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Expo : Beaubourg célèbre la « résistance attitude »


Le centre Pompidou propose une exposition intitulée « Global(e) Resistance », qui réunit des plasticiens ayant « une pratique à la fois artistique et politique, voire activiste ». Un accrochage conjuguant hermétisme et militantisme ne fait que souligner le divorce entre l’art contemporain et le public.


Parfois, en matière d’art contemporain, j’ai des idées vagues restant à l’état d’impuissantes maugréassions. Et puis, tout à coup, fortuitement, à l’occasion d’une lecture, d’une rencontre ou d’une visite, tout se clarifie. C’est exactement ce qui se produit pour moi à l’ouverture de l’exposition « Global(e) Resistance » à Beaubourg. C’est à ce titre que je la recommande. On peut s’y rendre en sociologue amateur.

Comprendre or not comprendre

Il faut avoir en tête qu’en art contemporain, « comprendre » est le mot-clé, celui qui revient le plus souvent. Il y a, on le sait, les initiés, les distingués, ceux qui « comprennent ». Et puis il y a les blaireaux, les réfractaires, voire les nauséabonds, bref, ceux qui ne comprennent pas.

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À l’entrée de l’exposition « Global(e) Resistance », des vitrines recommandent des lectures et signalent des « lieux de l’activisme », comme l’inévitable Colonie barrée. C’est un peu fastidieux de passer en revue toute cette documentation, mais on saisit que la présentation va être très politisée. Des encarts muraux confirment la tonalité. Jusque-là, c’est clair ! Tout va bien ! Je « comprends » !

Cependant, une difficulté apparaît dès les premières œuvres. Les pièces et installations réunies ne visent manifestement pas à procurer un plaisir esthétique simple, comme la Vénus de Milo ou Le Bain turc. L’essentiel tient sûrement à un sens, un message, une intention, quelque chose de ce genre. Oui ! mais quoi ? Devant la plupart des œuvres, j’éprouve la même perplexité : incapable de saisir ce que les auteurs ont voulu exprimer, je me résous à lire l’explication sur le cartel prévu à cet effet.

Rédemption, Barthélémy Toguo, 2012-2014 © Centre Pompidou, Paris, Mnam-CCI / ADAGP, Paris, 2020.
Rédemption, Barthélémy Toguo, 2012-2014 © Centre Pompidou, Paris, Mnam-CCI / ADAGP, Paris, 2020.

Exemple : je vois un grand nombre d’œufs à coquille blanche ou rouge, parfaitement alignés en carré, suspendus ou posés sur le sol. Ça doit sûrement vouloir dire quelque chose, me dis-je. Je cherche avec bonne volonté. Peut-être s’agit-il de dénoncer les inconvénients d’une société trop organisée, trop normative ou, au contraire, de suggérer qu’on ne peut faire ni d’omelette ni de révolution sans casser des œufs ?

J’apprends que l’auteur « examine les enjeux spécifiques tels que l’articulation de la religion et du politique ainsi que la place des traditions au présent, qui se posent aux gouvernements africains depuis la fin des empires coloniaux et dans le monde global contemporain. […] Les œufs suspendus évoquent la fragilité du processus démocratique et le péril comme les menaces qui pèsent sur les populations en raison de leur appartenance à des communautés. La couleur blanche en appelle à une plus grande lucidité des pouvoirs en place »… Dont acte !

Un peu plus loin, je m’approche de sacs, genre sacs de café, alternant sous la cimaise avec des sandales en corde. C’est le grand prix de la fondation Ricard, une sorte de chef-d’œuvre annoncé, en somme. Cette fois, je commence par lire le cartel. Autant aller directement à l’essentiel ! Pour préparer son œuvre, le créateur, « un artiste émergent de la jeune scène française », a rencontré des paysans expulsés de leurs terres dans un bidonville de Colombie. Il leur a demandé d’écrire leur histoire et leurs revendications sur des sacs de jute au moyen de marqueurs noirs, puis de détricoter la toile et de s’en faire des sandales. Je prends un peu de recul. Je réfléchis. J’aimerais quand même trouver au moins une fois la solution par moi-même… L’artiste veut-il carrément se foutre de la gueule des paysans concernés en leur faisant fouler au pied ce qui leur tient le plus à cœur ? Souhaite-t-il, au contraire, que ces écrits transformés en chaussures les aident allégoriquement à se mettre en marche et à prendre un nouveau départ ? Difficile de trancher entre ces deux interprétations contradictoires. Je me penche à nouveau sur le cartel pour connaître la bonne réponse. C’est encore autre chose : l’artiste veut tout simplement proposer aux expulsés un « outil de résilience ».

Je pourrais citer de nombreux autres exemples qui jalonnent le parcours de cette exposition et de beaucoup d’autres. Le fait est que très souvent – trop souvent – les œuvres d’art contemporain restent incompréhensibles sans l’aide d’une explication. Cette situation laisse évidemment le champ libre aux commissaires qui, tels des hiérophantes, rédigent des notices en une novlangue parfois surprenante.

Cependant, l’habitude de présenter au public des suites d’énigmes stériles n’est pas sans risques. Si l’art contemporain, après un demi-siècle d’existence, ne rencontre toujours pas de succès populaire, c’est en grande partie à cause de cela. La plupart des gens ne voient tout simplement ni de quoi il s’agit ni en quoi ils sont concernés. C’est ennuyeux à la longue de ne pas « comprendre ». Imagine-t-on des films, des séries ou des romans hermétiques d’un bout à l’autre ? Je prends un autre exemple : les clips musicaux ont une grande importance de nos jours, notamment chez les jeunes. À chaque fois, un propos sur l’existence est associé à une scansion, un lyrisme et des images fortes. La question de comprendre ou ne pas comprendre ne se pose même pas. Le clip vous pénètre directement. Il vous plaît, vous émeut et vous enrichit (placere, movere, docere, selon la maxime classique). On peut ironiser sur la qualité de certaines de ces productions, mais pas sur leur audience. Notons qu’elles sont l’exacte antithèse de l’art contemporain.

L’art contemporain à la remorque des idées dans l’air du temps

Il faut s’arrêter sur l’évolution du centre Georges-Pompidou. Ouvert en 1977 pour « centraliser la décentralisation » artistique, il connaît un début d’existence énergique, sous la direction du Danois Pontus Hulten, un proche de Marcel Duchamp et de l’abstraction américaine. Une série de méga-expositions sont organisées sous sa houlette : « Paris-New York » (1977), « Paris-Berlin » (1978), « Paris-Moscou » (1979) et enfin « Paris-Paris » (1981). Ces présentations sont réussies et mémorables. Elles sont, aussi et surtout, l’occasion d’une construction théorique. Il s’agit d’écrire et, même, de réécrire l’histoire de l’art, du moins sa partie utile, c’est-à-dire la fin du xixe et le xxe siècle. Il en résulte une sorte d’histoire mondiale de la France artistique. Rien de scientifique, évidemment, dans cette affaire qui, avec le recul, apparaît comme particulièrement idéologique.

De nombreux artistes de talent sont envoyés aux oubliettes. C’est le cas, pour ne prendre que cet exemple, de Despiau, principal sculpteur français de l’entre-deux-guerres. Bien que Beaubourg détienne plusieurs centaines de ses œuvres, elles restent en cave et ne semblent pas près d’en échapper. Inversement, des artistes inconnus, d’obscurs bricoleurs, des avant-gardes putatives, des chevaliers de la table rase, parfois aussi quelques artistes passionnants, sortent de l’ombre. Ils sont montés en épingle, commentés, théorisés et prennent place dans une histoire inédite, à la façon de figurants appelés pour une nouvelle chorégraphie.

On peut faire le rapprochement avec un tout autre domaine : certains essayistes, à tort ou à raison, pensent que l’idée de peuple ou de nation repose principalement sur l’histoire du groupe concerné, ou du moins sur le récit qu’il s’en donne. C’est sans doute exactement la même chose pour l’art contemporain. Sa possibilité repose en grande partie sur un récit historique ad hoc. Cette histoire appauvrie et orientée prépare, justifie et irrigue l’art contemporain. C’est elle qui est développée dans les deux étages de collections permanentes. Après les avoir visitées, la plupart des gens n’imaginent même plus que le xxe siècle puisse comporter autre chose de valable.

On peut voir dans cette falsification quelque chose de violent, voire d’un peu totalitaire, surtout quand on a des affinités avec les tendances mises sous le boisseau. Cependant, à ses débuts, le centre Pompidou est indiscutablement une force motrice, créatrice de valeurs nouvelles, aussi contestables soient-elles.

À présent, l’institution reste un poids lourd dans le paysage culturel. Elle continue d’avancer sur sa lancée, avec plus de 1 000 salariés et un budget courant de 120 millions d’euros (soit cinq fois le loto du patrimoine). Elle a encore un public important, bien qu’il ait fondu de près des deux tiers, passant de 850 000 visiteurs par an à 300 000 environ. Cependant, une exposition comme « Global(e) Resistance », s’ajoutant à beaucoup d’autres, jette un doute sur sa capacité à rester une force de proposition véritable.

En effet, la plupart des œuvres présentées ont pour point commun de se placer dans le sillage d’idées paraissant porteuses dans le contexte actuel : décolonialisme, antiracisme, écologie, féminisme, genre, etc. Certaines œuvres s’efforcent même de cocher plusieurs cases, comme ces photos de cargos échoués et rouillés qui suggéreraient la domination économique de l’Occident, les désastres écologiques de la planète et même le drame des migrants, puisque eux aussi utilisent des bateaux.

Ces thèmes peuvent intéresser un public et coller à l’actualité. C’est probablement ce qui motive les organisateurs. Cependant, les bonnes intentions et les préoccupations moralisatrices procurent rarement de vraies jouissances artistiques. L’inconvénient des choses trop prévisibles est qu’elles ennuient.

Le plus grave est que les artistes et les commissaires d’exposition semblent implicitement supposer que la source de la valeur réside à l’extérieur de l’art, dans des considérations politiques et sociétales. Si l’art, selon cette conception, en est réduit à puiser au-dehors sa légitimité, c’est qu’il n’en a plus guère en lui-même. Dans ces conditions, la justification des grandes institutions artistiques comme Beaubourg s’effrite un peu. D’ailleurs, pourquoi s’intéresserait-on à un artiste militant douillettement subventionné davantage qu’à un militant véritable qui peine et prend des risques ? Pourquoi, s’il faut se faire son idée sur un sujet d’actualité, irait-on voir une exposition édifiante concoctée par des fonctionnaires plutôt qu’ouvrir par soi-même un livre, un journal, internet, ou encore participer à des rencontres ?

À l’époque de Pontus Hulten, Beaubourg était, pour le meilleur et pour le pire, moteur d’une histoire artistique en train de s’écrire. À présent, force est de constater que cette institution et beaucoup d’autres n’ambitionnent que des rôles d’auxiliaires dans l’édification politique des masses.

À voir : « Global(e) Resistance », centre Pompidou, Paris, jusqu’au 4 janvier 2021

Sean Connery est éternel…

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La couronne pleure 007. Le plus célèbre agent secret de sa majesté, Sean Connery vient de tirer sa révérence à l’âge de 90 ans


Bien sûr, il y en a eu d’autres. Ne soyons pas sectaires ! Des copies ? Non, le mot est trop fort, trop injuste, trop malhonnête intellectuellement, la preuve j’ai toujours eu un faible pour le libidineux décontracté Roger Moore et sa façon si désinvolte de se foutre de tout, de ses abdominaux non sculptés et de son taux d’alcoolémie à rassurer tous les bistrotiers de France, aujourd’hui confinés. Je dois également confesser que la raideur théâtrale d’un Timothy Dalton pouvait séduire dans la campagne berrichonne au cœur des années 1980 surtout lorsqu’il avait à son bras l’actrice Carey Lowell, la coupe (de cheveux) courte la plus érotique du cinéma mondial d’alors. Les successeurs de Bond défilent depuis trente ans, dans de multiples versions, fines ou trapues, décalées ou austères, cascadeuses ou cavalières et ne font pas oublier l’originel. L’original écossais Sean Connery (1930-2020) qui fut le premier à enfiler le costume de 007 en 1962 contre un certain Dr No demeure ce roc incontournable, indépassable, impénétrable, inatteignable, inoubliable. Il avait visé haut, le contraire de notre époque actuelle qui patauge dans l’ignoble et le médiocre. Il a fixé notre imaginaire quand celui-ci était encore perméable au grand, au fort, au chevaleresque, aux puissances mystérieuses, à cette indispensable pulsion de vie.

Sean Connery dans « Pas de printemps pour Marnie » (1964). Wikimedia Commons.

Dans ma famille d’esthètes automobiles, mon père ne connaissait que deux Écossais célèbres, le pilote Jackie Stewart surmonté de son indétrônable casquette à carreaux et Sean, le culturiste d’Édimbourg négligemment appuyé sur l’aile d’une Aston Martin DB5. Un type qui conduisait une Aston avait droit à notre respect mécanique éternel. L’homme du XXème siècle était né. Dans sa droiture celte et son sex-appeal brut de fonderie. D’ascendance populaire, Sean Connery avait la force de frappe des mauvais garçons qui savent porter le smoking quand la situation l’exige. La reine était rassurée. Les joyaux étaient au chaud. Ça nous changeait des jeunes premiers, la mèche blonde au vent et le regard niaiseux du théâtreux, le brun à la voix testostéronée avait le caractère trempé des types qui se sont engagés, à dix-sept ans, dans la marine britannique et ont exercé des tas de métiers manuels. Un mec du peuple sachant se servir d’un tournevis ou d’une truelle aura toutes les qualités pour dégainer, à l’écran, son Walther PPK et sauver à l’occasion la couronne britannique.

Tous les garçons voulaient lui ressembler. Nous avions enfin trouvé un but à notre existence patachonne. Si la vie pouvait, ne serait-ce qu’une minute, se résumer à une scène de Bond, celle, par exemple, au hasard, où la bombesque Ursula sort de l’eau, bikini blanc et coquillages à la main, et puis se met à chanter, à fredonner, nous serions des hommes heureux. Quant au pouvoir d’attraction de Sean sur les filles, c’est bien simple, elles ne s’en remirent jamais. Même fort âgé, barbu et binoclard, en duffle-coat beige dans La Maison Russie ou en robe de bure dans Le Nom de la rose, ce gars-là était terrible. Irrésistible. C’était aussi, nous le regrettons, une époque moins sentencieuse où les femmes n’avaient pas honte de leurs sentiments et de leurs contradictions. Le machisme fictionnel de 007 n’était pas étudié en Sorbonne, il se vivait dans la légèreté et les rires complices, dans l’appétit des Trente Glorieuses et la flamboyance capitaliste, dans une certaine innocence non coupable. Bond condensait la masculinité dans ce qu’elle avait de plus désirable et désuète. Sean séduisait par son opiniâtreté, son courage, son absence de barrières psychologiques, son sens de la répartie, son second degré, il était dans l’instant présent, il ne pensait pas à son image, ni à sa caricature. Il faut avouer que Sean en imposait. Comment aurions-nous pu rejoindre, à ce moment-là de notre histoire, le camp soviétique ? Nos agents secrets (alliés) avaient une gueule d’enfer, ils se pavanaient à Miami dans un hôtel de luxe, en peignoir de bain sur une musique de John Barry. Et même en slip rouge et catogan dans le film Zardoz, Sean avait de quoi affoler les ligues de vertu. Il aurait aimé qu’on rappelle cet après-midi la devise nationale de l’Ecosse : « In My Defens God Me Defend » (Pour ma défense, que dieu me défende).

La terre contre le terroir


Pour les nouveaux élus locaux verts, la terre n’est que de la matière sans histoire ni imaginaire. Pour ceux qui sont attachés à la singularité française, c’est le terroir: la terre travaillée par les ancêtres qui porte leur empreinte.


Le retour en force, et en grâce, du local, des circuits courts, des « petits commerçants », des « petits artisans », de la souveraineté, de ces mots, et de ces choses, hier encore conspués et abandonnés aux populistes, témoignent d’une aspiration à retrouver une terre, un sol, des réalités concrètes, incarnées, charnelles. « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage […] et puis est retourné, plein d’usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge », chantait le poète. Ces vers de Du Bellay peignent et éclairent le mouvement qui nous porte. Comme Ulysse, après des décennies de fuite en avant et d’abstraction, il semble bien que nous aspirions à rentrer. Comme Ulysse, nous redécouvrons les vertus du lieu, de la sédentarité et des choses familières. Sans doute le voyage, métaphore du nomadisme et du mouvement perpétuel, de l’individu en marche et de la mondialisation, a-t-il été beau, pour certains du moins, ceux qui en ont les moyens, matériels et moraux. Ceux que l’on appelle les gagnants de la mondialisation. Toutefois, même parmi ces derniers, l’adhésion n’est plus si entière. Eux aussi, à l’image du héros de Troie, commencent à s’en retourner pleins d’usage et raison, mais d’une raison toute négative, instruits de ce que cette vie n’en est pas une, qu’elle entraîne la destruction la planète sans doute, mais d’abord ne nourrit pas son homme. Si économiquement, la mondialisation fait des gagnants, existentiellement, elle ne fait que des perdants. Les anywhere, ces cadres de l’économie numérique, ces traders et autres individus hautement diplômés qui se flattaient hier d’être de partout et de nulle part, se convertissent à des métiers manuels, cultivant leur lopin de terre ou leur vigne, conduisant leur troupeau de chèvres et fabriquant leur fromage.

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La France périphérique et l’élite mondialisée d’hier semblent ainsi faire cause commune. Et l’on pourrait penser, l’on voudrait penser que le parti écologiste donne une traduction politique à cette aspiration, à ce désir de retrouvailles avec la nation. Grégory Doucet, le nouveau maire EELV de Lyon, n’a-t-il pas déclaré, congédiant la polarité droite/gauche, que « le clivage qui fait sens en politique, c’est celui entre les terrestres et les non-terrestres » ? Sauf que… la terre de Doucet, ce n’est jamais que de la terre, de la matière, sans histoire, sans passé, sans imaginaire, ou bien la Terre, avec une majuscule, réalité aussi abstraite que la planète, alors que la terre de la France périphérique et celle de tous ceux qui sont attachés à la singularité française, c’est la terre travaillée par les ancêtres, portant leur empreinte, sédimentée par les siècles, le terroir. Nos « locavores » promeuvent les « petits producteurs » français, les « petits paysans », les « petits artisans » français, mais veillent farouchement à ce que le rapatriement ne soit pas entendu en un sens littéral, comme retour dans la patrie, pour ne rien dire de la mère patrie. On veut bien retrouver un sol, une terre, mais une histoire, une géographie, des racines en aucune façon ! Citoyens du monde, ils étaient hier, citoyens du monde, ils demeurent !  Chantres de la société inclusive et du multiculturalisme, ils entonnent avec l’Union européenne l’hymne à la joie d’un monde sans frontières et ouvert à toutes les migrations. Patrice Boucheron est leur historien, l’Histoire mondiale de la France, leur Bible. Ceux-là mêmes qui confèrent sa respectabilité à ce mouvement de retour restent des mondialistes et des déracinés.

Discours de Gregory Doucet après son élection à la mairie de Lyon, 4 juillet 2020.© JEFF PACHOUD/AFP
Discours de Gregory Doucet après son élection à la mairie de Lyon, 4 juillet 2020.© JEFF PACHOUD/AFP

EELV participe au déracinement de la France

Loin de rendre sa légitimité anthropologique au besoin d’enracinement, d’inscription dans un lieu et dans une histoire, qui se fait entendre aujourd’hui en France comme dans l’ensemble des pays occidentaux, l’écologie politique, telle qu’elle s’incarne dans Europe Écologie les Verts et leurs satellites socialistes, travaille à extirper le peu de racines qui ancraient encore la France dans une histoire, dans un passé. Les Verts restent inféodés à ce que Vincent Descombes appelle des « nœuds mentaux », c’est-à-dire des associations d’idées moralement qualifiées (l’ouverture, c’est bien ; les frontières, c’est mal ; l’immigration est une richesse pour la France…), et se font les alliés de tous les procureurs et fossoyeurs de la France historique. Point de douleur de la couleur progressiste, la nation est aussi celui de la conscience écologiste. Au moment où la philosophe Simone Weil est confirmée dans ses conclusions, où la patrie est redécouverte comme « milieu vital » et « source de vie », les écologistes parachèvent sa décomposition. Même s’ils peuvent à l’occasion la récupérer parce qu’elle est une femme, et aussi parce qu’elle a conduit une critique sévère du colonialisme, l’auteur de L’Enracinement n’est pas leur philosophe ! Comme Du Bellay ne saurait être leur poète !

Qu’est-ce que la France pour eux ? En aucune façon, une chose belle et précieuse, ils la tiennent au contraire pour laide et fautive, coupable de part en part, à l’endroit des femmes, des minorités raciales et sexuelles, des animaux, des végétaux, etc. ; fragile et périssable, assurément, et, c’est pour eux la bonne nouvelle, ils ont en effet compris, avec les féministes, avec les indigénistes, avec les islamistes, que le fruit ne demandait qu’à tomber. Et sans réplique collective, ils ont raison.

La nature comme alibi pour détruire la culture

Ce n’est évidemment pas qu’ils soient sensibles à la nature que nous condamnons, ainsi que tente de le faire accroire le journaliste du quotidien Le Monde, Nicolas Truong : la nature leur sert d’alibi pour mieux anéantir la culture, de sorte qu’ils s’autorisent de l’« urgence climatique » pour abolir les modes de vie, les usages, les traditions. Dans leur rapport à l’héritage des siècles, les écologistes perpétuent l’anthropologie moderne de l’homme comme maître et possesseur. Or, parce qu’elles sont également mortelles, la Terre et les civilisations doivent pouvoir compter sur cette créature qu’est l’homme capable de gratitude, capable de prendre soin de ce qui lui est confié, capable de permettre à la nature et à la civilisation de se continuer.

Comme les membres de La République en marche, les représentants d’Europe Écologie les Verts ont moins de 50 ans. Ils appartiennent donc à ces générations, formées, grandies plutôt, dans une école qui a renoncé à transmettre le testament français et à former des héritiers et des continuateurs. Ils ignorent tout de l’histoire de la France et, pour le peu qu’ils croient en connaître, l’exècrent. Ils vivent aplanis sur le seul présent. Leurs instruments de réflexion sont importés des campus américains.

Mais quittons la théorie pour les faits. Depuis mars dernier, nous disposons d’un extraordinaire théâtre d’observation. Sans doute est-il inapproprié de qualifier de « vague verte » les résultats des élections municipales – les écologistes ne devant souvent leur succès électoral qu’au fort taux d’abstention. Il n’en reste pas moins que EELV préside désormais aux destinées de neuf villes, et non des moindres. Après Grenoble, conquise par Éric Piolle en 2014, lequel a été reconduit dans ses fonctions, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Rennes, Annecy, Poitiers, Besançon, Tours sont désormais administrées par des Verts.

Les premières mesures des maires Verts se portent contre les traditions 

Théâtre d’observation d’autant plus précieux, et édifiant, que les élus envisagent les villes dont ils sont devenus les princes comme des « laboratoires », des « laboratoires de transition », entendez d’expérimentation. Il est significatif, mais nullement inattendu, que les premières mesures prises par les maires EELV aux lendemains de leurs élections soient toutes tournées contre la langue, les mœurs et les usages traditionnels (sapins de Noël, Tour de France, cérémonie du Vœu des Échevins). Les villes et leurs habitants n’y sont considérés que comme de la matière à façonner selon leur Idée. Les traditions dont ces villes sont riches ne les obligent à rien. Phrase formidable du maire de Bordeaux au sujet de ce fameux sapin de Noël traditionnellement installé Place Pey-Berland, et dont il a programmé la fin au motif qu’il s’agissait d’un « arbre mort » – les fleuristes figurent-ils sur la liste des prochaines interdictions que l’édile prononcera ? : « Ce n’est pas du tout notre conception de la végétalisation », mais la « végétalisation », ce n’est pas son objet, au sapin !

Emmanuel Denis, maire écologiste de Tours, accueille une vingtaine d'élus de grandes villes EELV ou PS afin de développer un "réseau d'alliance de villes écologistes, solidaires et citoyennes", Tours, 21 juillet 2020.©Sebastien Pons/Hans Lucas/AFP
Emmanuel Denis, maire écologiste de Tours, accueille une vingtaine d’élus de grandes villes EELV ou PS afin de développer un « réseau d’alliance de villes écologistes, solidaires et citoyennes », Tours, 21 juillet 2020.©Sebastien Pons/Hans Lucas/AFP

Végétalisation, un de ces mots qui composent la novlangue des écologistes. Les écouter parler, ou les lire, c’est mesurer leur degré d’abstraction ! Leur bêtise aussi, et leur puérilité : Jeanne Barseghian, la maire de Strasbourg, s’est flattée de ne pas rendre « hommage » à Gisèle Halimi et à Jacqueline Sauvage, mais « femmage ». Ils ont d’ailleurs été les premiers à user et abuser de l’épouvantable « impacter ». Les tomates ne pousseront peut-être plus hors sol, mais leur langue est déjà coupée de tout sol nourricier. Les Verts travaillent au déracinement de la langue. Ainsi, mettant leurs pas dans ceux d’Anne Hidalgo, après leur programme, tout entier écrit en langue inclusive, voici venu le temps des documents administratifs libellés en idiome inclusif, qu’il serait plus honnête de nommer « séparatiste », puisque postulant que les hommes et les femmes forment deux espèces que rien jamais ne réunit, chiens de faïence au seuil du paradis vert.

Toujours sur ce chapitre de la langue, les intitulés des attributions constituent des monuments de verbiage : les maires s’entourent d’adjoints « à la résilience », « à l’urbanisme résilient » – mot également fétiche d’Anne Hidalgo et de la mairie de Paris qui le 25 août de cette année plaçaient la cérémonie de la Libération de Paris sous le signe du triptyque « Résistance-Renaissance-Résilience » –, « à la transparence », « à la tranquillité » ou,  trouvaille de Piolle, « à la tranquillité publique et au temps de la ville » – tranquillité se substituant à sécurité, terme qui laisserait entendre que l’insécurité existe, que certains la subissent, en meurent même, quand elle n’est, chacun le sait bien, qu’un sentiment.

Les femmes et les LGBT se disputaient déjà la distribution des noms de rues ou de lieux publics, avec les écologistes entrent en lice un nouvel acteur de la concurrence victimaire, l’animal. Ainsi, le 4 octobre, « Jour du bien-être animal », le maire de Tours, Emmanuel Denis, baptisera un jardin municipal du nom de Fritz afin de rendre hommage à un éléphant de cirque qui, en 1902, s’étant enfui et semant la panique dans la ville, avait fini par être abattu. Martyr historique de la cause animale ! Les grands hommes et leurs statues peuvent trembler sur leur socle !

Minorités et diversités, grandes causes municipales des Verts

Les femmes, les animaux, et… les minorités, les diversités, érigées en grande cause municipale par nos nouveaux édiles. Grégory Doucet était on ne peut plus explicite dans son programme : au chapitre « Lyon émancipatrice », le candidat s’engageait à œuvrer à « la valorisation des cultures non dominantes (l’écologiste se reconnaît à ce qu’il parle aussi la langue des indigénistes) et de la mémoire et de la culture des migrations ». On ne s’étonnera donc pas que Doucet ait rompu avec la tradition de la présence du maire à la messe du renouvellement des Vœux des Échevins à Notre-Dame de Fourvière pour se rendre quelques jours plus tard à l’inauguration d’une mosquée. Quant à la reconquête des territoires de la République, ne comptons pas sur les élus verts pour y œuvrer. « Changer de modèle de société », c’est aussi, c’est d’abord changer la physionomie des villes. Ainsi Jeanne Barseghian, dont un des soutiens se flattait pendant la campagne électorale de servir « la seule liste avec une daronne voilée », compte parmi ses élus, et siégeant dans son conseil municipal, une femme portant le hidjab.

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Ce n’est pas qu’ils aspirent à agir, qu’ils remettent en question le primat de l’économie et contestent le tourisme de masse qui rend les Verts menaçants, bien au contraire, c’est qu’ils confondent action politique et fabrication. Que du volontarisme politique, ils glissent sans crainte ni tremblement vers le constructivisme, se donnant pour mission de « reconstruire la société selon un plan tracé d’avance et affranchi de tout ancrage dans la tradition et dans l’histoire ». L’écologie est le nouvel avatar de l’utopie de la régénération de l’humanité. Sans doute, la barbarie se faisant douce, on ne parle plus que de « changer les mentalités » et « la société », mais le projet est le même. Dans ce scénario, les résistances auxquelles les écologistes peuvent se heurter ne leur apparaissent jamais que comme l’indice du « vieux monde qui résiste », d’un passé qui s’obstine, qui se refuse à mourir, un passé qui « a à la main on ne sait quelle hideuse revendication de l’avenir » (Victor Hugo), bien sot celui qui s’en encombrerait. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ! disait-on du temps de Robespierre et de Staline. L’ennui, c’est que nous sommes les œufs.

La grande divergence des taux de chômage: la grande arnaque ?

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Le taux de chômage de l’Insee baisse alors même que des emplois sont détruits. Explication de ce qui ressemble à un maquillage de la crise sociale et économique.


Le taux de chômage de l’Insee a atteint un plus bas depuis 1983 à 7,1%. Emmanuel Macron aurait donc réussi son pari d’atteindre un taux de chômage de 7%, deux ans avant l’échéance de son mandat ?

La divergence entre les chiffres de Pole Emploi et les chiffres de l’Insee est énorme : d’un écart de 1,4 million de personnes en 1996, nous sommes passés aujourd’hui à un écart de 4,5 millions!

Il n’en est évidemment rien : 700 000 emplois ont été détruits selon le même institut statistique Insee sur les six premiers mois de l’année. Loin d’être une anecdote, cette baisse absurde est le révélateur d’un gros problème : le taux de chômage selon l’Insee n’est pas une statistique mais un sondage qui minore les chiffres du chômage. Un long questionnaire est proposé au sondé : il est chômeur, notamment s’il n’a pas travaillé une seule heure par semaine, s’il exerce bien des « recherches actives » d’emploi et s’il est prêt à prendre un travail dans deux semaines. Tout sondage dépend des questions posées et peut être aisément manipulable, voici pourquoi le taux de chômage estimé par l’INSEE est aberrant. Voilà pourquoi le fait que le « taux de chômage » soit à un plus bas de près de 40 ans n’a aucun sens.

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L’organisme public Pole Emploi enregistre des données en dur: des personnes ayant perdu leur travail et indemnisé ou non. Mi-2020, 6,8 millions de personnes étaient inscrites à Pole Emploi. Les derniers chiffres de l’Unedic indiquent que seuls 2,4 millions reçoivent une indemnisation chômage de 900 euros en moyenne. Tout inscrit à Pole Emploi doit faire une déclaration tous les mois à date fixe et rechercher activement un travail pour rester sur cette liste ; sont donc éliminées de Pole Emploi toutes les personnes qui n’ont plus d’allocations chômage et sont découragées d’actualiser leur situation chaque mois. On pensera notamment aux deux millions de personnes au RSA c’est-à-dire à 565 euros par mois, pour vivre ou survivre.

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Énorme divergence entre les chiffres de Pole Emploi et ceux de l’Insee

La divergence entre les chiffres de Pole Emploi et les chiffres de l’Insee est énorme : d’un écart de 1,4 million de personnes en 1996, nous sommes passés aujourd’hui à un écart de 4,5 millions de personnes entre les chômeurs selon l’Insee et les chômeurs selon Pole Emploi en catégorie ABCD. La catégorie ABCD regroupe les personnes inscrites à Pole Emploi sans aucune activité, avec une activité à temps partiel ou en formation. Ce morcellement des chômeurs en plusieurs catégories est fait pour compliquer la lecture des chiffres.

insee2Mais ce n’est pas tout.

Le montant du RSA est de 565 euros par mois. Avec 565 euros par mois, on ne vit pas, on survit. Il est légitime de supposer que la grande majorité des Français au RSA sont des personnes qui n’arrivent pas à trouver du travail et non des profiteurs qui sont heureux de vivre avec 565 euros par mois. Il est donc légitime de considérer que le RSA est un chômage masqué. Nous arrivons alors à 8,3 millions de chômeurs en France et un taux de chômage de 26% en France.

arnaqueDes dispositifs pour masquer le chômage

Il existe d’autres dispositifs, masquant le chômage, difficiles à chiffrer : des personnes faisant des petits jobs de quelques heures par semaine qui ne sont ni à Pole Emploi ni au RSA (pas d’indemnisation), des conjoints au chômage qui n’ont aucune allocation et ne déclarent plus leur chômage à Pole Emploi, des étudiants qui poursuivent leurs études un ou deux ans car ils savent que leurs chances de trouver un travail est extrêmement faible, des auto-entrepreneurs avec presque aucune activité etc.

Le régime d’auto entrepreneur permet en effet lui aussi de cacher nombre de chômeurs : une auto entreprise ne coûte rien à monter, comprend des déclarations très simples à l’État et donne de l’espoir de gagner un peu d’argent à celui qui n’a pas de travail. Il n’est le plus souvent pas comptabilisé comme chômeur mais a souvent des revenus bien en dessous du SMIC. Hors activité de complément pour des salariés travaillant sur leur temps libre, il y a  1 million d’auto entrepreneurs à fin 2019. Le chiffre d’affaires mensuel moyen est de 800 euros par mois, le salaire est encore bien plus bas après les charges et les cotisations sociales. L’auto entrepreneur n’a souvent pas un vrai travail mais n’est pas non plus un vrai chômeur.

Le chiffre du chômage de l’Insee masque l’envolée considérable du chômage en France qui est presque quatre fois plus élevé qu’annoncé par le gouvernement et les médias.

Même l’économiste Olivier Passet du sérieux institut économique Xerfi a dans une vidéo dénoncé « les grosses ficelles de la maîtrise du chômage » : « Tous ces dispositifs ne permettront pas de camoufler intégralement la vague de licenciements qui se profile… À défaut d’agir sur le réel, les économistes sont devenus des maîtres dans l’art de la déconnexion. »

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Ce mensonge sur le réel taux de chômage est une insulte faite à l’intelligence des Français, c’est aussi une grande violence faite à ceux qui désespèrent jour après jour de trouver un emploi et qui sont masqués, ignorés.

Pour se faire une idée de ce qu’est la violence du chômage en France, il faut observer ce qui s’est passé après le plan social et la fermeture de l’usine Goodyear à Amiens en 2014 : quatre ans après la fermeture, sur 1143 salariés licenciés, 150 ont retrouvé du travail en CDI, 180 en CDD, une centaine sont partis en retraite et 700 salariés pointent toujours à Pole Emploi[tooltips content= »Goodyear et ses fantômes dans le Monde diplomatique« ](1)[/tooltips]. Le bilan est aussi de 14 suicides et de 300 divorces. Il existe dans notre pays une forme de violence politique et économique.

“Ils ne passeront pas”?

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Les attaques de jeudi dernier ont encore témoigné des dangers de l’islamisme. Il est urgent d’user de la force contre cette idéologie et tous ses soutiens en France


« Dites à mes enfants que je les aime », voilà les dernières paroles de la femme égorgée par un islamiste aux cris d’Allah Akbar au sein de la basilique Notre-Dame à Nice jeudi 29 octobre 2020. Trois personnes ont finalement laissé leur vie dans cet attentat. Pendant ce temps à Lyon avait lieu une attaque au couteau, un Afghan a été arrêté. Un autre homme a enfin été interpellé près de l’Église de Sartrouville où il comptait reproduire l’attaque de Nice, et un employé qui gardait l’ambassade de France a été poignardé à Djedda.

Une partie de la jeunesse musulmane fanatisée

Tout cela moins de deux semaines après la décapitation de Samuel Paty par un Tchétchène fanatisé sous statut de réfugié.

Si nos pensées vont aujourd’hui bien sûr aux familles cruellement frappées, le sentiment dominant reste une immense colère. Et un sentiment de perte abyssale. J’ai grandi dans un monde où la paix et l’émancipation étaient autant une réalité qu’une promesse. Aujourd’hui c’est une réalité qui se meurt et la promesse s’est enfuie. Maintenant que nous avons touché le fond, ce gouvernement aura-t-il le courage de regarder en face ce qui nous attaque ? A-t-il vraiment ouvert les yeux sur le fait qu’aujourd’hui la menace « fasciste » est islamiste et qu’elle verse le sang de par le monde ? A-t-il pris conscience de l’existence d’une 5ème colonne haineuse et fanatisée sur notre sol, qui radicalise la jeunesse musulmane, en tenant un discours de persécution et en exaltant l’allégeance raciale et religieuse ?

Un vaste coup de filet est indispensable

Pour faire la guerre sanitaire, le gouvernement se donne les moyens d’agir et n’hésite pas à restreindre nos libertés. Pourquoi, quand nous sommes attaqués sur notre sol, cela serait-il tabou ? À savoir : comment prendre en compte la situation de guerre qui nous est imposée pour retrouver des moyens d’agir ? Une démocratie doit-elle sacrifier les citoyens qui la composent sur l’autel de ses principes, quand elle est assaillie par des fascistes qui jouent sur ses faiblesses ? Une nation attaquée doit-elle choisir l’impuissance et regarder mourir les siens, si réagir l’oblige à faire évoluer l’État de droit ? C’est ainsi que le débat est posé et qu’une certaine gauche utilise déjà tout discours autour de la notion d’exception et tout ce qui pourrait faire évoluer le droit, comme révélatrice d’un désir de dictature caché. Le fait même d’envisager de suspendre temporairement certaines obligations légales et notre participation à certains organismes internationaux nourrit déjà les procès en « islamophobie ». C’est pourtant indispensable pour accomplir le vaste coup de filet permettant de se débarrasser des acteurs, des associations et des institutions de l’islam politique. 

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Un homme, non suspect de sympathies droitières, antifasciste notoire déjà confronté à ce type de situation, a donné une réponse aussi claire que nourrie par la réalité. Cet homme, c’est Julien Benda, l’auteur célèbre de La trahison des clercs. En 1942, Benda a vu la démocratie française sombrer sous les coups de boutoir des nazis. Cet idéaliste ouvre alors les yeux et écrit La grande épreuve des démocraties. S’il appelle les Européens de son temps à défendre les valeurs républicaines et à ne rien renier de leurs idéaux, il appelle aussi les démocraties à faire face au réel. Ainsi, face à un ennemi comme Hitler, la démocratie a le devoir de réagir et d’abolir pour un temps certaines de ses références à un humanisme pacifique, voire de sembler aller contre ses propres valeurs, pour assumer l’usage de la force. Il est alors évident, qu’une fois la guerre finie, la menace justifiant la suspension de ses valeurs ayant été vaincue, la démocratie peut réactiver l’ensemble de ses principes et sortir de l’exception. Et c’est bien ce qui s’est passé en 1945.

Crise civilisationnelle

Certes Emmanuel Macron est un technocrate, pas un politique. Il se trouve confronté à une crise civilisationnelle qu’il a été de bon ton de nier à gauche. Sauf qu’aujourd’hui nous y sommes et si nous voulons vivre dans un pays où les citoyens sont égaux et les libertés garanties, il va falloir s’opposer clairement aux revendications de l’islam politique.

Concrètement, ce ne sont pas les islamistes que le président trouvera en premier sur son chemin, ce sera d’abord des élus. Car ceux qui ont ensemencé les têtes et favorisé les passages à l’acte sont cette « clientèle » dont trop d’élus locaux ont fait leurs partenaires et dont trop de dirigeants ont fait leurs interlocuteurs légitimes. Que serait l’UOIF, antienne de la nébuleuse des frères musulmans si Nicolas Sarkozy ne l’avait pas porté au pinacle ? Que serait le CCIF si l’Union européenne ne l’avait pas reconnu comme un interlocuteur crédible ? Que seraient un certain nombre d’acteurs de l’islamisme, de Tarik Ramadan à Marwan Muhammad en passant par Mohamed Bajrafil ou Idriss Sihamedi, sans la complaisance de nombre de médias qui ne se sont jamais vraiment demandé d’où parlait la personne à qui ils offraient crédit et respectabilité ?


Emmanuel Macron est-il prêt à combattre l’islamisme, sachant qu’il sera accusé de s’en prendre aux musulmans par des dictateurs sanguinaires et des dirigeants islamistes type Erdogan, mais aussi par une rue arabe fanatisée au Moyen-Orient et des quartiers radicalisés en France ? Est-il conscient qu’il sera combattu par une partie de la gauche, qui a toujours soutenu le totalitarisme contre les libertés et qui a trop souvent pris le parti des salauds ? Cette gauche radicale, fidèle compagne de toutes les cruautés accomplies au nom de l’idéal et qui a soutenu dans l’histoire Staline, Pol Pot, Mao, Khomeyni, sans jamais manifester de remords. Aujourd’hui cette gauche, soutier du totalitarisme n’est pas morte. Cette gauche devrait d’autant plus s’acharner à la perte de notre président, s’il se montre à la hauteur, que c’est tout ce qu’il lui restera pour masquer sa trahison et sa complicité. 

Rassemblement contre l'islamophobie, Paris, 19 octobre 2019. (c) Benjamin Mengelle / Hans Lucas / AFP
Rassemblement contre l’islamophobie, Paris, 19 octobre 2019. (c) Benjamin Mengelle / Hans Lucas / AFP

On pense à Esther Benbassa, Danièle Obono ou Jean-Luc Mélenchon, mais aussi à la majeure partie des écologistes et quasiment toute la France Insoumise. La force des islamistes, c’est aussi et surtout la puissance institutionnelle de leurs alliés, quand ils appartiennent aux cercles du pouvoir.

Le loup est dans la bergerie

Les frères musulmans ont des relais dans le débat public qui travaillent à faire passer le loup islamiste pour l’agneau musulman. L’université est un des lieux où ils sont les plus puissants. Les alliés intellectuels des frères musulmans, de Burgat à Baubérot en passant par Plenel et la mouvance “décoloniale” ont tous travaillé à installer dans le débat public des revendications obscurantistes. Ils ont légitimé des acteurs dangereux, Tariq Ramadan étant le plus connu. Ils ont promu des mouvements violents en niant leur dangerosité.

Ils ont alimenté et relayé les discours sur la persécution des musulmans au détriment de la réalité dans le but d’ancrer la haine. Ils ont souvent travaillé main dans la main avec le CCIF. 


Or ces gens-là sont très sensibles à leur position de pouvoir. Conserver le couvert à la table des gens qui comptent est important. Si être en lien avec les islamistes et les indigénistes devient coûteux et empêche d’accéder aux postes de prestige et de pouvoir, ces gens-là se déballonneront bien vite et l’influence des islamistes dans le débat public fera une chute conséquente. Porter le fer dans cette plaie-là est facile. C’est donc là aussi que nous allons pouvoir mesurer la détermination du gouvernement et des institutions.

Les fonctionnaires, professeurs et universitaires sont garants de nos principes républicains. S’ils ne les respectent pas voire qu’ils les sapent, qu’ils perdent leurs postes et avantages ! Ainsi, renvoyer Bianco et Cadène de l’Observatoire de la laïcité, c’est couper les islamistes de leurs meilleurs agents de légitimation. Ce n’est pas une cabale mais simple justice.

Notre détermination ne doit plus faire de doute

Déconsidérer les collaborateurs n’a l’air de rien mais est essentiel, même si se débarrasser de la présence des islamistes reste l’objectif. Il faut faire feu de tout bois: déchéance de nationalité, indignité nationale, facilitation des expulsions, saisie de l’argent en provenance de l’étranger, dissolution des associations islamistes, suppression de la double nationalité, mais aussi révision d’accords internationaux… Notre détermination ne doit plus faire de doute. Il est temps de montrer que nous refusons de renoncer à ce que nous sommes, pour complaire à qui nous tue.

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Ne nous leurrons pas. La question n’est pas de savoir s’il y aura un nouvel attentat, mais quand il aura lieu. Et ne croyez pas qu’en cédant sur la question des caricatures, la pression baissera. Il s’agit là d’un conflit de civilisation : liberté des hommes contre soumission au religieux, égalité en droit contre système inégalitaire, émancipation individuelle contre allégeance au groupe ethnique et religieux… Plus nous paraîtrons faibles, plus nous exciterons l’appétit de conquête des prédateurs, leur mépris et leur désir de passage à l’acte. Il n’y a pas d’espoir dans la reddition et la soumission. Les enquêtes d’opinion montrent que le peuple français attend des Churchill, alors que les islamistes espèrent des Chamberlain.

Présence de Houellebecq

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Interventions 2020, la compil du réac déprimé. Tous les articles et les tribunes de Michel Houellebecq paraissent dans une nouvelle édition revue et augmentée. Un régal.


Entre deux romans, Michel Houellebecq nous livre de courts essais et interviews sur des sujets de politique et société. Publiés à partir de 1992, la moitié de ces écrits figuraient dans le recueil Interventions 2, paru en 2009. À ceux-là, s’ajoutent de nombreux textes rassemblés pour la première fois en volume. On pourrait le nommer, « la compil de MH ».

L’art des titres

J’ai toujours apprécié les titres de Houellebecq. Ils collent à notre époque, à un instantané de notre époque plus précisément. La possibilité d’une île étant, selon moi, le meilleur. On a encore la possibilité de partir, chercher une île, c’est-à-dire un lieu aristocratique, pour reprendre la formule de Michel Déon, un lieu à peu près vierge, où l’on puisse échapper au bourrage de crâne permanent. Plus de réseaux sociaux, ce formidable tout-à-l’égout de haine qui nous contamine sans nous tuer, car le système nous veut consommateur apeuré, zombie narcissique et ignorant, mais surtout pas à l’état de cadavre. Sérotonine, c’était bien vu également. Un peu de faux bonheur dans un monde saturé d’images sanglantes. Soumission, alors là, c’était un coup de maître. Il tient la tête et la corde, ce titre. La soumission est partout, les collabos ont de beaux jours devant eux. Ce n’est pas un décapité qui changera la face hideuse de la France, grand corps agonisant devenu festin de la vermine. 

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Pour son prochain roman, je suggère à Houellebecq, en toute modestie, Résignation, ou peut-être Vaccin. Entre l’humour désabusé et l’humour noir. Car Houellebecq possède beaucoup d’humour. Ainsi, à propos de notre Totor Hugo : « Bon poète par endroits, Victor Hugo est aussi, souvent, grandiloquent et bête ; son rêve d’États-Unis d’Europe » en est un bon exemple ; ça me fait du bien, de temps en temps, de critiquer Victor Hugo. » Humour grinçant, certes.

L’Europe n’existe pas, rappelle Houellebecq. « Elle ne constituera jamais un peuple, encore moins le support d’une démocratie possible (cf. l’étymologie du terme), et cela parce qu’elle ne veut pas constituer un peuple» Il réaffirme son opposition au traité de Lisbonne imposé simplifié en 2009 contre la volonté du peuple français. Houellebecq ajoute : « En bref une idée néfaste ou au mieux stupide, qui s’est peu à peu transformée en mauvais rêve, et dont nous finirons par nous éveiller. » Il lui arrive d’être optimiste. 

Un écrivain trumpiste?

À l’heure où j’écris ces lignes, la réélection de Donald Trump est incertaine. Houellebecq, lui, trouve Trump pas si mauvais que ça. Il a été élu « pour défendre les intérêts des travailleurs américains ; il défend les intérêts des travailleurs américains. » L’écrivain ajoute : « On aurait aimé rencontrer plus souvent ce genre d’attitude, en France, ces cinquante dernières années. » Au passage, Houellebecq refuse de critiquer Vladimir Poutine. Il est donc résolument contre la bien-pensance en campagne permanente. Apprécier Trump et ne pas détester Poutine, on comprend le déchainement de la presse progressiste sous perfusion contre Houellebecq. L’écrivain ne participe pas non plus à « la nouvelle campagne de chasse au Zemmour ». Il est proche du polémiste, appréciant son côté catholique non chrétien. Du reste, Houellebecq se dit conservateur comme Benoit Duteurtre. Je le verrais plutôt réactionnaire. Pourquoi conserver une charogne ? Au détour d’un entretien avec Frédéric Beigbeder, Houellebecq reconnaît qu’il a beaucoup critiqué Philippe Muray. Il avoue : « Aujourd’hui, je m’aperçois qu’il avait raison sur tout, en fait. C’est horrible ce qu’on supporte. » Allez demander à un journaliste de Libé, de L’Obs, du Monde – liste non exhaustive – qu’il a parfois, souvent, fait le jeu de l’islamisme radical sous couvert d’antiracisme… 

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Ce livre est revigorant. On l’ouvre au hasard, on lit un article. Enfin revigorant… Pas sûr que montrer le réel et non son image soit si revigorant que ça. C’est même franchement déprimant. Mais c’est une déprime douce, automnale, mélancolique en un mot.

Pitié sans emploi

De toute façon, il faudrait être stupide pour ne pas comprendre que l’Occident est condamné. Houellebecq : « L’Occident n’est pas pour l’éternité, de droit divin, la zone la plus riche et la plus développée du monde ; c’est fini, tout ça, depuis quelque temps déjà, ça n’a rien d’un scoop. » Il est en fin de vie. Pas comme le malheureux Vincent Lambert au moment où l’État a décidé de sa mort. La fin de vie, c’est quand on est âgé. Or, lorsqu’il fut victime de son accident de la circulation, en 2008, Lambert n’avait que trente-deux ans. Le texte de Houellebecq consacré à cette affaire très médiatisée mérite qu’on s’y attarde. Son point de vue est original et repose sur une argumentation précise. 

L’État nous place sous couvre-feux, nous reconfine. Il peut également tuer les incurables, les inutiles, les grabataires, afin d’assainir une société « où la pitié n’aurait plus d’emploi. » 

Michel Houellebecq, Interventions 2020, Flammarion.

Interventions 2020

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Zemmour le jacobin et Onfray le girondin pourraient s’entendre

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Éric Zemmour et Michel Onfray, en dépit de leurs différences, défendent tous deux la culture classique française. Ne pourraient-ils pas s’entendre pour créer un mouvement patriotique en vue de la prochaine échéance électorale?


La construction de la France s’est faite il y a mille ans selon un schéma centralisé, l’État ayant donné naissance à la nation, contrairement au développement de tous nos voisins européens ayant bâti leur État à partir de la langue ou de l’ethnie. Aucune surprise donc à ce que le modèle politique jacobin ait perduré et que nos concitoyens attendent tout de l’État central. Et ce, en dépit des lois de décentralisation de 1983 puis des transferts de compétences successifs opérés au profit des collectivités locales, souvent d’ailleurs plus sous la forme d’un transfert de charges et de responsabilités que de recettes et de pouvoirs… ce dont se plaignent évidemment les élus locaux.

Si la crise sanitaire récente a fait la preuve d’une impéritie de l’État et d’un surgissement remarquable – par dépit- de ces régions, départements, communautés de communes et municipalités qui ont dû gérer la pénurie, nous sommes encore bien loin du modèle girondin qu’Onfray appelle de ses vœux depuis si longtemps. Zemmour, colbertiste (ou jacobin) dans l’âme, sourit à ces vœux qu’il qualifie de pieux, citant à l’envi le Président Pompidou: « La France des régions a déjà existé… ça s’appelle le Moyen-Age ». Pourquoi cette querelle qui peut sembler byzantine entre jacobins et girondins (pour reprendre les termes révolutionnaires) aurait-elle un intérêt aujourd’hui, à l’approche d’une nouvelle élection présidentielle dans un contexte mondial aussi troublé? Qui, hormis les potentats locaux, se préoccuperait du fait que l’État central devrait – par exemple gérer lycées ou routes nationales en lieu et place des régions? Du moment que le pays fonctionne correctement, la répartition des rôles a peu d’importance pour le citoyen. Or, c’est là que le bât blesse.

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Le délitement de la nation française

La nation française s’est progressivement délitée au cours des dernières décennies, à la fois « par le haut » et « par le bas ». Autrement dit, sous le poids d’une Europe communautaire obsédée par le droit et le marché (mondialisation, en fait la financiarisation de l’économie et la désindustrialisation) et par une immigration massive et incontrôlée. Le tout couronné par un système éducatif en perdition qui fait perdre à nos jeunes compatriotes la compréhension de ce qui fait leur identité. Notre État, théoriquement souverain et puissant, a non seulement cessé de jouer son rôle protecteur vis-à-vis de la nation française, mais il l’a vu se fracturer comme jamais. À la surprise générale, les fameux gilets jaunes ont ainsi émergé à l’occasion d’une taxe sur l’essence et une circulaire sur la limitation de vitesse, alors que nombre de spécialistes (Guilluy en tête) informaient depuis longtemps de la fracture à l’œuvre. Désorganisés, les GJ furent rapidement récupérés par l’extrême-gauche – sociologiquement pourtant, ils ont voté Marine Le Pen en 2017. Dès lors, toute revendication de leur part est devenue inaudible, bien loin de ce que l’on pouvait attendre d’un grand mouvement populaire.

Nous en revenons à la crise sanitaire, laquelle a mis en évidence ce que nos responsables savaient ou auraient dû savoir de longue date: l’état désastreux du système hospitalier français qui verrouille tout choix économico-politique (trois à cinq fois moins de « lits » qu’en Allemagne dans les services de soins intensifs) et son corollaire, l’absence quasi totale de souveraineté industrielle. Lorsque l’Allemagne put mettre en branle ses usines (masques, gels et/ ou tests), la France en fut réduite à faire le tapin sur les tarmacs chinois. Cette impuissance nous conduisit à un premier confinement généralisé de type médiéval avec comme effet, des projections de récession économique cataclysmiques jusqu’à un improbable retour à la case départ en 2022.

Souverainisme de gauche et souverainisme de droite

Quel rapport avec Zemmour et Onfray? Le souverainisme, pardi. De droite ou de gauche, nationaliste ou régionaliste, jacobin ou girondin, aucun des deux n’avait attendu les crises récentes pour réclamer davantage de cette souveraineté sans laquelle la peuple français ne relèvera jamais la tête, au sens propre comme au sens figuré. Si ces patriotes, républicains chacun à leur manière et devenus figures incontournables du débat politique national, ont tous deux voté non au traité de Maastricht et re-non au « projet Giscard » de constitution européenne, s’ils pestent tous deux logiquement contre les oukases de l’UE qui grignotent chaque jour davantage la souveraineté nationale, ils ne semblent pas d’accord sur la façon de retrouver notre indépendance. Arrêt de l’immigration pour l’un, « décolonisation des provinces » pour l’autre. Union des droites avec ouverture à la gauche non libérale pour Zemmour, jonction des souverainismes pour Onfray. Simple querelle sémantique ou véritable divergence?

Zemmour et Onfray, deux patriotes

À les lire et les écouter tous deux depuis des années, je ne vois pas grand-chose qui les sépare. Onfray a de longue date cessé de pointer la politique étrangère de la France et a accepté de dénoncer l’imposture que constitue l’islamophobie. Il condamne de plus en plus fermement les propos et agissements antinationaux et antirépublicains des groupuscules racialistes, indigénistes ou décoloniaux qui gangrènent non seulement nos banlieues mais aussi, ce qui est encore plus grave, nos universités, nos syndicats, nos entreprises publiques et même nos partis politiques.

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Zemmour discute de plus en plus volontiers avec certaines personnalités de gauche, rappelant à l’occasion l’histoire glorieuse de la IIIe République. Zemmour et Onfray confrontent régulièrement en public leur vision de la France et se comprennent de toute évidence très bien, je dirais même au-delà des mots, dans leur fibre patriotique. L’un est un Français de branche, l’autre de souche. L’un a les deux pieds dans la terre grasse de la Normandie lorsque l’autre a grandi dans les banlieues populaires de la ceinture rouge parisienne après que ses parents ont dû quitter quitter l’Algérie nouvellement indépendante (avant que ladite ceinture se transforme en croissant islamique).

Les deux intellectuels connaissent leur histoire de France mieux que nombre de nos « professeurs d’histoire » et tous deux sont des pessimistes selon la définition gramscienne, c’est-à-dire à la fois lucides et volontaires. Les deux sont joyeux car comme le disait un jour Onfray, ce n’est pas parce que le Titanic coule qu’il ne faut pas finir son verre de Champagne. Ils ont à cœur de sauver ce qui peut encore l’être des paysages français (éoliennes), du mode de vie français (foulard islamique), de la transmission des textes français (école).

Bref, de cette culture classique française qui éblouit le monde par son brio, aujourd’hui réduite à peau de chagrin quel que soit le bout par lequel on aborde la question (au hasard… le niveau de français oral et écrit des élèves de Terminale comme du personnel politique et médiatique). Je me demande donc pourquoi ils ne sont pas encore parvenus à un accord pour créer un mouvement patriotique en vue de la prochaine échéance électorale. Il est vrai qu’il reste deux ans avant l’élection présidentielle, la seule qui compte encore dans ce pays, n’en déplaise aux girondins. Ni Trump ni Macron ne s’étaient encore déclarés deux ans avant leur triomphe, souvenons-nous en. Tous les espoirs sont donc permis.

Paris, c’est fini

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Le billet du vaurien


Après le suicide de Rachel à vingt ans, je ne pouvais pas entendre le tube d’Hervé Vilard : « Capri, c’est fini » sans avoir des crises de larmes. C’était l’époque de «  Salut les Copains » et d’Hubert sur Europe 1. Hubert aussi est mort dans l’indifférence générale, il y a quelques mois. J’en parlais à Hervé Vilard lors de ma dernière soirée parisienne organisée par Simon Colin. Il y avait là, entre autres, Basile de Koch, Morgan Sportès et un essaim de jeunes filles que je contemplais en songeant que je ne les reverrai plus. 

Quelques heures plus tard, je prendrais le TGV Lyria qui me conduirait dans le pays de mon enfance. Qui sait si je reviendrais jamais à Paris ? Hervé Vilard m’avait confié qu’aujourd’hui il chanterait : « Paris, c’est fini ». Était-ce uniquement la faute d’un virus et d’une gestion sanitaire abracadabrantesque ? Ou était-ce le temps qui imperceptiblement nous avait rendu étrangers à ce «  nouveau monde » que célébrait un président qui aurait pu être mon fils ? À l’exception de mon ami Comte-Sponville, les commentaires que j’entendais sur les chaînes d’info me semblaient aussi déconnectés du réel que les décisions gouvernementales. 

Les années Yushi

Ne me restait-il plus qu’à me réfugier dans mes souvenirs ? Qu’avais-je encore à faire à Paris : presque tous mes amis, quand ils n’étaient pas morts ou impotents, avaient déserté cette ville qui avait été parée de tous les prestiges durant ses années glorieuses et qui n’était plus qu’un coupe-gorge ? 

Oui, Paris, c’était bien fini, même si je ne parvenais pas à m’y résoudre. Rachel était morte. Je n’entendrai plus jamais « Salut les Copains » : les années Yushi, du nom de ma cantine japonaise, s’achevaient. J’ai en horreur ces « cellules psychologiques » qui sont mises en place à la suite d’une catastrophe pour vous aider à faire «  le travail de deuil ». Je préfère l’affronter seul. Et pourtant quand je pense au Paris que j’ai aimé, je retiens mes larmes. Et je me demande : qu’a-t-il bien pu se passer pour que la ville la plus proche du Paradis devienne un agglomérat de misères, tant intellectuelles que sociales ?

Pour ne pas me laisser envahir par la mélancolie, j’écoute parfois sur YouTube les sketches de Karim Duval – celui sur Covidisme comme nouvelle religion est à ne rater sous aucun prétexte – ou l’émission belge de Simon Monceau : « Ça va se savoir », tellement glauque qu’elle vous réconcilierait presque avec l’existence. Je regarde également les matches de foot d’équipes helvétiques que je suivais avec mon père dans mon enfance. Les Young-Boys de Berne qui ont écrasé Tirana sont particulièrement bons. Mais je ne suis plus un young boy : just an old boy qui macère dans sa solitude et dans sa nostalgie d’un Paris qui n’existe plus.

La suite demain

De l’Atlantique à l’Oural…

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Cour de Justice de l’Union Européenne et Cour Européenne des Droits de l’Homme : ne faites plus l’amalgame!


Parcourant distraitement les commentaires (haineux, forcément haineux) qui suivaient un article d’un site de désinformation, je suis tombée sur la contribution d’un quidam qui affirmait sans ambages que la Cour Européenne des Droits de l’Homme n’était, à vrai dire, pas si européenne que ça.

De quoi, de quoi ! Mais, la perfidie de ces fachosphéristes n’aura donc jamais de limite. Notre belle Europe victime d’un nouveau minotaure ! Là, je dis stop. Mais bon ! « facho mais pas faux », renseignements pris, toutes mes excuses à ce lecteur mieux informé que moi.

47 États sont dans un bateau…

Effectivement, contrairement à la Cour de Justice de l’Union Européenne (attention ne pas confondre), la Cour Européenne des Droits de l’Homme n’est pas une juridiction de l’Union européenne mais du Conseil de l’Europe. 

Pour mémoire, le Conseil de l’Europe, institué par le traité de Londres du 5 mai 1949, est une organisation intergouvernementale qui a pour objectif de « favoriser l’émergence d’un espace démocratique et juridique commun et de favoriser la prise de conscience et la mise en valeur de l’identité culturelle de l’Europe et de sa diversité. »

A lire ensuite, l’ouvreuse: Roule, Britannia!

Et la Cour Européenne des Droits de l’homme est chargée, par le Conseil de l’Europe, de veiller au respect de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales par les… 47 États qui l’ont ratifiée. Oui, pas 27, ni 26, 47. Et dans les 20 de rab : la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Albanie, la Russie… 

Dans le (très chic) palais strasbourgeois des droits de l’homme, conçu par l’architecte britannique Lord Richard Rogers, 47 juges, un par pays signataire (c’est comme au foot, Andorre et France même nombre de joueurs sur le terrain) et 650 agents du greffe veillent au respect des droits de l’homme de 820 millions d’Européens… au sens large. Le budget annuel de fonctionnement, sans les frais relatifs au bâtiment et à l’infrastructure, de « ce machin » s’élève à 73 333 300 €. 

Le droit suprational

En 2019, sur les 40 667 requêtes, 9 257 émanaient de justiciables turcs, 15 071 de justiciables russes, 509 de justiciables français, 10 de justiciables monégastes (quand même) et 1 d’un ou d’une justiciable du Liechtenstein (vous m’en direz tant).

En saisissant cette instance, ces personnes physiques ou organisations non gouvernementales ou groupe de particuliers avaient décidé de vouer leur salut à ce nouveau saint, parce qu’ils estimaient être « personnellement et directement affectés par un acte imputable à leur État ». 

Le général de Gaulle n’a jamais vraiment reconnu la compétence de la Cour Européenne. Pour lui, dans un État démocratique aucune institution ne saurait se placer au-dessus du peuple : « En France, la seule Cour suprême, c’est le peuple français. »

À méditer à un moment où quelques « officines » sévissant sur notre sol et désormais menacées de dissolution ne manqueront pas d’essayer d’infléchir les décisions, plus ou moins énergiques, prises à leur endroit.

La double vie d’Angela Merkel

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La chancelière allemande est un véritable animal politique avec deux personnalités. Celle d’une femme qui ne transige pas avec ses valeurs, et celle d’une dirigeante pragmatique qui défend coûte que coûte les intérêts allemands. Portrait.


À la fin du mois de septembre dernier, alors que Recep Tayyip Erdogan défiait la Grèce en mer Méditerranée, que l’Azerbaïdjan et l’Arménie s’enfonçaient dans une guerre de plus en plus meurtrière et que l’Union Européenne s’était retrouvée devant la menace de deux de ses états-membres, la Hongrie et la Pologne, de bloquer la ratification du plan de sauvetage économique à 750 milliards d’euros, Angela Merkel s’est précipitée au chevet du célèbre youtubeur et opposant politique russe Alexeï Navalny. Qui se remettait dans un hôpital berlinois après le terrible empoissonnement présumé des services secrets de son pays.

Cette rencontre privée, loin des caméras et en dépit des crises politiques majeures avec un citoyen russe qui irrite au plus grand point l’un de ses partenaires principaux sur la scène internationale résume parfaitement la personnalité de la chancelière allemande. Plus précisément sa double personnalité. Celle qui lui a valu le surnom de « la dame de fer au grand cœur » par les journalistes. Celle qui a fait d’elle, depuis quinze ans déjà, la femme la plus puissante de la planète et très probablement, LA personnalité politique de ce début de 21ème siècle.

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Née à Hambourg, elle a grandi dans une banlieue de Berlin-Est. Petite-fille d’un émigré polonais catholique converti au protestantisme et fille d’un pasteur qui travaillait dans un pays communiste, la jeune Angela Kasner n’avait pas d’autre choix que de développer très tôt un double cerveau. L’un pour sa famille dont une partie continuait vivre de l’autre côté  du mur, l’autre pour le régime de son pays et la Stasi, le service secret de RDA, qui ne pouvait pas rester indifférent à l’histoire de cette famille.

L’Allemagne réunifiée avait besoin d’un leader politique qui connaissait l’Est et l’Ouest

Le jour de la chute du mur de Berlin, elle est allée au sauna avec une amie, comme à son habitude tous les jeudis soir. Il en aurait fallu beaucoup plus pour impressionner la physicienne, passionnée par la langue russe et Dostoïevski. Et puis elle s’est lancée en politique dans l’Allemagne réunifiée, mais méfiante de ses deux moitiés, séparées depuis plusieurs décennies. Le pays avait besoin de quelqu’un comme Merkel et sa dualité culturelle pour que les Ossis et Wessis puissent se reconnaitre les uns les autres. Faut-il s’étonner que durant les longues années de son mandat au sommet du pouvoir, la chef des démocrates-chrétiens se soit trouvée à gouverner à la tête d’une coalition avec ses rivaux politiques les plus virulents ?

Sa posture de maitresse d’école qui ne hausse jamais la voix et use de son autorité naturelle pour imposer ses points de vue (et distribuer les bonnes et les mauvaises notes) lui permet de ne pas uniquement faire la loi dans son pays, mais également d’assurer le leadership sur la scène européenne et dans la relation avec les premières puissances mondiales. Mais derrière Angela l’infatigable défenseuse des Droits de l’Homme et de la rigueur budgétaire, se cache Merkel l’animal politique hors pair, capable du pragmatisme et d’indulgence vis avis des régimes les plus autoritaires. Chaque fois que les intérêts de son pays et sa réussite politique sont en jeu.

Pragmatique dans les relations internationales

L’ex-président des Etats-Unis Barack Obama l’a qualifié  d’ «une partenaire extraordinaire », « prête à se battre pour ses valeurs ». Merkel en effet a été d’une loyauté précieuse à l’égard du président américain grand promoteur de la politique de libre-échange et des valeurs progressistes. Lequel a loué la gestion exemplaire de la chancelière de la crise des réfugiés syriens accueillis généreusement sur le sol allemand, et a bien profité de son soutien pour imposer de lourdes sanctions à la Russie après l’annexion par celle-ci de la Crimée en 2014. Pendant ce temps Merkel a surtout veillé à l’évolution de son excédent commercial aux États-Unis et dans le monde entier. En 2016, la dernière année du règne d’Obama, cet indicateur a atteint le record historique de 252,9 milliard d’euros.

Et quand Donald Trump découvre furieux ce bilan comptable, inacceptable à ses yeux pour l’Amérique, Merkel ne s’éternise pas pour attendre les contre-mesures du président-protectionniste et se tourne vers la Chine et la Russie. Pour bien équilibrer les éventuelles pertes économiques sur le front américain.

En 2019 Merkel pense déjà au deuxième semestre de l’année 2020, celui de la présidence de l’Allemagne au Conseil de l’Union Européenne pour signer un accord stratégique sur les investissements (CAI) entre l’UE et la Chine. La vague de pandémie importée entretemps par l’éventuel partenaire asiatique aurait pu brouiller cette perspective. Certains pays européens dont la France ont même annoncé l’arrêt progressif de la coopération avec Huawei sur la 5G. Pas Merkel. Et surtout, les discussions sur le grand accord se poursuivent et l’objectif de sa signature avant la fin de cette année reste valable.

Angela « la Russe » prend le soin de rétablir la bonne entente avec son vieux compagnon de route Vladimir Poutine. En 2018, les deux chefs d’états se sont engagés dans un partenariat historique sur la construction du gazoduc Nord Stream 2. Celui-ci laissera à la Russie fournir 40% du gaz consommé en Allemagne. Une dépendance qui ressemble bien à une promesse de fidélité faite dans une salle de mariage.

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D’ailleurs, Alexeï Navalny n’était pas encore sorti du coma quand Merkel a porté une précision importante : son gouvernement a bien l’intention d’achever la construction du nouveau gazoduc avec le pouvoir russe. L’opposition social-démocrate n’a pas trop contesté cette annonce. L’Allemagne a ce luxe d’avoir deux chancelières pour le prix d’une.

Expo : Beaubourg célèbre la « résistance attitude »

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Red Winter in Gugulethu, Kemang Wa Lehulere, 2016.© Centre Pompidou, Mnam-CCI,Paris/Perspective, 2017

Le centre Pompidou propose une exposition intitulée « Global(e) Resistance », qui réunit des plasticiens ayant « une pratique à la fois artistique et politique, voire activiste ». Un accrochage conjuguant hermétisme et militantisme ne fait que souligner le divorce entre l’art contemporain et le public.


Parfois, en matière d’art contemporain, j’ai des idées vagues restant à l’état d’impuissantes maugréassions. Et puis, tout à coup, fortuitement, à l’occasion d’une lecture, d’une rencontre ou d’une visite, tout se clarifie. C’est exactement ce qui se produit pour moi à l’ouverture de l’exposition « Global(e) Resistance » à Beaubourg. C’est à ce titre que je la recommande. On peut s’y rendre en sociologue amateur.

Comprendre or not comprendre

Il faut avoir en tête qu’en art contemporain, « comprendre » est le mot-clé, celui qui revient le plus souvent. Il y a, on le sait, les initiés, les distingués, ceux qui « comprennent ». Et puis il y a les blaireaux, les réfractaires, voire les nauséabonds, bref, ceux qui ne comprennent pas.

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À l’entrée de l’exposition « Global(e) Resistance », des vitrines recommandent des lectures et signalent des « lieux de l’activisme », comme l’inévitable Colonie barrée. C’est un peu fastidieux de passer en revue toute cette documentation, mais on saisit que la présentation va être très politisée. Des encarts muraux confirment la tonalité. Jusque-là, c’est clair ! Tout va bien ! Je « comprends » !

Cependant, une difficulté apparaît dès les premières œuvres. Les pièces et installations réunies ne visent manifestement pas à procurer un plaisir esthétique simple, comme la Vénus de Milo ou Le Bain turc. L’essentiel tient sûrement à un sens, un message, une intention, quelque chose de ce genre. Oui ! mais quoi ? Devant la plupart des œuvres, j’éprouve la même perplexité : incapable de saisir ce que les auteurs ont voulu exprimer, je me résous à lire l’explication sur le cartel prévu à cet effet.

Rédemption, Barthélémy Toguo, 2012-2014 © Centre Pompidou, Paris, Mnam-CCI / ADAGP, Paris, 2020.
Rédemption, Barthélémy Toguo, 2012-2014 © Centre Pompidou, Paris, Mnam-CCI / ADAGP, Paris, 2020.

Exemple : je vois un grand nombre d’œufs à coquille blanche ou rouge, parfaitement alignés en carré, suspendus ou posés sur le sol. Ça doit sûrement vouloir dire quelque chose, me dis-je. Je cherche avec bonne volonté. Peut-être s’agit-il de dénoncer les inconvénients d’une société trop organisée, trop normative ou, au contraire, de suggérer qu’on ne peut faire ni d’omelette ni de révolution sans casser des œufs ?

J’apprends que l’auteur « examine les enjeux spécifiques tels que l’articulation de la religion et du politique ainsi que la place des traditions au présent, qui se posent aux gouvernements africains depuis la fin des empires coloniaux et dans le monde global contemporain. […] Les œufs suspendus évoquent la fragilité du processus démocratique et le péril comme les menaces qui pèsent sur les populations en raison de leur appartenance à des communautés. La couleur blanche en appelle à une plus grande lucidité des pouvoirs en place »… Dont acte !

Un peu plus loin, je m’approche de sacs, genre sacs de café, alternant sous la cimaise avec des sandales en corde. C’est le grand prix de la fondation Ricard, une sorte de chef-d’œuvre annoncé, en somme. Cette fois, je commence par lire le cartel. Autant aller directement à l’essentiel ! Pour préparer son œuvre, le créateur, « un artiste émergent de la jeune scène française », a rencontré des paysans expulsés de leurs terres dans un bidonville de Colombie. Il leur a demandé d’écrire leur histoire et leurs revendications sur des sacs de jute au moyen de marqueurs noirs, puis de détricoter la toile et de s’en faire des sandales. Je prends un peu de recul. Je réfléchis. J’aimerais quand même trouver au moins une fois la solution par moi-même… L’artiste veut-il carrément se foutre de la gueule des paysans concernés en leur faisant fouler au pied ce qui leur tient le plus à cœur ? Souhaite-t-il, au contraire, que ces écrits transformés en chaussures les aident allégoriquement à se mettre en marche et à prendre un nouveau départ ? Difficile de trancher entre ces deux interprétations contradictoires. Je me penche à nouveau sur le cartel pour connaître la bonne réponse. C’est encore autre chose : l’artiste veut tout simplement proposer aux expulsés un « outil de résilience ».

Je pourrais citer de nombreux autres exemples qui jalonnent le parcours de cette exposition et de beaucoup d’autres. Le fait est que très souvent – trop souvent – les œuvres d’art contemporain restent incompréhensibles sans l’aide d’une explication. Cette situation laisse évidemment le champ libre aux commissaires qui, tels des hiérophantes, rédigent des notices en une novlangue parfois surprenante.

Cependant, l’habitude de présenter au public des suites d’énigmes stériles n’est pas sans risques. Si l’art contemporain, après un demi-siècle d’existence, ne rencontre toujours pas de succès populaire, c’est en grande partie à cause de cela. La plupart des gens ne voient tout simplement ni de quoi il s’agit ni en quoi ils sont concernés. C’est ennuyeux à la longue de ne pas « comprendre ». Imagine-t-on des films, des séries ou des romans hermétiques d’un bout à l’autre ? Je prends un autre exemple : les clips musicaux ont une grande importance de nos jours, notamment chez les jeunes. À chaque fois, un propos sur l’existence est associé à une scansion, un lyrisme et des images fortes. La question de comprendre ou ne pas comprendre ne se pose même pas. Le clip vous pénètre directement. Il vous plaît, vous émeut et vous enrichit (placere, movere, docere, selon la maxime classique). On peut ironiser sur la qualité de certaines de ces productions, mais pas sur leur audience. Notons qu’elles sont l’exacte antithèse de l’art contemporain.

L’art contemporain à la remorque des idées dans l’air du temps

Il faut s’arrêter sur l’évolution du centre Georges-Pompidou. Ouvert en 1977 pour « centraliser la décentralisation » artistique, il connaît un début d’existence énergique, sous la direction du Danois Pontus Hulten, un proche de Marcel Duchamp et de l’abstraction américaine. Une série de méga-expositions sont organisées sous sa houlette : « Paris-New York » (1977), « Paris-Berlin » (1978), « Paris-Moscou » (1979) et enfin « Paris-Paris » (1981). Ces présentations sont réussies et mémorables. Elles sont, aussi et surtout, l’occasion d’une construction théorique. Il s’agit d’écrire et, même, de réécrire l’histoire de l’art, du moins sa partie utile, c’est-à-dire la fin du xixe et le xxe siècle. Il en résulte une sorte d’histoire mondiale de la France artistique. Rien de scientifique, évidemment, dans cette affaire qui, avec le recul, apparaît comme particulièrement idéologique.

De nombreux artistes de talent sont envoyés aux oubliettes. C’est le cas, pour ne prendre que cet exemple, de Despiau, principal sculpteur français de l’entre-deux-guerres. Bien que Beaubourg détienne plusieurs centaines de ses œuvres, elles restent en cave et ne semblent pas près d’en échapper. Inversement, des artistes inconnus, d’obscurs bricoleurs, des avant-gardes putatives, des chevaliers de la table rase, parfois aussi quelques artistes passionnants, sortent de l’ombre. Ils sont montés en épingle, commentés, théorisés et prennent place dans une histoire inédite, à la façon de figurants appelés pour une nouvelle chorégraphie.

On peut faire le rapprochement avec un tout autre domaine : certains essayistes, à tort ou à raison, pensent que l’idée de peuple ou de nation repose principalement sur l’histoire du groupe concerné, ou du moins sur le récit qu’il s’en donne. C’est sans doute exactement la même chose pour l’art contemporain. Sa possibilité repose en grande partie sur un récit historique ad hoc. Cette histoire appauvrie et orientée prépare, justifie et irrigue l’art contemporain. C’est elle qui est développée dans les deux étages de collections permanentes. Après les avoir visitées, la plupart des gens n’imaginent même plus que le xxe siècle puisse comporter autre chose de valable.

On peut voir dans cette falsification quelque chose de violent, voire d’un peu totalitaire, surtout quand on a des affinités avec les tendances mises sous le boisseau. Cependant, à ses débuts, le centre Pompidou est indiscutablement une force motrice, créatrice de valeurs nouvelles, aussi contestables soient-elles.

À présent, l’institution reste un poids lourd dans le paysage culturel. Elle continue d’avancer sur sa lancée, avec plus de 1 000 salariés et un budget courant de 120 millions d’euros (soit cinq fois le loto du patrimoine). Elle a encore un public important, bien qu’il ait fondu de près des deux tiers, passant de 850 000 visiteurs par an à 300 000 environ. Cependant, une exposition comme « Global(e) Resistance », s’ajoutant à beaucoup d’autres, jette un doute sur sa capacité à rester une force de proposition véritable.

En effet, la plupart des œuvres présentées ont pour point commun de se placer dans le sillage d’idées paraissant porteuses dans le contexte actuel : décolonialisme, antiracisme, écologie, féminisme, genre, etc. Certaines œuvres s’efforcent même de cocher plusieurs cases, comme ces photos de cargos échoués et rouillés qui suggéreraient la domination économique de l’Occident, les désastres écologiques de la planète et même le drame des migrants, puisque eux aussi utilisent des bateaux.

Ces thèmes peuvent intéresser un public et coller à l’actualité. C’est probablement ce qui motive les organisateurs. Cependant, les bonnes intentions et les préoccupations moralisatrices procurent rarement de vraies jouissances artistiques. L’inconvénient des choses trop prévisibles est qu’elles ennuient.

Le plus grave est que les artistes et les commissaires d’exposition semblent implicitement supposer que la source de la valeur réside à l’extérieur de l’art, dans des considérations politiques et sociétales. Si l’art, selon cette conception, en est réduit à puiser au-dehors sa légitimité, c’est qu’il n’en a plus guère en lui-même. Dans ces conditions, la justification des grandes institutions artistiques comme Beaubourg s’effrite un peu. D’ailleurs, pourquoi s’intéresserait-on à un artiste militant douillettement subventionné davantage qu’à un militant véritable qui peine et prend des risques ? Pourquoi, s’il faut se faire son idée sur un sujet d’actualité, irait-on voir une exposition édifiante concoctée par des fonctionnaires plutôt qu’ouvrir par soi-même un livre, un journal, internet, ou encore participer à des rencontres ?

À l’époque de Pontus Hulten, Beaubourg était, pour le meilleur et pour le pire, moteur d’une histoire artistique en train de s’écrire. À présent, force est de constater que cette institution et beaucoup d’autres n’ambitionnent que des rôles d’auxiliaires dans l’édification politique des masses.

À voir : « Global(e) Resistance », centre Pompidou, Paris, jusqu’au 4 janvier 2021

Sean Connery est éternel…

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Sean Connery dans "Goldfinger" (1964) © SNAP / Rex Features/REX/SIPA Numéro de reportage: REX40159144_000002

La couronne pleure 007. Le plus célèbre agent secret de sa majesté, Sean Connery vient de tirer sa révérence à l’âge de 90 ans


Bien sûr, il y en a eu d’autres. Ne soyons pas sectaires ! Des copies ? Non, le mot est trop fort, trop injuste, trop malhonnête intellectuellement, la preuve j’ai toujours eu un faible pour le libidineux décontracté Roger Moore et sa façon si désinvolte de se foutre de tout, de ses abdominaux non sculptés et de son taux d’alcoolémie à rassurer tous les bistrotiers de France, aujourd’hui confinés. Je dois également confesser que la raideur théâtrale d’un Timothy Dalton pouvait séduire dans la campagne berrichonne au cœur des années 1980 surtout lorsqu’il avait à son bras l’actrice Carey Lowell, la coupe (de cheveux) courte la plus érotique du cinéma mondial d’alors. Les successeurs de Bond défilent depuis trente ans, dans de multiples versions, fines ou trapues, décalées ou austères, cascadeuses ou cavalières et ne font pas oublier l’originel. L’original écossais Sean Connery (1930-2020) qui fut le premier à enfiler le costume de 007 en 1962 contre un certain Dr No demeure ce roc incontournable, indépassable, impénétrable, inatteignable, inoubliable. Il avait visé haut, le contraire de notre époque actuelle qui patauge dans l’ignoble et le médiocre. Il a fixé notre imaginaire quand celui-ci était encore perméable au grand, au fort, au chevaleresque, aux puissances mystérieuses, à cette indispensable pulsion de vie.

Sean Connery dans « Pas de printemps pour Marnie » (1964). Wikimedia Commons.

Dans ma famille d’esthètes automobiles, mon père ne connaissait que deux Écossais célèbres, le pilote Jackie Stewart surmonté de son indétrônable casquette à carreaux et Sean, le culturiste d’Édimbourg négligemment appuyé sur l’aile d’une Aston Martin DB5. Un type qui conduisait une Aston avait droit à notre respect mécanique éternel. L’homme du XXème siècle était né. Dans sa droiture celte et son sex-appeal brut de fonderie. D’ascendance populaire, Sean Connery avait la force de frappe des mauvais garçons qui savent porter le smoking quand la situation l’exige. La reine était rassurée. Les joyaux étaient au chaud. Ça nous changeait des jeunes premiers, la mèche blonde au vent et le regard niaiseux du théâtreux, le brun à la voix testostéronée avait le caractère trempé des types qui se sont engagés, à dix-sept ans, dans la marine britannique et ont exercé des tas de métiers manuels. Un mec du peuple sachant se servir d’un tournevis ou d’une truelle aura toutes les qualités pour dégainer, à l’écran, son Walther PPK et sauver à l’occasion la couronne britannique.

Tous les garçons voulaient lui ressembler. Nous avions enfin trouvé un but à notre existence patachonne. Si la vie pouvait, ne serait-ce qu’une minute, se résumer à une scène de Bond, celle, par exemple, au hasard, où la bombesque Ursula sort de l’eau, bikini blanc et coquillages à la main, et puis se met à chanter, à fredonner, nous serions des hommes heureux. Quant au pouvoir d’attraction de Sean sur les filles, c’est bien simple, elles ne s’en remirent jamais. Même fort âgé, barbu et binoclard, en duffle-coat beige dans La Maison Russie ou en robe de bure dans Le Nom de la rose, ce gars-là était terrible. Irrésistible. C’était aussi, nous le regrettons, une époque moins sentencieuse où les femmes n’avaient pas honte de leurs sentiments et de leurs contradictions. Le machisme fictionnel de 007 n’était pas étudié en Sorbonne, il se vivait dans la légèreté et les rires complices, dans l’appétit des Trente Glorieuses et la flamboyance capitaliste, dans une certaine innocence non coupable. Bond condensait la masculinité dans ce qu’elle avait de plus désirable et désuète. Sean séduisait par son opiniâtreté, son courage, son absence de barrières psychologiques, son sens de la répartie, son second degré, il était dans l’instant présent, il ne pensait pas à son image, ni à sa caricature. Il faut avouer que Sean en imposait. Comment aurions-nous pu rejoindre, à ce moment-là de notre histoire, le camp soviétique ? Nos agents secrets (alliés) avaient une gueule d’enfer, ils se pavanaient à Miami dans un hôtel de luxe, en peignoir de bain sur une musique de John Barry. Et même en slip rouge et catogan dans le film Zardoz, Sean avait de quoi affoler les ligues de vertu. Il aurait aimé qu’on rappelle cet après-midi la devise nationale de l’Ecosse : « In My Defens God Me Defend » (Pour ma défense, que dieu me défende).

La terre contre le terroir

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Bérénice Levet © Hannah Assouline

Pour les nouveaux élus locaux verts, la terre n’est que de la matière sans histoire ni imaginaire. Pour ceux qui sont attachés à la singularité française, c’est le terroir: la terre travaillée par les ancêtres qui porte leur empreinte.


Le retour en force, et en grâce, du local, des circuits courts, des « petits commerçants », des « petits artisans », de la souveraineté, de ces mots, et de ces choses, hier encore conspués et abandonnés aux populistes, témoignent d’une aspiration à retrouver une terre, un sol, des réalités concrètes, incarnées, charnelles. « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage […] et puis est retourné, plein d’usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge », chantait le poète. Ces vers de Du Bellay peignent et éclairent le mouvement qui nous porte. Comme Ulysse, après des décennies de fuite en avant et d’abstraction, il semble bien que nous aspirions à rentrer. Comme Ulysse, nous redécouvrons les vertus du lieu, de la sédentarité et des choses familières. Sans doute le voyage, métaphore du nomadisme et du mouvement perpétuel, de l’individu en marche et de la mondialisation, a-t-il été beau, pour certains du moins, ceux qui en ont les moyens, matériels et moraux. Ceux que l’on appelle les gagnants de la mondialisation. Toutefois, même parmi ces derniers, l’adhésion n’est plus si entière. Eux aussi, à l’image du héros de Troie, commencent à s’en retourner pleins d’usage et raison, mais d’une raison toute négative, instruits de ce que cette vie n’en est pas une, qu’elle entraîne la destruction la planète sans doute, mais d’abord ne nourrit pas son homme. Si économiquement, la mondialisation fait des gagnants, existentiellement, elle ne fait que des perdants. Les anywhere, ces cadres de l’économie numérique, ces traders et autres individus hautement diplômés qui se flattaient hier d’être de partout et de nulle part, se convertissent à des métiers manuels, cultivant leur lopin de terre ou leur vigne, conduisant leur troupeau de chèvres et fabriquant leur fromage.

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La France périphérique et l’élite mondialisée d’hier semblent ainsi faire cause commune. Et l’on pourrait penser, l’on voudrait penser que le parti écologiste donne une traduction politique à cette aspiration, à ce désir de retrouvailles avec la nation. Grégory Doucet, le nouveau maire EELV de Lyon, n’a-t-il pas déclaré, congédiant la polarité droite/gauche, que « le clivage qui fait sens en politique, c’est celui entre les terrestres et les non-terrestres » ? Sauf que… la terre de Doucet, ce n’est jamais que de la terre, de la matière, sans histoire, sans passé, sans imaginaire, ou bien la Terre, avec une majuscule, réalité aussi abstraite que la planète, alors que la terre de la France périphérique et celle de tous ceux qui sont attachés à la singularité française, c’est la terre travaillée par les ancêtres, portant leur empreinte, sédimentée par les siècles, le terroir. Nos « locavores » promeuvent les « petits producteurs » français, les « petits paysans », les « petits artisans » français, mais veillent farouchement à ce que le rapatriement ne soit pas entendu en un sens littéral, comme retour dans la patrie, pour ne rien dire de la mère patrie. On veut bien retrouver un sol, une terre, mais une histoire, une géographie, des racines en aucune façon ! Citoyens du monde, ils étaient hier, citoyens du monde, ils demeurent !  Chantres de la société inclusive et du multiculturalisme, ils entonnent avec l’Union européenne l’hymne à la joie d’un monde sans frontières et ouvert à toutes les migrations. Patrice Boucheron est leur historien, l’Histoire mondiale de la France, leur Bible. Ceux-là mêmes qui confèrent sa respectabilité à ce mouvement de retour restent des mondialistes et des déracinés.

Discours de Gregory Doucet après son élection à la mairie de Lyon, 4 juillet 2020.© JEFF PACHOUD/AFP
Discours de Gregory Doucet après son élection à la mairie de Lyon, 4 juillet 2020.© JEFF PACHOUD/AFP

EELV participe au déracinement de la France

Loin de rendre sa légitimité anthropologique au besoin d’enracinement, d’inscription dans un lieu et dans une histoire, qui se fait entendre aujourd’hui en France comme dans l’ensemble des pays occidentaux, l’écologie politique, telle qu’elle s’incarne dans Europe Écologie les Verts et leurs satellites socialistes, travaille à extirper le peu de racines qui ancraient encore la France dans une histoire, dans un passé. Les Verts restent inféodés à ce que Vincent Descombes appelle des « nœuds mentaux », c’est-à-dire des associations d’idées moralement qualifiées (l’ouverture, c’est bien ; les frontières, c’est mal ; l’immigration est une richesse pour la France…), et se font les alliés de tous les procureurs et fossoyeurs de la France historique. Point de douleur de la couleur progressiste, la nation est aussi celui de la conscience écologiste. Au moment où la philosophe Simone Weil est confirmée dans ses conclusions, où la patrie est redécouverte comme « milieu vital » et « source de vie », les écologistes parachèvent sa décomposition. Même s’ils peuvent à l’occasion la récupérer parce qu’elle est une femme, et aussi parce qu’elle a conduit une critique sévère du colonialisme, l’auteur de L’Enracinement n’est pas leur philosophe ! Comme Du Bellay ne saurait être leur poète !

Qu’est-ce que la France pour eux ? En aucune façon, une chose belle et précieuse, ils la tiennent au contraire pour laide et fautive, coupable de part en part, à l’endroit des femmes, des minorités raciales et sexuelles, des animaux, des végétaux, etc. ; fragile et périssable, assurément, et, c’est pour eux la bonne nouvelle, ils ont en effet compris, avec les féministes, avec les indigénistes, avec les islamistes, que le fruit ne demandait qu’à tomber. Et sans réplique collective, ils ont raison.

La nature comme alibi pour détruire la culture

Ce n’est évidemment pas qu’ils soient sensibles à la nature que nous condamnons, ainsi que tente de le faire accroire le journaliste du quotidien Le Monde, Nicolas Truong : la nature leur sert d’alibi pour mieux anéantir la culture, de sorte qu’ils s’autorisent de l’« urgence climatique » pour abolir les modes de vie, les usages, les traditions. Dans leur rapport à l’héritage des siècles, les écologistes perpétuent l’anthropologie moderne de l’homme comme maître et possesseur. Or, parce qu’elles sont également mortelles, la Terre et les civilisations doivent pouvoir compter sur cette créature qu’est l’homme capable de gratitude, capable de prendre soin de ce qui lui est confié, capable de permettre à la nature et à la civilisation de se continuer.

Comme les membres de La République en marche, les représentants d’Europe Écologie les Verts ont moins de 50 ans. Ils appartiennent donc à ces générations, formées, grandies plutôt, dans une école qui a renoncé à transmettre le testament français et à former des héritiers et des continuateurs. Ils ignorent tout de l’histoire de la France et, pour le peu qu’ils croient en connaître, l’exècrent. Ils vivent aplanis sur le seul présent. Leurs instruments de réflexion sont importés des campus américains.

Mais quittons la théorie pour les faits. Depuis mars dernier, nous disposons d’un extraordinaire théâtre d’observation. Sans doute est-il inapproprié de qualifier de « vague verte » les résultats des élections municipales – les écologistes ne devant souvent leur succès électoral qu’au fort taux d’abstention. Il n’en reste pas moins que EELV préside désormais aux destinées de neuf villes, et non des moindres. Après Grenoble, conquise par Éric Piolle en 2014, lequel a été reconduit dans ses fonctions, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Rennes, Annecy, Poitiers, Besançon, Tours sont désormais administrées par des Verts.

Les premières mesures des maires Verts se portent contre les traditions 

Théâtre d’observation d’autant plus précieux, et édifiant, que les élus envisagent les villes dont ils sont devenus les princes comme des « laboratoires », des « laboratoires de transition », entendez d’expérimentation. Il est significatif, mais nullement inattendu, que les premières mesures prises par les maires EELV aux lendemains de leurs élections soient toutes tournées contre la langue, les mœurs et les usages traditionnels (sapins de Noël, Tour de France, cérémonie du Vœu des Échevins). Les villes et leurs habitants n’y sont considérés que comme de la matière à façonner selon leur Idée. Les traditions dont ces villes sont riches ne les obligent à rien. Phrase formidable du maire de Bordeaux au sujet de ce fameux sapin de Noël traditionnellement installé Place Pey-Berland, et dont il a programmé la fin au motif qu’il s’agissait d’un « arbre mort » – les fleuristes figurent-ils sur la liste des prochaines interdictions que l’édile prononcera ? : « Ce n’est pas du tout notre conception de la végétalisation », mais la « végétalisation », ce n’est pas son objet, au sapin !

Emmanuel Denis, maire écologiste de Tours, accueille une vingtaine d'élus de grandes villes EELV ou PS afin de développer un "réseau d'alliance de villes écologistes, solidaires et citoyennes", Tours, 21 juillet 2020.©Sebastien Pons/Hans Lucas/AFP
Emmanuel Denis, maire écologiste de Tours, accueille une vingtaine d’élus de grandes villes EELV ou PS afin de développer un « réseau d’alliance de villes écologistes, solidaires et citoyennes », Tours, 21 juillet 2020.©Sebastien Pons/Hans Lucas/AFP

Végétalisation, un de ces mots qui composent la novlangue des écologistes. Les écouter parler, ou les lire, c’est mesurer leur degré d’abstraction ! Leur bêtise aussi, et leur puérilité : Jeanne Barseghian, la maire de Strasbourg, s’est flattée de ne pas rendre « hommage » à Gisèle Halimi et à Jacqueline Sauvage, mais « femmage ». Ils ont d’ailleurs été les premiers à user et abuser de l’épouvantable « impacter ». Les tomates ne pousseront peut-être plus hors sol, mais leur langue est déjà coupée de tout sol nourricier. Les Verts travaillent au déracinement de la langue. Ainsi, mettant leurs pas dans ceux d’Anne Hidalgo, après leur programme, tout entier écrit en langue inclusive, voici venu le temps des documents administratifs libellés en idiome inclusif, qu’il serait plus honnête de nommer « séparatiste », puisque postulant que les hommes et les femmes forment deux espèces que rien jamais ne réunit, chiens de faïence au seuil du paradis vert.

Toujours sur ce chapitre de la langue, les intitulés des attributions constituent des monuments de verbiage : les maires s’entourent d’adjoints « à la résilience », « à l’urbanisme résilient » – mot également fétiche d’Anne Hidalgo et de la mairie de Paris qui le 25 août de cette année plaçaient la cérémonie de la Libération de Paris sous le signe du triptyque « Résistance-Renaissance-Résilience » –, « à la transparence », « à la tranquillité » ou,  trouvaille de Piolle, « à la tranquillité publique et au temps de la ville » – tranquillité se substituant à sécurité, terme qui laisserait entendre que l’insécurité existe, que certains la subissent, en meurent même, quand elle n’est, chacun le sait bien, qu’un sentiment.

Les femmes et les LGBT se disputaient déjà la distribution des noms de rues ou de lieux publics, avec les écologistes entrent en lice un nouvel acteur de la concurrence victimaire, l’animal. Ainsi, le 4 octobre, « Jour du bien-être animal », le maire de Tours, Emmanuel Denis, baptisera un jardin municipal du nom de Fritz afin de rendre hommage à un éléphant de cirque qui, en 1902, s’étant enfui et semant la panique dans la ville, avait fini par être abattu. Martyr historique de la cause animale ! Les grands hommes et leurs statues peuvent trembler sur leur socle !

Minorités et diversités, grandes causes municipales des Verts

Les femmes, les animaux, et… les minorités, les diversités, érigées en grande cause municipale par nos nouveaux édiles. Grégory Doucet était on ne peut plus explicite dans son programme : au chapitre « Lyon émancipatrice », le candidat s’engageait à œuvrer à « la valorisation des cultures non dominantes (l’écologiste se reconnaît à ce qu’il parle aussi la langue des indigénistes) et de la mémoire et de la culture des migrations ». On ne s’étonnera donc pas que Doucet ait rompu avec la tradition de la présence du maire à la messe du renouvellement des Vœux des Échevins à Notre-Dame de Fourvière pour se rendre quelques jours plus tard à l’inauguration d’une mosquée. Quant à la reconquête des territoires de la République, ne comptons pas sur les élus verts pour y œuvrer. « Changer de modèle de société », c’est aussi, c’est d’abord changer la physionomie des villes. Ainsi Jeanne Barseghian, dont un des soutiens se flattait pendant la campagne électorale de servir « la seule liste avec une daronne voilée », compte parmi ses élus, et siégeant dans son conseil municipal, une femme portant le hidjab.

À lire aussi, Élisabeth Levy : Trois Verts, bonjour les dégâts!

Ce n’est pas qu’ils aspirent à agir, qu’ils remettent en question le primat de l’économie et contestent le tourisme de masse qui rend les Verts menaçants, bien au contraire, c’est qu’ils confondent action politique et fabrication. Que du volontarisme politique, ils glissent sans crainte ni tremblement vers le constructivisme, se donnant pour mission de « reconstruire la société selon un plan tracé d’avance et affranchi de tout ancrage dans la tradition et dans l’histoire ». L’écologie est le nouvel avatar de l’utopie de la régénération de l’humanité. Sans doute, la barbarie se faisant douce, on ne parle plus que de « changer les mentalités » et « la société », mais le projet est le même. Dans ce scénario, les résistances auxquelles les écologistes peuvent se heurter ne leur apparaissent jamais que comme l’indice du « vieux monde qui résiste », d’un passé qui s’obstine, qui se refuse à mourir, un passé qui « a à la main on ne sait quelle hideuse revendication de l’avenir » (Victor Hugo), bien sot celui qui s’en encombrerait. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ! disait-on du temps de Robespierre et de Staline. L’ennui, c’est que nous sommes les œufs.

La grande divergence des taux de chômage: la grande arnaque ?

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Elisabeth Borne, ministre du travail, à Dijon le 20 octobre 2020 lors d'un déplacement sur les thèmes des emplois francs et de l'apprentissage © JC Tardivon/SIPA, Numéro de reportage : 00987676_000030.

Le taux de chômage de l’Insee baisse alors même que des emplois sont détruits. Explication de ce qui ressemble à un maquillage de la crise sociale et économique.


Le taux de chômage de l’Insee a atteint un plus bas depuis 1983 à 7,1%. Emmanuel Macron aurait donc réussi son pari d’atteindre un taux de chômage de 7%, deux ans avant l’échéance de son mandat ?

La divergence entre les chiffres de Pole Emploi et les chiffres de l’Insee est énorme : d’un écart de 1,4 million de personnes en 1996, nous sommes passés aujourd’hui à un écart de 4,5 millions!

Il n’en est évidemment rien : 700 000 emplois ont été détruits selon le même institut statistique Insee sur les six premiers mois de l’année. Loin d’être une anecdote, cette baisse absurde est le révélateur d’un gros problème : le taux de chômage selon l’Insee n’est pas une statistique mais un sondage qui minore les chiffres du chômage. Un long questionnaire est proposé au sondé : il est chômeur, notamment s’il n’a pas travaillé une seule heure par semaine, s’il exerce bien des « recherches actives » d’emploi et s’il est prêt à prendre un travail dans deux semaines. Tout sondage dépend des questions posées et peut être aisément manipulable, voici pourquoi le taux de chômage estimé par l’INSEE est aberrant. Voilà pourquoi le fait que le « taux de chômage » soit à un plus bas de près de 40 ans n’a aucun sens.

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L’organisme public Pole Emploi enregistre des données en dur: des personnes ayant perdu leur travail et indemnisé ou non. Mi-2020, 6,8 millions de personnes étaient inscrites à Pole Emploi. Les derniers chiffres de l’Unedic indiquent que seuls 2,4 millions reçoivent une indemnisation chômage de 900 euros en moyenne. Tout inscrit à Pole Emploi doit faire une déclaration tous les mois à date fixe et rechercher activement un travail pour rester sur cette liste ; sont donc éliminées de Pole Emploi toutes les personnes qui n’ont plus d’allocations chômage et sont découragées d’actualiser leur situation chaque mois. On pensera notamment aux deux millions de personnes au RSA c’est-à-dire à 565 euros par mois, pour vivre ou survivre.

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Énorme divergence entre les chiffres de Pole Emploi et ceux de l’Insee

La divergence entre les chiffres de Pole Emploi et les chiffres de l’Insee est énorme : d’un écart de 1,4 million de personnes en 1996, nous sommes passés aujourd’hui à un écart de 4,5 millions de personnes entre les chômeurs selon l’Insee et les chômeurs selon Pole Emploi en catégorie ABCD. La catégorie ABCD regroupe les personnes inscrites à Pole Emploi sans aucune activité, avec une activité à temps partiel ou en formation. Ce morcellement des chômeurs en plusieurs catégories est fait pour compliquer la lecture des chiffres.

insee2Mais ce n’est pas tout.

Le montant du RSA est de 565 euros par mois. Avec 565 euros par mois, on ne vit pas, on survit. Il est légitime de supposer que la grande majorité des Français au RSA sont des personnes qui n’arrivent pas à trouver du travail et non des profiteurs qui sont heureux de vivre avec 565 euros par mois. Il est donc légitime de considérer que le RSA est un chômage masqué. Nous arrivons alors à 8,3 millions de chômeurs en France et un taux de chômage de 26% en France.

arnaqueDes dispositifs pour masquer le chômage

Il existe d’autres dispositifs, masquant le chômage, difficiles à chiffrer : des personnes faisant des petits jobs de quelques heures par semaine qui ne sont ni à Pole Emploi ni au RSA (pas d’indemnisation), des conjoints au chômage qui n’ont aucune allocation et ne déclarent plus leur chômage à Pole Emploi, des étudiants qui poursuivent leurs études un ou deux ans car ils savent que leurs chances de trouver un travail est extrêmement faible, des auto-entrepreneurs avec presque aucune activité etc.

Le régime d’auto entrepreneur permet en effet lui aussi de cacher nombre de chômeurs : une auto entreprise ne coûte rien à monter, comprend des déclarations très simples à l’État et donne de l’espoir de gagner un peu d’argent à celui qui n’a pas de travail. Il n’est le plus souvent pas comptabilisé comme chômeur mais a souvent des revenus bien en dessous du SMIC. Hors activité de complément pour des salariés travaillant sur leur temps libre, il y a  1 million d’auto entrepreneurs à fin 2019. Le chiffre d’affaires mensuel moyen est de 800 euros par mois, le salaire est encore bien plus bas après les charges et les cotisations sociales. L’auto entrepreneur n’a souvent pas un vrai travail mais n’est pas non plus un vrai chômeur.

Le chiffre du chômage de l’Insee masque l’envolée considérable du chômage en France qui est presque quatre fois plus élevé qu’annoncé par le gouvernement et les médias.

Même l’économiste Olivier Passet du sérieux institut économique Xerfi a dans une vidéo dénoncé « les grosses ficelles de la maîtrise du chômage » : « Tous ces dispositifs ne permettront pas de camoufler intégralement la vague de licenciements qui se profile… À défaut d’agir sur le réel, les économistes sont devenus des maîtres dans l’art de la déconnexion. »

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Ce mensonge sur le réel taux de chômage est une insulte faite à l’intelligence des Français, c’est aussi une grande violence faite à ceux qui désespèrent jour après jour de trouver un emploi et qui sont masqués, ignorés.

Pour se faire une idée de ce qu’est la violence du chômage en France, il faut observer ce qui s’est passé après le plan social et la fermeture de l’usine Goodyear à Amiens en 2014 : quatre ans après la fermeture, sur 1143 salariés licenciés, 150 ont retrouvé du travail en CDI, 180 en CDD, une centaine sont partis en retraite et 700 salariés pointent toujours à Pole Emploi[tooltips content= »Goodyear et ses fantômes dans le Monde diplomatique« ](1)[/tooltips]. Le bilan est aussi de 14 suicides et de 300 divorces. Il existe dans notre pays une forme de violence politique et économique.

“Ils ne passeront pas”?

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Valery HACHE / AFP

Les attaques de jeudi dernier ont encore témoigné des dangers de l’islamisme. Il est urgent d’user de la force contre cette idéologie et tous ses soutiens en France


« Dites à mes enfants que je les aime », voilà les dernières paroles de la femme égorgée par un islamiste aux cris d’Allah Akbar au sein de la basilique Notre-Dame à Nice jeudi 29 octobre 2020. Trois personnes ont finalement laissé leur vie dans cet attentat. Pendant ce temps à Lyon avait lieu une attaque au couteau, un Afghan a été arrêté. Un autre homme a enfin été interpellé près de l’Église de Sartrouville où il comptait reproduire l’attaque de Nice, et un employé qui gardait l’ambassade de France a été poignardé à Djedda.

Une partie de la jeunesse musulmane fanatisée

Tout cela moins de deux semaines après la décapitation de Samuel Paty par un Tchétchène fanatisé sous statut de réfugié.

Si nos pensées vont aujourd’hui bien sûr aux familles cruellement frappées, le sentiment dominant reste une immense colère. Et un sentiment de perte abyssale. J’ai grandi dans un monde où la paix et l’émancipation étaient autant une réalité qu’une promesse. Aujourd’hui c’est une réalité qui se meurt et la promesse s’est enfuie. Maintenant que nous avons touché le fond, ce gouvernement aura-t-il le courage de regarder en face ce qui nous attaque ? A-t-il vraiment ouvert les yeux sur le fait qu’aujourd’hui la menace « fasciste » est islamiste et qu’elle verse le sang de par le monde ? A-t-il pris conscience de l’existence d’une 5ème colonne haineuse et fanatisée sur notre sol, qui radicalise la jeunesse musulmane, en tenant un discours de persécution et en exaltant l’allégeance raciale et religieuse ?

Un vaste coup de filet est indispensable

Pour faire la guerre sanitaire, le gouvernement se donne les moyens d’agir et n’hésite pas à restreindre nos libertés. Pourquoi, quand nous sommes attaqués sur notre sol, cela serait-il tabou ? À savoir : comment prendre en compte la situation de guerre qui nous est imposée pour retrouver des moyens d’agir ? Une démocratie doit-elle sacrifier les citoyens qui la composent sur l’autel de ses principes, quand elle est assaillie par des fascistes qui jouent sur ses faiblesses ? Une nation attaquée doit-elle choisir l’impuissance et regarder mourir les siens, si réagir l’oblige à faire évoluer l’État de droit ? C’est ainsi que le débat est posé et qu’une certaine gauche utilise déjà tout discours autour de la notion d’exception et tout ce qui pourrait faire évoluer le droit, comme révélatrice d’un désir de dictature caché. Le fait même d’envisager de suspendre temporairement certaines obligations légales et notre participation à certains organismes internationaux nourrit déjà les procès en « islamophobie ». C’est pourtant indispensable pour accomplir le vaste coup de filet permettant de se débarrasser des acteurs, des associations et des institutions de l’islam politique. 

A lire aussi: Ce que Matignon peut reprocher à Jean-Louis Bianco

Un homme, non suspect de sympathies droitières, antifasciste notoire déjà confronté à ce type de situation, a donné une réponse aussi claire que nourrie par la réalité. Cet homme, c’est Julien Benda, l’auteur célèbre de La trahison des clercs. En 1942, Benda a vu la démocratie française sombrer sous les coups de boutoir des nazis. Cet idéaliste ouvre alors les yeux et écrit La grande épreuve des démocraties. S’il appelle les Européens de son temps à défendre les valeurs républicaines et à ne rien renier de leurs idéaux, il appelle aussi les démocraties à faire face au réel. Ainsi, face à un ennemi comme Hitler, la démocratie a le devoir de réagir et d’abolir pour un temps certaines de ses références à un humanisme pacifique, voire de sembler aller contre ses propres valeurs, pour assumer l’usage de la force. Il est alors évident, qu’une fois la guerre finie, la menace justifiant la suspension de ses valeurs ayant été vaincue, la démocratie peut réactiver l’ensemble de ses principes et sortir de l’exception. Et c’est bien ce qui s’est passé en 1945.

Crise civilisationnelle

Certes Emmanuel Macron est un technocrate, pas un politique. Il se trouve confronté à une crise civilisationnelle qu’il a été de bon ton de nier à gauche. Sauf qu’aujourd’hui nous y sommes et si nous voulons vivre dans un pays où les citoyens sont égaux et les libertés garanties, il va falloir s’opposer clairement aux revendications de l’islam politique.

Concrètement, ce ne sont pas les islamistes que le président trouvera en premier sur son chemin, ce sera d’abord des élus. Car ceux qui ont ensemencé les têtes et favorisé les passages à l’acte sont cette « clientèle » dont trop d’élus locaux ont fait leurs partenaires et dont trop de dirigeants ont fait leurs interlocuteurs légitimes. Que serait l’UOIF, antienne de la nébuleuse des frères musulmans si Nicolas Sarkozy ne l’avait pas porté au pinacle ? Que serait le CCIF si l’Union européenne ne l’avait pas reconnu comme un interlocuteur crédible ? Que seraient un certain nombre d’acteurs de l’islamisme, de Tarik Ramadan à Marwan Muhammad en passant par Mohamed Bajrafil ou Idriss Sihamedi, sans la complaisance de nombre de médias qui ne se sont jamais vraiment demandé d’où parlait la personne à qui ils offraient crédit et respectabilité ?


Emmanuel Macron est-il prêt à combattre l’islamisme, sachant qu’il sera accusé de s’en prendre aux musulmans par des dictateurs sanguinaires et des dirigeants islamistes type Erdogan, mais aussi par une rue arabe fanatisée au Moyen-Orient et des quartiers radicalisés en France ? Est-il conscient qu’il sera combattu par une partie de la gauche, qui a toujours soutenu le totalitarisme contre les libertés et qui a trop souvent pris le parti des salauds ? Cette gauche radicale, fidèle compagne de toutes les cruautés accomplies au nom de l’idéal et qui a soutenu dans l’histoire Staline, Pol Pot, Mao, Khomeyni, sans jamais manifester de remords. Aujourd’hui cette gauche, soutier du totalitarisme n’est pas morte. Cette gauche devrait d’autant plus s’acharner à la perte de notre président, s’il se montre à la hauteur, que c’est tout ce qu’il lui restera pour masquer sa trahison et sa complicité. 

Rassemblement contre l'islamophobie, Paris, 19 octobre 2019. (c) Benjamin Mengelle / Hans Lucas / AFP
Rassemblement contre l’islamophobie, Paris, 19 octobre 2019. (c) Benjamin Mengelle / Hans Lucas / AFP

On pense à Esther Benbassa, Danièle Obono ou Jean-Luc Mélenchon, mais aussi à la majeure partie des écologistes et quasiment toute la France Insoumise. La force des islamistes, c’est aussi et surtout la puissance institutionnelle de leurs alliés, quand ils appartiennent aux cercles du pouvoir.

Le loup est dans la bergerie

Les frères musulmans ont des relais dans le débat public qui travaillent à faire passer le loup islamiste pour l’agneau musulman. L’université est un des lieux où ils sont les plus puissants. Les alliés intellectuels des frères musulmans, de Burgat à Baubérot en passant par Plenel et la mouvance “décoloniale” ont tous travaillé à installer dans le débat public des revendications obscurantistes. Ils ont légitimé des acteurs dangereux, Tariq Ramadan étant le plus connu. Ils ont promu des mouvements violents en niant leur dangerosité.

Ils ont alimenté et relayé les discours sur la persécution des musulmans au détriment de la réalité dans le but d’ancrer la haine. Ils ont souvent travaillé main dans la main avec le CCIF. 


Or ces gens-là sont très sensibles à leur position de pouvoir. Conserver le couvert à la table des gens qui comptent est important. Si être en lien avec les islamistes et les indigénistes devient coûteux et empêche d’accéder aux postes de prestige et de pouvoir, ces gens-là se déballonneront bien vite et l’influence des islamistes dans le débat public fera une chute conséquente. Porter le fer dans cette plaie-là est facile. C’est donc là aussi que nous allons pouvoir mesurer la détermination du gouvernement et des institutions.

Les fonctionnaires, professeurs et universitaires sont garants de nos principes républicains. S’ils ne les respectent pas voire qu’ils les sapent, qu’ils perdent leurs postes et avantages ! Ainsi, renvoyer Bianco et Cadène de l’Observatoire de la laïcité, c’est couper les islamistes de leurs meilleurs agents de légitimation. Ce n’est pas une cabale mais simple justice.

Notre détermination ne doit plus faire de doute

Déconsidérer les collaborateurs n’a l’air de rien mais est essentiel, même si se débarrasser de la présence des islamistes reste l’objectif. Il faut faire feu de tout bois: déchéance de nationalité, indignité nationale, facilitation des expulsions, saisie de l’argent en provenance de l’étranger, dissolution des associations islamistes, suppression de la double nationalité, mais aussi révision d’accords internationaux… Notre détermination ne doit plus faire de doute. Il est temps de montrer que nous refusons de renoncer à ce que nous sommes, pour complaire à qui nous tue.

A lire aussi: Islamophobie: une arme de propagande massive

Ne nous leurrons pas. La question n’est pas de savoir s’il y aura un nouvel attentat, mais quand il aura lieu. Et ne croyez pas qu’en cédant sur la question des caricatures, la pression baissera. Il s’agit là d’un conflit de civilisation : liberté des hommes contre soumission au religieux, égalité en droit contre système inégalitaire, émancipation individuelle contre allégeance au groupe ethnique et religieux… Plus nous paraîtrons faibles, plus nous exciterons l’appétit de conquête des prédateurs, leur mépris et leur désir de passage à l’acte. Il n’y a pas d’espoir dans la reddition et la soumission. Les enquêtes d’opinion montrent que le peuple français attend des Churchill, alors que les islamistes espèrent des Chamberlain.

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Présence de Houellebecq

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Michel Houellebecq en 2010 © JOEL SAGET / AFP

 


Interventions 2020, la compil du réac déprimé. Tous les articles et les tribunes de Michel Houellebecq paraissent dans une nouvelle édition revue et augmentée. Un régal.


Entre deux romans, Michel Houellebecq nous livre de courts essais et interviews sur des sujets de politique et société. Publiés à partir de 1992, la moitié de ces écrits figuraient dans le recueil Interventions 2, paru en 2009. À ceux-là, s’ajoutent de nombreux textes rassemblés pour la première fois en volume. On pourrait le nommer, « la compil de MH ».

L’art des titres

J’ai toujours apprécié les titres de Houellebecq. Ils collent à notre époque, à un instantané de notre époque plus précisément. La possibilité d’une île étant, selon moi, le meilleur. On a encore la possibilité de partir, chercher une île, c’est-à-dire un lieu aristocratique, pour reprendre la formule de Michel Déon, un lieu à peu près vierge, où l’on puisse échapper au bourrage de crâne permanent. Plus de réseaux sociaux, ce formidable tout-à-l’égout de haine qui nous contamine sans nous tuer, car le système nous veut consommateur apeuré, zombie narcissique et ignorant, mais surtout pas à l’état de cadavre. Sérotonine, c’était bien vu également. Un peu de faux bonheur dans un monde saturé d’images sanglantes. Soumission, alors là, c’était un coup de maître. Il tient la tête et la corde, ce titre. La soumission est partout, les collabos ont de beaux jours devant eux. Ce n’est pas un décapité qui changera la face hideuse de la France, grand corps agonisant devenu festin de la vermine. 

A lire aussi: La légèreté criminelle du progressisme

Pour son prochain roman, je suggère à Houellebecq, en toute modestie, Résignation, ou peut-être Vaccin. Entre l’humour désabusé et l’humour noir. Car Houellebecq possède beaucoup d’humour. Ainsi, à propos de notre Totor Hugo : « Bon poète par endroits, Victor Hugo est aussi, souvent, grandiloquent et bête ; son rêve d’États-Unis d’Europe » en est un bon exemple ; ça me fait du bien, de temps en temps, de critiquer Victor Hugo. » Humour grinçant, certes.

L’Europe n’existe pas, rappelle Houellebecq. « Elle ne constituera jamais un peuple, encore moins le support d’une démocratie possible (cf. l’étymologie du terme), et cela parce qu’elle ne veut pas constituer un peuple» Il réaffirme son opposition au traité de Lisbonne imposé simplifié en 2009 contre la volonté du peuple français. Houellebecq ajoute : « En bref une idée néfaste ou au mieux stupide, qui s’est peu à peu transformée en mauvais rêve, et dont nous finirons par nous éveiller. » Il lui arrive d’être optimiste. 

Un écrivain trumpiste?

À l’heure où j’écris ces lignes, la réélection de Donald Trump est incertaine. Houellebecq, lui, trouve Trump pas si mauvais que ça. Il a été élu « pour défendre les intérêts des travailleurs américains ; il défend les intérêts des travailleurs américains. » L’écrivain ajoute : « On aurait aimé rencontrer plus souvent ce genre d’attitude, en France, ces cinquante dernières années. » Au passage, Houellebecq refuse de critiquer Vladimir Poutine. Il est donc résolument contre la bien-pensance en campagne permanente. Apprécier Trump et ne pas détester Poutine, on comprend le déchainement de la presse progressiste sous perfusion contre Houellebecq. L’écrivain ne participe pas non plus à « la nouvelle campagne de chasse au Zemmour ». Il est proche du polémiste, appréciant son côté catholique non chrétien. Du reste, Houellebecq se dit conservateur comme Benoit Duteurtre. Je le verrais plutôt réactionnaire. Pourquoi conserver une charogne ? Au détour d’un entretien avec Frédéric Beigbeder, Houellebecq reconnaît qu’il a beaucoup critiqué Philippe Muray. Il avoue : « Aujourd’hui, je m’aperçois qu’il avait raison sur tout, en fait. C’est horrible ce qu’on supporte. » Allez demander à un journaliste de Libé, de L’Obs, du Monde – liste non exhaustive – qu’il a parfois, souvent, fait le jeu de l’islamisme radical sous couvert d’antiracisme… 

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Ce livre est revigorant. On l’ouvre au hasard, on lit un article. Enfin revigorant… Pas sûr que montrer le réel et non son image soit si revigorant que ça. C’est même franchement déprimant. Mais c’est une déprime douce, automnale, mélancolique en un mot.

Pitié sans emploi

De toute façon, il faudrait être stupide pour ne pas comprendre que l’Occident est condamné. Houellebecq : « L’Occident n’est pas pour l’éternité, de droit divin, la zone la plus riche et la plus développée du monde ; c’est fini, tout ça, depuis quelque temps déjà, ça n’a rien d’un scoop. » Il est en fin de vie. Pas comme le malheureux Vincent Lambert au moment où l’État a décidé de sa mort. La fin de vie, c’est quand on est âgé. Or, lorsqu’il fut victime de son accident de la circulation, en 2008, Lambert n’avait que trente-deux ans. Le texte de Houellebecq consacré à cette affaire très médiatisée mérite qu’on s’y attarde. Son point de vue est original et repose sur une argumentation précise. 

L’État nous place sous couvre-feux, nous reconfine. Il peut également tuer les incurables, les inutiles, les grabataires, afin d’assainir une société « où la pitié n’aurait plus d’emploi. » 

Michel Houellebecq, Interventions 2020, Flammarion.

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Zemmour le jacobin et Onfray le girondin pourraient s’entendre

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Eric Zemmour à Perpignan le 23 septembre 2019 et Michel Onfray à Nice le 31 mai 2019.© Alain ROBERT/SIPA,SYSPEO/SIPA Numéros de reportage : 00924954_000010, 00910107_000023

Éric Zemmour et Michel Onfray, en dépit de leurs différences, défendent tous deux la culture classique française. Ne pourraient-ils pas s’entendre pour créer un mouvement patriotique en vue de la prochaine échéance électorale?


La construction de la France s’est faite il y a mille ans selon un schéma centralisé, l’État ayant donné naissance à la nation, contrairement au développement de tous nos voisins européens ayant bâti leur État à partir de la langue ou de l’ethnie. Aucune surprise donc à ce que le modèle politique jacobin ait perduré et que nos concitoyens attendent tout de l’État central. Et ce, en dépit des lois de décentralisation de 1983 puis des transferts de compétences successifs opérés au profit des collectivités locales, souvent d’ailleurs plus sous la forme d’un transfert de charges et de responsabilités que de recettes et de pouvoirs… ce dont se plaignent évidemment les élus locaux.

Si la crise sanitaire récente a fait la preuve d’une impéritie de l’État et d’un surgissement remarquable – par dépit- de ces régions, départements, communautés de communes et municipalités qui ont dû gérer la pénurie, nous sommes encore bien loin du modèle girondin qu’Onfray appelle de ses vœux depuis si longtemps. Zemmour, colbertiste (ou jacobin) dans l’âme, sourit à ces vœux qu’il qualifie de pieux, citant à l’envi le Président Pompidou: « La France des régions a déjà existé… ça s’appelle le Moyen-Age ». Pourquoi cette querelle qui peut sembler byzantine entre jacobins et girondins (pour reprendre les termes révolutionnaires) aurait-elle un intérêt aujourd’hui, à l’approche d’une nouvelle élection présidentielle dans un contexte mondial aussi troublé? Qui, hormis les potentats locaux, se préoccuperait du fait que l’État central devrait – par exemple gérer lycées ou routes nationales en lieu et place des régions? Du moment que le pays fonctionne correctement, la répartition des rôles a peu d’importance pour le citoyen. Or, c’est là que le bât blesse.

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Le délitement de la nation française

La nation française s’est progressivement délitée au cours des dernières décennies, à la fois « par le haut » et « par le bas ». Autrement dit, sous le poids d’une Europe communautaire obsédée par le droit et le marché (mondialisation, en fait la financiarisation de l’économie et la désindustrialisation) et par une immigration massive et incontrôlée. Le tout couronné par un système éducatif en perdition qui fait perdre à nos jeunes compatriotes la compréhension de ce qui fait leur identité. Notre État, théoriquement souverain et puissant, a non seulement cessé de jouer son rôle protecteur vis-à-vis de la nation française, mais il l’a vu se fracturer comme jamais. À la surprise générale, les fameux gilets jaunes ont ainsi émergé à l’occasion d’une taxe sur l’essence et une circulaire sur la limitation de vitesse, alors que nombre de spécialistes (Guilluy en tête) informaient depuis longtemps de la fracture à l’œuvre. Désorganisés, les GJ furent rapidement récupérés par l’extrême-gauche – sociologiquement pourtant, ils ont voté Marine Le Pen en 2017. Dès lors, toute revendication de leur part est devenue inaudible, bien loin de ce que l’on pouvait attendre d’un grand mouvement populaire.

Nous en revenons à la crise sanitaire, laquelle a mis en évidence ce que nos responsables savaient ou auraient dû savoir de longue date: l’état désastreux du système hospitalier français qui verrouille tout choix économico-politique (trois à cinq fois moins de « lits » qu’en Allemagne dans les services de soins intensifs) et son corollaire, l’absence quasi totale de souveraineté industrielle. Lorsque l’Allemagne put mettre en branle ses usines (masques, gels et/ ou tests), la France en fut réduite à faire le tapin sur les tarmacs chinois. Cette impuissance nous conduisit à un premier confinement généralisé de type médiéval avec comme effet, des projections de récession économique cataclysmiques jusqu’à un improbable retour à la case départ en 2022.

Souverainisme de gauche et souverainisme de droite

Quel rapport avec Zemmour et Onfray? Le souverainisme, pardi. De droite ou de gauche, nationaliste ou régionaliste, jacobin ou girondin, aucun des deux n’avait attendu les crises récentes pour réclamer davantage de cette souveraineté sans laquelle la peuple français ne relèvera jamais la tête, au sens propre comme au sens figuré. Si ces patriotes, républicains chacun à leur manière et devenus figures incontournables du débat politique national, ont tous deux voté non au traité de Maastricht et re-non au « projet Giscard » de constitution européenne, s’ils pestent tous deux logiquement contre les oukases de l’UE qui grignotent chaque jour davantage la souveraineté nationale, ils ne semblent pas d’accord sur la façon de retrouver notre indépendance. Arrêt de l’immigration pour l’un, « décolonisation des provinces » pour l’autre. Union des droites avec ouverture à la gauche non libérale pour Zemmour, jonction des souverainismes pour Onfray. Simple querelle sémantique ou véritable divergence?

Zemmour et Onfray, deux patriotes

À les lire et les écouter tous deux depuis des années, je ne vois pas grand-chose qui les sépare. Onfray a de longue date cessé de pointer la politique étrangère de la France et a accepté de dénoncer l’imposture que constitue l’islamophobie. Il condamne de plus en plus fermement les propos et agissements antinationaux et antirépublicains des groupuscules racialistes, indigénistes ou décoloniaux qui gangrènent non seulement nos banlieues mais aussi, ce qui est encore plus grave, nos universités, nos syndicats, nos entreprises publiques et même nos partis politiques.

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Zemmour discute de plus en plus volontiers avec certaines personnalités de gauche, rappelant à l’occasion l’histoire glorieuse de la IIIe République. Zemmour et Onfray confrontent régulièrement en public leur vision de la France et se comprennent de toute évidence très bien, je dirais même au-delà des mots, dans leur fibre patriotique. L’un est un Français de branche, l’autre de souche. L’un a les deux pieds dans la terre grasse de la Normandie lorsque l’autre a grandi dans les banlieues populaires de la ceinture rouge parisienne après que ses parents ont dû quitter quitter l’Algérie nouvellement indépendante (avant que ladite ceinture se transforme en croissant islamique).

Les deux intellectuels connaissent leur histoire de France mieux que nombre de nos « professeurs d’histoire » et tous deux sont des pessimistes selon la définition gramscienne, c’est-à-dire à la fois lucides et volontaires. Les deux sont joyeux car comme le disait un jour Onfray, ce n’est pas parce que le Titanic coule qu’il ne faut pas finir son verre de Champagne. Ils ont à cœur de sauver ce qui peut encore l’être des paysages français (éoliennes), du mode de vie français (foulard islamique), de la transmission des textes français (école).

Bref, de cette culture classique française qui éblouit le monde par son brio, aujourd’hui réduite à peau de chagrin quel que soit le bout par lequel on aborde la question (au hasard… le niveau de français oral et écrit des élèves de Terminale comme du personnel politique et médiatique). Je me demande donc pourquoi ils ne sont pas encore parvenus à un accord pour créer un mouvement patriotique en vue de la prochaine échéance électorale. Il est vrai qu’il reste deux ans avant l’élection présidentielle, la seule qui compte encore dans ce pays, n’en déplaise aux girondins. Ni Trump ni Macron ne s’étaient encore déclarés deux ans avant leur triomphe, souvenons-nous en. Tous les espoirs sont donc permis.

Paris, c’est fini

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Hervé Villard en 1979 © ROCHE/TF1/SIPA Numéro de reportage: TF135001647_000005

Le billet du vaurien


Après le suicide de Rachel à vingt ans, je ne pouvais pas entendre le tube d’Hervé Vilard : « Capri, c’est fini » sans avoir des crises de larmes. C’était l’époque de «  Salut les Copains » et d’Hubert sur Europe 1. Hubert aussi est mort dans l’indifférence générale, il y a quelques mois. J’en parlais à Hervé Vilard lors de ma dernière soirée parisienne organisée par Simon Colin. Il y avait là, entre autres, Basile de Koch, Morgan Sportès et un essaim de jeunes filles que je contemplais en songeant que je ne les reverrai plus. 

Quelques heures plus tard, je prendrais le TGV Lyria qui me conduirait dans le pays de mon enfance. Qui sait si je reviendrais jamais à Paris ? Hervé Vilard m’avait confié qu’aujourd’hui il chanterait : « Paris, c’est fini ». Était-ce uniquement la faute d’un virus et d’une gestion sanitaire abracadabrantesque ? Ou était-ce le temps qui imperceptiblement nous avait rendu étrangers à ce «  nouveau monde » que célébrait un président qui aurait pu être mon fils ? À l’exception de mon ami Comte-Sponville, les commentaires que j’entendais sur les chaînes d’info me semblaient aussi déconnectés du réel que les décisions gouvernementales. 

Les années Yushi

Ne me restait-il plus qu’à me réfugier dans mes souvenirs ? Qu’avais-je encore à faire à Paris : presque tous mes amis, quand ils n’étaient pas morts ou impotents, avaient déserté cette ville qui avait été parée de tous les prestiges durant ses années glorieuses et qui n’était plus qu’un coupe-gorge ? 

Oui, Paris, c’était bien fini, même si je ne parvenais pas à m’y résoudre. Rachel était morte. Je n’entendrai plus jamais « Salut les Copains » : les années Yushi, du nom de ma cantine japonaise, s’achevaient. J’ai en horreur ces « cellules psychologiques » qui sont mises en place à la suite d’une catastrophe pour vous aider à faire «  le travail de deuil ». Je préfère l’affronter seul. Et pourtant quand je pense au Paris que j’ai aimé, je retiens mes larmes. Et je me demande : qu’a-t-il bien pu se passer pour que la ville la plus proche du Paradis devienne un agglomérat de misères, tant intellectuelles que sociales ?

Pour ne pas me laisser envahir par la mélancolie, j’écoute parfois sur YouTube les sketches de Karim Duval – celui sur Covidisme comme nouvelle religion est à ne rater sous aucun prétexte – ou l’émission belge de Simon Monceau : « Ça va se savoir », tellement glauque qu’elle vous réconcilierait presque avec l’existence. Je regarde également les matches de foot d’équipes helvétiques que je suivais avec mon père dans mon enfance. Les Young-Boys de Berne qui ont écrasé Tirana sont particulièrement bons. Mais je ne suis plus un young boy : just an old boy qui macère dans sa solitude et dans sa nostalgie d’un Paris qui n’existe plus.

La suite demain

De l’Atlantique à l’Oural…

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Le siège de la CEDH à Strasbourg © SAUTIER PHILIPPE/SIPA Numéro de reportage: 00577812_000003.

Cour de Justice de l’Union Européenne et Cour Européenne des Droits de l’Homme : ne faites plus l’amalgame!


Parcourant distraitement les commentaires (haineux, forcément haineux) qui suivaient un article d’un site de désinformation, je suis tombée sur la contribution d’un quidam qui affirmait sans ambages que la Cour Européenne des Droits de l’Homme n’était, à vrai dire, pas si européenne que ça.

De quoi, de quoi ! Mais, la perfidie de ces fachosphéristes n’aura donc jamais de limite. Notre belle Europe victime d’un nouveau minotaure ! Là, je dis stop. Mais bon ! « facho mais pas faux », renseignements pris, toutes mes excuses à ce lecteur mieux informé que moi.

47 États sont dans un bateau…

Effectivement, contrairement à la Cour de Justice de l’Union Européenne (attention ne pas confondre), la Cour Européenne des Droits de l’Homme n’est pas une juridiction de l’Union européenne mais du Conseil de l’Europe. 

Pour mémoire, le Conseil de l’Europe, institué par le traité de Londres du 5 mai 1949, est une organisation intergouvernementale qui a pour objectif de « favoriser l’émergence d’un espace démocratique et juridique commun et de favoriser la prise de conscience et la mise en valeur de l’identité culturelle de l’Europe et de sa diversité. »

A lire ensuite, l’ouvreuse: Roule, Britannia!

Et la Cour Européenne des Droits de l’homme est chargée, par le Conseil de l’Europe, de veiller au respect de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales par les… 47 États qui l’ont ratifiée. Oui, pas 27, ni 26, 47. Et dans les 20 de rab : la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Albanie, la Russie… 

Dans le (très chic) palais strasbourgeois des droits de l’homme, conçu par l’architecte britannique Lord Richard Rogers, 47 juges, un par pays signataire (c’est comme au foot, Andorre et France même nombre de joueurs sur le terrain) et 650 agents du greffe veillent au respect des droits de l’homme de 820 millions d’Européens… au sens large. Le budget annuel de fonctionnement, sans les frais relatifs au bâtiment et à l’infrastructure, de « ce machin » s’élève à 73 333 300 €. 

Le droit suprational

En 2019, sur les 40 667 requêtes, 9 257 émanaient de justiciables turcs, 15 071 de justiciables russes, 509 de justiciables français, 10 de justiciables monégastes (quand même) et 1 d’un ou d’une justiciable du Liechtenstein (vous m’en direz tant).

En saisissant cette instance, ces personnes physiques ou organisations non gouvernementales ou groupe de particuliers avaient décidé de vouer leur salut à ce nouveau saint, parce qu’ils estimaient être « personnellement et directement affectés par un acte imputable à leur État ». 

Le général de Gaulle n’a jamais vraiment reconnu la compétence de la Cour Européenne. Pour lui, dans un État démocratique aucune institution ne saurait se placer au-dessus du peuple : « En France, la seule Cour suprême, c’est le peuple français. »

À méditer à un moment où quelques « officines » sévissant sur notre sol et désormais menacées de dissolution ne manqueront pas d’essayer d’infléchir les décisions, plus ou moins énergiques, prises à leur endroit.

La double vie d’Angela Merkel

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Angela Merkel en conférence de presse le 28 octobre 2020 à Berlin. © Action Press/Shutterstock/SIPA, Numéro de reportage : Shutterstock40801674_000004

La chancelière allemande est un véritable animal politique avec deux personnalités. Celle d’une femme qui ne transige pas avec ses valeurs, et celle d’une dirigeante pragmatique qui défend coûte que coûte les intérêts allemands. Portrait.


À la fin du mois de septembre dernier, alors que Recep Tayyip Erdogan défiait la Grèce en mer Méditerranée, que l’Azerbaïdjan et l’Arménie s’enfonçaient dans une guerre de plus en plus meurtrière et que l’Union Européenne s’était retrouvée devant la menace de deux de ses états-membres, la Hongrie et la Pologne, de bloquer la ratification du plan de sauvetage économique à 750 milliards d’euros, Angela Merkel s’est précipitée au chevet du célèbre youtubeur et opposant politique russe Alexeï Navalny. Qui se remettait dans un hôpital berlinois après le terrible empoissonnement présumé des services secrets de son pays.

Cette rencontre privée, loin des caméras et en dépit des crises politiques majeures avec un citoyen russe qui irrite au plus grand point l’un de ses partenaires principaux sur la scène internationale résume parfaitement la personnalité de la chancelière allemande. Plus précisément sa double personnalité. Celle qui lui a valu le surnom de « la dame de fer au grand cœur » par les journalistes. Celle qui a fait d’elle, depuis quinze ans déjà, la femme la plus puissante de la planète et très probablement, LA personnalité politique de ce début de 21ème siècle.

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Née à Hambourg, elle a grandi dans une banlieue de Berlin-Est. Petite-fille d’un émigré polonais catholique converti au protestantisme et fille d’un pasteur qui travaillait dans un pays communiste, la jeune Angela Kasner n’avait pas d’autre choix que de développer très tôt un double cerveau. L’un pour sa famille dont une partie continuait vivre de l’autre côté  du mur, l’autre pour le régime de son pays et la Stasi, le service secret de RDA, qui ne pouvait pas rester indifférent à l’histoire de cette famille.

L’Allemagne réunifiée avait besoin d’un leader politique qui connaissait l’Est et l’Ouest

Le jour de la chute du mur de Berlin, elle est allée au sauna avec une amie, comme à son habitude tous les jeudis soir. Il en aurait fallu beaucoup plus pour impressionner la physicienne, passionnée par la langue russe et Dostoïevski. Et puis elle s’est lancée en politique dans l’Allemagne réunifiée, mais méfiante de ses deux moitiés, séparées depuis plusieurs décennies. Le pays avait besoin de quelqu’un comme Merkel et sa dualité culturelle pour que les Ossis et Wessis puissent se reconnaitre les uns les autres. Faut-il s’étonner que durant les longues années de son mandat au sommet du pouvoir, la chef des démocrates-chrétiens se soit trouvée à gouverner à la tête d’une coalition avec ses rivaux politiques les plus virulents ?

Sa posture de maitresse d’école qui ne hausse jamais la voix et use de son autorité naturelle pour imposer ses points de vue (et distribuer les bonnes et les mauvaises notes) lui permet de ne pas uniquement faire la loi dans son pays, mais également d’assurer le leadership sur la scène européenne et dans la relation avec les premières puissances mondiales. Mais derrière Angela l’infatigable défenseuse des Droits de l’Homme et de la rigueur budgétaire, se cache Merkel l’animal politique hors pair, capable du pragmatisme et d’indulgence vis avis des régimes les plus autoritaires. Chaque fois que les intérêts de son pays et sa réussite politique sont en jeu.

Pragmatique dans les relations internationales

L’ex-président des Etats-Unis Barack Obama l’a qualifié  d’ «une partenaire extraordinaire », « prête à se battre pour ses valeurs ». Merkel en effet a été d’une loyauté précieuse à l’égard du président américain grand promoteur de la politique de libre-échange et des valeurs progressistes. Lequel a loué la gestion exemplaire de la chancelière de la crise des réfugiés syriens accueillis généreusement sur le sol allemand, et a bien profité de son soutien pour imposer de lourdes sanctions à la Russie après l’annexion par celle-ci de la Crimée en 2014. Pendant ce temps Merkel a surtout veillé à l’évolution de son excédent commercial aux États-Unis et dans le monde entier. En 2016, la dernière année du règne d’Obama, cet indicateur a atteint le record historique de 252,9 milliard d’euros.

Et quand Donald Trump découvre furieux ce bilan comptable, inacceptable à ses yeux pour l’Amérique, Merkel ne s’éternise pas pour attendre les contre-mesures du président-protectionniste et se tourne vers la Chine et la Russie. Pour bien équilibrer les éventuelles pertes économiques sur le front américain.

En 2019 Merkel pense déjà au deuxième semestre de l’année 2020, celui de la présidence de l’Allemagne au Conseil de l’Union Européenne pour signer un accord stratégique sur les investissements (CAI) entre l’UE et la Chine. La vague de pandémie importée entretemps par l’éventuel partenaire asiatique aurait pu brouiller cette perspective. Certains pays européens dont la France ont même annoncé l’arrêt progressif de la coopération avec Huawei sur la 5G. Pas Merkel. Et surtout, les discussions sur le grand accord se poursuivent et l’objectif de sa signature avant la fin de cette année reste valable.

Angela « la Russe » prend le soin de rétablir la bonne entente avec son vieux compagnon de route Vladimir Poutine. En 2018, les deux chefs d’états se sont engagés dans un partenariat historique sur la construction du gazoduc Nord Stream 2. Celui-ci laissera à la Russie fournir 40% du gaz consommé en Allemagne. Une dépendance qui ressemble bien à une promesse de fidélité faite dans une salle de mariage.

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D’ailleurs, Alexeï Navalny n’était pas encore sorti du coma quand Merkel a porté une précision importante : son gouvernement a bien l’intention d’achever la construction du nouveau gazoduc avec le pouvoir russe. L’opposition social-démocrate n’a pas trop contesté cette annonce. L’Allemagne a ce luxe d’avoir deux chancelières pour le prix d’une.