Vie locale. Les difficultés de Maël Pellan pour faire respecter la parité sur sa liste pour les municipales. Il lui manque encore 12 filles.


Ayé ! La plus grande chasse à courre de l’année est ouverte ! Trouver des femmes pour boucher les trous de la liste aux municipales ! Une belle trouvaille cette loi sur la parité : elle aura servi à déclencher le plus formidable harcèlement saisonnier à l’encontre des femmes et notamment des « femmes de potes ».

Je vous explique : avec des copains/pines on a constitué une liste pour les municipales. « Knokke-le-zout solidaire, féministe, inclusif et citoyen du monde » que ça s’appelle. Notre tête de liste c’est Elisabeth Lévy. Le but c’est de virer le cisgenre blanc de plus de 50 ans moitié faf qui est à la tête de la mairie. Saloperie ! Par contre après les premières réunions on s’est aperçu qu’il n’y avait pas assez de femmes. Pas glop parité. Alors là chacun a bien vrillé la tête à son épouse pour qu’elle « s’engage elle aussi ». Certaines n’en ont rien à foutre de la politique et sont juste contentes de nous voir décarrer trois fois par semaine. Jusqu’au bout de la nuit ! Comme ça elles peuvent regarder Netflix en téléphonant à la copine. Mais on a quand même réussi à en trouver cinq de plus. On leur a demandé de mettre leur nom de jeune fille. C’est aussi ce qu’on a demandé à maman d’ailleurs, histoire qu’il n’y ait pas 50 Pellan sur la liste, parce que là ça fait franchement la liste de romanos. Maman elle a toujours voté Raymond Barre et se marre de mes rôtis vegans et de ma « bienveillance » pour les migrants mais elle a accepté quand même.

Problème, il nous manque encore 12 filles. Patrick en avait bien trouvé une mais elle voulait « plus de sécurité » avec des caméras partout. Des flics. Chloë du NPA s’est pris la frange avec elle et puis merde le programme est déjà écrit. On ne l’a plus revue. Bon maintenant faut faire appel aux potes.

« Ouaih salut Jipé ta femme elle ne voudrait pas venir sur la liste ? »

« Attends je vais demander » (bruits)

« euh en fait il y a déjà « Knokke nouvelle citoyenneté » et « Sécurité et courtoisie à Knokke » qui l’ont contactée. Ils manquent de « profils féminins »… comme vous en fait ».

« Quoi ? Mais elle ne va pas aller avec les fachos de Sécurité et Courtoisie ? »

« Attends mais Sophie elle fait ce qu’elle veut, on est dans un pays libre, vieux »

« Ouaih bah si tu ne peux même pas tenir ta bonne femme c’est pas la peine. Va coucher avec ta facho et me fais plus chier pour aller au squatch. Salut ! » (bouton rouge)

Non mais franchement !

Bon finalement, entre les cousines et les femmes de potes de potes on a notre compte. Maintenant faut faire les photos. Alors là c’est encore le cirque. Un mec, ça vient avec sa bite et son couteau mais une femme… Il y a celles qui veulent passer au coiffeur avant, celles qui n’ont pas envie de se déplacer. Celles qui se trouvent trop grosses. Celles pour qui il faut faire 300 photos. Celles qui regrettent déjà. La première photo de groupe, celle des « 20 premiers noms » il y a déjà 15 mecs.

Et l’apothéose, c’est le jour de dépôt des listes. Trois heures avant, alors qu’on a été chez chacun/cunes pour récupérer les derniers Cerfa on va s’apercevoir que Ségolène Loiseau a, elle, déjà donné son Cerfa à la liste « Un nouvel élan pour Knokke » où elle a un neveu. « Coooooomplètement oublié !» Et merde ! Plus conne que la femme de Mister Magoo !

Bon là il manque un putain de nom. La liste peut tomber par terre. Trois heures ! Je retourne chez Jipé avec une bonne bouteille de pif et deux places pour Nantes-PSG. « Putain gros ! Tu me laisses tomber là. C’est quoi ça ? T’es un pote ou quoi ? »

J’avais mis ce qu’il fallait pour le jaja. 90€ et pas du chez Carrefour ! Je me ferai rembourser en frais de campagne. On a bu ça ensemble pendant que Sophie s’occupait des gosses. « Bébé, tu iras sur la liste de David, hein ? » Jipé a été ferme. Le ton tout ça. Elle a dit oui.

Il restait vingt minutes avant la forclusion. Je suis arrivé en préfecture avec le dernier Cerfa. Les autres n’y croyaient plus. Ce soir-là c’était moi le héros.

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