Le billet du vaurien


Suite d’hier

Ce 29. 12. 2020

Paris est la ville qui dégage la plus forte sensualité: les rencontres y sont aisées et les affaires vite conclues. Sans ce climat érotique, elle perdrait beaucoup de son attrait et on ne reculerait pas frileusement devant la mort. L’espoir d’une amourette dont on ignore quel tour elle prendra, est un élixir divin. On respire à Paris l’air de la liberté. Si j’étais honnête, j’écrirais: on y respirait l’air de la liberté. Avec la dictature hygiénique qui s’est instaurée et dont chacun pressent qu’elle n’est que le prélude à un asservissement général, Paris a des allures de vieille rombière. Le désir s’est éclipsé.

L’homme est l’ensemble des relations qu’il entretient avec ses semblables, disait Karl Marx. Lorsque les liens s’effilochent, autant prendre la fuite. Lausanne, à cet égard, est une ville idéale. On n’y est par pourchassé par le fisc – le seul ami qui ne vous abandonnera jamais – et la possibilité d’y mourir en douceur face à un des plus beaux paysages du monde vous est accordée avec une simplicité toute helvétique. Les stars hollywoodiennes ne s’y sont pas trompées quand elles se sont installées sur les rives lémaniques. J’aspire à en faire autant. J’ai connu le meilleur à Paris. Un dernier coup de chapeau à Lausanne, la ville qui m’a vu naître et où je ne désespère pas de mourir. Mais je n’oublie jamais pour autant que l’avenir est assis sur le genou des dieux. « Quel avenir à quatre-vingt ans ? », m’a demandé en ricanant cette sauvageonne de vingt ans. La sagesse des jeunes filles s’accorde parfaitement avec la folie des vieillards. Évitons donc les femmes de notre âge, les seules hélas qui nous sont encore aisément accessibles.

Lausanne Image: Sophie ML / Pixabay
Lausanne Image: Sophie ML / Pixabay

Ce 31 / 12 / 2020

Certains jours, on se demande pourquoi tenir un journal: si peu de choses à dire et si banales de surcroît. Une année s’achève (encore une, mais quand donc cette mauvaise farce s’arrêtera –t-elle ?) et la seule chose qui me vient à l’esprit en cette période de suspens pandémique, c’est une réflexion de Luis Buñuel (« La fièvre monte à El Pao ») que je cite de mémoire. Au nom du serment d’Hippocrate, qui place par-dessus tout le respect de la vie humaine, les médecins ont créé la forme la plus raffinée des tortures modernes: la survie. Nous vivons une étrange période où les foules se précipitent pour les

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