Si voir un film vous racontant qu’il n’est pas facile d’être banlieusarde musulmane et lesbienne vous dit…
« Tu vas l’avoir ton bac, inch Allah ! », se moque un élève. Fatima, petite dernière des trois sœurs élevées par leur maman maghrébine (papa est peu présent) dans une barre d’immeuble, théâtre familier des banlieues dites ‘’sensibles’’, suit sagement sa Terminale, classe peuplée d’une meute bigarrée, graveleuse et quasi-analphabète, typique de la jeune pousse hexagonale d’aujourd’hui.
Pieuse, la demoiselle se refuse obstinément aux avances timorées du chaste chevalier servant, son jeune coreligionnaire enamouré, lequel rêve juste noce et procréation à la clef. C’est que la belle et ombrageuse Fatima, footballeuse à ses heures malgré les crises d’asthme dont elle est assaillie depuis l’enfance, dissimule le secret de sa vie: elle arde pour les filles et non pour les garçons. Sacrifiant aux sites de rencontres, la voilà, croit-elle, sur le chemin de l’émancipation (quitte à mentir systématiquement à la question sempiternelle qu’on lui fait : « – tu es de quelle origine ? », elle se prétend tour à tour Egyptienne, Algérienne, Marocaine)… Hélas, Fatima ne tombe décidément jamais sur la bonne – une femme mûre débauchée, une Coréenne dépressive…
Passe l’été: le film nous a propulsé en automne. Fatima, ayant intégré la fac de philo, s’est liée avec quelques jeunes congénères de mœurs légères. (Reste assez douteuse, dans le film, la vraisemblance de cette teuf bisexuelle en appartement, à laquelle se joindra l’héroïne – mais passons.) Pour se forcer à rentrer dans la norme, elle retente le coup avec son soupirant: échec prévisible. Prévaut la loi du silence, dans cet environnement socio-confessionnel hostile, où même l’imam de la Mosquée de Paris, consulté par elle dans les larmes, s’avère incapable de lui tenir un autre discours que celui, formaté, de la- nature- qui- fait- bien- les-choses et de la vertu de la prière pour regagner le droit chemin tracé par le prophète : le lesbianisme n’est pas soluble dans le décalogue. Quant à maman, elle ne comprendrait pas, pense (à tort) Fatima. Bref, ni la famille ni la foi ne viendront-elles à son secours ? Dernier plan du film, Fatima pique obstinément des têtes dans le ballon rond.
Tiré parait-il d’un roman signé Fatima Daas, c’est le troisième long métrage de Hafsia Herzi, également comédienne – elle avait le rôle principal dans Borgo, thriller plutôt réussi de Stéphane Demoustier – où jouait également Michel Fau. La crudité vaguement écœurante et quelque peu forcée de La petite dernière serait rédhibitoire si la douceur, l’émouvante beauté juvénile de Nadia Melliti, dans le rôle-titre, ne venait en tempérer le réalisme appuyé.
La « démocratie combative » (streitbare Demokratie) est une doctrine de la Constitution allemande qui permet à l’État de se défendre activement contre les ennemis de la démocratie, même quand ceux-ci utilisent les libertés démocratiques pour la détruire… Elle autorise ainsi des mesures comme l’interdiction de partis ou d’organisations anticonstitutionnels et la restriction de certains droits fondamentaux pour protéger l’Allemagne…
À Cologne, le 6 septembre, CDU, SPD, les Verts, Die Linke… sept partis politiques allemands en campagne électorale renouvelaient un « pacte d’équité » qui les engageait à taire toute critique de l’immigration. Sans surprise, le 14 septembre, l’AfD, ce parti anti-immigration créé en 2013, le seul qui n’avait pas signé le pacte d’équité, faisait un carton aux élections locales de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d’Allemagne de l’Ouest.
La « démocratie combative », doctrine inscrite dans la Constitution allemande de 1949, prévoit de tuer dans l’œuf toute atteinte aux institutions. Et s’appuie pour ce faire sur un arsenal législatif et institutionnel d’une efficacité toute germanique. Le code criminel punit incitation à la rébellion et diffamation de la classe politique. Le Bureau de protection de la Constitution débusque toute activité potentiellement antidémocratique. Les lois contre les discours de haine se sont corsées pour bâillonner tout propos dissident à consonance populiste, d’extrême droite, islamophobe.
Ainsi la liberté d’expression, garantie par la Constitution, est-elle sapée pour protéger… la Constitution. « De plus en plus de citoyens sont punis de lourdes amendes voire de peines de prison pour propos délictueux. Le cas le plus emblématique est celui de Michael Stürzenberger, critique radical de l’islam politique, condamné pour propos islamophobes après avoir été lui-même gravement blessé lors de l’attentat islamiste de Mannheim en mai 2024 », note Sabine Beppler-Spahl, présidente du Freiblickinstitut, groupe de réflexion berlinois dédié à la défense de la liberté d’expression. Attentat au cours duquel un Afghan avait poignardé quatre personnes et tué un officier de police. Les procureurs épluchent les propos en ligne, constituent des dossiers, diligentent des raids à l’aube chez les auteurs de propos illicites, avec confiscation d’ordinateur et de téléphone. « On commence par vouloir la justice et on finit par organiser une police », écrivait Camus, dans Les Justes). En attendant, on dirait bien que la « démocratie combative », c’est la démocratie contre le peuple !
Des gestes plus ou moins républicains, plus ou moins démocratiques
Voilà que M. Mélenchon, décidément au mieux de sa forme, érige le doigt d’honneur en argument politique opposable aux journalistes qui auraient l’incroyable audace de ne pas se prosterner devant lui, qui se permettraient de trouver à redire sur ses inepties à répétition, qui oseraient ne pas apprécier les saillies insultantes, méprisantes dont, de plus en plus, il se plaît à émailler ses diatribes : « Vous ne savez pas, taisez-vous. Quand on est ce que vous êtes, on ne peut pas comprendre… » etc., etc.
C'était très tendu entre Jean-Luc Mélenchon et Benjamin Duhamel sur France Inter ce matin. Mais avez-vous vu ce doigt d'honneur ? pic.twitter.com/tOn2hmRxuC
Et puis, il y a M. Lecornu qui, quant à lui, met en œuvre une forme nouvelle de politique, quelque chose qui doit être selon lui en parfaite cohérence avec la rupture promise, la politique au doigt mouillé. Sauf que – pardon pour la rupture – c’est ce que nous avons en France depuis l’avènement de sa majesté Macron premier. D’aucuns pensaient avoir élu un président de la République, ils se retrouvent avec une ombre, un pâle Résident de la République… Le pauvre en est réduit aux jeux de rôles afin de tenter de se persuader que le plan Trump pour Gaza est en fait le sien, se persuader aussi qu’il pèse tout de même un peu plus qu’une cacahuète dans le concert des nations. On lui souhaite malgré tout d’avoir encore une once d’autorité chez lui, les portes et fenêtres de son logis refermées, parce que c’est bien là le seul endroit où il peut se bercer de l’illusion d’en exercer une quelconque. Après tout, il n’est pas impossible, que animée d’une bienveillance quasi maternelle, Madame la première Dame veuille bien faire comme si… Qu’elle en soit félicitée.
Cela dit, nous ne nous sentons pas tenus, nous autres, à autant de mansuétude. Nous, Français, citoyens, électeurs, contribuables, qui sommes en droit d’interpréter la plupart des initiatives, des comportements de ce Résident comme à peu près autant de doigts d’honneurs qui nous sont adressés. Quand Donald Trump le charrie, quand il pointe son obsession puérile de jouer des coudes pour se retrouver en bonne place sur la photo, il lui met certes une claque, mais c’est surtout nous qui la recevons. Car ce Résident est devenu au fil du temps une humiliation pour la France, et donc pour nous, chacun d’entre nous. On pourrait ricaner, si ce n’était si triste.
Les deux font la paire
Et puis, il y a son prédécesseur, empêché de se représenter à la magistrature suprême pour cause de bilan calamiteux et d’incapacité avérée mais qui, tout content de lui, tout replet de contentement, tout rose d’auto-satisfaction, applaudit sur son banc de député à l’hallali de sa propre réforme, celle dont il était si fier quand il avait éventuellement encore une petite idée de ce que le sentiment de fierté peut être. En l’occurrence, magistral doigt d’honneur adressé à ses électeurs, sa majorité, sa ministre d’alors, Mme Touraine.
Bref, eux deux, le Résident et le Retoqué, font la paire.
Et puis, dans ce registre du doigt d’honneur, il y a cette juge qui, nous dit-on, se situerait dans la mouvance du Syndicat de la Magistrature. Peut-être même y aurait-elle assumé des fonctions importantes. Oui, doigt d’honneur de la part de cette femme, mais, paradoxalement, contre ses propres convictions, contre les principes mêmes qu’elle et ses confrères de la paroisse précitée défendent bec et oncles depuis des lustres, depuis notamment 1985 où ledit syndicat prévoyait à terme l’abolition pure et simple des peines de prison, l’incarcération n’étant, selon sa doctrine, qu’une odieuse survivance des temps barbares où l’on pensait que punir avait encore du sens. Et pourtant, par le biais d’un jugement pour le moins sujet à interprétations, un ancien président de la République, ancien Chef de l’État, de notre État, va bel et bien s’y retrouver, en taule. Un président élu en son temps au suffrage universel par le peuple de France. Certes la légitimité électorale ne saurait impliquer l’impunité. Mais, il me semble qu’elle implique un certain sens de la mesure, ainsi que des égards. Si l’instance judiciaire ne souhaite pas les respecter, ces égards, pour la personne jugée, qu’elle se l’impose au moins pour la légitimité électorale incarnée. En d’autres termes, pour le citoyen, pour le corps électoral, bref pour le peuple de France. Tout simplement. Faire franchir les portes de la prison – et pour si peu – à un ancien président de notre République, c’est, qu’on le veuille ou non, un doigt d’honneur qu’on fait à la démocratie. Ni plus, ni moins.
Pour tout dire, entre doigt mouillé et doigts d’honneur cela fait beaucoup pour un seul et même pays, un seul et même peuple. Il paraît que nous adorons battre des records. Toutes sortes de records. Nous sommes donc en très bonne voie. C’est mon petit doigt mouillé qui me le dit. Alors…
Israël / Palestine: l’Histoire n’obéit pas à des logiques morales ou théologiques; elle est tragique, rappelle Charles Rojzman dans ce texte. Alors que les Israéliens luttent pour exister dans le réel, les Palestiniens se consument dans le mythe, la défaite et la revanche…
« L’histoire n’est pas le règne du bien, mais celui du possible. » — Raymond Aron
« Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre. » — Spinoza
Le conflit israélo-palestinien est devenu le théâtre symbolique de toutes nos confusions morales et politiques. Il ne s’agit plus seulement d’un affrontement territorial : c’est une lutte d’interprétations, un combat entre le mythe et le réel.
Chaque camp revendique une légitimité absolue, enracinée dans la mémoire, la foi ou la souffrance, et chacun refuse d’admettre que l’histoire ne s’écrit pas selon les droits mais selon les forces.
Ce conflit traverse jusqu’au cœur du monde juif.
Certains défendent Israël avec une ardeur intransigeante, comme si le destin du peuple juif tout entier dépendait de chaque opération militaire. D’autres, plus rares, s’identifient aux Palestiniens, croyant prolonger ainsi la vocation prophétique d’un judaïsme moral, universel, héritier de l’expérience des persécutions. Mais tous, à des degrés divers, sont pris dans la même tension : celle d’un peuple à la fois dans le mythe et dans le réel.
Car nul peuple n’a autant incarné cette ambivalence. Les Juifs portent dans leur histoire le souvenir d’une promesse divine, d’une élection fondatrice — le mythe d’un lien indestructible entre un peuple et une terre. Mais ils sont aussi, depuis des millénaires, le peuple de l’exil, de la dispersion, de la négociation avec le monde tel qu’il est. Ils ont appris à vivre sans pouvoir, à survivre par l’intelligence, la mémoire et la parole — c’est-à-dire à inscrire la transcendance dans le réel. Leur retour sur la scène politique du monde, avec la création d’Israël, les a contraints à affronter à nouveau cette dualité : redevenir un peuple d’histoire, et non seulement un peuple de mémoire.
C’est pourquoi l’argument religieux ou moral ne peut suffire à justifier Israël. Invoquer la promesse biblique, c’est oublier que l’histoire ne se fonde pas sur les textes mais sur les faits. Les Arabes, de leur côté, revendiquent à leur tour une antériorité millénaire, tout aussi mythifiée. Ainsi, les deux se font miroir : chacun s’appuie sur la transcendance pour nier la légitimité de l’autre. Le débat s’enlise dans le sacré, et le politique disparaît. Or l’histoire obéit à une autre logique. Elle n’est pas morale, elle n’est pas théologique : elle est tragique. Les nations naissent, vivent et meurent par la force, par la victoire ou la défaite, par le déplacement et la reconstruction. C’est là le mouvement même du monde.
Si l’Alsace est française, c’est parce que l’Allemagne a perdu. Si la Prusse orientale et la Silésie sont devenues polonaises, c’est parce que les vainqueurs de 1945 en ont décidé ainsi, et que des millions d’Allemands ont dû quitter leurs maisons, leurs chemins de fer, leurs cimetières. Les Grecs d’Asie Mineure furent expulsés d’Anatolie malgré deux millénaires de présence. Les Juifs des pays arabes, du Maroc à l’Irak, durent fuir après 1948, abandonnant leurs biens, leurs langues, leurs souvenirs. Partout, l’histoire a tranché sans pitié. Aucune de ces tragédies n’a trouvé de réparation, mais toutes ont trouvé un avenir : la reconstruction ailleurs, autrement.
Le droit vient après la victoire, jamais avant. Il ne crée pas la légitimité, il la consacre. C’est pourquoi la question israélo-palestinienne ne peut se résoudre par la morale. Elle suppose la reconnaissance de cette loi tragique : la politique n’est pas la recherche du bien, mais l’art de faire tenir ensemble les survivants de l’histoire.
Israël incarne, mieux qu’aucun autre pays, ce paradoxe : un peuple ancien, façonné par le mythe, qui a su faire retour dans le réel. Il vit dans la contradiction entre la promesse et la puissance, entre la mémoire et la souveraineté. C’est là sa grandeur et son tourment. Ses ennemis, eux, refusent le passage au réel : ils préfèrent la pureté de la cause à la complexité de la vie. Ils font de la défaite un destin et de la haine une identité.
Ce conflit ne se réduit donc pas à une opposition entre deux peuples, mais entre deux rapports au monde : ceux qui acceptent la réalité tragique de l’histoire et ceux qui s’enferment dans l’innocence imaginaire des victimes éternelles. Il ne s’agit pas d’excuser Israël ni de condamner les Palestiniens, mais de voir ce que chacun représente dans le théâtre du monde : l’un qui lutte pour exister dans le réel, l’autre qui se consume dans le mythe.
Sortir du religieux, retrouver le politique
Le drame de notre temps tient à la confusion du religieux, du moral et du politique. Nous persistons à croire que la justice des causes peut suppléer à la compréhension des faits. Mais l’histoire ne se rédime pas : elle s’assume.
Tant que la paix sera pensée comme réparation, elle restera prisonnière de la faute et de la vengeance. Le politique commence là où cesse la théologie de la souffrance. Il suppose qu’on regarde les peuples non pour ce qu’ils ont subi, mais pour ce qu’ils font. Israël n’est pas innocent, mais il est vivant. Et c’est peut-être là sa véritable justification : il incarne cette alliance difficile entre le mythe et le réel, entre la mémoire et l’action. Tant que l’humanité cherchera dans la religion ou la morale la solution de ses conflits politiques, elle restera dans cet âge infantile où l’on croit encore que Dieu ou la pureté peuvent effacer la tragédie du monde. La maturité des peuples commence quand ils acceptent d’habiter le réel — même quand celui-ci dément leurs rêves.
La paix, fragile et très incertaine, renaît après la libération des otages israéliens, fruit de la ténacité d’Israël et de la diplomatie de Donald Trump. L’absence de retour de certaines dépouilles n’est pas seulement une brèche dans les accords, c’est un aveu de culpabilité du Hamas dont finalement peu de monde s’émeut.
Pour les juifs, Sim’hat Torah est traditionnellement un jour de joie. Ce ne l’était plus depuis 2023. Ce l’est redevenu en 2025.
Pour beaucoup, dont j’étais, l’espoir de voir revenir ces vingt otages dont les services israéliens avaient annoncé qu’ils étaient encore vivants relevait de la prophylaxie émotionnelle et non du discours de la raison. Je pensais que la lente, prudente mais implacable avancée de l’armée israélienne à l’intérieur de Gaza ville pourrait aboutir à quelques libérations ponctuelles, avec des geôliers négociant ici ou là leur survie contre celle des otages qu’ils détenaient, mais comment envisager une libération complète ?
Noa Argamani retrouve son compagnon
Entre des militants du Hamas pour qui les otages étaient le billet de survie dont ils ne se sépareraient qu’au goutte à goutte et des ministres israéliens pour qui la destruction du mouvement terroriste, gage d’une meilleure sécurité pour Israël, importait plus que les destins individuels, il n’y avait pas d’échappatoire, d’autant qu’en deux ans, une seule opération militaire avait réussi, celle de juin 2024 où dans le camp de Nuseirat les commandos marins de la Shayetet et une unité du Yamam – dont un des chefs, Arnon Zamora, fut tué durant l’assaut – libérèrent quatre otages dont Noa Argamani.
Il y a deux semaines encore, peu d’Israéliens pensaient que la même Noa Argamani, symbole du 7-Octobre avec la video de son enlèvement en moto, pourrait retrouver vivant son compagnon Avinatan Or, dont on n’avait strictement aucune nouvelle. Ce fut pourtant le cas.
Exiger et surtout obtenir que, en préalable à toute négociation, tous les otages israéliens soient libérés a changé Israël, le peuple juif et tous ceux qui l’ont soutenu. Les armes se sont tues, comme l’avaient promis dans le passé les Israéliens à un monde incrédule et de plus en plus hostile.
C’est Donald Trump par son sens des rapports de force qui a su imposer un plan avec des préalables pareils à ses interlocuteurs musulmans dont plusieurs étaient non seulement des soutiens avérés du Hamas, mais des dirigeants inspirés par la même idéologie, celle des Frères Musulmans.
Trump : des hommages justifiés
Il n’y a pas à tergiverser là-dessus, même pour ceux qui détestent le président américain, ses vantardises et ses «accommodements» avec la vérité. Il a été, et ses émissaires aussi, un exceptionnel défenseur d’Israël. Les hommages qu’il a reçus lors de sa visite en Israël en sont une reconnaissance justifiée.
Mais ce résultat n’aurait pas été possible si l’armée israélienne n’avait pas, en poursuivant son offensive, acculé le Hamas au bord de l’effondrement. C’est en grande partie Benjamin Netanyahu, beaucoup critiqué parce qu’il intensifiait une guerre dont on ne voyait pas les objectifs qui, par sa détermination, a conduit à ce collapsus. Il faut lui en rendre hommage, quoi qu’on pense de sa politique, de ses alliances, de ses responsabilités et de sa froideur émotionnelle.
Le Hamas prétend qu’il ne trouve pas les restes de 19 otages. Les services israéliens le contestent; ces services, soit dit en passant, ne s’étaient pas trompés dans les noms des otages survivants, ce qui montre leur efficacité et confirme que l’action de l’armée israélienne sur le terrain était compliquée par la crainte de nuire aux otages.
De ce fait, les Israéliens pensent que beaucoup de dépouilles ne sont pas rendues parce que les causes de la mort seraient trop facilement détectées par les médecins légistes. Car il s’agit d’hommes jeunes qui n’ont certainement pas tous été victimes des bombardements.
A titre de comparaison, sur les 251 otages enlevés par le Hamas, 103 sont morts en captivité, soit plus d’un tiers, alors que la mortalité de la population gazaouie, civils et militaires inclus, telle qu’indiquée par le fameux Ministère de la Santé du Hamas lui-même, est d’environ 3% de la population, soit dix fois moins.
Certains des morts sont des cadavres d’Israéliens que le Hamas a emportés comme trophées; tel était le cas de l’héroïque capitaine Daniel Perez, Juif religieux combattant dans l’armée israélienne, tombé le 7-Octobre et enterré hier au Mont Herzl de Jérusalem en présence de Matan Angrest, le seul survivant de son groupe de combat, libéré il y a trois jours. Mais des otages ont été assassinés à Gaza pendant qu’ils étaient en captivité. Ce fut le cas des enfants Bibas et probablement de bien d’autres.
Cela ne semble pas émouvoir grand monde alors que des centaines de prisonniers palestiniens dont beaucoup ont les mains couvertes de sang, iront après leur libération grossir les rangs du terrorisme. On imagine l’opprobre mondiale, parfaitement justifiée d’ailleurs, qui se serait abattue sur Israël s’il avait répondu que certains Palestiniens avaient disparu pendant qu’ils étaient dans ses prisons…
L’absence de retour des dépouilles n’est pas seulement une brèche dans les accords, une blessure nouvelle pour des familles endeuillées, c’est un aveu de culpabilité.
Dès le départ de l’armée israélienne on voit les militants du Hamas patrouiller dans certains secteurs de Gaza ville. Une vidéo montre des exécutions d’hommes agenouillés et abattus en public comme collaborateurs d’Israël. Des combats ont eu lieu avec des milices rivales qualifiées de gangs par les médias.
Erdogan hors-jeu ?
Donald Trump a rappelé à sa façon au Hamas qu’il devait se désarmer et le Centcom (Commandement central des États-Unis) a menacé d’intervenir. La route ne sera pas simple et certains des associés au plan de paix du président américain, tels le Qatar et la Turquie essaieront d’éviter au Hamas l’humiliation d’une reddition. Dans la force internationale que les Américains mettent en place, on dit que la Turquie sera absente, malgré les souhaits de Erdogan. Rappelons que celui-ci avait qualifié l’arraisonnement de la flottille pour Gaza, survenu sans la moindre effusion de sang, de symbole de la barbarie israélienne.
Que deviendra plus tard l’enclave où la reconstruction prendra de nombreuses années et où habite une population très nombreuse, jeune, traumatisée, humiliée, sans perspectives économiques claires et biberonnée à la haine anti-israélienne? Aucun Etat arabe n’en veut, en particulier l’Egypte qui serait pourtant le pays de rattachement naturel…
Les Israéliens savent qu’une force internationale privée de moyens et d’objectifs deviendra l’otage complaisant des factions terroristes qui l’entourent. L’exemple du Liban est probant et n’a pas échappé aux Américains qui ont rejeté la trop facile tentation onusienne.
Quant à l’option palestinienne pour Gaza, sous la houlette de Mahmoud Abbas, chacun sait, sauf le président français, qu’elle serait une garantie de chaos….
Cette guerre terrible laisse une population gazaouie dans une détresse dont le Hamas est le responsable et une population israélienne soulagée, divisée mais formidablement résiliente, avec un Etat d’Israël désormais honni à l’étranger en raison d’une propagande mensongère extrêmement efficace. Cet Etat a renforcé sa relation vitale avec les Etats Unis, mais des pays musulmans qui lui sont hostiles ont aussi l’oreille du président américain. L’axe du mal dirigé par l’Iran est très affaibli. Il n’est pas abattu. Il faut apprécier la trêve, et le poids qu’elle nous retire d’une sensation d’impuissance devant le martyre des otages et de leurs familles. La paix, elle, n’est pas encore là, mais au moins a-t-on désormais une possibilité réaliste de l’espérer…
« On va changer totalement le paradigme du ministère de la Justice. Au lieu de mettre l’accusé au centre, nous allons mettre la victime au centre » a affirmé Gérald Darmanin, sur LCI, mardi soir. Le garde des Sceaux a annoncé que les victimes seront désormais « notifiées » quand leur agresseur sort de prison. Cette instruction ministérielle prendra effet dès lundi prochain.
Gérald Darmanin annonce que les victimes seront notifiées lorsque leur agresseur sort de prison. D’abord, on ne dit pas les victimes sont « notifiées », mais il sera notifié aux victimes que. Cet anglicisme est logique : cette idée sort tout droit des séries policières américaines – dans lesquelles est récurrent le scénario où la victime apprend que son violeur/agresseur/tueur de proche sort de prison. Et généralement, il est resté malfaisant – ce qui témoigne d’une faible confiance dans la capacité de l’être humain à changer et dans celle de la Justice à réinsérer après avoir sanctionné.
Une attente légitime
Il est légitime que les victimes puissent suivre le parcours judiciaire du coupable. Et qu’elles puissent être reçues à leur demande par le Parquet, comme l’annonce également le ministre. Beaucoup disent qu’elles n’ont jamais aucune information, que personne ne s’enquiert de leur sort, que la Justice s’intéresse plus au coupable.
C’est possible, et ce n’est pas complètement anormal : le rôle de la Justice, c’est d’abord de sanctionner les coupables. C’est ça, la première réparation. Mais dans un Etat de droit, pour les sanctionner, on doit prouver (enfin normalement), donc les écouter conformément à nos règles fondamentales (contradictoire etc…). Ce qui me gêne, plus que les mesures concrètes satisfaisantes annoncées par le ministre, c’est donc l’emballage philosophique. Tout cela doit conduire, selon M. Darmanin, à mettre la victime, grande oubliée du système, au centre du système judiciaire.
Mais c’est normal, me répliquera-t-on. Non ! Fausse évidence ! C’est comme pour l’enfant au centre du système scolaire – cette philosophie pédagosiste qui a amené beaucoup de catastrophes… C’est une erreur de point de vue. La Justice est rendue au nom du peuple français, pas de la victime. Certes, le déclencheur c’est le préjudice, la souffrance causée. Mais ce n’est pas la victime qui apprécie le tort, fixe et exécute la peine. Un tiers qui est l’État s’interpose entre victime et coupable. Cela distingue la justice de la vengeance.
La mission première de la Justice, c’est d’abord protéger la société ; la réparation vient après. D’ailleurs, l’Etat poursuit même en l’absence de victimes (par exemple, lors d’un attentat raté) ou quand la victime est une personne morale (par exemple, dans le cas d’un abus de bien social).
Effets secondaires
La sacralisation de la victime a des effets délétères sur la société. Victime devient un statut social dont on ne se sort plus, voire un sujet de gloire (on veut les panthéoniser, on admire leur courage…).
Au lieu d’encourager les gens à se relever, on leur serine avec une gourmandise morbide à longueur de journées que leur trauma est irréparable (« votre vie est foutue et votre violeur va sortir… ») N’écoutons plus ces mauvais psychanalystes ! Non, ta vie n’est pas finie parce que tu as été violée. L’encouragement à la plainte engendre une société de plaintifs. Et se plaindre n’a jamais aidé personne.
Toute une partie de l’opinion estime que Bruno Retailleau est parti sur un coup de tête, et lui reproche d’avoir fait tomber le gouvernement. Désormais, M. Lecornu dirige l’exécutif avec les socialistes, abandonne la réforme des retraites et augmente les impôts… Mais non, l’ancien ministre de l’Intérieur n’est pas « détruit », défend notre chroniqueur…
Dans Le Canard enchaîné, on fait de l’esprit sur « une folle semaine où Macron s’est autodissous et Retailleau autodétruit ». Je vais laisser de côté le président de la République et contester l’appréciation négative portée sur l’ancien ministre de l’Intérieur et le toujours président du parti Les Républicains.
Wauquier-Retailleau, frères ennemis
Si j’insiste sur ce dernier plan, au sujet duquel sa victoire éclatante contre Laurent Wauquiez ne doit pas être oubliée, c’est qu’il m’a semblé que Bruno Retailleau, face à la multitude des nuisances aigres et politiques que le vaincu n’a cessé de lui adresser, a paru, dans un premier temps, éprouver une sorte de timidité pour « cheffer », d’autant plus que sa charge de ministre l’occupait déjà pleinement.
Depuis qu’il a quitté le gouvernement, dans les conditions que l’on sait, je pourrais me féliciter du fait que le parti, entre ses mains, avec le projet qu’il porte, contrairement aux oiseaux de mauvais augure, aux adversaires compulsifs et aux médias à la limite de la condescendance, va enfin forger une identité claire et vigoureuse, tenir une ligne cohérente et courageuse, avec à sa tête une personnalité d’une intégrité absolue, jamais contestée par quiconque. Je ne doute pas que, sorti des miasmes de ces derniers jours, Bruno Retailleau va comprendre que rien n’a changé dans son rapport avec la majorité de l’opinion publique, et que le fait de n’être plus ministre ne va pas obérer son avenir, qu’il soit candidat ou au service d’un autre qu’il aura choisi. Il me semble que sa liberté d’aujourd’hui va lui permettre de se consacrer à sa tâche capitale : créer, ou restaurer, une droite retrouvant l’estime publique non pas avec des promesses démesurées et démagogiques, mais avec la capacité de tenir les engagements plausibles et raisonnables qu’une pensée conservatrice se doit de cultiver.
Exclusions
Contre cette absurdité d’un président de parti qui n’a pas la main sur un groupe parlementaire dirigé par un brillant adversaire sans cesse rétif Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau a enfin résolu, devant l’attitude de ministres inconséquents et irresponsables, de les exclure des Républicains – et cette autorité doit être le premier signe d’une conscience collective qui n’a plus honte d’être elle-même – et de rappeler aux députés que la peur de l’élection ne sera jamais la meilleure solution parlementaire, ni une embellie démocratique.
Peut-on douter un seul instant de la validité du point de vue de Bruno Retailleau, en désaccord avec la non-censure prônée par Laurent Wauquiez ? Il pourfend à juste titre l’aval de la suspension de la loi sur les retraites, avec les conséquences financières et calamiteuses qui pourtant en résulteront, validation en totale contradiction avec la vision de la droite républicaine, laquelle tenait à cette distinction capitale avec le Rassemblement national ?
Comment donner tort à Bruno Retailleau qui, la France étant majoritairement à droite, constate – pour la déplorer – la défaite en rase campagne de Sébastien Lecornu qui, malgré une habileté apparente ayant cherché à faire croire que la crise était une opportunité, a offert aux socialistes ce qu’ils réclamaient haut et fort ? Après des relations à la fois masquées et officielles avec Olivier Faure, le Premier ministre a livré, sans combattre, une victoire sur les retraites aux socialistes – sans qu’on soit assuré d’une issue favorable pour eux jusqu’au bout – et probablement ouvert la voie à d’autres avancées catastrophiques, comme la taxe Zucman…
Derrière cette divergence capitale entre Bruno Retailleau (soutenu par les meilleurs de la droite, notamment David Lisnard et François-Xavier Bellamy) et Laurent Wauquiez et ses députés frileux, se cachent à la fois un conflit politique et une dispute morale.
Quand on est de droite, selon Bruno Retailleau, on n’a plus le droit de se trahir ni de faire n’importe quoi. Contrairement à tant d’autres qui ont moqué sa naïveté sans voir que cette perte de confiance en Sébastien Lecornu relevait plus d’une incrédulité humaine que d’un dépit politique, BR est plus que jamais en position de continuer à incarner l’espérance forte qu’il a portée comme ministre hier et comme président des Républicains aujourd’hui. Et demain, pas du tout « détruit », il sera un atout fabuleux pour la droite.
La motion déposée au Parlement par les Combattants pour la liberté économique (EFF) du député sud-africain Julius Malema, visant à retirer des espaces publics tous les monuments liés à l’apartheid et au colonialisme, a une nouvelle fois ranimé la fracture raciale qui traverse le pays
En Afrique du Sud, la mémoire reste un champ de bataille qui met continuellement en lumière les divisions qui opposent les communautés noires et blanches d’Afrique du Sud depuis la fin du régime d’apartheid (1994).
« Rappels matériels »
Une nouvelle fois, connu pour leurs positions radicales et diatribes anti-blanches, les Combattants pour la liberté économique (EFF) n’y sont pas allés par quatre chemins : statues du général et Premier ministre Louis Botha, du Président Paul Kruger, du fondateur du Cap Jan van Riebeeck ou encore le monument Voortrekker érigé à la gloire des Boers qui ont battu les Zoulous à la bataille de Blood River (1838)…, tous ces symboles doivent disparaître de l’espace public selon le mouvement du député Julius Malema. Aux yeux de l’EFF, ils ne sont pas des témoins neutres de l’histoire, mais des rappels permanents de l’oppression raciale vécue par la majorité noire.
« Ce ne sont pas des symboles neutres de l’histoire. Ce sont des monuments du colonialisme et des rappels matériels que, bien que le régime politique de l’apartheid ait été officiellement vaincu, les structures idéologiques, culturelles et économiques de la conquête demeurent intactes », a dénoncé la députée Nontando Nolutshungu à l’origine de la récente motion déposée au Parlement fédéral. Et d’expliquer avec un certain mépris: « C’est pourquoi elles ont été placées dans les centres-villes, devant le Parlement, sur les plus hautes collines, afin que chaque enfant africain ayant grandi sous le colonialisme puisse lever les yeux et voir son oppresseur dépeint comme un héros. ».
En face, AfriForum, puissant lobby afrikaner, a immédiatement dénoncé une « attaque directe contre le patrimoine » de la minorité blanche. Son porte-parole, Ernst van Zyl, a accusé l’EFF de n’avoir rien construit et de se contenter d’encourager « la démolition et la division ». « Les politiciens qui ont prouvé leur impuissance à construire, comme l’EFF, encouragent simplement la destruction et la violence. L’EFF n’ayant pas construit la moindre école promise, ils se concentrent désormais sur des promesses de démolition de statues », a-t-il déclaré.
Héritage colonial ou instruments d’oppression ?
Le cœur du débat est là : ces statues, sont-elles des repères historiques, ou encore des instruments de domination afrikaner ? Pour l’EFF, elles incarnent un système qui a volé la terre, criminalisé les langues africaines et effacé la dignité des Noirs. « Notre patrimoine, ce sont nos terres, nos minéraux et nos océans, et nous ne serons jamais libres tant que ces ressources n’appartiendront pas au peuple », insiste la troisième force politique de l’Afrique du Sud. De son côté, l’African National Congress (ANC) de feu Nelson Mandela tente de temporiser sur la question même si certains de leurs élus ne sont pas opposés à la ré-africanisation totale de l’Afrique du Sud.
Pour baeucoup d’Afrikaners, au contraire, ces velléités menacent l’existence même de leur « volk ». « La suppression d’une partie des symboles, des statues et du patrimoine de la communauté (boer) constitue une tentative éhontée de priver ce groupe de son identité et de son droit d’exister », déplore AfriForum, rappelant que l’histoire regorge d’exemples où « la répression physique ou la violence visant des communautés spécifiques ont été précédées d’actions similaires ».
Une fracture raciale toujours béante
Ce n’est pas la première fois que la question de la présence de ces statues cristallise les tensions. En 2015, des groupes d’étudiants noirs, initiateurs du mouvement #RhodesMustFall,avaient exigé le déboulonnage de la statue de Cecil Rhodes, présente à l’Université du Cap et dont le mausolée antique surplombe la ville du Cap de toute sa majesté. Acteur majeur de l’histoire coloniale britannique, il reste encore de nos jours l’incarnation de la suprématie blanche sur le continent africain. La violence de leur action avait contraint l’université à retirer la statue. Dernièrement c’est celle de Paul Kruger qui a provoqué un vif débat en Afrique du Sud. La statue du dernier dirigeant de la République du Transvaal, qui trône toujours au milieu de Pretoria, fait régulièrement les frais des militants de l’EFF.
Encore dernièrement, le 27 septembre, la jambe d’un des quatre soldats en bronze protégeant la statue de l’homme politique a été fracassée au lendemain de la journée du Patrimoine (Heritage day). Dans la seconde décennie des années 2000, de véritables affrontements avaient eu lieu entre partisans de l’extrême-droite blanche et ceux de l’extrême-gauche aux abords du parc qui abrite la statue. Lors de la vague du Black Lives Matter (BLM) qui avait également secoué le pays, la mairie avait refusé de répondre aux injonctions de cette mouvance exigeant que la statue soit enlevée de son socle.
Pretoria. DR.
L’EFF réclame aussi que les terres des Afrikaners soient redistribuées équitablement à la majorité noire, quand elle n’exige pas qu’on exproprie les blancs de leurs fermes qu’elles détiennent depuis des siècles ou appelle à les tuer. Le parti promet de poursuivre la « décolonisation des symboles » par le biais de lois et d’initiatives locales, comme le changement de nom du parc national Kruger et de l’aéroport international Kruger, qualifiés par ce mouvement d’hommages à un « raciste féroce ». AfriForum, de son côté, entend mobiliser la société civile pour protéger ce qu’il estime être un héritage légitime. Plusieurs milliers d’Afrikaners se sont récemment rassemblé au Voortrrekker monument afin de suivre un discours et un concert du chanteur Steve Hofmeyr connu pour ses slogans nationalistes et pour s’être enchaîné au pied de la statue de Paul Kruger en guise de protestation.
En réponse aux agissements des « décoloniaux » sud-africains, la droite afrikaner a fait ériger une réplique de la statue de Paul Kruger. Elle devrait être placée au centre de la ville d’Orania, un bastion autonome afrikaner qui rejette les principes de la nation arc-en-ciel et qui entend être le point de départ d’un projet devant mener les Afrikaners à prendre leur indépendance du reste de la nation sud-africaine. Plus de trente ans après la fin de l’apartheid, le constat est là : la réconciliation tant vendue par les télévisions du monde entier, Hollywood, compris, est un échec. L’Afrique du Sud reste prisonnière de cette dialectique, incapable à se trouver un récit commun : pour les uns, la mémoire afrikaner incarne l’injustice passée ; pour les autres, elle constitue une identité menacée.
À un sénateur s’inquiétant qu’en France une voiture soit volée toutes les cinq minutes, le ministère de l’Intérieur a cet été répondu (dans le JO du 7 août 2025) que « le renforcement de la présence des forces sur la voie publique est l’une des réponses les plus efficaces pour prévenir le fléau des vols de véhicules ». Comme si policiers et gendarmes n’avaient pas autre chose à faire que surveiller les parkings…
Le tableau, c’est qu’à part le pov’ gars qui se fait faucher sa tire et qu’a pas les thunes pour retrouver un volant, les autres acteurs s’en moquent. Pour les constructeurs, un automobiliste privé de sa voiture est un client potentiel. Les assurances ont bouclé leur ceinture de sécurité : non seulement 50 % des victimes ne sont pas assurées contre le vol (en 2024, alors que le ministère de l’Intérieur a enregistré 93 800 vols de voitures, seulement 47 144 dossiers d’indemnisation ont été déposés auprès des assureurs) et le surcoût est reporté sur les primes des autres automobilistes, comme pour une catastrophe naturelle. Quant au gouvernement qui veut moderniser et électrifier le parc automobile, il peut voir dans le vide causé par les vols une aide au grand remplacement. Et avec un certain cynisme une aide au développement…
Excepté le trafic très spécifique des voitures de grand luxe, la plupart des voitures volées sont la bagnole de M. Tout-le-Monde, des Renault Clio et Mégane, des Peugeot 308 et 3008, toujours des modèles si j’ose dire courants (avec un bon vieux moteur thermique) qui, sur leurs quatre roues ou en pièces détachées, sont mis en container et, depuis les ports de Marseille, de Sète, du Havre ou d’Anvers en Belgique, expédiés en Afrique, où selon Interpol, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Niger ou le Cameroun proposent des salons de l’auto… volée en France[1]. Le gouvernement pourrait en tirer un slogan : acheter une voiture électrique, elle ne sera pas volée, l’Afrique n’est pas équipée pour les faire rouler.
[1] « Interpol s’attaque au trafic de véhicules volés en coordonnant une opération de police en Afrique de l’Ouest », site d’Interpol, le 30 avril 2025 ; « Les voitures volées en France finissent le plus souvent au Mali et au Sénégal », Dakar-Echo.com, le 4 mai 2025.
Emmanuel Macron n’a pas pris la pire des décisions en nommant à Matignon un bon connaisseur de l’armée et de l’industrie de défense. À l’heure où Causeur se demande si le pays est foutu, le secteur militaire incarne peut- être le puissant levier de croissance dont la France a besoin.
Ce fut son dernier discours avant Matignon. Le 4 septembre, Sébastien Lecornu, encore ministre des Armées, était au Mont-Valérien pour inaugurer le commissariat au numérique de défense (CND), une nouvelle agence de renseignement censée, selon ses mots, « positionner la France parmi les trois premières puissances mondiales dans la course à l’IA de défense ». Équipé du plus grand supercalculateur militaire d’Europe, le CND a « l’ambition d’être au numérique ce que le CEA a été à l’atome », résume l’ancien maire de Vernon, très fier de ce projet directement issu de la loi de réarmement qu’il a présentée en 2023 et qui dote nos troupes d’une enveloppe record de 413 milliards d’euros sur les six prochaines années. L’un des seuls textes du gouvernement Borne adoptés sans 49.3.
C’est peu dire que Lecornu laisse, après trois ans et demi en poste, un bon souvenir à l’Hôtel de Brienne. Non content d’y avoir dopé le budget militaire, il peut s’enorgueillir d’une hausse massive des ventes d’armes françaises à l’étranger. La veille de sa nomination, tandis que, dans la salle des Quatre-Colonnes, les journalistes s’efforçaient d’arracher un bon mot aux Insoumis, il communiquait aux députés d’excellents chiffres d’exportation pour l’année 2024 : 21,6 milliards d’euros, soit la deuxième meilleure performance jamais enregistrée dans l’histoire de notre industrie de défense. C’est peut-être la meilleure nouvelle de la rentrée, voire de l’année. Au moment où tout semble perdu pour le pays, on se plaît à croire que l’exception militaire française est notre meilleur espoir de sortir par le haut du marécage économique, politique et social dans lequel nous pataugeons depuis des décennies.
La paix éternelle s’éloigne
Il y a trente ans, cette hypothèse aurait semblé ringarde, voire déplacée. Au début des années 1990, la plupart des dirigeants européens imaginaient qu’un monde pacifié était sur le point d’advenir. Fukuyama annonçait la fin de l’Histoire. Avec la chute de l’empire soviétique, l’usage de la force deviendrait obsolète. Les conflits étant réglés par le droit et le marché, les États pourraient réorienter leurs budgets militaires vers des priorités civiles : éducation, santé, infrastructures. C’est ce qu’on appelait alors les « dividendes de la paix ». Avec le recul, on est confondu par tant de naïveté et par une telle ignorance des enjeux de puissance et d’identité. La paix perpétuelle n’a pas eu lieu, et la promesse économique n’a pas davantage été tenue.
En France, les « dividendes de la paix » sont faciles à chiffrer. Depuis la chute du mur de Berlin, le budget de la défense nationale a connu une décrue continue, passant d’une moyenne de 4 % du PIB pendant la guerre froide à environ 1,8 % sur la période écoulée depuis lors. Si bien que notre pays peut estimer avoir économisé pas moins de 1 440 milliards d’euros depuis 1989. Seulement, au lieu de les investir, nous les avons dépensés pour financer notre train de vie…
L’Histoire a continué et les guerres aussi. L’effritement de l’ordre stratégique mondial, la poussée virulente de l’islamisme guerrier, l’annexion de la Crimée, la guerre au Donbass et l’invasion de l’Ukraine ont réactivé l’impératif du réarmement. Cependant, Emmanuel Macron ne l’a pas compris immédiatement. Sitôt élu en 2017, il impose une coupe de 850 millions d’euros dans le budget de la défense, quitte à provoquer une crise ouverte avec l’état-major et le départ du CEMA (chef d’état-major des armées). Cette décision vise essentiellement à maintenir le déficit public sous la barre des 3 % du PIB, pour rassurer Bruxelles et les marchés. Cependant, dès l’année suivante, il fait voter une hausse du budget annuel de l’armée, qui passe ainsi de 34 milliards en 2018 à 44 milliards en 2023.
À gauche, LFI, le PCF et les écologistes dénoncent une fuite en avant militariste et atlantiste aux dépens de la transition climatique et de la justice sociale. À l’autre bout du spectre politique, si le RN n’est pas hostile au réarmement, il en critique l’orientation et reproche au gouvernement de placer la France dans une dépendance vis-à-vis de l’OTAN, de l’Union européenne et des États-Unis.
Puissant levier de croissance
Cependant, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le clivage atlantistes/gaullistes a perdu de sa pertinence. Quel que soit son degré de souverainisme, tout esprit réaliste reconnaît qu’un retrait des troupes américaines du sol européen impose au Vieux Continent d’en compenser l’absence.
La nécessité du réarmement peut être vue comme un fardeau de plus au regard de notre dette publique abyssale. Mais à long terme, il s’agit peut-être d’une opportunité économique et politique unique. La défense est en effet l’un des plus puissants leviers de croissance et de transformation industrielle qu’un pays puisse connaître, les États-Unis en offrent la démonstration éclatante. Depuis plus d’un demi-siècle, le Pentagone est le grand parrain des plus importantes innovations technologiques américaines. Microprocesseurs, internet, GPS, reconnaissance faciale, drones, satellites : tous ces outils ont été inventés au sein de programmes militaires votés à Washington, souvent dans le cadre de l’agence Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency).
En France aussi, les retombées de la R&D menée dans le secteur de la défense sont loin d’être négligeables : le laser Mégajoule à Bordeaux ou les technologies de cybersécurité issues de l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) et de la DGA (Direction générale de l’armement) dont de très beaux cas d’école de synergies vertueuses entre politique d’armement et progrès économique. Autre exemple incontournable, le moteur LEAP (Leading Edge Aviation Propulsion, ou propulsion aéronautique de pointe). Fruit d’une collaboration entre l’entreprise française Safran et son concurrent américain General Electric, il équipe aujourd’hui la majorité des avions de ligne moyen-courrier de nouvelle génération, comme l’Airbus A320neo et le Boeing 737 Max. Sa conception est calquée sur celle d’un turboréacteur révolutionnaire initialement mis au point pour des avions de chasse comme le Rafale. En France, le succès du LEAP se mesure en dizaines de milliers d’emplois, notamment dans les usines de Villaroche (Seine-et-Marne), Châtellerault (Vienne), Le Creusot (Saône-et-Loire) et Bordes (Pyrénées-Atlantiques), ainsi que chez les centaines de sous-traitants qui composent l’écosystème aéronautique du pays.
Toutes les activités françaises liées à la défense n’ont pas ce bonheur. Depuis trente ans, les fabricants nationaux de munitions ont vu leurs effectifs divisés par quatre. Longtemps, ce secteur a été piloté par la Direction des poudres, devenue par la suite GIAT Industries puis Nexter. On comptait à l’époque sur le territoire une douzaine de sites majeurs produisant obus, cartouches, explosifs et composants pyrotechniques, souvent en régie directe de l’État. À son apogée, l’ensemble de la filière munitions, y compris la recherche et développement, l’ingénierie, la fabrication et la logistique, représentait près de 20 000 emplois.
Las, au cours des années 2000, Paris a décidé de réduire le stock stratégique français, estimant que le risque de conflit était faible ou limité – ce qui incite à une certaine prudence quant aux prévisions d’experts. Des restructurations ont conduit à la fermeture ou à la reconversion de nombreux établissements, comme à Toulouse ou Angers, et à la privatisation partielle ou totale de certains acteurs, tels que la SNPE, devenue Eurenco. La France s’est retrouvée, comme beaucoup de ses voisins européens, avec une base industrielle de défense fragile, dépendante de quelques sites et de chaînes logistiques ultra-tendues.
L’usine KNDS de Bourges, groupe franco-allemand spécialisé dans la fabrication de chars de combat, véhicules blindés, systèmes d’artillerie et munitions, mars 2025. Charles Bury/SIPA
Au cours de ces mêmes années, la France s’est enfoncée dans une crise économique, marquée par une croissance atone, un déficit budgétaire persistant et une balance commerciale continuellement dégradée. Certes, elle n’est pas seule dans ce cas mais chez nous, le système politique – gouvernants comme gouvernés – a été incapable de parvenir à un consensus sur les causes de ce marasme, donc sur une stratégie crédible de sortie. Un véritable « front du refus » s’est formé, chaque groupe d’intérêts s’efforçant de préserver tel avantage, tel régime spécial ou telle niche fiscale, et de démontrer que c’était aux autres de payer. Les élections de 2022 et plus encore celles de 2024 ont traduit cette incapacité en un rapport de forces parlementaire synonyme de blocage.
Dans ce contexte, une leçon historique mérite d’être rappelée : dans les démocraties libérales, il est plus facile de s’unir contre un ennemi que pour un projet abstrait. Les grandes décisions fondatrices et les redressements économiques ont davantage été imposés par des urgences militaires ou géopolitiques que par des consensus rationnels et progressistes. L’accroissement de notre effort de défense pourrait donc réactiver une dynamique vertueuse. Réarmer la France, ce n’est pas seulement repenser nos priorités de sécurité, mais aussi réengager l’État dans sa mission régalienne, redonner du sens à l’action publique. Sur le plan politique, cela permettrait de nous fédérer autour d’une cause concrète, compréhensible et vitale. Sur le plan économique, ce serait l’occasion de réindustrialiser nos territoires, relancer la recherche publique et privée, dynamiser les formations techniques et créer des dizaines de milliers d’emplois qualifiés, pérennes et bien payés. La France ne doit pas rater ce rendez-vous. On peut faire du réarmement non pas un fardeau et bien plus qu’un investissement, mais une nouvelle boussole pour une transformation nationale. Une urgence, mais aussi une chance.
Si voir un film vous racontant qu’il n’est pas facile d’être banlieusarde musulmane et lesbienne vous dit…
« Tu vas l’avoir ton bac, inch Allah ! », se moque un élève. Fatima, petite dernière des trois sœurs élevées par leur maman maghrébine (papa est peu présent) dans une barre d’immeuble, théâtre familier des banlieues dites ‘’sensibles’’, suit sagement sa Terminale, classe peuplée d’une meute bigarrée, graveleuse et quasi-analphabète, typique de la jeune pousse hexagonale d’aujourd’hui.
Pieuse, la demoiselle se refuse obstinément aux avances timorées du chaste chevalier servant, son jeune coreligionnaire enamouré, lequel rêve juste noce et procréation à la clef. C’est que la belle et ombrageuse Fatima, footballeuse à ses heures malgré les crises d’asthme dont elle est assaillie depuis l’enfance, dissimule le secret de sa vie: elle arde pour les filles et non pour les garçons. Sacrifiant aux sites de rencontres, la voilà, croit-elle, sur le chemin de l’émancipation (quitte à mentir systématiquement à la question sempiternelle qu’on lui fait : « – tu es de quelle origine ? », elle se prétend tour à tour Egyptienne, Algérienne, Marocaine)… Hélas, Fatima ne tombe décidément jamais sur la bonne – une femme mûre débauchée, une Coréenne dépressive…
Passe l’été: le film nous a propulsé en automne. Fatima, ayant intégré la fac de philo, s’est liée avec quelques jeunes congénères de mœurs légères. (Reste assez douteuse, dans le film, la vraisemblance de cette teuf bisexuelle en appartement, à laquelle se joindra l’héroïne – mais passons.) Pour se forcer à rentrer dans la norme, elle retente le coup avec son soupirant: échec prévisible. Prévaut la loi du silence, dans cet environnement socio-confessionnel hostile, où même l’imam de la Mosquée de Paris, consulté par elle dans les larmes, s’avère incapable de lui tenir un autre discours que celui, formaté, de la- nature- qui- fait- bien- les-choses et de la vertu de la prière pour regagner le droit chemin tracé par le prophète : le lesbianisme n’est pas soluble dans le décalogue. Quant à maman, elle ne comprendrait pas, pense (à tort) Fatima. Bref, ni la famille ni la foi ne viendront-elles à son secours ? Dernier plan du film, Fatima pique obstinément des têtes dans le ballon rond.
Tiré parait-il d’un roman signé Fatima Daas, c’est le troisième long métrage de Hafsia Herzi, également comédienne – elle avait le rôle principal dans Borgo, thriller plutôt réussi de Stéphane Demoustier – où jouait également Michel Fau. La crudité vaguement écœurante et quelque peu forcée de La petite dernière serait rédhibitoire si la douceur, l’émouvante beauté juvénile de Nadia Melliti, dans le rôle-titre, ne venait en tempérer le réalisme appuyé.
La « démocratie combative » (streitbare Demokratie) est une doctrine de la Constitution allemande qui permet à l’État de se défendre activement contre les ennemis de la démocratie, même quand ceux-ci utilisent les libertés démocratiques pour la détruire… Elle autorise ainsi des mesures comme l’interdiction de partis ou d’organisations anticonstitutionnels et la restriction de certains droits fondamentaux pour protéger l’Allemagne…
À Cologne, le 6 septembre, CDU, SPD, les Verts, Die Linke… sept partis politiques allemands en campagne électorale renouvelaient un « pacte d’équité » qui les engageait à taire toute critique de l’immigration. Sans surprise, le 14 septembre, l’AfD, ce parti anti-immigration créé en 2013, le seul qui n’avait pas signé le pacte d’équité, faisait un carton aux élections locales de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d’Allemagne de l’Ouest.
La « démocratie combative », doctrine inscrite dans la Constitution allemande de 1949, prévoit de tuer dans l’œuf toute atteinte aux institutions. Et s’appuie pour ce faire sur un arsenal législatif et institutionnel d’une efficacité toute germanique. Le code criminel punit incitation à la rébellion et diffamation de la classe politique. Le Bureau de protection de la Constitution débusque toute activité potentiellement antidémocratique. Les lois contre les discours de haine se sont corsées pour bâillonner tout propos dissident à consonance populiste, d’extrême droite, islamophobe.
Ainsi la liberté d’expression, garantie par la Constitution, est-elle sapée pour protéger… la Constitution. « De plus en plus de citoyens sont punis de lourdes amendes voire de peines de prison pour propos délictueux. Le cas le plus emblématique est celui de Michael Stürzenberger, critique radical de l’islam politique, condamné pour propos islamophobes après avoir été lui-même gravement blessé lors de l’attentat islamiste de Mannheim en mai 2024 », note Sabine Beppler-Spahl, présidente du Freiblickinstitut, groupe de réflexion berlinois dédié à la défense de la liberté d’expression. Attentat au cours duquel un Afghan avait poignardé quatre personnes et tué un officier de police. Les procureurs épluchent les propos en ligne, constituent des dossiers, diligentent des raids à l’aube chez les auteurs de propos illicites, avec confiscation d’ordinateur et de téléphone. « On commence par vouloir la justice et on finit par organiser une police », écrivait Camus, dans Les Justes). En attendant, on dirait bien que la « démocratie combative », c’est la démocratie contre le peuple !
Le leader de l'extrème gauche Jean-Luc Mélenchon adresse un doigt d'honneur au journaliste Benjamin Duhamel en quittant le studio de France inter, lundi 13 octobre 2025. Capture TMC / Quotidien.
Des gestes plus ou moins républicains, plus ou moins démocratiques
Voilà que M. Mélenchon, décidément au mieux de sa forme, érige le doigt d’honneur en argument politique opposable aux journalistes qui auraient l’incroyable audace de ne pas se prosterner devant lui, qui se permettraient de trouver à redire sur ses inepties à répétition, qui oseraient ne pas apprécier les saillies insultantes, méprisantes dont, de plus en plus, il se plaît à émailler ses diatribes : « Vous ne savez pas, taisez-vous. Quand on est ce que vous êtes, on ne peut pas comprendre… » etc., etc.
C'était très tendu entre Jean-Luc Mélenchon et Benjamin Duhamel sur France Inter ce matin. Mais avez-vous vu ce doigt d'honneur ? pic.twitter.com/tOn2hmRxuC
Et puis, il y a M. Lecornu qui, quant à lui, met en œuvre une forme nouvelle de politique, quelque chose qui doit être selon lui en parfaite cohérence avec la rupture promise, la politique au doigt mouillé. Sauf que – pardon pour la rupture – c’est ce que nous avons en France depuis l’avènement de sa majesté Macron premier. D’aucuns pensaient avoir élu un président de la République, ils se retrouvent avec une ombre, un pâle Résident de la République… Le pauvre en est réduit aux jeux de rôles afin de tenter de se persuader que le plan Trump pour Gaza est en fait le sien, se persuader aussi qu’il pèse tout de même un peu plus qu’une cacahuète dans le concert des nations. On lui souhaite malgré tout d’avoir encore une once d’autorité chez lui, les portes et fenêtres de son logis refermées, parce que c’est bien là le seul endroit où il peut se bercer de l’illusion d’en exercer une quelconque. Après tout, il n’est pas impossible, que animée d’une bienveillance quasi maternelle, Madame la première Dame veuille bien faire comme si… Qu’elle en soit félicitée.
Cela dit, nous ne nous sentons pas tenus, nous autres, à autant de mansuétude. Nous, Français, citoyens, électeurs, contribuables, qui sommes en droit d’interpréter la plupart des initiatives, des comportements de ce Résident comme à peu près autant de doigts d’honneurs qui nous sont adressés. Quand Donald Trump le charrie, quand il pointe son obsession puérile de jouer des coudes pour se retrouver en bonne place sur la photo, il lui met certes une claque, mais c’est surtout nous qui la recevons. Car ce Résident est devenu au fil du temps une humiliation pour la France, et donc pour nous, chacun d’entre nous. On pourrait ricaner, si ce n’était si triste.
Les deux font la paire
Et puis, il y a son prédécesseur, empêché de se représenter à la magistrature suprême pour cause de bilan calamiteux et d’incapacité avérée mais qui, tout content de lui, tout replet de contentement, tout rose d’auto-satisfaction, applaudit sur son banc de député à l’hallali de sa propre réforme, celle dont il était si fier quand il avait éventuellement encore une petite idée de ce que le sentiment de fierté peut être. En l’occurrence, magistral doigt d’honneur adressé à ses électeurs, sa majorité, sa ministre d’alors, Mme Touraine.
Bref, eux deux, le Résident et le Retoqué, font la paire.
Et puis, dans ce registre du doigt d’honneur, il y a cette juge qui, nous dit-on, se situerait dans la mouvance du Syndicat de la Magistrature. Peut-être même y aurait-elle assumé des fonctions importantes. Oui, doigt d’honneur de la part de cette femme, mais, paradoxalement, contre ses propres convictions, contre les principes mêmes qu’elle et ses confrères de la paroisse précitée défendent bec et oncles depuis des lustres, depuis notamment 1985 où ledit syndicat prévoyait à terme l’abolition pure et simple des peines de prison, l’incarcération n’étant, selon sa doctrine, qu’une odieuse survivance des temps barbares où l’on pensait que punir avait encore du sens. Et pourtant, par le biais d’un jugement pour le moins sujet à interprétations, un ancien président de la République, ancien Chef de l’État, de notre État, va bel et bien s’y retrouver, en taule. Un président élu en son temps au suffrage universel par le peuple de France. Certes la légitimité électorale ne saurait impliquer l’impunité. Mais, il me semble qu’elle implique un certain sens de la mesure, ainsi que des égards. Si l’instance judiciaire ne souhaite pas les respecter, ces égards, pour la personne jugée, qu’elle se l’impose au moins pour la légitimité électorale incarnée. En d’autres termes, pour le citoyen, pour le corps électoral, bref pour le peuple de France. Tout simplement. Faire franchir les portes de la prison – et pour si peu – à un ancien président de notre République, c’est, qu’on le veuille ou non, un doigt d’honneur qu’on fait à la démocratie. Ni plus, ni moins.
Pour tout dire, entre doigt mouillé et doigts d’honneur cela fait beaucoup pour un seul et même pays, un seul et même peuple. Il paraît que nous adorons battre des records. Toutes sortes de records. Nous sommes donc en très bonne voie. C’est mon petit doigt mouillé qui me le dit. Alors…
Israël / Palestine: l’Histoire n’obéit pas à des logiques morales ou théologiques; elle est tragique, rappelle Charles Rojzman dans ce texte. Alors que les Israéliens luttent pour exister dans le réel, les Palestiniens se consument dans le mythe, la défaite et la revanche…
« L’histoire n’est pas le règne du bien, mais celui du possible. » — Raymond Aron
« Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre. » — Spinoza
Le conflit israélo-palestinien est devenu le théâtre symbolique de toutes nos confusions morales et politiques. Il ne s’agit plus seulement d’un affrontement territorial : c’est une lutte d’interprétations, un combat entre le mythe et le réel.
Chaque camp revendique une légitimité absolue, enracinée dans la mémoire, la foi ou la souffrance, et chacun refuse d’admettre que l’histoire ne s’écrit pas selon les droits mais selon les forces.
Ce conflit traverse jusqu’au cœur du monde juif.
Certains défendent Israël avec une ardeur intransigeante, comme si le destin du peuple juif tout entier dépendait de chaque opération militaire. D’autres, plus rares, s’identifient aux Palestiniens, croyant prolonger ainsi la vocation prophétique d’un judaïsme moral, universel, héritier de l’expérience des persécutions. Mais tous, à des degrés divers, sont pris dans la même tension : celle d’un peuple à la fois dans le mythe et dans le réel.
Car nul peuple n’a autant incarné cette ambivalence. Les Juifs portent dans leur histoire le souvenir d’une promesse divine, d’une élection fondatrice — le mythe d’un lien indestructible entre un peuple et une terre. Mais ils sont aussi, depuis des millénaires, le peuple de l’exil, de la dispersion, de la négociation avec le monde tel qu’il est. Ils ont appris à vivre sans pouvoir, à survivre par l’intelligence, la mémoire et la parole — c’est-à-dire à inscrire la transcendance dans le réel. Leur retour sur la scène politique du monde, avec la création d’Israël, les a contraints à affronter à nouveau cette dualité : redevenir un peuple d’histoire, et non seulement un peuple de mémoire.
C’est pourquoi l’argument religieux ou moral ne peut suffire à justifier Israël. Invoquer la promesse biblique, c’est oublier que l’histoire ne se fonde pas sur les textes mais sur les faits. Les Arabes, de leur côté, revendiquent à leur tour une antériorité millénaire, tout aussi mythifiée. Ainsi, les deux se font miroir : chacun s’appuie sur la transcendance pour nier la légitimité de l’autre. Le débat s’enlise dans le sacré, et le politique disparaît. Or l’histoire obéit à une autre logique. Elle n’est pas morale, elle n’est pas théologique : elle est tragique. Les nations naissent, vivent et meurent par la force, par la victoire ou la défaite, par le déplacement et la reconstruction. C’est là le mouvement même du monde.
Si l’Alsace est française, c’est parce que l’Allemagne a perdu. Si la Prusse orientale et la Silésie sont devenues polonaises, c’est parce que les vainqueurs de 1945 en ont décidé ainsi, et que des millions d’Allemands ont dû quitter leurs maisons, leurs chemins de fer, leurs cimetières. Les Grecs d’Asie Mineure furent expulsés d’Anatolie malgré deux millénaires de présence. Les Juifs des pays arabes, du Maroc à l’Irak, durent fuir après 1948, abandonnant leurs biens, leurs langues, leurs souvenirs. Partout, l’histoire a tranché sans pitié. Aucune de ces tragédies n’a trouvé de réparation, mais toutes ont trouvé un avenir : la reconstruction ailleurs, autrement.
Le droit vient après la victoire, jamais avant. Il ne crée pas la légitimité, il la consacre. C’est pourquoi la question israélo-palestinienne ne peut se résoudre par la morale. Elle suppose la reconnaissance de cette loi tragique : la politique n’est pas la recherche du bien, mais l’art de faire tenir ensemble les survivants de l’histoire.
Israël incarne, mieux qu’aucun autre pays, ce paradoxe : un peuple ancien, façonné par le mythe, qui a su faire retour dans le réel. Il vit dans la contradiction entre la promesse et la puissance, entre la mémoire et la souveraineté. C’est là sa grandeur et son tourment. Ses ennemis, eux, refusent le passage au réel : ils préfèrent la pureté de la cause à la complexité de la vie. Ils font de la défaite un destin et de la haine une identité.
Ce conflit ne se réduit donc pas à une opposition entre deux peuples, mais entre deux rapports au monde : ceux qui acceptent la réalité tragique de l’histoire et ceux qui s’enferment dans l’innocence imaginaire des victimes éternelles. Il ne s’agit pas d’excuser Israël ni de condamner les Palestiniens, mais de voir ce que chacun représente dans le théâtre du monde : l’un qui lutte pour exister dans le réel, l’autre qui se consume dans le mythe.
Sortir du religieux, retrouver le politique
Le drame de notre temps tient à la confusion du religieux, du moral et du politique. Nous persistons à croire que la justice des causes peut suppléer à la compréhension des faits. Mais l’histoire ne se rédime pas : elle s’assume.
Tant que la paix sera pensée comme réparation, elle restera prisonnière de la faute et de la vengeance. Le politique commence là où cesse la théologie de la souffrance. Il suppose qu’on regarde les peuples non pour ce qu’ils ont subi, mais pour ce qu’ils font. Israël n’est pas innocent, mais il est vivant. Et c’est peut-être là sa véritable justification : il incarne cette alliance difficile entre le mythe et le réel, entre la mémoire et l’action. Tant que l’humanité cherchera dans la religion ou la morale la solution de ses conflits politiques, elle restera dans cet âge infantile où l’on croit encore que Dieu ou la pureté peuvent effacer la tragédie du monde. La maturité des peuples commence quand ils acceptent d’habiter le réel — même quand celui-ci dément leurs rêves.
La paix, fragile et très incertaine, renaît après la libération des otages israéliens, fruit de la ténacité d’Israël et de la diplomatie de Donald Trump. L’absence de retour de certaines dépouilles n’est pas seulement une brèche dans les accords, c’est un aveu de culpabilité du Hamas dont finalement peu de monde s’émeut.
Pour les juifs, Sim’hat Torah est traditionnellement un jour de joie. Ce ne l’était plus depuis 2023. Ce l’est redevenu en 2025.
Pour beaucoup, dont j’étais, l’espoir de voir revenir ces vingt otages dont les services israéliens avaient annoncé qu’ils étaient encore vivants relevait de la prophylaxie émotionnelle et non du discours de la raison. Je pensais que la lente, prudente mais implacable avancée de l’armée israélienne à l’intérieur de Gaza ville pourrait aboutir à quelques libérations ponctuelles, avec des geôliers négociant ici ou là leur survie contre celle des otages qu’ils détenaient, mais comment envisager une libération complète ?
Noa Argamani retrouve son compagnon
Entre des militants du Hamas pour qui les otages étaient le billet de survie dont ils ne se sépareraient qu’au goutte à goutte et des ministres israéliens pour qui la destruction du mouvement terroriste, gage d’une meilleure sécurité pour Israël, importait plus que les destins individuels, il n’y avait pas d’échappatoire, d’autant qu’en deux ans, une seule opération militaire avait réussi, celle de juin 2024 où dans le camp de Nuseirat les commandos marins de la Shayetet et une unité du Yamam – dont un des chefs, Arnon Zamora, fut tué durant l’assaut – libérèrent quatre otages dont Noa Argamani.
Il y a deux semaines encore, peu d’Israéliens pensaient que la même Noa Argamani, symbole du 7-Octobre avec la video de son enlèvement en moto, pourrait retrouver vivant son compagnon Avinatan Or, dont on n’avait strictement aucune nouvelle. Ce fut pourtant le cas.
Exiger et surtout obtenir que, en préalable à toute négociation, tous les otages israéliens soient libérés a changé Israël, le peuple juif et tous ceux qui l’ont soutenu. Les armes se sont tues, comme l’avaient promis dans le passé les Israéliens à un monde incrédule et de plus en plus hostile.
C’est Donald Trump par son sens des rapports de force qui a su imposer un plan avec des préalables pareils à ses interlocuteurs musulmans dont plusieurs étaient non seulement des soutiens avérés du Hamas, mais des dirigeants inspirés par la même idéologie, celle des Frères Musulmans.
Trump : des hommages justifiés
Il n’y a pas à tergiverser là-dessus, même pour ceux qui détestent le président américain, ses vantardises et ses «accommodements» avec la vérité. Il a été, et ses émissaires aussi, un exceptionnel défenseur d’Israël. Les hommages qu’il a reçus lors de sa visite en Israël en sont une reconnaissance justifiée.
Mais ce résultat n’aurait pas été possible si l’armée israélienne n’avait pas, en poursuivant son offensive, acculé le Hamas au bord de l’effondrement. C’est en grande partie Benjamin Netanyahu, beaucoup critiqué parce qu’il intensifiait une guerre dont on ne voyait pas les objectifs qui, par sa détermination, a conduit à ce collapsus. Il faut lui en rendre hommage, quoi qu’on pense de sa politique, de ses alliances, de ses responsabilités et de sa froideur émotionnelle.
Le Hamas prétend qu’il ne trouve pas les restes de 19 otages. Les services israéliens le contestent; ces services, soit dit en passant, ne s’étaient pas trompés dans les noms des otages survivants, ce qui montre leur efficacité et confirme que l’action de l’armée israélienne sur le terrain était compliquée par la crainte de nuire aux otages.
De ce fait, les Israéliens pensent que beaucoup de dépouilles ne sont pas rendues parce que les causes de la mort seraient trop facilement détectées par les médecins légistes. Car il s’agit d’hommes jeunes qui n’ont certainement pas tous été victimes des bombardements.
A titre de comparaison, sur les 251 otages enlevés par le Hamas, 103 sont morts en captivité, soit plus d’un tiers, alors que la mortalité de la population gazaouie, civils et militaires inclus, telle qu’indiquée par le fameux Ministère de la Santé du Hamas lui-même, est d’environ 3% de la population, soit dix fois moins.
Certains des morts sont des cadavres d’Israéliens que le Hamas a emportés comme trophées; tel était le cas de l’héroïque capitaine Daniel Perez, Juif religieux combattant dans l’armée israélienne, tombé le 7-Octobre et enterré hier au Mont Herzl de Jérusalem en présence de Matan Angrest, le seul survivant de son groupe de combat, libéré il y a trois jours. Mais des otages ont été assassinés à Gaza pendant qu’ils étaient en captivité. Ce fut le cas des enfants Bibas et probablement de bien d’autres.
Cela ne semble pas émouvoir grand monde alors que des centaines de prisonniers palestiniens dont beaucoup ont les mains couvertes de sang, iront après leur libération grossir les rangs du terrorisme. On imagine l’opprobre mondiale, parfaitement justifiée d’ailleurs, qui se serait abattue sur Israël s’il avait répondu que certains Palestiniens avaient disparu pendant qu’ils étaient dans ses prisons…
L’absence de retour des dépouilles n’est pas seulement une brèche dans les accords, une blessure nouvelle pour des familles endeuillées, c’est un aveu de culpabilité.
Dès le départ de l’armée israélienne on voit les militants du Hamas patrouiller dans certains secteurs de Gaza ville. Une vidéo montre des exécutions d’hommes agenouillés et abattus en public comme collaborateurs d’Israël. Des combats ont eu lieu avec des milices rivales qualifiées de gangs par les médias.
Erdogan hors-jeu ?
Donald Trump a rappelé à sa façon au Hamas qu’il devait se désarmer et le Centcom (Commandement central des États-Unis) a menacé d’intervenir. La route ne sera pas simple et certains des associés au plan de paix du président américain, tels le Qatar et la Turquie essaieront d’éviter au Hamas l’humiliation d’une reddition. Dans la force internationale que les Américains mettent en place, on dit que la Turquie sera absente, malgré les souhaits de Erdogan. Rappelons que celui-ci avait qualifié l’arraisonnement de la flottille pour Gaza, survenu sans la moindre effusion de sang, de symbole de la barbarie israélienne.
Que deviendra plus tard l’enclave où la reconstruction prendra de nombreuses années et où habite une population très nombreuse, jeune, traumatisée, humiliée, sans perspectives économiques claires et biberonnée à la haine anti-israélienne? Aucun Etat arabe n’en veut, en particulier l’Egypte qui serait pourtant le pays de rattachement naturel…
Les Israéliens savent qu’une force internationale privée de moyens et d’objectifs deviendra l’otage complaisant des factions terroristes qui l’entourent. L’exemple du Liban est probant et n’a pas échappé aux Américains qui ont rejeté la trop facile tentation onusienne.
Quant à l’option palestinienne pour Gaza, sous la houlette de Mahmoud Abbas, chacun sait, sauf le président français, qu’elle serait une garantie de chaos….
Cette guerre terrible laisse une population gazaouie dans une détresse dont le Hamas est le responsable et une population israélienne soulagée, divisée mais formidablement résiliente, avec un Etat d’Israël désormais honni à l’étranger en raison d’une propagande mensongère extrêmement efficace. Cet Etat a renforcé sa relation vitale avec les Etats Unis, mais des pays musulmans qui lui sont hostiles ont aussi l’oreille du président américain. L’axe du mal dirigé par l’Iran est très affaibli. Il n’est pas abattu. Il faut apprécier la trêve, et le poids qu’elle nous retire d’une sensation d’impuissance devant le martyre des otages et de leurs familles. La paix, elle, n’est pas encore là, mais au moins a-t-on désormais une possibilité réaliste de l’espérer…
« On va changer totalement le paradigme du ministère de la Justice. Au lieu de mettre l’accusé au centre, nous allons mettre la victime au centre » a affirmé Gérald Darmanin, sur LCI, mardi soir. Le garde des Sceaux a annoncé que les victimes seront désormais « notifiées » quand leur agresseur sort de prison. Cette instruction ministérielle prendra effet dès lundi prochain.
Gérald Darmanin annonce que les victimes seront notifiées lorsque leur agresseur sort de prison. D’abord, on ne dit pas les victimes sont « notifiées », mais il sera notifié aux victimes que. Cet anglicisme est logique : cette idée sort tout droit des séries policières américaines – dans lesquelles est récurrent le scénario où la victime apprend que son violeur/agresseur/tueur de proche sort de prison. Et généralement, il est resté malfaisant – ce qui témoigne d’une faible confiance dans la capacité de l’être humain à changer et dans celle de la Justice à réinsérer après avoir sanctionné.
Une attente légitime
Il est légitime que les victimes puissent suivre le parcours judiciaire du coupable. Et qu’elles puissent être reçues à leur demande par le Parquet, comme l’annonce également le ministre. Beaucoup disent qu’elles n’ont jamais aucune information, que personne ne s’enquiert de leur sort, que la Justice s’intéresse plus au coupable.
C’est possible, et ce n’est pas complètement anormal : le rôle de la Justice, c’est d’abord de sanctionner les coupables. C’est ça, la première réparation. Mais dans un Etat de droit, pour les sanctionner, on doit prouver (enfin normalement), donc les écouter conformément à nos règles fondamentales (contradictoire etc…). Ce qui me gêne, plus que les mesures concrètes satisfaisantes annoncées par le ministre, c’est donc l’emballage philosophique. Tout cela doit conduire, selon M. Darmanin, à mettre la victime, grande oubliée du système, au centre du système judiciaire.
Mais c’est normal, me répliquera-t-on. Non ! Fausse évidence ! C’est comme pour l’enfant au centre du système scolaire – cette philosophie pédagosiste qui a amené beaucoup de catastrophes… C’est une erreur de point de vue. La Justice est rendue au nom du peuple français, pas de la victime. Certes, le déclencheur c’est le préjudice, la souffrance causée. Mais ce n’est pas la victime qui apprécie le tort, fixe et exécute la peine. Un tiers qui est l’État s’interpose entre victime et coupable. Cela distingue la justice de la vengeance.
La mission première de la Justice, c’est d’abord protéger la société ; la réparation vient après. D’ailleurs, l’Etat poursuit même en l’absence de victimes (par exemple, lors d’un attentat raté) ou quand la victime est une personne morale (par exemple, dans le cas d’un abus de bien social).
Effets secondaires
La sacralisation de la victime a des effets délétères sur la société. Victime devient un statut social dont on ne se sort plus, voire un sujet de gloire (on veut les panthéoniser, on admire leur courage…).
Au lieu d’encourager les gens à se relever, on leur serine avec une gourmandise morbide à longueur de journées que leur trauma est irréparable (« votre vie est foutue et votre violeur va sortir… ») N’écoutons plus ces mauvais psychanalystes ! Non, ta vie n’est pas finie parce que tu as été violée. L’encouragement à la plainte engendre une société de plaintifs. Et se plaindre n’a jamais aidé personne.
Toute une partie de l’opinion estime que Bruno Retailleau est parti sur un coup de tête, et lui reproche d’avoir fait tomber le gouvernement. Désormais, M. Lecornu dirige l’exécutif avec les socialistes, abandonne la réforme des retraites et augmente les impôts… Mais non, l’ancien ministre de l’Intérieur n’est pas « détruit », défend notre chroniqueur…
Dans Le Canard enchaîné, on fait de l’esprit sur « une folle semaine où Macron s’est autodissous et Retailleau autodétruit ». Je vais laisser de côté le président de la République et contester l’appréciation négative portée sur l’ancien ministre de l’Intérieur et le toujours président du parti Les Républicains.
Wauquier-Retailleau, frères ennemis
Si j’insiste sur ce dernier plan, au sujet duquel sa victoire éclatante contre Laurent Wauquiez ne doit pas être oubliée, c’est qu’il m’a semblé que Bruno Retailleau, face à la multitude des nuisances aigres et politiques que le vaincu n’a cessé de lui adresser, a paru, dans un premier temps, éprouver une sorte de timidité pour « cheffer », d’autant plus que sa charge de ministre l’occupait déjà pleinement.
Depuis qu’il a quitté le gouvernement, dans les conditions que l’on sait, je pourrais me féliciter du fait que le parti, entre ses mains, avec le projet qu’il porte, contrairement aux oiseaux de mauvais augure, aux adversaires compulsifs et aux médias à la limite de la condescendance, va enfin forger une identité claire et vigoureuse, tenir une ligne cohérente et courageuse, avec à sa tête une personnalité d’une intégrité absolue, jamais contestée par quiconque. Je ne doute pas que, sorti des miasmes de ces derniers jours, Bruno Retailleau va comprendre que rien n’a changé dans son rapport avec la majorité de l’opinion publique, et que le fait de n’être plus ministre ne va pas obérer son avenir, qu’il soit candidat ou au service d’un autre qu’il aura choisi. Il me semble que sa liberté d’aujourd’hui va lui permettre de se consacrer à sa tâche capitale : créer, ou restaurer, une droite retrouvant l’estime publique non pas avec des promesses démesurées et démagogiques, mais avec la capacité de tenir les engagements plausibles et raisonnables qu’une pensée conservatrice se doit de cultiver.
Exclusions
Contre cette absurdité d’un président de parti qui n’a pas la main sur un groupe parlementaire dirigé par un brillant adversaire sans cesse rétif Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau a enfin résolu, devant l’attitude de ministres inconséquents et irresponsables, de les exclure des Républicains – et cette autorité doit être le premier signe d’une conscience collective qui n’a plus honte d’être elle-même – et de rappeler aux députés que la peur de l’élection ne sera jamais la meilleure solution parlementaire, ni une embellie démocratique.
Peut-on douter un seul instant de la validité du point de vue de Bruno Retailleau, en désaccord avec la non-censure prônée par Laurent Wauquiez ? Il pourfend à juste titre l’aval de la suspension de la loi sur les retraites, avec les conséquences financières et calamiteuses qui pourtant en résulteront, validation en totale contradiction avec la vision de la droite républicaine, laquelle tenait à cette distinction capitale avec le Rassemblement national ?
Comment donner tort à Bruno Retailleau qui, la France étant majoritairement à droite, constate – pour la déplorer – la défaite en rase campagne de Sébastien Lecornu qui, malgré une habileté apparente ayant cherché à faire croire que la crise était une opportunité, a offert aux socialistes ce qu’ils réclamaient haut et fort ? Après des relations à la fois masquées et officielles avec Olivier Faure, le Premier ministre a livré, sans combattre, une victoire sur les retraites aux socialistes – sans qu’on soit assuré d’une issue favorable pour eux jusqu’au bout – et probablement ouvert la voie à d’autres avancées catastrophiques, comme la taxe Zucman…
Derrière cette divergence capitale entre Bruno Retailleau (soutenu par les meilleurs de la droite, notamment David Lisnard et François-Xavier Bellamy) et Laurent Wauquiez et ses députés frileux, se cachent à la fois un conflit politique et une dispute morale.
Quand on est de droite, selon Bruno Retailleau, on n’a plus le droit de se trahir ni de faire n’importe quoi. Contrairement à tant d’autres qui ont moqué sa naïveté sans voir que cette perte de confiance en Sébastien Lecornu relevait plus d’une incrédulité humaine que d’un dépit politique, BR est plus que jamais en position de continuer à incarner l’espérance forte qu’il a portée comme ministre hier et comme président des Républicains aujourd’hui. Et demain, pas du tout « détruit », il sera un atout fabuleux pour la droite.
La motion déposée au Parlement par les Combattants pour la liberté économique (EFF) du député sud-africain Julius Malema, visant à retirer des espaces publics tous les monuments liés à l’apartheid et au colonialisme, a une nouvelle fois ranimé la fracture raciale qui traverse le pays
En Afrique du Sud, la mémoire reste un champ de bataille qui met continuellement en lumière les divisions qui opposent les communautés noires et blanches d’Afrique du Sud depuis la fin du régime d’apartheid (1994).
« Rappels matériels »
Une nouvelle fois, connu pour leurs positions radicales et diatribes anti-blanches, les Combattants pour la liberté économique (EFF) n’y sont pas allés par quatre chemins : statues du général et Premier ministre Louis Botha, du Président Paul Kruger, du fondateur du Cap Jan van Riebeeck ou encore le monument Voortrekker érigé à la gloire des Boers qui ont battu les Zoulous à la bataille de Blood River (1838)…, tous ces symboles doivent disparaître de l’espace public selon le mouvement du député Julius Malema. Aux yeux de l’EFF, ils ne sont pas des témoins neutres de l’histoire, mais des rappels permanents de l’oppression raciale vécue par la majorité noire.
« Ce ne sont pas des symboles neutres de l’histoire. Ce sont des monuments du colonialisme et des rappels matériels que, bien que le régime politique de l’apartheid ait été officiellement vaincu, les structures idéologiques, culturelles et économiques de la conquête demeurent intactes », a dénoncé la députée Nontando Nolutshungu à l’origine de la récente motion déposée au Parlement fédéral. Et d’expliquer avec un certain mépris: « C’est pourquoi elles ont été placées dans les centres-villes, devant le Parlement, sur les plus hautes collines, afin que chaque enfant africain ayant grandi sous le colonialisme puisse lever les yeux et voir son oppresseur dépeint comme un héros. ».
En face, AfriForum, puissant lobby afrikaner, a immédiatement dénoncé une « attaque directe contre le patrimoine » de la minorité blanche. Son porte-parole, Ernst van Zyl, a accusé l’EFF de n’avoir rien construit et de se contenter d’encourager « la démolition et la division ». « Les politiciens qui ont prouvé leur impuissance à construire, comme l’EFF, encouragent simplement la destruction et la violence. L’EFF n’ayant pas construit la moindre école promise, ils se concentrent désormais sur des promesses de démolition de statues », a-t-il déclaré.
Héritage colonial ou instruments d’oppression ?
Le cœur du débat est là : ces statues, sont-elles des repères historiques, ou encore des instruments de domination afrikaner ? Pour l’EFF, elles incarnent un système qui a volé la terre, criminalisé les langues africaines et effacé la dignité des Noirs. « Notre patrimoine, ce sont nos terres, nos minéraux et nos océans, et nous ne serons jamais libres tant que ces ressources n’appartiendront pas au peuple », insiste la troisième force politique de l’Afrique du Sud. De son côté, l’African National Congress (ANC) de feu Nelson Mandela tente de temporiser sur la question même si certains de leurs élus ne sont pas opposés à la ré-africanisation totale de l’Afrique du Sud.
Pour baeucoup d’Afrikaners, au contraire, ces velléités menacent l’existence même de leur « volk ». « La suppression d’une partie des symboles, des statues et du patrimoine de la communauté (boer) constitue une tentative éhontée de priver ce groupe de son identité et de son droit d’exister », déplore AfriForum, rappelant que l’histoire regorge d’exemples où « la répression physique ou la violence visant des communautés spécifiques ont été précédées d’actions similaires ».
Une fracture raciale toujours béante
Ce n’est pas la première fois que la question de la présence de ces statues cristallise les tensions. En 2015, des groupes d’étudiants noirs, initiateurs du mouvement #RhodesMustFall,avaient exigé le déboulonnage de la statue de Cecil Rhodes, présente à l’Université du Cap et dont le mausolée antique surplombe la ville du Cap de toute sa majesté. Acteur majeur de l’histoire coloniale britannique, il reste encore de nos jours l’incarnation de la suprématie blanche sur le continent africain. La violence de leur action avait contraint l’université à retirer la statue. Dernièrement c’est celle de Paul Kruger qui a provoqué un vif débat en Afrique du Sud. La statue du dernier dirigeant de la République du Transvaal, qui trône toujours au milieu de Pretoria, fait régulièrement les frais des militants de l’EFF.
Encore dernièrement, le 27 septembre, la jambe d’un des quatre soldats en bronze protégeant la statue de l’homme politique a été fracassée au lendemain de la journée du Patrimoine (Heritage day). Dans la seconde décennie des années 2000, de véritables affrontements avaient eu lieu entre partisans de l’extrême-droite blanche et ceux de l’extrême-gauche aux abords du parc qui abrite la statue. Lors de la vague du Black Lives Matter (BLM) qui avait également secoué le pays, la mairie avait refusé de répondre aux injonctions de cette mouvance exigeant que la statue soit enlevée de son socle.
Pretoria. DR.
L’EFF réclame aussi que les terres des Afrikaners soient redistribuées équitablement à la majorité noire, quand elle n’exige pas qu’on exproprie les blancs de leurs fermes qu’elles détiennent depuis des siècles ou appelle à les tuer. Le parti promet de poursuivre la « décolonisation des symboles » par le biais de lois et d’initiatives locales, comme le changement de nom du parc national Kruger et de l’aéroport international Kruger, qualifiés par ce mouvement d’hommages à un « raciste féroce ». AfriForum, de son côté, entend mobiliser la société civile pour protéger ce qu’il estime être un héritage légitime. Plusieurs milliers d’Afrikaners se sont récemment rassemblé au Voortrrekker monument afin de suivre un discours et un concert du chanteur Steve Hofmeyr connu pour ses slogans nationalistes et pour s’être enchaîné au pied de la statue de Paul Kruger en guise de protestation.
En réponse aux agissements des « décoloniaux » sud-africains, la droite afrikaner a fait ériger une réplique de la statue de Paul Kruger. Elle devrait être placée au centre de la ville d’Orania, un bastion autonome afrikaner qui rejette les principes de la nation arc-en-ciel et qui entend être le point de départ d’un projet devant mener les Afrikaners à prendre leur indépendance du reste de la nation sud-africaine. Plus de trente ans après la fin de l’apartheid, le constat est là : la réconciliation tant vendue par les télévisions du monde entier, Hollywood, compris, est un échec. L’Afrique du Sud reste prisonnière de cette dialectique, incapable à se trouver un récit commun : pour les uns, la mémoire afrikaner incarne l’injustice passée ; pour les autres, elle constitue une identité menacée.
À un sénateur s’inquiétant qu’en France une voiture soit volée toutes les cinq minutes, le ministère de l’Intérieur a cet été répondu (dans le JO du 7 août 2025) que « le renforcement de la présence des forces sur la voie publique est l’une des réponses les plus efficaces pour prévenir le fléau des vols de véhicules ». Comme si policiers et gendarmes n’avaient pas autre chose à faire que surveiller les parkings…
Le tableau, c’est qu’à part le pov’ gars qui se fait faucher sa tire et qu’a pas les thunes pour retrouver un volant, les autres acteurs s’en moquent. Pour les constructeurs, un automobiliste privé de sa voiture est un client potentiel. Les assurances ont bouclé leur ceinture de sécurité : non seulement 50 % des victimes ne sont pas assurées contre le vol (en 2024, alors que le ministère de l’Intérieur a enregistré 93 800 vols de voitures, seulement 47 144 dossiers d’indemnisation ont été déposés auprès des assureurs) et le surcoût est reporté sur les primes des autres automobilistes, comme pour une catastrophe naturelle. Quant au gouvernement qui veut moderniser et électrifier le parc automobile, il peut voir dans le vide causé par les vols une aide au grand remplacement. Et avec un certain cynisme une aide au développement…
Excepté le trafic très spécifique des voitures de grand luxe, la plupart des voitures volées sont la bagnole de M. Tout-le-Monde, des Renault Clio et Mégane, des Peugeot 308 et 3008, toujours des modèles si j’ose dire courants (avec un bon vieux moteur thermique) qui, sur leurs quatre roues ou en pièces détachées, sont mis en container et, depuis les ports de Marseille, de Sète, du Havre ou d’Anvers en Belgique, expédiés en Afrique, où selon Interpol, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Niger ou le Cameroun proposent des salons de l’auto… volée en France[1]. Le gouvernement pourrait en tirer un slogan : acheter une voiture électrique, elle ne sera pas volée, l’Afrique n’est pas équipée pour les faire rouler.
[1] « Interpol s’attaque au trafic de véhicules volés en coordonnant une opération de police en Afrique de l’Ouest », site d’Interpol, le 30 avril 2025 ; « Les voitures volées en France finissent le plus souvent au Mali et au Sénégal », Dakar-Echo.com, le 4 mai 2025.
Emmanuel Macron n’a pas pris la pire des décisions en nommant à Matignon un bon connaisseur de l’armée et de l’industrie de défense. À l’heure où Causeur se demande si le pays est foutu, le secteur militaire incarne peut- être le puissant levier de croissance dont la France a besoin.
Ce fut son dernier discours avant Matignon. Le 4 septembre, Sébastien Lecornu, encore ministre des Armées, était au Mont-Valérien pour inaugurer le commissariat au numérique de défense (CND), une nouvelle agence de renseignement censée, selon ses mots, « positionner la France parmi les trois premières puissances mondiales dans la course à l’IA de défense ». Équipé du plus grand supercalculateur militaire d’Europe, le CND a « l’ambition d’être au numérique ce que le CEA a été à l’atome », résume l’ancien maire de Vernon, très fier de ce projet directement issu de la loi de réarmement qu’il a présentée en 2023 et qui dote nos troupes d’une enveloppe record de 413 milliards d’euros sur les six prochaines années. L’un des seuls textes du gouvernement Borne adoptés sans 49.3.
C’est peu dire que Lecornu laisse, après trois ans et demi en poste, un bon souvenir à l’Hôtel de Brienne. Non content d’y avoir dopé le budget militaire, il peut s’enorgueillir d’une hausse massive des ventes d’armes françaises à l’étranger. La veille de sa nomination, tandis que, dans la salle des Quatre-Colonnes, les journalistes s’efforçaient d’arracher un bon mot aux Insoumis, il communiquait aux députés d’excellents chiffres d’exportation pour l’année 2024 : 21,6 milliards d’euros, soit la deuxième meilleure performance jamais enregistrée dans l’histoire de notre industrie de défense. C’est peut-être la meilleure nouvelle de la rentrée, voire de l’année. Au moment où tout semble perdu pour le pays, on se plaît à croire que l’exception militaire française est notre meilleur espoir de sortir par le haut du marécage économique, politique et social dans lequel nous pataugeons depuis des décennies.
La paix éternelle s’éloigne
Il y a trente ans, cette hypothèse aurait semblé ringarde, voire déplacée. Au début des années 1990, la plupart des dirigeants européens imaginaient qu’un monde pacifié était sur le point d’advenir. Fukuyama annonçait la fin de l’Histoire. Avec la chute de l’empire soviétique, l’usage de la force deviendrait obsolète. Les conflits étant réglés par le droit et le marché, les États pourraient réorienter leurs budgets militaires vers des priorités civiles : éducation, santé, infrastructures. C’est ce qu’on appelait alors les « dividendes de la paix ». Avec le recul, on est confondu par tant de naïveté et par une telle ignorance des enjeux de puissance et d’identité. La paix perpétuelle n’a pas eu lieu, et la promesse économique n’a pas davantage été tenue.
En France, les « dividendes de la paix » sont faciles à chiffrer. Depuis la chute du mur de Berlin, le budget de la défense nationale a connu une décrue continue, passant d’une moyenne de 4 % du PIB pendant la guerre froide à environ 1,8 % sur la période écoulée depuis lors. Si bien que notre pays peut estimer avoir économisé pas moins de 1 440 milliards d’euros depuis 1989. Seulement, au lieu de les investir, nous les avons dépensés pour financer notre train de vie…
L’Histoire a continué et les guerres aussi. L’effritement de l’ordre stratégique mondial, la poussée virulente de l’islamisme guerrier, l’annexion de la Crimée, la guerre au Donbass et l’invasion de l’Ukraine ont réactivé l’impératif du réarmement. Cependant, Emmanuel Macron ne l’a pas compris immédiatement. Sitôt élu en 2017, il impose une coupe de 850 millions d’euros dans le budget de la défense, quitte à provoquer une crise ouverte avec l’état-major et le départ du CEMA (chef d’état-major des armées). Cette décision vise essentiellement à maintenir le déficit public sous la barre des 3 % du PIB, pour rassurer Bruxelles et les marchés. Cependant, dès l’année suivante, il fait voter une hausse du budget annuel de l’armée, qui passe ainsi de 34 milliards en 2018 à 44 milliards en 2023.
À gauche, LFI, le PCF et les écologistes dénoncent une fuite en avant militariste et atlantiste aux dépens de la transition climatique et de la justice sociale. À l’autre bout du spectre politique, si le RN n’est pas hostile au réarmement, il en critique l’orientation et reproche au gouvernement de placer la France dans une dépendance vis-à-vis de l’OTAN, de l’Union européenne et des États-Unis.
Puissant levier de croissance
Cependant, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le clivage atlantistes/gaullistes a perdu de sa pertinence. Quel que soit son degré de souverainisme, tout esprit réaliste reconnaît qu’un retrait des troupes américaines du sol européen impose au Vieux Continent d’en compenser l’absence.
La nécessité du réarmement peut être vue comme un fardeau de plus au regard de notre dette publique abyssale. Mais à long terme, il s’agit peut-être d’une opportunité économique et politique unique. La défense est en effet l’un des plus puissants leviers de croissance et de transformation industrielle qu’un pays puisse connaître, les États-Unis en offrent la démonstration éclatante. Depuis plus d’un demi-siècle, le Pentagone est le grand parrain des plus importantes innovations technologiques américaines. Microprocesseurs, internet, GPS, reconnaissance faciale, drones, satellites : tous ces outils ont été inventés au sein de programmes militaires votés à Washington, souvent dans le cadre de l’agence Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency).
En France aussi, les retombées de la R&D menée dans le secteur de la défense sont loin d’être négligeables : le laser Mégajoule à Bordeaux ou les technologies de cybersécurité issues de l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) et de la DGA (Direction générale de l’armement) dont de très beaux cas d’école de synergies vertueuses entre politique d’armement et progrès économique. Autre exemple incontournable, le moteur LEAP (Leading Edge Aviation Propulsion, ou propulsion aéronautique de pointe). Fruit d’une collaboration entre l’entreprise française Safran et son concurrent américain General Electric, il équipe aujourd’hui la majorité des avions de ligne moyen-courrier de nouvelle génération, comme l’Airbus A320neo et le Boeing 737 Max. Sa conception est calquée sur celle d’un turboréacteur révolutionnaire initialement mis au point pour des avions de chasse comme le Rafale. En France, le succès du LEAP se mesure en dizaines de milliers d’emplois, notamment dans les usines de Villaroche (Seine-et-Marne), Châtellerault (Vienne), Le Creusot (Saône-et-Loire) et Bordes (Pyrénées-Atlantiques), ainsi que chez les centaines de sous-traitants qui composent l’écosystème aéronautique du pays.
Toutes les activités françaises liées à la défense n’ont pas ce bonheur. Depuis trente ans, les fabricants nationaux de munitions ont vu leurs effectifs divisés par quatre. Longtemps, ce secteur a été piloté par la Direction des poudres, devenue par la suite GIAT Industries puis Nexter. On comptait à l’époque sur le territoire une douzaine de sites majeurs produisant obus, cartouches, explosifs et composants pyrotechniques, souvent en régie directe de l’État. À son apogée, l’ensemble de la filière munitions, y compris la recherche et développement, l’ingénierie, la fabrication et la logistique, représentait près de 20 000 emplois.
Las, au cours des années 2000, Paris a décidé de réduire le stock stratégique français, estimant que le risque de conflit était faible ou limité – ce qui incite à une certaine prudence quant aux prévisions d’experts. Des restructurations ont conduit à la fermeture ou à la reconversion de nombreux établissements, comme à Toulouse ou Angers, et à la privatisation partielle ou totale de certains acteurs, tels que la SNPE, devenue Eurenco. La France s’est retrouvée, comme beaucoup de ses voisins européens, avec une base industrielle de défense fragile, dépendante de quelques sites et de chaînes logistiques ultra-tendues.
L’usine KNDS de Bourges, groupe franco-allemand spécialisé dans la fabrication de chars de combat, véhicules blindés, systèmes d’artillerie et munitions, mars 2025. Charles Bury/SIPA
Au cours de ces mêmes années, la France s’est enfoncée dans une crise économique, marquée par une croissance atone, un déficit budgétaire persistant et une balance commerciale continuellement dégradée. Certes, elle n’est pas seule dans ce cas mais chez nous, le système politique – gouvernants comme gouvernés – a été incapable de parvenir à un consensus sur les causes de ce marasme, donc sur une stratégie crédible de sortie. Un véritable « front du refus » s’est formé, chaque groupe d’intérêts s’efforçant de préserver tel avantage, tel régime spécial ou telle niche fiscale, et de démontrer que c’était aux autres de payer. Les élections de 2022 et plus encore celles de 2024 ont traduit cette incapacité en un rapport de forces parlementaire synonyme de blocage.
Dans ce contexte, une leçon historique mérite d’être rappelée : dans les démocraties libérales, il est plus facile de s’unir contre un ennemi que pour un projet abstrait. Les grandes décisions fondatrices et les redressements économiques ont davantage été imposés par des urgences militaires ou géopolitiques que par des consensus rationnels et progressistes. L’accroissement de notre effort de défense pourrait donc réactiver une dynamique vertueuse. Réarmer la France, ce n’est pas seulement repenser nos priorités de sécurité, mais aussi réengager l’État dans sa mission régalienne, redonner du sens à l’action publique. Sur le plan politique, cela permettrait de nous fédérer autour d’une cause concrète, compréhensible et vitale. Sur le plan économique, ce serait l’occasion de réindustrialiser nos territoires, relancer la recherche publique et privée, dynamiser les formations techniques et créer des dizaines de milliers d’emplois qualifiés, pérennes et bien payés. La France ne doit pas rater ce rendez-vous. On peut faire du réarmement non pas un fardeau et bien plus qu’un investissement, mais une nouvelle boussole pour une transformation nationale. Une urgence, mais aussi une chance.