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Coup d’Etat au Mali : une défaite française

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Le coup d’Etat au Mali semble sonner le glas du processus de pacification et de normalisation engagé par la France depuis son intervention militaire en 2013. 


 

Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt. C’est ce qui se passe en matière de communication officielle sur la situation au Sahel. On nous masque la gravité croissante de la situation dans cette région grande comme une fois et demie la France (1.500.000 km2).

Le Mali, un pays dans le chaos

Les prémices d’un conflit armé remontent à 2012 après la rébellion d’une milice touareg au nord du Mali. La situation n’était cependant pas nouvelle. Les tensions existaient dans ce secteur depuis des années, sans toutefois dépasser le stade d’escarmouches. D’ailleurs, le précédent coup d’Etat remonte à 2012, issu du même camp militaire de Kati où a eu lieu le putsch. Il fallut ensuite seize mois de palabres avant l’élection d’Ibrahim Boubakar Keita (IBK).

Depuis sept ans, ce pays enclavé et pauvre est gouverné dans le chaos et la corruption. Outre la crise sociale et économique, l’augmentation radicale des violences dans le centre et le nord du pays exaspère des populations déjà inquiètes de la dégradation de leurs conditions de vie.

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Parallèlement, la rébellion aux frontières réunit des combattants expérimentés et aguerris, de retour de Libye, mis au chômage par l’intervention française de 2011.

L’intervention française

Devant l’avance djihadiste de 2013, la France est intervenue avec quelques troupes de l’UE en appui, dont la Bundeswehr qui a voté l’envoi d’un nouveau contingent pour essayer de former les armées nationales quasi-inexistantes, Tchad excepté. La militarisation du conflit conduit rapidement à une escalade qui amène à l’envoi, deux ans plus tard, de la MINUSMA onusienne. Des 2015, cette force enregistre 56 victimes et devient la double cible des groupes djihadistes ainsi que des populations mécontentes d’une présence passive. Cette intervention entraîne le déplacement de plus de 100 000 personnes dans le pays, pendant que plus de 130 000 fuient dans les pays voisins.

A partir de là, le conflit se cristallise au centre du Mali pour ensuite s’étendre dans la zone des cinq pays frontaliers. Les alliés que sont la France, l’UE, les Etats-Unis, en appui logistique, se trouvent dans une configuration à la vietnamienne. Quitter les lieux laisserait la place aux djihadistes de tout poil et autres milices armées, ouvrant la voie à des exécutions sommaires par les troupes régulières.

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La violence attire la violence

En réalité, les causes profondes du conflit sont socio-économiques. Le premier ennemi, c’est la sécheresse, mère de la famine et de la misère, mère des conflits ethniques pour la possession du bétail, des puits, des récoltes entre sédentaires et nomades.

Le conflit s’est étendu vers la frontière sud-est du Mali au Burkina Faso, devenu le maillon faible des cinq pays concernés. La violence attire la violence. Au Burkina Faso, l’ONG Human Rights Watch a recensé plus de 1200 victimes des djihadistes en 2019, sans parler des crimes interethniques, soutenus par ces mêmes djihadistes. Depuis, des dizaines d’autres victimes (y compris européennes) sont tombées dans les attaques ciblées de ces groupes parfaitement adaptés à ce type de guérilla. Au cœur de cette vaste étendue, hors de portée des quelque 5000 militaires présents, la sécurisation est impossible. Imagine-t-on la France disposant pour tout son territoire de 1500 gendarmes ?

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Il faut regarder la réalité en face, la France et l’UE ont failli. Ce conflit représente un gouffre financier doublé d’un drame humain. Il devait permettre aux habitants de la région  manger à leur faim et de vivre en paix mais la guerre est devenue un bourbier.

Faillite européenne

Malheureusement, comme dans l’affaire libyenne où un cessez-le-feu n’est pas en vue, l’UE des 27 et la France, son bras armé, ne réussissent pas à trouver une solution politique pour mettre fin aux souffrances des populations. Pendant ce temps, l’UE veut s’occuper de la situation en Biélorussie tout en proclamant le principe de non-ingérence. Et dans le même temps, l’UE évite de s’occuper du (réel) conflit qui oppose la Grèce et la Turquie. La situation au Sahel où l’UE prétend apporter des solutions, n’est pas davantage à l’ordre du jour. Cherchez l’erreur.

Aujourd’hui, le coup d’Etat de la junte malienne est condamné de toutes parts, par la France, l’Union Africaine, les Etats Unis, l’Onu, la Communauté économique des états de l’ouest qui a également décidé de fermer ses frontières et de suspendre les échanges.

Mais la communauté internationale n’a pas d’autre choix que de reconnaître la junte et de coopérer avec elle. Sans quoi le chaos et l’instabilité profiteraient aux djihadistes qui s’étendraient encore davantage au Sahel.

Pour feu le cardinal de Retz, on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. Il est temps que l’UE devienne réaliste et agisse comme une force économique, politique et militaire digne de ce nom. Au Mali, il faudra être très attentif au rôle que pourra jouer le mouvement M5-RPF de l’imam salafiste Mahmoud Dicko. Ce n’est pas un ami de la France. Par le passé, il a soutenu les mutins et l’opposition à IBK. Le pire pourrait donc encore se produire.

Racialisme made in USA: Kamala Harris, une candidate tout simplement noire?

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Le candidat démocrate à la présidentielle américaine Joe Biden a  choisi comme colistière la sénatrice Kamala Harris. Au temps de Black lives matter, l’essentialisme antiraciste fait de cette grande bourgeoise métissée une femme noire. Un raccourci révélateur de l’univers bicolore des élites qui préfèrent la diversité à l’égalité.


Journal télévisé du 12 août : le présentateur annonce que le candidat démocrate à la présidence des États-Unis Joe Biden vient de choisir comme éventuelle vice-présidente une femme noire, la sénatrice californienne Kamala Harris.

Ghettos dorés

Une « femme noire », vraiment ? Même s’il ne jette qu’un coup d’œil à un portrait de Kamala Harris, tout observateur impartial conviendra que l’ex-procureure générale du Golden State n’a pas vraiment le type afro-américain. On pourrait aisément la prendre pour une Mexicaine, voire une Arabe ou une Indienne. En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne correspond pas au portrait-type de la « femme noire » américaine.

Et pour cause ! Fille d’un économiste d’origine jamaïcaine de l’université Stanford et d’une endocrinologue originaire de l’État indien du Tamil Nadu, la possible future vice-présidente n’a pas vraiment le profil de la « descendante d’esclave », éternelle victime d’un racisme endémique. Si elle est sortie d’un ghetto, c’est de celui de Westmount, quartier huppé de Montréal dominé par la haute bourgeoisie anglophone où sa mère enseignait à l’Université McGill. Elle y a vécu et étudié avant de fréquenter plusieurs universités d’élite étasuniennes. Autres ghettos plutôt dorés.

Une goutte de sang

Pour ces raisons à la fois sociales et généalogiques, aux États-Unis, certains auront la décence, lors de sa nomination, d’évoquer une femme « de couleur », euphémisme certes un peu daté mais plus précis que l’épithète « noire ». On aurait aimé que le présentateur du journal télévisé français fasse preuve d’autant de prudence.

Ce ne fut malheureusement pas le cas. Faut-il y voir le signe que nos médias nationaux se siumettent aux normes du racialisme made in USA, pays où prévaut encore aujourd’hui la one drop rule, règle raciste qui stipule que toute personne qui n’aurait ne serait-ce qu’une goutte de sang noire est réputée noire ?

En témoigne l’étrange mésaventure d’une certaine Susie Guillory Phipps, femme de quarante-trois aux cheveux blonds et à la peau claire qui avait jusque-là toujours vécu dans la peau (c’est le cas de le dire) d’une Blanche, et que le bureau de l’état-civil de La Nouvelle-Orléans décréta contre sa volonté « de couleur », en 1977, sur la foi de sa généalogie : elle avait « un arrière-arrière-arrière-grand-parent » noir (ce cas est rapporté par Walter Benn Michaels, La Diversité contre l’égalité, Éditions Raisons d’agir, Paris, 2009).

À ce compte-là, Kamala Harris, qui porte pourtant un prénom indien et qui fut dès l’âge de sept ans, après le divorce de ses parents, élevée par sa mère, est bel et bien afro-américaine (tout comme Barack Obama, dont la mère était d’origine irlandaise, ou encore Meghan Markle, la Cendrillon des îles britanniques).

De cette assignation identitaire qui fait de Kamala Harris une « femme noire », on peut tirer au moins deux leçons.

Blancs vs non-Blancs

La première est à l’évidence ironique : le discours à la mode pour plus de diversité a tout du rouleau compresseur uniformisateur qui lamine les multiples différences définissant le spectre de l’identité humaine. Au fi des cultures particulières, des frontières nationales, des langues, du statut social, des origines multiples, de l’histoire personnelle des personnes concernées, etc. Bref, de tout ce qui contribue à définir un individu humain. Au lieu de ça, nos apôtres de la diversité ramènent tout à une opposition binaire rassurante entre Blancs et non-Blancs.

Dans ce monde américanisé, il n’y a plus de Jamaïcains, de Haïtiens, de Sénégalais ou de Dogons, mais seulement des « Noirs », invités à consommer du rap, des jeans (sans ceinture) et des baskets (sans lacets). Il n’y a plus non plus d’Américains wasp, de Français, de Suédois ni d’Alsaciens, seulement des « Caucasiens » bien falots, abonnés à Facebook et qui font leur shopping sur Amazon. Ça ne m’étonnerait guère que bientôt les médias français fassent usage de ce terme que les Américains utilisent pour désigner les « Blancs » et qui fut inventé par l’anthropologue allemand du XVIIIe siècle Johann Friedrich Blumenbach, ce dernier étant persuadé que leurs premiers ancêtres étaient sortis de l’Arche de Noé lorsque celui-ci s’était échoué sur le mont Ararat, non loin de la chaîne du Caucase.

Le tamis de la race

Pour couronner le tout, cette idéologie de la fausse diversité (qui s’en tient à l’épiderme) méconnaît la culture indienne (comme toutes les autres cultures, qui se voient réduites à quelques traits folklorisés) et ignore que le phénomène du métissage puisse seulement exister ! Au temps de sa splendeur, Tiger Woods s’était d’ailleurs insurgé, lui, le métis aux origines multiples, contre ceux qui voulaient à tout prix le transformer en icône en faisant de lui le premier champion de golf afro-américain.

Ce racialisme uniformisateur est au service d’un soft power étatsunien qui entend imposer une vision de la seule société américaine comme concrétisation de l’universalisme réellement existant. Mais il a aussi une seconde fonction idéologique, à usage interne cette fois : masquer l’exceptionnelle homogénéité de ces élites politiques démocrates qui se prétendent progressistes. Ces juristes et autres gestionnaires souvent passés par les mêmes universités se considèrent comme les membres d’une élite méritocratique, éclairée et universaliste. Ils appuient leur légitimé sur une expertise prétendument acquise grâce à leurs talents personnels. En concevant les inégalités sociales comme résultant uniquement de discriminations dues à la race ou au sexe, et en cooptant des personnes appartenant à diverses minorités, ils légitiment cet ordre méritocratique. Quitte à oublier que leur réussite sociale résulte peut-être moins de leurs talents personnels que de leur capacité (ou de celle de leurs parents) à payer pour fréquenter les meilleures écoles puis les meilleures universités.

Ces élites (socialement) consanguines

Autrement dit, la question raciale (tout comme celle du féminisme) est instrumentalisée afin de faire l’impasse sur la question des inégalités sociales. Pire, cet antiracisme mondain apparaît comme un moyen de justifier ces dernières en laissant entendre qu’une fois liquidées définitivement les discriminations liées à la race (ou au sexe), la société américaine accèdera à une sorte d’égalitarisme parfait, où seul le talent autorisera les individus à accéder aux meilleures professions et aux postes les mieux rémunérés. Ceux qui n’auront pas « réussi », qu’ils soient blancs ou noirs, hommes ou femmes, hétéros ou gay, n’auront donc qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

Ainsi, tandis que se perpétuent et s’accroissent les inégalités socio-économiques, la multiplication des grand-messes antiracistes (premier président noir, première femme noire vice-présidente, etc.) permet à cette élite démocrate comme aux grands patrons des GAFA de se croire progressistes. Par contraste, la mise en scène du Progrès dans le décor rose bonbon des films Disney se nourrit du noir et blanc des succès cinématographiques du temps de la ségrégation.

La diversité contre l'égalité

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Les vacances célestes de Camélia Jordana

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Vous avez perdu votre emploi après un un plan social post-corona? Vous êtes coincé en télétravail cet été à rattraper les heures perdues du confinement? Cessez un peu de vous plaindre et songez au dur été de la chanteuse Camélia Jordana…


Dans le cadre de l’émission Le Mag de France-Inter, l’ancienne Nouvelle Star engagée contre les violences policières et le racisme s’est confiée à Var-matin depuis la pelouse de l’emblématique Villa Noailles, sur les hauteurs de la charmante ville d’Hyères: « une maison trop belle, improbable, qui se transformait en l’endroit le plus cool du monde, deux fois dans l’année ».

Villa Noailles

« Trop émue » de chanter dans ce lieu idyllique, où elle venait dans sa jeunesse « voir des groupes hyper « indé » et « inter »(nationaux)  », elle relate sa madeleine de Proust -« l’année des frites, des créateurs belges avaient mis des frites dans les chaussures, partout sur leurs modèles, c’était trop bien »- et se remémore ses années lycée: « avec les copains, on « chillait » au Café italien quand on séchait les cours. On parlait de la vie, on débattait, c’était trop cool ».

En novembre 2018, la chanteuse engagée se lamentait de vivre dans « une société dirigée par des gens vieux, blancs et riches ». Au vu de la photographie, de Var-Matin elle a changé d’avis : bien que sa fraîcheur pâtisse un brin des fortes chaleurs varoises, Camélia semble comme un poisson dans l’eau sur la pelouse de la villa conçue en 1923 par un riche mâle blanc dénommé Robert Mallet-Stevens.

Les cheveux mi-frisés sous un large chapeau de paille, elle est d’une sérénité sans égal baignée du chant des cigales et des fleurs d’Azur. Henri Matisse en aurait sûrement fait un beau tableau. Où est passée la Camélia du Black Lives Matter, celle qui déplorait ces gens « qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau »? Où est passée la rebelle au grand cœur qui assure ne « pas se sentir en sécurité face à un flic » quand sa foisonnante chevelure est frisée?

« J’ai raison de prendre la parole »

Ne vous y trompez-pas, elle n’est point évaporée: « Je n’ai pas peur d’exprimer mes opinions. Je tiens les mêmes propos dans les médias que dans la vie ». Si vous pensez que vous pouvez dire quelque ânerie au bistrot après un verre de trop, restez prudent: « Si au café, j’entends un mec qui dit une horreur, je vais le reprendre », met en garde la fliquette Camélia, toujours disposée à remettre son prochain sur le droit chemin: « Pas pour lui dire qu’il a tort mais pour lui dire : « regarde, tu peux voir les choses autrement »».

Nous aussi, Camélia, nous aimerions que tu profites de ton retour aux sources pour « voir les choses autrement ». Nous aimerions que tu arrêtes de te prendre pour Malcolm X après tes vacances dorées, nous aimerions que tu cesses de t’ériger en porte-parole des banlieues alors que tu as de tes aveux -et il n’y a pas de mal à cela – « grandi dans une belle villa avec piscine », un luxe que les trois quarts des policiers que tu méprises tant n’ont jamais eu. Ce serait « trop cool » de ta part!

En espérant que l’ancienne Nouvelle Star reste confinée dans la chanson et sa carrière d’actrice, vous pouvez la voir actuellement au grand écran dans La Nuit venue: « ça parle d’esclavage contemporain ». Une noble cause cette fois. À ceux qui seraient tentés de l’invectiver sur les réseaux sociaux, méfiez-vous: « ça me donne de la force et ça montre que j’ai raison de prendre la parole », confie-t-elle. Vous voilà prévenus…

« À Mayotte, on agresse à coups de pierre, à l’arme blanche et à la machette »


On aurait tort de prendre le 101ème département français qu’est Mayotte pour un havre de paix sous prétexte qu’il s’agit d’une île de l’Océan indien. Le week-end dernier, des règlements de compte entre bandes comoriennes rivales ont provoqué un mort. Le point sur la situation avec le député (LR) Mansour Kamardine. Entretien.


Daoud Boughezala. Monsieur le député, vous dénoncez la montée de l’insécurité et des violences à Mayotte cet été. Ce phénomène est-il plus grave dans l’île qu’en métropole où les faits divers tragiques se multiplient ces dernières semaines ?

Mansour Kamardine. Oui le phénomène est plus grave car il touche toute une région française quotidiennement. Il n’y a plus de havre de paix à Mayotte. Tous les habitants sont personnellement exposés où qu’ils soient : dans les quartiers, sur la voie publique, dans les villages, à la campagne, dans les entreprises, dans les structures hospitalières, dans les écoles, dans les domiciles. Outre une violence qui fait désormais tâche d’huile sur l’ensemble du département, son niveau augmente et devient de plus en plus barbare. Des êtres humains ont été massacrés à coup de pierre, mutilés à l’arme blanche, découpés à la machette. On est au-delà des événements de Dijon en juin et de Saint-Dizier en août. S’ajoute que Mayotte est un île où les citoyens sont comme dans une prison à ciel ouvert tenue par des tortionnaires où les forces de l’ordre doivent désormais veiller à leur propre sécurité avant de veiller à celle de la population. Les policiers, gendarmes, et pompiers, en nombre très insuffisant, sont quotidiennement attaqués par des hordes de jeunes ensauvagées. Les Mahorais et plus largement les habitants de Mayotte sont terrorisés par l’évolution de la situation. Or la peur n’est pas bonne conseillère. Il est impérieux et urgent que le nouveau gouvernement prenne les responsabilités que le précédent n’a pas prises pour redonner l’espoir que la paix civile est encore possible.

Les affrontements entre bandes rivales sont-ils de près ou de loin liés à l’immigration comorienne ?

Les affrontements sont quasi-exclusivement liés à l’immigration en provenance des Comores. Les événements du week-end sont même largement des règlements de compte intracommunautaires internes aux communautés d’une île de l’Union des Comores et donc le fruit d’une importation à Mayotte de tensions étrangères.

Les conséquences du laisser-faire en matière d’immigration à Mayotte depuis 2012 sont dramatiques. Le flux migratoire irrégulier en provenance des Comores, selon l’Insee, a été multiplié par 10 entre 2012 et 2017. Le manque de fermeté dans la relation bilatérale avec l’Union des Comores a permis que le flux de clandestins s’accroisse. Aujourd’hui, selon le dernier recensement de l’Insee qui évalue la population totale à 256 000, les Français sont minoritaires à Mayotte. Or la plupart des observateurs, y compris les forces de l’ordre, estiment qu’il y a 400 000 habitants, ce qui signifie que les français ne sont plus que 30% de la population totale de l’île et que les clandestins représentent 40% des habitants. Aucun territoire de la République ne pourrait absorber un tel flux, y compris les plus structurés et les plus développés, sans être ébranlé et totalement déstabilisé.

Le laisser-faire criminel qui a été à l’œuvre sous la présidence socialiste Hollande a créé les conditions d’un embrasement généralisé à Mayotte, notamment à travers l’insécurité et la violence engendrées par la constitution d’une importante population de jeunes mineurs isolés dans un territoire où les équipements, les structures et les moyens sont les plus faibles de France. Avec 12 à 15 mille jeunes issus de l’immigration clandestine, abandonnés par leurs parents, livrés à eux-mêmes dans la nature, dont le nombre ne cesse de croître jour après jour, les choses ne peuvent qu’aller de Charybde en Scylla. Il y a dans le 101ème département français à peu près autant de mineurs étrangers isolés qu’il n’y a dans l’Hexagone. Mayotte ne peut absorber à elle-seule sur 374 km² ce que la Métropole n’arrive pas à gérer sur 550 000 km². Avec la maîtrise des frontières, c’est devenu le principal problème de Mayotte.

La polémique sur les « violences policières » enflamme les banlieues françaises métropolitaines. Le mouvement Black lives matter, qui met violemment en cause police et gendarmerie, s’est-il également mobilisé à Mayotte ? 

Mayotte n’est pas une banlieue métropolitaine. Elle est plus proche de la France périphérique décrite par Christophe Guilly. On pourrait même la décrire comme la France ultra périphérique. A la pauvreté, au sous-équipement, à la discrimination dans l’accès au savoir et à la santé, au déni de réalité, s’ajoute l’éloignement géographique et médiatique ainsi que le mépris de l’appareil exécutif central concernant nos aspirations à faire vivre les valeurs de la République : Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité. A Mayotte nous entendons bien garder ardent ces flambeaux qui sont déjà au sol dans certains territoires de la Métropole. Le mouvement Black lives matter a donc connu un écho, mais un écho très modéré d’autant plus que les esprits à Mayotte ne sont pas sous le contrôle des théories et de méthodes importées de la côte Est américaine. Il existe encore en France des territoires qui résistent à la colonisation des esprits qui caractérise les centres urbains bobos et leurs banlieues. Mayotte en fait partie.

Il y a quelques mois, vous tiriez la sonnette d’alarme quant à la situation sanitaire de Mayotte. L’Etat a-t-il répondu à vos exigences ? Où en est l’épidémie de Covid à Mayotte ?

L’Etat a répondu à la plupart de nos demandes mais tardivement, allant jusqu’à reprendre ma proposition de tester systématiquement les voyageurs par avion vers Mayotte mais en fin d’épidémie alors que cela aurait permis de l’empêcher si la mise en œuvre avait été décidée lorsque je le proposais début mars, c’est-à-dire avant le 1er cas détecté à Mayotte. L’épidémie a donc pu circuler quasi librement et emporter malheureusement une quarantaine de vies. Le pic épidémique a été atteint il y a exactement 3 mois et le taux de reproduction du virus est actuellement inférieur à celui de presque toutes les régions de métropole. Nous comptons actuellement 10 personnes hospitalisées dont 1 en réanimation et une dizaine de cas sont détectés chaque jour en moyenne. L’économie, comme partout, est extrêmement affaiblie. Pour ajouter au malheur, l’état d’urgence sanitaire qui a été levé en métropole le 10 juillet, a été prolongé jusqu’au 30 octobre à Mayotte. Ce maintien inique permet de simplifier la gestion administrative de la crise du Covid à Mayotte de Paris, mais enfonce le territoire. Nous n’avions pas besoin de cela !

Mayotte doit relever des défis aussi majeurs que l’immigration clandestine, l’insécurité, la pandémie, ou les rapports avec les Comores. Plutôt que de rester un département français à des milliers de kilomètres de Paris, l’île ne serait-elle pas plus apte à les relever en obtenant l’indépendance et la souveraineté ?

Pour les Mahorais, la France c’est la liberté, la liberté collective en nous protégeant depuis 1841 des velléités colonisatrices de nos voisins et la liberté individuelle en abolissant l’esclavage dont la France n’était pas même à l’origine. La colonisation française de Mayotte a été un choix délibéré, voulu et assumé par les Mahorais. Presque 200 ans après, personne à Mayotte ne remet en cause les choix de nos aïeux. Pire pour les bobos, nous sommes fiers d’être français, nous chérissons le drapeau tricolore, et nous chantons avec joie la Marseillaise. Nous croyons dans les promesses d’épanouissement individuel et collectif et l’universalité des valeurs de la République. A Mayotte, la France n’est pas rien, la France n’est pas le passé, mais la France est l’avenir. En 1841, le peuple mahorais a décidé de marcher main dans la main avec le peuple français, depuis 1958 le peuple mahorais a décidé d’intégrer le peuple français et de n’en former plus qu’un, ce que nous avons obtenu institutionnellement en 1975 puis par la décision de départementalisation de 2009. Notre marche n’est pas finie, l’égalité sociale n’étant pas encore obtenue. Certes, nous observons avec inquiétude « l’archipellisation » de la France métropolitaine décrite par Jérôme Fourquet, mais nous sommes habitués à Mayotte à résister aux soubresauts parisiens d’autant que nous pensons avoir quelque chose à apporter en cette période de fragmentation et de velléités sécessionnistes des grands centres urbains de Métropole d’avec le reste de la France. La France périphérique et la France ultrapériphérique sont encore des terroirs, c’est-à-dire des populations vivant sur des territoires avec des us et coutumes. Nos bases, bien qu’attaquées, demeurent solides et nous entendons bien que Mayotte, terre noire musulmane française et républicaine, fière d’elle-même et de la grandeur de la France, participe au ressaisissement de la nation et à son destin, notamment en nous développant et en défendant les intérêts français et européens dans le Sud-Est de l’Océan indien.

Arabie Saoudite: l’impôt de la discorde

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Qui a eu cette idée folle, un jour d’imposer les Saoudiens sur leurs revenus ? Le prince héritier Mohamed Ben Salmane afin de moderniser le pays. Mais ses velléités de réforme ne vont pas sans heurts. 


Les sujets des Saoud ne paient pas d’impôt sur leurs revenus individuels. Ce privilège fait partie du contrat social du royaume : le gouvernement saoudien ne fait pas les poches du citoyen et s’abstient de lui demander de partager les dépenses de l’Etat et de la Maison royale. En retour, ses sujets « renoncent » à leur droit de choisir leur gouvernement et de participer aux affaires de la cité. Mais une exception existe : la « zakat », qui s’appuie sur l’un des cinq piliers de l’islam, l’aumône. Cette taxe, au taux de 5,2% du chiffre d’affaires, est prélevée sur les entreprises (locales et étrangères). En outre, les entreprises à capitaux étrangers ou en partenariat avec une entité saoudienne sont tenues de payer un impôt à hauteur de 20% de leurs bénéfices. Une taxe similaire est imposée sur les bénéfices des négociants étrangers à la bourse de Riad.

– 6.8% de « croissance »

La pandémie et la chute du prix du baril (et donc des recettes de la compagnie pétrolière nationale Aramco, source principale des revenus du Royaume) pèsent lourdement sur les finances de la monarchie. Pour faire face à la situation, le premier producteur mondial de pétrole pourrait lever plus de 13,3 milliards de dollars au cours des quatre à cinq prochaines années en privatisant des actifs dans les secteurs de l’éducation (universités, écoles de commerce), de la santé (hôpitaux, cliniques te laboratoires) et de l’eau. Selon le Fonds monétaire international, l’économie saoudienne devrait se contracter de 6,8 % cette année, la plus forte chute de PIB depuis plus de trente ans. Le gouvernement a déjà pris des mesures sans précédent pour soutenir ses finances, notamment en triplant la TVA (le 1er juillet, son taux est passé de 5% à 15%), en augmentant les droits sur l’importation de certains biens et en annulant certains avantages accordés aux fonctionnaires. Mais toutes ses mesures sont loin de combler des manques à gagner gigantesque. C’est le système économique en lui-même qu’il faut repenser.

La fin d’un tabou 

Ces considérations ont amené Mohammed Al-Jadaan, le ministre saoudien des Finances, proche du prince héritier Mohamed ben Salmane (MBS) à envisager de remettre en cause la non-imposition des citoyens du royaume. Le ministre a envoyé un ballon d’essai. Profitant d’un forum virtuel organisé par Bloomberg, Al-Jadaan aurait déclaré que son « gouvernement envisage toutes les options pour renforcer ses finances et bien que l’impôt sur le revenu ne soit pas imminent et nécessiterait beaucoup de temps pour se préparer, le royaume ne rejette pour l’instant aucune option ».

Les réactions des Saoudiens à cette déclaration alambiquée du ministre des Finances n’ont pas été franchement enthousiastes. Sur les réseaux sociaux, ils ont donné libre cours à leur colère face à ce qu’ils considèrent comme l’érosion annoncée de leur niveau de vie, surtout après l’alourdissement du fardeau de l’imposition indirecte. Face à l’indignation de l’opinion publique, le ministre, sans véritablement faire marche arrière, a nuancé ses propos, soulignant que la question n’était pas à l’ordre du jour du gouvernement.

Recul… pour mieux sauter ?

Al-Jadaan a ajouté que même s’il était décidé d’imposer un impôt sur le revenu, cela nécessiterait des travaux de préparation approfondis qui prendraient du temps. Si le ministre souhaitait calmer ses concitoyens, c’est raté. La mention même de l’éventualité d’un impôt sur le revenu a transgressé un tabou. Personne n’est dupe : il s’agit sans aucun doute des premiers pas d’une campagne gouvernementale visant à préparer les esprits.

Au palais royal, on comprend parfaitement qu’un impôt sur le revenu des particuliers serait la porte ouverte à une revendication politique de la part des Saoudiens, à commencer par une demande de transparence dans la gestion du budget de l’État. Après tout, « que faites-vous de notre argent ? » est une question plus pertinente que « que faites-vous de votre argent ? ». Pourtant, les dirigeants du royaume, et notamment Mohamed Ben Salmane, sont prêts à prendre ce risque car les revenus d’une telle taxe sont indispensables à leur grand projet politique : la modernisation de l’Arabie saoudite.

Le pays n’est plus l’Arabie d’il y a quatre-vingts ans, peuplée de trois millions d’habitants et dirigée par le fondateur de la dynastie, à l’époque où de riches gisements de pétrole venaient d’être découverts. Fort de 33 millions de sujet, MBS souhaite moderniser l’Etat, l’économie et la société saoudiens en les sevrant de la rente pétrolière.

Le temps presse

D’un point de vue économique, l’impôt sur le revenu pourra indubitablement aider le Trésor public et contribuer à la diversification des sources de revenus et la modernisation de l’économie avec, éventuellement, l’intégration des femmes au marché du travail. Le royaume n’a pas beaucoup du temps à perdre. Au cours du deuxième trimestre de l’année en cours, les revenus de l’Etat ont chuté de 49% par rapport à l’année précédente pour s’établir à 36 milliards de dollars. Cette tendance est principalement n’est pas seulement due à la baisse des revenus pétroliers. Avant la mise à l’arrêt de l’activité économique qu’a engendrée la pandémie, l’Arabie saoudite avait déjà accusé un déficit budgétaire de 29 milliards de dollars contre 9 milliards de dollars enregistré au premier trimestre de 2019. Ces mauvais chiffres auraient pu être encore pires si le gouvernement n’avait adopté depuis 2016 des mesures d’économie telles que la suppression de certaines subventions, ou la réduction des primes dans la fonction publique, premier employeur du royaume. En 2018, une TVA sur presque tous les biens et services, y compris l’essence, la nourriture, le logement et la santé privée, a été introduite pour la première fois au taux de 5%. Deux ans plus tard, son taux a triplé.

Dilemme saoudien

Autre victime du Corona économique, le versement d’une subvention spéciale d’une valeur d’environ 270 dollars par mois (le salaire moyen mensuel est de 4250 dollars) accordée aux salariés en 2018 et 2019, a été annulé.

MBS marche donc sur la corde raide. Conscient de la nécessité d’une réforme profonde de l’économie, il n’entend pas pour autant s’aliéner ses futurs sujets. Une sortie de crise rapide avec une forte augmentation du prix du pétrole, et la fin de la guerre coûteuse au Yémen pourraient lui faire gagner du temps. La privatisation d’Aramco, serpent de mer de l’économie saoudienne, pourrait aussi rapporter très gros et reporter l’heure de vérité. Mais rien de tout cela ne changera le dilemme qu’affronte Riyad : la collecte de l’impôt pourrait donner naissance à un Tea Party saoudien…

Sur France culture, Aurélien Bellanger mitraille Finkielkraut, Zemmour et Bruckner

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Sur France Culture le 12 juillet, l’écrivain Aurélien Bellanger se penchait sur « les tourments conservateurs des intellectuels français ». L’occasion de ranger Pascal Bruckner, Eric Zemmour et Alain Finkielkraut dans le même sac de ceux qui pensent mal depuis le 11 septembre 2001.


L’indifférence peut être aujourd’hui une forme d’héroïsme face aux crimes et aux prévarications mondialisées. Je n’y parviens pas. Pas plus qu’à suivre Aurélien Bellanger, dans le 33ème épisode de sa quarantaine sur France Culture le 12 août.

Barrès superstar

Sa charge véhémente contre Pascal Bruckner qualifié de « clown triste » tient à la jouissance du spectateur trop bien assis face aux jeux dangereux du cirque. Et sans crainte de franchir la boue de son Rubicon, notre César d’élargir son propos : Bruckner qui, tout comme Finkielkraut et Zemmour, se montrèrent pour lui de « si mauvais intellectuels » car « ils n’ont pas su voir que la seule conséquence grave, politiquement, du Bataclan et du 11 septembre, ce fut le passage imprévu d’un décadentisme désuet, le barrésisme, en philosophie officielle de la France ». Voilà qui, faute des intéressés possiblement ahuris par cette brillante analyse, devrait faire sourire Emmanuel Macron : le « culte du moi », cher à Barrès, ne lui est pas étranger.

Et le réel dans tout ça ?

Mais notre critique du décadentisme ignore sans doute  ce qui fut pourtant amplement décrit dans Les territoires perdus de la République (2002) tout comme la montée dans le Val d’Oise d’un séparatisme islamiste bien représenté par l’élu Abdelaziz Hamida, anciennement fiché S et inspiré par les fondamentalistes du Tabligh.

Et de qu’elle profondeur abyssale se prévaut Bellanger pour se poser en juge implacable de ces intellectuels rétrogrades : rien moins que Walter Benjamin dont il exhume en le distordant un article sur les écrivains français. Mais il ne cite pas la source : Benjamin écrivait en 1934 à Horkheimer, réfugié aux Etats Unis : « Si les romanciers français d’aujourd’hui ne parviennent pas à peindre la France contemporaine, c’est qu’ils se sont finalement disposés à tout accepter d’elle ». Demandez donc aux trois « mauvais intellectuels »« fantômes esseulés de la gauche », qui se sont mis à « virer passionnément à droite », s’ils ont tout accepté sans la moindre critique des errements politiques, à commencer par les accords de Munich, des gouvernements français successifs et de leurs teintures idéologiques, jusqu’au politiquement correct d’aujourd’hui destructeur de la langue, de ses concepts et de l’Histoire !

Dandy cool

De leur part, il ne s’agit pas d’un virement à droite mais de publications de mise en alerte depuis, notamment, La défaite de la pensée (Finkielkraut, 1987), Le sanglot de l’homme blanc (Bruckner, 1993) ; sans compter dans un tout autre esprit les nombreux coups de feu néo6nietzschéens de Zemmour.

Comparer comme le fait notre dandy la destruction des Twin Towers le 11 septembre 2001 et ses milliers de morts à « notre affaire Dreyfus », « alors que la menace djihadiste, idiote et inutile, subit une attaque virale dont elle ne se relèvera sans doute pas », franchit allègrement  le mur du çon d’une émission radiophonique. « Idiote et inutile », voilà les seuls adjectifs, la seule analyse que notre héros de la pensée trouve pour qualifier la menace islamiste…

Affaire Dreyfus ? : le massacre de Charlie hebdo, du Bataclan, de l’Hyper Cacher et tous ceux et celles qui furent assassinés par les « djihadistes » au nom de l’islam ? Tout cela pour nous faire prisonniers de perpétuels commentaires sur le plateau de C dans l’air !

Mais il est remarquable que le nom Dreyfus soit la seule allusion aux Juifs dans ce déploiement de dénis. Dreyfus mis au service d’une bagatelle… pour un petit massacre.

L'identité malheureuse

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Un racisme imaginaire

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Le continent de la douceur

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Sahel: avant le coup d’Etat au Mali, les Européens entraient déjà dans la danse

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Voilà sept ans que la France lutte militairement dans la bande sahélo-saharienne. Si certains pays européens sont présents de longue date à ses côtés, le dispositif Barkhane pâtissait de la relative timidité de ce soutien. Or, depuis le sommet de Pau, cette tendance commence à s’inverser.


Le soutien européen au Sahel est resté timide pendant plusieurs années, voire circonspect, notamment après les revers subis par les armées du G5 Sahel dans Liptako-Gourma (région des trois-frontières Mali, Niger, Burkina). Des revers actant alors le manque de pertinence des conditions d’emplois opératives de la force Barkhane. D’où l’organisation du sommet de Pau (janvier 2020), dans le sillage de sommet du G7 à Biarritz, afin de remobiliser une opération à bout de souffle. L’objectif militaire était de concentrer les forces de Barkhane [dans la région des trois frontières] et d’augmenter le tempo des opérations afin de maintenir une pression constante sur l’État islamique au Grand Sahel (EIGS). Et, in fine, empêcher ce dernier de constituer un sanctuaire territorial et lui reprendre l’initiative. Quelques mois plus tard, cet objectif est en partie rempli et on constate une autonomie croissante des armées du G5 même si beaucoup reste à faire. En parallèle des résultats engrangés, le volontarisme diplomatique de la France est parvenu à convaincre ses partenaires européens d’amplifier leur engagement.

Cela étant, la France n’a jamais été réellement isolée au Sahel. Les forces françaises s’inscrivent depuis l’origine dans un dispositif international, sur lequel elles exercent un leadership. Ce dispositif est composé de la force onusienne Minusma (maintien de la paix dans la moitié nord du Mali, renseignement…) de l’armée américaine (transport, ravitaillement en vol, renseignement aérien…) et des forces du G5 Sahel en unités nationales ou dans le cadre de leur force conjointe (FC-G5S).

Dynamiser l’existant

Dans ce dispositif s’insèrent également les Européens, en commençant par la Minusma (14 000 soldats) dont les contingents britannique et allemand ont annoncé le renforcement de leurs effectifs respectifs. La Minusma est importante dans la mesure où elle facilite la tenue du terrain dans des zones moins contestées (Mali du Nord), facilitant dès lors la concentration géographique des forces françaises. Son mandat ne permet cependant qu’un usage très limité de la force : une prérogative que la France voudrait voir évoluer pour employer les forces de l’ONU à plein potentiel. Par ailleurs, l’Union européenne entretient au Mali et au Niger une mission de formation (EUTM) depuis 2013. Destinée à former les cadres sous-officier des armées du G5, elle a vu récemment son mandat prolongé jusqu’en 2024 et ses prérogatives élargies à l’accompagnement sur le terrain et l’assistance militaire. C’est une avancée importante dans la mesure où la mission était critiquée pour son contenu trop théorique. Son dimensionnement a par ailleurs été revu à la hausse, portant les effectifs espagnol et allemand à respectivement 600 et 450 personnels. Enfin, les Espagnols demeurent très présents dans des missions de transport de troupe intra-théâtre.

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Chronique d’une incivilité ordinaire dans un bus parisien

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Extension de la violence ordinaire sur une ligne de bus parisienne. Un récit qui inspire dégoût et lassitude.


Dans cette histoire atrocement banale, il y a un héros, anonyme et digne, maîtrisant ses émotions et gardant le cap de sa mission, qui consiste à transporter des usagers entre Invalides et Porte de Reuilly, sous un cagnard d’enfer et la menace d’un second confinement. Ce héros serait étonné qu’on le qualifie ainsi, il a juste fait son travail. Il ne gagne pas des millions d’euros, n’enthousiasme pas les foules ahuries et sa profession n’a jamais suscité l’éloge des classes intellectuelles préférant toujours les minorités actives aux majorités silencieuses.

Français moyen

Il incarne le Français moyen dans l’échelle de nos valeurs actuelles. Il ne se distingue donc par aucun trait particulier de caractère, si ce n’est sa normalité statistique. On demande seulement à cet homme de rouler ce qui, vu l’état chaotique de la chaussée parisienne, est déjà en soi un exploit physique et acrobatique. Il s’agit d’un chauffeur de bus, plutôt jeune, grand et fluet, qui conduit dans un Paris désert, traversant des quartiers épargnés par la misère sociale et les haines rances. Il y a bien longtemps que le boulevard Saint-Germain n’a pas connu un dépavage généralisé. Les derniers feux de poubelle remontent à l’hiver 2019 quand des travailleurs venus de province, vêtus de jaune, voulurent nous éclairer sur leur situation en voie de précarité. On les disqualifia vite par peur de s’en émouvoir. Sur ce trajet hautement historique à faire défaillir Stéphane Bern et Lorànt Deutsch, on longe le Palais Bourbon, la Maison de l’Amérique Latine, la Brasserie Lipp, le musée de Cluny, le Collège des Bernardins, l’Institut du monde arabe, la Garde Républicaine ou encore l’Opéra Bastille.

Les révolutionnaires à la plage

Pour le prix d’un ticket, on voyage dans l’histoire de France, on communie avec le passé. Á cette époque de l’année, les cafés sont presque tous fermés, les révolutionnaires sont partis à la plage réviser leur manuel d’insurrection et les commerçants, ceux qui n’ont pas tiré le rideau de fer, recomptent chaque soir leur caisse désespérément vide, d’une humeur migraineuse. Les soldes ne font plus recette comme les défilés syndicaux et le topless sur le sable chaud. Avant l’incident, climax de cette mi-journée, nous l’avions à peine regardé, nous, les spectateurs indifférents de cette scène quotidienne. Masqués, essoufflés, les yeux rivés sur notre montre pour ne pas rater un train à la Gare de Lyon, nous sommes montés sans poser un regard sur ce dépositaire d’un service public malmené ces dernières semaines. L’ensemble des acteurs de cette scène plus tragique que comique était composé d’individus respectables. Aucune star du petit écran ni aucun homme politique n’était à bord. Tout le monde s’était acquitté du billet d’entrée et se pliait aux gestes barrières en vigueur. Des mamies bravant la canicule, le dos légèrement courbé et le cheveu blanc en bataille, jouaient de leurs cannes comme d’une machette pour trouver une place assise.

Un agresseur d’âge mûr

Des mères africaines aux allures de Beyoncé girondes s’agitaient au passage des boutiques de fringues. De rares touristes égarés dans la grande ville cherchaient l’île de la Cité et s’interrogeaient sur la différence avec sa jumelle, l’île Saint-Louis. Des étudiants chargés comme des explorateurs muletiers se remémoraient leur soirée de la veille, tout là-haut, sur la montagne Sainte-Geneviève. Et puis, il y avait aussi quelques travailleurs, fonctionnaires de Bercy, caissières de supérette et vendeurs de téléphonie. J’oubliais, on ne les voit plus, tellement leur déchéance nous est honteusement familière. Sagement installée dans un coin, une SDF emmitouflée dans un anorak, surveillait ses sacs plastique, de peur qu’on lui vole sa fragile maison ambulante. Tous ces protagonistes, sans aucune malveillance, conformes à cette vieille habitude urbaine de ne pas se mêler de la vie d’autrui, ne s’observaient pas, ne se parlaient pas, ne se jugeaient pas. Chacun était trop occupé à ressasser ses propres pensées surtout à quelques heures du départ en vacances. Quand un agresseur d’âge mûr fit irruption, pénétrant en force par la porte du milieu, évidemment non-masqué et la cigarette encore brûlante, avec sur le visage les stigmates d’une vie pour le moins perturbée. Quelques indices nous indiquaient que nous allions assister à un moment désagréable. Voix pâteuse, agressivité à fleur de peau et insultes à la pelle, la douce accalmie du midi se transforma en une montée d’adrénaline. Le chauffeur, à plusieurs reprises, sans perdre ses nerfs et son sens des responsabilités, avertit le récalcitrant qu’il ne redémarrerait pas s’il ne mettait pas son masque et n’éteignait pas sa cigarette. Tranquillement et inévitablement, en palabres et en tensions allant crescendo, la forte tête se leva, voulut se battre, frappa la vitre qui protégeait le chauffeur et l’insulta copieusement. Les mots convenus du mépris fusèrent, la mère du chauffeur fut abondamment servie, l’insoumis de midi voulait même qu’on appelle la police. Nous étions en plein délire urbain.

Lâcheté générale

Certains passagers préférèrent sortir, la plupart habitués à ces coups de chaud restèrent sur leur siège à attendre la fin de cette algarade. Personne n’intervint par peur, par faiblesse, par volonté de ne pas envenimer la situation, par désolation, par légitimité et par fatigue. Chacun avait des raisons valables à son immobilisme. Cette « incivilité » dura cinq ou six minutes et l’agresseur désarçonné par la lucidité du chauffeur qui ne voulait ni se battre, ni redémarrer son moteur, ni participer à cette compétition de grossièretés, finit par mettre un pied à terre et préféra s’en aller. Cette scène de vie, douloureusement courante, ne se termina, par chance, ni aux urgences, ni au poste. Elle est le signe du dérèglement de nos rapports humains et de leur lente détérioration. Elle laissa pourtant en bouche un sentiment d’abandon et de colère. L’inacceptable est devenu notre quotidien. En descendant à mon arrêt, un peu de façon dérisoire et inutile, je dis un mot d’encouragement et de réconfort à ce chauffeur, pour le féliciter de son comportement, il me sourit. Il avait juste fait son travail. Il n’y a pas de moralité à cette histoire, si n’est celui du dégoût et d’une grande lassitude morale.

Covid-19 : « L’enfer est pavé de bonnes intentions hygiénistes »


Peu de journalistes arrivent à la cheville de François Bousquet. Le rédacteur en chef d’Elements doit notamment à ses années aux éditions L’Âge d’homme son immense culture littéraire doublée d’une érudition sans faille. Sur le ton militant de ses derniers pamphlets, il consacre un essai mordant à l’épidémie de trouille qui étreint l’Occident : Biopolitique du coronavirus. Télétravail, famille, patrie croque les travers de la mondialisation avec style et cruauté. Entretien avec un homme révolté au milieu des ruines. 


 

Daoud Boughezala. Vous consacrez le premier chapitre de votre essai Biopolitique du coronavirus. Télétravail, famille, patrie, aux théories complotistes qui font actuellement florès. A l’ère de la scolarité obligatoire, de l’accès gratuit au savoir et à l’information, comment expliquez-vous leur essor ? Vit-on une crise de l’esprit scientifique et rationnel moderne ?

François Bousquet. Avons-nous jamais été des agents rationnels, des animaux pourvus seulement d’une froide raison calculante ? On peut en douter. Notre imagination a toujours été très active. Le complotisme le prouve à sa manière. C’est d’abord un imaginaire folklorique, souvent sympathique, mais accolé à une sorte de délire interprétatif. Cet imaginaire a brutalement resurgi après le 11 Septembre 2001 et la seconde guerre d’Irak. Peut-être sa longue hibernation n’était-elle qu’un effet d’optique que l’avènement du Web a brisée. Internet n’a d’ailleurs pas réinventé le complot, il l’a seulement sorti de ses niches antimaçonniques, rosicruciennes, soucoupistes. Viral, le complot est devenu mondial, en haut débit et libre accès. C’est la nouveauté. Pour le reste, le complotisme répond à un besoin fondamental de l’âme humaine : l’intentionnalité. Les créationnistes parleraient de dessein intelligent, mais le dessein ici est indifféremment intelligent ou malveillant. C’est ce que Léon Poliakov a appelé d’une formule saisissante la « causalité diabolique ». À elle seule, elle illustre la permanence du miraculeux, de la pensée magique, de l’acteur tout-puissant qui met un visage sur des processus qui sans cela resteraient impersonnels. Comment détester la logique abstraite du capital ou de la mondialisation ? En lui donnant les traits de Bill Gates !

Disant cela, on en viendrait presque à épouser la ligne de défense des médias centraux contre le complotisme. Mieux vaut au contraire faire l’hypothèse que le complotisme n’est que l’image renversée desdits médias. Les journalistes mainstream voudraient nous convaincre de ce que nous sommes entrés dans l’ère de la « post-vérité ». On ne demanderait qu’à les croire s’ils ne s’illustraient pas du matin au soir dans l’exploitation sans vergogne des faits alternatifs. C’est le faux sans réplique décrit par Guy Debord. Or, ce faux a trouvé une réplique dans le contre-journalisme sauvage et la littérature conspirationniste qui fleurissent sur Internet. L’univers complotiste a toujours fonctionné dans une troublante relation de symétrie avec les médias « légitimes ».

C’est d’abord une crise de la mondialisation des échanges, des hommes et des virus.

Sans sombrer dans le complotisme, vous semblez parfois céder à la pensée magique. Ainsi, à l’instar de nombreux écologistes, vous estimez que la nature s’est vengée de nos excès, le Covid-19 étant la nemesis qu’appelait notre hubris. Plutôt qu’une conséquence de la mondialisation et de la surexploitation de la planète, ce virus n’est-il pas un des  fléaux qui jalonnent inévitablement l’histoire humaine ? 

Rassurez-vous, je ne suis pas Greta Thunberg, le Petit Chaperon suédois qui fait descendre dans la rue les 16-18 ans et les fait pérorer à la tribune de l’ONU. De ce point de vue, le coronavirus a été une bénédiction. Il nous a débarrassé de l’icône suédoise et de ses nattes pendantes qui étaient jusqu’à lui placardées partout, comme une affiche de propagande nord-coréenne. Cela étant dit, la cucuterie écolo-citoyenne est une cible facile. Qu’elle ne serve pas de prétexte pour jeter le bébé avec l’eau du bain, et les enjeux écologiques réels avec les limites de leur traduction médiatique ou partisane.

Nous entrons dans un monde sans perspectives, dans tous les sens du mot : à la fois sans avenir, sans recul et sans champ de profondeur, comme des prisonniers se heurtant aux murs trop étroits de leur cellule. On nous rétorquera que la Terre n’est pas une prison. Certes. Mais elle a ceci de commun avec les prisons qu’il ne nous est pas donné de pouvoir en sortir. La colonisation, puis l’exploitation des terres émergées et des océans auraient dû nous faire prendre conscience des limites mêmes du globe. Il n’en a rien été. À planète finie et ressources comptées, le capitalisme mondialisé n’a opposé que son dogme de la croissance infinie. La crise actuelle part de là. C’est d’abord une crise de la mondialisation des échanges, des hommes et des virus.

Ce qu’on ne veut pas voir, c’est que la nature peut aisément fonctionner sans l’homme (elle l’a fait durant des milliards d’années), mais l’inverse n’est pas vrai. C’est pourtant sur cette croyance qu’est fondé le régime économique actuel. Si l’on devait comparer la collision de l’humanité avec les limites de la Terre à un véhicule lancé à toute vitesse sur un obstacle, il faudrait bien comprendre une chose : l’obstacle survivra sans peine au choc, mais pas le véhicule, encore moins son occupant. Dans cette affaire, le phénomène de la vie n’est pas menacé. Sa capacité de résilience est sans limites. Des millions d’espèces nous ont précédés sans laisser d’autres traces que des fossiles dérisoires…

À Sciences Po, à l’ENA, on ne fabrique plus des serviteurs de l’État, mais des serviteurs de la dette, des contrôleurs de gestion.

Examinons la gestion de la crise. A quelques exceptions près (Allemagne, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande…), les gouvernements ont paru improviser au fil de l’eau.  Soumis à un pouvoir scientifique divisé et désemparé, notre appareil d’Etat a brillé par son impréparation. Si on les compare à leurs cousines occidentales, les élites politiques et administratives françaises se distinguent-elles vraiment par leur niveau d’incompétence ?

Ajoutez-y la Chine, quand bien même elle en a été le foyer infectieux. Les bons élèves ont toujours été peu nombreux. Cela fait longtemps que la France n’en fait plus partie. Nulle sur toute la ligne ! Le constat est accablant. De la détection du risque à sa gestion, le gouvernement a accumulé les erreurs et les retards. À ce stade, ce n’est plus seulement d’immunodéficience des élites dont il faut parler, mais d’immunodéfaillance du Système. À Sciences Po, à l’ENA, on ne fabrique plus des serviteurs de l’État, mais des serviteurs de la dette, des contrôleurs de gestion. Ces écoles sont des moules. Comment en sortirait-il autre chose que des séries ? Calibrées comme des produits industriels, programmées comme des logiciels – et c’est d’ailleurs ce qu’ils sont très exactement : ils sont là pour accomplir des programmes. On fabrique des pilotes automatiques, à peine des technocrates, tout au plus des techniciens, si médiocres qu’ils nous feraient regretter le temps des ingénieurs qui pilotaient eux du moins des programmes industriels.

Comme l’avait analysé Michel Foucault, le pouvoir politique moderne entend préserver la vie (et la santé) des citoyens alors les monarques traditionnels préparaient le salut de leurs sujets. Alors qu’une majorité de Français apeurée par la pandémie a approuvé le confinement, le pouvoir macroniste a-t-il trouvé dans cette crise l’assise populaire qui lui manquait ? 

L’assise populaire, certainement pas. Mais de fait les crises confortent les pouvoirs établis. Pandémie aidant, Emmanuel Caméléon – qui a une surprenante capacité à se réinventer – s’est débarrassé d’Édouard Philippe et des Gilets jaunes. Le confinement a joué pour lui. Ce fut un huis clos entre le Président et les Français, les seconds rôles étant dévolus à ses ministres. Tout aura été fait pour que 2022 soit le match retour de 2017. Ce à quoi Macron s’emploie. Continuer de scinder en deux les LR, pour annexer le centre et les juppéistes ; et renvoyer le solde à la bordure du FN. Après avoir annihilé sa gauche, Macron a ainsi piégé sa droite en l’asséchant. Mais il ne l’a piégée que pour mieux la ressusciter en un parti central unique. L’UMPS n’est plus une figure de style, c’est une réalité politique : le macronisme. Ce que les élites post-nationales cherchaient à accomplir depuis Giscard : accoucher d’une grande coalition, sur le modèle des coalitions à l’allemande, dont Macron incarnerait la version hexagonale. Le rêve giscardien de deux Français sur trois, sauf que c’est désormais un rêve à l’envers. La « coalition » macronienne ne réunissant qu’un tiers des voix, les deux tiers restants s’abstenant ou votant populistes, sans espérance de pouvoir, faute d’alliances. Ce qui fonde tous les espoirs de Macron pour 2020. Jusqu’à preuve du contraire, c’est lui qui a la main. On est obligé d’attendre qu’il la perde. Les vents contraires qui ne manqueront pas de se lever à la rentrée devraient ramener « Jupitérion » sur terre.

Idéalement, il faudrait pouvoir « vivre » in vitro, sinon même in utero, à l’abri de la violence du monde, derrière son masque, confiné à vie.

Des masques au gel hydro-alcoolique, l’hygiénisme  ne s’est jamais aussi bien porté. Depuis le début du confinement, nos gouvernants réprouvent tout contact physique extraconjugal au nom du risque viral.  L’obsession prophylactique a-t-il transformé nos dirigeants libéraux-libertaires en néo-inquisiteurs ? 

Les « enragés » de 68 auraient-ils peur de la rage, qui s’appelle aujourd’hui Covid-19 ? Qui les eût imaginés dans la peau du docteur Knock et de Savonarole ? L’alliance de la bactérie et de la mortification, redoutable attelage qui nous vaut cette avalanche de recommandations médicales et d’interdictions sanitaires. Mais les « boomers » n’ont jamais été à une contradiction près. Ils n’ont que le « vivant » à la bouche, alors qu’ils s’acharnent à le mettre sous cloche. Vivre in vivo tue. Idéalement, il faudrait pouvoir « vivre » in vitro, sinon même in utero, à l’abri de la violence du monde, derrière son masque, confiné à vie. Disant cela, il ne s’agit pas de faire l’éloge du cancer du poumon ou des maladies cardio-vasculaires, ni de nier que le coronavirus ou le tabagisme ne sont pas des problèmes de santé publique, ni de se livrer à une apologie des comportements à risques, mais de ne pas dissocier la prise de risques du risque de vivre. Ici comme ailleurs, le mieux est l’ennemi du bien et l’enfer est pavé de bonnes intentions hygiénistes.

Vous rejoignez les analyses d’Olivier Rey sur la sacralisation de la vie et son corollaire, le refus contemporain de la mort. Seuls les djihadistes semblent aujourd’hui chercher leur salut dans l’au-delà. Tout compte fait, la sainte frousse de la mort qu’a notre société laïque adoucit-elle les mœurs ?

On a conféré à la vie humaine une valeur que jusque-là elle n’avait jamais eue. C’est ce que Michel Foucault a appelé la « biopolitique ». La biopolitique, c’est la prise en considération de la valeur de la vie humaine – ici et maintenant, tout de suite. Cela, c’est le propre de la modernité, c’est l’acte de naissance de l’individu. Dans les âges antérieurs dominés par la religion, ce qui importait, c’était de se donner les moyens de gagner le paradis chrétien. Avec la modernité, renversement de perspective : la cité terrestre va l’emporter sur la cité céleste. C’est dans ce contexte qu’est née la biopolitique. Peu à peu, les individus ont aspiré à conserver ce qu’il y a de plus précieux pour eux : leur vie. Voilà pourquoi on en a fait trop avec le Covid. Parce que nous modernes avons développé une phobie du danger, une intolérance au risque, un déni de la mort. Tout notre arsenal juridique et réglementaire envahissant est très largement conditionné par cette hantise du risque. Zéro mort, zéro défaut, zéro panne, nouvel impératif catégorique. Ce qu’on cherche à conjurer à travers cela, ce n’est pas seulement la visibilité de la mort, c’est sa possibilité. Dans un monde ludique, plus de place pour le tragique. L’hygiénique peut alors triompher.

L’homme populiste veut choisir son chef, mais il veut un chef.

Comme l’écrit l’historien Jean Delumeau, tout épisode de terreur se conclut par la recherche de coupables. C’est aussi l’un des ressorts du populisme, dont vous vous revendiquez. Scrutant le paysage politique, vous écorchez Marine Le Pen, vantez les mérites de Michel Onfray et soulignez les limites d’un tribun pétomane à la Jean-Marie Bigard. Donnez-vous raison à Lénine soutenant jadis que « chaque cuisinière doit apprendre à gouverner » ?

Dans un monde idéal, oui. Mais le vœu d’autonomie, celui du peuple auto-institué, se heurte au principe de réalité, singulièrement dans les pays latins, singulièrement dans les pays anciennement catholiques, singulièrement en France, où la puissance publique a tout vampirisé. Je ne sais plus qui a dit de la France que c’est la seule monarchie d’Europe. Pas plus que les autres, elle ne saurait se passer d’élites. Tout le problème est qu’elles sont de plus en plus médiocres, conformistes et déliées de leurs engagements vis-à-vis des peuples. Raison pour laquelle les populistes croient pouvoir en faire l’économie. Mais la vérité, c’est que le peuple en soi, sans élite ni avant-garde, au sens marxiste du mot, est voué à l’impuissance. C’est ce que donne à voir la longue histoire des révoltes populaires, jusqu’à la crise des Gilets jaunes. Il faut se garder des tentations utopiques qui ont peu à peu submergé ce mouvement une fois que les Gilets jaunes historiques ont déserté les ronds-points. Le RIC ne résoudra pas tous les problèmes, pas plus que le « Web e la Piazza », le Web et la place publique, pour parler comme le Mouvement 5 étoiles. On ne fait pas de la politique à partir de rêveries autonomes, autogestionnaires, conseillistes, archéo-anarchistes. Les sociétés auto-organisées (les sociétés sans État chères à l’anthropologue et ethnologue Pierre Clastres) ne font pas société. Ce qui apparaît au contraire dans les enquêtes d’opinion, c’est que les peuples abandonnés plébiscitent les figures de l’autorité. Dans les sociétés ouvertes, un des deux besoins fondamentaux de l’âme humaine n’est plus assurée : la sécurité. L’âme humaine s’épanouit pleinement dans la liberté pour peu que l’homme ait la garantie d’être protégé. Liberté et sécurité. Les deux entrent systématiquement en tension, l’un menaçant d’abolir l’autre. Ainsi de la liberté, grand idéal de la modernité. C’est dans ce sens-là qu’il faut interpréter la demande populiste et l’émergence des sociétés illibérales. On définit communément le populisme comme un appel au peuple, mais il est bien plus un appel au secours des peuples, protestation angoissée qui n’est pas entendue et renvoie aux élites l’image de leur suffisance et de leur insuffisance. L’homme populiste cherche le bon gouvernement, le bon pasteur. Il veut choisir son chef, mais il veut un chef.

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La peur en Occident, XIVe-XVIIIe siècles

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L'Idolâtrie de la vie

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Pitié, reportez la rentrée… indéfiniment!

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Note de service: l’été se termine le 21 septembre. Eh oui. Etrange comme on oublie les saisons.


Depuis quelque temps déjà, on va dire trente ans, les faux rythmes de l’économie spectaculaire-marchande asservissent la population et grignotent la saison souveraine, celle des chaises longues, des naïades, des siestes où revient l’enfance, des petites villes qui dorment dans la chaleur de trois heures, du chat que l’on regarde des heures, du livre retourné sur le sable : il y aura du mica dans les Poèmes de Morand.

Être en avance pour être à l’heure ?


Bientôt, il n’y aura plus que les retraités, (vous savez ces gens qui ont le droit de toucher de l’argent sans travailler à partir d’un certain âge; non, non, ce n’est pas une légende urbaine) pour goûter la mélancolie calme et lumineuse de ces semaines qui commencent après le quinze août, ces soirées où l’on peut encore dîner sur la terrasse mais où il faudra tout de même, au moment du dessert, aller chercher une petite laine.
A l’image de l’école (j’ai été un élève qui rentrais le 15 septembre, puis un prof qui recommençais le 10, le 7, le 1er et je me suis sauvé la première année où la prérentrée a eu lieu un 30 août), l’ensemble de la société est pressée par ses seigneurs d’arriver toujours plus tôt, d’être en avance pour être à l’heure.
Cette vision purement capitaliste du temps qui organise le moindre aspect de nos vies, il serait bien qu’on trouve autre chose qu’un coronavirus pour la détruire. Une révolution, par exemple, ou une sécession douce. Quelque chose entre L’An 01 de Gébé et cette horloge d’un café de Lisbonne, qui tourne à l’envers  dans film d’Alain Tanner, Dans la ville blanche.
« Ne travaillez jamais! » recommandait non sans justesse un graffiti attribué à Debord, rue de Seine, au début des années 1950 .Il faudrait désormais compléter et préciser par « Ne rentrez jamais ».

Déraison générale

Nous ne sommes pas indispensables à cette déraison générale, comme ils veulent nous le faire croire tout en se débarrassant de nous au moindre coup de vent sur leurs plus-values, de rétrécissement de leurs dividendes.  Nous sommes seulement indispensables à nous-mêmes et à ceux qu’on aime et qui nous aiment. Nous ne sommes redevables qu’au bonheur d’être au monde, si improbable aujourd’hui, à l’honneur d’être des hommes disponibles.
Le confinement a au moins eu l’avantage de prouver cette évidence oubliée comme La lettre volée d’Edgar Poe: leur organisation totalitaire du monde et de notre temps n’est rien, juste le mauvais rêve d’une société enchaînée qui peut s’arrêter du jour au lendemain d’un claquement de doigt ou d’un sourire moqueur, pour peu que nous le décidions. Ne rentrez jamais.

La lettre volée: (low cost). Édition limitée

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Dans la ville blanche

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Coup d’Etat au Mali : une défaite française

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Le Colonel-Major Ismael Wague, au centre, porte-parole des militaires à l'origine du coup d'Etat au Mali (c) AP Photo)/NAI115/20232797437669//2008200030

Le coup d’Etat au Mali semble sonner le glas du processus de pacification et de normalisation engagé par la France depuis son intervention militaire en 2013. 


 

Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt. C’est ce qui se passe en matière de communication officielle sur la situation au Sahel. On nous masque la gravité croissante de la situation dans cette région grande comme une fois et demie la France (1.500.000 km2).

Le Mali, un pays dans le chaos

Les prémices d’un conflit armé remontent à 2012 après la rébellion d’une milice touareg au nord du Mali. La situation n’était cependant pas nouvelle. Les tensions existaient dans ce secteur depuis des années, sans toutefois dépasser le stade d’escarmouches. D’ailleurs, le précédent coup d’Etat remonte à 2012, issu du même camp militaire de Kati où a eu lieu le putsch. Il fallut ensuite seize mois de palabres avant l’élection d’Ibrahim Boubakar Keita (IBK).

Depuis sept ans, ce pays enclavé et pauvre est gouverné dans le chaos et la corruption. Outre la crise sociale et économique, l’augmentation radicale des violences dans le centre et le nord du pays exaspère des populations déjà inquiètes de la dégradation de leurs conditions de vie.

À lire aussi : Sahel: avant le coup d’Etat au Mali, les Européens entraient déjà dans la danse

Parallèlement, la rébellion aux frontières réunit des combattants expérimentés et aguerris, de retour de Libye, mis au chômage par l’intervention française de 2011.

L’intervention française

Devant l’avance djihadiste de 2013, la France est intervenue avec quelques troupes de l’UE en appui, dont la Bundeswehr qui a voté l’envoi d’un nouveau contingent pour essayer de former les armées nationales quasi-inexistantes, Tchad excepté. La militarisation du conflit conduit rapidement à une escalade qui amène à l’envoi, deux ans plus tard, de la MINUSMA onusienne. Des 2015, cette force enregistre 56 victimes et devient la double cible des groupes djihadistes ainsi que des populations mécontentes d’une présence passive. Cette intervention entraîne le déplacement de plus de 100 000 personnes dans le pays, pendant que plus de 130 000 fuient dans les pays voisins.

A partir de là, le conflit se cristallise au centre du Mali pour ensuite s’étendre dans la zone des cinq pays frontaliers. Les alliés que sont la France, l’UE, les Etats-Unis, en appui logistique, se trouvent dans une configuration à la vietnamienne. Quitter les lieux laisserait la place aux djihadistes de tout poil et autres milices armées, ouvrant la voie à des exécutions sommaires par les troupes régulières.

À lire aussi : Le terrorisme islamiste ne respecte pas le confinement

 

La violence attire la violence

En réalité, les causes profondes du conflit sont socio-économiques. Le premier ennemi, c’est la sécheresse, mère de la famine et de la misère, mère des conflits ethniques pour la possession du bétail, des puits, des récoltes entre sédentaires et nomades.

Le conflit s’est étendu vers la frontière sud-est du Mali au Burkina Faso, devenu le maillon faible des cinq pays concernés. La violence attire la violence. Au Burkina Faso, l’ONG Human Rights Watch a recensé plus de 1200 victimes des djihadistes en 2019, sans parler des crimes interethniques, soutenus par ces mêmes djihadistes. Depuis, des dizaines d’autres victimes (y compris européennes) sont tombées dans les attaques ciblées de ces groupes parfaitement adaptés à ce type de guérilla. Au cœur de cette vaste étendue, hors de portée des quelque 5000 militaires présents, la sécurisation est impossible. Imagine-t-on la France disposant pour tout son territoire de 1500 gendarmes ?

À lire aussi : Sommet de Pau: notre difficile combat aéroterrestre au Sahel

Il faut regarder la réalité en face, la France et l’UE ont failli. Ce conflit représente un gouffre financier doublé d’un drame humain. Il devait permettre aux habitants de la région  manger à leur faim et de vivre en paix mais la guerre est devenue un bourbier.

Faillite européenne

Malheureusement, comme dans l’affaire libyenne où un cessez-le-feu n’est pas en vue, l’UE des 27 et la France, son bras armé, ne réussissent pas à trouver une solution politique pour mettre fin aux souffrances des populations. Pendant ce temps, l’UE veut s’occuper de la situation en Biélorussie tout en proclamant le principe de non-ingérence. Et dans le même temps, l’UE évite de s’occuper du (réel) conflit qui oppose la Grèce et la Turquie. La situation au Sahel où l’UE prétend apporter des solutions, n’est pas davantage à l’ordre du jour. Cherchez l’erreur.

Aujourd’hui, le coup d’Etat de la junte malienne est condamné de toutes parts, par la France, l’Union Africaine, les Etats Unis, l’Onu, la Communauté économique des états de l’ouest qui a également décidé de fermer ses frontières et de suspendre les échanges.

Mais la communauté internationale n’a pas d’autre choix que de reconnaître la junte et de coopérer avec elle. Sans quoi le chaos et l’instabilité profiteraient aux djihadistes qui s’étendraient encore davantage au Sahel.

Pour feu le cardinal de Retz, on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. Il est temps que l’UE devienne réaliste et agisse comme une force économique, politique et militaire digne de ce nom. Au Mali, il faudra être très attentif au rôle que pourra jouer le mouvement M5-RPF de l’imam salafiste Mahmoud Dicko. Ce n’est pas un ami de la France. Par le passé, il a soutenu les mutins et l’opposition à IBK. Le pire pourrait donc encore se produire.

Racialisme made in USA: Kamala Harris, une candidate tout simplement noire?

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kamala harris racisme biden
Kamala Harris à la Convention démocrate, 20 août 2020. Auteurs : DNC via Sipa USA/SIPA. Numéro de reportage : SIPAUSA30231961_000048

Le candidat démocrate à la présidentielle américaine Joe Biden a  choisi comme colistière la sénatrice Kamala Harris. Au temps de Black lives matter, l’essentialisme antiraciste fait de cette grande bourgeoise métissée une femme noire. Un raccourci révélateur de l’univers bicolore des élites qui préfèrent la diversité à l’égalité.


Journal télévisé du 12 août : le présentateur annonce que le candidat démocrate à la présidence des États-Unis Joe Biden vient de choisir comme éventuelle vice-présidente une femme noire, la sénatrice californienne Kamala Harris.

Ghettos dorés

Une « femme noire », vraiment ? Même s’il ne jette qu’un coup d’œil à un portrait de Kamala Harris, tout observateur impartial conviendra que l’ex-procureure générale du Golden State n’a pas vraiment le type afro-américain. On pourrait aisément la prendre pour une Mexicaine, voire une Arabe ou une Indienne. En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne correspond pas au portrait-type de la « femme noire » américaine.

Et pour cause ! Fille d’un économiste d’origine jamaïcaine de l’université Stanford et d’une endocrinologue originaire de l’État indien du Tamil Nadu, la possible future vice-présidente n’a pas vraiment le profil de la « descendante d’esclave », éternelle victime d’un racisme endémique. Si elle est sortie d’un ghetto, c’est de celui de Westmount, quartier huppé de Montréal dominé par la haute bourgeoisie anglophone où sa mère enseignait à l’Université McGill. Elle y a vécu et étudié avant de fréquenter plusieurs universités d’élite étasuniennes. Autres ghettos plutôt dorés.

Une goutte de sang

Pour ces raisons à la fois sociales et généalogiques, aux États-Unis, certains auront la décence, lors de sa nomination, d’évoquer une femme « de couleur », euphémisme certes un peu daté mais plus précis que l’épithète « noire ». On aurait aimé que le présentateur du journal télévisé français fasse preuve d’autant de prudence.

Ce ne fut malheureusement pas le cas. Faut-il y voir le signe que nos médias nationaux se siumettent aux normes du racialisme made in USA, pays où prévaut encore aujourd’hui la one drop rule, règle raciste qui stipule que toute personne qui n’aurait ne serait-ce qu’une goutte de sang noire est réputée noire ?

En témoigne l’étrange mésaventure d’une certaine Susie Guillory Phipps, femme de quarante-trois aux cheveux blonds et à la peau claire qui avait jusque-là toujours vécu dans la peau (c’est le cas de le dire) d’une Blanche, et que le bureau de l’état-civil de La Nouvelle-Orléans décréta contre sa volonté « de couleur », en 1977, sur la foi de sa généalogie : elle avait « un arrière-arrière-arrière-grand-parent » noir (ce cas est rapporté par Walter Benn Michaels, La Diversité contre l’égalité, Éditions Raisons d’agir, Paris, 2009).

À ce compte-là, Kamala Harris, qui porte pourtant un prénom indien et qui fut dès l’âge de sept ans, après le divorce de ses parents, élevée par sa mère, est bel et bien afro-américaine (tout comme Barack Obama, dont la mère était d’origine irlandaise, ou encore Meghan Markle, la Cendrillon des îles britanniques).

De cette assignation identitaire qui fait de Kamala Harris une « femme noire », on peut tirer au moins deux leçons.

Blancs vs non-Blancs

La première est à l’évidence ironique : le discours à la mode pour plus de diversité a tout du rouleau compresseur uniformisateur qui lamine les multiples différences définissant le spectre de l’identité humaine. Au fi des cultures particulières, des frontières nationales, des langues, du statut social, des origines multiples, de l’histoire personnelle des personnes concernées, etc. Bref, de tout ce qui contribue à définir un individu humain. Au lieu de ça, nos apôtres de la diversité ramènent tout à une opposition binaire rassurante entre Blancs et non-Blancs.

Dans ce monde américanisé, il n’y a plus de Jamaïcains, de Haïtiens, de Sénégalais ou de Dogons, mais seulement des « Noirs », invités à consommer du rap, des jeans (sans ceinture) et des baskets (sans lacets). Il n’y a plus non plus d’Américains wasp, de Français, de Suédois ni d’Alsaciens, seulement des « Caucasiens » bien falots, abonnés à Facebook et qui font leur shopping sur Amazon. Ça ne m’étonnerait guère que bientôt les médias français fassent usage de ce terme que les Américains utilisent pour désigner les « Blancs » et qui fut inventé par l’anthropologue allemand du XVIIIe siècle Johann Friedrich Blumenbach, ce dernier étant persuadé que leurs premiers ancêtres étaient sortis de l’Arche de Noé lorsque celui-ci s’était échoué sur le mont Ararat, non loin de la chaîne du Caucase.

Le tamis de la race

Pour couronner le tout, cette idéologie de la fausse diversité (qui s’en tient à l’épiderme) méconnaît la culture indienne (comme toutes les autres cultures, qui se voient réduites à quelques traits folklorisés) et ignore que le phénomène du métissage puisse seulement exister ! Au temps de sa splendeur, Tiger Woods s’était d’ailleurs insurgé, lui, le métis aux origines multiples, contre ceux qui voulaient à tout prix le transformer en icône en faisant de lui le premier champion de golf afro-américain.

Ce racialisme uniformisateur est au service d’un soft power étatsunien qui entend imposer une vision de la seule société américaine comme concrétisation de l’universalisme réellement existant. Mais il a aussi une seconde fonction idéologique, à usage interne cette fois : masquer l’exceptionnelle homogénéité de ces élites politiques démocrates qui se prétendent progressistes. Ces juristes et autres gestionnaires souvent passés par les mêmes universités se considèrent comme les membres d’une élite méritocratique, éclairée et universaliste. Ils appuient leur légitimé sur une expertise prétendument acquise grâce à leurs talents personnels. En concevant les inégalités sociales comme résultant uniquement de discriminations dues à la race ou au sexe, et en cooptant des personnes appartenant à diverses minorités, ils légitiment cet ordre méritocratique. Quitte à oublier que leur réussite sociale résulte peut-être moins de leurs talents personnels que de leur capacité (ou de celle de leurs parents) à payer pour fréquenter les meilleures écoles puis les meilleures universités.

Ces élites (socialement) consanguines

Autrement dit, la question raciale (tout comme celle du féminisme) est instrumentalisée afin de faire l’impasse sur la question des inégalités sociales. Pire, cet antiracisme mondain apparaît comme un moyen de justifier ces dernières en laissant entendre qu’une fois liquidées définitivement les discriminations liées à la race (ou au sexe), la société américaine accèdera à une sorte d’égalitarisme parfait, où seul le talent autorisera les individus à accéder aux meilleures professions et aux postes les mieux rémunérés. Ceux qui n’auront pas « réussi », qu’ils soient blancs ou noirs, hommes ou femmes, hétéros ou gay, n’auront donc qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

Ainsi, tandis que se perpétuent et s’accroissent les inégalités socio-économiques, la multiplication des grand-messes antiracistes (premier président noir, première femme noire vice-présidente, etc.) permet à cette élite démocrate comme aux grands patrons des GAFA de se croire progressistes. Par contraste, la mise en scène du Progrès dans le décor rose bonbon des films Disney se nourrit du noir et blanc des succès cinématographiques du temps de la ségrégation.

La diversité contre l'égalité

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Les vacances célestes de Camélia Jordana

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Camelia Jordana à la manifestation pour Adama Traoré, juin 2020. ARNAUD FINISTRE / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Vous avez perdu votre emploi après un un plan social post-corona? Vous êtes coincé en télétravail cet été à rattraper les heures perdues du confinement? Cessez un peu de vous plaindre et songez au dur été de la chanteuse Camélia Jordana…


Dans le cadre de l’émission Le Mag de France-Inter, l’ancienne Nouvelle Star engagée contre les violences policières et le racisme s’est confiée à Var-matin depuis la pelouse de l’emblématique Villa Noailles, sur les hauteurs de la charmante ville d’Hyères: « une maison trop belle, improbable, qui se transformait en l’endroit le plus cool du monde, deux fois dans l’année ».

Villa Noailles

« Trop émue » de chanter dans ce lieu idyllique, où elle venait dans sa jeunesse « voir des groupes hyper « indé » et « inter »(nationaux)  », elle relate sa madeleine de Proust -« l’année des frites, des créateurs belges avaient mis des frites dans les chaussures, partout sur leurs modèles, c’était trop bien »- et se remémore ses années lycée: « avec les copains, on « chillait » au Café italien quand on séchait les cours. On parlait de la vie, on débattait, c’était trop cool ».

En novembre 2018, la chanteuse engagée se lamentait de vivre dans « une société dirigée par des gens vieux, blancs et riches ». Au vu de la photographie, de Var-Matin elle a changé d’avis : bien que sa fraîcheur pâtisse un brin des fortes chaleurs varoises, Camélia semble comme un poisson dans l’eau sur la pelouse de la villa conçue en 1923 par un riche mâle blanc dénommé Robert Mallet-Stevens.

Les cheveux mi-frisés sous un large chapeau de paille, elle est d’une sérénité sans égal baignée du chant des cigales et des fleurs d’Azur. Henri Matisse en aurait sûrement fait un beau tableau. Où est passée la Camélia du Black Lives Matter, celle qui déplorait ces gens « qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau »? Où est passée la rebelle au grand cœur qui assure ne « pas se sentir en sécurité face à un flic » quand sa foisonnante chevelure est frisée?

« J’ai raison de prendre la parole »

Ne vous y trompez-pas, elle n’est point évaporée: « Je n’ai pas peur d’exprimer mes opinions. Je tiens les mêmes propos dans les médias que dans la vie ». Si vous pensez que vous pouvez dire quelque ânerie au bistrot après un verre de trop, restez prudent: « Si au café, j’entends un mec qui dit une horreur, je vais le reprendre », met en garde la fliquette Camélia, toujours disposée à remettre son prochain sur le droit chemin: « Pas pour lui dire qu’il a tort mais pour lui dire : « regarde, tu peux voir les choses autrement »».

Nous aussi, Camélia, nous aimerions que tu profites de ton retour aux sources pour « voir les choses autrement ». Nous aimerions que tu arrêtes de te prendre pour Malcolm X après tes vacances dorées, nous aimerions que tu cesses de t’ériger en porte-parole des banlieues alors que tu as de tes aveux -et il n’y a pas de mal à cela – « grandi dans une belle villa avec piscine », un luxe que les trois quarts des policiers que tu méprises tant n’ont jamais eu. Ce serait « trop cool » de ta part!

En espérant que l’ancienne Nouvelle Star reste confinée dans la chanson et sa carrière d’actrice, vous pouvez la voir actuellement au grand écran dans La Nuit venue: « ça parle d’esclavage contemporain ». Une noble cause cette fois. À ceux qui seraient tentés de l’invectiver sur les réseaux sociaux, méfiez-vous: « ça me donne de la force et ça montre que j’ai raison de prendre la parole », confie-t-elle. Vous voilà prévenus…

« À Mayotte, on agresse à coups de pierre, à l’arme blanche et à la machette »

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mayotte covid insecurite macron
Emmanuel Macron à Mayotte, octobre 2019. Auteurs : Lemouton-POOL/SIPA. Numéro de reportage : 00929271_000010

On aurait tort de prendre le 101ème département français qu’est Mayotte pour un havre de paix sous prétexte qu’il s’agit d’une île de l’Océan indien. Le week-end dernier, des règlements de compte entre bandes comoriennes rivales ont provoqué un mort. Le point sur la situation avec le député (LR) Mansour Kamardine. Entretien.


Daoud Boughezala. Monsieur le député, vous dénoncez la montée de l’insécurité et des violences à Mayotte cet été. Ce phénomène est-il plus grave dans l’île qu’en métropole où les faits divers tragiques se multiplient ces dernières semaines ?

Mansour Kamardine. Oui le phénomène est plus grave car il touche toute une région française quotidiennement. Il n’y a plus de havre de paix à Mayotte. Tous les habitants sont personnellement exposés où qu’ils soient : dans les quartiers, sur la voie publique, dans les villages, à la campagne, dans les entreprises, dans les structures hospitalières, dans les écoles, dans les domiciles. Outre une violence qui fait désormais tâche d’huile sur l’ensemble du département, son niveau augmente et devient de plus en plus barbare. Des êtres humains ont été massacrés à coup de pierre, mutilés à l’arme blanche, découpés à la machette. On est au-delà des événements de Dijon en juin et de Saint-Dizier en août. S’ajoute que Mayotte est un île où les citoyens sont comme dans une prison à ciel ouvert tenue par des tortionnaires où les forces de l’ordre doivent désormais veiller à leur propre sécurité avant de veiller à celle de la population. Les policiers, gendarmes, et pompiers, en nombre très insuffisant, sont quotidiennement attaqués par des hordes de jeunes ensauvagées. Les Mahorais et plus largement les habitants de Mayotte sont terrorisés par l’évolution de la situation. Or la peur n’est pas bonne conseillère. Il est impérieux et urgent que le nouveau gouvernement prenne les responsabilités que le précédent n’a pas prises pour redonner l’espoir que la paix civile est encore possible.

Les affrontements entre bandes rivales sont-ils de près ou de loin liés à l’immigration comorienne ?

Les affrontements sont quasi-exclusivement liés à l’immigration en provenance des Comores. Les événements du week-end sont même largement des règlements de compte intracommunautaires internes aux communautés d’une île de l’Union des Comores et donc le fruit d’une importation à Mayotte de tensions étrangères.

Les conséquences du laisser-faire en matière d’immigration à Mayotte depuis 2012 sont dramatiques. Le flux migratoire irrégulier en provenance des Comores, selon l’Insee, a été multiplié par 10 entre 2012 et 2017. Le manque de fermeté dans la relation bilatérale avec l’Union des Comores a permis que le flux de clandestins s’accroisse. Aujourd’hui, selon le dernier recensement de l’Insee qui évalue la population totale à 256 000, les Français sont minoritaires à Mayotte. Or la plupart des observateurs, y compris les forces de l’ordre, estiment qu’il y a 400 000 habitants, ce qui signifie que les français ne sont plus que 30% de la population totale de l’île et que les clandestins représentent 40% des habitants. Aucun territoire de la République ne pourrait absorber un tel flux, y compris les plus structurés et les plus développés, sans être ébranlé et totalement déstabilisé.

Le laisser-faire criminel qui a été à l’œuvre sous la présidence socialiste Hollande a créé les conditions d’un embrasement généralisé à Mayotte, notamment à travers l’insécurité et la violence engendrées par la constitution d’une importante population de jeunes mineurs isolés dans un territoire où les équipements, les structures et les moyens sont les plus faibles de France. Avec 12 à 15 mille jeunes issus de l’immigration clandestine, abandonnés par leurs parents, livrés à eux-mêmes dans la nature, dont le nombre ne cesse de croître jour après jour, les choses ne peuvent qu’aller de Charybde en Scylla. Il y a dans le 101ème département français à peu près autant de mineurs étrangers isolés qu’il n’y a dans l’Hexagone. Mayotte ne peut absorber à elle-seule sur 374 km² ce que la Métropole n’arrive pas à gérer sur 550 000 km². Avec la maîtrise des frontières, c’est devenu le principal problème de Mayotte.

La polémique sur les « violences policières » enflamme les banlieues françaises métropolitaines. Le mouvement Black lives matter, qui met violemment en cause police et gendarmerie, s’est-il également mobilisé à Mayotte ? 

Mayotte n’est pas une banlieue métropolitaine. Elle est plus proche de la France périphérique décrite par Christophe Guilly. On pourrait même la décrire comme la France ultra périphérique. A la pauvreté, au sous-équipement, à la discrimination dans l’accès au savoir et à la santé, au déni de réalité, s’ajoute l’éloignement géographique et médiatique ainsi que le mépris de l’appareil exécutif central concernant nos aspirations à faire vivre les valeurs de la République : Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité. A Mayotte nous entendons bien garder ardent ces flambeaux qui sont déjà au sol dans certains territoires de la Métropole. Le mouvement Black lives matter a donc connu un écho, mais un écho très modéré d’autant plus que les esprits à Mayotte ne sont pas sous le contrôle des théories et de méthodes importées de la côte Est américaine. Il existe encore en France des territoires qui résistent à la colonisation des esprits qui caractérise les centres urbains bobos et leurs banlieues. Mayotte en fait partie.

Il y a quelques mois, vous tiriez la sonnette d’alarme quant à la situation sanitaire de Mayotte. L’Etat a-t-il répondu à vos exigences ? Où en est l’épidémie de Covid à Mayotte ?

L’Etat a répondu à la plupart de nos demandes mais tardivement, allant jusqu’à reprendre ma proposition de tester systématiquement les voyageurs par avion vers Mayotte mais en fin d’épidémie alors que cela aurait permis de l’empêcher si la mise en œuvre avait été décidée lorsque je le proposais début mars, c’est-à-dire avant le 1er cas détecté à Mayotte. L’épidémie a donc pu circuler quasi librement et emporter malheureusement une quarantaine de vies. Le pic épidémique a été atteint il y a exactement 3 mois et le taux de reproduction du virus est actuellement inférieur à celui de presque toutes les régions de métropole. Nous comptons actuellement 10 personnes hospitalisées dont 1 en réanimation et une dizaine de cas sont détectés chaque jour en moyenne. L’économie, comme partout, est extrêmement affaiblie. Pour ajouter au malheur, l’état d’urgence sanitaire qui a été levé en métropole le 10 juillet, a été prolongé jusqu’au 30 octobre à Mayotte. Ce maintien inique permet de simplifier la gestion administrative de la crise du Covid à Mayotte de Paris, mais enfonce le territoire. Nous n’avions pas besoin de cela !

Mayotte doit relever des défis aussi majeurs que l’immigration clandestine, l’insécurité, la pandémie, ou les rapports avec les Comores. Plutôt que de rester un département français à des milliers de kilomètres de Paris, l’île ne serait-elle pas plus apte à les relever en obtenant l’indépendance et la souveraineté ?

Pour les Mahorais, la France c’est la liberté, la liberté collective en nous protégeant depuis 1841 des velléités colonisatrices de nos voisins et la liberté individuelle en abolissant l’esclavage dont la France n’était pas même à l’origine. La colonisation française de Mayotte a été un choix délibéré, voulu et assumé par les Mahorais. Presque 200 ans après, personne à Mayotte ne remet en cause les choix de nos aïeux. Pire pour les bobos, nous sommes fiers d’être français, nous chérissons le drapeau tricolore, et nous chantons avec joie la Marseillaise. Nous croyons dans les promesses d’épanouissement individuel et collectif et l’universalité des valeurs de la République. A Mayotte, la France n’est pas rien, la France n’est pas le passé, mais la France est l’avenir. En 1841, le peuple mahorais a décidé de marcher main dans la main avec le peuple français, depuis 1958 le peuple mahorais a décidé d’intégrer le peuple français et de n’en former plus qu’un, ce que nous avons obtenu institutionnellement en 1975 puis par la décision de départementalisation de 2009. Notre marche n’est pas finie, l’égalité sociale n’étant pas encore obtenue. Certes, nous observons avec inquiétude « l’archipellisation » de la France métropolitaine décrite par Jérôme Fourquet, mais nous sommes habitués à Mayotte à résister aux soubresauts parisiens d’autant que nous pensons avoir quelque chose à apporter en cette période de fragmentation et de velléités sécessionnistes des grands centres urbains de Métropole d’avec le reste de la France. La France périphérique et la France ultrapériphérique sont encore des terroirs, c’est-à-dire des populations vivant sur des territoires avec des us et coutumes. Nos bases, bien qu’attaquées, demeurent solides et nous entendons bien que Mayotte, terre noire musulmane française et républicaine, fière d’elle-même et de la grandeur de la France, participe au ressaisissement de la nation et à son destin, notamment en nous développant et en défendant les intérêts français et européens dans le Sud-Est de l’Océan indien.

Arabie Saoudite: l’impôt de la discorde

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arabie saoudite mbs impots
Document reference 000_1A76XO Byline / Source / Credit FAYEZ NURELDINE / AFP

Qui a eu cette idée folle, un jour d’imposer les Saoudiens sur leurs revenus ? Le prince héritier Mohamed Ben Salmane afin de moderniser le pays. Mais ses velléités de réforme ne vont pas sans heurts. 


Les sujets des Saoud ne paient pas d’impôt sur leurs revenus individuels. Ce privilège fait partie du contrat social du royaume : le gouvernement saoudien ne fait pas les poches du citoyen et s’abstient de lui demander de partager les dépenses de l’Etat et de la Maison royale. En retour, ses sujets « renoncent » à leur droit de choisir leur gouvernement et de participer aux affaires de la cité. Mais une exception existe : la « zakat », qui s’appuie sur l’un des cinq piliers de l’islam, l’aumône. Cette taxe, au taux de 5,2% du chiffre d’affaires, est prélevée sur les entreprises (locales et étrangères). En outre, les entreprises à capitaux étrangers ou en partenariat avec une entité saoudienne sont tenues de payer un impôt à hauteur de 20% de leurs bénéfices. Une taxe similaire est imposée sur les bénéfices des négociants étrangers à la bourse de Riad.

– 6.8% de « croissance »

La pandémie et la chute du prix du baril (et donc des recettes de la compagnie pétrolière nationale Aramco, source principale des revenus du Royaume) pèsent lourdement sur les finances de la monarchie. Pour faire face à la situation, le premier producteur mondial de pétrole pourrait lever plus de 13,3 milliards de dollars au cours des quatre à cinq prochaines années en privatisant des actifs dans les secteurs de l’éducation (universités, écoles de commerce), de la santé (hôpitaux, cliniques te laboratoires) et de l’eau. Selon le Fonds monétaire international, l’économie saoudienne devrait se contracter de 6,8 % cette année, la plus forte chute de PIB depuis plus de trente ans. Le gouvernement a déjà pris des mesures sans précédent pour soutenir ses finances, notamment en triplant la TVA (le 1er juillet, son taux est passé de 5% à 15%), en augmentant les droits sur l’importation de certains biens et en annulant certains avantages accordés aux fonctionnaires. Mais toutes ses mesures sont loin de combler des manques à gagner gigantesque. C’est le système économique en lui-même qu’il faut repenser.

La fin d’un tabou 

Ces considérations ont amené Mohammed Al-Jadaan, le ministre saoudien des Finances, proche du prince héritier Mohamed ben Salmane (MBS) à envisager de remettre en cause la non-imposition des citoyens du royaume. Le ministre a envoyé un ballon d’essai. Profitant d’un forum virtuel organisé par Bloomberg, Al-Jadaan aurait déclaré que son « gouvernement envisage toutes les options pour renforcer ses finances et bien que l’impôt sur le revenu ne soit pas imminent et nécessiterait beaucoup de temps pour se préparer, le royaume ne rejette pour l’instant aucune option ».

Les réactions des Saoudiens à cette déclaration alambiquée du ministre des Finances n’ont pas été franchement enthousiastes. Sur les réseaux sociaux, ils ont donné libre cours à leur colère face à ce qu’ils considèrent comme l’érosion annoncée de leur niveau de vie, surtout après l’alourdissement du fardeau de l’imposition indirecte. Face à l’indignation de l’opinion publique, le ministre, sans véritablement faire marche arrière, a nuancé ses propos, soulignant que la question n’était pas à l’ordre du jour du gouvernement.

Recul… pour mieux sauter ?

Al-Jadaan a ajouté que même s’il était décidé d’imposer un impôt sur le revenu, cela nécessiterait des travaux de préparation approfondis qui prendraient du temps. Si le ministre souhaitait calmer ses concitoyens, c’est raté. La mention même de l’éventualité d’un impôt sur le revenu a transgressé un tabou. Personne n’est dupe : il s’agit sans aucun doute des premiers pas d’une campagne gouvernementale visant à préparer les esprits.

Au palais royal, on comprend parfaitement qu’un impôt sur le revenu des particuliers serait la porte ouverte à une revendication politique de la part des Saoudiens, à commencer par une demande de transparence dans la gestion du budget de l’État. Après tout, « que faites-vous de notre argent ? » est une question plus pertinente que « que faites-vous de votre argent ? ». Pourtant, les dirigeants du royaume, et notamment Mohamed Ben Salmane, sont prêts à prendre ce risque car les revenus d’une telle taxe sont indispensables à leur grand projet politique : la modernisation de l’Arabie saoudite.

Le pays n’est plus l’Arabie d’il y a quatre-vingts ans, peuplée de trois millions d’habitants et dirigée par le fondateur de la dynastie, à l’époque où de riches gisements de pétrole venaient d’être découverts. Fort de 33 millions de sujet, MBS souhaite moderniser l’Etat, l’économie et la société saoudiens en les sevrant de la rente pétrolière.

Le temps presse

D’un point de vue économique, l’impôt sur le revenu pourra indubitablement aider le Trésor public et contribuer à la diversification des sources de revenus et la modernisation de l’économie avec, éventuellement, l’intégration des femmes au marché du travail. Le royaume n’a pas beaucoup du temps à perdre. Au cours du deuxième trimestre de l’année en cours, les revenus de l’Etat ont chuté de 49% par rapport à l’année précédente pour s’établir à 36 milliards de dollars. Cette tendance est principalement n’est pas seulement due à la baisse des revenus pétroliers. Avant la mise à l’arrêt de l’activité économique qu’a engendrée la pandémie, l’Arabie saoudite avait déjà accusé un déficit budgétaire de 29 milliards de dollars contre 9 milliards de dollars enregistré au premier trimestre de 2019. Ces mauvais chiffres auraient pu être encore pires si le gouvernement n’avait adopté depuis 2016 des mesures d’économie telles que la suppression de certaines subventions, ou la réduction des primes dans la fonction publique, premier employeur du royaume. En 2018, une TVA sur presque tous les biens et services, y compris l’essence, la nourriture, le logement et la santé privée, a été introduite pour la première fois au taux de 5%. Deux ans plus tard, son taux a triplé.

Dilemme saoudien

Autre victime du Corona économique, le versement d’une subvention spéciale d’une valeur d’environ 270 dollars par mois (le salaire moyen mensuel est de 4250 dollars) accordée aux salariés en 2018 et 2019, a été annulé.

MBS marche donc sur la corde raide. Conscient de la nécessité d’une réforme profonde de l’économie, il n’entend pas pour autant s’aliéner ses futurs sujets. Une sortie de crise rapide avec une forte augmentation du prix du pétrole, et la fin de la guerre coûteuse au Yémen pourraient lui faire gagner du temps. La privatisation d’Aramco, serpent de mer de l’économie saoudienne, pourrait aussi rapporter très gros et reporter l’heure de vérité. Mais rien de tout cela ne changera le dilemme qu’affronte Riyad : la collecte de l’impôt pourrait donner naissance à un Tea Party saoudien…

Sur France culture, Aurélien Bellanger mitraille Finkielkraut, Zemmour et Bruckner

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aurelien bellanger finkielkraut bruckner
Aurélien Bellanger. Auteurs : BALKAR/FREGE MARC/SIPA; Numéro de reportage : 00802926_000119

Sur France Culture le 12 juillet, l’écrivain Aurélien Bellanger se penchait sur « les tourments conservateurs des intellectuels français ». L’occasion de ranger Pascal Bruckner, Eric Zemmour et Alain Finkielkraut dans le même sac de ceux qui pensent mal depuis le 11 septembre 2001.


L’indifférence peut être aujourd’hui une forme d’héroïsme face aux crimes et aux prévarications mondialisées. Je n’y parviens pas. Pas plus qu’à suivre Aurélien Bellanger, dans le 33ème épisode de sa quarantaine sur France Culture le 12 août.

Barrès superstar

Sa charge véhémente contre Pascal Bruckner qualifié de « clown triste » tient à la jouissance du spectateur trop bien assis face aux jeux dangereux du cirque. Et sans crainte de franchir la boue de son Rubicon, notre César d’élargir son propos : Bruckner qui, tout comme Finkielkraut et Zemmour, se montrèrent pour lui de « si mauvais intellectuels » car « ils n’ont pas su voir que la seule conséquence grave, politiquement, du Bataclan et du 11 septembre, ce fut le passage imprévu d’un décadentisme désuet, le barrésisme, en philosophie officielle de la France ». Voilà qui, faute des intéressés possiblement ahuris par cette brillante analyse, devrait faire sourire Emmanuel Macron : le « culte du moi », cher à Barrès, ne lui est pas étranger.

Et le réel dans tout ça ?

Mais notre critique du décadentisme ignore sans doute  ce qui fut pourtant amplement décrit dans Les territoires perdus de la République (2002) tout comme la montée dans le Val d’Oise d’un séparatisme islamiste bien représenté par l’élu Abdelaziz Hamida, anciennement fiché S et inspiré par les fondamentalistes du Tabligh.

Et de qu’elle profondeur abyssale se prévaut Bellanger pour se poser en juge implacable de ces intellectuels rétrogrades : rien moins que Walter Benjamin dont il exhume en le distordant un article sur les écrivains français. Mais il ne cite pas la source : Benjamin écrivait en 1934 à Horkheimer, réfugié aux Etats Unis : « Si les romanciers français d’aujourd’hui ne parviennent pas à peindre la France contemporaine, c’est qu’ils se sont finalement disposés à tout accepter d’elle ». Demandez donc aux trois « mauvais intellectuels »« fantômes esseulés de la gauche », qui se sont mis à « virer passionnément à droite », s’ils ont tout accepté sans la moindre critique des errements politiques, à commencer par les accords de Munich, des gouvernements français successifs et de leurs teintures idéologiques, jusqu’au politiquement correct d’aujourd’hui destructeur de la langue, de ses concepts et de l’Histoire !

Dandy cool

De leur part, il ne s’agit pas d’un virement à droite mais de publications de mise en alerte depuis, notamment, La défaite de la pensée (Finkielkraut, 1987), Le sanglot de l’homme blanc (Bruckner, 1993) ; sans compter dans un tout autre esprit les nombreux coups de feu néo6nietzschéens de Zemmour.

Comparer comme le fait notre dandy la destruction des Twin Towers le 11 septembre 2001 et ses milliers de morts à « notre affaire Dreyfus », « alors que la menace djihadiste, idiote et inutile, subit une attaque virale dont elle ne se relèvera sans doute pas », franchit allègrement  le mur du çon d’une émission radiophonique. « Idiote et inutile », voilà les seuls adjectifs, la seule analyse que notre héros de la pensée trouve pour qualifier la menace islamiste…

Affaire Dreyfus ? : le massacre de Charlie hebdo, du Bataclan, de l’Hyper Cacher et tous ceux et celles qui furent assassinés par les « djihadistes » au nom de l’islam ? Tout cela pour nous faire prisonniers de perpétuels commentaires sur le plateau de C dans l’air !

Mais il est remarquable que le nom Dreyfus soit la seule allusion aux Juifs dans ce déploiement de dénis. Dreyfus mis au service d’une bagatelle… pour un petit massacre.

L'identité malheureuse

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Un racisme imaginaire

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Le continent de la douceur

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Sahel: avant le coup d’Etat au Mali, les Européens entraient déjà dans la danse

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(c) Revue Conflits

Voilà sept ans que la France lutte militairement dans la bande sahélo-saharienne. Si certains pays européens sont présents de longue date à ses côtés, le dispositif Barkhane pâtissait de la relative timidité de ce soutien. Or, depuis le sommet de Pau, cette tendance commence à s’inverser.


Le soutien européen au Sahel est resté timide pendant plusieurs années, voire circonspect, notamment après les revers subis par les armées du G5 Sahel dans Liptako-Gourma (région des trois-frontières Mali, Niger, Burkina). Des revers actant alors le manque de pertinence des conditions d’emplois opératives de la force Barkhane. D’où l’organisation du sommet de Pau (janvier 2020), dans le sillage de sommet du G7 à Biarritz, afin de remobiliser une opération à bout de souffle. L’objectif militaire était de concentrer les forces de Barkhane [dans la région des trois frontières] et d’augmenter le tempo des opérations afin de maintenir une pression constante sur l’État islamique au Grand Sahel (EIGS). Et, in fine, empêcher ce dernier de constituer un sanctuaire territorial et lui reprendre l’initiative. Quelques mois plus tard, cet objectif est en partie rempli et on constate une autonomie croissante des armées du G5 même si beaucoup reste à faire. En parallèle des résultats engrangés, le volontarisme diplomatique de la France est parvenu à convaincre ses partenaires européens d’amplifier leur engagement.

Cela étant, la France n’a jamais été réellement isolée au Sahel. Les forces françaises s’inscrivent depuis l’origine dans un dispositif international, sur lequel elles exercent un leadership. Ce dispositif est composé de la force onusienne Minusma (maintien de la paix dans la moitié nord du Mali, renseignement…) de l’armée américaine (transport, ravitaillement en vol, renseignement aérien…) et des forces du G5 Sahel en unités nationales ou dans le cadre de leur force conjointe (FC-G5S).

Dynamiser l’existant

Dans ce dispositif s’insèrent également les Européens, en commençant par la Minusma (14 000 soldats) dont les contingents britannique et allemand ont annoncé le renforcement de leurs effectifs respectifs. La Minusma est importante dans la mesure où elle facilite la tenue du terrain dans des zones moins contestées (Mali du Nord), facilitant dès lors la concentration géographique des forces françaises. Son mandat ne permet cependant qu’un usage très limité de la force : une prérogative que la France voudrait voir évoluer pour employer les forces de l’ONU à plein potentiel. Par ailleurs, l’Union européenne entretient au Mali et au Niger une mission de formation (EUTM) depuis 2013. Destinée à former les cadres sous-officier des armées du G5, elle a vu récemment son mandat prolongé jusqu’en 2024 et ses prérogatives élargies à l’accompagnement sur le terrain et l’assistance militaire. C’est une avancée importante dans la mesure où la mission était critiquée pour son contenu trop théorique. Son dimensionnement a par ailleurs été revu à la hausse, portant les effectifs espagnol et allemand à respectivement 600 et 450 personnels. Enfin, les Espagnols demeurent très présents dans des missions de transport de troupe intra-théâtre.

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Chronique d’une incivilité ordinaire dans un bus parisien

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paris bus insecurite
Auteurs : xavier FRANCOLON/SIPA. Numéro de reportage : 00936788_000001

Extension de la violence ordinaire sur une ligne de bus parisienne. Un récit qui inspire dégoût et lassitude.


Dans cette histoire atrocement banale, il y a un héros, anonyme et digne, maîtrisant ses émotions et gardant le cap de sa mission, qui consiste à transporter des usagers entre Invalides et Porte de Reuilly, sous un cagnard d’enfer et la menace d’un second confinement. Ce héros serait étonné qu’on le qualifie ainsi, il a juste fait son travail. Il ne gagne pas des millions d’euros, n’enthousiasme pas les foules ahuries et sa profession n’a jamais suscité l’éloge des classes intellectuelles préférant toujours les minorités actives aux majorités silencieuses.

Français moyen

Il incarne le Français moyen dans l’échelle de nos valeurs actuelles. Il ne se distingue donc par aucun trait particulier de caractère, si ce n’est sa normalité statistique. On demande seulement à cet homme de rouler ce qui, vu l’état chaotique de la chaussée parisienne, est déjà en soi un exploit physique et acrobatique. Il s’agit d’un chauffeur de bus, plutôt jeune, grand et fluet, qui conduit dans un Paris désert, traversant des quartiers épargnés par la misère sociale et les haines rances. Il y a bien longtemps que le boulevard Saint-Germain n’a pas connu un dépavage généralisé. Les derniers feux de poubelle remontent à l’hiver 2019 quand des travailleurs venus de province, vêtus de jaune, voulurent nous éclairer sur leur situation en voie de précarité. On les disqualifia vite par peur de s’en émouvoir. Sur ce trajet hautement historique à faire défaillir Stéphane Bern et Lorànt Deutsch, on longe le Palais Bourbon, la Maison de l’Amérique Latine, la Brasserie Lipp, le musée de Cluny, le Collège des Bernardins, l’Institut du monde arabe, la Garde Républicaine ou encore l’Opéra Bastille.

Les révolutionnaires à la plage

Pour le prix d’un ticket, on voyage dans l’histoire de France, on communie avec le passé. Á cette époque de l’année, les cafés sont presque tous fermés, les révolutionnaires sont partis à la plage réviser leur manuel d’insurrection et les commerçants, ceux qui n’ont pas tiré le rideau de fer, recomptent chaque soir leur caisse désespérément vide, d’une humeur migraineuse. Les soldes ne font plus recette comme les défilés syndicaux et le topless sur le sable chaud. Avant l’incident, climax de cette mi-journée, nous l’avions à peine regardé, nous, les spectateurs indifférents de cette scène quotidienne. Masqués, essoufflés, les yeux rivés sur notre montre pour ne pas rater un train à la Gare de Lyon, nous sommes montés sans poser un regard sur ce dépositaire d’un service public malmené ces dernières semaines. L’ensemble des acteurs de cette scène plus tragique que comique était composé d’individus respectables. Aucune star du petit écran ni aucun homme politique n’était à bord. Tout le monde s’était acquitté du billet d’entrée et se pliait aux gestes barrières en vigueur. Des mamies bravant la canicule, le dos légèrement courbé et le cheveu blanc en bataille, jouaient de leurs cannes comme d’une machette pour trouver une place assise.

Un agresseur d’âge mûr

Des mères africaines aux allures de Beyoncé girondes s’agitaient au passage des boutiques de fringues. De rares touristes égarés dans la grande ville cherchaient l’île de la Cité et s’interrogeaient sur la différence avec sa jumelle, l’île Saint-Louis. Des étudiants chargés comme des explorateurs muletiers se remémoraient leur soirée de la veille, tout là-haut, sur la montagne Sainte-Geneviève. Et puis, il y avait aussi quelques travailleurs, fonctionnaires de Bercy, caissières de supérette et vendeurs de téléphonie. J’oubliais, on ne les voit plus, tellement leur déchéance nous est honteusement familière. Sagement installée dans un coin, une SDF emmitouflée dans un anorak, surveillait ses sacs plastique, de peur qu’on lui vole sa fragile maison ambulante. Tous ces protagonistes, sans aucune malveillance, conformes à cette vieille habitude urbaine de ne pas se mêler de la vie d’autrui, ne s’observaient pas, ne se parlaient pas, ne se jugeaient pas. Chacun était trop occupé à ressasser ses propres pensées surtout à quelques heures du départ en vacances. Quand un agresseur d’âge mûr fit irruption, pénétrant en force par la porte du milieu, évidemment non-masqué et la cigarette encore brûlante, avec sur le visage les stigmates d’une vie pour le moins perturbée. Quelques indices nous indiquaient que nous allions assister à un moment désagréable. Voix pâteuse, agressivité à fleur de peau et insultes à la pelle, la douce accalmie du midi se transforma en une montée d’adrénaline. Le chauffeur, à plusieurs reprises, sans perdre ses nerfs et son sens des responsabilités, avertit le récalcitrant qu’il ne redémarrerait pas s’il ne mettait pas son masque et n’éteignait pas sa cigarette. Tranquillement et inévitablement, en palabres et en tensions allant crescendo, la forte tête se leva, voulut se battre, frappa la vitre qui protégeait le chauffeur et l’insulta copieusement. Les mots convenus du mépris fusèrent, la mère du chauffeur fut abondamment servie, l’insoumis de midi voulait même qu’on appelle la police. Nous étions en plein délire urbain.

Lâcheté générale

Certains passagers préférèrent sortir, la plupart habitués à ces coups de chaud restèrent sur leur siège à attendre la fin de cette algarade. Personne n’intervint par peur, par faiblesse, par volonté de ne pas envenimer la situation, par désolation, par légitimité et par fatigue. Chacun avait des raisons valables à son immobilisme. Cette « incivilité » dura cinq ou six minutes et l’agresseur désarçonné par la lucidité du chauffeur qui ne voulait ni se battre, ni redémarrer son moteur, ni participer à cette compétition de grossièretés, finit par mettre un pied à terre et préféra s’en aller. Cette scène de vie, douloureusement courante, ne se termina, par chance, ni aux urgences, ni au poste. Elle est le signe du dérèglement de nos rapports humains et de leur lente détérioration. Elle laissa pourtant en bouche un sentiment d’abandon et de colère. L’inacceptable est devenu notre quotidien. En descendant à mon arrêt, un peu de façon dérisoire et inutile, je dis un mot d’encouragement et de réconfort à ce chauffeur, pour le féliciter de son comportement, il me sourit. Il avait juste fait son travail. Il n’y a pas de moralité à cette histoire, si n’est celui du dégoût et d’une grande lassitude morale.

Covid-19 : « L’enfer est pavé de bonnes intentions hygiénistes »

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François Bousquet. Photo : Hannah Assouline.

Peu de journalistes arrivent à la cheville de François Bousquet. Le rédacteur en chef d’Elements doit notamment à ses années aux éditions L’Âge d’homme son immense culture littéraire doublée d’une érudition sans faille. Sur le ton militant de ses derniers pamphlets, il consacre un essai mordant à l’épidémie de trouille qui étreint l’Occident : Biopolitique du coronavirus. Télétravail, famille, patrie croque les travers de la mondialisation avec style et cruauté. Entretien avec un homme révolté au milieu des ruines. 


 

Daoud Boughezala. Vous consacrez le premier chapitre de votre essai Biopolitique du coronavirus. Télétravail, famille, patrie, aux théories complotistes qui font actuellement florès. A l’ère de la scolarité obligatoire, de l’accès gratuit au savoir et à l’information, comment expliquez-vous leur essor ? Vit-on une crise de l’esprit scientifique et rationnel moderne ?

François Bousquet. Avons-nous jamais été des agents rationnels, des animaux pourvus seulement d’une froide raison calculante ? On peut en douter. Notre imagination a toujours été très active. Le complotisme le prouve à sa manière. C’est d’abord un imaginaire folklorique, souvent sympathique, mais accolé à une sorte de délire interprétatif. Cet imaginaire a brutalement resurgi après le 11 Septembre 2001 et la seconde guerre d’Irak. Peut-être sa longue hibernation n’était-elle qu’un effet d’optique que l’avènement du Web a brisée. Internet n’a d’ailleurs pas réinventé le complot, il l’a seulement sorti de ses niches antimaçonniques, rosicruciennes, soucoupistes. Viral, le complot est devenu mondial, en haut débit et libre accès. C’est la nouveauté. Pour le reste, le complotisme répond à un besoin fondamental de l’âme humaine : l’intentionnalité. Les créationnistes parleraient de dessein intelligent, mais le dessein ici est indifféremment intelligent ou malveillant. C’est ce que Léon Poliakov a appelé d’une formule saisissante la « causalité diabolique ». À elle seule, elle illustre la permanence du miraculeux, de la pensée magique, de l’acteur tout-puissant qui met un visage sur des processus qui sans cela resteraient impersonnels. Comment détester la logique abstraite du capital ou de la mondialisation ? En lui donnant les traits de Bill Gates !

Disant cela, on en viendrait presque à épouser la ligne de défense des médias centraux contre le complotisme. Mieux vaut au contraire faire l’hypothèse que le complotisme n’est que l’image renversée desdits médias. Les journalistes mainstream voudraient nous convaincre de ce que nous sommes entrés dans l’ère de la « post-vérité ». On ne demanderait qu’à les croire s’ils ne s’illustraient pas du matin au soir dans l’exploitation sans vergogne des faits alternatifs. C’est le faux sans réplique décrit par Guy Debord. Or, ce faux a trouvé une réplique dans le contre-journalisme sauvage et la littérature conspirationniste qui fleurissent sur Internet. L’univers complotiste a toujours fonctionné dans une troublante relation de symétrie avec les médias « légitimes ».

C’est d’abord une crise de la mondialisation des échanges, des hommes et des virus.

Sans sombrer dans le complotisme, vous semblez parfois céder à la pensée magique. Ainsi, à l’instar de nombreux écologistes, vous estimez que la nature s’est vengée de nos excès, le Covid-19 étant la nemesis qu’appelait notre hubris. Plutôt qu’une conséquence de la mondialisation et de la surexploitation de la planète, ce virus n’est-il pas un des  fléaux qui jalonnent inévitablement l’histoire humaine ? 

Rassurez-vous, je ne suis pas Greta Thunberg, le Petit Chaperon suédois qui fait descendre dans la rue les 16-18 ans et les fait pérorer à la tribune de l’ONU. De ce point de vue, le coronavirus a été une bénédiction. Il nous a débarrassé de l’icône suédoise et de ses nattes pendantes qui étaient jusqu’à lui placardées partout, comme une affiche de propagande nord-coréenne. Cela étant dit, la cucuterie écolo-citoyenne est une cible facile. Qu’elle ne serve pas de prétexte pour jeter le bébé avec l’eau du bain, et les enjeux écologiques réels avec les limites de leur traduction médiatique ou partisane.

Nous entrons dans un monde sans perspectives, dans tous les sens du mot : à la fois sans avenir, sans recul et sans champ de profondeur, comme des prisonniers se heurtant aux murs trop étroits de leur cellule. On nous rétorquera que la Terre n’est pas une prison. Certes. Mais elle a ceci de commun avec les prisons qu’il ne nous est pas donné de pouvoir en sortir. La colonisation, puis l’exploitation des terres émergées et des océans auraient dû nous faire prendre conscience des limites mêmes du globe. Il n’en a rien été. À planète finie et ressources comptées, le capitalisme mondialisé n’a opposé que son dogme de la croissance infinie. La crise actuelle part de là. C’est d’abord une crise de la mondialisation des échanges, des hommes et des virus.

Ce qu’on ne veut pas voir, c’est que la nature peut aisément fonctionner sans l’homme (elle l’a fait durant des milliards d’années), mais l’inverse n’est pas vrai. C’est pourtant sur cette croyance qu’est fondé le régime économique actuel. Si l’on devait comparer la collision de l’humanité avec les limites de la Terre à un véhicule lancé à toute vitesse sur un obstacle, il faudrait bien comprendre une chose : l’obstacle survivra sans peine au choc, mais pas le véhicule, encore moins son occupant. Dans cette affaire, le phénomène de la vie n’est pas menacé. Sa capacité de résilience est sans limites. Des millions d’espèces nous ont précédés sans laisser d’autres traces que des fossiles dérisoires…

À Sciences Po, à l’ENA, on ne fabrique plus des serviteurs de l’État, mais des serviteurs de la dette, des contrôleurs de gestion.

Examinons la gestion de la crise. A quelques exceptions près (Allemagne, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande…), les gouvernements ont paru improviser au fil de l’eau.  Soumis à un pouvoir scientifique divisé et désemparé, notre appareil d’Etat a brillé par son impréparation. Si on les compare à leurs cousines occidentales, les élites politiques et administratives françaises se distinguent-elles vraiment par leur niveau d’incompétence ?

Ajoutez-y la Chine, quand bien même elle en a été le foyer infectieux. Les bons élèves ont toujours été peu nombreux. Cela fait longtemps que la France n’en fait plus partie. Nulle sur toute la ligne ! Le constat est accablant. De la détection du risque à sa gestion, le gouvernement a accumulé les erreurs et les retards. À ce stade, ce n’est plus seulement d’immunodéficience des élites dont il faut parler, mais d’immunodéfaillance du Système. À Sciences Po, à l’ENA, on ne fabrique plus des serviteurs de l’État, mais des serviteurs de la dette, des contrôleurs de gestion. Ces écoles sont des moules. Comment en sortirait-il autre chose que des séries ? Calibrées comme des produits industriels, programmées comme des logiciels – et c’est d’ailleurs ce qu’ils sont très exactement : ils sont là pour accomplir des programmes. On fabrique des pilotes automatiques, à peine des technocrates, tout au plus des techniciens, si médiocres qu’ils nous feraient regretter le temps des ingénieurs qui pilotaient eux du moins des programmes industriels.

Comme l’avait analysé Michel Foucault, le pouvoir politique moderne entend préserver la vie (et la santé) des citoyens alors les monarques traditionnels préparaient le salut de leurs sujets. Alors qu’une majorité de Français apeurée par la pandémie a approuvé le confinement, le pouvoir macroniste a-t-il trouvé dans cette crise l’assise populaire qui lui manquait ? 

L’assise populaire, certainement pas. Mais de fait les crises confortent les pouvoirs établis. Pandémie aidant, Emmanuel Caméléon – qui a une surprenante capacité à se réinventer – s’est débarrassé d’Édouard Philippe et des Gilets jaunes. Le confinement a joué pour lui. Ce fut un huis clos entre le Président et les Français, les seconds rôles étant dévolus à ses ministres. Tout aura été fait pour que 2022 soit le match retour de 2017. Ce à quoi Macron s’emploie. Continuer de scinder en deux les LR, pour annexer le centre et les juppéistes ; et renvoyer le solde à la bordure du FN. Après avoir annihilé sa gauche, Macron a ainsi piégé sa droite en l’asséchant. Mais il ne l’a piégée que pour mieux la ressusciter en un parti central unique. L’UMPS n’est plus une figure de style, c’est une réalité politique : le macronisme. Ce que les élites post-nationales cherchaient à accomplir depuis Giscard : accoucher d’une grande coalition, sur le modèle des coalitions à l’allemande, dont Macron incarnerait la version hexagonale. Le rêve giscardien de deux Français sur trois, sauf que c’est désormais un rêve à l’envers. La « coalition » macronienne ne réunissant qu’un tiers des voix, les deux tiers restants s’abstenant ou votant populistes, sans espérance de pouvoir, faute d’alliances. Ce qui fonde tous les espoirs de Macron pour 2020. Jusqu’à preuve du contraire, c’est lui qui a la main. On est obligé d’attendre qu’il la perde. Les vents contraires qui ne manqueront pas de se lever à la rentrée devraient ramener « Jupitérion » sur terre.

Idéalement, il faudrait pouvoir « vivre » in vitro, sinon même in utero, à l’abri de la violence du monde, derrière son masque, confiné à vie.

Des masques au gel hydro-alcoolique, l’hygiénisme  ne s’est jamais aussi bien porté. Depuis le début du confinement, nos gouvernants réprouvent tout contact physique extraconjugal au nom du risque viral.  L’obsession prophylactique a-t-il transformé nos dirigeants libéraux-libertaires en néo-inquisiteurs ? 

Les « enragés » de 68 auraient-ils peur de la rage, qui s’appelle aujourd’hui Covid-19 ? Qui les eût imaginés dans la peau du docteur Knock et de Savonarole ? L’alliance de la bactérie et de la mortification, redoutable attelage qui nous vaut cette avalanche de recommandations médicales et d’interdictions sanitaires. Mais les « boomers » n’ont jamais été à une contradiction près. Ils n’ont que le « vivant » à la bouche, alors qu’ils s’acharnent à le mettre sous cloche. Vivre in vivo tue. Idéalement, il faudrait pouvoir « vivre » in vitro, sinon même in utero, à l’abri de la violence du monde, derrière son masque, confiné à vie. Disant cela, il ne s’agit pas de faire l’éloge du cancer du poumon ou des maladies cardio-vasculaires, ni de nier que le coronavirus ou le tabagisme ne sont pas des problèmes de santé publique, ni de se livrer à une apologie des comportements à risques, mais de ne pas dissocier la prise de risques du risque de vivre. Ici comme ailleurs, le mieux est l’ennemi du bien et l’enfer est pavé de bonnes intentions hygiénistes.

Vous rejoignez les analyses d’Olivier Rey sur la sacralisation de la vie et son corollaire, le refus contemporain de la mort. Seuls les djihadistes semblent aujourd’hui chercher leur salut dans l’au-delà. Tout compte fait, la sainte frousse de la mort qu’a notre société laïque adoucit-elle les mœurs ?

On a conféré à la vie humaine une valeur que jusque-là elle n’avait jamais eue. C’est ce que Michel Foucault a appelé la « biopolitique ». La biopolitique, c’est la prise en considération de la valeur de la vie humaine – ici et maintenant, tout de suite. Cela, c’est le propre de la modernité, c’est l’acte de naissance de l’individu. Dans les âges antérieurs dominés par la religion, ce qui importait, c’était de se donner les moyens de gagner le paradis chrétien. Avec la modernité, renversement de perspective : la cité terrestre va l’emporter sur la cité céleste. C’est dans ce contexte qu’est née la biopolitique. Peu à peu, les individus ont aspiré à conserver ce qu’il y a de plus précieux pour eux : leur vie. Voilà pourquoi on en a fait trop avec le Covid. Parce que nous modernes avons développé une phobie du danger, une intolérance au risque, un déni de la mort. Tout notre arsenal juridique et réglementaire envahissant est très largement conditionné par cette hantise du risque. Zéro mort, zéro défaut, zéro panne, nouvel impératif catégorique. Ce qu’on cherche à conjurer à travers cela, ce n’est pas seulement la visibilité de la mort, c’est sa possibilité. Dans un monde ludique, plus de place pour le tragique. L’hygiénique peut alors triompher.

L’homme populiste veut choisir son chef, mais il veut un chef.

Comme l’écrit l’historien Jean Delumeau, tout épisode de terreur se conclut par la recherche de coupables. C’est aussi l’un des ressorts du populisme, dont vous vous revendiquez. Scrutant le paysage politique, vous écorchez Marine Le Pen, vantez les mérites de Michel Onfray et soulignez les limites d’un tribun pétomane à la Jean-Marie Bigard. Donnez-vous raison à Lénine soutenant jadis que « chaque cuisinière doit apprendre à gouverner » ?

Dans un monde idéal, oui. Mais le vœu d’autonomie, celui du peuple auto-institué, se heurte au principe de réalité, singulièrement dans les pays latins, singulièrement dans les pays anciennement catholiques, singulièrement en France, où la puissance publique a tout vampirisé. Je ne sais plus qui a dit de la France que c’est la seule monarchie d’Europe. Pas plus que les autres, elle ne saurait se passer d’élites. Tout le problème est qu’elles sont de plus en plus médiocres, conformistes et déliées de leurs engagements vis-à-vis des peuples. Raison pour laquelle les populistes croient pouvoir en faire l’économie. Mais la vérité, c’est que le peuple en soi, sans élite ni avant-garde, au sens marxiste du mot, est voué à l’impuissance. C’est ce que donne à voir la longue histoire des révoltes populaires, jusqu’à la crise des Gilets jaunes. Il faut se garder des tentations utopiques qui ont peu à peu submergé ce mouvement une fois que les Gilets jaunes historiques ont déserté les ronds-points. Le RIC ne résoudra pas tous les problèmes, pas plus que le « Web e la Piazza », le Web et la place publique, pour parler comme le Mouvement 5 étoiles. On ne fait pas de la politique à partir de rêveries autonomes, autogestionnaires, conseillistes, archéo-anarchistes. Les sociétés auto-organisées (les sociétés sans État chères à l’anthropologue et ethnologue Pierre Clastres) ne font pas société. Ce qui apparaît au contraire dans les enquêtes d’opinion, c’est que les peuples abandonnés plébiscitent les figures de l’autorité. Dans les sociétés ouvertes, un des deux besoins fondamentaux de l’âme humaine n’est plus assurée : la sécurité. L’âme humaine s’épanouit pleinement dans la liberté pour peu que l’homme ait la garantie d’être protégé. Liberté et sécurité. Les deux entrent systématiquement en tension, l’un menaçant d’abolir l’autre. Ainsi de la liberté, grand idéal de la modernité. C’est dans ce sens-là qu’il faut interpréter la demande populiste et l’émergence des sociétés illibérales. On définit communément le populisme comme un appel au peuple, mais il est bien plus un appel au secours des peuples, protestation angoissée qui n’est pas entendue et renvoie aux élites l’image de leur suffisance et de leur insuffisance. L’homme populiste cherche le bon gouvernement, le bon pasteur. Il veut choisir son chef, mais il veut un chef.

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Pitié, reportez la rentrée… indéfiniment!

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Auteurs : Valerio Berdini/Shutter/SIPA; Numéro de reportage : REX40421946_000006

 


Note de service: l’été se termine le 21 septembre. Eh oui. Etrange comme on oublie les saisons.


Depuis quelque temps déjà, on va dire trente ans, les faux rythmes de l’économie spectaculaire-marchande asservissent la population et grignotent la saison souveraine, celle des chaises longues, des naïades, des siestes où revient l’enfance, des petites villes qui dorment dans la chaleur de trois heures, du chat que l’on regarde des heures, du livre retourné sur le sable : il y aura du mica dans les Poèmes de Morand.

Être en avance pour être à l’heure ?


Bientôt, il n’y aura plus que les retraités, (vous savez ces gens qui ont le droit de toucher de l’argent sans travailler à partir d’un certain âge; non, non, ce n’est pas une légende urbaine) pour goûter la mélancolie calme et lumineuse de ces semaines qui commencent après le quinze août, ces soirées où l’on peut encore dîner sur la terrasse mais où il faudra tout de même, au moment du dessert, aller chercher une petite laine.
A l’image de l’école (j’ai été un élève qui rentrais le 15 septembre, puis un prof qui recommençais le 10, le 7, le 1er et je me suis sauvé la première année où la prérentrée a eu lieu un 30 août), l’ensemble de la société est pressée par ses seigneurs d’arriver toujours plus tôt, d’être en avance pour être à l’heure.
Cette vision purement capitaliste du temps qui organise le moindre aspect de nos vies, il serait bien qu’on trouve autre chose qu’un coronavirus pour la détruire. Une révolution, par exemple, ou une sécession douce. Quelque chose entre L’An 01 de Gébé et cette horloge d’un café de Lisbonne, qui tourne à l’envers  dans film d’Alain Tanner, Dans la ville blanche.
« Ne travaillez jamais! » recommandait non sans justesse un graffiti attribué à Debord, rue de Seine, au début des années 1950 .Il faudrait désormais compléter et préciser par « Ne rentrez jamais ».

Déraison générale

Nous ne sommes pas indispensables à cette déraison générale, comme ils veulent nous le faire croire tout en se débarrassant de nous au moindre coup de vent sur leurs plus-values, de rétrécissement de leurs dividendes.  Nous sommes seulement indispensables à nous-mêmes et à ceux qu’on aime et qui nous aiment. Nous ne sommes redevables qu’au bonheur d’être au monde, si improbable aujourd’hui, à l’honneur d’être des hommes disponibles.
Le confinement a au moins eu l’avantage de prouver cette évidence oubliée comme La lettre volée d’Edgar Poe: leur organisation totalitaire du monde et de notre temps n’est rien, juste le mauvais rêve d’une société enchaînée qui peut s’arrêter du jour au lendemain d’un claquement de doigt ou d’un sourire moqueur, pour peu que nous le décidions. Ne rentrez jamais.

La lettre volée: (low cost). Édition limitée

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