoute… le plus souvent, hors sujet. Il est rancunier. Contre John McCain …même après la mort du sénateur. Contre Don McGahn, conseiller de la Maison Blanche,  qui avait témoigné « correctement et honnêtement » dans l’enquête Mueller ; Trump annonce son départ par un tweet. Contre la Secretary of Homeland Security, Kirstjen Nielsen, qui n’arrive pas à stopper les caravanes d’immigrés en marche vers la frontière sud. Trump demande à Kushner de s’en occuper. Quand, exceptionnellement, son gendre décline, Trump lui dit de passer le dossier à Bolton, « il est super, il a de bonnes idées, il assure ». Lors d’une réunion houleuse où Kelly défend Nielsen, le président se déchaîne, Kelly sort en claquant la porte. Le général dit à Bolton et Pompeo : « J’ai commandé des hommes sur le champ de bataille. Je n’ai jamais eu à encaisser une merde pareille ». Pompeo de répondre avec un soupir : « Ça va être encore un numéro Trump / Jared / Ivanka ».

Venu en France pour commémorer le centenaire de l’armistice, Trump est de sale humeur. Mécontent des mauvais résultats des législatives de mi-mandat, empêché de faire la visite à Château Thierry Belleau Wood à cause du mauvais temps, harcelé de messages par l’équipe de la première dame qui se mêle à l’affaire Nielsen, et poursuivi par les rumeurs sur le départ de Mattis et Kelly. Le comble : Macron  l’insulte discrètement dans son discours à l’Arc de Triomphe. Kelly raconte que Trump se plaignait sans arrêt pendant le voyage de retour. Un mois plus tard on annonce que Kelly sera remplacé par Mick Mulvaney qui, de l’avis de Pompeo, se soumettra à la volonté d’Ivanka et Jared. Kelly avait déconseillé au président de le remplacer par un béni-oui-oui … car il sera impeached. Stephanie Gresham, alors porte-parole,  dénonce Kelly, « totalement inapte à gérer le génie de notre extraordinaire président ».

Occasion ratée : le Venezuela

Le régime Maduro, illégitime, soutenu par  la Chine, la Russie, l’Iran et Cuba, détruit son pays et menace la sécurité des Etats-Unis. Une intervention salutaire serait possible, à condition de formuler une politique cohérente et déterminée. Trump en est incapable. Mi-août, il dit à Bolton de « faire le nécessaire ». Il veut une option militaire et l’annexion du Venezuela  « parce qu’il fait partie des USA ». Bolton conseille plutôt de travailler avec l’opposition. Avec Pompeo ils élaborent une stratégie de soutien à l’opposant, Juan Guaidó, des négociations avec des militaires susceptibles de faire défection,  des sanctions contre Cuba, le Nicaragua et Maduro lui-même.

À lire aussi : « Les gens ne sortent pas dans la rue au Venezuela parce qu’ils ont peur »

Soudain Trump demande la mainmise sur le pétrole et une déclaration de fidélité exclusive et absolue [à Trump] par Guaidó. Puis, il se ravise, voudrait organiser une réunion avec Maduro pour tout régler. A peine publiée, avec son accord, une déclaration de soutien à Guaidó, Trump décide que Maduro est fort et Guaidó un gamin. Puis, se désintéresse. Les Européens donnent à Maduro 8 jours pour appeler aux urnes. Fin janvier Trump parle avec Guaidó. Il l’encourage, mais ça traine. Maduro accuse Bolton nommément d’un complot d’assassinat. En coordination avec une opération d’aide humanitaire, Guaidó franchit brièvement la frontière mais n’arrive pas à rentrer. Il se déplace dans la région, à la recherche de soutien, rencontre Pence qui est impressionné, mais Trump décide que Guaidó ne fait pas le poids, et dit à Bolton de mettre la pédale douce. 11 mars, Pompeo ferme l’ambassade à Caracas. Trump dit qu’il veut des sanctions très fortes mais Mnuchin s’y oppose. Tout ce que Trump retient d’une réunion avec Fabiana Rosales, la femme de  Guaidó, est qu’elle ne porte pas d’alliance et a l’air très jeune. L’absence d’alliance devient un leitmotiv. Le président commence à appeler Guaidó le Beto O’Rourke du Venezuela. Exemple type de son penchant pour la médisance. Rosales dit à Bolton que le régime doute de la crédibilité de la menace militaire mais redoute les tweets de Bolton. Fin avril, Pompeo lui dit que le Général Padrino, avec 300 militaires, est prêt à virer Maduro

Au point de bascule, l’entreprise commence à se défaire. Des erreurs tactiques de l’opposition, le manque de détermination de Trump et, cerise sur le gâteau, un coup de fil de Poutine qui jure que la Russie n’y est pour rien (en fait les Russes financent les Cubains qui soutiennent Maduro). Impasse et faillite d’une initiative américaine pour la bonne cause.

 

La suite : Nous ne sommes pas venus si loin pour partir avant la fin du film ! La Chine, encore Kim Jong Un, l’Iran, l’Ukraine, l’Afghanistan, la démission de John Bolton. Les parties 4 et 5 suivront.

 

La quatrième partie de l’article est disponible ici.

Tombeau pour des touristes innocents

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En son temps, Philippe Muray avait composé un « Tombeau pour une touriste innocente » qui narre, en vers et contre tout, la rencontre malheureuse d’une gentille altermondialiste avec un barbu aux antipodes. Nicolas Lévine rend hommage au maître en rédigeant un nouveau poème, hélas toujours d’actualité.


La Méprise

 

Ils étaient des dizaines dans le grand oiseau blanc

Heureux de fuir les autres et les jours anonymes

D’aller chercher au loin ce soleil brûlant

Qui raffermit la peau et soigne la déprime

 

C’était déjà octobre et lorsqu’ils reviendraient

Ils pourraient raconter aux crétins du bureau

La douceur du Bosphore et les hauts minarets

Les bains qui purifient et les supers restos

 

Tel sentait déjà sous sa langue impavide

Fondre tous ces mezzes dont le Turc est avide

Et après des orgies qui le laisseraient heureux

Boire ce fameux café qui digère pour deux

 

Telle autre se voyait déjà dans Galata

Dans les bras d’un grand brun aux yeux clairs

Qui lui dirait qu’il l’aime en riant aux éclats

Et la ramènerait ivre chez lui en scooter

 

Celui-ci qui aimait les monuments antiques

Parcourait la ville son Nikon à la main

Pour immortaliser de manière artistique

Le génie de Sinan et des Constantiniens

 

Et ce couple serein qui se roulait des pelles

En bavant insensible au monde extérieur

Comptait enjoliver via l’offre culturelle

Sa singulière virée au pays du bonheur

 

Istanbul serait un grand terrain de jeu

Où leur VISA Premier ouvriraient des possibles

Ça valait bien le coup parfois d’être audacieux

Et puis fallait le dire : c’était très accessible…

 

Bien sûr en sortant ils feraient attention

Aux fous qui comme Dieu ont un grand incendiaire

Et ils étaient conscients des abominations

D’un régime violent et son nouvel Hitler

 

Mais il faut distinguer le peuple du tyran

Qui sait jouer des peurs et qui promet la lune

Dont la police écrase tous les récalcitrants

Et dont l’Occident couard cautionne la fortune

 

Pour ces braves Anglais la Terre était amie

À l’instar de leurs pères au temps de Victoria

C’est la planète entière qui était leur patrie

Mais eux venaient en frères et non pas en soldats

 

Ils venaient apprendre et non pas pour juger

Ils venaient rencontrer cet Autre qui sait lui

Que la joie est le fruit de la simplicité

Et qui a des valeurs et qui n’est pas aigri

 

Bien vautrés sur leurs sièges ils envoyaient

Des nuées de textos qui voulaient divertir

Quand soudain apparut de deux hommes flanqué

Un garçon menotté – ils arrêtèrent de rire

 

C’était un grand gaillard à l’œil malicieux

Qui hurlait en silence comme toutes les victimes

Des mille injustices que les hommes oublieux

Justifient quand elles sont les alibis du Crime

 

C’était un réfugié qu’on renvoyait ainsi

Que l’État expédiait vers une mort certaine

Qui rentrait vers la guerre la famine la haine

« En Afghanistan » estima sûr de lui

 

Un quadra révolté par cette scène indigne

Et qui fut rejoint par d’autres globe-trotteurs

Qui exigèrent des deux auxiliaires du malheur

De réévaluer leurs odieuses consignes

 

Ils étaient tous unis par leur indignation

Ils ne laisseraient pas s’accomplir l’expulsion

Ça s’était décidé dans un élan commun

Au fond n’était-ce pas tout simplement humain ?

 

Les matons sidérés luttaient avec le gars

Que ce hardi soutien avait rasséréné

Le craintif Pachtoune s’était alors mué

En féroce guerrier comme on en fait là-bas

 

Pour ce nouveau Bounty c’était l’heure cruciale

Il ne s’agissait plus d’émouvoir la flicaille

Alors à la rescousse du demandeur d’asile

Allèrent ces touristes un petit peu fébriles

 

C’est qu’ils prenaient le risque évident

De se voir louer sur les réseaux sociaux

Et d’être par la presse statufiés vivants

Et par le maire de Londres qualifiés de héros

 

S’ils perdaient un cheveu dans cette juste lutte

Des armées d’avocats sans parler honoraires

Briseraient le destin des deux affreuses brutes

Qui s’étaient comportées en nazis ordinaires

 

Ils savaient et pourtant écoutant leur courage

Sous les cris des assis qui tendaient leurs portables

Ils prirent l’iniquité à l’abordage

Et enfin put cesser la chose insupportable

 

Dans tout l’aéroport les échos du scandale

Avaient fait redouter un nouvel attentat

Les renforts policiers à l’allure martiale

Se pressaient à la porte avec tout leur barda

 

Comme il était entré le migrant ressortit

On entendait au loin la voix de la victoire

Alors devinrent claires les raisons des retards

Et par la foule inquiète l’homme fut applaudi

 

Le calme revenu dans l’avion mutiné

Les justiciers du jour regagnèrent leur place

Ils étaient tout surpris et fiers de leur audace

(Une femme affirma qu’ils seraient remboursés)

 

Quelques jours plus tard devant Sainte-Sophie

Sur les Îles des Princes et devant Topkapi

Ces redresseurs de torts apprirent via Twitter

Qu’ils avaient eu tout faux sur leur ami boxeur

 

Il n’était pas Afghan mais plutôt Somalien

Et s’il était monté avec eux sur ce vol

C’est parce qu’avec trois de ses charmants copains

Ils avaient fait subir à une ado un viol

 

Et parce que délinquant multirécidiviste

Et parce que sans remords et un peu terroriste

Il avait agacé un juge conséquent

Qui l’avait condamné au bannissement

 

Il s’appelait Ahmed et pour épiloguer

C’était un vrai supplice que celui de la fille

À qui ce moins que rien sans doute racisé

Avait pris l’innocence en citant Mucchielli

 

Grâce à l’intervention des idiots en partance

Il pouvait espérer qu’un ténor du barreau

Blâmant la société l’enfance les bistros

Lui fasse prolonger ses taquines vacances

 

Car lui aussi en somme était un voyageur

Qui confondait ses droits avec ses désirs

Qui réclamait sa part d’insolites plaisirs

Mais le faisait peut-être avec trop de ferveur

Minimum respect

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Covid-19: « Le petit rebond actuel n’a rien à voir avec le pic de mars-avril »

 


La peur est entrée dans Paris. Et un peu partout en France. A coups de prophéties alarmistes, certains médecins médiatiques nous annoncent une seconde vague de Covid-19 semblable au pic qui a affecté l’hexagone au printemps dernier. Sachons raison garder, recommande Frédéric Adnet, professeur de médecine d’urgence à l’Université de Paris 13. Ce praticien qui dirige les urgences de l’hôpital Avicenne de Bobigny explique pourquoi, malgré les milliers de contaminations quotidiennes, nous ne revivrons plus la situation épidémique de mars-avril. Entretien.


Daoud Boughezala. Dans les médias, nombre de vos confrères médecins alertent sur le risque d’une future seconde vague. D’après eux, la courbe suivie ces derniers jours par le nombre d’infections quotidiennes au Covid-19 laisserait présager un retour à la situation épidémique de mars-avril. Partagez-vous cette analyse ?

Frédéric Adnet. Non. Tous les experts s’accordent sur le fait que si deuxième vague il y a, elle ne ressemblera pas à la première. Or, un certain discours anxiogène laisse croire que nous risquons de nouveau d’être submergés par une deuxième vague similaire à la première. Ce n’est pas du tout ce que disent les épidémiologistes et les médecins spécialistes des maladies infectieuses. D’abord, on ne peut pas comparer le nombre de nouveaux cas quotidiens observés en mars-avril avec celui qu’on observe aujourd’hui parce que la méthode de dépistage est radicalement différente. Au printemps, les dépistages étaient très ciblés vers les patients symptomatiques qui répondaient aux critères d’hospitalisation. Autrement dit, les patients les plus graves. Aujourd’hui, on fait du traçage extrêmement large, c’est-à-dire des dépistages de masse, en direction des patients symptomatiques, asymptomatiques, des cas contacts, etc.

Il faudrait multiplier les courbes de mars-avril par un facteur qui peut varier de cinq à dix pour pouvoir la comparer à l’augmentation actuelle. Aujourd’hui, on observe probablement un petit rebond qui n’a rien à voir avec ce qui s’est passé en mars-avril.

Si deuxième vague il y a, en quoi sera-t-elle différente de la première ?

Lors de la première vague, le virus s’est diffusé dans une population dite « naïve », c’est-à-dire sans aucun moyen de protection ni surtout aucune immunité collective. Le virus s’en est ainsi donné à cœur joie. D’où cette célérité, la vitesse de la croissance du nombre de nouveaux cas graves qui a été phénoménale au point de submerger notre structure hospitalière. Aujourd’hui, le virus est toujours là et continue de se propager. Sauf que ce qui joue sur la vitesse de propagation d’une épidémie, ce sont les moyens que l’on se donne pour la freiner : les masques (une étude montre que si 50% de la population le porte, cela a un impact direct sur la vitesse de propagation du virus), la distanciation physique, le traçage et l’isolement des cas détectés. Ajoutons à cela l’immunité collective.

On a lu tout et son contraire sur la notion d’immunité collective. Sa réalité est-elle avérée ?

Revenons aux fondamentaux. Ce que l’on sait clairement, c’est qu’un patient atteint de cette maladie, même dans sa forme peu symptomatique, développe une immunité humorale. Le Covid est donc une maladie qui provoque une immunité protectrice efficace. Certes, on ne connaît pas la durée de cette immunité mais des éléments sont rassurants : sur 24 millions de cas recensés à travers le monde, on n’en a pas encore recensé un seul qui s’est réinfecté. Cela démontre un peu par l’absurde que l’immunité marche. On est maintenant pratiquement certain de l’efficacité de cette immunité générée dès lors qu’on attrape le virus. Reste l’incertitude sur sa durée, avec des études en laboratoire contradictoires. Mais l’épidémie a commencé en novembre et en août, la Chine n’a toujours pas de cas de réinfection. On peut donc raisonnablement estimer donc que l’immunité protège son porteur au moins un an.

Certains scientifiques évoquent également d’autres types d’immunité. Desquelles quoi s’agit-il ?

En plus de l’immunité humorale, il existe deux autres types d’immunité qui sont toujours en discussion. La première est l’immunité cellulaire, que l’on ne détecte pas par les tests sanguins car ces tests détectent les anticorps qui vont aller attraper le virus, pas les cellules qui vont aller manger les cellules infectées. Or, l’immunité cellulaire est extrêmement efficace. On s’est aperçu qu’un certain nombre de patients avait un test d’immunité humorale négatif mais un test d’immunité cellulaire positif.  Les tests actuels d’immunité humorale sous-estiment donc probablement l’immunité collective.

Soit dit en passant, pourquoi ne pratique-t-on pas des tests pour mesurer l’immunité cellulaire ?

Parce que cela nécessiterait des tests très chers et très compliqués. Alors que la détection de l’immunité humorale ne demande qu’une goutte de sang mise sur du papier buvard avant d’obtenir la réponse en une demi-heure, comme un test de grossesse, l’immunité cellulaire nécessite des cultures de culture et toute une infrastructure complexe longue à mettre en place. En pratique courante, on ne pourra jamais lancer de campagne de détection de l’immunité cellulaire.

Si j’ai bien suivi, reste donc un second type d’immunité collective. Quel est-il ?

La seconde immunité est l’immunité croisée. Le coronavirus SARS-CoV-2 appartient en effet à une famille de sept virus qu’on connaît bien, avec trois « méchants » et quatre « gentils ». Parmi les coronavirus « méchants », on trouve le MERS, le SARS-CoV-1 et le fameux SARS-CoV-2 (Covid-19). Quant aux coronavirus « gentils », ils sont responsables de rhumes et de symptômes grippaux sans gravité. En laboratoire, on s’est aperçu que les anticorps actifs contre ces coronavirus « gentils » et très fréquents pouvaient être efficaces contre le SARS-CoV-2 (Covid-19). L’immunité croisée est un grand espoir qui aurait pu expliquer le fait que les enfants s’infectent moins. Les rhumes touchent surtout les enfants, lesquels développent des anticorps contre les « gentils » coronavirus qui, en laboratoire, sont efficaces contre le Covid. Malheureusement, cela n’a pas été vérifié dans les études cliniques. Une étude française célèbre a même montré que les enfants qui avaient les anticorps contre les coronavirus « gentils » s’infectaient de la même manière que les autres.  L’immunité croisée fait donc actuellement débat. Elle marche in vitro en laboratoire mais l’étude clinique sur les enfants la contredit.

Ce résultat décevant donne-t-il raison aux plus pessimistes ?

Non. S’il n’y avait pas d’immunité efficace, on ne pourrait pas élaborer de vaccin, comme pour le VIH. Or, on parvient à obtenir cette immunité reproductible dans les essais pour fabriquer un vaccin. Dans les phases 1 et 2 des vaccins américains, chinois et russe, lorsqu’on injecte des protéines du virus ou du virus inactivé, cela provoque une réponse immunitaire très forte et protectrice.

L’immunité collective reste un grand espoir. Actuellement, le Conseil scientifique de l’Elysée la chiffre de manière complètement pifométrique à 10% de la population française. Ce chiffre est une moyenne qui reflète de grandes disparités. En Seine-Saint-Denis et dans l’est de la France, il doit être plus élevé. Mais dans les régions peu touchées comme la Bretagne ou le Pays basque, l’immunité collective doit être beaucoup plus faible. En tout cas, quel que soit son pourcentage, c’est un frein à la propagation du virus. C’est pourquoi la deuxième vague, qui va se propager au sein d’une population avec une immunité collective, respecte la distanciation et suit les procédures de traçage, sera beaucoup plus lente que la première. Toutes les mesures que nous adoptons ne visent pas à tuer le virus mais à contrôler la vitesse de l’épidémie.

A l’instar de certains médecins, préconisez-vous de suivre les chiffres de la létalité – plutôt rassurants – plutôt que ceux des nouvelles infections afin de suivre la progression du virus ?

Pas du tout. La létalité n’est sûrement pas une indication fiable car on lui fait dire n’importe quoi. Il est très difficile d’avoir une idée de la mortalité liée au Covid-19. Et ce pour plusieurs raisons. Il y a une mortalité directe et indirecte, par exemple liée au fait que les patients ont peur d’aller à l’hôpital, restent chez eux et meurent d’un infarctus du myocarde. Sans parler des maladies chroniques ou des morts subites, dont on ne sait jamais si elles sont directement ou indirectement liées au Covid-19. Il est complètement délirant de prétendre comme le Pr Raoult que le virus tue moins à Marseille qu’à Paris parce qu’on ne maîtrise pas du tout le dénominateur – est-ce que la population est comparable ? est-ce que l’exposition au virus était comparable ?

Pour mesurer l’impact d’une épidémie, il faut comparer les courbes de mortalité prévues aux courbes de mortalité obtenues. Par exemple, si en août 2019, il y avait 100 000 morts en France contre 120 000 en 2020, cela voudrait dire qu’il y a eu un excès de mortalité de 20 000 personnes qu’on va rattacher au Covid-19.

Le vrai marqueur de l’épidémie, c’est l’impact qu’a le virus sur nos structures hospitalières : le nombre de patients en réanimation, le nombre de ceux qui appellent le Samu, de ceux qui entrent en hospitalisation complète et le nombre de tests PCR positifs. Ces indicateurs donnent une idée de la morbidité, donc de la mortalité de l’épidémie.

à suivre

Quand ma cité me rejetait parce que j’étais assimilé

 


À rebours du mythe de la France raciste colporté par les indigénistes et leurs thuriféraires de gauche, la nation française a été une chance pour tous ceux qui refusent le discours tribaliste et victimaire. Témoignage d’un enfant de l’assimilation.


 

C’est avec beaucoup de peine que j’ai assisté dernièrement à la mise en cause publique d’un CRS noir qui fut traité de « vendu » par des manifestants soutenant le comité Adama Traoré. Je ne suis pas noir, mais maghrébin par ma mère et, enfant de l’assimilation, je peux me reconnaître dans la souffrance de ce jeune homme au service de notre nation. Ces images m’ont rappelé des expériences personnelles datant de la fin des années 1980 à la fin des années 1990. Dans ma cité minière de Lens, nous organisions régulièrement des matchs de foot dans la cour d’une école primaire que nous investissions en toute illégalité les samedis après-midi.

Une quête identitaire violente

Une partition s’était opérée insidieusement, les « Maghrébins » de la cité ne voulaient plus de mixité lors de ces matchs. Nous étions condamnés à jouer des France-Maroc dans des ambiances survoltées où nos adversaires mettaient en avant leur orgueil identitaire. Par mon identification ambiguë, je devenais une cible privilégiée.

Tous savaient que ma mère avait trahi en se mariant avec un « Français », un « gwer », j’essuyais des tombereaux d’insultes et de propos dégradants : harki, faux frère, « bougnoule de service », « dégradé de gris » … Je me prenais aussi des coups, l’ambiance était explosive.

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Il n’y a jamais eu de racisme dans la cité, nous avions été des camarades de jeu, des copains de classe, des complices de nos 400 coups. Nous faisions aussi beaucoup de « conneries » et la police, déjà, ne rentrait pas dans notre quartier. Il n’y a donc pas eu d’exclusion, mais plutôt une affirmation, une quête identitaire qui poussait certains à être le négatif de ce que nous étions, à nous rejeter, à ne pas se mélanger avec nous.

Les assimilés abandonnés de la République

Pourtant la rengaine médiatique et politique de l’époque n’avait aucun rapport avec le réel. Entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990, la démographie avait changé dans nos quartiers, favorisant la montée de ces oppositions ethniques. Faire son « Français » était mal vu quand on était d’origine nord-africaine

Puis on a vu apparaître des clubs de foot communautaristes fondés sur l’origine des joueurs. En 1998, juste après la victoire de la France « Black Blanc Beur », le président de mon club s’est opposé à la création d’une équipe B « 100 % Maghreb ». Les joueurs qui la réclamaient ont trouvé leur bonheur dans un club rival.

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Les assimilés comme moi ont été abandonnés par la République et principalement par la gauche qui prétendait protéger les plus faibles. Nous avons été livrés à la loi des plus forts, isolés face au tribalisme solidaire, livrés à ceux qui haïssaient la France. Nous sommes des « vendus », mais qui nous a vendus contre une paix sociale fictive en comparant l’assimilation à du racisme ?

Le plus révoltant est de m’être retrouvé face à de belles personnes de « souche » et de gauche, me taxant de raciste islamophobe pour avoir osé décrire ces réalités. Un jour, le responsable d’une association laïque me reprocha de mettre trop en avant ma francité au détriment de mon arabité ! J’ai eu la sensation de discuter avec un militant du FLN en 1958 ! À croire que la victimisation, la charia et la haine anti-française étaient inscrites dans mon génome !

Une meilleure vie qu’au bled

Mes grands-parents musulmans sont arrivés d’Algérie en 1949. Mon grand-père est venu travailler dans les mines de charbon du bassin artésien. Ma famille a eu une meilleure vie que si elle était restée au bled, sous la dictature FLN qui s’est installée après leur départ.

Évidemment, par fierté, ils soutenaient le régime et affirmaient que tout était formidable en Algérie, mais jamais ils n’auraient voulu y retourner définitivement. Ni eux ni aucun de leurs dix enfants, dont ma mère.

Sachez bien que la légende sur la vilaine France raciste me met hors de moi.

Au début des années 1960, ils furent les premiers dans leur rue à posséder une télévision. Leurs voisins et amis, la famille Descamps et leurs 12 enfants venaient tous les soirs regarder l’ORTF dans un silence de cathédrale.

Le régime minier des houillères du Pas-de-Calais payait des vacances aux mineurs et à leurs familles chaque année. J’ai encore des photos en noir et blanc de cette époque bénie.

Luttes fratricides

Le plus gros danger ne venait pas du racisme, mais des luttes fratricides entre FLN et MNA (Mouvement national algérien) qui provoquèrent 1 700 morts en France. Le FLN exerçait une forte pression sur les Algériens qui devaient payer un impôt révolutionnaire et surveiller la respectabilité musulmane de leurs filles.

Une de mes connaissances, un mineur retraité d’origine italienne, me parla de l’épicier algérien égorgé chez lui, car il refusait de payer l’impôt. Il évoqua aussi son meilleur ami et collègue, italien comme lui, tué à la mitraillette à la gare de Lens avec un Algérien qui était du MNA par des types du FLN qui venaient de l’actuelle Seine Saint-Denis, où étaient implantés les bureaux des indépendantistes algériens.

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Après les accords d’Évian, ma mère, contrairement à sa sœur aînée, refusa la nationalité algérienne et choisit la nationalité française. Elle voulait éviter le mariage arrangé qui était la norme dans les familles musulmanes. Sa sœur fut mariée à un neveu de mon grand-père, puis emmenée en Algérie afin de servir de boniche à sa belle-famille. Mes grands-parents sont allés la chercher et négocier le retour des mariés à Lens afin de surveiller le mari violent qui avait envoyé leur fille à l’hôpital le soir de ses noces.

Les accords déviants

Sachez bien que la légende sur la vilaine France raciste me met hors de moi. La nation française, le peuple français, la culture et l’art de vivre français ont été une chance pour moi et ma famille. Je n’ai jamais subi de contrôle au faciès, mon prénom et mon nom ne sont pas inscrits sur mon front, pourtant mon physique m’a valu de me faire taxer de vendu.

Je voudrais revenir à ce CRS traité de vendu. Je n’ai pas été surpris : cela fait belle lurette que la réalité des quartiers populaires (et désormais, des réseaux sociaux) contredit le discours médiatique ambiant. Lui et moi savons ce que nous risquons. Mais ceux qui me mettent le plus en colère sont ceux qui ont encouragé et légitimé la haine de la France, la criminalisation de l’assimilation. Ceux qui ont nourri et approuvé le discours victimaire antiraciste fallacieux qui a servi de bouclier immunitaire et de carburant idéologique à l’indigénisme et à l’islamisme. Sans leurs alliés, les indigénistes n’auraient pas un tel pouvoir de nuisance. La majorité de nos responsables politiques ont sacrifié notre sécurité et celles de tous les honnêtes citoyens de ce pays aux caïds identitaires et aux groupuscules racialistes. Ce sont des accords déviants.

Assassinat de Rafic Hariri: les mains pleines de sang des « innocents » du Hezbollah

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Réuni à La Haye, le Tribunal spécial pour le Liban a jugé les suspects de l’assassinat de Rafic Hariri le 14 février 2005, tous membres du Hezbollah. Verdict : la cour condamne un membre de l’organisation et en disculpe trois autres. En vérité,  grâce à un faisceau d’indices accablants, les juges savent que le Hezbollah est responsable de l’explosion qui a tué Hariri et a commis cet attentat au service de la Syrie, voire de l’Iran.


Certes, dans son verdict du 18 août, le Tribunal spécial de l’ONU ne désigne pas explicitement le Hezbollah comme responsable de l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri le 14 février 2005.

Cependant, il suffit de lire attentivement la décision (cf. ci-dessous) qui condamne un membre de l’organisation et en disculpe trois autres pour comprendre de quoi il en retourne. En vérité, les juges savent que le Hezbollah est responsable de l’explosion qui a tué Hariri et a commis cet attentat au service de la Syrie, voire de l’Iran.

Mais le tribunal ne disposait pas de preuves suffisantes. Les pages du verdict consacrées aux indices tirées de la géolocalisation des téléphones portables sont néanmoins accablantes, bien que juridiquement insuffisantes pour constituer des preuves.

Cette décision ne semble pas changer grand-chose à la situation déjà chaotique au Liban, devenue critique après l’explosion au port de Beyrouth. Le Hezbollah avait en effet déjà perdu des points auprès de l’opinion publique libanaise. Au sein même de sa base communautaire chiite, des voix s’élèvent pour critiquer son inféodation à l’Iran et à la Syrie au détriment des intérêts libanais.

Si le Tribunal spécial brille par sa prudence, c’est très probablement en raison de l’absence du cinquième accusé, Moustapha Badreddine, tué en Syrie en 2016. Son nom apparaît fréquemment dans le texte rédigé par les magistrats de La Haye. Cousin, beau-frère, ami et d’Imad Moughnieh (assassiné à Damas en 2008), Badreddine lui a succédé à la tête des affaires étrangères et de l’organisation militaire du Parti de Dieu.

Dans son premier acte d’accusation, le Tribunal spécial l’avait accusé d’avoir planifié et supervisé l’attentat contre Hariri.  Badreddine était le chaînon manquant entre les autres accusés – exécutant plusieurs subalternes pour permettre au Hézbollah, à la Syrie et à l’Iran de feindre l’ignorance – et le sommet de l’organisation terroriste chiite. Sa condamnation, même par contumace, aurait jeté de forts soupçons sur ses parrains.

Pour éliminer cet homme devenu encombrant, ces derniers ont employé une méthode mafieuse.  Le 14 mai 2014, Badreddine aurait ainsi été executé d’une balle dans la tête à l’aéroport de Damas, une demi-heure après avoir rencontré (feu) Qassem Suleimani, alors commandant de la Force Al-Qods.

Juste après l’assassinat de Badreddine, certains médias ont accusé Israël avant que le Hezbollah lui-même ne le disculpe. Peu de temps après, des rumeurs ont prétendu que Baddreddine aurait été assassiné sur ordre de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, en raison de son comportement ostensiblement immoral qui entachait la réputation de l’organisation. Une chose est sûre : sa mort a neutralisé la charge explosive potentielle d’une « mauvaise » décision du Tribunal.

 Voici la copie traduite du jugement du Tribunal :

    1. Le lundi 14 février 2005, peu avant 13 heures, l’ancien Premier ministre du Liban, M. Rafic Hariri, voyageait dans son convoi à Beyrouth du Parlement libanais à son domicile. A l’approche de l’hôtel Saint-Georges, près de la côte, une explosion massive a retenti. M. Hariri a été tué dans l’explosion. Vingt et un autres personnes, dont huit membres du convoi de M. Hariri, ainsi que des passants, ont également trouvé la mort. Trois des victimes sont mortes après l’explosion, deux le lendemain, et la troisième, le député libanais, M. Bassel Fuleihan, a succombé après deux mois de coma.
    2. Au moins 226 autres personnes ont été blessées, dont certaines très gravement. Des passants travaillant dans les immeubles voisins ont subi de terribles blessures et de nombreux bâtiments ont été gravement endommagés.
    3. L’explosion a été déclenchée par un kamikaze au volant d’un Mitsubishi Canter – un camion léger couvert d’une bâche, chargé de plus de deux tonnes d’explosifs RDX [un explosif nitré, issu de la réaction de l’acide nitrique avec l’hexamine] de haute qualité – qui a explosé alors que le convoi de six véhicules de M. Hariri, lourdement protégé, passait devant l’hôtel Saint-Georges. Les explosifs contenaient l’équivalent de 2 500 à 3 000 kilogrammes de TNT. L’explosion a laissé un cratère en forme de cône, d’un diamètre d’environ 11, 40 mètres et d’une profondeur d’environ 1,90 mètre.
    4. Au cours des mois précédant son assassinat M. Hariri et son convoi étaient sous surveillance. Sur le terrain, les personnes chargées de sa surveillance communiquaient entre elles à l’aide de trois réseaux de téléphonie mobile. Pour distinguer les trois réseaux, l’accusation les a étiquetés avec un code couleur : jaune, bleu et rouge.
    5. Le réseau rouge était celui de l’équipe des assassins. Les utilisateurs des téléphones mobiles des réseaux bleu et rouge ne communiquaient qu’entre eux. Un autre réseau, que nous appellerons « réseau Vert », composé de trois mobiles, aurait coordonné servi à surveiller tous les aspects de l’opération visant M. Hariri, qui a abouti à son assassinat.
    6. Dans les mois qui ont précédé l’attentat, les téléphones portables identifiés avaient suivi M. Hariri dans ses déplacements au Liban. Il s’était notamment rendu à l’aéroport de Beyrouth, à sa villa de Faqra au nord de Beyrouth, à sa villa de Naameh au sud de Beyrouth, visant mosquées et églises. Il avait rencontré le secrétaire général du Hezbollah dans le sud de Beyrouth, s’était rendu au Parlement et avaient des rendez-vous au déjeuner et au dîner. Ces téléphones mobiles étaient également objets d’une surveillance statique près de sa résidence et le long de certaines des routes qu’il a empruntées.
    7. Le but de cette surveillance était d’obtenir des informations sur les déplacements de M. Hariri, son niveau de sécurité et protection et, finalement, de déterminer une méthode appropriée pour l’assassiner, y compris en trouvant l’endroit approprié pour l’attaque prévue. Le convoi de M. Hariri était équipé de brouilleurs électroniques qui auraient bloqué la détonation à distance de tout explosif. C’est pourquoi un engin explosif improvisé – sous la forme d’un kamikaze conduisant un camion léger chargé d’explosifs qu’il pouvait faire exploser lui-même – a été choisi.
    8. Peu après l’explosion, le lundi 14 février 2005 dans l’après-midi, la chaîne d’information Al-Jazeera à Beyrouth a reçu des appels revendiquant la responsabilité de l’attentat, et informant qu’une vidéo et une lettre se trouvaient dans un arbre non loin des studios de la chaine. Trois appels ont été passés, dont un menaçant, exhortant Al-Jazeera à diffuser immédiatement de la vidéo. Les auteurs de l’appel avaient également contacté Reuters. Deux des accusés, Hussein Hassan Oneissi et Assad Hassan Sabra, auraient passé ces appels et observé la collecte de la vidéo.
    9. Dans la vidéo, diffusée par Al-Jazeera plus tard dans l’après-midi, un jeune Palestinien, M. Ahmad Abou Adas, affirme représenter un groupe fondamentaliste appelé « Victoire et Jihad en Grande Syrie » et avoir exécuté une « opération retentissante de martyre » contre M. Hariri, qualifié d’agent du « régime infidèle saoudien ». La lettre jointe à la cassette affirme que l’opération suicide a été menée par « le moujahid Ahmad Abou Adas ». L’accusation a qualifié cette lettre de « fausse déclaration de responsabilité » pour l’attaque contre M. Hariri. Et c’est effectivement le cas. Le groupe est fictif et M. Abou Adas ne s’est pas tué dans l’explosion ; il n’était pas le kamikaze.
    10. M. Abou Adas, un homme très pieux de 22 ans, a disparu de son domicile à Beyrouth le matin du dimanche 16 janvier 2005. Sa famille ne l’a pas revu depuis. Il n’est vraisemblablement plus en vie. M. Oneissi et M. Sabra auraient organisé cette disparition en le recrutant dans une mosquée de Beyrouth.
    11. L’attaque réussie contre M. Hariri a été soigneusement planifiée et mise en œuvre. Les six principaux utilisateurs du réseau mobile rouge sont responsables du meurtre de M. Hariri le 14 février 2005. Les utilisateurs des réseaux mobiles jaune, bleu et rouge ont observé les mouvements de M. Hariri et de son convoi dans les semaines et les mois qui ont précédé l’attaque. Certains membres du réseau rouge ont également utilisé des téléphones portables des réseaux bleu et jaune. Le jour de l’attentat, les utilisateurs du réseau mobile rouge ont observé les mouvements de M. Hariri au Parlement et étaient présents près de la scène du crime peu avant l’explosion. Ils ont également coordonné les mouvements du camion utilisé pour l’attentat vers le convoi. Les utilisateurs du réseau rouge ont passé leurs derniers appels dans les minutes précédant l’attentat et ces téléphones anonymes n’ont plus jamais été utilisés.
    12. La vidéo de la fausse revendication visait à détourner l’attention des véritables auteurs, à savoir Salim Jamil Ayyash et ses co-conspirateurs.
    13. Les quatre accusés sont Salim Jamil Ayyash, né le 10 novembre 1963 à Harouf, au Liban, Hassan Habib Merhi, né le 12 décembre 1965 à Beyrouth, Hussein Hassan Oneissi, né le 11 février 1974 à Beyrouth et Assad Hassan Sabra, né à Beyrouth le 15 octobre 1976. Une cinquième personne et ancien accusé, Moustapha Amine Badreddine, également connu sous le nom de « Sami Issa » – et qui aurait été un co-conspirateur – est né à Beyrouth le 6 avril 1961 [tué en 2016 en Syrie]. Tous les cinq, selon le procureur, sont des partisans du Hezbollah.
    14. L’acte d’accusation […] contient neuf chefs d’accusation, alléguant des crimes commis en violation du Code pénal libanais : conspiration en vue de commettre un acte terroriste au moyen d’un engin explosif, commission d’un acte terroriste au moyen d’un engin explosif, homicide intentionnel de M. Hariri et des 21 autres personnes, tentative d’homicide intentionnel des 226 personnes blessées dans l’explosion et complicité de ces crimes.
    15. Le Procureur a soutenu que chacun des quatre accusés et M. Badreddine avaient participé à la conspiration. Ils ont joué les rôles suivants dans l’attentat :
    16. Moustapha Amine Badreddine a surveillé et coordonné, avec Salim Jamil Ayyash, la surveillance de M. Hariri afin de préparer l’attentat, y compris l’achat du camion. Il a également surveillé la réalisation de l’attentat, et a suivi, avec Hassan Habib Merhi, la coordination de la préparation de la fausse revendication;
    17. Salim Jamil Ayyash, avec Moustapha Amine Badreddine, a coordonné la surveillance de M. Hariri dans le cadre de la préparation de l’attentat, y compris l’achat du camion. Il a échangé avec Hassan Habib Merhi au sujet des préparatifs de l’attentat, y compris la fausse revendication. Il a coordonné la commission de l’attentat et a participé à la surveillance et à l’assassinat ;
    18. Hussein Hassan Oneissi et Assad Hassan Sabra, sous l’autorité de Hassan Habib Merhi, ont participé à la recherche de la personne à utiliser pour la fausse revendication de l’attentat, à savoir M. Abou Adas. Immédiatement après l’attentat, ils ont diffusé des déclarations attribuant faussement la responsabilité de l’attentat, ont assuré la livraison de la vidéo et la lettre jointe à Al-Jazeera, et ont assuré sa diffusion. Ces actions étaient sous la responsabilité de M. Merhi. M. Oneissi, toujours sous la coordination de M. Merhi, a en outre participé à la disparition de M. Abou Adas afin de donner du crédit à la fausse revendication.
    19. Hassan Habib Merhi, avec Moustapha Amine Badreddine, a coordonné la fausse revendication et était en communication avec Assad Hassan Sabra à cette fin. Il a coordonné les activités de M. Oneissi et de M. Sabra pour trouver et faire disparaître M. Abou Adas, qui apparaît dans la vidéo. Immédiatement après l’attentat, il a coordonné leurs activités en diffusant des déclarations attribuant faussement la responsabilité de l’attentat, assurant la livraison de la vidéo et de la lettre jointe à Al-Jazeera et veillant à sa diffusion.
    20. Selon le Procureur, M. Oneissi et M. Sabra ont utilisé leurs téléphones portables personnels pour communiquer entre eux et avec M. Merhi en rapport avec la fausse revendication. Ces trois téléphones portables ont été appelés le « réseau violet ». Badreddine, Ayyash et Merhi auraient communiqué sur un réseau fermé de trois téléphones portables (« vert »). Ayyash et Merhi ont utilisé leurs téléphones personnels uniquement pour communiquer avec M. Badreddine.
    21. L’accusation a tenté de prouver qu’ils utilisaient leurs téléphones mobiles en s’appuyant sur la co-localisation des téléphones mobiles de réseau avec leurs téléphones mobiles personnels. En d’autres termes, que les téléphones portables personnels et ceux du réseau ont passé des appels et se sont déplacés d’une manière suggérant qu’ils avaient un seul et même utilisateur.
    22. L’accusation a présenté une grande quantité de documents et de preuves de télécommunications, y compris les enregistrements des données des appels passés et les informations concernant les tours de téléphonie cellulaire activées, pour tenter de prouver que les accusés et M. Badreddine utilisaient les téléphones mobiles personnels mis en cause. Deuxièmement, que ces derniers étaient co-localisés avec les téléphones portables du réseau et, troisièmement, que les téléphones portables du réseau étaient impliqués dans la surveillance et l’assassinat de M. Hariri.
    23. L’accusation a prouvé certaines de ces allégations et attributions de téléphones portables mais pas toutes.
    24. Les preuves ont établi que M. Ayyash a conspiré avec des personnes non-identifiées pour commettre un acte terroriste au moyen d’un engin explosif afin d’assassiner M. Hariri. M. Ayyash a dirigé l’équipe d’assassins le lundi 14 février 2005. L’accusation a prouvé qu’il utilisait des téléphones portables des réseaux jaune, bleu, rouge et vert et que les trois premiers étaient engagés dans la surveillance de M. Hariri entre octobre 2004 et le 14 février 2005. Elle a également prouvé qu’il était activement impliqué dans l’assassinat le jour de l’attaque.
    25. Les preuves étaient insuffisantes pour déterminer le rôle éventuel de M. Badreddine dans la conspiration. Les preuves se bornaient à des enregistrements d’activation de son téléphone portable du réseau vert lors d’appels vers les deux autres téléphones portables du réseau. L’un d’entre eux a été utilisé par M. Ayyash. L’autre a été attribué par l’accusation à M. Merhi.
    26. Les preuves ont établi qu’une grande partie de la surveillance visait à cibler M. Hariri en vue de son éventuel assassinat. Cependant, il est difficile de déterminer le degré de cette surveillance, étant donné que M. Hariri était surveillé par d’autres, notamment les Forces de sécurité intérieure libanaises. La Chambre de première instance a estimé que la décision finale de poursuivre le plan et donc d’assassiner M. Hariri n’a été prise que début février 2005 […]
    27. En ce qui concerne les rôles de M. Merhi, de M. Oneissi et de M. Sabra dans le complot et la fausse revendication, l’accusation n’a pas pu étayé sa thèse au-delà du doute raisonnable.
    28. L’accusation a allégué que M. Oneissi, se faisant passer pour « Mohammed », s’est approché de M. Abu Adas dans une mosquée afin de trouver quelqu’un à utiliser dans la vidéo de la fausse revendication. Oneissi et Sabra auraient également été présents aux alentours de la mosquée à Beyrouth pendant dix jours, fin décembre 2004 et début janvier 2005, dans ce but. Au tribunal, le ministère public a affirmé que M. Oneissi et M. Sabra avaient participé à l’enlèvement de M. Abou Adas à son domicile le dimanche 16 janvier 2005. Le dossier du ministère public sur chacune de ces allégations, basé presque uniquement sur l’activation des portables de deux personnes autour de la mosquée, n’a pas prouvé sa thèse au-delà du doute raisonnable.
    29. La preuve que M. Oneissi était « Mohammed » n’était pas fiable. Elle n’était pas probante. Il n’y avait pas non plus, en fin de compte, de preuve fiable reliant les activations des deux portables personnels du réseau violet autour de la mosquée […]
    30. De même, il n’y avait aucune preuve reliant l’un ou l’autre des accusés à la disparition de M. Abou Adas ni aucune preuve fiable de son enlèvement. De plus, l’accusation n’a pas prouvé au-delà de tout doute raisonnable que M. Sabra utilisait le mobile personnel « vilolet » qui lui était attribué. Le mobile était utilisé conjointement par M. Sabra et son épouse, et il n’y avait aucune preuve fiable établissant que M. Sabra était la personne qui l’utilisait à tous les moments décisifs […]
    31. En ce qui concerne les appels à Reuters et à Al-Jazeera dans l’après-midi du lundi 14 février 2005, les preuves étaient trop faibles pour lier M. Oneissi ou M. Sabra aux appels ou à la collecte de la vidéo cachée dans l’arbre. Les preuves cellulaires n’étaient pas suffisamment fiables au lendemain de l’attentat pour prouver que les téléphones portables qui leur étaient attribués se trouvaient là où ils étaient censés se trouver au moment des appels. La Chambre de première instance a été convaincue au-delà de tout doute raisonnable que M. Oneissi utilisait son téléphone portable personnel violet, mais comme indiqué, elle n’a pas pu faire la même constatation concernant M. Sabra.
    32. De plus, les preuves n’ont pas démontré que l’un ou l’autre des accusés s’était joint à la conspiration avant l’explosion. Même s’ils avaient passé les appels téléphoniques à Reuters et à Al-Jazeera comme il est allégué, rien ne prouve qu’ils étaient au courant de l’explosion à l’avance, et que leurs actions présumées étaient liées à l’attentat. Prouver qu’ils en avaient connaissance était légalement requis par le Code pénal libanais.
    33. En ce qui concerne M. Merhi, le ministère public n’a pas non plus réussi à prouver au-delà de tout doute raisonnable qu’il utilisait le téléphone portable vert qui lui était attribué et qu’il communiquait donc avec M. Badreddine […] Il n’y avait pas non plus de preuve de ses communications avec M. Ayyash en relation avec la fausse revendication.
    34. M. Merhi a été chargé de coordonner les activités de M. Oneissi et de M. Sabra dans la préparation de la fausse revendication. Toutefois, comme la procédure engagée contre eux a échoué, celle engagée contre M. Merhi a également échoué, y compris en ce qui concerne sa participation à la conspiration. La Chambre de première instance n’a pas été convaincue au-delà de tout doute raisonnable de leur culpabilité.
    35. Les preuves contre les quatre accusés étaient circonstancielles. Le seul élément de preuve direct – et que la Chambre de première instance a jugé trop peu fiable pour l’utiliser contre M. Oneissi – établit qu’il est bien le « Mohammed » qui a rencontré M. Abou Adas à la mosquée, en essayant de trouver une personne à utiliser dans la vidéo de fausse revendication.
    36. Le reste des preuves contre les quatre accusés et M. Badreddine, provenait de l’activation des téléphones portables personnels […] qui leur étaient attribués. L’accusation a produit des preuves les reliant aux déplacements avérés de M. Hariri et, en outre, dans le cas de M. Oneissi et de M. Sabra, à M. Abou Adas. Cependant, les preuves relatives à M. Abou Adas n’étaient finalement pas suffisamment fiables pour être utilisées contre l’accusé.
    37. Il n’y avait aucune preuve de la rencontre des quatre accusés ou de M. Badreddine, ni du contenu de leurs conversations téléphoniques mobiles. Il n’y a pas eu d’interceptions téléphoniques, de messages textuels pertinents ou de messages vocaux. Il n’y avait aucune preuve fiable de la rencontre entre M. Oneissi ou M. Sabra et M. Abou Adas.
    38. Pour confondre M. Ayyash, la Chambre de première instance a dû lier les activations de ses téléphones portables personnels et de son réseau aux déplacements de M. Hariri et à d’autres événements. Pour ce faire, elle a analysé l’utilisation d’un téléphone portable du réseau rouge, le numéro 741, le jour de l’attaque et a ensuite travaillé à rebours pour démontrer qu’il l’utilisait ce jour-là et à d’autres jours décisifs où la surveillance a eu lieu. Le « rouge 741 » était co-localisé avec les mobiles personnels et les autres mobiles du réseau de M. Ayyash. De sorte que la seule conclusion raisonnable établit qu’il en était l’utilisateur et que son utilisateur était fortement impliqué dans l’attaque.
    39. La Chambre de première instance, comme elle doit le faire dans une affaire fondée sur des preuves circonstancielles, a accordé le bénéfice du doute à l’accusé. Pour cette raison, elle a acquitté M. Merhi, M. Oneissi et M. Sabra de tous les chefs d’accusation […] Dans le cas de M. Ayyash, sa culpabilité au-delà de tout doute raisonnable pour tous les chefs d’accusation est la seule conclusion raisonnable.

 

Entendez-nous dans nos campagnes…

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maire campagne village migrants
Saint-Jeoire-en-Faucigny. Document reference 080_HL_JSEBADELHA_726364 Byline / Source / Credit Julie Sebadelha / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

 Antoine Valentin, 27 ans, maire de Saint-Joire-en-Faucigny (Haute-Savoie), dénonce l’abandon des territoires ruraux. Le cri d’alarme d’un élu qui ne renonce pas à agir malgré le désengagement de l’Etat.


64 jours et 8 heures de mandat, voici ma naissante expérience de premier magistrat, avant de prendre aujourd’hui la plume pour vous faire part de mes constats d’élu d’un territoire abandonné par l’Etat. Je suis le jeune maire (27 ans) d’un village haut-savoyard de 3400 habitants. Ma commune n’est ni pauvre, ni riche ; autrefois chef-lieu de canton, elle est désormais le ventre mou d’un territoire convoité par les grandes agglomérations voisines, une sorte de réserve de travailleurs et de lotissements. C’est la France des châteaux, des chapelles et des belles fermes, vampirisée par les lotisseurs et promoteurs. Une grande partie de nos commerces de proximités a fermé. Heureusement, nos PME se battent et survivent. Nous ne sommes pas tout à fait une ville, mais plus tout à fait un village.

4 heures, le temps nécessaire pour comprendre le cloaque terrible dans lequel nos territoires ruraux se noient. Juste après mon premier conseil municipal, vers 23h, je visite mon futur bureau de maire. Sous ses fenêtres, un parc public magnifique, dont s’échappent déjà les volutes des chichas d’un groupe d’une trentaine de « jeunes » entre gloussements bruyants et musique urbaine criarde. Inutile d’intervenir, on me prévient, « C’est tous les soirs pareil, ils sont parfois violents, n’y allez pas ! »  A peine arrivé, il faut à l’élu local déjà baisser les yeux, abandonner toute velléité d’ordre, pour éviter insultes, crachats ou même agressions physiques.

Des gendarmes dépassés

Là où la politique de la ville amène, dans certaines zones, la présence policière à un agent pour 850 habitants, notre territoire rural compte un gendarme pour pratiquement le double d’administrés. Mieux encore, la distance entre les deux points les plus éloignés de la circonscription de notre brigade de gendarmerie nécessite plus de 45 minutes de route. Inutile de vous dire que malgré leur engagement total et dévoué, nos gendarmes sont aussi sur-bookés que sous-équipés, pour dire… Inutile de vous avouer ici que nos forces de l’ordre, seulement deux agents en service la nuit, sont parfois réquisitionnés pour accompagner un détenu de la prison voisine pour un séjour hospitalier.

Entre nous soit dit, historiquement, la présence policière fut déjà bien plus faible dans notre territoire, mais cela, c’était avant l’ensauvagement de nos campagnes. Figurez-vous, qu’enfant, j’ai connu mon petit village rural franchement calme. En dehors de quelques incartades avec les enfants du CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile) voisin, rien n’était à signaler. Oui, j’oubliais de vous en parler, dans notre commune de 3400 habitants, nous accueillons entre 100 à 130 migrants en attente de régularisation. Une proportion que l’on retrouve dans presque aucune grande ville française, mais qui semble dans notre petit village, ne pas déranger pour un sou les pouvoirs publics. On ne peut pas reprocher concrètement à ces demandeurs d’asile de provoquer le chaos ou l’ensauvagement, mais leur présence accentue le sentiment général de dépossession qu’éprouvent certains gens du cru.

Vingt mineurs isolés

Leur encadrement est proportionnel à la présence des forces de l’ordre sur le territoire : sous-dimensionné. Concrètement, une vingtaine de mineurs isolés vit en autonomie dans des appartements loués par le Conseil départemental, en plein centre du village. Un éducateur spécialisé leur rend visite une fois par jour, le matin, sauf le weekend. Comment croire que de jeunes adolescents, avec la fougue de leur âge, l’euphorie de la découverte de l’opulence de notre système social et le sentiment de groupe, puissent intégrer seuls les codes, valeurs et règles de notre République?

Un jour, un habitant du village m’a fait constater l’état particulièrement sale du jardin du centre d’accueil des migrants. En effet, les espaces verts y sont systématiquement souillés d’une multitude de déchets, bouteilles de Coca, emballages de Macdonald et autres immondices. Après que j’ai fait remarquer cette situation au gestionnaire des lieux, celui-ci m’a avoué qu’il en était ainsi depuis toujours et qu’il ramassait plusieurs fois par semaine les déchets jetés par la fenêtre par les occupants en attente de régularisation. Une drôle de façon d’intégrer les règles élémentaires de savoir-vivre pour ces Français en devenir et un symbole supplémentaire de soumission : un Français mal payé ramasse les déchets de candidats à la citoyenneté.

Chaos nocturne

Ce que nos habitants ruraux n’acceptent pas, à juste titre, c’est de voir leurs villages sombrer dans le chaos une fois la nuit tombée, l’apparition de nouvelles populations aidées, pendant que l’Etat se désengage plus en plus de leur quotidien.

Exemple simple, aussi révélateur que tragique, que celui d’un jeune handicapé du village, âgé de seulement 20 ans, décédé lors du deuxième mois de mon mandat. Alors qu’il se trouvait en état de détresse manifeste, malgré les appels de ses parents aux secours, personne ne s’est déplacé à son chevet. Laissant ainsi à ses parents, âgés, la lourde charge de le transporter tant bien que mal, en pleine nuit, aux urgences de l’hôpital le plus proche, où il délivrera son dernier souffle. Je ne suis pas moi-même médecin et sans présumer des conséquences sur sa santé d’une intervention des secours, nous pouvons, ensemble, affirmer que celle-ci aurait à minima, évité un traumatisme irréversible à ses proches. Que dire d’une société qui abandonne ses plus faibles quand ils en ont vraiment besoin ? C’est le drame du Français moyen : trop humble et poli pour s’énerver et demander, il est le grand oublié des politiques publiques. Une masse de l’ombre aussi silencieuse que besogneuse, nourrit financièrement, par son travail, un système politique qui la sacrifie chaque jour au profit de minorités gesticulantes et bruyantes. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’une partie importante de l’immigration de deuxième génération s’est si bien intégrée qu’elle appartient elle aussi désormais à cette classe moyenne oubliée.

Taguer une école pour la protéger

Si dans nos villages ruraux les agriculteurs sont progressivement remplacés par les pendulaires, le beau est lui aussi inéluctablement remplacé par le laid. Ainsi, chaque jour, nos campagnes s’enlaidissent à coup de lotissements, de street art de seconde zone et de bâtiments publics pseudo-futuristes. Dans ma commune, le département a récemment rénové un bâtiment à grand renfort de façades en panneaux de résine, rouges, jaunes fluo et marron. Ignobles. Tandis que la rénovation de l’école primaire touchait à sa fin, on m’expliqua qu’il fallait désormais trouver un partenaire pour taguer ses murs périphériques. Taguer une école ? On m’expliqua que le meilleur moyen d’éviter les dégradations et graffitis sur cette nouvelle école républicaine était de financer bombes de peinture et éducateurs spécialisés pour accompagner les « jeunes » en difficulté dans un exercice « d’art urbain » improvisé. Il revient donc à la municipalité de financer la dégradation de son bien, par des artistes qui n’en ont que le nom, pour éviter de futurs graffitis. CQFD.

Rien n’est perdu

Je suis donc le maire d’un territoire où la lutte contre l’ensauvagement généralisé de notre  société est une réalité quotidienne, une sorte de donnée dramatique de l’équation de nos vies de ruraux abandonnés. Une fois ce cadre de travail posé, rien n’est perdu. Si je suis persuadé que l’Etat ne fera rien pour nos campagnes, je suis certain que la France rurale a la force de terrasser ce mal importé et désormais en notre sein. En trois mois, avec mon équipe, nous avons multiplié les actions concrètes pour endiguer la terrible maladie dont souffre la ruralité française : arrêté interdisant la chicha et la consommation d’alcool dans l’espace public, renforcement de l’action de la police municipale, partenariat accru avec les forces de l’ordre…. Nous avons proposé davantage de services à nos classes moyennes et recentré notre politique à leur destination : périscolaire, prix de la cantine, aides financières au permis de conduire des jeunes, etc. Inutile de vous dire qu’il n’y aura pas de tags financés par nos services et que ceux existants dans la commune sont déjà effacés. Pierre après pierre, nous reconstruisons un cadre de vie agréable pour la population qui nous a élus. Ce long combat commence déjà à porter ses fruits.

Rien n’est perdu, mais rien n’est acquis. Si nous voulons sauver notre douceur de vivre campagnarde, il ne faudra rien lâcher, ne rien tolérer et ne plus jamais baisser les yeux devant la terrible réalité. Du moins, en attendant le retour à la raison de nos dirigeants nationaux.

La fin du village: Une histoire française

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« Il ne faut absolument pas reconfiner! »

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confinement adnet covid ehpad
Paris confiné, avril 2020. Auteurs : Hollandse Hoogte / Robin /SIPA. Numéro de reportage : 00955753_000002

Frédéric Adnet, directeur du service des urgences de l’hôpital Avicenne de Bobigny, fait le point sur la lutte contre le Covid-19. Quel est le bilan dans les hôpitaux et les Ehpad ? Le confinement a-t-il été efficace ? Un vaccin a-t-il des chances d’émerger ? Entretien 2/2.


 

Retrouvez la première partie de l’entretien ici. 

Daoud Boughezala. Depuis le déconfinement, notre système hospitalier n’a pas augmenté ses capacités d’accueil. Est-ce dû à un excès de bureaucratie ?

Frédéric Adnet. Non, c’est une question d’argent. Entre décembre 2019 et avril 2020, on s’est aperçu que le nombre de lits en réanimation rapporté à la population était beaucoup plus faible en France qu’en Allemagne. Depuis, je n’ai pas entendu parler d’un plan d’ouverture massif de lits en réanimation. Cela coûte très cher et on est un peu retombé dans l’hôpital d’avant la crise du Covid : les administratifs et la gestion comptable de l’hôpital ont repris le dessus malgré tous nos hurlements.

Deux grands axes feraient qu’on encaisserait mieux une deuxième vague. D’abord, augmenter nos capacités hospitalières, notamment en réanimation et en soin continu, ce qui suppose d’embaucher des médecins, des infirmières formées, d’acheter du matériel. Ce sont les lits qui coûtent le plus cher à la Sécurité sociale, donc aux finances de l’Etat. Le second axe très important se situe dans les Ehpad.

Comment ça ?

Un tiers des morts français du Covid vient des Ehpad. Or, il a été démontré aux Etats-Unis que le seul déterminant dans les établissements accueillant des personnes âgées était le nombre de personnel soignant, sa qualité et le nombre d’heures passées auprès des malades. Autrement dit, l’encadrement. Chaque jour, au SAMU, on reçoit les appels désespérés d’une pauvre aide-soignante qui a deux cents patients âgés à gérer la nuit. Il faudrait remédicaliser et redoter les Ehpad avec un personnel soignant compétent et formé pour y faire baisser la mortalité.

A l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, vous avez un administratif pour un médecin !

Au fond, à quoi sont dues les difficultés des hôpitaux ?

Avant la crise sanitaire, la gestion hospitalière était très administrative et centrée sur les économies. Cette gestion s’est effondrée au moment de la crise. Tous les administratifs nous ont alors appelés, nous médecins, pour qu’on reprenne la main sur l’hôpital. C’était assez facile puisqu’à ce moment-là, on obtenait tout ce qu’on demandait. Il n’y avait plus de contrainte financière face à la gravité de la situation. Le système hospitalier était à deux doigts de s’effondrer ! Une des grandes leçons de cette crise, c’est qu’il faudrait remédicaliser la gouvernance hospitalière. En Allemagne, qui fait figure de standard dans la bonne gestion de cette crise, la masse salariale administrative est de l’ordre de 25% alors qu’en France ce chiffre avoisine les 35-40%. A l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, vous avez un administratif pour un médecin ! Le fait qu’il y ait autant d’administratifs que de médecins est complètement délirant. Dans mon hôpital, il y a quantité de sous-directeurs, une responsable de la communication avec un adjoint à la communication… Ces postes peuvent avoir un sens dans une entreprise comme Coca-Cola mais n’en ont aucun à l’hôpital ! Malheureusement, le corps administratif s’auto-entretient et s’auto-développe. Cela contribue beaucoup à la pénurie de moyens liés aux soins. Si on dégraissait le mammouth hospitalier, on pourrait peut-être augmenter le nombre de lits.

Sortons de l’hôpital. Approuvez-vous la généralisation du port du masque en extérieur ?

On surévalue le risque de contamination en plein air. Aucune publication scientifique ne va dans ce sens. Le port du masque coercitif en plein air tel qu’il a été décidé en France est une mesure excessive. Mais il y a un bénéfice indirect : la bonne pratique du port du masque lorsqu’il est intégré à notre mode de vie. Si on ne nous oblige pas à mettre le masque en plein air, on va le mettre dans notre poche et le remettre sur le nez quand on entre dans un magasin. Ce nid de microbes va traîner dans les poches, on va le manipuler dans les mains, si bien qu’il ne servira plus à rien. Soyons clairs et nets : je pense sincèrement qu’il n’y a pas besoin de porter le masque à l’extérieur. Mais le masque doit être porté dans les lieux confinés, ou quand la population est dense pour ralentir la propagation du virus.

Le confinement est une catastrophe en termes de santé publique

Si ce dernier objectif n’était pas atteint, devrait-on reconfiner ?

Non. Au niveau sociétal macroscopique, le confinement a sûrement plus de désavantages que d’avantages. Les PIB de tous les bassins qui ont confiné se sont effondrés. Or, quel est le meilleur marqueur de la santé publique ? Le PIB par habitant. Ce n’est ni le nombre de médecins, ni le taux de vaccination, ni la mortalité infantile ou la durée de vie des patients. Les pays qui ont les plus forts PIB par habitant ont la meilleure santé. Quand on fait écrouler le PIB, on fait écrouler la santé de la population. On le voit tous les jours à l’hôpital : tous les malades chroniques qui ont été confinés sont en train de mourir. Les cancers qui ne sont plus suivis vont accélérer leur développement et diminuer l’espérance de vie de leurs porteurs. Le confinement est une catastrophe en termes de santé publique.

Au vu de nos capacités hospitalières limitées, le confinement n’était-il pas inévitable pour éviter un engorgement ?

Rappelez-vous pourquoi on a confiné : on a vu que les Chinois avaient confiné à Wuhan et que cela avait marché. Quand les historiens se pencheront sur cette pandémie dans quelques dizaines d’années, on pourra modéliser la perte de PIB et les conséquences en termes de santé publique. Car il n’y a pas que le virus qui tue. Le diabétique confiné va mourir. Pendant le confinement, il n’y avait plus personne dans les centres de dépistage des cancers. Or, si vous faites perdre deux mois à un patient atteint de cancer du sein, vous le tuez. Ce n’est pas immédiat, on en verra les effets dans dix ans. L’impact sanitaire du confinement en termes de morbidité sur la population entière a peut-être été beaucoup plus important que l’épidémie elle-même. Les premières études commencent à sortir. Ainsi, les Américains ont démontré qu’il y avait une surmortalité dans toutes les autres pathologies. En France, les arrêts cardiaques se sont multipliés.

C’est pourquoi il ne faut absolument pas reconfiner. Ce serait de nouveau écraser le PIB, aggraver la paupérisation, le nombre d’enfants qui ne vont pas à l’école et dégrader nos indicateurs de santé publique.

La recherche de vaccins en France a été un fiasco complet

Pour éviter ce genre de scénario catastrophe, nos gouvernants semblent miser sur la mise au point d’un vaccin. Croyez-vous aux pistes russe, chinoise et américaine ?

Il y a beaucoup d’espoir. Vladimir Poutine a lancé une course à échalote et jeté un vaccin à la face du monde sans passer par la phase 3 des essais.  Ils ont mis en diffusion un produit de santé sans s’assurer ni de son efficacité ni de sa sécurité sur une grande cohorte de patients. Ils savent que ce vaccin fait développer une immunité biologique (phase 1). En phase 2, ils ont effectué ce qu’on appelle une escalade de doses afin de déterminer la bonne dose nécessaire pour obtenir le maximum d’immunité biologique. Ils font une phase 3 (efficacité clinique) grandeur nature sur toute la population russe, ce qu’ont également un peu fait les militaires chinois avec leur vaccin.

Ceci dit, les Russes sont très forts en matière de vaccins et très à la pointe en virologie. Pour des raisons stratégiques, ils sont très avancés dans la recherche liée à la guerre bactériologique. Je ne condamnerai donc pas le vaccin russe d’emblée.

Quatre pays sont très forts dans la recherche virologique – les réservoirs de variole, d’anthrax sont aux mains des laboratoires américains, russes et britanniques – donc dans la mise au point de vaccins.

Je regrette que les Français soient, comme d’habitude à la traîne. La recherche de vaccins en France a été un fiasco complet. C’est catastrophique.  On n’entend plus parler de Discovery, aucun article scientifique sérieux de grande envergure ne vient des Français.

Par contre, les Britanniques, les Américains et les Chinois sont à la pointe de la recherche. Les Chinois ont publié les résultats des phases 1 et 2 d’expérimentation d’un vaccin inactivé (on inactive et on injecte le virus entier). Les autres vaccins sont constitués de morceaux de virus. On ne sait pas lequel va gagner mais 2021 verra probablement la proposition d’un vaccin.

Zemmour ou Onfray président? Faites vos jeux!

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zemmour onfray souverainisme
Eric Zemmour et Michel Onfray, Nice, 2015. Auteurs : BEBERT BRUNO/SIPA. Numéro de reportage : 00715073_000007

Qui du journaliste ou du philosophe, tous deux souverainistes, dirigera un jour la France ?


Depuis 1958, la France a connu des présidents majoritairement anciens élèves de l’ENA (4), des avocats (2), un militaire (1). En 2022 le prochain sera-t-il un intellectuel, écrivain ou philosophe ? La question peut surprendre mais il y a eu des précédents, à l’étranger, d’hommes de plume accédant au pouvoir suprême. On pense évidemment au Tchèque Vaclav Havel, ou au Franco-sénégalais Senghor ; mais d’autres artistes, moins cérébraux ont aussi réussi une telle gageure : Paderewski, le pianiste en Pologne, Reagan, l’acteur aux USA. Attendons de voir ce que donnera Zelensky en Ukraine.

L’âme des poètes

En France, si des écrivains et poètes ont participé à la vie publique (Hugo, Lamartine, Malraux) cela n’a jamais été au suprême niveau. Néanmoins, les penseurs eurent souvent une influence intellectuelle sur le pouvoir. Mais les quatre derniers présidents français ont été d’un faible niveau culturel, économique, juridique et philosophique ; et volontairement asservis, qui plus est à un environnement mondialiste, européen et financier qui leur aurait ôté toute velléité de choisir un bel et bon destin pour les Français, si tant est qu’ils en aient jamais eu le dessein. Ceci est la résultante d’un système politique et électoral qui a empêché le renouvellement des castes politiciennes, permis la tutelle des médias, et asphyxié tout débat d’idées. Conçue pour un géant mandaté pour sublimer la France, la cinquième république s’est avérée peu à peu à la fois comme un vêtement trop large pour les successeurs de de Gaulle mais aussi comme un manteau de couronnement permettant copinage et conflits d’intérêts, ce que de Gaulle n’a pas pratiqué.

Parmi les écrivains et penseurs français de grande notoriété, deux semblent être à la fois capables et désireux de proposer aux Français une alternative politique, une rupture radicale d’avec le système actuel. Le premier à avoir mis en forme cette demande de rupture que la majorité des Français désormais manifestent par leur vote, et plus encore par leur non-vote, c’est Michel Onfray, lorsqu’il a créé, sa mouvance et un journal  »Front populaire ». Il a été suivi quelques mois plus tard par Eric Zemmour qui, dans une entrevue à Valeurs actuelles (06/19 août 2020) répond – certes prudemment – à la question  »quelle serait la première rupture d’Eric Zemmour au pouvoir ? » qu’il n’en est « pas encore à rédiger un programme présidentiel »….

Deux réprouvés

Or, même si les profils et les parcours d’Onfray et de Zemmour semblent différents, ils ont de nombreux points communs tant sur le constat que pour le diagnostic et la thérapie. Les deux sont honnis, le premier désormais par ceux de son camp supposé (la gauche), le second par l’extrême gauche islamophile. Les deux viennent de milieux modestes, et sont professionnellement méritants. Les deux écrivent beaucoup, sont très médiatiques, et critiquent la caste politicienne professionnelle. Ils ont en commun les mêmes souhaits moraux, culturels et démocratiques, et ils partagent le même constat de l’échec de Bruxelles. Ils sont l’un et l’autre assidus à la lecture de l’histoire française et convergent sur de nombreuses analyses. Certes ils ne sont pas identiques : Onfray le Normand, est athée et décentralisateur de type girondin. Zemmour, le Kabyle juif, est admiratif du christianisme et favorable à un Etat centralisé et fort. Sur l’immigration, de fortes nuances les différencient.

… contre Bruxelles

Mais le plus important est que, ceux que l’on pourrait décrire comme étant des sociaux-souverainistes, désirent tous deux la mise à bas du système bruxello-mondialiste et spéculatif et un retour à une vraie démocratie française et solidaire. En phase avec une très large majorité de nos concitoyens. Reste à savoir si la caste politicienne est prête à renoncer à ses prébendes pour leur laisser la place, et si ces homme sincères qui se respectent, sont en mesure de coopérer et comment. Et enfin si, suffisamment conscients de leurs limites, ils sauraient s’entourer d’hommes de savoir (économistes, juristes, scientifiques) désireux et capables de compléter les cases de leur projet pour lui donner corps. Tout cela semble aussi prometteur d’espoirs que difficile à réaliser. La France ruinée et désorientée d’après pandémie sera-t-elle capable d’un tel sursaut de survie ? Les oracles liront sans doute dans les événements du monde – notamment dans neuf semaines aux USA – la tendance de fond des besoins des peuples.

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Grandeur du petit peuple: Heurs et malheurs des Gilets jaunes

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Masque obligatoire à l’extérieur : l’idéologie contre le réel

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masques covid marseille sante
Marseille, août 2020. SOPA images. SIPA/SIPA. Numéro de reportage : 00976788_000002

 


L’extension du port du masque à l’extérieur dans de nombreuses villes de France prétend répondre à l’augmentation des nouveaux cas détectés de Covid-19. Une mesure de plus en plus contestée qui semble davantage relever de la communication que de la prophylaxie.  


Depuis la sortie du confinement qui aura marqué les esprits par sa dureté et l’économie par sa longueur, une bonne partie de l’attention médatico-politique reste tournée vers la venue d’une « deuxième vague » particulièrement redoutée. Mais après plusieurs mois ponctués d’événements qu’on nous a présentés comme « à risque » (déconfinement en mai, manifestations et fête de la musique en juin, brassage de vacanciers en juillet), on n’aperçoit aucun signe de la fameuse deuxième vague qui, si l’on en croit les alarmistes, aurait déjà dû nous submerger depuis tout ce temps. Pas d’arrivées massives dans les hôpitaux, pas de cohortes de malades dans les salles de réanimation, pas de décès par centaines comme on a pu le voir en plein pic épidémique en mars et avril dernier.

S’alarmer à bon compte

Rien de particulièrement alarmant, donc, hormis une « hausse des contaminations » détectées par les très nombreux tests effectués quotidiennement sur le territoire.

Bien que la grande majorité de ces nouveaux cas concernent des patients plutôt jeunes (entre 15 et 40 ans), la plupart du temps asymptomatiques ou seulement paucisymptomatiques, la situation est montée en épingle par les pouvoirs publics qui s’affolent désormais de cette hausse et y voient là un « rebond de l’épidémie ».

Le masque contesté

Dernière trouvaille pour endiguer ce fameux rebond : la généralisation du port du masque, que ce soit dans les lieux clos depuis le 20 juillet dernier, et maintenant à l’extérieur dans de nombreuses villes de France. Seulement, cette mesure s’avère discutable et commence à se retrouver de plus en plus contestée, non seulement par une partie de la population (à l’image de ce que l’on a pu voir au Canada, aux USA, en Grande-Bretagne, en Allemagne et même en Espagne), mais également par une partie de la communauté scientifique.

S’il est facile de discréditer le citoyen lambda qui s’interroge sur cette mesure en le qualifiant immédiatement de complotiste, d’anarchiste, d’égoïste — voire de militant d’extrême droite — va-t-on utiliser les mêmes qualificatifs à l’endroit de médecins respectables et reconnus, peu suspects de sympathies douteuses ou d’idéologie déviantes ?

Des médecins sceptiques

L’un des premiers à avoir émis des doutes sur l’utilité des masques à l’extérieur a été le Professeur Jean-François Toussaint, directeur de l’institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (IRMES) et professeur de physiologie, qui avait déclaré fin juillet que l’on ne constatait aucune « deuxième vague » et que la mesure du port du masque en extérieur ne reposait sur aucun fondement scientifique et relevait davantage de la politique.

Un avis émis par le docteur Martin Blachier, épidémiologiste et médecin de santé publique, qui voit dans cette mesure un principe de précaution inutile, jugeant avec discernement qu’il est « extrêmement moins risqué d’être dehors qu’en intérieur ». Ce dernier étant en revanche farouchement pro-masque dans les endroits clos (et notamment en entreprise), il sera difficile d’essayer de le discréditer en le classant parmi les anti-masques…

Une position également partagée par le docteur Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, selon qui il n’y a « pas de preuve scientifique » pour juger de l’efficacité du masque à l’extérieur. Et ils ne sont pas les seuls : dans la longue interview qu’il a donné à C News le mercredi 19 août, le professeur Didier Raoult s’est lui aussi montré dubitatif sur l’efficacité de cette mesure, en s’inquiétant avant tout de la dimension autoritaire que pouvait prendre cette obligation sans fondement scientifique.

Autoritarisme sanitaire

Car le problème est bien là : le retour à une forme d’autoritarisme sanitaire au nom du principe de précaution, comparable à ce que l’on a pu connaître au moment du confinement, notamment lorsque des gens seuls se trouvaient verbalisés pour des motifs fantaisistes dans des endroits isolés où aucun impératif de santé ne justifiait une telle coercition. Le risque est de connaître de nouvelles dérives de ce type : que se passera-t-il si des promeneurs se voient contrôlés sans masque dans des zones où celui-ci est obligatoire, même si les rues sont désertes, au nom du respect des règles et de la légalité, même si elle est discutable, peu fondée et finalement inutile ? Il faudra espérer que la peur du gendarme ne prenne pas le dessus sur le bon sens, tant de la part du citoyen « réfractaire » que de la part des forces de l’ordre chargées de l’application de cette mesure dont on pourra légitimement attendre un peu de discernement…

Rassurer à tout prix

Au fond, cette mesure semble n’être que de la communication politique visant à « rassurer » une population dont on entretient savamment la panique depuis plusieurs mois.  Son but est également de faire croire que les pouvoirs publics agissent pour le bien de la collectivité, sans même s’interroger sur le bien-fondé de cette réglementation — par ailleurs extrêmement pénible en période de fortes chaleurs.

Alors que les indicateurs ne sont pas alarmants, l’extension du port du masque à l’extérieur apparaît désormais de plus en plus comme une mesure purement idéologique. Elle interroge également sur la légitimité que le gouvernement accorde aux scientifiques qui ne vont pas dans le sens de ses préconisations exagérées, alors même que nos dirigeants étaient les premiers à se réfugier il y a encore peu de temps derrière les avis « d’experts », présentés comme les plus efficaces pour orienter la décision publique.

Il semblerait désormais que tous les experts ne se valent pas et ce, quelle que soit leurs compétences et leur légitimité. Il semblerait également que même la réalité et les constats empiriques ne soient pas suffisants pour empêcher la prise de mesures discutable.

On est bien là dans l’idéologie, au sens strict. C’est-à-dire à la fois dans le rejet du réel (on ne se préoccupe pas des bons chiffres en termes de réanimation et de décès) et dans le refus de la discussion, en écartant tout débat sur ce sujet.

La Résignation

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Théodora, du bordel au palais

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theodora virginie girod

Dans Théodora, prostituée et impératrice de Byzance, la jeune historienne Virginie Girod retrace l’extraordinaire destin de cette fille de dresseur d’ours arrivée au sommet de Constantinople. Portrait d’une courtisane devenue très chrétienne. Entretien.


Daoud Boughezala. L’impératrice byzantine Théodora (500-548) est restée dans la postérité comme une virago despotique, cruelle et nymphomane. Cette légende noire qui en fait la devancière d’Elena Ceausescu ou Leïla Ben Ali correspond-elle à la réalité historique ?

Virginie Girod[tooltips content= »Née en 1983, Virginie Girod est docteur en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité. Sa biographie Théodora, prostituée et impératrice de Byzance vient de reparaître en poche. Dernier essai : La Véritable Histoire des douze Césars (Perrin, 2019). »]1[/tooltips]. Pas vraiment. En réalité, Théodora est un personnage tout en subtilité. Certes issue d’un milieu très modeste, puisque son père était dresseur d’ours à l’hippodrome, la future impératrice a exercé la prostitution dans sa jeunesse. Mais une fois mariée à l’empereur Justinien, elle a adopté un comportement moralement irréprochable, lutté contre le proxénétisme et réprimé les souteneurs, n’hésitant pas à cloîtrer les prostituées repenties dans des couvents. L’image fausse d’une Théodora dépravée vient de sa jeunesse, mais aussi de certaines sources historiques et littéraires. Ainsi, l’historien du régime Procope de Césarée, auteur des livres de propagande officielle, s’est fendu d’un livre assassin après la mort de Théodora, l’Histoire secrète (Anekdota), dans lequel il dit le plus grand mal de l’impératrice. Pour essayer de saisir la personnalité de Théodora, il faut donc naviguer entre les sources officielles hagiographiques et les horreurs que sort Procope. La vérité est sans doute entre les deux.

Démêlons l’écheveau de sa vie. Comment cette actrice et prostituée s’est-elle sortie des bas-fonds de Constantinople ?

Par une conjonction de chance et d’intelligence. Dès son adolescence, Théodora est consciente de sa beauté et de son intelligence, supérieures à la moyenne. Armée d’un fort caractère, elle est déterminée à s’élever socialement, mais ne peut le faire qu’avec les moyens qui sont les siens : se prostituer, puis devenir la compagne d’un homme très riche. À 17-18 ans, elle est la concubine du gouverneur de Libye Hékébolos qu’elle suit en Cyrénaïque. Là-bas, Théodora découvre les arcanes du pouvoir et fait ses classes en épaulant un homme politique au quotidien. Mais Hékébolos se lasse d’elle et la congédie. C’est alors que Théodora décide de rentrer à Constantinople au cours d’un grand périple à travers les terres. Elle longe toute la Méditerranée orientale, est hébergée dans des institutions charitables ou des hippodromes et se prostitue pour vivre. À Antioche, elle rencontre Macédonia, une actrice membre d’un réseau que fréquente Justinien, le neveu de l’empereur Justin. Macédonia fait l’intermédiaire et permet à Théodora de rencontrer son futur mari.

L’union de Théodora et Justinien est-elle un mariage d’amour ou d’intérêt ?

Les deux. Leur histoire commence comme un coup de foudre, mais mêle sentiments sincères et intérêts bien compris. Lorsqu’il rencontre Théodora, Justinien s’éprend d’une jeune femme belle, intelligente et séduisante sur laquelle il pourra s’appuyer contre l’aristocratie. On peut supposer que si cet héritier du trône n’est toujours pas marié à quarante ans (une anomalie pour l’époque !), c’est qu’il refuse d’épouser une aristocrate. Car Justinien vient du fin fond de la campagne des Balkans et n’a certainement pas envie de se réveiller chaque matin aux côtés d’une femme qui lui rappellerait sa basse extraction. Son oncle Justin est un militaire illettré qui a gravi les échelons jusqu’à devenir empereur sur un quasi-malentendu. Bien que Justinien soit arrivé à Constantinople à l’âge de dix ans, qu’il y ait appris le grec et le latin, fréquenté la bonne société, il reste un petit parvenu complexé par son infériorité sociale. Au fond, l’union de Justinien et Théodora est l’alliance de deux personnes seules dans un monde qui n’est pas le leur. Pour pouvoir épouser Théodora, Justinien a d’ailleurs fait abroger une loi de l’époque d’Auguste (27 av. J.-C.–14 apr. J.-C.) interdisant aux membres de l’ordre sénatorial d’épouser des prostituées.

L’ascension sociale de Justinien et de Théodora est-elle le fruit de l’égalitarisme chrétien ?

Oui. Cette ascension sociale n’aurait pu se produire à la grande époque du paganisme romain, ni même au Moyen Âge, où les ordres sont à nouveau figés. Théodora arrive à un moment de l’histoire où paganisme et christianisme s’affrontent. Or, l’un des grands axes de l’idéologie chrétienne est de permettre la rédemption, ce que l’antiquité païenne n’aurait pas autorisé. Théodora accomplit sa rédemption par le mariage, ce qui donne à Justinien le rôle du sauveur ayant sorti du ruisseau une femme perdue. Cela va contribuer au « storytelling » du couple impérial.

Le rachat de Théodora pose la question de la femme dans l’antiquité chrétienne. Comment le passage du paganisme au christianisme a-t-il bouleversé les mœurs morales et sexuelles ?

Dans la Rome païenne, alors que les matrones vivaient très chastement, une petite élite de jouisseurs menait une activité sexuelle extraconjugale parfaitement acceptée par la société. Pour entretenir son image virile, un citoyen qui faisait l’amour à sa femme afin d’avoir des enfants fréquentait également des prostituées. D’ailleurs, l’amour en tant que tel n’existait pas. Les auteurs romains décrivent des hommes qui croient tomber amoureux de courtisanes avec lesquelles ils jouent le jeu de la séduction moyennant finance. Cependant, au sein du couple légitime, le sentiment censé prévaloir n’est pas l’amour, mais la bonne entente et le soutien (concordia). Tout cet ordre de valeurs est bouleversé par les idées chrétiennes qui infusent la société. Le christianisme instaure en effet ce que l’historien Peter Brown appelle « la démocratie de la honte sexuelle ». Dans les écrits des premiers chrétiens, la haine du corps et de la jouissance est palpable. Le père de l’Église Tertullien a écrit La Toilette des femmes, livre qui semble rétrospectivement écrit par un ayatollah ! Notez cependant que le christianisme condamne le sexe aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Au sommet de l’empire, Théodora se fait la gardienne d’une certaine tradition chrétienne. En quoi ses convictions religieuses s’opposent-elles à celle de son empereur de mari ?

Au vie siècle, l’Empire romain d’Orient, aussi appelé Empire byzantin, est le théâtre de controverses théologiques sur la nature du Christ. Une majorité, dite « dyophysite » croit en la double nature – à la fois divine et humaine – du Christ. Mais localement, à Alexandrie ou Antioche, il existe des majorités de chrétiens monophysites, qui croient en la nature unique du Christ. Selon cette conception, qu’on retrouve aujourd’hui dans les églises orientales, notamment en Syrie, la nature divine du Christ a absorbé sa nature humaine. Or, alors que Théodora défend le monophysisme, Justinien s’inscrit dans la tradition dyophysite de Rome. En 451, le concile de Chalcédoine donne la prééminence à ce dernier courant. Politiquement, Théodora et Justinien gèrent leurs divergences religieuses avec grande finesse. Ils se partagent les croyances : à Justinien les relations avec le pape, à Théodora la protection des minorités monophysites de l’empire.

Surjouent-ils leur désaccord pour maintenir l’unité de l’empire ?

Non. Leur divergence est sincère – à tel point que Théodora développe une diplomatie parallèle. Elle accorde par exemple le droit d’asile dans les palais de Constantinople à des moines orientaux persécutés, ce qui lui attire les foudres des évêques de Rome. Surtout, l’impératrice lance une mission d’évangélisation monophysite au sud de l’Égypte en coupant l’herbe sous le pied de son mari. Cet épisode montre à la fois l’indépendance d’esprit de Théodora, la sincérité de sa foi et sa volonté hors normes d’exercer le pouvoir.

Justinien a failli perdre le pouvoir lors la sédition Nika (532). Quel rôle a alors joué Théodora ?

Théodora a tout simplement sauvé le règne de Justinien. Dès son avènement, ce dernier a l’ambition de retrouver les frontières de ce qu’était l’Empire romain avant sa scission entre Orient et Occident. Il veut un empire puissant, construit églises, cathédrales et hôpitaux à tour de bras. Tout ceci coûte un argent fou. Pour lever des impôts, Justinien met en place des percepteurs extrêmement durs, parfois corrompus, qui exercent une pression terrible sur le peuple. En 532, des insurgés se révoltent et sont arrêtés. Lors des grands jeux organisés au début de l’année, le peuple manifeste sa désapprobation dans l’hippodrome, demandant à Justinien de libérer les arrêtés, de baisser les impôts et de limoger les hauts fonctionnaires corrompus. Mais Justinien refuse de changer de cap, ce qui pousse le peuple à descendre dans la rue en criant « Nika ! » (« victoire »). Les séditieux vont chercher les prisonniers politiques, lynchent des hauts fonctionnaires corrompus et incendient la moitié de Constantinople. Pendant plusieurs jours, Justinien et ses proches conseillers restent cloîtrés au palais. Alors que l’empereur lui propose de fuir, Théodora répond qu’on n’abandonne pas le pouvoir à la moindre difficulté. La légende veut qu’elle ait repris le vers d’Eschyle « Le pourpre est un beau linceul » avant de remonter le moral des troupes. Convaincus par Théodora de riposter, Justinien et ses conseillers envoient une légion de mercenaires étrangers rémunérés réprimer les séditieux. Cela provoque plusieurs milliers de morts, mais Théodora et Justinien reprennent le pouvoir.

Un autre épisode marquant a ensanglanté le règne de Justinien : la peste bubonique. Cette épidémie a décimé des milliers de personnes dans tout l’Empire byzantin, en plusieurs vagues (541 et 558 à Constantinople). Comment a-t-elle été gérée ?

Avec les moyens de l’époque : la fuite et la prière ! Les plus aisés quittent la ville pour se confiner dans leur résidence de campagne, au risque d’y apporter la maladie ; les autres restent en ville et prient. Pour lutter contre la pandémie, l’État évacue le plus vite possible les cadavres vers des fosses communes creusées à la sortie de la ville. Justinien a failli en mourir. Il a eu énormément de chance de s’en sortir, puisque le taux de létalité de la peste est estimé entre 55 % et 75 %. Sa survie miraculeuse est aussi une chance pour Théodora qui aurait connu une fin beaucoup plus tragique en le perdant. En effet, pendant la maladie de Justinien, l’impératrice se rend compte de son absence d’autorité réelle au palais puisque tous les généraux font savoir qu’ils ne reconnaîtraient pas un empereur choisi par Théodora.

Avant que Justinien ne lui survive dix-huit ans durant, Théodora a été immortalisée à ses côtés dans les mosaïques de la basilique Saint-Vital de Ravenne. Quelle est la symbolique de ces portraits aujourd’hui encore conservés en parfait état ?

Dans toute la propagande, y compris architecturale comme à Ravenne, Justinien se met en avant avec Théodora. C’est vraiment un couple au pouvoir. Rome étant aux mains des barbares, Théodora et Justinien entendent récupérer la capitale du christianisme pour reconstruire symboliquement l’Empire romain. Lorsque Théodora et Justinien financent la basilique de Ravenne, ils y font placer leurs portraits pour bien montrer qu’ils sont les grands souverains qui apportent à nouveau la paix et la prospérité au territoire de l’ancien Empire romain.

Outre l’extension de l’Empire byzantin aux confins de l’Italie, de l’Afrique du Nord et de la Perse, quel héritage ont laissé Théodora et Justinien ?

Sur le plan juridique, davantage de droits ont été accordés aux mères de famille – au départ pour que Théodora puisse mettre la main sur ses petits-fils. Surtout, Justinien et Théodora ont ouvert la voie aux couples au pouvoir : le couple qui leur succède est celui de Sophie et Justin II, respectivement nièce et neveu de Théodora et Justinien. Théodora a servi de pionnière aux femmes de pouvoir. Consciente que le vrai pouvoir se trouve en coulisses, elle a mis en place un réseau de femmes pour influencer les hommes de la cour. Elle a aussi empêché la « reproduction incestueuse des élites » (Michel Onfray) en obligeant les garçons et les filles de l’aristocratie à épouser des partenaires issus des plus bas milieux sociaux, quitte à intervenir personnellement le jour des mariages. Cela a cassé la morgue de l’élite byzantine jusqu’alors convaincue de pouvoir commander par le simple fait d’être née au sommet de l’État.

Théodora: Prostituée et impératrice de Byzance

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John Bolton persiste et signe 3/5

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John Bolton en février 2019 (c) Alex Edelman/SIPA/1902200139

Nidra Poller poursuit sa lecture du livre de John Bolton, où sont discutés les grands dossiers internationaux du mandat de Donald Trump : Moyen-Orient, Afghanistan, Venezuela, etc.


 

Retrouvez la première partie de l’article ici.

Dans un texte dense et détaillé de 570 pages, l’ancien NSA (Conseiller à la sécurité nationale), l’ambassadeur John Bolton, raconte les 17 mois passés au sein de l’administration du président Donald Trump. The Room Where it Happened, la pièce où tout s’est passé, est en fait le vaste monde où se déroulent les relations étrangères.

Pour qui voudrait étudier le phénomène Trump en dépassant l’aversion viscérale des uns et l’idolâtrie des autres, l’ouvrage de son ancien Conseiller John Bolton est une source précieuse d’information précise.

N.B. L’ouvrage est organisé par dossiers et non pas en ordre chronologique global. Les opinions exprimées ci-dessous, sauf attribution précise, sont de l’auteur du livre The Room Where it Happened.

 

Retraits et avancées

A son poste de NSA [Conseiller à la sécurité nationale], John Bolton aide le président à finaliser le retrait des accords inutiles, dont l’INF [Intermediate Nuclear Forces Treaty], systématiquement violé par la Russie, et le COP 21, qui n’aura pas plus d’effet dans le monde réel que d’égrener le chapelet.  En revanche, Bolton tente de dissuader le président de compromettre la sécurité nationale en se retirant des régions en conflit.

Trump ne veut pas reconnaître le sérieux de l’ingérence russe dans les présidentielles de 2016, un « acte de guerre » selon Bolton, par crainte d’accréditer la thèse de collusion agitée par les Democrats. Trump se vante des sanctions imposées à la Russie—en réaction à l’annexion de la Crimée, à l’empoisonnement des Skirpals, aux cyberattaques, aux impairs en Syrie—qu’il avait acceptées à contrecœur. L’incohérence des rapports du président avec la Russie compliquait le travail de ses conseillers, qui ont fait, néanmoins, de leur mieux pour protéger les élections futures contre l’ingérence russe.

Syrie, Afghanistan : Trump court vers la sortie mais ne trouve pas la porte

« La guerre des Islamistes contre les USA a commencé longtemps avant le 11 septembre et se poursuivra encore longtemps …. »  Donald Trump n’aimait pas les « guerres sans fin » au Moyen-Orient, à des milliers de kilomètres du territoire américain.

Pas de deal entre Trump, déterminé à faire libérer un pasteur américain détenu en Turquie, et Erdogan, qui veut protéger la Halkbank accusée d’une sérieuse violation des sanctions contre l’Iran. Frustré, Trump se fâche contre Erdogan, son « meilleur copain ». Sans  surprise, c’est de courte durée. Bolton a beau expliquer qu’Erdogan est un islamiste qui soutient les Frères musulmans, finance Hezbollah et Hamas et déteste Israël, Trump n’a jamais voulu comprendre.

À lire aussi : Israël et les Etats arabes souhaitent la réélection de Trump

Le président, impatient, ne trouve rien de mieux qu’un canal « gendres », le sien, Jared Kushner, prendra langue avec le Ministre des Finances turc, gendre d’Erdogan. [Secretary of State] Pompeo et [Secretary of the Treasury] Mnuchin pètent les plombs. Encore une fois, Trump veut mêler Kushner à des affaires qui dépassent ses « compétences ».

Il faudrait élaborer une stratégie face à une série d’attaques iraniennes—contre l’ambassade à Bagdad, le consulat à Basra, la zone kurde en Syrie—mais Trump ne veut que plier bagage et se sauver. Erdogan remet à Trump un memo rédigé par les avocats de la Halkbank. Il y jette un coup d’œil distrait, décide que la banque est innocente et promet de virer les « gens d’Obama » du tribunal chargé de l’enquête et de les remplacer  par des fidèles qui donneront satisfaction.

Trump, convaincu qu’Erdogan s’occupera de Daesh, demande à ses conseillers de rédiger une déclaration de mission accomplie, on se retire. Cela pose un problème de conscience à Bolton. Abandonner les Kurdes, qui sont la vraie cible d’Erdogan, n’est pas seulement déloyal, cela enverrait un mauvais signal à d’autres alliés. Les conseillers doivent annoncer la décision aux membres de la coalition. Macron supplie Trump de tenir bon. Les Turcs, dit-il, attaqueront les Kurdes, pas Daesh. Trump le balaie d’un revers de main. L’ambassadeur israélien, Ron Dermer, déclare que c’est la pire journée qu’il a vécue depuis le début du mandat. Des législateurs Republicans, opposés à la trahison des vieux alliés kurdes, gardent le silence. Cette façon de cautionner la mauvaise politique étrangère dessert le pays et le parti.

Convoqué au Bureau Ovale, Bolton découvre Mattis devant Trump, qui dit de but en blanc : « Il s’en va. Je ne l’ai jamais apprécié. » Bien que sans regret pour « l’obstructionnisme » du Ministre de la Défense, Bolton est choqué par un va et vient du personnel sans précédent dans les administrations où il avait servi. Mattis dépose sur le bureau une lettre de démission… que Trump ne lit pas. Il demande à Erdogan simplement de ne pas attaquer les Kurdes ou les soldats américains et croit à la sincérité de sa promesse creuse. Lors d’u voyage en Israël, Bolton tente de rassurer les autorités d’une sorte de présence à distance, mais Trump campe sur sa position : sa base souhaite un retrait de la Syrie.

Le président passe trop de temps à suivre les médias, se ravise d’un moment à l’autre, « c’est comme si on gérait les relations internationales à l’intérieur d’un flipper ». Il s’en fout du vieux conflit entre les Turcs et les Kurdes, ne veut rien comprendre des Corées ni de la Syrie. Le retrait laisse les USA en position de faiblesse dans le nord-est de la Syrie. Bolton était déjà parti quand enfin tombe une bonne nouvelle : l’élimination d’Abu Bakr al-Baghdadi par un raid audacieux mené par le Pentagon et la CIA.

L’Afghanistan livré aux Talibans

Trump estimait à juste titre qu’il avait donné tous les moyens à Mattis d’en finir avec les Talibans. Mais Bolton tente d’expliquer au président que nous n‘avons pas provoqué ces « endless wars » et ne pouvons pas les terminer d’un coup de baguette magique. Nous ne sommes pas en Afghanistan, en Syrie, en Iraq pour leurs beaux yeux mais pour défendre les intérêts vitaux des USA. Pour Trump, l’Afghanistan c’est comme la Syrie : on n’a rien à y faire, c’est loin, la base veut qu’on se retire. Il se lance dans des tirades : on n’a rien à y gagner, plus on y reste plus c’est ma guerre, je n‘en veux pas. Laisse l’Afghanistan aux Russes. Il recommence : qu’est-ce qu’on fout à protéger la Corée du Sud de son voisin du nord ? Bolton tente d’expliquer qu’on ne peut pas laisser l’Afghanistan comme havre aux Talibans, tout en augmentant le danger d’une prise de pouvoir des terroristes au Pakistan … qui possède l’arme nucléaire. Et Trump de ronchonner, « 50 milliards par an ».

À lire aussi : L’Afghanistan pour les nuls

A la question de savoir comment on va empêcher des attentats sur le territoire américain après le retrait, Trump répond : « On dira qu’on réduira le pays en poussière ». Bolton : « On l’a déjà dit ». Encore des réunions, encore des cris contre Mattis qui n’a rien fait et qui est en train de perdre, Trump veut se retirer aussi d’Irak, du Yémen, de Syrie. Kelly, exaspéré, dit à Bolton : « Trump ne pense qu’à lui-même ». Mattis commence, par dépit, à regrouper les militaires en quelques points, en préparation du retrait, Pompeo veut déclarer victoire et partir. Le débat tourne autour de ces positions pendant des mois.

Le chaos comme mode de vie

Bolton observe, après un mois au sein de l’administration, des dysfonctions à multiples niveaux. Trump démarre sa journée officielle à midi, ayant passé la matinée au téléphone. Lors des deux briefings hebdomadaires des Renseignements, il parle plus qu’il n’écoute… le plus souvent, hors sujet. Il est rancunier. Contre John McCain …même après la mort du sénateur. Contre Don McGahn, conseiller de la Maison Blanche,  qui avait témoigné « correctement et honnêtement » dans l’enquête Mueller ; Trump annonce son départ par un tweet. Contre la Secretary of Homeland Security, Kirstjen Nielsen, qui n’arrive pas à stopper les caravanes d’immigrés en marche vers la frontière sud. Trump demande à Kushner de s’en occuper. Quand, exceptionnellement, son gendre décline, Trump lui dit de passer le dossier à Bolton, « il est super, il a de bonnes idées, il assure ». Lors d’une réunion houleuse où Kelly défend Nielsen, le président se déchaîne, Kelly sort en claquant la porte. Le général dit à Bolton et Pompeo : « J’ai commandé des hommes sur le champ de bataille. Je n’ai jamais eu à encaisser une merde pareille ». Pompeo de répondre avec un soupir : « Ça va être encore un numéro Trump / Jared / Ivanka ».

Venu en France pour commémorer le centenaire de l’armistice, Trump est de sale humeur. Mécontent des mauvais résultats des législatives de mi-mandat, empêché de faire la visite à Château Thierry Belleau Wood à cause du mauvais temps, harcelé de messages par l’équipe de la première dame qui se mêle à l’affaire Nielsen, et poursuivi par les rumeurs sur le départ de Mattis et Kelly. Le comble : Macron  l’insulte discrètement dans son discours à l’Arc de Triomphe. Kelly raconte que Trump se plaignait sans arrêt pendant le voyage de retour. Un mois plus tard on annonce que Kelly sera remplacé par Mick Mulvaney qui, de l’avis de Pompeo, se soumettra à la volonté d’Ivanka et Jared. Kelly avait déconseillé au président de le remplacer par un béni-oui-oui … car il sera impeached. Stephanie Gresham, alors porte-parole,  dénonce Kelly, « totalement inapte à gérer le génie de notre extraordinaire président ».

Occasion ratée : le Venezuela

Le régime Maduro, illégitime, soutenu par  la Chine, la Russie, l’Iran et Cuba, détruit son pays et menace la sécurité des Etats-Unis. Une intervention salutaire serait possible, à condition de formuler une politique cohérente et déterminée. Trump en est incapable. Mi-août, il dit à Bolton de « faire le nécessaire ». Il veut une option militaire et l’annexion du Venezuela  « parce qu’il fait partie des USA ». Bolton conseille plutôt de travailler avec l’opposition. Avec Pompeo ils élaborent une stratégie de soutien à l’opposant, Juan Guaidó, des négociations avec des militaires susceptibles de faire défection,  des sanctions contre Cuba, le Nicaragua et Maduro lui-même.

À lire aussi : « Les gens ne sortent pas dans la rue au Venezuela parce qu’ils ont peur »

Soudain Trump demande la mainmise sur le pétrole et une déclaration de fidélité exclusive et absolue [à Trump] par Guaidó. Puis, il se ravise, voudrait organiser une réunion avec Maduro pour tout régler. A peine publiée, avec son accord, une déclaration de soutien à Guaidó, Trump décide que Maduro est fort et Guaidó un gamin. Puis, se désintéresse. Les Européens donnent à Maduro 8 jours pour appeler aux urnes. Fin janvier Trump parle avec Guaidó. Il l’encourage, mais ça traine. Maduro accuse Bolton nommément d’un complot d’assassinat. En coordination avec une opération d’aide humanitaire, Guaidó franchit brièvement la frontière mais n’arrive pas à rentrer. Il se déplace dans la région, à la recherche de soutien, rencontre Pence qui est impressionné, mais Trump décide que Guaidó ne fait pas le poids, et dit à Bolton de mettre la pédale douce. 11 mars, Pompeo ferme l’ambassade à Caracas. Trump dit qu’il veut des sanctions très fortes mais Mnuchin s’y oppose. Tout ce que Trump retient d’une réunion avec Fabiana Rosales, la femme de  Guaidó, est qu’elle ne porte pas d’alliance et a l’air très jeune. L’absence d’alliance devient un leitmotiv. Le président commence à appeler Guaidó le Beto O’Rourke du Venezuela. Exemple type de son penchant pour la médisance. Rosales dit à Bolton que le régime doute de la crédibilité de la menace militaire mais redoute les tweets de Bolton. Fin avril, Pompeo lui dit que le Général Padrino, avec 300 militaires, est prêt à virer Maduro

Au point de bascule, l’entreprise commence à se défaire. Des erreurs tactiques de l’opposition, le manque de détermination de Trump et, cerise sur le gâteau, un coup de fil de Poutine qui jure que la Russie n’y est pour rien (en fait les Russes financent les Cubains qui soutiennent Maduro). Impasse et faillite d’une initiative américaine pour la bonne cause.

 

La suite : Nous ne sommes pas venus si loin pour partir avant la fin du film ! La Chine, encore Kim Jong Un, l’Iran, l’Ukraine, l’Afghanistan, la démission de John Bolton. Les parties 4 et 5 suivront.

 

La quatrième partie de l’article est disponible ici.

Tombeau pour des touristes innocents

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turquie tourisme philippe muray
Bazar d'Istanbul. Emrah Gurel/AP.SIPA. Numéro de reportage : AP22480868_000004

En son temps, Philippe Muray avait composé un « Tombeau pour une touriste innocente » qui narre, en vers et contre tout, la rencontre malheureuse d’une gentille altermondialiste avec un barbu aux antipodes. Nicolas Lévine rend hommage au maître en rédigeant un nouveau poème, hélas toujours d’actualité.


La Méprise

 

Ils étaient des dizaines dans le grand oiseau blanc

Heureux de fuir les autres et les jours anonymes

D’aller chercher au loin ce soleil brûlant

Qui raffermit la peau et soigne la déprime

 

C’était déjà octobre et lorsqu’ils reviendraient

Ils pourraient raconter aux crétins du bureau

La douceur du Bosphore et les hauts minarets

Les bains qui purifient et les supers restos

 

Tel sentait déjà sous sa langue impavide

Fondre tous ces mezzes dont le Turc est avide

Et après des orgies qui le laisseraient heureux

Boire ce fameux café qui digère pour deux

 

Telle autre se voyait déjà dans Galata

Dans les bras d’un grand brun aux yeux clairs

Qui lui dirait qu’il l’aime en riant aux éclats

Et la ramènerait ivre chez lui en scooter

 

Celui-ci qui aimait les monuments antiques

Parcourait la ville son Nikon à la main

Pour immortaliser de manière artistique

Le génie de Sinan et des Constantiniens

 

Et ce couple serein qui se roulait des pelles

En bavant insensible au monde extérieur

Comptait enjoliver via l’offre culturelle

Sa singulière virée au pays du bonheur

 

Istanbul serait un grand terrain de jeu

Où leur VISA Premier ouvriraient des possibles

Ça valait bien le coup parfois d’être audacieux

Et puis fallait le dire : c’était très accessible…

 

Bien sûr en sortant ils feraient attention

Aux fous qui comme Dieu ont un grand incendiaire

Et ils étaient conscients des abominations

D’un régime violent et son nouvel Hitler

 

Mais il faut distinguer le peuple du tyran

Qui sait jouer des peurs et qui promet la lune

Dont la police écrase tous les récalcitrants

Et dont l’Occident couard cautionne la fortune

 

Pour ces braves Anglais la Terre était amie

À l’instar de leurs pères au temps de Victoria

C’est la planète entière qui était leur patrie

Mais eux venaient en frères et non pas en soldats

 

Ils venaient apprendre et non pas pour juger

Ils venaient rencontrer cet Autre qui sait lui

Que la joie est le fruit de la simplicité

Et qui a des valeurs et qui n’est pas aigri

 

Bien vautrés sur leurs sièges ils envoyaient

Des nuées de textos qui voulaient divertir

Quand soudain apparut de deux hommes flanqué

Un garçon menotté – ils arrêtèrent de rire

 

C’était un grand gaillard à l’œil malicieux

Qui hurlait en silence comme toutes les victimes

Des mille injustices que les hommes oublieux

Justifient quand elles sont les alibis du Crime

 

C’était un réfugié qu’on renvoyait ainsi

Que l’État expédiait vers une mort certaine

Qui rentrait vers la guerre la famine la haine

« En Afghanistan » estima sûr de lui

 

Un quadra révolté par cette scène indigne

Et qui fut rejoint par d’autres globe-trotteurs

Qui exigèrent des deux auxiliaires du malheur

De réévaluer leurs odieuses consignes

 

Ils étaient tous unis par leur indignation

Ils ne laisseraient pas s’accomplir l’expulsion

Ça s’était décidé dans un élan commun

Au fond n’était-ce pas tout simplement humain ?

 

Les matons sidérés luttaient avec le gars

Que ce hardi soutien avait rasséréné

Le craintif Pachtoune s’était alors mué

En féroce guerrier comme on en fait là-bas

 

Pour ce nouveau Bounty c’était l’heure cruciale

Il ne s’agissait plus d’émouvoir la flicaille

Alors à la rescousse du demandeur d’asile

Allèrent ces touristes un petit peu fébriles

 

C’est qu’ils prenaient le risque évident

De se voir louer sur les réseaux sociaux

Et d’être par la presse statufiés vivants

Et par le maire de Londres qualifiés de héros

 

S’ils perdaient un cheveu dans cette juste lutte

Des armées d’avocats sans parler honoraires

Briseraient le destin des deux affreuses brutes

Qui s’étaient comportées en nazis ordinaires

 

Ils savaient et pourtant écoutant leur courage

Sous les cris des assis qui tendaient leurs portables

Ils prirent l’iniquité à l’abordage

Et enfin put cesser la chose insupportable

 

Dans tout l’aéroport les échos du scandale

Avaient fait redouter un nouvel attentat

Les renforts policiers à l’allure martiale

Se pressaient à la porte avec tout leur barda

 

Comme il était entré le migrant ressortit

On entendait au loin la voix de la victoire

Alors devinrent claires les raisons des retards

Et par la foule inquiète l’homme fut applaudi

 

Le calme revenu dans l’avion mutiné

Les justiciers du jour regagnèrent leur place

Ils étaient tout surpris et fiers de leur audace

(Une femme affirma qu’ils seraient remboursés)

 

Quelques jours plus tard devant Sainte-Sophie

Sur les Îles des Princes et devant Topkapi

Ces redresseurs de torts apprirent via Twitter

Qu’ils avaient eu tout faux sur leur ami boxeur

 

Il n’était pas Afghan mais plutôt Somalien

Et s’il était monté avec eux sur ce vol

C’est parce qu’avec trois de ses charmants copains

Ils avaient fait subir à une ado un viol

 

Et parce que délinquant multirécidiviste

Et parce que sans remords et un peu terroriste

Il avait agacé un juge conséquent

Qui l’avait condamné au bannissement

 

Il s’appelait Ahmed et pour épiloguer

C’était un vrai supplice que celui de la fille

À qui ce moins que rien sans doute racisé

Avait pris l’innocence en citant Mucchielli

 

Grâce à l’intervention des idiots en partance

Il pouvait espérer qu’un ténor du barreau

Blâmant la société l’enfance les bistros

Lui fasse prolonger ses taquines vacances

 

Car lui aussi en somme était un voyageur

Qui confondait ses droits avec ses désirs

Qui réclamait sa part d’insolites plaisirs

Mais le faisait peut-être avec trop de ferveur

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Covid-19: « Le petit rebond actuel n’a rien à voir avec le pic de mars-avril »

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covid depistage adnet immunite
Auteurs : Philipp von Ditfurth/AP/SIPA. Numéro de reportage : AP22482933_000009

 


La peur est entrée dans Paris. Et un peu partout en France. A coups de prophéties alarmistes, certains médecins médiatiques nous annoncent une seconde vague de Covid-19 semblable au pic qui a affecté l’hexagone au printemps dernier. Sachons raison garder, recommande Frédéric Adnet, professeur de médecine d’urgence à l’Université de Paris 13. Ce praticien qui dirige les urgences de l’hôpital Avicenne de Bobigny explique pourquoi, malgré les milliers de contaminations quotidiennes, nous ne revivrons plus la situation épidémique de mars-avril. Entretien.


Daoud Boughezala. Dans les médias, nombre de vos confrères médecins alertent sur le risque d’une future seconde vague. D’après eux, la courbe suivie ces derniers jours par le nombre d’infections quotidiennes au Covid-19 laisserait présager un retour à la situation épidémique de mars-avril. Partagez-vous cette analyse ?

Frédéric Adnet. Non. Tous les experts s’accordent sur le fait que si deuxième vague il y a, elle ne ressemblera pas à la première. Or, un certain discours anxiogène laisse croire que nous risquons de nouveau d’être submergés par une deuxième vague similaire à la première. Ce n’est pas du tout ce que disent les épidémiologistes et les médecins spécialistes des maladies infectieuses. D’abord, on ne peut pas comparer le nombre de nouveaux cas quotidiens observés en mars-avril avec celui qu’on observe aujourd’hui parce que la méthode de dépistage est radicalement différente. Au printemps, les dépistages étaient très ciblés vers les patients symptomatiques qui répondaient aux critères d’hospitalisation. Autrement dit, les patients les plus graves. Aujourd’hui, on fait du traçage extrêmement large, c’est-à-dire des dépistages de masse, en direction des patients symptomatiques, asymptomatiques, des cas contacts, etc.

Il faudrait multiplier les courbes de mars-avril par un facteur qui peut varier de cinq à dix pour pouvoir la comparer à l’augmentation actuelle. Aujourd’hui, on observe probablement un petit rebond qui n’a rien à voir avec ce qui s’est passé en mars-avril.

Si deuxième vague il y a, en quoi sera-t-elle différente de la première ?

Lors de la première vague, le virus s’est diffusé dans une population dite « naïve », c’est-à-dire sans aucun moyen de protection ni surtout aucune immunité collective. Le virus s’en est ainsi donné à cœur joie. D’où cette célérité, la vitesse de la croissance du nombre de nouveaux cas graves qui a été phénoménale au point de submerger notre structure hospitalière. Aujourd’hui, le virus est toujours là et continue de se propager. Sauf que ce qui joue sur la vitesse de propagation d’une épidémie, ce sont les moyens que l’on se donne pour la freiner : les masques (une étude montre que si 50% de la population le porte, cela a un impact direct sur la vitesse de propagation du virus), la distanciation physique, le traçage et l’isolement des cas détectés. Ajoutons à cela l’immunité collective.

On a lu tout et son contraire sur la notion d’immunité collective. Sa réalité est-elle avérée ?

Revenons aux fondamentaux. Ce que l’on sait clairement, c’est qu’un patient atteint de cette maladie, même dans sa forme peu symptomatique, développe une immunité humorale. Le Covid est donc une maladie qui provoque une immunité protectrice efficace. Certes, on ne connaît pas la durée de cette immunité mais des éléments sont rassurants : sur 24 millions de cas recensés à travers le monde, on n’en a pas encore recensé un seul qui s’est réinfecté. Cela démontre un peu par l’absurde que l’immunité marche. On est maintenant pratiquement certain de l’efficacité de cette immunité générée dès lors qu’on attrape le virus. Reste l’incertitude sur sa durée, avec des études en laboratoire contradictoires. Mais l’épidémie a commencé en novembre et en août, la Chine n’a toujours pas de cas de réinfection. On peut donc raisonnablement estimer donc que l’immunité protège son porteur au moins un an.

Certains scientifiques évoquent également d’autres types d’immunité. Desquelles quoi s’agit-il ?

En plus de l’immunité humorale, il existe deux autres types d’immunité qui sont toujours en discussion. La première est l’immunité cellulaire, que l’on ne détecte pas par les tests sanguins car ces tests détectent les anticorps qui vont aller attraper le virus, pas les cellules qui vont aller manger les cellules infectées. Or, l’immunité cellulaire est extrêmement efficace. On s’est aperçu qu’un certain nombre de patients avait un test d’immunité humorale négatif mais un test d’immunité cellulaire positif.  Les tests actuels d’immunité humorale sous-estiment donc probablement l’immunité collective.

Soit dit en passant, pourquoi ne pratique-t-on pas des tests pour mesurer l’immunité cellulaire ?

Parce que cela nécessiterait des tests très chers et très compliqués. Alors que la détection de l’immunité humorale ne demande qu’une goutte de sang mise sur du papier buvard avant d’obtenir la réponse en une demi-heure, comme un test de grossesse, l’immunité cellulaire nécessite des cultures de culture et toute une infrastructure complexe longue à mettre en place. En pratique courante, on ne pourra jamais lancer de campagne de détection de l’immunité cellulaire.

Si j’ai bien suivi, reste donc un second type d’immunité collective. Quel est-il ?

La seconde immunité est l’immunité croisée. Le coronavirus SARS-CoV-2 appartient en effet à une famille de sept virus qu’on connaît bien, avec trois « méchants » et quatre « gentils ». Parmi les coronavirus « méchants », on trouve le MERS, le SARS-CoV-1 et le fameux SARS-CoV-2 (Covid-19). Quant aux coronavirus « gentils », ils sont responsables de rhumes et de symptômes grippaux sans gravité. En laboratoire, on s’est aperçu que les anticorps actifs contre ces coronavirus « gentils » et très fréquents pouvaient être efficaces contre le SARS-CoV-2 (Covid-19). L’immunité croisée est un grand espoir qui aurait pu expliquer le fait que les enfants s’infectent moins. Les rhumes touchent surtout les enfants, lesquels développent des anticorps contre les « gentils » coronavirus qui, en laboratoire, sont efficaces contre le Covid. Malheureusement, cela n’a pas été vérifié dans les études cliniques. Une étude française célèbre a même montré que les enfants qui avaient les anticorps contre les coronavirus « gentils » s’infectaient de la même manière que les autres.  L’immunité croisée fait donc actuellement débat. Elle marche in vitro en laboratoire mais l’étude clinique sur les enfants la contredit.

Ce résultat décevant donne-t-il raison aux plus pessimistes ?

Non. S’il n’y avait pas d’immunité efficace, on ne pourrait pas élaborer de vaccin, comme pour le VIH. Or, on parvient à obtenir cette immunité reproductible dans les essais pour fabriquer un vaccin. Dans les phases 1 et 2 des vaccins américains, chinois et russe, lorsqu’on injecte des protéines du virus ou du virus inactivé, cela provoque une réponse immunitaire très forte et protectrice.

L’immunité collective reste un grand espoir. Actuellement, le Conseil scientifique de l’Elysée la chiffre de manière complètement pifométrique à 10% de la population française. Ce chiffre est une moyenne qui reflète de grandes disparités. En Seine-Saint-Denis et dans l’est de la France, il doit être plus élevé. Mais dans les régions peu touchées comme la Bretagne ou le Pays basque, l’immunité collective doit être beaucoup plus faible. En tout cas, quel que soit son pourcentage, c’est un frein à la propagation du virus. C’est pourquoi la deuxième vague, qui va se propager au sein d’une population avec une immunité collective, respecte la distanciation et suit les procédures de traçage, sera beaucoup plus lente que la première. Toutes les mesures que nous adoptons ne visent pas à tuer le virus mais à contrôler la vitesse de l’épidémie.

A l’instar de certains médecins, préconisez-vous de suivre les chiffres de la létalité – plutôt rassurants – plutôt que ceux des nouvelles infections afin de suivre la progression du virus ?

Pas du tout. La létalité n’est sûrement pas une indication fiable car on lui fait dire n’importe quoi. Il est très difficile d’avoir une idée de la mortalité liée au Covid-19. Et ce pour plusieurs raisons. Il y a une mortalité directe et indirecte, par exemple liée au fait que les patients ont peur d’aller à l’hôpital, restent chez eux et meurent d’un infarctus du myocarde. Sans parler des maladies chroniques ou des morts subites, dont on ne sait jamais si elles sont directement ou indirectement liées au Covid-19. Il est complètement délirant de prétendre comme le Pr Raoult que le virus tue moins à Marseille qu’à Paris parce qu’on ne maîtrise pas du tout le dénominateur – est-ce que la population est comparable ? est-ce que l’exposition au virus était comparable ?

Pour mesurer l’impact d’une épidémie, il faut comparer les courbes de mortalité prévues aux courbes de mortalité obtenues. Par exemple, si en août 2019, il y avait 100 000 morts en France contre 120 000 en 2020, cela voudrait dire qu’il y a eu un excès de mortalité de 20 000 personnes qu’on va rattacher au Covid-19.

Le vrai marqueur de l’épidémie, c’est l’impact qu’a le virus sur nos structures hospitalières : le nombre de patients en réanimation, le nombre de ceux qui appellent le Samu, de ceux qui entrent en hospitalisation complète et le nombre de tests PCR positifs. Ces indicateurs donnent une idée de la morbidité, donc de la mortalité de l’épidémie.

à suivre

Quand ma cité me rejetait parce que j’étais assimilé

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Bruay. Photo : Daoud B.

 


À rebours du mythe de la France raciste colporté par les indigénistes et leurs thuriféraires de gauche, la nation française a été une chance pour tous ceux qui refusent le discours tribaliste et victimaire. Témoignage d’un enfant de l’assimilation.


 

C’est avec beaucoup de peine que j’ai assisté dernièrement à la mise en cause publique d’un CRS noir qui fut traité de « vendu » par des manifestants soutenant le comité Adama Traoré. Je ne suis pas noir, mais maghrébin par ma mère et, enfant de l’assimilation, je peux me reconnaître dans la souffrance de ce jeune homme au service de notre nation. Ces images m’ont rappelé des expériences personnelles datant de la fin des années 1980 à la fin des années 1990. Dans ma cité minière de Lens, nous organisions régulièrement des matchs de foot dans la cour d’une école primaire que nous investissions en toute illégalité les samedis après-midi.

Une quête identitaire violente

Une partition s’était opérée insidieusement, les « Maghrébins » de la cité ne voulaient plus de mixité lors de ces matchs. Nous étions condamnés à jouer des France-Maroc dans des ambiances survoltées où nos adversaires mettaient en avant leur orgueil identitaire. Par mon identification ambiguë, je devenais une cible privilégiée.

Tous savaient que ma mère avait trahi en se mariant avec un « Français », un « gwer », j’essuyais des tombereaux d’insultes et de propos dégradants : harki, faux frère, « bougnoule de service », « dégradé de gris » … Je me prenais aussi des coups, l’ambiance était explosive.

À lire aussi : Heurs et malheurs de l’assimilation

Il n’y a jamais eu de racisme dans la cité, nous avions été des camarades de jeu, des copains de classe, des complices de nos 400 coups. Nous faisions aussi beaucoup de « conneries » et la police, déjà, ne rentrait pas dans notre quartier. Il n’y a donc pas eu d’exclusion, mais plutôt une affirmation, une quête identitaire qui poussait certains à être le négatif de ce que nous étions, à nous rejeter, à ne pas se mélanger avec nous.

Les assimilés abandonnés de la République

Pourtant la rengaine médiatique et politique de l’époque n’avait aucun rapport avec le réel. Entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990, la démographie avait changé dans nos quartiers, favorisant la montée de ces oppositions ethniques. Faire son « Français » était mal vu quand on était d’origine nord-africaine

Puis on a vu apparaître des clubs de foot communautaristes fondés sur l’origine des joueurs. En 1998, juste après la victoire de la France « Black Blanc Beur », le président de mon club s’est opposé à la création d’une équipe B « 100 % Maghreb ». Les joueurs qui la réclamaient ont trouvé leur bonheur dans un club rival.

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Les assimilés comme moi ont été abandonnés par la République et principalement par la gauche qui prétendait protéger les plus faibles. Nous avons été livrés à la loi des plus forts, isolés face au tribalisme solidaire, livrés à ceux qui haïssaient la France. Nous sommes des « vendus », mais qui nous a vendus contre une paix sociale fictive en comparant l’assimilation à du racisme ?

Le plus révoltant est de m’être retrouvé face à de belles personnes de « souche » et de gauche, me taxant de raciste islamophobe pour avoir osé décrire ces réalités. Un jour, le responsable d’une association laïque me reprocha de mettre trop en avant ma francité au détriment de mon arabité ! J’ai eu la sensation de discuter avec un militant du FLN en 1958 ! À croire que la victimisation, la charia et la haine anti-française étaient inscrites dans mon génome !

Une meilleure vie qu’au bled

Mes grands-parents musulmans sont arrivés d’Algérie en 1949. Mon grand-père est venu travailler dans les mines de charbon du bassin artésien. Ma famille a eu une meilleure vie que si elle était restée au bled, sous la dictature FLN qui s’est installée après leur départ.

Évidemment, par fierté, ils soutenaient le régime et affirmaient que tout était formidable en Algérie, mais jamais ils n’auraient voulu y retourner définitivement. Ni eux ni aucun de leurs dix enfants, dont ma mère.

Sachez bien que la légende sur la vilaine France raciste me met hors de moi.

Au début des années 1960, ils furent les premiers dans leur rue à posséder une télévision. Leurs voisins et amis, la famille Descamps et leurs 12 enfants venaient tous les soirs regarder l’ORTF dans un silence de cathédrale.

Le régime minier des houillères du Pas-de-Calais payait des vacances aux mineurs et à leurs familles chaque année. J’ai encore des photos en noir et blanc de cette époque bénie.

Luttes fratricides

Le plus gros danger ne venait pas du racisme, mais des luttes fratricides entre FLN et MNA (Mouvement national algérien) qui provoquèrent 1 700 morts en France. Le FLN exerçait une forte pression sur les Algériens qui devaient payer un impôt révolutionnaire et surveiller la respectabilité musulmane de leurs filles.

Une de mes connaissances, un mineur retraité d’origine italienne, me parla de l’épicier algérien égorgé chez lui, car il refusait de payer l’impôt. Il évoqua aussi son meilleur ami et collègue, italien comme lui, tué à la mitraillette à la gare de Lens avec un Algérien qui était du MNA par des types du FLN qui venaient de l’actuelle Seine Saint-Denis, où étaient implantés les bureaux des indépendantistes algériens.

À lire aussi : Manger « racisé », la dernière lubie bobo-indigéniste

Après les accords d’Évian, ma mère, contrairement à sa sœur aînée, refusa la nationalité algérienne et choisit la nationalité française. Elle voulait éviter le mariage arrangé qui était la norme dans les familles musulmanes. Sa sœur fut mariée à un neveu de mon grand-père, puis emmenée en Algérie afin de servir de boniche à sa belle-famille. Mes grands-parents sont allés la chercher et négocier le retour des mariés à Lens afin de surveiller le mari violent qui avait envoyé leur fille à l’hôpital le soir de ses noces.

Les accords déviants

Sachez bien que la légende sur la vilaine France raciste me met hors de moi. La nation française, le peuple français, la culture et l’art de vivre français ont été une chance pour moi et ma famille. Je n’ai jamais subi de contrôle au faciès, mon prénom et mon nom ne sont pas inscrits sur mon front, pourtant mon physique m’a valu de me faire taxer de vendu.

Je voudrais revenir à ce CRS traité de vendu. Je n’ai pas été surpris : cela fait belle lurette que la réalité des quartiers populaires (et désormais, des réseaux sociaux) contredit le discours médiatique ambiant. Lui et moi savons ce que nous risquons. Mais ceux qui me mettent le plus en colère sont ceux qui ont encouragé et légitimé la haine de la France, la criminalisation de l’assimilation. Ceux qui ont nourri et approuvé le discours victimaire antiraciste fallacieux qui a servi de bouclier immunitaire et de carburant idéologique à l’indigénisme et à l’islamisme. Sans leurs alliés, les indigénistes n’auraient pas un tel pouvoir de nuisance. La majorité de nos responsables politiques ont sacrifié notre sécurité et celles de tous les honnêtes citoyens de ce pays aux caïds identitaires et aux groupuscules racialistes. Ce sont des accords déviants.

Assassinat de Rafic Hariri: les mains pleines de sang des « innocents » du Hezbollah

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liban hariri hezbollah
Réunion du Tribunal spécial pour le Liban à La Haye, 2014. TOUSSAINT KLUITERS / POOL / AFP

Réuni à La Haye, le Tribunal spécial pour le Liban a jugé les suspects de l’assassinat de Rafic Hariri le 14 février 2005, tous membres du Hezbollah. Verdict : la cour condamne un membre de l’organisation et en disculpe trois autres. En vérité,  grâce à un faisceau d’indices accablants, les juges savent que le Hezbollah est responsable de l’explosion qui a tué Hariri et a commis cet attentat au service de la Syrie, voire de l’Iran.


Certes, dans son verdict du 18 août, le Tribunal spécial de l’ONU ne désigne pas explicitement le Hezbollah comme responsable de l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri le 14 février 2005.

Cependant, il suffit de lire attentivement la décision (cf. ci-dessous) qui condamne un membre de l’organisation et en disculpe trois autres pour comprendre de quoi il en retourne. En vérité, les juges savent que le Hezbollah est responsable de l’explosion qui a tué Hariri et a commis cet attentat au service de la Syrie, voire de l’Iran.

Mais le tribunal ne disposait pas de preuves suffisantes. Les pages du verdict consacrées aux indices tirées de la géolocalisation des téléphones portables sont néanmoins accablantes, bien que juridiquement insuffisantes pour constituer des preuves.

Cette décision ne semble pas changer grand-chose à la situation déjà chaotique au Liban, devenue critique après l’explosion au port de Beyrouth. Le Hezbollah avait en effet déjà perdu des points auprès de l’opinion publique libanaise. Au sein même de sa base communautaire chiite, des voix s’élèvent pour critiquer son inféodation à l’Iran et à la Syrie au détriment des intérêts libanais.

Si le Tribunal spécial brille par sa prudence, c’est très probablement en raison de l’absence du cinquième accusé, Moustapha Badreddine, tué en Syrie en 2016. Son nom apparaît fréquemment dans le texte rédigé par les magistrats de La Haye. Cousin, beau-frère, ami et d’Imad Moughnieh (assassiné à Damas en 2008), Badreddine lui a succédé à la tête des affaires étrangères et de l’organisation militaire du Parti de Dieu.

Dans son premier acte d’accusation, le Tribunal spécial l’avait accusé d’avoir planifié et supervisé l’attentat contre Hariri.  Badreddine était le chaînon manquant entre les autres accusés – exécutant plusieurs subalternes pour permettre au Hézbollah, à la Syrie et à l’Iran de feindre l’ignorance – et le sommet de l’organisation terroriste chiite. Sa condamnation, même par contumace, aurait jeté de forts soupçons sur ses parrains.

Pour éliminer cet homme devenu encombrant, ces derniers ont employé une méthode mafieuse.  Le 14 mai 2014, Badreddine aurait ainsi été executé d’une balle dans la tête à l’aéroport de Damas, une demi-heure après avoir rencontré (feu) Qassem Suleimani, alors commandant de la Force Al-Qods.

Juste après l’assassinat de Badreddine, certains médias ont accusé Israël avant que le Hezbollah lui-même ne le disculpe. Peu de temps après, des rumeurs ont prétendu que Baddreddine aurait été assassiné sur ordre de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, en raison de son comportement ostensiblement immoral qui entachait la réputation de l’organisation. Une chose est sûre : sa mort a neutralisé la charge explosive potentielle d’une « mauvaise » décision du Tribunal.

 Voici la copie traduite du jugement du Tribunal :

    1. Le lundi 14 février 2005, peu avant 13 heures, l’ancien Premier ministre du Liban, M. Rafic Hariri, voyageait dans son convoi à Beyrouth du Parlement libanais à son domicile. A l’approche de l’hôtel Saint-Georges, près de la côte, une explosion massive a retenti. M. Hariri a été tué dans l’explosion. Vingt et un autres personnes, dont huit membres du convoi de M. Hariri, ainsi que des passants, ont également trouvé la mort. Trois des victimes sont mortes après l’explosion, deux le lendemain, et la troisième, le député libanais, M. Bassel Fuleihan, a succombé après deux mois de coma.
    2. Au moins 226 autres personnes ont été blessées, dont certaines très gravement. Des passants travaillant dans les immeubles voisins ont subi de terribles blessures et de nombreux bâtiments ont été gravement endommagés.
    3. L’explosion a été déclenchée par un kamikaze au volant d’un Mitsubishi Canter – un camion léger couvert d’une bâche, chargé de plus de deux tonnes d’explosifs RDX [un explosif nitré, issu de la réaction de l’acide nitrique avec l’hexamine] de haute qualité – qui a explosé alors que le convoi de six véhicules de M. Hariri, lourdement protégé, passait devant l’hôtel Saint-Georges. Les explosifs contenaient l’équivalent de 2 500 à 3 000 kilogrammes de TNT. L’explosion a laissé un cratère en forme de cône, d’un diamètre d’environ 11, 40 mètres et d’une profondeur d’environ 1,90 mètre.
    4. Au cours des mois précédant son assassinat M. Hariri et son convoi étaient sous surveillance. Sur le terrain, les personnes chargées de sa surveillance communiquaient entre elles à l’aide de trois réseaux de téléphonie mobile. Pour distinguer les trois réseaux, l’accusation les a étiquetés avec un code couleur : jaune, bleu et rouge.
    5. Le réseau rouge était celui de l’équipe des assassins. Les utilisateurs des téléphones mobiles des réseaux bleu et rouge ne communiquaient qu’entre eux. Un autre réseau, que nous appellerons « réseau Vert », composé de trois mobiles, aurait coordonné servi à surveiller tous les aspects de l’opération visant M. Hariri, qui a abouti à son assassinat.
    6. Dans les mois qui ont précédé l’attentat, les téléphones portables identifiés avaient suivi M. Hariri dans ses déplacements au Liban. Il s’était notamment rendu à l’aéroport de Beyrouth, à sa villa de Faqra au nord de Beyrouth, à sa villa de Naameh au sud de Beyrouth, visant mosquées et églises. Il avait rencontré le secrétaire général du Hezbollah dans le sud de Beyrouth, s’était rendu au Parlement et avaient des rendez-vous au déjeuner et au dîner. Ces téléphones mobiles étaient également objets d’une surveillance statique près de sa résidence et le long de certaines des routes qu’il a empruntées.
    7. Le but de cette surveillance était d’obtenir des informations sur les déplacements de M. Hariri, son niveau de sécurité et protection et, finalement, de déterminer une méthode appropriée pour l’assassiner, y compris en trouvant l’endroit approprié pour l’attaque prévue. Le convoi de M. Hariri était équipé de brouilleurs électroniques qui auraient bloqué la détonation à distance de tout explosif. C’est pourquoi un engin explosif improvisé – sous la forme d’un kamikaze conduisant un camion léger chargé d’explosifs qu’il pouvait faire exploser lui-même – a été choisi.
    8. Peu après l’explosion, le lundi 14 février 2005 dans l’après-midi, la chaîne d’information Al-Jazeera à Beyrouth a reçu des appels revendiquant la responsabilité de l’attentat, et informant qu’une vidéo et une lettre se trouvaient dans un arbre non loin des studios de la chaine. Trois appels ont été passés, dont un menaçant, exhortant Al-Jazeera à diffuser immédiatement de la vidéo. Les auteurs de l’appel avaient également contacté Reuters. Deux des accusés, Hussein Hassan Oneissi et Assad Hassan Sabra, auraient passé ces appels et observé la collecte de la vidéo.
    9. Dans la vidéo, diffusée par Al-Jazeera plus tard dans l’après-midi, un jeune Palestinien, M. Ahmad Abou Adas, affirme représenter un groupe fondamentaliste appelé « Victoire et Jihad en Grande Syrie » et avoir exécuté une « opération retentissante de martyre » contre M. Hariri, qualifié d’agent du « régime infidèle saoudien ». La lettre jointe à la cassette affirme que l’opération suicide a été menée par « le moujahid Ahmad Abou Adas ». L’accusation a qualifié cette lettre de « fausse déclaration de responsabilité » pour l’attaque contre M. Hariri. Et c’est effectivement le cas. Le groupe est fictif et M. Abou Adas ne s’est pas tué dans l’explosion ; il n’était pas le kamikaze.
    10. M. Abou Adas, un homme très pieux de 22 ans, a disparu de son domicile à Beyrouth le matin du dimanche 16 janvier 2005. Sa famille ne l’a pas revu depuis. Il n’est vraisemblablement plus en vie. M. Oneissi et M. Sabra auraient organisé cette disparition en le recrutant dans une mosquée de Beyrouth.
    11. L’attaque réussie contre M. Hariri a été soigneusement planifiée et mise en œuvre. Les six principaux utilisateurs du réseau mobile rouge sont responsables du meurtre de M. Hariri le 14 février 2005. Les utilisateurs des réseaux mobiles jaune, bleu et rouge ont observé les mouvements de M. Hariri et de son convoi dans les semaines et les mois qui ont précédé l’attaque. Certains membres du réseau rouge ont également utilisé des téléphones portables des réseaux bleu et jaune. Le jour de l’attentat, les utilisateurs du réseau mobile rouge ont observé les mouvements de M. Hariri au Parlement et étaient présents près de la scène du crime peu avant l’explosion. Ils ont également coordonné les mouvements du camion utilisé pour l’attentat vers le convoi. Les utilisateurs du réseau rouge ont passé leurs derniers appels dans les minutes précédant l’attentat et ces téléphones anonymes n’ont plus jamais été utilisés.
    12. La vidéo de la fausse revendication visait à détourner l’attention des véritables auteurs, à savoir Salim Jamil Ayyash et ses co-conspirateurs.
    13. Les quatre accusés sont Salim Jamil Ayyash, né le 10 novembre 1963 à Harouf, au Liban, Hassan Habib Merhi, né le 12 décembre 1965 à Beyrouth, Hussein Hassan Oneissi, né le 11 février 1974 à Beyrouth et Assad Hassan Sabra, né à Beyrouth le 15 octobre 1976. Une cinquième personne et ancien accusé, Moustapha Amine Badreddine, également connu sous le nom de « Sami Issa » – et qui aurait été un co-conspirateur – est né à Beyrouth le 6 avril 1961 [tué en 2016 en Syrie]. Tous les cinq, selon le procureur, sont des partisans du Hezbollah.
    14. L’acte d’accusation […] contient neuf chefs d’accusation, alléguant des crimes commis en violation du Code pénal libanais : conspiration en vue de commettre un acte terroriste au moyen d’un engin explosif, commission d’un acte terroriste au moyen d’un engin explosif, homicide intentionnel de M. Hariri et des 21 autres personnes, tentative d’homicide intentionnel des 226 personnes blessées dans l’explosion et complicité de ces crimes.
    15. Le Procureur a soutenu que chacun des quatre accusés et M. Badreddine avaient participé à la conspiration. Ils ont joué les rôles suivants dans l’attentat :
    16. Moustapha Amine Badreddine a surveillé et coordonné, avec Salim Jamil Ayyash, la surveillance de M. Hariri afin de préparer l’attentat, y compris l’achat du camion. Il a également surveillé la réalisation de l’attentat, et a suivi, avec Hassan Habib Merhi, la coordination de la préparation de la fausse revendication;
    17. Salim Jamil Ayyash, avec Moustapha Amine Badreddine, a coordonné la surveillance de M. Hariri dans le cadre de la préparation de l’attentat, y compris l’achat du camion. Il a échangé avec Hassan Habib Merhi au sujet des préparatifs de l’attentat, y compris la fausse revendication. Il a coordonné la commission de l’attentat et a participé à la surveillance et à l’assassinat ;
    18. Hussein Hassan Oneissi et Assad Hassan Sabra, sous l’autorité de Hassan Habib Merhi, ont participé à la recherche de la personne à utiliser pour la fausse revendication de l’attentat, à savoir M. Abou Adas. Immédiatement après l’attentat, ils ont diffusé des déclarations attribuant faussement la responsabilité de l’attentat, ont assuré la livraison de la vidéo et la lettre jointe à Al-Jazeera, et ont assuré sa diffusion. Ces actions étaient sous la responsabilité de M. Merhi. M. Oneissi, toujours sous la coordination de M. Merhi, a en outre participé à la disparition de M. Abou Adas afin de donner du crédit à la fausse revendication.
    19. Hassan Habib Merhi, avec Moustapha Amine Badreddine, a coordonné la fausse revendication et était en communication avec Assad Hassan Sabra à cette fin. Il a coordonné les activités de M. Oneissi et de M. Sabra pour trouver et faire disparaître M. Abou Adas, qui apparaît dans la vidéo. Immédiatement après l’attentat, il a coordonné leurs activités en diffusant des déclarations attribuant faussement la responsabilité de l’attentat, assurant la livraison de la vidéo et de la lettre jointe à Al-Jazeera et veillant à sa diffusion.
    20. Selon le Procureur, M. Oneissi et M. Sabra ont utilisé leurs téléphones portables personnels pour communiquer entre eux et avec M. Merhi en rapport avec la fausse revendication. Ces trois téléphones portables ont été appelés le « réseau violet ». Badreddine, Ayyash et Merhi auraient communiqué sur un réseau fermé de trois téléphones portables (« vert »). Ayyash et Merhi ont utilisé leurs téléphones personnels uniquement pour communiquer avec M. Badreddine.
    21. L’accusation a tenté de prouver qu’ils utilisaient leurs téléphones mobiles en s’appuyant sur la co-localisation des téléphones mobiles de réseau avec leurs téléphones mobiles personnels. En d’autres termes, que les téléphones portables personnels et ceux du réseau ont passé des appels et se sont déplacés d’une manière suggérant qu’ils avaient un seul et même utilisateur.
    22. L’accusation a présenté une grande quantité de documents et de preuves de télécommunications, y compris les enregistrements des données des appels passés et les informations concernant les tours de téléphonie cellulaire activées, pour tenter de prouver que les accusés et M. Badreddine utilisaient les téléphones mobiles personnels mis en cause. Deuxièmement, que ces derniers étaient co-localisés avec les téléphones portables du réseau et, troisièmement, que les téléphones portables du réseau étaient impliqués dans la surveillance et l’assassinat de M. Hariri.
    23. L’accusation a prouvé certaines de ces allégations et attributions de téléphones portables mais pas toutes.
    24. Les preuves ont établi que M. Ayyash a conspiré avec des personnes non-identifiées pour commettre un acte terroriste au moyen d’un engin explosif afin d’assassiner M. Hariri. M. Ayyash a dirigé l’équipe d’assassins le lundi 14 février 2005. L’accusation a prouvé qu’il utilisait des téléphones portables des réseaux jaune, bleu, rouge et vert et que les trois premiers étaient engagés dans la surveillance de M. Hariri entre octobre 2004 et le 14 février 2005. Elle a également prouvé qu’il était activement impliqué dans l’assassinat le jour de l’attaque.
    25. Les preuves étaient insuffisantes pour déterminer le rôle éventuel de M. Badreddine dans la conspiration. Les preuves se bornaient à des enregistrements d’activation de son téléphone portable du réseau vert lors d’appels vers les deux autres téléphones portables du réseau. L’un d’entre eux a été utilisé par M. Ayyash. L’autre a été attribué par l’accusation à M. Merhi.
    26. Les preuves ont établi qu’une grande partie de la surveillance visait à cibler M. Hariri en vue de son éventuel assassinat. Cependant, il est difficile de déterminer le degré de cette surveillance, étant donné que M. Hariri était surveillé par d’autres, notamment les Forces de sécurité intérieure libanaises. La Chambre de première instance a estimé que la décision finale de poursuivre le plan et donc d’assassiner M. Hariri n’a été prise que début février 2005 […]
    27. En ce qui concerne les rôles de M. Merhi, de M. Oneissi et de M. Sabra dans le complot et la fausse revendication, l’accusation n’a pas pu étayé sa thèse au-delà du doute raisonnable.
    28. L’accusation a allégué que M. Oneissi, se faisant passer pour « Mohammed », s’est approché de M. Abu Adas dans une mosquée afin de trouver quelqu’un à utiliser dans la vidéo de la fausse revendication. Oneissi et Sabra auraient également été présents aux alentours de la mosquée à Beyrouth pendant dix jours, fin décembre 2004 et début janvier 2005, dans ce but. Au tribunal, le ministère public a affirmé que M. Oneissi et M. Sabra avaient participé à l’enlèvement de M. Abou Adas à son domicile le dimanche 16 janvier 2005. Le dossier du ministère public sur chacune de ces allégations, basé presque uniquement sur l’activation des portables de deux personnes autour de la mosquée, n’a pas prouvé sa thèse au-delà du doute raisonnable.
    29. La preuve que M. Oneissi était « Mohammed » n’était pas fiable. Elle n’était pas probante. Il n’y avait pas non plus, en fin de compte, de preuve fiable reliant les activations des deux portables personnels du réseau violet autour de la mosquée […]
    30. De même, il n’y avait aucune preuve reliant l’un ou l’autre des accusés à la disparition de M. Abou Adas ni aucune preuve fiable de son enlèvement. De plus, l’accusation n’a pas prouvé au-delà de tout doute raisonnable que M. Sabra utilisait le mobile personnel « vilolet » qui lui était attribué. Le mobile était utilisé conjointement par M. Sabra et son épouse, et il n’y avait aucune preuve fiable établissant que M. Sabra était la personne qui l’utilisait à tous les moments décisifs […]
    31. En ce qui concerne les appels à Reuters et à Al-Jazeera dans l’après-midi du lundi 14 février 2005, les preuves étaient trop faibles pour lier M. Oneissi ou M. Sabra aux appels ou à la collecte de la vidéo cachée dans l’arbre. Les preuves cellulaires n’étaient pas suffisamment fiables au lendemain de l’attentat pour prouver que les téléphones portables qui leur étaient attribués se trouvaient là où ils étaient censés se trouver au moment des appels. La Chambre de première instance a été convaincue au-delà de tout doute raisonnable que M. Oneissi utilisait son téléphone portable personnel violet, mais comme indiqué, elle n’a pas pu faire la même constatation concernant M. Sabra.
    32. De plus, les preuves n’ont pas démontré que l’un ou l’autre des accusés s’était joint à la conspiration avant l’explosion. Même s’ils avaient passé les appels téléphoniques à Reuters et à Al-Jazeera comme il est allégué, rien ne prouve qu’ils étaient au courant de l’explosion à l’avance, et que leurs actions présumées étaient liées à l’attentat. Prouver qu’ils en avaient connaissance était légalement requis par le Code pénal libanais.
    33. En ce qui concerne M. Merhi, le ministère public n’a pas non plus réussi à prouver au-delà de tout doute raisonnable qu’il utilisait le téléphone portable vert qui lui était attribué et qu’il communiquait donc avec M. Badreddine […] Il n’y avait pas non plus de preuve de ses communications avec M. Ayyash en relation avec la fausse revendication.
    34. M. Merhi a été chargé de coordonner les activités de M. Oneissi et de M. Sabra dans la préparation de la fausse revendication. Toutefois, comme la procédure engagée contre eux a échoué, celle engagée contre M. Merhi a également échoué, y compris en ce qui concerne sa participation à la conspiration. La Chambre de première instance n’a pas été convaincue au-delà de tout doute raisonnable de leur culpabilité.
    35. Les preuves contre les quatre accusés étaient circonstancielles. Le seul élément de preuve direct – et que la Chambre de première instance a jugé trop peu fiable pour l’utiliser contre M. Oneissi – établit qu’il est bien le « Mohammed » qui a rencontré M. Abou Adas à la mosquée, en essayant de trouver une personne à utiliser dans la vidéo de fausse revendication.
    36. Le reste des preuves contre les quatre accusés et M. Badreddine, provenait de l’activation des téléphones portables personnels […] qui leur étaient attribués. L’accusation a produit des preuves les reliant aux déplacements avérés de M. Hariri et, en outre, dans le cas de M. Oneissi et de M. Sabra, à M. Abou Adas. Cependant, les preuves relatives à M. Abou Adas n’étaient finalement pas suffisamment fiables pour être utilisées contre l’accusé.
    37. Il n’y avait aucune preuve de la rencontre des quatre accusés ou de M. Badreddine, ni du contenu de leurs conversations téléphoniques mobiles. Il n’y a pas eu d’interceptions téléphoniques, de messages textuels pertinents ou de messages vocaux. Il n’y avait aucune preuve fiable de la rencontre entre M. Oneissi ou M. Sabra et M. Abou Adas.
    38. Pour confondre M. Ayyash, la Chambre de première instance a dû lier les activations de ses téléphones portables personnels et de son réseau aux déplacements de M. Hariri et à d’autres événements. Pour ce faire, elle a analysé l’utilisation d’un téléphone portable du réseau rouge, le numéro 741, le jour de l’attaque et a ensuite travaillé à rebours pour démontrer qu’il l’utilisait ce jour-là et à d’autres jours décisifs où la surveillance a eu lieu. Le « rouge 741 » était co-localisé avec les mobiles personnels et les autres mobiles du réseau de M. Ayyash. De sorte que la seule conclusion raisonnable établit qu’il en était l’utilisateur et que son utilisateur était fortement impliqué dans l’attaque.
    39. La Chambre de première instance, comme elle doit le faire dans une affaire fondée sur des preuves circonstancielles, a accordé le bénéfice du doute à l’accusé. Pour cette raison, elle a acquitté M. Merhi, M. Oneissi et M. Sabra de tous les chefs d’accusation […] Dans le cas de M. Ayyash, sa culpabilité au-delà de tout doute raisonnable pour tous les chefs d’accusation est la seule conclusion raisonnable.