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Bonjour les enfants


En attendant la réouverture des salles de cinéma, on peut toujours étancher sa soif de cinéma avec des DVD et Blu-ray: les éditeurs en profitent pour exhumer quelques pépites. Aujourd’hui L’enfer des anges, de Christian-Jaque, est à voir dans une superbe version éditée par Pathé. Un film qui cultive avec efficacité une veine sociale jamais complaisante.


On peut toujours rêver : un jour viendra peut-être où l’on sortira Christian-Jaque de l’ornière où la Nouvelle Vague l’a fait injustement tomber. Il suffit de voir ou de revoir ce film rare, et cette fois dans une superbe version restaurée, pour se dire que décidément, c’était un vrai cinéaste, y compris à travers des intentions de mise en scène souvent habiles et inspirées.

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Couverture du film "L'enfer des anges", éditée par Pathé.©Pathé
Couverture du film « L’enfer des anges », éditée par Pathé.©Pathé

L’exceptionnel Jean Tissier dans le rôle du salaud

L’Enfer des anges, sorti en 1941, fait partie d’une trilogie informelle sur l’enfance dont les merveilleux L’Assassinat du père Noël et Les Disparus de Saint-Agil constituent, dans un registre moins dramatique, les deux autres volets. Et puis il y a l’exceptionnel Jean Tissier pour une fois dans le rôle de salaud intégral : il implique de pauvres ados de la zone parisienne dans un trafic de drogue tout en gardant pour sa part les mains propres. Le film cultive avec efficacité une veine sociale jamais complaisante. Comme La Belle Équipe de Duvivier, il comporte deux fins, que cette très belle édition permet de découvrir.

L'enfer des Anges [Édition Collector Blu-Ray + DVD]

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L’Être humain, bien mieux qu’un arbre et bien mieux qu’un écran

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Seule la présence physique apaise ou guérit


Il fut un temps où certains écrivaient sur l’énergie des arbres, l’énergie que les hommes pouvaient sentir en s’approchant des arbres, et recueillir en s’appuyant sur eux. Le Covid et internet m’ont fait découvrir que la meilleure énergie que nous pouvons recueillir, c’est pourtant, bien mieux que celle des arbres, celle qui vient de nos semblables, que nos frères humains nous communiquent. Je ne le prouve pas par stricte voie expérimentale mais j’accumule les preuves.

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Comment le Covid et la vie digitale nous ont-ils fait comprendre cela ? Par la séparation des hommes que l’épidémie a provoquée et par le type de liens de substitution qu’Internet a proposés. Nous avons vécu jusqu’à plus soif le corps numérique de remplacement : les liens démultipliés des réunions sur écran permettant, entre humains, entre amis, entre parents, entre collègues, entre étudiants ou élèves et professeurs, entre partenaires divers ou inconnus, d’échanger des informations : verbales, factuelles, commerciales, techniques, futiles, spirituelles même, des informations transférables, des informations informantes, des informations locales ou mondiales. Bref d’un point de vue utilitaire, le corps numérique de remplacement a fonctionné, il a rempli son rôle. Sauf que.

L’énergie bienfaisante des corps

Nous sortions épuisés de ces longues séances digitales. Nous nous sommes rendus compte que ces séances, suivies confortablement de chez nous, au milieu de nos meubles, ou de notre bureau, sans avoir à se déplacer, sans avoir à affronter les foules et la fatigue des transports, quand même, nous épuisaient, nous laissaient sans force. 

Parce que bien plus encore que les arbres, ce sont nos semblables qui nous fournissent la meilleure énergie. C’est au contact de nos frères humains que nous nous rechargeons, que nous accumulons ce qui nous fournit l’énergie de vivre ; mais c’est de contact physique qu’il s’agit : visuel, auditif, olfactif, tactile, gustatif, au contact les uns des autres par les cinq sens réunis ; réunion qui seule génère en plus le contact psychique et spirituel. Nous sortions épuisés psychiquement, spirituellement et même corporellement de ces séances numériques ; et à force de nous étonner de cette fatigue impromptue nous avons fini par comprendre que c’est parce que, si nous recevions de derrière l’écran des informations, nous n’avions plus l’énergie bienfaisante des corps.

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Je pense aux vieillards isolés dans les Ehpad à qui l’on tendait des tablettes numériques dans lesquelles leurs enfants parlaient en souriant. Ils rendaient pourtant l’objet sans un regard. Sans comprendre. Ne voyaient rien du réel dans le substitut. Comme les petits enfants qui ne voient pas la mère dans l’écran.    

J’accumule les preuves. Le charisme est physique. Tient au regard, à la force visible, à une certaine façon d’être, de marcher, de parler, qui ne tient pas qu’au volume. Qui peut tenir à peu, mais physique, corporel, visible, perceptible. La force du saint, dit Rimbaud dans les Illuminations. Celui qui par sa seule présence guérit. Le simple médecin parfois, ou la mère aimante qui s’occupe de l’enfant malade, le soigne, comme elle dit.

On a besoin d’échanges non verbaux aussi

Je me souviens des poignées de main qu’on se donnait (on disait qu’on les échangeait) et qui disait tant de l’autre ; on se donnait une information physique et on se transmettait quelque chose qu’on appelait volontiers un fluide.

Je pense au nourrisson de quelques mois, à l’intensité des échanges non verbaux qu’il a avec l’adulte qui le regarde en souriant. Je pense aux couples qui avant de dormir trouvent dans l’enlacement de quoi revivre. Je pense là au contact amoureux avec ou sans étreinte. À l’inverse, une rencontre sexuelle qui n’est pas préparée par cet échange d’énergie, cette préparation de l’âme et de l’esprit tout autant que du corps, n’est qu’une pornographie sèche ; c’est de cela qu’il s’agit dans le sexe sans amour.

Le corps soignant. Le médecin médicament de Balint. Le chamane. Le corps thaumaturge du roi qui guérissait les écrouelles. Ceux qui ont des dons de guérison, certains disent des pouvoirs, moi je dis qu’ils existent probablement mais qu’il vaut mieux se méfier d’où ils viennent, du ciel ou des enfers.

L’illusion du monde des écrans

La discussion avec l’ami, la discussion pleine d’entrain et d’échanges, qui vous requinque dans l’adversité, qui dilate votre cœur dans les bons moments. L’amitié qui ainsi se tisse.

L’énergie que l’on ressent au contact de l’autre. Ou que l’on ne sent plus. Qui s’est éteinte.

La joie d’être ensemble, à beaucoup. La joie dilatée que procure le chant choral. Celle de la prière en commun. Ailleurs, la ferveur des supporters, les chants eux aussi (Flower of Scotland à Murrayfield, Swing low Sweet chariots à Twickenham…). Bien sûr, qui dit stade, dit aussi Nuremberg ; cette force immense détournée.

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J’accumule des preuves. Jamais l’écran ne transmettra cette énergie que les humains retirent de leurs semblables. Quand ils se croisent, se regardent, se frôlent et se touchent, se parlent avec des vrais phonèmes faits de souffle et de modulations et appuyé de tout ce langage non verbal, que l’écran abrase et voile, sinon cache. Les humains marchent à l’humain comme les fourmis qui travaillent se rechargent en se touchant les antennes. Sans le prouver mais en accumulant quand même les preuves, bien sûr que les humains dans leur fourmilière ne font jamais rien de mieux entre eux que de se prendre les mains, les yeux et de se dire des choses de toutes les façons possibles, qui sont la voix et les yeux et tout le reste.

Voilà pour quoi, on est épuisé quand on a juste, pour se recharger, que des écrans à regarder et à entendre. Et la source de cet épuisement est l’illusion trompeuse du monde tout numérique : l’alternative sanitaire et utilitaire au monde tout humain où les humains se voient, se touchent, s’informent, se soutiennent en se servant pour cela de leur corps physique en personne.

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Je me sens bien seul

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Le billet du vaurien


La mort ne me fait pas peur. Le Covid-19 m’indiffère. Je n’ai jamais été pacifiste. Les migrants me font honte et l’islam m’inspire une sainte horreur. Depuis mon enfance, j’entends dire qu’il faut être charitable et aider les Africains à sortir de leur misère. Et, en aucun cas, faire preuve de racisme, d’homophobie ou d’un quelconque préjugé vis-à-vis des formes de sexualité « déviante ». Il faudrait même célébrer Noël en famille et se réjouir que nos gouvernants nous maternent en prenant des dispositions qui pourraient sembler liberticides à de mauvais esprits, mais c’est pour notre bien. Cette bienveillance universelle a quelque chose de louche et, autant l’avouer tout de suite, elle me donne envie de vomir. Je n’ai jamais demandé à qui que ce soit de prendre soin de moi et moins encore de dicter ma conduite ou, pire encore, mes pensées.

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Et me voici embarqué dans un monde où, parce que je fais partie des personnes vulnérables, on me recommande de demeurer confiné, de me protéger en portant un masque et de me tenir à une respectable distance de mes semblables. Je ne vois d’ailleurs même pas en quoi ils sont mes semblables : masqués, ils plébiscitent tout ce qui pourrait prolonger, voire sauver, leur misérable petite vie. Ils croyaient en Jésus, ils croient maintenant aux vaccins. Quand j’émets le moindre doute sur les mesures sanitaires, voire sur les bienfaits de la révolution numérique devenue un implacable instrument de contrôle des populations, je me demande si mes interlocuteurs ne me considèrent pas comme un vieux gâteux, voire comme un homme qui a profité de l’insouciance des années glorieuses et qui ne veut pas en payer le prix. Pourtant chacun est prêt, à se sacrifier pour moi : j’aurai même droit à une part de ma bûche de Noël dans la cuisine.

Chez votre marchand de journaux: Causeur: Trêve des confineurs!

Je me garde bien d’émettre le moindre doute sur la bienveillance de mes proches, mais je ne peux pas m’empêcher d’éprouver une certaine compassion pour des humains qui tiennent d’autant plus à leur vie qu’elle a perdu toute valeur. Je préférerais les voir danser au-dessus du volcan. Karl Marx disait que l’homme est l’ensemble des relations qu’il entretient avec ses semblables. Il appartenait au Vieux Monde. Lui donneriez-vous tort pour autant, vous qui êtes passé d’une confrontation de chacun contre chacun à un «  vivre-ensemble »d’autant plus hypocrite qu’il est purement virtuel? Je ne dirai pas que le Virus nous rend fous. Nous l’étions déjà. Mais il nous métamorphose en pauvres petits animaux apeurés. Inutile de préciser qu’il est une aubaine pour les gouvernants, les laboratoires pharmaceutiques et les mandarins de la médecine. À titre personnel, j’aurais préféré figurer parmi les quatre cent mille morts que nous annonçait Emmanuel Macron au cas où aucune mesure sanitaire ne serait prise ( chiffre par ailleurs nettement surévalué ) que d’assister à l’effondrement d’un art de vivre et, sans être devin, d’une civilisation.

MA VIE ET AUTRES TRAHISONS

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Pour un management moins humain


L’idée d’avoir un robot comme psy germe dans les esprits…


On ne sera guère étonné d’apprendre que 2020 aura été l’année la plus stressante pour les salariés à travers le monde. Une étude conduite dans 11 pays par Oracle, la multinationale américaine, un des leaders dans la technologie de l’information, et Workplace Intelligence, un cabinet de consultants en ressources humaines, révèle que 78 % des 12 000 personnes interrogées considèrent que la pandémie a eu un impact négatif sur leur santé mentale. Ce qui est plus surprenant, c’est que 82 % croient que l’intelligence artificielle est mieux à même de répondre à leurs besoins en termes de santé mentale que d’autres êtres humains. Aussi 68 % des salariés interrogés préféreraient-ils parler de leurs problèmes à un robot qu’à leur manager, tandis que 80 % sont tout à fait ouverts à l’idée d’avoir un robot comme psy.

Le management moderne aime se dire à visage humain

L’avantage des robothérapeutes est que ceux-ci ne portent pas de jugement sur le salarié et ne risquent pas de considérer l’aveu d’un problème de santé mentale comme une faiblesse. La gêne et la honte que nous pourrions ressentir devant un autre être humain nous sont épargnées quand nous nous confions à un chatbot ou « agent conversationnel », pur produit d’un algorithme. Déjà, en 1966, un programme informatique en langage naturel, Eliza, a été développé au célèbre Massachusetts Institute of Technology afin de simuler les échanges entre un psychothérapeute et son patient selon l’approche du grand psychologue de l’époque, Carl Rogers. Malgré les capacités linguistiques très limitées de ce programme et son manque total d’intelligence et d’empathie véritables, Eliza arrivait non seulement à maintenir des interactions avec des êtres humains, mais à en convaincre certains qu’il comprenait leur cas et éprouvait de la sympathie pour eux.

Le management moderne aime se dire à visage humain. Dommage : les salariés préfèrent un visage d’automate.

Se séparer? Quelle bonne idée!

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L’exécutif semble avoir relégué le terme séparatisme au placard. Demain, c’est un projet de loi « confortant les principes républicains » qui sera présenté en conseil des ministres. L’analyse de la philosophe Françoise Bonardel.


La chose est-elle vraiment si difficile à nommer qu’un projet de lutte contre les « séparatismes » soit finalement requalifié en loi « confortant la laïcité et les principes républicains » ? Le pluriel n’étant qu’un artifice pour ne pas avoir l’air de cibler d’entrée l’ambition islamique de créer un État dans l’État avant de planter, sur les ruines de la République, l’étendard de la charia. L’abandon pur et simple du mot « séparatisme » confirme ce repli, qu’on espère stratégique. Mais au profit de qui ? De la République bien sûr affirment les politiques qui refusent de voir qu’elle a perdu l’autorité qui, il y a quelques décennies, la faisait à ce point respecter qu’il n’était pas nécessaire de légiférer pour la protéger. Nous n’en sommes plus là et le mot « séparatisme » est aussi, il faut bien le reconnaître, chargé de trop d’ambiguïtés pour être fédérateur, et de trop d’affects comme tout ce qui touche à la séparation. 

Les islamistes veulent séparer le pur et l’impur

Quoi de commun d’ailleurs entre la séparation qui comme l’apartheid isole, discrimine et ghettoïse, et celle qui libère et autonomise ? Lutter pour son indépendance, à titre individuel ou collectif, n’est pas pratiquer le « séparatisme » aujourd’hui reproché aux islamistes radicaux qui ne se contentent pas de vivre de manière pacifique en marge de la société comme le font d’autres communautés dont l’existence passe inaperçue ; la République étant suffisamment généreuse pour abriter sous sa cape, telle la Madone de la miséricorde de Piero della Francesca, les réfractaires et les « marginaux » de tous bords qui sont légion et participent à leur manière à la vie collective. Marianne n’est-elle pas également parvenue à laïciser nombre des vertus chrétiennes après la séparation effective de l’Église catholique et de l’État français ? La vie est faite de ruptures, de compromis plus ou moins honorables et de réconciliations, mais il n’y aura pas, avec les islamistes, de retour des fils prodigues et de festin pour célébrer ces retrouvailles familiales.

La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004
La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
Numéro de reportage : 00986850_000004

Mieux vaudrait donc ne pas attendre une Saint Barthelemy pour réaliser pleinement qu’on a affaire à un projet de conquête planétaire et que le « séparatisme », qui offusque notre vision républicaine du « vivre ensemble », est aux yeux de ces intégristes une nécessité quasi théologique – séparer le pur de l’impur – qui est elle-même le prélude à une réunification des sociétés occidentales sous l’égide de l’Islam qui mettra fin au « séparatisme » comme au terrorisme. Que des attentats soient perpétrés dans les pays occidentaux est en effet le signe que l’islamisation qui rendrait de tels actes superflus n’est pas encore achevée. C’est pourquoi l’expression « Islam politique » est à la fois compréhensible en raison de la volonté affichée des islamistes de conquérir le pouvoir, et erronée puisque l’Islam radical veut abolir la politique telle que la conçoivent les démocraties occidentales pour installer à sa place la loi de Dieu par une application stricte de la charia. Ce projet foncièrement théocratique n’a donc rien de « politique », même s’il se sert des institutions en place – du vote démocratique et de la protection de la République en particulier  – pour parvenir à ses fins. 

Le catéchisme républicain ne suffit plus

Toutes les mesures prises pour endiguer, contrer, rendre impossible le « séparatisme » islamique seront certes les bienvenues, mais aucune ne pourra contraindre ceux dont le projet politico-religieux est par nature impérialiste à respecter et à aimer la République. Notre aveuglément est là : dans le fait de considérer l’islamisme comme une errance, une déviance par rapport au véritable Islam – religion de paix comme le savent tous les peuples qui en ont subi le joug ! – et de faire éperdument confiance aux valeurs laïques et républicaines quant à la rééducation les déviants, des délinquants qui un jour nous remercieront de les avoir remis sur le droit chemin républicain. Certains d’entre eux sans aucun doute, mais les autres, l’immense majorité des autres qui, parmi les jeunes musulmans, placent depuis peu les lois coraniques au-dessus de celles de la République ? Comment peut-on encore faire crédit à ce catéchisme républicain inefficace, et bafoué par des actes de barbarie devenus quotidiens ?

La manière dont on parle communément de la « radicalisation » est d’ailleurs représentative de cette psychologie hygiéniste qui, s’exerçant pour la bonne cause, n’aurait bien sûr rien à voir avec certaines rééducations totalitaires de triste mémoire.  Il s’agirait simplement de soigner une maladie, curable dans la plupart des cas grâce à une bonne hygiène de vie républicaine qui s’accommode en la circonstance d’exercer son influence sur des esprits qu’elle juge par ailleurs faibles et influençables. Que dire d’autre, il est vrai, sinon que couper des têtes n’est effectivement pas un projet de vie « normal », mais que la santé mentale ne consiste pas non plus dans l’omission des différences irréductibles entre les groupes humains quant à la manière dont ils entendent vivre en commun. Or, notre obsession de l’entente cordiale à tout prix est si forte que nous ne voulons plus reconnaître l’incompatibilité de certains de ces projets, comme si les plus barbares d’entre eux n’étaient que la déviance pathologique de ceux que nous jugeons sains. Les sociétés postmodernes ne supportent l’altérité qu’après en avoir gommé les aspérités ! Les vertus réconciliatrices que nous prêtons à nos principes et institutions nous égarent, et font finalement le jeu de ceux qui ne cachent ni leur haine ni leur volonté de nous détruire ou de nous convertir. Arrêtons donc de tenir un langage de psychologues compréhensifs, d’éducateurs sociaux compatissants envers ceux qui se présentent ouvertement comme nos ennemis, et qui ne veulent à aucun prix changer de mode de vie.

La “mystique républicaine” chère à Péguy

Le glissement du projet de loi initial concernant le « séparatisme » vers l’adoption consensuelle des valeurs de la laïcité et de la République est donc à la fois réconfortant et  consternant. Réconfortant dans la mesure où il donne l’impression que la République « tient bon » face à ses ennemis, qu’elle défendra ses fondements et ses acquis en se dotant d’un arsenal juridique à la hauteur du fléau qu’elle entend combattre. À quoi bon une nouvelle loi sans cela ? Mais consternant car ce durcissement affiché révèle aussi la fragilité psychique du corps politique et social qui recourt à la loi parce qu’il désespère d’être respecté et aimé, et qu’il ne se remet pas d’avoir offert ce qu’il pensait posséder de meilleur – l’école de la République par exemple – et de ne recevoir en retour que des coups bas et des menaces de mort. Une odeur de trahison flotte dans l’air, que durent respirer les Troyens lorsqu’ils découvrirent dans leurs murs le cheval qui allait précipiter leur perte. On a donc raison de vouloir lutter contre le « séparatisme », mais à condition de surveiller aussi la solidité des murs de nos cités sans avoir à éprouver de honte pour ce geste lui aussi « séparateur ». 

Sylvain Tesson a donc parfaitement raison de rappeler que « la laïcité et la liberté d’expression, certes, cela vaut le coup, mais cela ne suffit pas. »[tooltips content= »Le Point du 10/11/2020. Propos recueillis par Sébastien Le Fol et Saïd Mahrane. »](1)[/tooltips] Mais qui peut dire aujourd’hui ce qui « suffirait », et en vue de quoi ? Si les démocraties occidentales sont à ce point en crise, c’est bien qu’elles ne réussissent plus à trouver en elles ce qui rendrait ce qu’elles incarnent audible et surtout « aimable » : quelque chose du même ordre sans doute que ce que Charles Péguy nommait « mystique républicaine »[tooltips content= »Dans Notre jeunesse en particulier : Mystique et politique, Paris, Robert Laffont (coll. « Bouquins »), 2015. »](2)[/tooltips], et dont il n’a jamais donné une définition précise hormis en l’opposant à la politique et en se disant prêt à mourir pour elle, ce qui n’est pas rien. Quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à ce que Tesson trouve encore dans ses voyages : une aventure à hauteur d’homme, sans décapitations ni prêchi-prêcha laïc et républicain. Mais on ne légifère pas en matière d’affects, et aucune loi ne pourra jamais susciter l’élan d’adhésion et d’amour qui dissuaderait certains d’entrer en guerre contre la République. 

Si la lutte contre le séparatisme se révèle être un moindre mal, ce serait un plus grand bien encore de prendre l’initiative d’une séparation qui mettrait un terme à la régression intellectuelle et culturelle qui nous est collectivement imposée. N’avons-nous pas mieux à faire que de consacrer tant de temps, d’énergie et d’argent pour tenter de préserver l’ordre républicain, et convaincre de la qualité de notre mode de vie ceux qui ont décidé de vivre différemment mais surtout pas ailleurs, là où les conditions de vie seraient pour eux plus précaires ? Il serait grand temps que les peuples européens, et tous ceux qui sont dans le monde victimes de la propagande islamique, retrouvent le fil de leur propre histoire et puissent vivre en paix avec ceux des musulmans qui souhaitent sincèrement s’y intégrer.

Notre jeunesse

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Mon Dumas

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Le 5 décembre 1870, Alexandre Dumas mourait près de Dieppe — au moment même où l’armée française abandonnait Rouen aux Prussiens et se repliait savamment au Havre.
Les Trois mousquetaires est le premier roman un peu long que j’ai lu — vers 8 ans. Et que j’ai relu depuis au moins une fois par an.

L’attitude des universitaires envers Dumas a été globalement dégueulasse. Sous prétexte qu’il eut, pour certains de ses romans, quelques nègres qui lui préparaient la besogne, il est rejeté des études universitaires. On le prend en considération, à la rigueur, dans le cadre de thèses sur le roman feuilleton, ce sous-genre où s’illustrèrent quand même Balzac ou Zola. Serial writer, probablement.

Puis j’ai lu Vingt ans après, déjà bien plus sombre, que je n’ai vraiment compris que lorsque moi-même j’ai eu quarante ans (c’est l’âge de D’Artagnan dans cette suite) et que les amis autour de moi ont commencé à disparaître.

Puis Bragelonne.

« C’est très Vingt ans après ! » avait coutume de dire Proust pour expliquer la fuite du temps. « Pis encore ! renchérissait Lucien Daudet, c’est très Bragelonne ! »

J’ai fait une hypothèse sur la création des quatre mousquetaires : ils sont la réfraction, chacun dans son domaine, du père d’Alexandre, le général Dumas. D’Artagnan lui emprunte son habileté aux armes, Aramis sa force de séduction, Athos sa noblesse, et Porthos son physique de géant.

À lire aussi, du même auteur: Victor Hugo était un con

Ce qui explique l’anecdote suivante…

Dumas écrivait le plus souvent directement dans les locaux des journaux qui l’éditaient. Il arrivait après le spectacle, après le souper, vers minuit, saisissait les feuilles qu’avait noircies Auguste Maquet dans son travail préparatoire, et s’enfermait seul dans un bureau, pendant que les protes de l’imprimerie, au rez-de-chaussée, attendaient la copie. Seul, car il se déshabillait pour écrire — et comme plus tard Hemingway, il écrivait debout. Une nuit, Maquet, qui attendait à la porte pour porter d’urgence la copie aux imprimeurs (le feuilleton était imprimé sur la dernière page, solidaire de la première, pas de journal fini sans lui), ne voit rien sortir. Vers deux heures et demie, il hasarde trois coups, d’un index timide, sur la porte, et n’a pour réponse qu’un grognement d’ours mal léché. Une heure plus tard enfin, Dumas paraît — en chemise, une épaisse liasse à la main, ses beaux yeux bleus pleins de larmes.

« Mais Alexandre… Mais que se passe-t-il ? »

Et Dumas, en lui tendant sa copie du jour, lui répond : « J’ai dû faire mourir Porthos. » (chapitre CCLVI). Une amie proche, quelque peu journaliste, m’a confié que comme moi, elle ne peut lire ce passage — ni, plus loin, la mort d’Athos — sans avoir les larmes aux yeux.

J’ai une théorie personnelle sur ce qui fait écrire…

>>> Lisez la fin de cet article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Alexandre Dumas ou les Aventures d'un romancier

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Hold-up: le sens d’une absurdité


C’est entendu, ce documentaire est un tissu d’âneries conspirationnistes. Toutefois, on a le droit de regretter qu’il soit désormais censuré par les grandes plates-formes. Et le devoir de s’interroger sur les raisons de son succès. 


Le 25 octobre, un ancien secrétaire général du gouvernorat de la Cité du Vatican et nonce apostolique à Washington, le cardinal Carlo Maria Viganò, a écrit à Donald Trump pour l’avertir de l’existence d’un complot mondial : la « Grande Réinitialisation », ou « Great Reset » en anglais, viserait l’asservissement de la plupart des habitants de la terre à une élite incarnant les forces du Mal. La présentation de cette lettre constitue la dernière séquence du film documentaire, Hold-up : retour sur un chaos qui, sous prétexte d’aborder les défaillances dans la gestion de la crise pandémique, livre le récit d’une conspiration sinistre. La lettre de Son Éminence, aujourd’hui âgé de 79 ans et visiblement obsédé par l’imminence d’une apocalypse biblique, est affichée à l’écran tandis que, sur un fond sonore dramatique, des extraits sont lus par une voix off soulignant la fiabilité du jugement cardinalesque et suggérant qu’il est urgent de faire quelque chose, sans préciser quoi. C’est ainsi que le film exploite des critiques sans doute légitimes de nos institutions gouvernementales et scientifiques pour étayer la thèse selon laquelle le confinement et le Covid lui-même font partie d’un grand projet du Forum économique mondial pour exterminer une partie de la population de la terre, jugée inutile, et réduire le reste en esclavage. Cette théorie circulait déjà depuis un certain temps sur les réseaux sociaux où elle avait tendance à fusionner avec la thèse du célèbre QAnon, selon laquelle Donald Trump mènerait une guerre clandestine contre un réseau global de pédophiles sataniques. C’est d’ailleurs le 30 octobre, quand le « Q » qui serait à l’origine de cette théorie a relayé la lettre du cardinal à ses propres disciples, que la Toile s’est enflammée, faisant de Son Éminence le saint patron des internautes paranoïaques. Nous pouvons rendre grâce à Hold-up pour une chose : cette rencontre entre scepticisme légitime et délire conspirationniste constitue désormais un cas d’école en trois leçons.

La nostalgie de l’autorité

Le succès – véritable succès de scandale – du film, sorti le 11 novembre, a été impressionnant. En à peine quelques heures, Hold-up cumulait un nombre record de vues sur les plates-formes de streaming, affichant une exposition potentielle de plus de 8 millions de personnes. L’engouement pour ce type de récit, qui fait contrepoids au discours officiel, est tout à fait typique de cette démocratisation de la parole sur internet, qui permet au quidam de s’ériger en expert et de répandre ses propres opinions au nez et à la barbe des médias conventionnels, des spécialistes scientifiques et des représentants de l’État.

Le complotisme est une forme exacerbée de ces fake news dont la circulation inquiète depuis au moins cinq ans. De manière prévisible, des équipes de « Fact Checkers » se sont ruées sur Hold-up pour colmater les brèches dans l’objectivité de l’infosphère, celle de Libération épinglant les « dix contre-vérités » du film. Et tant mieux. Mais protéger l’intégrité de la « vérité » à notre époque est hasardeux. Dans une fine analyse, Stéphane Fouks souligne les risques, en temps de pandémie, d’une communication archaïque, « verticale, martiale et viriliste », qui essaie de dompter le chaos en surjouant l’autoritarisme étatique[tooltips content= »Stéphane Fouks, La Pandémie médiatique, Plon, 2020. »](1)[/tooltips]. Aujourd’hui, mater l’anarchie informationnelle, c’est alimenter l’esprit de révolte.

@ D.R.
@ D.R.

Censure : de l’huile sur le feu

Difficile désormais de visionner Hold-up qui a été retiré des plates-formes de streaming comme Vimeo ou des sites d’hébergement de vidéos tels que YouTube. Les dénonciations du faux documentaire qui ont fleuri de toutes parts ont conduit à sa suppression. Les dirigeants des médias sociaux ont de nouveau assumé leur rôle de tribunal moral de grande instance. Pourtant, répondre au complotisme par la censure promet à ce dernier de beaux jours. Car une des caractéristiques de la mentalité conspirationniste est une forme de raisonnement circulaire où l’absence de preuves constitue une preuve et le bannissement d’une idée absurde démontre sa crédibilité. Pour les complotistes, le monde est divisé entre les « éveillés », ceux qui ont tout compris, et les autres, les naïfs, les victimes prédestinées. Dans le jargon actuel, ceux qui refusent de croire sont des « sheeple », un mélange de « gens » (people) et « moutons » (sheep). Paradoxalement, les éveillés sont eux aussi des victimes, car l’élite derrière le complot tente justement de les faire taire. Supprimer leurs idées n’est donc qu’une preuve supplémentaire de la réalité du complot. À l’heure où l’on souligne l’importance de la liberté d’expression pour la démocratie, il faut rappeler que cette liberté permet non seulement aux bonnes idées de convaincre, mais aussi aux mauvaises de se couvrir de ridicule.

Voyage aller-retour en Absurdie

Le complotisme représente un point d’intersection entre la psychologie et la politique. Si nous l’associons à la paranoïa, c’est que celle-ci correspond à une insuffisance dans notre capacité à interpréter le monde. Le cerveau humain déteste l’ambiguïté. Il préfère des certitudes, même simplistes, même sinistres[tooltips content= »Daniel Freeman, Jason freeman, Paranoia: the 21st Century Fear, Oxford University Press, 2008. »](2)[/tooltips]. Le complotiste peut accepter la coexistence de plusieurs conspirations contradictoires. Hold-up nous apprend que la pandémie est une illusion, créée pour nous priver de nos libertés, et en même temps une véritable arme biologique inventée pour nous tuer. La simplicité des explications prime sur leur cohérence. Le complotisme fait rage quand la complexité du monde devient inquiétante, quand il y a en quelque sorte une panne générale de sens. Le sociologue Christian Morel parle de situations où les décisions absurdes prolifèrent à cause d’une « perte de sens ». Incapables de formuler des objectifs clairs et convaincants, les hommes se réfugient dans l’action pour l’action ; ils font « de la technique » et non « de la politique[tooltips content= »Les Décisions absurdes, Gallimard, 2002. »](3)[/tooltips] ». Cette aporie semble bien caractériser au moins une partie du comportement de nos gouvernements occidentaux. L’État fera reculer l’absurdité simpliste du complotisme non en censurant celui-ci, mais en démontrant par sa propre action que personne n’en a vraiment besoin.

La pandémie médiatique

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Paranoia: The 21st Century Fear (English Edition)

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Petite philosophie du selfie

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Du doute méthodique de Descartes à l’incertitude existentielle du moderne


« Quand les protestants et les libres-penseurs s’insurgent contre la confession auriculaire, ils ignorent qu’ils n’en rejettent point l’idée, mais seulement la forme extérieure. Ils refusent de se confesser au prêtre tout en se confessant à eux-mêmes, à leurs amis, à la foule » (Oswald Spengler, Le déclin de l’Occident, 1918)

On ne me contestera pas, j’espère, l’actualité de cette observation : les confessions planétaires croissent et se multiplient, à mesure que, symétriquement, l’auriculaire dépérit. Les rentrées « littéraires » sont colonisées de manière grandissante par les récits autofictionnels ; quant aux réseaux sociaux, hauts lieux du naturisme numérique, leur vitalité est tout bonnement exubérante. A l’autre extrémité du spectre, en revanche, les confessionnaux sont vides. 

A grands coups de stories, par liasses de confessions intimes, on livre à la planète entière ce qu’on ne consentirait pour rien au monde à confier à la seule oreille du prêtre de sa paroisse. Étonnant paradoxe donc, a priori, que cette passion moderne de l’épanchement, combinant déchaînement délicieux sur le net, et dégoût instinctif du confessionnal catholique, faisant office d’absolu repoussoir. Comment comprendre, décidément, cette apparente schizophrénie de l’exhibitionnisme 2.0 ?

L’insoutenable réserve ecclésiastique

La faute inamendable du prêtre, c’est qu’il n’applaudit pas. Comment l’époque le lui pardonnerait-elle ? Elle ne pratique pas la rémission des péchés. Car n’applaudir point, c’est à l’évidence lui manquer ; non véniellement, mais mortellement. Troubler de sa voix le chœur unanime des louangeurs modernes, c’est-à-dire introduire fielleusement une note discordante dans l’hymne joué inlassablement en l’honneur de toutes les fiertés de la Terre, est-il seulement un crime plus grave ?

On interprète généralement cette photomanie, et ses avatars selfiesques tout particulièrement, sous l’angle du narcissisme, c’est-à-dire d’un amour excessif porté à soi-même ; je voudrais précisément vous proposer une explication absolument inverse

Dans une modernité ne tolérant plus rien qu’elle-même à ses côtés (Philippe Muray) – ainsi qu’en témoigne le plaisir pris à convoquer le passé devant ses tribunaux, et à en instruire inlassablement le procès -, toute réprobation manifestée à son égard devient insoutenable par la contradiction qu’elle apporte. L’époque, et l’exhibitionniste numérique avec elle, ne veulent plus entendre, autour d’eux, qu’un concert d’assentiments donnés unanimement et sans réserves ; tout le reste, qui ne roule pas avec eux, est voué aux gémonies, dans l’attente impatiente de leur liquidation à venir.

Ô clergé catholique, ô survivance insupportable ! Tes confessionnaux sont vides ? C’est que ta voix dépare ! Que ne t’es-tu converti aux nouvelles Évangiles de l’esprit du temps ? Que n’as-tu accordé ton chant à la grande chorale des thuriféraires de la modernité ? Tout, dans la réserve que tu lui manifestes, te condamne évidemment ; car les zélotes contemporains sont priés d’être ardents. Ô Eglise de Rome, ô anachronisme invraisemblable ! Que n’apprends-tu à liker les confidences que l’on te fait ? Que t’acharnes-tu à soupeser la part de péchés qu’elles comportent ? Que n’ouvres-tu tes isoloirs à tous les vents, et ne lèves-tu ton pouce à tous les récits ? Ô prêtre, l’esprit critique dans lequel tu t’enfermes est un autre réduit tout aussi promis à disparaître que ces loges de bois dans lesquelles tu continues encore de recevoir les confessions

Mais d’où nous vient cet impérieux besoin de l’acquiescement d’autrui ? Et surtout, pourquoi sa nécessité intérieure ne cesse-t-elle de se renforcer dans une époque n’ayant pourtant de cesse de proclamer combien il importe d’en faire fi, pour s’accepter et s’affirmer dans la vérité pure de son être authentique ? 

Le doute affirmatif de Descartes

Dans son Discours de la méthode, Descartes écrivait : « enfin, considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons étant éveillés nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune pour lors qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et remarquant que cette vérité : Je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »

Nous n’en sommes plus là. Le doute de Descartes continue de nous parler ; mais les affirmations, ou les réaffirmations, auxquelles il le conduit, nous deviennent inaudibles. De son exercice, nous ne ressortons pas plein d’une assurance nouvelle ; mais saisis, au contraire, dans un état d’incertitude spectral et glacé.

Requiem pour un cogito

Pour le physicien et mathématicien français, l’exercice méthodique du doute commençait certes par mettre à nu et par saper jusqu’aux radiers des édifices philosophiques et spirituels, mais il ne se terminait jamais, pour ceux qu’il conservait, sans leur avoir redonné des assises plus épaisses et mieux fondées que celles sur lesquelles ils s’appuyaient précédemment. Les anciennes vérités qui survivaient à son examen devaient précisément en ressortir plus fermes et assurées qu’elles ne l’avaient abordé, telles des lames d’acier retrempées par leur immersion brutale dans les eaux glacées de leur possible évanescence. Par sa pratique, Descartes inventait un baptême dans l’ordre de l’esprit, un plongeon dans le nouveau Jourdain du Doute, ayant les mêmes vertus lustrales, et la même dynamique de mort puis de renaissance à une vie nouvelle et éternelle.

Telle n’est plus l’expérience que nous en faisons. En nous, un doute cosmique et ontologique continue certes de travailler, mais il ne débouche plus sur rien, il n’accouche plus d’aucune affirmation. Descartes, doutant de tout, y compris de sa propre existence, ressortait du bain gelé dans lequel il s’était lui-même immergé avec l’assurance ferme du cogito, ergo sum. Mais sur nous, cette certitude n’agit plus : l’homme du 21ème siècle peine de plus en plus à se convaincre de sa réalité ontologique. Suis-je ? se demande-t-il anxieusement ; et aucune réponse décisive ne lui vient. 

Les documentalistes de nos propres existences

La vie moderne tend à faire de nous les photos-reporters de nos propres vies. Grâce à nos téléphones portables – toujours à portée de main, sinon perpétuellement dégainés -, chacun peut en effet devenir, à défaut de héros, le cameraman de sa propre existence. C’est ainsi qu’on voit fleurir, dans la rue comme sur les réseaux, ces sortes de bourgeons terminaux de l’humanité que sont ces individus attachés à photographier, archiver et rapporter le moindre de leurs faits et gestes. 

Qui donc exige d’eux ce compte-rendu de leurs journées, détaillé jusqu’à l’absurde ? suis-je systématiquement amené à me demander. Auprès de quelle administration terriblement pointilleuse leur faut-il se justifier, minute par minute, voire seconde par seconde, du juste emploi de leur temps libre ? Prévoient-ils de présenter leurs clichés à St-Pierre, au cas où leur situation serait litigieuse – y a-t-il seulement, d’ailleurs, une cour d’appel au Purgatoire ? – Oui, décidément, pauvres serveurs informatiques, reconvertis en décharges numériques pour derniers hommes, contraints d’héberger la documentation pléthorique de leurs ultimes clignements d’yeux.

La numérisation de l’Être, dernière station avant sa disparition complète

On interprète généralement cette photomanie, et ses avatars selfiesques tout particulièrement, sous l’angle du narcissisme, c’est-à-dire d’un amour excessif porté à soi-même ; je voudrais précisément vous proposer une explication absolument inverse. Le frénétique du cliché n’est pas un infatué du Moi, c’est un anémié de l’Être ; il n’est pas obnubilé par la contemplation de son visage dans le miroir aqueux, il sent confusément la fragilité du reflet que lui renvoie sa glace. 

S’il mitraille tout ce qui bouge, et son visage au premier plan, c’est qu’il s’escrime désespérément à combattre le dépérissement de sa réalité par son archivage sous forme de mégapixels ; de ses images, il attend véritablement qu’elles le substantifient. Tel est l’état, pathétique certes, auquel il est réduit : sa propre existence lui fait l’effet d’un songe. Il se sent s’effilocher tel un nuage, se délitant par poignées cotonneuses. S’il photographie heure par heure sa journée, ce n’est donc pas par narcissisme, c’est pour apaiser une angoisse qui le ronge : la nuit venue, toutes ces activités, il ne sera plus bien sûr de ne les avoir pas rêvées. Pour le dire autrement, les images qu’il produit à la chaîne sont les preuves qu’il accumule en vue d’un procès en irréalité qu’il redoute qu’on lui intente, parce qu’à vrai dire, il ne se sent pas très sûr de le gagner. 

Ô, poussière d’homme, c’est en vain que tu t’essaies à remplumer ta carcasse existentielle avec la viande sans consistance de tes clichés ! Tu es pareil à ces temples de l’antique cité de Palmyre, qui ne subsistent plus que sous forme hologrammique. Eux aussi, il a fallu s’empresser de les imager en 3 dimensions ; car la numérisation de l’Être est la dernière station qui précède sa disparition complète. Tu vas bientôt t’évanouir, sans qu’une onde même ne vienne rider les eaux étales du monde ; tes photos sont l’infime remous par lesquelles tu espères signaler que tu fus un jour. Ô photo-reporter de ta propre vie, cela ne suffira pourtant pas…

L’ère du post-cogito : je poste, donc je suis. Mendicité ontologique et déficit d’Être

Tel est le post-cartésianisme moderne : un renversement des valeurs ; plus précisément, un bouleversement de la hiérarchie du certain. Le philosophe français, regardant par la fenêtre, pouvait se demander si les silhouettes qu’il voyait évoluer dans la rue n’étaient pas que des capes et des chapeaux juchés sur des ressorts ; son existence propre était attestée par l’interrogation même qui lui venait à l’esprit. Avec l’entrée dans le post-cogito, la configuration s’inverse douloureusement : la consistance d’autrui devient le fait établi ; la nôtre le point douteux. Nos ancêtres du 17ème siècle pouvaient exiger d’un tiers la preuve de sa réalité ; nous en sommes réduits à lui quémander quelque indice de la nôtre.  

Car oui, ne nous méprenons pas, notre pratique des réseaux sociaux est une mendicité ontologique ; on y part en quête des piécettes d’Être que nos semblables veulent bien nous jeter. Mais de ces richesses-ci, personne n’est opulent : la désertification spirituelle est un changement climatique qui n’a pas attendu 2050, et la famine des âmes qui en résulte ne méconnaît aucune bourse. La lutte pour l’existence ne se déroule plus désormais qu’entre miséreux ; aussi cette mendicité ne pourra-t-elle pas trouver à s’exercer encore bien longtemps. Déjà, l’on sent se profiler le cannibalisme ontologique qui lui succédera, bataille de spectres pour se dérober un peu d’Être, conflit entre statues incomplètes ne cessant de se chiper les unes les autres les membres qui leur manquent. Ici, je songe à la phrase de de Gaulle, commentant le conflit armé de 63 entre le Maroc et l’Algérie : « il fallait bien qu’ils essaient de se chaparder un peu de sable »…

Ô ombres d’hommes, réduits à la lutte pour votre parcelle de Sahara ! Ô fantômes déliquescents, ectoplasmes tremblants ! Une brise un peu forte disperserait votre éther. Où sont donc passés les êtres qui tenaient par grand vent, et dont l’échine ne gîtait pas sous l’assaut furieux des bourrasques de l’Histoire ? Ô djinns émaciés, génies évanescents ! Qu’avez-vous fait de la flamme originelle dont vous fûtes jadis tirés ? Contemplez-vous donc, bûchers pour cheminées électriques, brasiers brûlant sans réchauffer ! Vous n’êtes plus que des cendres pâles, jetées sur du papier glacé…

Le désarroi de l’individu nu

Par ce qui s’apparente à une nécessité psychique, l’immortalisation des existences progresse ainsi à mesure que la vie se retire. En ce sens, le selfie stick est moins une perche qu’il n’est une canne ; son addition n’élève pas au Surhomme, elle pallie une ontologie vacillante. Cessons donc de voir dans l’égoportrait le triomphe de l’individu tout-puisssant ; sous ces apparences de narcissisme, c’est le désarroi de l’individu nu qu’il faut apprendre à lire…

Transition énergétique: rouvrir Fessenheim avant qu’il ne soit trop tard!

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«Moi, j’ai besoin du nucléaire», affirme le Président de la République lors de son interview à Brut vendredi dernier. Chiche, lui répondons-nous ! Une tribune libre de Laurence Trochu, Présidente du Mouvement Conservateur Sens Commun, Conseillère départementale des Yvelines.


Dans un contexte d’urgence climatique et de profonde crise économique, nous demandons que le gouvernement revienne sur la décision de fermeture de la centrale de Fessenheim, par l’arrêt immédiat du démantèlement et le redémarrage au plus tôt de ses deux réacteurs.

En effet, la mise à l’arrêt des réacteurs de la centrale a seulement conduit à interrompre sa production électronucléaire. L’arrêt définitif n’est pas encore effectif mais le sera dans plusieurs mois, lorsque les opérations menées actuellement auront conduit à rendre cet arrêt physiquement irréversible, probablement lors de la seconde moitié de l’année 2021. C’est pour des raisons purement électoralistes, remontant à 2012, et aucunement scientifiques, que les deux réacteurs de Fessenheim ont été mis à l’arrêt en février puis juin 2020, malgré d’importants travaux de modernisation permettant à la centrale d’atteindre un niveau de sûreté supérieur à la moyenne nationale, selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Il est donc encore temps de mettre fin à l’obscurantisme vert auquel se sont enchaînés François Hollande puis Emmanuel Macron pour récupérer les voix des écologistes.

Sécurisons notre approvisionnement électrique

La France, jusqu’à présent très faible émettrice de CO² d’origine électrique, a dû rallumer dès le mois de septembre ses quatre dernières centrales à charbon pour assurer notre approvisionnement d’électricité en l’absence de vent et de soleil lors des pics de consommation. Près de deux tiers de la puissance totale de ces centrales à charbon, fortes émettrices de CO², correspondent à la puissance des deux réacteurs nucléaires de la centrale de Fessenheim ! Avec la fermeture des quatre centrales thermiques programmée en 2022, la France aura perdu 5 GW de puissance pilotable, augmentant par la même occasion le risque de microcoupures, voire de blackout, comme nous nous apprêtons à le vivre cet hiver.

A lire aussi: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

Réduisons instantanément nos émissions de carbone

En mai 2019, l’AIEA (Agence Internationale pour l’Énergie Atomique) publiait un rapport qui « recommande des actions gouvernementales dans le but de maintenir la production des centrales nucléaires existantes tant que la sûreté peut être démontrée, de soutenir la construction de nouvelles centrales nucléaires et d’encourager le développement de nouvelles technologies nucléaires » pour parvenir à atteindre les objectifs ambitieux de l’Accord de Paris, ou au moins à s’en approcher. N’oublions pas que dans sa décision du 19 novembre 2020, dit « Grande Synthe », le Conseil d’État a donné trois mois au gouvernement pour prouver qu’il tiendra son engagement de limiter les gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030. Comment compte-t-il s’y prendre lorsque la fermeture de deux réacteurs nucléaires, pilotables et bas carbone, entraine le redémarrage de centrales à charbon fortement émettrices de CO² (820 CO²/kWh contre 12 g CO²/kWh pour les centrales nucléaires françaises) ? Pourquoi s’entête-t-il à vouloir réduire à 50% le parc nucléaire alors qu’il faudrait pour cela ouvrir 20 centrales à gaz, contraires à nos objectifs climatiques ?

Évitons les dépenses inutiles

Du fait du préjudice résultant de la fermeture anticipée de la centrale, dont la construction est pourtant amortie, l’État doit verser à EDF des indemnités dont la part fixe s’élève à 370 millions d’euros, à laquelle s’ajoute une part variable calculée selon les bénéfices manqués par l’entreprise jusqu’en 2041, fin de vie théorique de la centrale. Cette somme, issue directement de la poche du contribuable, ne pourrait-elle pas être utilement investie ailleurs ?

La France n’a pas les moyens de payer de nouvelles indemnités lors de la fermeture anticipée d’autres tranches nucléaires, sources stables et bas carbone.

Préparons l’avenir

Le Mouvement Conservateur Sens Commun demande à Emmanuel Macron qu’il soit à la hauteur de la responsabilité de la France, pays qui lui a été confié pour nous conduire vers des améliorations. Un entêtement à détruire ce qui a fait ses preuves serait l’œuvre d’un progressisme idéologique bien éloigné du progrès qu’il prétend incarner.

De même, pour anticiper le nécessaire renouvellement de nos actuelles centrales et passer le cap des 40 ans d’ici 2040, la Société française de l’énergie nucléaire enjoint à construire de nouveaux réacteurs. Il est donc grand temps d’investir à nouveau dans la recherche sur la technologie du neutron rapide. Super Phénix a été scandaleusement fermée en 1997 et le projet Astrid stoppé net en 2019 alors que 738 millions d’euros avaient déjà été déployés. Pendant ce temps, Russes et Chinois continuent leurs essais sur cette technique permettant de réutiliser les matières radioactives issues de la production du parc nucléaire actuel pour résoudre le problème du stockage des déchets nucléaires.

En faisant preuve de discernement paré de pragmatisme, on pourrait enfin éviter à la France de s’enfoncer davantage encore dans l’impasse stratégique, écologique et financière qui l’affaiblit et ruine les Français.

Macron: les mimiques de Sarkozy, le discours de Taubira

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Sur le média en ligne Brut, Emmanuel Macron est tombé dans la plus vile démagogie. Ses propos viennent légitimer les discours racialistes qui rebutent la majorité des électeurs de droite. 


Emmanuel Macron a le don d’ubiquité. Il est ici, à droite pour les naïfs, et là, à gauche pour les « jeunes » qu’il a entrepris de séduire en accordant un long entretien à Brut et son journaliste Rémy Buisine, autodidacte n’ayant pas eu son baccalauréat et ancien gagnant de l’émission de téléréalité The Social Rush sur Direct Star. Le président de la République aura donc passé deux heures à jouer au « bon flic », cédant sur à peu près tous les sujets régaliens et identitaires que les internautes lui ont soumis.

Les policiers ne sont pas tous des Brut

Sur le média Brut, que son créateur Renaud Le Van Kim définit comme une entreprise cherchant à « attirer une génération nouvelle de consommateur d’infos », Emmanuel Macron a viré la barre à gauche toute, s’aventurant sur des terres progressistes nourries à la victimisation larmoyante qu’il désertait pourtant depuis quelques semaines. « Il y a une défiance entre la population et la police dans les quartiers difficiles. Quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé car on est identifié comme étant un facteur de risque », a ainsi dit le président. A-t-il été poussé à adopter cette position étonnante par Christophe Castaner – son grand ami qui s’était mis à genoux devant la famille Traoré et l’émotion suscitée par la mort de George Floyd aux Etats-Unis – ? L’un et l’autre ont en tout cas réussi à se mettre à dos les syndicats de policiers, après avoir toutefois tenté de les flatter.

A lire aussi, Philippe Bilger: Pendant que Macron parle aux jeunes, la crise de l’autorité s’accentue

Emmanuel Macron a accrédité l’idée voulant que les Français soient « contrôlés au faciès ». De fait, les passants sont contrôlés en fonction d’indices de leur potentiel criminel. Un père de famille chargé de sacs de courses avec un enfant aura moins de chance d’être contrôlé qu’un adolescent au volant d’une berline allemande, un homme ivre, des personnes cagoulées à proximité d’une émeute ou une bande de jeunes sentant le cannabis à trois kilomètres à la ronde. Mais passons, nous pourrons vite en finir avec ces « injustices » une fois créée la plate-forme internet gérée par l’État, le Défenseur des Droits et les associations comme la Licra pour dénoncer les discriminations… De quoi pousser les policiers à enfin lancer une grève du zèle, consistant à ne plus contrôler personne et surtout pas les personnes susceptibles de commettre des crimes ou des actes de délinquance. L’appel a été lancé par les principaux syndicats de la police, légitimement outrés par la parole présidentielle.

Macron cajole une certaine jeunesse

On pouvait croire qu’Emmanuel Macron s’en tiendrait à l’actualité la plus brûlante ou botterait en touche pour éluder les questions les plus absurdes des internautes de Brut, censément représentatifs de la jeunesse. Que nenni. Ses propos sur les contrôles policiers n’étaient malheureusement que le prélude d’une longue descente aux enfers indigéno-diversitaires. Tombant dans le piège de l’idée voulant que la France soit frappée par un « racisme systémique », Emmanuel Macron a confondu sciemment la jeunesse de France avec les « noirs et les arabes » qu’il a nommément désignés sous ces vocables. Une génération qu’il ne voit pas « déboussolée mais en quête de sens »… Une quête de sens à laquelle Emmanuel Macron répondra en débaptisant des rues et en déboulonnant des statues … tout en se défendant d’adhérer à la « cancel culture » (il n’y a manifestement rien compris).

Le président appelle ainsi à identifier « 300 à 500 noms de personnalités noires et arabes pour les honorer dans l’espace public ». Quid de la communauté des gens du voyage (diverse et multiple en soi) ? Des asiatiques ? Des Français d’origine portugaise ? Espagnole ? Italienne ? Polonaise ? Ils ne crient pas assez ? Ne font pas assez d’attentats ? Ne rappent pas suffisamment fort dans le poste ? Certains d’entre eux ont tapé dans le ballon assez correctement avant Zidane et M’Bappé, à l’image de Kopa, Fernandez et Platini. Sorte de synthèse mal née du pire de Nicolas Sarkozy et de Christiane Taubira, Emmanuel Macron s’est prêté à un jeu dangereux à l’heure du terrorisme, de l’hyper-délinquance et des émeutes. Un jeu dont il n’est pas ressorti grandi. Un exemple : interrogé sur l’affaire Mila, Emmanuel Macron a commencé sa réponse en citant la très ancienne affaire Mennel, jeune femme aujourd’hui conspuée depuis qu’elle a décidé de ne plus porter le voile !

En allant chez Brut, Macron abaisse la fonction présidentielle

Mûr pour les vidéos tik-tok, les lives sur Twitch et peut-être même les sextapes sur Onlyfans ?

En abaissant la fonction présidentielle à un exercice aussi cynique, qu’il n’a pas su maîtriser, ne comprenant semble-t-il rien à son propre pays, Emmanuel Macron a douché les espoirs des quelques optimistes de droite qui pensaient avoir trouvé en lui un homme qui, s’il n’était pas de leur famille, semblait au moins gagné par la raison la plus élémentaire. Durant ces deux longues heures, Emmanuel Macron a parlé de précarité menstruelle (au sens de menstrues), des banlieues qu’il faut encore arroser d’argent alors que ça ne sert à rien, des méchants policiers et des gentils immigrés.

A lire aussi, Yves Mamou: Contrôle au faciès: la légende noire de la police française

Rien sur l’emploi, la ruralité, les villes moyennes, le spectacle vivant, la sécurité ou les traditions. Rien de rien. Des commentateurs ont prétendu qu’il n’a pas pu le faire, se contentant de répondre aux questions qui lui étaient posées. C’est faux. Il aurait pu dévier, détourner ses interlocuteurs. Il n’en avait tout simplement pas envie.

Un moment fut même glaçant, terrible. Appelé à définir ce qu’était « être Français » ; Emmanuel Macron a répondu que cela revenait à « participer à un projet de société », ajoutant qu’il fallait adhérer aux valeurs de notre « pays monde nourri des cultures de tous les continents ».

Le non du peuple

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Bonjour les enfants

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Scène du film "L'enfer des anges" de Christian-Jaque.© Pathé

En attendant la réouverture des salles de cinéma, on peut toujours étancher sa soif de cinéma avec des DVD et Blu-ray: les éditeurs en profitent pour exhumer quelques pépites. Aujourd’hui L’enfer des anges, de Christian-Jaque, est à voir dans une superbe version éditée par Pathé. Un film qui cultive avec efficacité une veine sociale jamais complaisante.


On peut toujours rêver : un jour viendra peut-être où l’on sortira Christian-Jaque de l’ornière où la Nouvelle Vague l’a fait injustement tomber. Il suffit de voir ou de revoir ce film rare, et cette fois dans une superbe version restaurée, pour se dire que décidément, c’était un vrai cinéaste, y compris à travers des intentions de mise en scène souvent habiles et inspirées.

À lire aussi, Jean Chauvet: Divan sur grand écran

Couverture du film "L'enfer des anges", éditée par Pathé.©Pathé
Couverture du film « L’enfer des anges », éditée par Pathé.©Pathé

L’exceptionnel Jean Tissier dans le rôle du salaud

L’Enfer des anges, sorti en 1941, fait partie d’une trilogie informelle sur l’enfance dont les merveilleux L’Assassinat du père Noël et Les Disparus de Saint-Agil constituent, dans un registre moins dramatique, les deux autres volets. Et puis il y a l’exceptionnel Jean Tissier pour une fois dans le rôle de salaud intégral : il implique de pauvres ados de la zone parisienne dans un trafic de drogue tout en gardant pour sa part les mains propres. Le film cultive avec efficacité une veine sociale jamais complaisante. Comme La Belle Équipe de Duvivier, il comporte deux fins, que cette très belle édition permet de découvrir.

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L’Être humain, bien mieux qu’un arbre et bien mieux qu’un écran

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Charles Deluvio / Unsplash

Seule la présence physique apaise ou guérit


Il fut un temps où certains écrivaient sur l’énergie des arbres, l’énergie que les hommes pouvaient sentir en s’approchant des arbres, et recueillir en s’appuyant sur eux. Le Covid et internet m’ont fait découvrir que la meilleure énergie que nous pouvons recueillir, c’est pourtant, bien mieux que celle des arbres, celle qui vient de nos semblables, que nos frères humains nous communiquent. Je ne le prouve pas par stricte voie expérimentale mais j’accumule les preuves.

A lire aussi: Pour un management moins humain

Comment le Covid et la vie digitale nous ont-ils fait comprendre cela ? Par la séparation des hommes que l’épidémie a provoquée et par le type de liens de substitution qu’Internet a proposés. Nous avons vécu jusqu’à plus soif le corps numérique de remplacement : les liens démultipliés des réunions sur écran permettant, entre humains, entre amis, entre parents, entre collègues, entre étudiants ou élèves et professeurs, entre partenaires divers ou inconnus, d’échanger des informations : verbales, factuelles, commerciales, techniques, futiles, spirituelles même, des informations transférables, des informations informantes, des informations locales ou mondiales. Bref d’un point de vue utilitaire, le corps numérique de remplacement a fonctionné, il a rempli son rôle. Sauf que.

L’énergie bienfaisante des corps

Nous sortions épuisés de ces longues séances digitales. Nous nous sommes rendus compte que ces séances, suivies confortablement de chez nous, au milieu de nos meubles, ou de notre bureau, sans avoir à se déplacer, sans avoir à affronter les foules et la fatigue des transports, quand même, nous épuisaient, nous laissaient sans force. 

Parce que bien plus encore que les arbres, ce sont nos semblables qui nous fournissent la meilleure énergie. C’est au contact de nos frères humains que nous nous rechargeons, que nous accumulons ce qui nous fournit l’énergie de vivre ; mais c’est de contact physique qu’il s’agit : visuel, auditif, olfactif, tactile, gustatif, au contact les uns des autres par les cinq sens réunis ; réunion qui seule génère en plus le contact psychique et spirituel. Nous sortions épuisés psychiquement, spirituellement et même corporellement de ces séances numériques ; et à force de nous étonner de cette fatigue impromptue nous avons fini par comprendre que c’est parce que, si nous recevions de derrière l’écran des informations, nous n’avions plus l’énergie bienfaisante des corps.

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Je pense aux vieillards isolés dans les Ehpad à qui l’on tendait des tablettes numériques dans lesquelles leurs enfants parlaient en souriant. Ils rendaient pourtant l’objet sans un regard. Sans comprendre. Ne voyaient rien du réel dans le substitut. Comme les petits enfants qui ne voient pas la mère dans l’écran.    

J’accumule les preuves. Le charisme est physique. Tient au regard, à la force visible, à une certaine façon d’être, de marcher, de parler, qui ne tient pas qu’au volume. Qui peut tenir à peu, mais physique, corporel, visible, perceptible. La force du saint, dit Rimbaud dans les Illuminations. Celui qui par sa seule présence guérit. Le simple médecin parfois, ou la mère aimante qui s’occupe de l’enfant malade, le soigne, comme elle dit.

On a besoin d’échanges non verbaux aussi

Je me souviens des poignées de main qu’on se donnait (on disait qu’on les échangeait) et qui disait tant de l’autre ; on se donnait une information physique et on se transmettait quelque chose qu’on appelait volontiers un fluide.

Je pense au nourrisson de quelques mois, à l’intensité des échanges non verbaux qu’il a avec l’adulte qui le regarde en souriant. Je pense aux couples qui avant de dormir trouvent dans l’enlacement de quoi revivre. Je pense là au contact amoureux avec ou sans étreinte. À l’inverse, une rencontre sexuelle qui n’est pas préparée par cet échange d’énergie, cette préparation de l’âme et de l’esprit tout autant que du corps, n’est qu’une pornographie sèche ; c’est de cela qu’il s’agit dans le sexe sans amour.

Le corps soignant. Le médecin médicament de Balint. Le chamane. Le corps thaumaturge du roi qui guérissait les écrouelles. Ceux qui ont des dons de guérison, certains disent des pouvoirs, moi je dis qu’ils existent probablement mais qu’il vaut mieux se méfier d’où ils viennent, du ciel ou des enfers.

L’illusion du monde des écrans

La discussion avec l’ami, la discussion pleine d’entrain et d’échanges, qui vous requinque dans l’adversité, qui dilate votre cœur dans les bons moments. L’amitié qui ainsi se tisse.

L’énergie que l’on ressent au contact de l’autre. Ou que l’on ne sent plus. Qui s’est éteinte.

La joie d’être ensemble, à beaucoup. La joie dilatée que procure le chant choral. Celle de la prière en commun. Ailleurs, la ferveur des supporters, les chants eux aussi (Flower of Scotland à Murrayfield, Swing low Sweet chariots à Twickenham…). Bien sûr, qui dit stade, dit aussi Nuremberg ; cette force immense détournée.

A lire aussi: Nos enfants-rois victimes des écrans-rois?

J’accumule des preuves. Jamais l’écran ne transmettra cette énergie que les humains retirent de leurs semblables. Quand ils se croisent, se regardent, se frôlent et se touchent, se parlent avec des vrais phonèmes faits de souffle et de modulations et appuyé de tout ce langage non verbal, que l’écran abrase et voile, sinon cache. Les humains marchent à l’humain comme les fourmis qui travaillent se rechargent en se touchant les antennes. Sans le prouver mais en accumulant quand même les preuves, bien sûr que les humains dans leur fourmilière ne font jamais rien de mieux entre eux que de se prendre les mains, les yeux et de se dire des choses de toutes les façons possibles, qui sont la voix et les yeux et tout le reste.

Voilà pour quoi, on est épuisé quand on a juste, pour se recharger, que des écrans à regarder et à entendre. Et la source de cet épuisement est l’illusion trompeuse du monde tout numérique : l’alternative sanitaire et utilitaire au monde tout humain où les humains se voient, se touchent, s’informent, se soutiennent en se servant pour cela de leur corps physique en personne.

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Je me sens bien seul

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Roland Jaccard © Hannah Assouline.

Le billet du vaurien


La mort ne me fait pas peur. Le Covid-19 m’indiffère. Je n’ai jamais été pacifiste. Les migrants me font honte et l’islam m’inspire une sainte horreur. Depuis mon enfance, j’entends dire qu’il faut être charitable et aider les Africains à sortir de leur misère. Et, en aucun cas, faire preuve de racisme, d’homophobie ou d’un quelconque préjugé vis-à-vis des formes de sexualité « déviante ». Il faudrait même célébrer Noël en famille et se réjouir que nos gouvernants nous maternent en prenant des dispositions qui pourraient sembler liberticides à de mauvais esprits, mais c’est pour notre bien. Cette bienveillance universelle a quelque chose de louche et, autant l’avouer tout de suite, elle me donne envie de vomir. Je n’ai jamais demandé à qui que ce soit de prendre soin de moi et moins encore de dicter ma conduite ou, pire encore, mes pensées.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Crèche à Béziers: comme sur des roulettes

Et me voici embarqué dans un monde où, parce que je fais partie des personnes vulnérables, on me recommande de demeurer confiné, de me protéger en portant un masque et de me tenir à une respectable distance de mes semblables. Je ne vois d’ailleurs même pas en quoi ils sont mes semblables : masqués, ils plébiscitent tout ce qui pourrait prolonger, voire sauver, leur misérable petite vie. Ils croyaient en Jésus, ils croient maintenant aux vaccins. Quand j’émets le moindre doute sur les mesures sanitaires, voire sur les bienfaits de la révolution numérique devenue un implacable instrument de contrôle des populations, je me demande si mes interlocuteurs ne me considèrent pas comme un vieux gâteux, voire comme un homme qui a profité de l’insouciance des années glorieuses et qui ne veut pas en payer le prix. Pourtant chacun est prêt, à se sacrifier pour moi : j’aurai même droit à une part de ma bûche de Noël dans la cuisine.

Chez votre marchand de journaux: Causeur: Trêve des confineurs!

Je me garde bien d’émettre le moindre doute sur la bienveillance de mes proches, mais je ne peux pas m’empêcher d’éprouver une certaine compassion pour des humains qui tiennent d’autant plus à leur vie qu’elle a perdu toute valeur. Je préférerais les voir danser au-dessus du volcan. Karl Marx disait que l’homme est l’ensemble des relations qu’il entretient avec ses semblables. Il appartenait au Vieux Monde. Lui donneriez-vous tort pour autant, vous qui êtes passé d’une confrontation de chacun contre chacun à un «  vivre-ensemble »d’autant plus hypocrite qu’il est purement virtuel? Je ne dirai pas que le Virus nous rend fous. Nous l’étions déjà. Mais il nous métamorphose en pauvres petits animaux apeurés. Inutile de préciser qu’il est une aubaine pour les gouvernants, les laboratoires pharmaceutiques et les mandarins de la médecine. À titre personnel, j’aurais préféré figurer parmi les quatre cent mille morts que nous annonçait Emmanuel Macron au cas où aucune mesure sanitaire ne serait prise ( chiffre par ailleurs nettement surévalué ) que d’assister à l’effondrement d’un art de vivre et, sans être devin, d’une civilisation.

MA VIE ET AUTRES TRAHISONS

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Pour un management moins humain

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© D.R.

L’idée d’avoir un robot comme psy germe dans les esprits…


On ne sera guère étonné d’apprendre que 2020 aura été l’année la plus stressante pour les salariés à travers le monde. Une étude conduite dans 11 pays par Oracle, la multinationale américaine, un des leaders dans la technologie de l’information, et Workplace Intelligence, un cabinet de consultants en ressources humaines, révèle que 78 % des 12 000 personnes interrogées considèrent que la pandémie a eu un impact négatif sur leur santé mentale. Ce qui est plus surprenant, c’est que 82 % croient que l’intelligence artificielle est mieux à même de répondre à leurs besoins en termes de santé mentale que d’autres êtres humains. Aussi 68 % des salariés interrogés préféreraient-ils parler de leurs problèmes à un robot qu’à leur manager, tandis que 80 % sont tout à fait ouverts à l’idée d’avoir un robot comme psy.

Le management moderne aime se dire à visage humain

L’avantage des robothérapeutes est que ceux-ci ne portent pas de jugement sur le salarié et ne risquent pas de considérer l’aveu d’un problème de santé mentale comme une faiblesse. La gêne et la honte que nous pourrions ressentir devant un autre être humain nous sont épargnées quand nous nous confions à un chatbot ou « agent conversationnel », pur produit d’un algorithme. Déjà, en 1966, un programme informatique en langage naturel, Eliza, a été développé au célèbre Massachusetts Institute of Technology afin de simuler les échanges entre un psychothérapeute et son patient selon l’approche du grand psychologue de l’époque, Carl Rogers. Malgré les capacités linguistiques très limitées de ce programme et son manque total d’intelligence et d’empathie véritables, Eliza arrivait non seulement à maintenir des interactions avec des êtres humains, mais à en convaincre certains qu’il comprenait leur cas et éprouvait de la sympathie pour eux.

Le management moderne aime se dire à visage humain. Dommage : les salariés préfèrent un visage d’automate.

Se séparer? Quelle bonne idée!

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Ecole privée dans le quartier du Mirail à Toulouse, 2014 © REMY GABALDA / AFP.

L’exécutif semble avoir relégué le terme séparatisme au placard. Demain, c’est un projet de loi « confortant les principes républicains » qui sera présenté en conseil des ministres. L’analyse de la philosophe Françoise Bonardel.


La chose est-elle vraiment si difficile à nommer qu’un projet de lutte contre les « séparatismes » soit finalement requalifié en loi « confortant la laïcité et les principes républicains » ? Le pluriel n’étant qu’un artifice pour ne pas avoir l’air de cibler d’entrée l’ambition islamique de créer un État dans l’État avant de planter, sur les ruines de la République, l’étendard de la charia. L’abandon pur et simple du mot « séparatisme » confirme ce repli, qu’on espère stratégique. Mais au profit de qui ? De la République bien sûr affirment les politiques qui refusent de voir qu’elle a perdu l’autorité qui, il y a quelques décennies, la faisait à ce point respecter qu’il n’était pas nécessaire de légiférer pour la protéger. Nous n’en sommes plus là et le mot « séparatisme » est aussi, il faut bien le reconnaître, chargé de trop d’ambiguïtés pour être fédérateur, et de trop d’affects comme tout ce qui touche à la séparation. 

Les islamistes veulent séparer le pur et l’impur

Quoi de commun d’ailleurs entre la séparation qui comme l’apartheid isole, discrimine et ghettoïse, et celle qui libère et autonomise ? Lutter pour son indépendance, à titre individuel ou collectif, n’est pas pratiquer le « séparatisme » aujourd’hui reproché aux islamistes radicaux qui ne se contentent pas de vivre de manière pacifique en marge de la société comme le font d’autres communautés dont l’existence passe inaperçue ; la République étant suffisamment généreuse pour abriter sous sa cape, telle la Madone de la miséricorde de Piero della Francesca, les réfractaires et les « marginaux » de tous bords qui sont légion et participent à leur manière à la vie collective. Marianne n’est-elle pas également parvenue à laïciser nombre des vertus chrétiennes après la séparation effective de l’Église catholique et de l’État français ? La vie est faite de ruptures, de compromis plus ou moins honorables et de réconciliations, mais il n’y aura pas, avec les islamistes, de retour des fils prodigues et de festin pour célébrer ces retrouvailles familiales.

La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004
La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
Numéro de reportage : 00986850_000004

Mieux vaudrait donc ne pas attendre une Saint Barthelemy pour réaliser pleinement qu’on a affaire à un projet de conquête planétaire et que le « séparatisme », qui offusque notre vision républicaine du « vivre ensemble », est aux yeux de ces intégristes une nécessité quasi théologique – séparer le pur de l’impur – qui est elle-même le prélude à une réunification des sociétés occidentales sous l’égide de l’Islam qui mettra fin au « séparatisme » comme au terrorisme. Que des attentats soient perpétrés dans les pays occidentaux est en effet le signe que l’islamisation qui rendrait de tels actes superflus n’est pas encore achevée. C’est pourquoi l’expression « Islam politique » est à la fois compréhensible en raison de la volonté affichée des islamistes de conquérir le pouvoir, et erronée puisque l’Islam radical veut abolir la politique telle que la conçoivent les démocraties occidentales pour installer à sa place la loi de Dieu par une application stricte de la charia. Ce projet foncièrement théocratique n’a donc rien de « politique », même s’il se sert des institutions en place – du vote démocratique et de la protection de la République en particulier  – pour parvenir à ses fins. 

Le catéchisme républicain ne suffit plus

Toutes les mesures prises pour endiguer, contrer, rendre impossible le « séparatisme » islamique seront certes les bienvenues, mais aucune ne pourra contraindre ceux dont le projet politico-religieux est par nature impérialiste à respecter et à aimer la République. Notre aveuglément est là : dans le fait de considérer l’islamisme comme une errance, une déviance par rapport au véritable Islam – religion de paix comme le savent tous les peuples qui en ont subi le joug ! – et de faire éperdument confiance aux valeurs laïques et républicaines quant à la rééducation les déviants, des délinquants qui un jour nous remercieront de les avoir remis sur le droit chemin républicain. Certains d’entre eux sans aucun doute, mais les autres, l’immense majorité des autres qui, parmi les jeunes musulmans, placent depuis peu les lois coraniques au-dessus de celles de la République ? Comment peut-on encore faire crédit à ce catéchisme républicain inefficace, et bafoué par des actes de barbarie devenus quotidiens ?

La manière dont on parle communément de la « radicalisation » est d’ailleurs représentative de cette psychologie hygiéniste qui, s’exerçant pour la bonne cause, n’aurait bien sûr rien à voir avec certaines rééducations totalitaires de triste mémoire.  Il s’agirait simplement de soigner une maladie, curable dans la plupart des cas grâce à une bonne hygiène de vie républicaine qui s’accommode en la circonstance d’exercer son influence sur des esprits qu’elle juge par ailleurs faibles et influençables. Que dire d’autre, il est vrai, sinon que couper des têtes n’est effectivement pas un projet de vie « normal », mais que la santé mentale ne consiste pas non plus dans l’omission des différences irréductibles entre les groupes humains quant à la manière dont ils entendent vivre en commun. Or, notre obsession de l’entente cordiale à tout prix est si forte que nous ne voulons plus reconnaître l’incompatibilité de certains de ces projets, comme si les plus barbares d’entre eux n’étaient que la déviance pathologique de ceux que nous jugeons sains. Les sociétés postmodernes ne supportent l’altérité qu’après en avoir gommé les aspérités ! Les vertus réconciliatrices que nous prêtons à nos principes et institutions nous égarent, et font finalement le jeu de ceux qui ne cachent ni leur haine ni leur volonté de nous détruire ou de nous convertir. Arrêtons donc de tenir un langage de psychologues compréhensifs, d’éducateurs sociaux compatissants envers ceux qui se présentent ouvertement comme nos ennemis, et qui ne veulent à aucun prix changer de mode de vie.

La “mystique républicaine” chère à Péguy

Le glissement du projet de loi initial concernant le « séparatisme » vers l’adoption consensuelle des valeurs de la laïcité et de la République est donc à la fois réconfortant et  consternant. Réconfortant dans la mesure où il donne l’impression que la République « tient bon » face à ses ennemis, qu’elle défendra ses fondements et ses acquis en se dotant d’un arsenal juridique à la hauteur du fléau qu’elle entend combattre. À quoi bon une nouvelle loi sans cela ? Mais consternant car ce durcissement affiché révèle aussi la fragilité psychique du corps politique et social qui recourt à la loi parce qu’il désespère d’être respecté et aimé, et qu’il ne se remet pas d’avoir offert ce qu’il pensait posséder de meilleur – l’école de la République par exemple – et de ne recevoir en retour que des coups bas et des menaces de mort. Une odeur de trahison flotte dans l’air, que durent respirer les Troyens lorsqu’ils découvrirent dans leurs murs le cheval qui allait précipiter leur perte. On a donc raison de vouloir lutter contre le « séparatisme », mais à condition de surveiller aussi la solidité des murs de nos cités sans avoir à éprouver de honte pour ce geste lui aussi « séparateur ». 

Sylvain Tesson a donc parfaitement raison de rappeler que « la laïcité et la liberté d’expression, certes, cela vaut le coup, mais cela ne suffit pas. »[tooltips content= »Le Point du 10/11/2020. Propos recueillis par Sébastien Le Fol et Saïd Mahrane. »](1)[/tooltips] Mais qui peut dire aujourd’hui ce qui « suffirait », et en vue de quoi ? Si les démocraties occidentales sont à ce point en crise, c’est bien qu’elles ne réussissent plus à trouver en elles ce qui rendrait ce qu’elles incarnent audible et surtout « aimable » : quelque chose du même ordre sans doute que ce que Charles Péguy nommait « mystique républicaine »[tooltips content= »Dans Notre jeunesse en particulier : Mystique et politique, Paris, Robert Laffont (coll. « Bouquins »), 2015. »](2)[/tooltips], et dont il n’a jamais donné une définition précise hormis en l’opposant à la politique et en se disant prêt à mourir pour elle, ce qui n’est pas rien. Quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à ce que Tesson trouve encore dans ses voyages : une aventure à hauteur d’homme, sans décapitations ni prêchi-prêcha laïc et républicain. Mais on ne légifère pas en matière d’affects, et aucune loi ne pourra jamais susciter l’élan d’adhésion et d’amour qui dissuaderait certains d’entrer en guerre contre la République. 

Si la lutte contre le séparatisme se révèle être un moindre mal, ce serait un plus grand bien encore de prendre l’initiative d’une séparation qui mettrait un terme à la régression intellectuelle et culturelle qui nous est collectivement imposée. N’avons-nous pas mieux à faire que de consacrer tant de temps, d’énergie et d’argent pour tenter de préserver l’ordre républicain, et convaincre de la qualité de notre mode de vie ceux qui ont décidé de vivre différemment mais surtout pas ailleurs, là où les conditions de vie seraient pour eux plus précaires ? Il serait grand temps que les peuples européens, et tous ceux qui sont dans le monde victimes de la propagande islamique, retrouvent le fil de leur propre histoire et puissent vivre en paix avec ceux des musulmans qui souhaitent sincèrement s’y intégrer.

Notre jeunesse

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Mon Dumas

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Alexandre Dumas (1802-1870). © MARY EVANS/SIPA Numéro de reportage : 51001729_000002

Le 5 décembre 1870, Alexandre Dumas mourait près de Dieppe — au moment même où l’armée française abandonnait Rouen aux Prussiens et se repliait savamment au Havre.
Les Trois mousquetaires est le premier roman un peu long que j’ai lu — vers 8 ans. Et que j’ai relu depuis au moins une fois par an.

L’attitude des universitaires envers Dumas a été globalement dégueulasse. Sous prétexte qu’il eut, pour certains de ses romans, quelques nègres qui lui préparaient la besogne, il est rejeté des études universitaires. On le prend en considération, à la rigueur, dans le cadre de thèses sur le roman feuilleton, ce sous-genre où s’illustrèrent quand même Balzac ou Zola. Serial writer, probablement.

Puis j’ai lu Vingt ans après, déjà bien plus sombre, que je n’ai vraiment compris que lorsque moi-même j’ai eu quarante ans (c’est l’âge de D’Artagnan dans cette suite) et que les amis autour de moi ont commencé à disparaître.

Puis Bragelonne.

« C’est très Vingt ans après ! » avait coutume de dire Proust pour expliquer la fuite du temps. « Pis encore ! renchérissait Lucien Daudet, c’est très Bragelonne ! »

J’ai fait une hypothèse sur la création des quatre mousquetaires : ils sont la réfraction, chacun dans son domaine, du père d’Alexandre, le général Dumas. D’Artagnan lui emprunte son habileté aux armes, Aramis sa force de séduction, Athos sa noblesse, et Porthos son physique de géant.

À lire aussi, du même auteur: Victor Hugo était un con

Ce qui explique l’anecdote suivante…

Dumas écrivait le plus souvent directement dans les locaux des journaux qui l’éditaient. Il arrivait après le spectacle, après le souper, vers minuit, saisissait les feuilles qu’avait noircies Auguste Maquet dans son travail préparatoire, et s’enfermait seul dans un bureau, pendant que les protes de l’imprimerie, au rez-de-chaussée, attendaient la copie. Seul, car il se déshabillait pour écrire — et comme plus tard Hemingway, il écrivait debout. Une nuit, Maquet, qui attendait à la porte pour porter d’urgence la copie aux imprimeurs (le feuilleton était imprimé sur la dernière page, solidaire de la première, pas de journal fini sans lui), ne voit rien sortir. Vers deux heures et demie, il hasarde trois coups, d’un index timide, sur la porte, et n’a pour réponse qu’un grognement d’ours mal léché. Une heure plus tard enfin, Dumas paraît — en chemise, une épaisse liasse à la main, ses beaux yeux bleus pleins de larmes.

« Mais Alexandre… Mais que se passe-t-il ? »

Et Dumas, en lui tendant sa copie du jour, lui répond : « J’ai dû faire mourir Porthos. » (chapitre CCLVI). Une amie proche, quelque peu journaliste, m’a confié que comme moi, elle ne peut lire ce passage — ni, plus loin, la mort d’Athos — sans avoir les larmes aux yeux.

J’ai une théorie personnelle sur ce qui fait écrire…

>>> Lisez la fin de cet article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Alexandre Dumas ou les Aventures d'un romancier

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Hold-up: le sens d’une absurdité

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Pierre Barnerias, realisateur du film "HOLD UP" © AUDEBERT DIDIER/SIPA Numéro de reportage : 00991347_000001

C’est entendu, ce documentaire est un tissu d’âneries conspirationnistes. Toutefois, on a le droit de regretter qu’il soit désormais censuré par les grandes plates-formes. Et le devoir de s’interroger sur les raisons de son succès. 


Le 25 octobre, un ancien secrétaire général du gouvernorat de la Cité du Vatican et nonce apostolique à Washington, le cardinal Carlo Maria Viganò, a écrit à Donald Trump pour l’avertir de l’existence d’un complot mondial : la « Grande Réinitialisation », ou « Great Reset » en anglais, viserait l’asservissement de la plupart des habitants de la terre à une élite incarnant les forces du Mal. La présentation de cette lettre constitue la dernière séquence du film documentaire, Hold-up : retour sur un chaos qui, sous prétexte d’aborder les défaillances dans la gestion de la crise pandémique, livre le récit d’une conspiration sinistre. La lettre de Son Éminence, aujourd’hui âgé de 79 ans et visiblement obsédé par l’imminence d’une apocalypse biblique, est affichée à l’écran tandis que, sur un fond sonore dramatique, des extraits sont lus par une voix off soulignant la fiabilité du jugement cardinalesque et suggérant qu’il est urgent de faire quelque chose, sans préciser quoi. C’est ainsi que le film exploite des critiques sans doute légitimes de nos institutions gouvernementales et scientifiques pour étayer la thèse selon laquelle le confinement et le Covid lui-même font partie d’un grand projet du Forum économique mondial pour exterminer une partie de la population de la terre, jugée inutile, et réduire le reste en esclavage. Cette théorie circulait déjà depuis un certain temps sur les réseaux sociaux où elle avait tendance à fusionner avec la thèse du célèbre QAnon, selon laquelle Donald Trump mènerait une guerre clandestine contre un réseau global de pédophiles sataniques. C’est d’ailleurs le 30 octobre, quand le « Q » qui serait à l’origine de cette théorie a relayé la lettre du cardinal à ses propres disciples, que la Toile s’est enflammée, faisant de Son Éminence le saint patron des internautes paranoïaques. Nous pouvons rendre grâce à Hold-up pour une chose : cette rencontre entre scepticisme légitime et délire conspirationniste constitue désormais un cas d’école en trois leçons.

La nostalgie de l’autorité

Le succès – véritable succès de scandale – du film, sorti le 11 novembre, a été impressionnant. En à peine quelques heures, Hold-up cumulait un nombre record de vues sur les plates-formes de streaming, affichant une exposition potentielle de plus de 8 millions de personnes. L’engouement pour ce type de récit, qui fait contrepoids au discours officiel, est tout à fait typique de cette démocratisation de la parole sur internet, qui permet au quidam de s’ériger en expert et de répandre ses propres opinions au nez et à la barbe des médias conventionnels, des spécialistes scientifiques et des représentants de l’État.

Le complotisme est une forme exacerbée de ces fake news dont la circulation inquiète depuis au moins cinq ans. De manière prévisible, des équipes de « Fact Checkers » se sont ruées sur Hold-up pour colmater les brèches dans l’objectivité de l’infosphère, celle de Libération épinglant les « dix contre-vérités » du film. Et tant mieux. Mais protéger l’intégrité de la « vérité » à notre époque est hasardeux. Dans une fine analyse, Stéphane Fouks souligne les risques, en temps de pandémie, d’une communication archaïque, « verticale, martiale et viriliste », qui essaie de dompter le chaos en surjouant l’autoritarisme étatique[tooltips content= »Stéphane Fouks, La Pandémie médiatique, Plon, 2020. »](1)[/tooltips]. Aujourd’hui, mater l’anarchie informationnelle, c’est alimenter l’esprit de révolte.

@ D.R.
@ D.R.

Censure : de l’huile sur le feu

Difficile désormais de visionner Hold-up qui a été retiré des plates-formes de streaming comme Vimeo ou des sites d’hébergement de vidéos tels que YouTube. Les dénonciations du faux documentaire qui ont fleuri de toutes parts ont conduit à sa suppression. Les dirigeants des médias sociaux ont de nouveau assumé leur rôle de tribunal moral de grande instance. Pourtant, répondre au complotisme par la censure promet à ce dernier de beaux jours. Car une des caractéristiques de la mentalité conspirationniste est une forme de raisonnement circulaire où l’absence de preuves constitue une preuve et le bannissement d’une idée absurde démontre sa crédibilité. Pour les complotistes, le monde est divisé entre les « éveillés », ceux qui ont tout compris, et les autres, les naïfs, les victimes prédestinées. Dans le jargon actuel, ceux qui refusent de croire sont des « sheeple », un mélange de « gens » (people) et « moutons » (sheep). Paradoxalement, les éveillés sont eux aussi des victimes, car l’élite derrière le complot tente justement de les faire taire. Supprimer leurs idées n’est donc qu’une preuve supplémentaire de la réalité du complot. À l’heure où l’on souligne l’importance de la liberté d’expression pour la démocratie, il faut rappeler que cette liberté permet non seulement aux bonnes idées de convaincre, mais aussi aux mauvaises de se couvrir de ridicule.

Voyage aller-retour en Absurdie

Le complotisme représente un point d’intersection entre la psychologie et la politique. Si nous l’associons à la paranoïa, c’est que celle-ci correspond à une insuffisance dans notre capacité à interpréter le monde. Le cerveau humain déteste l’ambiguïté. Il préfère des certitudes, même simplistes, même sinistres[tooltips content= »Daniel Freeman, Jason freeman, Paranoia: the 21st Century Fear, Oxford University Press, 2008. »](2)[/tooltips]. Le complotiste peut accepter la coexistence de plusieurs conspirations contradictoires. Hold-up nous apprend que la pandémie est une illusion, créée pour nous priver de nos libertés, et en même temps une véritable arme biologique inventée pour nous tuer. La simplicité des explications prime sur leur cohérence. Le complotisme fait rage quand la complexité du monde devient inquiétante, quand il y a en quelque sorte une panne générale de sens. Le sociologue Christian Morel parle de situations où les décisions absurdes prolifèrent à cause d’une « perte de sens ». Incapables de formuler des objectifs clairs et convaincants, les hommes se réfugient dans l’action pour l’action ; ils font « de la technique » et non « de la politique[tooltips content= »Les Décisions absurdes, Gallimard, 2002. »](3)[/tooltips] ». Cette aporie semble bien caractériser au moins une partie du comportement de nos gouvernements occidentaux. L’État fera reculer l’absurdité simpliste du complotisme non en censurant celui-ci, mais en démontrant par sa propre action que personne n’en a vraiment besoin.

La pandémie médiatique

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Paranoia: The 21st Century Fear (English Edition)

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Petite philosophie du selfie

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Andy Falconer / Unsplash.

Du doute méthodique de Descartes à l’incertitude existentielle du moderne


« Quand les protestants et les libres-penseurs s’insurgent contre la confession auriculaire, ils ignorent qu’ils n’en rejettent point l’idée, mais seulement la forme extérieure. Ils refusent de se confesser au prêtre tout en se confessant à eux-mêmes, à leurs amis, à la foule » (Oswald Spengler, Le déclin de l’Occident, 1918)

On ne me contestera pas, j’espère, l’actualité de cette observation : les confessions planétaires croissent et se multiplient, à mesure que, symétriquement, l’auriculaire dépérit. Les rentrées « littéraires » sont colonisées de manière grandissante par les récits autofictionnels ; quant aux réseaux sociaux, hauts lieux du naturisme numérique, leur vitalité est tout bonnement exubérante. A l’autre extrémité du spectre, en revanche, les confessionnaux sont vides. 

A grands coups de stories, par liasses de confessions intimes, on livre à la planète entière ce qu’on ne consentirait pour rien au monde à confier à la seule oreille du prêtre de sa paroisse. Étonnant paradoxe donc, a priori, que cette passion moderne de l’épanchement, combinant déchaînement délicieux sur le net, et dégoût instinctif du confessionnal catholique, faisant office d’absolu repoussoir. Comment comprendre, décidément, cette apparente schizophrénie de l’exhibitionnisme 2.0 ?

L’insoutenable réserve ecclésiastique

La faute inamendable du prêtre, c’est qu’il n’applaudit pas. Comment l’époque le lui pardonnerait-elle ? Elle ne pratique pas la rémission des péchés. Car n’applaudir point, c’est à l’évidence lui manquer ; non véniellement, mais mortellement. Troubler de sa voix le chœur unanime des louangeurs modernes, c’est-à-dire introduire fielleusement une note discordante dans l’hymne joué inlassablement en l’honneur de toutes les fiertés de la Terre, est-il seulement un crime plus grave ?

On interprète généralement cette photomanie, et ses avatars selfiesques tout particulièrement, sous l’angle du narcissisme, c’est-à-dire d’un amour excessif porté à soi-même ; je voudrais précisément vous proposer une explication absolument inverse

Dans une modernité ne tolérant plus rien qu’elle-même à ses côtés (Philippe Muray) – ainsi qu’en témoigne le plaisir pris à convoquer le passé devant ses tribunaux, et à en instruire inlassablement le procès -, toute réprobation manifestée à son égard devient insoutenable par la contradiction qu’elle apporte. L’époque, et l’exhibitionniste numérique avec elle, ne veulent plus entendre, autour d’eux, qu’un concert d’assentiments donnés unanimement et sans réserves ; tout le reste, qui ne roule pas avec eux, est voué aux gémonies, dans l’attente impatiente de leur liquidation à venir.

Ô clergé catholique, ô survivance insupportable ! Tes confessionnaux sont vides ? C’est que ta voix dépare ! Que ne t’es-tu converti aux nouvelles Évangiles de l’esprit du temps ? Que n’as-tu accordé ton chant à la grande chorale des thuriféraires de la modernité ? Tout, dans la réserve que tu lui manifestes, te condamne évidemment ; car les zélotes contemporains sont priés d’être ardents. Ô Eglise de Rome, ô anachronisme invraisemblable ! Que n’apprends-tu à liker les confidences que l’on te fait ? Que t’acharnes-tu à soupeser la part de péchés qu’elles comportent ? Que n’ouvres-tu tes isoloirs à tous les vents, et ne lèves-tu ton pouce à tous les récits ? Ô prêtre, l’esprit critique dans lequel tu t’enfermes est un autre réduit tout aussi promis à disparaître que ces loges de bois dans lesquelles tu continues encore de recevoir les confessions

Mais d’où nous vient cet impérieux besoin de l’acquiescement d’autrui ? Et surtout, pourquoi sa nécessité intérieure ne cesse-t-elle de se renforcer dans une époque n’ayant pourtant de cesse de proclamer combien il importe d’en faire fi, pour s’accepter et s’affirmer dans la vérité pure de son être authentique ? 

Le doute affirmatif de Descartes

Dans son Discours de la méthode, Descartes écrivait : « enfin, considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons étant éveillés nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune pour lors qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et remarquant que cette vérité : Je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »

Nous n’en sommes plus là. Le doute de Descartes continue de nous parler ; mais les affirmations, ou les réaffirmations, auxquelles il le conduit, nous deviennent inaudibles. De son exercice, nous ne ressortons pas plein d’une assurance nouvelle ; mais saisis, au contraire, dans un état d’incertitude spectral et glacé.

Requiem pour un cogito

Pour le physicien et mathématicien français, l’exercice méthodique du doute commençait certes par mettre à nu et par saper jusqu’aux radiers des édifices philosophiques et spirituels, mais il ne se terminait jamais, pour ceux qu’il conservait, sans leur avoir redonné des assises plus épaisses et mieux fondées que celles sur lesquelles ils s’appuyaient précédemment. Les anciennes vérités qui survivaient à son examen devaient précisément en ressortir plus fermes et assurées qu’elles ne l’avaient abordé, telles des lames d’acier retrempées par leur immersion brutale dans les eaux glacées de leur possible évanescence. Par sa pratique, Descartes inventait un baptême dans l’ordre de l’esprit, un plongeon dans le nouveau Jourdain du Doute, ayant les mêmes vertus lustrales, et la même dynamique de mort puis de renaissance à une vie nouvelle et éternelle.

Telle n’est plus l’expérience que nous en faisons. En nous, un doute cosmique et ontologique continue certes de travailler, mais il ne débouche plus sur rien, il n’accouche plus d’aucune affirmation. Descartes, doutant de tout, y compris de sa propre existence, ressortait du bain gelé dans lequel il s’était lui-même immergé avec l’assurance ferme du cogito, ergo sum. Mais sur nous, cette certitude n’agit plus : l’homme du 21ème siècle peine de plus en plus à se convaincre de sa réalité ontologique. Suis-je ? se demande-t-il anxieusement ; et aucune réponse décisive ne lui vient. 

Les documentalistes de nos propres existences

La vie moderne tend à faire de nous les photos-reporters de nos propres vies. Grâce à nos téléphones portables – toujours à portée de main, sinon perpétuellement dégainés -, chacun peut en effet devenir, à défaut de héros, le cameraman de sa propre existence. C’est ainsi qu’on voit fleurir, dans la rue comme sur les réseaux, ces sortes de bourgeons terminaux de l’humanité que sont ces individus attachés à photographier, archiver et rapporter le moindre de leurs faits et gestes. 

Qui donc exige d’eux ce compte-rendu de leurs journées, détaillé jusqu’à l’absurde ? suis-je systématiquement amené à me demander. Auprès de quelle administration terriblement pointilleuse leur faut-il se justifier, minute par minute, voire seconde par seconde, du juste emploi de leur temps libre ? Prévoient-ils de présenter leurs clichés à St-Pierre, au cas où leur situation serait litigieuse – y a-t-il seulement, d’ailleurs, une cour d’appel au Purgatoire ? – Oui, décidément, pauvres serveurs informatiques, reconvertis en décharges numériques pour derniers hommes, contraints d’héberger la documentation pléthorique de leurs ultimes clignements d’yeux.

La numérisation de l’Être, dernière station avant sa disparition complète

On interprète généralement cette photomanie, et ses avatars selfiesques tout particulièrement, sous l’angle du narcissisme, c’est-à-dire d’un amour excessif porté à soi-même ; je voudrais précisément vous proposer une explication absolument inverse. Le frénétique du cliché n’est pas un infatué du Moi, c’est un anémié de l’Être ; il n’est pas obnubilé par la contemplation de son visage dans le miroir aqueux, il sent confusément la fragilité du reflet que lui renvoie sa glace. 

S’il mitraille tout ce qui bouge, et son visage au premier plan, c’est qu’il s’escrime désespérément à combattre le dépérissement de sa réalité par son archivage sous forme de mégapixels ; de ses images, il attend véritablement qu’elles le substantifient. Tel est l’état, pathétique certes, auquel il est réduit : sa propre existence lui fait l’effet d’un songe. Il se sent s’effilocher tel un nuage, se délitant par poignées cotonneuses. S’il photographie heure par heure sa journée, ce n’est donc pas par narcissisme, c’est pour apaiser une angoisse qui le ronge : la nuit venue, toutes ces activités, il ne sera plus bien sûr de ne les avoir pas rêvées. Pour le dire autrement, les images qu’il produit à la chaîne sont les preuves qu’il accumule en vue d’un procès en irréalité qu’il redoute qu’on lui intente, parce qu’à vrai dire, il ne se sent pas très sûr de le gagner. 

Ô, poussière d’homme, c’est en vain que tu t’essaies à remplumer ta carcasse existentielle avec la viande sans consistance de tes clichés ! Tu es pareil à ces temples de l’antique cité de Palmyre, qui ne subsistent plus que sous forme hologrammique. Eux aussi, il a fallu s’empresser de les imager en 3 dimensions ; car la numérisation de l’Être est la dernière station qui précède sa disparition complète. Tu vas bientôt t’évanouir, sans qu’une onde même ne vienne rider les eaux étales du monde ; tes photos sont l’infime remous par lesquelles tu espères signaler que tu fus un jour. Ô photo-reporter de ta propre vie, cela ne suffira pourtant pas…

L’ère du post-cogito : je poste, donc je suis. Mendicité ontologique et déficit d’Être

Tel est le post-cartésianisme moderne : un renversement des valeurs ; plus précisément, un bouleversement de la hiérarchie du certain. Le philosophe français, regardant par la fenêtre, pouvait se demander si les silhouettes qu’il voyait évoluer dans la rue n’étaient pas que des capes et des chapeaux juchés sur des ressorts ; son existence propre était attestée par l’interrogation même qui lui venait à l’esprit. Avec l’entrée dans le post-cogito, la configuration s’inverse douloureusement : la consistance d’autrui devient le fait établi ; la nôtre le point douteux. Nos ancêtres du 17ème siècle pouvaient exiger d’un tiers la preuve de sa réalité ; nous en sommes réduits à lui quémander quelque indice de la nôtre.  

Car oui, ne nous méprenons pas, notre pratique des réseaux sociaux est une mendicité ontologique ; on y part en quête des piécettes d’Être que nos semblables veulent bien nous jeter. Mais de ces richesses-ci, personne n’est opulent : la désertification spirituelle est un changement climatique qui n’a pas attendu 2050, et la famine des âmes qui en résulte ne méconnaît aucune bourse. La lutte pour l’existence ne se déroule plus désormais qu’entre miséreux ; aussi cette mendicité ne pourra-t-elle pas trouver à s’exercer encore bien longtemps. Déjà, l’on sent se profiler le cannibalisme ontologique qui lui succédera, bataille de spectres pour se dérober un peu d’Être, conflit entre statues incomplètes ne cessant de se chiper les unes les autres les membres qui leur manquent. Ici, je songe à la phrase de de Gaulle, commentant le conflit armé de 63 entre le Maroc et l’Algérie : « il fallait bien qu’ils essaient de se chaparder un peu de sable »…

Ô ombres d’hommes, réduits à la lutte pour votre parcelle de Sahara ! Ô fantômes déliquescents, ectoplasmes tremblants ! Une brise un peu forte disperserait votre éther. Où sont donc passés les êtres qui tenaient par grand vent, et dont l’échine ne gîtait pas sous l’assaut furieux des bourrasques de l’Histoire ? Ô djinns émaciés, génies évanescents ! Qu’avez-vous fait de la flamme originelle dont vous fûtes jadis tirés ? Contemplez-vous donc, bûchers pour cheminées électriques, brasiers brûlant sans réchauffer ! Vous n’êtes plus que des cendres pâles, jetées sur du papier glacé…

Le désarroi de l’individu nu

Par ce qui s’apparente à une nécessité psychique, l’immortalisation des existences progresse ainsi à mesure que la vie se retire. En ce sens, le selfie stick est moins une perche qu’il n’est une canne ; son addition n’élève pas au Surhomme, elle pallie une ontologie vacillante. Cessons donc de voir dans l’égoportrait le triomphe de l’individu tout-puisssant ; sous ces apparences de narcissisme, c’est le désarroi de l’individu nu qu’il faut apprendre à lire…

Transition énergétique: rouvrir Fessenheim avant qu’il ne soit trop tard!

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Salle de commandes du réacteur numéro 1 de Fessenheim / Image d'archive © M.ASTAR/SIPA Numéro de reportage: 00741701_000005

«Moi, j’ai besoin du nucléaire», affirme le Président de la République lors de son interview à Brut vendredi dernier. Chiche, lui répondons-nous ! Une tribune libre de Laurence Trochu, Présidente du Mouvement Conservateur Sens Commun, Conseillère départementale des Yvelines.


Dans un contexte d’urgence climatique et de profonde crise économique, nous demandons que le gouvernement revienne sur la décision de fermeture de la centrale de Fessenheim, par l’arrêt immédiat du démantèlement et le redémarrage au plus tôt de ses deux réacteurs.

En effet, la mise à l’arrêt des réacteurs de la centrale a seulement conduit à interrompre sa production électronucléaire. L’arrêt définitif n’est pas encore effectif mais le sera dans plusieurs mois, lorsque les opérations menées actuellement auront conduit à rendre cet arrêt physiquement irréversible, probablement lors de la seconde moitié de l’année 2021. C’est pour des raisons purement électoralistes, remontant à 2012, et aucunement scientifiques, que les deux réacteurs de Fessenheim ont été mis à l’arrêt en février puis juin 2020, malgré d’importants travaux de modernisation permettant à la centrale d’atteindre un niveau de sûreté supérieur à la moyenne nationale, selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Il est donc encore temps de mettre fin à l’obscurantisme vert auquel se sont enchaînés François Hollande puis Emmanuel Macron pour récupérer les voix des écologistes.

Sécurisons notre approvisionnement électrique

La France, jusqu’à présent très faible émettrice de CO² d’origine électrique, a dû rallumer dès le mois de septembre ses quatre dernières centrales à charbon pour assurer notre approvisionnement d’électricité en l’absence de vent et de soleil lors des pics de consommation. Près de deux tiers de la puissance totale de ces centrales à charbon, fortes émettrices de CO², correspondent à la puissance des deux réacteurs nucléaires de la centrale de Fessenheim ! Avec la fermeture des quatre centrales thermiques programmée en 2022, la France aura perdu 5 GW de puissance pilotable, augmentant par la même occasion le risque de microcoupures, voire de blackout, comme nous nous apprêtons à le vivre cet hiver.

A lire aussi: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

Réduisons instantanément nos émissions de carbone

En mai 2019, l’AIEA (Agence Internationale pour l’Énergie Atomique) publiait un rapport qui « recommande des actions gouvernementales dans le but de maintenir la production des centrales nucléaires existantes tant que la sûreté peut être démontrée, de soutenir la construction de nouvelles centrales nucléaires et d’encourager le développement de nouvelles technologies nucléaires » pour parvenir à atteindre les objectifs ambitieux de l’Accord de Paris, ou au moins à s’en approcher. N’oublions pas que dans sa décision du 19 novembre 2020, dit « Grande Synthe », le Conseil d’État a donné trois mois au gouvernement pour prouver qu’il tiendra son engagement de limiter les gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030. Comment compte-t-il s’y prendre lorsque la fermeture de deux réacteurs nucléaires, pilotables et bas carbone, entraine le redémarrage de centrales à charbon fortement émettrices de CO² (820 CO²/kWh contre 12 g CO²/kWh pour les centrales nucléaires françaises) ? Pourquoi s’entête-t-il à vouloir réduire à 50% le parc nucléaire alors qu’il faudrait pour cela ouvrir 20 centrales à gaz, contraires à nos objectifs climatiques ?

Évitons les dépenses inutiles

Du fait du préjudice résultant de la fermeture anticipée de la centrale, dont la construction est pourtant amortie, l’État doit verser à EDF des indemnités dont la part fixe s’élève à 370 millions d’euros, à laquelle s’ajoute une part variable calculée selon les bénéfices manqués par l’entreprise jusqu’en 2041, fin de vie théorique de la centrale. Cette somme, issue directement de la poche du contribuable, ne pourrait-elle pas être utilement investie ailleurs ?

La France n’a pas les moyens de payer de nouvelles indemnités lors de la fermeture anticipée d’autres tranches nucléaires, sources stables et bas carbone.

Préparons l’avenir

Le Mouvement Conservateur Sens Commun demande à Emmanuel Macron qu’il soit à la hauteur de la responsabilité de la France, pays qui lui a été confié pour nous conduire vers des améliorations. Un entêtement à détruire ce qui a fait ses preuves serait l’œuvre d’un progressisme idéologique bien éloigné du progrès qu’il prétend incarner.

De même, pour anticiper le nécessaire renouvellement de nos actuelles centrales et passer le cap des 40 ans d’ici 2040, la Société française de l’énergie nucléaire enjoint à construire de nouveaux réacteurs. Il est donc grand temps d’investir à nouveau dans la recherche sur la technologie du neutron rapide. Super Phénix a été scandaleusement fermée en 1997 et le projet Astrid stoppé net en 2019 alors que 738 millions d’euros avaient déjà été déployés. Pendant ce temps, Russes et Chinois continuent leurs essais sur cette technique permettant de réutiliser les matières radioactives issues de la production du parc nucléaire actuel pour résoudre le problème du stockage des déchets nucléaires.

En faisant preuve de discernement paré de pragmatisme, on pourrait enfin éviter à la France de s’enfoncer davantage encore dans l’impasse stratégique, écologique et financière qui l’affaiblit et ruine les Français.

Macron: les mimiques de Sarkozy, le discours de Taubira

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Rémy Buisine, journaliste au média en ligne Brut, et Emmanuel Macron. © Captures d'écran du compte Youtube de Brut

Sur le média en ligne Brut, Emmanuel Macron est tombé dans la plus vile démagogie. Ses propos viennent légitimer les discours racialistes qui rebutent la majorité des électeurs de droite. 


Emmanuel Macron a le don d’ubiquité. Il est ici, à droite pour les naïfs, et là, à gauche pour les « jeunes » qu’il a entrepris de séduire en accordant un long entretien à Brut et son journaliste Rémy Buisine, autodidacte n’ayant pas eu son baccalauréat et ancien gagnant de l’émission de téléréalité The Social Rush sur Direct Star. Le président de la République aura donc passé deux heures à jouer au « bon flic », cédant sur à peu près tous les sujets régaliens et identitaires que les internautes lui ont soumis.

Les policiers ne sont pas tous des Brut

Sur le média Brut, que son créateur Renaud Le Van Kim définit comme une entreprise cherchant à « attirer une génération nouvelle de consommateur d’infos », Emmanuel Macron a viré la barre à gauche toute, s’aventurant sur des terres progressistes nourries à la victimisation larmoyante qu’il désertait pourtant depuis quelques semaines. « Il y a une défiance entre la population et la police dans les quartiers difficiles. Quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé car on est identifié comme étant un facteur de risque », a ainsi dit le président. A-t-il été poussé à adopter cette position étonnante par Christophe Castaner – son grand ami qui s’était mis à genoux devant la famille Traoré et l’émotion suscitée par la mort de George Floyd aux Etats-Unis – ? L’un et l’autre ont en tout cas réussi à se mettre à dos les syndicats de policiers, après avoir toutefois tenté de les flatter.

A lire aussi, Philippe Bilger: Pendant que Macron parle aux jeunes, la crise de l’autorité s’accentue

Emmanuel Macron a accrédité l’idée voulant que les Français soient « contrôlés au faciès ». De fait, les passants sont contrôlés en fonction d’indices de leur potentiel criminel. Un père de famille chargé de sacs de courses avec un enfant aura moins de chance d’être contrôlé qu’un adolescent au volant d’une berline allemande, un homme ivre, des personnes cagoulées à proximité d’une émeute ou une bande de jeunes sentant le cannabis à trois kilomètres à la ronde. Mais passons, nous pourrons vite en finir avec ces « injustices » une fois créée la plate-forme internet gérée par l’État, le Défenseur des Droits et les associations comme la Licra pour dénoncer les discriminations… De quoi pousser les policiers à enfin lancer une grève du zèle, consistant à ne plus contrôler personne et surtout pas les personnes susceptibles de commettre des crimes ou des actes de délinquance. L’appel a été lancé par les principaux syndicats de la police, légitimement outrés par la parole présidentielle.

Macron cajole une certaine jeunesse

On pouvait croire qu’Emmanuel Macron s’en tiendrait à l’actualité la plus brûlante ou botterait en touche pour éluder les questions les plus absurdes des internautes de Brut, censément représentatifs de la jeunesse. Que nenni. Ses propos sur les contrôles policiers n’étaient malheureusement que le prélude d’une longue descente aux enfers indigéno-diversitaires. Tombant dans le piège de l’idée voulant que la France soit frappée par un « racisme systémique », Emmanuel Macron a confondu sciemment la jeunesse de France avec les « noirs et les arabes » qu’il a nommément désignés sous ces vocables. Une génération qu’il ne voit pas « déboussolée mais en quête de sens »… Une quête de sens à laquelle Emmanuel Macron répondra en débaptisant des rues et en déboulonnant des statues … tout en se défendant d’adhérer à la « cancel culture » (il n’y a manifestement rien compris).

Le président appelle ainsi à identifier « 300 à 500 noms de personnalités noires et arabes pour les honorer dans l’espace public ». Quid de la communauté des gens du voyage (diverse et multiple en soi) ? Des asiatiques ? Des Français d’origine portugaise ? Espagnole ? Italienne ? Polonaise ? Ils ne crient pas assez ? Ne font pas assez d’attentats ? Ne rappent pas suffisamment fort dans le poste ? Certains d’entre eux ont tapé dans le ballon assez correctement avant Zidane et M’Bappé, à l’image de Kopa, Fernandez et Platini. Sorte de synthèse mal née du pire de Nicolas Sarkozy et de Christiane Taubira, Emmanuel Macron s’est prêté à un jeu dangereux à l’heure du terrorisme, de l’hyper-délinquance et des émeutes. Un jeu dont il n’est pas ressorti grandi. Un exemple : interrogé sur l’affaire Mila, Emmanuel Macron a commencé sa réponse en citant la très ancienne affaire Mennel, jeune femme aujourd’hui conspuée depuis qu’elle a décidé de ne plus porter le voile !

En allant chez Brut, Macron abaisse la fonction présidentielle

Mûr pour les vidéos tik-tok, les lives sur Twitch et peut-être même les sextapes sur Onlyfans ?

En abaissant la fonction présidentielle à un exercice aussi cynique, qu’il n’a pas su maîtriser, ne comprenant semble-t-il rien à son propre pays, Emmanuel Macron a douché les espoirs des quelques optimistes de droite qui pensaient avoir trouvé en lui un homme qui, s’il n’était pas de leur famille, semblait au moins gagné par la raison la plus élémentaire. Durant ces deux longues heures, Emmanuel Macron a parlé de précarité menstruelle (au sens de menstrues), des banlieues qu’il faut encore arroser d’argent alors que ça ne sert à rien, des méchants policiers et des gentils immigrés.

A lire aussi, Yves Mamou: Contrôle au faciès: la légende noire de la police française

Rien sur l’emploi, la ruralité, les villes moyennes, le spectacle vivant, la sécurité ou les traditions. Rien de rien. Des commentateurs ont prétendu qu’il n’a pas pu le faire, se contentant de répondre aux questions qui lui étaient posées. C’est faux. Il aurait pu dévier, détourner ses interlocuteurs. Il n’en avait tout simplement pas envie.

Un moment fut même glaçant, terrible. Appelé à définir ce qu’était « être Français » ; Emmanuel Macron a répondu que cela revenait à « participer à un projet de société », ajoutant qu’il fallait adhérer aux valeurs de notre « pays monde nourri des cultures de tous les continents ».

Le non du peuple

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