Le billet du vaurien


À quinze ans, j’ai réussi un exploit : publier dans La Gazette de Lausanne un article sur le bouddhisme. J’aurais pu mourir ensuite. Mais je voulais épater les filles à la piscine Montchoisi. Et, tout en considérant que la vie n’est pas une solution, j’avais compris que la mort n’en est pas une non plus… et d’ailleurs qu’il n’y a pas de solution. J’ai donc persévéré dans la même voie.

Cet exploit, je le dois à François Gross qui était alors un jeune secrétaire de rédaction : il m’avait encouragé, tout en corrigeant mes maladresses. Je précise qu’il n’était pas pédophile et que les rédacteurs de La Gazette de Lausanne m’en imposaient par leur professionnalisme et leur talent. J’ai retrouvé la même ambiance feutrée et incorruptible dix ans plus tard au Monde. Est-il bien nécessaire de préciser que le déclin de la presse, comme celui de l’édition, a été un interminable chemin de croix au terme duquel la plupart des journaux n’ont pas survécu ou alors dans un état si misérable que la décence nous invite à un silence navré ? Le naufrage de la piscine Deligny nous confirma dans la certitude que l’heure de fermeture avait sonné dans les jardins de l’Occident.

Mais revenons à Lausanne dans les années cinquante. La presse y a connu un âge d’or. Jules Humbert-Droz, l’œil de Moscou, officiait dans Le Peuple. La Nouvelle Revue de Lausanne qui n’était pas une revue, mais le quotidien du Parti radical vaudois, avait réuni une impressionnante brochette

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