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Mon nouvel ami, Joe Biden

Quand le président américain envoie de l'argent à un Anglais résidant en France...

Mon nouvel ami, Joe Biden
Joe Biden, image d'illustration Pixabay

Le président américain Joe Biden a lancé un plan de relance pour faire face à la crise du coronavirus. Son but étant de relancer la consommation, il a envoyé un chèque aux Américains. Jonathan Miller, Anglais résidant en France a également pu en bénéficier. Récit.


Résidant dans le Sud de la France, je viens de recevoir une lettre de la part Joe Biden. Cela n’arrive pas tous les jours. En plus, dans l’enveloppe, il y avait un chèque, fait à mon nom, au montant de 1 400 $. J’étais comblé. Mais pourquoi tant de générosité ?

Une lettre présidentielle

La lettre portait un en-tête impressionnant : « La Maison Blanche, Washington. » Elle était datée du 22 avril mais, manifestement, il avait fallu du temps avant qu’elle n’arrive dans ma boîte aux lettres en raison d’une certaine confusion présidentielle concernant mon adresse actuelle. Les premiers mots donnent le ton : « Cher compatriote américain. » Je ne suis pas un citoyen des États-Unis. Il est vrai que j’y ai travaillé à une époque en payant des cotisations de sécurité sociale, et c’est cela qui, apparemment, m’aurait donné le droit de bénéficier de la générosité du président. « Je suis heureux de vous informer, poursuit-il, qu’en raison du plan de relance américain, un paiement direct vous a été versé. » Ayant capté toute mon attention, Joe, mon nouveau meilleur ami, continue : « Nous venons de traverser une période difficile… des jours plus radieux sont à venir… la relance économique est enclenchée… nos enfants retourneront à l’école. » Le président Biden conclut : « Je crois sincèrement qu’il n’y a rien que nous ne puissions faire en tant que nation, pourvu que nous le fassions ensemble. » Ce n’est peut-être pas rooseveltien, mais c’est adéquat. Tout le texte est répété en espagnol au verso de la page.

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Il est évident que, par pur principe, ce chèque doit être encaissé, comme tous les chèques, bien qu’il me semble ridicule que, vivant dans la moitié d’un château dans le sud de la France, je puisse réapprovisionner ma cave à vin grâce à la munificence du Trésor américain. En plus, il resterait suffisamment sur la somme octroyée pour payer deux superbes verres en cristal Baccarat permettant à mon épouse et à moi de boire tous ces vins raffinés. Malheureusement, il me sera très difficile d’encaisser le chèque puisque je n’ai pas de compte bancaire américain et que mes banquiers suédois ne l’accepteront pas. Peut-être pensent-ils qu’il est en bois.

Une habile manœuvre politicienne

Je suis donc pour le moment dans une incapacité tout ce qu’il y a de plus frustrante, de toucher cette aubaine providentielle et de partager ma bonne fortune avec d’autres personnes, comme m’encourage à le faire Bianca, ma conseillère désintéressée en matière de charité chrétienne. Je suis ouvert à toutes les suggestions quant à la manière dont je pourrai transformer ce cadeau, pour l’instant de nature théorique, de l’État américain en euros sonnants et trébuchants. Malgré ces contretemps, et en dépit de mes circonstances personnelles qui ne sont pas si difficiles que cela, je reste profondément impressionné par le président Biden, ou du moins par le fonctionnaire qui est l’auteur véritable de cette lettre, ainsi que par l’audace politique consistant à donner l’impression que l’argent m’est envoyé par le président Joe lui-même.

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C’est une manœuvre astucieuse. Le président Trump avait voulu signer personnellement une autre série de chèques de « paiement d’impact économique » (je n’en ai jamais reçu le mien – Donald me le doit toujours), mais cela a été jugé illégal. Le chèque que je viens de recevoir est signé par un fonctionnaire du Trésor inconnu, mais, par la lettre adressée à chaque récipiendaire, l’équipe de Biden a quand même trouvé le moyen d’exploiter la crise pour son gain politique. Envoyer de l’argent aux électeurs, de l’argent conjuré de nulle part, ne coûte rien après tout, ou si c’est le cas, ce sera le problème de quelqu’un d’autre, plus tard. Lorsque vous commencez à jeter de l’argent par les fenêtres, qu’importe si une partie atterrit dans le coin d’un champs étranger ?

Cet article a été publié en anglais sur le site de Spectator world. Traduit de l’anglais par Jeremy Stubbs.


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Jonathan Miller est un ancien conseiller municipal d'une ville du Sud de la France, il est correspondant français du "Spectator" londonien et l’auteur de "France : a Nation on the Verge of a Nervous Breakdown" (Gibson Square, 2015).

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