La peur est entrée dans Paris. Et un peu partout en France. A coups de prophéties alarmistes, certains médecins médiatiques nous annoncent une seconde vague de Covid-19 semblable au pic qui a affecté l’hexagone au printemps dernier. Sachons raison garder, recommande Frédéric Adnet, professeur de médecine d’urgence à l’Université de Paris 13. Ce praticien qui dirige les urgences de l’hôpital Avicenne de Bobigny explique pourquoi, malgré les milliers de contaminations quotidiennes, nous ne revivrons plus la situation épidémique de mars-avril. Entretien.


Daoud Boughezala. Dans les médias, nombre de vos confrères médecins alertent sur le risque d’une future seconde vague. D’après eux, la courbe suivie ces derniers jours par le nombre d’infections quotidiennes au Covid-19 laisserait présager un retour à la situation épidémique de mars-avril. Partagez-vous cette analyse ?

Frédéric Adnet. Non. Tous les experts s’accordent sur le fait que si deuxième vague il y a, elle ne ressemblera pas à la première. Or, un certain discours anxiogène laisse croire que nous risquons de nouveau d’être submergés par une deuxième vague similaire à la première. Ce n’est pas du tout ce que disent les épidémiologistes et les médecins spécialistes des maladies infectieuses. D’abord, on ne peut pas comparer le nombre de nouveaux cas quotidiens observés en mars-avril avec celui qu’on observe aujourd’hui parce que la méthode de dépistage est radicalement différente. Au printemps, les dépistages étaient très ciblés vers les patients symptomatiques qui répondaient aux critères d’hospitalisation. Autrement dit, les patients les plus graves. Aujourd’hui, on fait du traçage extrêmement large, c’est-à-dire des dépistages de masse, en direction des patients symptomatiques, asymptomatiques, des cas contacts, etc.

Il faudrait multiplier les courbes de mars-avril par un facteur qui peut varier de cinq à dix pour pouvoir la comparer à l’augmentation actuelle. Aujourd’hui, on observe probablement un petit rebond qui n’a rien à voir avec ce qui s’est passé en mars-avril.

Si deuxième vague il y a, en quoi sera-t-elle différente de la première ?

Lors de la première vague, le virus s’est diffusé dans une population dite « naïve », c’est-à-dire sans aucun moyen de protection ni surtout aucune immunité collective. Le virus s’en est ainsi donné à cœur joie. D’où cette célérité, la vitesse de la croissance du nombre de nouveaux cas graves qui a été phénoménale au point de submerger notre structure hospitalière. Aujourd’hui, le virus est toujours là et continue de se propager. Sauf que ce qui joue sur la vitesse de propagation d’une épidémie, ce sont les moyens que l’on se donne pour la freiner : les masques (une étude montre que si 50% de la population le porte, cela a un impact direct sur la vitesse de propagation du virus), la distanciation physique, le traçage et l’isolement des cas détectés. Ajoutons à cela l’immunité collective.

On a lu tout et son contraire sur la notion d’immunité collective. Sa réalité est-elle avérée ?

Revenons aux fondamentaux. Ce que l’on sait clairement, c’est qu’un patient atteint de cette maladie, même dans sa forme peu symptomatique, développe une immunité humorale. Le Covid est donc une maladie qui provoque une immunité protectrice efficace. Certes, on ne connaît pas la durée de cette immunité mais des éléments sont rassurants : sur 24 millions de ca

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