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François Bayrou haut-commissaire, pour quoi faire?


Le poste de haut-commissaire au plan que le maire de Pau devrait se voir proposer est un os à ronger qu’on lui donne pour s’assurer de son soutien à Macron… Et quel soutien !


C’est un secret de polichinelle. François Bayrou est pressenti depuis plusieurs semaines pour devenir le prochain « haut-commissaire au plan » afin de s’occuper (selon l’intéressé) de « tous les domaines qui nécessitent de prendre en compte l’avenir plus lointain ». Fichtre !

Double anachronisme

Créé en 1946 sous le général de Gaulle et supprimé en 2006 par Jacques Chirac, le CGP a néanmoins subsisté (après plusieurs changements de noms) sous la dénomination France Stratégie, « une institution autonome placée auprès du Premier ministre » et qui « anime le débat public et éclaire les choix collectifs sur les enjeux sociaux, économiques et environnementaux ». Les institutions en France (comme le Phénix) renaissent toujours de leurs cendres. Mais le CGP correspond à une époque révolue, celle des Trente Glorieuses. Avec François Bayrou à sa tête, ce serait un double anachronisme. Le « nouveau monde » paraît bien loin. De plus, comme le rappelle le leader centriste : « encore faut-il déterminer ce qui est vital et imposer aux décideurs et à l’opinion publique de se saisir des problèmes qui méritent une réponse à 10, 20 ou 30 ans et non pour 10, 20 ou 30 jours ». Cependant, on voit mal l’État « se projeter dans le long terme » (selon les mots du Premier ministre) avec l’élection présidentielle de 2022 en ligne de mire, et pour laquelle Emmanuel Macron a besoin d’un allié, aussi petit soit-il comme le Modem, après avoir perdu la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Alors il faut ménager François Bayrou, quitte à le nommer à la tête d’une coquille vide…

Fort de sa relation privilégiée avec le chef de l’État, le maire de Pau veut également être au-dessus de la mêlée en étant rattaché directement au président de la République et non au Premier ministre. Sorti par la porte avec fracas en 2017, l’éphémère ministre de la Justice veut donc revenir par la fenêtre. François Bayrou se rêve encore un destin national, à défaut d’un destin présidentiel. Le 22 février 2017, il avait annoncé vouloir poursuivre la route qui mène à l’Élysée (pour la quatrième fois consécutive), non pas en solitaire mais en marchant dans les pas de Macron.

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Il faut dire qu’Emmanuel a toujours su séduire les professeurs de lettres. Un drôle d’attelage qui réunissait un ex-ministre de gauche avec un ex-ministre de droite. Un financier iconoclaste représentant du microcosme parisien avec un homme de traditions attaché à ses racines rurales.

Le Modem s’imagine faiseur de rois

Bayrou, nostalgique du temps où il pouvait « créer la surprise », pensait que Macron pouvait réussir là où lui-même avait échoué, c’est-à-dire en appliquant une stratégie de prise de pouvoir par le centre. L’ancien bègue du Béarn n’a pourtant jamais eu la langue dans sa poche au sujet de Macron, critiquant la loi qui porte son nom ou bien fustigeant son projet de société qui n’est « pas le sien ». Bayrou a toujours considéré Macron comme l’homme des « médias et des puissances de l’argent », ce qui fût confirmé d’ailleurs par la hausse des marchés financiers au moment de l’annonce de son ralliement à l’ancien banquier. Ce qui est assez piquant. Ainsi, après avoir soutenu le cheval de retour Juppé (contre Sarkozy), Bayrou s’est rabattu sur le poulain Macron (contre Fillon). Aujourd’hui encore, il se voit toujours en faiseur de rois.

Nicolas Sarkozy, dans son dernier livre Le Temps des Tempêtes, charge le maire de Pau : « il a toujours trahi ceux qu’il a choisis (…). Emmanuel Macron en fera, à son tour, avant la fin de son quinquennat, l’amère expérience. Je n’en doute pas un instant. » L’histoire le dira. Elle qui, comme une idiote, mécaniquement se répète, écrivait Paul Morand. Bayrou s’était prononcé, en étrillant Macron, pour la séparation de l’État et de l’argent : « Il y a la séparation de l’Église et de l’État, moi je suis pour la séparation de l’État et de l’argent ». Prêt à tous les renoncements pour arriver à ses fins, on retrouve dans les actes du biographe à succès d’Henri IV l’admiration portée à son modèle. L’ancien roi changea en effet plusieurs fois de religion avant d’accéder au trône : abjurant une nouvelle fois le protestantisme, pour se convertir de nouveau au catholicisme. Après tout, Paris vaut bien une messe.

Le Temps des Tempêtes

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Des doutes sur la découverte de gaz par la Turquie

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La Turquie a annoncé la semaine dernière la découverte d’un gisement de gaz géant en mer Noire. Pour plusieurs experts, cette annonce est prématurée et s’apparente avant tout à de la propagande.


L’annonce la semaine dernière par le président Turc Recep Tayyip Erdogan de la découverte d’une gigantesque réserve de gaz dans les eaux territoriales du pays dans la mer Noire a été accueillie avec un certain scepticisme par de nombreux experts. Pour plusieurs d’entre eux, cités notamment par le Wall Street Journal, l’annonce tient plus de la propagande que d’informations vérifiables. «La Turquie a réalisé la plus grande découverte de gaz de son Histoire, en mer Noire… Notre navire de sondage Fatih a découvert une réserve de 320 milliards de m3 de gaz naturel dans le puits Tuna-1…  Notre objectif est de mettre ce gaz naturel à la disposition de notre nation à partir de 2023», a déclaré Erdogan.

Le ministre turc de l’économie, Berat Albayrak, le gendre de Erdogan, a ajouté que la découverte de gaz en mer Noire devrait permettre d’éliminer le déficit de la balance courante du pays. Le pays traverse une profonde crise économique et la livre turque a perdu 20% de sa valeur sur les marchés de change depuis le début de l’année.

A lire aussi: Syrie: gentils Kurdes contre méchants Turcs?

L’exploitation de ce gisement réduira la dépendance du pays envers les importations d’énergie, notamment de Russie, d’Azerbaïdjan et d’Iran. Reste à savoir dans quelle proportion et quand? L’an dernier, les importations d’énergies ont coûté à la Turquie 41 milliards de dollars dont 12 milliards pour le gaz (45 milliards de m3). Depuis le début de l’année, la production de pétrole et de gaz du pays a représenté respectivement 9% et 2% de sa consommation.

Un passé de fausses annonces spectaculaires

Des doutes existent à la fois sur l’importance réelle des réserves découvertes, sur la possibilité de les exploiter en eau profonde, à 3500 mètres, et sur la possibilité de pouvoir commencer à extraire du gaz dans seulement trois ans. À plusieurs reprises au cours des dernières décennies, des membres du gouvernement turc ont fait des annonces aussi spectaculaires qui se sont avérées fausses. Il en est ainsi par exemple, de l’affirmation que 10 milliards de barils de pétrole attendaient à être découverts au fond de la mer noire.

Pour Ulrich Leuchtmann, économiste de la Commerzbank, la découverte est indéniablement une bonne nouvelle pour la Turquie. «Mais il ne s’agit pas de quelque chose susceptible de changer profondément l’économie du pays comme certains l’ont annoncé». Des articles annonçaient même que les réserves étaient suffisantes pour répondre aux besoins d’énergie de la Turquie pendant 20 ans.  Il ajoute qu’il faut en général une décennie pour exploiter à plein régime un gisement qui vient juste d’être découvert et qu’en l’état actuel de son potentiel il ne permettrait pas de combler le déficit de la balance des paiements turque.

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La tonalité est la même pour John Bowlus du Centre pour l’énergie et le développement durable d’Istanbul. «Cela est très important pour la Turquie parce que la découverte a été faite dans la mer noire et pas dans l’est de la Méditerranée qui est marqué par toute sorte de problèmes géopolitiques». Et notamment un conflit ouvert entre la Turquie et la Grèce sur les eaux territoriales et l’accès aux réserves de gaz.  Mais ajoute John Bowlus, «la Turquie va devoir lever beaucoup de capitaux pour investir et construire l’exploitation du gisement. Ils vont aussi devoir s’associer à une société internationale parce qu’ils n’ont pas l’expérience pour développer un gisement offshore».

Trop tôt pour crier victoire

Cité par Arab News, Aydin Sezer, un expert en énergie, affirme qu’il est tout simplement techniquement impossible d’annoncer l’ampleur des réserves d’un gisement après …

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

« L’inflation du prix de l’insuline tue la moitié des diabétiques de type 1 de la planète »


Comment les diabétiques, sujets à risque, vivent-ils la crise du Covid-19 ? Quel est leur quotidien ? La recherche a-t-elle progressé ? Que fait l’État pour défendre les malades face aux intérêts de Big Pharma ? Chanteur et producteur à la scène, diabétique de type 1 à la ville, Bertrand Burgalat nous livre son point de vue iconoclaste. L’auteur de Diabétiquement vôtre (Calmann-Lévy, 2015) et fondateur de l’association Diabète et méchant a sa piqûre d’insuline dans la poche, certainement pas sa langue. Entretien (2/2)


Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

Causeur. Jusqu’aux années 1980, les médecins peinaient à accompagner les diabétiques. Depuis la découverte de l’insuline au début du XXe siècle, la recherche patinait. Comment se fait-il que vous ayez découvert le stylo à Insuline en Yougoslavie avec Laibach alors que la France s’en tenait encore aux seringues et aux aiguilles longues comme des pieux ?

Bertrand Burgalat. Il y a bien sûr d’excellents praticiens, mais la diabétologie est, dans son ensemble, une discipline paresseuse. C’est une médecine de congrès, avec un poids des prébendiers accentué par l’open-bar et la rente du remboursement à 100% des maladies chroniques. L’insuline n’a d’ailleurs pas été inventée par un diabétologue mais par un chirurgien orthopédiste au chômage. C’est d’ailleurs ce qui me rend relativement optimiste pour les années à venir : ce sont les progrès dans d’autres domaines, et notamment pour les autres maladies auto-immunes, qui permettront des innovations de rupture et la guérison : le diabète est la seule maladie, à ma connaissance, dont les spécialistes estiment, non sans gourmandise, qu’elle ne pourra jamais être vaincue, tout en nous assénant que “ça se soigne très bien maintenant”. C’est encore un point commun avec le Covid, la théorie, généralement, suit les produits. Et quand le principe de précaution enjoint des enfants de garder l’aiguille enfoncée 20 secondes lorsqu’ils se piquent, afin d’absorber la dernière goutte d’insuline (alors que trois ou quatre secondes suffisent), ce mélange de sottise et de méchanceté anticipe bien des décisions récentes.

La plupart des diabétiques insulinodépendants ne sont diagnostiqués qu’au moment où ils tombent dans le coma

Un jour, Nick Cave vous a surpris en train de vous faire une piqûre d’insuline, croyant que vous vous droguiez malgré vos dénégations. Socialement, le diabète est-il lourd à porter ?

J’avais également travaillé avec Malcolm McLaren et lui aussi s’était inquiété de me voir me piquer, pourtant il en avait vu d’autres… Ce qui demeure difficile c’est l’incompréhension, et d’abord, pour le diabète de type 1, l’ignorance, y compris des soignants, puisque la plupart des diabétiques insulinodépendants ne sont encore diagnostiqués qu’au moment crucial où ils tombent en acidocétose et dans le coma. La difficulté pour les diabétiques insulinodépendants est que plus ils se traitent bien plus leur affection est visible puisque cela implique plus de contrôles, de piqûres et d’attention. Comment expliquer qu’on est diabétique et qu’on doit manger des choses sucrées quand on a trop d’insuline? Un diabétique insulinodépendant doit constamment jongler avec une multitude de paramètres pour ajuster lui-même son traitement. Ce n’est pas facile lorsqu’on travaille sur un chantier, dans une boutique ou un supermarché. Et il faut déjouer la méfiance des employeurs, expliquer qu’on peut travailler « comme les autres », sans pour autant être « comme les autres », car l’intégration se fait souvent au prix d’une minoration de nos difficultés.

Le permis de conduire a longtemps été une hantise pour les diabétiques, soumis à une évaluation arbitraire tous les cinq ans. Examinés par des praticiens incompétents (il pouvait s’agir de sexologues ou d’ORL), certains se sont vus interdire de conduire, avec les conséquences professionnelles qu’on peut imaginer, pour une réponse mal interprétée. Le législateur a modifié le texte, de façon encore assez jésuitique puisque les diabétiques obéissants, qui s’étaient déjà soumis à ces visites, doivent continuer de les passer, alors que les mauvais élèves comme moi, qui n’avais jamais rien déclaré, en sont dispensés et peuvent se contenter d’un certificat médical. Les diabétiques sont encore écartés d’emblée de bien des professions, de l’armée, de la magistrature ou des douanes. Une proposition de loi UDI-Agir destinée à supprimer les interdictions professionnelles de principe, a été votée par l’Assemblée nationale cette année. Très bien écrite, elle nous ramène dans le droit commun et la médecine du travail. Reste la question des assurances, et notamment des prêts immobiliers. Nous payons des surprimes démentes, et ne sommes couverts qu’en cas de décès. La convention Aeras ne résout rien, et les assurances scélérates proposées par l’Association Française des Diabétiques – FFD sont encore plus défavorables que celles que nous obtenons par nous-mêmes. C’est pourquoi nous demandons, avec Diabète et Méchant, l’association que j’ai cofondée, l’extension de la loi sur le droit à l’oubli, qui ne permet pas d’oublier qu’on a eu un cancer, mais de le mentionner.

L’insuline, inventée il y a près d’un siècle, est aujourd’hui entre les mains de trois sociétés

Il y a quelques années, la commercialisation du patch FreeStyle Libre a bouleversé le quotidien de millions de diabétiques qui avaient jusqu’alors recours aux bandelettes pour surveiller leur taux de glycémie. Cet accessoire est-il remboursé par la Sécurité sociale ? Plus globalement, la Sécu couvre-t-elle correctement les diabétiques alors que leurs équipements coûtent de plus en plus cher ?

Le diabète, toutes catégories confondues, est une Affection de Longue Durée, ce qui signifie que tous les traitements sont pris en charge à 100% par l’Assurance-maladie. C’est à la fois formidable et très dangereux si la puissance publique ne négocie pas correctement les tarifs. Comment peut-elle le faire quand les experts travaillent pour les industriels? Cette croyance qu’un expert sans liens d’intérêt est un expert sans intérêt perturbe grandement l’action des autorités de santé. Non seulement elle érode les comptes publics, notamment avec les pompes à insuline ou les bandelettes d’analyse, survendues, mais l’inflation du prix de l’insuline provoque la mort injustifiée de la moitié des diabétiques de type 1 de la planète : l’insuline, inventée il y a près d’un siècle, et dont les découvreurs avaient souhaité qu’elle ne soit pas brevetée pour favoriser sa diffusion, est aujourd’hui entre les mains de trois sociétés, Novo Nordisk, Sanofi et Eli Lilly, qui contrôlent son accès et son prix, totalement injustifié puisque, selon les pays, l’insuline est vendue entre 10 et 60 fois son coût incluant la recherche et une marge confortable. C’est une honte et un crime qui devrait conduire les dirigeants de cet oligopole devant la justice pénale.

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Cette question dépasse les clivages politiques habituels (on peut l’expliquer sous l’angle du capitalisme mais aussi par l’absence de concurrence) mais le seul parlementaire qui s’y intéresse est François Ruffin. Diabète et Méchant représente en France l’organisation T1 International et sa campagne #insulin4all pour l’accès à l’insuline. Nous travaillons également avec l’ONG Santé diabète, impliquée en Afrique, le Formindep, l’Observatoire pour la transparence dans les politiques du médicament, Open Insulin, qui tentent de mettre au point une insuline en open source et l’Apesac, qui se bat courageusement pour que Sanofi assume ses responsabilités dans l’affaire de la Dépakine.

Cela fait quarante-cinq ans que je suis diabétique et j’ai l’impression que rien n’a changé

Avec les progrès de la médecine, à condition de respecter un régime alimentaire équilibré, un diabétique peut-il aujourd’hui vivre quasi-normalement en Occident ?

Il faut encore une fois distinguer entre les formes de diabète. La plupart des diabétiques de type 2 peuvent vivre « normalement » partout dans le monde, mais tant qu’on s’obstine à leur parler comme à des imbéciles, il leur est difficile de sortir de la spirale d’une alimentation à base de féculents et d’hydrates de carbone qui fatigue leur organisme et leur pancréas.

Pour les diabétiques de type 1, la question de l’accès à l’insuline ne se pose pas uniquement au Sud, elle concerne également, dans des pays comme les États-Unis, où le prix de l’insuline a triplé en dix ans, ceux qui n’ont pas les moyens d’acquitter une assurance-maladie, sans rentrer dans les critères du Obamacare.

Cela fait quarante-cinq ans que je suis diabétique et j’ai l’impression que rien n’a changé depuis le CNTS (Centre National de la Transfusion Sanguine) et le combat courageux de Jean Peron Garvanoff et Anne-Marie Casteret : les organismes changent de nom à chaque scandale, un nouveau texte est voté, comme la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST) après le Mediator, immédiatement vidée de sa substance, mais l’absence de séparation entre associations de patients, praticiens, industriels et autorités persiste.

Parler aujourd’hui d’“Etat-stratège”, de souveraineté (tout en répétant comme en 1919 “l’Allemagne paiera”…), vitupérer contre “Big Pharma” et les “multinationales” et réclamer plus d’investissements sans s’interroger sur l’affectation des fonds revient à perpétuer l’économie de prébendes.

Diabétiquement vôtre

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Bernard Zimmern: l’histoire d’un énarque anti énarques

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Fondateur de l’IFRAP, il avait consacré une partie de sa vie à dénoncer les excès de l’étatisme et les abus de l’énarchie. Il vient de nous quitter à l’âge de 90 ans.


Bernard Zimmern partageait avec Valéry Giscard d’Estaing une particularité extrêmement rare, avoir fait à la même époque une partie de leurs études supérieures à l’École polytechnique et à l’ENA. Comme VGE, Zimmern avait commencé par Polytechnique puis enquillé avec le concours de l’ENA, sauf que l’ancien président, lui, n’avait jamais passé ce concours, ayant bénéficié d’un incroyable « piston » que Zimmern raconte ainsi : Giscard était entré à l’ENA par une “botte” que lui avait fait ouvrir son père, Edmond Giscard d’Estaing, lui-même inspecteur des finances, grâce à un décret qu’il avait obtenu de Georges Pompidou et qui lui ouvrait l’entrée directe à l’ENA. Ce privilège était réservé à deux élèves de l’X (un seul aurait été trop voyant) à condition que ces derniers soient classés dans le premier cinquième de leur promotion, ce qui avait été le cas de l’élève Giscard et ce qui lui a permis d’éviter le risque du concours d’entrée.

Think-tank libéral le plus ancien et sans doute le plus influent, l’IFRAP est aujourd’hui une voix originale dans l’étouffante et permanente propagande étatique que subissent les Français

Bernard Zimmern, personnage atypique et exceptionnel à plus d’un titre – il avait été aussi lauréat du Concours général de physique et de version latine – a donc bien connu et fréquenté – assez peu en vérité – la nomenklatura des hauts fonctionnaires français, mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’a jamais voulu entrer dans le jeu de la haute fonction publique, qu’il estimait pervers. À la fin de ses études, il préfère passer quelques années à la Régie Renault, dans les ateliers, pas dans les bureaux, avant de consacrer une décennie à la CEGOS, le plus gros et le plus pointu institut de consulting de l’époque, et de diriger leur service de recherche et développement.

Fasciné par la philanthropie des milliardaires américains

Puis il part aux États-Unis pour travailler au développement international de l’une de ses créations industrielles en tant qu’ingénieur et inventeur qui devait révolutionner certains aspects de l’industrie automobile dans le monde : le compresseur rotatif, ce qui l’amène à déposer plusieurs centaines de brevets dont l’exploitation lui permettra de gagner plus tard d’importantes royalties et surtout lui garantira pour le reste de ses jours une large indépendance financière.

Sur cette période de sa vie il est toujours resté très discret, ainsi que sur sa fortune en dollars, dans les fréquentes rencontres et déjeuners amicaux qui nous ont réunis pendant ces dernières années, préférant toujours mettre en avant son profond intérêt pour la philanthropie des milliardaires américains qui le fascinait, et pour le rôle essentiel des business angels et des think-tanks aux États-Unis, ces instituts de recherche et d’études totalement privés, indépendants et animés par des entrepreneurs dévoués à la chose publique et à l’intérêt général. Cette passion pour les think-tanks ne le quittera jamais et c’est ainsi qu’il passe tout naturellement à la seconde partie de sa vie en fondant l’iFRAP en 1985 dans une démarche citoyenne et avec pour seule assistance financière son chéquier personnel. Depuis lors, l’iFRAP, « institut » devenu plus tard « fondation », qui se consacre à « la recherche sur les administrations et les politiques publiques » est financée exclusivement par des fonds privés. Son crédo : « indépendance et expertise ». Think-tank libéral le plus ancien et sans doute le plus influent, c’est aujourd’hui une voix originale dans l’étouffante et permanente propagande étatique que subissent les Français.

Des pertes de 500 milliards d’euros

À dater de cette année 1985, il va étudier de près les raisons du déclin de notre pays et constate très vite que si la France régresse depuis 1974, c’est « à cause de sa classe dirigeante, écrit-il dans l’introduction de son Dossier noir de l’ENA édité par l’iFRAP en 2005, celle que nous avons tous l’habitude de mettre sur un piédestal parce qu’elle représente la puissance, parce qu’elle tient la plupart des leviers de commande, parce qu’elle reçoit honneurs et décorations. » Et Zimmern d’ajouter : « Pire encore, il ne s’agit même pas d’une classe mais d’une caste, c’est-à-dire d’un petit groupe d’hommes et de femmes qui ont confisqué le pouvoir non pour servir la nation, ce qui était leur raison première, mais pour se servir eux-mêmes et multiplier leurs privilèges. »

Bernard Zimmern fustigeait allègrement l’expansion des postes pour énarques dans des domaines où ils sont manifestement incompétents

Un peu plus loin, dans cette même introduction de ce Dossier noir de l’ENA : « Depuis 30 ans, aucun ministre ne peut avoir une quelconque influence s’il ne meuble pas son cabinet d’énarques et surtout d’inspecteurs des finances. Le drame est que ces inspecteurs des finances n’ont pas appris comment créer des richesses et résorber le chômage […]. Ils ne savent que contrôler, réglementer, distribuer. » Zimmern rappelle souvent comment cette « crème » des énarques « a fait sombrer la banque française, à travers des pertes qui dépassent les 500 milliards d’euros quand on totalise les résultats des inspecteurs des finances ayant pris le contrôle du Crédit Lyonnais, de la Société Générale et des grandes sociétés d’assurance hors Axa ». Très pessimiste, il conclut ainsi son introduction : « Il n’y aura pas de renaissance française tant que cette caste conservera le monopole du pouvoir. »

Une « apothéose énarchique »

Venant de la part d’un analyste aussi brillant que lui, qui sait de quoi il parle et de qui il parle, ces propos peuvent paraître brutaux. Pour ce qui nous concerne, nous l’avons parfois entendu prononcer des mots encore plus durs, y compris lors de réunions, il est vrai très fermées, comme celle à laquelle nous avons eu le privilège d’assister un jour, au siège de son autre think-tank, l’IRDEME – qui étudie la démographie des entreprises –, une réunion qui avait pour but de faire plancher quelques proches et cerveaux amis sur la création d’une chaîne télé d’information économique grand public, un dossier qui n’a finalement pas abouti.

Il continuait inlassablement à vouloir ouvrir les yeux de ses concitoyens sur le déclassement de son pays, mais en dehors de l’iFRAP qu’il ne souhaitait pas engager dans ses combats personnels. Il écrivait régulièrement des éditos depuis quelques années sur le site du dernier think-tank qu’il avait créé, Entrepreneurs pour la France, et il avait fêté à sa façon l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron dans un article du 2 juillet 2017 intitulé « L’apothéose énarchique » dont nous tirons les quelques phrases suivantes :

« L’arrivée d’un inspecteur des finances à la présidence (Macron) renforcée par celle d’un énarque sorti dans un autre grand corps (Conseil d’État : Philippe) et confortée par la multiplication des énarques à tous les postes de ministres et de conseillers, ne peut que terroriser. Nous sommes vraiment passés sous le contrôle de la “firme” […] et la perspective d’une politique française menée par cette “firme”, une firme qui ne connaît l’entreprise – le matériau dont sont faites les économies modernes – qu’à travers des livres sans jamais l’avoir vécue, est une perspective catastrophique. » Dans ce même édito, il fustigeait allègrement « l’expansion des postes pour énarques dans des domaines où ils sont manifestement incompétents », prenant comme exemple « la santé ». On connaît la suite avec les hôpitaux et les Agences régionales de sante (ARS) peuplés d’énarques parmi les plus mal classés des promotions.

Un grand malheur collectif

Ingénieur, créateur, fonceur, meneur d’hommes et remueur d’idées, Bernard Zimmern écrivait cash et parlait cash. Il refusait de perdre son temps dans des débats stériles et cherchait toujours à connaitre la vérité qu’il annonçait ensuite franco de port comme disait Brassens. Bénéficiant d’un cerveau exceptionnellement affûté, il pouvait s’appuyer dans ses entreprises sur des moyens financiers importants qu’il avait gagnés grâce à son talent d’entrepreneur, mettant le tout au service de l’intérêt général. Une démarche à rapprocher de celle d’un autre polytechnicien, aussi original et novateur que lui, Claude Perdriel, qui a pu assumer pleinement sa passion dévorante pour la presse grâce à une vraie réussite personnelle dans l’industrie.

Comme tous les grands managers, Zimmern savait s’entourer. À l’iFRAP, il fera longtemps confiance à un réfugié de Roumanie de grande pointure, Nicolas Lecaussin, puis à une fille de vignerons bordelais à l’énergie indomptable, Agnès Verdier-Molinié – il était très élogieux à son égard et en parlait souvent –, à laquelle, voulant prendre du recul, il confiera son modeste think-tank devenu une fondation puissante et respectée.

Il a ainsi laissé en héritage à ses concitoyens trois instituts d’études et de recherche libres et indépendants, l’iFRAP, l’IRDEME et, donc, Entrepreneurs pour la France, qui réunit d’anciens grands dirigeants d’entreprises passionnés par la chose publique et attachés à une vraie réforme de leur pays. Cet homme qui a donc consacré une grande partie de sa vie à vouloir dire la vérité aux Français sur le déclin français et sur les responsables de ce grand malheur collectif a également écrit dans le style cash qui est le sien quelques livres chocs très bien informés grâce aux études de son iFRAP. Ainsi, parmi d’autres, Les Profiteurs de l’État (Plon, 2001), La Dictature des syndicats (Albin Michel, 2003) et son dernier essai, Changer Bercy pour changer la France (Tatamis, 2015), dans lequel il confirme toujours aussi vertement ses critiques à l’égard de la « caste dirigeante ».

« Il faut absolument sortir de ce piège mortel »

« Depuis l’arrivée de l’ENA triomphante au pouvoir avec Giscard d’Estaing, écrit-il dans la conclusion de ce dernier ouvrage, ce n’est plus le risque mais la justice sociale, entendons la redistribution, et la sécurité qui sont devenues les maîtres mots de la politique. À travers des statistiques frelatées et une vision de la croissance économique où l’idéologie tient lieu de science, les égalitaristes ont réussi à faire croire que le premier problème de notre société était la lutte contre les inégalités de revenu et de patrimoine. […] Il faut absolument sortir de ce piège mortel dans lequel égalitaristes et étatistes nous ont enfermés. […] C’est le conflit entre entrepreneurs et bureaucratie égalitariste qui décidera de la sortie du chômage et de l’avenir de notre pays. »

Bernard Zimmern souffrait beaucoup ces derniers temps. Son corps commençait à la lâcher mais, lors de notre dernier déjeuner début mars à quelques jours du début du confinement, dans un restaurant de l’avenue Gabriel à Paris, il avait continué à faire preuve, comme d’habitude, d’une inépuisable énergie intérieure et d’une qualité de réflexion et de raisonnement rares, à l’image du personnage hors du commun et du guide qu’il était et qu’il restera pour tous ceux qui l’ont approché.

Les profiteurs de l'État

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La Dictature des syndicats

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Changer Bercy pour changer la France

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Racistes du troisième millénaire


Au secours, la race revient ! Né dans les campus américains des années 1970, le discours décolonial, qui sépare l’antiracisme de son héritage universaliste, nourrit l’imaginaire de la gauche radicale. Ses propagandistes attribuent tous les maux de la terre aux « Blancs », prétendus héritiers de l’impérialisme occidental.


On pensait, avec l’anthropologue Ashley Montagu, qu’il était acquis que « le mot “race” [était] lui-même un terme raciste ». D’aucuns prophétisaient alors le triomphe du modèle pacificateur de la démocratie libérale sur tous les grands récits qui ont structuré le XXe siècle. Mais, n’en déplaise aux théoriciens de la fin de l’Histoire, comme Marx et Hegel avant lui, Fukuyama s’est fourvoyé ; les statues que l’on abat, les romans que l’on censure et les œuvres que l’on décroche sont autant de preuves ex post de cette erreur. Il ne s’agit pas de rétablir l’alternative défendue par Huntington pour autant : ce qui se produit aujourd’hui, ce n’est pas l’avènement d’un multipolarisme géographique et civilisationnel, mais une fragmentation du corps social autour de nouvelles utopies politiques, à savoir ces identités transnationales que sont la sexualité, le genre, la race et même le spécisme.

A lire aussi, Nora Bussigny : Pères blancs

Influence de la pensée postcoloniale

En France, le retour de la race dans le débat public s’est structuré sur la base du discours dit « décolonial[tooltips content= »Afin de mettre en exergue l’idéologie politique qui sous-tend ce mouvement, nous plaidons pour l’emploi de l’adjectif « décolonialiste », mieux à même de rendre compte de la réalité du phénomène »]1[/tooltips] ». Ce dernier dérive d’une évolution ternaire de type perfusioninfusiondiffusion : perfusion depuis les campus américains des années 1970 où naissent et se développent les x-studies – ces disciplines visant à penser les « subalternités » en souffrance dans le cadre des rapports sociaux de domination ; infusion dans les années 1990 et 2000 dans un contexte de remise en cause de l’unité nationale (affaire des foulards de Creil, lois mémorielles, seconde intifada, émeutes des banlieues…) ; enfin, diffusion, avec la mutation de l’antiracisme et la remise en cause de sa forme morale et universaliste par des groupes communautaristes militants (PIR, CRAN, CCIF…).

La démarche décolonialiste se propose de défaire les héritages multiples issus de la colonisation occidentale, qui perdureraient non seulement au sein de nos institutions (« racisme d’État », « discrimination systémique », principe de laïcité), mais aussi dans l’esprit du « Blanc », ce dominant en puissance bénéficiant de l’insigne « privilège » de vivre normalement au sein de la nation française. Le décolonialisme est un militantisme radical qui prolonge et met en acte le travail de déconstruction philosophique entrepris il y a quarante ans au sein des départements de littérature de l’université américaine par les théoriciens du postcolonialisme, au premier rang desquels Edward Saïd et son épigone Gayatri Spivak. L’un et l’autre ont entrepris d’analyser la période coloniale ainsi que ses effets sur les pays jadis en situation de dépendance politique ayant entamé leur transition vers une souveraineté politique retrouvée. Cet exercice critique raisonné a notamment conduit à l’émergence de thèses toujours vivaces, au premier rang desquelles celle de la persistance des systèmes de représentation coloniaux à travers l’Histoire (Saïd) et l’impossibilité subséquente pour les populations dominées de « parler pour elles-mêmes » de manière « authentique » (Spivak). Largement influencés par la logique révolutionnaire marxiste d’affranchissement prolétarien, les promoteurs du postcolonialisme ont contribué au glissement du schème de la domination bourgeoise produite par le capitalisme vers celui d’un impérialisme de l’Occident entretenu et diffusé par la démocratie. Dans les années 1950, Fanon évoquait déjà la nécessité d’adopter une posture de défiance à l’endroit de l’universalisme, en raison de son rôle supputé dans la structuration hiérarchique des relations sociales entre colonisateurs et colonisés.

La démarche décolonialiste se propose de défaire les héritages multiples issus de la colonisation occidentale, qui perdureraient non seulement au sein de nos institutions mais aussi dans l’esprit du « Blanc », ce dominant en puissance bénéficiant de l’insigne « privilège » de vivre normalement au sein de la nation française

Les mutations de l’indigénisme

L’indigénisme désigne primairement l’ensemble des dispositifs mis en place pour permettre aux populations autochtones dépossédées de leurs territoires – et souvent aussi de leurs cultures – de redéfinir les conditions de leur autonomie politique. Il est rapidement devenu un terreau de revendications identitaires autant que de conquête de nouveaux droits, parfois dérogatoires à la norme commune établie. L’une de ses figures intellectuelles les plus éminentes, le sociologue Ramon Grosfoguel, a également théorisé la colonialité en tant que processus transhistorique, n’hésitant pas à voir dans la domination une caractéristique (et non une déviance) des sociétés occidentales. La « blanchité » toxique conspuée par le décolonialisme contemporain s’inscrit en droite ligne de la vision de Grosfoguel : vision sélective ignorant à dessein la réalité de l’esprit belliciste de conquête qui a animé tant de peuples de tous les continents au cours de l’Histoire, tout en prônant une conflictualité intransigeante à l’encontre de l’Occident, jugé responsable au premier chef des turpitudes les plus terribles de nos temps.

L’indigénisme dont on se réclame aujourd’hui en France est une adaptation locale de la version originale. Faisant écho au Code de l’indigénat, qui définissait le statut juridique des populations autochtones de l’Algérie d’abord, puis de la plupart des possessions territoriales françaises, l’appellation « indigène » se veut témoigner du fait que les descendants des immigrés issus de ces colonies vivraient en somme ici comme leurs aïeux ailleurs, c’est-à-dire sous le joug d’un régime discriminatoire qui perdurerait.

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Les nouvelles inquisitions

Tout oppose leurs visions de la place des femmes dans la société. Pourtant, les mouvements néoféministes et indigénistes partagent une aversion similaire de l’unité républicaine, qu’ils tiennent pour un leurre. Ils ont en outre recours aux mêmes méthodes fondées sur la récrimination victimaire permanente, la production foisonnante de pseudo-concepts sociologiques ad hoc, et sur l’usage galvaudé de statistiques publiques pour étayer des faits particuliers. Ils honnissent la liberté de pensée et de débattre sereinement de sujets complexes et lui préfèrent souvent le simplisme de l’expression émotionnelle et subjective. Souvenons-nous que dans La Ferme des animaux, on proclamait déjà : « Tous les maux de notre vie sont dus à l’Homme, notre tyran. Débarrassons-nous de l’Homme, et nôtre sera le produit de notre travail. » Ces mots terribles résonnent chaque jour un peu plus fort dans nos sociétés, au point d’étouffer le chant d’espoir de ceux, innombrables, qui n’aspirent qu’au silence et à la concorde humaniste qu’on leur refuse désormais.

Je serais folle de vous…


De 1834 à 1863, George Sand et Eugène Delacroix entretiennent une riche correspondance malgré leurs divergences de points de vue…


« Je serais folle de vous si je ne l’étais d’un autre. » Ainsi écrit, en septembre 1838, George Sand à Eugène Delacroix dans leur Correspondance parue aux éditions Le Passeur. En 1834, Sand vient de rompre avec Musset. Elle va voir Delacroix, à qui l’éditeur Buloz a demandé un portrait pour une première de couverture. Dans ce portrait célèbre, Delacroix saisit au vif la douleur de George Sand. Une amitié naît alors entre eux, jamais démentie. « Vous êtes une des plus grandes affections de ma vie… » écrit Delacroix. « Artistes bohémiens, bilieux, nerveux », leur amitié amoureuse repose sur un amour forcené du travail et de l’art.

Une amitié énigmatique

Leur correspondance s’étale sur plus de vingt-cinq ans jusqu’en 1863. C’est dire combien les années la colorent différemment, avec des constantes. Sand est telle qu’en elle-même à travers le temps. Toujours « entre l’encre et la plume », elle travaille la nuit, monte à cheval le jour et dort le matin. Maîtresse de maison, mère attentive, amie généreuse et maternante, femme d’affaires, elle traduit Shakespeare, écrit du théâtre, fréquente tous les grands artistes de l’époque. Douée d’une vitalité extraordinaire, elle se relèvera d’une grave diphtérie, en 1860. Elle est aussi la femme engagée qui, après le coup d’État de 1851, vient à Paris plaider la cause de ses amis incarcérés. Quant à Nohant, c’est toujours le même Nohant, bêtes et gens, « avec des billards partout… Si vous voulez de la musique, il y en pleuvra et de la première qualité » écrit Sand avant la rupture avec Chopin. Même si l’argent est toujours « le grand maigre », Sand est généreuse avec Delacroix : « Envoyez-moi un Turc, un lion, un cheval, une odalisque… ce que vous aurez dans un coin pour 200 f. » Delacroix ne sera pas en reste avec Sand à qui il fait don, entre autres œuvres, d’une Vierge avec sainte Anne. On aimerait beaucoup d’amis comme ça. Pourtant, les épreuves familiales ne sont pas épargnées à Sand. Dans une lettre terrible, Sand évoque « la petite catastrophe de famille », inévitable, entre sa fille, elle et son gendre. La rupture avec Chopin, elle, est évoquée avec discrétion.

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Le secret – l’énigme – de cette amitié est à trouver dans le travail et dans l’art. Quand Sand rencontre Delacroix, elle est célèbre à Paris. Elle a écrit Consuelo. Elle publie en feuilleton l’Histoire de ma vie. Lui, il est pris par le plafond du Sénat, la chapelle de Saint-Sulpice, avec son Ange magnifique (à voir ou revoir). Il connaîtra un succès inouï à l’Exposition universelle de 1855. Chacun a une énergie créatrice peu commune. Pour autant, leur amitié n’est pas fusionnelle. Si Delacroix aime Sand « d’une façon tout à fait singulière », et si George Sand lui écrit la déclaration d’amour, tout aussi singulière, qui donne au livre son titre, ce ne sont pas, pour autant, des amants secrets ni des artistes maudits. Ils n’ont pas non plus les mêmes idées politiques. La notion de péché originel auquel croit Delacroix les sépare. Mais ils sont unis par des liens profonds dont certains critiques trouvent la source dans le fameux portrait de 1838 n’hésitant pas à créditer Delacroix de « voyeurisme ».

Sand, pas une égérie féministe

Ces lettres ne sont pas écrites pour la postérité mais au fil de la plume. Elles ne sont ni impudiques ni people. Ce n’est pas non plus l’échange de deux belles âmes. Car le réel le plus banal s’y impose toujours : vie artistique parisienne, certes, mais aussi vie de famille, détails ferroviaires. En lisant le Journal de Delacroix, on est frappé de la différence de tonalité entre les lettres qu’il lui adresse, et son jugement personnel sur elle. S’il admire Chopin, s’il aime la femme qu’est Sand, Delacroix n’a pas vu le génie unique de son amie dont il parle, parfois, avec condescendance.

Une correspondance sert à faire connaître les auteurs dont les œuvres sont toujours vivantes. De Delacroix, on connaît les tableaux. Connaît-on le Journal, monument sur la peinture ? De Sand, on connaît Histoire de ma vie. Mais Consuelo ? Mais Un été à Majorque, idéologiquement décrié ? Mais Les Maîtres Sonneurs ? Si le tout Paris vient sentir l’odeur des vaches à Nohant, l’écrivain hors pair que fut George Sand ne fut pas et n’est toujours pas reconnu à sa juste valeur. On a fait d’elle une femme scandaleuse. On l’enferme dans une trilogie champêtre. Lélia redevient à la mode pour la peinture du plaisir féminin. Si elle est une femme qui a conquis, de haute lutte, sa liberté, prenons garde d’en faire une égérie féministe alors qu’elle est un auteur original et puissant.

« La note bleue résonne et nous voilà dans la nuit transparente. » écrit Sand dans une lettre. C’est à Nohant que Chopinet, dit Chip Chip, écrivit « deux superbes mazurkas qui valent bien dix romans » écrit Sand. Qui, mieux que le trio de Sand, Chopin et Delacroix les ont rendues sensibles, ces correspondances entre les arts ? A lire ce chef-d’œuvre que sont les Maîtres Sonneurs, on comprend l’amour de Chopin et de Sand. Décidément, il faudra qu’Antoine Compagnon nous fasse passer un été avec cette femme, peinte en homme par Delacroix, en 1838. Elle qui reconnut, d’emblée, le talent d’un autre Eugène, Fromentin, quand parut Un été dans le Sahel.

Agressions de maires: il va y en avoir combien d’autres?

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Les agressions de maires se banalisent. Comme si la charge d’élu local n’était pas déjà assez lourde !


Quelle époque !

Il va y en avoir combien d’autres ? Vous pensez magasins pillés ou banques vandalisées ? Non je parle des élus ! Des élus molestés, battus, pris à parti ou agressés physiquement ou de manière épistolaire – anonymement bien sûr ! Ho non pas le plus souvent des élus en costard cravate sept jours sur sept et qui lorgnent vers un destin parisien… Non, plutôt des élus de terrain pris à parti comme on se battait dans les bals de village voilà 30 ans.

Que s’est-il passé ? Dans un premier temps la désacralisation de tout. Du curé à l’instituteur jusqu’au médecin et désormais au maire, plus aucune fonction ne mérite respect désormais pour un grand nombre d’entre nous. Le « tous pourris » est généralisé. Le « moi aussi je peux le faire » est tellement répandu dans beaucoup d’esprits. De la téléréalité aux gilets jaunes et leur volonté de tirer au sort des représentants sans se soucier de quelque compétence préalable, preuve en est leurs « ambassadeurs », objectivement creux et incultes, on essaie de faire croire que chacun peut endosser toutes les fonctions par sa seule volonté.

Une sacrée charge

Non! Certes le processus démocratique permet à chaque citoyen de se présenter est d’être élu maire d’une des 31000 communes de France. Mais justement, on ne se réveille pas juste un matin en se disant « tiens je vais être maire ».

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Être élu c’est une sacrée charge ! Et preuve que certains n’y pensent pas assez, la démission surprise et le témoignage extraordinaire d’un jeune ex-édile élu en mai  et déjà démissionnaire. Thomas Maurice-Seingeot explique : « Je me suis mépris dans ma vision de maire. J’ai préjugé que c’était un travail alors qu’en réalité, la fonction est permanente, du 24 h/24, notamment au niveau mental. » Alors de grâce, arrêtons chers concitoyens de penser chaque élu comme un corrompu !

Se projeter pour sa commune avec une équipe est un vrai sacerdoce… pas un simple passe-temps ! Et plus la commune est modeste en nombre d’administrés, plus le boulot est inversement proportionnel aux indemnités perçues. Se lancer dans cette aventure humaine, urbaine et architecturale parfois, de gestion, de prévision et de projection est un vrai choix de vie, autant professionnellement que familialement.

Y’a plus de respect !

Alors si je stigmatise certains de mes concitoyens qui ne manifestent plus aucun respect pour rien… ni pour eux, je veux ici écrire mon dégoût de certains grands élus pour les petits qui triment et font un travail de proximité indispensable pour la démocratie de notre pays. Pour être clair, quand va enfin exister un vrai statut de l’élu local ?

Déjà en 2008, un collectif de citoyens de la ville rose émettait des préconisations dans ce sens…. résultat : cité dans Wikipédia, mais contacté par aucun parlementaire qui a sorti nombre de rapports. Ces fameux rapports qui finissent comme la poussière : dans un premier temps sous le tapis, dans un second temps se perdent dans les recoins des salons du Sénat.

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À laisser un laxisme ambiant opérer, une justice qui n’ose plus l’audace de la justesse, voilà que le poste d’élu, il y a encore peu « préféré des Français », devient dangereux à endosser. Après les professeurs invectivés, les médecins vilipendés, les policiers attaqués, les pompiers agressés, les élus frappés, à quand les présidents d’associations brutalisés pour une licence pas remise à temps ?

Je ne m’arrêterai pas pour autant car c’est mon choix de vie depuis 30 ans, mais tout de même cela ne rend pas confiant. S’investir pour les autres n’est pas une guerre !

« On fait comme si la France, qui consacre 12% de ses ressources à la santé, était un pays néolibéral »

 


Comment les diabétiques, sujets à risque, vivent-ils la crise du Covid-19 ? Quel est leur quotidien ? La recherche a-t-elle progressé ? Que fait l’Etat pour défendre les malades face aux intérêts de Big Pharma ? Chanteur et producteur à la scène, diabétique de type 1 à la ville, Bertrand Burgalat nous livre son point de vue iconoclaste. L’auteur de Diabétiquement vôtre (Calmann-Lévy, 2015) et fondateur de l’association Diabète et méchant a sa piqûre d’insuline dans la poche, certainement pas sa langue. Entretien (1/2)



Daoud Boughezala. Aux côtés de l’âge avancé et de l’obésité, le diabète est présenté comme un facteur de co-morbidité au Covid-19. Autrement dit, un diabétique atteint par le virus aurait plus de chances de développer une forme sévère de la maladie. Diabétique de type 1 depuis votre adolescence, avez-vous changé de quotidien depuis l’irruption de la pandémie ?

Bertrand Burgalat. Quand, dans son discours du 12 mars, le Président de la République a cité « celles et ceux de nos compatriotes qui sont âgés ou affectés par des maladies chroniques comme le diabète, l’obésité ou le cancer », j’aurais pu me réjouir que cette affection si mal comprise soit évoquée, pourtant j’ai été atterré : sa sollicitude, loin de  protéger les plus fragiles, risquait de leur coller une cible dans le dos et de les désigner comme individus à problèmes, à laisser de côté en cas de saturation des services d’urgence. C’est exactement ce qui s’est passé, et c’est ainsi que son message jésuitique a été entendu puisque dès le 17 mars, Anne Geffroy-Wernet, Présidente du Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs Élargi, a déclaré à La Croix : « Il y a trois types de profils. Ceux dont on sait qu’ils vont mourir, quoi qu’on fasse : ce sont des morts «inévitables ». Ensuite, les patients qui ont déjà des pathologies sévères, qui représentent des morts « acceptables ». Enfin, les morts « inacceptables » : les patients jeunes et sans antécédent. Notre objectif est d’avoir zéro mort inacceptable. » On peut dire que l’objectif a été atteint, la surprotection des personnes les moins exposées comme les enfants allant de concert avec l’abandon des pensionnaires des Ehpad, morts pour la plupart sans aucun soin, après avoir été contaminés par des personnels sous-équipés. S’il y a eu beaucoup de diabétiques de type 2 parmi les victimes, c’est d’abord parce que cette forme de diabète est souvent associée à d’autres facteurs aggravants comme l’hypertension, l’obésité et d’autres pathologies cardiovasculaires.

Depuis le début de la crise sanitaire, les experts médicaux, relayés par la classe politique, hésitent entre un discours catastrophiste et un ton infantilisant, comme s’il s’agissait de tancer des petits enfants indisciplinés pour combattre le virus. Ces travers vous rappellent-ils l’attitude qu’adopte une partie du corps médical face aux patients diabétiques ?

Le diabète est un miroir de notre société, qui concentre bien des paradoxes actuels. Il y a longtemps que nous devons endurer les approximations d’experts perclus de conflits d’intérêts, des doctrines médicales alignées sur l’offre et le marketing des équipementiers, l’infantilisation par le langage (acceptationdéniobservance etc) ou par des services de disease management comme Sophia ou MyDiabby,  les illusions et les risques de la santé connectée, les injonctions irréalistes des technocrates de l’“Education Thérapeutique du Patient” ou les inepties d’un Michel Cymès sur des chaines de service public. Il y a aussi le « programme du Conseil National de la Résistance » (qui n’a jamais eu de programme) invoqué dès qu’on remet en cause les dévoiements de l’assurance-maladie, ou les annonces boursières de Sanofi, l’Areva du diabète, qui vend la peau de l’ours et le vaccin avant même qu’il existe. Si notre « merveilleux-système-de-santé-que-le-monde-entier-nous-envie » (sans jamais aller jusqu’à l’imiter), avec sa piétaille sous-dotée et ses nomenklaturistes, s’est effondré en quelques jours, ce n’est pas par manque de moyens : le diabète, qui représente 20% des dépenses de santé en France, l’illustre, avec des traitements vendus et remboursés 1000% au-dessus de leur prix de revient et ses millions dépensés en influence.  Car les conseilleurs ne sont pas les payeurs, mais ils peuvent parfois être payés, comme le diabétologue André Grimaldi, toujours présent quand il faut vilipender l’hôpital malade de la rentabilité, comme si l’hôpital était rentable, comme si un pays qui consacre près de 12% de ses ressources à la santé était un pays néolibéral. Ce discours séduisant, fondé en apparence sur des principes louables, n’aboutit qu’à l’accroissement des dysfonctionnements. Si nous voulons une santé véritablement au service de tous, il faut moins d’argent, moins de dilapidations et moins d’économies de bouts de chandelle. La santé publique en France n’est pas malade de l’État ou de l’ “ultralibéralisme” mais de l’incapacité du premier à arbitrer en fonction de l’intérêt général, sans que ses décisions soient altérées.

La confusion entre les types est entretenue par ceux qui vivent du diabète

Pouvez-vous expliquer aux néophytes la différence entre diabètes de type 1 et de type 2 ? On présente souvent le second comme moins grave mais, comme vous l’a fait remarquer le Dr Grimaldi, certains malades dits légers sont sous dialyse… 

Les mots diabète et diabétiques désignent des maladies et des réalités très différentes avec plusieurs variantes comme Lada ou Mody. Le diabète de type 1, insulinodépendant, 5 à 10 % des cas, le plus souvent sans antécédents familiaux, est une maladie auto-immune : notre corps, inexplicablement, détruit les cellules bêta qui permettent la sécrétion d’insuline. Sans cette hormone nous mourrons, c’est pourquoi nous devons nous l’injecter, en essayant de suivre au plus près les variations de notre glycémie. Chez le diabétique de type 2 le pancréas fonctionne toujours, mais, trop sollicité par l’organisme, il peine à délivrer l’insuline en quantité suffisante. L’action du sucre est plus sournoise, souvent associée à d’autres pathologies qui amplifient ses conséquences.

tract sfdLa confusion entre les types est entretenue par ceux qui vivent du diabète, y compris par les associations officielles comme l’Association Française des Diabétiques car cela leur permet de parler au nom de 4 millions de malades en France et de 400 millions dans le monde alors qu’ils n’ont qu’une poignée d’adhérents. Pour les patients la confusion est désastreuse : pour les diabétiques de type 1, soumis à un traitement très contraignant, accablés de passer pour des patachons qui mangent trop de sucre, et pour les diabétiques de type 2, sur lesquels on fait peser la fatalité qui entoure le diabète de type 1, alors que dans la plupart des cas chez eux il s’agit plus d’un symptôme, qui peut être appréhendé positivement. Dans les deux cas, la culpabilisation règne : pour les type 1 culpabilisation d’avoir du mal à bien gérer un traitement complexe que les diabétologues eux-mêmes seraient le plus souvent incapables d’appliquer, et pour les type 2 culpabilisation de ne pas être assez « observants », avec en plus une forme de mépris social pour des populations souvent associées à la sous-culture, la malbouffe et la sédentarité.

Vous qui avez appelé votre label Tricatel, du nom de l’industriel véreux joué par Julien Guiomar dans L’Aile ou la cuisse, imputez-vous l’explosion mondiale du diabète à cette généralisation de la malbouffe et de la sédentarité ?

Le diabète de type 2 progresse dans le monde en même temps que l’alimentation à base de féculents et de céréales, Il a moins besoin de médicaments, pour le faire reculer, que de vaincre l’acharnement des autorités de santé à enjoindre les diabétiques et la population de se gaver de sucres dits lents ou complexes, ce qui est la meilleure façon de le propager.

L’anticonspirationnisme est devenu une forme de conspirationnisme

Dans votre livre Diabétiquement vôtre (Calmann-Lévy, 2015), vous racontez avoir découvert votre diabète à 11 ans, après un vaccin contre la variole. Est-ce une coïncidence ? 

Si les causes du diabète de type 2 sont assez clairement établies, l’apparition du diabète de type 1 reste un mystère, et nous avons tous tendance à relier son déclenchement à des chocs, émotionnels ou médicaux. Il y a probablement un terrain favorable qui est ensuite exacerbé par ces chocs, et un vaccin comme celui contre la variole, qui a été supprimé peu après qu’on me l’ait administré, a pu jouer ce rôle (j’avais reçu ce vaccin sur ordre de l’Education nationale, qui menaçait de me déscolariser le cas échéant). Ce qui m’avait immédiatement frappé en 1975, en revanche, c’est que l’hypothèse avait été immédiatement rejetée, alors qu’il est aujourd’hui avéré qu’il était extrêmement toxique et n’avait plus aucune utilité, la variole ayant disparu. Comment espérer vaincre une maladie, le diabète, dont on ne cherche pas à comprendre l’apparition? Et comment poser la question du rapport bénéfice-risque de la vaccination contre la variole en 1975 sans passer pour un témoin de Jéhovah ou un antivaccin? L’anticonspirationnisme est devenu une forme de conspirationnisme, il y a des gens qui voient des complots partout, et d’autres qui voient des conspirationnistes partout, et on finit par devoir s’excuser d’avoir eu sa vie ainsi altérée.

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Ouïghourland: Turkestan ou Xinjiang?

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Minorité turcophone musulmane de l’Ouest de la Chine, les 11 millions de Ouïghours font l’objet d’une politique de brimades permanentes visant à leur intégration forcée dans l’Empire du Milieu.


Depuis quelques semaines la question « Ouïghours » refait surface dans la presse occidentale. En juilet, Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires Etrangères a vertement critiqué le ministre anglais des Affaires Etrangères Dominique Raab qui avait dénoncé l’atteinte aux droits des Ouïghours. Washington a trouvé là un nouvel argument pour sa politique de sanctions concernant le géant économique chinois. Amnesty international et Human Rights Watch sont en pointe des dénonciations des atteintes aux droits de l’homme en pays ouïghour. Le quotidien New York Times rapporte que les masques Covid-19 exportés vers l’Europe sont fabriqués par des populations déportées du Xinjiang. Des délégations de représentants de l’ONU ou de l’UE à la demande de Josep Borrel ne sont pas acceptées pour observer la situation sur place. Des rescapés témoignent. Des documents administratifs chinois passés à l’ouest corroborent toutes les allégations. Mais le problème « Ouïghours » est récurrent depuis des décennies.

Les Ouïghours vivent dans le Xinjiang province de l’extrême ouest de la Chine, immense territoire largement composé de désert et de montagnes, représentant une superficie de 3 fois la France, au sous-sol riche en hydrocarbures et en minerais, métaux précieux. Le Xinjiang a frontière commune avec de grands états comme l’Afghanistan, le Pakistan, la Russie mais aussi le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Cachemire indien, la Mongolie. Il est un élément  de la fameuse « Route de la Soie » que le chef d’état chinois Xin Jinping réactive pour étendre  les échanges avec le reste du monde, notamment avec l’Europe.

Les Ouïghours, cette ethnie musulmane sunnite , modérée, tolérante et turcophone, de langue turcique, constituent un peu moins de la moitié des 25 millions d’habitants de la province.

Certaines sources indiquent que 80% des stérilets posés en Chine sont au Xinjiang

L’historien peut suivre l’action  de souverains ouïghours dès le 8ème siècle avec Alp Qutlugh puis Tängrida bulmysh külüg bilgä. Au 10 ème siècle c’est l’invasion arabe et l’islam. Des ouïghours bouddhistes émigrent vers la Chine. L’islamisation de la région du Turkestan est achevée au début du 16ème siècle.

Les colonisations russe et chinoise face à des populations souvent nomades s’imposent pendant des décennies sur 2 Turkestan l’oriental (la Chine) et l’occidental (Russie)

Au 20 ème siècle l’historien observe l’éphémère République islamique du Turkestan oriental en 1933 et la non moins éphémère République du Turkestan oriental de 1945 à 1949.

En 1949 la province toute entière est annexée à la Chine populaire  communiste proclamée par Mao Ze Dong. En 1955 le Turkestan devient la Région Autonome Ouïghoure du Xinjiang.

En 1949 les Han qui sont la principale ethnie de Chine représentaient 4% seulement de tout le Turkestan oriental. Depuis 20 ans les observateurs notent une politique de sinisation et par là même un afflux de population chinoise dans ce nord-ouest de la Chine, si important pour le pouvoir central de Pékin. L’ambassadeur de Chine en Grande Bretagne annonce pour sa part que la population ouïghoure est passée de 5 à 11 millions en 40 ans.

Les Ouïghours accusent les chinois de vouloir faire disparaître leur culture, leurs racines, de programmer la destruction du patrimoine culturel (comme la vieille ville démolie et reconstruite à Kashgar emblématique de la Route de la Soie) et la disparition ou le contrôle des lieux de culte. Des dizaines de cimetières ont été détruits pour recevoir des constructions nouvelles. Ils dénoncent le gouvernement communiste qui interdit toutes les recherches historiques autonomes. Le seul ouvrage sur l’histoire ouïghoure, écrit en ouïghour, par un ouïghour « Uygurlar » est interdit.

Ils dénoncent l’assimilation forcée, les discriminations en tous genres et en premier lieu dans l’emploi, qui conditionne la vie quotidienne, l’interdiction de communiquer avec l’étranger. Et ils mettent l’accent sur la stérilisation des femmes ouïghoures et le contrôle strict des naissances. Certaines sources indiquent que 80% des stérilets posés en Chine sont au Xinjiang. Données biométriques, prélèvements ADN et analyses génétiques complètent la panoplie du suivi des populations ouïghoures.

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Depuis 2016, un nouveau dirigeant a été nommé dans la région. Chen Quanguo a auparavant dirigé le Tibet. Les Ouïghours lui reprochent de mettre en place un système de surveillance drastique en utilisant tout le panel des nouvelles technologies et techniques, avec la reconnaissance faciale, les caméras dans les rues,  les codes QR avec les informations familiales sur les portes des maisons, les paintballs utilisés dans les manifestations, le contrôle systématique des portables. « What’s app » et les VPN sont interdits, la prison est requise pour toute personne qui dispose sur son portable de textes anti-chinois, anti-gouvernementaux, de vidéos de manifestations, de rassemblements. Un affichage systématique en ouïghour précise qu’il est interdit de garder des vidéos critiquant le Parti Communiste Chinois, ou prônant le séparatisme.

Et des manifestations il y en a eu. Parmi les plus graves émeutes, celles de Ghulja en février 1997 pour l’égalité des chances à l’école comme au travail ; en effet si l’enfant suit un cursus à l’école ouïghoure il a moins de chance de trouver un emploi que s’il suit l’école chinoise ; et les sur-diplômés ouïghours se retrouvent dans des postes subalternes.

Les émeutes de juillet 2009 sont les plus sanglantes. Elles ont éclaté à la suite d’un drame dans les dortoirs des ouvriers d’une usine  à  Shaoguan localité proche de Canton : une Han a été violée par des Ouïghours ; ceux-ci venaient d’être recrutés. Les chinois s’en prennent à la communauté ouïghoure. Pour beaucoup de chinois les Ouïghours sont « des voleurs, des menteurs, des terroristes ». A Urumqi capitale du Xinjiang ce sont alors plusieurs jours de manifestations ouïghoures puis chinoises avec une centaine de victimes. Des arrestations en nombre donnent lieu à des tortures.

En 2014 un autre mouvement de protestation est réprimé de manière sanglante, dans le district du Yarkand, mais l’information ne peut circuler ; les réseaux mobiles, internet sont coupés.

Les chinois quant à eux ont mis en avant des attentats islamistes meurtriers perpétrés par des militants ouïghours. En 2014 l’attaque d’une gare a fait des dizaines de morts. Dès les années 2000 d’ailleurs, l’ ETIM East Turkestan Islamic Movement est accusé d’être proche d’Al Qaida et le pouvoir chinois craint une vague d’attentats à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Ce constat porte le gouvernement central à vouloir éradiquer toute  tentative de terrorisme et de séparatisme ouïghours. Les chercheurs occidentaux ont découvert que grâce au big data des algorithmes permettaient, en traitant des centaines de données civiles, de sortir des profils potentiellement extrêmistes et opposants, pouvant basculer vers des actes terroristes.

Les autorités chinoises vont donc bien au-delà de l’imposition de quotas pour le pèlerinage annuel collectif à la Mecque, pour surveiller les éventuels candidats aux actes terroristes. Bien au-delà de la diffusion de films religieux uniquement après autorisation gouvernementale. Bien au-delà de la délation proposée moyennant récompense. Bien au-delà du prêche du vendredi prononcé par l’imam après validation des autorités. Bien au-delà du Coran retraduit pour être compatible avec l’idéologie communiste.

Les exilés s’estiment pourchassés dans leur nouvelle vie, par les autorités chinoises de renseignements

Montée en puissance, une politique d’internement massif est inaugurée depuis 2017 avec de véritables camps de rééducation, appelés par les autorités « centres de formation professionnelle » qui concerneraient 1 million de personnes. Dans ces centres, l’apprentissage du mandarin langue officielle, de chants patriotiques, le changement du logiciel ouïghour par un logiciel chinois pour faire rentrer les ouïghours dans la « modernité », le travail forcé font partie de la « formation » que déplorent les opposants. Pour eux la formule « les chinois Han et les minorités forment un peuple uni et inséparable » est de la poudre aux yeux. Les tentatives de créer une adhésion au régime au travers des slogans « stabilité, sécurité, prospérité, patrie » sont vaines.

Les Ouïghours dénoncent également le « Bingtuan », composé de soldats agriculteurs ou ouvriers, véritable organisation pour la production, le développement, la construction, la stabilité sociale du Xinjiang, mis en place par le pouvoir pékinois. Le Xinjiang s’est en effet couvert ces dernières années, de grues, de bulldozers, de pelleteuses, de routes, d’autoroutes, de ponts, d’aéroports, d’immeubles collectifs pour loger les arrivants  venus de différentes régions de la Chine , de chantiers pour centres commerciaux, banques, restaurants. Ce qui n’exclut pas de construire à l’ancienne des petits temples bouddhistes que l’on montre avec soin aux touristes en mal d’authenticité. Ces touristes qui visiteront des quartiers anciens reconstruits et prendront un repas traditionnel dans des familles averties, avec costumes traditionnels.

Face à ces conditions de vie, tout en comprenant que beaucoup préfèrent se taire, pour pouvoir vivre en paix avec leurs enfants, un certain nombre de Ouïghours ont quitté leur pays pour la Belgique, la France (ils sont moins d’un millier), pour l’Allemagne, la Turquie, les Pays-Bas, les Pays scandinaves. Les exilés s’estiment pourchassés dans leur nouvelle vie, par les autorités chinoises de renseignements. Coups de fil intempestifs, mails virussés, menaces de représailles sur leurs familles restées au pays. Les ambassades chinoises dans les pays concernés réclament les cartes de séjour, les contrats de travail, les contrats de location. De faux courriers des familles restées au pays sont envoyés aux expatriés pour leur conseiller de ne pas participer à des manifestations et de rester en dehors de toute critique. Pour l’entraide entre Ouïghours le World Uyghur Congress regroupe les multiples organisations de défense ouïghoures.

A lire ensuite: Le Hezbollah, pomme de discorde au sein de l’Union Européenne

Les Ouïghours considèrent que les états étrangers ne les aident guère, même les pays musulmans (sauf la Turquie), car ils ne veulent pas entraver leurs relations avec la Chine partenaire commercial. La Russie, l’Iran, l’Arabie Saoudite soutiennent la Chine. Le Pakistan voisin du Xinjiang est directement concerné par la volonté chinoise de s’ouvrir sur l’Océan indien avec la construction d’un port, point final de la communication terrestre entre Kashgar 2ème ville du Xinjiang et Gwador au Pakistan. L’Europe elle-même est concernée par la Nouvelle Route de la Soie et par ses approvisionnements pétroliers. Sans parler des grandes marques Gucci, Vuitton, Chanel, Prada qui profitent du coton chinois. Sans parler de Volkswagen qui a une usine au Xinjiang et qui fait 40% de ses ventes mondiales en Chine. Sans parler de Siemens, Basf, Danone, Engie, Essilor, Véolia. Qui plus est, les chinois savent y faire pour brouiller les cartes et s’approcher des préoccupations des occidentaux : lors des attentats islamistes dits du Bataclan, en  France, une tour de Shanghaï a été illuminée en bleu blanc rouge.

La journaliste et photographe indépendante, spécialiste de l’Asie centrale, diplômée de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en anthropologie sociale, Sylvie Lasserre, a publié un « Voyage au pays des Ouïghours », « De la persécution invisible à l’enfer orwellien », qui retrace la situation du Xinjiang de 1997 à 2020 et qui n’oublie pas l’histoire et la culture.

Elle connaît parfaitement le pays où elle a séjourné ; elle sait de quoi elle parle. « Tandis que je traverse le pont qui enjambe l’Ili, rivière qui marque la frontière entre le Kazakhstan et la Chine, une euphorie joyeuse me submerge : je suis en Chine ! Pénétrer ainsi à pied, dans l’Empire du Milieu me transporte ». Dès 2007 elle était au Turkestan. Son travail : enquêtes clandestines, entretiens avec des Ouïghours de l’intérieur, de l’extérieur, avec Rebiya Kadeer ex présidente du Congrès mondial des Ouïghours, sorte de Dalaï Lama ouïghour, libérée en 2005 grâce à l’intervention de Condoleezza Rice.

Elle publie dans son ouvrage une liste non exhaustive de personnes interpellées, arrêtées, condamnées par le pouvoir central : parmi elles, un éminent géographe, un président d’université, un rédacteur en chef d’une revue littéraire, un médecin émérite, un directeur d’institut de sciences humaines, un directeur d’une association pour l’art et la littérature.

En conclusion de son livre, elle publie la lettre que la famille de Rebiya Kadeer a envoyée à cette dernière : « Chère mère, vous étiez autrefois la plus riche personne du Xinjiang seulement parce qu’il vous avait été accordé beaucoup d’opportunités commerciales et de facilités par le Parti Communiste Chinois et le gouvernement. Cependant, malgré l’indulgence répétée du Parti et du gouvernement vous avez été mise en prison à l’instigation d’autrui. Vous avez ensuite été autorisée à vous rendre aux Etats-Unis, grâce à, de nouveau, la mansuétude de notre gouvernement. Vous aviez promis à notre gouvernement de ne vous engager dans aucune activité séparatiste avant votre départ pour les Etats-Unis, mais vous avez manqué à votre promesse. Mère, nous avons très envie d’une vie stable. Au Xinjiang qui ressemble à une grande famille pour les peuples des différents groupes ethniques,  aucun d’entre nous n’a éprouvé un incident violent aussi cruel que ce qui s’est passé le 5 juillet à Urumqi. A cause de vous, beaucoup d’innocents ont perdu la vie… Mère, malgré tant de choses que vous avez faites, le gouvernement nous traite gentiment…Vous n’êtes pas au courant des changements intervenus au Xinjiang. Les habitants jouissent d’une vie agréable… Il y a beaucoup de millionnaires ouïghours, et un nombre incalculable de nouveaux bâtiments à Urumqi et le peuple ouïghour bénéficie des diverses politiques préférentielles du gouvernement… S’il vous plaît, pensez à notre bonheur et à celui de vos petits-enfants… Ne suivez pas les provocations de certaines personnes d’autres pays... »

En 2019 le Parlement européen a attribué son Prix Sakharov à Ilham Tothi économiste ouïghour emprisonné à vie pour subversion. Les Ouïghours ont pour habitude dans leurs manifestations à l’étranger de scander : « Oyghan ! Oyghan ! » « Réveille-toi ! Réveille-toi ! » …

Voyage AU PAYS DES OUÏGHOURS

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Paye ton masque et tais-toi!

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Le refus de la gratuité du masque pour les élèves déclenche une polémique…


« L’État ne fournira pas de masques aux élèves » nous annonce Le Monde. C’est ce qui est ressorti du conseil de Défense de ce mardi 25 août. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir demandé au gouvernement, sur les bancs de gauche comme sur ceux de la droite d’éviter de confondre comme Blanquer, un outil sanitaire et une fourniture scolaire.

Le masque qui devait se négocier aux alentours de 5 centimes d’euros en janvier est monté à 0,95 euros, et encore le gouvernement a dû se faire un ulcère à l’estomac en fixant cette somme maximale. C’est la loi de l’offre et de la demande, paraît-il, ce truc formidable qui est la base du marché, ce marché qui ne marche que s’il n’y a pas de guerres, d’épidémies, de troubles sociaux, d’évènements climatiques, bref qui ne marche pas souvent.

Comparaison n’est pas raison ?

À moins que l’État soit là pour socialiser les pertes et privatiser les profits. Par exemple, l’État ne fournit pas de masques aux élèves mais il fournit 7 milliards d’euros à Air France et 5 à Renault pour les aider à licencier. De beaux esprits expliqueront sans doute qu’il faut comparer ce qui est comparable.

Justement, c’est comparable.

A lire aussi: La fièvre jaune d’Aude Lancelin

Écoutons, toujours rapportée par Le Monde, l’étrange argumentation, typiquement néo-libérale, de ce gouvernement pour justifier sa pingrerie potentiellement mortifère: « ll faut revenir à la notion de prise de responsabilité individuelle, défend un ministre qui a participé au conseil de défense. On ne paie pas des préservatifs à tout le monde, alors que le sida tue lui aussi ! Ce n’est pas à l’État de prendre en charge cette dépense, d’autant plus que la situation est amenée à durer. »

 « Le masque, c’est comme le préservatif »

La responsabilité individuelle consiste donc, si je comprends bien, pour une famille modeste à faire des arbitrages budgétaires pour protéger ses mômes dans le cadre d’une scolarité qui est, rappelons-le, obligatoire. Parce qu’il n’y a qu’un ministre macroniste pour comparer la responsabilité qui consiste à mettre un masque à l’école à la responsabilité qui consiste à enfiler un préservatif, je ne sais pas, moi, dans une back-room.

A lire aussi, Jérôme Sainte-Marie: «Il n’y a pas de tournant souverainiste chez Emmanuel Macron»

En revanche, les patrons d’Air France qui s’auto-rémunèrent comme des morts de faim et arrosent leurs actionnaires, pour eux, pas de responsabilité individuelle mais un gigantesque assistanat payé avec vos impôts qui par ailleurs ne serviront pas à payer les masques de vos enfants… Vous suivez ?

Le cancer de l’assistanat des grands patrons

On vous dit toujours que l’assistanat c’est un cancer, mais apparemment c’est un cancer pour les allocataires de minima sociaux, mais pas pour ces champions de la responsabilité individuelle que sont les grands patrons. On rappellera dans le même temps que les PME, elles, auront le droit en tout et pour tout à trois milliards, ce qui montre bien qu’il y a, comme toujours, une vraie lutte des classes au sein du patronat, entre celui qui tente de ne pas fermer son usine de cinquante salariés et celui qui repasse déjà son parachute doré avant de sauter de l’avion (d’Air France).

Mais puisque l’État ne fournira pas de masques à la rentrée, on pourrait imaginer de ne pas fournir d’élèves à l’État. Ni de profs d’ailleurs. Ni d’impôts non plus, tiens, histoire qu’il ne puisse plus payer sa police, l’État, et qu’il n’y ait plus rien entre lui et nous. Qu’on finisse le travail des gilets Jaunes et qu’on s’explique un peu.

Avec des masques.

François Bayrou haut-commissaire, pour quoi faire?

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© STEPHANE LEMOUTON-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00940129_000001

Le poste de haut-commissaire au plan que le maire de Pau devrait se voir proposer est un os à ronger qu’on lui donne pour s’assurer de son soutien à Macron… Et quel soutien !


C’est un secret de polichinelle. François Bayrou est pressenti depuis plusieurs semaines pour devenir le prochain « haut-commissaire au plan » afin de s’occuper (selon l’intéressé) de « tous les domaines qui nécessitent de prendre en compte l’avenir plus lointain ». Fichtre !

Double anachronisme

Créé en 1946 sous le général de Gaulle et supprimé en 2006 par Jacques Chirac, le CGP a néanmoins subsisté (après plusieurs changements de noms) sous la dénomination France Stratégie, « une institution autonome placée auprès du Premier ministre » et qui « anime le débat public et éclaire les choix collectifs sur les enjeux sociaux, économiques et environnementaux ». Les institutions en France (comme le Phénix) renaissent toujours de leurs cendres. Mais le CGP correspond à une époque révolue, celle des Trente Glorieuses. Avec François Bayrou à sa tête, ce serait un double anachronisme. Le « nouveau monde » paraît bien loin. De plus, comme le rappelle le leader centriste : « encore faut-il déterminer ce qui est vital et imposer aux décideurs et à l’opinion publique de se saisir des problèmes qui méritent une réponse à 10, 20 ou 30 ans et non pour 10, 20 ou 30 jours ». Cependant, on voit mal l’État « se projeter dans le long terme » (selon les mots du Premier ministre) avec l’élection présidentielle de 2022 en ligne de mire, et pour laquelle Emmanuel Macron a besoin d’un allié, aussi petit soit-il comme le Modem, après avoir perdu la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Alors il faut ménager François Bayrou, quitte à le nommer à la tête d’une coquille vide…

Fort de sa relation privilégiée avec le chef de l’État, le maire de Pau veut également être au-dessus de la mêlée en étant rattaché directement au président de la République et non au Premier ministre. Sorti par la porte avec fracas en 2017, l’éphémère ministre de la Justice veut donc revenir par la fenêtre. François Bayrou se rêve encore un destin national, à défaut d’un destin présidentiel. Le 22 février 2017, il avait annoncé vouloir poursuivre la route qui mène à l’Élysée (pour la quatrième fois consécutive), non pas en solitaire mais en marchant dans les pas de Macron.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Pastis parisien

Il faut dire qu’Emmanuel a toujours su séduire les professeurs de lettres. Un drôle d’attelage qui réunissait un ex-ministre de gauche avec un ex-ministre de droite. Un financier iconoclaste représentant du microcosme parisien avec un homme de traditions attaché à ses racines rurales.

Le Modem s’imagine faiseur de rois

Bayrou, nostalgique du temps où il pouvait « créer la surprise », pensait que Macron pouvait réussir là où lui-même avait échoué, c’est-à-dire en appliquant une stratégie de prise de pouvoir par le centre. L’ancien bègue du Béarn n’a pourtant jamais eu la langue dans sa poche au sujet de Macron, critiquant la loi qui porte son nom ou bien fustigeant son projet de société qui n’est « pas le sien ». Bayrou a toujours considéré Macron comme l’homme des « médias et des puissances de l’argent », ce qui fût confirmé d’ailleurs par la hausse des marchés financiers au moment de l’annonce de son ralliement à l’ancien banquier. Ce qui est assez piquant. Ainsi, après avoir soutenu le cheval de retour Juppé (contre Sarkozy), Bayrou s’est rabattu sur le poulain Macron (contre Fillon). Aujourd’hui encore, il se voit toujours en faiseur de rois.

Nicolas Sarkozy, dans son dernier livre Le Temps des Tempêtes, charge le maire de Pau : « il a toujours trahi ceux qu’il a choisis (…). Emmanuel Macron en fera, à son tour, avant la fin de son quinquennat, l’amère expérience. Je n’en doute pas un instant. » L’histoire le dira. Elle qui, comme une idiote, mécaniquement se répète, écrivait Paul Morand. Bayrou s’était prononcé, en étrillant Macron, pour la séparation de l’État et de l’argent : « Il y a la séparation de l’Église et de l’État, moi je suis pour la séparation de l’État et de l’argent ». Prêt à tous les renoncements pour arriver à ses fins, on retrouve dans les actes du biographe à succès d’Henri IV l’admiration portée à son modèle. L’ancien roi changea en effet plusieurs fois de religion avant d’accéder au trône : abjurant une nouvelle fois le protestantisme, pour se convertir de nouveau au catholicisme. Après tout, Paris vaut bien une messe.

Le Temps des Tempêtes

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Des doutes sur la découverte de gaz par la Turquie

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Le Turc Erdogan annonçant les "découvertes" en Mer Noire, le 22 août 2020 © CHINE NOUVELLE/SIPA Numéro de reportage : 00977504_000001

La Turquie a annoncé la semaine dernière la découverte d’un gisement de gaz géant en mer Noire. Pour plusieurs experts, cette annonce est prématurée et s’apparente avant tout à de la propagande.


L’annonce la semaine dernière par le président Turc Recep Tayyip Erdogan de la découverte d’une gigantesque réserve de gaz dans les eaux territoriales du pays dans la mer Noire a été accueillie avec un certain scepticisme par de nombreux experts. Pour plusieurs d’entre eux, cités notamment par le Wall Street Journal, l’annonce tient plus de la propagande que d’informations vérifiables. «La Turquie a réalisé la plus grande découverte de gaz de son Histoire, en mer Noire… Notre navire de sondage Fatih a découvert une réserve de 320 milliards de m3 de gaz naturel dans le puits Tuna-1…  Notre objectif est de mettre ce gaz naturel à la disposition de notre nation à partir de 2023», a déclaré Erdogan.

Le ministre turc de l’économie, Berat Albayrak, le gendre de Erdogan, a ajouté que la découverte de gaz en mer Noire devrait permettre d’éliminer le déficit de la balance courante du pays. Le pays traverse une profonde crise économique et la livre turque a perdu 20% de sa valeur sur les marchés de change depuis le début de l’année.

A lire aussi: Syrie: gentils Kurdes contre méchants Turcs?

L’exploitation de ce gisement réduira la dépendance du pays envers les importations d’énergie, notamment de Russie, d’Azerbaïdjan et d’Iran. Reste à savoir dans quelle proportion et quand? L’an dernier, les importations d’énergies ont coûté à la Turquie 41 milliards de dollars dont 12 milliards pour le gaz (45 milliards de m3). Depuis le début de l’année, la production de pétrole et de gaz du pays a représenté respectivement 9% et 2% de sa consommation.

Un passé de fausses annonces spectaculaires

Des doutes existent à la fois sur l’importance réelle des réserves découvertes, sur la possibilité de les exploiter en eau profonde, à 3500 mètres, et sur la possibilité de pouvoir commencer à extraire du gaz dans seulement trois ans. À plusieurs reprises au cours des dernières décennies, des membres du gouvernement turc ont fait des annonces aussi spectaculaires qui se sont avérées fausses. Il en est ainsi par exemple, de l’affirmation que 10 milliards de barils de pétrole attendaient à être découverts au fond de la mer noire.

Pour Ulrich Leuchtmann, économiste de la Commerzbank, la découverte est indéniablement une bonne nouvelle pour la Turquie. «Mais il ne s’agit pas de quelque chose susceptible de changer profondément l’économie du pays comme certains l’ont annoncé». Des articles annonçaient même que les réserves étaient suffisantes pour répondre aux besoins d’énergie de la Turquie pendant 20 ans.  Il ajoute qu’il faut en général une décennie pour exploiter à plein régime un gisement qui vient juste d’être découvert et qu’en l’état actuel de son potentiel il ne permettrait pas de combler le déficit de la balance des paiements turque.

A lire aussi: Incident au Caucase du Sud: tout pointe vers l’Arménie

La tonalité est la même pour John Bowlus du Centre pour l’énergie et le développement durable d’Istanbul. «Cela est très important pour la Turquie parce que la découverte a été faite dans la mer noire et pas dans l’est de la Méditerranée qui est marqué par toute sorte de problèmes géopolitiques». Et notamment un conflit ouvert entre la Turquie et la Grèce sur les eaux territoriales et l’accès aux réserves de gaz.  Mais ajoute John Bowlus, «la Turquie va devoir lever beaucoup de capitaux pour investir et construire l’exploitation du gisement. Ils vont aussi devoir s’associer à une société internationale parce qu’ils n’ont pas l’expérience pour développer un gisement offshore».

Trop tôt pour crier victoire

Cité par Arab News, Aydin Sezer, un expert en énergie, affirme qu’il est tout simplement techniquement impossible d’annoncer l’ampleur des réserves d’un gisement après …

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

« L’inflation du prix de l’insuline tue la moitié des diabétiques de type 1 de la planète »

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Manifestation de l'association "Diabète et méchant". Photo : Maxime Dalle.

Comment les diabétiques, sujets à risque, vivent-ils la crise du Covid-19 ? Quel est leur quotidien ? La recherche a-t-elle progressé ? Que fait l’État pour défendre les malades face aux intérêts de Big Pharma ? Chanteur et producteur à la scène, diabétique de type 1 à la ville, Bertrand Burgalat nous livre son point de vue iconoclaste. L’auteur de Diabétiquement vôtre (Calmann-Lévy, 2015) et fondateur de l’association Diabète et méchant a sa piqûre d’insuline dans la poche, certainement pas sa langue. Entretien (2/2)


Retrouvez la première partie de l’entretien ici.

Causeur. Jusqu’aux années 1980, les médecins peinaient à accompagner les diabétiques. Depuis la découverte de l’insuline au début du XXe siècle, la recherche patinait. Comment se fait-il que vous ayez découvert le stylo à Insuline en Yougoslavie avec Laibach alors que la France s’en tenait encore aux seringues et aux aiguilles longues comme des pieux ?

Bertrand Burgalat. Il y a bien sûr d’excellents praticiens, mais la diabétologie est, dans son ensemble, une discipline paresseuse. C’est une médecine de congrès, avec un poids des prébendiers accentué par l’open-bar et la rente du remboursement à 100% des maladies chroniques. L’insuline n’a d’ailleurs pas été inventée par un diabétologue mais par un chirurgien orthopédiste au chômage. C’est d’ailleurs ce qui me rend relativement optimiste pour les années à venir : ce sont les progrès dans d’autres domaines, et notamment pour les autres maladies auto-immunes, qui permettront des innovations de rupture et la guérison : le diabète est la seule maladie, à ma connaissance, dont les spécialistes estiment, non sans gourmandise, qu’elle ne pourra jamais être vaincue, tout en nous assénant que “ça se soigne très bien maintenant”. C’est encore un point commun avec le Covid, la théorie, généralement, suit les produits. Et quand le principe de précaution enjoint des enfants de garder l’aiguille enfoncée 20 secondes lorsqu’ils se piquent, afin d’absorber la dernière goutte d’insuline (alors que trois ou quatre secondes suffisent), ce mélange de sottise et de méchanceté anticipe bien des décisions récentes.

La plupart des diabétiques insulinodépendants ne sont diagnostiqués qu’au moment où ils tombent dans le coma

Un jour, Nick Cave vous a surpris en train de vous faire une piqûre d’insuline, croyant que vous vous droguiez malgré vos dénégations. Socialement, le diabète est-il lourd à porter ?

J’avais également travaillé avec Malcolm McLaren et lui aussi s’était inquiété de me voir me piquer, pourtant il en avait vu d’autres… Ce qui demeure difficile c’est l’incompréhension, et d’abord, pour le diabète de type 1, l’ignorance, y compris des soignants, puisque la plupart des diabétiques insulinodépendants ne sont encore diagnostiqués qu’au moment crucial où ils tombent en acidocétose et dans le coma. La difficulté pour les diabétiques insulinodépendants est que plus ils se traitent bien plus leur affection est visible puisque cela implique plus de contrôles, de piqûres et d’attention. Comment expliquer qu’on est diabétique et qu’on doit manger des choses sucrées quand on a trop d’insuline? Un diabétique insulinodépendant doit constamment jongler avec une multitude de paramètres pour ajuster lui-même son traitement. Ce n’est pas facile lorsqu’on travaille sur un chantier, dans une boutique ou un supermarché. Et il faut déjouer la méfiance des employeurs, expliquer qu’on peut travailler « comme les autres », sans pour autant être « comme les autres », car l’intégration se fait souvent au prix d’une minoration de nos difficultés.

Le permis de conduire a longtemps été une hantise pour les diabétiques, soumis à une évaluation arbitraire tous les cinq ans. Examinés par des praticiens incompétents (il pouvait s’agir de sexologues ou d’ORL), certains se sont vus interdire de conduire, avec les conséquences professionnelles qu’on peut imaginer, pour une réponse mal interprétée. Le législateur a modifié le texte, de façon encore assez jésuitique puisque les diabétiques obéissants, qui s’étaient déjà soumis à ces visites, doivent continuer de les passer, alors que les mauvais élèves comme moi, qui n’avais jamais rien déclaré, en sont dispensés et peuvent se contenter d’un certificat médical. Les diabétiques sont encore écartés d’emblée de bien des professions, de l’armée, de la magistrature ou des douanes. Une proposition de loi UDI-Agir destinée à supprimer les interdictions professionnelles de principe, a été votée par l’Assemblée nationale cette année. Très bien écrite, elle nous ramène dans le droit commun et la médecine du travail. Reste la question des assurances, et notamment des prêts immobiliers. Nous payons des surprimes démentes, et ne sommes couverts qu’en cas de décès. La convention Aeras ne résout rien, et les assurances scélérates proposées par l’Association Française des Diabétiques – FFD sont encore plus défavorables que celles que nous obtenons par nous-mêmes. C’est pourquoi nous demandons, avec Diabète et Méchant, l’association que j’ai cofondée, l’extension de la loi sur le droit à l’oubli, qui ne permet pas d’oublier qu’on a eu un cancer, mais de le mentionner.

L’insuline, inventée il y a près d’un siècle, est aujourd’hui entre les mains de trois sociétés

Il y a quelques années, la commercialisation du patch FreeStyle Libre a bouleversé le quotidien de millions de diabétiques qui avaient jusqu’alors recours aux bandelettes pour surveiller leur taux de glycémie. Cet accessoire est-il remboursé par la Sécurité sociale ? Plus globalement, la Sécu couvre-t-elle correctement les diabétiques alors que leurs équipements coûtent de plus en plus cher ?

Le diabète, toutes catégories confondues, est une Affection de Longue Durée, ce qui signifie que tous les traitements sont pris en charge à 100% par l’Assurance-maladie. C’est à la fois formidable et très dangereux si la puissance publique ne négocie pas correctement les tarifs. Comment peut-elle le faire quand les experts travaillent pour les industriels? Cette croyance qu’un expert sans liens d’intérêt est un expert sans intérêt perturbe grandement l’action des autorités de santé. Non seulement elle érode les comptes publics, notamment avec les pompes à insuline ou les bandelettes d’analyse, survendues, mais l’inflation du prix de l’insuline provoque la mort injustifiée de la moitié des diabétiques de type 1 de la planète : l’insuline, inventée il y a près d’un siècle, et dont les découvreurs avaient souhaité qu’elle ne soit pas brevetée pour favoriser sa diffusion, est aujourd’hui entre les mains de trois sociétés, Novo Nordisk, Sanofi et Eli Lilly, qui contrôlent son accès et son prix, totalement injustifié puisque, selon les pays, l’insuline est vendue entre 10 et 60 fois son coût incluant la recherche et une marge confortable. C’est une honte et un crime qui devrait conduire les dirigeants de cet oligopole devant la justice pénale.

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Cette question dépasse les clivages politiques habituels (on peut l’expliquer sous l’angle du capitalisme mais aussi par l’absence de concurrence) mais le seul parlementaire qui s’y intéresse est François Ruffin. Diabète et Méchant représente en France l’organisation T1 International et sa campagne #insulin4all pour l’accès à l’insuline. Nous travaillons également avec l’ONG Santé diabète, impliquée en Afrique, le Formindep, l’Observatoire pour la transparence dans les politiques du médicament, Open Insulin, qui tentent de mettre au point une insuline en open source et l’Apesac, qui se bat courageusement pour que Sanofi assume ses responsabilités dans l’affaire de la Dépakine.

Cela fait quarante-cinq ans que je suis diabétique et j’ai l’impression que rien n’a changé

Avec les progrès de la médecine, à condition de respecter un régime alimentaire équilibré, un diabétique peut-il aujourd’hui vivre quasi-normalement en Occident ?

Il faut encore une fois distinguer entre les formes de diabète. La plupart des diabétiques de type 2 peuvent vivre « normalement » partout dans le monde, mais tant qu’on s’obstine à leur parler comme à des imbéciles, il leur est difficile de sortir de la spirale d’une alimentation à base de féculents et d’hydrates de carbone qui fatigue leur organisme et leur pancréas.

Pour les diabétiques de type 1, la question de l’accès à l’insuline ne se pose pas uniquement au Sud, elle concerne également, dans des pays comme les États-Unis, où le prix de l’insuline a triplé en dix ans, ceux qui n’ont pas les moyens d’acquitter une assurance-maladie, sans rentrer dans les critères du Obamacare.

Cela fait quarante-cinq ans que je suis diabétique et j’ai l’impression que rien n’a changé depuis le CNTS (Centre National de la Transfusion Sanguine) et le combat courageux de Jean Peron Garvanoff et Anne-Marie Casteret : les organismes changent de nom à chaque scandale, un nouveau texte est voté, comme la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST) après le Mediator, immédiatement vidée de sa substance, mais l’absence de séparation entre associations de patients, praticiens, industriels et autorités persiste.

Parler aujourd’hui d’“Etat-stratège”, de souveraineté (tout en répétant comme en 1919 “l’Allemagne paiera”…), vitupérer contre “Big Pharma” et les “multinationales” et réclamer plus d’investissements sans s’interroger sur l’affectation des fonds revient à perpétuer l’économie de prébendes.

Diabétiquement vôtre

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Bernard Zimmern: l’histoire d’un énarque anti énarques

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Bernard Zimmern Image : capture d'écran YouTube

Fondateur de l’IFRAP, il avait consacré une partie de sa vie à dénoncer les excès de l’étatisme et les abus de l’énarchie. Il vient de nous quitter à l’âge de 90 ans.


Bernard Zimmern partageait avec Valéry Giscard d’Estaing une particularité extrêmement rare, avoir fait à la même époque une partie de leurs études supérieures à l’École polytechnique et à l’ENA. Comme VGE, Zimmern avait commencé par Polytechnique puis enquillé avec le concours de l’ENA, sauf que l’ancien président, lui, n’avait jamais passé ce concours, ayant bénéficié d’un incroyable « piston » que Zimmern raconte ainsi : Giscard était entré à l’ENA par une “botte” que lui avait fait ouvrir son père, Edmond Giscard d’Estaing, lui-même inspecteur des finances, grâce à un décret qu’il avait obtenu de Georges Pompidou et qui lui ouvrait l’entrée directe à l’ENA. Ce privilège était réservé à deux élèves de l’X (un seul aurait été trop voyant) à condition que ces derniers soient classés dans le premier cinquième de leur promotion, ce qui avait été le cas de l’élève Giscard et ce qui lui a permis d’éviter le risque du concours d’entrée.

Think-tank libéral le plus ancien et sans doute le plus influent, l’IFRAP est aujourd’hui une voix originale dans l’étouffante et permanente propagande étatique que subissent les Français

Bernard Zimmern, personnage atypique et exceptionnel à plus d’un titre – il avait été aussi lauréat du Concours général de physique et de version latine – a donc bien connu et fréquenté – assez peu en vérité – la nomenklatura des hauts fonctionnaires français, mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’a jamais voulu entrer dans le jeu de la haute fonction publique, qu’il estimait pervers. À la fin de ses études, il préfère passer quelques années à la Régie Renault, dans les ateliers, pas dans les bureaux, avant de consacrer une décennie à la CEGOS, le plus gros et le plus pointu institut de consulting de l’époque, et de diriger leur service de recherche et développement.

Fasciné par la philanthropie des milliardaires américains

Puis il part aux États-Unis pour travailler au développement international de l’une de ses créations industrielles en tant qu’ingénieur et inventeur qui devait révolutionner certains aspects de l’industrie automobile dans le monde : le compresseur rotatif, ce qui l’amène à déposer plusieurs centaines de brevets dont l’exploitation lui permettra de gagner plus tard d’importantes royalties et surtout lui garantira pour le reste de ses jours une large indépendance financière.

Sur cette période de sa vie il est toujours resté très discret, ainsi que sur sa fortune en dollars, dans les fréquentes rencontres et déjeuners amicaux qui nous ont réunis pendant ces dernières années, préférant toujours mettre en avant son profond intérêt pour la philanthropie des milliardaires américains qui le fascinait, et pour le rôle essentiel des business angels et des think-tanks aux États-Unis, ces instituts de recherche et d’études totalement privés, indépendants et animés par des entrepreneurs dévoués à la chose publique et à l’intérêt général. Cette passion pour les think-tanks ne le quittera jamais et c’est ainsi qu’il passe tout naturellement à la seconde partie de sa vie en fondant l’iFRAP en 1985 dans une démarche citoyenne et avec pour seule assistance financière son chéquier personnel. Depuis lors, l’iFRAP, « institut » devenu plus tard « fondation », qui se consacre à « la recherche sur les administrations et les politiques publiques » est financée exclusivement par des fonds privés. Son crédo : « indépendance et expertise ». Think-tank libéral le plus ancien et sans doute le plus influent, c’est aujourd’hui une voix originale dans l’étouffante et permanente propagande étatique que subissent les Français.

Des pertes de 500 milliards d’euros

À dater de cette année 1985, il va étudier de près les raisons du déclin de notre pays et constate très vite que si la France régresse depuis 1974, c’est « à cause de sa classe dirigeante, écrit-il dans l’introduction de son Dossier noir de l’ENA édité par l’iFRAP en 2005, celle que nous avons tous l’habitude de mettre sur un piédestal parce qu’elle représente la puissance, parce qu’elle tient la plupart des leviers de commande, parce qu’elle reçoit honneurs et décorations. » Et Zimmern d’ajouter : « Pire encore, il ne s’agit même pas d’une classe mais d’une caste, c’est-à-dire d’un petit groupe d’hommes et de femmes qui ont confisqué le pouvoir non pour servir la nation, ce qui était leur raison première, mais pour se servir eux-mêmes et multiplier leurs privilèges. »

Bernard Zimmern fustigeait allègrement l’expansion des postes pour énarques dans des domaines où ils sont manifestement incompétents

Un peu plus loin, dans cette même introduction de ce Dossier noir de l’ENA : « Depuis 30 ans, aucun ministre ne peut avoir une quelconque influence s’il ne meuble pas son cabinet d’énarques et surtout d’inspecteurs des finances. Le drame est que ces inspecteurs des finances n’ont pas appris comment créer des richesses et résorber le chômage […]. Ils ne savent que contrôler, réglementer, distribuer. » Zimmern rappelle souvent comment cette « crème » des énarques « a fait sombrer la banque française, à travers des pertes qui dépassent les 500 milliards d’euros quand on totalise les résultats des inspecteurs des finances ayant pris le contrôle du Crédit Lyonnais, de la Société Générale et des grandes sociétés d’assurance hors Axa ». Très pessimiste, il conclut ainsi son introduction : « Il n’y aura pas de renaissance française tant que cette caste conservera le monopole du pouvoir. »

Une « apothéose énarchique »

Venant de la part d’un analyste aussi brillant que lui, qui sait de quoi il parle et de qui il parle, ces propos peuvent paraître brutaux. Pour ce qui nous concerne, nous l’avons parfois entendu prononcer des mots encore plus durs, y compris lors de réunions, il est vrai très fermées, comme celle à laquelle nous avons eu le privilège d’assister un jour, au siège de son autre think-tank, l’IRDEME – qui étudie la démographie des entreprises –, une réunion qui avait pour but de faire plancher quelques proches et cerveaux amis sur la création d’une chaîne télé d’information économique grand public, un dossier qui n’a finalement pas abouti.

Il continuait inlassablement à vouloir ouvrir les yeux de ses concitoyens sur le déclassement de son pays, mais en dehors de l’iFRAP qu’il ne souhaitait pas engager dans ses combats personnels. Il écrivait régulièrement des éditos depuis quelques années sur le site du dernier think-tank qu’il avait créé, Entrepreneurs pour la France, et il avait fêté à sa façon l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron dans un article du 2 juillet 2017 intitulé « L’apothéose énarchique » dont nous tirons les quelques phrases suivantes :

« L’arrivée d’un inspecteur des finances à la présidence (Macron) renforcée par celle d’un énarque sorti dans un autre grand corps (Conseil d’État : Philippe) et confortée par la multiplication des énarques à tous les postes de ministres et de conseillers, ne peut que terroriser. Nous sommes vraiment passés sous le contrôle de la “firme” […] et la perspective d’une politique française menée par cette “firme”, une firme qui ne connaît l’entreprise – le matériau dont sont faites les économies modernes – qu’à travers des livres sans jamais l’avoir vécue, est une perspective catastrophique. » Dans ce même édito, il fustigeait allègrement « l’expansion des postes pour énarques dans des domaines où ils sont manifestement incompétents », prenant comme exemple « la santé ». On connaît la suite avec les hôpitaux et les Agences régionales de sante (ARS) peuplés d’énarques parmi les plus mal classés des promotions.

Un grand malheur collectif

Ingénieur, créateur, fonceur, meneur d’hommes et remueur d’idées, Bernard Zimmern écrivait cash et parlait cash. Il refusait de perdre son temps dans des débats stériles et cherchait toujours à connaitre la vérité qu’il annonçait ensuite franco de port comme disait Brassens. Bénéficiant d’un cerveau exceptionnellement affûté, il pouvait s’appuyer dans ses entreprises sur des moyens financiers importants qu’il avait gagnés grâce à son talent d’entrepreneur, mettant le tout au service de l’intérêt général. Une démarche à rapprocher de celle d’un autre polytechnicien, aussi original et novateur que lui, Claude Perdriel, qui a pu assumer pleinement sa passion dévorante pour la presse grâce à une vraie réussite personnelle dans l’industrie.

Comme tous les grands managers, Zimmern savait s’entourer. À l’iFRAP, il fera longtemps confiance à un réfugié de Roumanie de grande pointure, Nicolas Lecaussin, puis à une fille de vignerons bordelais à l’énergie indomptable, Agnès Verdier-Molinié – il était très élogieux à son égard et en parlait souvent –, à laquelle, voulant prendre du recul, il confiera son modeste think-tank devenu une fondation puissante et respectée.

Il a ainsi laissé en héritage à ses concitoyens trois instituts d’études et de recherche libres et indépendants, l’iFRAP, l’IRDEME et, donc, Entrepreneurs pour la France, qui réunit d’anciens grands dirigeants d’entreprises passionnés par la chose publique et attachés à une vraie réforme de leur pays. Cet homme qui a donc consacré une grande partie de sa vie à vouloir dire la vérité aux Français sur le déclin français et sur les responsables de ce grand malheur collectif a également écrit dans le style cash qui est le sien quelques livres chocs très bien informés grâce aux études de son iFRAP. Ainsi, parmi d’autres, Les Profiteurs de l’État (Plon, 2001), La Dictature des syndicats (Albin Michel, 2003) et son dernier essai, Changer Bercy pour changer la France (Tatamis, 2015), dans lequel il confirme toujours aussi vertement ses critiques à l’égard de la « caste dirigeante ».

« Il faut absolument sortir de ce piège mortel »

« Depuis l’arrivée de l’ENA triomphante au pouvoir avec Giscard d’Estaing, écrit-il dans la conclusion de ce dernier ouvrage, ce n’est plus le risque mais la justice sociale, entendons la redistribution, et la sécurité qui sont devenues les maîtres mots de la politique. À travers des statistiques frelatées et une vision de la croissance économique où l’idéologie tient lieu de science, les égalitaristes ont réussi à faire croire que le premier problème de notre société était la lutte contre les inégalités de revenu et de patrimoine. […] Il faut absolument sortir de ce piège mortel dans lequel égalitaristes et étatistes nous ont enfermés. […] C’est le conflit entre entrepreneurs et bureaucratie égalitariste qui décidera de la sortie du chômage et de l’avenir de notre pays. »

Bernard Zimmern souffrait beaucoup ces derniers temps. Son corps commençait à la lâcher mais, lors de notre dernier déjeuner début mars à quelques jours du début du confinement, dans un restaurant de l’avenue Gabriel à Paris, il avait continué à faire preuve, comme d’habitude, d’une inépuisable énergie intérieure et d’une qualité de réflexion et de raisonnement rares, à l’image du personnage hors du commun et du guide qu’il était et qu’il restera pour tous ceux qui l’ont approché.

Les profiteurs de l'État

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La Dictature des syndicats

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Changer Bercy pour changer la France

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Racistes du troisième millénaire

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Angela Davis comparaît au tribunal de San José (Californie), avril 1972. © SRINGER and STR / PRESSENS BILD / AFP

Au secours, la race revient ! Né dans les campus américains des années 1970, le discours décolonial, qui sépare l’antiracisme de son héritage universaliste, nourrit l’imaginaire de la gauche radicale. Ses propagandistes attribuent tous les maux de la terre aux « Blancs », prétendus héritiers de l’impérialisme occidental.


On pensait, avec l’anthropologue Ashley Montagu, qu’il était acquis que « le mot “race” [était] lui-même un terme raciste ». D’aucuns prophétisaient alors le triomphe du modèle pacificateur de la démocratie libérale sur tous les grands récits qui ont structuré le XXe siècle. Mais, n’en déplaise aux théoriciens de la fin de l’Histoire, comme Marx et Hegel avant lui, Fukuyama s’est fourvoyé ; les statues que l’on abat, les romans que l’on censure et les œuvres que l’on décroche sont autant de preuves ex post de cette erreur. Il ne s’agit pas de rétablir l’alternative défendue par Huntington pour autant : ce qui se produit aujourd’hui, ce n’est pas l’avènement d’un multipolarisme géographique et civilisationnel, mais une fragmentation du corps social autour de nouvelles utopies politiques, à savoir ces identités transnationales que sont la sexualité, le genre, la race et même le spécisme.

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Influence de la pensée postcoloniale

En France, le retour de la race dans le débat public s’est structuré sur la base du discours dit « décolonial[tooltips content= »Afin de mettre en exergue l’idéologie politique qui sous-tend ce mouvement, nous plaidons pour l’emploi de l’adjectif « décolonialiste », mieux à même de rendre compte de la réalité du phénomène »]1[/tooltips] ». Ce dernier dérive d’une évolution ternaire de type perfusioninfusiondiffusion : perfusion depuis les campus américains des années 1970 où naissent et se développent les x-studies – ces disciplines visant à penser les « subalternités » en souffrance dans le cadre des rapports sociaux de domination ; infusion dans les années 1990 et 2000 dans un contexte de remise en cause de l’unité nationale (affaire des foulards de Creil, lois mémorielles, seconde intifada, émeutes des banlieues…) ; enfin, diffusion, avec la mutation de l’antiracisme et la remise en cause de sa forme morale et universaliste par des groupes communautaristes militants (PIR, CRAN, CCIF…).

La démarche décolonialiste se propose de défaire les héritages multiples issus de la colonisation occidentale, qui perdureraient non seulement au sein de nos institutions (« racisme d’État », « discrimination systémique », principe de laïcité), mais aussi dans l’esprit du « Blanc », ce dominant en puissance bénéficiant de l’insigne « privilège » de vivre normalement au sein de la nation française. Le décolonialisme est un militantisme radical qui prolonge et met en acte le travail de déconstruction philosophique entrepris il y a quarante ans au sein des départements de littérature de l’université américaine par les théoriciens du postcolonialisme, au premier rang desquels Edward Saïd et son épigone Gayatri Spivak. L’un et l’autre ont entrepris d’analyser la période coloniale ainsi que ses effets sur les pays jadis en situation de dépendance politique ayant entamé leur transition vers une souveraineté politique retrouvée. Cet exercice critique raisonné a notamment conduit à l’émergence de thèses toujours vivaces, au premier rang desquelles celle de la persistance des systèmes de représentation coloniaux à travers l’Histoire (Saïd) et l’impossibilité subséquente pour les populations dominées de « parler pour elles-mêmes » de manière « authentique » (Spivak). Largement influencés par la logique révolutionnaire marxiste d’affranchissement prolétarien, les promoteurs du postcolonialisme ont contribué au glissement du schème de la domination bourgeoise produite par le capitalisme vers celui d’un impérialisme de l’Occident entretenu et diffusé par la démocratie. Dans les années 1950, Fanon évoquait déjà la nécessité d’adopter une posture de défiance à l’endroit de l’universalisme, en raison de son rôle supputé dans la structuration hiérarchique des relations sociales entre colonisateurs et colonisés.

La démarche décolonialiste se propose de défaire les héritages multiples issus de la colonisation occidentale, qui perdureraient non seulement au sein de nos institutions mais aussi dans l’esprit du « Blanc », ce dominant en puissance bénéficiant de l’insigne « privilège » de vivre normalement au sein de la nation française

Les mutations de l’indigénisme

L’indigénisme désigne primairement l’ensemble des dispositifs mis en place pour permettre aux populations autochtones dépossédées de leurs territoires – et souvent aussi de leurs cultures – de redéfinir les conditions de leur autonomie politique. Il est rapidement devenu un terreau de revendications identitaires autant que de conquête de nouveaux droits, parfois dérogatoires à la norme commune établie. L’une de ses figures intellectuelles les plus éminentes, le sociologue Ramon Grosfoguel, a également théorisé la colonialité en tant que processus transhistorique, n’hésitant pas à voir dans la domination une caractéristique (et non une déviance) des sociétés occidentales. La « blanchité » toxique conspuée par le décolonialisme contemporain s’inscrit en droite ligne de la vision de Grosfoguel : vision sélective ignorant à dessein la réalité de l’esprit belliciste de conquête qui a animé tant de peuples de tous les continents au cours de l’Histoire, tout en prônant une conflictualité intransigeante à l’encontre de l’Occident, jugé responsable au premier chef des turpitudes les plus terribles de nos temps.

L’indigénisme dont on se réclame aujourd’hui en France est une adaptation locale de la version originale. Faisant écho au Code de l’indigénat, qui définissait le statut juridique des populations autochtones de l’Algérie d’abord, puis de la plupart des possessions territoriales françaises, l’appellation « indigène » se veut témoigner du fait que les descendants des immigrés issus de ces colonies vivraient en somme ici comme leurs aïeux ailleurs, c’est-à-dire sous le joug d’un régime discriminatoire qui perdurerait.

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Les nouvelles inquisitions

Tout oppose leurs visions de la place des femmes dans la société. Pourtant, les mouvements néoféministes et indigénistes partagent une aversion similaire de l’unité républicaine, qu’ils tiennent pour un leurre. Ils ont en outre recours aux mêmes méthodes fondées sur la récrimination victimaire permanente, la production foisonnante de pseudo-concepts sociologiques ad hoc, et sur l’usage galvaudé de statistiques publiques pour étayer des faits particuliers. Ils honnissent la liberté de pensée et de débattre sereinement de sujets complexes et lui préfèrent souvent le simplisme de l’expression émotionnelle et subjective. Souvenons-nous que dans La Ferme des animaux, on proclamait déjà : « Tous les maux de notre vie sont dus à l’Homme, notre tyran. Débarrassons-nous de l’Homme, et nôtre sera le produit de notre travail. » Ces mots terribles résonnent chaque jour un peu plus fort dans nos sociétés, au point d’étouffer le chant d’espoir de ceux, innombrables, qui n’aspirent qu’au silence et à la concorde humaniste qu’on leur refuse désormais.

Je serais folle de vous…

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George Sand et Eugène Delacroix Sipa / Numéros de reportage : 51046444_000001 / Numéro de reportage : 51046755_000001

De 1834 à 1863, George Sand et Eugène Delacroix entretiennent une riche correspondance malgré leurs divergences de points de vue…


« Je serais folle de vous si je ne l’étais d’un autre. » Ainsi écrit, en septembre 1838, George Sand à Eugène Delacroix dans leur Correspondance parue aux éditions Le Passeur. En 1834, Sand vient de rompre avec Musset. Elle va voir Delacroix, à qui l’éditeur Buloz a demandé un portrait pour une première de couverture. Dans ce portrait célèbre, Delacroix saisit au vif la douleur de George Sand. Une amitié naît alors entre eux, jamais démentie. « Vous êtes une des plus grandes affections de ma vie… » écrit Delacroix. « Artistes bohémiens, bilieux, nerveux », leur amitié amoureuse repose sur un amour forcené du travail et de l’art.

Une amitié énigmatique

Leur correspondance s’étale sur plus de vingt-cinq ans jusqu’en 1863. C’est dire combien les années la colorent différemment, avec des constantes. Sand est telle qu’en elle-même à travers le temps. Toujours « entre l’encre et la plume », elle travaille la nuit, monte à cheval le jour et dort le matin. Maîtresse de maison, mère attentive, amie généreuse et maternante, femme d’affaires, elle traduit Shakespeare, écrit du théâtre, fréquente tous les grands artistes de l’époque. Douée d’une vitalité extraordinaire, elle se relèvera d’une grave diphtérie, en 1860. Elle est aussi la femme engagée qui, après le coup d’État de 1851, vient à Paris plaider la cause de ses amis incarcérés. Quant à Nohant, c’est toujours le même Nohant, bêtes et gens, « avec des billards partout… Si vous voulez de la musique, il y en pleuvra et de la première qualité » écrit Sand avant la rupture avec Chopin. Même si l’argent est toujours « le grand maigre », Sand est généreuse avec Delacroix : « Envoyez-moi un Turc, un lion, un cheval, une odalisque… ce que vous aurez dans un coin pour 200 f. » Delacroix ne sera pas en reste avec Sand à qui il fait don, entre autres œuvres, d’une Vierge avec sainte Anne. On aimerait beaucoup d’amis comme ça. Pourtant, les épreuves familiales ne sont pas épargnées à Sand. Dans une lettre terrible, Sand évoque « la petite catastrophe de famille », inévitable, entre sa fille, elle et son gendre. La rupture avec Chopin, elle, est évoquée avec discrétion.

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Le secret – l’énigme – de cette amitié est à trouver dans le travail et dans l’art. Quand Sand rencontre Delacroix, elle est célèbre à Paris. Elle a écrit Consuelo. Elle publie en feuilleton l’Histoire de ma vie. Lui, il est pris par le plafond du Sénat, la chapelle de Saint-Sulpice, avec son Ange magnifique (à voir ou revoir). Il connaîtra un succès inouï à l’Exposition universelle de 1855. Chacun a une énergie créatrice peu commune. Pour autant, leur amitié n’est pas fusionnelle. Si Delacroix aime Sand « d’une façon tout à fait singulière », et si George Sand lui écrit la déclaration d’amour, tout aussi singulière, qui donne au livre son titre, ce ne sont pas, pour autant, des amants secrets ni des artistes maudits. Ils n’ont pas non plus les mêmes idées politiques. La notion de péché originel auquel croit Delacroix les sépare. Mais ils sont unis par des liens profonds dont certains critiques trouvent la source dans le fameux portrait de 1838 n’hésitant pas à créditer Delacroix de « voyeurisme ».

Sand, pas une égérie féministe

Ces lettres ne sont pas écrites pour la postérité mais au fil de la plume. Elles ne sont ni impudiques ni people. Ce n’est pas non plus l’échange de deux belles âmes. Car le réel le plus banal s’y impose toujours : vie artistique parisienne, certes, mais aussi vie de famille, détails ferroviaires. En lisant le Journal de Delacroix, on est frappé de la différence de tonalité entre les lettres qu’il lui adresse, et son jugement personnel sur elle. S’il admire Chopin, s’il aime la femme qu’est Sand, Delacroix n’a pas vu le génie unique de son amie dont il parle, parfois, avec condescendance.

Une correspondance sert à faire connaître les auteurs dont les œuvres sont toujours vivantes. De Delacroix, on connaît les tableaux. Connaît-on le Journal, monument sur la peinture ? De Sand, on connaît Histoire de ma vie. Mais Consuelo ? Mais Un été à Majorque, idéologiquement décrié ? Mais Les Maîtres Sonneurs ? Si le tout Paris vient sentir l’odeur des vaches à Nohant, l’écrivain hors pair que fut George Sand ne fut pas et n’est toujours pas reconnu à sa juste valeur. On a fait d’elle une femme scandaleuse. On l’enferme dans une trilogie champêtre. Lélia redevient à la mode pour la peinture du plaisir féminin. Si elle est une femme qui a conquis, de haute lutte, sa liberté, prenons garde d’en faire une égérie féministe alors qu’elle est un auteur original et puissant.

« La note bleue résonne et nous voilà dans la nuit transparente. » écrit Sand dans une lettre. C’est à Nohant que Chopinet, dit Chip Chip, écrivit « deux superbes mazurkas qui valent bien dix romans » écrit Sand. Qui, mieux que le trio de Sand, Chopin et Delacroix les ont rendues sensibles, ces correspondances entre les arts ? A lire ce chef-d’œuvre que sont les Maîtres Sonneurs, on comprend l’amour de Chopin et de Sand. Décidément, il faudra qu’Antoine Compagnon nous fasse passer un été avec cette femme, peinte en homme par Delacroix, en 1838. Elle qui reconnut, d’emblée, le talent d’un autre Eugène, Fromentin, quand parut Un été dans le Sahel.

Agressions de maires: il va y en avoir combien d’autres?

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Combat de coqs / Pixabay

Les agressions de maires se banalisent. Comme si la charge d’élu local n’était pas déjà assez lourde !


Quelle époque !

Il va y en avoir combien d’autres ? Vous pensez magasins pillés ou banques vandalisées ? Non je parle des élus ! Des élus molestés, battus, pris à parti ou agressés physiquement ou de manière épistolaire – anonymement bien sûr ! Ho non pas le plus souvent des élus en costard cravate sept jours sur sept et qui lorgnent vers un destin parisien… Non, plutôt des élus de terrain pris à parti comme on se battait dans les bals de village voilà 30 ans.

Que s’est-il passé ? Dans un premier temps la désacralisation de tout. Du curé à l’instituteur jusqu’au médecin et désormais au maire, plus aucune fonction ne mérite respect désormais pour un grand nombre d’entre nous. Le « tous pourris » est généralisé. Le « moi aussi je peux le faire » est tellement répandu dans beaucoup d’esprits. De la téléréalité aux gilets jaunes et leur volonté de tirer au sort des représentants sans se soucier de quelque compétence préalable, preuve en est leurs « ambassadeurs », objectivement creux et incultes, on essaie de faire croire que chacun peut endosser toutes les fonctions par sa seule volonté.

Une sacrée charge

Non! Certes le processus démocratique permet à chaque citoyen de se présenter est d’être élu maire d’une des 31000 communes de France. Mais justement, on ne se réveille pas juste un matin en se disant « tiens je vais être maire ».

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Être élu c’est une sacrée charge ! Et preuve que certains n’y pensent pas assez, la démission surprise et le témoignage extraordinaire d’un jeune ex-édile élu en mai  et déjà démissionnaire. Thomas Maurice-Seingeot explique : « Je me suis mépris dans ma vision de maire. J’ai préjugé que c’était un travail alors qu’en réalité, la fonction est permanente, du 24 h/24, notamment au niveau mental. » Alors de grâce, arrêtons chers concitoyens de penser chaque élu comme un corrompu !

Se projeter pour sa commune avec une équipe est un vrai sacerdoce… pas un simple passe-temps ! Et plus la commune est modeste en nombre d’administrés, plus le boulot est inversement proportionnel aux indemnités perçues. Se lancer dans cette aventure humaine, urbaine et architecturale parfois, de gestion, de prévision et de projection est un vrai choix de vie, autant professionnellement que familialement.

Y’a plus de respect !

Alors si je stigmatise certains de mes concitoyens qui ne manifestent plus aucun respect pour rien… ni pour eux, je veux ici écrire mon dégoût de certains grands élus pour les petits qui triment et font un travail de proximité indispensable pour la démocratie de notre pays. Pour être clair, quand va enfin exister un vrai statut de l’élu local ?

Déjà en 2008, un collectif de citoyens de la ville rose émettait des préconisations dans ce sens…. résultat : cité dans Wikipédia, mais contacté par aucun parlementaire qui a sorti nombre de rapports. Ces fameux rapports qui finissent comme la poussière : dans un premier temps sous le tapis, dans un second temps se perdent dans les recoins des salons du Sénat.

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À laisser un laxisme ambiant opérer, une justice qui n’ose plus l’audace de la justesse, voilà que le poste d’élu, il y a encore peu « préféré des Français », devient dangereux à endosser. Après les professeurs invectivés, les médecins vilipendés, les policiers attaqués, les pompiers agressés, les élus frappés, à quand les présidents d’associations brutalisés pour une licence pas remise à temps ?

Je ne m’arrêterai pas pour autant car c’est mon choix de vie depuis 30 ans, mais tout de même cela ne rend pas confiant. S’investir pour les autres n’est pas une guerre !

« On fait comme si la France, qui consacre 12% de ses ressources à la santé, était un pays néolibéral »

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Betrand Burgalat et Daoud Boughezala. Photo : Emma Rebato.

 


Comment les diabétiques, sujets à risque, vivent-ils la crise du Covid-19 ? Quel est leur quotidien ? La recherche a-t-elle progressé ? Que fait l’Etat pour défendre les malades face aux intérêts de Big Pharma ? Chanteur et producteur à la scène, diabétique de type 1 à la ville, Bertrand Burgalat nous livre son point de vue iconoclaste. L’auteur de Diabétiquement vôtre (Calmann-Lévy, 2015) et fondateur de l’association Diabète et méchant a sa piqûre d’insuline dans la poche, certainement pas sa langue. Entretien (1/2)



Daoud Boughezala. Aux côtés de l’âge avancé et de l’obésité, le diabète est présenté comme un facteur de co-morbidité au Covid-19. Autrement dit, un diabétique atteint par le virus aurait plus de chances de développer une forme sévère de la maladie. Diabétique de type 1 depuis votre adolescence, avez-vous changé de quotidien depuis l’irruption de la pandémie ?

Bertrand Burgalat. Quand, dans son discours du 12 mars, le Président de la République a cité « celles et ceux de nos compatriotes qui sont âgés ou affectés par des maladies chroniques comme le diabète, l’obésité ou le cancer », j’aurais pu me réjouir que cette affection si mal comprise soit évoquée, pourtant j’ai été atterré : sa sollicitude, loin de  protéger les plus fragiles, risquait de leur coller une cible dans le dos et de les désigner comme individus à problèmes, à laisser de côté en cas de saturation des services d’urgence. C’est exactement ce qui s’est passé, et c’est ainsi que son message jésuitique a été entendu puisque dès le 17 mars, Anne Geffroy-Wernet, Présidente du Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs Élargi, a déclaré à La Croix : « Il y a trois types de profils. Ceux dont on sait qu’ils vont mourir, quoi qu’on fasse : ce sont des morts «inévitables ». Ensuite, les patients qui ont déjà des pathologies sévères, qui représentent des morts « acceptables ». Enfin, les morts « inacceptables » : les patients jeunes et sans antécédent. Notre objectif est d’avoir zéro mort inacceptable. » On peut dire que l’objectif a été atteint, la surprotection des personnes les moins exposées comme les enfants allant de concert avec l’abandon des pensionnaires des Ehpad, morts pour la plupart sans aucun soin, après avoir été contaminés par des personnels sous-équipés. S’il y a eu beaucoup de diabétiques de type 2 parmi les victimes, c’est d’abord parce que cette forme de diabète est souvent associée à d’autres facteurs aggravants comme l’hypertension, l’obésité et d’autres pathologies cardiovasculaires.

Depuis le début de la crise sanitaire, les experts médicaux, relayés par la classe politique, hésitent entre un discours catastrophiste et un ton infantilisant, comme s’il s’agissait de tancer des petits enfants indisciplinés pour combattre le virus. Ces travers vous rappellent-ils l’attitude qu’adopte une partie du corps médical face aux patients diabétiques ?

Le diabète est un miroir de notre société, qui concentre bien des paradoxes actuels. Il y a longtemps que nous devons endurer les approximations d’experts perclus de conflits d’intérêts, des doctrines médicales alignées sur l’offre et le marketing des équipementiers, l’infantilisation par le langage (acceptationdéniobservance etc) ou par des services de disease management comme Sophia ou MyDiabby,  les illusions et les risques de la santé connectée, les injonctions irréalistes des technocrates de l’“Education Thérapeutique du Patient” ou les inepties d’un Michel Cymès sur des chaines de service public. Il y a aussi le « programme du Conseil National de la Résistance » (qui n’a jamais eu de programme) invoqué dès qu’on remet en cause les dévoiements de l’assurance-maladie, ou les annonces boursières de Sanofi, l’Areva du diabète, qui vend la peau de l’ours et le vaccin avant même qu’il existe. Si notre « merveilleux-système-de-santé-que-le-monde-entier-nous-envie » (sans jamais aller jusqu’à l’imiter), avec sa piétaille sous-dotée et ses nomenklaturistes, s’est effondré en quelques jours, ce n’est pas par manque de moyens : le diabète, qui représente 20% des dépenses de santé en France, l’illustre, avec des traitements vendus et remboursés 1000% au-dessus de leur prix de revient et ses millions dépensés en influence.  Car les conseilleurs ne sont pas les payeurs, mais ils peuvent parfois être payés, comme le diabétologue André Grimaldi, toujours présent quand il faut vilipender l’hôpital malade de la rentabilité, comme si l’hôpital était rentable, comme si un pays qui consacre près de 12% de ses ressources à la santé était un pays néolibéral. Ce discours séduisant, fondé en apparence sur des principes louables, n’aboutit qu’à l’accroissement des dysfonctionnements. Si nous voulons une santé véritablement au service de tous, il faut moins d’argent, moins de dilapidations et moins d’économies de bouts de chandelle. La santé publique en France n’est pas malade de l’État ou de l’ “ultralibéralisme” mais de l’incapacité du premier à arbitrer en fonction de l’intérêt général, sans que ses décisions soient altérées.

La confusion entre les types est entretenue par ceux qui vivent du diabète

Pouvez-vous expliquer aux néophytes la différence entre diabètes de type 1 et de type 2 ? On présente souvent le second comme moins grave mais, comme vous l’a fait remarquer le Dr Grimaldi, certains malades dits légers sont sous dialyse… 

Les mots diabète et diabétiques désignent des maladies et des réalités très différentes avec plusieurs variantes comme Lada ou Mody. Le diabète de type 1, insulinodépendant, 5 à 10 % des cas, le plus souvent sans antécédents familiaux, est une maladie auto-immune : notre corps, inexplicablement, détruit les cellules bêta qui permettent la sécrétion d’insuline. Sans cette hormone nous mourrons, c’est pourquoi nous devons nous l’injecter, en essayant de suivre au plus près les variations de notre glycémie. Chez le diabétique de type 2 le pancréas fonctionne toujours, mais, trop sollicité par l’organisme, il peine à délivrer l’insuline en quantité suffisante. L’action du sucre est plus sournoise, souvent associée à d’autres pathologies qui amplifient ses conséquences.

tract sfdLa confusion entre les types est entretenue par ceux qui vivent du diabète, y compris par les associations officielles comme l’Association Française des Diabétiques car cela leur permet de parler au nom de 4 millions de malades en France et de 400 millions dans le monde alors qu’ils n’ont qu’une poignée d’adhérents. Pour les patients la confusion est désastreuse : pour les diabétiques de type 1, soumis à un traitement très contraignant, accablés de passer pour des patachons qui mangent trop de sucre, et pour les diabétiques de type 2, sur lesquels on fait peser la fatalité qui entoure le diabète de type 1, alors que dans la plupart des cas chez eux il s’agit plus d’un symptôme, qui peut être appréhendé positivement. Dans les deux cas, la culpabilisation règne : pour les type 1 culpabilisation d’avoir du mal à bien gérer un traitement complexe que les diabétologues eux-mêmes seraient le plus souvent incapables d’appliquer, et pour les type 2 culpabilisation de ne pas être assez « observants », avec en plus une forme de mépris social pour des populations souvent associées à la sous-culture, la malbouffe et la sédentarité.

Vous qui avez appelé votre label Tricatel, du nom de l’industriel véreux joué par Julien Guiomar dans L’Aile ou la cuisse, imputez-vous l’explosion mondiale du diabète à cette généralisation de la malbouffe et de la sédentarité ?

Le diabète de type 2 progresse dans le monde en même temps que l’alimentation à base de féculents et de céréales, Il a moins besoin de médicaments, pour le faire reculer, que de vaincre l’acharnement des autorités de santé à enjoindre les diabétiques et la population de se gaver de sucres dits lents ou complexes, ce qui est la meilleure façon de le propager.

L’anticonspirationnisme est devenu une forme de conspirationnisme

Dans votre livre Diabétiquement vôtre (Calmann-Lévy, 2015), vous racontez avoir découvert votre diabète à 11 ans, après un vaccin contre la variole. Est-ce une coïncidence ? 

Si les causes du diabète de type 2 sont assez clairement établies, l’apparition du diabète de type 1 reste un mystère, et nous avons tous tendance à relier son déclenchement à des chocs, émotionnels ou médicaux. Il y a probablement un terrain favorable qui est ensuite exacerbé par ces chocs, et un vaccin comme celui contre la variole, qui a été supprimé peu après qu’on me l’ait administré, a pu jouer ce rôle (j’avais reçu ce vaccin sur ordre de l’Education nationale, qui menaçait de me déscolariser le cas échéant). Ce qui m’avait immédiatement frappé en 1975, en revanche, c’est que l’hypothèse avait été immédiatement rejetée, alors qu’il est aujourd’hui avéré qu’il était extrêmement toxique et n’avait plus aucune utilité, la variole ayant disparu. Comment espérer vaincre une maladie, le diabète, dont on ne cherche pas à comprendre l’apparition? Et comment poser la question du rapport bénéfice-risque de la vaccination contre la variole en 1975 sans passer pour un témoin de Jéhovah ou un antivaccin? L’anticonspirationnisme est devenu une forme de conspirationnisme, il y a des gens qui voient des complots partout, et d’autres qui voient des conspirationnistes partout, et on finit par devoir s’excuser d’avoir eu sa vie ainsi altérée.

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Diabétiquement vôtre

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Ouïghourland: Turkestan ou Xinjiang?

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La militante Ouïghour Rebiya Kadeer photographiée en 2012 © Shizuo Kambayashi/AP/SIPA Numéro de reportage: AP21221642_000001

Minorité turcophone musulmane de l’Ouest de la Chine, les 11 millions de Ouïghours font l’objet d’une politique de brimades permanentes visant à leur intégration forcée dans l’Empire du Milieu.


Depuis quelques semaines la question « Ouïghours » refait surface dans la presse occidentale. En juilet, Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires Etrangères a vertement critiqué le ministre anglais des Affaires Etrangères Dominique Raab qui avait dénoncé l’atteinte aux droits des Ouïghours. Washington a trouvé là un nouvel argument pour sa politique de sanctions concernant le géant économique chinois. Amnesty international et Human Rights Watch sont en pointe des dénonciations des atteintes aux droits de l’homme en pays ouïghour. Le quotidien New York Times rapporte que les masques Covid-19 exportés vers l’Europe sont fabriqués par des populations déportées du Xinjiang. Des délégations de représentants de l’ONU ou de l’UE à la demande de Josep Borrel ne sont pas acceptées pour observer la situation sur place. Des rescapés témoignent. Des documents administratifs chinois passés à l’ouest corroborent toutes les allégations. Mais le problème « Ouïghours » est récurrent depuis des décennies.

Les Ouïghours vivent dans le Xinjiang province de l’extrême ouest de la Chine, immense territoire largement composé de désert et de montagnes, représentant une superficie de 3 fois la France, au sous-sol riche en hydrocarbures et en minerais, métaux précieux. Le Xinjiang a frontière commune avec de grands états comme l’Afghanistan, le Pakistan, la Russie mais aussi le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Cachemire indien, la Mongolie. Il est un élément  de la fameuse « Route de la Soie » que le chef d’état chinois Xin Jinping réactive pour étendre  les échanges avec le reste du monde, notamment avec l’Europe.

Les Ouïghours, cette ethnie musulmane sunnite , modérée, tolérante et turcophone, de langue turcique, constituent un peu moins de la moitié des 25 millions d’habitants de la province.

Certaines sources indiquent que 80% des stérilets posés en Chine sont au Xinjiang

L’historien peut suivre l’action  de souverains ouïghours dès le 8ème siècle avec Alp Qutlugh puis Tängrida bulmysh külüg bilgä. Au 10 ème siècle c’est l’invasion arabe et l’islam. Des ouïghours bouddhistes émigrent vers la Chine. L’islamisation de la région du Turkestan est achevée au début du 16ème siècle.

Les colonisations russe et chinoise face à des populations souvent nomades s’imposent pendant des décennies sur 2 Turkestan l’oriental (la Chine) et l’occidental (Russie)

Au 20 ème siècle l’historien observe l’éphémère République islamique du Turkestan oriental en 1933 et la non moins éphémère République du Turkestan oriental de 1945 à 1949.

En 1949 la province toute entière est annexée à la Chine populaire  communiste proclamée par Mao Ze Dong. En 1955 le Turkestan devient la Région Autonome Ouïghoure du Xinjiang.

En 1949 les Han qui sont la principale ethnie de Chine représentaient 4% seulement de tout le Turkestan oriental. Depuis 20 ans les observateurs notent une politique de sinisation et par là même un afflux de population chinoise dans ce nord-ouest de la Chine, si important pour le pouvoir central de Pékin. L’ambassadeur de Chine en Grande Bretagne annonce pour sa part que la population ouïghoure est passée de 5 à 11 millions en 40 ans.

Les Ouïghours accusent les chinois de vouloir faire disparaître leur culture, leurs racines, de programmer la destruction du patrimoine culturel (comme la vieille ville démolie et reconstruite à Kashgar emblématique de la Route de la Soie) et la disparition ou le contrôle des lieux de culte. Des dizaines de cimetières ont été détruits pour recevoir des constructions nouvelles. Ils dénoncent le gouvernement communiste qui interdit toutes les recherches historiques autonomes. Le seul ouvrage sur l’histoire ouïghoure, écrit en ouïghour, par un ouïghour « Uygurlar » est interdit.

Ils dénoncent l’assimilation forcée, les discriminations en tous genres et en premier lieu dans l’emploi, qui conditionne la vie quotidienne, l’interdiction de communiquer avec l’étranger. Et ils mettent l’accent sur la stérilisation des femmes ouïghoures et le contrôle strict des naissances. Certaines sources indiquent que 80% des stérilets posés en Chine sont au Xinjiang. Données biométriques, prélèvements ADN et analyses génétiques complètent la panoplie du suivi des populations ouïghoures.

A lire aussi, du même auteur: Le passé trouble d’un héros national arménien

Depuis 2016, un nouveau dirigeant a été nommé dans la région. Chen Quanguo a auparavant dirigé le Tibet. Les Ouïghours lui reprochent de mettre en place un système de surveillance drastique en utilisant tout le panel des nouvelles technologies et techniques, avec la reconnaissance faciale, les caméras dans les rues,  les codes QR avec les informations familiales sur les portes des maisons, les paintballs utilisés dans les manifestations, le contrôle systématique des portables. « What’s app » et les VPN sont interdits, la prison est requise pour toute personne qui dispose sur son portable de textes anti-chinois, anti-gouvernementaux, de vidéos de manifestations, de rassemblements. Un affichage systématique en ouïghour précise qu’il est interdit de garder des vidéos critiquant le Parti Communiste Chinois, ou prônant le séparatisme.

Et des manifestations il y en a eu. Parmi les plus graves émeutes, celles de Ghulja en février 1997 pour l’égalité des chances à l’école comme au travail ; en effet si l’enfant suit un cursus à l’école ouïghoure il a moins de chance de trouver un emploi que s’il suit l’école chinoise ; et les sur-diplômés ouïghours se retrouvent dans des postes subalternes.

Les émeutes de juillet 2009 sont les plus sanglantes. Elles ont éclaté à la suite d’un drame dans les dortoirs des ouvriers d’une usine  à  Shaoguan localité proche de Canton : une Han a été violée par des Ouïghours ; ceux-ci venaient d’être recrutés. Les chinois s’en prennent à la communauté ouïghoure. Pour beaucoup de chinois les Ouïghours sont « des voleurs, des menteurs, des terroristes ». A Urumqi capitale du Xinjiang ce sont alors plusieurs jours de manifestations ouïghoures puis chinoises avec une centaine de victimes. Des arrestations en nombre donnent lieu à des tortures.

En 2014 un autre mouvement de protestation est réprimé de manière sanglante, dans le district du Yarkand, mais l’information ne peut circuler ; les réseaux mobiles, internet sont coupés.

Les chinois quant à eux ont mis en avant des attentats islamistes meurtriers perpétrés par des militants ouïghours. En 2014 l’attaque d’une gare a fait des dizaines de morts. Dès les années 2000 d’ailleurs, l’ ETIM East Turkestan Islamic Movement est accusé d’être proche d’Al Qaida et le pouvoir chinois craint une vague d’attentats à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Ce constat porte le gouvernement central à vouloir éradiquer toute  tentative de terrorisme et de séparatisme ouïghours. Les chercheurs occidentaux ont découvert que grâce au big data des algorithmes permettaient, en traitant des centaines de données civiles, de sortir des profils potentiellement extrêmistes et opposants, pouvant basculer vers des actes terroristes.

Les autorités chinoises vont donc bien au-delà de l’imposition de quotas pour le pèlerinage annuel collectif à la Mecque, pour surveiller les éventuels candidats aux actes terroristes. Bien au-delà de la diffusion de films religieux uniquement après autorisation gouvernementale. Bien au-delà de la délation proposée moyennant récompense. Bien au-delà du prêche du vendredi prononcé par l’imam après validation des autorités. Bien au-delà du Coran retraduit pour être compatible avec l’idéologie communiste.

Les exilés s’estiment pourchassés dans leur nouvelle vie, par les autorités chinoises de renseignements

Montée en puissance, une politique d’internement massif est inaugurée depuis 2017 avec de véritables camps de rééducation, appelés par les autorités « centres de formation professionnelle » qui concerneraient 1 million de personnes. Dans ces centres, l’apprentissage du mandarin langue officielle, de chants patriotiques, le changement du logiciel ouïghour par un logiciel chinois pour faire rentrer les ouïghours dans la « modernité », le travail forcé font partie de la « formation » que déplorent les opposants. Pour eux la formule « les chinois Han et les minorités forment un peuple uni et inséparable » est de la poudre aux yeux. Les tentatives de créer une adhésion au régime au travers des slogans « stabilité, sécurité, prospérité, patrie » sont vaines.

Les Ouïghours dénoncent également le « Bingtuan », composé de soldats agriculteurs ou ouvriers, véritable organisation pour la production, le développement, la construction, la stabilité sociale du Xinjiang, mis en place par le pouvoir pékinois. Le Xinjiang s’est en effet couvert ces dernières années, de grues, de bulldozers, de pelleteuses, de routes, d’autoroutes, de ponts, d’aéroports, d’immeubles collectifs pour loger les arrivants  venus de différentes régions de la Chine , de chantiers pour centres commerciaux, banques, restaurants. Ce qui n’exclut pas de construire à l’ancienne des petits temples bouddhistes que l’on montre avec soin aux touristes en mal d’authenticité. Ces touristes qui visiteront des quartiers anciens reconstruits et prendront un repas traditionnel dans des familles averties, avec costumes traditionnels.

Face à ces conditions de vie, tout en comprenant que beaucoup préfèrent se taire, pour pouvoir vivre en paix avec leurs enfants, un certain nombre de Ouïghours ont quitté leur pays pour la Belgique, la France (ils sont moins d’un millier), pour l’Allemagne, la Turquie, les Pays-Bas, les Pays scandinaves. Les exilés s’estiment pourchassés dans leur nouvelle vie, par les autorités chinoises de renseignements. Coups de fil intempestifs, mails virussés, menaces de représailles sur leurs familles restées au pays. Les ambassades chinoises dans les pays concernés réclament les cartes de séjour, les contrats de travail, les contrats de location. De faux courriers des familles restées au pays sont envoyés aux expatriés pour leur conseiller de ne pas participer à des manifestations et de rester en dehors de toute critique. Pour l’entraide entre Ouïghours le World Uyghur Congress regroupe les multiples organisations de défense ouïghoures.

A lire ensuite: Le Hezbollah, pomme de discorde au sein de l’Union Européenne

Les Ouïghours considèrent que les états étrangers ne les aident guère, même les pays musulmans (sauf la Turquie), car ils ne veulent pas entraver leurs relations avec la Chine partenaire commercial. La Russie, l’Iran, l’Arabie Saoudite soutiennent la Chine. Le Pakistan voisin du Xinjiang est directement concerné par la volonté chinoise de s’ouvrir sur l’Océan indien avec la construction d’un port, point final de la communication terrestre entre Kashgar 2ème ville du Xinjiang et Gwador au Pakistan. L’Europe elle-même est concernée par la Nouvelle Route de la Soie et par ses approvisionnements pétroliers. Sans parler des grandes marques Gucci, Vuitton, Chanel, Prada qui profitent du coton chinois. Sans parler de Volkswagen qui a une usine au Xinjiang et qui fait 40% de ses ventes mondiales en Chine. Sans parler de Siemens, Basf, Danone, Engie, Essilor, Véolia. Qui plus est, les chinois savent y faire pour brouiller les cartes et s’approcher des préoccupations des occidentaux : lors des attentats islamistes dits du Bataclan, en  France, une tour de Shanghaï a été illuminée en bleu blanc rouge.

La journaliste et photographe indépendante, spécialiste de l’Asie centrale, diplômée de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en anthropologie sociale, Sylvie Lasserre, a publié un « Voyage au pays des Ouïghours », « De la persécution invisible à l’enfer orwellien », qui retrace la situation du Xinjiang de 1997 à 2020 et qui n’oublie pas l’histoire et la culture.

Elle connaît parfaitement le pays où elle a séjourné ; elle sait de quoi elle parle. « Tandis que je traverse le pont qui enjambe l’Ili, rivière qui marque la frontière entre le Kazakhstan et la Chine, une euphorie joyeuse me submerge : je suis en Chine ! Pénétrer ainsi à pied, dans l’Empire du Milieu me transporte ». Dès 2007 elle était au Turkestan. Son travail : enquêtes clandestines, entretiens avec des Ouïghours de l’intérieur, de l’extérieur, avec Rebiya Kadeer ex présidente du Congrès mondial des Ouïghours, sorte de Dalaï Lama ouïghour, libérée en 2005 grâce à l’intervention de Condoleezza Rice.

Elle publie dans son ouvrage une liste non exhaustive de personnes interpellées, arrêtées, condamnées par le pouvoir central : parmi elles, un éminent géographe, un président d’université, un rédacteur en chef d’une revue littéraire, un médecin émérite, un directeur d’institut de sciences humaines, un directeur d’une association pour l’art et la littérature.

En conclusion de son livre, elle publie la lettre que la famille de Rebiya Kadeer a envoyée à cette dernière : « Chère mère, vous étiez autrefois la plus riche personne du Xinjiang seulement parce qu’il vous avait été accordé beaucoup d’opportunités commerciales et de facilités par le Parti Communiste Chinois et le gouvernement. Cependant, malgré l’indulgence répétée du Parti et du gouvernement vous avez été mise en prison à l’instigation d’autrui. Vous avez ensuite été autorisée à vous rendre aux Etats-Unis, grâce à, de nouveau, la mansuétude de notre gouvernement. Vous aviez promis à notre gouvernement de ne vous engager dans aucune activité séparatiste avant votre départ pour les Etats-Unis, mais vous avez manqué à votre promesse. Mère, nous avons très envie d’une vie stable. Au Xinjiang qui ressemble à une grande famille pour les peuples des différents groupes ethniques,  aucun d’entre nous n’a éprouvé un incident violent aussi cruel que ce qui s’est passé le 5 juillet à Urumqi. A cause de vous, beaucoup d’innocents ont perdu la vie… Mère, malgré tant de choses que vous avez faites, le gouvernement nous traite gentiment…Vous n’êtes pas au courant des changements intervenus au Xinjiang. Les habitants jouissent d’une vie agréable… Il y a beaucoup de millionnaires ouïghours, et un nombre incalculable de nouveaux bâtiments à Urumqi et le peuple ouïghour bénéficie des diverses politiques préférentielles du gouvernement… S’il vous plaît, pensez à notre bonheur et à celui de vos petits-enfants… Ne suivez pas les provocations de certaines personnes d’autres pays... »

En 2019 le Parlement européen a attribué son Prix Sakharov à Ilham Tothi économiste ouïghour emprisonné à vie pour subversion. Les Ouïghours ont pour habitude dans leurs manifestations à l’étranger de scander : « Oyghan ! Oyghan ! » « Réveille-toi ! Réveille-toi ! » …

Voyage AU PAYS DES OUÏGHOURS

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Paye ton masque et tais-toi!

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Le ministre Jean Michel Blanquer à Montataire dans l'Oise, le 21 août 2020 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00977474_000004

Le refus de la gratuité du masque pour les élèves déclenche une polémique…


« L’État ne fournira pas de masques aux élèves » nous annonce Le Monde. C’est ce qui est ressorti du conseil de Défense de ce mardi 25 août. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir demandé au gouvernement, sur les bancs de gauche comme sur ceux de la droite d’éviter de confondre comme Blanquer, un outil sanitaire et une fourniture scolaire.

Le masque qui devait se négocier aux alentours de 5 centimes d’euros en janvier est monté à 0,95 euros, et encore le gouvernement a dû se faire un ulcère à l’estomac en fixant cette somme maximale. C’est la loi de l’offre et de la demande, paraît-il, ce truc formidable qui est la base du marché, ce marché qui ne marche que s’il n’y a pas de guerres, d’épidémies, de troubles sociaux, d’évènements climatiques, bref qui ne marche pas souvent.

Comparaison n’est pas raison ?

À moins que l’État soit là pour socialiser les pertes et privatiser les profits. Par exemple, l’État ne fournit pas de masques aux élèves mais il fournit 7 milliards d’euros à Air France et 5 à Renault pour les aider à licencier. De beaux esprits expliqueront sans doute qu’il faut comparer ce qui est comparable.

Justement, c’est comparable.

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Écoutons, toujours rapportée par Le Monde, l’étrange argumentation, typiquement néo-libérale, de ce gouvernement pour justifier sa pingrerie potentiellement mortifère: « ll faut revenir à la notion de prise de responsabilité individuelle, défend un ministre qui a participé au conseil de défense. On ne paie pas des préservatifs à tout le monde, alors que le sida tue lui aussi ! Ce n’est pas à l’État de prendre en charge cette dépense, d’autant plus que la situation est amenée à durer. »

 « Le masque, c’est comme le préservatif »

La responsabilité individuelle consiste donc, si je comprends bien, pour une famille modeste à faire des arbitrages budgétaires pour protéger ses mômes dans le cadre d’une scolarité qui est, rappelons-le, obligatoire. Parce qu’il n’y a qu’un ministre macroniste pour comparer la responsabilité qui consiste à mettre un masque à l’école à la responsabilité qui consiste à enfiler un préservatif, je ne sais pas, moi, dans une back-room.

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En revanche, les patrons d’Air France qui s’auto-rémunèrent comme des morts de faim et arrosent leurs actionnaires, pour eux, pas de responsabilité individuelle mais un gigantesque assistanat payé avec vos impôts qui par ailleurs ne serviront pas à payer les masques de vos enfants… Vous suivez ?

Le cancer de l’assistanat des grands patrons

On vous dit toujours que l’assistanat c’est un cancer, mais apparemment c’est un cancer pour les allocataires de minima sociaux, mais pas pour ces champions de la responsabilité individuelle que sont les grands patrons. On rappellera dans le même temps que les PME, elles, auront le droit en tout et pour tout à trois milliards, ce qui montre bien qu’il y a, comme toujours, une vraie lutte des classes au sein du patronat, entre celui qui tente de ne pas fermer son usine de cinquante salariés et celui qui repasse déjà son parachute doré avant de sauter de l’avion (d’Air France).

Mais puisque l’État ne fournira pas de masques à la rentrée, on pourrait imaginer de ne pas fournir d’élèves à l’État. Ni de profs d’ailleurs. Ni d’impôts non plus, tiens, histoire qu’il ne puisse plus payer sa police, l’État, et qu’il n’y ait plus rien entre lui et nous. Qu’on finisse le travail des gilets Jaunes et qu’on s’explique un peu.

Avec des masques.