photo : UMP

La pire chose qui puisse arriver à un homme n’est pas de faire son intéressant, mais d’être pris en train de le faire. C’est ce qui est arrivé à Luc Ferry l’autre soir dans le « Grand Journal » de Canal +. Comme il n’avait rien à dire – ce qui lui arrive souvent –, l’ancien ministre de l’Education nationale a cru bon d’évoquer un « ministre qui s’est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons », avant d’ajouter : « J’ai des témoignages des membres de cabinet au plus haut niveau et des autorités de l’Etat au plus haut niveau… Si je sors le nom maintenant, c’est moi qui serai mis en examen et à coup sûr condamné, même si je sais que l’histoire est vraie. »

Les réactions ne tardent pas. Les uns taxent Ferry de délateur doublé d’un menteur ; les autres le somment de donner un nom. Il revient et explique à lexpress.fr : « Je n’ai aucune preuve, ni aucun fait précis sur cette affaire, mais à l’époque où j’étais ministre, j’en ai entendu parler. »

On le croyait philosophe, on le retrouve concierge

Donc, hier, Luc Ferry certifiait publiquement avoir eu vent d’un crime. Il excipait même d’un argument d’autorité pour justifier la véracité de ses allégations : « au plus haut niveau », on savait. Vingt-quatre heures plus tard, tout devient flou, vague, incertain. Sous son petit crâne, tout se brouille jusqu’à ce qu’il reconnaisse n’avoir jamais fait que colporter un bruit de chiottes. On le croyait philosophe, on le retrouve concierge. Il n’y a pas d’âge pour entamer une reconversion professionnelle.

Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel de la pensée ferryée (un ferry fait du cabotage, Ferry fait du cabotinage) réside dans l’emploi de l’expression « partouze avec des petits garçons ». Qui veut bien apprendre la vie à Luc Ferry ? Qui se dévoue pour l’amener dans un club échangiste – pas pour baiser, juste pour voir et apprendre à distinguer un baisodrome d’une halte-garderie ? Qui lui dévoile qu’une partie carrée peut être autre chose qu’un tableau de Watteau ? Qui lui fait comprendre que le cul, même partouzé par un régiment de légionnaires en rut, ça se passe entre adultes consentants ? Et que, dès lors qu’il est question de « petits garçons », ce n’est plus de banale bandaison qu’il s’agit, mais de crime.

Donc, cher Luc Ferry, quand un Monsieur, eût-il un maroquin, colle son zizi tout dur dans le fion d’un môme, fût-il marocain, ce n’est pas de simple touche-pipi qu’il s’agit. C’est un abus sexuel sur mineur. Et c’est passible de la Cour d’Assises. Que les actes se soient produits au Maroc ne change rien : la France s’est dotée, à l’instar du Canada et de la Belgique, de lois d’exception, qui autorisent les magistrats à poursuivre tout Français qui se serait rendu coupable d’un tel acte partout dans le monde.

Quant à celui qui apprend qu’un crime a été commis et ne saisit pas l’autorité judiciaire, il encourt les foudres de la loi : notre Code pénal punit la non-dénonciation de crime de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Rachida Dati a eu le malheur de rappeler ce petit point de droit. Luc Ferry a aussitôt rétorqué que l’ancienne Garde des Sceaux ne connaissait rien à rien, qu’il ne pouvait pas saisir la justice puisqu’il n’avait pas été témoin et ne disposait pas de preuves. Mais alors, en vertu de quoi va-t-il caqueter à la télé s’il n’est au courant de rien ? Apprenons à ce type prêt à dire n’importe quoi du moment où sa trombine passe dans le poste à ne plus parler la bouche pleine !

Le Parquet de Paris a décidé, d’ailleurs, de se saisir de l’affaire. Une enquête préliminaire a été ouverte hier soir. Que donnera-t-elle ? Nul ne le sait. Apprendra-t-elle à Luc Ferry à fermer sa gueule quand il n’a rien à dire ? Rien n’est moins sûr.